Carboneutre, vraiment ? Le mirage vert des projets de GNL

Source: The Conversation – in French – By Sarah M. Munoz, Chercheuse postdoctorale – Postdoctoral fellow, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait voir le jour à Baie-Comeau. Porté par l’entreprise Marinvest Energy, le projet se dit « carboneutre » grâce à un parc éolien. Mais peut-on vraiment verdir l’exportation d’énergies fossiles sans détourner le sens de la transition climatique ?

Selon une enquête du Devoir, la compagnie Marinvest Energy envisage de construire sur la Côte-Nord, en milieu marin, une usine de liquéfaction pour transformer le gaz naturel transporté d’Alberta et destiné à l’exportation. Son argument central ? Le projet serait « carboneutre » grâce à l’ajout d’un parc éolien privé qui alimenterait l’usine en énergie.

Si les détails du projet ne sont pas encore précisés par l’entreprise, Marinvest Energy annonce tout de même la volonté de produire du GNL « sans émission de carbone », afin de réduire l’empreinte du projet industriel. Mais cette rhétorique cache un problème de fond : peut-on réellement parler de carboneutralité dans le cadre de projets d’exportation d’énergies fossiles ?

Chercheuse postdoctorale à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, j’étudie l’influence discursive et politique de l’industrie fossile et ce type de stratégie rhétorique. Elle consiste à déplacer la conversation vers des solutions technologiques partielles, à favoriser l’acceptabilité sociale d’infrastructures dangereuses, et à donner l’impression d’agir tout en verrouillant nos choix énergétiques.

Une neutralité carbone illusoire

Le projet de Marinvest Energy rappelle celui d’Énergie Saguenay, aussi de GNL Québec, rejeté en 2021 par le gouvernement Legault en raison de ses impacts environnementaux. Ce projet promettait aussi une neutralité carbone, cette fois par l’électrification partielle de ses équipements. La neutralité carbone consiste à réduire à un minimum, à compenser, ou à capturer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière à en équilibrer la quantité émise avec la quantité retirée de l’atmosphère.

Depuis quelques années, les promoteurs de projets gaziers tentent de faire passer leurs projets pour compatibles avec la lutte climatique. Le discours s’ajuste : on insiste sur les « réductions d’émissions » locales, tout en gardant intact le modèle d’extraction et d’exportation.

Mais ce vocabulaire n’est pas anodin : il sert à verdir l’image d’un combustible fossile et à en accroître l’acceptabilité sociale. Cela s’apparente à de l’écoblanchiment (greenwashing) qui consiste à donner un caractère écoresponsable à des activités industrielles polluantes. Largement employée par les acteurs pétroliers et gaziers, cette rhétorique vise à créer, dans l’imaginaire collectif social et politique, l’illusion d’une compatibilité entre la production continue des énergies fossiles et la lutte contre les changements climatiques.

Or, le GNL reste une source majeure d’émissions de CO2. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 70 % des émissions associées au GNL proviennent de sa combustion finale, c’est-à-dire à l’étranger, là où il sera utilisé. Autrement dit, même si la production locale est « verte », l’impact climatique principal se produit ailleurs. C’est là tout le paradoxe du discours de carboneutralité : il fragmente les émissions pour mieux en dissimuler l’ampleur.


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Un enjeu d’acceptabilité sociale

Ce type de discours vise aussi à accroître l’acceptabilité sociale du projet. Des études sur les publics canadiens, comme celle de Todd Brunner et John Axsen de l’Université Simon Fraser, ont montré que l’acceptabilité des infrastructures et des diverses énergies fossiles dépend des valeurs environnementales et de la confiance du public envers les compagnies pétrolières et gazières.

En associant le projet à l’énergie éolienne, Marinvest cherche ainsi à l’aligner symboliquement avec les politiques climatiques québécoises et à séduire une population déjà sceptique, comme celle qui s’était opposée à GNL Québec.

Le risque de verrouillage énergétique

Au-delà des enjeux des émissions, les mégaprojets de GNL posent un risque systémique : ils renforcent la dépendance canadienne et québécoise aux énergies fossiles. Le « verrouillage carbone » (carbon lock-in) est un phénomène bien documenté. Il désigne les choix économiques, technologiques ou politiques qui rendent difficile (et coûteux) l’abandon du pétrole et du gaz. Une fois le mégaprojet lancé, les investissements doivent être rentabilisés, et les infrastructures s’imposent pour des décennies.




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L’Institut climatique du Canada rappelle l’importance d’adopter des politiques publiques pour prévenir cette dépendance, mais en souligne la complexité. Certains chercheurs parlent ainsi de « complexe techno-institutionnel » : un enchevêtrement d’intérêts publics et privés qui freine toute transition réelle. Ce complexe entraîne une dépendance durable aux technologies et aux structures institutionnelles liées aux énergies fossiles.

Au Québec, les projets comme GNL Québec, et maintenant celui de Marinvest Energy, ont d’ailleurs été critiqués non seulement pour leur impact local, mais aussi pour leur capacité à vérrouiller la trajectoire énergétique des pays importateurs – et ainsi à prolonger les émissions mondiales.

Pourtant, comme l’explique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) dans un récent rapport, la neutralité carbone ne fonctionne qu’à l’échelle planétaire. Aucune entreprise ou territoire ne peut donc se dire « carboneutre » en elle-même. La neutralité implique une transformation en profondeur de nos modes de vie, et non l’ajout d’un parc éolien à un projet fossile.

Une transition détournée

« Décarboner » la production d’énergies fossiles sert donc à maintenir un modèle extractiviste en présentant la carboneutralité comme une forme d’engagement climatique. Mais ces récits ne sont pas neutres : ils sont politiques et participent à la continuité des intérêts fossiles. Ils évitent les débats sur les causes réelles du problème, comme notre dépendance structurelle aux hydrocarbures ou l’insuffisance des politiques climatiques actuelles.

Continuer à développer des infrastructures GNL, même en prétendant qu’elles sont carboneutres, contribue ainsi à entretenir ce verrouillage industriel et freine la sortie nécessaire des énergies fossiles.

Or, comme l’a récemment rappelé le secrétaire général des Nations unies António Guterres, l’ère des énergies fossiles responsables du « chaos climatique » doit toucher à sa fin. Face à l’urgence climatique, ce dont nous avons besoin n’est pas de verdir le gaz, mais de le laisser sous terre.

La Conversation Canada

Sarah M. Munoz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Carboneutre, vraiment ? Le mirage vert des projets de GNL – https://theconversation.com/carboneutre-vraiment-le-mirage-vert-des-projets-de-gnl-261446

Justice climatique : la Cour internationale de justice pose un jalon historique

Source: The Conversation – in French – By Sandrine Maljean-Dubois, Directrice de recherche CNRS, Aix-Marseille Université (AMU)

Dans un avis inédit et unanime, la Cour internationale de justice reconnaît que le changement climatique constitue une menace existentielle pour l’humanité. Les États qui cherchent à se soustraire à leurs obligations climatiques peuvent voir leur responsabilité engagée, ce qui ouvre la voie à de futurs contentieux climatiques nationaux.


La Cour internationale de justice (CIJ) a rendu hier 23 juillet 2025 un avis consultatif très attendu sur les obligations des États à l’égard des changements climatiques. Dans cet avis qui constitue un jalon historique, la Cour clarifie les obligations des États : considérant que les changements climatiques constituent un risque existentiel pour l’humanité, elle adopte une interprétation du droit international particulièrement stricte et « pro-climat ».

La CIJ avait été saisie par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée par consensus il y a plus de deux ans, le 29 mars 2023. Inspirée par un collectif d’étudiants ( « Islands Students Fighting Climate Change ») de l’université du Pacifique Sud, cette demande avait été portée à l’ONU par un petit État insulaire du Pacifique, Vanuatu.

Elle fait suite à un premier projet qui avait été porté en 2011 par Palaos et les Îles Marshall, mais n’avait pas abouti pour des raisons politiques. Cette fois, grâce à une intense activité diplomatique, Vanuatu est parvenu à rallier une vaste coalition internationale et à convaincre l’Assemblée générale de l’ONU de saisir la Cour.

De nombreux États ont participé à la procédure, qui a donné lieu aux plus grandes audiences jamais connues par la Cour, avec une centaine d’interventions au total.

Un contexte d’explosion des procès climatiques

Créée en 1945, la Cour est l’organe judiciaire principal de l’Organisation des Nations unies (ONU). Composée de 15 juges élus pour un mandat de 9 ans, représentant les principaux systèmes juridiques du monde, elle siège à La Haye, aux Pays-Bas. La CIJ peut connaître de procédures contentieuses – elle tranche alors des conflits entre États – ou de procédures consultatives, lorsque des demandes d’avis concernant des questions juridiques lui sont présentées par des organes ou institutions spécialisées des Nations unies, comme c’est le cas ici.

Cette demande s’inscrit dans un contexte d’explosion du nombre de procès dits « climatiques » dirigés contre des États ou des entreprises à l’échelle mondiale.

Plus de 2 300 procès climatiques, en cours ou terminés, ont déjà été recensés aux États-Unis. On en compte également près de 1 300 ailleurs dans le monde, selon la base de données du Sabin Center de l’Université de Columbia.

Le droit international – tout particulièrement l’accord de Paris de 2015 – est souvent invoqué durant ces contentieux, qui se déroulent devant les juges nationaux. L’accord de Paris devient alors l’objet de batailles juridiques pour déterminer comment on doit l’interpréter, à quoi il oblige exactement les États et comment il s’articule avec d’autres obligations internationales (commerce international, investissements internationaux, droit de la mer, droits de l’homme…).




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Récemment, non pas une mais quatre juridictions internationales ont été saisies de demandes d’avis consultatif visant à clarifier le contenu des obligations des États. Par ordre chronologique, il s’agit du Tribunal international du droit de la mer, de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, de la Cour internationale de justice dont il est question dans cet article et de la Cour africaine des droits de l’homme.

Les avis du Tribunal international du droit de la mer et de la Cour interaméricaine des droits de l’homme ont apporté d’utiles précisions. Mais ils n’ont pas tranché toutes les questions posées, car ces tribunaux avaient une compétence limitée.

Ainsi, la Cour interaméricaine n’est compétente que s’agissant des droits de l’homme et pour la vingtaine de pays membres de l’OEA. Le Tribunal international du droit de la mer, pour sa part, a une compétence limitée parce que spécialisée. La Cour internationale de justice a, au contraire, une compétence très large et est universelle.

Que retenir de cet avis de 130 pages ?

La double question qui a été posée à la Cour internationale de justice était extrêmement vaste :

  • Quelles sont les obligations des États, en vertu du droit international, face à la crise climatique ?

  • Quelles sont les conséquences juridiques pour les États en cas de manquement à ces obligations ?

Pour y répondre, la Cour était invitée à appliquer l’ensemble des règles qu’elle considérait comme pertinentes, du droit international du climat au droit de la mer, en passant par les droits humains. Enfin, elle était appelée à clarifier les obligations climatiques des États, non seulement vis-à-vis des autres États, mais aussi des peuples et des individus.

La Cour internationale de justice rappelle les obligations des États face à la crise climatique.

De ce long avis de 130 pages, nous pouvons retenir plusieurs points clés.

Sur les aspects scientifiques, la Cour confirme l’importance des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Elle note que les États se sont accordés à dire devant elle qu’ils constituaient les meilleures données scientifiques disponibles sur les causes, la nature et les conséquences des changements climatiques. En novembre 2024, la Cour avait d’ailleurs demandé à rencontrer plusieurs membres du Giec pour renforcer sa compréhension des éléments scientifiques.

La Cour mobilise une large palette de normes internationales, tant coutumières (c’est-à-dire non écrites, comme le principe de prévention des dommages) que conventionnelles qui vont bien au-delà de l’accord de Paris. Elle estime ainsi qu’un État non membre d’un traité sur le climat (une allusion aux États-Unis qui ont de nouveau quitté l’accord de Paris sous l’impulsion de Donald Trump), a malgré tout des devoirs en la matière.

Sur les obligations des États, la Cour livre une interprétation très stricte du droit international. Au vu de la « menace urgente et existentielle » que représentent les changements climatiques, la CIJ considère à plusieurs reprises que la marge de discrétion des États doit être réduite. Ils ont des obligations étendues, aussi bien en termes d’atténuation des changements climatiques, que d’adaptation et de coopération :

  • L’objectif de l’accord de Paris, qu’il « convient de suivre » est bien de 1,5°C et non plus « nettement en dessous de 2°C », les États l’ayant notamment acté au cours des dernières COP sur le climat. Dans les mesures qu’ils adoptent, les États doivent prendre dûment compte des intérêts des générations futures et des « conséquences à long terme de certains comportements ».

  • Le niveau d’ambition de leurs contributions nationales n’est donc pas discrétionnaire : les contributions doivent être réellement les plus ambitieuses possibles, progresser de cycle en cycle, et permettre d’atteindre l’objectif de l’accord au bout du compte.

  • Les États doivent prendre les mesures voulues pour atteindre les objectifs de leurs contributions, mais les obligations peuvent toutefois être modulées selon les émissions historiques des États ou leurs niveaux de développement.

  • Les États ont « l’obligation, en vertu du droit international des droits de l’homme, de respecter et de garantir la jouissance effective des droits de l’homme en prenant les mesures nécessaires pour protéger le système climatique et d’autres composantes de l’environnement ».

  • Enfin, les États doivent coopérer, car « les efforts que déploieraient les États sans se coordonner entre eux pourraient ne pas leur permettre d’obtenir des résultats effectifs ».

Vers de futurs contentieux climatiques ?

Sur les conséquences juridiques, la Cour ouvre clairement la voie à de futurs contentieux en confirmant que les États peuvent voir leur responsabilité engagée s’ils ne se conforment pas à leurs obligations.

Pour elle, « le fait pour un État de ne pas prendre les mesures appropriées pour protéger le système climatique contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) – notamment en produisant ou en utilisant des combustibles fossiles, ou en octroyant des permis d’exploration ou des subventions pour les combustibles fossiles – peut constituer un fait internationalement illicite attribuable à cet État ».

Elle estime que le droit international exige des États qu’ils mettent fin aux violations et notamment mettent « en œuvre tous les moyens à leur disposition pour réduire leurs émissions de GES » et prennent « toutes autres mesures propres à assurer la conformité à leurs obligations ».

Ils doivent aussi réparer intégralement les dommages causés aux autres États ou aux individus, par une remise en état lorsqu’elle sera possible, et/ou par une indemnisation et/ou par une satisfaction. Cette dernière pourrait ici prendre la forme d’une « expression de regrets, des excuses formelles, une reconnaissance ou une déclaration publique, ou encore en mesure de sensibilisation de la société aux changements climatiques ».

Pour la réparation des dommages, un lien de causalité devra être établi entre les actions ou omissions illicites d’un État et les dommages résultant des changements climatiques. Dans une partie quelque peu élusive, la CIJ reconnaît que c’est plus difficile que pour d’autres pollutions plus locales. Mais elle ajoute que ce n’est pas non plus « impossible » et que cela devra être apprécié in concreto (c’est-à-dire, sur la base d’éléments concrets) dans d’éventuels contentieux climatiques à venir.

Un avis historique

L’avis peut être qualifié d’historique : la Cour ne s’était jamais prononcée sur le sujet, d’autant que ce dernier est sensible. Les COP sur le climat s’essoufflent depuis plusieurs années et que beaucoup d’États reculent dans leurs politiques climatiques voire environnementales, alors même que les conséquences du changement climatique se font sentir de plus en plus vivement.

Les États les plus pauvres et vulnérables, mais aussi les ONG et militants environnementaux avaient des attentes très élevées envers cet avis. Bien que la Cour reste très générale et abstraite dans ses formulations, elle y répond assez largement.

Certes, un avis consultatif n’est pas contraignant en lui-même et les États ne s’y conforment pas toujours, mais il revêt une grande autorité. Adopté à l’unanimité, cet avis pourrait avoir des conséquences politiques et même juridiques.

Il pourrait être mobilisé dans les négociations internationales, et notamment lors des prochaines COP sur le climat. Beaucoup espèrent qu’il poussera au relèvement de l’ambition des politiques climatiques et soutienne leurs positions.

On imagine aussi qu’il va venir alimenter les contentieux climatiques nationaux, et peut-être même motiver certains États à saisir des tribunaux internationaux contre d’autres États.

Néanmoins, la Cour termine son avis en soulignant le rôle certes non négligeable, mais somme toute « limité » du droit international. Elle espère que « ses conclusions permettront au droit d’éclairer et de guider les actions sociales et politiques visant à résoudre la crise climatique actuelle », mais affirme que :

« [La] solution complète à ce problème qui nous accable, mais que nous avons créé nous-mêmes […] requiert la volonté et la sagesse humaines – au niveau des individus, de la société et des politiques – pour modifier nos habitudes, notre confort et notre mode de vie actuels et garantir ainsi un avenir à nous-mêmes et à ceux qui nous suivront. »

Elle engage ici une réflexion sur le rôle du juge, du droit, mais aussi sur leurs limites face à cet enjeu de civilisation.

The Conversation

Sandrine Maljean-Dubois a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche pour le projet PROCLIMEX.

Elle a été avocat-conseil de la République démocratique du Congo dans cette affaire.

ref. Justice climatique : la Cour internationale de justice pose un jalon historique – https://theconversation.com/justice-climatique-la-cour-internationale-de-justice-pose-un-jalon-historique-261870

Guerre d’Algérie : ce que les difficultés d’accès aux archives disent de notre démocratie

Source: The Conversation – in French – By Christophe Lafaye, Chercheur associé au laboratoire LIR3S de l’université de Bourgogne-Europe, Université de Rouen Normandie

Préparation du gazage d’une grotte, en décembre&nbsp;1959, dans le secteur de Tolga, par la section armes spéciales de la 71<sup>e</sup>&nbsp;compagnie de génie de zone, chargée de mettre en œuvre des gaz toxiques. Fourni par l’auteur

Les chercheurs et les citoyens rencontrent de sérieux problèmes pour accéder aux archives contemporaines du Service historique de la défense (SHD). En effet, l’ouverture des archives les plus délicates sur la guerre d’Algérie (1954-1962) pose des problèmes. Les réticences se cristallisent autour de questions sensibles, comme celles du renseignement, des crimes de guerre, de l’emploi des armes spéciales (nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) ou des sites d’essais nucléaires et chimiques.


L’obstruction de l’accès aux archives s’inscrit dans un mouvement général de réduction des libertés publiques au sein des démocraties occidentales et d’un affaiblissement de la représentation nationale dans le contrôle de la communicabilité des archives publiques au profit des ministères autonomes dans la gestion de leurs fonds.

Cette crise intervient dans un temps d’affaiblissement des libertés académiques et plus globalement des universités publiques, par le biais de leur sous-financement chronique ou de leur vassalisation progressive aux ministères pourvoyeurs de subsides. Les difficultés rencontrées dans nos travaux sur la guerre chimique en Algérie illustrent ces dangers qui guettent notre démocratie.

Apparition des archives incommunicables

Le régime de l’accès aux archives est régi par la loi du 3 janvier 1979. Ces dispositions sont modifiées par la loi du 15 juillet 2008, qui pose en principe la libre communication des archives publiques (article L. 213-1 du Code du patrimoine). Des exceptions sont prévues pour allonger le seuil de libre communicabilité des documents (art. L. 213-2), en fonction de leur nature (de 25 à 100 ans). Fait surprenant, le Code du patrimoine crée une nouvelle catégorie d’archives incommunicables et sans possibilité de dérogation :

« Ne peuvent être consultées les archives publiques dont la communication est susceptible d’entraîner la diffusion d’informations permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires, biologiques, chimiques ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirects de destruction d’un niveau analogue. » (article L. 213-2, II)

Photo d’un carton contenant des archives retirées au nom de l’article 213-2 du Code du patrimoine.
Fourni par l’auteur

Que nous apprend l’étude des archives des débats parlementaires ? Dès l’origine, le législateur cible quatre catégories de documents potentiellement problématiques. Il s’agit de ceux permettant de : « concevoir » (se représenter par la pensée, comprendre) ; « fabriquer » (faire, confectionner, élaborer quelque chose à partir d’une matière première) ; « utiliser » (recourir pour un usage précis) et « localiser » (déterminer la place). Ce projet de loi fait la navette entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Les dialogues lors des travaux en commission puis des échanges publics sont archivés. Il est possible ainsi de mieux comprendre la volonté du législateur.

Le député et président du groupe GDR André Chassaigne s’inquiète des effets d’opportunité offerts par l’article sur les archives incommunicables, pour empêcher les historiens d’examiner les parties les plus sensibles de notre histoire :

« Cet article ne concerne pas uniquement les armes nucléaires, il prévoit aussi d’interdire l’accès à tout document relatif au contenu d’armes chimiques et biologiques comme, par exemple, le gaz moutarde de la Grande Guerre ou l’agent orange – et vous savez tous par qui il est fabriqué… (respectivement par l’Allemagne et les États-Unis). La recherche historique permet parfois de mettre les États face à leur passé, notamment concernant les pages douloureuses de leur histoire. Qu’en sera-t-il si nous freinons par la loi ce nécessaire inventaire ? ».

Dans sa réponse, Jean-Marie-Bockel, alors secrétaire d’État à la défense et aux anciens combattants, précise :

« L’interdiction de communiquer les archives relatives aux armes de destruction massive se comprend aisément. En effet, la recette d’une arme chimique ou bactériologique […] n’est jamais périmée. »

L’intention du législateur est de rendre incommunicables perpétuellement : les documents qui permettent de conceptualiser le fonctionnement d’une arme nucléaire, biologique ou chimique ; ceux qui expliquent comment techniquement les assembler ; ceux qui expliquent comment utiliser ces armes et ceux qui indiqueraient où les trouver. Ce sont essentiellement des archives techniques et non des documents historiques. Malheureusement, plus d’une décennie plus tard, cet article est détourné de son sens.

Fouille d’une grotte par des militaires français de la batterie armes spéciales du 411ᵉ régiment d’artillerie antiaérienne, chargée de mettre en œuvre des gaz toxiques.
Fourni par l’auteur

Le mécanisme de dissimulation et ses conséquences

L’incommunicabilité récente des archives concernant l’usage des armes chimiques en Algérie démontre que les craintes du député Chassaigne étaient fondées. Elle intervient après l’épisode de la « bataille » des archives (2019-2021), conséquence de la fermeture des archives contemporaines du SHD pour répondre à l’injonction du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) de déclassification à la pièce des documents portant une trace de classification depuis 1940.

Ces dispositions visent à empêcher l’ouverture immédiate des archives « secret défense » après 50 ans, prévue dans la loi de 2008. Elle est remportée par les archivistes et les historiens après une saisine du Conseil d’État.

En réponse, de nouvelles dispositions restreignant encore l’accès aux archives du ministère des armées sont adoptées dans la loi du 30 juillet 2021 sur la prévention des actes terroristes (PATR). À cette occasion, un réexamen général de la communicabilité des fonds du SHD est réalisé, et la loi de 2021 autorise même à classifier des archives qui ne portent pas de marque de secret.

Des archives sur la guerre chimique en Algérie, librement communiquées entre 2012 et 2019, sont refermées au titre des archives incommunicables. Les documents inaccessibles perpétuellement sont des comptes rendus d’opérations, de réunions, des journaux de marche d’unités « armes spéciales », des PV de créations d’unités, des listes d’équipements, etc. Nous sommes très loin des archives techniques. Cette dissimulation concerne de nombreuses séries, dont quelques exemples de cartons sont indiqués de manière non exhaustive dans les tableaux suivants.

Exemple des cartons ou de dossiers de la série 1H (Algérie) refermés au titre des archives incommunicables.
Fourni par l’auteur
Exemple de cartons ou de dossiers de la série T (État-major de l’armée de Terre et organismes rattachés) refermés au titre des archives incommunicables.
Fourni par l’auteur
Exemple de cartons ou de dossiers de la série U (journaux de marche et opérations) refermés au titre des archives incommunicables.
Fourni par l’auteur
Exemple de cartons ou de dossiers de la série 2J1 refermés au titre des archives incommunicables. Au bout de deux ans, la communicabilité n’a toujours pas été réexaminée.
Fourni par l’auteur
Exemple de cartons ou de dossiers de la série Q (Secrétariat général de la défense nationale et organismes rattachés) refermés au titre des archives incommunicables.
Fourni par l’auteur

Le principal effet de cette utilisation abusive de l’article sur les archives incommunicables est d’accréditer la thèse d’une volonté du ministère des armées de dissimuler ses archives historiques pour des raisons de réputation ou de prudence excessive. Les recours devant la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), même s’ils permettent de clarifier certains principes, ne sont pas suffisants. Lorsque les avis de cette commission indépendante demandent l’ouverture des fonds, ils ne sont pas suivis par le SHD, qui met en avant que ces avis ne sont que consultatifs.




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Vers la judiciarisation de l’accès aux archives ?

Les conditions d’accès aux archives du ministère des armées s’opacifient au fil des années. La fermeture des archives de la guerre chimique menée par la France en Algérie illustre cette volonté de soustraire perpétuellement des documents aux regards des chercheurs et des citoyens.

Deux voies semblent s’ouvrir pour sortir de cette impasse :

  • Une première passerait par le recours au tribunal administratif pour obtenir la saisie de la Commission du secret de la défense nationale en vue d’émettre un avis sur la déclassification des fonds. Cette solution demande des moyens et du temps. Pour le ministère des armées, c’est une stratégie dilatoire pariant sur l’essoufflement des demandeurs.

  • Une seconde serait une nouvelle intervention politique pour ouvrir les archives de la guerre chimique en Algérie, à l’image de ce qui a déjà été fait au sujet de Maurice Audin, des portés disparus ou des archives judiciaires.

Mais que reste-t-il du principe d’ouverture de plein droit des archives « secret défense » au bout de cinquante ans, issus de la loi de 2008 ? Plus grand-chose, assurément. Une vraie démocratie ne dissimule pas ses archives historiques. Elle les assume et les regarde en face pour se projeter dans l’avenir.

The Conversation

Christophe Lafaye a reçu des financements du Centre National du Livre (CNL) en 2025.
Docteur de l’université d’Aix-Marseille et chercheur associé à l’université de Bourgogne-Europe.

ref. Guerre d’Algérie : ce que les difficultés d’accès aux archives disent de notre démocratie – https://theconversation.com/guerre-dalgerie-ce-que-les-difficultes-dacces-aux-archives-disent-de-notre-democratie-261053

Japon : Takashi Tachibana, le populiste qui veut « faire exploser l’audiovisuel public »

Source: The Conversation – in French – By César Castellvi, Sociologue, maîtres de conférences en études japonaises, Université Paris Cité

Takashi&nbsp;Tachibana en campagne, en 2021.
Noukei314/Wikipédia, CC BY-NC

Au Japon, les élections à la Chambre des conseillers se sont achevées le 20 juillet, se soldant pour le premier ministre Shigeru Ishiba par une perte de sa majorité à la Chambre haute, une première depuis quinze ans. Dans un contexte d’inflation du prix du riz, de taxes douanières américaines et de nombreux scandales politiques, les partis d’extrême droite, populistes et anti-immigration, ont réalisé une percée. S’il n’a pas réussi à obtenir de siège lors de cette élection, le candidat Takashi Tachibana et son mouvement, le « Parti qui protège la population de la NHK », incarnent certaines des nouvelles tendances qui marquent le monde politique japonais.


Fondé en 2013, le Parti NHK (NHK-Tō) a fait son cheval de bataille de la dénonciation de la principale chaîne de télévision du pays, la Nippon Hōsō Kyōkai ou NHK, l’unique groupe audiovisuel public du pays. Devenu une figure incontournable de la scène médiatique nippone, le mouvement de Takashi Tachibana incarne deux dynamiques révélatrices des mutations politiques depuis les années 2010 : (1) l’émergence de nouveaux acteurs misant très largement sur les réseaux sociaux pour obtenir des voix ; (2) l’apparition de représentants outsiders, porteurs d’un discours anti-establishment mêlant opportunisme politique et conservatisme.

Né en 1967 à Osaka, Takashi Tachibana rejoint le groupe NHK en 1986 et intègre son service comptabilité au milieu des années 2000. C’est à cette époque qu’il apparaît pour la première fois dans les médias, d’abord comme source anonyme dans la presse à scandale, puis en tant que lanceur d’alerte dénonçant publiquement les méthodes de recouvrement qu’il juge abusives au sein de la chaîne publique.

La première tentative de Takashi Tachibana pour entrer en politique remonte au début des années 2010, lorsqu’il se porte candidat à des élections locales dans le département d’Osaka. Se présentant d’abord comme journaliste indépendant, puis plus sobrement comme « ancien salarié de la NHK », il occupe ensuite divers mandats locaux dans la région de Tokyo, avant de se faire remarquer lors de sa candidature à la mairie métropolitaine de Tokyo en 2016. C’est à partir de cette campagne qu’il commence à structurer son programme autour d’un slogan percutant, devenu sa signature : « Exploser la NHK ! » Cette formule rappelle le slogan de l’ancien premier ministre Junichirō Koizumi, qui dans les années 2000, voulait faire « exploser le Parti libéral ».

Couverture d’un manuel de technique pour éviter de payer la redevance, publié après la campagne électorale de 2016 pour la mairie de Tokyo.

En juillet 2019, Tachibana réalise son principal succès en entrant à la Chambre haute via le scrutin proportionnel, avec 3,02 % des voix au niveau national. Il perd toutefois son siège peu après, en se présentant sans succès à une élection dans la circonscription de Saitama. Pourtant, malgré une série d’échecs aux élections locales, il parvient à rester très présent dans l’espace public.

Comment un outsider a-t-il pu s’imposer dans un univers politique aussi fermé, avec pour seul mot d’ordre la destruction de l’audiovisuel public japonais ?

D’une chaîne YouTube aux bancs de la Chambre haute

Au début des années 2010, Takashi Tachibana ne dispose d’aucun capital politique. Il mise alors sur la construction d’un capital médiatique pour gagner en visibilité. Après son départ de la NHK, son statut de « journaliste indépendant » lui permet d’être ponctuellement invité par certains médias nationaux comme « spécialiste » de la chaîne, notamment lorsque celle-ci est accusée de collusion avec le pouvoir après la nomination d’un nouveau directeur.

C’est avant tout par une présence continue en ligne que Tachibana construit son capital médiatique. Bien qu’actif sur YouTube dès 2012, soit un an avant la légalisation de l’usage d’Internet en campagne électorale, il ne fonde sa chaîne actuelle qu’en 2018. Forte de plus de 760 000 abonnés et comptant près de 5 000 vidéos, elle est le pilier de son mouvement. Les vidéos, parfois publiées plusieurs fois par jour, se distinguent par leur amateurisme revendiqué : image floue, captation sommaire, décor minimaliste, montrant Tachibana seul ou accompagné, face à un simple tableau blanc couvert de schémas manuscrits.

Poster de campagne affiché dans le département de Hyôgo, « Takashi Tachibana, le Trump japonais. Contre l’immigration ».

Lors de son élection à la Chambre haute en juillet 2019, certaines vidéos de Tachibana dépassent les six millions de vues, devançant parfois celles du premier ministre Shinzo Abe.

Une enquête du quotidien Asahi publiée le 25 juillet 2019 révélait que le recrutement des candidats se faisait sur la base de la capacité à produire des vidéos YouTube, au prix de dérapages tels que ceux déclenchés par la candidate Chizuko Nakaso, également membre du groupe xénophobe « Association des citoyens contre les privilèges des résidents étrangers (Zaitokukai) ». Une stratégie assumée par le candidat : peu importent les propos, pourvu qu’ils fassent parler. Ses vidéos, qui abordent aussi bien la politique locale que les affaires internationales, reviennent toujours à la critique de la NHK. Son ascension repose sur une logique d’allers-retours entre réseaux sociaux et médias traditionnels.

De la critique de la NHK à la critique de l’ensemble des médias

À l’origine, les critiques de Tachibana à l’encontre de la NHK portaient principalement sur la question du paiement de la redevance. Mais dès 2016, il élargit son discours en dénonçant l’ensemble des scandales dans lesquels la chaîne publique a pu être impliquée. Si ce sujet peut sembler secondaire au premier abord, il se révèle plus subtil qu’il n’y paraît.

Depuis les années 2000, la grande chaîne publique japonaise suscite en effet de nombreux mécontentements. Du côté progressiste, elle est jugée trop proche du pouvoir politique, en raison de son mode de fonctionnement, et incapable de remplir un rôle de contre-pouvoir comparable à celui de la BBC britannique. Du côté conservateur, elle incarne l’héritage de la culture d’après-guerre, perçue comme une imposition d’une posture de perpétuelle repentance vis-à-vis des autres pays asiatiques.

À cela s’ajoute la dénonciation, de plus en plus audible, du caractère jugé injuste de la redevance que tout Japonais est tenu de payer dès lors qu’il possède un téléviseur, qu’il regarde ou non la NHK. Cet argument trouve un écho croissant auprès d’une partie de la population confrontée à des difficultés économiques, et notamment chez les jeunes, où la défiance à l’encontre des institutions s’installe. En concentrant son discours sur la chaîne publique, Tachibana parvient ainsi à capitaliser sur un mécontentement certes minoritaire, mais suffisamment répandu pour produire des résultats électoraux, comme ce fut le cas lors des élections à la Chambre des conseillers de 2019.

Si cette stratégie a rencontré un certain succès à la fin des années 2010, la focalisation exclusive sur la NHK montre aujourd’hui ses limites. Cet axe d’attaque ne fait pas consensus, d’autant que la NHK continue d’inspirer une forte confiance chez une large partie de la population. Cette critique récurrente constitue ainsi à la fois la force et la faiblesse du discours de Tachibana et de son mouvement.

Parmi ses stratégies récentes, Tachibana élargit sa critique, qui ne vise plus seulement la NHK mais l’ensemble des médias traditionnels, presse quotidienne et chaînes privées incluses. Cette évolution se reflète dans le slogan de sa campagne de juillet 2025 : « Poursuivre le combat contre les vieux médias, à commencer par la NHK ».

Vidéo de campagne avec le message « le Parti NHK, en lutte contre les médias », chaîne YouTube de Takashi Tachibana, 27 juin 2025 (sous-titres automatiques en français disponibles).

Une partie des vidéos publiées sur sa chaîne YouTube est consacrée à des propos critiques visant des médias plus ou moins précisément ciblés. Sans surprise, ses attaques s’adressent le plus souvent aux journaux ou aux chaînes de télévision qui ne lui ont pas accordé une couverture favorable, que ceux-ci soient d’obédience progressiste comme la chaîne TBS ou conservatrice comme le quotidien Yomiuri.

Tachibana n’est pas seul à cibler les « vieux médias ». Il a ouvert la voie à d’autres figures, comme Shinji Ishimaru, arrivé en deuxième position aux municipales de Tokyo en 2024. Plus récemment, le gouverneur de Hyōgo, Motohiko Saitô, a repris cette stratégie pour sa réélection, avec le soutien de Tachibana dans sa critique de l’establishment.

Mobiliser l’électorat en contestant grâce à Internet l’ordre politique et médiatique établi depuis les années 1950, incarné par la proximité entre le Parti libéral-démocrate et les principaux organes de presse, devient progressivement une stratégie à la mode auprès des candidats appartenant à des mouvements contestataires. Si cette stratégie ne permet pas d’accéder à des postes d’envergure nationale, elle offre néanmoins la possibilité de remporter des sièges lors d’élections locales. On y retrouve les mêmes ressorts que dans la critique de la NHK : capter le soutien de personnes mécontentes, quelles que soient leurs orientations politiques initiales.

Un opportunisme politique sans limite

Lors des élections à la Chambre haute de 2019, Tachibana et son parti avaient délaissé les grands enjeux nationaux, comme la TVA ou la sécurité sociale, pour se focaliser sur leur combat contre la NHK.

Face aux difficultés à réitérer ce succès, son discours s’est progressivement élargi. Lors des élections de juillet 2025, candidat à Hyōgo, Tachibana s’est présenté comme « le Trump japonais », arborant dans ses vidéos la casquette rouge du mouvement MAGA, dans une tentative assumée de capitaliser sur la popularité de l’ex-président américain.

Cette identification à Donald Trump s’accompagnait également d’évolutions notables dans le contenu du message politique, avec l’adoption de propos ouvertement xénophobes à l’encontre de la présence étrangère au Japon. Cette thématique s’est progressivement imposée dans le débat public, notamment sous l’influence du Sanseitō, un parti d’extrême droite aux propos complotistes et xénophobes, actuellement très médiatisé en raison de son bon score lors du scrutin du 20 juillet. À ce propos, il est intéressant de noter que les attaques contre les médias font également partie de la panoplie de ce nouveau parti en vue.

Malgré la perte de vitesse de son mouvement, illustrée par sa récente défaite aux dernières élections, le cas de Tachibana est intéressant en ce qu’il représente l’un des premiers exemples de politicien « youtubeur » ayant réussi un véritable coup politique. Comble de l’ironie, la Loi sur les élections publiques (Kōshoku senkyo hō) oblige la NHK (mais aussi les autres chaînes) à accorder un temps de parole aux candidats du mouvement, alors même que ceux-ci en font leur cible principale. Aussi fantasque qu’il puisse paraître, ce mouvement s’efforce de capter le vote des abstentionnistes en s’attaquant au monde politico-médiatique traditionnel.

La stratégie qui consiste à viser les principales institutions du pays, parmi lesquelles les médias, mais aussi les universités ou la justice, est une tendance globale. Si les mouvements populistes sont longtemps restés marginaux au Japon, les élections à la Chambre des conseillers de 2025 semblent bien être une nouvelle étape de leur montée en puissance.

The Conversation

César Castellvi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Japon : Takashi Tachibana, le populiste qui veut « faire exploser l’audiovisuel public » – https://theconversation.com/japon-takashi-tachibana-le-populiste-qui-veut-faire-exploser-laudiovisuel-public-260217

Une courte histoire du T-shirt à slogan, bannière de nombreuses luttes depuis l’après-guerre

Source: The Conversation – France (in French) – By Liv Auckland, Lecturer in Fashion Communication and Creative Direction for Fashion, Nottingham Trent University

Depuis des décennies, le T-shirt à slogan s’impose comme un puissant vecteur d’expression politique et personnelle. De la guerre du Vietnam aux luttes LGBTQ+, il continue de porter haut les combats de son époque.


Vous avez probablement un tiroir rempli de T-shirts. Ils sont confortables, faciles à assortir, bon marché et omniprésents. Mais le T-shirt est loin d’être basique. Depuis 70 ans, il est utilisé comme outil d’expression de soi, de rébellion et de protestation. Et en 2025, le T-shirt à slogan est aussi puissant qu’il ne l’a jamais été.

Autrefois porté comme sous-vêtement, le T-shirt devient un vêtement à part entière après la Seconde Guerre mondiale. Moulant le corps de jeunes hommes en bonne forme physique, il en vient à symboliser l’héroïsme, la jeunesse et la virilité.

Le T-shirt est adopté par des groupes issus de sous-cultures comme les bikers ou les passionnés de voitures customisées. Il est popularisé par des stars hollywoodiennes comme Marlon Brando et James Dean. Au milieu des années 1950, il devient un symbole de rébellion et de coolitude.

Les punks s’en emparent

À partir des années 1960, les T-shirts à slogans gagnent en popularité aux États-Unis et au Royaume-Uni, et les femmes commencent à les porter à mesure que la mode se fait plus décontractée. À l’ère postmoderne, le langage devient moins fonctionnel et davantage orienté vers l’expression individuelle et l’exploration personnelle. Cette approche ludique du mot, alliée à un accent mis sur le design et le commentaire social, fait du T-shirt une toile idéale pour la défense de la pensée individuelle.

Les slogans pacifistes dominent les T-shirts aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam et face à la menace croissante d’un conflit nucléaire. L’un des slogans les plus connus reprend l’affiche de la célèbre campagne de 1969 « War is Over » de John Lennon et Yoko Ono, un T-shirt encore reproduit aujourd’hui. Les messages de paix, qu’ils utilisent des mots ou des symboles, sont restés présents dans notre garde-robe collective, de la haute couture à la mode grand public.

Dans les années 1970, le New York Times qualifie le T-shirt de « support du message », et ce message devient de plus en plus subversif. Les T-shirts à slogans cherchent à provoquer, par l’humour ou la controverse.

Les punks excellent dans cet exercice. Ils construisent ce que le théoricien des sous-cultures Dick Hebdige appelle une « rhétorique de vaurien » (« guttersnipe rhetoric ») dans son étude de 1979 Subculture : The Meaning of Style. Les créateurs Vivienne Westwood et Malcolm McLaren ouvrent la voie à une esthétique DIY où les slogans sont souvent griffonnés, expressifs et remettent en cause les normes sociales.

Le T-shirt à slogan dans la lutte pour les droits LGBTQ+

Les progrès de la fabrication et de l’impression à l’ère postmoderne permettent aussi une impression de masse des slogans, une évolution dont la communauté LGBTQ+ et ses alliés s’emparent.

Parmi les T-shirts à slogans les plus marquants de l’histoire, beaucoup sont créés en réaction à l’épidémie de sida dans les années 1980. Le plus poignant porte simplement la mention « Silence = Death ». D’abord une affiche, le design est ensuite imprimé sur des T-shirts par la Coalition pour libérer le pouvoir contre le sida (connue sous le nom de « Act Up »), pour être porté lors de manifestations.

Les personnes touchées par le sida sont diabolisées et largement ignorées, si bien que la communauté queer doit se tourner vers l’activisme pour obtenir des réponses du gouvernement et de leurs concitoyens. Dans After Silence : A History of Aids through Its Images (2018), l’auteur Avram Finkelstein décrit l’activisme de l’époque comme un « appel et une réponse, une demande de participation » pour les vies en jeu. Dans un monde d’avant Internet, le T-shirt devient une plate-forme pour rendre visible ce combat.

Les années 1980 voient aussi le T-shirt à slogan entrer dans la culture populaire autant que dans l’arène politique, notamment avec les créations de Katharine Hamnett. Connus pour leur coupe ample, ses messages politiques ornent le torse de célébrités comme George Michael et Debbie Harry. En 1984, Hamnett marque l’histoire de la mode en rencontrant la Première ministre Margaret Thatcher avec un T-shirt où l’on peut lire « 58 % Don’t Want Pershing » (« 58 % ne veulent pas de Pershing », dénonçant l’installation de missiles américains Pershing en Europe pendant la guerre froide), une référence à son opposition aux armes nucléaires.

La même année, son design « Choose Life » devient iconique lorsqu’il est porté dans un clip de Wham ! À l’origine, cette phrase renvoie aux enseignements fondamentaux du bouddhisme, mais elle prend un sens plus large dans le contexte de l’épidémie de sida, du thatchérisme et de l’instabilité économique.

Le T-shirt « Choose Life » dans le clip de Wham ! Wake Me Up Before You Go-Go.

Le slogan est ensuite utilisé dans le monologue d’ouverture du film culte Trainspotting (1996), qui se déroule dans un Édimbourg pauvre et marqué par la drogue. Ce design est repris d’innombrables fois, y compris par Hamnett elle-même pour l’association de soutien aux réfugiés Choose Love.

Dans son ouvrage de 2013 Slogan T-shirts : Cult and Culture, l’autrice Stephanie Talbot explique que les T-shirts à slogans peuvent traverser le temps et devenir iconiques. Si le T-shirt « Choose Life » a transcendé les générations, il montre aussi comment le message convoyé par un slogan peut changer selon la personne qui le porte, celle qui le lit, et le contexte dans lequel il est vu. Aujourd’hui, au grand désarroi de Hamnett, « Choose Life » a été récupéré par des militants antiavortement, adoptant un sens différent et basculant de l’autre côté du spectre politique.

Qui peut porter un T-shirt à slogan ?

Quand on porte un T-shirt à slogan, on projette son moi intérieur dans l’espace public, créant une extension de soi qui invite les autres à nous percevoir. Cela crée des opportunités de conflit autant que de lien et de communauté, exposant nos corps – en particulier les corps marginalisés – à un certain risque.

En 2023, par exemple, de nombreux manifestants pacifiques sont arrêtés pour avoir porté des T-shirts Just Stop Oil, montrant à quel point porter un T-shirt à slogan peut être dangereux – voire potentiellement illégal.

L’acteur Pedro Pascal porte le T-shirt « Protect the Dolls » avec un manteau brun
L’acteur Pedro Pascal porte le T-shirt « Protect the Dolls » de Connor Ives.
Fred Duval/Shutterstock

La communauté LGBTQ+ continue néanmoins d’utiliser la puissance de ce support – non pas malgré les changements législatifs, mais à cause d’eux. Le créateur Connor Ives clôture son défilé à la Fashion Week de Londres 2025 avec un T-shirt portant le slogan « Protect the Dolls », à une époque où les vies trans et l’accès aux soins liés au genre sont de plus en plus politisés. Le mot « dolls » est un terme affectueux utilisé dans les milieux queers pour désigner celles qui s’identifient au féminin, y compris les femmes trans.

Après avoir reçu un large soutien, le T-shirt entre en production pour lever des fonds au profit de l’association américaine Trans Lifeline. De nombreuses célébrités l’ont depuis porté, notamment l’acteur Pedro Pascal et le musicien Troye Sivan, pour exprimer leur soutien face aux nombreuses lois restrictives. Dans un monde qui semble de plus en plus chaotique, pour beaucoup, le simple T-shirt reste un espace où exprimer ce que l’on ressent vraiment.

The Conversation

Liv Auckland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une courte histoire du T-shirt à slogan, bannière de nombreuses luttes depuis l’après-guerre – https://theconversation.com/une-courte-histoire-du-t-shirt-a-slogan-banniere-de-nombreuses-luttes-depuis-lapres-guerre-261814

Pelvic floor training can help active women avoid exercise-related symptoms

Source: The Conversation – UK – By Holly Ingram, Senior Midwifery Lecturer, Anglia Ruskin University

Dudarev Mikhail/Shutterstock

Are you a woman who exercises regularly? If so, here’s a vital question: do you train your pelvic floor muscles as part of your routine?

If the answer is no, now’s the time to start. It’s never too late to protect yourself from pelvic floor dysfunction – and the benefits go far beyond avoiding leaks.

The pelvic floor is a complex hammock of muscles and ligaments stretching from the front of your pelvis to your tailbone. It weaves around the urethra, vagina and anus, supporting the pelvic organs and helping them stay in the right place.

These muscles are essential for bladder and bowel control, sexual function and core stability. In fact, your pelvic floor works alongside the diaphragm, abdominal muscles, and back muscles in what’s known as the “core canister” or “core rectangle.” Together, they help stabilise the spine, protect internal organs, and support movement, especially in high-impact or strength-based activities.

How does sport affect pelvic floor health?

Many sports rely heavily on core strength. Running, jumping, lifting and full-contact sports like rugby all demand stability, control and muscular endurance. But they also place significant strain on the pelvic floor.

That’s why pelvic floor dysfunction is surprisingly common among sportswomen. Around one in two women in the UK will experience pelvic floor symptoms at some point in their lives – but rates are even higher among female athletes. A 2024 study of female rugby players found that 63% experienced pelvic floor dysfunction serious enough to affect both their performance and daily life, often requiring physiotherapy or specialist support.

Movements such as jumping, running, landing and breath-holding during exertion all increase intra-abdominal pressure, which pushes down on the pelvic floor. Without proper conditioning, these muscles can become strained or fatigued, especially if they’re weaker than the surrounding core muscles.

Endurance sports can also take their toll, causing the pelvic floor to repeatedly contract under pressure. Like any muscle, the pelvic floor is susceptible to overuse injuries and needs time to recover.

Pelvic floor dysfunction can show up in several ways, including leaking urine or faeces during exercise, coughing or sneezing; disrupted bowel habits; a heavy or dragging feeling in the lower abdomen or vagina; pain during sex; a bulging sensation or visible tissue in the vaginal area; and pelvic organ prolapse.

These symptoms may appear during exercise – or at rest – and often worsen over time without the right support or training.

Exercise can help with pelvic floor dysfunction – only if the pelvic floor is actively and effectively engaged. Many workouts target the abs or general core, but if the pelvic floor isn’t included with the same intensity, muscular imbalances can develop. Combined with gravity and high-impact movement, this puts the pelvic floor at greater risk of dysfunction.

The good news? The pelvic floor responds well to training. With regular, focused practice, these muscles become stronger, more coordinated and more resilient – helping to prevent dysfunction and even aiding recovery after childbirth.

How to train your pelvic floor

Not sure where to start? Here’s a simple exercise:

  1. Imagine you’re holding in wind – gently contract your anus.

  2. Next, squeeze your urethra as if stopping a flow of urine.

  3. Now, lift upwards through the vagina.

  4. Hold the contraction for a few seconds (or as long as you comfortably can), then release.

That’s one pelvic floor contraction: well done!

Try doing a few reps at a time, and gradually build up. You can incorporate these into your run, add them to your core workout, or practise them during rest days or cool-downs. The goal is to make pelvic floor training a regular part of your routine.

Your pelvic floor deserves just as much attention as your abs, glutes or quads. If you’re a woman who exercises, training these deep core muscles can boost your performance, reduce your risk of injury and support your overall health now and in the future.

So next time you lace up your trainers or hit the gym, don’t forget your pelvic floor. Your body will thank you.

The Conversation

Holly Ingram does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pelvic floor training can help active women avoid exercise-related symptoms – https://theconversation.com/pelvic-floor-training-can-help-active-women-avoid-exercise-related-symptoms-259711

Le Sénégal cherche un nouveau souffle économique et diplomatique auprès de la Chine

Source: The Conversation – in French – By Ibrahima Niang, Assistant lecturer, University of Cape Town

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Sénégal. En se rendant à Pékin pour sa première visite hors d’Afrique du 22 au 27 juin, le Premier ministre Ousmane Sonko a affiché l’ambition d’un Sénégal plus autonome dans ses choix de partenaires. Ibrahima Niang, chercheur en sociologie économique et spécialiste des relations sino-sénégalaises décrypte les objectifs politiques de ce déplacement et les retombées possibles pour le Sénégal, Il évoque également les risques de dépendance et les conditions requises pour un partenariat équilibré avec Pékin.


Que révèle la visite du Premier ministre sénégalais en Chine sur sa nouvelle diplomatie ?

Cette visite du Premier ministre en Chine, sa première hors du continent africain, témoigne de la forte ambition diplomatique du pays. Elle s’est inscrite dans une stratégie de diversification des partenaires économiques. Ce choix intervient dans un contexte marqué par un accent souverainiste croissant au Sahel, perceptible dans les discours et les actes d’États autrefois proches de l’ancienne Métropole.

Par conséquent, il faut y lire un désir de “désoccidentaliser” la diplomatie en la recentrant vers les pays du Sud global dont la tête de pont est la Chine, seconde puissance économique et premier partenaire commercial du Sénégal. C’est aussi une rencontre qui marque vingt années de relations diplomatiques après une période de dix (1995-2005) ans durant laquelle le Sénégal n’entretenait des relations diplomatiques qu’avec Taïwan.

Quels étaient les objectifs clés de la visite du Premier ministre Sonko en Chine ?

Le prétexte de cette visite est une invitation, en tant que dirigeant africain, à venir porter la voix de l’Afrique au Forum d’été de Davos, qui s’est tenu à Tianjin, en Chine. L’objectif était de permettre au leader politique sénégalais d’y présenter les opportunités d’investissement du continent africain, et particulièrement le projet économique du Sénégal: l’Agenda de Transformation 2050.

Le Premier ministre a aussi cherché à nouer des partenariats avec les dirigeants d’entreprises et sociétés chinoises comme Brain Co, Ali Baba afin de les inciter à venir s’installer au Sénégal.

Il a rencontré les dirigeants des grandes banques chinoises comme Export Import Bank, China Developement Bank qui financent des projets actuellement à l’arrêt depuis la publication de la dette colossale de l’État du Sénégal. La Cour des comptes a révélé une dette cachée d’environ 7 milliards de dollars, longtemps sous-estimée, qui alourdit considérablement ses finances publiques.

Il s’agit des projets comme celui de « l’Autoroute de l’eau » du Lac de Guiers vers Dakar, Mbour, Thiès et Touba, sous la responsabilité de Sinohydro et le projet de l’autoroute Mbour-Kaolack, toujours sous la responsabilité de China Road and Bridge Corporation (CRBC).

Enfin, cette visite a permis de renforcer le partenariat stratégique global avec la Chine à la faveur de la rencontre organisée avec le Premier ministre chinois et l’audience avec le président Xi Jinping .

Concrètement, quelles sont les retombées attendues pour le Sénégal ?

Elles sont nombreuses, si l’on en croit le Premier ministre, même si aucun document officiel n’a été publié pour permettre de connaître le montant exact des dons chinois annoncés par le Premier ministre sénégalais. Parmi ces annonces majeures, figurent un accord entre l’État et un constructeur automobile Yutong Yutong et le groupe Zhenhuai Construction, impliquant le Fonds de développement des transports terrestres (FDTT) du Sénégal, l’Association de financement des transports urbains (AFTU) et China Africa Investment and Development (CAID). L’objectif est de moderniser les gares routières et la mise en place d’infrastructures de recharge « vertes » et installer une usine de montage de bus électriques avec une ambition de production de 40.000 bus.

L’autre accord concernant la Sicap, société immobilière appartenant à l’Etat, a pour but la construction d’une usine de matériaux préfabriqués et la réalisation de logements sociaux à Dakar. L’usine, d’une capacité de 10 000 logements par an, sera basée à Huai’an, dans la province de Jiangsu, en Chine. Elle représente un investissement de 100 millions de dollars de la China Africa Investment and Development (CAID) et la formation de techniciens et ingénieurs sénégalais en Chine. La relance des projets à l’arrêt du fait du niveau de la dette est également concernée.

L’engagement du groupe chinois Huawei à accompagner l’État du Sénégal dans son nouveau projet de digitalisation, le New Deal Technologique, s’inscrit dans le cadre de la stratégie numérique nationale, alignée sur l’agenda de transformation du pays. Cet engagement fait suite à la visite du Premier ministre au siège de Huawei à Beijing.

Renforcer la coopération avec la Chine, est-ce aussi prendre le risque d’une dépendance accrue ?

Depuis un demi-siècle, l’économie sénégalaise est demeurée fortement tournée vers l’extérieur. Elle a largement dépendu des importations des importations venant principalement de la France et de la présence de grands groupes industriels français depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, l’essentiel des produits de la croissance faite au Sénégal est transféré vers l’étranger.

Avec le renforcement de la coopération chinoise, le risque est de remplacer une dépendance par une autre. Les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) confirment cette tendance. En 2023, le déficit commercial avec la Chine s’est creusé à 647 milliards de francs CFA. La Chine est désormais le premier partenaire commercial du Sénégal, avec des échanges largement dominés par des produits manufacturés en provenance de Pékin.

Les entreprises chinoises dominent principalement le secteur du numérique, au cœur de la stratégie nationale de digitalisation. Elles sont impliquées dans plusieurs programmes majeurs — e-gov, le système de surveillance des grands axes et avenues du Sénégal, Smart-Sénégal — tous financés par des emprunts contractés auprès de la Chine.

C’est pourquoi cela suscite une certaine inquiétude des partenaires traditionnels du Sénégal. Ils craignent de voir tout le programme des technologies de l’information et de communication finir entre les mains des experts chinois. Même s’il faut reconnaître que ces partenaires dits traditionnels ont un modèle de coopération désuet face à la Chine.

Car les Chinois ont la technologie et l’argent pour financer les projets.
Dans ces conditions le Sénégal ne peut pas se permettre d’attendre des offres qui tardent à venir avec modalités de décaissements trop lourdes.

Quelles sont les conditions pour que le Sénégal tire durablement profit de cette relation ?

Le Sénégal, par la voix de son Premier ministre, dit vouloir s’inspirer du modèle de développement chinois dans son Agenda 2050, un référentiel de développement. Pour cela, il a souligné des accords de partenariat entre les provinces chinoises et les pôles de développement territorial du Sénégal.

Je pense que pour tirer durablement profit de cette relation, il faut être plus ambitieux du coté sénégalais. Au lieu de l’installation d’une usine de montage de bus pour au moins 4000 bus, il aurait été préférable de négocier la création d’unités de fabrication locales, au moins d’une partie des bus et pour certaines pièces.

Ce type de projet n’est pas un véritable transfert de technologies. Pourtant, le pays a déjà une expérience dans ce domaine avec Senbus Industries, développé en partenariat avec Tata. Ensuite, il y a beaucoup à faire en termes d’engagements, de renégociations sur les projets financés sur emprunt chinois. Il est essentiel de faire en sorte que 40 % reviennent aux entreprises locales pour donner un contenu plus significatif pour le contenu local.

Par ailleurs, il est important de revoir les termes des projets financés par des emprunts chinois. L’État pourrait ainsi exiger qu’au moins 40 % des marchés soient attribués à des entreprises locales, afin de renforcer le contenu local et créer de la valeur au niveau national.

The Conversation

Ibrahima Niang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le Sénégal cherche un nouveau souffle économique et diplomatique auprès de la Chine – https://theconversation.com/le-senegal-cherche-un-nouveau-souffle-economique-et-diplomatique-aupres-de-la-chine-261152

Cubic zirconia only forms under extreme temperatures, like those produced when an asteroid impacts Earth

Source: The Conversation – Canada – By Neeraja Chinchalkar, PhD student, Earth and Planetary Science and Exploration, Western University

A satellite image of the Clearwater Lakes, the site of two large asteroid impacts that struck Earth about 290 million years ago (NASA Earth Observatory)

When high-velocity asteroids land on the Earth, they can form a meteor impact crater. Such collisions have occurred throughout Earth’s history and still occur on other planetary bodies today.

While most asteroid impacts on Earth happened millions of years ago, their remnants are still preserved across the Earth’s surface. Impact-affected rocks experience intense heat and pressure during the impact.

One such ancient impact site, known as West Clearwater Lake, is located in Québec, on the Canadian Shield near Hudson Bay. This crater, now filled with water, was formed when an asteroid struck Earth approximately 285 million years ago.

A natural thermometer

Zircon is a mineral commonly found in a variety of rock types on Earth and in some rocks on the moon and other planets. It is an incredibly durable, naturally occurring mineral that has been around since as long as the Earth itself. The physical resilience of zircon makes it a useful tool to study natural geological phenomena.

Zircon, when heated enough, begins to break down into its components: zirconia (ZrO₂) and silica (SiO₂). Zirconia has different forms depending on how hot it gets, called polymorphs — these are minerals with the same chemical make up but different crystal structures that adapt to changing physical conditions. One of the polymorphs of zirconia is cubic zirconia, named for its cubic structure.

Finding cubic zirconia in nature is incredibly rare because of the specific conditions it requires to remain structurally stable. Cubic zirconia forms only under extreme conditions where temperatures reach above 2,370 C. On the Earth’s surface, such naturally hot temperatures have only been known to exist during impact crater formation.

At West Clearwater Lake, we found evidence of this natural cubic zirconia preserved in natural glass — a remnant of the intense heat from the ancient asteroid impact. For comparison, active volcanoes such as those in Hawaii reach temperatures in the range of 800 to 1,200 C.

In nature, zirconia exists in several forms, depending on the temperature and pressure it’s exposed to. The three main polymorphs are: monoclinic, tetragonal and cubic.

Monoclinic zirconia is stable at lower temperatures and is the most common form of zirconia found in nature. Tetragonal zirconia exists at moderately high temperatures and is unstable at low temperatures. Cubic zirconia is only stable at extremely high temperatures above 2,370 C, and is also unstable at lower temperatures.

white scattered fragments against a black background
A backscattered electron image of a zircon grain decomposing into zirconia.
(N. Chinchalkar , G. Osinski, T. Erickson & C. Cayron), CC BY

A hot piece of history

How, exactly, did cubic zirconia end up in these rocks?

When the asteroid hit the West Clearwater Lake region millions of years ago, it generated temperatures hot enough to melt and vaporize some of the surface rock. As the molten rock cooled and solidified, microscopic crystals of zircon, originally present within target material, got caught up in the hot melt and began to transform.

At temperatures above 2,370 C, these zircon crystals started to break down, and some of them turned into cubic zirconia. This provided evidence of the extreme heat, which our research team discovered in our recent study.

This fascinating evidence gives us insights into how hot it can get during a meteorite impact, something that’s hard to measure millions of years after the fact.

Artificial production

Synthetic cubic zirconia is produced artificially by heating zirconium oxide to high temperatures, then cooling it in a controlled environment; the zirconia then forms crystals that resemble diamonds. Synthetic cubic zirconia is a popular substitute for diamonds in jewelry because it is cheap to produce but still sparkles like diamonds.

Synthetic cubic zirconia contains high amounts of stabilizing agents, like the element yttrium, that prevent it from becoming unstable and help it maintain its brilliance over time.

Without the additives used in synthetic cubic zirconia, natural zirconia is much more likely to transform into other forms as it cools down. That’s why finding natural cubic zirconia is so rare — it exists only in places where temperatures were once unimaginably high.

a bright white gemstone
Synthetic cubic zirconia is a popular substitute for diamonds in jewelry because it is cheap to produce but still sparkles like diamonds.
(James St. John/Flickr), CC BY

Asteroid impacts

Apart from being a fascinating geological discovery, finding evidence of cubic zirconia in an impact structure gives scientists a better understanding of the conditions created during asteroid impacts. These ancient events weren’t just violent — they fundamentally changed the Earth’s surface in ways that we’re still learning about.

While the discovery of cubic zirconia in West Clearwater Lake is exciting, it’s just one piece of the puzzle. Impact craters are not unique to Earth — they are found on most rocky objects in our solar system. For example, cubic zirconia has been found in moon rocks brought back by astronauts of the Apollo missions.

Meteorite craters like the West Clearwater Lake are only a small part of a larger story of Earth’s history. During its nascent years, Earth was regularly bombarded by asteroids that were remnants of the debris from the formation of the solar system, and these collisions helped shape the planet’s surface. In fact, there is compelling evidence that asteroid impacts may have played a role in the origin of life by creating environments where complex chemicals could form.

The Conversation

Neeraja Chinchalkar is affiliated with the Lunar and Planetary Institute

Gordon Osinski receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada and the Canadian Space Agency.

Timmons Erickson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Cubic zirconia only forms under extreme temperatures, like those produced when an asteroid impacts Earth – https://theconversation.com/cubic-zirconia-only-forms-under-extreme-temperatures-like-those-produced-when-an-asteroid-impacts-earth-238267

Why do MAGA faithful support Trump if his ‘big beautiful bill’ will likely hurt many of them?

Source: The Conversation – USA – By Alex Hinton, Distinguished Professor of Anthropology; Director, Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University – Newark

Supporters of President Donald Trump demonstrate near his Mar-a-Lago home in Palm Beach, Fla., on July 17, 2025. Joe Raedle/Getty Images

President Donald Trump signed the wide-ranging One Big Beautiful Bill Act into law on July 4, 2025. It focuses on cutting taxes, mainly for households that earn US$217,000 or more each year, as well as increasing funding for military and border security and revamping social programs.

Republicans tout it as providing “an economic lifeline for working families” and “laying a key cornerstone of America’s new golden age.”

Democrat lawmakers argue that, in reality, Trump’s act “steals from the poor to give to the ultra-rich.”

The act is estimated to increase the country’s debt by more than US$3 trillion over 10 years, while knocking more than 10 million people off Medicaid.

About 41.4 million adults in the U.S. receive Medicaid. And 49% of Medicaid recipients who voted in the 2024 election backed Trump.

While 94% of Democrats and Democratic-leaning independents said in a May 2025 survey that they are worried Medicaid cuts will lead to more adults and children losing their health insurance, 44% of Republicans and Republican-leaning independents expressed concern about this, according to the KFF Health Tracking Poll.

Why, then, do Trump’s Make America Great Again supporters – especially those who will be hit hard by cuts to food assistance programs and health care, including hospitals – continue to support him even as he enacts policies that some think go against their interests? Indeed, over 78% of Republicans or Republican-leaning voters say they support the measure Trump signed.

As an anthropologist who studies MAGA and American political culture, I understand that many of the MAGA faithful believe that Trump is a once-in-a-lifetime leader who is catapulting the U.S. into a new golden age.

Sure, their reasoning goes, bumps in the road are expected. But they think that most of the criticism of Trump and this latest bill is ultimately fake news spread by radical leftists who have what some call Trump Derangement Syndrome, meaning anti-Trump hysteria.

An older man with white hair sits and holds up a larger piece of paper. He is surrounded by people dressed formally who applaud and smile.
President Donald Trump holds up the One Big Beautiful Bill Act that he signed into law on July 4, 2025, at the White House.
Alex Brandon − Pool/Getty Images

Trump alone can fix it

In the eyes of the MAGA faithful, Trump is no ordinary politician. To them, he is a savior who can help ward off the threat of radical left socialism. They believe Trump’s proclamation: “I alone can fix it.”

Some see Trump’s survival of an assassination attempt on July 13, 2024, as evidence he is divinely chosen to lead the country. Trump himself claimed during his second inaugural address, “I was saved by God to make America great again.”

As I have repeatedly observed firsthand at Trump rallies and MAGA gatherings and heard in my conversations with Trump supporters, many Trump supporters – even those whom Democrats contend will be hurt by the bill – see the bill as a key step to making America great again. Doing so will not be easy and may cause some pain.

But as Trump himself has noted about policies such as tariffs, “sometimes you have to take medicine to fix something.”

‘Fake news!’

Even if the bill may cause some short-term pain, MAGA stalwarts contend, the apocalyptic claims of critics of massive health cuts are hoaxes spread by the radical left media. White House National Economic Council director Kevin Hassett, for example, dubbed the Medicare cut claims “a big fake news story.”

This view, based on my research and observations, is unsurprising. Trump has been pushing the “fake news conspiracy” theory, which holds that the media is part of the deep state, since his first term. He even dubbed the press “the enemy of the people.”

Trump’s fake news rhetorical strategy has been successful in helping him maintain support. Trump supporters take it for granted that negative news coverage of the president is most likely fake news.

The Trump administration frequently invokes this conspiracy theory, including statements with headlines like “100 Days of HOAXES: Cutting Through the Fake News.”

The White House is taking the same approach with the new legislation. In June 2025, the Trump administration issued a statement stating “Myth vs. Fact: The One Big Beautiful Bill” and “MYTHBUSTER: The One Big Beautiful Bill Cuts Spending, Deficit – and That’s a Fact.”

There is already evidence that this depiction is resonating in places such as rural Nebraska, where many residents do not blame Trump for a health clinic that claims it is shutting down due to Medicaid cuts. “Anyone who’s saying that Medicaid cuts is why they’re closing is a liar,” said one woman of the clinic’s closure.

A large crowd of people sit and face board a man who is illuminated from the front.
President Donald Trump holds a rally in July 2024 in Harrisburg, Pa.
Spencer Platt/Getty Images

‘Crushing it’ in the Golden Age

More broadly, the MAGA faithful contend, the bill’s critics miss the bigger picture. For the most part, Trump has been “crushing it” while putting “‘W’ after ‘W’ on the board.”

From their perspective, Trump has assembled an all-star Cabinet team that is implementing key pillars of the MAGA agenda, such as restricting immigration, blocking unfair trade and avoiding drawn-out wars.

Trump supporters underscore the president’s accomplishments on immigration. Attempted unauthorized border crossings of migrants have plummeted in 2025, amid a rise in arrests of immigrants.

“Our message is clear,” stated Department of Homeland Security Assistant Secretary Tricia McLaughlin, “criminal illegal aliens are not welcome in the United States.”

Gas prices are also down. Trump has followed through on his pledge to supporters to purge what he calls the deep state, by downsizing or gutting entire government departments and agencies.

Trump has clamped down on woke universities that brainwash students, as MAGA supporters see it.

He withheld funding from the University of Pennsylvania until it agreed to ban transgender women from playing on women’s sports teams. Trump also cut $400 million in funding for Columbia University because the administration said it did not sufficiently protect Jewish students from harassment during Palestinian rights protests.

And Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu even nominated Trump for the Nobel Peace Prize in July for his diplomatic work in the Middle East.

Recounting Trump’s foreign policy achievements, one conservative commentator gushed that Trump “promised we would win so much we’d get tired of winning. Instead, the wins keep coming – and America isn’t tired at all.”

Trumpism = Trump

Yet, Trump faces challenges.

A June 2025 KFF Health Tracking Poll found that support for the new legislation decreased when people were informed about its negative health care impact, for example.

Republicans could also face backlash in 2028 after the full impact of the act takes effect and people lose health insurance and other public benefits.

Regardless, I believe MAGA faithful will likely continue to support Trump.

They may argue over parts of his bill, the airstrikes on Iran or the release of the Jeffrey Epstein files.

But, in the end, they will circle the wagons around Trump for a simple reason. Trump created the MAGA movement. He dominates the Republican Party. And there is no Trumpism without Trump.

The Conversation

Alex Hinton receives receives funding from the Rutgers-Newark Sheila Y. Oliver Center for Politics and Race in America, Rutgers Research Council, and Henry Frank Guggenheim Foundation.

ref. Why do MAGA faithful support Trump if his ‘big beautiful bill’ will likely hurt many of them? – https://theconversation.com/why-do-maga-faithful-support-trump-if-his-big-beautiful-bill-will-likely-hurt-many-of-them-260766

Why 2025 became the summer of flash flooding in America

Source: The Conversation – USA (2) – By Jeffrey Basara, Professor of Meteorology, UMass Lowell

Rescuers searched for survivors after a flash flood in Texas Hill Country on July 4, 2025, that killed more than 130 people. Jim Vondruska/Getty Images

The National Weather Service has already issued more than 3,600 flash flood warnings across the United States in 2025, and that number is increasing as torrential downpours continue in late July. There’s a good chance the U.S. will exceed its yearly average of around 4,000 flash flood warnings soon.

For communities in Texas, New Mexico, West Virginia and New Jersey, the floods have been deadly. And many more states have seen flash flood damage in recent weeks, including New York, Oklahoma, Kansas, Vermont and Iowa.

What’s causing so much extreme rain and flooding?

Map shows a very wet central and eastern U.S., particularly over Texas, but just about everywhere east of the Rockies was quite a bit above normal
Much of the central and eastern U.S. has had above-normal precipitation over the three months from April 23 through July 24, 2025. Blues are 150% to 200% of normal. Purples are even higher.
NOAA National Water Prediction Service

I study extreme precipitation events along with the complex processes that lead to the devastating damage they cause.

Both the atmosphere and surface conditions play important roles in when and where flash floods occur and how destructive they become, and 2025 has seen some extremes, with large parts of the country east of the Rockies received at least 50% more precipitation than normal from mid-April through mid-July.

Excess water vapor, weaker jet stream

Flash floods are caused by excessive precipitation over short periods of time. When rain accumulates too fast for the local environment to absorb or reroute it, flooding ensues, and conditions can get dangerous fast.

A man standing in ankle-deep water moves equipment to safety in a construction business.
Flooding from heavy rain in the Boston area on July 10, 2025, shut down an interstate and filled streets and garages with water.
John Tlumacki/The Boston Globe via Getty Images

During the warm season, intrusions of tropical air with excessive water vapor are common in the U.S., and they can result in intense downpours.

In addition, the jet stream and westerly winds – which move storm systems from west to east across the U.S. – tend to weaken during summer. As a result, the overall movement of thunderstorms and other precipitation-producing systems slows during the summer months, and storm systems can remain almost stationary over a location.

The combination of intense rainfall rates and extended precipitation increases the likelihood of flash flooding.

The surface rain falls on makes a difference, too

Local surface characteristics also play important roles in how flash floods develop and evolve.

When intense precipitation is combined with saturated soils, steep slopes, urban areas and sparse vegetation, runoff can quickly overwhelm local streams, rivers and drainage systems, leading to the rapid rise of water levels.

Damaged homes along the Broad River in North Carolina.
When the remnants of Hurricane Helene hit the mountains of North Carolina in October 2024, the intense rainfall on steep slopes quickly filled streams and then rivers that washed away homes in their narrow valleys.
Sean Rayford/Getty Images

Because the characteristics of the surface can vary significantly along a stream or river, the timing and location of a heavy downpour pose unique risks for each local area.

What’s driving flash floods in 2025?

During the horrific flooding in Texas Hill Country on July 4, 2025, that killed more than 135 people, atmospheric water vapor in the region was at or near historic levels. The storm hit at the headwaters of the Guadalupe River, over streams that converge in the river valley.

As thunderstorms developed and remained nearly stationary over the region, they were fueled by the excessive atmospheric water vapor. That led to high rainfall rates. Hours of heavy rainfall early that morning sent the river rising quickly at a summer camp near Hunt, Texas, where more than two dozen girls and staff members died. Downstream at Kerrville, the river rose even faster, gaining more than 30 feet in 45 minutes.

Overall, a persistent atmospheric pattern in late spring and summer 2025 has included a shift of the jet stream farther to the south than normal and, along with lower atmospheric pressures, has supported excessive rainfall across the central and eastern U.S.

While the West Coast has experienced dry conditions in early summer 2025 due to a ridge of high pressure, the U.S. east of the Rockies has seen an active storm track with frontal boundaries and disturbances that produced thunderstorms and intense downpours across the region.

Warmer-than-normal ocean water can also boost rainfall. The Caribbean and the Atlantic Ocean are source regions for atmospheric water vapor in the central and eastern U.S. In summer 2025, that water vapor has created extremely humid conditions, which have produced very high rainfall rates when storms develop.

The result has been flash floods in several states producing catastrophic destruction and loss of life.

Looking to the future

The U.S. has seen devastating flash floods throughout its history, but rising global temperatures today are increasing the risk of flooding.

As ocean and air temperatures rise, atmospheric water vapor increases. Higher ocean temperatures can produce more atmospheric water vapor through evaporation, and a warmer atmosphere can hold more moisture, fueling downpours. In some high-risk areas, meteorologists, aware of the risks, say they are becoming more proactive about warnings.

Currently, evidence shows that atmospheric water vapor is increasing in the overall global climate system as temperatures rise.

The Conversation

Jeffrey Basara receives funding from the National Science Foundation, NASA, and NOAA.

ref. Why 2025 became the summer of flash flooding in America – https://theconversation.com/why-2025-became-the-summer-of-flash-flooding-in-america-261650