Feux de forêt : derrière les flammes et les fumées, des inégalités sociales de santé invisibles que la France ne mesure pas

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thomas Aguilera, Maître de conférences en science politique, Sciences Po Rennes


L’ESSENTIEL

  • Les fumées de feux de forêt produisent des effets majeurs sur la santé des populations.

  • Des données internationales montrent que les groupes sociaux les plus vulnérables sont particulièrement concernés.

  • En Californie, on parle d’« injustice environnementale face aux feux ». Des travaux sont en cours pour documenter aussi ce risque en France.


L’année 2026, en France, se distingue par des feux de forêt et de végétation qui confirment ce que les spécialistes prévoyaient mais surprennent par leur ampleur inédite.

L’enjeu de santé publique lié aux fumées de feux qui était resté, jusqu’à récemment, relativement discret, semble émerger sur la scène publique.

Une nouvelle géographie des feux de forêts et de végétation en France

En France, l’extension du risque incendie se matérialise à travers deux dynamiques bien documentées par les modèles depuis quelques années et déjà illustrées par les années 2022 et 2025 : l’ensemble du territoire national – dont la Bretagne – est désormais concerné, et la saison des feux s’étend dans l’année.

Les deux incendies de Fontainebleau (Seine-et-Marne), non loin de la capitale, puis celui de Gironde, parti de Saumos le 22 juillet et qui a frôlé la métropole de Bordeaux, ont également confirmé l’importance de repenser l’aménagement des interfaces ville-forêt qui représentent les espaces les plus à risque.




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En juillet 2025, à Marseille, l’incendie des Pennes-Mirabeau – qui avait touché l’Estaque – avait montré que le risque concernait pleinement les populations et les politiques urbaines. Aux États-Unis, on évoquera le grand feu d’Eaton Fire à Los Angeles qui a détruit en janvier 2025 une partie de la localité d’Altadena et tué 19 personnes.

Surfaces brûlées et nombre de départs de feux de forêt en France : 2026, une année historique

En France, avec plus de 119 000 hectares parcourus par 14 320 incendies dès la fin juillet, 2026 a dépassé le record annuel de 1976 (environ 88 000 hectares). L’incendie de Saumos (Gironde) est quant à lui devenu, avec plus de 42 000 hectares, le plus grand feu français depuis l’incendie des Landes de Gascogne d’août 1949 (50 000 hectares et 82 morts).

Une nouvelle géographie semble donc se dessiner dans le paysage français : celle de mégafeux proches de métropoles et de territoires touristiques ou productifs, qui créent leur propre vent et leur propre nuage d’orage, appelé pyrocumulonimbus.

À l’été 2026, davantage qu’à l’accoutumée, cette situation a contribué à faire émerger dans l’espace public deux enjeux.

Le premier correspond aux risques économiques à court, moyen et long termes : au-delà des pertes de la saison touristique, les paysages sont durablement affectés, limitant potentiellement leur attractivité dans les prochaines années, les questions des assurances et de la reconstruction sont maintenant pleinement posées poussant l’État à se positionner. L’autre enjeu est celui des risques sanitaires.

Les risques sanitaires liés aux feux de végétation : un nouvel enjeu en France ?

Certaines recherches de même que les médias évoquent parfois le difficile retour des habitants sur les lieux après un incendie. À l’international, les travaux ont mis en évidence les impacts en termes de santé mentale (en lien avec les pertes matérielles, conséquences, économiques, et traumas possibles en lien avec l’exposition aux feux) notamment au Canada, en Australie ou en Californie mais aussi en France.

En France, si les enjeux sanitaires sont à ce jour encore peu traités, rarement les fumées n’avaient été aussi présentes sur les scènes politique et publique que cet été 2026, notamment en Gironde : le gouvernement a annoncé l’envoi de milliers de masques FFP2 à Bordeaux, les médias ont fait leur une sur l’air irrespirable dans la ville de Bordeaux.

Reste à savoir si cet enjeu, traité cet été dans une perspective court-termiste de nuisances respiratoires ponctuelles, va constituer un véritable problème de santé publique durable sur l’agenda politique, et si son cadrage va intégrer la dimension inégalitaire, comme c’est le cas dans d’autres pays comme en Californie où l’on parle d’injustice environnementale.

Les fumées produites par les feux de végétation sont constituées d’un mélange complexe de polluants, dont des particules fines, qui ne s’arrêtent pas aux périmètres des incendies. Non seulement elles affectent les poumons et les corps des habitants, pompiers et agriculteurs en première ligne, mais elles voyagent aussi sur des dizaines, voire des centaines, de kilomètres puis retombent sur des territoires qui n’ont pas vécu d’incendie et dont les habitants n’ont vu les flammes qu’à la télévision.

Or, ces fumées ne touchent pas tout le monde de la même façon : ce sont surtout les personnes en situation de précarité socio-économique qui sont les plus exposées, les plus vulnérables et les plus affectées.

Les fumées des feux de végétation sont les plus toxiques

La littérature internationale, a bien démontré que les panaches de fumées des feux produisaient des effets sur la santé des populations (risques cardiovasculaires et respiratoires notamment, mais aussi neurologiques) et ce, sur de longues distances et de façon très différenciée socialement.

Une zone densément peuplée sous le panache de fumée, même éloignée du feu, peut ainsi concentrer davantage de personnes exposées qu’une zone proche du foyer mais peu habitée, et connaître de ce fait un risque global élevé, dès lors que s’y conjuguent une forte exposition (densité démographique) et une vulnérabilité marquée (précarité sociale).

En France, la littérature et les expertises sont balbutiantes sur le sujet mais en cours de développement. En juin 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié une note d’expertise collective qui actualise, pour la première fois depuis 2012, l’état des connaissances sur les effets sanitaires des feux de végétation. Sa conclusion est sans ambiguïté : les particules fines (PM 2,5) issues des fumées d’incendie sont plus toxiques que celles de la pollution de fond habituelle liées au trafic routier ou aux autres sources émettrices.

À concentration égale, le surrisque d’hospitalisation pour causes respiratoires est jusqu’à dix fois plus élevé pour les particules de feux de forêt que pour celles du trafic. Une étude européenne incluant des données françaises retrouve un excès de risque également, cette fois pour la mortalité.

Le problème, souligne l’Anses, c’est que nos indices de qualité de l’air, ceux qui nous disent chaque jour si l’air est « bon » ou « médiocre », sont calibrés sur la pollution aux particules ordinaires. Ils excluent, de fait, la signature spécifique des fumées issues de la combustion de forêts et de végétation qui a lieu principalement l’été. Autrement dit, les jours où le panache passe, l’indicateur officiel peut afficher un risque sous-estimant le danger réel.

L’Anses va plus loin. Parmi les populations les plus vulnérables à ces fumées, elle cite explicitement, à côté des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées, les personnes « en situation de précarité socio-économique ». Les raisons sont concrètes : logements mal isolés qui laissent entrer l’air extérieur, habitat suroccupé, absence de véhicule pour évacuer, accès limité à l’information, pathologies chroniques plus fréquentes, et moyens insuffisants aux solutions d’adaptation et de reconstruction (par exemple : évacuation rapide, mise à l’abri sur place, purificateurs d’air, masques).

Tous ces résultats sont empiriquement bien étayés à l’international.

Les habitants des territoires les plus précaires sont les plus exposés aux feux

C’est précisément ces inégalités d’exposition et de vulnérabilité face à la fumée des feux que notre équipe a cherché à mesurer en France. Pour cela, nous avons mené une étude préliminaire en croisant la base de données nationale des incendies (BDIFF) – soit 42 517 feux entre 2009 et 2024, à l’échelle de 36 805 communes de France hexagonale – et l’Indice de défavorisation environnementale (European Deprivation Index, ou EDI) qui combine revenu, emploi, éducation, qualité du logement et accès aux services.

Il apparaît d’ores et déjà que les populations résidant dans les communes les plus défavorisées (du cinquième quintile, Q5) ont connu 5,7 fois plus de feux et 5,7 fois plus de surface brûlée que les communes les plus aisées (à noter que les feux n’étaient pas plus grands dans les communes pauvres, la taille médiane d’un incendie étant identique qu’il survienne dans des communes pauvres ou non).

Quand on tient compte du nombre d’habitants exposés, l’écart augmente fortement : le fardeau, mesuré en « personnes-hectares », est 25 fois plus lourd dans les communes défavorisées, où vivent 15,3 millions de personnes, contre 1,9 million dans les communes les plus favorisées.

Et cette inégalité ne semble pas conjoncturelle : même lors des années à faible activité, les communes défavorisées restent, en moyenne, 4,2 fois plus souvent touchées. C’est donc une caractéristique stable du paysage français. Derrière ce différentiel d’exposition, ces premiers résultats suggèrent un différentiel de vulnérabilité (c’est-à-dire, des effets plus délétères sur la santé à un même niveau d’exposition aux fumées).

Des injustices environnementales invisibles et encore ignorées en France

En Californie, de nombreux travaux, dont ceux réalisés par une partie de notre équipe, documentent depuis des années ces inégalités qui sont problématisées autour des injustices environnementales à la fois par les chercheurs, les experts, les militants et des politiques publiques. Les communautés amérindiennes, noires, hispaniques, résidant dans les quartiers pauvres, sont identifiées comme surexposées et plus vulnérables. Et cette reconnaissance scientifique irrigue l’action publique : plans d’adaptation ciblés, dispositifs de compensation, air conditionné et purificateurs pour les personnes les plus précaires.

En France, cette question est pour l’instant absente de la recherche sur les feux, du débat d’experts, de l’agenda médiatique et politique. Pourquoi ?

Ce n’est pas seulement une affaire d’échelle mais de cadrage, de choix politiques et de trajectoires institutionnelles passées. Chez nous, le feu de forêt est surtout traité comme un problème de sécurité civile : on l’attaque, on l’éteint, on le noie, on protège les vies humaines, on « défend les points sensibles », les infrastructures et les biens. Cette approche, jugée comme efficace jusqu’à aujourd’hui, a permis de limiter la propagation des incendies et le nombre de morts directs. Mais elle a contribué à confiner le risque dans une logique de gestion de crise, même si des changements sont bien à l’œuvre depuis 2022 notamment.

De plus, le modèle français d’État-providence fonctionne moins sur un régime de compensation de groupes ou de territoires spécifiques (par contraste avec le modèle libéral résiduel californien, moins solidaire mais concentré sur les plus désavantagés), et donc moins enclin à intégrer la problématique des inégalités face aux feux, d’autant plus que la variable raciale (qui pèse fortement dans les inégalités face aux fumées de feux) est invisibilisée en France.

Dans ce contexte institutionnel, les effets sanitaires différés de la fumée, et a fortiori leur dimension sociale, ne sont pas pris en compte, à l’exception des travaux en santé publique de l’Anses et d’une expertise discrète qui s’est développée via la question de la santé des pompiers.




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Or, reconnaître le fait que les feux de végétation affectent davantage les plus vulnérables permettrait de faire évoluer le cadrage de ce risque.

Concrètement, il serait possible de faire figurer la contribution spécifique des feux dans les indices de qualité de l’air ; d’intégrer un gradient social dans la surveillance sanitaire post-incendie ; de cibler protection, information, purificateurs, aide au logement, vers les communes et quartiers les plus défavorisés et les plus exposés et bien sûr d’intégrer davantage les politiques d’aménagement du territoire, de santé publique et de gestion du risque incendie.

The Conversation

Thomas Aguilera est membre de l’Institut Universitaire de France et a reçu des financements de la Maison des Sciences de l’Homme de Bretagne (projet FDV BZH).

Anaïs Teyton est post-doctorante à l’Inserm. Ses recherches sont financées par AXA.

Noémie Letellier a reçu des financements de l’Inserm, l’ANSES, l’ADEME et du programme santé du mécénat AXA.

Paula Margarita Salazar Torres a reçu des financements de l’EHESP, sur un poste rattaché à un projet de recherche de l’IRSET (Inserm) portant sur l’exposition aux feux de végétation en France.

Tarik Benmarhnia est membre de l’University of California, San Diego et EHESP. Il a reçu des financements de l’ANR, l’ANSES, l’ADEME, Axa, Horizon Europe.

– ref. Feux de forêt : derrière les flammes et les fumées, des inégalités sociales de santé invisibles que la France ne mesure pas – https://theconversation.com/feux-de-foret-derriere-les-flammes-et-les-fumees-des-inegalites-sociales-de-sante-invisibles-que-la-france-ne-mesure-pas-289670

Alliance ou rupture avec Mélenchon : l’équation insoluble de la gauche

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thomas Ehrhard, Maître de conférences, Université Paris-Panthéon-Assas


L’ESSENTIEL

  • La gauche a besoin des électeurs insoumis pour se qualifier au second tour de la présidentielle. En même temps, Jean-Luc Mélenchon serait le plus mal placé pour affronter Marine Le Pen en cas de duel, selon les sondages.

  • La question des alliances semble donc insoluble : le partenaire indispensable à la qualification est celui qui l’empêcherait de gagner.

  • Les résultats des municipales de 2026 montraient déjà le blocage d’un système de partis fragmenté et incapable de produire des majorités.


Au soir du second tour des élections municipales 2026, le 22 mars, Jean-Luc Mélenchon écrivait que le résultat « ouvre directement le cycle de l’élection présidentielle de 2027 ». Le commentaire politique a suivi : ces municipales seraient le premier tour de la présidentielle. Six mois plus tard, plus personne ne s’en réclame. Ni les vainqueurs ni les vaincus n’invoquent ces résultats pour justifier leur position.

Toutefois, cette disparition est trompeuse. Les municipales ont produit une information électorale précise dont les enseignements ont été tirés diversement. Et, c’est justement parce que la question n’a pas été tranchée que celle-ci structure aujourd’hui tout l’automne de la gauche.

Les enseignements des élections municipales de mars 2026

Le verdict était net, à défaut d’être sans appel. Dans les villes de plus de 50 000 habitants, sur 17 fusions de listes entre socialistes, écologistes ou communistes et La France insoumise (LFI), 11 ont été perdues au second tour (Toulouse, Strasbourg, Besançon, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Poitiers, Avignon, Argenteuil, Colombes, Clichy), pour 6 victoires (Lyon, Nantes, Grenoble, Tours, Aubervilliers, Villejuif). Sur les 13 villes où la gauche non insoumise avait écarté toute alliance, 9 ont été gagnées. La corrélation n’est pas une causalité, mais elle est nette et univoque. À Toulouse, le candidat insoumis allié au socialiste arrivé troisième pouvait espérer plus de 50 % des suffrages ; il n’en a obtenu que 46,13 %.

Pourtant, la lecture des nombres a été sujette à interprétations. Le député Aurélien Rousseau, proche de Raphaël Glucksmann, a formulé le mécanisme de ces fusions qui « n’ont pas été des additions, mais des soustractions ». Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a été plus direct encore : « La France insoumise nous a fait perdre. »

Côté insoumis, Manuel Bompard a considéré que « 48 % à Toulouse, si ça, c’est un plafond de verre, ça me va ». La maîtrise des fondements de l’arithmétique électorale n’étant visiblement pas partagée, deux conclusions opposées en ont été tirées.

L’enquête électorale d’avril 2026 a confirmé l’ampleur du rejet : 81 % des Français seraient mécontents d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon, 8 % seulement des sympathisants socialistes s’en satisferaient, et 73 % jugent peu ou pas probable de voter un jour pour LFI. L’information était disponible, chiffrée, récente. Or, un système de partis est censé apprendre de ses tests électoraux : les acteurs ajustent leur stratégie à ce que les urnes leur ont appris. Mais, c’est à cette étape indispensable, que le mécanisme s’est enrayé. Pourquoi ?

Un verdict électoral inapplicable : le plancher haut et le plafond bas

L’explication est simple, elle tient dans le fait que l’information à tirer des municipales est antithétique dans ses implications. LFI est arithmétiquement nécessaire au premier tour et électoralement éliminatoire au second. Aucune stratégie ne peut satisfaire les deux contraintes simultanément.

Les deux sont largement documentés. En juillet, l’Ifop créditait Jean-Luc Mélenchon de 15 % d’intentions de vote, niveau qu’il n’avait jamais atteint dans les enquêtes de l’institut, premier à gauche. Sa candidature capte quatre à cinq électeurs du Nouveau Front populaire sur dix. Aucune candidature de gauche ne peut espérer la qualification sans cet électorat. Mais, sa défaite au second tour semble également très probable, avec une ampleur telle qu’elle ne laisse pas de place au doute. Dans un second tour face à Marine Le Pen, il obtiendrait autour de 30 % des voix, un électeur socialiste sur deux s’abstiendrait, et il n’en récupérerait qu’un sur trois.

La leçon exprimant concurremment ces deux idées (« vous perdez avec » et « vous ne pouvez pas gagner sans ») ne peut pas être comprise comme une information électorale stratégique par des candidats en concurrence. Les partis ne peuvent que se diviser sur la moitié du verdict qu’ils retiennent à leur avantage.

Le déplacement des questions municipales au sein de la primaire du PS

De cela ont résulté des conséquences logiques avec une alternance de choix opposés sur la question des alliances. Le 9 juillet, les adhérents du Parti socialiste (PS) ont voté à 55,5 % pour une primaire réservée au pôle social-démocrate, contre 44,5 % pour la primaire ouverte à toute la gauche non insoumise que défendait leur premier secrétaire. Le PS s’est ainsi retiré d’une primaire unitaire qu’Olivier Faure avait co-initiée en novembre 2025. Le 25 août, en ratifiant les modalités de sa propre primaire avec Place publique, le PS a refusé d’inscrire, dans la charte des candidats, le principe de non-alliance avec LFI aux législatives de 2027 (accord PS-Place publique ratifié par le Conseil national du PS à 159 voix pour, 32 contre, 21 abstentions). Deux jours plus tôt, Raphaël Glucksmann s’était déclaré candidat sur la ligne inverse, affirmant : « Si je gagne cette primaire, il n’y aura plus jamais d’accord » avec La France insoumise. Le 30 août, Olivier Faure s’est porté candidat contre lui.

Ainsi, la question de mars n’a pas été tranchée et est restée l’axe de division du parti qui devait la trancher. Elle se rejoue, désormais, à l’intérieur même de la primaire. Le 7 septembre, François Ruffin, ancien insoumis, a demandé à y participer. Olivier Faure s’y est déclaré favorable (la primaire doit aller « de Ruffin à Glucksmann ») et une centaine d’élus socialistes l’ont soutenu par lettre ouverte. Raphaël Glucksmann l’a refusé, en défendant la procédure adoptée par le PS en juillet.

Outre la curieuse inversion des rôles entre un premier secrétaire allant contre la procédure adoptée par son parti et un candidat extérieur étant le plus légaliste, cette séquence est révélatrice de la permanence de la question. L’un raisonne en addition : chaque candidature intégrée favorise une qualification au premier tour ; l’autre raisonne en soustraction : chaque proximité avec l’ancien monde insoumis coûte au second tour. Ce sont les deux lectures de Toulouse.

Hors de la primaire, la gauche continue de se diviser. Les candidatures se multiplient : Marine Tondelier, dont le propre parti se divise sur l’opportunité de sa candidature, Fabien Roussel pour le Parti communiste français (PCF), voire Bernard Cazeneuve et Karim Bouamrane. Marine Tondelier en tire un constat implacable : la gauche « va dans le mur pour la troisième fois en trois présidentielles ».

Un système de partis qui ne peut pas apprendre

La situation de cet automne ne fait, finalement, que mettre en évidence ce que les fusions municipales avaient révélé localement. Il faut donc renverser la lecture politique initiale : les municipales n’ont pas ouvert le cycle présidentiel qu’elles auraient dû clarifier, elles ont révélé, précocement, qu’il était déjà bloqué.

Dans un système de partis fragmenté où les injonctions du premier et du second tour sont contraires, l’information électorale ne produit pas d’ajustement stratégique, parce que chaque acteur peut invoquer la moitié du verdict qui lui convient.

Cette contradiction n’est pas propre à la gauche. Le scrutin majoritaire à deux tours l’impose à toutes les familles politiques, d’autant plus fortement que l’une des deux places qualificatives pour le second tour est assurée pour le Rassemblement national (RN), dont l’élimination au second tour n’est plus certaine, loin de là.

Néanmoins, cette contradiction pèse plus pour la gauche. Si, pour les autres le départage entre les candidats pourrait conduire à la victoire, pour la gauche, cette contradiction devient insoluble parce que le partenaire indispensable à la qualification (LFI) est aussi celui qui l’empêche de gagner au second tour.

En politique, pour paraphraser Henry Kissinger, les faits en eux-mêmes sont rarement explicites, tant leur signification, leur analyse et leur interprétation dépendent du contexte et des intérêts des acteurs. À plus de sept mois de l’élection présidentielle, les dynamiques de la campagne électorale contraindront, peut-être, les candidats et les partis de gauche à converger, en se souvenant des échecs passés (l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle en 2002), à moins que les imprévus de campagne (arrestation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol, à New York en 2011) viennent en changer la fin annoncée.

The Conversation

Thomas Ehrhard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Alliance ou rupture avec Mélenchon : l’équation insoluble de la gauche – https://theconversation.com/alliance-ou-rupture-avec-melenchon-lequation-insoluble-de-la-gauche-291854

La percée des houthistes au Yémen met les BRICS face à leurs divisions

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stefan Wolff, Professor of International Security, University of Birmingham


L’ESSENTIEL

  • Le sommet annuel des BRICS s’est tenu les 12 et 13 septembre 2026, à New Delhi, au moment même où, au Yémen, les houthistes s’emparaient du littoral de la mer Rouge et donc du stratégique détroit de Bal el-Mandeb.

  • Le bloc, qui compte désormais 21 membres, est traversé par de nombreuses fractures, notamment sur le cas des houthistes, mais aussi sur bien d’autres sujets au Proche-Orient et ailleurs en Asie.

  • En incluant toujours plus de pays, l’organisation perd sa capacité à parler d’une seule voix, au-delà de vagues déclarations de principe.


Les forces houthistes se sont emparées du port yéménite de Moka ainsi que de l’île de Mayyun, qui surplombe le détroit de Bab el-Mandeb. Cette offensive permet au plus puissant groupe armé allié de l’Iran encore actif au Moyen-Orient d’exercer un contrôle quasi total sur le littoral yéménite sur la mer Rouge.

Directement ou indirectement, Téhéran tient désormais en étau environ 12 % du commerce mondial transitant par cette voie maritime. L’Iran continue par ailleurs de faire pression sur le détroit d’Ormuz, ce qui a déjà entraîné une chute des flux de pétrole passant par cette voie – d’environ 9 millions de barils de pétrole par jour avant février dernier à entre 3,7 millions et 6,4 millions actuellement.

Le lendemain de la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les houthistes, les dirigeants des BRICS se réunissaient à New Delhi à l’occasion de leur 18ᵉ sommet annuel. Les BRICS sont un groupe de pays dits « économies émergentes », constitué autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud en 2006 pour contrebalancer l’influence occidentale dans les institutions internationales. Le groupe s’est depuis élargi à six membres permanents supplémentaires : l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Indonésie. Dix autres pays – la Biélorussie, la Bolivie, le Kazakhstan, Cuba, la Malaisie, le Nigeria, la Thaïlande, l’Ouganda, l’Ouzbékistan et le Vietnam – ont rejoint l’organisation en 2025 en tant que « pays partenaires ».

Selon leurs propres chiffres, les onze États permanents des BRICS représentent 49,5 % de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et 26 % du commerce mondial. Mais le conflit au Moyen-Orient met en évidence les profondes divisions qui traversent le bloc. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la déclaration de New Delhi : elle ne mentionne ni la mer Rouge, ni Bab el-Mandeb, ni le Yémen, ni les houthistes. Pas un mot non plus sur le transport maritime, la sécurité des voies maritimes ou la liberté de navigation.

Vis-à-vis des houthistes et de la guerre en Iran, une organisation dans l’embarras

Le contrôle de Bab el-Mandeb par les houthistes expose directement l’Arabie saoudite. Son oléoduc Est-Ouest, construit précisément pour contourner le détroit d’Ormuz, débouche sur la côte de la mer Rouge désormais contrôlée par les houthistes. Il fonctionnait à pleine capacité, avant d’être mis à l’arrêt à la suite des frappes menées par des groupes pro-iraniens en Irak, puis de la prise de contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge par les houthistes.

Plusieurs points stratégiques du commerce mondial sont représentés sur cette carte : le canal de Suez, le détroit de Bab al-Mandeb et le détroit d’Ormuz.
La Terase via Shutterstock

L’Égypte, de son côté, dépend largement des recettes tirées du canal de Suez. Le trafic maritime qui alimente ces revenus a fortement diminué au début de 2024, en raison d’une première campagne des houthistes contre les navires empruntant les voies maritimes de la mer Rouge, et peine depuis à retrouver son niveau antérieur.

Les dernières avancées des houthistes ne vont évidemment pas améliorer les perspectives du trafic maritime, que les assureurs considèrent déjà depuis des mois comme particulièrement risqué. La hausse des coûts qui en découle devrait continuer à dissuader les armateurs d’emprunter la mer Rouge.

Les Émirats arabes unis ont suspendu fin août l’ensemble de leurs échanges commerciaux et transactions financières avec l’Iran. Cette décision est intervenue après que Téhéran a été accusé d’avoir attaqué un navire appartenant à la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi dans le détroit d’Ormuz, puis d’avoir tiré deux missiles balistiques dans les eaux territoriales émiraties du détroit.

Cette décision faisait suite aux accusations lancées par les Émirats en mai, selon lesquelles l’Iran aurait tiré à lui seul 3 000 missiles et drones contre le pays au cours des deux premiers mois de la guerre déclenchée par les États-Unis à son encontre.

La Chine et l’Inde, qui sont les deux premiers importateurs de pétrole au monde, ont besoin que le détroit d’Ormuz reste ouvert pour contenir les prix mondiaux du pétrole et du gaz. Les deux pays dépendent également de ce passage pour leurs échanges commerciaux : la route maritime du Nord, qui traverse l’Arctique, est loin de pouvoir la remplacer à court terme.

À l’inverse, la Russie, dont les exportations empruntent d’autres routes, est le seul membre des BRICS dont les perspectives économiques s’améliorent à mesure que ces points de passage contrôlés par l’Iran se resserrent. Ce n’est pas un hasard. Lors d’une audition devant des parlementaires états-uniens ce mois-ci, la Russie et la Chine ont toutes deux été désignées comme des soutiens des houthistes, aux côtés de l’Iran.

Des personnels russes présents à Sanaa, la capitale yéménite, ont fourni un soutien technique et des capacités de ciblage aux opérations visant les navires commerciaux en mer Rouge. La majeure partie des livraisons d’armes destinées aux houthistes transite désormais, semble-t-il, par des entreprises chinoises, tandis qu’une société satellitaire liée à l’armée chinoise est accusée d’avoir fourni des renseignements utilisés contre des navires commerciaux.

Pour la Chine, le soutien aux houthistes pourrait être un moyen d’obtenir des garanties quant à la sécurité de ses propres navires transitant par la mer Rouge. Pour la Russie, l’enjeu est surtout de pouvoir utiliser le détroit afin d’accroître les bénéfices tirés de ses ventes de pétrole à l’Inde et à la Chine, les deux pays qui représentent désormais 80 % des exportations pétrolières russes.

De profondes divisions

Ces divisions – et l’incapacité manifeste du groupe à parler d’une seule voix sur la situation au Moyen-Orient – érodent la prétention des BRICS à s’exprimer au nom du « Sud global » face à un ordre international qui l’a longtemps ignoré et refuse de se réformer.

Ironiquement, ce qui contribue à cette perte de crédibilité est précisément l’élargissement rapide et hétérogène des BRICS, dont le groupe se félicite pourtant à chaque occasion. Cette expansion a eu pour effet d’importer au sein de l’organisation une multitude de conflits non résolus à un rythme qu’elle peine à gérer.

Plusieurs membres et pays partenaires du bloc sont en conflit ouvert. L’Iran est de fait en état de guerre avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’opposent depuis des années sur le Yémen, le Soudan et la Somalie. L’Inde et la Chine, quant à elles, connaissent des phases successives de tension et d’apaisement autour de leurs différends frontaliers le long de la ligne de contrôle au Cachemire, sur fond de rivalité géopolitique plus large pour l’influence en Asie et au-delà.

La Chine est également engagée dans des différends de longue durée avec le Vietnam et l’Indonésie en mer de Chine méridionale.

Chaque élargissement des BRICS a réduit un peu plus le champ de ce sur quoi le groupe peut parvenir à un accord et s’exprimer publiquement. Ne rien dire du tout – à l’exception de l’expression d’une « profonde préoccupation face à la poursuite de l’escalade des tensions au Moyen-Orient/Asie occidentale » et d’un appel à « faire preuve de la plus grande retenue et à éviter toute action susceptible d’aggraver davantage la situation » – est peut-être devenu le seul mode de survie possible pour le bloc.

Un groupe dont l’unique point de convergence restant est l’opposition aux États-Unis et à leurs alliés, et qui est incapable de décrire une crise dans laquelle ses propres membres se retrouvent dans des camps opposés, est difficilement susceptible de devenir l’un des pôles d’un ordre véritablement multipolaire.

La réouverture de Bab el-Mandeb et d’Ormuz se décidera à Téhéran, à Washington et sur le marché londonien de l’assurance maritime. Elle ne sera pas décidée par les onze gouvernements qui ont passé le week-end dernier à appeler à la plus grande retenue.

The Conversation

Stefan Wolff a bénéficié par le passé de subventions accordées par le Conseil de recherche sur l’environnement naturel (NERC) du Royaume-Uni, l’Institut américain pour la paix (USIP), le Conseil de recherche économique et sociale (ESRC) du Royaume-Uni, la British Academy, le programme « Science pour la paix » de l’OTAN, les 6e et 7e programmes-cadres de l’UE et Horizon 2020, ainsi que le programme Jean Monnet de l’UE. Il apporte également régulièrement son expertise à des gouvernements et à des organisations internationales. Il est membre du conseil d’administration et trésorier honoraire de l’Association des études politiques du Royaume-Uni (Political Studies Association) et chercheur senior au Foreign Policy Centre de Londres.

– ref. La percée des houthistes au Yémen met les BRICS face à leurs divisions – https://theconversation.com/la-percee-des-houthistes-au-yemen-met-les-brics-face-a-leurs-divisions-291934

Xenia Fedorova, ou comment la propagande russe retourne notre esprit critique contre nous-mêmes

Source: The Conversation – France in French (3) – By Antoine Marie, Chercheur post-doctorant, École normale supérieure (ENS) – PSL


L’ESSENTIEL

  • En juillet 2026, l’ex-patronne russe de la chaîne RT France et chroniqueuse des médias du groupe Bolloré, Xenia Fedorova, a été visée par un arrêté d’expulsion du territoire français.

  • Accusée de colporter la propagande du Kremlin, elle contre-attaque en se présentant comme la victime d’une « pensée unique » diffusée par les médias dominants dans les pays occidentaux.

  • Elle emploie ainsi un mécanisme rhétorique et cognitif habile : au lieu de chercher à nous convaincre, il s’agit de retourner nos propres réflexes d’esprit critique et de méfiance contre les sources « officielles ».


Ancienne directrice de la branche francophone du réseau Russia Today (RT) jusqu’à l’interdiction de ce média d’État russe par l’Union européenne après l’invasion russe de l’Ukraine de 2022, Xenia Fedorova avait retrouvé, début 2025, une tribune de choix dans les médias du groupe Bolloré : CNews, Europe 1, le JDNews. Elle y défendait régulièrement les positions du Kremlin sur la guerre en Ukraine, jusqu’à minimiser voire nier l’invasion russe ou relativiser l’enlèvement d’enfants ukrainiens documenté par la presse internationale.

Fin juillet 2026, Fedorova a fait l’objet d’un mandat d’expulsion, après que le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez l’a accusée d’être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » tandis que le ministre de l’Europe et des affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’a taxée de « propagandiste patentée ». Fedorova conteste ces qualificatifs – elle a déposé des recours contre la procédure d’expulsion, sans succès – et se présente comme une voix marginalisée, voire « bannie » de l’espace médiatique français (reprenant le titre de son ouvrage, publié en 2025 chez Fayard, maison d’édition appartenant à Vincent Bolloré).

C’est précisément ce dernier argument qui mérite qu’on s’y arrête. La méthode rhétorique de Fedorova, décrite notamment ici, consiste à relayer sans la moindre critique les récits officiels russes sur la guerre d’Ukraine et sur les autres sujets tout en présentant RT comme un média « contre-hégémonique » et « alternatif » face à une prétendue « pensée unique » des médias occidentaux.

Le discours établi – qui constate, à travers de multiples sources indépendantes et expertes, l’agression russe et les annexions illégales de territoires ukrainiens – n’est jamais discuté sur le fond. Il est requalifié en récit « dominant », institutionnel, donc suspect par construction. Sa propre parole, elle, se pare des habits de l’outsider qu’on chercherait à faire taire.

Un réflexe cognitif ancien, retourné contre lui-même

Ce procédé n’a rien d’improvisé, et ne relève pas de la seule habileté personnelle de Fedorova. Il exploite un mécanisme que les sciences cognitives ont bien documenté : la vigilance épistémique.

Selon les travaux de Dan Sperber, d’Hugo Mercier et de leurs collègues, les humains disposent de capacités intuitives pour évaluer non seulement le contenu d’un message, mais aussi la fiabilité de sa source – en particulier sa capacité et son intérêt à nous tromper. Plus une source paraît puissante, en position de nous manipuler et capable de nous faire du mal si elle cherche à nous tromper – par exemple parce qu’elle est institutionnelle –, plus ce filtre informationnel se déclenche, notamment dans l’esprit des citoyens dont le niveau de confiance dans la politique est bas.

La vigilance épistémique est un réflexe globalement sain : elle nous évite de croire n’importe qui sur parole et de nous faire exploiter. La communication n’a pu évoluer, au cours de l’histoire de notre espèce, que parce qu’elle était en moyenne avantageuse pour ceux qui envoient et ceux qui reçoivent les messages, ce qui n’est possible qu’à condition de détecter les cas de tromperie.

Mais ce mécanisme de vigilance peut être détourné, exploité à des fins contraires aux intérêts des individus. En qualifiant le récit occidental sur l’Ukraine de « pensée unique » médiatique pour le discréditer, Fedorova active précisément ce déclencheur de méfiance auprès d’un public par ailleurs légitimement échaudé par de vrais précédents en matière de mensonges ou de contradictions dans les discours institutionnels. Parmi ces mensonges et contradictions, on peut citer les mensonges de l’administration Bush sur de supposées armes de destruction massive irakiennes en 2003, mais aussi, plus près de nous, le scandale du sang contaminé, la signature du traité de Lisbonne malgré le « non » au projet de Constitution européenne ou encore les incohérences d’Emmanuel Macron et de son gouvernement sur l’efficacité des masques pendant la pandémie.

Pendant ce temps, sa propre source, l’État russe – un État agresseur défendant son propre récit du conflit qu’il a déclenché – échappe au même soupçon, alors qu’il devrait en être la cible par excellence.

Un procédé classique dans l’influence russe

Ce n’est pas une invention isolée. Le spécialiste de la communication politique Ilya Yablokov a montré, dès 2015 dans la revue Politics, que RT construit une part importante de sa stratégie éditoriale sur la mobilisation de théories du complot visant précisément à délégitimer les récits occidentaux en les faisant passer pour les instruments d’un pouvoir occulte, tout en présentant les positions russes comme la voix authentique échappant à ce contrôle.

Les chercheurs en sciences sociales Christopher Paul et Miriam Matthews ont théorisé un type de désinformation russe analogue sous le nom de « firehose of falsehood » (littéralement, la lance à incendie de contrevérités) : la production d’un volume massif de contenus faux, diffusés en continu sur de multiples canaux, sans aucun souci de cohérence interne.




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Comment les États autoritaires orientent les débats pour saper nos démocraties


Selon les auteurs, l’objectif de ce type de désinformation n’est souvent pas tant de convaincre l’audience d’une version alternative précise des faits que de produire un cynisme généralisé : l’idée que la vérité est de toute façon inconnaissable, qu’on ne peut croire personne, ce qui rend vain tout débat rationnel fondé sur des faits partagés. Faire douter suffit parfois : il n’est pas toujours nécessaire de faire accepter une proposition donnée.

Pourquoi ce mécanisme fonctionne malgré ses excès

Il serait tentant d’en conclure que le public qui se laisse convaincre par ce type de discours « anti-establishment » est simplement crédule. C’est en quelque sorte l’inverse. Comme le soulignent Sperber, Mercier et leurs collègues dans leurs travaux sur la vigilance épistémique, le biais dominant de la cognition humaine n’est pas de croire trop facilement autrui. C’est plutôt une forme de conservatisme épistémique, une difficulté à accorder au témoignage d’autrui, y compris légitimement informé ou expert, la confiance qu’il mériterait.

Le paradoxe de ce type de discours conspirationniste est que le scepticisme, censé nous protéger, finit par se retourner contre les institutions – scientifiques, chercheurs, journalistes d’investigation, ministères de démocraties européennes – qui, malgré leurs imperfections, restent les mieux équipées pour établir les faits, grâce à des procédés éditoriaux et méthodologiques collectifs : recoupement des sources, revue par les pairs, engagement de sa réputation professionnelle, etc.

La confiance se reporte alors sur des sources bien moins vérifiées et régulées comme le discours officiel de l’État russe, sans contre-pouvoir interne, au motif qu’il s’agit de voix « non dominantes », « non officielles », ce qui séduit les esprits bas en confiance politique et en recherche d’indépendance.

The Conversation

Maxime Audinet a reçu des financements de l’ANR dans le cadre de sa chaire de recherche.

Antoine Marie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Xenia Fedorova, ou comment la propagande russe retourne notre esprit critique contre nous-mêmes – https://theconversation.com/xenia-fedorova-ou-comment-la-propagande-russe-retourne-notre-esprit-critique-contre-nous-memes-291061

Apocalypse quantique : la fin de la cybersécurité pour demain ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Simon Abelard, Enseignant-chercheur, EPITA


L’ESSENTIEL

  • Une grande partie de la cryptographie moderne repose sur l’existence de problèmes mathématiques difficiles à résoudre.

  • Ces problèmes sont conçus de telle sorte que le calcul qui permettrait de les résoudre n’est pas possible en pratique, soit parce qu’il prendrait des milliards d’années, soit parce qu’il nécessiterait de couvrir la Terre de superordinateurs.

  • L’ordinateur quantique est le genre d’outil qui peut dynamiter la cryptographie, car il pourrait casser ces limites de calcul. On estime aujourd’hui qu’environ deux tiers des connexions à des sites web sont déjà sécurisées par des algorithmes post-quantiques.


Les promesses de l’ordinateur quantique sont nombreuses dans des secteurs comme l’industrie pharmaceutique pour laquelle il pourrait permettre d’inventer de nouvelles molécules ou de prédire leur efficacité thérapeutique. En cryptologie, en revanche, il a tout du cauchemar. En effet, l’avènement d’un ordinateur quantique suffisamment performant viendrait remettre en cause la sécurité de l’Internet, des données privées collectées et des moyens de paiements modernes.

À l’image d’un récent post des équipes de Google, chaque progrès en la matière est donc scruté avec attention par les scientifiques.

Anatomie d’une menace

La méfiance des cryptologues à l’égard des ordinateurs quantiques tient au fait qu’une grande partie de la cryptographie moderne dite « asymétrique » ou « à clé publique » repose sur l’existence de problèmes mathématiques difficiles à résoudre. La cryptographie à clé publique est une révolution qui date du milieu des années 1970 et qui est essentielle à l’Internet sécurisé ainsi qu’aux paiements électroniques.

En effet, jusqu’à l’invention, en 1975, du protocole de Diffie-Hellman, on ne connaissait que la cryptographie dite symétrique, qui nécessite que chacun des deux interlocuteurs connaisse un secret partagé, posant alors la problématique de la transmission de ce secret.

Le protocole de Diffie-Hellman résout ce problème apparemment insoluble de la façon suivante : chaque personne possède deux clés, une secrète et l’autre publique. Ainsi, deux personnes (chez les cryptologues, il est d’usage de les appeler Alice et Bob) souhaitent communiquer, Alice va combiner sa clé secrète avec la clé publique de Bob et Bob va faire de même avec sa propre clé secrète et la clé publique d’Alice. La beauté du protocole de Diffie-Hellman consiste à garantir qu’en faisant ceci Alice et Bob obtiendront un secret commun sans avoir transmis une seule information secrète. De plus, ce protocole permet non seulement à Alice et Bob de communiquer, mais aussi à un nombre arbitraire d’utilisateurs : là où la cryptographie symétrique nécessitait l’échange de l’ordre de n² clés secrètes entre n utilisateurs, il suffit désormais que chacun possède une seule paire de clés, une publique et une privée, réduisant ainsi drastiquement la complexité de la gestion des clés.

Lorsqu’une personne génère une paire de clés, elle commence par générer aléatoirement une clé privée qu’elle sera la seule à connaître, puis elle en déduit une clé publique qu’elle diffuse (soit directement, soit en la mettant dans un annuaire). Pour des raisons évidentes de sécurité, il faut s’assurer qu’il n’est pas possible de calculer la clé secrète d’une personne à partir de sa clé publique. C’est précisément là qu’interviennent les problèmes mathématiques difficiles : nos systèmes sont conçus de telle sorte qu’un tel calcul ne soit pas possible en pratique, soit parce qu’il prendrait des milliards d’années, soit parce qu’il nécessiterait de couvrir la Terre de superordinateurs.

La notion de difficulté est bien sûr toute relative : s’il est difficile d’enfoncer une porte blindée à mains nues, il est bien plus simple de l’attaquer avec un chalumeau ou des explosifs. Or l’ordinateur quantique est précisément le genre d’outil qui peut dynamiter la cryptographie asymétrique. Cet état de fait est connu depuis l’algorithme de Shor inventé en 1995. Il s’agit d’un algorithme quantique qui permet de résoudre les deux grands problèmes mathématiques sur lesquels repose la cryptographie asymétrique depuis cinquante ans : la factorisation (étant donné le produit N=a*b, trouver les facteurs a et b) et le logarithme discret (étant donné un nombre g élevé à la puissance s, retrouver s). À l’époque, cela ne préoccupait guère les cryptologues tant la menace semblait lointaine : il semblait peu probable que l’on parvienne à créer un ordinateur quantique dans un futur suffisamment proche.

L’accélération de la menace

C’est en 2015 que tout bascule avec une prise de position de la National Security Agency (NSA) américaine soulignant l’urgence de se préparer à la menace quantique. Cette alerte sera suivie d’effet puisque le National Institute of Standards and Technology (NIST), une autre agence américaine, lance dès l’année suivante une campagne de normalisation visant à identifier les algorithmes cryptographiques du futur. L’objectif est de spécifier un algorithme qui sera utilisé par tout le monde et qui doit donc être fiable et efficace. Pour ce faire, le NIST a lancé un appel à soumissions et a choisi les meilleures propositions (en termes de fiabilité, performance et adéquation à certains cas d’usage).

Comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux algorithmes reposent sur des problèmes mathématiques réputés difficiles afin de garantir qu’il est toujours impossible de retrouver les clés secrètes à partir des clés publiques. La différence principale tient au fait qu’on cherche désormais des problèmes mathématiques qui soient également difficiles à résoudre pour un ordinateur quantique.

Lors de la campagne du NIST, les chercheurs et les ingénieurs du monde entier ont proposé plus de quatre-vingts algorithmes supposés résister à l’ordinateur quantique. L’agence américaine les a passés en revue avec beaucoup de soin en se basant sur des critères de sécurité, bien sûr, mais aussi de performance et d’adéquation aux principaux cas d’usages. Il faut souligner l’effort de toute la communauté scientifique qui a tenté, parfois avec succès, de « casser » ces nouveaux algorithmes.

Les premières normes ont été publiées en 2024 par le NIST, ce qui illustre encore une fois le sérieux de la campagne et le fait que changer d’algorithmes de cryptographie ne peut se faire que dans le temps long. Il faut signaler que ce processus est toujours en cours afin d’identifier des normes alternatives, principalement dans l’optique de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Il s’agit d’avoir des solutions de repli si certains algorithmes venaient à être cassés dans le futur.

En parallèle de ce processus, la communauté scientifique a cherché à estimer à partir de quelle puissance un ordinateur quantique pourrait représenter une réelle menace pour la cryptographie actuelle. Cette notion de puissance s’envisage en nombre de qubits, l’analogue quantique des bits pour un ordinateur classique. Les qubits tirent profit de propriétés de la mécanique quantique telles que la superposition (un seul qubit contient une information plus riche qu’un bit classique qui ne peut valoir que 0 ou 1) et l’intrication (on peut créer des qubits dépendant les uns des autres). Cela signifie qu’un ordinateur quantique même avec « seulement » un million de qubits peut faire des calculs bien plus complexes qu’un ordinateur classique possédant plusieurs téraoctets (des millions de millions de bits) de mémoire vive.

Créer un ordinateur quantique avec un nombre de qubits assez grand est un véritable défi technologique et l’on voit apparaître deux phénomènes : d’un côté, les ordinateurs quantiques proposés par les principaux acteurs du marché contiennent de plus en plus de qubits (de l’ordre de la centaine) tandis que les chercheurs optimisent l’algorithme de Shor pour qu’il soit toujours moins gourmand en qubits. Le jour où le nombre de qubits nécessaires sera inférieur au nombre de qubits disponibles sur un ordinateur quantique, la cryptographie actuelle ne sera plus sûre.

Une récente annonce de Google suggère que ce jour est plus proche que nous le pensions : une de leurs équipes estime qu’il suffirait de 500 000 qubits pour casser les principaux algorithmes utilisés aujourd’hui. Même si un tel nombre de qubits reste plus de cent fois supérieur à ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle, c’est tout de même vingt fois moins que la précédente estimation ! Il s’agit donc à juste titre d’une avancée significative qui peut légitimement nous amener à revoir nos prévisions.

Dans ce contexte, le rapport Quantum Technologies and Quantum-Safe Cryptography du Bundesamt für Sicherheit in der Informationstechnik (BSI, Office fédéral de la sécurité des technologies de l’information) met également en évidence un risque concret lié au scénario dit « Harvest Now, Decrypt Later » (récolter maintenant, déchiffrer plus tard), dans lequel des adversaires collectent dès aujourd’hui des données chiffrées dans l’attente de futurs ordinateurs quantiques capables de les déchiffrer.

La cryptographie sera post-quantique ou ne sera pas

Face à cette menace, les agences de sécurité de nombreux états ont déjà commencé à planifier l’inévitable transition vers des normes cryptographiques dites post-quantiques, c’est-à-dire résistantes à l’ordinateur quantique. En Europe comme aux États-Unis, ces agences recommandent de remplacer la cryptographie actuelle par la cryptographie post-quantique entre 2030 et 2035, selon la sensibilité des applications visées. Pour les entreprises comme pour les acteurs publics, la cryptographie post-quantique n’est donc pas une option, à tel point que de nombreux acteurs de la défense, du secteur bancaire ou de l’Internet n’ont pas attendu qu’on leur impose cette transition. On estime aujourd’hui qu’environ deux tiers des connexions à des sites web sont déjà sécurisés par des algorithmes post-quantiques, et les utilisateurs de la messagerie instantanée Signal font d’ores et déjà confiance à la cryptographie post-quantique (peut-être à leur insu).

Il n’empêche que la transition post-quantique demeure une tâche titanesque et d’autant plus urgente qu’elle ne se fera pas en un jour : s’il a déjà fallu huit ans pour aboutir aux normes cryptographiques post-quantiques, de nombreux secteurs doivent encore acheter des produits commerciaux intégrant ces normes et les déployer d’ici cinq à dix ans. À cette urgence s’ajoute le cas des secrets à long terme, ces données produites aujourd’hui mais qui doivent rester confidentielles pour les décennies à venir et qu’il faut donc dès aujourd’hui protéger par de la cryptographie post-quantique. C’est d’autant plus critique pour les matériels ne pouvant pas évoluer : il serait par exemple impensable qu’un satellite lancé aujourd’hui ne soit pas capable de résister à la menace quantique.

L’annonce de Google doit renforcer notre sentiment d’urgence car nous ne disposons peut-être pas d’autant de temps que nous ne l’espérions : certaines voix annoncent qu’ils pourraient être nécessaire d’accélérer ce déploiement afin d’être prêts dès 2029, ce qui montre bien à quel point ces travaux sont pris au sérieux.

Les enjeux du post-quantique

Face à une telle révolution, il serait contre-productif de sombrer dans le défaitisme ou la paranoïa car ce défi porte autant de risques que d’opportunités. Pour de nombreux acteurs du marché qui ont su négocier le virage, ce rebattage des cartes est l’occasion de capter de nouveaux leviers de croissance. Pour les autres, il est crucial de ne pas se laisser distancer car le sujet quantique n’est pas uniquement l’apanage des ingénieurs : les décideurs auront un rôle essentiel à jouer afin de planifier et d’investir intelligemment dans l’inévitable renouvellement de leur infrastructure cryptographique.

C’est aussi un enjeu d’éducation et de culture scientifique face auquel les enseignants et les enseignants-chercheurs sont en première ligne. Il faut renouveler l’enseignement de la cryptographie au niveau post-bac, afin de former la nouvelle génération à la cryptographie post-quantique.


Pour ne pas rater ce train, Pierre-Alain Fouque, Pascal Lafourcarde et Ludovic Perret viennent de publier le premier livre de cours consacré au post-quantique, destiné aux étudiants en master et d’école d’ingénieurs, mais aussi en formation continue. Ce livre a pour objectif de comprendre la menace quantique, les nouvelles normes de cryptographie post-quantique et les enjeux liés à la transition de nos infrastructures numériques vers une cryptographie résistante au quantique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Apocalypse quantique : la fin de la cybersécurité pour demain ? – https://theconversation.com/apocalypse-quantique-la-fin-de-la-cybersecurite-pour-demain-286607

Dissection chronique de l’aorte : mieux prédire le risque d’anévrysme grâce à un jumeau numérique

Source: The Conversation – in French – By Alain Lalande, Maitre de conférences, Université Bourgogne Franche-Comté (UBFC)


L’ESSENTIEL

  • La dissection aortique est une affection cardiovasculaire particulièrement grave, entraînant un taux de mortalité élevé.

  • Sa forme chronique évolue souvent vers un anévrysme de l’aorte qui risque d’entraîner sa rupture.

  • Un nouveau projet de recherche ambitionne de créer, pour chaque patient, un « jumeau numérique », autrement dit un modèle personnalisé permettant de prédire l’évolution de la maladie.


La dissection aortique est une pathologie cardiovasculaire grave, potentiellement fatale. Elle résulte de la déchirure de la couche interne de la paroi de l’aorte, la plus longue artère du corps humain, qui transporte le sang riche en oxygène du cœur vers les organes.

Le sang qui s’infiltre entre les différentes couches de la paroi de l’aorte les sépare et crée un « faux chenal » (le vrai chenal étant le passage habituel du sang dans l’artère). Ce faux chenal fragilise l’aorte, et peut mener à sa rupture. Par ailleurs, il peut progresser dans la paroi, et toucher d’autres artères, les fragilisant elles aussi.

La prise en charge chirurgicale des formes les plus graves de dissection aortique doit être rapide, car son taux de mortalité est très élevé.

L’un des problèmes majeurs concernant la dissection aortique est que, même après un traitement chirurgical, les patients peuvent développer une forme chronique, laquelle présente le risque d’évoluer vers un anévrysme augmentant le risque de rupture.

Pour tenter d’anticiper une telle évolution, le projet « Aortic Dissection Evaluation Prediction from Digital Twin » (ADEPT) a été mis en place. Celui-ci vise à mettre au point un jumeau numérique personnalisé de l’aorte pour les patients atteints de dissection aortique chronique, afin de prédire leur risque de développer un anévrysme.

Alors que pour l’instant, seuls des critères anatomiques sont utilisés, le projet ADEPT ambitionne d’intégrer un grand nombre de données différentes afin de fournir une évaluation multifactorielle du risque.

Deux types de dissections aortiques

Chaque année, en France, environ 5 adultes pour 100 000 habitants sont victimes de dissection aortique. En 2022, selon Santé publique France, 2 726 patients avaient été hospitalisés pour une dissection aortique (1 729 hommes et 997 femmes). L’âge moyen des patients hospitalisés était de 67,1 ans.

Le risque de dissection aortique augmente à mesure que l’on vieillit. Le facteur de risque dominant est l’hypertension artérielle (76,6 %), suivi des antécédents d’athérosclérose (27 %), d’un anévrysme aortique connu (16 %), d’une chirurgie cardiaque antérieure (16 %), du syndrome de Marfan (5 %), d’une cause iatrogène (autrement dit, provoquée par un acte médical ou un médicament ; 4 %) et de la consommation de cocaïne (1,8 %). Les hommes sont davantage touchés que les femmes.

Selon la localisation de la déchirure à l’origine de la dissection aortique, celle-ci est classée soit en dissection de type A, soit en dissection de type B. Le type A, correspond à une dissection qui touche l’aorte ascendante (située juste après le cœur), tandis que pour le type B la dissection affecte exclusivement la crosse aortique et l’aorte descendante.

La dissection de type A constitue une urgence chirurgicale vitale. Son taux de mortalité est très élevé, de l’ordre de 50 % à deux jours, et jusqu’à 80 % à une semaine si elles ne sont pas opérées en urgence.

Les patients doivent être adressés sans tarder à un chirurgien cardiaque capable de prendre en charge cette pathologie. L’opération consiste à supprimer la portion de l’artère atteinte, afin d’éviter la rupture. Il s’agit d’une chirurgie lourde et très délicate. Après une chirurgie de dissection aortique de type A, plusieurs séquelles sont possibles, à court et à long terme. Les principales sont neurologiques (survenue d’un accident vasculaire cérébral, par exemple), cardiaques (insuffisance aortique, insuffisance cardiaque ou troubles du rythme, par exemple une fibrillation auriculaire), aortiques, vasculaires et respiratoires.

Quels symptômes doivent alerter ?
Les symptômes qui doivent alerter sont principalement une douleur brutale et très intense survenant dans la poitrine ou dans le dos, parfois décrite comme une sensation de déchirure. Cette douleur peut également s’étendre vers l’abdomen. Autres signaux d’alerte : un malaise, une perte de connaissance, un essoufflement soudain ou l’apparition de signes neurologiques (difficulté à parler ou trouble de la vision).

La dissection de type B est le plus souvent prise en charge médicalement, en administrant notamment un traitement visant à lutter contre la tension artérielle. Dans certains cas, la pose d’une endoprothèse peut être envisagée. La dissection aortique de type B évolue fréquemment vers une forme chronique nécessitant un suivi prolongé.

La dissection aortique de type B est compatible avec une vie quotidienne relativement normale, mais elle nécessite une surveillance cardiovasculaire à vie. Cela implique généralement un contrôle strict de la tension, un traitement médical et une surveillance régulière de l’aorte par scanner ou IRM, avec parfois des restrictions sur les efforts très intenses. Cette forme chronique de dissection chronique peut rester stable pendant des années, mais expose à une dilatation progressive de l’aorte, un anévrysme, une nouvelle dissection ou, plus rarement, une rupture.

Le problème est que les dissections aortiques de type B évoluent vers une dégénérescence anévrysmale dans près de 60 % des cas. Pour prédire ce type d’évolution, le projet ADEPT propose une approche innovante, fondée sur la mise au point d’un jumeau numérique spécifique de chaque patient.

Intégrer un maximum de données pour mieux prédire

Actuellement, la prise en charge de la dissection aortique chronique se fait à partir de considérations anatomiques tels que le diamètre de l’aorte, la taille de la porte d’entrée de la dissection, la perméabilité du faux chenal. Cependant, il est maintenant reconnu que l’anatomie, et en particulier le diamètre seul, ne permet pas d’anticiper une évolution de la dissection aortique chronique vers un anévrysme qui nécessiterait une prise en charge chirurgicale.

Le projet ADEPT ambitionne d’améliorer l’anticipation de ce risque évolutif, et d’optimiser le suivi clinique des patients dans le cadre d’une chirurgie de type A entraînant une dissection chronique de type B. Il s’appuiera sur des données issues de différentes technologies : imagerie, modélisation du flux sanguin, caractérisations biomécanique et histologique du tissu aortique, analyse de marqueurs sanguins.

L’objectif est de réaliser un jumeau numérique spécifique pour chaque patient, à partir de l’ensemble de ces données :

  • Données biomécaniques : la biomécanique est l’étude des propriétés mécaniques des tissus biologiques et de leur réponse aux forces physiques. Dans le cas de la dissection aortique, la biomécanique peut fournir des informations précieuses sur les facteurs qui contribuent au développement et à la progression de la dissection aortique. Concrètement, lors de la chirurgie de dissection de type A, des échantillons de la partie opérée seront prélevés et soumis à divers tests (de résistance, de fatigue) afin de déterminer les effets sur le tissu aortique des contraintes auxquelles est soumise l’artère (contraintes qui finissent par la déformer). La composition du tissu sera aussi étudiée (le pourcentage de diverses sortes de protéines intervenant dans l’élasticité de l’aorte – comme l’élastine et le collagène – sera notamment calculé). Toutes ces informations seront directement intégrées dans le jumeau numérique du patient.

  • Données d’IRM de flux en quatre dimensions : des séquences d’imagerie en IRM de type flux 4D permettront d’obtenir une modélisation 3D du flux sanguin au sein de l’aorte du patient au cours du cycle cardiaque. À partir de cette modélisation en 3D (facilitée par l’avènement d’outils d’intelligence artificielle permettant de traiter un grand nombre d’images), différents paramètres seront automatiquement extraits au niveau de la paroi de l’aorte et au sein de sa lumière (l’espace libre à l’intérieur de l’artère où circule le sang). Cette modélisation numérique poussée sera la base du jumeau numérique.

  • Données de marqueurs sanguins : ce projet vise à identifier des marqueurs sanguins de la dissection aortique, autrement dit des protéines dont l’augmentation dans le sang pourrait indiquer un risque de survenue d’événement indésirable. Il s’agira, par exemple, de détecter certaines enzymes dont on sait qu’elles jouent un rôle clé dans la dégradation de la paroi de l’aorte. Pour les détecter précisément, des sondes moléculaires fluorescentes sont développées. Ces capteurs seront capables de « s’allumer » lorsqu’une enzyme spécifique est active.

  • Données de fantômes de dissection aortique : dans ce contexte, un fantôme est un modèle artificiel reproduisant les caractéristiques anatomiques et physiques d’un organe. Concrètement, il s’agira de valider la modélisation 3D/4D obtenue à partir de l’IRM sur des aortes constituées de matériaux synthétiques. La forme des fantômes devra être la plus réaliste possible et se basera sur des examens d’imagerie obtenus sur des patients. La conception de ces fantômes constituera un défi, notamment au niveau du « flap » (la lame de tissu résultant de la déchirure, séparant vrai et faux chenal). L’expérimentation sur plusieurs fantômes avec des anatomies différentes permettra de renforcer le modèle numérique et donc le jumeau numérique. À partir de la création de fantômes spécifiques à chaque patient, on peut simuler une opération chirurgicale de type pose d’endoprothèse. Ce système pourra être utilisé pour la formation des jeunes chirurgiens.

Nous espérons que ce jumeau numérique permettra, pour chaque patient, de mieux estimer le risque de rupture d’anévrysme suite à une dissection aortique. Une fois le processus mis au point, cette modélisation affinera leur prise en charge et leur suivi, sans alourdir les procédures d’examen.


À propos du projet : Le projet « Aortic Dissection Evaluation Prediction from Digital Twin » (ADEPT) est un projet collaboratif réunissant l’Université Bourgogne Europe, le CHU Dijon Bourgogne et deux entreprises : ennoïa et CASIS. D’un coût total estimé à 4,8 millions d’euros, il a reçu une subvention de l’Union européenne au titre du programme FEDER-FSE+ Bourgogne Franche-Comté et massif du Jura 2021-2027 d’un montant total d’environ 3,6 millions d’euros.

The Conversation

Dans le cadre du projet ADEPT, Alain Lalande a reçu des financements FEDER-FSE+ Bourgogne Franche-Comté et Massif du Jura (2021-2027).
En tant que porteur du projet ADEPT, Alain Lalande a un lien de conseil avec les sociétés CASIS (Cardiac simulation & Imaging software) et ennoïa, associées à ce projet.

– ref. Dissection chronique de l’aorte : mieux prédire le risque d’anévrysme grâce à un jumeau numérique – https://theconversation.com/dissection-chronique-de-laorte-mieux-predire-le-risque-danevrysme-grace-a-un-jumeau-numerique-291788

Pourquoi l’ONU soutient-elle une nouvelle carte du monde plus fidèle à la taille de l’Afrique ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jack Swab, Assistant Professor Department of Geography & Sustainability, University of Tennessee


L’ESSENTIEL

  • La projection Equal Earth représente plus fidèlement la taille réelle des continents, notamment celle de l’Afrique.

  • La projection de Mercator reste utile pour la navigation, mais déforme fortement les superficies.

  • Le soutien de l’ONU à Equal Earth vise aussi à corriger une représentation du monde héritée de rapports de pouvoir coloniaux.


L’ONU a adopté une résolution non contraignante recommandant la projection Equal Earth, une carte qui représente plus fidèlement la taille réelle des masses continentales. La projection aujourd’hui la plus couramment utilisée, appelée projection de Mercator, exagère fortement la superficie des terres situées vers les pôles Nord et Sud, ce qui fait paraître l’Afrique beaucoup plus petite. Sur la projection de Mercator, les pays proches des pôles peuvent apparaître de deux à quatorze fois plus grands qu’ils ne le sont réellement. La projection Equal Earth réduit au minimum ces distorsions, faisant ainsi paraître l’Afrique plus grande en comparaison.

Nous avons demandé à Jack Swab et Derek Alderman, cartographes et géographes qui étudient le pouvoir social et communicationnel des cartes, de nous expliquer ce changement.

Qu’est-ce qu’une projection cartographique ?

Une projection cartographique est une technique utilisée par les cartographes pour transformer la Terre, sphérique et en trois dimensions, en une carte plane en deux dimensions, comme celles que nous voyons sur un mur ou un écran d’ordinateur. Lorsque les cartographes aplatissent le globe, la carte se déforme, ce qui modifie les formes et les superficies. Aucune projection cartographique ne permet de représenter la Terre sans distorsion, mais certaines sont mieux adaptées que d’autres à certains usages.

Le travail du cartographe consiste à choisir parmi des centaines de projections différentes, en tenant compte de la région sur laquelle la carte est centrée et de l’usage qui en sera fait. Aucune projection n’est la meilleure dans toutes les situations. La nouvelle projection Equal Earth est mieux adaptée que celle de Mercator à la réalisation de cartes du monde à l’échelle planétaire destinées à l’enseignement, à la communication auprès du grand public et à l’élaboration des politiques publiques.

La projection de Mercator est-elle encore utile ?

Si la projection de Mercator représente mal la superficie des masses continentales, elle ne va pas pour autant disparaître complètement. Elle reste par exemple très utile pour la navigation, car elle permet de conserver un cap constant à la boussole entre deux points sans avoir à le recalculer.

C’est pourquoi la plupart des services de cartographie en ligne, comme Google Maps ou Apple Plans, s’appuient sur une variante de la projection de Mercator pour fournir des itinéraires. Pour la navigation, la projection Equal Earth serait moins efficace que celle de Mercator.

Comment la projection Equal Earth sera-t-elle utilisée ?

La cartographie est une activité décentralisée et aucune autorité unique ne réglemente le choix des projections utilisées. En adoptant cette résolution, l’ONU a surtout voulu soutenir l’idée générale selon laquelle Equal Earth est une projection plus juste, qui représente plus équitablement la superficie réelle des terres émergées. Et si cette initiative se situe à l’échelle mondiale, des mouvements se développent aussi au sein des communautés de cartographes pour faire d’Equal Earth la projection utilisée par défaut pour les cartes du monde.

À elle seule, la résolution de l’ONU ne suffira pas à faire adopter Equal Earth à l’échelle mondiale. Il faudra pour cela réviser délibérément les cartes utilisées dans les manuels scolaires, les bases de données, les productions médiatiques et les discussions diplomatiques, ce qui nécessitera du travail et des investissements financiers.

La projection Equal Earth a été mise au point par des cartographes et connaît un grand succès auprès de la profession depuis sa présentation en 2018. Il est désormais possible d’acheter des cartes murales utilisant cette projection, qui a déjà été adoptée par de nombreux médias. Cela dit, chacun devra faire le choix de privilégier Equal Earth par rapport aux autres projections.

Pourquoi la projection Equal Earth suscite-t-elle des résistances ?

Les résistances à la projection Equal Earth sont restées assez limitées. Plusieurs pays se sont abstenus lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, mais la plupart l’ont fait pour d’autres raisons. L’Ukraine, par exemple, a exprimé des inquiétudes quant à la représentation sur la carte de la péninsule de Crimée, dont le statut est contesté et qui est présentée comme un territoire disputé sur le site d’Equal Earth.

Cette intervention a suscité une réponse de la Russie, ainsi que des remarques d’autres pays au sujet de territoires disputés. La résolution de l’ONU portait toutefois sur la manière de représenter le monde et non sur le tracé de frontières politiques particulières – un point sur lequel la Russie et l’Ukraine se sont accordées. Ces échanges relevaient donc essentiellement de prises de position géopolitiques sur des questions étrangères à la projection cartographique elle-même.

Les États-Unis ont fait figure d’exception en étant le seul pays à voter contre la projection Equal Earth. Ils ont affirmé que cette proposition s’inscrivait dans un « projet radical et idéologique » dont il n’appartenait pas aux Nations unies de débattre. Les délégués américains ont contesté les formulations établissant un lien entre les distorsions de la projection de Mercator, l’héritage colonial et la marginalisation de l’Afrique. Cette position n’est guère surprenante puisque l’administration actuelle nie l’existence de systèmes structurels d’inégalités.

Il est difficile de ne pas voir l’hypocrisie à l’œuvre. Les États-Unis voudraient empêcher les autres pays de débattre des implications politiques de la cartographie, alors même que le président Trump se livre à sa propre instrumentalisation nationaliste des cartes. Pour des raisons manifestement idéologiques et sans aucune concertation internationale, il a décidé unilatéralement de rebaptiser le golfe du Mexique « golfe d’Amérique » et le lac Ontario « lac America ».

En quoi cette nouvelle carte peut-elle changer notre vision du monde ?

Les pays africains ont défendu l’idée que la projection Equal Earth constituait une forme de « justice cognitive ». Celle-ci repose sur le constat que les individus ont souvent tendance à associer la puissance et l’importance d’un territoire à la taille qu’il semble avoir sur les cartes. La représentation traditionnelle de l’Afrique comme un continent plus petit que l’Europe ou l’Amérique du Nord reflète généralement l’importance supposée de ces différentes régions du monde.

La projection Equal Earth pourrait faciliter l’enseignement, la diffusion et la mise en débat d’une autre représentation de l’Afrique et de la place qu’elle occupe dans le monde. Les pays africains comptent aujourd’hui parmi ceux dont l’économie et la population connaissent les croissances les plus rapides. Une projection cartographique ne peut, à elle seule, changer les mentalités. Mais, alors que les pays africains cherchent à peser davantage dans les affaires internationales, corriger la carte mentale des dirigeants mondiaux constitue une étape importante pour mieux faire reconnaître la place et les droits du continent.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi l’ONU soutient-elle une nouvelle carte du monde plus fidèle à la taille de l’Afrique ? – https://theconversation.com/pourquoi-lonu-soutient-elle-une-nouvelle-carte-du-monde-plus-fidele-a-la-taille-de-lafrique-291935

De la sécheresse aux inondations en Afrique du Nord : à quoi faut-il s’attendre avec le super El Niño ?

Source: The Conversation – in French – By Hossein Bonakdari, Full Professor, Civil Engineering, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Le Maroc a passé la majeure partie de la dernière décennie à s’assécher. Entre 2019 et 2024, le pays a enregistré six années consécutives de précipitations inférieures à la moyenne, la plus longue période de sécheresse jamais enregistrée au Maroc. L’année hydrologique 2023-2024 a été la plus sèche depuis plus de six décennies, avec un cumul national de seulement 106,4 mm.

Mais il ne s’agissait pas simplement d’un nouvel épisode de sécheresse. Le problème allait bien au-delà du manque de précipitations. Le Maroc était déjà confronté à un stress hydrique structurel, aggravé par la sécheresse : la disponibilité en eau renouvelable par habitant est passée de 2 560 m³ en 1960 à environ 620 m³ par an en 2020, plaçant le pays en situation de stress hydrique structurel. Parallèlement, la surexploitation des eaux souterraines a entraîné une baisse importante du niveau de plusieurs nappes phréatiques.

À l’automne 2025, rien ne laissait présager que cette situation était sur le point de changer. Puis est arrivé l’hiver 2025-2026.

Les pluies sont revenues soudainement, avec une ampleur que le Maroc n’avait pas connue depuis une génération. Sept années de sécheresse ont pris fin en un seul hiver. Les réservoirs, fortement affectés par des années de déficit hydrique, ont commencé à se remplir rapidement. Des cours d’eau qui s’étaient asséchés se sont remis à couler.

Aujourd’hui, un El Niño d’une intensité record se développe dans le Pacifique. Pourrait-il replonger le nord-ouest de l’Afrique dans la sécheresse ? L’analyse menée par mes collègues et moi suggère le contraire. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder à des milliers de kilomètres de là, du côté de l’Atlantique Nord.

Qu’est-ce qui a changé ?

Au Maroc, la majeure partie des précipitations tombe en hiver, portée par les perturbations issues de l’Atlantique. Le nombre de ces perturbations qui atteignent le pays dépend en partie de l’Oscillation nord-atlantique, qui correspond à la différence de pression atmosphérique entre les Açores et l’Islande.

Cette différence de pression influence la vitesse et la trajectoire du courant-jet, un puissant courant d’air en altitude qui agit comme une véritable autoroute pour les systèmes météorologiques.

Lorsque cette différence de pression est importante, le courant-jet tend à être plus rapide et à se déplacer plus au nord, dirigeant ainsi les perturbations vers l’Europe du Nord. Lorsqu’elle s’affaiblit, le courant-jet peut se décaler vers le sud. C’est essentiellement ce qui s’est produit au cours de l’hiver 2025-2026.

La pression atmosphérique a diminué autour des Açores et augmenté près de l’Islande. En réponse, le courant-jet a fortement ondulé vers le sud, jusqu’aux régions subtropicales. Son noyau, où les vents sont les plus forts, s’est déplacé vers les côtes marocaines plutôt que de rester plus au nord, en direction des îles Britanniques.

Nous avons identifié cette combinaison comme une configuration météorologique caractéristique du nord-ouest de l’Afrique: un gradient de pression affaibli, un courant-jet décalé vers le sud et des perturbations atlantiques atteignant le Maroc de façon répétée. Ce changement a redirigé la trajectoire des perturbations vers le Maroc.

Les perturbations atlantiques se sont alors succédé, apportant de l’air humide et de nouvelles précipitations sur des sols déjà saturés en eau. En rencontrant les reliefs du Rif et de l’Atlas, cet air humide a été contraint de s’élever, ce qui a intensifié les précipitations, en particulier dans le bassin du Sebou, dans le nord-est du pays.

Au cours de l’hiver 2025-2026, le courant-jet de l’Atlantique Nord, fortement ondulé et décalé vers le sud, a dirigé les perturbations atlantiques vers le Maroc. L’affaiblissement du gradient de pression entre les Açores et l’Islande était associé à ce déplacement vers le sud.

Que pourrait signifier un super El Niño?

Le Pacifique tropical connaît actuellement une évolution spectaculaire vers un super El Niño. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis estime désormais à plus de 90 % la probabilité qu’un El Niño de très forte intensité se produise cet hiver, la plupart des modèles prévoyant un événement exceptionnellement puissant. Cette situation soulève immédiatement deux questions importantes pour le Maroc.

Un super El Niño signifie-t-il que le Maroc connaîtra un nouvel hiver pluvieux ? Ou la sécheresse pourrait-elle faire son retour ?
Pour l’instant, il est encore trop tôt pour le dire. La raison est simple : El Niño ne représente qu’une partie du phénomène. L’océan Pacifique peut influencer les probabilités, mais pour le Maroc, c’est finalement l’Atlantique Nord qui pourrait déterminer la trajectoire des perturbations.

Les hivers marqués par un El Niño intense ont tendance, vers la fin de la saison, à favoriser la phase négative de l’Oscillation nord-atlantique (NAO), ce qui peut déplacer les perturbations atlantiques plus au sud. Des débuts d’hiver plus pluvieux dans la péninsule Ibérique ont également été associés à El Niño.

Si ces différents facteurs se combinent cet hiver, le gradient de pression entre les Açores et l’Islande pourrait de nouveau s’affaiblir. Le courant-jet pourrait alors se décaler vers le sud, permettant à davantage de perturbations atlantiques d’atteindre le Maroc et d’autres régions du nord-ouest de l’Afrique. Autrement dit, un El Niño intense pourrait accroître la probabilité d’un nouvel hiver pluvieux. Mais il y a une réserve importante.

Effets sur l’Atlantique Nord

L’Atlantique pourrait ne pas suivre le Pacifique. El Niño ne contrôle pas l’Atlantique Nord comme un simple interrupteur marche-arrêt. L’influence du Pacifique atteint l’Europe de manière indirecte et variable, et elle doit composer avec la forte variabilité interne propre à l’Atlantique Nord.

Cela permet de comprendre pourquoi, malgré des décennies de recherche, il reste difficile d’identifier une influence d’El Niño simple et fiable sur le climat méditerranéen. Notre analyse de l’hiver 2025-2026 illustre particulièrement bien cette incertitude.

Malgré le changement marqué de la circulation atmosphérique qui a entraîné le retour des pluies au Maroc, le Pacifique et l’Oscillation nord-atlantique étaient, dans les faits, largement indépendants l’un de l’autre. Cela indique que cet hiver pluvieux a été principalement déterminé par les conditions atmosphériques au-dessus de l’Atlantique Nord, plutôt que par un signal clairement identifiable provenant du Pacifique tropical.

Et les règles du jeu continuent d’évoluer. L’influence d’El Niño sur les précipitations en Afrique du Nord semble s’être renforcée depuis 2000, à mesure que les deux océans ont évolué de façon plus synchronisée. Mais, depuis que nous disposons d’observations, cette relation entre les deux océans s’est renforcée et affaiblie au fil du temps.

Une relation qui varie d’une décennie à l’autre constitue un indicateur peu fiable pour prévoir un hiver en particulier. El Niño de 2023-2024 en fournit un bon exemple. Durant cet épisode intense, les prévisionnistes s’attendaient à ce que l’Oscillation nord-atlantique passe en phase négative. Cela ne s’est finalement jamais produit.

Alors, le nord-ouest de l’Afrique pourrait-il retomber dans la sécheresse ? Oui, mais pas simplement à cause d’El Niño.

Après sept années de sécheresse et un hiver exceptionnellement pluvieux, le nord-ouest de l’Afrique fait maintenant face à une nouvelle saison d’incertitude. El Niño peut modifier les probabilités, mais il ne détermine pas à lui seul l’issue de la saison. El Niño peut favoriser certains scénarios, mais c’est l’Atlantique Nord qui, au bout du compte, déterminera ce qui se produira.

The Conversation

Hossein Bonakdari does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. De la sécheresse aux inondations en Afrique du Nord : à quoi faut-il s’attendre avec le super El Niño ? – https://theconversation.com/de-la-secheresse-aux-inondations-en-afrique-du-nord-a-quoi-faut-il-sattendre-avec-le-super-el-nino-291822

¿Es posible un sólido que fluya? Los supersólidos ganan terreno

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sebastian A. Suarez, Investigador Ramón y Cajal en la UAM, Universidad Autónoma de Madrid

Anastasiia Guseva/Shutterstock

Una piedra sobre la mesa conserva su forma. El agua, en cambio, se adapta al vaso y, si se derrama, fluye libremente. Desde pequeños aprendemos a separar el mundo en categorías estancas y predecibles: lo sólido por un lado y lo líquido por el otro. Por eso, imaginar un sólido que pueda fluir sin dejar de ser sólido suena casi como una trampa o un truco de magia.

Pero ¿existen realmente? En nuestra vida cotidiana la respuesta es un rotundo no. Sin embargo, la física cuántica lleva décadas demostrando que las intuiciones funcionan muy bien a nuestra escala, pero se quedan cortas al describir la materia en condiciones extremas.

Ahí, algunas formas de materia pueden combinar un patrón espacial ordenado y movimiento sin fricción: los supersólidos

Desde fuera, un supersólido no parece un objeto cotidiano que cambie de forma o empiece a escurrirse. De hecho, las evidencias más claras de supersolidez se han obtenido principalmente en experimentos realizados a temperaturas extremadamente bajas y están formados por nubes de átomos ultrafríos. Lo extraordinario no es su aspecto, sino la manera en que esos átomos se organizan y responden colectivamente. Si un supersólido combina propiedades que parecían incompatibles, significa que nuestras categorías clásicas para describir la materia no son tan rígidas como creíamos.

No es miel, ni vidrio, ni pantallas LCD

Antes de adentrarnos en la rareza cuántica, conviene aclarar un malentendido común.

En la naturaleza existen materiales que parecen habitar en la frontera del mundo sólido y líquido. Así, la miel fluye con exasperante lentitud, la arena se comporta a veces como un fluido granular, el vidrio carece del orden regular de un cristal y los cristales líquidos de nuestras pantallas LCD combinan orden molecular con movilidad. Pero un supersólido no es nada de eso.

No hablamos de un sólido blando, ni de un líquido sumamente viscoso, ni de un cristal que está empezando a derretirse. La realidad cuántica es más extraña: hablamos de un sistema que reúne dos propiedades que normalmente nunca aparecen juntas. Por un lado, posee un patrón espacial ordenado, como el de un cristal. Por otro, una parte de sus átomos puede fluir sin fricción, como ocurre en un superfluido. Es decir, mantiene el orden característico de un sólido sin renunciar a una de las propiedades más sorprendentes de algunos fluidos cuánticos.

Distribuciones de densidad en un sólido ordinario, un superfluido y un supersólido. El celeste representa zonas de menor densidad atómica; el azul/verde intenso, alta densidad. El supersólido combina un patrón espacial ordenado con coherencia colectiva entre las regiones densas.

El líquido que se desplaza sin viscosidad

Para entender qué tiene de extraordinario un supersólido, primero hay que conocer la superfluidez.

En un líquido común, sus partículas chocan entre sí y con las paredes del recipiente, disipando parte de la energía en forma de calor. Esa resistencia interna al movimiento se llama viscosidad. En un superfluido, en cambio, una fracción del sistema puede desplazarse sin viscosidad y mantener el movimiento sin perder energía del modo habitual. Esto produce comportamientos que parecen imposibles a nuestra escala.

Un superfluido puede atravesar conductos extremadamente estrechos, circular durante mucho tiempo sin frenarse e incluso trepar por las paredes del recipiente formando una película muy fina. No es simplemente un líquido que fluye con facilidad: es un estado cuántico colectivo, en el que muchas partículas comparten una misma fase y se comportan de manera coordinada.

En 1970, el físico Anthony Leggett formuló de manera explícita la pregunta que daba título a su artículo: Can a Solid Be “Superfluid”? (“¿Puede un sólido ser también ‘superfluido’?”). Casi al mismo tiempo, otros trabajos teóricos mostraron que un sistema cuántico podía mantener un patrón cristalino y, a la vez, permitir un flujo sin viscosidad. Así nació el concepto de supersólido.

El largo y pedregoso camino del helio

Durante 40 años, el candidato natural para encontrar un supersólido fue el helio-4. No era una elección caprichosa: al enfriarse y comprimirse, el helio forma uno de los cristales cuánticos más extremos que conocemos. El entusiasmo estalló en 2004, cuando los físicos de la Universidad Estatal de Pensilvania E. Kim y M. H. W. Chan hicieron oscilar una muestra de helio sólido y observaron que una pequeña parte parecía no acompañar por completo el movimiento del recipiente.

Una posible explicación era que esa fracción se comportaba como un superfluido dentro del sólido. Pero el helio resultó ser un terreno mucho más resbaladizo de lo esperado. Con el tiempo, surgieron dudas sobre si aquellas señales demostraban realmente la supersolidez o si podían explicarse por defectos del cristal, impurezas, interfaces o cambios en la elasticidad del propio material. La idea seguía siendo posible, pero hacía falta un sistema más controlable para demostrarla con claridad.

La revolución de los imanes atómicos

La evidencia más limpia no llegó del helio, sino de una tecnología revolucionaria: los gases cuánticos ultrafríos. En estos sistemas se usan láseres y campos magnéticos para atrapar átomos en el vacío, enfriándolos hasta casi detenerlos. Tras varios experimentos pioneros que crearon estructuras ordenadas usando luz, una evidencia mucho más clara llegó con los llamados gases dipolares, compuestos por átomos que actúan como minúsculos imanes.

En 2019, varios laboratorios lograron observar una situación que hasta hacía poco parecía imposible: estos imanes atómicos se organizaban espontáneamente en una fila de gotitas ordenadas, como un sólido, mientras que el conjunto conservaba la capacidad de actuar como un fluido cuántico. Poco después, la observación de sus oscilaciones colectivas confirmó que no eran simplemente gotitas independientes, sino partes conectadas de un mismo estado supersólido.

¿Por qué importa romper los moldes?

En el colegio nos enseñan que la materia se presenta como sólido, líquido o gas, y más adelante incorporamos otros estados, como el plasma. Los supersólidos muestran que estas categorías son útiles, pero no siempre suficientes: en el mundo cuántico, una misma fase puede combinar propiedades que a nuestra escala parecen incompatibles.

Bajo condiciones extremas, el universo se vuelve paradójico. Estudiar estos sistemas intermedios no es solo un capricho teórico: entender cómo conviven el flujo perfecto y la rigidez ayuda a explorar otros estados cuánticos de la materia, incluidos ciertos superconductores no convencionales, así como escenarios extremos como la corteza de las estrellas de neutrones.

Al final, la cuántica nos demuestra que una pregunta aparentemente absurda puede convertirse en la llave de una nueva frontera científica.

The Conversation

Sebastian A. Suarez recibe soporte de RYC2023-042682-I y PID2025-168612NA-I00, financiado por MCIU/AEI/10.13039/501100011033 y por la ESF+.

Nahir Vadra García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Es posible un sólido que fluya? Los supersólidos ganan terreno – https://theconversation.com/es-posible-un-solido-que-fluya-los-supersolidos-ganan-terreno-286475

Suecia: casi empate en la democracia de los 700 millones de papeletas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carmen Beatriz Fernández, Profesora de Comunicación Política en la UNAV, el IESA y Pforzheim, Universidad de Navarra

Carteles de los candidatos a las elecciones parlamentarias de Suecia en una calle de la ciudad Helsingborg. Alexanderstock23/Shutterstock

En Suecia se imprimen alrededor de 700 millones de papeletas para unos ocho millones de electores. Es decir, más de 80 papeletas por cada ciudadano con derecho a voto. La cifra parece absurda, hasta que uno llega al país escandinavo como observador electoral y descubre que las papeletas no son un residuo analógico de otros tiempos, sino el epicentro de un sistema electoral muy robusto.

Por primera vez, Suecia estableció en estas elecciones, celebradas el pasado domingo, un sistema de acreditación para organizaciones de observación electoral internacional. Fuimos recibidos por la Autoridad Electoral Sueca (Valmyndigheten) y pudimos conocer de primera mano las fortalezas que la propia institución atribuye a su sistema: descentralización, transparencia y, sorprendentemente, muchos elementos manuales.

En tiempos de inteligencia artificial, voto electrónico, deepfakes, blockchain y sofisticados sistemas de ciberseguridad, resulta casi contraintuitivo escuchar que una de las fortalezas de un sistema electoral moderno es que buena parte siga siendo manual. Pero tiene mucho sentido.

Las papeletas se imprimen, se distribuyen, se recogen y se cuentan. El escrutinio es público y cualquier ciudadano puede observar cómo se realiza. No hay una gran caja negra tecnológica que produzca el resultado: existen personas, papel, urnas y procedimientos. Y, sobre todo, una gran cultura democrática.

La confianza pública en el sistema electoral es extraordinariamente alta, cercana al 80 %. La participación electoral también lo es: 87 % en 2018 y 84 % en 2022. Es decir, más de ocho de cada diez suecos votan, y aproximadamente ocho de cada diez confían en que el sistema electoral funciona. Parece una buena combinación

También preguntamos a más de una docena de voluntarios en las mesas electorales por qué estaban allí. Si bien la jornada es remunerada, y la responsabilidad de las mesas corre a cargo de estudiantes y jubilados, la respuesta fue invariable: por la democracia.

Por último, otra cifra llama la atención: 349. En 1973, el Riksdag o Parlamento de Suecia tenía 350 parlamentarios y los dos bloques en liza quedaron exactamente empatados: 175 contra 175. Algunas votaciones tuvieron que resolverse por sorteo, en el llamado “Riksdag del sorteo”. La solución fue quitar un diputado.

Solo un escaño de diferencia

Medio siglo después, el fantasma vuelve a aparecer: el pronóstico actual sobre el resultado de las elecciones que se celebraron el 14 de septiembre coloca al bloque de centro izquierda, encabezado por la socialdemócrata Magdalena Andersson, en 175 escaños, frente a 174 de la derecha. No era es empate de 1973, pero se le parece mucho.

Los socialdemócratas vuelven a ser, pues, la mayor fuerza política y Andersson aspira a regresar al puesto de primera ministra, pero tendrá que construir una mayoría parlamentaria viable. El conservador Ulf Kristersson, líder del Partido Moderado, es el primer ministro desde 2022. No obstante, el resultado definitivo todavía está pendiente del recuento final, que debería anunciarse este miércoles.

En Estocolmo nos cruzamos con la joven socialdemocracia, clave en la renovación de esta opción política. En uno de los centros de observación nos topamos con su “familia”: jóvenes, entusiastas, vibrantes. La vieja rosa socialdemócrata ha sufrido una evolución casi cubista y la de los jóvenes aparece transformada en un símbolo multicolor. La renovación también se expresa gráficamente.

En general, los carteles electorales son sobrios, ordenados, y muy parecidos entre sí. No se percibe una gran batalla estética por diferenciarse. Pero los cierres de campaña mostraron que Suecia no vive al margen de las corrientes que atraviesan a las demás democracias occidentales.

La derecha populista hizo de Donald Trump un protagonista explícito de su campaña. Durante el cierre electoral aparecieron muñecos Trumpies y hasta un enorme letrero luminoso flotando sobre el agua. Trump está a miles de kilómetros de Estocolmo, pero también hizo campaña allí. Aún así, o quizás por ello, el porcentaje de votos obtenido por el partido populista de derecha (Sweeden Democrats) descendió poco más de 3 puntos a nivel nacional.

Observamos Rinkeby, un suburbio de Estocolmo donde la inmigración forma parte visible de la vida cotidiana. Muchos de sus habitantes tienen raíces musulmanas y en países del Cuerno de África. Es precisamente el tipo de lugar en el que uno esperaría que un partido construido alrededor de una identidad religiosa y cultural específica encontrara su espacio natural. Ese partido es Nyans.

Pero ni siquiera allí consiguió convertir esa concentración de población inmigrante y musulmana en una representación política significativa a escala nacional. El asunto es interesante porque Nyans había obtenido en 2022 algunos de sus mejores resultados precisamente en Rinkeby, un 21,9 % de los votos, convirtiéndose en una fuerza electoral muy relevante en el distrito. Esta vez, sin embargo, en los resultados preliminares Nyans ya ni aparece entre las fuerzas individualizadas.

El contraste ya resulta elocuente: allí donde Nyans había encontrado un nicho electoral favorable, la política vuelve a concentrarse en los partidos nacionales.

La imagen idílica de Suecia quedó atrás

Después de observar las elecciones suecas, uno podría quedarse con el dato más llamativo: 175 contra 174. O con Donald Trump flotando sobre el agua. O con los 700 millones de papeletas. Suecia ya no es aquella imagen idílica de la socialdemocracia nórdica que durante décadas exportamos como modelo; también aquí hay populismo, polarización, inmigración, guerras culturales y partidos identitarios. Lo que distingue a Suecia no es que haya conseguido evitar esos problemas, sino que sus instituciones sigan funcionando bien a pesar de ellos.

700 millones de papeletas parecen una extravagancia analógica. Pero quizás sean exactamente lo contrario: una tecnología institucional extraordinariamente sofisticada basada en algo muy sencillo: la transparencia y un sistema electoral que el ciudadano puede ver y tocar. Que pueda comprobar, contar, y si hace falta, recontar. Así, cuando termina el conteo, confía en el resultado. Quizás esa sea la verdadera sofisticación de una democracia: hacer tan transparente el proceso electoral como para que cualquiera pueda entenderlo.

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Carmen Beatriz Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Suecia: casi empate en la democracia de los 700 millones de papeletas – https://theconversation.com/suecia-casi-empate-en-la-democracia-de-los-700-millones-de-papeletas-291908