Alors que le droit international est à un « point de rupture », un petit pays s’en prend seul à la junte du Myanmar

Source: The Conversation – France in French (3) – By Emma Palmer, Associate professor, Griffith University

Face aux limites des juridictions internationales, le Timor-Leste choisit la compétence universelle pour viser les dirigeants de la junte birmane.


Il y a à peine quatre mois, le Timor-Leste est devenu officiellement membre de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Cette semaine, le pays a franchi une étape sans précédent : ses autorités judiciaires ont désigné un procureur chargé d’examiner la responsabilité de l’armée du Myanmar dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Il s’agirait de la première fois qu’un État membre de l’Asean engage une telle procédure contre un autre pays du bloc.

La démarche résulte de l’action d’un collectif de victimes, la Chin Human Rights Organisation, qui cherche à obtenir justice pour le peuple chin, une minorité du Myanmar. Lors du dépôt de la plainte, la dirigeante de l’organisation a tenu à saluer et soutenir les efforts historiques du Timor-Leste en faveur de la justice et de l’indépendance.

Les autorités du pays vont désormais déterminer s’il y a lieu d’engager des poursuites contre les dirigeants militaires du Myanmar, dont le chef de la junte, Min Aung Hlaing. Toute éventuelle procédure reposerait sur le principe de la « compétence universelle », qui permet à des juridictions nationales de juger des crimes internationaux, quels que soient le lieu où ils ont été commis, ainsi que la nationalité des victimes ou des auteurs présumés.

Limites des juridictions internationales

Cette semaine, une étude portant sur 23 conflits dans le monde a conclu que le système juridique international destiné à protéger les civils est arrivé à un « point de rupture ». La question de l’avenir même des Nations unies est également posée.

L’efficacité des juridictions internationales pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité est limitée. La Cour pénale internationale (CPI) est critiquée pour des poursuites sélectives, sa lenteur et la faiblesse de ses moyens d’exécution. En vingt ans, la Cour a examiné 34 affaires et rendu 13 condamnations.

Les défenseurs de la Cour estiment toutefois qu’elle fait l’objet de critiques et d’attaques injustifiées, notamment de la part de l’administration Donald Trump, qui lui a imposé des sanctions l’an dernier.

La Cour internationale de justice (CIJ) peut, de son côté, engager la responsabilité des États pour des crimes, mais non celle des individus. La Cour pénale internationale (CPI) et la CIJ ont toutes deux ouvert des procédures concernant le Myanmar, mais celles-ci portent sur des crimes présumés commis contre la minorité rohingya avant le coup d’État. L’enquête de la CPI concerne en partie des faits commis au Bangladesh.

En novembre 2024, le procureur en chef de la CPI a demandé aux juges de la Cour de délivrer un mandat d’arrêt contre le chef de la junte, Min Aung Hlaing. Plus d’un an plus tard, aucune décision n’a encore été rendue.

Des défis pour les juridictions nationales

Dans ce contexte, la compétence universelle pourrait jouer un rôle plus important. Les Nations unies l’ont implicitement reconnue en mettant en place des mécanismes d’enquête pour la Syrie et le Myanmar, chargés de collecter des preuves en vue de poursuites ultérieures devant des juridictions nationales, régionales ou internationales.

De nombreux États disposent de lois leur permettant de poursuivre des crimes internationaux tels que la torture, le génocide ou les crimes de guerre. Ce qui fait défaut, ce sont les ressources nécessaires au financement des enquêtes, ainsi que des critères ou des lignes directrices clairs et transparents pour leur mise en œuvre.

D’autres difficultés apparaissent une fois les procédures engagées. Les juridictions nationales disposent d’une portée limitée. Les arrestations sont difficiles : les hauts responsables peuvent invoquer l’immunité diplomatique ou éviter les pays où ils risquent des poursuites ou une extradition.

Même les poursuites visant des responsables de rang intermédiaire peuvent poser des difficultés politiques. Les procédures sont coûteuses et lourdes, en particulier lorsque les témoins et les preuves se trouvent majoritairement à l’étranger.

L’ampleur et la complexité de ces crimes constituent enfin un défi pour les juridictions pénales nationales, souvent peu expérimentées dans le traitement de ce type d’affaires.

Même si des procès sont engagés, les victimes peuvent continuer à éprouver un sentiment d’injustice, y compris lorsque les procédures ont une portée stratégiques ou symboliques.

Des succès existent toutefois. Il y a près de dix ans, l’ancien président du Tchad, Hissène Habré, a ainsi été condamné pour des crimes internationaux au Sénégal. L’affaire a été jugée sur le fondement de la compétence universelle, sous l’impulsion de réseaux issus de la société civile.

D’autres États appelés à agir

Cette nouvelle initiative du Timor-Leste intervient après d’autres démarches menées par des groupes de victimes dans plusieurs pays afin d’obtenir justice pour la population du Myanmar : notamment en Argentine, où des mandats d’arrêt ont été délivrés contre des dirigeants birmans, ainsi qu’en Turquie et en Allemagne. Dans la région Asie-Pacifique, des avocats ont également tenté d’engager des poursuites en Indonésie et aux Philippines.

Alors que les pays européens recourent de plus en plus souvent à la compétence universelle pour poursuivre des crimes internationaux, d’autres États se montrent plus réticents. Certains estiment ainsi que le Canada et l’Australie pourraient faire davantage pour enquêter sur les crimes de guerre, alors même que leurs cadres juridiques le permettent. Cette situation reporte l’essentiel du travail judiciaire sur d’autres juridictions, parfois dotées de moyens plus limités.

Alors que des atrocités continuent d’être commises dans le monde, il devient plus que jamais nécessaire que les gouvernements ne se contentent pas d’un soutien de principe à la justice internationale, mais démontrent un engagement concret en menant des enquêtes sur leur propre territoire.

The Conversation

Emma Palmer est lauréate d’un Australian Research Council Discovery Early Career Award (projet n° DE250100597), financé par le Gouvernement australien. Les opinions exprimées ici sont celles de l’autrice et ne reflètent pas nécessairement celles du Australian Research Council. Elle est également affiliée à l’Association of Mainland Southeast Asia Scholars.

ref. Alors que le droit international est à un « point de rupture », un petit pays s’en prend seul à la junte du Myanmar – https://theconversation.com/alors-que-le-droit-international-est-a-un-point-de-rupture-un-petit-pays-sen-prend-seul-a-la-junte-du-myanmar-275397

JO d’hiver : comment la neige artificielle rend les courses de ski de fond plus rapides mais aussi plus dangereuses

Source: The Conversation – France (in French) – By Keith Musselman, Assistant Professor in Geography, Mountain Hydrology, and Climate Change, University of Colorado Boulder

La skieuse américaine Rosie Brennan lors de l’épreuve féminine de sprint par équipe en ski de fond classique aux Jeux olympiques d’hiver de 2022. AP Photo/Aaron Favila

Derrière les images de cartes postales des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, une autre réalité s’impose aux athlètes, comme des pistes qui dépendent de la neige artificielle et souvent verglacées. À la clé, des conditions de ski très différentes de celles permises par la neige naturelle, au risque d’accroître le risque d’accident. Un avant-goût des hivers futurs, déjà profondément transformés par le réchauffement climatique.


Lorsque les téléspectateurs regarderont les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, qui se tiennent du 6 au 22 février 2026, ils verront des pistes immaculées, des pistes damées et des athlètes s’affronter dans des paysages enneigés. Des paysages en partie rendus possibles grâce à une tempête qui a recouvert les sites montagneux des Alpes italiennes d’une couche de neige fraîche, juste à temps.

Mais à plus basse altitude, où se déroulent les épreuves de ski de fond notamment, les athlètes et les organisateurs ont dû composer avec la pluie, une neige fine et parfois fondante, ainsi que des surfaces glacées, du fait du recours à la neige artificielle.

Rosie Brennan, skieuse de fond de l’équipe olympique américaine 2026, nous a ainsi confié avant les Jeux :

« La plupart de nos courses se déroulent sur de la neige artificielle. La télévision réussit très bien à donner l’impression que nous sommes dans des endroits enneigés et hivernaux, mais cette année a été particulièrement mauvaise. »

En tant que scientifiques qui étudions la neige en montagne, les ressources en eau et l’impact humain du réchauffement hivernal, nous observons les changements hivernaux à travers plusieurs indicateurs : hausse des températures, réduction de l’enneigement, raccourcissement des saisons neigeuses

Les athlètes olympiques sont personnellement confrontés à des conditions hivernales changeantes, d’une façon méconnue à la fois du public et des scientifiques. Le manque de neige et les pluies plus fréquentes influencent où, quand et comment ils peuvent s’entraîner, ainsi que le degré de danger du terrain.

Nous avons échangé avec les skieurs de fond Rosie Brennan, Ben Ogden et Jack Young alors qu’ils se préparaient pour les Jeux d’hiver de 2026. Leurs expériences reflètent ce que décrivent de nombreux athlètes : un sport de plus en plus défini non pas par la variabilité de l’hiver naturel, mais par la fiabilité de la neige artificielle.

Ce que les caméras ne montrent pas

La technologie d’enneigement artificiel permet de créer des half-pipes pour les compétitions de snowboard et de ski freestyle. Elle permet également d’organiser des courses lorsque la neige naturelle est rare. Les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin ont entièrement reposé sur la neige artificielle pour de nombreuses courses.

Cependant, la neige artificielle crée une surface très différente de celle de la neige naturelle, ce qui modifie les paramètres que les skieurs doivent prendre en compte pour la course.

Trois skieurs assis au sommet d’un tremplin. Leur vue montre à quel point le sol autour du tremplin est sec et dépourvu de neige
Les athlètes s’entraînent au stade de saut à ski avant le championnat italien ouvert à Predazzo, site des Jeux olympiques d’hiver de 2026, le 23 décembre 2025.
Stefano Rellandini/AFP

Dans les nuages, la forme unique de chaque flocon de neige est déterminée par la température et l’humidité. Une fois formées, ces formes étoilées commencent à s’éroder lentement à mesure que les cristaux s’arrondissent pour former des sphères. Ainsi, la neige naturelle offre une variété de textures et de profondeurs : poudreuse après une tempête, ferme ou cassante par temps froid, fondante et humide lors de pluies ou de périodes de dégel…

La neige artificielle varie moins que la neige naturelle en termes de texture ou de qualité. Elle commence et termine son cycle de vie sous la forme d’un granule de glace entouré d’une fine pellicule d’eau liquide. Cela la rend plus lente à se modifier naturellement, mais plus facile à modeler. En revanche, une fois gelée, elle durcit sur place.




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Des pistes « plus rapides, plus glissantes et plus risquées »

Lorsque de la neige artificielle est produite, le bruit est strident : un sifflement aigu qui surgit des buses pressurisées des canons à neige. Ces canons projettent de l’eau mélangée à de l’air comprimé, qui gèle au contact de l’air froid extérieur, créant ainsi de petites particules de glace dense. Les gouttes piquent la peau exposée, comme l’une d’entre nous, Agnes Macy, l’a bien compris, en tant qu’ancienne skieuse de compétition.

Des canons à neige projettent ensuite la neige artificielle sur la piste de course. Souvent, les pistes sont les seules bandes de neige visibles – une bande blanche entourée de boue brune et de plaques d’herbe.

Des skieuses dévalent une piste à travers une ville, avec une église à leurs côtés, des supporters le long de la piste et beaucoup de terrain sans neige à l’extérieur du parcours enneigé
Le paysage environnant était presque entièrement dénué de neige lorsque Rosie Brennan a participé à l’épreuve individuelle de sprint lors d’une Coupe du monde de ski de fond à Drammen, en Norvège, le 3 mars 2022.
Federico Modica/NordicFocus/Getty Images

La skieuse professionnelle Rosie Brennan, aujourd’hui âgée de 37 ans, poursuit :

« Les pistes conçues pour la neige naturelle offrent des sensations complètement différentes lorsqu’elles sont recouvertes de neige artificielle. Elles sont plus rapides, plus glacées et présentent plus de risques que ce que l’on pourrait imaginer pour le ski de fond. »

Il n’y a rien de tel que de skier sur de la neige fraîche. Après des chutes de neige ayant recouvert le sol d’une couche de poudreuse légère et moelleuse, on a presque l’impression de flotter. Cette neige pardonne plus volontiers les erreurs.

Sur la neige artificielle, les skieurs accélèrent plus vite dans les descentes. Les skieurs alpins apprécient peut-être cette vitesse, mais les skis de fond n’ont pas de carres métalliques comme les skis alpins, ce qui fait que les virages à pas tournant ou les dérapages dans les virages rapides peuvent donner à l’athlète l’impression de perdre le contrôle. « Cela nécessite un style de ski, des compétences et des forces différents de ceux que j’ai appris en grandissant », poursuit Rosie Brennan.

Comment les athlètes s’adaptent, avec l’aide de la science

Les athlètes doivent adapter leur technique et préparer leurs skis différemment en fonction des conditions d’enneigement.

Pour les skieurs professionnels, c’est une science. Des paramètres tels que la morphologie des cristaux de neige, la température, le matériau et la structure de la semelle des skis, la rigidité des skis, la technique du skieur et les conditions environnementales interagissent pour déterminer la vitesse d’un athlète.

Avant les courses de ski de fond, les techniciens comparent plusieurs paires de skis, préparées avec différentes surfaces de base et différents types de fart. Ils évaluent la vitesse de glisse de chaque type de ski et la durée pendant laquelle il peut maintenir la qualité de glisse, deux caractéristiques qui dépendent du frottement entre le ski et la neige.

Par rapport à la neige naturelle, la neige artificielle offre en général une surface plus résistante et plus durable dans le temps. En ski de fond, cela permet des poussées plus efficaces et plus puissantes sans que les skis ou les bâtons ne s’enfoncent trop profondément dans la neige. Dans le même temps, les améliorations apportées aux machines utilisées pour damer la neige permettent désormais d’obtenir des surfaces plus dures et plus homogènes qui permettent de skier plus vite.

Deux skieurs masculins au sol après une collision
Le Russe Alexander Terentev, à droite, et le Tchèque Michal Novak en collision lors des quarts de finale aux Championnats du monde de ski nordique à Oberstdorf, en Allemagne, le 25 février 2021.
AP Photo/Matthias Schrader

Alors certes, l’objectif est de skier vite, mais les chutes à ski sont la cause la plus fréquente de blessures aux Jeux olympiques d’hiver. Avec la neige artificielle, les compétiteurs de saut à ski – et tous les autres skieurs qui tombent – atterrissent sur une surface plus dure, ce qui peut augmenter le risque de blessure.

Des hivers moins enneigés qu’avant

La météo peut toujours réserver des surprises, mais les tendances climatiques de long terme modifient ce à quoi on peut s’attendre d’un hiver typique.

Dans les Alpes, les températures ont augmenté d’environ 2 °C depuis la fin des années 1800, avant que le recours croissant aux énergies fossiles n’augmente les niveaux de gaz à effet de serre. À l’échelle mondiale, 2025 a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, après 2024 et 2023.

Pour les régions montagneuses, ces conditions plus chaudes ont des conséquences. La neige fond plus tôt et plus fréquemment au milieu de l’hiver, en particulier pendant les redoux hivernaux, qui étaient autrefois rares. Des épisodes de fonte des neiges en plein hiver sont de plus en plus fréquents à haute altitude et plus tôt dans la saison. Dans le même temps, la limite des neiges, c’est-à-dire l’altitude à laquelle les précipitations passent de la neige à la pluie, remonte.

Mis bout à bout, cela signifie qu’il y a moins de neige naturelle, qu’elle tombe sur une surface plus réduite et qu’elle dure moins longtemps qu’avant.




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Comment adapter l’entraînement des athlètes

Ces changements dans le paysage hivernal ont également transformé la manière dont les athlètes s’entraînent. Les sites d’entraînement traditionnels, tels que les glaciers autrefois utilisés pour le ski d’été, sont devenus peu fiables. En août 2025, le glacier de Hintertux, seul centre d’entraînement ouvert toute l’année en Autriche, a annoncé sa première fermeture temporaire.

Rosie Brennan poursuit :

« Il est de plus en plus difficile de planifier les lieux d’entraînement entre les compétitions. La fiabilité de l’enneigement n’est pas géniale dans de nombreux endroits. Nous devons souvent nous rendre à des altitudes plus élevées pour avoir plus de chances de trouver de la neige. »

L’entraînement en altitude peut être bénéfique, mais il concentre les athlètes dans un nombre restreint de sites d’entraînement, réduit les possibilités d’accès pour les jeunes athlètes en raison de l’éloignement et augmente les coûts pour les équipes nationales.

En Amérique du Nord, certains de ces glaciers, comme le glacier Haig au Canada ou le glacier Eagle en Alaska, ne sont accessibles que par hélicoptère. Lorsque les skieurs ne peuvent pas accéder à la neige, l’entraînement sur terre ferme avec des skis à roulettes est l’une des seules options possibles.

Les athlètes font la course sur des skis courts montés sur roulettes
Les athlètes de biathlon s’entraînent sur roues lors du Loop One Festival organisé au Parc olympique de Munich le 19 octobre 2025.
Sven Hoppe/picture alliance via Getty Images

Les athlètes voient le changement climatique en temps réel

Comme les terrains hivernaux sont leur lieu de travail, ces athlètes remarquent souvent les changements avant que ceux-ci n’apparaissent dans les statistiques climatiques de long terme.

Même les skieurs professionnels âgés d’une vingtaine d’années, comme Jack Young, ont déclaré avoir remarqué l’expansion rapide des infrastructures d’enneigement artificiel sur de nombreux sites de compétition au cours des dernières années. La fabrication de neige artificielle nécessite d’importantes quantités d’énergie et d’eau. Elle est également le signe évident que les organisateurs considèrent que les hivers sont de moins en moins fiables.

Les athlètes sont aussi témoins des répercussions concrètes sur l’économie locale lorsque les mauvaises conditions d’enneigement entraînent une baisse de la fréquentation. Le skieur de fond Ben Ogden, âgé de 25 ans, précise :

« Dans les Alpes, lorsque les conditions sont mauvaises, on voit clairement à quel point cela affecte les communautés. Leurs moyens de subsistance, qui dépendent du tourisme, sont souvent affectés négativement, et leur qualité de vie s’en trouve modifiée. »

De nombreux athlètes pratiquant des sports d’hiver expriment publiquement leurs inquiétudes. Des groupes tels que Protect Our Winters, fondé par le snowboardeur professionnel Jeremy Jones, œuvrent pour faire avancer les politiques qui protègent les espaces extérieurs pour les générations futures.

Pour les athlètes des Jeux olympiques de 2026, la variabilité des conditions au sein de la région olympique (neige en altitude, pluie en basse altitude) reflète une réalité plus large : la stabilité des conditions hivernales diminue.

Les athlètes le savent mieux que quiconque. Leurs compétitions se déroulent en montagne. Ils s’y entraînent. Ils en dépendent.

Les Jeux d’hiver se dérouleront encore cette année. La neige sera belle sur les écrans de télévision. Mais n’oublions pas que, hors champ, les hivers sont en train de changer.

The Conversation

Keith Musselman a reçu des financements de la National Science Foundation américaine. Il est membre de la Science Alliance pour l’organisation à but non lucratif Protect Our Winters.

Agnes Macy a reçu des financements de la National Science Foundation américaine.

ref. JO d’hiver : comment la neige artificielle rend les courses de ski de fond plus rapides mais aussi plus dangereuses – https://theconversation.com/jo-dhiver-comment-la-neige-artificielle-rend-les-courses-de-ski-de-fond-plus-rapides-mais-aussi-plus-dangereuses-275332

Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoit Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Business School

Le plastique n’est pas que du plastique. Il témoigne de notre rapport au monde et peut-être de notre époque. De la matière quasi magique des années 1950 à la matière problématique des années 2000, le plastique est aussi un discours. Réflexions, sous l’égide de Roland Barthes, sur la mythologie d’une matière qui n’est décidément pas comme les autres.


La campagne « Too Much », portée par la filière de la plasturgie, s’inscrit dans une tentative explicite de réhabilitation symbolique du plastique face à la montée des critiques écologiques. En rappelant le rôle central de ce matériau dans la modernité industrielle – qu’il s’agisse de ses usages médicaux, logistiques, alimentaires ou techniques – elle cherche à déplacer le débat. Le plastique n’y est plus présenté comme un problème moral, mais comme une condition de possibilité de nos modes de vie contemporains.

Il s’agit moins de nier ses effets environnementaux que de les relativiser au nom de ses bénéfices fonctionnels, économiques et sociaux. Ce type de prise de parole témoigne d’une lutte pour la définition symbolique du plastique et, au-delà, pour la légitimation d’un régime de production et de consommation fondé sur l’abondance matérielle. Le plastique y apparaît non comme l’emblème d’un excès, mais comme un matériau injustement stigmatisé, victime d’une critique jugée simplificatrice ou idéologique.

Or le plastique n’est ni un simple matériau ni un pur symbole de la catastrophe écologique : il constitue un dispositif culturel à part entière, qui condense les promesses, les impensés et les contradictions de la société de consommation. L’évolution de son imaginaire peut ainsi se lire comme l’histoire d’une inversion mythologique, révélatrice de notre rapport contemporain à la production, à l’abondance et à la finitude matérielle.

Le plastique comme mythe

Dans Mythologies (1957), Roland Barthes ne s’intéresse pas au plastique comme matériau chimique ou industriel, mais comme pouvoir symbolique : celui de la métamorphose. Ce qu’il décrit n’est pas tant la substance elle-même que l’enthousiasme collectif qu’elle suscite. Le plastique fascine parce qu’il semble abolir les hiérarchies traditionnelles des matières. Le noble et le vulgaire, le rare et le commun, le durable et l’éphémère paraissent s’effondrer devant une substance capable de tout imiter. Bois, cuir, métal, ivoire : tout peut être refait en plastique. Le monde devient malléable.




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De surcroît, le plastique apparaît comme une matière sans passé ni avenir. Il ne porte pas la trace de son origine (le pétrole, l’industrie lourde, les chaînes de production) et ne suggère aucune fin. Dans la vitrine, sur l’étagère ou dans l’objet fini, il semble surgir comme une pure idée de la forme affranchie de toute histoire. C’est en ce sens qu’il relève pleinement du mythe, au sens barthésien : une parole qui naturalise une construction historique, culturelle et technique. Le plastique est alors conçu comme un fait de civilisation qui rend tangible un progrès supposé démocratique. Il promet un monde sans résistance, sans pénurie et sans limites, un monde où la matière obéirait indéfiniment aux formes que l’on souhaite lui donner.

Dieux antiques et alchimie moderne

Chez Barthes, le plastique n’est pas seulement une matière nouvelle : il est investi d’un imaginaire quasi théologique. Il souligne que les plastiques portent des noms qui sonnent grec (polyéthylène, polystyrène, polypropylène), des noms savants, abstraits, qui ne désignent ni des usages ni des matières familières, mais une puissance. Pareils à ceux des dieux antiques, ces noms renvoient moins à des choses qu’à des capacités de transformation.

Cette langue du plastique participe du mythe : elle confère au matériau une aura quasi sacrée, en le soustrayant à l’histoire concrète de sa production. Le plastique apparaît ainsi davantage comme une matière alchimique dotée d’un pouvoir de transmutation que comme une substance. Ce matériau se voit ainsi doté d’un pouvoir qui excède largement sa fonction utilitaire : celui de transformer indéfiniment le monde sans jamais en assumer les conséquences. D’où la tentation d’esquisser un parallèle avec quelques dieux grecs (auquel Barthes ne succombe d’ailleurs pas).

Le plastique condense d’abord la figure de Protée, dieu des métamorphoses, capable de changer de forme à volonté pour échapper à toute assignation. Il imite le bois, le cuir, le métal ou l’ivoire sans jamais se fixer dans une identité stable. Il n’est pas une matière parmi d’autres, mais la promesse d’une matière universelle, toujours prête à devenir autre chose. Cette plasticité infinie nourrit l’enthousiasme décrit par Barthes : un monde où les formes circulent librement, affranchies des contraintes de la substance.

L’imaginaire alchimique

Il relève aussi de Hermès, dieu des passages, des échanges et des médiations. Comme lui, le plastique traverse les frontières : entre noble et vulgaire, durable et jetable, naturel et artificiel. Léger et transportable, il est le matériau de la circulation généralisée, parfaitement adapté à une économie de flux, de mobilité et de vitesse. La fluidité matérielle devient alors un progrès en soi, naturalisé par le mythe.

Cette constellation trouve enfin un écho direct dans l’imaginaire alchimique. Le plastique apparaît comme une version industrielle de la pierre philosophale : une matière capable de tout transformer, de tout égaliser, de faire surgir l’objet sans reste ni perte apparente. Dans les démonstrations que décrit Barthes, la matière brute se dissout pour renaître immédiatement sous une forme nouvelle, comme dans une transmutation parfaite. Le plastique promet une création sans déchet, une production sans fin, un monde où la matière obéirait docilement à la volonté humaine.

Fissures dans le mythe

Mais c’est précisément là que le mythe se fissure. L’alchimie classique visait une transformation spirituelle autant que matérielle ; le plastique, lui, ne transforme que les formes, jamais les conséquences. Ce qui était pensé comme métamorphose se révèle être accumulation. Ce qui semblait relever de Protée devient inertie ; ce qui promettait la circulation devient encombrement.

Ce que le mythe évacue, c’est en effet ce qui définit ordinairement une matière : la durée, la résistance, l’usure, la finitude. À la différence du bois qui vieillit, du métal qui s’oxyde ou du verre qui se brise, le plastique semble ne jamais vraiment mourir. Cette propriété, d’abord perçue comme une victoire technique, va progressivement devenir son principal grief. Pendant plusieurs décennies, cette contradiction reste largement invisible. Le plastique accompagne l’essor de la consommation de masse, l’extension du jetable et la généralisation des emballages sans susciter d’interrogation majeure. Il est léger, propre, hygiénique ; il s’inscrit parfaitement dans un imaginaire de fluidité et de confort.

Le retour du refoulé

Mais à partir des années 1970, puis de manière accélérée à partir des années 1990 et 2000, le refoulé du mythe revient. On découvre que le matériau miraculeux est aussi indestructible. Que sa durabilité, loin d’être une qualité universelle, devient un problème dès lors que les usages sont courts. Ce que le mythe ne montrait pas devient visible : les décharges, les restes, etc. Le plastique devient alors l’un des emblèmes matériels de ce que certains nomment l’anthropocène voire le « poubellocène ».

Derrière la magie de la forme apparaît une figure plus sombre : celle d’Héphaïstos, dieu forgeron, maître des techniques et des artifices. Le plastique est le produit d’un feu moderne – celui du pétrole, des raffineries, des chaînes de production – que le mythe barthésien tendait à effacer. Comme chez Héphaïstos, la puissance technique fascine tout en dissimulant la violence et la pénibilité de son origine. Le dieu moderne de la métamorphose se révèle ainsi trop immortel, incapable qu’il est de disparaître.

Coexistence des récits

Pour autant, le mythe du plastique-miracle ne disparaît pas avec l’émergence du plastique-déchet ; il persiste, se reconfigure et continue d’irriguer de nombreux discours industriels, politiques et techniques. Le plastique demeure ainsi fréquemment présenté comme une solution indispensable : léger, résistant, adaptable, hygiénique, recyclable.

Il est mobilisé pour ses performances, ses économies de matière apparentes, sa capacité à répondre à des contraintes fonctionnelles jugées incontournables. À ce titre, il conserve une forte valeur symbolique de modernité et d’efficacité, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation ou de la logistique, où il est érigé en condition de possibilité du monde contemporain.

Cette persistance renvoie à une dynamique propre au domaine des transitions énergétiques, où les nouvelles sources ne remplacent pas les anciennes mais viennent s’y ajouter. Le récit du plastique-déchet n’annule ni ne supplante celui du plastique-miracle ; il s’y superpose. Le discours de la pollution, de la trace et du débordement vient s’ajouter à celui de l’innovation, de la modernité et de l’accessibilité, sans le disqualifier complètement. L’époque contemporaine ne remplace pas un imaginaire par un autre : elle les empile, produisant un régime symbolique instable, traversé de tensions et de contradictions.

INA Archives 2025.

Un fantasme d’immatérialité

Cette superposition se traduit par une oscillation permanente entre plusieurs imaginaires. D’un côté, une nostalgie d’une prétendue vraie matière (bois, verre, métal) investie de valeurs de durabilité et de sobriété. De l’autre, un fantasme d’immatérialité, nourri par le numérique, les services et la promesse d’un monde allégé de ses contraintes matérielles. Entre les deux s’impose la promesse d’une réconciliation par la circularité : il ne s’agirait plus de renoncer au plastique, mais de le rendre compatible avec les exigences écologiques grâce au recyclage et à l’éco-conception.

Dans cette configuration, le discours sur le recyclage occupe une place centrale. Il fonctionne comme un récit de pacification symbolique, promettant de conserver les qualités fonctionnelles du plastique tout en neutralisant sa charge morale. Le plastique ne serait plus un problème en soi, mais un défi technique gérable, appelant des solutions d’ingénierie et des ajustements de comportements.

Un récit dépolitisant

Ce déplacement a toutefois un effet majeur : il dépolitise à nouveau la question. L’attention se déplace des volumes produits vers les gestes individuels et du système industriel vers le tri domestique. En transformant une contradiction structurelle en problème de gestion et de comportement, ce récit permet de maintenir intactes les conditions fondamentales de la production de masse, tout en intégrant partiellement la critique écologique.

Ainsi, l’imaginaire du plastique raconte moins l’évolution d’un matériau que celle de notre rapport au monde. Le plastique a d’abord incarné le fantasme d’une maîtrise totale de la matière ; il en révèle aujourd’hui l’envers : l’impossibilité de faire disparaître les traces de nos modes de vie. Ce qui inquiète dans le plastique n’est pas seulement sa présence matérielle, mais ce qu’elle rend visible : l’écart entre la promesse d’un monde fluide et la réalité d’un monde saturé. À cet égard, l’inversion de l’imaginaire du plastique ne constitue pas un simple retournement moral. Elle signale une crise plus profonde : celle d’un modèle de modernité qui croyait pouvoir produire sans reste, et qui découvre aujourd’hui que même les matières les plus plastiques finissent par opposer une résistance qui est tout sauf politique.

The Conversation

Benoit Heilbrunn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ? – https://theconversation.com/les-mythologies-du-plastique-sont-elles-reversibles-274207

« Hamnet » ou le roman d’une femme puissante

Source: The Conversation – France (in French) – By Armelle Parey, Professeur de littératures de langue anglaise, Université de Caen Normandie

L’actrice Jessie Buckley dans le rôle d’Agnes, dans l’adaptation cinématographique du roman de Maggie O’Farrell. Allociné

La sortie du film Hamnet de Chloé Zhao et son grand succès critique sont l’occasion de revenir au roman éponyme, publié par la romancière britannique Maggie O’Farrell en 2020, et à la façon dont ce récit met en lumière des personnages en marge de l’histoire littéraire, en particulier l’épouse de Shakespeare, Agnes (dite Anne) Hathaway.


Ce qui frappe probablement le plus sur l’affiche du film Hamnet, outre sa très belle photographie, est ce titre qui ne manque pas d’interpeller le passant ou la passante par sa quasi-homophonie avec Hamlet, l’un des plus célèbres titres et personnages de William Shakespeare. L’affiche, qui représente un couple, nous promet d’ailleurs « L’histoire méconnue qui a inspiré le plus grand chef-d’œuvre de Shakespeare ». En effet, Hamnet est le prénom du fils du dramaturge et le film comme le roman développent la thèse selon laquelle c’est à ce garçon décédé à l’âge de 11 ans pour des raisons inconnues que l’on devrait indirectement Hamlet et, probablement, la Nuit des rois.

Si le point d’orgue du roman est la mort d’Hamnet qui intervient à la moitié du volume et à ses effets sur sa famille, la véritable protagoniste est la mère de l’enfant et épouse de Shakespeare, généralement connue sous le nom d’Anne Hathaway. Dans le scénario du film co-écrit par O’Farrell, comme dans l’adaptation théâtrale proposée par Lolita Chakrabarti en 2023, le propos est quelque peu infléchi pour donner une part plus importante au personnage du dramaturge qui reste en retrait, jamais nommé, dans le roman. Dans Hamnet, Anne Hathaway est Agnes, son nom de naissance, O’Farrell signalant ainsi dès le début que son récit se détache des portraits négatifs et infondés dressés jusqu’au XXe siècle dans des biographies et des romans qui représentaient cette femme dont l’on ne sait pourtant presque rien en prédatrice âgée et ignare. Après une étude exhaustive de ce que l’on sait d’Anne, Katherine West Scheil, professeure de littérature anglaise, a montré la variété des récits faits sur la conjointe de Shakespeare au fil des siècles en fonction des évolutions culturelles, jusqu’à des romances récentes qui font d’elle une influence majeure dans la production shakespearienne.

Un récit alternatif et vraisemblable

Tout en restant dans les limites du vraisemblable, O’Farrell élabore dans Hamnet un récit alternatif plus juste envers cette femme, rappelant qu’elle était en fait un bon parti pour les Shakespeare endettés auprès de la famille Hathaway. O’Farrell cite parmi ses sources la féministe Germaine Greer qui revient sur les interprétations négatives des biographes qui attribuent par exemple les années passées par Shakespeare loin de sa famille au désir d’être éloigné de sa femme, négligeant le fait qu’il prend le soin de l’installer dans la plus grande maison des environs… Greer suggère que cette séparation peut très bien avoir été une décision conjointe puisque Anne n’a pas dénoncé son époux pour avoir déserté le domicile conjugal comme cela aurait été possible. O’Farrell va plus loin en montrant que c’est Agnes qui organise le départ de son mari pour Londres, lui permettant ainsi d’écrire, consciente qu’il étouffe à Stratford dans l’atelier d’un père violent, gantier de son état.

« Le romancier est l’interprète du mystère », dit l’historienne et essayiste Mona Ozouf. C’est en effet le propre du roman en général que de combler les blancs de l’histoire, d’imaginer ce que ce que l’on ne sait pas. O’Farrell utilise la liberté permise par la fiction pour questionner la mémoire officielle qui s’est cristallisée autour du personnage de la femme de Shakespeare et envisager des alternatives.

Lorsqu’elle apparaît de loin au jeune précepteur pour la première fois dans le roman, Agnes est prise pour un garçon, signe d’un caractère transgressif et en dehors des normes souligné tout au long du roman à tel point qu’on la dit folle ou fille d’une sorcière. L’Agnes imaginée par O’Farrell est bien une femme puissante. Certes illettrée, elle est dotée d’une connaissance du monde de la nature qui lui permet de fabriquer des remèdes pour soigner les autres doublé d’un don de prémonition. Inventive et pragmatique, elle sait qu’une grossesse est le moyen de forcer les 2 familles à accepter leur union.

Une évocation féministe du passé

Cette mise au premier plan d’un personnage très secondaire de l’histoire littéraire ne se fait pas aux dépens du poète et dramaturge. Désigné par ses différents rôles dans la vie ordinaire (précepteur de latin, père, mari, etc.) le personnage de Shakespeare est en marge du roman qui explore dans sa deuxième partie la douleur de la mère. Le roman (comme le film) culmine cependant avec la représentation finale d’Hamlet qui permet la réconciliation d’un couple séparé par la perte de leur enfant lorsque Agnes succombe à « l’alchimie » ou illusion théâtrale grâce à laquelle elle retrouve son fils sur scène. Hamnet contextualise l’écriture d’Hamlet et interprète la pièce comme un hommage certain, bien qu’indirect, au fils disparu ; le roman célèbre également le pouvoir de l’art à rendre compte de l’expérience humaine et à offrir du réconfort. Enfin, à travers la réaction finale d’Agnes à la représentation de la pièce, le lecteur est convaincu du talent artistique supérieur de Shakespeare et de son génie des mots.

Quand elle imagine ces histoires de vies ordinaires négligées ou déformées, O’Farrell sauve Hamnet de l’invisibilité et Anne Hathaway de son assujettissement à des rôles négatifs ou improbables. En outre, en se concentrant sur Agnes et les activités quotidiennes des femmes, O’Farrell souligne également l’absence de traces écrites de l’expérience domestique. Dans une certaine mesure, son évocation féministe du passé complète les archives historiques en réinsérant les activités domestiques d’Agnes et des autres personnages féminins dans le récit.

En comblant les lacunes de la mémoire et en soulignant l’impact d’une figure mineure comme Hamnet Shakespeare, en réparant les dommages indûment causés à la réputation d’Agnes Shakespeare, en donnant vie et voix aux invisibles ou personnages perçus comme mineurs, Hamnet s’inscrit dans la lignée du roman historique contemporain et du roman biographique qui réorientent la mémoire culturelle.

The Conversation

Armelle Parey ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Hamnet » ou le roman d’une femme puissante – https://theconversation.com/hamnet-ou-le-roman-dune-femme-puissante-275142

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-elle-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexandre Guigue, Professeur de droit public, Université Savoie Mont Blanc

Le premier ministre Sébastien Lecornu a privilégié la recherche de compromis sur les textes financiers avant de changer de stratégie en janvier, face au blocage de la discussion budgétaire. En choisissant finalement le 49.3, le premier ministre est revenu sur sa promesse. Mais quelles options se présentaient à lui ? Le choix du 49.3 était-il justifié ?


Après sa nomination, Sébastien Lecornu a laissé nombre d’observateurs perplexes en déclarant vouloir privilégier la négociation au passage en force, prenant même l’engagement de ne pas recourir au 49.3. Or, depuis les législatives de 2022, les premiers ministres ont fait adopter toutes les lois de finances initiales au 49.3, rendant la procédure presque banale.

Depuis la dissolution de 2024 et la tripartition de l’Assemblée nationale qui en a résulté, le recours au 49.3 semblait plus inéluctable encore. Aussi, l’annonce du nouveau premier ministre marquait une rupture, comme si la composition de l’Assemblée avait fini par contraindre l’exécutif à un changement de méthode. En cherchant la voie du compromis, le gouvernement semblait enfin suivre l’exemple d’autres pays européens où règne la culture du compromis, comme l’Allemagne ou la Belgique.

Mais cette approche était aussi risquée. Si elle a permis l’adoption surprise du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en décembre 2025, la loi de finances initiale s’annonçait autrement plus difficile, tant les groupes politiques refusaient de s’entendre. Constatant l’impasse du débat après sa reprise le 13 janvier 2026, le gouvernement a donc demandé la suspension des débats prévus et a commencé à préparer une ordonnance.

En effet, le délai de 70 jours imparti au Parlement pour se prononcer sur le texte était dépassé, ce qui rendait la prise de celle-ci possible à tout moment. Elle aurait présenté l’avantage de doter la France d’un budget complet pour 2026, mais elle n’aurait pas prémuni le gouvernement d’une éventuelle censure spontanée. Interpellée dans l’Hémicycle, le 15 janvier 2026, la ministre des comptes publics Amélie de Montchalin a annoncé que le gouvernement était face à un choix : le 49.3 ou l’ordonnance. L’exécutif a donc hésité, l’Élysée et le gouvernement semblant même s’opposer sur la voie à suivre, avant d’opter pour le 49.3, un choix finalement moins brutal et moins risqué qu’une ordonnance.

Pourquoi choisir le 49.3 plutôt que l’ordonnance ?

Ordonnance et 49.3 sont deux voies exceptionnelles qui malmènent le Parlement. Mais le 49.3 présente au moins deux avantages par rapport à l’ordonnance.

Premièrement, l’ordonnance permet au gouvernement de mettre en vigueur seul le projet de loi de finances. En court-circuitant le Parlement, il le prive de son pouvoir fondamental de consentir à l’impôt. C’est ce qui explique en partie qu’aucun gouvernement n’y a eu recours depuis 1958 alors qu’il en a régulièrement eu la possibilité. En effet, une ordonnance peut être prise dès l’expiration du délai de soixante-dix jours calendaires donné au Parlement pour se prononcer. Mais la Constitution ne le rend ni automatique ni obligatoire. Le gouvernement peut aussi décider d’accorder plus de temps au Parlement pour lui permettre de se prononcer, quitte à le presser un peu en recourant à la procédure du vote bloqué (44.3 ou, bien sûr, au 49.3.

Dans l’esprit des rédacteurs de la Constitution, la menace de l’ordonnance a plus pour objectif d’inciter les parlementaires à tenir leur délai que de les mettre totalement à l’écart. La logique des règles budgétaires françaises est de favoriser l’adoption du projet de loi de finances par des votes, amendement par amendement et disposition par disposition. Si le gouvernement a les moyens juridiques de forcer un peu les choses, le consentement du Parlement reste requis. Même avec le 49.3, les députés conservent un certain droit de regard, puisqu’ils peuvent refuser le texte en renversant le gouvernement. C’est ce qui s’est produit en 2025 pour le gouvernement Barnier. Avec une ordonnance, au contraire, le dessaisissement est total et le texte peut ne pas tenir compte des débats parlementaires.

Deuxièmement, le contenu de la loi de finances peut ne pas être le même selon qu’il est mis en vigueur par ordonnance ou que le texte est adopté par 49.3. En effet, le premier ministre peut choisir la version du texte sur laquelle il engage la responsabilité de son gouvernement, par exemple une version qui comporte des amendements acceptés par les deux assemblées. La situation est moins claire s’agissant de l’ordonnance et la question a divisé les juristes. Pour certains, comme l’article 47.3 indique que « les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance », il faut comprendre qu’il s’agit du « projet initial » du gouvernement. Pour d’autres, rien n’empêche le gouvernement de retenir des amendements. Si cette seconde thèse nous paraît la plus convaincante, le gouvernement Lecornu a prudemment suivi la première en reprenant presque intégralement sa copie initiale dans l’ordonnance qu’elle a préparée. Si celle-ci avait été prise, les débats parlementaires n’auraient servi à rien et la mise à l’écart du Parlement aurait été totale, malgré la tentative du premier ministre de rassurer les groupes politiques, en particulier le groupe socialiste. Finalement, en choisissant une telle ordonnance, le premier ministre se serait plus exposé au vote positif d’une motion de censure spontanée qu’en engageant la responsabilité de son gouvernement sur une version du texte qui tient compte d’une partie au moins des débats parlementaires.

Les conséquences du recours à l’article 49.3

Pour faire adopter le projet de loi de finances, Sébastien Lecornu a dû recourir au 49.3 à trois reprises : une première fois sur la première partie du texte, une deuxième fois sur la deuxième partie et une dernière fois en lecture définitive. Avec le rejet de la première motion de censure, l’adoption du texte est devenue certaine. Pourtant, les conséquences de chaque scrutin n’étaient pas les mêmes pour la loi de finances.

En effet, en cas de motion positive après recours au 49.3 sur la première partie ou la deuxième partie du projet, le texte aurait été considéré comme rejeté puis renvoyé au Sénat, c’est-à-dire que la procédure aurait pu se poursuivre. Comme le Parlement ne se serait alors pas définitivement « prononcé » au sens de l’article 47.3 de la Constitution, un nouveau gouvernement nommé par Emmanuel Macron aurait pu prendre une ordonnance financière.

Supposons maintenant qu’une motion de censure ait été votée positivement lors de la lecture définitive du texte à l’Assemblée, c’est-à-dire lors du troisième recours au 49.3. Le renversement du gouvernement aurait entraîné le rejet définitif du projet de loi de finances et le Parlement se serait alors définitivement prononcé, au sens du texte constitutionnel. Le gouvernement démissionnaire aurait alors continué à prélever les impôts existants et à dépenser dans le cadre des services votés sur le fondement de la loi de finances spéciale adoptée fin décembre. Mais, après sa nomination, un nouveau gouvernement n’aurait pas pu prendre une ordonnance, les conditions pour celles-ci n’étant pas réunies. Il aurait été contraint de présenter aux députés un nouveau projet de loi de finances et de relancer une nouvelle procédure budgétaire, avec des conséquences pénibles pour le pays.

Fin du marathon budgétaire

En réussissant son pari grâce au 49.3, Sébastien Lecornu a mis un terme au marathon budgétaire. Mais il a aussi évité une voie brutale qui l’aurait fortement exposé au risque de censure.

Il reste que la loi de finances pour 2026 ne contente personne et que les difficultés ne sont que repoussées. Il sera, en effet, difficile de faire adopter une loi de finances rectificative dans les mois qui viennent.

Par surcroît, le ministère de l’économie et des finances travaille déjà sur le projet de loi de finances 2027. Au mois de juin, les députés devront à nouveau débattre des orientations budgétaires du pays avant que le premier ministre ne revienne à l’automne devant les assemblées pour présenter le nouveau projet. Autant dire que le temps est encore long avant l’échéance de l’élection présidentielle de 2027.

The Conversation

Alexandre Guigue est membre de la Société française de finances publiques et l’Association française de droit constitutionnel qui sont des associations d’intérêt public à caractère purement universitaire et scientifique. Il a reçu des financements de l’Université Savoie Mont Blanc pour différents projets scientifiques dans le cadre de ses fonctions d’enseignant-chercheur.

ref. Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ? – https://theconversation.com/sebastien-lecornu-a-t-il-bien-fait-dutiliser-le-49-3-pour-ladoption-du-budget-275101

Maladie de Charcot : le mécanisme à l’origine de la forme génétique de la pathologie a été découvert

Source: The Conversation – France in French (2) – By Franck Martin, Directeur de recherche, Université de Strasbourg

Nous avons découvert le mécanisme biologique à l’origine des formes génétiques les plus fréquentes de deux maladies neurodégénératives : la maladie de Charcot et la Démence Fronto-Temporales. Ces nouvelles connaissances pourraient aider au développement de futures cibles thérapeutiques. Nos résultats viennent d’être publiés dans la revue Science.

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, est une pathologie neurodégénérative fatale, on estime à 3 ans l’espérance de vie à la suite du diagnostic de la maladie, elle touche environ 6000 personnes en France. La pathologie résulte de la destruction progressive des neurones en charge de commander les muscles, les motoneurones. La mort de ces neurones est à l’origine des troubles moteurs caractéristiques de la maladie (une paralysie complète des muscles des bras, des jambes et de la gorge entraînant une incapacité à marcher, manger, parler ou même respirer qui s’installe progressivement).

Les causes de cette pathologie sont très variées. 10 % des cas de SLA sont d’origine génétique, contre 90 % de cas sporadiques, c’est-à-dire sans cause identifiée. Dans le cas de la forme génétique, la cause la plus fréquente est un défaut au niveau d’un gène spécifique (C9ORF72) qui provoque la synthèse de protéines toxiques qui entraînent la mort des motoneurones.

Ce gène contient des séquences qui sont anormalement répétées et qui portent une information génétique erronée. La traduction de ce défaut génétique conduit à la fabrication de protéines aberrantes (car elles ne devraient pas exister) et neurotoxiques. Notre découverte a permis de comprendre que cette synthèse de protéines toxiques est seule responsable de la pathologie. En bloquant spécifiquement la fabrication de ces dernières, nous avons réussi à enrayer la dégénérescence des motoneurones et de ce fait empêcher l’apparition de la maladie.

La synthèse aberrante de polydipeptides neuro-toxiques à partir d’un site de démarrage unique, un codon CUG dans le gène C9ORF72, provoque la mort des motoneurones chez les patients SLA et des neurones de la partie fronto-temporale du cerveau chez les patients FTD. Si on modifie génétiquement ce site, on stoppe la synthèse de protéines.
Fourni par l’auteur

Comment cette découverte a-t-elle pu être réalisée ?

Nous avons dans un premier temps reproduit, in vitro, la synthèse de protéines toxiques responsables de la mort des motoneurones. Ces protéines sont produites par le ribosome des cellules à partir du gène C9ORF72. Dans toutes les cellules, les protéines sont produites par les ribosomes. Ces machineries reconnaissent des sites spécifiques de l’ARN, c’est-à-dire des séquences particulières. Une fois fixé, le ribosome va lire l’ARN et le traduire en protéine. Si le ribosome ne reconnaît pas ce site particulier, la synthèse de protéines est impossible.

Grâce à ces expériences, nous avons pu identifier le site de démarrage du ribosome. En introduisant une simple mutation ponctuelle (remplacement d’une seule base par une autre) dans ce site au niveau du gène C9ORF72, la synthèse des protéines toxiques est totalement éteinte. Nous avons confirmé ces résultats dans des cellules, puis chez des souris.

La suite de notre travail a consisté à utiliser ces connaissances pour corriger le gène C9ORF72 dans des motoneurones de patients SLA (cultivés en laboratoire). Grâce à la technologie des « ciseaux moléculaires » CrispR-Cas9, le site de démarrage du ribosome a été modifié, cette seule modification est suffisante pour éteindre totalement la synthèse toxique dans ces motoneurones et restaurer leur durée de vie.

En quoi cette découverte est-elle importante ?

La SLA, comme la plupart des maladies neurodégénératives, sont des maladies qui sont déclenchées par des causes multifactorielles. Ceci rend le traitement de ces pathologies extrêmement compliqué. Nos recherches ont permis de caractériser le mécanisme moléculaire déclenchant la pathologie et ont conduit à l’identification précise de la cause de la SLA dans la forme la plus fréquente de la maladie, ce qui représente environ 8 % des cas. La découverte du site de démarrage de la synthèse de protéines toxiques pour les motoneurones est primordiale. Ce site de démarrage est maintenant une cible thérapeutique nouvelle pour le développement de nouveaux traitements.

Quelles sont les suites de ces travaux ?

L’objectif de nos recherches à venir est de cibler spécifiquement le site de démarrage de la synthèse de protéines neurotoxiques produites à partir du gène C9ORF72 afin d’empêcher la mort prématurée des motoneurones chez les patients SLA.

Ceci revêt une importance capitale pour les malades atteints de la SLA pour laquelle il n’existe pas de traitements mais aussi d’autres maladies neurodégénératives comme la Démence Frontotemporale (DFT) dont plus de la moitié des formes familiales est également due à ces même répétitions de séquences dans le gène C9ORF72. Nos recherches ouvrent donc de nouvelles pistes de recherche pour la mise au point de traitements thérapeutiques ciblant la synthèse de protéines neurotoxiques chez les patients SLA et DFT.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Franck Martin a reçu des financements de l’ANR, la FRM, l’ARSLA, l’AFM Telethon et France Alzheimer

ref. Maladie de Charcot : le mécanisme à l’origine de la forme génétique de la pathologie a été découvert – https://theconversation.com/maladie-de-charcot-le-mecanisme-a-lorigine-de-la-forme-genetique-de-la-pathologie-a-ete-decouvert-275265

Le romantisme se porte encore très bien, mais il se transforme, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – in French – By Chiara Piazzesi, Professeure titulaire de sociologie , Université du Québec à Montréal (UQAM)

Sommes-nous encore romantiques ? Avons-nous rejeté les repères traditionnels, incarnés par les histoires d’amour de Hollywood, pour une vision « moderne » et pragmatique de l’amour ?

Ces questions ont poussé notre équipe de recherche en sociologie à cartographier et à documenter les idéaux amoureux et intimes, ainsi que les valeurs qui guident les personnes dans leurs relations intimes au quotidien dans le cadre d’un projet appelé MACLIC.

Un déclin du romantisme ?

L’amour qui frappe comme un coup de foudre, qui dure pour toujours, qui dépasse tous les obstacles et qui, lorsqu’il est véritable, arrive une seule fois dans la vie : voilà les croyances centrales à l’amour romantique qui ont dominé l’imaginaire intime pendant plus d’un siècle.

Toutefois, elles semblent avoir perdu en crédibilité dans les dernières décennies dans les sociétés occidentales. Depuis plusieurs dizaines d’années, un scepticisme généralisé s’est répandu à l’égard du manque de réalisme des représentations romantiques dans les productions culturelles, comme les romans, les films ou les téléséries.

Une image tirée du film Coup de foudre à Notting Hill)
Le film à succès Coup de foudre a Notting Hill, raconte la rencontre fortuite entre un libraire timide et une star mondiale. Un scepticisme s’est répandu à l’égard du manque de réalisme des représentations romantiques.
(Universal Pictures)

À partir des années 1970, les mouvements féministes ont relevé que l’idéalisation de l’amour romantique peut invisibiliser les inégalités de genre dans les relations intimes. Le modèle romantique est critiqué par les personnes de la diversité sexuelle, de genre et relationnelle à cause de son caractère hétéronormatif, axé sur la binarité de genre et sur l’exclusivité affective et sexuelle.

Pour toutes ces raisons, en débutant notre projet, nous nous attendions à constater un déclin du romantisme dans la population générale.

Des résultats surprenants

Nos attentes ont été confirmées par la première étape du projet MACLIC : les données montraient un recul évident de la croyance dans les mythes constitutifs du modèle romantique classique, notamment en ce qui a trait à l’exclusivité, à l’unicité et à la toute-puissance de l’amour.

Mais la surprise est arrivée lorsque nous avons rencontré pour un entretien d’approfondissement 50 des 4009 personnes ayant participé à la première étape de la recherche. À la question « est-ce que vous vous considérez une personne romantique ? », quarante-deux personnes sur cinquante ont répondu par l’affirmative.

Sur la base des recherches disponibles, nous nous attendions à ce que les jeunes générations, les personnes de la diversité sexuelle, relationnelle et de genre rejettent l’étiquette « romantique ». À notre étonnement, ces personnes se définissaient majoritairement comme romantiques, peu importe leur genre, orientation sexuelle, statut relationnel et groupe d’âge, et ce, malgré leur faible adhésion aux croyances typiques d’une vision romantique de l’amour.

Que veut dire « être romantique » aujourd’hui ?

Si les gens prennent du recul par rapport au romantisme traditionnel, que signifie alors « être romantique » pour les personnes interviewées ?

En premier lieu, être romantique veut dire aimer poser et recevoir des « petits gestes » du quotidien, des attentions qui communiquent à l’autre qu’il ou elle est important, aimé et spécial.

Des exemples communs de ces gestes sont de cuisiner le mets favori de l’autre, de faire ou d’apporter un café, d’envoyer des messages, d’acheter les gâteries préférées quand on fait les courses.

Ces attentions du quotidien peuvent aussi inclure la prise en charge des tâches domestiques que l’autre déteste ou est trop fatigué pour faire, ou encore rendre de petits services ponctuels, comme déneiger la voiture après une tempête de neige pour faciliter la routine de l’autre. Les cadeaux sont aussi très appréciés, mais à condition qu’ils soient spécifiquement pensés pour faire plaisir à l’autre ou pour répondre à un désir.

Les cadeaux romantiques clichés, tels que des roses à la Saint-Valentin, évoquent un romantisme stéréotypé dont la plupart des personnes se démarquent. Souvent, le caractère romantique provient d’un effet surprise : un geste inattendu, une habileté jusqu’alors inconnue de l’autre ou délibérément apprise pour lui faire plaisir (par exemple, faire de la pâtisserie).

Créer du « temps de qualité »

Le deuxième grand ensemble d’exemples de romantisme comprend les « moments spéciaux ».

Les personnes interviewées nous ont parlé de leurs efforts pour créer des occasions spéciales à passer à deux : louer un chalet pour une escapade en couple, organiser un pique-nique pour un anniversaire, planifier une « date night » pour casser la routine, aller au restaurant en amoureux.

Contrairement aux clichés, ces occasions ne doivent pas nécessairement rompre avec le quotidien et l’ordinaire. Il suffit souvent de créer les meilleures conditions pour « prendre soin de l’autre » ou du couple, par exemple en aménageant un espace sans distractions ou sans écrans, ou en ajoutant des bougies à un repas de tous les jours.

Ces moments peuvent aussi devenir une forme de rituels, par exemple en instaurant l’apéro à la fin de la journée, une promenade quotidienne, voire en faisant l’épicerie ensemble. Ici, le mot-clé utilisé le plus souvent est « temps de qualité » — une expression très probablement redevable de la popularité des « cinq langages de l’amour » de Gary Chapman.

Prendre les distances des clichés romantiques

Une troisième catégorie de réponses à notre question se formulait par la négative : les personnes définissaient souvent leur romantisme par opposition à des clichés usés ayant perdu, à leur avis, leur charme et leur signification.

Les personnes précisent souvent que « leur » romantisme n’est pas celui des fables de princesses, des romans classiques ou des productions hollywoodiennes, bien qu’elles en aient été nourries pendant leur enfance. Le rejet des clichés, des excès et des illusions promus par les récits stéréotypés est considéré comme une posture plus mature à l’égard des relations intimes et des sentiments.

Plusieurs opposent ainsi les gestes romantiques du quotidien aux grandes déclarations publiques ou au romantisme commercial (incarné, par exemple, dans la fête de la Saint-Valentin).

Injecter l’extraordinaire dans l’ordinaire

Selon nos données, le romantisme se porte ainsi encore très bien, mais il se transforme.

Il se décline désormais à une échelle plus réduite (petit et quotidien) et s’inscrit souvent dans la domesticité (les services et les tâches). Il est nuancé par une distance pragmatique à l’égard des mythes traditionnels, qui semblent s’être graduellement vidés de leur pouvoir évocateur aux yeux des personnes.

Il est recherché pour sa capacité à injecter l’extraordinaire dans l’ordinaire, mais de manière personnalisée et liée à l’historique et au contexte de la relation. Ces remarquables transformations découplent le romantisme des carcans normatifs traditionnels pour le rendre compatible avec la pluralité relationnelle, sexuelle et de genre.

La Conversation Canada

Chiara Piazzesi a reçu un financement du CRSH pour le projet MACLIC, une enquête sur les idéaux intimes dominants au Canada.

Martin Blais a reçu du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour le projet MACLIC dont sont issues les données présentées.

Noé Klein a reçu du financement du CRSH pour la réalisation de sa thèse, affiliée au projet MACLIC.

ref. Le romantisme se porte encore très bien, mais il se transforme, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/le-romantisme-se-porte-encore-tres-bien-mais-il-se-transforme-selon-une-nouvelle-etude-204767

CAN 2025 de football : pourquoi la CAF a sévi contre le Sénégal et le Maroc

Source: The Conversation – in French – By Professeur Abdoulaye Sakho, Professeur de droit, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

La finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 (21 décembre – 18 janvier) a basculé dans la la controverse dans les dernières minutes du match. Le penalty litigieux, le match interrompu, l’envahissement de la zone VAR (contrôle vidéo), l’usage de lasers dans les tribunes et les affrontements entre supporters sénégalais et policiers marocains ont marqué l’épilogue du tournoi. Quelques jours plus tard, les sanctions tombent sont tombées contre les fédérations du Sénégal et du Maroc.

Dans cet entretien, Abdoulaye Sakho, spécialiste en droit du sport, décrypte les infractions retenues, le fonctionnement indépendant du jury disciplinaire et pourquoi cette finale pourrait marquer un tournant dans la gouvernance du football africain.

Pourquoi les deux fédérations du Sénégal et du Maroc ont-elles été sanctionnées ?

Les deux fédérations ont été sanctionnées parce que le jury disciplinaire a estimé que chacune d’elles a été coupable d’infractions aux lois du jeu et au code disciplinaire en vigueur.

Le football, en tant qu’activité sportive, repose sur un ensemble de normes qui encadrent à la fois l’organisation des acteurs et leurs comportements sur et en dehors du terrain. Ces normes sont définies par des textes communs à toutes les organisations affiliées à la FIFA,

C’est en ce sens qu’il existe des textes de base qui sont communs à la totalité des organisations sportives qui relèvent de la FIFA. Parmi ces textes, je peux citer le code disciplinaire, le code éthique et le code électoral. Ces textes précisent non seulement les comportements attendus, mais aussi la nature des infractions, les sanctions applicables et le fonctionnement des instances chargées de trancher les litiges disciplinaires.

S’agissant des mesures prises contre les deux fédérations et les joueurs, elles relèvent de sanctions disciplinaires rendues par le jury compétent conformément au code de discipline.

Le comportement des acteurs du football lors d’une rencontre est également défini par les Lois du jeu de l’International Football Association Board (IFAB)
(l’organisme international chargé de définir et faire évoluer les règles du jeu), ainsi que par le code de discipline. Ces deux textes prévoient les infractions et les sanctions, ainsi que l’organisation et le fonctionnement des autorités responsables du règlement des litiges.

Concernant les infractions disciplinaires, comme toutes les autorités juridictionnelles de la Confédération africaine de football (CAF), le jury qui en traite est indépendant. Il est composé de personnalités indépendantes qui ne sont pas membres de la CAF.




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Quelles sont les principales sanctions ?

Les deux fédérations ont été sanctionnées parce que le jury disciplinaire a estimé qu’elles étaient responsables d’infractions aux lois du jeu et au code disciplinaire en vigueur. La décision du jury disciplinaire comporte deux volets. Il y a d’abord des sanctions sportives à l’encontre des fédérations marocaine et sénégalaise, et de certains joueurs et officiels pour violations avérées du Code disciplinaire de la CAF. Ensuite, il y a le rejet de la réclamation introduite par la fédération royale marocaine de football (FRMF) qui plaidait un forfait technique du Sénégal. Autrement dit, selon la prétention marocaine devant le jury, fondée les articles 82 et 84 du règlement de la CAN le Sénégal devait perdre le match sur un score de trois à zéro (3-0).

Cette distinction est importante. Le rejet de la requête du Maroc constitue une qualification non retenue, distincte des faits qui ont servi de base aux sanctions retenues contre le Sénégal.

Pour le Sénégal, les sanctions reposent sur les infractions suivantes :

• comportement antisportif, violation des principes de fair-play et d’intégrité, et atteinte à l’image du football ;

• comportement antisportif envers l’arbitre ;

• comportement inapproprié de supporters ayant porté atteinte à l’image du football ;

• comportement antisportif des joueurs et de l’encadrement technique en violation des principes de fair-play, de loyauté et d’intégrité ;

• faute disciplinaire de l’équipe nationale, cinq joueurs ayant reçu des avertissements.

Ainsi, le sélectionneur Pape Bouna Thiaw a écopé d’une suspension de cinq matchs et d’une amende de 100 000 de dollars. Les joueurs Ilimane Ndiaye et Ismaïla Sarr sont suspendus deux matchs pour comportement antisportif envers l’arbitre. La FSF est en outre sanctionnée par trois amendes totalisant 615 000 USD pour le comportement de ses supporters, de ses joueurs, de l’encadrement technique et pour une faute disciplinaire collective liée aux avertissements reçus.

Du coté marocain, les sanctions reposent sur :

• des comportement antisportifs ;

• des comportements inappropriés des ramasseurs de balles du stade ;

• des comportement inappropriés des joueurs de l’équipe nationale et de l’encadrement technique, ayant envahi la zone d’examen de la VAR et entravé le travail de l’arbitre, en violation des articles 82 et 83 du Code disciplinaire de la CAF ;

• l’utilisation de lasers par ses supporters lors du match.

Par conséquent, Achraf Hakimi est suspendu deux matchs, dont un avec sursis, et Ismaël Saibari trois matchs, assortis d’une amende de 100 000 USD pour ce dernier. La FRMF est condamnée à 315 000 de dollars d’amendes pour le comportement des ramasseurs de balles, l’intrusion de joueurs et de membres du staff dans la zone VAR, et l’usage de lasers par des supporters.




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Ces sanctions sont-elles en cohérence avec les décisions habituelles de la CAF et auront-elles des effets concrets ?

En matière disciplinaire, chaque situation présente des spécificités qui rendent délicate toute comparaison avec des décisions antérieures. Il faut aussi rappeler qu’il ne s’agit pas d’une décision de la CAF en tant que telle, mais de l’exercice du pouvoir juridictionnel souverain d’un jury indépendant et de la sensibilité de celui-ci aux objectifs généralement attendus des sanctions juridiques. En droit, des sanctions jouent une triple fonction : punition des coupables, réparation des dommages causés aux victimes et dissuasion pour toute autre personne qui serait tentée de refaire la même infraction.

À cette étape de la procédure, il n’est pas aisé de se prononcer d’un point de vue scientifique. À mon avis, il appartient aux concernés, en fonction de leur perception de la réglementation, d’apprécier si ces sanctions sont ou non en phase avec ce que fait d’habitude le jury, si ces sanctions sont ou non « justes » à leurs yeux.

Par ailleurs, le dispositif disciplinaire prévoit le double degré de juridiction. Les parties sont donc libres de voir ou non si elles doivent aller en appel vers la commission de recours, une commission elle aussi indépendante, composée de personnalités indépendantes. La procédure peut même être poursuivie jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS). D’ailleurs la fédération marocaine a déjà fait appel.

Quelles conséquences ces sanctions pourraient-elles avoir sur l’avenir des compétitions africaines ?

Il s’agit de sanctions que certains ont considérées comme sévères pendant que d’autres ont dit qu’il s’agit de compromis politique. Au-delà des sanctions, c’est le déroulement de cette CAN, le film de la finale et de son dénouement qui pourraient avoir des répercussions sur le futur du football africain et sur la gouvernance de la CAF. La CAN a révélé une absence de lisibilité de l’information où les récits diffusés sur les réseaux sociaux ont pris le pas sur ceux des journalistes.

Qu’on le veuille ou non quelque chose s’est produit en mondovision relativement à la gestion des matchs de football en Afrique.

Des réformes semblent attendues. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a annoncé plusieurs réformes visant à renforcer le cadre réglementaire et institutionnel de l’organisation.

Il a évoqué notamment une révision du code disciplinaire pour “garantir que les organes judiciaires de la CAF disposent de pouvoirs suffisants pour infliger des sanctions appropriées et dissuasives”. Il a aussi réitéré son engagement à veiller à ce que “les opérateurs VAR et les commissaires de match soient perçus, respectés et reconnus comme impartiaux, équitables et de niveau mondial.”

En tous les cas, une fois le chapitre débat autour des sanctions et
des recours clôturés, le football africain devrait ouvrir, de manière concertée et inclusive, le débat sur les réformes nécessaires pour préserver l’esprit sportif du jeu que l’Afrique conçoit de plus en plus comme une activité économique porteuse de croissance et de développement.

The Conversation

Professeur Abdoulaye Sakho does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. CAN 2025 de football : pourquoi la CAF a sévi contre le Sénégal et le Maroc – https://theconversation.com/can-2025-de-football-pourquoi-la-caf-a-sevi-contre-le-senegal-et-le-maroc-274823