Crise de la culture : la théorie des quatre régimes culturels pour sortir de la controverse 

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Raffin, Maître de Conférence à l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur au laboratoire Habiter le Monde, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

La Fanfare d’occasio, Blandy-les-Tours, 2011. Flickr/Mathieu Luna, CC BY

L’ESSENTIEL


  • En France, il n’existe pas une seule réalité culturelle mais une multitude d’expériences de la culture, qui se vivent de façon très différentes.

  • Certaines expériences reposent sur une forme de distance avec le public, quand d’autres l’impliquent pleinement ; la culture peut également jouer le rôle de simple médiateur dans des expériences de sociabilité.

  • Reconnaître cette réalité plurielle permet de relativiser l’importance d’une démocratisation culturelle qui se concentre presque exclusivement sur la culture « légitime ».


Crise du spectacle vivant, échecs des politiques culturelles, procès en élitisme ou en nivellement faits aux artistes : toutes ces controverses sur la culture tiennent sans doute moins à une crise de la culture qu’à la confusion que recouvre le mot lui-même.

Cette confusion tient d’abord au fait que des pratiques et des logiques très différentes sont traitées comme une seule et même réalité. Que l’on considère un public recueilli, un soir d’été dans le silence de la cour d’honneur du Palais des papes ; des metalleux qui sautent et chantent en cœur devant une scène du Hellfest ; des spectateurs qui déambulent en famille une glace à la main au festival Chalon dans la rue ; ou encore un adolescent dans un train qui, sur son téléphone, revoit la story d’un ami filmée la veille aux Eurockéennes de Belfort, il s’agit de situations difficilement comparables. Pourtant, nous ne disposons que d’un seul mot pour les nommer : culture.

À bien observer ces situations, pourtant, à scruter les publics, ce qu’ils font, ce qu’ils attendent, on voit se dessiner des régimes d’expérience culturelle spécifiques, c’est-à-dire des manières différenciées de vivre ce que la culture procure. Dans certains cas, l’expérience repose sur la distance, la retenue, l’interprétation. Dans d’autres, intense, elle engage le corps, la participation collective. Ailleurs encore, elle tient d’abord à la circulation, à la rencontre, à la sociabilité. Enfin, elle se prolonge désormais dans les flux numériques, où l’événement persistant sur les réseaux, se détache de son lieu d’origine pour être commenté, partagé, repris dans le monde entier.

C’est à partir de ces différences que l’on peut distinguer quatre régimes culturels : le régime apollinien, le régime dionysiaque, le régime hermésien et le régime numérique. Une grille de lecture qui a moins pour but de ranger les pratiques dans des cases, que de comprendre les logiques qui les organisent, les valeurs qu’elles mobilisent et les attentes qu’elles suscitent, manière de parler de la culture au pluriel.

Le régime apollinien, ou la culture comme élévation

C’est le régime que l’on associe le plus spontanément à l’idée de « grande culture ». Celui du Festival d’Avignon, de certaines pièces de Wajdi Mouawad ou de Julie Deliquet, du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence ou des Chorégies d’Orange. On s’y installe en silence. On regarde, on écoute, on contemple, on vient aussi pour réfléchir.




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La bonne conduite consiste à contenir son corps pour mieux concentrer son attention sur l’œuvre. Ce régime valorise la distance et la réflexion plutôt que la participation immédiate. Le spectateur reçoit, interprète, plutôt qu’il ne se mêle. Une représentation, un livre, une œuvre plastique, ne vaut pas seulement pour le plaisir du moment mais parce qu’elle dit quelque chose du monde, engage une réflexion, permet de comprendre. La culture, ici, n’est pas un loisir comme un autre : elle doit élever, instruire, émanciper.

Le régime dionysiaque, ou la culture hédoniste

Bien différent, le régime dionysiaque relève d’un plaisir participatif. Hellfest, Vieilles Charrues, grands concerts : on n’y vient pas seulement écouter des groupes, mais aussi pour être emporté par la foule, crier son émotion, vibrer collectivement. Quand des milliers de personnes reprennent un refrain, ce n’est plus seulement un public qui assiste à un concert : c’est une masse d’expression émotionnelle qui devient le concert lui-même. Le corps n’est pas tenu à distance. Il devient la condition de l’expérience esthétique. La valeur culturelle tient moins à une interprétation savante qu’à l’intensité vécue. Hédoniste, ce régime n’est pas nécessairement dénué de sens : un concert de rap engagé peut porter des messages politiques. Mais ce qui compte d’abord, c’est le plaisir, que l’énergie circule, que les corps s’expriment, que l’on en ressorte les jambes tremblantes et les oreilles sifflantes.




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Le régime hermésien, ou la culture relationnelle

Quelque part entre deux pôles existe le régime hermésien où la culture, les œuvres sont surtout un prétexte relationnel. C’est le régime de Chalon dans la rue, des fanfares, des fêtes de quartier où une compagnie de théâtre de rue plante son décor entre deux immeubles.

On y vient autant pour voir quelque chose que pour être là, avec d’autres, avec des amis, en famille. L’attention y est plus souple : on regarde, on discute, on s’arrête, on repart. Cette intermittence n’est pas un défaut, elle fait partie du dispositif. La performance, le spectacle, l’artefact, jouent alors un rôle de médiateur plus que de centre. La réussite de ces événements se dit souvent en termes modestes : « il y avait du monde », « c’était vivant », « ça faisait du bien au quartier ».

Ces jugements ne sont pas anecdotiques. Ils traduisent une valeur culturelle à part entière : rendre un lieu habitable et faire tenir ensemble, le temps d’une soirée, des publics qui ne se croisent parfois jamais autrement. La musique, le spectacle, les artefacts y sont nécessaires, mais secondaires.

Le régime numérique, ou la culture envahissante en flux

Le quatrième régime ne désigne pas seulement les œuvres conçues pour les écrans et le monde digital, mais une transformation plus profonde de l’expérience culturelle elle-même. Ce régime récent est partout, de tous les instants : entre deux messages, dans le métro, chez soi, au réveil. Il bouleverse les situations culturelles en désancrant l’expérience d’un lieu et d’un moment précis et extraordinaire, point commun aux autres régimes. Médié par un écran, il permet de suivre un concert sans y être, de revoir un extrait, de commenter une œuvre à distance. Il produit aussi ses propres artefacts digitaux, Tik Tok, des formats de fictions qui ne fonctionnent qu’en ligne.

L’expérience devient potentiellement continue, persistante et fragmentée, prise dans les flux numériques. Le public n’est plus seulement celui qui assiste : il diffuse, commente, classe, détourne. La scène ne s’arrête plus à la scène.

Ce que cette grille change au regard

L’intérêt de cette typologie n’est pas de ranger chaque événement dans une case. Un même festival peut combiner plusieurs régimes : apollinien par sa réflexion sur le monde, dionysiaque devant ses scènes, hermésien dans ses circulations, numérique dans les images et commentaires qu’il prolonge. Son intérêt est plutôt de rendre visibles des attentes différentes, incomparables. Certains publics viennent chercher une œuvre, une exigence, une interprétation du monde. D’autres une intensité, une vibration collective, un relâchement. D’autres encore une occasion d’être ensemble, de circuler, de faire vivre un lieu.

Cette grille invite surtout à ne plus parler de la culture comme d’un bloc. Elle oblige à regarder les situations : ce qu’elles demandent, les postures et les attentes, les liens qu’elles fabriquent, les valeurs qu’elles mettent en jeu. Ici, la question des politiques publiques se déplace : il s’agit moins de démocratiser l’accès à l’offre culturelle (presque toujours apollinienne) que de reconnaître la pluralité des expériences et leurs logiques propres ?

The Conversation

Fabrice Raffin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Crise de la culture : la théorie des quatre régimes culturels pour sortir de la controverse  – https://theconversation.com/crise-de-la-culture-la-theorie-des-quatre-regimes-culturels-pour-sortir-de-la-controverse-286739

Nouveau symbole nutritionnel au Canada : aidera-t-il vraiment les consommateurs à mieux choisir ?

Source: The Conversation – in French – By Amélie Guèvremont, Professeur titulaire, Marketing, chercheure à l’Observatoire de la consommation responsable, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Nous avons évalué l’efficacité du nouveau symbole canadien qui alerte les consommateurs lorsque les aliments sont riches en gras saturés, en sucres ou en sodium. Il peut aider les consommateurs à faire de meilleurs choix, mais son effet demeure limité : il signale certains excès, sans offrir une évaluation globale de la qualité nutritionnelle du produit.


Depuis janvier 2026, les consommateurs canadiens voient apparaître un nouveau symbole nutritionnel au devant de certains emballages alimentaires. Cette petite loupe noire et blanche signale les produits dont la teneur est élevée en gras saturés, en sucres ou en sodium. L’objectif est simple : aider les consommateurs à repérer plus rapidement les aliments moins favorables à la santé et encourager l’adoption de saines habitudes alimentaires.

Cette mesure s’inscrit dans un contexte de préoccupation croissante face aux maladies chroniques liées à l’alimentation. Santé Canada rappelle que la consommation fréquente d’aliments riches en gras saturés, en sucres ou en sodium peut augmenter les risques d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers.

Mais une question demeure : ce nouveau symbole suffira-t-il à modifier les choix des consommateurs?

Avec des collègues, nous avons voulu tester l’efficacité de ce symbole canadien, en le comparant au Nutri-Score, bien connu en Europe. Nos résultats montrent que le symbole de Santé Canada peut être efficace, mais sous certaines conditions. Une simple alerte ne suffit pas toujours à changer les intentions d’achat.

Lire une étiquette nutritionnelle : une tâche complexe

Les tableaux nutritionnels traditionnels contiennent beaucoup d’information utile. Pourtant, en situation d’achat, ils sont souvent peu consultés. Le consommateur manque de temps, d’attention ou de motivation. Il peut aussi avoir de la difficulté à interpréter les chiffres.

C’est pour répondre à cette limite que les logos nutritionnels au devant des emballages ont été développés. Leur fonction est de simplifier l’information, de la rendre visible rapidement et d’engendrer une décision plus éclairée.

Le Canada a choisi un format de type alerte. Le symbole apparaît uniquement lorsque le produit dépasse le seuil de 15% en gras saturés, en sucres ou en sodium, pour la plupart des aliments préemballés. Il ne donne donc pas une note globale au produit. Il ne dit pas qu’un aliment est «bon» ou «meilleur» qu’un autre. Il signale seulement la présence d’un ou plusieurs nutriments à surveiller.

Le Nutri-Score européen fonctionne autrement. Il propose une évaluation globale, de A à E, accompagnée d’un code couleur du vert au rouge. Ce type de logo signale à la fois les produits moins favorables et valorise les produits plus sains.

Cette différence est importante. Un système d’alerte sert à décourager certains achats, alors qu’un système gradué peut comparer et récompenser les meilleures options.

Pour tester ces logos, nous avons réalisé une expérience en ligne auprès de 591 consommateurs québécois acheteurs de céréales. Les participants étaient exposés à une boîte de céréales fictive affichant soit aucun logo, soit le symbole de Santé Canada avec une ou trois alertes (sucre ou sucre/sel/gras), soit un Nutri-Score A ou E. Ils devaient ensuite évaluer la qualité nutritionnelle du produit, leur intention d’achat et leur confiance envers le logo présenté.

Une seule alerte change la perception, mais pas l’intention d’achat

Premier résultat : la présence du symbole de Santé Canada modifie la perception du produit. Lorsqu’une alerte «élevé en sucres» est présente, les consommateurs jugeaient le produit moins sain que lorsqu’aucun symbole n’était pas présent. Ainsi, une seule alerte suffit à envoyer un signal négatif sur la qualité nutritionnelle perçue.

Mais cela ne suffit pas à modifier le comportement déclaré. En effet, dans notre étude, l’alerte portant uniquement sur le sucre ne réduisait pas significativement l’intention d’achat. Les consommateurs percevaient le produit comme moins sain, mais ils n’étaient pas moins enclins à l’acheter.

Ce résultat est important. Il suggère qu’un consommateur peut comprendre qu’un produit est moins bon pour la santé, tout en continuant à vouloir l’acheter.




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Quand l’alerte devient forte, l’effet est plus net

Les résultats changent lorsque le symbole de Santé Canada signale trois éléments à la fois (gras saturés/sucres/sodium). Dans ce cas, les consommateurs jugent le produit moins sain, mais ils déclarent aussi une intention d’achat plus faible. Le signal devient suffisamment fort pour influencer la décision.

En alimentation, les consommateurs classent souvent les produits dans des catégories simples : «bon pour la santé» ou «moins bon pour la santé».

Ainsi, une seule alerte peut activer un doute, mais ne pas suffire à faire basculer la décision. Trois alertes, en revanche, rendent le message beaucoup plus clair : le produit est associé à plusieurs éléments nutritionnels problématiques. Dans ce cas, le symbole agit comme une véritable mise en garde.




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Le symbole canadien face au Nutri-Score

Nous avons aussi comparé l’effet du symbole canadien au Nutri-Score. Le résultat est intéressant : lorsque le symbole de Santé Canada affiche trois alertes, son effet est comparable au Nutri-Score E. Dans les deux cas, les consommateurs perçoivent le produit comme moins sain et déclarent une intention d’achat plus faible.

Ainsi, le symbole canadien peut être aussi efficace qu’un mauvais Nutri-Score pour détourner les consommateurs d’un produit de faible qualité nutritionnelle. Mais il y a une différence : le système canadien ne permet pas de valoriser les produits plus sains.

Dans notre étude, un Nutri-Score A améliorait la qualité nutritionnelle perçue du produit et augmentait l’intention d’achat. Le symbole canadien, lui, ne peut pas produire cet effet positif, apparaissant uniquement pour signaler un excès.

La confiance est une condition essentielle

Notre recherche montre aussi que la confiance envers le logo est déterminante. Lorsque les consommateurs ont peu confiance dans le dispositif d’information nutritionnelle, le symbole de Santé Canada ne modifie pas leur intention d’achat, même lorsqu’il affiche trois alertes.

Ce résultat est crucial pour les politiques publiques. Un logo nutritionnel ne fonctionne pas seulement parce qu’il est visible, mais si les consommateurs le jugent crédible et acceptent de s’en servir dans leurs choix.

La mise en place du symbole ne devrait donc pas se limiter à une obligation réglementaire pour les entreprises. Elle devrait s’accompagner d’un effort de communication publique : expliquer ce que signifie le symbole, pourquoi certains nutriments sont ciblés, comment l’utiliser et comment le combiner avec d’autres informations comme la liste d’ingrédients ou le tableau de valeur nutritive.

Ce que cela signifie pour les consommateurs

Le nouveau symbole de Santé Canada constitue un repère utile dans un environnement alimentaire souvent complexe. Simple et visible, il attire rapidement l’attention sur trois nutriments dont la consommation excessive est préoccupante. Il peut ainsi aider les consommateurs à repérer certains produits moins favorables à la santé sans analyser en détail le tableau des valeurs nutritives à l’arrière du paquet.

Nos résultats invitent toutefois à nuancer sa portée. D’une part, une seule alerte ne semble pas suffisante pour réduire l’intention d’achat. D’autre part, le symbole doit être interprété comme un signal de vigilance plutôt que comme un jugement absolu sur la qualité d’un aliment. En effet, un produit sans symbole n’est pas nécessairement un aliment « santé », tout comme un produit affichant le symbole n’est pas nécessairement à éviter. Toutefois, ce dernier mérite une attention particulière, notamment en réduisant sa fréquence de consommation ainsi que les quantités consommées.

En somme, ce symbole est un outil d’aide à la décision utile pour les consommateurs, mais il ne remplace pas des efforts plus larges en matière d’éducation nutritionnelle, de réglementation pour l’accès à des aliments de qualité.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Nouveau symbole nutritionnel au Canada : aidera-t-il vraiment les consommateurs à mieux choisir ? – https://theconversation.com/nouveau-symbole-nutritionnel-au-canada-aidera-t-il-vraiment-les-consommateurs-a-mieux-choisir-284868

D’où viennent les plus gros diamants du monde ? La géologie apporte de nouvelles réponses

Source: The Conversation – in French – By Geoffrey Howarth, Associate Professor, University of Cape Town

Certaines des pierres précieuses les plus extraordinaires jamais découvertes appartiennent à une catégorie rare de diamants appelés « CLIPPIR » (Cullinan-like, Large, Inclusion-Poor, Pure, Irregular, Resorbed). Ils représentent moins de 1 % de l’ensemble des diamants présents sur Terre et figurent parmi eux trois des plus gros diamants jamais extraits : le Cullinan, d’un poids de 3 106 carats, découvert dans la mine Premier en Afrique du Sud ; le Lesedi La Rona de 1 111 carats, découvert à la mine de Karowe au Botswana en 2015 et vendu pour 53 millions de dollars américains en 2017 ; et le Motswedi de 2 492 carats extrait de la mine de Karowe en 2024.

Les CLIPPIR ne sont pas des diamants ordinaires. Ils font partie d’un groupe appelé « diamants superprofonds », qui se forment à plus de 400 km sous nos pieds, dans une région de l’intérieur profond de la Terre appelée « zone de transition du manteau ». Cette profondeur est bien supérieure à celle des diamants de qualité gemme ordinaires. Ces derniers se forment généralement à des profondeurs pouvant atteindre 200 km sous les anciens continents dans les racines épaisses et rigides du manteau. Le manteau est l’épaisse couche de roche chaude située entre le noyau terrestre et la « coque » externe appelée croûte.

Au-delà de leur taille et de leur valeur, ces diamants nous intéressent parce qu’ils racontent une histoire. Comme ils proviennent de profondeurs bien au-delà de notre portée, ces diamants offrent des informations précieuses sur l’intérieur de la Terre que nous ne pouvons pas observer directement. Les CLIPPIR sont des messagers particulièrement rares en provenance du manteau profond. Les étudier est l’un des rares moyens dont nous disposons pour comprendre comment les roches et le carbone sont recyclés dans les profondeurs de la Terre et comment notre planète se remodèle au fil de centaines de millions d’années.

En tant que géologue à l’université du Cap, je me suis spécialisé dans les magmas qui transportent les diamants jusqu’à la surface, appelés magmas kimberlites. Mes collègues et moi-même avons entrepris d’étudier ce que les plus gros diamants du monde pouvaient nous révéler sur le système de recyclage caché de la Terre – plus précisément, sur les roches qui abritaient ces diamants rares, et sur la manière dont ils ont finalement été amenés à la surface.

Nous avons exploré ces questions en nous concentrant sur l’olivine, un minéral présent dans les roches kimberlitiques. Les kimberlites sont des roches magmatiques rares qui remontent rapidement des profondeurs de la Terre. Elles agissent comme des ascenseurs naturels qui transportent les diamants et d’autres minéraux du manteau vers la surface.

L’olivine est le minéral le plus abondant dans le manteau. À mesure que les magmas de kimberlite remontent, ils captent de l’olivine provenant des roches du manteau qu’ils traversent. La composition chimique de cette olivine nous fournit une « empreinte » de ces roches profondes, notamment des indices sur leur teneur en fer et leurs signatures isotopiques de l’oxygène. Cela nous aide à comprendre les régions du manteau d’où les kimberlites sont issues, y compris les zones où les diamants ont pu être stockés avant d’être ramenés à la surface.

Mais les diamants de type CLIPPIR n’ont été découverts que dans un petit nombre de kimberlites à travers le monde. Nous ne comprenons toujours pas pleinement pourquoi certaines kimberlites contiennent ces diamants exceptionnels alors que la plupart n’en contiennent pas.

Nos résultats apportent de nouvelles pièces au puzzle. Nous avons identifié des domaines inhabituels riches en fer dans le manteau, associés aux kimberlites contenant des diamants de type CLIPPIR. Cela nous fournit de nouveaux indices sur les roches qui abritaient ces diamants avant qu’ils ne soient transportés à la surface. Nos résultats offrent également un outil pratique pour la prospection diamantifère, car les kimberlites contenant de l’olivine riche en fer en abondance et des minéraux apparentés présentent un potentiel plus élevé d’abriter des diamants CLIPPIR.

Voyage au cœur de la Terre

Des études antérieures avaient montré que les diamants CLIPPIR se formaient à une profondeur bien plus grande que les diamants ordinaires. Leur composition chimique suggérait également un lien avec d’anciennes roches du fond océanique, appelées la croûte océanique, qui ont été entraînées dans les profondeurs de la Terre par la tectonique des plaques – le mouvement lent et l’interaction des différentes plaques qui constituent la lithosphère terrestre. Lorsque deux plaques se rencontrent, l’une peut être poussée sous l’autre. Ce processus, appelé subduction, entraîne la croûte océanique profondément dans le manteau, où elle est transformée par la chaleur, la pression et l’interaction avec les roches environnantes. Dans ces conditions extrêmes, le carbone contenu dans ces roches peut se transformer en diamant.

De nouvelles preuves issues de notre analyse de la composition chimique de l’olivine suggèrent que les kimberlites contenant des diamants CLIPPIR sont liées à un type particulier de matière recyclée : une ancienne croûte océanique basaltique qui avait été altérée par des fluides chauds circulant à travers le fond océanique avant d’être entraînée dans les profondeurs de la Terre. Cette croûte océanique altérée par des processus hydrothermaux semble avoir donné naissance à des roches denses et riches en fer dans le manteau profond.

Cette découverte apporte une réponse à l’une des questions en suspens concernant les diamants CLIPPIR : dans quel type de roche se trouvaient-ils avant que les magmas kimberlitiques ne les transportent à la surface ?

Mais nos résultats soulèvent également une autre question. Ces roches riches en fer sont si denses qu’elles ne peuvent pas seules remonter vers la surface terrestre. Des hypothèses antérieures suggéraient que la roche abritant ces diamants pouvait remonter passivement à travers le manteau. Nos résultats indiquent que ce parcours était probablement plus complexe.

Au lieu de remonter passivement, cette matière dense et riche en fer aurait eu besoin d’un puissant coup de pouce. Les panaches mantelliques constituent un mécanisme possible : il s’agit de colonnes de roche surchauffée qui s’élèvent depuis les profondeurs de la Terre et peuvent capturer des matières denses, les forçant à remonter. Ces remontées auraient pu transporter la matière contenant des diamants vers le haut jusqu’à ce qu’elle se dépose à la base de la lithosphère, cette racine épaisse et rigide située sous les anciens continents, où elle est probablement restée pendant des centaines de millions d’années.

Bien plus tard, des magmas rares formés dans les profondeurs de la Terre ont traversé ces régions diamantifères. Ces magmas se sont rapidement élevés jusqu’à la surface et se sont solidifiés sous forme de roches kimberlitiques, emportant avec eux les diamants et les minéraux associés.

En d’autres termes, les diamants de type CLIPPIR ne sont pas seulement des pierres précieuses rares et de grande valeur. Ils témoignent d’un long parcours géologique : de l’ancien fond océanique au manteau profond, puis aux racines des continents, pour enfin atteindre la surface lors de rares éruptions volcaniques.

À la recherche d’autres diamants CLIPPIR

Nos découvertes pourraient également orienter l’exploration diamantifère.

Dans certaines régions d’Afrique, notamment en Sierra Leone et en Angola, de très gros diamants de type CLIPPIR ont été découverts dans les graviers fluviaux. Ces diamants doivent provenir de roches mères primaires, telles que les kimberlites, mais dans de nombreux cas, ces sources restent inconnues. Les rivières peuvent transporter les diamants loin de leur lieu d’éruption d’origine. Cela fait qu’il est difficile de remonter jusqu’aux roches qui les ont amenés à la surface.

Le célèbre Star of Sierra Leone, par exemple, était un diamant de 969 carats récupéré en 1972 dans des dépôts alluviaux du district de Kono. Pourtant, des décennies d’exploitation minière dans la région n’ont pas permis d’identifier clairement une source de kimberlite pour des diamants de ce type. Plus récemment, des diamants de type CLIPPIR ont été extraits de la kimberlite de Meya, dans le même district, démontrant ainsi que des sources primaires pour ces diamants exceptionnels existent bel et bien dans cette région.

Notre approche fournit aux équipes d’exploration un nouvel indice à suivre. Les kimberlites contenant de l’olivine riche en fer en abondance et des minéraux apparentés présentent un potentiel plus élevé d’abriter des diamants de type CLIPPIR. Cela ne garantit pas la découverte de diamants géants, mais aide les géologues à déterminer quelles kimberlites méritent d’être étudiées plus en détail.

D’après nos conclusions, nous nous attendrions à ce que les kimberlites les plus prometteuses dans des régions telles que la Sierra Leone et l’Angola soient celles qui présentent cette signature chimique riche en fer. Il existe encore de nombreuses kimberlites mal étudiées dans ces zones. Certaines pourraient cacher quelques-uns des diamants les plus rares au monde.

Les plus gros diamants du monde ont traversé les profondeurs de la Terre pendant des centaines de millions d’années. En décryptant les indices chimiques conservés dans les roches qui les ont amenés à la surface, nous commençons à comprendre non seulement où ces diamants peuvent se trouver, mais aussi ce qu’ils révèlent sur les processus profonds qui façonnent notre planète.

The Conversation

Geoffrey Howarth does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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Indonésie et Asie du Sud-Est : la France a une carte à jouer

Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

Pendant que Washington et Pékin se disputent l’Indo-Pacifique, l’Asie du Sud-Est cherche des partenaires qui ne lui imposent pas de choisir un camp. Cette situation constitue une fenêtre d’opportunité que l’Europe et la France ne doivent pas laisser passer.


Il y a quelques mois, nous montrions ici comment la Zone économique exclusive (ZEE) française pouvait devenir, dans le duel Washington-Pékin, un levier de puissance pour Paris.

La maîtrise des espaces maritimes n’est qu’une moitié de l’équation indopacifique. L’autre se joue plus à l’est, dans une région sur laquelle l’attention médiatique occidentale se porte trop peu, alors qu’elle pèse chaque année davantage dans l’économie mondiale : l’Asie du Sud-Est. Or, c’est précisément là, et spécialement en Indonésie, que l’Europe et la France disposent d’une carte à jouer face à la bipolarisation sino-américaine.

Le nouveau centre de gravité de l’économie mondiale

Depuis le début des années 2000, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) affiche une croissance soutenue, de l’ordre de 4 à 5 % par an, portée par l’industrialisation, l’essor des classes moyennes et l’intégration commerciale.

Au centre de cet ensemble, l’Indonésie est, avec environ 280 millions d’habitants, le 4e pays le plus peuplé du monde, derrière l’Inde, la Chine et les États-Unis : sa population dépasse à elle seule celles de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie cumulées. Cette réalité démographique se double d’une trajectoire économique remarquable : l’Indonésie devrait intégrer le top 5 des économies mondiales d’ici à 2050, dépassant l’Allemagne.

Ce pays, qui pèsera bientôt plus lourd économiquement que la plupart des pays européens réunis, demeure pourtant quasiment absent des journaux occidentaux. L’Europe regarde encore le monde à travers ses propres priorités, alors que l’Asie génère désormais près de 60 % de la croissance économique mondiale, un basculement que nous documentons dans Le retour de la puissance en géopolitique.

Ce dynamisme s’accompagne d’une intégration commerciale sans équivalent ailleurs : le Partenariat économique régional global (RCEP), entré en vigueur en 2020, réunit 15 pays – les dix membres de l’Asean, plus la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – pour environ 30 % du PIB mondial et 2,2 milliards de consommateurs, sans qu’aucune puissance occidentale traditionnelle n’y figure.

Cette intégration commerciale se double d’une intégration physique avec l’Asean Power Grid (APG), réseau électrique régional qui doit permettre aux dix pays membres de s’échanger leur production d’électricité, et le Trans-Asean Gas Pipeline (TAGP), réseau de gazoducs reliant les principaux gisements aux centres de consommation.

L’Union européenne contribue déjà à ces deux projets (100 milliards de dollars sur 20 ans) via un fonds d’assistance technique dédié. L’objectif est limpide : permettre à chaque État de ne plus dépendre d’un seul fournisseur d’énergie – qu’il soit chinois, américain, ou même seulement régional.

Jakarta et la politique du « million d’amis, zéro ennemi »

Au cœur de cette dynamique, l’Indonésie occupe une position singulière. Héritière de la conférence de Bandung et du mouvement des non-alignés, Jakarta poursuit une politique étrangère « un million d’amis, zéro ennemi ».

En 2025, l’Indonésie est devenue le premier pays d’Asie du Sud-Est à rejoindre les BRICS, tout en engageant simultanément sa candidature à l’OCDE, le club des économies occidentales développées.

Il n’est pas question pour elle de choisir son camp entre Washington et Pékin. Il s’agit de multiplier les partenariats, comme le font déjà l’Inde – membre à la fois des BRICS et du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (Quad) aux côtés des États-Unis, de l’Australie et du Japon –, la Turquie – alliée de l’OTAN qui coopère avec la Russie et achète des missiles S-400 – ou encore le Brésil, qui négocie avec Washington et Bruxelles tout en restant ancré dans les BRICS.

Panama, Ormuz, Malacca : les détroits au cœur du jeu mondial

En Amérique centrale, la Cour suprême a annulé les concessions portuaires du groupe hongkongais CK Hutchison aux deux extrémités du canal de Panama, dans un bras de fer entre Washington et Pékin pour le contrôle d’une voie qui concentre environ 5 % du commerce maritime mondial.

Au Moyen-Orient, le conflit déclenché en 2026 entre les États-Unis, Israël et l’Iran a entraîné la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, par lequel transitent ordinairement près de 20 % du pétrole mondial.

Et en Asie du Sud-Est ?

Malacca, qui sépare la Malaisie et l’Indonésie, est le détroit le plus emprunté de la planète. On y a relevé 74 % d’actes de piraterie supplémentaires en 2025, soit le niveau le plus élevé depuis 20 ans.

Et le risque sécuritaire ne se limite pas à la criminalité. Pékin a théorisé son propre « dilemme de Malacca » : en cas de conflit ouvert dans la région, la marine américaine et ses alliés pourraient bloquer ce passage, coupant l’essentiel des importations énergétiques chinoises, japonaises et sud-coréennes. Cette vulnérabilité éclaire l’actualité autour de Taïwan : tenir les premières chaînes d’îles pour la Chine, c’est demain se donner les moyens de desserrer l’étau de Malacca et d’accéder au Pacifique sans dépendre d’un passage sous contrôle extérieur. La question de Taïwan n’est pas seulement idéologique – elle est géostratégique.

Pour s’affranchir de cette dépendance, la Chine a investi des dizaines de milliards de dollars dans des corridors terrestres alternatifs, à commencer par le corridor économique Chine-Pakistan et le port en eau profonde de Gwadar. Les routes alternatives indonésiennes (détroits de la Sonde et de Lombok) restent peu praticables, faute de profondeur suffisante.

Indonésie, Malaisie et Singapour n’ont aucun intérêt à voir leur prospérité dépendre d’un seul point de passage, ni à voir celui-ci sécurisé par une seule puissance extérieure. D’où leur attente de partenaires capables d’apporter infrastructures, technologies et présence navale sans exiger d’allégeance exclusive.

Ces crises – l’une en Amérique centrale hier, l’autre au Moyen-Orient aujourd’hui, la prochaine (peut-être) en Asie du Sud-Est demain – illustrent une réalité que nous détaillons dans Le retour de la puissance en géopolitique : contrôler un détroit, c’est contrôler un flux vital pour des économies entières.

Le nickel indonésien : un avantage géologique menacé de dépendance industrielle

L’Indonésie concentre à elle seule près de la moitié des réserves mondiales de nickel, matière première indispensable aux batteries de véhicules électriques. Mais l’essentiel des fonderies installées sur place reste sous capitaux chinois, ce qui transforme un avantage géologique en nouvelle dépendance industrielle.

Diversifier les partenaires capables de financer le raffinage – et pas seulement l’extraction – devient un enjeu de souveraineté économique aussi structurant que celui des détroits.

Le paradoxe américain et la carte européenne

Ce besoin de diversification est renforcé par un paradoxe assumé de la politique commerciale américaine. En 2025, l’administration Trump a imposé à presque tous les pays d’Asie du Sud-Est des droits de douane de près de 20 %.

Washington pénalise à coups de droits de douane les pays avec lesquels il prétend construire un front face à Pékin. Dans le même temps, la région multiplie les accords de libre-échange : via le RCEP, mais aussi avec l’Union européenne. Washington taxe et sanctionne ; l’Europe, elle, signe.

C’est précisément là que se trouve la carte européenne. L’UE et l’Indonésie ont conclu en 2025 les négociations d’un accord de partenariat économique global (CEPA), créant une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs et faisant économiser environ 600 millions d’euros par an de droits de douane aux exportateurs européens.

L’accord sécurise notamment l’approvisionnement européen en matières premières critiques, nickel et cobalt en tête. L’Indonésie est déjà le premier producteur mondial de nickel et, portée par cette même industrie, elle est devenue en quelques années le deuxième producteur mondial de cobalt, loin derrière la République démocratique du Congo mais devant tous les autres pays – un outil de diversification face à la mainmise chinoise sur le raffinage de ces métaux.

Cet accord nous renvoie à l’autre bout du monde, l’Union européenne ayant également signé début 2026 (après 20 ans de négociations) un accord historique avec le Mercosur, déjà appliqué à plus de 90 % (ratification complète en cours), pour une économie de plus de 4 milliards d’euros par an pour les entreprises européennes.

Le parallèle est frappant : deux zones de libre-échange de plusieurs centaines de millions de consommateurs, l’un en Amérique du Sud, l’autre en Asie du Sud-Est, que l’Europe négocie patiemment pendant que Washington choisit la taxation. La méthode est lente – c’est aussi son point faible – mais elle construit, accord après accord, un réseau de partenariats que ni la Chine ni les États-Unis n’égalent en diversité géographique.

Paris, de son côté, a fait de l’archipel un partenaire de défense de premier plan : 42 Rafale commandés en 2022, deux sous-marins Scorpène signés avec Naval Group en 2024, et de nouvelles discussions engagées lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Jakarta en 2025.




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Ce déplacement visait à affirmer la France, première puissance européenne dotée d’une stratégie indopacifique depuis 2019, comme une « puissance d’équilibre » entre Chine et États-Unis – une diplomatie facilitée par les quelque 7 000 militaires français déjà stationnés en permanence dans la région, de La Réunion à la Polynésie.

Ni Washington ni Pékin n’offrent cette possibilité : ils demandent un alignement. La France et l’Europe, elles, peuvent vendre de la souveraineté partagée.

La stabilité internationale ne se construit plus par blocs, mais par la multiplication de partenariats à géométrie variable. L’Indonésie n’invente d’ailleurs rien : elle rejoint une famille de puissances – l’Inde, la Turquie et le Brésil dont nous avons évoqué plus haut les diplomaties pluridimensionnelles qui ont fait du multi-alignement leur principale ressource diplomatique. Reste à savoir si l’Europe, souvent plus lente que ses concurrents à transformer un accord commercial en présence stratégique durable, saura tenir le rythme imposé par une région qui, elle, n’a pas attendu pour avancer.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Indonésie et Asie du Sud-Est : la France a une carte à jouer – https://theconversation.com/indonesie-et-asie-du-sud-est-la-france-a-une-carte-a-jouer-287087

Loi d’urgence agricole : pourquoi la droite et le centre ne lâchent rien sur les néonicotinoïdes et le stockage de l’eau

Source: The Conversation – in French – By François Dedieu, Directeur de recherche en sociologie, Inrae

La loi d’urgence agricole a été adoptée par le 21 juillet. Elle réaffirme les choix controversés de la loi « Duplomb » de juillet 2025, autorisant certains néonicotinoïdes dangereux et facilitant le stockage de l’eau. Comment expliquer une telle obstination, malgré une importante mobilisation citoyenne et la censure du Conseil constitutionnel ?


Rien n’y fera. Ni une pétition signée par 2,5 millions de citoyens, ni les censures du Conseil constitutionnel. La dernière loi d’urgence agricole reprend plusieurs dispositions déjà vivement contestées de la loi Duplomb : un accès facilité aux infrastructures de stockage de l’eau et une autorisation dérogatoire de certains néonicotinoïdes, désormais limitée à certaines filières et subordonnée à un avis de l’Anses. Comment expliquer cette remarquable obstination à faire adopter des mesures aussi controversées ?

La colère des agriculteurs contre les normes écologiques : un nouveau capital politique

Dès 2022, trois sénateurs – Laurent Duplomb (LR, Haute-Loire), Daniel Gremillet (LR, Vosges, vice-président de la commission des affaires économiques) et Marie-Lise Housseau (Union centriste) – tirent la sonnette d’alarme sur la perte de compétitivité de l’agriculture française en publiant un rapport consacré à ce sujet, dont les constats sont par ailleurs corroborés par d’autres études.

Les sénateurs identifient plusieurs facteurs expliquant ce décrochage. Selon eux, des exigences environnementales plus strictes en France créent des distorsions de concurrence, notamment en matière d’usage de produits phytosanitaires. Ils dénoncent également une complexité administrative excessive, qui freinerait le développement des retenues d’eau destinées à l’irrigation.

En 2022, le déclenchement de la guerre en Ukraine s’accompagne d’une forte hausse des coûts de production, sous l’effet de l’augmentation des prix des engrais et des carburants. Le projet de suppression de l’avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR), annoncé en 2023, met le feu aux poudres. En janvier 2024, le mouvement des panneaux de communes retournés prend une tournure plus radicale. Les manifestations ciblent alors les normes environnementales, présentées comme la principale entrave à la compétitivité de l’agriculture française. Le mouvement bénéficie d’un large soutien de l’opinion publique, une majorité de Français déclarant comprendre ou partager la colère des agriculteurs.

Les difficultés de compétitivité de l’agriculture française relèvent avant tout de facteurs macroéconomiques. La stagnation des rendements des céréales s’explique par une hausse tendancielle des coûts de production, conjuguée à une forte pression concurrentielle sur les prix dans un marché mondialisé. Parmi les solutions avancées figurent entre autres les « tunnels de prix », qui visent à corréler les coûts de production et les prix d’achat. Actuellement expérimenté dans la filière laitière, ce dispositif produit des résultats encore incertains dans les autres filières et suscite de vives réserves de la part des industriels et des interprofessions.

Ce type de réponse structurelle étant complexe, coûteux et long à mettre en œuvre, il apparaît politiquement plus avantageux de privilégier les mesures de court terme. Celles-ci permettent non seulement d’alléger certaines charges pesant sur les exploitations, mais en reposant sur l’assouplissement des normes environnementales, elles présentent aussi un fort intérêt symbolique dans les circonscriptions rurales. Le premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, en a bien conscience et annonce dès janvier 2024 une série de mesures allant dans ce sens, parmi lesquelles la suspension provisoire puis la réorientation du plan Écophyto visant une réduction durable des pesticides grâce à un changement d’indicateurs. La FNSEA, mais aussi et surtout la majorité sénatoriale Centre-Les Républicains, relayée in fine par le gouvernement, font le pari de cette stratégie de recul environnemental au profit d’un apaisement temporaire de l’opinion, sans toutefois revendiquer explicitement leur alliance.

L’alliance de trois fragilités

Depuis quelques années, l’influence de la FNSEA est pourtant de plus en plus contestée dans les urnes. Pour nombre d’observateurs, le syndicat a perdu une partie de sa capacité d’influence politique. Mais c’est justement dans ce contexte qu’il devient essentiel pour le syndicat de l’agro-industrie de renforcer ses appuis politiques, en particulier issus de la droite traditionnelle, son alliée historique. Le profil de Laurent Duplomb s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Agriculteur de profession, à la tête d’une exploitation laitière à Saint-Paulien, il a présidé les Jeunes Agriculteurs, organisation proche de la FNSEA. Il a également présidé la chambre d’agriculture de la Haute-Loire sous l’étiquette de la FDSEA, la branche départementale de la FNSEA, et siégé au conseil de surveillance du groupe Candia.

Le parti Les Républicains traverse pour sa part une période de fragilité. Les élections présidentielles de 2017 et de 2022 se sont soldées par des échecs sévères, tandis que son espace politique s’est progressivement réduit sous l’effet de la concurrence exercée à la fois par le centre et par l’extrême droite. Dans ce contexte, faire de la défense des agriculteurs face aux normes environnementales un nouveau marqueur politique répond à une logique électorale classique : consolider un électorat tenté par la dispersion mais qui demeure majoritairement acquis à la droite républicaine et au centre sur ce champ de revendications. Cette stratégie est d’autant plus attractive qu’elle s’inscrit dans un registre populiste consistant à opposer le « bon sens » des agriculteurs à des élites politiques, administratives ou scientifiques, accusées de produire des normes écologiques déconnectées des réalités du terrain.

Les Républicains disposent néanmoins de deux atouts majeurs : leur fort ancrage dans les collectivités territoriales et, surtout, leur position dominante au Sénat, où ils constituent le premier groupe politique avec 131 sièges sur 348.

Le poids du Sénat

La haute assemblée a vu sa capacité d’influence s’accroître mécaniquement avec l’instabilité de l’Assemblée nationale depuis la dissolution de 2024. Cette fragmentation parlementaire place les gouvernements d’Emmanuel Macron dans une situation de fragilité permanente, comme en témoigne la succession de cinq gouvernements entre 2024 et 2026. Dans ce contexte, l’exécutif est contraint de rechercher en permanence le soutien du Sénat et de sa majorité pour faire adopter les textes qu’il juge prioritaires.

Cette nécessité se traduit dans la composition des gouvernements. Le gouvernement Barnier comptait ainsi neuf anciens sénateurs, un record sous la Ve République. Plus largement, des formes de coopération se sont développées entre les gouvernements successifs et la majorité sénatoriale de droite et du centre. L’exécutif choisit ainsi fréquemment d’engager la navette parlementaire en commençant par le Sénat afin de favoriser la recherche de compromis en commission mixte paritaire.

La réforme des retraites de 2023, priorité du gouvernement, a ainsi été adoptée par le Sénat avant d’être définitivement adoptée à l’Assemblée nationale à la suite du recours à l’article 49, alinéa 3, et du rejet des motions de censure. De même, la majorité sénatoriale LR-centristes a joué un rôle important dans l’élaboration de la loi de finances pour 2026, même si son adoption juridique est finalement intervenue à l’Assemblée nationale.

À l’inverse, cette configuration permet tout autant à la majorité sénatoriale de faire progresser des textes qui lui sont chers. Traditionnellement qualifié de « vigie législative », le Sénat voit son pouvoir d’initiative renforcé par l’absence de majorité stable à l’Assemblée nationale. Son travail en commission s’est intensifié, tout comme son influence dans les commissions mixtes paritaires. Au cours de la session 2022-2023, près de 30 % des lois définitivement adoptées étaient issues de propositions de loi sénatoriales, un niveau inédit sous la Vᵉ République.

Cette convergence d’intérêts entre l’exécutif et la majorité sénatoriale de droite et du centre contribue à expliquer la remise en cause répétée de certaines contraintes environnementales dans les lois agricoles. La loi Duplomb est ainsi adoptée en juillet 2025 à l’issue d’un accord trouvé en commission mixte paritaire, grâce aux voix des Républicains, du Rassemblement national et d’une partie de la majorité gouvernementale. Le Conseil constitutionnel censure toutefois les dispositions relatives à la réintroduction de l’acétamipride et formule plusieurs réserves d’interprétation concernant le régime applicable aux ouvrages de stockage de l’eau.

Quelques mois plus tard, la loi d’orientation agricole reprend plusieurs dispositions sans prise en compte des réserves constitutionnelles, là encore sous pression sénatoriale. Au Sénat, un amendement porté par la majorité de droite et du centre propose notamment d’inscrire le principe selon lequel il ne devrait pas y avoir « d’interdiction sans solution » en matière de produits phytopharmaceutiques. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, déclare s’en remettre dès lors à la « sagesse » du Sénat.

En 2026, le gouvernement dépose un projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, examiné en premier lieu par… Le Sénat. Laurent Duplomb est désigné corapporteur du texte. Les amendements adoptés par la commission réintroduisent, sous une rédaction différente, plusieurs dispositions proches de celles précédemment censurées ou contestées : facilitation des projets de stockage de l’eau et autorisations dérogatoires, limitées dans le temps et à certaines filières, pour des substances phytopharmaceutiques. Après une nouvelle réunion de la commission mixte paritaire, le texte est définitivement adopté le 16 juillet 2026.

Pour le gouvernement, le compromis tient à l’introduction d’un avis favorable de l’Anses comme condition préalable à toute dérogation. Pour mesurer réellement la portée de cette contrainte, il faudra donc attendre les conclusions de l’Anses, une agence elle-même en lutte pour le maintien de son autonomie. Ce court historique révèle néanmoins le rôle fondamental joué par l’alliance tacite entre l’exécutif, la FNSEA et la majorité sénatoriale, pour une suspension des normes environnementales dans les lois agricoles.

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François Dedieu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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De la télévision au tourisme : comment Camping Paradis transforme la fiction en expérience

Source: The Conversation – in French – By Erwan Boutigny, Maître de Conférences en Sciences de Gestion et du Management, Université Le Havre Normandie

Vous aimez regarder Camping Paradis ? Eh bien, vivez l’expérience maintenant ! La série à succès de TF1 labellise désormais des campings pour proposer à ses fans de vivre « comme s’ils y étaient ». Que traduit cette évolution sur les attentes des consommateurs ? Et sur le modèle économique des fictions ?


Depuis sa première diffusion en 2006 sur TF1, Camping Paradis s’est imposée comme une série incontournable du paysage audiovisuel français. Alors qu’elle célèbre cette année son vingtième anniversaire, la série ne se contente plus d’être un succès télévisuel. Son univers s’est progressivement transformé en une offre touristique. Depuis 2020, des campings labellisés « Camping Paradis » proposent aux vacanciers de vivre dans la réalité l’univers de la série. Aujourd’hui, la franchise compte près d’une centaine de campings en France, offrant aux fans la possibilité de prolonger concrètement leur expérience.

Loin d’être un simple coup marketing, ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large de transformation des œuvres culturelles en expériences concrètes. À l’image de grandes franchises internationales comme Star Wars ou Harry Potter, certaines séries ne se limitent plus à leur format d’origine. Elles se déploient à travers différents supports et espaces, créant des univers immersifs. Dans ce contexte, Camping Paradis propose une version accessible et ancrée dans le quotidien de cette logique : celle d’un tourisme inspiré par la fiction. Plus qu’un simple produit dérivé, Camping Paradis illustre une évolution des industries culturelles. Les œuvres peuvent également chercher à être vécues. Une transformation qui interroge la manière dont nous prolongeons notre rapport aux fictions.




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De la fiction à la franchise

À rebours du paradigme « Adult Only », Camping Paradis met en scène la vie d’un camping en bord de mer, dirigé par Tom Delormes, personnage central incarné par Laurent Ournac. Chaque épisode repose sur une structure simple et efficace : des vacanciers arrivent avec leurs histoires personnelles, traversent des difficultés, puis trouvent une résolution positive. Les thèmes abordés (amitié, amour, famille) participent à construire une image idéalisée des vacances et c’est précisément cet imaginaire qui va être exploité. Fort de cette popularité, TF1 Licensing a décidé de prolonger la valeur de la série au-delà de ses diffusions. Des campings existants peuvent désormais adopter le label « Camping Paradis » en respectant un cahier des charges précis : décors inspirés de la série, animations, ambiance conviviale, voire formation du personnel via la « Camping Paradis Academy ». Ainsi, la série ne se contente plus d’être regardée : elle se vit et propose aux vacanciers de devenir les acteurs d’un univers qu’ils connaissaient déjà en tant que spectateurs. L’univers fictionnel devient ainsi une véritable marque, générant une activité économique dans un secteur du tourisme particulièrement dynamique.

De la fiction à la marque

Ce passage de la télévision à l’expérience touristique s’inscrit dans une logique de « transmédialité », où une œuvre ne se limite plus à un seul support, mais se déploie sur différents médias tout en conservant son identité. Chaque nouvelle déclinaison vient enrichir l’expérience globale. Si cette logique peut d’abord répondre à un objectif narratif, elle constitue également un puissant levier économique : en multipliant les points de contact avec le public, les détenteurs des droits prolongent la durée de vie commerciale de leurs œuvres et créent de nouvelles sources de revenus, bien au-delà de leur diffusion initiale. Cette dynamique est aujourd’hui portée par de grands acteurs du divertissement, à l’image de Netflix, qui développe avec les « Netflix House » des espaces immersifs permettant aux spectateurs d’entrer physiquement dans l’univers de leurs séries préférées. Souvent associée à de grandes franchises internationales comme Star Wars ou Harry Potter, la « transmédialité » trouve également sa place dans des œuvres plus modestes, comme Camping Paradis. Les campings labellisés illustrent cette extension de l’univers de la série vers une expérience touristique. Ainsi, l’œuvre ne constitue alors plus seulement un récit : elle devient une marque capable de créer de la valeur bien au-delà de son support d’origine.

Vivre la fiction

Dans le cas de Camping Paradis, il ne s’agit pas simplement de produits dérivés ou de stratégie marketing. Contrairement à la simple reproduction de décors, les campings franchisés offrent une immersion où le spectateur devient acteur de l’univers. La série devient un cadre réel dans lequel les individus peuvent évoluer. Les campings franchisés recréent l’atmosphère de la fiction à travers des éléments matériels (décors, costumes, objets) mais aussi immatériels (ambiance, interactions humaines, valeurs). Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis une trentaine d’années : une offre culturelle ne se limite plus à un objet ou à un service, mais se conçoit comme une expérience. L’enjeu n’est plus seulement de proposer, mais de faire vivre.

Cette transformation correspond à une évolution des attentes du public. Les consommateurs ne cherchent plus uniquement à regarder des contenus, ils recherchent désormais des dispositifs qui prolongent émotionnellement les univers culturels auxquels ils sont attachés. L’industrie du divertissement tend ainsi à se rapprocher des industries d’expériences, où l’émotion et l’immersion deviennent des sources centrales de valeur, comme en témoignent les innovations au sein des musées.

Les téléspectateurs connaissent déjà les codes : les soirées dansantes, la convivialité, Tom Delormes, le célèbre tee-shirt bleu. Lorsqu’ils arrivent dans un Camping Paradis, ils ne découvrent pas un lieu inconnu : ils retrouvent un univers familier. Ce sentiment de familiarité s’explique par les mécanismes d’identification aux œuvres de fiction. Les travaux de Hans Robert Jauss permettent de comprendre que le lien entre une fiction et son public ne se limite pas au simple visionnage : il repose sur différentes formes d’attachement. Déjà en 1998, en étudiant le phénomène Hélène et les garçons, Dominique Pasquier montrait combien les téléspectateurs pouvaient s’approprier les personnages et leur univers. Un attachement qui, aujourd’hui, peut aller jusqu’à vouloir les vivre.

Pourquoi vivre la fiction ?

Ainsi, plusieurs formes d’identification apparaissent dans Camping Paradis. L’identification par sympathie est particulièrement forte : les personnages y sont ordinaires, proches du quotidien des téléspectateurs, ce qui facilite l’attachement émotionnel. L’identification admirative joue également un rôle important, notamment à travers le personnage de Tom Delormes, figure bienveillante et rassurante. Cette proximité contribue à donner aux vacanciers l’impression qu’ils retrouveront, dans les campings franchisés, l’esprit de la série au-delà de ses seuls décors.

TF1 50 minutes inside 2026.

Mais c’est surtout l’identification associative qui prend une dimension nouvelle avec la franchise. Les spectateurs ne se contentent plus d’imaginer leur place dans l’univers de la série, puisqu’ils peuvent réellement s’y projeter en devenant vacanciers dans un « Camping Paradis ». La frontière entre fiction et réalité s’estompe. D’autres formes, plus distanciées, existent également. L’identification ironique, notamment, où les spectateurs prennent du recul face au caractère parfois stéréotypé ou prévisible des intrigues. Mais même cette distance contribue à l’attachement durable à la série.

Au-delà du récit

Plus qu’un succès télévisuel, Camping Paradis révèle une transformation profonde des industries culturelles. La fiction ne se limite plus à un récit, elle devient un univers à expérimenter. En proposant aux spectateurs de prolonger leur expérience dans la réalité, la série s’inscrit dans une logique où divertissement et économie se rejoignent. Elle montre qu’une œuvre, même sans univers fantastique, peut générer une immersion forte en s’appuyant sur la convivialité et les émotions partagées.

Ainsi, Camping Paradis ne révolutionne pas seulement le secteur du camping. La série illustre une évolution plus large des industries culturelles, où l’objectif n’est plus seulement de raconter des histoires, mais de permettre au public de les vivre. À l’heure où les frontières entre médias, tourisme et divertissement deviennent de plus en plus poreuses, Camping Paradis témoigne d’une évolution plus profonde : demain, les œuvres culturelles ne chercheront plus seulement à conquérir des audiences, mais à accompagner les individus dans leurs pratiques, leurs loisirs et leurs expériences quotidiennes. Le récit devient le point de départ d’une relation durable avec le public, bien au-delà de l’écran.

The Conversation

Erwan Boutigny ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants

Source: The Conversation – in French – By Susanne Durhuus-Andersen, Senior Clinical instructor in the School of Dentistry, University of Copenhagen

Les dents de lait de votre enfant, délicates et d’un blanc crayeux, tombent. À votre grande surprise, les dents qui poussent à leur place sont fragiles, et présentent des taches jaune-brun. Cette pathologie dentaire est appelée hypominéralisation molaire-incisive. Il s’agit d’une affection presque aussi fréquente que les caries, mais qui demeure méconnue en dehors des professionnels du secteur dentaire. Et même au sein de celui-ci, elle est souvent mal diagnostiquée.


L’hypominéralisation molaire-incisive (MIH) affecte la façon dont certaines dents définitives se forment durant la petite enfance. Elle n’est pas causée par un manque de brossage, la consommation de sucre ou de mauvaises habitudes d’hygiène dentaire, mais par un phénomène qui perturbe la formation de l’émail, avant même que les dents ne percent.

Dans le cadre de notre travail, à la clinique universitaire de l’hôpital dentaire de l’Université de Copenhague, nous recevons de nombreux enfants et adolescents atteints de cette pathologie et nécessitant une prise en charge.

Les raisons pour lesquelles certains enfants développent une MIH et d’autres non ne sont pas encore pleinement comprises. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette affection est plus fréquente qu’on ne le pense généralement.

En Scandinavie, l’hypominéralisation molaire-incisive affecte 28 % des enfants, ce qui la place parmi les pathologies dentaires les plus répandues. Des études ont révélé qu’elle est très fréquente à travers l’Europe, alors qu’elle semble moins poser problème en Afrique et en Asie.

Les chercheurs tentent encore de comprendre les raisons de ces variations. À l’heure actuelle, on soupçonne qu’elles reposent en grande partie sur des différences de diagnostic et de signalement, ainsi qu’à la fréquence des maladies de la petite enfance, ou encore à des facteurs génétiques.

La MIH reste toutefois une énigme pour la médecine dentaire, alors même qu’elle affecte un nombre important d’enfants dont elle peut laisser les dents définitives durablement fragilisées et décolorées. Voici ce que l’on en connait à ce jour, sur la base des recherches les plus récentes.

Qu’est-ce que la MIH ?

L’émail, la fine couche qui recouvre nos dents, est le matériau le plus dur de notre corps. Chez les enfants atteints de MIH, le développement de l’émail dentaire a été perturbé, et ce dernier contient moins de minéraux que la normale.

Cette anomalie du développement survient tôt dans la vie de l’enfant, pendant que les dents se forment à l’intérieur de la mâchoire, soit généralement entre la naissance et l’âge de deux ans.

Il en résulte des dents dont l’aspect diffère de la normale, et qui sont plus susceptibles de se fracturer.

Le plus souvent, l’émail touché est celui des premières molaires définitives (les fameuses « dents de six ans »), ainsi que celui des incisives.

Outre les signes visibles, la MIH pose un autre problème moins évident : elle peut mener les enfants à éviter de se brosser les dents, parce que cela leur fait mal. Ils peuvent également ressentir une sensibilité dentaire lorsqu’ils consomment des boissons ou des aliments froids ou chauds.

La recherche a identifié cinq causes possibles à la MIH, parmi lesquelles :

Que peuvent faire les parents ?

Tout d’abord, il est important de comprendre qu’en l’état actuel des connaissances actuelles, il n’est pas possible de prévenir la MIH. En tant que parent, il n’y a donc rien que vous puissiez faire pour empêcher son apparition.

Cela dit, certaines mesures peuvent améliorer la situation. La plus évidente est le brossage des dents avec un dentifrice fluoré. Ce point est extrêmement important : en effet, l’émail dentaire des jeunes enfants est plus tendre que celui des adultes, ce qui signifie que leurs dents sont plus difficiles à garder propres, et davantage exposées au risque de caries.

Il est également important d’aider votre enfant à développer une bonne relation avec le dentiste. Un point de départ est de présenter positivement ce que font les dentistes, afin de lui faire comprendre que le rôle de ces professionnels est de l’aider à mieux protéger ses dents, afin qu’elles ne le fassent pas souffrir et ne se cassent pas. Autre point à souligner : si une dent le fait souffrir, il faut apprendre à votre enfant à indiquer précisément l’endroit où elle est située, et de quelle façon elle le fait souffrir.

Que peut faire le dentiste ?

Si votre enfant est atteint de MIH, le dentiste évaluera l’étendue de l’atteinte et classera les dents touchées en fonction de son niveau : légère, modérée ou sévère.

Les molaires atteintes de MIH légère sont traitées avec un gel fluoré concentré, ou scellées avec un revêtement plastique transparent, afin de les protéger des caries (voire les deux à la fois).

Les molaires atteintes de MIH modérée reçoivent des obturations temporaires. La dent étant très sensible, une anesthésie est nécessaire.

Les molaires atteintes de MIH sévère sont obturées et, dans les cas les plus graves, une couronne en acier inoxydable. Ce capuchon métallique protège la dent de la casse, des caries et de la douleur.

Dans de rares cas, le dentiste peut proposer d’extraire complètement la dent, si son pronostic à long terme est trop mauvais. Ce type de décision est généralement pris entre huit et dix ans.

Les incisives ne présentent généralement qu’une MIH légère à modérée. Elles ne sont donc souvent pas traitées dans un premier temps.

Lorsque les enfants atteints de MIH grandissent, ils demandent souvent un traitement esthétique. Celui-ci consiste généralement en un blanchiment associé à un type de traitement reposant sur l’infiltration, dans l’émail, d’une résine fluide. Celle-ci comble les espaces vides dans la structure de l’émail, ce qui fait disparaître la décoloration : la couleur de la couronne de la dent est alors normale et uniforme.

À l’âge adulte, si les molaires sont sévèrement touchées, la pose d’une couronne ou d’un inlay en céramique peut être envisagée.

Quelles perspectives ?

Pour véritablement s’attaquer à l’hypominéralisation molaire-incisive et à ses conséquences pour les dents des enfants, la première étape serait de déterminer son ampleur réelle de façon plus précise. Cela suppose de mettre en place des études plus solides et plus homogènes que celles actuellement disponibles, et de définir un meilleur consensus au sein de la profession sur la façon de diagnostiquer cette pathologie et d’enregistrer les données qui la concerne.

Par ailleurs, les chercheurs s’efforcent aussi de répondre à certaines des questions les plus fondamentales : quels sont les principaux facteurs déclenchants ? Pourquoi certains enfants développent-ils cette pathologie tandis que d’autre sont épargnés ?

À long terme, les connaissances acquises grâce à ces nouvelles recherches devraient améliorer les traitements et éviter que cette pathologie n’entraîne des problèmes dentaires durables, ce qui permettra de réduire le recours répété aux soins dentaires, lesquels sont souvent difficiles pour les enfants (et les adultes).


Cet article a été commandé dans le cadre d’un partenariat entre Videnskab.dk_ et The Conversation ; il est également publié en danois._

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants – https://theconversation.com/lhypomineralisation-molaire-incisive-une-anomalie-dentaire-mal-connue-qui-touche-des-millions-denfants-286284

Comment la présence de MSC Croisières dans les ports français est devenue un enjeu de souveraineté nationale

Source: The Conversation – in French – By Ronan Kerbiriou, Ingénieur d’études, Université Le Havre Normandie


L’ESSENTIEL

  • Les chantiers de Saint-Nazaire sont dépendants la construction des paquebots géants, notamment du groupe MSC, première entreprise de transport maritime mondial.

  • Une étude met en lumière l’importance de ces entreprises de navigation touristique pour l’économie des ports français.

  • Au-delà des bateaux de tourisme, les territoires portuaires français cherchent à diversifier leurs activités.


L’été s’est installé en France et la saison des contestations des croisières est relancée. Symbole du tourisme de masse, la croisière est critiquée en raison des pollutions (visuelles, atmosphériques, sonores), des impacts environnementaux et du surtourisme qu’elle entraîne dans les villes portuaires.

En France, la Mediterranean Shipping Company (MSC) occupe une place majeure dans l’activité de la croisière maritime et dans le système productif. Les chantiers navals de Saint-Nazaire, 10 000 emplois (directs et indirects), sont dépendants de ces commandes de paquebots géants.

Ces dernières années, une double interdépendance touristique et industrielle s’est construite entre cet armateur et un certain nombre de territoires portuaires. Cette interdépendance implique un risque sur la capacité des autorités à mettre en place des régulations à l’encontre de cette activité sujette à débat.

Notre recherche s’inscrit dans le cadre théorique des réseaux de production globalisés, et plus spécifiquement sur la façon dont les activités productives s’ancrent dans des territoires. Ces derniers cherchent à attirer des investissements, des capitaux et des flux pour créer de la valeur et du développement, dans un processus qualifié de couplage stratégique dans la littérature.

MSC Croisières est un cas particulièrement intéressant. C’est un des principaux armateurs de croisières au monde, avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros en 2024 et environ 20 000 collaborateurs. Cette filiale fait également partie du groupe MSC, première entreprise de transport maritime mondial et très implantée dans les ports français, notamment via les terminaux de sa filiale TIL.

18 % de parts de marché en France

Depuis la période post-pandémie de Covid-19, MSC Croisières a augmenté son nombre d’escales en France, passant d’une centaine par an à plus de 350 en 2025. Sa part de marché est passée de 11 % en 2015 à 18 % en 2025.

Marseille concentre une part significative de son activité avec 276 escales réalisées en 2025 (contre 124 en 2018). Ainsi, en 2025, 40 % des escales de croisière à Marseille ont été opérées par MSC. La croissance de l’activité du groupe italo-suisse concerne également d’autres ports : Le Havre (de 3 à 27 escales), Cherbourg (de 3 à 11) ou encore Ajaccio (de 0 à 8).

Évolution du nombre d’escales de MSC Croisières.
Fourni par l’auteur

Dans ces villes portuaires, l’activité croisière de MSC est souvent vue comme un levier de développement territorial.

Investissements dans les villes portuaires

Les villes portuaires tentent de s’insérer dans les circuits de croisières en réalisant des investissements majeurs avec plus de 100 millions d’euros au Havre et 200 millions d’euros à Marseille.




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Des terminaux spécialisés avec branchements à quai sont mis à disposition des armateurs pour réduire les émissions polluantes locales et atmosphériques et réaliser des « escales zéro fumée ». Cela répond à une source de contestation majeure contre ce secteur d’activité et d’anticiper les futures réglementations européennes sur l’obligation du branchement à quai des navires passagers.

Ces actions se positionnent dans une forme de développement spéculatif avec l’espoir de retombées économiques pour la ville portuaire, sans certitude sur la pérennité des itinéraires des navires et sur la portée des retombées économiques territoriales.

Maintenir à flot Saint-Nazaire

Depuis le début du XXIe siècle, MSC Croisières fait des Chantiers de l’Atlantique, situés à Saint-Nazaire, son principal constructeur de paquebots – 24 sur les 34 de sa flotte.

MSC s’inscrit comme le client majeur du dernier grand chantier naval français en étant à l’origine de la moitié de son chiffre d’affaires entre 2012 et 2024 – 7,2 milliards d’euros sur un total de 15,3 milliards d’euros. Cette relation s’inscrit sur le long terme avec un carnet de commande de six navires à l’horizon 2031 pour un total de neuf milliards d’euros.

Cette importance des commandes a permis d’éviter la faillite des chantiers navals et de doubler le nombre d’emplois relevant de la construction navale dans la zone d’emploi de Saint-Nazaire au cours des dix dernières années.

Évolution du nombre de salariés dans la construction navale dans la zone d’emplois de Saint-Nazaire.
URSSAF, Fourni par l’auteur

Souveraineté nationale

Dans un contexte de restructuration industrielle, le maintien des compétences et du tissu industriel dans le secteur de la construction navale apparaît comme un enjeu stratégique majeur. Il concerne notamment les capacités de production militaire, en particulier en lien avec Naval Group.

Le lancement du nouveau porte-avions « La France Libre », annoncé par le président Emmanuel Macron en mars 2026, illustre la nécessité de préserver les capacités de construction navale. Cependant, les commandes militaires, par nature irrégulières, ne suffisent pas à garantir la viabilité économique à long terme du secteur.

Illustration du futur porte-avion français « La France libre ».
Rama/Wikimedia

La construction de navires de croisière, qui requiert un haut niveau de technologie et d’expertise, s’avère primordiale pour le maintien de l’emploi et des compétences. L’armateur italo-suisse contribue pleinement à l’ancrage productif et à la pérennité à long terme d’un secteur stratégique pour la souveraineté militaro-industrielle française et européenne.

Concentration de MSC Croisières dans les ports français

Les dimensions touristiques et industrielles de MSC mettent en évidence une forte concentration des formes d’ancrage territorial au sein des territoires portuaires. Il y a donc un couplage stratégique entre la firme MSC et les ports français, représentés par une pluralité d’acteurs – gestionnaires des ports, collectivités territoriales, clusters industriels, notamment de la construction navale, acteurs locaux du tourisme et l’État.

S’il existe une interdépendance, elle est asymétrique et nécessite d’appréhender les rapports de pouvoir qui en découlent. Ces écosystèmes territoriaux sont exposés aux décisions d’une firme susceptible, pour diverses raisons, de réorienter la localisation de ses activités ou de ses circuits de croisière, de se désengager ou de contourner certains ports.

Il existe donc un risque : la dépendance économique à l’égard d’un acteur dominant. Elle peut conduire les institutions publiques, qu’elles soient locales, régionales ou nationales, à une certaine réticence lors de la mise en œuvre de réglementations visant à limiter les externalités négatives de l’activité de croisière.

Dans ce contexte, une forme de compromis semble se dessiner, fondée sur la poursuite de l’activité parallèlement à une évolution progressive des normes et des pratiques, comme en témoigne la Charte croisière durable en Méditerranée, signée entre la Cruise Lines International Association (CLIA) et l’État français en 2022, puis renouvelée en 2025.

The Conversation

Nathan Gouin a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”

Ronan Kerbiriou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la présence de MSC Croisières dans les ports français est devenue un enjeu de souveraineté nationale – https://theconversation.com/comment-la-presence-de-msc-croisieres-dans-les-ports-francais-est-devenue-un-enjeu-de-souverainete-nationale-285510

Peu importe ce que les enfants lisent, tant qu’ils lisent ? Dépasser les préjugés sur les « bonnes » et « mauvaises lectures »

Source: The Conversation – in French – By Caroline Cauchi, Reader in Creative Writing, University of Hull

Une personne qui dévore des romans et des classiques est d’emblée considérée comme un lecteur ou une lectrice. Mais n’est-ce pas aussi le cas de celle qui ne lit que des magazines ou des mangas ? Pour donner aux enfants le goût de lire, peut-être faut-il d’abord en finir avec les catégories figées et avec les critères datés sur les « bonnes » ou « mauvaises lectures » pour partir des centres d’intérêts de chacun.


2026 a été décrétée Année nationale de la lecture au Royaume-Uni et, cet été, la manifestation s’associe à des personnalités du monde du sport comme Joe Wicks, Clare Balding et Georgia Stanway, afin d’encourager le public à lire. Cette initiative, qui s’inscrit dans le programme « Summer of Sport » (L’été du sport) de la campagne, associe la lecture aux grands événements sportifs tels que Wimbledon, la Coupe du monde de football de la FIFA, des tournois de cricket ou des championnats de Formule 1.

Les capitaines d’équipe tels que Wicks, Balding et Stanway partageront leurs recommandations de lecture, discuteront de la manière dont la lecture a façonné leurs intérêts sportifs et encourageront le public à s’adonner à la lecture sous diverses formes.

Le principe est simple. Des millions de personnes sont déjà passionnées par le sport. Plutôt que de demander aux gens de s’intéresser à la lecture en tant que telle, la campagne cherche à associer la lecture à leurs centres d’intérêt personnels. C’est une approche judicieuse, mais elle soulève également une question qui est au cœur de nombreux débats actuels sur la lecture : qu’est-ce qui est considéré comme une bonne lecture ?

Les débats publics sur la lecture portent souvent sur la qualité des textes. Les discussions concernant l’utilisation des écrans, les réseaux sociaux et les habitudes de lecture soulèvent fréquemment des inquiétudes quant au temps que les gens consacrent à la lecture de textes longs. Nous nous demandons si les écrans sont en train de remplacer les livres. Nous discutons de la capacité d’attention et de la « lecture approfondie » (où on lit de manière active et réfléchie).

Derrière bon nombre de ces débats se cache l’hypothèse selon laquelle certaines formes de lecture auraient plus d’importance que d’autres. Mais avant de nous demander si les gens lisent bien, nous devrions peut-être nous poser une question plus fondamentale : comment devient-on lecteur, au juste ?

Devenir lecteur

L’intérêt pour lecture peut prendre des chemins inattendus : un annuaire de football, une série de mangas, les mémoires d’une célébrité empruntées à un ami. L’envie de lire ne naît généralement pas d’un discours théorique sur les vertus de la lecture. Elle vient de la rencontre avec quelque chose qui capte notre attention et nous donne envie de tourner les pages. Pour un enfant, ce seront peut-être des statistiques de football. Pour un autre, des romans fantastiques, des romans d’amour ou des magazines de jeux vidéo. La lecture commence souvent par des sujets qui nous tiennent déjà à cœur.

C’est une réalité que les chercheurs en lecture reconnaissent depuis longtemps : la motivation joue un rôle essentiel. Les gens sont bien plus enclins à lire lorsqu’ils perçoivent un lien entre ce qu’ils lisent et leurs propres centres d’intérêt, leur identité ou leurs expériences.

Pourtant, ces formes de lecture sont parfois considérées comme de moindre valeur. Il existe d’ailleurs une longue tradition consistant à établir des distinctions entre « bons » et « mauvais » lecteurs, le plus souvent en fonction de ce que les gens lisent et de leur manière de lire.

Les bandes dessinées, la littérature populaire, les romans d’amour et la littérature de genre ont tous, à différentes époques, été considérés comme inférieurs à la littérature dite « sérieuse ». Il en résulte que certains lecteurs en viennent à penser que ce qu’ils aiment lire ne compte pas vraiment. Si un adolescent passe l’été à lire des magazines de football, des comptes rendus de matchs et des biographies de joueurs parce qu’il suit une saison sportive, est-il pour autant devenu un meilleur lecteur ?

La réponse dépend de ce que nous attendons de la lecture.

Si l’objectif est l’acquisition de connaissances culturelles, on peut accorder plus d’importance à certains textes qu’à d’autres. Si l’objectif est la concentration, on peut privilégier la lecture d’ouvrages volumineux. Si l’objectif est l’empathie, on peut se tourner vers la fiction littéraire. Mais si l’objectif est de développer une habitude de lecture, de renforcer la confiance en soi, de découvrir le plaisir de lire ou de se forger une identité de lecteur, la situation est tout autre.

Un adolescent qui choisit de consacrer du temps à lire des ouvrages sur le football est bel et bien en train de lire. Plus important encore, il est peut-être en train de nouer avec la lecture une relation qui perdurera bien au-delà d’une seule saison sportive.

Ce que les non-lecteurs peuvent nous apprendre

Une grande partie du débat public sur la lecture est menée par des personnes qui ont toujours été des lectrices et des lecteurs. L’accent est souvent mis sur la préservation d’une pratique considérée comme précieuse. Mes propres recherches et mes rencontres avec des auteurs m’ont conduit dans une direction légèrement différente. En travaillant sur l’engagement en faveur de la lecture, notamment dans les prisons, je m’intéresse de plus en plus aux personnes qui ne se considèrent absolument pas comme des lecteurs.

Je rencontre sans cesse des personnes dont les habitudes de lecture ne correspondent pas aux attentes classiques. En prison, j’ai rencontré des gens qui se décrivent comme « n’étant pas des lecteurs » alors qu’ils étaient en train de discuter des biographies de footballeurs, des journaux ou des romans policiers qu’ils viennent de terminer.

D’autres lisent en cachette, craignant que la lecture ne les fasse sortir du lot d’une manière ou d’une autre. Certains ont arrêté de lire il y a des années avant de s’y remettre plus tard. D’autres encore ne lisent qu’un seul type de livres. Ce qui les unit, c’est que leur rapport à la lecture est souvent bien plus complexe que ne le laisse supposer l’étiquette de « lecteur ».

Devenir lecteur est souvent moins simple qu’on ne l’imagine. L’enjeu n’est pas toujours de convaincre les gens que la lecture est précieuse. Il consiste plutôt à les aider à trouver une forme de lecture qui fasse écho à leur vie.

Des campagnes telles que l’« Été du sport » de l’Année nationale de la lecture mettent en lumière un point essentiel : on ne se met pas toujours à lire par le biais de la littérature. On peut y venir par le football, les interviews de célébrités, les magazines ou les histoires qui se cachent derrière ses sportifs préférés. Le chemin emprunté importe moins que le fait d’y parvenir.

On se demande souvent si les gens lisent les bons livres. Mais les expériences de nombreux « non-lecteurs », de ceux qui se remettent à la lecture ou de ceux qui se définissent eux-mêmes comme tels suggèrent qu’une autre question pourrait être tout aussi importante : qui a le droit de décider, au fond, ce qui fait qu’on est un lecteur ?

The Conversation

Caroline Cauchi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Peu importe ce que les enfants lisent, tant qu’ils lisent ? Dépasser les préjugés sur les « bonnes » et « mauvaises lectures » – https://theconversation.com/peu-importe-ce-que-les-enfants-lisent-tant-quils-lisent-depasser-les-prejuges-sur-les-bonnes-et-mauvaises-lectures-287799

Avec la loi d’urgence agricole, la France contrevient au droit international sur les zones humides

Source: The Conversation – in French – By Dr Carina Bury, Chargée d’enseignement, Université Paris Nanterre

Tandis qu’une partie du pays est touchée par des restrictions maximales d’utilisation de l’eau potable, le Parlement vient d’adopter la loi d’urgence agricole, qui prévoit le doublement des capacités de stockage de l’eau pour l’irrigation agricole à l’horizon 2035. Or, cette loi, conjuguée au contexte réglementaire français de la gestion de l’eau, contredit la Convention de Ramsar sur les zones humides, pourtant ratifiée par la France en 1986. La promulgation de cette loi est désormais suspendue, depuis le 24 juillet 2026, à la saisine du Conseil constitutionnel entreprise par plusieurs députés « insoumis » et écologistes.


A la fin juillet 2026, des dizaines de départements interdisent aux particuliers d’arroser leur jardin sous peine d’amende. Quelques jours plus tôt, le Parlement votait le doublement des capacités de stockage d’eau agricole d’ici 2035, dans le cadre de la loi d’urgence agricole.

L’agriculture consomme déjà, sur la période 2010-2018, 58 % de l’eau qui ne retourne pas dans les milieux naturels. Et cela, en grande partie, pour nourrir un cheptel de plus de 16 millions de bovins.

Les zones humides (étangs, lacs, marais…), elles, n’ont aucun droit à faire valoir. Le droit français ne les protège que de biais, par un calcul. Dans chaque bassin, on fixe la quantité d’eau que l’on peut pomper de façon que le milieu tienne encore huit années sur dix, l’été, quand les rivières sont au plus bas. Deux années sur dix, donc, on admet d’avance qu’il ne tiendra pas. Le manque n’est pas un accident : il est prévu au calcul.

Pire : la loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet (mais pas encore promulguée, le Conseil constitutionnel doit désormais se prononcer), fait de l’état d’un marais un argument contre lui. En effet, quand un projet détruit une zone humide, celui qui le porte doit compenser ailleurs ; la loi prévoit désormais de doser cette contrepartie selon l’état du milieu. Plus un marais est déjà abîmé, moins on exigera de celui qui l’achève. À l’Assemblée, la rapporteure de la Commission du développement durable avait prévenu : abîmer un peu revient à s’ouvrir le droit d’abîmer tout à fait.

Or, la France s’est engagée par traité à préserver ses zones humides en ratifiant en 1986 la Convention de Ramsar. Les États parties ont depuis précisé que cela impose de leur allouer l’eau nécessaire à leur maintien.




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Quand la loi fixe l’ordre de priorité entre citoyens, agriculture et zones naturelles

Remplir une piscine, arroser un jardin, laver une voiture, ces gestes sont désormais interdits dans beaucoup de départements sous peine d’amende.

Ils ne sont pourtant pas le cœur du problème. En effet, l’eau prélevée par le particulier est extraite du milieu, mais une large part lui revient au bout de la chaîne. Il faut distinguer l’eau prélevée de l’eau consommée, qui ne revient pas : elle est soit évaporée, soit absorbée par les plantes, dans tous les cas, perdue pour le cycle local.

Sur ce critère de l’eau consommée, le seul qui compte pour les nappes d’eau, l’agriculture est le premier poste : 58 % du total, devant l’eau potable (26 %). Cette consommation se concentre entre juin et août, quand les nappes sont déjà au plus bas.

On pourrait arguer que c’est nécessaire pour notre alimentation. Or, cette eau ne va pas directement dans nos assiettes. L’abreuvement des bêtes ne pèse qu’environ 1 % des prélèvements nationaux.

Autrement dit, le bœuf ne boit pas l’eau du marais, il la mange : sur trois millions d’hectares de maïs, la moitié est cultivée comme fourrage et le principal débouché du maïs grain reste l’alimentation animale. Là où les bassines doivent être construites – c’est-à-dire le bassin de la Sèvre niortaise et du Mignon – plus d’une exploitation irrigante sur deux élève des animaux.

Dans la sèvre niortaise, la moitié de l’irrigation va à la culture du maïs, laquelle est principalement destinée à l’alimentation animale et en particulier bovine.
Jaclou-DL/Pixabay

Ce même mois de juillet 2026, le Parlement a inscrit dans la loi l’objectif de doubler les capacités de stockage d’eau à usage agricole d’ici 2035, facilitant la construction de ces ouvrages y compris en zones humides. Dans le même temps, ce texte supprime les réunions publiques au cours de la consultation préalable en vue d’un projet et renforce le poids du monde agricole dans les instances de gestion de l’eau.

La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a jugé dans la presse que le texte modifiait

« bien au-delà » de l’urgence agricole « la politique qui organise le partage de la ressource en eau ».

Le fond du problème tient à ce que le droit accorde à chacun. Au particulier, une interdiction : il risque une amende. À l’irrigation agricole, qui consomme le plus, une promesse de doubler ses réserves. Au bœuf, enfin, dont l’alimentation commande toute cette eau, l’appui d’une loi qui facilite les projets d’élevage au nom de la « souveraineté » agricole. Le marais, lui, ne récolte que des miettes : un équilibre souhaitable, mais qui peut ne pas être respecté deux années sur dix.

Or, cette logique à géométrie variable sous-tend un certain ordre de priorité. On le comprend, les marais passent en dernier.

L’exemple du Marais poitevin

Le Marais poitevin illustre bien les difficultés auxquelles se heurte déjà la réglementation française sur l’eau du fait du changement climatique et de la multiplication des sécheresses. Il ne s’agit pas d’un marais parmi d’autres : il est inscrit depuis 2023 sur la liste des zones humides d’importance internationale au titre de la Convention de Ramsar sur près de 69 000 hectares.

En effet, le code de l’environnement impose que le volume prélevable tienne compte des zones humides, qui dépendent également de la nappe. Ainsi, le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Sèvre niortaise fixe un niveau maximal de prélèvements à respecter, conformément à la règle des huit années sur dix. Or, la détermination de ce volume prélevable doit théoriquement, depuis 2021, tenir compte des effets du changement climatique.

Vidéo Ouest-France du 2 novembre 2022 consacrée aux conflits sur les mégabassines à l’origine de manifestations à Sainte-Soline.

Or, sur ce point, les juges ont récemment donné raison aux associations anti-bassines. En 2025, les juges de la Cour administrative d’appel de Bordeaux ont jugé « excessifs » les volumes d’irrigation accordés par l’État dans ce territoire. En 2024 déjà, plusieurs réserves de substitution, dont l’emblématique bassine de Sainte-Soline, avaient été suspendues en raison de la présence d’espèces protégées.




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Le paradoxe : des bassines subventionnées pour compenser la destruction de zones humides

Le problème de fond se joue à trois niveaux :

  • D’abord, la façon dont sont fixés les seuils depuis 2021. Les objectifs de niveau d’eau sont calibrés pour satisfaire l’ensemble des usages « en moyenne huit années sur dix ». Restent les années sèches (deux années sur dix), celles que le changement climatique rend plus sèches encore, où c’est le milieu naturel qui sort perdant. Un tel sacrifice n’est pas accidentel : il est inscrit dans la formulation de la règle.

  • C’est aussi la « solution » même qui est promue, consistant à stocker davantage d’eau, qui est contestable. Face à un milieu privé de son eau, la logique voudrait qu’on prélève moins ; au contraire, les réserves de substitution prélèvent autant, mais plus tôt dans l’année, dans un ouvrage conçu pour durer trente ans. C’est un exemple type de maladaptation au changement climatique, où le remède augmentera encore la vulnérabilité des milieux naturels.

  • Le troisième problème est dans la loi d’urgence agricole en elle-même, qui allège les obligations de compensation écologique pour les projets de retenues d’eau situés dans des zones humides déjà altérées. Elle permet aussi que les zones humides créées sur les bords d’une installation de stockage puissent compenser la destruction d’autres zones humides.

Dans le Marais poitevin, l’habitat le plus précieux – des tourbières alcalines, abritant des plantes qui n’existent nulle part ailleurs – est dégradé sur la totalité de sa surface, du fait notamment des abaissements de nappe. Cette dégradation, causée par les prélèvements, devient un motif juridique permettant de justifier sa moindre protection : plus un marais est abîmé, moins la loi le défend.

Or, l’argument de la loi, selon lequel la marge humide d’une bassine nouvellement créée peut compenser la destruction d’une tourbière, résiste difficilement à l’examen : 30 cm d’eau en moins, et c’est un écosystème millénaire qui disparaît. De surcroît, ces habitats se trouvent à l’intérieur du périmètre inscrit au titre de Ramsar, inscription qui oblige la France à signaler sans délai toute modification de leurs caractéristiques écologiques.




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Ce que la France vote est en contradiction avec ce qu’elle a ratifié à l’international

Le respect du droit international n’est pas une option. La France est partie depuis 1986 à la Convention de Ramsar. Il s’agit du plus ancien traité_ mondial_ moderne d’environnement en vigueur, et c’est le seul consacré à un type d’écosystème. Son article 3(1) impose à la France de concevoir ses plans d’aménagement de façon à promouvoir l’« utilisation rationnelle » de toutes les zones humides de son territoire.

Ce qu’implique cette « utilisation rationnelle » a été précisé au fil du temps.

  • En 2002, la résolution VIII.1 a porté sur la détermination et l’allocation de l’eau nécessaire au maintien des fonctions écologiques des zones humides.

  • En 2005, la résolution IX.1 y a ajouté des lignes directrices sur la gestion des eaux souterraines. Le principe qui s’en dégage est simple : les besoins en eau d’une zone humide doivent être pris en compte dans tout plan de prélèvement à l’échelle du bassin versant.

Il existe une formule bien connue des juristes : pacta sunt servanda, les traités doivent être respectés. Elle a une conséquence moins citée : un État ne peut pas invoquer son propre droit pour justifier qu’il n’exécute pas un traité. Ce que le Parlement vote n’est donc pas, de ce point de vue, une affaire purement interne.

Un État qui ratifie un traité accepte que ses engagements descendent jusque dans ses propres lois. Et donc, de façon implicite, que sa façon de légiférer ne soit plus seulement une question de droit interne.

En clair, protéger un marais suppose des règles nationales, que le préfet et l’agence de l’eau sont tenus d’appliquer quand ils délivrent une autorisation de pompage. L’engagement international de la France ne s’arrête donc pas au Quai d’Orsay.

S’y ajoute une exigence de diligence. Les obligations d’un État ne sont pas figées au jour de la signature d’un traité international. Elles se mesurent à l’état des connaissances et à la situation du moment. Comme le changement climatique multiplie les années sèches, l’effort attendu de la France augmente. Une loi qui abaisse la protection au moment précis où il faudrait au contraire la relever n’est pas seulement insuffisante : elle va dans le sens inverse de ce que l’engagement impose.

En 2021, la Cour de justice européenne a condamné l’Espagne pour ne pas avoir évalué l’effet des pompages souterrains sur les zones humides du parc national de Doñana.
José Luis Filpo Cabana, CC BY-SA

Le droit européen y ajoute désormais de possibles sanctions : en 2021, la Cour de justice a condamné l’Espagne pour le parc de Doñana, pour ne pas avoir évalué l’effet des pompages souterrains sur la zone humide. La France pourrait faire l’objet d’une décision similaire pour le Marais poitevin.

Une nouvelle contrainte de l’UE s’applique depuis 2024 : le règlement européen sur la restauration de la nature impose de remettre en eau une part des tourbières drainées d’ici 2030.

Le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, le nerf de la guerre

Annuler les autorisations une par une par voie judiciaire, comme c’est actuellement le cas, des années après la construction, est l’arme la plus faible : elle ne vise que les gros projets sans toucher aux conditions qui les ont rendus possibles. En l’occurrence, le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux.

Celui-ci doit être révisé tous les six ans : c’est le seul endroit du droit français où l’on raisonne selon les bassins versants, qu’on tient compte des effets cumulés et avec une représentation des usagers au sein des instances de gouvernance. C’est le lieu de négociation où les besoins en eau des écosystèmes du marais doivent devenir un plafond opposable, plutôt qu’un vague objectif qui ne serait tenu que les bonnes années.

La question brûlante, cet été 2026, n’est pas de savoir comment économiser un peu d’eau en prenant sa douche ou en se lavant les dents. Elle est de savoir qui peut demander de l’eau, à quel titre et par quels moyens. L’irriguant dépose une demande, l’industriel négocie et le particulier, lui, se voit notifier une interdiction. Le marais ne demande rien : il n’a ni dossier ni siège au comité de bassin, et n’accède au juge que par le biais d’une association qui plaide en son nom. Il n’a qu’un traité, ratifié en 1986, qui oblige la France à lui garantir l’eau dont il vit.

C’est le seul usager dont le droit ne dépend pas d’un arbitrage local, et c’est pourtant le seul qui sort perdant chaque été. Un État peut décider de faire passer les bovins avant les marais. Mais il ne peut pas décider que cet arbitrage relève de sa seule appréciation, s’il a pris par ailleurs des engagements internationaux.

La saisine du Conseil constitutionnel sur la loi d’urgence agricole pourra-t-elle aboutir sur cette question de l’eau ? Le code de l’environnement énonce bien un principe de non-régression, selon lequel la protection de l’environnement ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante.

Mais le législateur « ne se lie pas lui-même » : une nouvelle loi peut déroger à une loi antérieure. C’est donc la Charte de l’environnement, de valeur constitutionnelle, qui servira de mesure, comme en 2025 pour la loi Duplomb, qui avait été partiellement censurée. Mais quand bien même une censure interviendrait, elle ne toucherait qu’aux articles déférés, non aux règles qui organisent la répartition de l’eau.




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The Conversation

Dr Carina Bury a reçu des financements de la Fondation fédérale allemande pour l’environnement (Deutsche Bundesstiftung Umwelt) pour sa thèse sur la mise en oeuvre de la Convention de Ramsar.

ref. Avec la loi d’urgence agricole, la France contrevient au droit international sur les zones humides – https://theconversation.com/avec-la-loi-durgence-agricole-la-france-contrevient-au-droit-international-sur-les-zones-humides-288212