De plus en plus de jeunes adultes souffrent d’arthrose. Un diagnostic précoce peut éviter les dommages irréversibles

Source: The Conversation – in French – By Atiqah Aziz, Senior Research Officer at the Tissue Engineering Unit (TEG), National Orthopaedic Centre of Excellence for Research & Learning (NOCERAL), Department of Orthopaedic Surgery, Faculty of Medicine, University of Malaya

L’arthrose se développe généralement sur des années. Plus la maladie est détectée tôt, mieux on peut prévenir les dommages sur les articulations. (Shutterstock)

Des études montrent que de plus en plus des personnes jeunes et actives reçoivent des diagnostics d’arthrose. J’ai pu constater cette situation de mes propres yeux dans mon entourage. Une de mes amies, passionnée de marathon, a développé une arthrose de stade 2 à l’âge de 35 ans. Plusieurs célébrités, dont Robbie Williams, Tiger Woods et Andy Murray, ont également évoqué publiquement leur expérience avec cette maladie à un âge relativement jeune.

Si l’on considère généralement l’arthrose comme une conséquence inévitable du vieillissement, elle peut nuire à la qualité de vie à tout âge, en transformant des activités quotidiennes telles que marcher, monter des escaliers ou s’entraîner en moments douloureux. Plus de 600 millions de personnes sont atteintes d’arthrose dans le monde, et les facteurs de risque sont variés. On compte parmi eux l’obésité, le vieillissement, les troubles métaboliques, l’inflammation chronique, les antécédents de blessures articulaires et les contraintes mécaniques répétitives.

L’arthrose peut avoir des effets dévastateurs chez les jeunes. La douleur et la raideur peuvent limiter l’activité physique pendant les années où l’on travaille, où l’on prend soin de ses proches et où la vie de famille est exigeante. Elle peut affecter la santé mentale, restreindre les choix de carrière et les possibilités d’activité physique, ce qui augmente le risque de développer d’autres problèmes de santé à long terme. De plus, les jeunes devront gérer leurs symptômes et subir des traitements répétés pendant des décennies.

Douleurs, raideurs, craquements et grincements

L’arthrose se développe quand le cartilage qui protège les articulations se détériore progressivement. Le cartilage agit normalement comme un amortisseur, permettant aux os de bouger facilement les uns contre les autres. S’il s’use, les articulations perdent cette protection. Les surfaces osseuses commencent alors à frotter les unes contre les autres, ce qui provoque des douleurs, des raideurs ainsi que des craquements et des grincements que beaucoup évoquent avec humour jusqu’à ce qu’il devienne impossible de faire abstraction de la douleur.

L’arthrose ne se déclare pas du jour au lendemain. Elle se développe généralement sur des années, voire des décennies. Les premiers symptômes sont souvent subtils et faciles à ignorer : légère douleur au genou après une activité physique, raideur qui s’atténue avec le mouvement ou douleur intermittente. Beaucoup de personnes ne consulteront un médecin qu’au moment où la douleur est devenue persistante et que les lésions articulaires sont avancées.

Soulager les symptômes

À l’heure actuelle, les traitements visent davantage à soulager les symptômes qu’à guérir la maladie. Ils comprennent des exercices thérapeutiques, des analgésiques et des injections thérapeutiques.

Ces injections peuvent être constituées de plasma riche en plaquettes, fabriqué à partir d’une partie concentrée du sang du patient et contenant des facteurs de croissance censés favoriser la réparation des tissus. D’autres utilisent des vésicules dérivées des plaquettes, qui sont de minuscules particules libérées par ces dernières et qui transportent des signaux biologiques impliqués dans l’inflammation et la guérison.

Cependant, la plupart des preuves à l’appui des approches basées sur les vésicules proviennent d’études animales menées, notamment, sur des rats, et elles ne sont pas encore utilisées de manière courante dans la pratique clinique avec des humains. On peut également injecter de l’acide hyaluronique. Il s’agit d’une substance gélatineuse naturellement présente dans le liquide articulaire qui aide à lubrifier et à protéger l’articulation.

Tous ces traitements visent à réduire la douleur et à améliorer la mobilité articulaire plutôt qu’à réparer le cartilage endommagé. Chez certaines personnes, ils procurent un soulagement temporaire. Cependant, lorsque les lésions articulaires sont graves, il est possible que le remplacement total de l’articulation soit l’unique solution envisageable.

Mais que se passerait-il si l’on pouvait dépister l’arthrose beaucoup plus tôt, avant même l’apparition de la douleur et des lésions irréversibles ?

La prévention et l’intervention précoces peuvent réduire la douleur, préserver la mobilité et diminuer considérablement les coûts en soins de santé. Le défi a toujours été de détecter l’arthrose suffisamment tôt pour pouvoir agir.

Diagnostic précoce

C’est dans ce contexte que les nouvelles technologies de diagnostic pourraient apporter une avancée décisive. Chaque composé chimique présent dans l’organisme possède une structure moléculaire unique qui, lorsqu’elle est analysée, produit un profil distinctif appelé « signature spectrale ».

Cette signature révèle la composition chimique d’un échantillon, comme du sérum sanguin par exemple. Chez les personnes atteintes d’arthrose, les chercheurs ont observé de légers changements au niveau de l’inflammation, du métabolisme et du renouvellement tissulaire susceptibles de modifier ce profil chimique.

On peut étudier ces signatures grâce à une technique appelée spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier en réflectance totale atténuée[JG2]. Malgré son nom intimidant, le principe est simple.

On expose un petit échantillon de sang à une lumière infrarouge, et la façon dont cette lumière est absorbée fournit des informations sur les types de molécules présentes. Les changements dans les protéines, les lipides et d’autres biomolécules peuvent laisser des signatures mesurables, que les chercheurs considèrent comme des indicateurs potentiels de l’arthrose.

Ces approches sont principalement utilisées dans le cadre d’études et ne font pas encore partie des soins cliniques courants. Même si elles n’en sont qu’à un stade précoce, ces recherches sont importantes, car elles pourraient permettre d’identifier plus tôt les risques d’arthrose et de mettre en place des mesures de prévention ainsi que des traitements ciblés pour protéger la santé des articulations.

En combinant cette approche à l’analyse computationnelle, les chercheurs peuvent distinguer des structures chimiques complexes associées à la maladie. Concrètement, il s’agit de comparer des échantillons sanguins de personnes atteintes ou non d’arthrose afin de détecter des différences invisibles à l’œil nu. Des approches similaires peuvent être utilisées avec d’autres techniques de laboratoire, telles que la spectroscopie et des outils de biologie moléculaire, pour identifier des biomarqueurs liés à une maladie articulaire précoce.


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Une détection hâtive pourrait transformer la prise en charge de l’arthrose. La reconnaissance d’un problème avant l’aggravation des symptômes permettrait aux personnes concernées d’agir plus tôt, grâce à des exercices ciblés, à la gestion du poids, à la prévention des blessures et à des stratégies de traitement personnalisées.

Les années de douleur et de limitations ne devraient pas être une fatalité en cas d’arthrose. En mettant l’accent sur la détection précoce et la prévention plutôt que sur le traitement à un stade avancé, on pourrait modifier l’évolution de la maladie et améliorer la qualité de vie de millions de personnes dans le monde.

La Conversation Canada

Atiqah Aziz est affiliée au groupe d’ingénierie tissulaire (TEG) du Centre national d’excellence pour la recherche et l’apprentissage en orthopédie (NOCERAL), département de chirurgie orthopédique de la faculté de médecine de l’Université Malaya, 50603 Kuala Lumpur, Malaisie.

ref. De plus en plus de jeunes adultes souffrent d’arthrose. Un diagnostic précoce peut éviter les dommages irréversibles – https://theconversation.com/de-plus-en-plus-de-jeunes-adultes-souffrent-darthrose-un-diagnostic-precoce-peut-eviter-les-dommages-irreversibles-275621

Rétro-innovation : ce que la Lofi Girl doit à la musique d’ascenseur

Source: The Conversation – in French – By Albéric Tellier, Professeur Agrégé des Universités en sciences de gestion, Université Paris Dauphine – PSL

Connaissez-vous la Lofi Girl ? Derrière ce nom se trouve un site de diffusion de musique d’ascenseur, revisitée et rebaptisée « lofi hip-hop »,
sur lequel se connectent simultanément de 30 000 à 50 000 personnes chauqe jour. On trouve ce flux essentiellement sur YouTube avec les images d’une étudiante à son bureau (d’où le nom, Lofi Girl). Idéale pour les personnes en recherche de concentration, cette innovation trouve sa source dans l’histoire de son ancêtre quasi centenaire, la « muzak ». L’occasion de découvrir une forme d’innovation parfois oubliée : la rétro-innovation.


Depuis le 11 mars 2026, le site Arte.tv propose Une histoire de la musique d’ascenseur. De la muzak au streaming. Ce documentaire de David Unger est rigoureux et passionnant. Il relève justement que la musique fonctionnelle, née il y a quasiment un siècle, est désormais omniprésente dans les playlists proposées par les plateformes de streaming, comme Deezer ou Spotify.

Mais si l’on pousse l’analyse encore plus loin, il est possible de mettre au jour un lien entre la musique d’ascenseur et les nouveaux services de diffusion de musique en ligne comme la « Lofi Girl ». Plus généralement, comprendre cette filiation offre une occasion de mettre en exergue les bénéfices d’une forme d’innovation encore trop peu étudiée : la rétro-innovation.

Une musique aseptisée, sans affects

Dès les années 1930, l’américain George Squier a l’intuition qu’il y a un marché pour la diffusion de programmes destinés à être davantage entendus qu’écoutés. Il fonde alors la société Muzak qui propose une musique aseptisée, vidée de toute substance émotionnelle et de finalité artistique : c’est un mélange d’airs classiques bien connus et de morceaux de jazz, agrémentés d’arpèges de violons, de chœurs, et d’un soupçon de swing.

Dans les années 1950-1960, Muzak vit son âge d’or. Études après études, elle promet à ses clients une augmentation de la productivité des ouvriers, une baisse de l’absentéisme, une amélioration de la concentration et du moral des salariés, et même une baisse de leur tension artérielle !




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Succès impressionnant

Son succès est si impressionnant que les maisons de disques lui emboîtent le pas et se lancent dans la production de cette musique que l’on qualifie désormais d’easy listening. Capitol lance la série Background Music, Mercury fait de même avec Music To Live By ainsi que Columbia avec sa collection Music for Gracious Living. On voit alors fleurir des disques thématiques aux pochettes et titres improbables, qui font aujourd’hui sourire, voire dérangent un peu : Music for Dreaming, Music for Barbecue, Music for Lovers Only, Music for Bachelors, Music for Cooking Gas, Music to Strip by

La société Muzak continue à proposer sa musique jusqu’au début du vingtième siècle, mais l’explosion des radios musicales puis l’arrivée du streaming contribueront à son déclin. Déclarée en faillite en 2011, elle est rachetée par Mood Media, une société canadienne spécialisée dans les solutions audiovisuelles pour entreprise. Mais l’idée de proposer de la musique en dissociant les fonctions esthétique et utilitaire n’a pas pour autant disparu. Elle est même à l’origine d’un phénomène récent qui fascine autant qu’il déroute : l’engouement pour la Lofi Girl.

Le phénomène Lofi Girl

Il est possible aujourd’hui d’écouter sur YouTube de la musique diffusée en direct 24 heures sur24 et 7 jours sur 7 sur la chaîne de la Lofi Girl. On y entend des morceaux instrumentaux, aux mélodies simples, aux basses profondes et aux rythmes d’inspiration hip-hop particulièrement lents. Ces airs apaisants, censés faciliter la concentration et la réflexion, sont simplement accompagnés d’une image animée qui semble tout droit sortie d’un film de Miyazaki : une jeune adolescente prend des notes sur un carnet et tourne régulièrement la tête vers son chat qui se prélasse devant la fenêtre.

Imaginée en 2015 par Dimitri Somoguy, un étudiant français alors âgé de 20 ans, cette chaîne a largement profité des confinements successifs imposés par la crise du Covid-19 en permettant à des internautes du monde entier de mieux supporter l’isolement et éviter la procrastination en situation de télétravail. La chaîne compte aujourd’hui plus de 15,5 millions d’abonnés.

Entre 30 000 et 50 000 personnes y sont connectées simultanément et profitent d’un programme modifié chaque jour. Autour du personnage de la Lofi Girl évolue désormais une communauté de fans à laquelle sont proposés des services de dialogue en ligne, de réseau social, des applications pour smartphones, des produits dérivés ou encore des événements à suivre en ligne.

Des partenariats pour monétiser l’audience

Les points communs entre la société Muzak et la création de Dimitri Somoguy sont nombreux. Dans les deux cas, il s’agit de diffuser de la musique en flux continu à des abonnés en mettant en avant certaines propriétés du contenu proposé. La chaîne originale, Lofi Hip Hop Radio, est censée faciliter la réflexion et la relaxation tandis que les suivantes, créées au vu du succès rencontré, proposent des programmes propices à la concentration, au jeu, au rêve, à la bonne humeur, etc.

Lofi Girl, 2023.

Afin de monétiser son audience, Lofi Girl multiplie les partenariats avec plusieurs marques. En 2023, un programme musical conçu pour jouer aux Lego a été développé en collaboration avec la célèbre marque danoise. De même, en mars 2024, une playlist A Very French Journey a été lancée afin de soutenir le lancement de la Renault 5 électrique. Plus largement, le site Lofigirl.com propose désormais des offres de diffusion sous licence pour des magasins, des espaces de divertissement, des agences de publicité, etc.

Une remise au goût du jour inattendue

On le voit, indépendamment de sa réussite incontestable, le projet de Dimitri Somoguy ne doit pas être considéré comme une rupture totalement inédite dans l’histoire de l’industrie musicale, mais plutôt comme une remise au goût du jour d’un concept, la musique fonctionnelle, déjà envisagé près d’un siècle auparavant.

À sa manière, Dimitri Somoguy a démontré la puissance de la rétro-innovation : il est parvenu à introduire de la nouveauté dans un domaine établi et non pas sur le besoin fondamental que d’autres bien avant lui avaient détecté, mais sur la manière de le satisfaire et de l’exploiter d’un point de vue économique.

Un exemple emblématique de rétro-innovation

La rétro-innovation peut être définie comme la réutilisation de pratiques, d’idées ou de technologies anciennes que l’on va adapter à un nouveau contexte. En d’autres termes, elle consiste à proposer sur le marché un procédé, un produit ou un service, qui va être perçu comme nouveau par la population visée, alors qu’il reprend des éléments déjà élaborés dans un passé plus ou moins lointain. Trois types génériques de rétro-innovation peuvent être envisagés :

  • la rétro-innovation « sur la forme », qui consiste à intégrer dans une offre nouvelle des éléments d’apparence ou de design d’une époque révolue ;

  • la rétro-innovation « sur le besoin », qui consiste à satisfaire des attentes nouvelles en utilisant des solutions anciennes tombées dans l’oubli ;

  • la rétro-innovation « sur le format », qui consiste à revisiter une offre ancienne en tirant profit de technologies nouvelles.

La rétro-innovation sur la forme est sans doute la plus facile à envisager et les cas ne manquent pas. Le succès mondial de la limonade Lorina, après réintégration de la bouteille en verre gravé et du bouchon en céramique, ou des réfrigérateurs Smeg au design vintage, offrent de très bons exemples. Elle consiste le plus souvent à tirer profit de l’attrait des consommateurs pour les produits « à l’ancienne » et les formes évocatrices d’une époque souvent idéalisée. Ce marketing de la nostalgie est généralement considéré comme une stratégie particulièrement efficace dans de nombreux secteurs, et l’industrie de la musique ne fait pas exception.

Retrouver des solutions abandonnées

La rétro-innovation sur le besoin cherche à tirer profit de solutions anciennes qui ont été abandonnées non parce qu’elles étaient « mauvaises », mais du fait des évolutions économiques, politiques ou sociétales. Les services de consigne pour les contenants en verre ont disparu à l’arrivée du plastique, alors considéré comme une substance bon marché et pratique. Mais la prise de conscience de ses effets catastrophiques sur l’environnement contribue à un possible retour des consignes, non sous leur forme originale, mais en bénéficiant de l’apport de technologies récentes (applications sur smartphones, QR codes, géolocalisation…).

Enfin, la rétro-innovation sur le format consiste à reprendre des concepts anciens ayant fait leurs preuves, mais tombés dans l’oubli, et de les remettre au goût du jour grâce à des technologies nouvelles. La Lofi Girl possède toutes les caractéristiques d’une rétro-innovation sur le format. Curieusement, ce type de démarche reste peu abordé dans la littérature spécialisée alors que les résultats qu’elle permet d’obtenir sont potentiellement très intéressants.

Recommencer pour innover

Nos recherches montrent que deux voies principales peuvent être explorées. Tout d’abord, l’examen de brevets peut être particulièrement intéressant dans une démarche de rétro-innovation. En effet, de très nombreux brevets ne donnent pas lieu au lancement d’offres nouvelles : le détenteur échoue dans sa tentative d’exploitation économique, des inventions concurrentes ont les faveurs du marché, les consommateurs restent fidèles à des solutions déjà éprouvées, etc.

Examiner des brevets anciens, tombés dans le domaine public, peut ainsi permettre de redécouvrir des inventions ayant échoué, mais qui pourraient avoir une « deuxième chance » dans un nouveau contexte.

Hors frontières, 2020.

Une question de standards

La rétro-innovation peut aussi s’appuyer sur l’analyse des phases de formation des designs dominants typiques des cycles de développement des nouveaux marchés. Rappelons ici qu’un design dominant désigne une configuration qui s’impose de telle sorte que les concurrents œuvrant au sein de la même industrie doivent l’adopter pour survivre et se développer. Par exemple, le marché naissant de la machine à écrire a vu une guerre sans merci entre différents types de claviers avant que le QWERTY ne s’impose.

Il en a été de même dans la musique avec l’affrontement d’Edison, partisan de supports en forme de cylindre, et Emile Berliner, défenseur du format disque qui s’est imposé. Dans ces périodes de « bouillonnement créatif » où le potentiel des nouvelles technologies n’est pas bien connu, où le marché reste à construire et où les usages n’ont pas encore émergé, les entrepreneurs multiplient les initiatives, cherchent à se démarquer, essaient, échouent, recommencent… Les périodes « pré-design » sont à la fois fascinantes à étudier pour les historiens et potentiellement riches d’idées à récupérer pour les innovateurs.

Une ruse de l’histoire ?

Le rêve initial de George Squier était de proposer au grand public de la musique par abonnement, via les lignes électriques domestiques, puis le réseau téléphonique. Opposé à la radio hertzienne qui s’est finalement imposée, il s’est vu dans l’obligation d’exploiter d’autres segments de marché. En proposant ses programmes aux entreprises du monde entier, il a non seulement créé un géant de la musique fonctionnelle, mais aussi permis à une lignée d’innovations de voir le jour et de se déployer sur plus d’un siècle.

Une histoire qui devrait inspirer tous les innovateurs et les inciter à regarder, parfois, dans le rétroviseur.

The Conversation

Albéric Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rétro-innovation : ce que la Lofi Girl doit à la musique d’ascenseur – https://theconversation.com/retro-innovation-ce-que-la-lofi-girl-doit-a-la-musique-dascenseur-278628

IA : pourquoi former une « tête bien faite » n’a jamais été aussi crucial

Source: The Conversation – in French – By Clément Duhart, Enseignant systèmes embarqués, docteur en informatique, Pôle Léonard de Vinci

Alors que l’intelligence artificielle générative produit des textes, des images et des raisonnements toujours plus convaincants, une question éducative essentielle émerge : que signifie encore comprendre ? À l’ère de la surcharge informationnelle, former une « tête bien faite » ne consiste plus à accumuler des savoirs, mais à apprendre à juger de leur profondeur, de leur validité et de leur inscription dans le réel.


Des étudiants peuvent rendre aujourd’hui des travaux irréprochables sur la forme : structurés, argumentés, parfois brillants. Pourtant, lorsqu’on les interroge, un malaise affleure. Ils peinent à expliquer ce qu’ils ont réellement compris, à justifier leurs choix, à relier ce qu’ils ont produit à une expérience vécue ou à une situation concrète. L’intelligence artificielle (IA) générative n’est pas toujours la cause directe de cette situation, mais elle en est un révélateur puissant. Car si produire de l’information n’a jamais été aussi simple, comprendre ce que l’on fait n’a jamais été aussi exigeant.

Connaître, savoir, comprendre : une distinction devenue centrale

À l’ère de l’IA, la question éducative ne peut plus être pensée en termes d’accumulation de connaissances. Elle impose de clarifier ce que l’on entend par connaître, savoir et comprendre, et d’interroger la manière dont ces dimensions s’articulent dans les processus d’apprentissage.

Deux grandes traditions épistémologiques permettent d’éclairer cette distinction. Le scientifique Michael Polanyi a montré que toute connaissance humaine comporte une part irréductiblement tacite : elle est enracinée dans l’expérience, l’action et l’engagement du sujet. « Nous savons plus que ce que nous pouvons dire », écrit-il, soulignant que la compréhension précède souvent sa formulation explicite. Cette connaissance en acte, souvent implicite, se construit dans le faire, l’essai, l’erreur et la confrontation au réel.

À l’inverse, le philosophe Gaston Bachelard a établi que le savoir scientifique ne procède pas d’un simple prolongement de l’expérience. Il exige une rupture avec les évidences premières et avec l’opinion, au prix d’un travail de construction rationnelle, critique et abstraite. « La science ne procède pas de l’opinion », rappelait-il, insistant sur la nécessité de former l’esprit à poser des problèmes plutôt qu’à accumuler des réponses.

Former une « tête bien faite », ce n’est donc ni accumuler des savoirs abstraits, ni se contenter d’une expérience brute. C’est apprendre à tenir ensemble ces deux dimensions : l’expérience vécue et la construction conceptuelle, l’action et la réflexivité.

Ce que l’IA sait faire – et ce qu’elle ne peut pas faire

Les systèmes d’intelligence artificielle excellent précisément là où le savoir est formalisable : calcul, synthèse, reproduction, mise en forme. Ils prennent en charge une part croissante du savoir explicite, stabilisé, calculable. Mais ils opèrent dans un régime spécifique : celui de la corrélation statistique et de la production d’énoncés plausibles.

L’IA ne connaît pas le monde, elle ne le comprend pas. Elle n’a ni expérience, ni rapport incarné au réel, ni accès aux conditions de pluralisme des phénomènes qu’elle décrit. L’information qu’elle génère est par nature probabiliste – elle repose sur des calculs de vraisemblance issus de corrélations statistiques plutôt que sur une compréhension des causes, contingente – elle dépend des données, des contextes d’énonciation et des paramètres techniques, et révisables – en ce sens qu’elle peut être corrigée, contredite ou reformulée à tout moment sans que cela n’implique une progression interne de la compréhension.

Cette distinction est aujourd’hui au cœur des travaux contemporains sur les usages éducatifs de l’IA, qui montrent que l’automatisation de certaines tâches cognitives peut, si elle est mal encadrée, appauvrir l’exercice du jugement critique.

Plus les productions de l’IA deviennent convaincantes, plus le risque est grand de confondre cohérence formelle et compréhension réelle, à savoir paraître véridique en lieu et place d’un énoncé prudent et ouvrant le dialogue.

Mesurer la complexité : une compétence qui s’apprend

Face à cette situation, un enjeu éducatif majeur émerge : la capacité à mesurer la complexité des choses. Distinguer ce qui relève de la surface informationnelle de ce qui engage une compréhension structurée. Apprécier les niveaux de profondeur d’un problème, d’un système ou d’une situation.

Or cette capacité ne se décrète pas. Elle se construit progressivement par l’expérience du réel. Elle suppose un travail actif de confrontation entre ce que l’on anticipe théoriquement et ce que révèle l’épreuve de la réalisation concrète. C’est dans l’écart, toujours instructif, entre le modèle et l’expérience que s’affinent les critères de jugement et que se développe une intelligence véritablement située, au sens où elle articule savoir formalisé et connaissance vécue.

Le savoir ne devient opérant qu’à condition d’être éprouvé, mis en tension avec le réel, réajusté à la lumière de ses résistances et de ses surprises. Inversement, l’expérience brute, si elle n’est pas reprise dans un cadre réflexif et conceptuel, demeure muette et difficilement transmissible. La formation doit donc organiser les conditions de cette circulation exigeante entre théorie et pratique, abstraction et incarnation.

Une révolution pédagogique autant que technologique

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos outils. Elle intervient au cœur même des fonctions cognitives supérieures : mémoire externalisée, accès instantané à l’information, génération de raisonnements apparents. Là où les technologies précédentes amplifiaient des capacités humaines déjà constituées, l’IA en reconfigure désormais l’équilibre.

L’enjeu éducatif se déplace en conséquence. Il ne s’agit plus principalement d’apprendre à produire ou à restituer de l’information mais d’apprendre à en évaluer la profondeur, la cohérence, les conditions de validité et les effets dans le réel. Cette mutation rejoint les analyses du sociologue Edgar Morin sur la pensée complexe, qui soulignent la nécessité de former des esprits capables de relier, de contextualiser et d’affronter l’incertitude plutôt que de réduire le réel à des réponses simplifiées.

Des travaux récents en sciences cognitives et en sciences de l’éducation montrent d’ailleurs que l’usage substitutif de l’IA peut conduire à une forme de délégation cognitive excessive, réduisant l’engagement intellectuel et la mémorisation à long terme, là où un usage réflexif et critique peut au contraire renforcer l’apprentissage.

Former des ingénieurs – et des citoyens – capables de juger

Former une tête bien faite à l’ère de l’IA implique ainsi de ne pas confondre délégation cognitive et renoncement intellectuel. Il s’agit de former des sujets capables de faire usage de systèmes puissants sans s’y soumettre, capables de maintenir une exigence de sens là où la machine ne produit que de la forme.

Chez IONIS, le développement des IONIS Institute of Technology (I2T) sur nos campus procède d’une conviction forte : si nos étudiants ingénieurs doivent maîtriser les technologies de l’intelligence artificielle, ils doivent tout autant apprendre à en éprouver les limites par la confrontation au réel. Le laboratoire, l’atelier et l’expérimentation deviennent alors des lieux centraux de formation du jugement.

Former de bons ingénieurs – et plus largement des citoyens éclairés – consiste à cultiver un esprit critique, mesuré et évolutif, nourri par l’expérience concrète, le faire et le défaire. À l’ère de l’IA, la question essentielle n’est donc pas seulement ce que nous attendons de la machine mais bien ce que nous attendons de l’humain : sa capacité à comprendre, à créer et à décider avec discernement dans des environnements incertains et technologiquement augmentés.

The Conversation

Clément Duhart ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. IA : pourquoi former une « tête bien faite » n’a jamais été aussi crucial – https://theconversation.com/ia-pourquoi-former-une-tete-bien-faite-na-jamais-ete-aussi-crucial-278556

Discriminations anti-musulmans : ce que révèle la défenseure des droits

Source: The Conversation – in French – By Haoues Seniguer, Professeur associé, Sciences Po Lyon, laboratoire Triangle, ENS de Lyon; Université Paul Valéry – Montpellier III

La défenseure des droits Claire Hédon a fait paraître, fin 2025, un rapport sur les discriminations fondées sur la religion. Celui-ci étaye et objective, à partir de témoignages, de commentaires circonstanciés et légalement fondés, des discriminations qui affectent des personnes en raison d’une appartenance avérée ou présumée à l’islam.


Le rapport de la défenseure des droits Claire Hédon constitue une contribution importante pour documenter la réalité de l’islamophobie en France. La défenseure relève :

« La hausse des discriminations ayant un motif religieux semble s’observer quelle que soit la religion. Elles restent toutefois nettement plus souvent rapportées par les personnes qui déclarent être de religion musulmane ou être considérées comme telles (34 % d’entre elles) que par les personnes se déclarant d’une autre religion (19 %), incluant la religion juive ou encore le bouddhisme, ou celles de religion chrétienne (4 % seulement déclarent avoir été discriminés en raison de cette religion). »

La focalisation sur le voile islamique

Le rapport propose à cet effet une analyse juridique des réclamations de personnes s’estimant en être victimes. De telles discriminations oscillent entre stéréotypes de différentes espèces, et interprétations abusives du principe laïque.

Le voile, qui fait l’objet depuis plus de trois décennies d’une focalisation médiatique et politique, est le principal motif occasionnant des situations litigieuses. La défenseure souligne une « surreprésentation des femmes musulmanes portant le voile dans les saisines ». Ainsi 31 % des saisines du défenseur proviennent de femmes musulmanes contre 9 % pour les hommes musulmans.

La défenseure cite, par exemple, l’expérience d’une maman voilée désireuse d’accompagner la classe de sa fille scolarisée en CE2. Cette dernière se vit opposer une fin de non-recevoir par l’institutrice au motif qu’elle aurait été en charge d’un groupe d’élèves et qu’à ce titre il lui aurait été impossible, à cause de « la loi de la laïcité » : une lecture à l’évidence erronée de la loi du 15 mars 2004, qui ne s’applique qu’aux seuls élèves.

D’autres situations sont rapportées, avec une interprétation tout aussi infondée de ladite loi : des diplômées sont « interdites d’accès à la cérémonie de remise de leur diplôme », alors même que les anciens élèves et éventuels futurs étudiants ne sont pas soumis à l’obligation de neutralité. D’autres cas font état de discriminations dans l’enseignement supérieur pour port du foulard, pourtant tout à fait licite dans ce cadre. Et que certains partis et personnalités voudraient envers et contre tout absolument proscrire.

Plus préjudiciables encore sont les discriminations émanant de fonctionnaires ou d’autorités dépositaires de la force publique, censées connaître la loi, ses domaines d’application et faire montre d’exemplarité : un maire refusa la tenue, par une femme revêtue d’un voile, d’un stand sur un marché de Noël communal, l’astreignant à un devoir de neutralité, abusif en l’espèce, dans la mesure où il ne s’agissait pas d’une mission de service public. À ce titre, il est permis de dire que les femmes voilées sont exposées « à un harcèlement moral discriminatoire » jusques et y compris sur leurs lieux de travail.

Discriminations au travail

Les personnes de confession musulmane rencontrent aussi des difficultés d’insertion professionnelle particulières. Il ressort du rapport que lorsqu’elles travaillent, ces dernières occupent « moins souvent » des positions « qualifiées » (12 % de cadre et 22 % d’intermédiaire) ; elles sont « souvent employées » (36 %) ou ouvrières (30 %), « professions exposées à une forte rotation de main-d’œuvre ». Pour ce qui est du secteur privé, sur des postes à contrat précaires, 27 % de ceux qui les occupent sont musulmans « contre 13 % parmi ceux de confession chrétienne ou 16 % de ceux sans religion ». Le niveau de discriminations éprouvées « dans le déroulement de carrière » est plus prégnant chez les femmes que chez les hommes de confession islamique.

Autre cas emblématique de ce soupçon construit et perpétué cette fois-ci par de grands commis de l’État : un individu s’est vu empêché de candidater à un emploi de policier adjoint « en raison d’une marque sur le front (dermatose dévotionnelle appelée « tabaâ »), conséquence de sa pratique assidue de la prière musulmane », et qui est en outre généralement involontaire. Pour justifier une telle mesure, le préfet évoqua à la fois la crainte « d’un risque de radicalisation » et de non-respect des obligations de neutralité et de laïcité si le candidat devait être recruté.

Les situations de discrimination, est-il également précisé, touchent aussi bien le secteur public que le secteur privé ; il est même question d’un harcèlement « d’ambiance » qui traduit un doute ou un soupçon exacerbé sur des personnes physiquement assimilées à l’islam, comme ces « blagues répétées sur la religion » d’un salarié, lors de réunions de travail, « en raison de ses convictions religieuses », du colportage de rumeurs à son sujet, etc. C’est ce que l’on pourrait qualifier d’expression manifeste d’une culture du soupçon, avec le prétexte des violences djihadistes ou islamistes pour en légitimer le bien-fondé. La visibilité musulmane en serait soit un signe avant-coureur, soit un symptôme.

Quels sont les ressorts de ces discriminations ?

Un tel rapport est l’occasion de s’interroger plus avant sur les ressorts de ces discriminations religieuse ou ethnoreligieuse, en relevant certaines analogies, impérativement prudentes, avec d’autres périodes de l’histoire française.

Aujourd’hui, l’antisémitisme n’a pas disparu et l’islamophobie, ou haine anti-musulmans, l’a rejoint, apparaissant comme un racisme courant, presque banal. Mais à y regarder de près, il semble que les mêmes mécanismes soient à l’œuvre dans les deux cas de racisme, puisqu’il s’agit d’interroger « la légitimité présentielle » des uns et des autres autrement dit leur « francité » ou appartenance au corps des citoyens, à égalité avec les autres.

À la fin du XIXe siècle et au cours du siècle suivant, la République et la laïcisation furent dénoncées par certains comme des forces corruptrices, accusées de dissoudre la nation française et sa prétendue pureté ethnique. Parce qu’elles reposaient sur un principe d’indifférence à la couleur de peau, à l’origine ou à la religion, elles étaient soupçonnées de faciliter la « contamination » du pays par des éléments étrangers ou allogènes – au premier rang desquels les juifs – en leur ouvrant l’accès « aux charges de l’État », comme s’en offusquait notamment Maurice Barrès.

De nos jours, sur les réseaux sociaux et sous la plume de certains leaders d’opinion ou de quelques rares académiques, un fonctionnaire d’État ou un homme politique de type maghrébin, et éventuellement musulman, pourra être facilement soupçonné de faire de « l’entrisme » ou de pratiquer une tactique de « dissimulation » (taqya), en vue de cacher ses véritables intentions séditieuses, au service de l’islam politique.

Entrisme et séparatisme constituent ainsi deux accusations commodes, dans la mesure où elles peuvent directement ou indirectement cibler des musulmans visibles dans l’espace public en faisant l’économie d’un procès en racisme. C’est en ce sens que la stigmatisation à l’égard des musulmans est qualitativement différente de celle qui visait jadis, plus frontalement, les juifs, et ce, de manière on ne peut plus indistincte.

C’est contre la République qu’a pu s’exprimer l’antisémitisme, or, par un retournement extraordinaire, c’est au nom de cette même République et de sa laïcité que l’islamophobie peut se donner libre cours, en prétextant une lutte contre « l’islamisation ».

L’essayiste Renaud Camus offre un bon exemple à la fois d’une migration de l’antisémitisme d’antan vers une islamophobie bon teint par le recours au prétendu « grand remplacement » pour vitupérer « le changement de peuple et de population », dont témoigneraient « des rues entières, des avenues, des quartiers entiers […], d’innombrables rames de métro, des quais de gare, des minarets, des femmes voilées ».

En objectivant de multiples discriminations dans le secteur privé et public, le rapport de la défenseure des droits confirme, de façon décisive, l’existence d’une culture suspicieuse à l’égard des manifestations – réelles ou supposées – d’islamité dans l’espace public. Ce travail doit être prolongé par des analyses historiques et sociologiques plus robustes, notamment par l’approfondissement méticuleux des analogies entre antisémitisme et islamophobie.

The Conversation

Haoues Seniguer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Discriminations anti-musulmans : ce que révèle la défenseure des droits – https://theconversation.com/discriminations-anti-musulmans-ce-que-revele-la-defenseure-des-droits-276698

Comprendre Balzac grâce au jeu de rôle « Donjons et Dragons »

Source: The Conversation – in French – By Harsh Trivedi, Teaching Associate French, School of Languages, Arts and Societies., University of Sheffield

Entre le célèbre jeu de rôle et la méthode de l’auteur de *la Comédie humaine*, des points communs surprenants. Louis-Auguste Bisson/Canva, CC BY-SA

On pourrait croire que l’originalité découle d’une liberté sans limites, mais le célèbre jeu de rôle Donjons et Dragons suggère le contraire. Il propose, à partir d’un petit nombre de facteurs à combiner, de créer des personnages qui semblent infiniment distincts. Un « paladin demi-elfe » est certes un type de personnage immédiatement reconnaissable, mais aucun « paladin demi-elfe » ne ressemble à un autre qu’une fois le jeu commencé. Dans ce jeu, l’identité ne se crée pas en échappant à la structure, mais en la travaillant ; il en va de même pour les personnages conçus par Balzac dans sa Comédie humaine.


Cela peut sembler surprenant de prime abord, mais les lecteurs du XIXᵉ siècle ont découvert un système très similaire à celui du jeu de rôle Donjons et Dragons dans les romans du romancier français Honoré de Balzac. Son vaste projet littéraire, la Comédie humaine (1829-1848), est construit sur un répertoire limité de « types » sociaux qui deviennent des personnages récurrents à travers près de cent romans et nouvelles.

On y trouve des nouveaux venus provinciaux arrivant à Paris (le Père Goriot, 1835), des ambitieux cherchant à gravir rapidement les échelons sociaux, des journalistes prêts à troquer leurs principes contre de l’influence (Illusions perdues, 1837-1843), des dandys dont l’élégance masque l’insécurité (Splendeurs et misères des courtisanes, 1838-1847), des courtisanes manœuvrant le pouvoir par l’intimité (La Cousine Bette, 1846), des spéculateurs motivés par le risque (la Maison Nucingen, 1837), et de nombreuses « femmes de trente ans » cherchant à sortir de la monotonie provinciale (la Muse du département, 1843). Ces figures sont immédiatement lisibles, mais les personnages qui en émergent semblent étrangement vivants. Loin de produire des stéréotypes, l’œuvre de Balzac génère de l’individualité à travers la combinaison des caractéristiques, leur chevauchement et les circonstances dans lesquelles elles se déploient.

Des personnages comme autant de points de condensation

Balzac était explicite quant à sa méthode « typologique ». Dans la préface d’Une ténébreuse affaire (1841), il définit un « type » comme un personnage qui « résume en lui-même certains traits caractéristiques de tous ceux qui lui ressemblent plus ou moins ; il est le modèle du genre ». Une telle figure n’est pas un stéréotype, mais un point de condensation, rassemblant des traits communs sans effacer l’individualité.

Le philosophe hongrois Georg Lukács a ensuite repris et approfondi cette idée, en affirmant que les personnages de Balzac synthétisent le particulier et l’universel. Selon lui, ils incarnent des forces sociales générales telles que l’ambition, la spéculation, l’aspiration artistique et le calcul politique, tout en restant pleinement ancrés dans leur monde social.

Ce qui rend Donjons et Dragons particulièrement utile ici, c’est que la création des personnages ne se limite pas à leur race (gnome, nain, elfe…) et à leur classe. Les joueurs doivent également lancer un dé à 20 faces pour déterminer des attributs associés à ces personnages tels que la force, la dextérité, la constitution, l’intelligence, la sagesse et le charisme. Ces valeurs introduisent le hasard dans le système et garantissent qu’aucun personnage ne correspond jamais parfaitement à un modèle idéal. Deux personnages peuvent partager la même classe et le même passé, mais être radicalement différents parce que l’un manque de charisme, l’autre est de constitution fragile ou que le troisième possède une intelligence étonnamment élevée. Le hasard ne sape pas le système. Il l’active.

Une fiche de personnage de Donjons et Dragons
Une fiche de personnage de Donjons et Dragons.
Dodotone/Shutterstock

Balzac comprenait parfaitement cette logique et l’a explicitement exprimée dans la préface de la Comédie humaine, où il expose la philosophie et la structure de l’ensemble du projet. Réfléchissant à la manière dont la fiction produit des personnages réalistes, il écrit :

« Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier. »

Pour Balzac, les types sociaux ne suffisent jamais à eux seuls. Ce qui donne vie à ses personnages, c’est la manière dont les positions fixes se heurtent à la contingence, aux accidents, aux erreurs de jugement et aux occasions manquées. Une carrière bascule à la suite d’une rencontre fortuite (Illusions perdues). Une réputation s’effondre à cause d’une rumeur (la Cousine Bette). Une lettre arrive trop tard (Eugénie Grandet, 1833). Une vie ordinaire est bouleversée par un pacte avec des forces surnaturelles (la Peau de chagrin, 1831). Ces éléments n’annulent pas la typologie, ils la mettent en évidence.

Le « système » balzacien : des personnages qui circulent dans l’œuvre

Dans la Comédie humaine, les personnages de Balzac n’existent pas comme des portraits isolés, mais font partie d’un vaste système soigneusement organisé. Les personnages reviennent d’un roman à l’autre, réapparaissent dans de nouveaux contextes et sont recadrés par des pressions sociales et historiques changeantes. Un journaliste rencontré au début de l’œuvre revient plus tard, compromis ou triomphant. Un arriviste provincial refait surface en tant qu’acteur social endurci. Un écrivain devient un échec commercial ou un succès institutionnel. Cette récurrence ne relève pas d’une répétition gratuite. C’est ainsi que se forge l’individualité.

Une peinture de Balzac en robe de chambre
Un portrait de Balzac, par Louis Boulanger (1836).
Musée des Beaux-Arts de Tours

Le contraste entre les personnages de Lucien de Rubempré et Eugène de Rastignac rend cette logique particulièrement claire. Tous deux arrivent à Paris en tant que nouveaux venus provinciaux (dans Illusions perdues et le Père Goriot). Tous deux sont ambitieux, socialement alertes et parfaitement conscients que le succès dépend de la visibilité, du mécénat et des alliances stratégiques.

Sur le plan typologique, ils occupent une position similaire dans l’univers social de Balzac en tant qu’aspirants provinciaux à l’ascension sociale. Pourtant, leurs trajectoires divergent de manière spectaculaire. Rastignac apprend à lire le système avec précision et s’y adapte avec un succès croissant. Lucien confond reconnaissance et appartenance, talent et protection. Leur différence résulte de la manière dont des éléments similaires interagissent avec le hasard au fil du temps.

Ce schéma se répète tout au long de l’œuvre de Balzac. Dans chaque cas, le type reste lisible, mais la trajectoire personnelle n’est jamais fixée à l’avance. Il s’agit là d’une différence cruciale par rapport à d’autres œuvres cycliques à grande échelle du XIXᵉ siècle, notamment les Rougon-Macquart (1871-1893) d’Émile Zola, où les personnages sont finalement régis par l’hérédité et le déterminisme social et biologique. L’univers de Balzac est structuré, mais il n’est pas fermé. Ses personnages sont façonnés par le hasard et les choix, et ne sont pas prisonniers d’un destin dicté par leur lignée.

Réfléchir à Balzac à travers Donjons et Dragons permet de mettre en évidence une logique de création de personnages qui est souvent considérée comme acquise.

Les grands romanciers ne créent pas des personnages distincts et originaux en abandonnant la structure, mais en la travaillant. La perspicacité de Balzac a été de reconnaître que la vie sociale est déjà organisée selon des rôles, des hiérarchies plus ou moins visibles et des attentes liées au rôle de chacun, et que la fiction devient plus puissante lorsqu’elle montre comment les gens naviguent (et parfois se rebellent) contre ces contraintes.

La Comédie humaine commence avec un ensemble fini de types sociaux et génère des variations infinies grâce à la combinaison, au hasard et au choix. Loin de limiter ses personnages, la typologie balzacienne est précisément ce qui leur permet de demeurer si intensément vivants.

The Conversation

Harsh Trivedi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comprendre Balzac grâce au jeu de rôle « Donjons et Dragons » – https://theconversation.com/comprendre-balzac-grace-au-jeu-de-role-donjons-et-dragons-277280

In war-torn cities, air pollution from burning oil depots and bombed buildings unleashes invisible health threats

Source: The Conversation – USA (3) – By Armin Sorooshian, Professor of Chemical and Environmental Engineering, University of Arizona

A woman sifts through the rubble in her home after it was damaged by a missile on March 15, 2026, in Tehran. Majid Saeedi/Getty Images

The waves of U.S. and Israeli bomb strikes in Tehran and Beirut, and Iran’s missile and drone attacks on neighboring countries in response, are damaging more than buildings – they are sending toxic debris into the air in cities that are home to millions of people.

Military strikes have hit Iran’s missile stockpiles, nuclear facilities and oil refineries. When a strike set fire to an oil depot, it sent toxic black clouds billowing over Tehran and created oily rain that settled on buildings, cars and people. Residents described having headaches and difficulty breathing.

As a chemical and environmental engineer who studies the behavior and effects of airborne particles, I have been following the damage reports to understand the health risks residents are facing as toxic materials get into the air. The risks come from many sources, from heavy metals in the munitions themselves to the materials sent airborne by what they blow apart.

A view acros the city's rooftops with multiple large smoke plumes rising.
Smoke plumes rise from several locations across Tehran following U.S. missile strikes on March 1, 2026.
Atta Kenare/AFP via Getty Images

The invisible enemy during war: Air pollution

A disaster’s effects on air quality and public health depend in large part on what is being destroyed.

The terrorist attacks on New York City’s World Trade Center on Sept. 11, 2001, were localized, but they ejected massive bursts of pollutants into the air. These included gases such as volatile organic compounds and particulates – often called aerosols – containing a myriad of substances, such as dust, polycyclic aromatic hydrocarbons, metals, asbestos and polychlorinated biphenyls.

These pollutants can harm the lungs, making breathing difficult, and worsen cardiovascular problems, contributing to heart attacks, among other health damage. Tiny particles smaller than 2.5 micrometers, called PM2.5, are especially harmful because they can travel deep into the human respiratory system. But larger particles can also bring major airborne health risks.

When buildings are heavily damaged or collapse, the rubble often contains crushed concrete, gypsum and carcinogenic fibrous materials, such as asbestos. Even after the initial dust settles, wind and other disturbances, including efforts to find survivors or clear the rubble, can send those materials back into the air, putting more people at risk.

Many rescue and recovery workers who responded to the World Trade Center collapse in 2001 developed chronic respiratory problems. That’s also a risk for people searching for survivors in bombed buildings after military strikes and later when cleaning up the debris.

Fires create additional hazards as vehicles, buildings and the chemicals and other materials in them burn. The January 2025 fires in Los Angeles sent a stew of dangerous particles and gases into the lower atmosphere. Studies have shown how lead particles that fell to the ground were kicked back up into the air again where people could inhale them, along with other contaminants.

Munitions and oil facilities

Military attacks degrade air quality in other ways. The Gaza Strip, Iraq, Kuwait, Ukraine and most recently Iran and surrounding countries have all faced extensive damage from munitions, which contain toxic materials. Bombs and artillery often contain explosives and heavy metals, such as lead and mercury, which also contaminate soil, water and the environment.

When oil storage facilities and pipelines are damaged, they emit an especially harmful cocktail of pollutants. This chemical blend includes airborne soot particles, which darken the sky and contribute to the “black rain” observed in Iran.

Thick smoke and flames over a row of burned out trucks.
A burning oil depot, hit by a military strike on March 8, 2026, sends black smoke over Tehran, causing black rain to fall in the region.
Hassan Ghaedi/Anadolu via Getty Images

During the Gulf War in 1991, downwind countries experienced similar polluted rain as Kuwait’s oil fields burned. The U.S. Department of Defense found that the smoke plumes contained sulfur dioxide and nitrogen oxides, among other gases and soot.

The severe consequences of environmental pollution during wars prompted the U.S. National Academies of Science, Engineering, and Medicine to publish a series of reports on Gulf War military veterans’ health, starting in the early 2000s. They documented illnesses soldiers suffered after being exposed to chemicals and heavy metals, including from oil well fires. They also examined scientific evidence on potential associations between pollution in war and reproductive and developmental effects in the veterans’ children.

Getting pollution out of the air

Nature, including rain and wind, can help reduce the pollution levels in the air.

Rain helps pull particles out of the air, depositing them back on the ground and surfaces. The raindrops form around particles and also collect more particles as they fall. However, rain has occurred only sporadically since the military attacks began in Iran.

And rain also contributes to runoff into streams, and pollutants can damage crops and contaminate waterways, soil and vegetation.

Wind can help blow pollutants out of an area, though at the expense of downwind sites.

A group of men walk through the remains of a building that collapsed. Several buildings around them are also damaged.
People inspect the rubble of a collapsed building on March 3, 2026, kicking up dust that can harm their health. U.S. Secretary of Defense Pete Hegseth said on March 13, 2026, that 15,000 targets had been hit since the U.S. and Israel began bombing Iran on Feb. 28.
Atta Kenare/AFP via Getty Images

Tehran has another challenge when it comes to pollution because of its terrain. The city is surrounded by mountains and prone to the effects of low-altitude temperature inversions in the wintertime, which concentrates pollutants even more by holding them closer to the ground. These attacks have been slightly outside the coldest periods for Tehran, allowing for deeper mixing of air, but the inversion still has an effect.

Can people in war zones protect their health?

People in war zones, where they are already under stress, can reduce their health risks by staying indoors in the days after military attacks, if possible. Keeping windows and doors closed can help reduce the amount of polluted ambient air that comes inside.

Indoor air quality is just as important as the air outside. For example, infants crawling on floors can be exposed to deposited particles with toxic materials that are tracked in or blow in under sills and doors, similar to wildfire smoke exposure.

As buildings continue to smolder and clearing debris sends harmful particles back into the air, the pollutants can also contaminate agriculture and waterways. People can try to avoid crops, water and seafood that were likely to have been affected by toxic airborne pollutants. However, getting information about risks gets harder in a time of war, and scarcity can leave people with few choices.

The Conversation

Armin Sorooshian does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. In war-torn cities, air pollution from burning oil depots and bombed buildings unleashes invisible health threats – https://theconversation.com/in-war-torn-cities-air-pollution-from-burning-oil-depots-and-bombed-buildings-unleashes-invisible-health-threats-278407

Do you love sleeping with your pet? Science reveals there’s a tricky trade-off

Source: The Conversation – Canada – By Renata Roma, Research Associate – Pawsitive Connections Lab, University of Saskatchewan

For some pet guardians, their pets are present in their lives from the moment they wake up to the moment they go to bed.

This happens because cats, dogs and other companion animals are increasingly perceived as family members. I’m not talking about the distant cousin, for example, but the ones who really take part in our everyday lives.

In some cases, this includes quieter, more intimate moments, like bedtime. Sleeping with your cat or dog can feel comforting, even essential.

In fact, according to a survey conducted by the American Academy of Sleep Medicine, almost half — 46 per cent — of respondents sleep in the same bed with a pet. As a clinical researcher that focuses on the interactions between pet owners and their animals, I work with many people who describe a close relationship with their pets and share a variety of moments with them.

The benefits of this bond is supported by science. Research shows daily interactions with pets can enhance well-being.

But research also suggests any potential benefits to sleeping next to a beloved pet aren’t straightforward: it can feel comforting even as it may quietly disrupt sleep quality.

The emotional logic of co-sleeping with pets

The impact of co-sleeping can be measured through self-reports and questionnaires, as well as with objective tools, like wristwatches that measure what’s happening physiologically during the night.

In studies using subjective measures, many pet guardians report sleeping better when their pets are with them. Other benefits linked with co-sleeping include an increase in feelings of comfort and emotional safety.

In this context, sleeping places us in a state of perceived vulnerability. Sleeping with a pet, particularly one with whom we have a close bond, may reduce this sense of vulnerability while enhancing a sense of safety.

Emotional regulation is another possible mechanism in this context, as feeling safer can lower emotional arousal. In other words, the presence of a pet may simply help pet guardians feel safe and comfortable. Waking up with a pet next to them can bring a sense of happiness, which may lead them to feel they slept well.

At the same time, some studies using standard questionnaires to assess insomnia and sleep quality suggest that co-sleeping with a pet is not linked to lower stress and may increase insomnia and reduce perceived sleep quality.

These mixed findings suggest that the effects of co-sleeping are more complex than they may seem — that how we feel about our sleep doesn’t always match what’s happening in our body.

Co-sleeping from a physiological perspective

we can also investigate the impacts of co-sleeping with pets more objectively, using tools to assess sleep patterns, awakenings during the night and overall sleep quality.

Research suggests that even when pet guardians report better sleep, physiological measures often show more fragmented sleep when they share the bed with their pets. In one study, researchers used a wristwatch-like device to measure people’s movement during the night while they slept with their pets.

They found that even when people felt they slept well, their sleep tended to be more disrupted.

In some cases, these disruptions were related to the pet’s movements during the night. Researchers observed a synchrony in which pet’s movements influenced their guardians’ movement patterns, and vice versa.

Co-sleeping with a pet, therefore, may affect both the person’s sleep and the pet’s sleep. And though these disruptions aren’t uniform, they may depend on the type of animal you share your bed.

Why does disrupt sleep more than cats

There is also evidence that the impact may vary depending on the type and number of pets. People who sleep with dogs may experience more disruption, while those sleeping with cats often report mixed results.

Although the reasons for these differences are unclear, they may be linked to dogs’ greater sensitivity to external stimuli, such as car noise, barking in the neighbourhood and other environmental sounds.

Considering how these experiences can shape mental health and well-being, it is important to note that poor sleep quality over time can impact emotional regulation.

This may appear as lower tolerance for frustration or a reduced ability to manage emotionally challenging situations. Fatigue, depressed mood, difficulty focusing and a range of other symptoms may also be linked to poor sleep.

Taken together, these findings challenge the idea that co-sleeping is simply either good or bad.

Rethinking the “good or bad” debate

Sleeping with a pet seems to be both comforting and disruptive at the same time.

It is a complex behaviour, and understanding people’s motivations behind whether they share their bed is important. In some cases, for example, co-sleeping with a pet can be very meaningful, aligned with people’s needs and potentially linked to comfort and well-being.

At the same time, it is important to keep in mind that our perceptions do not always fully reflect what is happening in the body.

From a practical perspective, a more nuanced understanding of co-sleeping can shed light on how it shapes daily experiences, sleep and overall health. Closer attention to how pets are integrated into our lives can help guardians make decisions that consider both physical and mental health, without neglecting the potential impacts of those decisions on the pet.

Rather than asking whether co-sleeping with your pet is beneficial or harmful, a better questions is what are you prioritizing: emotional comfort or uninterupted sleep? Recognizing the trade-off can help pet guardians make an informed choice.

The Conversation

Renata Roma does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Do you love sleeping with your pet? Science reveals there’s a tricky trade-off – https://theconversation.com/do-you-love-sleeping-with-your-pet-science-reveals-theres-a-tricky-trade-off-277464

Italy: Middle East crisis pushes the Meloni government away from the US

Source: The Conversation – France – By Jean-Pierre Darnis, Full professor at the University of Côte d’Azur, director of the master’s programme in “France-Italy Relations”. Associate fellow at the Foundation for Strategic Research (FRS, Paris) and adjunct professor at LUISS University (Rome), Université Côte d’Azur

The situation in the Middle East represents a negative framework for Italy, which, like its European partners, is a mere spectator watching a conflict that it does not endorse.

Italy is both an exporting nation, sensitive to global economic cycles, and a country characterised by its dependence on fossil fuels, with Italian electricity production largely powered by natural gas.

Both the rise in gas prices and a slowdown in global trade pose a dangerous economic pincer for Italy. This widely shared assessment within the Italian political class underpins Italy’s critical stance towards the conflict.

EU alignment versus handling US relations with care

It is also important to note a shift in Italy’s positioning. Since the beginning of Trump’s presidency, Giorgia Meloni’s government has shown conciliation towards Trump.

While Italy maintained a form of European orthodoxy – supporting Ukraine, expressing a favourable position towards Denmark regarding Greenland – it also tried to please both sides, paranoidly avoiding initiatives that could be perceived as distancing itself from Washington, especially due to concerns over tariffs. From this perspective, Italy remained in the background regarding European defence initiatives led by France and the United Kingdom, from the “coalition of the willing” to the new concept of “forward deterrence”, which sees France collaborating with major European countries, including Germany.

In some ways, this Italian caution may have contributed to a misjudgment by the Italian government, which, for example, did not anticipate Germany’s growing distance from the United States.

In February, Italy’s participation as an observer in Trump’s “Board of Peace” had already raised many questions.

This choice by Meloni’s government appeared as a continuation of an open line towards the American administration, a traditional position she has repeatedly voiced when evoking her vision of Western unity, conceived as a fundamental project. At the time, the left-wing opposition expressed its discontent, while even the Vatican showed its perplexity.

Italy seeks distance on Iran

Following Israel’s and the United States’ military action against Iran, the Italian Prime Minister expressed euphemistic distancing from the United States, declaring in the Chamber of Deputies that the actions of the United States and Israel were taking place outside international law. This amounted to an implicit rejection by Italy, which remains constitutionally committed to legality. Although not a direct condemnation of the Trump administration, this moment marked a turning point, breaking with a government that had previously appeared consistently lenient towards Trump’s positions.

This shift was later confirmed by Italy’s signing, alongside Canada, France, Germany and the United Kingdom, of a letter refusing to send military capabilities to the Strait of Hormuz following a request by Donald Trump.

Keeping energy options open with Tehran

Further factors help explain this position. Italy has always cultivated its relationship with Tehran. Iran had been a privileged partner in Italy’s energy policy, established by ENI under Enrico Mattei since 1957, an agreement that, in some ways, endured even after the 1979 revolution.

Despite sanctions, Italian diplomacy has always sought to maintain channels of dialogue with Tehran. On the other hand, Italians have always been, rightly, extremely critical of military ventures aimed at regime change. In 2011, they had warned – though unheeded – that the fall of Gaddafi’s regime would lead to a scenario of great instability. They were also disillusioned by the withdrawal from Afghanistan, a theatre in which they had invested heavily and where they perceived a form of American betrayal.

Generally, Italy, a country marked by pacifism, does not believe in solutions imposed by force. Thus, the March 2026 attack represents a worst-case scenario for Italians: it creates a risk for their economy, marks a rupture with a country long considered a partner, and defines a military spiral that Italians know to be harmful. This conflict, along with pressures at home, has put the Meloni government in a state of crisis, as it has made Atlantic loyalty a hallmark, in keeping with the line expressed by the Italian right since Silvio Berlusconi.

The Italian context

Italian domestic politics have been characterised by competition over the recent government-backed justice referendum – a key test for Meloni, who, despite this defeat, is continuing as PM**. The events in Minneapolis and the blatant violations of freedoms by U.S. federal forces have contributed to Italy’s cautious stance towards judicial reform, perceived as an untouchable shield for democracy.

References to Trump now act as a repellent for the entire Italian political class, including the right. This factor played a role in the vote against the referendum, which is a major blow for Meloni. It is also worth noting that the visit of Palantir CEO Peter Thiel to Rome in March 2026 sparked both calculated political indifference and an outcry among Catholic circles: Thiel was labelled a heretic and an opponent of the social doctrine of a religious institution that remains steadfast in its defence of democracy.

This distance from America’s tech-right contrasts with the warm welcome Giorgia Meloni had reserved for Elon Musk until 2024.

The radicalisation of Trump’s position is pushing the Italian government to clarify its pro-European choice, a painful evolution for a political camp whose visceral Atlanticism feels betrayed by the United States.

The Conversation

Jean-Pierre Darnis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Italy: Middle East crisis pushes the Meloni government away from the US – https://theconversation.com/italy-middle-east-crisis-pushes-the-meloni-government-away-from-the-us-274314

La ZEE française, levier de puissance pour Paris dans le duel Washington-Pékin

Source: The Conversation – France in French (3) – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

La France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde, répartie sur tous les océans grâce à ses territoires d’outre-mer. En la matière, elle n’est devancée que par les États-Unis. Mais qu’est-ce exactement qu’une ZEE, et qu’apporte-t-elle à la diplomatie, à l’économie et à la stratégie de Paris ?


On décrit souvent la France comme une puissance continentale en reflux. Pourtant, sa zone économique exclusive (ZEE) – un espace maritime de près de 11 millions de kilomètres carrés – lui confère une géographie mondiale. Dans un XXIᵉ siècle dominé par la rivalité États‑Unis/Chine, les océans redeviennent le lieu où se jouent les rapports de force : routes commerciales, câbles sous‑marins, ressources halieutiques et minérales…

Que change réellement la ZEE à la puissance française, et à quelles conditions cet atout devient‑il autre chose qu’un chiffre impressionnant ? Notre approche est volontairement descriptive : elle vise à clarifier les mécanismes plutôt qu’à promettre une recette miracle. Nous privilégions le temps long et les dynamiques des grands acteurs, en particulier les États‑Unis et la Chine.

Un atout et une responsabilité

La mer n’est pas un décor. Elle est une infrastructure, un espace économique et un théâtre de puissance. Cette idée, classique depuis Alfred Thayer Mahan, revient au centre des débats au moment où l’Indo‑Pacifique devient la région clé de l’économie mondiale et de la compétition stratégique.

L’histoire mondiale est aussi une histoire de la mer : les puissances qui contrôlent les flux contrôlent une part du monde. Dans cette lecture, l’hégémonie américaine depuis 1945 s’explique en bonne partie par une supériorité navale et par un réseau d’alliances garantissant la liberté des routes. De même, la montée en puissance chinoise s’accompagne logiquement d’une ambition maritime : une puissance exportatrice et importatrice ne peut accepter de dépendre durablement d’un système contrôlé par un rival. Cet arrière-plan historique explique pourquoi la mer redevient, aujourd’hui, un espace de compétition systémique.

Dans cette configuration, la France possède un atout singulier : un vaste domaine maritime, largement ultramarin, qui la place dans tous les océans.

Mais un atout n’est pas une politique. Une ZEE « immense » n’implique pas automatiquement une puissance « immense ». Elle impose des obligations : surveiller, administrer, arbitrer les usages, protéger des infrastructures et faire respecter le droit. Elle révèle aussi une contrainte : la puissance maritime se mesure à la durée, donc à la capacité de présence.

En 2026, que vaut réellement la ZEE française comme levier de puissance ?

La ZEE de la France.
Louhansk/Wikimedia, CC BY-NC-SA

Nous répondons en trois étapes. D’abord, nous plaçons le retour du maritime dans le temps long de la rivalité États‑Unis/Chine, en rappelant pourquoi la mer structure l’économie et la sécurité. Ensuite, nous expliquons ce que la ZEE française permet – et ce qu’elle ne permet pas – autour de trois enjeux concrets : ressources vivantes, ressources des grands fonds, câbles sous‑marins. Enfin, nous décrivons, sans posture incantatoire, les conditions minimales d’une ZEE « gouvernée », c’est‑à‑dire d’un espace maritime effectivement administré.

Le retour du maritime dans le temps long : économie, sécurité, normes

La mer comme squelette de la mondialisation

En 2026, l’essentiel du commerce mondial continue de passer par la mer. Conteneurs, hydrocarbures, céréales et équipements industriels circulent sur des routes maritimes relativement stables. Cette dépendance explique un phénomène simple : les points de passage obligés – détroits et canaux – concentrent des vulnérabilités. Une perturbation à Suez, au détroit de Malacca, ou à Ormuz/Bab el‑Mandeb comme aujourd’hui, se transforme rapidement en choc économique.




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La dépendance maritime se mesure aussi dans le domaine de l’énergie. Même lorsque les économies s’engagent dans des trajectoires de décarbonation, le pétrole et le gaz restent déterminants pour le transport et l’industrie. Or, une part importante des flux énergétiques transite par des détroits. Cette configuration rend l’économie mondiale sensible à des crises localisées. Elle explique pourquoi les marines, au‑delà du combat, sécurisent des routes, escortent, et affichent une présence dissuasive.

Le retour des grandes puissances sur mer

Le retour de la mer comme espace stratégique n’est pas seulement une affaire de commerce. C’est aussi une affaire d’armées. Après la fin de la guerre froide, beaucoup ont cru à une baisse durable de la conflictualité maritime. Or l’époque actuelle montre l’inverse : les marines se modernisent, les routes se sécurisent, et les fonds marins deviennent un enjeu.

Cette dynamique est lisible dans l’Indo‑Pacifique, mais elle déborde largement : Arctique, mer Noire, mer Baltique, Méditerranée orientale et, bien sûr, aujourd’hui, dans des zones de tension comme le golfe Persique et la mer Rouge, où les attaques contre le trafic maritime illustrent la vulnérabilité des routes commerciales.

La dimension militaire n’est pas seulement conventionnelle. Les océans sont aussi le sanctuaire de la dissuasion nucléaire pour plusieurs puissances, via les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Cette réalité renforce la centralité stratégique de la mer : contrôler la surface ne suffit pas si l’adversaire peut frapper depuis les profondeurs. La mer devient alors un espace de permanence stratégique, où la capacité d’agir discrètement compte autant que la visibilité des flottes.

États‑Unis/Chine : la rivalité s’ancre dans l’Indo‑Pacifique

La rivalité dominante du siècle se joue dans l’Indo‑Pacifique. Les États‑Unis restent la puissance navale de référence : capacités de projection, réseau de bases, alliances, interopérabilité. Mais la Chine modifie le rapport de force par une montée en puissance rapide de sa marine, au service d’un objectif plus large : sécuriser ses flux, desserrer ce qu’elle perçoit comme un encerclement, et peser sur les règles du jeu régional.

Il est utile d’être pédagogique : la confrontation sino-américaine n’est pas seulement la course au tonnage. Elle est un mélange de trois couches.

Première couche : la sécurité des routes. La Chine dépend d’importations énergétiques et de flux commerciaux maritimes. Elle cherche donc des points d’appui, des capacités d’escorte, et une liberté de manœuvre au large.

Deuxième couche : la géographie des « goulets ». Le détroit d’Ormuz est un passage clé. Il n’est pas le seul, mais il symbolise une vulnérabilité : une route unique, difficile à remplacer rapidement.

Troisième couche : la norme. Les « opérations de liberté de navigation » (Freedom of Navigation Operations, ou FONOPs) consistent pour les États-Unis à faire circuler des navires militaires afin de contester juridiquement des revendications jugées excessives. Par exemple, des bâtiments américains traversent régulièrement la mer de Chine méridionale à proximité d’îlots revendiqués par Pékin, ou encore le détroit de Taïwan, afin d’affirmer le principe de libre circulation garanti par le droit international (une ironie aujourd’hui). Pékin, de son côté, combine présence navale, garde‑côtes, milices maritimes et pression économique. Le cœur du sujet n’est pas seulement « qui est le plus fort ? », mais « qui impose les règles ? »




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C’est ici que la ZEE française prend sens. Non pas comme un « empire », mais comme une géographie d’influence potentielle, à condition de la gouverner.

ZEE : droit économique, pas souveraineté totale

Laurent Vilaine et Damien Afonso ont co-écrit le Retour de la puissance en géopolitique. Bienvenue dans le vrai monde.
L’Harmattan, 2025

Pour éviter un contresens fréquent : la ZEE n’est pas une « mer territoriale élargie ». La mer territoriale va jusqu’à 12 milles marins. La ZEE peut aller jusqu’à 200 milles marins (370 km). Dans la ZEE, l’État côtier ne possède pas tous les droits qu’il a sur terre. Il a surtout des droits souverains sur l’exploration et l’exploitation des ressources (sol, sous-sol et colonne d’eau), ainsi que des compétences liées à l’environnement, la recherche et les installations.

Cette précision est centrale. Elle rappelle que la puissance maritime n’est pas une question de surface. Elle dépend de la capacité à exercer, concrètement, les droits attachés à la ZEE : surveiller, contrôler, arbitrer.

LA ZEE française, c’est 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et environ 350 000 emplois directs en France.

Un rappel utile : les zones maritimes s’emboîtent

Pour un lecteur non spécialiste, il est utile de visualiser un emboîtement simple. D’abord la mer territoriale, où l’État exerce une souveraineté comparable à celle de la terre. Ensuite la zone contiguë, où il peut prévenir certaines infractions. Puis la ZEE, où l’enjeu est surtout économique.

Enfin la haute mer, où prévaut la liberté. Cette gradation explique pourquoi la ZEE est à la fois essentielle (ressources) et limitée (navigation). Elle explique aussi pourquoi la puissance maritime se construit autant par le droit que par les moyens d’action.

Sur le plan économique, la ZEE française représente un potentiel considérable. Les activités liées à la mer – pêche, aquaculture, transport maritime, câbles sous-marins ou encore énergies marines – contribuent déjà à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an à l’économie nationale. À cela s’ajoutent des perspectives encore incertaines mais potentiellement majeures, notamment autour des ressources minérales des grands fonds et du développement des énergies offshore.

Mais ce potentiel suppose une capacité à gouverner effectivement cet espace. Or, en pratique, la gestion de la ZEE française repose sur une architecture institutionnelle fragmentée. L’État y intervient à travers une pluralité d’acteurs : la Marine nationale pour la surveillance et la protection, les préfets maritimes pour l’action de l’État en mer, les directions des affaires maritimes pour la régulation des usages, ou encore les organismes scientifiques pour la connaissance des milieux.

À l’échelle européenne, la situation est hybride. La ZEE demeure juridiquement nationale, mais certaines politiques – en particulier la pêche et l’environnement – sont en partie intégrées au cadre communautaire. Autrement dit, la ZEE française n’est pas une ZEE européenne, mais elle est partiellement encadrée par des normes de l’Union, ce qui peut générer des tensions ou des arbitrages complexes.

Cette superposition des niveaux de décision pose une question centrale de lisibilité et d’efficacité. La France dispose d’un espace maritime mondial, mais sans administration unifiée spécifiquement dédiée à la ZEE. D’où un débat récurrent : faut-il renforcer la coordination existante ou créer une véritable gouvernance intégrée de la mer ?

Dans ce contexte, une ZEE « gouvernée » ne se réduit pas à un espace juridiquement défini. Elle désigne un espace effectivement surveillé, régulé et inscrit dans une stratégie cohérente, condition indispensable pour transformer cet atout géographique en levier de puissance durable.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La ZEE française, levier de puissance pour Paris dans le duel Washington-Pékin – https://theconversation.com/la-zee-francaise-levier-de-puissance-pour-paris-dans-le-duel-washington-pekin-278603

Banksy’s identity may have been published – but was the investigation in the public interest?

Source: The Conversation – UK – By Peter Bengtsen, Senior Lecturer in Art History and Visual Studies, Lund University

A Banksy work from 2011. BasPhoto/Shutterstock

The British artist Banksy, who is in part famous for being anonymous, has seemingly been unmasked – again. On March 13, Reuters published an investigation that claims to have “revealed, beyond dispute, Banksy’s true identity”.

This is not the first time Banksy’s identity has ostensibly been made public. In addition to previous journalistic inquiries also cited by Reuters, an academic article titled Tagging Banksy: Using Geographic Profiling to Investigate a Modern Art Mystery was published in Journal of Spatial Science almost ten years ago to the day the Reuters story came out.

The article used a mathematical method that looked at where Banksy’s graffiti appeared to figure out where the artist might live and work, and their results pointed to a specific person as likely being the artist. I argued at the time that the authors’ decision to publish the name of a person they believe to be Banksy was ethically problematic. It seemed to serve no scholarly purpose and to have primarily been done to attract media attention to what is otherwise a niche academic study.

The Reuters investigation comes across as a thoroughly researched piece of journalism. However, the investigation’s detailed account of how Banksy was ostensibly identified leaves another question unanswered: how does exposing Banksy’s identity benefit the public?

The power of anonymity

The Reuters investigation claims that “the public has a deep interest in understanding the identity and career of a figure with his profound and enduring influence on culture, the art industry and international political discourse”. I disagree.

Banksy’s career and cultural influence are already well documented. It is not clear how naming the person behind the mask provides significant additional insights into their work or impact.

The longstanding mystery about Banksy’s identity has played an important role in building the myth of a larger-than-life figure whose work could turn up anywhere at any time. Banksy’s work is conceptually, technically and contextually accomplished – and often socially relevant. But it is the myth surrounding the artist that continues to inspire a fascination that goes beyond individual artworks. Anonymity and secrecy are fundamental to the artist’s oeuvre.

Some art experts have questioned the intentions of the investigation

The Reuters investigation argues that Banksy is a public figure and as such is “subject to scrutiny, accountability, and, sometimes, unmasking”. However, as noted by a commenter in a Reddit discussion started by one of the Reuters journalists, it is not clear “how naming him somehow increases his transparency or accountability”.

On a practical level, anonymity has made it possible for Banksy to create work around the world without much interference from authorities or, indeed, fans. The attention given to a London builder previously “identified” as Banksy (though this was later disproved) suggests that the latter group could make life difficult for the artist, as well as anyone else bearing the legal name now attributed to Banksy by Reuters.

At least as important, though, is that anonymity enables the public to project their own ideas on to both artist and artwork. For example, it has been suggested that Banksy might be a woman.

As cultural studies scholar Sofia Pinto has pointed out, this idea may rest on stereotypical notions of what constitutes feminine traits in culture and art. This includes the artist’s focus on social justice and “capacity for imagining being in someone else’s shoes”. However, the point is not Banksy’s actual gender. It is rather that the artist’s anonymity allows viewers to speculate and fill in the blanks.

The idea that Banksy could be anyone surely has broadened the artist’s appeal and may also have inspired people who do not look like – or have the same background as – Banksy to engage in street art or other creative endeavours.

The Reuters journalists have quoted German art historian Ulrich Blanché, who likens the search for Banksy’s identity to a treasure hunt. While this metaphor may seem apt, a treasure hunt does not necessarily entail taking the whole treasure for yourself – especially if doing so spoils the fun for everyone else.

At this troubled time in history, when it can seem increasingly difficult to meet the world with a sense of wonder rather than cynicism, why deprive the public of the enigma that is an integral part of Banksy’s oeuvre? The vague notion that revealing the identity of the person behind Banksy is somehow in the public interest fundamentally misjudges the function and importance of the artist’s anonymity.

The Conversation

Peter Bengtsen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Banksy’s identity may have been published – but was the investigation in the public interest? – https://theconversation.com/banksys-identity-may-have-been-published-but-was-the-investigation-in-the-public-interest-279140