Source: The Conversation – in French – By Auguste Gires, Ingénieur en chef des Eaux, Ponts et Forêts, chercheur au laboratoire Hydrology, Meteorology and Complexity (HM&Co), École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)
Dans leur ouvrage Balade sous la pluie, paru en 2025 aux Presses des Ponts, Auguste Gires, ingénieur en chef du corps des Ponts, eaux et forêts, et chercheur au laboratoire Hydrologie, météorologie et complexité de l’École nationale des ponts et chaussées, et Eleonora Dallan, ingénieure en environnement et chercheuse au département Terre, environnement, agriculture et forêts, de l’Université de Padoue en Italie, nous emmènent en promenade pour découvrir un phénomène très courant, mais finalement peu connu : la pluie.
Pour la quatrième « escale » de ce livre-promenade, ils nous expliquent comment se forment physiquement les gouttes de pluie dans les nuages. Extrait.
N’est-il pas surprenant que tous ces cumulus (nuages cotonneux de basse altitude) semblent se former à la même altitude ? En réalité, cela est lié à la façon dont les nuages, et plus largement les précipitations, sont générés. Sur Terre, les conditions de température et de pression permettent à l’eau d’exister naturellement dans trois états : liquide (comme dans les océans, les rivières, ou l’eau du robinet), solide (tel que la glace, la neige, la grêle, la pluie verglaçante), et gazeuse, dans l’air sous forme de vapeur invisible. Les interactions entre ces trois états sont, entre autres, à l’origine de la pluie.
Les noms des nuages
La plupart des noms de nuages comportent des racines et qualificatifs latins,
dont l’association donne une indication sur le type de nuage désigné, notamment :
STRATUS/STRATO : étendu, couche, continu ;
CUMULUS/CUMULO : amas, moutonneux ;
CIRRUS/CIRRO : filament, fin ;
NIMBUS/NIMBO : porteur de pluie.
ALTO : moyen (même si altus en latin signifie « haut ») Par exemple, un altocumulus, est un nuage moutonneux de moyenne altitude.
Tout commence par l’évaporation, c’est-à-dire qu’une partie de l’eau liquide présente à la surface de la Terre s’évapore sous l’action du soleil. La vapeur d’eau se mélange à l’air ambiant près de la surface. Cet air, réchauffé par le soleil, devient plus chaud que celui du dessus. Sa masse volumique devient plus faible que celle de l’air qui l’entoure (on dit qu’il est plus léger dans le langage courant), ce qui facilite sa montée. En effet, les molécules qu’il contient bougent plus vite sous l’effet de la chaleur et occupent alors plus de place, tout en gardant la même masse.
En raison de la baisse de la température avec l’altitude, généralement d’environ 6,5 °C tous les 1 000 mètres, l’air initialement chaud se refroidit progressivement en montant. Il s’avère que la quantité de vapeur d’eau que l’air peut contenir diminue avec sa température (environ 7 % par degré). Dans un air plus froid, les molécules sont plus proches les unes des autres, ce qui réduit l’espace disponible pour d’autres molécules de gaz comme la vapeur d’eau. C’est la relation de Clausius-Clapeyron.
Ainsi, à une altitude donnée, qui dépend de la température et de la quantité initiale de vapeur d’eau, l’air devient saturé et ne peut plus contenir autant de vapeur d’eau qu’au moment de l’évaporation, quand l’air était encore proche de la surface. Les spécialistes appellent cela le point de rosée. Une partie de l’eau se condense et retrouve sa forme liquide d’origine. La formation de ces gouttelettes de nuages se fait généralement autour de noyaux de condensation, comme une poussière, de la glace ou du sel. Elles sont beaucoup plus petites que les gouttes de pluie dont nous avons parlé précédemment, avec une taille proche de 0,02 millimètre. Ces gouttelettes sont si petites que les turbulences de l’air ambiant sont suffisamment fortes pour les maintenir en suspension dans l’air, les empêchant de tomber au sol. Cette concentration de gouttelettes dans l’air forme un nuage. Le processus peut également se produire à température négative, et dans ce cas, le nuage est constitué de petits cristaux de glace.
D’une certaine manière, vous êtes tous témoins de la formation de nuages au quotidien. Profitons justement des températures hivernales. Inspirez, expirez… Vous remarquerez qu’une sorte de petit nuage se forme en expirant. Oui, il s’agit bien d’un petit nuage ! L’air qui sort de vos poumons, chaud et humide, rencontre de l’air plus frais dans l’atmosphère extérieure. Une partie de la vapeur d’eau qu’il contient se condense et forme des gouttelettes.
Le même phénomène est à l’œuvre lorsque vous faites bouillir de l’eau. Juste au-dessus de l’eau chaude dans la casserole, l’air est très chaud et contient beaucoup de vapeur d’eau. En remontant, il rencontre de l’air plus frais et une partie de l’eau se condense en gouttelettes. Ce que vous voyez n’est donc certainement pas de la vapeur d’eau, qui est invisible, mais bien un petit nuage.
La quantité d’eau liquide contenue dans les nuages, soit la teneur en eau liquide, varie fortement en fonction du type de nuages. Elle est exprimée en masse d’eau liquide par unité de volume d’air, en gramme par mètre cube (g/m3). Elle présente une très grande variabilité d’un nuage à l’autre, voire au sein d’un même nuage. Les ordres de grandeur peuvent aller de 0,06 g/m3 pour des nuages non précipitants comme les cirrus, des nuages de haute altitude, à 0,4 g/m3 pour des nuages engendrant des pluies, tels que les stratocumulus,** **qui sont à plus basse altitude. Les valeurs sont plus élevées pour les cumulonimbus, dont il sera question lors de la prochaine escale.
Qu’en est-il de la pluie ? Pour qu’elle se forme, il faut que les gouttelettes contenues dans les nuages grossissent de façon à être suffisamment lourdes pour tomber. Cela se produit principalement grâce à deux processus.
Le premier, le processus Wegener-Bergeron-Findeisen, implique la croissance de cristaux de glace dans des nuages en phase mixte. Ces nuages, caractérisés par des températures négatives, contiennent simultanément de l’eau dans ses trois états : de la glace, de l’eau surfondue (de l’eau en dessous de 0 °C, mais pas encore solidifiée) et de la vapeur d’eau. Dans cet environnement sous-saturé en eau liquide, celle-ci s’évapore rapidement, tandis que la vapeur d’eau se dépose tout aussi vite dans les cristaux de glace, entraînant une croissance soudaine de ces derniers. Le deuxième est la coalescence. Dans les nuages contenant assez de gouttelettes, certaines d’entre elles entrent en collision au cours de leur mouvement, fusionnent et grossissent progressivement.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Source: The Conversation – in French – By Julia Le Noë, Chargé de recherches en Sciences de l’Environnement, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Peut-on généraliser l’agroécologie sans perdre en productivité ? Des travaux menés depuis plus de dix ans permettent de répondre par l’affirmative. Ils identifient trois leviers garantissant des rendements suffisants sans engrais chimiques.
L’agriculture biologique est souvent critiquée pour ses rendements plus faibles que ceux de l’agriculture dite conventionnelle. Un irréductible écart de rendement d’environ 30 % en moyenne la condamnerait à n’être qu’une solution de niche pour classes aisées. Nos travaux depuis dix ans montrent que non. Pour comprendre pourquoi, un petit détour par le cycle de l’azote et son histoire s’impose.
Le cycle de l’azote en bref
L’azote est un élément indispensable à toute vie sur terre : il est, après l’eau et le carbone, l’élément le plus abondant dans les organismes vivants, particulièrement dans les protéines et le matériel génétique. Mais dans les sols et les environnements aquatiques (hors organismes vivants), on le trouve en beaucoup plus petites quantités, essentiellement sous forme de nitrate et d’ammonium, les deux formes directement utilisables par les plantes. La rareté de l’azote dans les sols explique que cet élément a longtemps été le principal facteur limitant de la croissance des plantes en agriculture.
Pourtant l’azote constitue 78 % de l’atmosphère, mais il s’y trouve sous forme de diazote, un gaz inerte et pratiquement inutilisable par les plantes à une exception notable : celles des légumineuses (lentilles, haricots, pois, luzerne, trèfle…) qui sont capables d’assimiler ce diazote atmosphérique et de le rendre ainsi disponible dans les sols pour les autres plantes qui leur succèdent.
Un détour historique : de la rareté structurante à l’abondance destructrice de l’azote
La limitation en azote a longtemps été contenue par un couplage étroit entre production et consommation. Ainsi, les urines et les excréments riches en azote du bétail et, dans une moindre mesure, des populations humaines ont permis d’apporter des engrais organiques aux sols sous forme de fumier et de lisier. En Europe, tout au long des 18e, 19e et début du XXe siècle, l’introduction des légumineuses dans les rotations de cultures a également permis une double intensification organique : ces plantes enrichissaient les sols en azote et produisait également du fourrage permettant ainsi une hausse de la densité de cheptel, et partant, des apports de fumier.
Au début du XXe siècle et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, une invention vient révolutionner tout cela. C’est l’invention du procédé Haber-Bosch (1909/1913), qui permet de synthétiser des engrais minéraux (nitrate et ammonium) à partir du diazote de l’air. Ce procédé sert d’abord pour la fabrication d’explosifs pendant les deux guerres mondiales, puis pour faire des engrais industriels qui permettent de s’affranchir de la complémentarité entre élevage et culture. C’est ce qui advient dans les pays industriels du Nord et, plus récemment dans une partie des pays des Suds ayant connu la « révolution verte », qui ont ainsi pu massivement augmenter leur production alimentaire avec la généralisation des engrais chimiques.
Cette évolution a cependant plusieurs revers. Elle entraîne une perte d’efficience d’utilisation de l’azote car plus on apporte de l’azote, moins la fraction utilisée par les plantes est importante et plus les pertes vers l’environnement sont grandes. La production d’engrais est par ailleurs très gourmande en énergie et s’accompagne d’émissions de gaz à effet de serre.
Enfin, l’utilisation d’engrais permet le développement de systèmes d’élevage intensifs et de cultures découplés et spécialisés. À l’échelle globale, il en résulte que 40 % des terres arables cultivées (à l’exclusion des prairies naturelles, savanes, steppes et autres espaces agricoles semi-naturelles) sont consacrées à l’alimentation du bétail. De plus, les territoires ultraspécialisés dans l’élevage ou les grandes cultures engendrent des excédents structurels d’azote. Ces excédents de fumier et lisier contaminent les systèmes aquatiques en nitrate (problèmes de potabilisation de l’eau, de biodiversité, d’eutrophisation) et augmentent les émissions d’ammoniac (avec des effets néfastes sur le système respiratoire) et de protoxyde d’azote (puissant gaz à effet de serre, environ 300 fois plus actif que le dioxyde de carbone). L’agriculture à l’échelle globale est ainsi aujourd’hui à l’origine d’environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre et constitue le premier facteur de perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore.
L’agriculture biologique : retour vers le futur ?
C’est dans ce contexte que, depuis les années 1970, et plus encore depuis le début des années 2000, l’agriculture biologique est apparue comme contre-modèle à cette agriculture chimique, basée sur les énergies fossiles et l’industrialisation de l’agriculture.
Dans son cahier des charges, l’agriculture biologique bannit les fertilisants chimiques et les pesticides. Baisse des rendements et retour vers le passé donc ?
Loin s’en faut. Car l’agriculture biologique s’appuie sur une connaissance approfondie du fonctionnement des écosystèmes. Elle repose sur des rotations longues (en Europe elles durent en moyenne de cinq à huit ans pour un cycle complet), intégrant plusieurs légumineuses dans le cycle de culture. Plus encore, nos travaux ont montré que, pour des apports totaux d’azote équivalents, les systèmes agricoles biologiques produisent autant, à l’échelle de la rotation de culture, que les systèmes conventionnels. Cela montre donc que l’agriculture biologique peut être intensifiée écologiquement. Mais comment et dans quel contexte ?
Observations empiriques de la relation fertilisation-rendement sur un cycle de rotation. En abscisse, la fertilisation totale en azote sur le cycle de rotation complet (fertilisant minéraux, fixation symbiotique, dépôts atmosphériques, fumier et autres matières organiques exogènes) ; en ordonnée, le rendement à l’hectare sur l’ensemble du cycle de rotation exprimé en kgN-exporté/ha/an. Les données montrent que, pour un même contexte pédoclimatique, les fermes en agriculture biologique et en agriculture conventionnelle se positionnent sur une même courbe caractérisée par un certain potentiel de fertilité, noté ici Ymax. La figure est adaptée de la publication de Billen, Le Noë, Garnier, (2018) dans la revue Science of the Total Environment. Fourni par l’auteur
Quels leviers pour une transition agro-écologique ?
Nos travaux de recherches ont identifié, testé et validé trois leviers principaux pour nourrir la population en 2050 à différentes échelles, sans augmenter la surface des terres cultivées. Tous sont liés de près ou de loin au cycle de l’azote. C’est là que la vision systémique de l’agroécologie peut être salutaire, en élargissant la réflexion à l’ensemble du système agro-alimentaire (Figure 2).
Le premier levier consiste en une diminution de 16 % des apports protéiques journaliers, en accord avec les recommandations de santé. Selon ces mêmes recommandations, une réduction de 50 % de la consommation de viande et de produits laitiers est explorée avec une augmentation de la part des produits végétaux. Nous avons parfois testé des options plus radicales, végan ou végétarienne à titre exploratoire.
Le deuxième levier réside dans la reconnexion des systèmes d’élevage et de culture, s’affranchissant de l’importation d’aliments pour animaux. Cette reconnexion facilite le recyclage des fumiers et effluents d’élevage vers les terres cultivées réduisant ainsi la dépendance aux engrais azotés de synthèse. Une option supplémentaire, explorée dans certains scénarios, concerne le recyclage des urines humaines, renforçant encore la circularité des flux de nutriments.
Enfin, le troisième levier implique des rotations longues intégrant des légumineuses fixatrices d’azote et l’absence de recours aux engrais azotés et des fertilisants phosphorés minéraux.
Une vision systémique des systèmes de culture insérés dans le système agro-alimentaire. Les trois leviers de changement permettant une transition agroécologique. Fourni par l’auteur
L’exploration de différentes combinaisons possibles des trois principaux leviers de changement que nous avons envisagés, met en évidence le rôle prépondérant du régime alimentaire comme condition de mise en œuvre et de succès des deux autres leviers.
Des bénéfices environnementaux immédiats, et partout
Dans tous les contextes où ces scénarios ont été développés, à l’échelle globale en Europe, en France, en Autriche, ou en Chine, nos résultats montrent une réduction de moitié des pollutions aquatiques et atmosphériques par l’azote, ainsi que des émissions de gaz à effet de serre.
Les effets de la généralisation de l’agroécologie seraient donc bénéfiques pour l’environnement. La diminution de la fertilisation azotée s’accompagne aussi d’une hausse marquée de l’efficience d’utilisation de l’azote, c’est-à-dire de la fraction des apports effectivement utile à la production, qui passe de 59 à 76 % dans le cas européen.
À l’échelle globale, nos scénarios montrent que ces leviers sont efficaces partout et que ces changement ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire mondiale. Avec un régime alimentaire équitable, sans inégalités alimentaires entre pays du monde, l’introduction des légumineuses et la reconnexion de l’élevage et des cultures, la plupart des régions du monde resteraient excédentaires sans engrais chimiques et pourraient largement subvenir aux besoins des régions déficitaires comme le Maghreb, le Japon, et le Moyen-Orient.
Une autre interrogation concerne une possible carence en phosphore, s’il l’on se passe d’engrais phosphoré et s’il est apporté seulement via le recyclage des fumiers ? A minima pour le cas de la France à l’échelle de ses territoires, il existe des stocks de phosphore dans les sols qui permettrait de se passer de tout apport d’engrais phosphoré industriel pendant au moins 50 ans. En effet, l’agriculture française a fait un usage disproportionné des fertilisants minéraux en phosphore (essentiellement importé du Maghreb – Maroc et Tunisie en tête) entre les années 1960 et 1990 conduisant à un enrichissement considérable des sols en phosphore. Cet héritage colonial offre donc des réserves utilisables le temps de mettre en œuvre les changements.
a. Bilan des apports et des pertes de phosphore (P) des sols arables du bassin de la Seine depuis 1950 jusqu’à 2015, puis simulation d’un scénario de transition vers un système agroécologique sans apports de P industriel jusqu’en 2075. b. Évolution du stock de P inerte et de P labile (P Olsen) dans les sols arables. c. Évolution du P labile par rapport à la limite de teneur en P au-dessus de laquelle il n’est plus recommandé d’apporter des engrais phosphorés. Cette figure est construite à partir des données de la publication de Le Noë et al. (2020) dans Env. Res. Letters. Fourni par l’auteur
Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté
Nos travaux montrent ainsi que les systèmes agro-écologiques ont le potentiel technique pour concilier production alimentaire et forte amélioration des performances environnementales dans des contextes très variés. Alors pourquoi la transition agroécologique n’a-t-elle pas déjà eu lieu ?
Sans doute le problème se trouve-t-il ailleurs, notamment dans la logique socioéconomique des chaînes amont-aval dans lesquelles l’agriculture se trouve insérée, dans les conditions de travail et la rémunération des agriculteurs et dans le poids politique sur l’action publique qu’ont acquis les acteurs qui contrôlent ces secteurs.
Toutefois, ce contexte socioéconomique est aussi une incitation supplémentaire à insuffler de nouveaux espoirs, a fortiori dans la situation actuelle de guerre énergétique et de flambée du prix des intrants. C’est tout le sens à donner à l’exploration des futurs possibles par des approches scientifiques, laissant à l’imagination toute la place qu’elle mérite d’avoir.
Julia Le Noë a reçu des financements des projets SLAM-B (ANR-22-PEXF-0003), PREFALIM (ANR-23-PEXF-0004) du PEPR exploratoire FairCarboN et a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR. Elle a également bénéficié des financements du projet MOBIDYC (ANR-23-ERCB-0006-0) gérée par l’Agence Nationale de la Recherche.
Gilles Billen a reçu des financements du programme PIREN-Seine, un programme public de recherche sur la qualité de l’eau et l’agriculture dans le Bassin de la Seine (https://www.piren-seine.fr/).
Josette Garnier a reçu des financements du programme interdisciplinaire PIREN-Seine (https://www.piren-seine.fr/)
Le 1er avril dernier, les députés ont voté un amendement visant à supprimer le régime des conventions judiciaires d’intérêt public, une procédure de justice négociée ouverte aux entreprises. Plutôt saluées à l’époque, elles sont davantage critiquées. N’eût-il pas mieux valu les amender plutôt que de les supprimer ? C’est peut-être à cette tâche que va se consacrer la commission mixte paritaire qui se réunit mardi 28 avril.
En 2016, la loi Sapin 2 instaure en France un système de justice négociée applicable aux personnes morales, inspiré du droit américain : la convention judiciaire d’intérêt public (CJIP). Il s’agit notamment de répondre au caractère relativement rare des enquêtes, poursuites et condamnations en matière de corruption et de criminalité financière. Le modèle traditionnel de justice pénale, fondé sur une enquête judiciaire puis un jugement, n’est pas jugé assez effectif.
« Deals de justice »
Un autre modèle de justice est alors envisagé, celui de la justice négociée, inspiré du droit américain et de ses « deals de justice ». Il a l’avantage de permettre d’éviter des enquêtes et procès longs et coûteux. Cette forme de justice a aussi pour intérêt d’inviter les entreprises à se dénoncer à et mettre en place des mécanismes internes visant à prévenir les activités criminelles. C’est ce qui explique que les CJIP, initialement pensées comme un moyen de répondre à la corruption dans les entreprises, aient été étendues à la lutte contre les infractions fiscales et la criminalité environnementale.
Alors que la loi Sapin 2 est sur le point de fêter son dixième anniversaire, l’Assemblée nationale a adopté, le 1er avril, un amendement visant à supprimer le régime des CJIP. Cela a entraîné de fortes réactions (presse généraliste, publications spécialisées, ou encore positionnements pour ou contre dans la société civile). C’est l’occasion de se pencher à nouveau sur les enjeux de cette forme particulière de justice
Des sanctions trop faibles ?
L’exposé sommaire de l’amendement voté par l’Assemblée nationale pour supprimer le régime des CJIP fait référence explicite aux Cumex Files, une affaire politiquement sensible, parfois présentée comme le « casse du siècle ». Le Parquet national financier, saisi dès 2018 sous l’angle de la fraude fiscale et du blanchiment de capitaux, a déjà signé deux CJIP dans cette affaire : la première avec le Crédit agricole fin 2025, et la deuxième avec HSBC tout début 2026. C’est cette deuxième convention qui est jugée excessivement favorable à la banque par les députés. Le montant de l’amende – environ 270 millions d’euros – est en effet relativement faible, si l’on considère que les amendes imposées peuvent être beaucoup plus lourdes lorsque la justice pénale traditionnelle s’intéresse à des banques dans des affaires de fraude fiscale.
Ce n’est pas la première fois qu’une telle critique est adressée aux CJIP. Cela avait déjà été le cas, suite à la fameuse affaire LVMH, critiquée notamment pour l’absence de prise en compte des intérêts des victimes. Cela avait aussi été le cas dans l’affaire Nestlé. Une commission d’enquête sénatoriale avait alors critiqué l’opportunité de la convention et surtout le faible montant de l’amende. Toutefois, cette commission n’avait préconisé que l’adoption de règles plus claires visant à encadrer les CJIP en matière environnementale, et non leur suppression.
Une faveur ou une incitation à coopérer ?
Le reproche adressé aux CJIP par les députés est implicitement fondé sur l’idée que les sanctions encourues auraient été plus importantes si une procédure normale avait été suivie. Il faut toutefois nuancer et rappeler la finalité de ces conventions. Le recours aux CJIP est bien une faveur vis-à-vis des entreprises, mais il s’agit de les inciter à coopérer avec la justice, notamment en se dénonçant, et en mettant en œuvre des procédures effectives visant à détecter et prévenir les actes criminels en leur sein.
Le recours aux CJIP est ainsi conditionné (via circulaires et lignes directrices). Le parquet doit en principe constater l’absence d’antécédents de la personne morale, un certain degré de coopération de la part de l’entreprise et de ses dirigeants, et enfin la remise de manière proactive d’informations permettant d’identifier les personnes physiques responsables des infractions pénales en cause.
Si les faits sont graves ou si les entreprises ne coopèrent pas, c’est une autre voie qui doit être suivie, et donc éventuellement le renvoi vers un tribunal correctionnel. Dans l’affaire des Cumex Files, le recours à des CJIP et la faiblesse des amendes s’agissant du Crédit Agricole et de HSBC s’expliquent ainsi probablement par la plus grande coopération de ces banques par rapport aux autres banques impliquées dans cette affaire, qui pourraient, quant à elles, faire l’objet de sanctions plus lourdes.
Malgré cela, le parquet dispose de marges de manœuvre significatives pour décider d’avoir recours à une CJIP. Le juge chargé de valider a posteriori l’accord passé entre le parquet et l’entreprise ne met pas en œuvre un contrôle approfondi de l’opportunité de cette procédure, même s’il peut notamment contrôler « la proportionnalité des mesures prévues aux avantages tirés des manquements ». L’étendue de ce contrôle semble moindre que celle qui s’applique pour d’autres formes de justice négociée, et notamment la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), qui peut être rejetée notamment si les intérêts de la société justifient une « audience correctionnelle normale ».
Euronews 2020.
Affaire franco-états-unienne ?
Les CJIP avaient pour principal objectif de répondre aux critiques adressées à la France s’agissant du faible nombre de poursuites et de condamnations d’entreprises françaises pour corruption. Une réponse fondée sur des mécanismes négociés devait permettre aux entreprises françaises de trouver une solution en France plutôt que d’être inquiétées seulement aux États-Unis.
La portée dite extraterritoriale du droit pénal américain, adossée à un activisme important des autorités américaines, avait en effet conduit de nombreuses entreprises françaises ayant commis des faits de corruption d’agent public étrangers à être sanctionnées aux États-Unis et non en France. De ce point de vue, les CJIP sont un succès.
Les CJIP ont permis de sanctionner davantage d’entreprises. La CJIP signée dans l’affaire Airbus a aussi montré que les États-Unis n’étaient plus les seuls gendarmes du monde : l’entreprise a certes payé des amendes aux États-Unis mais, bénéficiant aussi d’une CJIP, l’essentiel de l’amende a été payé en France.
Maxime Lassalle-Han ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Les personnes qui participent à UK Biobank, un vaste projet de recherche à long terme sur la santé mené auprès de centaines de milliers d’adultes britanniques, sont généralement en meilleure santé que la population moyenne.CandyRetriever/Shutterstock
Une étude qui a porté sur une importante cohorte britannique suggère que de légers changements dans les habitudes de sommeil, d’activité physique et d’alimentation sont associés à un vieillissement en meilleure santé. On fait le point sur ses principaux enseignements, mais aussi sur les limites des résultats qu’elle met en avant.
Selon une vaste étude menée au Royaume-Uni, il ne serait pas nécessaire de bouleverser complètement notre mode de vie pour vivre plus longtemps en meilleure santé. C’est une bonne nouvelle, d’autant plus que beaucoup de gens abandonnent vite les bonnes résolutions qu’ils prennent concernant leurs habitudes de vie.
Dans cette étude récente, ont été suivies environ 59 000 personnes au Royaume-Uni, dont l’âge moyen était de 64 ans, sur une période de huit ans. Les chercheurs ont confirmé ce qu’avaient montré des travaux antérieurs selon lesquels des modes de vie plus sains sont associés à un risque moindre de maladies, notamment de démence, ainsi qu’à une vie plus longue en bonne santé et plus autonome.
Les auteurs de l’étude rapportent que des changements même très modestes étaient associés à de tels bienfaits. Cela incluait notamment le fait de dormir environ cinq minutes de plus par nuit, de pratiquer deux minutes supplémentaires par jour d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse, et d’améliorer modestement son alimentation. L’ensemble de ces changements étaient associés à environ une année supplémentaire de vie en bonne santé. Le terme « vie en bonne santé » désigne ici les années vécues sans maladie grave ni handicap qui limitent les activités quotidiennes.
Des changements plus importants sont associés à des gains plus significatifs. Près d’une demi-heure de sommeil supplémentaire par nuit, combinée à quatre minutes d’exercice supplémentaires par jour (ce qui représente près d’une demi-heure d’activité physique en plus par semaine), et à d’autres améliorations en matière d’alimentation, permettent de gagner jusqu’à quatre années de vie en bonne santé.
Cela est important à noter car, bien que les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, ces années supplémentaires sont souvent marquées chez elles par une moins bonne santé, ce qui entraîne des coûts personnels et économiques significatifs. Les femmes sont exposées à un risque plus élevé de démence, d’accident vasculaire cérébral et de maladies cardiaques à un âge avancé, ainsi qu’à des affections entraînant une perte de la vue et à des fractures osseuses. Ces maladies peuvent réduire la qualité de vie et menacer l’autonomie.
Changer son mode de vie peut également réduire le risque de décès prématuré. L’année dernière, les mêmes facteurs liés au mode de vie examinés dans cette cohorte ont fait l’objet d’une analyse dans une autre étude qui portait sur la mortalité (le risque de décès).
D’après cette analyse, les personnes ayant adopté un mode de vie plus sain sur une période de huit ans présentaient un risque de décès inférieur de 10 % au cours de cette période. La combinaison de 15 minutes de sommeil supplémentaires par nuit, de deux minutes supplémentaires d’activité physique modérée à intense par jour et d’une alimentation saine était associée à une légère réduction du risque de décès. Une réduction bien plus importante, de 64 %, a été observée chez les personnes qui dormaient entre sept et huit heures par nuit, suivaient une alimentation saine et pratiquaient entre 42 et 103 minutes supplémentaires d’activité physique modérée à intense par semaine.
Soulignons que cet effet bénéfique n’a été observé que lorsque ces comportements étaient combinés. L’alimentation seule n’avait par exemple aucun effet mesurable.
Atouts et limites de ces études
L’un des principaux atouts de ces études vient du fait qu’elles mettent en évidence des bienfaits pour la santé dès les premiers signes d’un changement de comportement. Cela réduit le risque que les résultats soient uniquement influencés par le fait qu’elles inclueraient des personnes déjà en meilleure santé ou plus motivées. Ces conclusions apparaissent ainsi plus pertinentes pour les personnes âgées et pour celles qui ont des capacités limitées pour modifier leurs habitudes.
Un autre de leurs points forts réside dans le recours à des mesures objectives plutôt qu’à des données déclarées par les personnes participantes elles-mêmes. L’activité physique et le sommeil ont été mesurés à l’aide d’appareils portables, plutôt qu’en se fiant aux estimations des participants concernant leur propre comportement. Les déclarations des participants peuvent en effet se révéler peu fiables, en particulier chez les personnes qui souffrent de troubles de la mémoire, comme chez celles qui se trouvent aux premiers stades de la démence.
Il existe toutefois des limites importantes à ces études. Les mesures objectives n’ont été recueillies que pendant trois à sept jours, ce qui ne reflète peut-être pas les habitudes à long terme des personnes concernées. Selon mon expérience, le fait de porter un bracelet connecté peut inciter les gens à faire davantage d’exercice pendant la période de suivi, mais ces changements sont souvent de courte durée.
De plus, les accéléromètres portés au poignet évaluent le sommeil et l’activité physique en se basant sur les mouvements. Pendant le sommeil profond, les personnes bougent très peu, mais l’absence de mouvement ne signifie pas toujours qu’une personne dort. Ces appareils peuvent donc ne pas refléter pleinement les véritables habitudes de sommeil ou les niveaux activité physique. D’autres méthodes, telles que les capteurs fixés sur la cuisse ou les capteurs intégrés au matelas qui détectent les mouvements pendant le sommeil, peuvent fournir des évaluations plus précises.
Malgré ces problèmes, les mesures objectives sont généralement plus fiables que les déclarations des personnes concernées. Toutefois, comme le comportement n’a été mesuré qu’une seule fois, il est difficile de déterminer si les changements de comportement observés au fil du temps ont influencé les résultats en matière de santé. Il est également difficile de savoir si l’activité enregistrée correspondait à de l’exercice pratiquée pendant les loisirs ou à une activité physique au travail, sachant que ces deux types d’activité peuvent avoir des effets différents sur la santé.
Les informations sur l’alimentation posent un autre défi. Les habitudes alimentaires ont été rapportées par les participants eux-mêmes et recueillies trois à neuf ans avant la collecte des données sur le sommeil et l’activité physique. Les habitudes alimentaires changent souvent avec le temps, en particulier après un diagnostic tel qu’une maladie cardiovasculaire, où il peut être conseillé aux personnes concernées de baisser leur cholestérol, ou dans des cas de démence, quand les personnes peuvent oublier de manger. Il est donc difficile de savoir si l’alimentation a influencé le risque de maladie, ou si c’est l’apparition de la maladie qui a modifié l’alimentation et contribué finalement à une mauvaise santé puis à un décès prématuré.
Il faut également tenir compte de facteurs sociaux plus généraux. Les comportements sains ont tendance à se regrouper ensemble et sont étroitement liés au niveau d’éducation et à la sécurité financière. Par exemple, le tabagisme et le fait d’être en surpoids ou obèse sont étroitement associés à la précarité et à la pauvreté.
Les participants à l’UK Biobank, un vaste projet de recherche à long terme sur la santé qui recueille des données génétiques, sur le mode de vie et sur la santé auprès de centaines de milliers d’adultes britanniques, sont généralement en meilleure santé que la population britannique moyenne.
La recherche en santé attire souvent des personnes en meilleure santé, plus instruites et jouissant d’une plus grande sécurité financière. Cela peut refléter à la fois un intérêt pour la recherche et le fait de disposer du temps et des ressources nécessaires pour participer à de telles études.
La richesse a également un impact sur l’exposition au risque. Les personnes qui disposent de revenus plus élevés sont moins susceptibles de vivre dans des zones où les niveaux de pollution sont élevés et ont davantage de chances de contrôler leurs conditions de travail et leurs finances. Le stress financier peut affecter la qualité du sommeil, entraîner de la fatigue et réduire la probabilité de faire de l’activité physique, d’acheter des aliments frais ou de préparer des repas sains. Au cours d’une vie, ces facteurs contribuent à une santé plus fragile et à un décès prématuré.
Bien que les chercheurs aient tenté de prendre en compte ces influences à l’aide de méthodes statistiques, celles-ci sont étroitement liées et difficiles à distinguer. Pour de nombreuses personnes qui vivent désormais dans une extrême pauvreté, l’aggravation du fossé entre problèmes de santé et richesse met en évidence les limites de la responsabilité individuelle. Ces problèmes structurels exigent une action de la part des décideurs politiques, plutôt que de faire porter le fardeau uniquement aux personnes qui n’ont peut-être que très peu de contrôle sur les conditions qui déterminent leur santé.
Eef Hogervorst a reçu des financements de plusieurs fondations gouvernementales et caritatives pour ses recherches sur le mode de vie et la santé, notamment, actuellement, de l’ISPF et d’Alzheimer’s Research UK. Elle est rattachée à l’université de Loughborough et a récemment intervenu en tant qu’experte en démence pour le NICE et la BBC. Par le passé, elle a été consultante en matière d’alimentation et de risques de démence pour Proctor.
La visite de James Marape, le premier ministre papouan-néo-guinéen, à Paris en mai 2026, marquée par la signature d’accords de sécurité et l’ouverture d’une ambassade, illustre le rapprochement stratégique, dans un contexte de recomposition géopolitique du Pacifique, de la France et de cet État océanien membre du Commonwealth et troisième territoire insulaire le plus grand du monde.
La visite du premier ministre papouan-néo-guinéen James Marape à Paris, prévue mi-mai 2026, pourrait passer inaperçue. Or, à Port Moresby comme à Paris, cet évènement n’a rien d’anodin : la signature attendue d’un accord de shipriding et l’officialisation de l’ouverture d’une ambassade papouane-néo-guinéenne à Paris comptent en témoigner. Cette visite s’inscrit plus largement dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques dans le Pacifique insulaire, notamment marqué par la multiplication des accords de sécurité (en particulier avec l’Australie et les États-Unis, notamment face à l’influence chinoise dans le pays), et le renforcement des souverainismes.
À l’aune d’analyses des documents stratégiques et d’entretiens conduits à Port Moresby, plusieurs questions sous-tendent notre analyse : comment deux conceptions différenciées de la sécurité peuvent-elles produire une coopération mutuellement bénéfique ? Comment la France construit-elle une relation de sécurité différenciée avec un État mélanésien aux ambitions sécuritaires régionales ? Il s’agit ici d’appréhender la coopération de sécurité entre les deux États, tout en s’attachant à réinscrire les logiques insulaires au cœur des enjeux régionaux et internationaux qui les sous-tendent, afin que les dynamiques de compétition entre puissances n’occultent pas les voix et formes d’agentivité propres aux États du Pacifique insulaire.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée, un géant du Pacifique insulaire
Longtemps reléguée aux marges des analyses en relations internationales, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) est pourtant le premier État insulaire de la région par sa population (environ 80 % des habitants du Pacifique insulaire) et son territoire (462 840 km2), lui permettant ainsi de s’imposer comme un acteur incontournable en Océanie.
La PNG, anciennement sous administration coloniale germano-britannique, puis australienne et indépendante depuis 1975, s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de montée en puissance progressive dans les domaines de la sécurité et de la défense, cherchant à affirmer plus nettement son influence et ses ambitions sur la scène régionale. Si, dans la continuité de l’héritage de ses pères fondateurs, elle s’est longtemps définie comme « amie de tous, ennemie de personne » (doctrine de l’universalisme), cette posture tend désormais à évoluer vers une stratégie plus sélective, fondée sur la consolidation de « partenariats stratégiques ». Dans ce contexte, la stratégie de la PNG est fréquemment interprétée comme relevant d’une logique de hedging.
Parallèlement, Port Moresby exprime sa volonté de s’affirmer à l’échelle régionale ; elle aspire à jouer un rôle plus actif, parfois qualifié de « grand frère », au sein du Pacifique insulaire. Ces inflexions ont mené à une prise de conscience accrue des limites capacitaires nationales, notamment en matière de sécurité intérieure et de défense. Les effectifs des forces armées (Force de défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou PNGDF) et de la police (RPNGC) demeurent en effet inférieurs aux standards généralement recommandés à l’échelle internationale. Le paysage sécuritaire national, quant à lui, se caractérise par une forte hybridité : dans les espaces urbains par exemple, les entreprises de sécurité privée jouent un rôle central – l’État n’ayant pas le monopole effectif de la sécurité. La PNGDF fait aussi l’objet d’un processus de transformation visant à accroître ses effectifs (10 000 personnels à l’horizon 2030, contre près de 4 000 aujourd’hui) et à faire évoluer son modèle organisationnel. Il s’agit notamment de passer d’une force historiquement structurée autour d’un « modèle de brigade » – à dominante « cérémonielle » – à une organisation plus « fonctionnelle » articulée autour de trois composantes (aérienne, maritime et terrestre).
Or, si l’attention stratégique portée à la Papouasie-Nouvelle-Guinée s’est accrue ces dernières années, et que les jalons des ambitions ont été posés, les priorités sécuritaires du pays restent encore largement sous-analysées. En effet, la PNG se caractérise par une diversité géographique et culturelle exceptionnelle (plus de 1 000 tribus) et une mosaïque de structures sociales organisées autour de clans, dont une grande partie vit dans des régions isolées. Les violences intertribales – parfois qualifiées de « terrorisme local » – côtoient des phénomènes de criminalité (raskoll) plus classiques. La porosité des frontières, tant terrestres que maritimes, favorise les trafics d’armes (notamment via la frontière indonésienne) et de stupéfiants, tandis que la pêche illégale constitue une menace persistante pour les ressources et la souveraineté économique du pays. À ces enjeux s’ajoutent des problématiques structurelles telles que les inégalités de développement, les tensions liées aux industries extractives, ainsi qu’une forte exposition aux catastrophes naturelles. Dans un tel environnement, la sécurité ne saurait être réduite à sa seule dimension militaire : elle s’inscrit dans un ensemble plus large de dynamiques politiques, économiques et sociales, qui appellent des réponses à la fois multidimensionnelles et adaptées aux réalités locales. Les enjeux dits de sécurité non traditionnelle occupent une place centrale dans les priorités exprimées localement et conditionnent, en grande partie, la stabilité à long terme du pays.
Une relation bilatérale revitalisée dans le domaine de la sécurité, et la France comme puissance d’ajustement
Si la coopération de sécurité entre la PNG et la France s’inscrit dans une longue temporalité, elle connaît, depuis le début des années 2020, un regain de dynamisme significatif. La signature d’un accord relatif au statut des forces (SOFA) en 2022 en a constitué une étape structurante. L’année suivante, à la faveur de la visite du président Emmanuel Macron dans la région, la relation entre Port Moresby et Paris a été revitalisée grâce au lancement de l’Académie du Pacifique, une initiative portée par les forces armées en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française. Le livre blanc de politique étrangère de la PNG précité inscrit d’ailleurs la France dans son « voisinage ».
Avec l’aide de la stratégie indopacifique française – réactualisée en 2025 – et de la National Security Policy 2025-2029 de la PNG, la coopération franco-papouane-néo-guinéenne a particulièrement augmenté en l’espace de quelques mois. Les escales, les patrouilles maritimes, et les transferts de capacités ciblées à l’image du don de drones de surveillance maritime DELAIR UX-11, en sont des exemples manifestes. La PNG prend également part à des exercices multilatéraux français (Croix du Sud) qui favorisent l’interopérabilité. En parallèle, des formations sont dispensées – de l’entraînement des forces spéciales au perfectionnement tactique (parachutisme, par exemple) –, contribuant à l’élévation du niveau opérationnel de la PNGDF. Enfin, la coopération s’inscrit également dans des cadres multilatéraux régionaux, tels que le South Pacific Defence Ministers’ Meeting (SPDMM) ou le Pacific Response Group.
Ces éléments opérationnels mettent en lumière une dimension stratégique singulière : celle d’une France perçue et décrite par nos interlocuteurs comme un partenaire de sécurité certes discret, mais crédible et souvent « sous-estimé ». Dans un environnement partenarial dense, la France pourrait être qualifiée de « puissance d’ajustement » pour la PNG. À rebours des approches plus structurantes de l’Australie, des États-Unis ou de la Chine – néanmoins parfois considérées comme « intrusives » voire « condescendantes » –, cette discrétion constitue une ressource. En proposant une approche complémentaire de celles existantes pour ne pas saturer le partenaire, la France contribue à certaines fonctions sécuritaires clés, souvent qualifiées de « niches » par les interlocuteurs, mais dont la plus-value est reconnue.
« Yu harim tok blo mi, bai mi harim tok blo yu » ?**
Les perspectives d’approfondissement de la coopération sécuritaire entre la France et la Papouasie-Nouvelle-Guinée apparaissent nombreuses. La revitalisation en cours de la composante aérienne de la PNGDF, et la rénovation de la base navale de Lombrum en parallèle de l’accord de shipriding (patrouiller dans les eaux territoriales et les zones économiques exclusives d’un État tiers, en embarquant un officier du pays concerné), ouvrent de nouveaux champs de coopération, susceptibles d’élargir le spectre des interactions opérationnelles. Des soutiens dans des secteurs émergents (cybersécurité, renseignement, opérations de maintien de la paix des Nations unies) sont également appelés à occuper une place croissante.
Ces perspectives prometteuses ne sauraient toutefois occulter un certain nombre de contraintes et de points de vigilance, voire de friction. Les cycles électoraux à venir dans les deux pays en 2027 sont susceptibles d’introduire des incertitudes dans la continuité des engagements, et certaines évolutions politiques internes appellent également à la prudence : la question de l’indépendance de Bougainville pourrait redessiner les équilibres régionaux et ouvrir de nouvelles configurations partenariales, tout en ravivant des tensions héritées d’un passé conflictuel.
Fondamentalement, une connaissance fine des réalités locales demeure indispensable : la PNG, en raison de sa grande diversité, ne peut être appréhendée comme un bloc monolithique, et toute approche standardisée comporte des risques d’inadéquation. Il convient en outre de rappeler que la coopération s’inscrit dans un contexte fragile : budgets serrés, défis en matière de professionnalisation, corruption, fragilités voire scandales institutionnels, et décalages des élites urbaines, constituent autant de facteurs susceptibles d’affecter la mise en œuvre des projets de coopération.
Enfin, la question de la saturation partenariale doit être prise en compte. Dans un pays où les offres de coopération se multiplient et où les ressources – humaines comme financières – sont limitées, l’enjeu n’est pas tant d’accumuler les initiatives que de les rationaliser. Si elle constitue un partenaire utile et apprécié, la France demeure structurellement un acteur secondaire dans l’écosystème sécuritaire de la PNG.
En définitive, la consolidation d’un partenariat durable repose sur des principes fondamentaux de réciprocité, d’écoute et de respect des priorités locales, faisant échos au wantok local. À cet égard, un proverbe en Tok Pisin (pidgin local) résume avec justesse l’esprit dans lequel cette relation peut se déployer : « Yu harim tok blo mi, bai mi harim tok blo yu » (« Si tu m’écoutes, je t’écouterai. »).
Elise Barandon est officier de réserve (Marine nationale) à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et doctorante associée à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM).
The first modern mention of the Flemish painter Michaelina Wautier (1614–1689) introduces an artist who defies expectation. Referring to her monumental Triumph of Bacchus (1655–59), Gustav Glück, the first art historian to serve as curator of Vienna’s Kunsthistorisches Museum, wrote in 1903 that “even in an age of female emancipation, one would hardly wish to ascribe this picture, which shows a highly vigorous, almost coarse conception, to a woman’s hand”.
And thereby hangs the achievement of Wautier: she may have been able to paint “like a man”, but in most of her works, she does not feel the need to do so. Instead, Michaelina Wautier emerges as an artist with a distinctive style of her own.
The Royal Academy of Arts (RA) in London is currently host to the most complete representation of her work to date. It is a landmark exhibition that reintroduces an artist who in her day was highly successful and championed by the court and elite in Brussels; but, who subsequently almost disappeared from public and scholarly notice for close on 300 years.
Restoring Wautier to a place in the artistic canon through an exhibition in the Royal Academy of Arts seems especially apt for an artist who defies expectation. The RA was the first institution to provide professional training for artists in Britain. Wautier’s work and the RA’s presentation of it shows clear evidence of the sort of training that was at the time the exclusive prerogative of male artists.
The point on her training is made straight away through the image that opens the show, a graceful and confident Study of the Medici Ganymede Bust (1654). The drawing depicts the famous ancient Roman sculpture, which was at the time in Rome. Drawing competently was a much valued skill and the Ganymede suggests not only a meticulously trained artist, but one whose work is up-to-date and reflects contemporary trends.
Many will be questioning where she sits in relation to the titan of Baroque painting and her contemporary, Artemisia Gentileschi (1593–1654) – the favourite subject of feminist art history. Both women disappear from view after the 1650s, both worked with close relatives (Wautier with her brother, Gentileschi with her father), both were championed by high-ranking patrons. But this is where the similarities end.
Gentileschi’s violent personal history has often overshadowed the discussion of her consummate skill and mastery of her craft. For instance, works like the Beheading of Holofernes (1612) are frequently interpreted as responses to her experience of sexual violence.
In Wautier’s case, however, there just isn’t much known about her life beyond bare facts such as who her parents were, that she shared a studio with her brother in Brussels and that she never married. This lack of information is partially due to the artist’s will going up in the flames of the French bombardment of Brussels in 1695.
So where for Gentileschi it feels as if we can’t separate the art from the biography; in Wautier’s case, there is nothing but the art. And, what wonderful art it is too.
Wautier excelled in portraiture, with her elegant palette and her mastery of textures – be it hair or textiles. In her portraits, especially in the depiction of children, she is vivacious and lively and so observant of quirks and foibles. You can see this in her Five Senses (1650) series. For instance, Smell features a little blond boy clutching a rotten egg in one hand and pinching his nose shut with the other, recoiling from the egg’s stench.
Despite their brilliance, however, she never signed her portraits. She did, however, sign two large-scale religious paintings, a Mystic Marriage of Saint Catherine of Alexandria and an intriguing and unusual panel depicting the Education of the Virgin. Both panels centre around educated, confident, elegant female protagonists, defined by their actions.
These paintings defy contemporary ideas that women artists excelled at imitation but lacked the capacity to imagine and create a subject from scratch. Wautier signs these paintings “invenit et fecit”, which translates as “invented and executed”. Here she is staking her claim to possessing the imagination to execute significant work at large scale. She attests to be a master of her craft, and this is nowhere more apparent than in the centrepiece of the Royal Academy’s exhibition, her immense Triumph of Bacchus.
Here, Wautier tackles the epitome of artistic mastery: a large-scale mythological subject that featured in the work of her most significant contemporaries, such as Andrea Mantegna, Titian and of course the artist who dominated the market in Flanders and the Netherlands, Peter Paul Rubens.
Wautier’s Triumph of Bacchus is larger than that of her male competitors, and she combines in her image the fleshiness of the central male nude with the grace and the elegance of Titian. She presents the viewer with a powerful image of a flabby Bacchus reclining in a wheelbarrow, surrounded by his followers. Wautier’s skill in painting a variety of male nudes in a range of poses looks effortlessly competent, with the Bacchus becoming the work that firmly places her within art history, a masterpiece designed to defy the challenge that a woman can not paint like a man.
This one can, but she takes the challenge up a notch with the intriguing inclusion of a self portrait. Wautier depicts herself as an elegant, bare-breasted Bacchante, a female follower of Bacchus, clad in a striking robe of salmon-pink, looking out at the viewer, the only person to do so in the array of figures depicted. Wautier’s Bacchante stands tall and proud, inviting the viewer to look at her. But it’s Wautier who controls this gaze; in the painting, a sallow-skinned faun attempts to grab the Amazonian, composed woman. She shrugs off his leering, and ignores him grabbing her hair. She is in charge.
Michaelina Wautier is on at The Royal Academy in London until June 21, 2026
Gabriele Neher does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Decades after researches first sequenced the human genome, scientists throughout the world are still working to understand it. Despite diligent global efforts to link uncommon variations in DNA sequences with human disease, progress has been slow, in large part due to limitations in scientific understanding and in part due to limitations in computational technologies.
Artificial intelligence has the potential to help scientists decipher the millions of genetic variations present in the genomes of different people in order to identify which ones lead to disease and which ones do not. In order to fully exploit the power of AI, however, scientists need to compare the genomes of thousands or tens of thousands of people. This task not only requires intense computational effort, it is also prone to error and will take years to complete.
Quantum computing has the potential to facilitate that process. We areresearchers with a long-standing interest in finding ways to use genetics in the clinic and developing new technologies to study the human genome. Combining quantum computing with AI has the potential to accelerate genomic analysis far beyond traditional methods. For time-sensitive medical conditions, faster decoding of genetic information can directly inform urgent treatment decisions and, in some cases, be lifesaving.
Conventional vs. quantum computing
In conventional computing, individual bits of information – binary digits, also called bits – can represent only two states: namely, 0 and 1.
However, the qubits used in quantum computing can have more than two distinct states. Adding qubits together increases the number of states exponentially. The power of quantum computers lies in being able to check all the possibilities at once for problems with large numbers of variables, rather than one at a time like even the fastest possible classical computer must do. This allows quantum computers to solve certain types of problems, such as factoring large numbers for today’s encryption schemes and performing combinatorial optimization to find the best route through a large number of points.
Quantum computers work much differently from the computer you’re likely using to read this article.
Still, quantum computing is currently in its infancy. Despite the enormous potential of this technology, computer scientists are dealing with challenges related to its scalability, error correction, hardware development and the setting of standards.
There are also significant time and cost constraints associated with ameliorating these challenges. Experts in the field estimate that it may be at least a decade before quantum computing will be truly useful outside of the laboratory.
Bigger and better data analysis
If researchers are able to overcome these challenges, combining AI and quantum computing may not only enable scientists and clinicians to better understand the human genome but also to leverage that understanding to improve patient care.
Currently, researchers are able to use AI to analyze genomic data in combination with limited amounts of other biological information, such as gene activity, epigenomics, RNA signatures and protein function. Quantum computing could allow AI to process increasingly more massive and highly detailed datasets.
This might look like integrating large-scale genetic, protein and spatial datasets with clinical, demographic and real-time physiological data. This systems-level approach enables a more comprehensive and accurate understanding of complex biological systems beyond DNA sequence alone that could be used to improve public health.
In other words, quantum computing could make it possible to sequence a patient’s genome and combine that information with other information about how their body works at the molecular level to improve the accuracy of diagnoses and determine the best course of treatment in hours instead of months.
Challenges in access and privacy
Like many burgeoning technologies, combining AI with quantum computing has inherent and inescapable challenges. In particular, there are several ethical issues related to healthcare access.
One will be the cost. New technologies are typically expensive and that will likely widen the gap between those who can afford the best healthcare and those who cannot. Anticipating these costs and finding preemptive creative solutions is necessary to allow everyone to benefit equally.
While there are likely many approaches to reducing out-of-pocket expenses for healthcare, federal legislation could mandate affordable or free genetic information-based care to those in greatest financial need. Similar to the 2008 Genetic Information Nondiscrimination Act, which prohibits discrimination based on genetics, a new law could prohibit healthcare providers from withholding genetic information-based care from those who cannot afford it.
Another challenge will be availability. These technologies will likely first be available at only the top medical centers in the country, which traditionally have the research funding and the cadre of skilled scientists and clinicians needed to develop new diagnostic methods and treatments. Consequently, the latest advances in health technology will be unavailable to people who physically or financially cannot travel to receive the best medical care.
One approach that may quell these fears is a model called federated blockchain governance. This approach involves sharing control of a blockchain, which is a digital ledger used to track transactions, among a small group of institutions rather than a single entity or the general public. Limiting the number of trusted curators of genetic data reduces the risk of privacy violations or security breaches and subsequently increases the chance that patient data will remain private.
Improving public health
Despite these challenges, combining advances in quantum computing and AI has the potential to significantly drive innovation and improve public health.
When scientists and clinicians are able to accurately identify the genetic basisof disease and potential risk factors, they will not only be able to develop better treatments but also help patients and healthcare providers know what symptoms to look for among those predisposed to certain conditions.
Taken together, this knowledge can improve public health, reduce the cost of healthcare and improve quality of life.
The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – USA – By Jonathan S. Weissman, Principal Lecturer of Cybersecurity, Rochester Institute of Technology
When you’re out and about, your face isn’t just visible − it’s captured.John Keeble/Getty Images
A woman strolls into a grocery store, thinking about grabbing some apples. Before she even reaches the produce aisle, a security camera has scanned her face. Whether the system is checking for shoplifters or simply logging her arrival, her face has joined a digital ledger, a trace she can’t easily erase. Retailers, banks, airports, stadiums and office buildings are doing the same.
But what if the woman’s facial information is stolen or misused? If a cybercriminal steals her password, she can change it. If they acquire her credit card number, she can cancel the card. But she can’t reset or revoke the appearance of her cheekbones.
Facial recognition systems don’t keep actual images. They convert a face into a mathematical template that maps the positions and proportions of the face’s features. When another camera scans a person later, the system checks their live face against these templates to confirm an identity.
In my work as a cybersecurity professor at Rochester Institute of Technology, I have found that even though templates are more secure than photos – which anyone online can capture and manipulate – templates, too, can be stolen. Once that happens, these digital keys create a lifelong vulnerability. If a facial recognition database is breached, the “locks” that a template opens – accessing a bank app, getting through security at an airport, entering an office building – can’t be reset. A person’s face is permanent, and so is the threat.
The threat isn’t theoretical. Biometric data has been stolen in data breaches. In 2024, biometric data from a facial recognition system used at bars and clubs in Australia was hacked. And in 2019, biometric data from a pilot facial recognition system set up by U.S. Customs and Border Protection was breached in an attack on a subcontractor’s network. It’s not clear whether anyone’s stolen biometric data has been exploited, however.
Catching a ballgame? Security cameras might be catching and digitizing your face. AP Photo/Matt Slocum
Tracking your face
All biometric identifiers carry risks. Fingerprints and iris scans, however, are typically used in controlled situations, such as unlocking a person’s phone or allowing someone to enter a building. In these cases, a person has to deliberately look at a scanner. Cameras in public spaces, in contrast, can capture faces as people walk by, from a distance and without the people whose faces are scanned realizing it.
If a fingerprint or iris database is breached, a thief still needs to physically present that finger or eye, or a fake of it, to a scanner. However, someone could match a stolen facial template against images from surveillance cameras or photos circulating online, making it easier to identify a person of interest or track someone’s movements and activities.
There’s also a big difference, technically and ethically, between keeping a face on a phone versus handing it over to a database. On modern Apple devices and many Android systems, biometric data used to unlock the devices is stored locally in a dedicated hardware chip and is not shared with the manufacturer or cloud services for authentication. As a result, a breach of corporate or cloud systems would not expose these device-level biometric templates.
Some street and security cameras in public are passive, just watching as people pass by, with no long-term records. But others may be following people’s steps, linking faces to databases and creating a persistent digital trail. The risk rises when organizations use systems to track particular people across multiple databases. Airport systems could compare a traveler’s face against passport or airline databases. Stadiums may compare faces against local security watch lists or law enforcement lists. The company that manages Madison Square Garden has used facial recognition to bar entry to lawyers at firms that represented people who sued the company.
Some large retail chains, such as Wegmans and Target, also use facial recognition systems in their theft prevention efforts. Every new capture adds another permanent record.
Demonstrators hold images of Amazon CEO Jeff Bezos in front of their faces during a protest over the company’s facial recognition system. AP Photo/Elaine Thompson
Many companies do not have expertise in cybersecurity and rely on third-party vendors to manage their data. If those centralized systems are breached – or the datasets are linked across platforms, vendors or data brokers – your face can become a sort of persistent identifier, which can be used to expose or track you. In some cases, when combined with other compromised data, your captured face can lower the barrier to impersonating you.
When a person’s face meets their data
A face can function like a “primary key” – a unique and stable identifier that connects records. If one database links a facial template to an email address, and a data breach connects that email to financial or personal records, an identity thief with a stolen template could access all that information.
And combining a template with AI tools such as deepfakes or three-dimensional face models could, in some cases, allow a criminal to impersonate an individual in systems that require proof of a live face, slipping into a forged digital identity like slipping into a costume.
When criminals combine biometric templates with other leaked data, such as logins for social media profiles or home addresses, they can build “super-profiles” connected to many of a person’s activities. Because the face acts as a permanent linking key, this level of identity theft is difficult to reverse.
How to minimize the threat
People are still figuring out how to live with widespread biometric collection. The convenience of smoothly passing security checks or making purchases is appealing, but it often comes with a permanent risk to privacy and security.
To lessen the threat, organizations can follow several data privacy best practices. They can keep only information that is necessary, erase the rest quickly and encrypt every mathematical template. They can store only encrypted templates rather than raw photos. They can use safeguarding techniques, such as the latest liveness detection techniques, to help ensure that their systems are interacting with real people rather than photographs, masks or deepfakes. And they can adopt a privacy-by-design approach, which means they will keep data only as long as necessary, clearly document how it’s used and restrict who has access.
Consumers can take steps as well. In places with privacy laws, such as California, Illinois and the European Union, people can submit a data access request to see what biometric data a company holds and, in some cases, ask for its deletion. They can also ask retailers anywhere what data is collected, how long it is kept and how it’s protected.
Jonathan S. Weissman does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Weather apps might see that a storm is coming, but mesonets capture what’s happening as it arrives with local real-time data.Patrick Emerson/Flickr, CC BY-SA
Whether you’re planning a weekend hike, deciding what to wear to work or preparing your home for severe storms, the weather forecast is essential. You might instinctively grab your smartphone and check an app for an instant weather update.
But how many times have you looked at your app, only to step outside and see the sky painting a different picture than what’s on your screen?
Before you blame the local forecasters, let’s talk about where the data in your weather app comes from, and why it might not always show what you expect. It’s why my colleagues and I are working to bring forecast data closer to home.
If you want a perfect weather forecast, you will have to precisely measure every molecule of the atmosphere, land and water, and perfectly predict how they will interact with each other for the next minute, day or week. This is, of course, physically impossible.
Instead, scientists run computer models. These models take the observations we do have and simulate the weather on a large scale to a remarkable degree of accuracy. In fact, storm track forecasts from the National Hurricane Center were among its best ever in 2025, and forecasts using machine learning are starting to improve those forecasts even further.
These models are hungry for data. Supercomputers ingest measurements from satellites, weather balloons, Doppler radar, lightning detection networks, buoys, surface weather stations and other measurement platforms to solve the equations that provide weather predictions.
When you open your phone, your weather app isn’t doing the meteorology – it’s just showing the output of the model’s calculations. Even though they generally aren’t tailored by a local meteorologist, these short-term forecasts are usually pretty good. But they could be better.
All weather is local
You’ve probably seen it before: It’s raining on one side of the street and not on the other. You flip on the news to see the nearest airport received an inch of rain, but your garden is dry.
There are more than 2,500 airports in the United States with weather stations, which is where much of the weather data shared on TV and online is collected. But for many people, the closest airport is more than 20 miles (32 kilometers) away. This is especially true in rural areas.
All of the areas in green are more than 20 miles from an airport weather station. In many cases, that means they’re 20 miles or farther from the weather observations feeding their local forecasts. Chris Vagasky
Because of the chaotic nature of weather, the only way to truly know what’s happening in your yard is to measure the weather in your yard. But not everyone is interested in installing a rain gauge or personal weather station.
Filling the gaps
To bridge this gap, manystates and universities have established local weather station networks called mesonets – short for mesoscale networks, meaning intermediate scale. These weather stations are installed in locations to ensure everyone in the state is within 20 miles of the nearest station.
Like the weather stations at airports, mesonets measure things like air temperature and relative humidity, air pressure, rainfall or melted snow, and wind speed and direction – often every five minutes.
Many mesonets collect additional data such as soil moisture levels to help farmers. Some even have camera images updated every five minutes to show current weather conditions. Mesonet data is then shared through websites or direct data transmission so that the public, weather forecasters and researchers can easily access it.
I lead the team at Wisconet, a new mesonet that just finished installing 78 weather stations across Wisconsin. Our stations are installed on 10-foot-tall (3-meter) tripods in open areas near orchards and cranberry marshes, farms and airfields, schools and other educational centers, and on city, state and federally owned lands.
Wisconet weather stations, like this one in Amery, Wisc., provide local weather data for areas where forecasts used to be based on what was happening many miles away. Caitlin Wienkes, Wisconet
These added weather stations are already proving useful. On Aug. 18, 2025, slow-moving thunderstorms moved over a Wisconet station, with more than 3 inches of rain falling in just a couple of hours. The National Weather Service was able to issue a flash flood warning for the area because of the data provided by that station.
In addition to providing a near-real-time snapshot of the local weather, mesonets help farmers decide when to run irrigation systems, spray pesticides or plant crops. They also help provide better weather warnings, particularly when tornadoes and other storms intensify over small areas that farther-away weather stations would miss.
A nationwide network of networks
Because of the immense value of high-frequency weather and soil measurements, the National Oceanic and Atmospheric Administration leads a National Mesonet Program. The program collects weather data from public, private and academic sources, validates the quality of the data, and ensures it flows to users, including the National Weather Service. National Weather Service forecasters use that data to make more timely and accurate severe weather warnings.
Congress is considering expanding that program, with legislation proposed in the House and the Senate. The bills aim to authorize $50 million to $70 million annually to the National Mesonet Program between 2026 and 2030 to improve and expand mesonets across the country. An expansion would mean more weather stations and new capabilities, like real-time snowfall, fire weather and air quality measurements, closer to the people who rely on them.
So the next time you check your smartphone and grumble because the app doesn’t match the weather in your backyard, remember that all weather is local. If you don’t have a nearby mesonet station, the nearest measurements may be many miles away.
This work is supported by the Institute for Rural Partnerships, project award no. 2023-70500-38915, from the U.S. Department of Agriculture’s National Institute of Food and Agriculture. Any opinions, findings, conclusions, or recommendations expressed in this publication are those of the author and should not be construed to represent any official USDA or U.S. Government determination or policy.
Wisconet receives monthly payments for their data from the National Mesonet Program.
Educators, policymakers and parents were genuinely excited in the late 2010s, when three Southern states – Alabama, Mississippi and Louisiana – appeared to buck the literacy trend. All three of these states, which have long lagged in literacy scores, made notable gains in fourth grade reading scores from 2013 to 2024, as measured by the National Assessment of Educational Progress, or NAEP.
We are researchers in literacy and learning. Two of us are at the University of Alabama and Mercer University, where we educate elementary teachers. The other two work at Temple University, where we research early language and the science of learning. We all study how children develop as readers and how teaching styles and policies shape that development.
A straightforward explanation has taken hold: As more schools spent additional time on phonics and implemented other “science of reading” reforms, students became stronger readers.
This narrative accurately captures some of the available evidence. But it also simplifies a complex set of patterns in literacy data, and it limits the discussion that policymakers should have.
Since the early 2000s, new federal and state policies have placed pressure on schools to improve students’ reading outcomes. The 2001 No Child Left Behind Act required all states to track and report literacy testing results. This law, which the Obama administration replaced in 2015 with the Every Student Succeeds Act, mandated annual testing in reading and math for students in third through eighth grades.
The NAEP found that fourth grade reading scores nationwide increased modestly beginning in 2005. They peaked around 2017 and have declined since.
But there’s a complication in how those scores are interpreted. NAEP’s mid-level score, called “proficient,” does not mean a student is reading at grade level – it reflects a high standard that most students do not reach. In the case of fourth grade readers, it means they can recognize a text’s structure and organization, explain how characters influence others and make other complex observations. Students can also receive a lower “basic” score, or a higher “advanced” one.
Alabama’s example illustrates the gap that can emerge between NAEP test results and a state’s assessments.
Mississippi’s progress predates recent national attention to the science of reading – meaning, the body of research on reading – suggesting its gains cannot be attributed solely to the current wave of related reforms.
In 2013, Mississippi passed the Literacy-Based Promotion Act, which combined early reading screening, teacher training, literacy coaching and additional support. Research shows that the policy could account for roughly five points of reading gains, on average. These gains reflect long-term, system-wide efforts rather than a rapid shift tied to a single policy change.
At the middle school level, however, the pattern in Mississippi looks different.
Improvements in fourth grade reading have not translated into similar gains in eighth grade reading. Early improvements in children’s ability to decode words do not necessarily lead to success with more complex texts that require additional vocabulary and background knowledge.
This gap does not negate Mississippi’s progress, but it does raise questions about what the next decade of work needs to look like.
A 32-point gap between Black and white students’ average fourth grade reading scores persists in 2024 data, nearly unchanged from the late 1990s. In this case, some reading progress happened. Yet the underlying inequities between students did not shift.
Alabama’s results illustrate a third pattern: relative stability in fourth grade reading scores during a period of national decline. The state ranked 35th in fourth grade NAEP reading in 2013 and remains in a similar position in 2024, showing little change.
The state’s average NAEP score for fourth grade students shifted by a single point between 2019 and 2024 – not a surge, but a state holding its ground while others fell.
The same pattern extends nationally to Hispanic students, poor students and other groups. This shows that fourth grade students’ reading gains have not been accompanied by comparable reductions in social, racial and ethnic inequities.
Test score changes reflect a combination of policy decisions, classroom practices and broader conditions, often unfolding over many years. Reading is hard to teach, hard to sustain and not connected to any one policy shift.
The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.