Canicule : soulignons, sans état d’âme, nos progrès d’adaptation depuis 2003

Source: The Conversation – in French – By François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris – PSL

Depuis 2003, l’Europe a réalisé des progrès conséquents dans l’adaptation aux vagues de chaleur : en proportion, on meurt moins, même si les températures sont plus élevées. Et demain ?


La chaleur tue : on a recensé plusieurs centaines de décès à Paris ainsi que dans d’autres grandes capitales européennes lors de la canicule de mi-juin à début juillet 2025. Le nombre de morts aurait triplé par rapport à la normale du fait du changement climatique, selon une estimation réalisée par des chercheurs britanniques.

Ces chiffres font peur. Ils masquent cependant les grands progrès réalisés pour limiter notre vulnérabilité face à la multiplication des vagues de chaleur. La chaleur tue mais de moins en moins, grâce à nos actions individuelles et collectives d’adaptation. Il faut s’en féliciter, et non l’ignorer.

Les données d’observation de mortalité par les agences sanitaires n’étant pas encore disponibles, le calcul qui précède repose sur des modèles et des méthodes, connus des spécialistes. La plupart sont désormais suffisamment au point pour rendre compte en confiance de leurs résultats sur les progrès de l’adaptation.

La canicule de 2003, ou l’Année zéro

Commençons notre examen en prenant pour point de repère la canicule de 2003 en France. Cet été-là le pays a connu une véritable hécatombe : près de 15 000 décès en excès.

En contrecoup, les pouvoirs publics ont décidé toute une série d’actions préventives pour protéger la population des grandes chaleurs : mise en place d’un système d’alerte annonçant les canicules, campagnes d’information auprès du public sur les façons de se protéger, formation du personnel de santé, ouverture d’espaces climatisés dans les maisons de retraite et les services hospitaliers, etc.

Quelques années plus tard, une équipe regroupant des chercheurs de l’Inserm, de Météo France et de Santé publique France s’est demandé si ces mesures avaient bien été suivies d’effet. À partir d’un modèle reliant mortalité et températures observées en France sur vingt-cinq ans, ils ont estimé que la canicule de l’été 2006 s’était traduite par une baisse de plus de moitié du nombre de décès en excès.

Ce progrès ne peut pas, bien sûr, être imputé aux seules actions publiques. La canicule de 2003 a été à l’origine d’une prise de conscience généralisée des méfaits de la chaleur, de changement des comportements individuels et d’achat d’appareils de rafraîchissement, tels que ventilateurs et climatiseurs, mais aussi d’équipements plus innovants apparus plus tard sur le marché, comme les rafraîchisseurs d’air ou les pompes à chaleur réversibles.

Attention, le frigidaire distributeur de glaçons ne fait pas partie de cette panoplie ! En cas de fortes températures, il faut éviter de boire de l’eau glacée pour se rafraîchir. Elle ralentit la sudation, mécanisme fondamental de l’organisme pour lutter contre la chaleur.

Pourquoi il est délicat de comparer 2022 et 2003

L’été 2022 a constitué la seconde saison la plus chaude jamais enregistrée dans l’Hexagone. Le nombre de décès en excès a été toutefois cinq fois moindre que celui de 2003, mais on ne sait pas précisément quelle part de cette baisse est simplement due à des conditions caniculaires un peu moins défavorables.

La comparaison 2003/2022 est tout aussi délicate au niveau européen. On dispose bien, à cette échelle, de travaux d’estimation de la surmortalité en lien avec la chaleur aux deux dates, mais ils reposent sur des méthodes différentes qui rendent leurs résultats peu comparables : 74 483 décès pour la canicule de 2003 en Europe contre 61 672 morts lors de la canicule de 2022.

En effet, le premier chiffre mesure des décès en excès par rapport à une période de référence, tandis que le second découle de l’application d’une méthode épidémiologique. Celle-ci, plus sophistiquée, mais aussi plus rigoureuse, consiste à estimer pour une ville, une région ou un pays, le risque de mortalité relatif en fonction de la température, à tracer une « courbe exposition-réponse », selon le jargon des spécialistes.

Pour l’Europe entière, le risque est le plus faible autour de 17 °C à 19 °C, puis grimpe fortement au-delà. Connaissant les températures journalières atteintes les jours de canicule, on en déduit alors le nombre de décès associés à la chaleur.

Quelles canicules en Europe à l’horizon 2050 ?

Résumé ainsi, le travail paraît facile. Il exige cependant une myriade de données et repose sur de très nombreux calculs et hypothèses.

C’est cette méthode qui est employée pour estimer la surmortalité liée aux températures que l’on rencontrera d’ici le milieu ou la fin de ce siècle, en fonction, bien sûr, de différentes hypothèses de réchauffement de la planète. Elle devrait par exemple être décuplée en Europe à l’horizon 2100 dans le cas d’un réchauffement de 4 °C.

Ce chiffre est effrayant, mais il ne tient pas compte de l’adaptation à venir des hommes et des sociétés face au réchauffement. Une façon de la mesurer, pour ce qui est du passé, consiste à rechercher comment la courbe exposition-réponse à la température se déplace dans le temps. Si adaptation il y a, on doit observer une mortalité qui grimpe moins fortement avec la chaleur qu’auparavant.

C’est ce qui a été observé à Paris en comparant le risque relatif de mortalité à la chaleur entre la période 1996-2002 et la période 2004-2010. Aux températures les plus élevées, celles du quart supérieur de la distribution, le risque a diminué de 15 %.

Ce chiffre ne semble pas très impressionnant, mais il faut savoir qu’il tient uniquement compte de la mortalité le jour même où une température extrême est mesurée. Or, la mort associée à la chaleur peut survenir avec un effet de retard qui s’étend à plusieurs jours voire plusieurs semaines.

La prise en compte de cet effet diminue encore le risque entre les deux périodes : de 15 % à 50 %. Cette baisse de moitié est plus forte que celle observée dans d’autres capitales européennes comme Athènes et Rome. Autrement dit, Paris n’est pas à la traîne de l’adaptation aux canicules.

De façon générale et quelle que soit la méthode utilisée, la tendance à une diminution de la susceptibilité de la population à la chaleur se vérifie dans nombre d’autres villes et pays du monde développé. L’adaptation et la baisse de mortalité qu’elle permet y est la règle.

La baisse de la mortalité en Europe compensera-t-elle l’augmentation des températures ?

C’est une bonne nouvelle, mais cette baisse de la surmortalité reste relative. Si les progrès de l’adaptation sont moins rapides que le réchauffement, il reste possible que le nombre de morts en valeur absolue augmente. En d’autres termes, la mortalité baisse-t-elle plus vite ou moins vite que le réchauffement augmente ?

Plus vite, si l’on s’en tient à l’évolution observée dans dix pays européens entre 1985 et 2012. Comme ces auteurs l’écrivent :

« La réduction de la mortalité attribuable à la chaleur s’est produite malgré le décalage progressif des températures vers des plages de températures plus chaudes observées au cours des dernières décennies. »

En sera-t-il de même demain ? Nous avons mentionné plus haut un décuplement en Europe de la surmortalité de chaleur à l’horizon 2100. Il provient d’un article paru dans Nature Medicine qui estimait qu’elle passerait de 9 à 84 décès attribuables à la chaleur par tranche de 100 000 habitants.

Mais attention : ce nombre s’entend sans adaptation aucune. Pour en tenir compte dans leurs résultats, les auteurs de l’article postulent que son progrès, d’ici 2100, permettra un gain de mortalité de 50 % au maximum.

Au regard des progrès passés examinés dans ce qui précède, accomplis sur une période plus courte, une réduction plus forte ne semble pourtant pas hors de portée.

Surtout si la climatisation continue de se développer. Le taux d’équipement d’air conditionné en Europe s’élève aujourd’hui à seulement 19 %, alors qu’il dépasse 90 % aux États-Unis. Le déploiement qu’il a connu dans ce pays depuis un demi-siècle a conduit à une forte baisse de la mortalité liée à la chaleur.

Une moindre mortalité hivernale à prendre en compte

Derrière la question de savoir si les progrès futurs de l’adaptation permettront de réduire la mortalité liée à la chaleur de plus de 50 % en Europe, d’ici 2100, se joue en réalité une autre question : la surmortalité associée au réchauffement conduira-t-elle à un bilan global positif ou bien négatif ?

En effet, si le changement climatique conduit à des étés plus chauds, il conduit aussi à des hivers moins rudes – et donc, moins mortels. La mortalité associée au froid a été estimée en 2020 à 82 décès par 100 000 habitants. Avec une élévation de température de 4 °C, elle devrait, toujours selon les auteurs de l’article de Nature Medicine, s’établir à la fin du siècle à 39 décès par 100 000 personnes.

Si on rapporte ce chiffre aux 84 décès par tranche de 100 000 habitants liés à la chaleur, cités plus haut, on calcule aisément qu’un progrès de l’adaptation à la chaleur de 55 % suffirait pour que la mortalité liée au froid et à la chaleur s’égalisent. Le réchauffement deviendrait alors neutre pour l’Europe, si l’on examine la seule mortalité humaine liée aux températures extrêmes.

Mais chacun sait que le réchauffement est aussi à l’origine d’incendies, d’inondations et de tempêtes mortelles ainsi que de la destruction d’écosystèmes.

Sous cet angle très réducteur, le réchauffement serait même favorable, dès lors que le progrès de l’adaptation dépasserait ce seuil de 55 %. Si l’on ne considère que le cas de la France, ce seuil est à peine plus élevé : il s’établit à 56 %.

Des conclusions à nuancer

La moindre mortalité hivernale surprendra sans doute le lecteur, plus habitué à être informé et alarmé en période estivale des seuls effets sanitaires négatifs du réchauffement. L’idée déroutante que l’élévation des températures en Europe pourrait finalement être bénéfique est également dérangeante. Ne risque-t-elle pas de réduire les motivations et les incitations des Européens à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre ?

C’est peut-être cette crainte qui conduit d’ailleurs les auteurs de l’article de Nature Medicine à conclure que :

« La mortalité nette augmentera substantiellement si l’on considère les scénarios de réchauffement les plus extrêmes et cette tendance ne pourra être inversée qu’en considérant des niveaux non plausibles d’adaptation. »

Notons également que ces perspectives concernent ici l’Europe. Dans les pays situés à basse latitude, la surmortalité liée aux températures est effroyable. Leur population est beaucoup plus exposée que la nôtre au changement climatique ; elle est aussi plus vulnérable avec des capacités d’adaptation qui sont limitées par la pauvreté.

À l’horizon 2100, la mortalité nette liée aux températures est estimée à plus de 200 décès pour 100 000 habitants en Afrique sub-saharienne et à près de 600 décès pour 100 000 habitants au Pakistan.

Concluons qu’il ne faut pas relâcher nos efforts d’adaptation à la chaleur en Europe, quitte à ce qu’ils se soldent par un bénéfice net. Les actions individuelles et collectives d’adaptation à la chaleur sauvent des vies. Poursuivons-les. Et ne relâchons pas pour autant nos efforts de réduction des émissions, qui sauveront des vies ailleurs, en particulier dans les pays pauvres de basses latitudes.


François Lévêque a publié, avec Mathieu Glachant, Survivre à la chaleur. Adaptons-nous, Odile Jacob, 2025.

The Conversation

François Lévêque ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Canicule : soulignons, sans état d’âme, nos progrès d’adaptation depuis 2003 – https://theconversation.com/canicule-soulignons-sans-etat-dame-nos-progres-dadaptation-depuis-2003-262091

Quand les femmes prenaient déjà la vague : l’histoire oubliée du surf californien

Source: The Conversation – in French – By Jeffrey Swartwood, Maître de conférences, Civilisation américaine, Université Bordeaux Montaigne

Mary-Ann Hawkins, championne de surf féminin de la côte Pacifique en 1938, en 1939 et en 1940. Wikimedias Commons, CC BY

Le surf se développe sur les côtes californiennes à partir des années 1920 pendant la période des « hommes de fer et planches en bois ». Dans ce milieu contre-culturel, un premier mouvement de femmes part alors à la recherche de la vague parfaite, malgré les injonctions et les stéréotypes de la période.


Le surf connaît aujourd’hui une nouvelle vague de popularité avec quelque 3,8 millions de pratiquants. Comme à chaque phase d’expansion de ce sport, l’équilibre se redessine entre son image de pratique contre-culturelle –  associée à la liberté, au sport dans les grands espaces – et sa place dans la culture dominante.

Malgré une augmentation considérable du surf féminin (entre 35 % et 40 % des pratiquants), l’imaginaire public entourant le surf reste (très) majoritairement masculin.

À l’heure actuelle, des surfeuses de shortboard comme celles de longboard voyagent en solo à travers le monde, surfent des grosses vagues, créent des modes de vie alternatifs et défient la vision traditionnelle de ce sport si longtemps orienté vers les hommes. Ces femmes suscitent à la fois l’intérêt du public et l’attention des chercheurs, comme en témoignent des ouvrages tels que Surfer Girls in the New World Order de Krista Comer.

Pourtant, le monde de la publicité, jusque dans la presse spécialisée, continue de présenter un déséquilibre : les photos d’action sont largement consacrées aux surfeurs masculins, tandis que les images de femmes, même de surfeuses professionnelles, sont encore souvent prises sur la plage ou sur un parking

L’icône contre-culturelle du surf semble être encore fortement genrée et, en ce sens, pas si contre-culturelle que ça. Et ce n’est pas un phénomène nouveau.

Une liberté d’homme ?

Dans les années 1960, à l’apogée de la révolution contre-culturelle aux États-Unis, la liberté du surf était représentée comme quasi exclusivement masculine.

Dans les premiers magazines tels que Surfer ou Surfing, malgré certaines exceptions, les photos d’action montrant des femmes surfant étaient rares, même quand il s’agissait de traiter la performance des surfeuses lors des compétitions, par exemple.

Pourtant, selon les récits traditionnels hawaiens, depuis ses débuts vers le XIIᵉ siècle, le surf était pratiqué autant par les femmes que les hommes. Avant l’arrivée des missionnaires occidentaux, les femmes étaient étroitement associées à l’histoire du surf hawaïen. Mais ces derniers, animés d’un zèle socioreligieux marqué par des normes strictes de séparation des sexes et une vision productiviste de la société, ont œuvré à l’éradication de l’activité. La pratique du surf a donc progressivement décliné – surtout chez les femmes – jusqu’à quasiment disparaitre pour tous à la fin du XIXe siècle.

Surf aux îles Sandwich, illustration datant de 1897 issue de l'un des journaux de voyage James Cook.
Surf aux îles Sandwich, illustration datant de 1897 issue de l’un des journaux de voyage James Cook.
British Library, CC BY

Le sport renaît au début du XXe siècle à Hawaii et en Californie, sous l’effet d’une curiosité presque ethnologique et d’une prise de conscience de son potentiel touristique. L’activité est alors devenue presque exclusivement masculine, au point que, dans son livre The History of Surfing, le champion de surf Nat Young ne mentionne les surfeuses californiennes que dans une petite parenthèse, vers la fin.

Des planches trop lourdes pour les femmes pour surfer ?

L’historien Scott Laderman explique que cela est dû non seulement au sexisme dominant mais aussi au fait que les surfeuses étaient rares car, avant la Deuxième Guerre mondiale, les planches étaient très lourdes et difficiles à manier. Surfeur reconnu, Mickey Munoz va plus loin en racontant qu’il n’y avait pas de femmes qui surfaient dans la Californie avant la fin des années 40 car les planches étaient trop lourdes.

Pourtant, confronté aux archives historiques et à une analyse approfondie, l’argument selon lequel les femmes ne pratiquaient pas, ou peu, le surf avant la fin des années 1950 ne tient pas la route. Des photosle prouvent, tout comme des articles de journaux et d’autres documents.

Le manque de maniabilité des planches de surf de l’époque est insatisfaisant pour expliquer la quasi-invisibilité des surfeuses de la période. Les planches étaient effectivement en bois et non en mousse, comme le montre la collection du musée Surfing Heritage and Culture Center de San Clemente. Mais leur poids variait énormément, allant de planches en balsa verni d’environ 10 kg à des mastodontes en séquoia pesant jusqu’à 45 kg (un longboard moderne en mousse et résine pèse entre 4 kg et 7 kg.

Et si les planches de trois mètres abondaient, des photographies et des références historiques à des planches plus courtes et plus légères évoquent une diversité plus grande que ne le laisse entendre le stéréotype.

Moins nombreuses que les hommes, mais bien présentes

Les surfeuses étaient vraisemblablement minoritaires sur la côte californienne, mais certaines femmes se consacraient malgré tout à ce sport et menaient une vie alternative. À ce jour, il est difficile de dire combien. Dans toute la Californie d’avant-guerre, il y avait probablement moins de 200 surfeurs et nous pourrions actuellement identifier une trentaine de surfeuses. À San Diego, dès 1925, Fay Baird Fraser, une jeune femme de 16 ans apprenait à surfer en tandem avec le sauveteur Charles Wright. Elle a ensuite continué à surfer seule dans la région, équipée de sa planche longue de 8 pieds (2,42 m).

Plus au nord, à Newport Beach, durant l’entre-deux-guerres, Duke Kahanamoku, hawaïen, champion olympique de natation et surfeur expert fut une figure clé de l’introduction du surf en Californie. Il rapporte avoir enseigné le surf à autant de femmes que d’hommes, et que parmi l’ensemble de ses élèves, tous sexes confondus, une jeune femme dénommée Bebe Daniels, de Corona Del Mar, était la meilleure.

Il y avait même quelques compétitions de surf avec une division féminine à la fin des années 1930. Mary Anne Hawkins, de Costa Mesa, a remporté ces championnats féminins de surf de la côte Pacifique en 1938, en 1939 et en 1940, à l’apogée de l’ère des planches en bois. Nous pourrions également mentionner les californiennes Vicki Flaxman ou Aggie Bane, parmi tant d’autres qui surfaient avant les années 50. Chacune de ces surfeuses talentueuses occupe une place bien documentée dans l’histoire des débuts du surf en Californie.

D’après l’historien Matt Warshaw, leur place était même telle, qu’à la fin des années 1940, alors que le surf évoluait à un rythme rapide et que le mode de vie des surfeurs s’ancrait dans la culture régionale, ces pionnières ont servi de modèle à toute la génération suivante de surfeurs californiens, hommes et femmes.

Selon Joe Quigg, fabriquant respecté de planches et figure iconique du surf, les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la scène surf de Malibu dans les années 1940/50. Or, cette scène est devenue l’incarnation de la culture surf californienne, contribuant elle-même à façonner la contre-culture américaine des années 1950 et 1960. Dans un entretien, il va jusqu’à dire que la scène surf à Malibu était composé « de tous les âges et tous les sexes ».

À un moment où les récits traditionnels sont souvent remis en question, la construction de l’imaginaire du surf ne fait pas exception. Il est difficile d’imaginer que nous acceptions collectivement que dans les années 30, des garçons de 10 ans puissent traîner de lourdes planches jusqu’aux vagues pour apprendre, mais que les femmes, même adultes et nageuses accomplies passionnées de sports nautiques, ne le pouvaient pas. Elles le pouvaient, et elles le faisaient. T

out comme aujourd’hui, les femmes se lançaient dans les vagues, loin du rôle traditionnellement attribué à la petite amie qui attend avec patience sur la plage ou à la femme au foyer qui prépare soigneusement un pique-nique pour que son homme passe la journée à surfer. Face au sexisme de l’époque, elles ne représentaient qu’un faible pourcentage de la population des surfeurs. Cela souligne la nature hautement contre culturelle de leur pratique.

The Conversation

Jeffrey Swartwood est membre de l’International Association of Surfing Researchers, le Surf & Nature Alliance, l’Institut des Amériques et CLIMAS (EA4196) et l’Université Bordeaux Montaigne.

ref. Quand les femmes prenaient déjà la vague : l’histoire oubliée du surf californien – https://theconversation.com/quand-les-femmes-prenaient-deja-la-vague-lhistoire-oubliee-du-surf-californien-261868

Le « brain freeze » : d’où vient cette impression de gel du cerveau quand on consomme une glace ou une boisson très froide ?

Source: The Conversation – in French – By José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

Le « brain freeze », ou « céphalée due à un stimulus froid », se ressent quand on mange une glace ou quand on consomme une boisson très froide. Les études menées sur ce phénomène, généralement sans gravité mais soutenu par des mécanismes neurologiques plus complexes qu’il n’y paraît, aident à approfondir les connaissances sur les réactions du cerveau soumis au froid, mais aussi sur les facteurs de risque de migraine.


Vous êtes en train de prendre un granité, cette boisson à base de glace pilée ou de mordre trop rapidement dans une crème glacée. Et soudain, vous ressentez une douleur aiguë, glaciale et lancinante, aussi brève qu’intense, qui vous traverse le front. Selon la classification internationale des céphalées, il s’agit d’une « céphalée due à un stimulus froid », également connue sous le nom de « mal de tête dû à la glace », en anglais brain freeze. Et bien que cela puisse paraître trivial, ce phénomène révèle une complexité neurologique et médicale surprenante.

Ces dernières années, plusieurs recherches ont révélé que ce petit « mal de l’été » pourrait nous en apprendre davantage sur le traitement des migraines, les réactions cérébrales au froid et, de manière surprenante, sur la manière de protéger le cerveau dans des situations critiques.

Un signal envoyé au cerveau

Le brain freeze est une douleur frontale ou temporale de courte durée, qui peut être intense. Chez les personnes sensibles, elle est provoquée par le passage d’un élément froid (solide, liquide ou gazeux) au niveau du palais et/ou de la paroi postérieure du pharynx.

Ce changement brusque de température provoque une vasoconstriction, suivie d’une vasodilatation des vaisseaux sanguins dans cette zone. Le nerf trijumeau, qui relie le visage au cerveau, interprète ce changement comme une menace thermique et envoie un « signal de douleur » au cerveau.

Ce qui est curieux, c’est que cette douleur n’est pas ressentie dans la bouche, mais au niveau du front ou des tempes. C’est ce qu’on appelle « une douleur référée » (On parle aussi de douleur projetée, ndlr) : le cerveau interprète mal la source du stimulus, ce qui est très courant dans d’autres types de douleurs viscérales.

Un article publié dans Critical Care Medicine, en 2010, sous le titre provocateur « Can an ice cream headache save your life? » (en français « Un mal de tête causé par une glace peut-il vous sauver la vie ? »), suggérait que les mécanismes à l’origine du brain freeze pourraient inspirer des stratégies cliniques visant à protéger le cerveau après un arrêt cardiaque, en ayant recours à l’hypothermie thérapeutique. Ce type de réactions neurovasculaires rapides aiderait à réguler la pression intracrânienne, le flux sanguin cérébral et les réflexes autonomes.

En d’autres termes, une glace peut activer des mécanismes que les médecins tentent de reproduire de manière contrôlée en soins intensifs.

Une douleur qui en dit plus long qu’il n’y paraît

Un article publié en 2023, qui faisait la synthèse sur la bibliographie disponible sur ce sujet, a examiné comment des structures profondes du crâne telles que le nerf trijumeau et le ganglion sphénopalatin – tous deux connus pour être impliqués dans les migraines, les céphalées en grappe et les névralgies faciales – peuvent jouer un rôle dans ce phénomène.

De plus, de nombreux travaux de recherche ont montré que la réponse douloureuse au froid pourrait révéler une hypersensibilité du système trigéminal, en particulier chez des personnes prédisposées. La prévalence de ce phénomène varie entre 15 et 37 % dans la population générale. Mais elle est nettement plus élevée chez les enfants et les adolescents, chez qui elle atteint des chiffres compris entre 40,6 % et 79 %, selon les données recueillies dans la littérature scientifique.

Une étude clé, menée en Allemagne auprès d’élèves âgés de 10 à 14 ans, de leurs parents et de leurs enseignants, a montré une prévalence de 62 % chez les enfants et de 31 % chez les adultes. Cette différence pourrait s’expliquer par une combinaison de facteurs : l’apprentissage comportemental visant à éviter les déclencheurs de la douleur, une plus grande stabilité neuronale face au froid avec l’âge et des différences anatomiques qui rendent les enfants plus sensibles à une stimulation rapide des récepteurs du froid.

D’autre part, la douleur provoquée par le froid est étroitement liée aux antécédents de migraine. Les personnes souffrant de ce type de douleur présentent une prévalence comprise entre 55,2 % et 73,7 %, bien supérieure à celle des personnes souffrant de céphalées de tension (23-45,5 %). Une étude a même révélé une prévalence surprenante de 94 % chez les personnes ayant des antécédents de céphalées en coup de poignard. Cela suggère que le brain freeze pourrait servir de marqueur clinique indirect d’une sensibilité trigéminale accrue commune à d’autres céphalées plus invalidantes.

D’autres facteurs de risque ont été identifiés, notamment des antécédents de traumatisme crânien et, en particulier, des antécédents familiaux : les enfants dont les parents souffrent de céphalées induites par le froid présentent un risque significativement plus élevé de développer cette affection. Si la mère en a souffert, le risque pourrait être multiplié par 10,7 et, si c’est le père, par 8,4.

Toutes ces données révèlent que ce qui est souvent perçu comme une simple « douleur due à la glace » est en réalité l’expression de processus neurologiques complexes. Loin d’être banale, cette sensation pourrait aider à mieux comprendre les seuils de douleur et la prédisposition à des troubles neurosensoriels plus larges.

Est-ce dangereux ?

En général, non. Il s’agit d’un phénomène bénin, qui disparaît spontanément et sans conséquences médicales. Cependant, il existe un cas clinique extraordinaire, publié en 1999 dans l’American Journal of Forensic Medicine and Pathology, où un jeune homme s’est effondré après avoir bu de l’eau très froide. Les médecins légistes ont soupçonné un réflexe vagal extrême comme cause du décès, non pas un brain freeze classique, mais une réponse autonome incontrôlée dans un contexte de chaleur extrême et de prédisposition physiologique.

Cet événement, qui reste isolé, sert davantage à montrer la capacité du corps à réagir de manière drastique à des stimuli extrêmes qu’à susciter une inquiétude concernant les glaces ou les boissons froides.

Comment l’éviter ?

La bonne nouvelle, c’est que cette céphalée particulière peut être évitée grâce à quelques stratégies simples.

La stratégie la plus efficace consiste à manger ou à boire lentement. Lorsque nous ingérons des aliments froids à grande vitesse, le stimulus thermique au niveau du palais est trop brusque pour que le corps puisse le compenser à temps, ce qui déclenche la réponse douloureuse.

Il est également important d’éviter que les aliments dont la température est basse entrent en contact direct avec le palais supérieur, car cette zone est très vascularisée et proche du trajet du nerf trijumeau. Utiliser une paille, garder le liquide sur la langue avant d’avaler ou ne pas laisser la glace fondre trop rapidement dans la bouche peut aider.

Et si la douleur s’est déjà manifestée, il existe une astuce simple : appuyez votre langue contre le palais. Ce contact aide à rétablir la température et à soulager la gêne en quelques secondes.

Donc la prochaine fois qu’une cuillère de glace vous gèle le front, rappelez-vous : ce que vous ressentez n’est pas exagéré. Votre système nerveux est juste en train de tester une réaction que les scientifiques tentent encore de comprendre… et peut-être d’exploiter.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le « brain freeze » : d’où vient cette impression de gel du cerveau quand on consomme une glace ou une boisson très froide ? – https://theconversation.com/le-brain-freeze-dou-vient-cette-impression-de-gel-du-cerveau-quand-on-consomme-une-glace-ou-une-boisson-tres-froide-262544

Universités américaines : l’internationalisation devient-elle une ligne de défense ?

Source: The Conversation – in French – By Alessia Lefébure, Sociologue, membre de l’UMR Arènes (CNRS, EHESP), École des hautes études en santé publique (EHESP)

Ouvrir des campus à l’étranger peut-il devenir une stratégie pour les universités américaines désireuses d’échapper aux pressions politiques du locataire de la Maison Blanche ? Pas si sûr… Coûts cachés, standards académiques difficiles à maintenir, instabilité des pays hôtes : ces implantations sont bien plus fragiles qu’elles n’en ont l’air – et parfois tout simplement intenables.


Sous la pression croissante de l’administration Trump, certaines grandes universités américaines repensent leur stratégie internationale. Quand Columbia University (New York) accepte en juillet 2025 de modifier sa gouvernance interne, son code disciplinaire et sa définition de l’antisémitisme dans le cadre d’un accord extrajudiciaire, sans décision de justice ni loi votée, c’est bien plus qu’un règlement de litige. C’est un précédent politique. L’université new-yorkaise entérine ainsi un mode d’intervention directe de l’exécutif fédéral, hors du cadre parlementaire, qui entame l’autonomie universitaire sous couvert de rétablir l’ordre public sur le campus, en acceptant par exemple l’ingérence des forces de l’ordre fédérales pour le contrôle des étudiants internationaux.

Le même type de menace vise Harvard depuis quelque temps : restriction des visas étudiants internationaux, blocage potentiel de financements fédéraux, suspicion d’inaction face aux mobilisations étudiantes. Dans les deux cas, les plus éclatants et les plus médiatisés, l’administration fédérale a agi sans légiférer. Cette méthode « ouvre la voie à une pression accrue du gouvernement fédéral sur les universités », créant un précédent que d’autres établissements pourraient se sentir obligés de suivre.

Un redéploiement partiel à l’étranger

Un tel brouillage des repères juridiques transforme en profondeur un système universitaire que l’on croyait solide et protégé : celui des grandes institutions de recherche américaines. Désormais confrontées à une instabilité structurelle, ces universités envisagent une option qui aurait semblé incongrue il y a encore peu : se redéployer partiellement hors des États-Unis, moins par ambition conquérante que par volonté de sauvegarde.

Dans cette perspective, le transfert partiel à l’étranger, tactique pour certains, prémices d’une nouvelle stratégie pour d’autres, tranche par rapport aux dynamiques d’internationalisation des décennies passées. Georgetown vient de prolonger pour dix ans supplémentaires son implantation à Doha ; l’Illinois Institute of Technology prépare l’ouverture d’une antenne à Mumbai. Jadis portés par une ambition d’expansion, ces projets prennent aujourd’hui une tournure plus défensive. Il ne s’agit plus de croître, mais d’assurer la continuité d’un espace académique et scientifique stable, affranchi de l’arbitraire politique intérieur.

Pour autant, l’histoire récente invite à relativiser cette stratégie. Le Royaume-Uni post-Brexit n’a pas vu ses universités créer massivement des campus continentaux. Dans un contexte certes différent, la London School of Economics, pourtant pionnière en matière d’internationalisation, a renforcé ses partenariats institutionnels et doubles diplômes en France, mais a écarté le projet d’une implantation offshore. Les universités britanniques ont préféré affermir des réseaux existants plutôt que de déployer des structures entières à l’étranger, sans doute conscientes que l’université ne se déplace pas comme une entreprise.

La France en tête avec 122 campus à l’étranger

Les campus internationaux sont souvent coûteux, dépendants, fragiles. Le rapport Global Geographies of Offshore Campuses recense en 2020 bien 487 implantations d’établissements d’enseignement supérieur hors de leur pays d’origine. La France est en tête avec 122 campus à l’étranger, suivie par les États-Unis (105) et le Royaume-Uni (73).

Les principales zones d’accueil sont concentrées au Moyen-Orient et en Asie : les Émirats arabes unis (33 campus dont 29 à Dubaï), Singapour (19), la Malaisie (17), Doha (12) et surtout la Chine (67) figurent parmi les hubs les plus actifs. Pour le pays hôte, ces implantations s’inscrivent dans des stratégies nationales d’attractivité académique et de montée en gamme dans l’enseignement supérieur. Leur succès s’explique moins par des garanties de liberté académique que par des incitations économiques, fiscales et logistiques ciblées, ainsi que par la volonté des gouvernements locaux de positionner leur territoire comme pôle éducatif régional.

Le Golfe offre un contraste saisissant. Depuis plus de vingt ans, les Émirats arabes unis et le Qatar attirent des institutions prestigieuses : New York University (NYU), HEC, Cornell, Georgetown. Ces campus sont les produits d’une politique d’attractivité académique volontariste, soutenue par des États riches cherchant à importer du capital scientifique et symbolique. L’Arabie saoudite emboîte désormais le pas, avec l’annonce de l’ouverture du premier campus étranger d’une université américaine (University of New Haven) à Riyad d’ici 2026, visant 13 000 étudiants à l’horizon 2033.

En Asie du Nord-Est, aucun pays – Chine, Hongkong, Japon, Corée du Sud, Singapour – n’a envisagé d’accueillir un campus américain en réponse aux tensions récentes. En revanche, plusieurs cherchent à attirer les étudiants et doctorants affectés, notamment ceux de Harvard.

À Hongkong, des universités comme HKUST ou City University ont mis en place des procédures d’admission accélérées et assouplies. Tokyo, Kyoto ou Osaka proposent des bourses et exonérations de frais. Ces initiatives, qui relèvent d’une stratégie de substitution, s’appuient sur deux facteurs structurels : un investissement public soutenu dans l’enseignement supérieur et la présence d’un vivier scientifique asiatique considérable dans les universités américaines, facilitant les transferts. À ce titre, l’Asie-Pacifique apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux bénéficiaires potentiels du climat d’incertitude politique aux États-Unis.

Aux États-Unis, le signe d’un basculement discret

La carte des campus offshore révèle un paradoxe historique. Jusqu’à récemment, les universités du Nord global ouvraient des campus dans des pays où la liberté académique n’était pas nécessairement mieux garantie (Singapour, Émirats arabes unis, Malaisie, Chine, Qatar…), mais où elles trouvaient stabilité administrative, incitations financières et accès à des étudiants de la région. Il s’agissait d’une stratégie d’expansion, pas d’un repli, comme aujourd’hui, face à une incertitude politique croissante.

L’idée reste encore marginale, émise à voix basse dans quelques cercles dirigeants. Mais elle suffit à signaler un basculement discret : celui d’une institution qui commence à regarder au-delà de ses murs, moins par ambition que par inquiétude. Or, l’international n’est ni un sanctuaire ni un espace neutre : traversé par des souverainetés, des règles et des normes, il peut exposer à d’autres contraintes.

La Sorbonne Abu Dhabi, inaugurée en 2006, relève d’une logique inverse : une université française établie dans l’espace du Golfe, à l’invitation du gouvernement d’Abu Dhabi, dans un cadre contractuel et de coopération bilatéral qui réaffirme, dans la durée, la capacité de projection mondiale d’un modèle académique national. Cette initiative ne visait pas la protection d’un espace académique menacé : elle cristallisait au contraire une stratégie d’influence assumée, dans un environnement institutionnel contrôlé.

Rien de tel dans les réflexions américaines actuelles où la logique d’évitement domine. Pourtant, les impasses du redéploiement sont déjà bien connues.

Des implantations fragiles

Les campus délocalisés à l’étranger souffrent d’une faible productivité scientifique, d’une intégration académique partielle et de formes de désaffiliation identitaire chez les enseignants expatriés.

Philip G. Altbach, figure incontournable parmi les experts de l’enseignement supérieur transnational, pointe depuis longtemps la fragilité des modèles délocalisés ; l’expert britannique Nigel Healey a identifié des problèmes de gouvernance, d’adaptation institutionnelle et d’intégration des enseignants. L’exemple plus récent de l’Inde montre que nombre de campus étrangers peinent à dépasser le statut de vitrines, sans réelle contribution durable à la vie académique locale ni stratégie pédagogique solide.

À ces limites structurelles s’ajoute une question peu abordée ouvertement, mais décisive : qui paierait pour ces nouveaux campus délocalisés hors des États-Unis ? Un nouveau campus international représente un investissement considérable, qu’il s’agisse de bâtiments, de systèmes d’information, de ressources humaines ou d’accréditations. L’installation d’un site pérenne exige plusieurs centaines de millions de dollars, sans compter les coûts d’exploitation. Or, dans un contexte de tension budgétaire croissante, de baisse des investissements publics dans l’enseignement supérieur et de reterritorialisation des financements, il n’est pas aisé d’identifier les acteurs – qu’ils soient publics, philanthropiques ou privés – qui seraient prêts à soutenir des universités américaines hors de leur écosystème.

Lorsque NYU s’installe à Abu Dhabi ou Cornell à Doha, c’est avec le soutien massif d’un État hôte. Cette dépendance financière n’est pas sans conséquence. Elle expose à de nouvelles contraintes, souvent plus implicites, mais tout aussi efficaces : contrôle des contenus enseignés, orientation scientifique, sélection conjointe des enseignants, autocensure sur certains sujets sensibles. En d’autres termes, vouloir échapper à une pression politique par l’exil peut parfois exposer à une autre. La liberté académique déplacée n’est qu’un mirage, si elle repose sur un modèle de financement aussi précaire que politiquement conditionné.

Mobilité académique et liberté de recherche

Dans un rapport récent du Centre for Global Higher Education, le sociologue Simon Marginson met en garde contre une lecture trop instrumentale de la mobilité académique. Ce ne sont pas les emplacements, mais les contextes politiques, sociaux et culturels qui garantissent ou fragilisent la liberté universitaire. Le risque majeur est la dissolution du cadre démocratique qui permet encore à l’université de penser, de chercher et d’enseigner librement.

Face à ce déplacement des lignes, l’ouverture d’un campus à l’étranger ne peut être qu’un geste provisoire, une tentative incertaine dans un monde déjà traversé par d’autres formes d’instabilité.

Ce que l’enseignement supérieur affronte aujourd’hui, ce n’est pas seulement la menace d’un pouvoir politique national, mais la fragilisation de l’espace où peut encore s’exercer une pensée critique et partagée. Certains observateurs, comme l’historien Rashid Khalidi, y voient le signe d’un basculement plus profond : celui d’universités qui, cédant à la pression politique, deviennent des « lieux de peur », où la parole est désormais conditionnée par le pouvoir disciplinaire.

Le défi n’est pas seulement de préserver une liberté. C’est de maintenir une capacité d’agir intellectuellement, collectivement, au sein d’un monde qui en restreint les conditions.

The Conversation

L’auteure a travaillé entre 2011 et 2017 à Columbia University.

ref. Universités américaines : l’internationalisation devient-elle une ligne de défense ? – https://theconversation.com/universites-americaines-linternationalisation-devient-elle-une-ligne-de-defense-262569

Pourquoi mon téléphone ne sonne pas parfois ? Un expert répond

Source: The Conversation – in French – By Jairo Gutierrez, Professor, Department of Computer and Information Sciences, Auckland University of Technology

Une notification d’appel manqué sur l’écran du téléphone. (Tada Images)

J’éprouve un certain sentiment au creux de l’estomac lorsque j’attends un appel important. Vous savez de quoi il s’agit : un appel de votre patron, d’un nouvel employeur potentiel ou la nouvelle de l’accouchement imminent d’un être cher.

Dans ce genre de situation, j’ai l’habitude de fixer mon téléphone, en attendant qu’il sonne. Je m’assure — encore et encore — qu’il n’est pas en mode silencieux ou en mode « ne pas déranger ». Lorsque l’écran est hors de ma vue, je m’imagine entendre la sonnerie familière.

C’est alors qu’apparaît la notification d’appel manqué. Mais le téléphone n’a jamais sonné. Que s’est-il passé ?

Comment fonctionnent les appels mobiles ?

Lors d’un appel mobile sur les réseaux 4G ou 5G, l’appelant compose un numéro et son opérateur de réseau (Telstra ou OneNZ, par exemple) transmet la demande à l’appareil du destinataire.

Pour que cela fonctionne, les deux téléphones doivent être enregistrés auprès d’un sous-système multimédia IP — ou IMS — ce qui se produit automatiquement lorsque vous allumez votre téléphone. L’IMS est le système qui permet de combiner les appels vocaux, les messages et les communications vidéo.

Les deux téléphones doivent également être connectés à une antenne-relais 4G ou 5G. Le réseau de l’appelant envoie une invitation à l’appareil du destinataire, qui commence alors à sonner.

Ce processus est généralement très rapide. Mais au fur et à mesure que les générations de réseaux cellulaires ont évolué (vous vous souvenez de la 3G ?), devenant plus rapides et dotés d’une plus grande capacité, ils sont également devenus plus complexes, avec de nouveaux risques de dysfonctionnement.

Des pannes de téléphone aux « zones mortes »

Les téléphones mobiles utilisent la voix sur LTE (VoLTE) pour les réseaux 4G ou la voix sur la nouvelle radio (VoNR) pour la 5G. Ces technologies permettent de passer des appels vocaux sur ces deux types de réseaux et utilisent l’IMS mentionné ci-dessus.

Dans certains pays comme la Nouvelle-Zélande, si l’une ou l’autre de ces technologies n’est pas activée ou prise en charge par votre appareil (certains téléphones ont la VoLTE désactivée par défaut), celui-ci peut tenter de basculer sur le réseau 3G, qui a été désactivé en Australie en 2024 et qui est actuellement en cours de suppression progressive en Nouvelle-Zélande.


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Si cette bascule échoue ou est retardée, le téléphone du destinataire peut ne pas sonner ou tomber directement sur la messagerie vocale.

Il est également possible que votre téléphone n’ait pas réussi à s’enregistrer sur le réseau IMS. Dans ce cas, en raison d’un problème logiciel, d’un problème de carte SIM ou d’un problème de réseau, le téléphone ne reçoit pas le signal d’appel et ne sonne pas.

Viennent ensuite les problèmes de transfert. Chaque antenne-relais couvre une zone particulière et, si vous vous déplacez, votre appel sera pris en charge par l’antenne qui offre la meilleure couverture. Parfois, votre téléphone utilise la 5G pour les données et la 4G pour la voix ; si le transfert entre la 5G et la 4G est lent ou échoue, l’appel risque de ne pas sonner. Si la 5G est utilisée à la fois pour les données et la voix, on a recours à la VoNR, qui n’est pas encore très répandue et peut échouer.

Les applications mobiles posent d’autres problèmes potentiels. Par exemple, sur Android, les fonctions agressives d’économie de la batterie peuvent restreindre les processus d’arrière-plan, y compris l’application du téléphone, l’empêchant de répondre aux appels entrants. Les applications tierces telles que les bloqueurs d’appels, les outils antivirus ou même les applications de messagerie peuvent également interférer avec les notifications d’appels.

Enfin, si votre téléphone se trouve dans une zone de mauvaise réception, il se peut qu’il ne reçoive pas le signal d’appel à temps pour sonner. Ces « zones mortes » sont plus fréquentes que les opérateurs de télécommunications ne veulent l’admettre. J’habite au bout d’une longue allée dans une banlieue bien couverte d’Auckland, en Nouvelle-Zélande. Mais, selon l’endroit où je me trouve dans la maison, je rencontre encore des zones mortes et, souvent, les applications d’appels compatibles wifi font sonner le téléphone de manière plus fiable.

Page de réglage de la batterie affichée sur l’écran d’un téléphone portable
Les fonctionnalités d’économie de batterie sur les téléphones peuvent restreindre les processus en arrière-plan, y compris l’application téléphonique, l’empêchant de répondre aux appels entrants.
(ymgerman/Shutterstock)

Que puis-je faire pour résoudre ce problème ?

Si votre téléphone ne sonne pas fréquemment en 4G ou 5G, il y a plusieurs choses que vous pouvez faire :

  • assurez-vous que la fonction VolTE/VoNR est activée dans vos paramètres réseau

  • redémarrez votre téléphone et activez le mode avion pour réinitialiser la connexion au réseau

  • vérifiez les paramètres d’optimisation de la batterie et excluez l’application téléphonique que vous utilisez

  • contactez votre opérateur pour confirmer la prise en charge et le provisionnement de VoLTE/VoNR.

Mais en fin de compte, il arrive qu’un appel échoue, et il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire pour y remédier. Ce qui, oui, est ennuyeux. Mais cela signifie aussi que vous avez une excuse sûre, techniquement justifiée, pour rater un appel de votre patron.

La Conversation Canada

Jairo Gutierrez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi mon téléphone ne sonne pas parfois ? Un expert répond – https://theconversation.com/pourquoi-mon-telephone-ne-sonne-pas-parfois-un-expert-repond-259863

Comment les « feux zombies » dans les tourbières du Grand Nord affectent le changement climatique global

Source: The Conversation – in French – By Apostolos Voulgarakis, AXA Chair in Wildfires and Climate Director, Laboratory of Atmospheric Environment & Climate Change, Technical University of Crete

Les feux dans le Grand Nord affectent l’atmosphère partout sur Terre. S’ils sont rendus plus fréquents par le changement climatique, ils contribuent à l’accélérer, notamment en libérant le carbone stocké par les tourbières.


Comprendre comment les mégafeux influencent le climat de notre planète est un défi de taille. Bien que les incendies aient toujours existé, presque partout sur la planète, ils restent l’un des éléments les moins compris du système Terre.

Récemment, le nombre de mégafeux dans les régions boréales et arctiques a beaucoup augmenté, ce qui a encore avivé l’attention de la communauté scientifique sur ces zones dont le rôle dans le climat de notre planète reste mystérieux.

En effet, le changement climatique joue probablement un rôle majeur dans l’augmentation du nombre d’incendies en Arctique ; mais les feux de forêt dans les hautes latitudes ne sont pas seulement un symptôme du changement climatique. Ils constituent une force accélératrice qui pourrait façonner l’avenir de notre climat d’une manière que nous sommes incapables de prédire actuellement.

La menace croissante des incendies dans le Grand Nord

À mesure que les températures mondiales augmentent, les grands incendies progressent vers le nord et atteignent l’Arctique. Le Canada, l’Alaska, la Sibérie, la Scandinavie et même le Groenland ont tous récemment connu des saisons de mégafeux parmi les plus intenses et les plus longues jamais enregistrées.

Outre les incendies de forêt classiques qui détruisent la végétation de surface, de nombreux incendies dans les hautes latitudes brûlent la tourbe, une couche dense et riche en carbone composée de matière organique partiellement décomposée. Bien qu’elles ne couvrent que 3 % de la surface terrestre, les tourbières sont l’un des plus importants réservoirs de carbone au monde, contenant environ 25 % du carbone présent dans les sols de la planète.

De plus, le réchauffement climatique est encore plus rapide aux hautes latitudes qu’ailleurs sur Terre (au pôle Nord du moins) — un phénomène appelé « amplification polaire », qui augmente la vulnérabilité des écosystèmes nordiques aux incendies, avec des conséquences potentiellement graves pour le climat mondial.

En effet, lorsque les tourbières s’enflamment, elles libèrent d’énormes quantités de « carbone fossile » emprisonné depuis des siècles, voire des millénaires. Les feux de tourbière, qui sont les incendies les plus importants et les plus persistants sur Terre, peuvent couver pendant de longues périodes, sont difficiles à éteindre et peuvent continuer à brûler sous terre tout au long de l’hiver, pour se rallumer à la surface au printemps. Ils ont récemment été qualifiés de « feux zombies ».

Si les conditions plus chaudes et plus sèches induites par le changement climatique rendent les forêts boréales plus inflammables, on s’attend également à ce qu’elle augmente la fréquence et l’intensité des feux de tourbe, transformant potentiellement les tourbières de puits de carbone (qui absorbent et stockent le carbone contenu dans l’atmosphère) en sources nettes d’émissions de gaz à effet de serre.




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Un tel changement pourrait déclencher une « boucle de rétroaction », c’est-à-dire qu’un réchauffement climatique entraînerait davantage d’émissions de carbone, qui à leur tour accéléreraient le changement climatique.

Les mégafeux affectent la santé humaine, entre stress, deuil, et pollution

Les mégafeux dégagent aussi de grandes quantités de particules de fumée dans l’atmosphère sous forme d’aérosols, contribuant de manière significative à la dégradation de la qualité de l’air à l’échelle locale et régionale. Ces particules sont nocives pour la santé humaine et peuvent provoquer de graves problèmes respiratoires et cardiovasculaires, tandis qu’une exposition prolongée peut entraîner un stress important, des hospitalisations et une augmentation de la mortalité. Les incendies sont également la cause de troubles mentaux liés aux pertes de proches, d’un foyer, de moyens de subsistance ou aux évacuations.

L’impact sur les conditions météorologiques à travers le monde est ressenti à court terme

Au-delà de leurs effets à long terme sur le climat, les émissions des mégafeux peuvent également influencer les conditions météorologiques à plus court terme par leur impact sur les niveaux de pollution atmosphérique. Les particules de fumée interagissent avec la lumière du soleil et les processus de formation des nuages, affectant par la suite les températures, les régimes des vents et les précipitations.

Par exemple, nous avons récemment démontré, sur les impacts atmosphériques à grande échelle des incendies, que les aérosols issus des incendies au Canada en 2023 ont entraîné une baisse de la température de l’air en surface qui s’est étendue à tout l’hémisphère nord. Le refroidissement a été particulièrement prononcé au Canada (jusqu’à -5,5 °C en août), où se situaient les émissions, mais il a également été significatif dans des régions éloignées telles que l’Europe de l’Est et même la Sibérie (jusqu’à environ -2,5 °C en juillet).

L’anomalie moyenne de la température hémisphérique que nous avons calculée (proche de -1 °C) souligne le potentiel des émissions régionales importantes provenant des mégafeux à perturber les conditions météorologiques pendant des semaines sur tout un hémisphère, avec des implications profondes pour les prévisions.

Un effet peu intuitif de ces perturbations est qu’ils impactent la fiabilité des prévisions météorologiques. Des prévisions peu fiables peuvent perturber les activités quotidiennes et présenter des risques pour la sécurité publique, en particulier lors d’événements extrêmes tels que les vagues de chaleur ou les tempêtes. Elles ont également de graves conséquences pour des secteurs tels que l’agriculture, la pêche et les transports, où la planification dépend fortement de prévisions précises et opportunes.

Les effets méconnus des feux de tourbe sur le climat

Bien qu’il soit essentiel d’intégrer les rétroactions des feux de tourbières dans les modèles du système Terre pour obtenir des projections climatiques précises (la plupart des modèles existants ne prennent pas en compte les feux de tourbières).

Il est donc primordial de comprendre le comportement de combustion lente des sols organiques, leur inflammabilité et la manière dont ces processus peuvent être représentés à l’échelle mondiale.

Les efforts de recherche récents visent à combler cette lacune. Par exemple, à l’Université technique de Crète, nous collaborons avec le groupe de recherche Hazelab de l’Imperial College London et le Leverhulme Centre for Wildfires, Environnement et Société afin de mener des recherches sur le terrain et des expériences de pointe sur la combustion lente de la tourbe, dans le but de mieux comprendre les mécanismes complexes des feux de tourbe.

L’intégration de ces résultats de laboratoire dans les modèles numériques du système Terre doit permettre de modéliser les émissions de feux de manière plus précise, ce qui pourrait modifier nos prévisions du climat futur sur Terre.

En quantifiant comment les feux de forêts boréales et de tourbières affectent aujourd’hui l’atmosphère, nous devrions être en mesure d’améliorer la qualité des projections de l’augmentation de la température globale moyenne, mais aussi d’affiner les prévisions des impacts climatiques régionaux liés aux aérosols, tels que les changements de régime pluviométrique ou l’accélération de la fonte des glaces en Arctique.

Relever le défi des feux dans le Grand Nord

Il ne fait aucun doute que nous sommes entrés dans une ère où les mégafeux sont plus fréquents et ont des conséquences catastrophiques. Les incendies récents dans les régions boréales et arctiques révèlent un changement radical dans la nature des feux de forêt aux hautes latitudes, ce qui nécessite une attention et une action urgente.

À mesure que la planète continue de se réchauffer, les incendies dans les hautes latitudes devraient contribuer à façonner l’avenir de notre planète. Les incendies de forêt massifs, tels que ceux qui ont ravagé le Canada en 2023, ont non seulement brûlé des millions d’hectares, mais ont également contraint des centaines de milliers de personnes à évacuer leurs maisons. Des quantités sans précédent de fumée ont recouvert certaines régions d’Amérique du Nord d’un brouillard toxique, entraînant la fermeture d’écoles, l’émission d’alertes sanitaires et obligeant les citoyens à rester chez eux pendant plusieurs jours. De tels événements reflètent une tendance croissante. Ils soulignent pourquoi il est non seulement impératif sur le plan scientifique, mais aussi moralement responsable, de faire progresser la recherche afin de mieux comprendre et prévoir la dynamique des feux de tourbières et de forêts dans le nord, et d’atténuer leurs impacts climatiques globaux.


Créé, en 2007, pour aider à accélérer et à partager les recherches scientifiques sur des enjeux sociaux majeurs, le Fonds d’Axa pour la recherche soutient près de 700 projets dans le monde mené par des chercheurs issus de 38 pays. Pour en savoir plus, visiter le site ou bien sa page LinkedIn.

The Conversation

Dimitra Tarasi a reçu des financements de la chaire AXA Wildfires and Climate, du Leverhulme Centre for Wildfires, Environment and Society et de la A.G. Leventis Foundation Educational Grants.

Apostolos Voulgarakis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment les « feux zombies » dans les tourbières du Grand Nord affectent le changement climatique global – https://theconversation.com/comment-les-feux-zombies-dans-les-tourbieres-du-grand-nord-affectent-le-changement-climatique-global-260605

Rétention des mineurs à Mayotte : la loi qui inquiète juristes et associations

Source: The Conversation – France in French (3) – By Florian Aumond, Maître de conférences en droit public, Université de Poitiers

Le 10 juillet dernier, la loi de programmation pour la refondation de Mayotte a été définitivement adoptée par le Sénat. Si ce texte comprend un volet social, l’un de ses articles organise la création de lieux où pourront être enfermés des mineurs étrangers. Une pratique pourtant en principe interdite par le droit français.


Adopté définitivement par le Sénat le jeudi 10 juillet 2025, le projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte s’inscrit dans le processus législatif engagé à la suite des dommages causés par le cyclone Chido, qui avait ravagé l’île dans la nuit du 13 au 14 décembre 2024. Ce nouveau texte affirme « l’ambition de la France pour le développement de Mayotte », à travers une série de mesures structurelles.

La loi couvre des domaines variés, comme l’encadrement de l’habitat illégal, la convergence accélérée vers le droit commun des prestations sociales, ou encore la modification du mode de scrutin applicable à Mayotte. Mais ce texte approfondit également la dérogation au droit commun en matière d’immigration, inscrit dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) – pourtant en vigueur à Mayotte depuis 2014.

Le titre II de la loi, intitulé « Lutter contre l’immigration clandestine et l’habitat illégal », introduit ainsi une série de dispositions qui durcissent substantiellement les conditions de séjour des personnes étrangères à Mayotte. Deux titres de séjour « vie privée et familiale » se voient fortement limités : ils étaient jusqu’ici perçus comme permettant la régularisation d’un trop grand nombre d’étrangers. Désormais, l’accès à ces titres de séjour sera soumis à la condition d’être entré régulièrement sur le territoire et à une résidence à Mayotte depuis au moins sept ans pour les titres délivrés en raison des « liens personnels et familiaux ».

Le texte prévoit en outre des dispositions relatives à la lutte contre les reconnaissances frauduleuses de paternité et de maternité, ainsi qu’un chapitre sur la lutte contre l’immigration irrégulière. C’est au sein de ce dernier que se trouve une disposition significative de cette loi. Inscrite à l’article 14, elle porte sur la création de lieux de rétention « spécialement adaptés à la prise en charge des besoins de l’unité familiale ».

À l’instar des autres dispositions relatives aux droits des étrangers, la perspective de création de nouveaux centres de rétention « familiaux » a suscité de vives critiques dès la présentation du projet de loi. De nombreuses voix, notamment associatives, ont souligné la violation par cette mesure du principe d’intérêt supérieur de l’enfant. Il s’agit pourtant d’un pilier du régime juridique de protection des droits de l’enfant, depuis sa consécration par la Convention internationale sur le sujet, en 1989.

Pour Unicef France,

« la création prévue d’unités familiales […] ne (fait) que perpétuer une logique d’enfermement des familles avec enfants, alors que la fin de l’enfermement administratif des enfants était initialement prévue en 2027. »

La « zone d’attente », une fiction juridique qui permet l’enfermement des mineurs

Pour comprendre la réaction d’Unicef France, il convient de rappeler le cadre juridique actuel en matière de privation de liberté des personnes étrangères.

Le droit français distingue deux régimes : la rétention administrative concerne les étrangers déjà présents sur le territoire français et permet à l’administration d’exécuter une décision d’éloignement ; la « zone d’attente », quant à elle, ne s’applique qu’aux étrangers non admis sur le territoire français, arrivés par voie ferroviaire, maritime ou aérienne.

Cette « zone d’attente » s’apparente à une fiction juridique. Elle permet en effet de considérer qu’un étranger physiquement sur le territoire français n’y est pas juridiquement présent. Une telle fiction comporte des conséquences majeures pour les mineurs étrangers, car s’il n’est pas possible d’édicter une mesure d’éloignement à leur encontre. Il est en revanche tout à fait autorisé de leur interdire l’entrée sur le territoire, les contraignant ainsi à retourner dans leur pays d’origine ou dans le dernier pays par lequel ils ont transité.

Les zones d’attente sont donc des sas permettant de mettre en œuvre ces mesures. Celles-ci sont non seulement susceptibles de concerner les mineurs accompagnants – souhaitant entrer en France avec leur famille ou un adulte référent –, mais également les mineurs non accompagnés.

La loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration a enregistré une avancée significative par rapport à cette situation en consacrant l’interdiction générale de placer les mineurs en rétention, y compris lorsqu’ils accompagnent un adulte. L’article L.741-5 du Ceseda, inséré par la loi de janvier 2024, dispose désormais expressément que

« l’étranger mineur de 18 ans ne peut faire l’objet d’une décision de placement en rétention ».

Toutefois, l’entrée en vigueur de cette disposition a été repoussée pour Mayotte au 1er janvier 2027 en raison, selon le ministre de l’intérieur, « des spécificités de ce territoire – les mineurs rest(ant) moins de quarante-huit heures en moyenne dans le centre de rétention administrative de Mayotte, voire moins d’une journée » et, plus généralement, en raison des « difficultés particulières qui se posent sur ce territoire ».

La première justification ne convainc guère, si l’on constate que la durée de maintien en rétention n’est pas spécifiquement courte à Mayotte : elle est même souvent moindre dans l’Hexagone. Pour ce qui est des conditions spécifiques à Mayotte, s’il est indéniable que l’île connaît un contexte migratoire particulier, rien ne permet d’assurer que déroger au droit commun en enfermant des mineurs en migration y apportera une quelconque solution.

La France a déjà été condamnée pour l’enfermement de mineurs par la justice européenne

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’article 14 de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte. Il déroge à l’interdiction de placer en rétention un étranger mineur en introduisant de nouveaux lieux : des unités familiales « spécialement aménagées et adaptées », qui devront garantir « aux membres de la famille une intimité adéquate, dans des conditions qui tiennent compte de l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Le gouvernement justifie la mesure par le fait qu’elle permettrait de « maintenir les capacités opérationnelles d’éloignement de ce public », c’est-à-dire les familles avec enfants.

Malgré les précautions terminologiques, ces « unités familiales » constituent bien des lieux de rétention administrative, ainsi qu’il ressort expressément de l’exposé des motifs de la loi, dans lequel le ministre des outre-mer évoque « une [unité familiale pour la rétention des mineurs] ». Leur création va donc à rebours des engagements pris par le gouvernement dans la loi de janvier 2024, qui en consacrait une interdiction générale. Ces engagements visaient à aligner le droit français avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), laquelle a déjà condamné à 11 reprises la France pour des situations de privation de liberté de mineurs en migration.

Le gouvernement a pris des mesures pour éviter que ce texte ne lui vaille de nouvelles condamnations par la CEDH. À la suite de l’avis du Conseil d’État relatif au projet de loi, il a été précisé que le placement en rétention des mineurs ne pouvait excéder une durée de 48 heures. Il est en effet connu que la CEDH retient la durée de la rétention parmi les critères pris en compte afin de conclure à la violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, relatif à l’interdiction de la torture et des peines et traitements inhumains ou dégradants.

Elle s’appuie cependant également sur l’âge des personnes enfermées, et les conditions du maintien en centre de rétention administrative (CRA), où sont retenues les personnes migrantes en situation irrégulière. Or, dans un rapport remis en 2023, le contrôleur général des lieux de privation de liberté dénonçait les conditions qui prévalent dans le CRA de Mayotte – situé à Pamandzi –, notamment les difficultés d’accès à l’eau, le maintien des lumières allumées toute la nuit, l’état et l’insuffisance des sanitaires ou l’impossibilité de changer de vêtements.

Une mesure en contradiction avec toutes les recommandations des associations et des organisations internationales

La création de ces nouveaux lieux d’enfermement entre, par ailleurs, en totale contradiction avec les avis de différentes institutions et autorités indépendantes, comme le défenseur des droits, la commission nationale consultative des droits de l’homme, ou encore le contrôleur général des lieux de privation de liberté, toutes ayant rappelé que la rétention – même temporaire et aménagée – compromet le développement psychique et affectif de l’enfant.

Le défenseur des droits a ainsi mis en avant que « la place d’un enfant n’est pas dans un lieu d’enfermement, fût-il conçu pour accueillir des familles ».

La France va également à l’encontre des recommandations du Comité des droits de l’homme des Nations unies, qui l’a appelée à réexaminer les régimes dérogatoires en matière d’immigration dans les territoires ultramarins et à « accélérer l’extension de l’interdiction de la rétention administrative des mineurs à Mayotte ».

Saisi le 16 juillet 2025 par le premier ministre et plus de soixante députés, le Conseil constitutionnel devra se prononcer dans un délai d’un mois sur la conformité de ces dispositions avec les droits fondamentaux garantis par la Constitution.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Rétention des mineurs à Mayotte : la loi qui inquiète juristes et associations – https://theconversation.com/retention-des-mineurs-a-mayotte-la-loi-qui-inquiete-juristes-et-associations-261611

Le changement climatique aggrave le fardeau de la dette africaine : de nouveaux contrats de dette pourraient aider

Source: The Conversation – in French – By Magalie Masamba, Extraordinary lecturer at the Centre for Human Rights, University of Pretoria

De nombreux pays africains croulent sous le poids de la dette. Le changement climatique aggrave encore la situation. L’Afrique contribue le moins aux émissions mondiales, mais souffre le plus des phénomènes météorologiques extrêmes, de la hausse des températures et de la sécheresse. Ces catastrophes affectent non seulement les moyens de subsistance des populations, mais aussi les recettes nationales, rendant le remboursement de la dette plus difficile. Or, les contrats de dette traditionnels ne prennent pas en compte cette réalité.

Le lien entre la dette et le climat devient de plus en plus indéniable. À mesure que les catastrophes liées au climat s’aggravent, les pays endettés disposent de moins de ressources publiques pour protéger leurs écosystèmes naturels et investir dans la santé et l’éducation.

Lorsque des pays consacrent davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’à la santé ou à la résilience climatique, ce n’est pas seulement un signe de défaillance du système, c’est une injustice. C’est la réalité à laquelle sont confrontés aujourd’hui de nombreux pays africains.




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La dette publique en Afrique subsaharienne a atteint environ 1 150 milliards de dollars en 2023. De plus en plus de remboursements vont à des créanciers privés. Certains gouvernements dépensent désormais plus pour payer les intérêts que pour l’éducation ou l’eau potable.

Dans le cadre de la recherche de solutions à ce problème, mes récentes recherches ont examiné si les instruments de dette conditionnelle de l’État pouvaient constituer une piste utile.

Les instruments de dette conditionnelle de l’État sont généralement garantis par des banques de développement ou des bailleurs de fonds pour le climat. Ils sont liés à des chocs prédéfinis qui affectent l’économie d’un pays. Il peut s’agir d’une baisse de la production économique (produit intérieur brut) qui réduit les recettes publiques. D’autres chocs peuvent être dûs à des phénomènes météorologiques extrêmes et au changement climatique, qui perturbent l’activité économique et augmentent les dépenses nécessaires pour reconstruire les infrastructures, entre autres. Ces chocs peuvent réduire la capacité d’un gouvernement à rembourser ses dettes.

Lorsque de tels chocs se produisent, les instruments de dette conditionnelle de l’État permettent de réduire, de suspendre ou d’ajuster temporairement le remboursement de la dette, aidant ainsi les pays à éviter le défaut de paiement tout en se concentrant sur la reprise.

Chaque instrument de dette conditionnelle à la situation de l’État est structuré différemment, mais l’objectif fondamental reste le même : donner aux pays une marge de manœuvre financière lorsqu’ils sont confrontés à des chocs externes tels que des catastrophes climatiques ou des ralentissements économiques.




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Ils sont déjà utilisés dans certains pays. On peut citer, par exemple, les obligations catastrophe de la Jamaïque, qui prévoient la suspension des remboursements en cas d’ouragan, ainsi que les obligations liées à la durabilité du Rwanda, destinées à mobiliser des capitaux privés pour soutenir ses objectifs climatiques. Un autre exemple est l’obligation liée au produit intérieur brut (si le PIB d’un pays diminue pendant une crise, les remboursements sont réduits).

En théorie, ces instruments pourraient alléger la pression financière lorsque les pays ont le plus besoin d’aide. Cela permettrait aux gouvernements de donner la priorité aux populations et à la planète plutôt qu’aux créanciers.

Je suis expert juridique et politique spécialisé dans la dette souveraine (le montant emprunté par un gouvernement), le financement de la lutte contre le changement climatique et la gouvernance économique mondiale. J’ai examiné plusieurs types d’instruments de dette conditionnels, analysé des rapports officiels et consulté des publications universitaires et politiques afin de déterminer comment ceux-ci pourraient fonctionner pour les pays africains.




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Mes recherches ont montré que si certains pays ont obtenu des résultats mitigés avec ce type de contrats de dette, d’autres ont rencontré des difficultés. Il s’agit notamment de litiges concernant les conditions de déclenchement (les événements spécifiques qui activent les modifications des conditions de remboursement, comme une catastrophe naturelle ou un choc économique) et les primes élevées exigées par les bailleurs de fonds.

La faible notation de crédit de nombreux pays africains rend également les prêteurs réticents à conclure ce type de contrats.

Mes conclusions suggèrent que, bien que ces instruments soient prometteurs, ils ne constituent pas une solution automatique au problème actuel du remboursement de la dette. Néanmoins, s’ils sont mis en place de manière juridiquement irréprochable, ils pourraient constituer un élément précieux d’un système financier plus juste et plus résilient, en particulier s’ils sont associés à un allègement de la dette et à des règles multilatérales plus équitables.

La présidence sud-africaine du G20 : une opportunité

En tant que pays exerçant la présidence du G20, l’Afrique du Sud peut porter la voix du continent pour exprimer l’urgence d’une architecture financière plus équitable. L’Afrique du Sud devrait promouvoir un cadre multilatéral pour le rééchelonnement de la dette souveraine. Il s’agit d’un processus par lequel un pays restructure ou renégocie sa dette publique avec ses créanciers lorsqu’il n’est plus en mesure de respecter ses obligations de remboursement.

Un tel cadre devrait inclure tous les créanciers et tous les débiteurs. Son objectif devrait être de restructurer rapidement la dette et de veiller à ce que les pays ne s’endettent pas au point de ne plus pouvoir investir pour se protéger contre les catastrophes climatiques.

L’Afrique du Sud a mis en place le Groupe d’experts du G20 Groupe d’experts africains pour relever les défis liés à la dette. Dans le but de rationaliser les programmes de financement climatique et de restructuration de la dette souveraine, le groupe peut faire pression pour que des instruments de dette conditionnelle et d’autres outils de dette plus équitables soient mis à l’essai.

L’expert en gouvernance économique mondiale Danny Bradlow et le chercheur Kesaobaka N. Mopipi ont également suggéré que le groupe d’experts doit identifier les obstacles qui empêchent les pays africains d’accéder à des financements abordables, prévisibles et axés sur le développement. L’Afrique du Sud devrait également travailler avec l’Union africaine afin de présenter une position africaine unifiée lors des grands sommets mondiaux. Il s’agit notamment de la COP30 et de la Quatrième Conférence internationale sur le financement du développement. Cela contribuerait également à garantir que les programmes africains en matière de dette, de développement et de financement de la lutte contre le changement climatique ne soient pas traités de manière isolée, mais comme des défis étroitement liés nécessitant des solutions intégrées.

L’Afrique du Sud devrait saisir cette occasion. La présidence du G20 est plus que symbolique. Il s’agit d’une plateforme permettant de remettre en question des normes obsolètes et de mener la charge vers un système mondial de dette au service des populations, de la planète et des générations futures.

Que faire maintenant ?

Tout d’abord, la conception est importante. Les instruments de dette conditionnels à l’État doivent être équitables, transparents et adaptés aux besoins des pays. Des règles claires doivent automatiquement s’appliquer lorsque certaines conditions sont remplies, par exemple lorsqu’un pays est frappé par une catastrophe climatique. Ces règles doivent être faciles à appliquer et alignées sur les plans climatiques et de développement de chaque pays.

Il est également important que les indicateurs clés, tels que le produit intérieur brut, reflètent fidèlement les réalités locales. Dans de nombreux pays africains, une part importante de l’activité économique se déroule dans le secteur informel. Celle-ci est souvent sous-estimée dans les statistiques officielles. Plus important encore, les gouvernements africains devraient prendre l’initiative de définir la conception des nouveaux instruments de dette afin de s’assurer qu’ils soutiennent véritablement les priorités nationales et n’aggravent pas les risques futurs.

Deuxièmement, un soutien technique est essentiel. Il est nécessaire d’investir dans les capacités techniques, l’expertise juridique et la coordination intersectorielle afin de garantir le bon fonctionnement de ces instruments de dette. Les institutions multilatérales, telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et d’autres banques régionales de développement, ainsi que d’autres partenaires de développement, doivent appuyer les efforts des gouvernements pour renforcer ces capacités.

Enfin, la convergence des enjeux liés à la dette, au climat et à la conservation en Afrique exige des solutions créatives, justes et tournées vers l’avenir. Toute solution durable en matière de dette doit reconnaître que l’Afrique en particulier, et les pays du Sud en général, ne doivent pas supporter le coût d’une crise climatique qu’ils n’ont pas causée. Les systèmes internationaux de dette doivent être profondément réformés pour devenir plus équitables, transparents et adaptés aux réalités des économies menacées par le changement climatique.

The Conversation

Magalie Masamba does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le changement climatique aggrave le fardeau de la dette africaine : de nouveaux contrats de dette pourraient aider – https://theconversation.com/le-changement-climatique-aggrave-le-fardeau-de-la-dette-africaine-de-nouveaux-contrats-de-dette-pourraient-aider-262567

Soulignons, sans état d’âme, nos progrès d’adaptation depuis la canicule de 2003

Source: The Conversation – in French – By François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris – PSL

Depuis 2003, l’Europe a réalisé des progrès conséquents dans l’adaptation aux vagues de chaleur : en proportion, on meurt moins, même si les températures sont plus élevées. Et demain ?


La chaleur tue : on a recensé plusieurs centaines de décès à Paris ainsi que dans d’autres grandes capitales européennes lors de la canicule de mi-juin à début juillet 2025. Le nombre de morts aurait triplé par rapport à la normale du fait du changement climatique, selon une estimation réalisée par des chercheurs britanniques.

Ces chiffres font peur. Ils masquent cependant les grands progrès réalisés pour limiter notre vulnérabilité face à la multiplication des vagues de chaleur. La chaleur tue mais de moins en moins, grâce à nos actions individuelles et collectives d’adaptation. Il faut s’en féliciter, et non l’ignorer.

Les données d’observation de mortalité par les agences sanitaires n’étant pas encore disponibles, le calcul qui précède repose sur des modèles et des méthodes, connus des spécialistes. La plupart sont désormais suffisamment au point pour rendre compte en confiance de leurs résultats sur les progrès de l’adaptation.

La canicule de 2003, ou l’Année zéro

Commençons notre examen en prenant pour point de repère la canicule de 2003 en France. Cet été-là le pays a connu une véritable hécatombe : près de 15 000 décès en excès.

En contrecoup, les pouvoirs publics ont décidé toute une série d’actions préventives pour protéger la population des grandes chaleurs : mise en place d’un système d’alerte annonçant les canicules, campagnes d’information auprès du public sur les façons de se protéger, formation du personnel de santé, ouverture d’espaces climatisés dans les maisons de retraite et les services hospitaliers, etc.

Quelques années plus tard, une équipe regroupant des chercheurs de l’Inserm, de Météo France et de Santé publique France s’est demandé si ces mesures avaient bien été suivies d’effet. À partir d’un modèle reliant mortalité et températures observées en France sur vingt-cinq ans, ils ont estimé que la canicule de l’été 2006 s’était traduite par une baisse de plus de moitié du nombre de décès en excès.

Ce progrès ne peut pas, bien sûr, être imputé aux seules actions publiques. La canicule de 2003 a été à l’origine d’une prise de conscience généralisée des méfaits de la chaleur, de changement des comportements individuels et d’achat d’appareils de rafraîchissement, tels que ventilateurs et climatiseurs, mais aussi d’équipements plus innovants apparus plus tard sur le marché, comme les rafraîchisseurs d’air ou les pompes à chaleur réversibles.

Attention, le frigidaire distributeur de glaçons ne fait pas partie de cette panoplie ! En cas de fortes températures, il faut éviter de boire de l’eau glacée pour se rafraîchir. Elle ralentit la sudation, mécanisme fondamental de l’organisme pour lutter contre la chaleur.

Pourquoi il est délicat de comparer 2022 et 2003

L’été 2022 a constitué la seconde saison la plus chaude jamais enregistrée dans l’Hexagone. Le nombre de décès en excès a été toutefois cinq fois moindre que celui de 2003, mais on ne sait pas précisément quelle part de cette baisse est simplement due à des conditions caniculaires un peu moins défavorables.

La comparaison 2003/2022 est tout aussi délicate au niveau européen. On dispose bien, à cette échelle, de travaux d’estimation de la surmortalité en lien avec la chaleur aux deux dates, mais ils reposent sur des méthodes différentes qui rendent leurs résultats peu comparables : 74 483 décès pour la canicule de 2003 en Europe contre 61 672 morts lors de la canicule de 2022.

En effet, le premier chiffre mesure des décès en excès par rapport à une période de référence, tandis que le second découle de l’application d’une méthode épidémiologique. Celle-ci, plus sophistiquée, mais aussi plus rigoureuse, consiste à estimer pour une ville, une région ou un pays, le risque de mortalité relatif en fonction de la température, à tracer une « courbe exposition-réponse », selon le jargon des spécialistes.

Pour l’Europe entière, le risque est le plus faible autour de 17 °C à 19 °C, puis grimpe fortement au-delà. Connaissant les températures journalières atteintes les jours de canicule, on en déduit alors le nombre de décès associés à la chaleur.

Quelles canicules en Europe à l’horizon 2050 ?

Résumé ainsi, le travail paraît facile. Il exige cependant une myriade de données et repose sur de très nombreux calculs et hypothèses.

C’est cette méthode qui est employée pour estimer la surmortalité liée aux températures que l’on rencontrera d’ici le milieu ou la fin de ce siècle, en fonction, bien sûr, de différentes hypothèses de réchauffement de la planète. Elle devrait par exemple être décuplée en Europe à l’horizon 2100 dans le cas d’un réchauffement de 4 °C.

Ce chiffre est effrayant, mais il ne tient pas compte de l’adaptation à venir des hommes et des sociétés face au réchauffement. Une façon de la mesurer, pour ce qui est du passé, consiste à rechercher comment la courbe exposition-réponse à la température se déplace dans le temps. Si adaptation il y a, on doit observer une mortalité qui grimpe moins fortement avec la chaleur qu’auparavant.

C’est ce qui a été observé à Paris en comparant le risque relatif de mortalité à la chaleur entre la période 1996-2002 et la période 2004-2010. Aux températures les plus élevées, celles du quart supérieur de la distribution, le risque a diminué de 15 %.

Ce chiffre ne semble pas très impressionnant, mais il faut savoir qu’il tient uniquement compte de la mortalité le jour même où une température extrême est mesurée. Or, la mort associée à la chaleur peut survenir avec un effet de retard qui s’étend à plusieurs jours voire plusieurs semaines.

La prise en compte de cet effet diminue encore le risque entre les deux périodes : de 15 % à 50 %. Cette baisse de moitié est plus forte que celle observée dans d’autres capitales européennes comme Athènes et Rome. Autrement dit, Paris n’est pas à la traîne de l’adaptation aux canicules.

De façon générale et quelle que soit la méthode utilisée, la tendance à une diminution de la susceptibilité de la population à la chaleur se vérifie dans nombre d’autres villes et pays du monde développé. L’adaptation et la baisse de mortalité qu’elle permet y est la règle.

La baisse de la mortalité en Europe compensera-t-elle l’augmentation des températures ?

C’est une bonne nouvelle, mais cette baisse de la surmortalité reste relative. Si les progrès de l’adaptation sont moins rapides que le réchauffement, il reste possible que le nombre de morts en valeur absolue augmente. En d’autres termes, la mortalité baisse-t-elle plus vite ou moins vite que le réchauffement augmente ?

Plus vite, si l’on s’en tient à l’évolution observée dans dix pays européens entre 1985 et 2012. Comme ces auteurs l’écrivent :

« La réduction de la mortalité attribuable à la chaleur s’est produite malgré le décalage progressif des températures vers des plages de températures plus chaudes observées au cours des dernières décennies. »

En sera-t-il de même demain ? Nous avons mentionné plus haut un décuplement en Europe de la surmortalité de chaleur à l’horizon 2100. Il provient d’un article paru dans Nature Medicine qui estimait qu’elle passerait de 9 à 84 décès attribuables à la chaleur par tranche de 100 000 habitants.

Mais attention : ce nombre s’entend sans adaptation aucune. Pour en tenir compte dans leurs résultats, les auteurs de l’article postulent que son progrès, d’ici 2100, permettra un gain de mortalité de 50 % au maximum.

Au regard des progrès passés examinés dans ce qui précède, accomplis sur une période plus courte, une réduction plus forte ne semble pourtant pas hors de portée.

Surtout si la climatisation continue de se développer. Le taux d’équipement d’air conditionné en Europe s’élève aujourd’hui à seulement 19 %, alors qu’il dépasse 90 % aux États-Unis. Le déploiement qu’il a connu dans ce pays depuis un demi-siècle a conduit à une forte baisse de la mortalité liée à la chaleur.

Une moindre mortalité hivernale à prendre en compte

Derrière la question de savoir si les progrès futurs de l’adaptation permettront de réduire la mortalité liée à la chaleur de plus de 50 % en Europe, d’ici 2100, se joue en réalité une autre question : la surmortalité associée au réchauffement conduira-t-elle à un bilan global positif ou bien négatif ?

En effet, si le changement climatique conduit à des étés plus chauds, il conduit aussi à des hivers moins rudes – et donc, moins mortels. La mortalité associée au froid a été estimée en 2020 à 82 décès par 100 000 habitants. Avec une élévation de température de 4 °C, elle devrait, toujours selon les auteurs de l’article de Nature Medicine, s’établir à la fin du siècle à 39 décès par 100 000 personnes.

Si on rapporte ce chiffre aux 84 décès par tranche de 100 000 habitants liés à la chaleur, cités plus haut, on calcule aisément qu’un progrès de l’adaptation à la chaleur de 55 % suffirait pour que la mortalité liée au froid et à la chaleur s’égalisent. Le réchauffement deviendrait alors neutre pour l’Europe, si l’on examine la seule mortalité humaine liée aux températures extrêmes.

Mais chacun sait que le réchauffement est aussi à l’origine d’incendies, d’inondations et de tempêtes mortelles ainsi que de la destruction d’écosystèmes.

Sous cet angle très réducteur, le réchauffement serait même favorable, dès lors que le progrès de l’adaptation dépasserait ce seuil de 55 %. Si l’on ne considère que le cas de la France, ce seuil est à peine plus élevé : il s’établit à 56 %.

Des conclusions à nuancer

La moindre mortalité hivernale surprendra sans doute le lecteur, plus habitué à être informé et alarmé en période estivale des seuls effets sanitaires négatifs du réchauffement. L’idée déroutante que l’élévation des températures en Europe pourrait finalement être bénéfique est également dérangeante. Ne risque-t-elle pas de réduire les motivations et les incitations des Européens à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre ?

C’est peut-être cette crainte qui conduit d’ailleurs les auteurs de l’article de Nature Medicine à conclure que :

« La mortalité nette augmentera substantiellement si l’on considère les scénarios de réchauffement les plus extrêmes et cette tendance ne pourra être inversée qu’en considérant des niveaux non plausibles d’adaptation. »

Notons également que ces perspectives concernent ici l’Europe. Dans les pays situés à basse latitude, la surmortalité liée aux températures est effroyable. Leur population est beaucoup plus exposée que la nôtre au changement climatique ; elle est aussi plus vulnérable avec des capacités d’adaptation qui sont limitées par la pauvreté.

À l’horizon 2100, la mortalité nette liée aux températures est estimée à plus de 200 décès pour 100 000 habitants en Afrique sub-saharienne et à près de 600 décès pour 100 000 habitants au Pakistan.

Concluons qu’il ne faut pas relâcher nos efforts d’adaptation à la chaleur en Europe, quitte à ce qu’ils se soldent par un bénéfice net. Les actions individuelles et collectives d’adaptation à la chaleur sauvent des vies. Poursuivons-les. Et ne relâchons pas pour autant nos efforts de réduction des émissions, qui sauveront des vies ailleurs, en particulier dans les pays pauvres de basses latitudes.


François Lévêque a publié, avec Mathieu Glachant, Survivre à la chaleur. Adaptons-nous, Odile Jacob, 2025.

The Conversation

François Lévêque ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Soulignons, sans état d’âme, nos progrès d’adaptation depuis la canicule de 2003 – https://theconversation.com/soulignons-sans-etat-dame-nos-progres-dadaptation-depuis-la-canicule-de-2003-262091

Et si chaque territoire avait sa danse, quelle serait celle des forêts du Québec ?

Source: The Conversation – in French – By Jie Yu, Doctorat en art numérique, danse et patrimoine immatériel, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Est-il possible de danser les forêts et territoires de l’Abitibi-Témiscamingue ? Est-il possible que ces territoires aient une danse qui soit la leur ? Dans le cadre de mes recherches, je m’efforce justement d’éclairer ces questions, de favoriser les rencontres et partages entre le corps et la nature.

La pratique somatique, autrement dit la danse, puis les paysages culturels et naturels, sont souvent séparés, et ce pour plusieurs raisons. Il m’apparaît néanmoins, à la suite d’autres chercheurs et artistes, que leur mise en rapport ouvre de riches perspectives théoriques et artistiques.

En tant qu’artiste-chercheur, mon travail se situe à l’intersection de la danse, de l’art numérique et de l’anthropologie culturelle. Je cherche à créer des ponts entre les cultures et les territoires.

Le présent article se propose d’éclairer comment les outils numériques peuvent être utilisés pour capturer et retracer les particularités d’un paysage culturel, lesquelles particularités peuvent ensuite nourrir une pratique somatique.


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À la rencontre de nouveaux territoires

Mon projet prend place dans le territoire d’Abitibi-Témiscamingue, plus précisément dans le parc Kiwanis à Rouyn-Noranda, un lieu riche en interactions entre l’environnement et les sociétés humaines.

Explorer le territoire et rencontrer les artistes locaux est une étape cruciale du projet.

Dans le cadre de mes recherches, je considère les interactions entre la nature et l’humain comme constituant un « paysage culturel », que je retrace en fusionnant les pratiques somatiques et les traditions culturelles locales.

Par exemple, lors de ma rencontre avec Valentin Foch, membre du collectif à l’origine du projet La forêt numérique, j’ai observé comment leur approche interactive redéfinit la relation entre l’humain et son environnement à travers des installations immersives et des projections numériques qui mettent en valeur les paysages forestiers et la biodiversité régionale.

En articulant à mon tour ma réflexion aux paysages naturels locaux, je m’efforce à partir de mon propre patrimoine culturel d’envisager des dialogues entre la nature, le corps et l’art numérique.

La méthodologie de ce projet repose sur une approche en quatre étapes.

1. Recherche sur le terrain

Le travail de terrain au parc Kiwanis a débuté par une exploration systématique de l’environnement naturel. Il s’agissait d’observer la végétation, les cycles saisonniers et les dynamiques naturelles spécifiques à ce territoire. J’ai ainsi pu documenter la transformation des arbres au fil des saisons, ou les variations des couleurs et des textures des sols.

Ces observations m’ont permis d’identifier des éléments caractéristiques du paysage, tels que les mouvements répétitifs des branches sous l’effet du vent, ou le rythme des vagues sur le lac.

Le but de ma recherche consiste ensuite à traduire ces divers éléments en gestes corporels précis et reproductibles, lesquels pourront ensuite être intégrés dans ma pratique somatique.

2. Pratique somatique sur le terrain

La pratique somatique sur le terrain s’appuie sur une série d’exercices structurés visant à explorer les interactions physiques et sensorielles entre le corps et l’environnement naturel.

Chaque séance commence par une immersion complète dans le paysage, où l’observation et la sensation jouent un rôle clé. Cette étape inclut l’identification des éléments spécifiques de l’environnement, comme la direction et la vitesse du vent, la texture du sol ou les mouvements des végétaux, qui influencent directement les choix de mouvements.

Cette méthode intègre également des pauses réflexives, lors desquelles je m’assieds ou me tiens immobile pour observer comment mon corps s’adapte aux stimuli ambiants. Ces moments permettent de capturer des réactions instinctives ou inconscientes, qui enrichissent ensuite la gestuelle chorégraphique.

Ainsi, le corps devient un interprète actif du paysage.

3. La pratique écosomatique

L’écosomatique, un concept développé par le chercheur australien Raffaele Rufo, constitue un cadre essentiel dans ma démarche.

Cette approche explore comment les cycles naturels et les phénomènes écologiques influencent les expériences corporelles. Dans ce contexte, chaque mouvement réalisé sur le terrain est conçu pour refléter ou dialoguer avec les processus naturels observés, qu’il s’agisse du balancement des branches, de la progression des vagues ou des sons environnants.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai approché l’écosomatique à partir de mon patrimoine culturel, soit le Tai-Chi et les danses folkloriques orientales. Le Tai-Chi, basé sur des mouvements circulaires et fluides, m’a permis de développer une gestuelle en harmonie avec les dynamiques naturelles du parc Kiwanis.

Par exemple, les postures d’ouverture des bras et les rotations du torse sont adaptées pour refléter la trajectoire des branches balancées par le vent.

Les danses folkloriques orientales, quant à elles, offrent une perspective culturelle unique pour enrichir les mouvements chorégraphiques. Ces danses, souvent inspirées par des éléments naturels comme les rivières, les montagnes ou les saisons, ont été adaptées pour correspondre aux caractéristiques spécifiques du paysage québécois.

En combinant ces traditions avec les observations directes du terrain, j’ai développé des mouvements qui transcendent les frontières géographiques et culturelles. Ces gestes traduisent non seulement les particularités de l’Abitibi-Témiscamingue, mais établissent également un pont entre les philosophies orientales et occidentales.

Chorégraphie et art numérique : une expérience immersive

La chorégraphie développée dans le cadre de cette recherche repose sur une analyse détaillée des interactions entre le corps humain, les éléments naturels et les traditions culturelles.

Le processus débute par une déconstruction des mouvements naturels observés pour en identifier les motifs récurrents. Par exemple, les mouvements des arbres agités par le vent ont été analysés pour isoler des séquences spécifiques, telles que des balancements rythmiques ou des rotations lentes. Ces éléments ont ensuite été traduits en gestes corporels, intégrant des transitions fluides pour capturer la continuité observée dans la nature.

L’aspect numérique de ce projet, intitulé Module d’excursion, repose sur l’utilisation de la technologie de capture de mouvement (MoCap). En portant des capteurs placés stratégiquement sur différentes parties du corps, mes mouvements chorégraphiques sont enregistrés avec précision. En outre, cette approche numérique facilite l’archivage et la transmission des pratiques chorégraphiques.

Une fois les mouvements chorégraphies enregistrés, il est possible de les visualiser pour les étudier.

Vidéo-danse et transmission interculturelle

Dans le cadre de cette recherche-création, j’ai réalisé une vidéo-danse qui met en dialogue mes origines culturelles bouyei et l’environnement québécois du parc Kiwanis. Le processus de création a combiné des choix chorégraphiques précis, une mise en scène réfléchie et des techniques de captation visuelle.

Au terme d’un travail d’observation et de rencontre, il est possible de danser un territoire particulier.

Cette vidéo-danse dépasse la simple performance artistique : elle constitue un outil de transmission culturelle. En intégrant des éléments concrets des traditions bouyei et québécoises dans un format visuel et accessible, elle offre un moyen de sensibiliser différents publics à l’importance de préserver et d’honorer le patrimoine culturel immatériel.




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En outre, cette œuvre devient non seulement une performance visuelle, mais aussi un dialogue interculturel vivant et un témoignage de la coexistence harmonieuse entre tradition et innovation.

Retombées concrètes et rayonnement

Le projet Module d’excursion a eu un impact non négligeable tant au niveau local qu’international. Après sa première projection publique au Petit Théâtre du Vieux Noranda, ce projet a été présenté à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), attirant un large public universitaire.

Le succès de ces projections, ainsi que la reconnaissance du deuxième prix au Concours mondial d’art-thérapie en janvier 2023, témoignent de la portée et de la pertinence de cette démarche artistique.

Le projet a également reçu de la visibilité en Chine. Sa présentation au 90ᵉ Congrès de l’Acfas en avril 2023 et son prix Régal de la ville de Rouyn-Noranda en novembre 2024 illustrent l’impact de cette initiative sur la scène culturelle locale.

La Conversation Canada

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ref. Et si chaque territoire avait sa danse, quelle serait celle des forêts du Québec ? – https://theconversation.com/et-si-chaque-territoire-avait-sa-danse-quelle-serait-celle-des-forets-du-quebec-246215