Démissions de maires et conseillers municipaux : des tensions enracinées dans une longue histoire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gaëlle Charcosset, Historienne, chercheuse associée au Laboratoire d’études rurales (LER), Université Lumière Lyon 2

*Grand banquet des maires de France* (v. 1900), par Raoul&nbsp;Arus (1848-1921), à l’occasion du 108<sup>e</sup>&nbsp;anniversaire de la proclamation de la République, le 21&nbsp;septembre 1792. Série «&nbsp;La France après la Commune&nbsp;». L’Art industriel Éditeur/Wikimedia Commons

Si les démissions de maires et de conseillers municipaux sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité, elles résultent souvent de dissensions dans la gouvernance des communes qui prennent leur source dans l’histoire. Pour les comprendre, il faut revenir sur la manière dont les relations entre maires et conseillers municipaux se sont construites au XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle. Une recherche dans la région du Beaujolais éclaire cette incomplète démocratisation de l’institution municipale et la variété des modes de gouvernement.


À l’été 2025, une enquête réalisée par Martial Foucault pour l’Association des maires de France révèle une hausse des démissions de maire durant le mandat en cours. Dans 31 % des cas, ce sont les dissensions avec le conseil municipal qui en sont la cause.

De même, la presse locale se fait souvent l’écho de démissions de conseillers municipaux, seuls ou en bloc, dénonçant l’« incapacité à échanger et le fait qu’il le [maire] décidait de tout » (Chanceaux-sur-Choisille, Indre-et-Loire), un dialogue « rompu » et des décisions « prises sans concertation préalable » (Palazinges, Corrèze), ou encore « le manque de communication, de considération pour les élus et le pouvoir de décision accaparé par des collaborateurs non élus » (Briançon, Hautes-Alpes).

Si leur hausse est récente, les démissions ainsi motivées sont anciennes et paraissent trouver leur source dans la manière même dont les deux institutions municipales, maire et conseil municipal, ont été conçues en interrelation au XIXe siècle.

Ainsi, à partir de la région du Beaujolais entre 1800 et 1940, il est possible de mettre en évidence que, si une progressive démocratisation accentue le rôle des conseillers municipaux, elle reste incomplète. Localement, pour ne pas dire communalement, des modes de gouvernement spécifiques ont défini les prérogatives effectives de chacun.

Une lente démocratisation de l’institution municipale

Si les fonctions municipales se généralisent durant la Révolution, c’est à partir du Consulat qu’elles se stabilisent et prennent la forme actuelle d’un maire et d’un conseil municipal. Dans un premier temps, le conseil municipal a un rôle très restreint. Constitué d’édiles nommés et renouvelés par moitié tous les dix ans, il est peu dynamique, touché par des démissions, des départs ou des décès, tandis que la figure du maire se construit comme agent de l’État, officier de l’état civil et représentant de la commune.

Avec l’introduction du principe électif, censitaire (1831) puis « universel » masculin à partir de 1848, un renouvellement plus fréquent et un élargissement de ses prérogatives (loi de 1837), le conseil municipal se consolide. Cela invite l’administration, qui procède encore à la nomination du maire et de l’adjoint, à ajuster ses choix. Ainsi, sous la monarchie de Juillet (1831-1848), les préfets doivent régulièrement tenir compte des forces en présence. Dans le département du Rhône, ils font alors le choix d’un maire dans le groupe ou « parti » qui paraît majoritaire et d’un adjoint parmi ses adversaires.

Sous le Second Empire, le magistrat et son adjoint peuvent être choisis en dehors et avant même les élections municipales ; cependant, devant les conflits et les critiques de l’autorité, les préfets renoncent dans les années 1860 à un choix hors conseil, si bien qu’ils peuvent concéder la présidence des assemblées municipales à des républicains.

Après six ans d’alternance entre élection du maire par le conseil municipal et nomination par l’administration, le principe électif est définitivement adopté (1876 ; 1882 pour les chefs-lieux de canton). La « charte » de 1884 conforte sur le plan législatif le fonctionnement démocratique de l’institution municipale, confirmant notamment la publicité des délibérations et permettant la permanence des commissions.

Une démocratisation incomplète

Cependant, sur le plan social, la démocratisation reste très relative. L’administration du début du XIXᵉ siècle a choisi pour maires des hommes bénéficiant d’une certaine aisance, le justifiant par l’instruction nécessaire et la capacité à consacrer du temps pour une fonction non rémunérée. En réalité, elle a aussi fait preuve de pragmatisme en recourant à des « notables », souvent grands propriétaires fonciers qui, par leur assise sociale et économique, exercent une autorité, un contrôle sur la société villageoise et qui, évincés, pourraient s’opposer à la municipalité nommée.

En dehors de ces notables, le recrutement au sein des élites villageoises est la règle conduisant à une surreprésentation des grands exploitants agricoles, des professions libérales et des artisans et commerçants. Le choix des électeurs pour leurs conseillers municipaux est par la suite similaire et se maintient sur la longue durée.

Valentin, père et maire de sa commune (1837)
Valentin père et maire de sa commune (1837).
Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845), dessinateur, peintre et lithographe/Wikimédia.

Sous la IIIe République, la compétition électorale paraît se réduire davantage autour de « familles éligibles », se caractérisant par leur enracinement, leur patrimoine et leur place dans la mémoire collective locale, ce que les ethnologues, sociologues et politistes ont analysé jusqu’au début du XXIᵉ siècle.

Dans les villages du Beaujolais, les compétitions électorales paraissent se jouer en moyenne entre une trentaine d’hommes et à peine une vingtaine pourrait espérer le succès de leur candidature (pour dix à douze élus). Au début du XXᵉ siècle, le recours au second tour se raréfie tant en nombre de places qu’il reste à pourvoir que de communes où il est nécessaire. Avant la Seconde Guerre mondiale, seuls les renouvellements de 1925 et de 1935 paraissent un peu plus disputés.

Des modes de gouvernement municipaux, de l’exercice solitaire à la collégialité

Derrière cette tendance générale, ce sont des modes de gouvernement différents que les registres des délibérations municipales permettent de mettre au jour. En comparant les conseils municipaux de deux communes distantes d’à peine 20 km, ce sont deux fonctionnements radicalement différents qui émergent et qui se perpétuent pendant un siècle et demi.

À Odenas, le maire, qu’il s’agisse du châtelain légitimiste dans les années 1820 ou de l’avocat radical-socialiste un siècle plus tard, exerce de manière solitaire, le conseil municipal paraissant se limiter à enregistrer ses décisions. Aucun conflit ou désaccord ne transparaît dans les délibérations, les commissions permanentes impulsées par le préfet au début du XXᵉ siècle sont vite abandonnées. L’adjoint et le secrétaire de mairie sont les relais quotidiens du maire.

À Chamelet, c’est la collégialité qui s’impose : le maire est souvent « autorisé », « prié », « invité » à agir en fonction des délibérations prises, la vérification de ses comptes confiée à des édiles dont la fortune et la position sociale garantissent leur indépendance à son égard, la direction des travaux sur les chemins vicinaux exercée par les édiles alors qu’en théorie, elle lui revient. Les délibérations, plus fréquentes, sont marquées par de nombreux échanges que l’on prend soin de transcrire, de propositions faites par les uns, de votes à main levée ou à bulletin secret selon les circonstances ; les commissions y sont précoces, structurées et engagent tous les conseillers en fonction de leurs compétences.

Si les rapports de force sociaux ne sont pas totalement étrangers à ces deux modes de gouvernement, ils ne s’y réduisent pas, mettant en évidence la construction de savoir-faire administratifs et délibératifs, d’habitudes – et la compétition en cercle fermé y contribue pleinement – qui n’empêchent ni les évolutions ni des oscillations d’un mode à l’autre, plus marquées dans d’autres communes, provoquant parfois des crises et des démissions. Ces différences d’une commune à l’autre discutent aussi de la plus ou moins grande démocratisation de l’institution municipale qui s’est opérée.

Les secrétaires de mairie interrogés au début des années 2000 pouvaient témoigner, quand ils exerçaient dans plusieurs communes, de ces modes de gouvernement différents qui se maintenaient.

The Conversation

Gaëlle Charcosset ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Démissions de maires et conseillers municipaux : des tensions enracinées dans une longue histoire – https://theconversation.com/demissions-de-maires-et-conseillers-municipaux-des-tensions-enracinees-dans-une-longue-histoire-274791

Tunisie : les médecins pratiquent une discrimination subtile envers les patients les plus pauvres , selon une enquête

Source: The Conversation – in French – By Timothy Powell-Jackson, Professor of Health Economics, Global Health Economics Centre, London School of Hygiene & Tropical Medicine

Les personnes ayant des revenus plus faibles et un niveau d’éducation moins élevé tombent plus souvent malades. Elles ont un aussi un accès plus difficile aux soins et vivent moins longtemps. C’est l’une des conclusions les plus constantes des recherches menées dans le domaine de la santé à travers le monde.

Mais les médecins eux-mêmes amplifient-ils ces inégalités ?

En tant qu’économistes de la santé intéressés par le comportement des prestataires de soins, nous avons cherché à explorer un facteur peu étudié des inégalités en matière de santé en Tunisie : la question de savoir si les médecins traitent différement les patients selon leur origine selon le milieu socio-économique lors d’une consultation.

Nous avons choisi la Tunisie car c’est un pays à revenu intermédiaire où les inégalités socio-économiques et sanitaires s’accentuent. Jusqu’à récemment, il existait peu de preuves solides de discrimination de la part des prestataires de soins de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où les inégalités en matière de santé sont souvent plus importantes et les systèmes de santé plus sollicités que dans les pays plus riches.

Nous avons conçu une expérience d’audit dans le pays, en envoyant des patients standardisés (des travailleurs de terrain formés pour se faire passer pour des patients anonymes) présentant des symptômes identiques à des médecins généralistes publics et privés.

Nous avons varié l’attitude et l’apparence des patients afin qu’ils semblent « pauvres » ou « issus de la classe moyenne ». Les profils des patients ont été élaborés à partir de recherches qualitatives antérieures afin de refléter la manière dont les médecins perçoivent généralement les différences socio-économiques. Le problème médical étant identique à chaque consultation, toute différence dans le comportement des médecins pouvait être attribuée à leur perception du milieu socio-économique du patient.

Nous n’avons trouvé aucune preuve que les médecins traitaient les patients différemment. Les diagnostics et les décisions thérapeutiques étaient similaires pour tous les profils sociaux. Mais notre étude a révélé une forme plus subtile d’inégalité : si les patients les plus pauvres recevaient un traitement médical similaire à celui des patients plus aisés, ils étaient moins susceptibles :

  • d’obtenir des explications sur leur maladie et les raisons du traitement proposé

  • d’obtenir des conseils médicaux corrects sur les recommandations futures.

Nous avons conclu qu’en communiquant moins efficacement avec les patients les plus pauvres, les médecins pouvaient contribuer indirectement aux inégalités en matière de santé.

Les inégalités en matière de santé ne s’arrêtent pas à la porte de la clinique

Des recherche menées dans des pays à revenu élevé ont montré que les jugements des médecins peuvent parfois être influencés (souvent inconsciemment) par le milieu social du patient.

Cela influe sur le temps que les médecins consacrent à expliquer un diagnostic, sur le sérieux avec lequel ils prennent les préoccupations du patient et sur la clarté avec laquelle ils communiquent les étapes suivantes.

Pour explorer cette question, nous avons mené une expérience sur le terrain auprès de 130 médecins généralistes en Tunisie. Deux patients standardisés ont rendu visite à chaque médecin. Ils ont tous suivi le même scénario soigneusement élaboré et ont présenté le même problème médical : les symptômes d’une bronchite aiguë, une affection courante qui ne nécessite généralement pas d’antibiotiques.

La seule différence résidait dans la manière dont les patients acteurs se présentaient socialement.

Certains patients semblaient plus pauvres, s’exprimaient avec hésitation et portaient des vêtements bon marché. D’autres semblaient appartenir à la classe moyenne, communiquaient avec plus d’assurance et portaient des vêtements plus élégants.

Ce que nous avons découvert

Les résultats étaient mitigés et révélateurs.

Tout d’abord, rien n’indiquait que les médecins dispensaient des soins de moins bonne qualité aux patients plus pauvres. Les diagnostics et les décisions thérapeutiques étaient similaires quel que soit le profil social. Cela est rassurant et suggère que les médecins ne dispensaient pas délibérément des soins de moindre qualité aux patients qu’ils percevaient comme plus pauvres.

Cependant, la qualité globale des soins était faible pour tout le monde. Seul un patient sur trois environ était pris en charge selon les meilleures pratiques. Plus de 90 % ont reçu des traitements inutiles, le plus souvent des antibiotiques ou des stéroïdes.

Deuxièmement, les patients les plus pauvres étaient moins susceptibles de devoir payer leurs médicaments. Les médecins leur donnaient souvent des échantillons gratuits, généralement fournis par les laboratoires pharmaceutiques. Bien que cela puisse sembler généreux, la plupart de ces médicaments étaient inutiles. Les médicaments gratuits n’améliorent pas la santé s’ils n’auraient pas dû être prescrits en premier lieu.

La différence la plus frappante est apparue ailleurs.

L’inégalité cachée : la communication

Les patients les plus pauvres étaient moins susceptibles de recevoir une explication claire de leur état de santé. Ils recevaient moins d’informations sur les raisons pour lesquelles un médicament leur était prescrit. Ils étaient moins susceptibles de recevoir des conseils sur ce qu’il fallait faire si leurs symptômes s’aggravaient ou quand revenir pour un suivi. Ces écarts étaient plus prononcés dans les cliniques privées. Il se peut que les médecins y adaptent leur communication aux patients ayant une plus grande capacité de paiement, qui sont plus susceptibles de revenir.

Seule une recherche minutieusement conçue permet de mettre en évidence ces inégalités en matière de communication. Cette forme d’inégalité est « cachée » car elle est moins visible que les différences de diagnostic ou de traitement : elle apparaît rarement dans les dossiers médicaux, lorsqu’ils existent, et a été beaucoup moins documentée que d’autres inégalités dans les soins de santé.

Une bonne communication n’est pas simplement une question de courtoisie, c’est un élément important des soins. Comprendre une maladie aide les patients à suivre leur traitement, à éviter des inquiétudes inutiles et à savoir quand demander de l’aide. Lorsque les explications font défaut, les patients sont amenés à deviner, à mal comprendre ou à retarder les soins.

Au fil du temps, ces petites différences peuvent s’accumuler. Les patients qui quittent systématiquement les consultations avec moins d’informations peuvent avoir du mal à gérer leur santé, même si la décision médicale initiale était correcte.

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Notre étude ne suggère pas que les médecins tunisiens discriminent intentionnellement les patients les plus pauvres dans leurs décisions cliniques. Mais les différences dans la qualité de la communication et des conseils peuvent néanmoins renforcer les inégalités.

Une ordonnance sans explication n’est pas la même chose qu’un traitement qui permet aux patients de comprendre et de gérer leur état de santé.

Ces résultats soulignent également l’urgence de lutter contre les prescriptions inappropriées. L’utilisation généralisée d’antibiotiques inutiles observée dans cette étude reflète les tendances observées dans des pays tels que l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.
Cela contribue à la résistance aux médicaments, à l’augmentation des coûts et à des effets secondaires évitables : des problèmes qui touchent tout le monde, mais qui frappent souvent plus durement les populations les plus pauvres.

Perspectives d’amélioration

Alors que la Tunisie réforme l’enseignement médical et les pratiques du système de santé, il existe une opportunité évidente de placer la communication avec les patients au centre des soins. Cependant, les implications dépassent le cadre de la Tunisie. Dans une grande partie de l’Afrique, les systèmes de santé fonctionnent avec d’énormes contraintes de capacité, des consultations courtes, des charges de travail variables et de profondes fractures sociales. Ces conditions peuvent influencer les rendez-vous médicaux et creuser les écarts de communication.

Renforcer la capacité des médecins à expliquer, écouter et s’adapter aux patients issus de milieux sociaux différents pourrait contribuer à réduire ces inégalités cachées.

Encourager des explications plus claires, de meilleurs conseils sur le suivi et une plus grande sensibilisation aux préjugés inconscients sont des changements relativement peu coûteux qui peuvent avoir un rendement élevé.

La continuité des soins, qui consiste à faire en sorte que les patients consultent régulièrement le même médecin, peut réduire davantage le recours à des jugements sociaux hâtifs dans la prise de décision clinique.

Cet article est basé sur les recherches doctorales du Dr Rym Ghouma. Elle a dirigé la conceptualisation de l’étude, le travail sur le terrain, l’analyse des données et la rédaction de l’article universitaire. Elle est actuellement consultante en économie de la santé pour la Direction de la santé de l’OCDE.

The Conversation

Timothy Powell-Jackson bénéficie d’un financement du Medical Research Council (Royaume-Uni) et du National Institute for Health and Care Research (Royaume-Uni).

Mylene Lagarde reçoit un financement du Medical Research Council (Royaume-Uni).

ref. Tunisie : les médecins pratiquent une discrimination subtile envers les patients les plus pauvres , selon une enquête – https://theconversation.com/tunisie-les-medecins-pratiquent-une-discrimination-subtile-envers-les-patients-les-plus-pauvres-selon-une-enquete-277556

Boncana Maïga était le maestro malien de la salsa africaine : comment il a façonné la musique dansante

Source: The Conversation – in French – By Lucy Durán, Professor emeritus of music, SOAS, University of London

Le décès du célèbre flûtiste, compositeur et arrangeur malien Boncana Maïga à l’âge de 77 ans marque la fin d’une époque dans la musique de l’Afrique de l’Ouest.

C’était un interprète et un chef d’orchestre charismatique, doté d’un talent musical inné et d’une oreille fine. Son histoire est unique et n’aurait pu se produire qu’à cette époque, grâce à sa personnalité et à sa formation musicale, à Cuba.

En tant que musicienne, productrice et chercheure spécialisée dans la musique malienne et cubaine, j’ai suivi la carrière de Boncana Maïga pendant de nombreuses années. J’ai travaillé avec de nombreux groupes de danse cubains et j’ai produit de nombreux albums primés de musiciens maliens.

Maïga ne s’est jamais particulièrement intéressé aux instruments traditionnels de son pays natal. Sa véritable passion était plutôt la composition et l’arrangement pour les orchestres de danse. Ce talent allait avoir un impact majeur sur la musique populaire du Mali à l’ère post-indépendance.

Salsa africaine

Maïga restera sans doute dans les mémoires comme le producteur musical des nombreux albums Africando (1992-2013) qui fusionnaient la musique de danse latine avec les voix d’Afrique de l’Ouest. La musique afro-cubaine était populaire depuis longtemps et il y a ajouté un style unique de « salsa africaine », une musique entraînante appréciée sur les pistes de danse du monde entier.

On peut toutefois affirmer que le groupe qu’il a formé à Cuba dans les années 1960, Las Maravillas de Mali (Les Merveilles du Mali), avec des musiciens maliens, est son héritage le plus important et le plus durable, bien que le moins documenté.

L’album Las Maravillas de Mali, enregistré à Cuba en 1965, est un joyau de son époque, qui met en valeur les premières compositions et la musicalité de Maïga. Le groupe comprend des voix masculines, des flûtes, des violons, un piano et des percussions, avec des chansons en espagnol, en français et dans les langues maliennes.

Toutes les principales formes de danse cubaines y sont présentes : boléro, danzón, son montuno, chachacha, guaracha. Le groupe maîtrisait parfaitement le style charanga (flûtes et violons), même s’il était à Cuba depuis moins d’un an. Il est clair que Boncana Maïga avait un talent exceptionnel en tant que leader du groupe et flûtiste.

Qui était Boncana Maïga ?

Le Mali est bien connu pour ses musiciens traditionnels virtuoses (Ali Farka Touré, Toumani Diabaté, Oumou Sangaré et bien d’autres). Maïga, en revanche, est venu à la musique avec une perspective très différente.

Il était un Songhaï, né et élevé à Gao, dans le nord-est du Mali (aujourd’hui zone interdite en raison de l’insurrection djihadiste). Selon la plupart des sources, il serait né en 1949, mais il est possible qu’il soit né en 1947, voire plus tôt. À l’époque, il était courant au Mali de délivrer des certificats de naissance qui modifiaient l’année de naissance réelle, afin de rajeunir ou de vieillir la personne. Une photo de Maïga jouant de la flûte à Cuba en 1965 suggère qu’il avait au moins 18 ans à l’époque, et non 16 comme cela aurait été le cas s’il était né en 1949.

Ayant grandi dans une ville isolée, Maïga, qui n’avait aucune formation musicale, a appris seul à jouer du saxophone, un instrument moderne dont on entendait peu parler à l’époque dans la région.

En 1959, un an avant l’indépendance du Mali, il a formé un groupe appelé Negro Band de Gao, qui a attiré l’attention du premier président du Mali, Modibo Keita, un leader visionnaire avec un programme socialiste.

Keita a reconnu le potentiel du talent musical du Mali pour cultiver une image internationale pour le pays nouvellement formé. Cuba offrait une excellente formation musicale, et Keita avait noué de bonnes relations avec Fidel Castro.

Keita a donc sélectionné dix jeunes musiciens maliens talentueux pour étudier la musique à Cuba, au Conservatoire Alejandro García Caturla de La Havane, en leur accordant des bourses. L’un d’entre eux était Boncana Maïga.

Ils sont partis à l’aventure dans un monde complètement différent. Ils sont arrivés en 1964 et sont restés huit ou neuf ans. Cette aventure allait avoir un impact durable sur le développement de la musique populaire ouest-africaine et sur la carrière de Maïga.

Cuba

Le flûtiste Dramane Coulibaly était l’un des musiciens maliens qui ont appris à lire et à écrire la musique à Cuba et, comme Maïga, à jouer de la flûte.

J’ai rencontré Coulibaly au Mali et j’ai travaillé avec lui. Nous avons eu de nombreuses conversations sur Cuba, en espagnol, qu’il parlait encore couramment. Il m’a dit que La Havane était un lieu d’apprentissage très intense et que la formation y était rigoureuse.

Trois des étudiants maliens ont abandonné leurs études et sont rapidement rentrés chez eux, mais les sept autres (dont Coulibaly) sont restés et ont formé un groupe, Las Maravillas de Mali, avec Maïga comme arrangeur et chef d’orchestre. Certains membres du groupe se sont installés à La Havane, se sont mariés avec des Cubaines et ont eu des enfants là-bas.

De retour au Mali

Au début des années 1970, sous la présidence de Moussa Traoré – qui avait pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 1968 –, le groupe a été rappelé au Mali.

Coulibaly a déclaré que cela avait été traumatisant. En 2001, j’ai enregistré certaines de nos conversations dans le cadre de mes recherches en cours. Il m’a dit

Nous nous étions habitués à la décontraction cubaine, aux amitiés chaleureuses, aux nombreuses occasions de se produire, à l’éducation gratuite, au système de santé gratuit. J’ai quitté l’île à contrecœur, pensant que j’y reviendrais bientôt. Cela ne s’est pas produit. Je n’ai jamais revu ma femme cubaine et j’ai dû lutter pour joindre les deux bouts à Bamako.

À Bamako, Maïga a commencé à se faire un nom en tant que chef d’orchestre. Certains membres des Maravillas de Mali se sont regroupés pour former Le National Badema (La Famille nationale), emblématique du nouveau régime.

Avec son flair caractéristique, Maïga fit venir de son village le jeune chanteur griot talentueux Kassemady Diabaté pour rejoindre le groupe. Il comprenait la nécessité de placer des chanteurs traditionnels au premier plan de ses groupes, afin de donner à la musique une saveur locale.




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Cependant, Maïga ne devait pas rester longtemps au Mali. Il n’y avait pas assez d’opportunités pour son type de travail orchestral. Il ne s’intéressait qu’aux orchestres modernes et aux groupes de danse, et les musiciens traditionnels ne savaient pas lire la musique et n’avaient pas la formation nécessaire pour jouer des styles afro-cubains.

En Côte d’Ivoire

Maïga, toujours très demandé en tant que chef d’orchestre, s’installe en Côte d’Ivoire, où il crée RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne), un orchestre composé d’instruments modernes dont tous les musiciens savaient lire la musique.

Au début des années 1980, Abidjan disposait de studios d’enregistrement et était un centre important de l’industrie musicale ouest-africaine. Des musiciens célèbres tels que la Sud-Africaine Mariam Makeba et le Camerounais Manu Dibango y ont fait escale, se produisant avec la RTI. C’est là que Maïga a également enregistré – et, semble-t-il, produit – certains des plus grands chanteurs traditionnels du Mali, tels que Nahawa Doumbia et Kandia Kouyaté. (Kandia m’a confié lors d’une interview à Paris en 1998 qu’il y occupait uniquement un rôle de direction et non de création.)

Africando

Maïga s’est ensuite installé en Europe, où il a produit des albums avec Syllart, un label basé à Paris qui a lancé la carrière du Malien Salif Keita, entre autres. En collaboration avec le fondateur du label sénégalais Ibrahima Sylla, il a créé Africando. Il s’agissait d’un groupe de danse « salsa » vedette de la scène musicale latine, notamment à New York, accompagné de chanteurs invités provenant de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Africando a connu un succès financier et critique considérable. Les musiciens ont fait de nombreuses tournées et concerts et ont sorti de nombreux albums. Malgré des performances vocales sublimes, les arrangements du groupe ont parfois été critiqués pour leur caractère stéréotypé.

Boncana Maïga était le dernier membre survivant de Las Maravillas de Mali, et avec son décès, ce groupe éphémère mais très talentueux disparaît à jamais.

Il a certainement contribué à faire prendre conscience des liens entre l’Afrique et l’Amérique latine, le Mali et Cuba, qui remontent à l’époque de la traite transatlantique d’esclavage. Les musiciens maliens continuent d’avoir un fort sentiment d’attachement à la musique cubaine, qui fait partie de cet héritage, et Maïga l’a mis en valeur dans la culture populaire.

The Conversation

Lucy Durán does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Boncana Maïga était le maestro malien de la salsa africaine : comment il a façonné la musique dansante – https://theconversation.com/boncana-ma-ga-etait-le-maestro-malien-de-la-salsa-africaine-comment-il-a-faconne-la-musique-dansante-277986

Hedgehogs can hear high-frequency ultrasound – that knowledge could help save them

Source: The Conversation – UK – By Sophie Lund Rasmussen, Research fellow in Ecology and Conservation, University of Oxford

The hedgehog is one of Europe’s most familiar and well-loved wild mammals. Many people encounter them in gardens, hear their snuffling at dusk, or glimpse their spiny shapes moving through the night.

But sadly, across Europe, hedgehog populations are shrinking rapidly. The European hedgehog is now listed as “near threatened” on the International Union for Conversation of Nature red list for Europe. Understanding why this is happening – and what can realistically be done to halt or reverse it – has become an urgent priority.

My team’s new research shows that hedgehogs can hear high-frequency ultrasound. With this knowledge, it could be possible to design sound-based deterrents that target hedgehogs specifically, without disturbing people or their pets. In theory, ultrasonic signals could warn hedgehogs away from approaching vehicles or keep them clear of dangerous machines in the future.

This is significant because one of the greatest threats to hedgehogs comes from road traffic. Cars are estimated to kill huge numbers of hedgehogs across Europe every year, with some studies suggesting that up to one in three of these animals may die on roads annually.

Hedgehogs are simply not built for modern infrastructure. Their primary defence strategy evolved to escape natural predators that see movement in the dark. They freeze, assess the threat, and then either flee or curl into a tight ball of spines. Against a fast-moving vehicle, this strategy is fatal.

David Attenborough talks about ways to help hedgehogs survive.

Roads also fragment landscapes, making it harder for hedgehogs to find food, mates and new habitats. When this is combined with barriers such as massive fences, intensively managed agriculture and gardens, and widespread use of machinery such as garden strimmers and robotic lawn mowers, it becomes clear that the problem is not hedgehog behaviour. It is the environment humans have created.

Could sound offer a solution?

For years, I kept returning to the same question: could humans somehow warn hedgehogs before danger arrives? Could we deter them from roads and machines in a way that does not disturb people?

To explore that possibility, I had to start with a surprisingly basic question: what can hedgehogs actually hear?

I assembled a multidisciplinary team including experts specialising in imaging, bioacoustics (studying what animals hear), animal behaviour, hedgehog ecology, animal experiments and hedgehog anaesthesia.

Using high-resolution micro-CT scans of a hedgehog that had been put to death at a wildlife rescue centre for welfare reasons, the team built a three-dimensional model of the middle and inner ear.

The model showed that hedgehogs have very small, dense middle-ear bones and a partly fused joint between the eardrum and the first of these bones. This makes the whole chain of bones stiffer, helping it pass very high-pitched sounds efficiently – a hallmark of animals, such as echolocating bats, that can hear ultrasound.

The scans also revealed that hedgehogs have a small stapes (the smallest middle-ear bone that connects the chain of ear bones to the inner ear’s fluid-filled cochlea). A smaller, lighter stapes can vibrate more quickly, enabling it to transmit high-frequency sound waves. The cochlea was also found to be relatively short and compact, enabling it to better process ultrasonic vibrations.

Ultrasound refers to sound frequencies above 20kHz, beyond the upper limit of human hearing. But anatomy alone is not proof. To confirm what hedgehogs could actually hear, we needed direct measurements. But how does one measure hedgehog hearing?

Measuring hedgehog hearing

We tested the hearing of 20 European hedgehogs using Auditory Brainstem Response recordings. Under brief anaesthesia, small electrode needles placed just under the skin of the hedgehogs, measured their brain activity while they were soundly asleep. During this time, we played sounds across a wide range of frequencies and pulses, and if the hedgehogs could hear it, their brain activity would indicate this. They were fit and ready for release back into the wild the night after their tests.

The results were striking. Hedgehogs heard sounds from around 4kHz up to at least 85kHz, with peak sensitivity around 40kHz – well into the ultrasonic range. Hedgehogs can therefore hear sounds that humans, dogs and cats cannot. This could be a game changer for hedgehog conservation.

This would, in theory, make it possible for scientists to use ultrasonic signals to warn hedgehogs away from approaching vehicles or keep them clear of potentially dangerous machines.

Many questions remain though. Which sounds are effective? Do hedgehogs become used to specific noises and start ignoring them? How far do ultrasonic signals travel?

Further research is now needed to design effective and beneficial sound repellents for hedgehogs, but this is a significant step forward. Perhaps the car industry could help fund this important research?


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‘We’re the good guys’: why moral storytelling doesn’t make the war on Iran necessary or legal

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Tamer Morris, Senior Lecturer, International Law, University of Sydney

Since the United States and Israel launched their war against Iran, most international law experts appear to be speaking with one voice on the legality of the attacks.

Legal experts have said the attacks violated Article 2(4) of the UN Charter, which prohibits the use of force against states. The US and Israel have not produced any evidence that Iran posed an imminent threat to either of them. And neither has brought the matter to the UN Security Council. As such, this was a clear breach of international law.

But even though most scholars agree the strikes were unlawful, the public and political debate has shifted somewhere else entirely.

Instead of wrestling with the legal questions, many politicians, commentators, and everyday observers are counterbalancing the illegality with arguments about legitimacy.

Both Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and US President Donald Trump have cast the war as a “necessary” fight between good and evil. Netanyahu said:

I know the cost of war. But I know sometimes that war is necessary to protect us from the people who will destroy us. […] We have to understand that we’re fighting here the bad guys. We’re the good guys. These people massacred their own people.

Canada and Australia, two of the US’ closest allies, have both used strikingly similar language in their statements about the war, saying they supported the US:

acting to prevent Iran from obtaining a nuclear weapon and to prevent its regime from further threatening international peace and security.

This idea of legitimacy – that is, what is “right”, “necessary”, or “just” – is now being thrown around in almost every conversation about the war.

Two arguments for a ‘just’ war

These arguments echo centuries‑old thinking about “just” wars.

Christian philosophers such as St Augustine (4th–5th century) and St Thomas Aquinas (13th century), for example, were early proponents of what is known as the “just war theory”. Basically, this means you
may violate the moral rule against violence if the cause is “just”.

In modern debates, arguments about the legitimacy of wars tend to fall into two categories.

The first claims attacks like the ones launched by the US and Israel are morally just and therefore ought to be permitted, regardless of what international law says.

This line of reasoning goes something like this: “So what if the action breaches international law? We removed an evil dictator.” Or: “Do we really want Iran developing nuclear weapons or long-range missiles?”

The statements by Netanyahu and Trump frame the use of force as morally necessary, implying that if an action feels righteous, legality should not be a hindrance.

The second argument dismisses international law altogether as ineffective or irrelevant.

The strand of legitimacy reasoning is also becoming common. It’s reflected in statements like: “Where was international law when people were being killed on the streets in Iran?” or “How can international law matter if Iran is constantly threatening western states and funding a proxy war?”

The conclusion drawn here is simple: if the law fails to prevent harm, it must be irrelevant. And if international law is irrelevant, then the US-Israeli strikes on Iran are legitimate.

Both of these lines of reasoning carry their own risks, not least the danger of allowing subjective morality to replace objective legal constraints.

Can a morally just war be deemed illegal?

The first argument hinges on the notion that the US and Israel strikes on Iran are just, given the brutal, repressive nature of the Iranian regime and the fact it is pursuing nuclear weapons. And international law should allow just actions.

But who decides what is just?

For the US and some of its allies, this is a binary moral equation: Iran is bad, we are good.

But this argument can also be made from Iran’s perspective: Israel and the US are bad. Therefore, we need nuclear weapons to protect ourselves.

Once states are permitted to act on their own sense of morality and justice, the international system goes down an extremely dangerous road. Every state can consider itself the “good” actor in its own story. If we allow individual morality to override the law, moral chaos follows.

Historically, moral arguments about “civilisation”, “enlightenment”, or “improvement” were also used to justify colonisation and slavery.

This is still happening in different contexts today: one group assumes its moral compass is universal, superior and mandatory for all others. If the world returns to that mode of thinking, the strongest states will once again become the arbiters of what counts as “good”.

International law must therefore remain objective, free from claims of moral exceptionalism.

Does international law still have relevance?

The second argument is even stranger: where was international law when a state like Iran committed atrocities?

This requires a clearer understanding of the role of international law. If we disregard international law because someone violates it, it’s like rejecting the rule book while still using its language to call out a foul.

Without it, there would be no norms to appeal to, no expectation of protection, no shared belief that certain harms are prohibited.

This argument also doesn’t follow logic. Murders still happen in countries like Australia. Should we therefore abandon domestic laws that prevent them?

Of course, there are double standards in international law. Powerful states have greater impunity and weaker states face more scrutiny.

But double standards also exist in domestic legal systems – wealthier people generally receive better outcomes than those with less means.

The existence of inequality in international law, then, shows the need for reform, not the abandonment of the law altogether.

Why this matters

The Iran war reveals a dangerous shift in the way states justify their actions: a growing preference for moral storytelling over legal reasoning.

Once the narrative of a “just war” replaces the rule of law, there is little left to restrain the powerful states from dominating the weaker ones.

The purpose of international law is not to determine who is morally good; it is to maintain order in a world where every state believes it is waging the “good” fight.

The Conversation

Tamer Morris does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. ‘We’re the good guys’: why moral storytelling doesn’t make the war on Iran necessary or legal – https://theconversation.com/were-the-good-guys-why-moral-storytelling-doesnt-make-the-war-on-iran-necessary-or-legal-277952

Commercial space technology is shaping the Iran war – the law can’t keep up

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Anna Marie Brennan, Senior Lecturer in Law, University of Waikato

When the United States and Israel launched Operation Epic Fury against Iran nearly two weeks ago, the first confirmation didn’t come from governments. It came from commercial satellites.

Images from US companies Planet Labs and Vantor captured smoke billowing over central Tehran and ships burning at the coastal city of Konarak – evidence of strikes on naval bases, airfields and missile sites that global media confirmed within hours.

But space-based technology was not just observing the conflict, it was also a target. US officials said early strikes hit “Iran’s equivalent of Space Command”, undermining Tehran’s ability to coordinate via satellite.

Iran has also used extensive “spoofing” to create false GPS signals to mislead receivers about their true location.

Simultaneously, US Space Command and Cyber Command launched operations to jam, hack and disrupt Iranian software systems, known as “non-kinetic” attacks in the jargon of modern warfare.

Such operations are a kind of “silent sabotage”, disabling communications or corrupting GPS signals without blowing anything up with conventional “kinetic” attacks.

This combination of advanced battlefield tactics and the rapid commercialisation of space technology, as well as the erosion of the old rules-based order in general, means international law is now falling well behind.

Blurred lines of accountability

Non-kinetic tactics have quickly spilled into civilian life. In January, amid anti-government protests, and later during the first wave of strikes, Iran used GPS jamming and spoofing to disrupt Starlink terminals, which civilians and protesters depended on to stay online and share information during internet blackouts.

At the same time, commercial satellite imagery became part of the conflict itself. After Planet Lab’s images revealed Iranian retaliatory strikes on US and US-linked sites in the Persian Gulf, the company delayed releasing new imagery to avoid aiding real‑time damage assessment by Iranian forces.

On March 10, Planet Labs extended the delay time to two weeks for non-government users, but the US military still receives immediate access.

Modern warfare depends heavily on these kinds of commercial, dual-use space systems. The same satellites that time financial transactions, support hospitals and manage global logistics also guide military operations.

This blurs the traditional legal boundary between civilian and military objects and activities. The International Committee of the Red Cross has warned repeatedly that interference with satellites can harm civilians by disrupting power grids, navigation, emergency services and humanitarian operations.

Outer space is not a legal vacuum. The United Nations’ Outer Space Treaty, the UN Charter itself, and international humanitarian law all apply to warfare in orbit. But the Iran war shows how real‑world practice is advancing faster than these legal frameworks.

A proper treaty is unlikely

Dual-use satellites providing both civilian broadband and military communications also complicate decisions about what constitutes a lawful target.

Legal experts say satellites providing essential civilian services should be presumed to be non-military unless direct military use is demonstrated. But this precept is tested daily over Iran.

Another challenge is political neutrality. If a private company based in a neutral state provides data that can assist military operations elsewhere, the neutral state may face serious questions and diplomatic pressure from other governments about whether it should be held responsible.

The law has not caught up with these commercial realities. Planet Lab’s imagery delays show how companies are having to improvise policy themselves during armed conflict.

And because cyber-attacks can disable military systems without causing physical destruction, they can fall short of “armed attack” thresholds under international law. States can exploit this legal grey zone to gain strategic advantage.

New legal norms may eventually evolve out of the behaviour of governments and commercial operators rather than through formal agreements and treaties. Indeed, geopolitical tensions make a new treaty on military space operations highly unlikely.

This leaves companies, regulators and militaries to define the boundaries of acceptable conduct through their real‑time responses. The result is a battlefield where satellites shape strategy faster than lawmakers can respond.

The Conversation

Anna Marie Brennan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Commercial space technology is shaping the Iran war – the law can’t keep up – https://theconversation.com/commercial-space-technology-is-shaping-the-iran-war-the-law-cant-keep-up-277940

Louis Theroux’s Inside the Manosphere exposes the business model of misogyny

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Steven Roberts, Professor of Sociology, School of Social Sciences, Monash University

Netflix

Over the past two years, viral clips, news headlines and TV series such as Adolescence have ensured much of the public has encountered the “manosphere” – an online ecosystem that repackages misogyny, anti-feminism and male grievance as self-improvement and hustle.

Journalist Louis Theroux is further lifting the lid on this dangerous ideology with his new Netflix documentary, Inside the Manosphere, in which he showcases the individuals driving this culture.

In his measured and sometimes risky style, Theroux traces not only the rhetoric of “high-value men”, but also the livestream formats and business models that sustain this world. The result is both illuminating and unsettling.

An insidious ideology

What emerges in Theroux’s exposé is not just provocation, but a clear misogynistic worldview. Across interviews and through influencers’ own content, we see the defence of a regressive gender hierarchy – and attempts to restore it.

Women are described as having innate value through their beauty and sexuality, yet dismissed as less rational and emotionally stable. Monogamy is framed as binding for women, but optional for men. Gender equality is blamed for cultural decline.

At times the language is openly authoritarian. Infamous influencer Myron Gaines describes himself to Theroux as a “dictator” in his romantic relationship. He casts intimacy as something he permits, and domestic care as something owed to men.

But Gaines also rejects that he is a misogynist; he claims he loves women, but that women don’t know what they want, and must be led.

The hypocrisy is striking. Several manosphere figures such as Harrison Sullivan publicly deride women who use platforms such as OnlyFans, while claiming to privately profit from managing their accounts.

Misogyny as a business model

Theroux also shows how the audiences of these influencers form.

In one early scene, young boys who look to be around tween age (with blurred faces) repeat lines about hating women and gay people with unsettling ease. Later, young adult men speak of having “no value” unless they accumulate wealth, status and dominance. Working a nine-to-five job is framed as submission to the “matrix” and the “hustle” as freedom.

The complaint that stable work no longer guarantees security will resonate with many. But in the manosphere, economic strain becomes personal failure: if you are struggling, you have not worked hard enough. This is not just ideology. It is a business model.

Subscription “academies”, private groups and coaching schemes convert insecurity into income. In one example from the documentary, we see American influencer Justin Waller promoting The Real World – an online university run by his close friend and business partner Andrew Tate (who is currently facing charges of rape and human trafficking in multiple countries).

Young men and boys are told they are deficient unless wealthy, muscular and emotionally invulnerable, and then charged for access to the mindset said to fix them. The hierarchy that elevates dominant men and denigrates women simultaneously and exploitatively monetises the boys beneath it.

The worldview is not confined to provocation. In one segment, Waller’s partner Kristen explains that she feels fulfilled staying in her “lane”, and caring for the children and home, while he occupies his role as provider and leader.

She speaks warmly of their respective “masculine and feminine energies”, presenting inequality not as constraint but as comfort – despite viewers learning she has no legal right to his wealth as they are not legally married.

Breeding ground for conspiracies

Running alongside the hustle narrative is a thread of conspiracy theorising. The “matrix” is invoked as a metaphor for societal and institutional systems said to keep men compliant and blind to alternative paths to power.

From there it darkens into talk of shadowy elites engineering cultural decline, including “moral” decline and the erosion of men’s place in the world (which they bizarrely link to the growth of pedophilia).

The “manfluencers”, notably Sullivan and Gaines, suggest recent political developments – such as the rise of President Trump – vindicate their worldview.

Theroux’s instinct is to return to the manfluencers’ own accounts of absent fathers and unstable upbringings. That humanising impulse tilts the story toward sympathy and, problematically, to trauma as a key explanation.

But misogyny does not require trauma to flourish, nor are most boys who experience hardship drawn into sexist worldviews. These ideas are ideological and structural, with long-standing gender hierarchies repackaged and broadcast at scale.

The real-life consequences

Inside the Manosphere does acknowledge harms to women, but doesn’t dwell on it very long.

One segment on schools uses news clips from English-speaking countries to signal the spread of misogynistic language among boys. But the documentary could have done more to highlight these significant manosphere-inspired flow-on effects.

Research I conducted with Stephanie Wescott and colleagues extensively documents how manosphere narratives have permeated schools internationally. This has resulted in higher levels of harassment and gender-based violence by some boys against girl peers and women teachers, eroding women’s workplace safety and girls’ participation.

Theroux is right to suggest we are all, in some sense, now living inside the manosphere. Understanding what drives the men at its centre matters – as does focusing on the real-world harms they cause.




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Louis Theroux: Inside the Manosphere is on Netlix from today.

The Conversation

Steven Roberts receives funding from the Australian Research Council. He is also a Board Director at Respect Victoria, but the article is written wholly independently from this role.

ref. Louis Theroux’s Inside the Manosphere exposes the business model of misogyny – https://theconversation.com/louis-therouxs-inside-the-manosphere-exposes-the-business-model-of-misogyny-277509

The Oscars are usually a mess, but this year’s Best Picture nominees are strong. Here’s who should win

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Ari Mattes, Lecturer in Communications and Media, University of Notre Dame Australia

Film critics – myself included – love to bemoan the death of high-quality cinema in the age of streaming, pointing to mediocre Best Picture Oscar nominees as evidence that the production of great (or even good) films is on the wane.

But perhaps things are changing. Are people sick of being inundated with short videos on TikTok and Youtube, and once again hankering for a cinematic experience? The quality of this year’s nominees suggests they are.

For the first time in a while, most of the nominated films are excellent – and nearly all of them are watchable.




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My top pick: Sentimental Value

Joachim Trier’s Sentimental Value is my pick for the Best Picture Oscar. It’s the kind of meticulously crafted film in which the naturalism seems effortless.

The narrative follows acclaimed filmmaker Gustav Borg (Stellan Skarsgård), a quintessential Euro-auteur, who comes back into the lives of his estranged daughters Nora (Renate Reinsve) and Agnes (Inga Ibsdotter Lilleaas) following their mother’s death.

Gustav is making a new film, and wants his daughter Nora – an acclaimed theatre actress who has her own demons to battle (stage fright among them) – to star in it.

Nora assumes it’s a cynical manoeuvre for funding on her father’s part and refuses. So Gustav casts American star Rachel Kemp (Elle Fanning) instead, who is immediately out of her depth.

The drama unfolds around the family home in Oslo, interweaving narratives of the home’s history across generations with the tensions plaguing its current inhabitants.

Sentimental Value has a strikingly lyrical quality. Some may say it’s overdone, but every element is so perfectly executed that it doesn’t come across as pretentious or laboured. It is, in many respects, thoroughly sentimental – yet never feels like it’s performing this as some kind of effect.

Despite its considerable formal and narrative complexity, it plays in a starkly simple fashion, thanks to the light touch of Trier, coupled with stunning cinematography by Kasper Tuxen Andersen.

The lead performances by Reinsve, Lilleaas and Skarsgård are extraordinarily convincing and, perhaps more surprisingly, Fanning is awesome as the uncomfortable American trying to please the European artiste.

Sentimental Value brilliantly weaves a sense of European social and cultural history with carefully observed character moments, becoming, by the end, a kind of treatise on the affirmative potential of art to transcend and transform interpersonal barriers.

Despite the difficulties of life, the detritus of broken promises and hearts, and the disappointments minor and not so minor, we can still come together – beautifully and wholeheartedly – through the practice of that abstract dream that is called art.

Other excellent contenders

There are a few other strong contenders – films which, any other year, would have stood out above the pack.

Bugonia

Yorgos Lanthimos is one of the most acclaimed filmmakers of the past decade, and yet his films have been hit and miss. After his last great film, the 2015 black comedy The Lobster, Bugonia marks a return to form.

The film follows bumbling paranoiac conspiracy nut Teddy (Jesse Plemons) as he and his half-witted cousin Don (Aidan Delbis) kidnap Michelle Fuller (Emma Stone), the CEO of pharmaceutical company Auxolith.

Fuller is the kind of ruthless business leader who appears on the cover of Forbes magazine with the caption “Breaking Barriers” and who spouts endless nonsense about diversity while her company wreaks havoc on the planet and the people around them.

According to Teddy, she is also an “Andromedon” alien sent to Earth to enslave and exploit the human population, bringing death to humans as it has been brought to the bees.

The brilliance of the film largely revolves around its manipulation of our identification with the two leads. At times Teddy seems like a lunatic serial killer, and Fuller a heroic victim. At times we empathise with Teddy, while Fuller looks like a manipulative, cold-hearted sociopath.

The whole thing builds up to an immensely satisfying resolution, suitably nihilistic and absurd in equal measure.

As is often the case with Lanthimos’ films, the figures are caricaturish, but the comedic timing – and the oscillation between humour and discomfort for the viewer – is spot on, so it works.

Sinners

Ryan Coogler’s Sinners is a great yarn: a well-executed rock ‘n’ roll fable slash vampire siege, full of electrifying music.

It’s 1932. Twin gangster brothers Smoke and Stack (a dual role played by Michael B. Jordan) return from working for Al Capone in Chicago to Clarksdale, Mississippi, to open up a juke joint.

Their cousin Sammie (Miles Caton), a cotton picker and bluesman – with Charley Patton’s guitar – steals the show at the hugely successful opening night, fulfilling the legend of a musician who can play so well the barriers between the living and the dead come down. Everything seems to be going well – until some redneck vampires decide to assail the venue.

The whole thing is rather gaudy and silly. But like its forebear From Dusk Till Dawn (1996) – it’s so energetically (and pleasurably) handled that it doesn’t matter.

Michael B. Jordan is brilliant in the two roles, and the end result is a muscular, satisfying film that feels like a good pulp novel or comic book – capped off with a Buddy Guy jam session in the final moments.

Sinners is a delicious dream. It’s unlikely to win Best Picture; there was a time, not so long ago, when this kind of genre film wouldn’t have made it into the mix. But it’s well worth its more than two-hour runtime.

Marty Supreme

It would be hard to think of a stupider premise for a movie. In the 1950s, fast-talking entrepreneurial New York hustler Marty Mauser (Timothée Chalamet) has to raise money so he can make it to Japan to beat world number one Koto Endo (Koto Kawaguchi) in the table tennis showdown of the century.

Yet, director/co-writer Josh Safdie treats the premise with enough seriousness that we end up with a high octane sports film to rival Rocky IV. This is helped by the stunning cinematography by Darius Khondji. Shot on 35mm film, the images have a rich colour and texture rarely matched in digital cinematography.

There’s also a dynamite score from Daniel Lopatin, and an anachronistic soundtrack featuring several stellar 1980s pop tunes from the likes of Public Image Limited, New Order and Tears for Fears, to name a few.

Despite Marty’s arrogance, sweet-talking, womanising, con-artistry and generally bad behaviour, Chalamet invests the character with enough pathos and humour that he comes across as a thoroughly loveable – or at least likeable – rogue.

He is a crackpot whose self-belief and willingness to do anything to achieve his dream tricks the viewer into becoming equally invested in his absurd quest as he (and the film) bounce around New York and the world like a bright ping pong ball.

Marty Supreme is an odd – and oddly arresting – film capturing something of the madness at the heart of the American dream. Mauser does whatever he can to make it to Japan. And after several escapades – and some downright brutal scenes featuring cult director Abel Ferrara as an ageing gangster – he does make it.

The rest

Unusually for the Oscars, the pack of 2026 nominees is rounded out by several other good films.

Although not as good as some of his other films, such as Neighbouring Sounds (2012) and Bacurau (2019), Brazilian director Kleber Mendonça Filho’s The Secret Agent is a rollicking political thriller. Set in the 1970s, it features a standout performance by Wagner Moura as a dissident academic evading persecution from a brutal dictatorship.

Paul Thomas Anderson’s One Battle After Another is a wacky comedy occasionally masquerading as a serious political action thriller. It follows the burnt out leftist Pat Calhoun (Leonardo DiCaprio) as, with his daughter Willa (Chase Infiniti), he evades capture by police and a militia led by the moronic Steven J. Lockjaw (Sean Penn). The whole thing is pretty silly, but like its inspiration – Thomas Pynchon’s 1990 novel Vineland – it is fun nonetheless.

F1 is likewise good. This finely wrought racing flick follows all of the delightfully dumb cliches of the genre. Hard-boiled and burnt-out old timer Sonny Hayes (Brad Pitt) makes it to Formula One for the first time, and contends with a new era of racing epitomised by his nemesis, the brash young gun Joshua Pearce (Damson Idris).

It’s hard to imagine such a film being nominated for Best Picture in any other era; Tony Scott’s Days of Thunder (1990) is equally stupid, but better made, and has been universally lampooned by critics. But people seem to be craving (and appreciating) big screen popcorn films in an era where streaming and second-screen viewing has all but destroyed commercial narrative cinema.

Only three nominees stick out as dreary

Clint Bentley’s Train Dreams is an earnest but visually unappealing Netflix film, following a ho-hum period love story about class, racism and the American Dream. Joel Edgerton is solid as usual, and the film is watchable enough, but the whole thing seems rather tired. And the digital video look really doesn’t work with the kinds of exterior, panoramic images that dominate the film.

In Frankenstein, director Guillermo del Toro takes one of the duller, more proselytising novels in the Gothic canon and gives it a suitably ponderous treatment. Oscar Isaac hams it up in full actor mode as Dr Frankenstein. Jacob Elordi is ridiculous as the monster. And Christoph Waltz as Harlander delivers such humdingers as “Can you contain your fire, Prometheus, or are you going to burn your hands before delivering it?” (in case you didn’t know, the novel’s subtitle is The Modern Prometheus).

Made for Netflix, Frankenstein tries hard to look sumptuous with period décor, but it can’t mask the sterility of its digital images. While the novel, at least, has a simple elegance to it, del Toro’s version is meandering, gaudy and cheap-looking.

It is difficult to treat Hamnet – the unbearably pretentious latest film from director Chloe Zhao – seriously, because the filmmakers do it for you. Though there are some things to like – Paul Mescal, for instance, is nice to watch, the cast are generally proficient, and the score is fine – this self-satisfied nonsense plays more like an Instagram video performing its own seriousness than a genuinely engaging feature film.

7 hits out of 10

As usual, the best films of 2025 haven’t been nominated for Best Picture (where’s Sirât, Redux Redux, or Harvest?). Nonetheless, most of this year’s nominees are films that warrant watching more than once for a variety of reasons: pleasure, complexity, nuance.

Perhaps Hollywood is starting to make good films again after decades of superhero trash. Or, at least, the Academy has started to recognise them.

The Conversation

Ari Mattes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Oscars are usually a mess, but this year’s Best Picture nominees are strong. Here’s who should win – https://theconversation.com/the-oscars-are-usually-a-mess-but-this-years-best-picture-nominees-are-strong-heres-who-should-win-274431

El reto de garantizar que las carreras de montaña o ‘trail running’ no dañen el medio ambiente ni a las comunidades locales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Itziar Urquijo Cela, Profesora de Ciencias de la Actividad Física y del Deporte, Universidad de Deusto

La carrera de montaña Zegama Aizkorri, celebrada en la sierra del Aizkorri (Guipúzcoa, País Vasco), ha obtenido la certificación ambiental Green Trail Concept. Jesús Dehesa/Flickr, CC BY-ND

En las últimas dos décadas, el trail running o carreras de montaña ha vivido un crecimiento espectacular en todo el mundo. En países europeos como Francia, Alemania o España, el aumento de carreras y participantes ha sido especialmente visible. En el caso español, se ha hablado de un auténtico boom y el crecimiento no se ha frenado. Hoy es una de las modalidades deportivas en la naturaleza más practicadas.

Este crecimiento ha generado beneficios evidentes: más actividad económica, más empleo temporal y más visitantes en zonas rurales, lo que aumenta la visibilidad del territorio como destino deportivo o turístico. Durante un fin de semana de carrera, un entorno natural puede transformarse en un escaparate deportivo y turístico.

La paradoja del éxito

El trail running surge como una práctica deportiva vinculada a la naturaleza y al territorio. Se basa en la conexión con el entorno, el respeto por la montaña y la identidad local. Hoy, sin embargo, su propio éxito lo sitúa ante su mayor desafío: ¿hasta dónde y cómo puede crecer sin comprometer el medio que lo hace posible?

Más participantes provocan más desgaste en los senderos, más movilidad, más residuos, más ruido. También generan tensión en ecosistemas frágiles y en pueblos pequeños. Por lo tanto, el problema ya no es si estas carreras en la naturaleza generan impacto, sino cómo gestionar el que ya existe.

Ante este escenario, la pregunta es inevitable: ¿cómo poner límites para controlar sus efectos en el entorno?

La respuesta institucional: las certificaciones

En este contexto emerge Green Trail Concept, la primera certificación europea específica para carreras de trail running. Cuenta con apoyo del programa Erasmus+ y de varias organizaciones deportivas europeas. Su objetivo es claro: ordenar el crecimiento de esta actividad bajo criterios de sostenibilidad ambiental, social y económica.

Green Trail Concept va más allá de medir residuos o limitar el uso de plásticos. Analiza la huella ecológica del evento. Evalúa el transporte, la protección de la flora y la fauna y el uso responsable de las infraestructuras. Este tipo de citas deportivas puede contribuir a la pérdida o modificación de hábitats, perturbar a los animales y las plantas del lugar, introducir especies invasoras, alterar los ríos y contaminar el entorno.

Por ejemplo, priorizar el transporte público y el uso compartido del coche, regular el acceso a las zonas naturales y habilitar zonas de estacionamiento son algunas de las medidas que permiten reducir el impacto medioambiental de la movilidad en estos eventos.




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La certificación incluye además aspectos sociales y económicos como el apoyo al comercio local, la colaboración con municipios, la inclusión y la igualdad de género.

La propuesta es ambiciosa. Quiere traducir la sostenibilidad a reglas claras y medibles. De este modo, permite evaluar y comparar eventos, profesionalizar su organización y fijar estándares comunes en Europa.

En España, la certificación Green CXM Trail de la Federación Española de Deportes de Montaña y Escalada (FEDME) avanza en esa misma dirección. El modelo se centra en la evaluación de criterios ambientales. Carreras como Gorbeia Suzien, celebrada en Zeanuri (Bizkaia), dentro del Parque Natural de Gorbeia, ya lo aplican en su planificación.

El debate de fondo

El sector intenta autorregularse. Pero surge una duda: ¿puede un sistema de certificación garantizar por sí solo la sostenibilidad de una carrera? ¿O es solo un primer paso?

Está claro que este reto no es solo una cuestión técnica. Implica decidir qué tipo de desarrollo quieren los territorios de montaña. Una certificación puede ordenar prácticas y reducir daños concretos, pero no siempre cambia la forma de organizar los eventos ni garantiza una visión común del territorio.

Una carrera por montaña no es solo un evento deportivo con impacto ambiental. También es una construcción social. Activa identidad local, relaciones comunitarias y dinámicas económicas.




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Más allá del sello

No cabe duda de que Green Trail Concept representa un avance importante. Introduce estándares comunes y mejora la planificación. Permite medir el impacto y exige justificar decisiones. Sin embargo, la sostenibilidad no se limita a la certificación.

Por eso, además del sello, hacen falta herramientas prácticas para cada territorio. También se necesita formación para organizadores y colaboración entre el ámbito académico, las administraciones y los promotores.

El avance del sector debe basarse en decisiones claras sobre el modelo y las prioridades. Es necesario decidir qué pesa más: aumentar dorsales o preservar el equilibrio territorial; maximizar el impacto económico inmediato o garantizar la viabilidad a largo plazo.

Ejemplos como la carrera Zegama-Aizkorri (que ya ha recibido la certificación Green Trail Concept), en el País Vasco, muestra que el equilibrio no depende solo de cumplir indicadores ambientales. Depende también de poner límites y mantener el vínculo con la comunidad local.

En esa misma línea, la fundación impulsada por el deportista español Kilian Jornet ha promovido una reflexión sobre el impacto del deporte en la montaña. El mensaje es sencillo: correr implica responsabilidad. No basta con reducir el impacto. Hay que avanzar en repensar la relación entre deporte y territorio.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. El reto de garantizar que las carreras de montaña o ‘trail running’ no dañen el medio ambiente ni a las comunidades locales – https://theconversation.com/el-reto-de-garantizar-que-las-carreras-de-montana-o-trail-running-no-danen-el-medio-ambiente-ni-a-las-comunidades-locales-275706

La IA puede traducir palabras, pero no voces (narrativas)

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Isabel Tello Fons, Doctora en Traducción e Interpretación, Universitat de València

Portada de la novela en ruso _Anna Karenina_ traducida al serbio. BalkansCat/Shutterstock

“–Tú también te enojarías si tuvieras una peluca como la mía —prosiguió el Avispón–. Se meten con uno, y uno, que no le gusta que le tomen la ‘peluca’, pues se enfada… ¡natural! Y entonces es cuando me entra la murria, me arrebujo debajo de un árbol y me quedo tieso de frío. Y, para aliviarme, cojo un pañuelo amarillo y me lo ato alrededor de la cara… ¡Oséase, como ahora! ¡Natural!”.

Así tradujo Ramón Buckley la voz del Avispón en la novela A través del Espejo y lo que Alicia encontró allí, de Lewis Carroll. La versión original recrea el dialecto cockney londinense, muy ligado a la clase obrera, lo que Buckley transformó en un dialecto castizo madrileño, conservando el tono quejón y ordinario del personaje de la obra de Carroll:

“You’d be cross too, if you’d a wig like mine,” the Wasp went on. “They jokes, at one. And they worrits one. And then I gets cross. And I gets cold. And I gets under a tree. And I gets a yellow handkerchief. And I ties up my face –as at the present”.

Cuando leemos una novela traducida, no solo seguimos una historia: escuchamos voces. Voces que revelan quiénes son los personajes, de dónde vienen y qué lugar ocupan en su comunidad. Pero ¿qué pasa con esas voces cuando pasan de un idioma a otro? ¿Cómo se traducen los dialectos, acentos, ritmos y registros que forman parte de la identidad profunda de los personajes? Abordar estas cuestiones es uno de los desafíos más complejos y menos visibles de la literatura.

Voces que importan

La forma de “hablar” de los personajes, lo que llamamos variación lingüística, abarca rasgos diferentes como vocabulario local, jergas, expresiones propias de una comunidad, formas de una lengua pasada o maneras particulares de construir las frases. Estos rasgos no son adornos, son recursos de caracterización: cumplen funciones narrativas y de estilo importantes.

El dialecto de un lugar podría tener una función reivindicativa; el acento rural podría transmitir humor, ternura o jerarquía; una jerga juvenil podría significar cercanía o pertenencia a un grupo y un habla histórica sitúa al lector en otra época. Si estas voces desaparecen en la traducción, el personaje se vuelve más plano y la historia pierde parte de su trama original.

Por ejemplo, en Las aventuras de Huckleberry Finn, Mark Twain diferenció a sus personajes mediante siete dialectos diferentes, y en Oliver Twist, Dickens utilizó el argot de ladrones y rufianes para mostrar el habla del hampa londinense.

Sin equivalencias directas

Uno de los mayores retos de la traducción literaria es que los dialectos no son intercambiables. No existe un “equivalente” español del inglés del sur de Estados Unidos, ni un dialecto aquí que corresponda exactamente al de Liverpool. Cada variedad lingüística está anclada en su territorio, historia y contexto social.

Por eso, si tradujéramos de forma literal un dialecto extranjero, el resultado sería extraño o incluso cómico. Si cambiáramos un dialecto inglés por uno español real, convertiríamos a Huckleberry en un niño andaluz, canario o mexicano y manipularíamos su identidad original. Pero a la vez, si se ignora esa forma de hablar y se traduce a la lengua estándar, se pierde su personalidad lingüística.

La traducción literaria busca conseguir efectos equivalentes: que el lector perciba el mismo matiz social y emocional que quien lo lee en versión original, aunque se usen recursos distintos para conseguirlo.

La traducción más humana

La tarea del traductor literario no es mecánica; es un ejercicio de escucha y de interpretación. El traductor se hace preguntas como qué efecto produce esa voz en el lector del original, qué rasgos lingüísticos usar para conseguir ese efecto en la traducción o hasta qué punto marcar o no una variedad.

Puede que la mejor solución no sea apuntar hacia un dialecto concreto, sino usar un registro ligeramente desviado de la lengua estándar para insinuar un origen social que no desplace culturalmente al personaje. Otras veces, puede que un rasgo léxico o una estructura gramatical basten para recrear el ambiente.

Caseta con libros.
Cada uno de estos libros cuenta una historia.
Derick P. Hudson/Shutterstock

Cada decisión requiere criterio y responsabilidad. La literatura representa grupos sociales reales, y tratarlos con respeto exige una mirada ética.

Como he comprobado en mi investigación (de próxima publicación), esa mirada ética es algo que la IA, por ahora, no posee. La IA no “entiende” las implicaciones sociales de la forma de hablar de un personaje. No sabe cuándo un dialecto transmite marginación o cuándo marca jerarquía social. Trabaja detectando patrones estadísticos, no intenciones humanas.

Cuando se le pide traducir voces no estándar, suele haber dos consecuencias. O bien el texto traducido aparece “limpio”, y un personaje que hablaba con un acento local termina hablando de forma normativa, con lo que su personalidad se diluye; o bien la IA imita marcas dialectales, pero mezcla jergas incompatibles o deforma palabras sin criterio. Esto crea estereotipos no deseados, es decir, caricaturas.

Por tanto, ante la reflexión y minuciosidad que conlleva la traducción de la variación lingüística, la IA genera respuestas rápidas que no tienen todavía suficiente sensibilidad para manejar ambigüedades, ironías o alusiones culturales.


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Por qué necesitamos decisiones

Las herramientas como la IA pueden ser muy útiles en las fases previas y complementarias de la traducción porque permiten localizar información rápidamente, comparar usos reales en grandes corpus, identificar patrones de estilo… Sin embargo, si tienden a igualar las voces, también igualarán las experiencias. Utilizándola sin control perderemos diversidad lingüística y, con ella, diversidad humana.

Y es que las variedades lingüísticas no son solamente desviaciones del estándar: son lenguas muchas veces minoritarias o minorizadas, vulnerables o en riesgo. Protegerlas ayuda a conservar nuestro patrimonio cultural y una valiosa pluralidad.

Para que las voces lleguen al lector sin perder su identidad, hace falta alguien que las escuche y las recree. Esa es una tarea esencialmente humana. Por eso, cada vez que una traducción literaria nos deja oír un mundo distinto, estamos también salvando una parte de nuestra diversidad cultural.


Una versión de este artículo se publicó en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.

The Conversation

Isabel Tello Fons no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La IA puede traducir palabras, pero no voces (narrativas) – https://theconversation.com/la-ia-puede-traducir-palabras-pero-no-voces-narrativas-275284