En France, des outils existent pour relocaliser l’industrie, mais ils sont mal utilisés

Source: The Conversation – France (in French) – By Catherine Mercier-Suissa, Professeure des Universités en sciences économiques, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3

L’État déploie des moyens financiers importants pour inciter les entreprises à rapatrier leur production. Mais l’accès à ces dispositifs reste complexe, leur efficacité difficile à mesurer et leurs effets parfois ambivalents, entre soutien réel, effets d’aubaine et stratégies opportunistes.


Depuis la pandémie de Covid-19, la nécessité de reconquérir une base industrielle est devenue une priorité politique. Les relocalisations industrielles apparaissent alors comme une mesure phare de la réindustrialisation. Pour encourager cette mesure, l’État déploie massivement une panoplie d’aides : subventions, appels à projets, dispositifs comme France Relance ou France 2030, favorisant la relocalisation. À cela s’ajoute la commande publique, présentée comme un levier d’entraînement et de soutien de la production locale. Mais quel est le degré d’accessibilité et d’efficacité réelle de ces soutiens ?

Des aides publiques massives mais difficilement accessibles

Celles-ci sont devenues l’instrument central de la politique de relocalisation. Pourtant, leur efficacité est difficile à évaluer. D’abord parce qu’accéder à ces aides n’est pas si facile pour les entreprises, notamment pour les plus petites. Nombre de ces dernières dénoncent une gestion administrative trop complexe, qui freine la sollicitation et l’accès auxdites aides.

Ces aides font parfois l’objet d’un détournement d’utilisation. En effet, certaines entreprises « chasseuses de prime » utilisent les aides disponibles dans les territoires sans s’installer durablement. Certaines aides peuvent être acquises par l’entreprise a posteriori, une fois que la relocalisation a bien été effectuée mais cela s’apparente alors à un « effet d’aubaine » et non comme un élément déterminant de la relocalisation. Certaines entreprises n’utilisent pas ces aides comme un soutien déclencheur de la relocalisation de leur activité, mais plutôt comme un accompagnateur.

La commande publique : un levier sous-exploité et peu conditionné

La commande publique représente environ 8 % du PIB en France. Privilégier le « Fabriquer en France » pour les achats publics permet à l’État de soutenir nombre d’entreprises et ainsi de participer à la réindustrialisation du pays.

La société Fil Rouge en est un bon exemple. Entreprise dans le secteur du textile, elle a notamment pu bénéficier de cette commande publique lors des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024. L’entreprise a honoré une commande de Paris 2024, en collaboration avec d’autres entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur : c’est elle qui a produit 100 000 tee-shirts pour les volontaires des JO.

La SNCF a fait de même. La PME de Villefranche-sur-Saône, Cepovette Safety, spécialisée dans le vêtement de protection, va fournir près de 280 000 vêtements à l’entreprise ferroviaire. Auparavant, ces produits étaient fabriqués à base de coton venu d’Asie. Dorénavant, ces nouveaux vêtements sont confectionnés à partir de lin français, ce qui vient souligner l’engagement de la SNCF pour l’environnement et la réindustrialisation du territoire. Cette initiative est réalisée en collaboration avec Terre de lin, premier producteur de lin mondial en Normandie et Tenthorey, tisseur français dans le Grand Est.

Les acheteurs publics ne mobilisent pas tous le levier de la commande publique, et font même parfois machine arrière. C’est le cas de l’armée française, qui confiera la confection de certains uniformes à Paul-Boyer Technologie, entreprise française délocalisée à Madagascar. Elle se fournissait auparavant auprès de l’entreprise Mark et Balsan, ce qui contraint cette dernière à fermer une de ses usines, qui comptait 66 employés à Calais. Cette décision a suscité de vives réactions ainsi qu’une certaine incompréhension.

De manière générale, la dépendance aux achats publics peut avoir de graves conséquences lorsque ceux-ci ralentissent. En 2024, Lucibel, entreprise spécialisée dans l’éclairage LED, en a fait les frais. Après des commandes régulières de la part des musées nationaux, ses principaux clients, pour leurs éclairages, tout a changé à l’approche des Jeux olympiques. Les subventions dont bénéficiaient les musées auraient été redirigées vers les JO, et les achats de la part des musées ont cessé cette même année pour Lucibel et ses éclairages LED.

Bien que les achats publics puissent jouer un rôle indéniable pour certaines entreprises, le recours à la commande publique comme outil de politique industrielle reste en grande partie marginal et encore à construire. L’ancien ministre Arnaud Montebourg met notamment en lumière une fragmentation des acheteurs publics entre les différents niveaux de collectivités. Il souligne la différence du nombre d’acheteurs publics avec l’Allemagne : 120 000 acheteurs publics en France, contre seulement 3 000 en Allemagne.

Centraliser les acheteurs publics et mettre en place une stratégie commune d’achat semble alors nécessaire, mais difficile à réaliser en France sans volonté politique, pour faire de la commande publique un véritable levier de la relocalisation.

Quelle stratégie industrielle derrière les outils ?

Au fond, la faiblesse principale de l’action publique réside moins dans ses moyens que dans leur mise en œuvre. L’État, comme les entreprises, peut prendre des dispositions afin de renforcer son efficacité.

Pour les entreprises, mettre en place une veille stratégique et intégrer les aides publiques en amont du projet permettraient de mieux les mobiliser lors d’une stratégie de relocalisation. Du côté des pouvoirs publics, simplifier l’accès aux aides et s’adapter aux besoins réels du terrain faciliteraient la coordination entre les pouvoirs publics et les entreprises, en répondant clairement à leurs besoins.

De plus, la mise en place d’un suivi des activités de l’entreprise qui prendrait en compte le taux de maintien de l’activité, le nombre d’emplois créés, la contribution à l’écosystème local, etc., reste encore marginale mais gagnerait à être implémentée à grande échelle. Sans aperçu concret des résultats, il reste compliqué d’évaluer le ciblage et l’efficacité des soutiens publics.


Les auteurs remercient Léa Peyriere (IAE Lyon) pour sa contribution à l’article.

The Conversation

Catherine Mercier-Suissa a reçu des financements de l’iaelyon pour ses travaux de recherche sur les relocalisations.

Daniel Suissa ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En France, des outils existent pour relocaliser l’industrie, mais ils sont mal utilisés – https://theconversation.com/en-france-des-outils-existent-pour-relocaliser-lindustrie-mais-ils-sont-mal-utilises-265128

Management toxique : comment la rivalité narcissique détruit les équipes

Source: The Conversation – France (in French) – By Birgit Schyns, Professor of Organisatonal Behaviour, Neoma Business School

Les dirigeants narcissiques sont plus enclins à adopter des comportements abusifs lorsque les employés transgressent des normes ou règles de l’entreprise ou à leur égard. PrazisImages/Shutterstock

Certains leaders peuvent avoir tendance à croire que les autres leur sont inférieurs. Cette rivalité narcissique est associée à un management abusif. Comment s’exprime-t-elle ? Comment l’empêcher afin de protéger les salariés ?


Le narcissisme n’est pas nécessairement toxique. Une dose de confiance en soi, le désir de reconnaissance ou une vision affirmée peuvent même galvaniser les équipes et susciter l’adhésion. De nombreux leaders à forte personnalité accèdent à des postes de responsabilité grâce à leur assurance et à leur charisme.

Mais ce qui constitue une force peut aussi se transformer en arme destructrice.

C’est particulièrement vrai dans le cas de la rivalité narcissique, caractérisée par la dévalorisation d’autrui, l’agressivité et la quête incessante de suprématie. C’est sur cet aspect précis que se concentrent nos recherches. Nos résultats montrent que le problème ne réside pas dans le narcissisme en général, mais bien dans cette facette antagoniste. Les leaders marqués par une forte rivalité narcissique se révèlent plus enclins à ridiculiser leurs collaborateurs ou à leur faire porter la responsabilité de leurs propres erreurs.

Pourquoi, quand et comment ces managers présentent cette forte rivalité narcissique ?

Échelle de rivalité narcissique

Dans une première étude, nous avons travaillé avec 123 binômes composés d’un manager et de son collaborateur, issus de secteurs variés tels que l’administration publique, l’éducation, la santé ou les services.

Pour ce faire, les managers répondaient à un questionnaire évaluant leur niveau de rivalité narcissique (Narcissistic Admiration and Rivalry Questionnaire), tandis que leurs collaborateurs rapportaient la fréquence des comportements abusifs qu’ils subissaient. Les participants recensaient certains comportements abusifs de la part des managers, tels que des humiliations ou encore la tendance à minimiser leurs réussites. Cette approche croisée nous a permis de confronter l’image que les managers ont d’eux-mêmes, avec la réalité vécue par leurs équipes.

Les résultats indiquent que plus les leaders obtenaient un score élevé sur l’échelle de rivalité narcissique (mesurée de 1 = « pas du tout d’accord » à 6 = « tout à fait d’accord »), plus leurs collaborateurs rapportaient des comportements managériaux abusifs (évalués de 1 = « jamais » à 5 = « toujours »). Ces comportements apparaissaient même lorsque les employés n’avaient commis aucune faute.

Dans les deux études, nous avons demandé aux managers d’indiquer, sur une échelle allant de 1 = « jamais » à 5 = « toujours », la fréquence des comportements négatifs de leurs salariés à leur égard. Les résultats montrent que même en l’absence de menace directe à leur estime de soi, les leaders narcissiques manifestaient des signes d’abus.

Comportements déviants

Dans un second article, nous avons combiné une expérimentation sociale et l’analyse de récits autobiographiques.

Dans un premier temps, 152 participants ont été exposés à des scénarios décrivant différents comportements déviants de la part d’un collaborateur : retards répétés, critiques ouvertes à l’égard du supérieur hiérarchique ou encore attaques dirigées contre un collègue. Ils devaient ensuite indiquer, sur la même échelle que celle utilisée dans le premier article, comment ils réagiraient dans de telles situations.

Dans un second temps, nous avons analysé les récits autobiographiques de 141 managers, invités à décrire une situation réelle de déviance vécue dans leur environnement de travail.

Les résultats croisés de l’expérimentation et de l’étude autobiographique sont unanimes. Les dirigeants narcissiques sont plus enclins à adopter des comportements abusifs lorsque les employés se conduisent mal vis-à-vis de l’organisation ou directement envers eux, mais non lorsque ces comportements négatifs visent d’autres collègues.

Pistes pour éviter la rivalité narcissique

Notre étude met en évidence la nécessité pour les organisations d’adopter une vigilance accrue dans leurs processus de recrutement, en évaluant non seulement les compétences et l’expérience des dirigeants potentiels, mais également leurs caractéristiques psychologiques.

La mise en place d’évaluations psychologiques rigoureuses peut contribuer à identifier les profils à risque et, ainsi, à réduire la probabilité de comportements managériaux abusifs. Avant d’introduire de telles mesures, il est essentiel de s’assurer qu’elles constituent une pratique autorisée et conforme aux cadres légaux et éthiques en vigueur.

Former à un leadership éthique et empathique

Les programmes de formation au leadership devraient également être conçus de manière à tenir compte des comportements abusifs des managers aux traits narcissiques. Les formations qui mettent l’accent sur l’empathie, l’intelligence émotionnelle et la prise de décision éthique peuvent aider les dirigeants à développer un style de leadership plus équilibré et constructif.

Instaurer une culture de confiance et de responsabilité

Une organisation saine repose sur un climat de respect mutuel et de sécurité psychologique. Les collaborateurs doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations sans crainte de représailles. Pour cela, il est essentiel de mettre en place des procédures de signalement efficaces – boîte aux lettres anonymes, plateforme de signalement en ligne sécurisée, désignation de référents en matière de harcèlement –, accompagnées de mécanismes disciplinaires clairs.

Soutenir les employés affectés

Les organisations devraient envisager de mettre à disposition un soutien et des ressources adaptés pour les employés susceptibles de subir les effets négatifs d’une supervision abusive. Cela peut passer, par exemple, par la mise en place de lignes téléphoniques consacrées aux problèmes psychosociaux, de permanences de soutien psychologique, ou encore par l’accès facilité à des services de conseil et à des dispositifs de santé mentale.

Face à l’ampleur du phénomène et à ses conséquences sur le bien-être au travail, il devient urgent pour les organisations de prendre ces enjeux au sérieux. Au-delà des coûts humains, les entreprises qui négligent ces aspects risquent de voir leurs meilleurs talents partir vers des environnements plus respectueux et bienveillants.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Management toxique : comment la rivalité narcissique détruit les équipes – https://theconversation.com/management-toxique-comment-la-rivalite-narcissique-detruit-les-equipes-262655

Keir Starmer needs to give voters short-term gain to persuade them he can deliver long-term renewal

Source: The Conversation – UK – By Matthew Barnfield, Postdoctoral Research Fellow, Department of Politics and International Relations, Queen Mary University of London

And if you look way over there, you can just about see the light at the end of this long tunnel. Flickr/Number10, CC BY-NC-ND

Whatever the Labour government is doing, it doesn’t seem to be working, yet. Economic growth – its number one priority – hasn’t taken off. The party is trailing far behind Reform in the polls. It risks presiding over an outright decrease in living standards.

Prime Minister Keir Starmer responds to criticism by reminding us that, from the outset, he has been clear that short-term pain is needed in order to secure long-term gain. He recently repeated this message in his speech to the Labour party conference, proclaiming: “Our path, the path of renewal, it’s long, it’s difficult, it requires decisions that are not cost-free or easy.”

The trouble with this politics of patience is that, funnily enough, many voters care a lot about how things go in the short term. And recent polling data suggests a failure to make improvements in the near term could drive Labour supporters to other parties at the next election – especially those voters who focus more on the short term.

Some admittedly important immediate improvements have been delivered since Labour came to power in 2024. These include public sector pay rises and overall wage growth. But without more meaningful change, including on measures that could make a big difference on living standards, rather than “short-term pain, long-term gain”, what some people might think they are really getting is “all pain, no gain”.

Tackling child poverty is a case in point: a promised strategy from the government did not appear in its first year in office, despite the urgency of the problem.

Polling data I recently collected with my colleagues Philip Cowley and Karl Pike, as part of our ongoing research into short- and long-term policymaking, reveals that the patience this government expects from the British public might be incurring a major electoral cost. Those of its 2024 voters who focus more on the short term in their political thinking are more likely to intend to vote for a different party at the next election.

We tested whether people were short-termists or long-termists by explicitly asking whether they focused on the short or long term when they voted. We also tested this more implicitly by asking a series of other less direct questions about what psychologists call “future orientation”.

We found slightly over a third of Labour voters were more short-termist than long-termist. And the more focused on the short term our participants said they were, the more likely they were to indicate they would vote for a different party in the next election, not vote at all or are not sure how they will vote – that is, do anything other than vote for Labour again next time around.

This ranged from those with the most short-term views having around a 75% chance of saying they would abandon Labour, to those who saw themselves as the most long-termist having a 43% chance.

Self-declared short and long-term thinkers:

A chart showing that self-declared short-term thinkers are more likely to turn away from Labour in the next election
Representative sample of 1997 UK respondents, including 895 who voted Labour in 2024, collected via Prolific 18-25 August 2025.
M Barnfield/P Cowley/K Pike, CC BY-ND

Similar results were in evidence for the implicit measures. According to our model, of the most short-termist, Labour are losing around 83%. Of the most long-termist, they are losing just 35%. In each case, the differences are so great that we can be sure the overall effect is not purely down to chance.

All these probabilities (and margins of error) come from statistical models where we account for people’s age, gender, ethnicity and left-right political views, ruling those other factors out as explanations of what we find.

Implicitly measured short and long-term thinkers

A chart showing that short-term thinkers are more likely to turn away from Labour in the next election
Representative sample of 1997 UK respondents, including 895 who voted Labour in 2024, collected via Prolific 18-25 August 2025.
M Barnfield/P Cowley/K Pike, CC BY-ND

We also asked respondents whether they think the UK is heading in the right or wrong direction. In line with polling in recent years, a huge 70% of our sample says the country is (still) heading in the wrong direction. Only 15% said it is heading in the right direction.

But we found that those voters who focus more on the short term are much more likely than long-termist people to think the country is heading in the wrong direction. A shortage of short-term wins makes it hard to see how the country can be on the right track.

What’s more, of Labour’s 2024 voters, those who think the UK is heading in the wrong direction have about a 74% chance of switching to another party in 2029. But only around 28% of 2024 Labour voters who think the country is heading in the right direction intend to vote for a different party.

The government is right that meaningful change, or “fixing the foundations” of the country, does not happen overnight. But equally if change takes as long as Keir Starmer says, a year into his government it should soon be getting underway.

For the politics of patience to be persuasive, especially to the short-termist voters the party is losing at an alarming rate, a positive trajectory must become clear soon. Otherwise, Labour might not remain in power long enough to secure the gains it is promising in return for patience.

The government should not give up on its long-term missions, but seeing out its “decade of national renewal” by winning the next election will require more obvious short-term change, too.

The Conversation

Matthew Barnfield receives funding from the British Academy.

ref. Keir Starmer needs to give voters short-term gain to persuade them he can deliver long-term renewal – https://theconversation.com/keir-starmer-needs-to-give-voters-short-term-gain-to-persuade-them-he-can-deliver-long-term-renewal-267404

The Mona Lisa, a gold toilet and the now the Louvre’s royal jewels: a fascinating history of art heists

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Penelope Jackson, Adjunct Research Associate, School of Social Work and Arts, Charles Sturt University

The world’s largest art museum, the Louvre has approximately half a million objects in its collection, with about 30,000 on display, and sees on average 8 million visitors per year. That’s big on any scale, with a lot of people and objects to keep watch over. And Sundays are particularly busy.

In a cleverly conceived operation, four men wearing fluorescent vests pulled up at the Louvre in a flat-decked truck at 9.30 Sunday morning. Quickly setting to work, they raised an extendable ladder to the second storey. Climbing it, they cut through a window, entered the Galerie d’Apollon and, brandishing power tools, helped themselves to nine exquisite objects.

The objects taken were France’s royal jewels, formerly belonging to the Empress Eugénie, Napoleon III’s wife and arts patron.

This is where it gets tricky for the thieves: what can you do with these priceless objects? They can’t wear them – too big and glitzy to go unnoticed – and they can’t sell them legitimately, as images are all over the internet.

The jewels.
Jewels of Empress Eugénie photographed in 2020. The diadem, left, and diamond bow brooch, right, have been stolen. The crown, centre, was stolen but has been recovered.
Stephanie de Sakutin/AFP via Getty Images

The best-case scenario, from the thieves’ perspective, is to break them down, melt the precious metals and sell the gems separately.

Empress Eugenie’s crown, which the perpetrators took and subsequently dropped as they fled the scene on motor scooters, contains eight gold eagles, 1,354 brilliant-cut diamonds, 1,136 rose-cut diamonds and 56 emeralds. In short, this amounts to a sizeable stash of individual gems to try and sell.

Timing is everything

For the Louvre, any heist is a major blow. It calls into question their security, both electronic and human. Five security staff were nearby who acted to protect visitors and the alarms did ring, but the entire heist was completed within seven minutes.

Timing is crucial with heists.

A gold toilet.
America, a fully functioning toilet made of 18-karat solid gold, on display here at the Guggenheim in 2017.
MossAlbatross/Wikimedia Commons, CC BY-SA

In 2019, an 18-karat gold toilet titled America (2016), from the artist Maurizio Cattelan, was stolen from Blenheim Palace, England. It was taken in five and a half minutes. It weighed 98 kilograms and was fully functioning. In other words, the two men who took it (and were later caught and served prison sentences for their crimes) worked quickly and efficiently. At the time of the theft, as gold bullion it was estimated to be valued at A$6 million.

Van Gogh’s painting The Parsonage Garden at Neunen in Spring (1884) was stolen from the Singer Laren Museum, in the Netherlands, during their 2020 COVID closure. It was recovered in late 2023 after an investigation by Dutch art detective Arthur Brand.

The 2017 theft of two Gottfried Lindauer paintings from Auckland’s International Art Centre took just a few minutes to complete. The thieves ram-raided the front window of the auction house where the paintings, valued at NZ$1 million, were displayed. The portraits were recovered five years later through an intermediary, with only minor damage.

Recovering the stolen

The National Gallery of Victoria’s Picasso painting Weeping Woman (1937) was famously taken by the Australian Cultural Terrorists in 1986 – but only noticed as missing two days later.

Recovered just over two weeks later, the painting was left for the gallery staff to collect in a locker at Spencer Street railway station. The motivation behind the theft was to highlight the lack of financial support given to Victorian artists, but the true identity of the thieves remains a mystery.

In 1986, 26 paintings of religious subjects were stolen from the gallery at the Benedictine Monastery at New Norcia, Western Australia.

The thieves were poor planners: they hadn’t factored in that three men and the stash of paintings couldn’t fit into a Ford Falcon. The paintings were cut from their frames, ostensibly butchered. One was completely destroyed. The thieves were caught and charged.

Where to next for the thief?

Recovery of objects from heists is low. It’s impossible to put a number on but some say art recoveries globally are possibly as low as 10%.

Paintings are more difficult to sell on – you can’t change their physical appearance to the point of not being recognised.

However, with objects such as the gold toilet or jewels, the precious materials and gems can be repurposed. Time will tell if the Napoleonic jewels will be recovered.

Never say never. The Mona Lisa (1503), undoubtedly the main attraction at the Louvre, was stolen in 1911 and recovered two years later. The thief, Vincenzo Peruggia, was an Italian handyman working at the Louvre and was caught trying to sell it.

Men stand with the Mona Lisa.
The ceremony for the return to France of the Mona Lisa, Rome, 1913.
Mondadori via Getty Images

This latest heist at the Louvre highlights the vulnerability of objects in public collections. The irony being they’re often gifted to such institutions for safekeeping.

Those who guard objects are usually paid a minimum wage and yet they are tasked with a huge responsibility. When budget cuts are made, it’s often security staff that are reduced – such as the Art Gallery of New South Wales’ announcement just last week.

The thieves on Sunday knew what they were after and why. We aren’t privy to their motivation. We know the stolen jewels are part of France’s history and are irreplaceable. Their theft denies visitors of experiencing them individually for their beauty and craftsmanship, as well as collectively within the context of France’s history.

But part of me can’t help thinking how the French were partial to helping themselves to artworks and precious objects belonging to others. So perhaps this could be a case of déjà vu.


Penelope Jackson’s Unseen: Art and Crime in Australia (Monash University Publishing) will be published in December 2025.

The Conversation

Penelope Jackson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Mona Lisa, a gold toilet and the now the Louvre’s royal jewels: a fascinating history of art heists – https://theconversation.com/the-mona-lisa-a-gold-toilet-and-the-now-the-louvres-royal-jewels-a-fascinating-history-of-art-heists-267849

Afrique de l’Ouest : l’effondrement du système de surveillance commerciale met en péril la sécurité alimentaire

Source: The Conversation – in French – By Olivier Walther, Associate Professor in Geography, University of Florida

Il y a dix ans, les pays d’Afrique de l’Ouest ont mis en place un mécanisme unique de surveillance commerciale. Son objectif était de suivre le commerce intra-régional des produits agricoles et du bétail dans la région. Mais le système a été arrêté en 2022 en raison du manque de financement de la part des organisations régionales.

Ce mécanisme fournissait aux pays d’Afrique de l’Ouest des données provenant de plus de 320 marchés et de 10 corridors, permettant ainsi de suivre non seulement les tendances commerciales, mais aussi le bétail et les zoonoses.

L’absence de données commerciales actualisées a de nombreuses répercussions. Des données détaillées sur le commerce intra-régional sont essentielles pour aider à évaluer l’impact des chocs externes qui peuvent affecter de manière significative la sécurité alimentaire et le développement économique. Il s’agit notamment des crises politiques, des phénomènes météorologiques extrêmes, de la dévaluation monétaire ou des épidémies.

Des données fiables sont également essentielles pour cartographier les réseaux commerciaux. Elles renforcent les systèmes d’information sur les marchés et les dispositifs de surveillance sanitaire. Ceux-ci dépendent étroitement de la circulation des biens, des personnes, du bétail et des capitaux dans la région.

À partir des données collectées par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel entre 2013 et 2017, des chercheurs ont montré l’importance de prendre en compte la structure sociale, la géographie et l’évolution des réseaux commerciaux dans le temps.

Ces éléments sont essentiels pour améliorer les systèmes d’information sur les marchés et la surveillance des maladies, qui dépendent tous deux fortement de la circulation des biens, des personnes, du bétail et des capitaux dans la région.

Les chercheurs ont conclu que les organismes régionaux devraient soutenir la reprise de la collecte de données commerciales. Ils devraient également favoriser le dialogue avec les offices nationaux de statistique et d’autres institutions nationales qui ont de l’expérience dans la collecte de données sur le commerce alimentaire régional informel afin d’élaborer une approche statistique régionale cohérente.

Une base de données unique sur l’économie régionale

En Afrique de l’Ouest, le commerce des produits agricoles et du bétail s’effectue dans des corridors bien établis. Les animaux, par exemple, circulent du Sahel vers les grands centres urbains de la côte atlantique et du golfe de Guinée.

Notre analyse des données commerciales suggère que les marchés frontaliers jouent un rôle clé dans le commerce du bétail et qu’une grande partie des mouvements sont transfrontaliers.

Cette forte mobilité facilite la propagation des maladies animales et [zoonotiques][https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1155/2023/1880493]. Il s’agit notamment de la fièvre de la vallée du Rift, de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, de la fièvre aphteuse et de la peste des petits ruminants. Fin septembre 2025, par exemple, une nouvelle épidémie de fièvre de la vallée du Rift a été observée en Mauritanie et au Sénégal. Ces deux pays d’Afrique de l’Ouest
sont étroitement liés par les échanges de bétail.

La nature transnationale du commerce en Afrique de l’Ouest a conduit à la création d’une base de données régionale par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel en 2013. Les données collectées sur plus de 320 marchés et le long de 10 corridors, de la Guinée et du Sénégal à l’ouest au Nigeria à l’est, étaient uniques sur le continent africain.

Ces données étaient particulièrement adaptées à l’analyse des denrées alimentaires et du bétail produits localement au niveau régional. En effet, elles intégraient à la fois le commerce formel et informel, deux types de commerce très répandus dans toute la région. Nos travaux récents estiment que les activités informelles pourraient atteindre 85 % du commerce total, soit 10 milliards de dollars américains. Ce chiffre est six fois plus élevé que celui présenté dans les statistiques officielles.

Combler le déficit statistique

L’expérience de ces dernières années et la nature transnationale des flux commerciaux suggèrent une mesure clé. Il s’agit de confier la collecte des données à des institutions régionales plutôt qu’à des donateurs bilatéraux.

Au départ, les données ont été collectées dans le cadre du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel du Programme régional d’appui à l’accès aux marchés. Celui-ci a été développé afin d’augmenter le volume et la valeur des échanges commerciaux au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de l’ Union économique et monétaire ouest-africaine .

De 2017 à 2019, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a financé la création de la base de données via son Bureau régional agriculture pour l’Afrique de l’Ouest. Les données ont finalement été intégrées à la base de données sur le commerce transfrontalier informel de la CEDEAO. Celle-ci a été développée afin de surveiller le commerce transfrontalier informel dans la région en 2019.

Le programme de l’USAID a pris fin en 2019. Par la suite, la collecte de données a été transférée au projet « Agriculture familiale, marchés régionaux et corridors commerciaux transfrontaliers au Sahel ». Lancé en 2020, ce projet avait pour objectif de développer un moyen durable et autofinancé de collecter des données fiables sur le commerce agricole et alimentaire en Afrique de l’Ouest.

Le financement de ces activités a été assuré par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Il a été géré localement par l’Association ouest-africaine pour le commerce transfrontalier des produits agroforestiers, pastoraux et halieutiques, basée au Togo.

Cette initiative, qui couvrait 17 pays, a malheureusement pris fin en 2022 (produits agricoles) et 2024 (bétail).

La cessation de ce financement a eu des effets désastreux. Elle a profondément affecté la capacité des chercheurs à mesurer l’impact des changements structurels et politiques qui touchent la région. Par exemple, il est toujours impossible de mesurer dans quelle mesure la fermeture de certaines frontières à la suite des coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger ces dernières années a affecté les réseaux commerciaux reliant le Sahel au golfe de Guinée.

De meilleures données pour surveiller le commerce et les maladies animales

Il faut un système permanent pour collecter des données. Ce système doit être soutenu par des associations locales. Ces informations sont indispensables et renforceront l’économie et la santé dans la région.

Le Code sanitaire de l’Organisation mondiale de la santé animale le recommande : il faut centraliser les données sur les déplacements du bétail. C’est la première étape à suivre. C’est la meilleure méthode pour empêcher la propagation transnationale des maladies entre les pays.

Une collecte de données précise, rapide et centralisée pourrait aider à identifier les éventuels foyers et à reconstituer les schémas de transmission. Elle permettrait également de mettre au point des mesures de contrôle et des systèmes d’alerte afin de protéger les zones non touchées.

Au-delà de la santé animale, ces données commerciales sont aussi très utiles. Elles aident à créer des politiques qui préparent l’économie aux changements climatiques et à l’instabilité politique.

Mieux connaître le commerce informel a un autre avantage. Cela peut aider à obtenir des financements pour lutter contre le changement climatique. En montrant son importance réelle, on prouve que cette partie de l’économie mérite d’être soutenue.

Par exemple, dans l’un de nos derniers rapports, nous estimons que les exportations régionales de bétail du Mali, du Niger et du Burkina Faso devraient avoisiner le milliard de dollars américains si l’on tient compte du commerce non déclaré, contre 80 millions de dollars américains selon les statistiques officielles.

La rédaction de cet article s’est appuyée sur les travaux de :
. Brahima Cissé, qui coordonne le programme des marchés régionaux à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest au Togo ;
. Dr Alban Masaparisi, économiste spécialisé dans la transformation des systèmes alimentaires et la politique agricole au Club Sahel et Afrique de l’Ouest de l’OCDE, en France ;
. M. Koffi Zougbede, économiste travaillant sur les systèmes alimentaires au Club Sahel et Afrique de l’Ouest de l’OCDE, en France.

The Conversation

Olivier Walther bénéficie d’un financement de l’OCDE.

Andrea Apolloni and Lacey Harris-Coble do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Afrique de l’Ouest : l’effondrement du système de surveillance commerciale met en péril la sécurité alimentaire – https://theconversation.com/afrique-de-louest-leffondrement-du-systeme-de-surveillance-commerciale-met-en-peril-la-securite-alimentaire-267456

La démocratie ivoirienne promise à une nouvelle défaite dans les urnes

Source: The Conversation – in French – By Sebastian van Baalen, Associate Senior Lecturer, Uppsala University

La démocratie ivoirienne s’apprête à subir un nouveau revers lors du scrutin présidentiel du 25 octobre. Le président sortant, Alassane Ouattara, brigue un quatrième mandat et, ses deux principaux adversaires – Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessanayant été écartés de la course, sa victoire ne fait aucun doute. Pourtant, alors que les observateurs et les militants prodémocratie alertent depuis longtemps sur la dérive autoritaire du pays, la France, l’Union européenne et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) gardent un silence assourdissant, laissant la démocratie mourir dans les urnes.

Nous sommes des chercheurs spécialisés dans les dynamiques de violence électorale et de violence post-conflit, avec un accent particulier sur la Côte d’Ivoire. Pour nous, bien avant le jour du vote, l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire constitue déjà une défaite pour les principes démocratiques. Nous en expliquons ici les raisons.

Capture constitutionnelle

Alassane Ouattara a déjà remporté trois scrutins présidentiels. Le premier, en 2010, a été entaché de violences électorales massives et d’une reprise du conflit armé qui a fait plus de 1 500 morts. Apparu en 2002, le conflit ivoirien avait fait près de 10 000 morts mais était en sommeil depuis un accord de paix de 2007. Le second, en 2015, s’est appuyé sur une large coalition qui s’est ensuite disloquée. Le troisième, en 2020, s’est soldé par un boycott violent de la part de l’opposition.

Les accusations de « capture constitutionnelle » se sont depuis multipliées et, fait rare, l’opposition pourtant fragmentée fait bloc pour dénoncer la candidature du président à un quatrième mandat.

En août dernier, Alassane Ouattara a officialisé sa candidature à un nouveau mandat de cinq ans. Comme en 2020, l’opposition a aussitôt condamné cette décision, tandis que la communauté internationale s’est montrée remarquablement silencieuse. Le camp présidentiel soutient que la révision constitutionnelle de 2016 aurait « remis les compteurs à zéro » et lui permettrait donc de briguer un second mandat sous le régime de la nouvelle Constitution.

Ses adversaires affirment au contraire que la limite est d’un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois, et que les troisième et quatrième candidatures de Ouattara constituent un coup de force constitutionnel, phénomène bien connu sur le continent.

Quelle que soit l’interprétation juridique, cette nouvelle candidature représente un recul majeur pour la démocratie, porté par un dirigeant qui, déjà avant le scrutin de 2020, affirmait que la politique ivoirienne avait besoin d’un profond renouvellement générationnel.

Un terrain biaisé

Au-delà du principe de limitation à deux mandats, l’élection de 2025 mine la démocratie ivoirienne parce qu’elle se joue sur un terrain largement biaisé en faveur du pouvoir en place. En septembre, le Conseil constitutionnel a invalidé les candidatures des deux principaux opposants, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan, pour des raisons techniques. Tidjane Thiam, nouveau chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) – le plus ancien parti du pays – était perçu comme le seul capable d’inquiéter le président sortant. Il a été écarté au motif que la renonciation à sa nationalité française aurait été finalisée trop tard.

Quant à Affi N’Guessan, héritier du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo après l’inculpation de ce dernier à la Cour pénale internationale, il a été disqualifié au motif qu’il n’aurait pas réuni le nombre de parrainages requis. Qu’il s’agisse d’une négligence de leur part ou d’un verrouillage bureaucratique orchestré par le pouvoir importe peu : l’absence des deux principaux candidats jette une ombre inquiétante sur le scrutin de 2025.

Dans un climat politique déjà polarisé, marqué par des rumeurs de corruption et la contestation des pratiques controversées d’Alassane Ouattara, une telle compétition tronquée ne fait qu’approfondir les fractures entre le pouvoir et l’opposition, et accentuer la désillusion des électeurs. Cette polarisation et ce désenchantement risquent d’engendrer de nouvelles violences, menace récurrente dans un pays où les élections sont souvent entachées d’affrontements.

Pour parachever ce tournant autoritaire, le Conseil national de sécurité a interdit les rassemblements publics, invoquant des raisons de sécurité. Les autorités cherchent manifestement à prévenir un scénario similaire à celui de 2020, lorsque l’opposition avait appelé à la « désobéissance civile ». Des affrontements entre manifestants, forces de l’ordre et communautés rivales avaient alors fait au moins 83 morts et plus de 600 blessés. Cependant, interdire les manifestations peut facilement produire l’effet inverse, et l’opposition appelle déjà à manifester chaque jour pendant la courte campagne électorale.

Le silence de la communauté internationale

Malgré cette triple atteinte à la démocratie, la réaction internationale reste au mieux timide. Alassane Ouattara demeure le chouchou des partenaires étrangers, notamment la France et l’Union européenne. Depuis son arrivée au pouvoir, il a présidé à une croissance économique record sur le continent, lancé d’importants projets d’infrastructures, et mené la Côte d’Ivoire à une victoire inattendue lors de la Coupe d’Afrique des Nations à domicile, en 2024. Sa popularité auprès des dirigeants européens s’est encore renforcée à mesure que l’influence française s’effondrait dans ses anciennes colonies.

Ouattara est désormais l’un des rares chefs d’État ouest-africains à maintenir des relations diplomatiques avec Paris « comme si de rien n’était ». Craignant d’attiser un nouveau vent d’hostilité anti-française, Paris reste muet face au démantèlement progressif de la démocratie ivoirienne. L’Union européenne, quant à elle, lui emboîte le pas, ne sachant toujours pas définir une politique régionale indépendante du leadership implicite de la France.

Ironiquement, le silence de la France et l’Union européenne face à la dérive autoritaire de Ouattara sapent leur propre crédibilité. Les accusations de double standard et d’hypocrisie quant aux principes démocratiques nourrissent précisément la rhétorique anti-française de dirigeants comme le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso. En se taisant face à la lente agonie de la démocratie ivoirienne, les dirigeants occidentaux affaiblissent encore leur position en Afrique de l’Ouest.




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La Cedeao dans l’impasse

La Cedeao se trouve quant à elle dans une impasse pareille, en se taisant face aux tendances autocrates du président ivoirien et de son gouvernement. Toujours ébranlée par le retrait de trois États sahéliens dirigés par des juntes militaires, l’organisation régionale compte désormais sur la Côte d’Ivoire et le Nigeria pour préserver sa légitimité. Dans ce contexte, il est peu probable qu’elle prenne une position ferme sur la candidature de Ouattara ou sur les irrégularités électorales.

À l’approche du scrutin, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Des coalitions se forment entre les candidats encore en lice, tandis que certains exclus s’allient pour créer un « front commun » réclamant leur réintégration et appelant à descendre dans la rue. Les manifestations s’intensifient : plus de 200 personnes ont été arrêtées, le 11 octobre, lors d’un rassemblement pacifique à Abidjan.

Si la contestation populaire n’a pas réussi à faire fléchir le pouvoir en 2020, les exemples récents de Madagascar et du Kenya montrent que les régimes qui ignorent la soif populaire de changement le font à leurs risques et périls.

Quelles que soient les péripéties des dernières semaines de campagne, la démocratie a déjà subi un revers majeur en Côte d’Ivoire. Avec une quatrième victoire de Ouattara annoncée, la question la plus pressante n’est sans doute pas le résultat du vote d’octobre, mais les séquelles durables qu’il laissera sur la vie politique du pays.

À plus long terme, le président sortant, l’opposition et la communauté internationale partagent la responsabilité de préparer une transition pacifique et constitutionnelle vers l’ère post-Ouattara – dans l’espoir que la démocratie ivoirienne puisse se relever et qu’une nouvelle génération des politiciens puisse diriger de manière pacifique et non polarisante.

The Conversation

Sebastian van Baalen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2020-00914, VR2020-03936, and VR2024-00989. He is a member of the Conflict Research Society steering council, a not-for-profit academic organization.

Jesper Bjarnesen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2024-00989).

ref. La démocratie ivoirienne promise à une nouvelle défaite dans les urnes – https://theconversation.com/la-democratie-ivoirienne-promise-a-une-nouvelle-defaite-dans-les-urnes-267695

Should humans colonise space? We asked 5 experts

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Kirsten Banks, Lecturer, School of Science, Computing and Engineering Technologies, Swinburne University of Technology

SpaceX Crew-2 flight in 2021. SpaceX, CC BY-NC

For roughly 4.5 billion years, the Moon has kept Earth company. In the much shorter span of time that humans have been around, we’ve admired the great silver beacon in the night sky.

The Moon may soon also serve as our launchpad to celestial bodies farther afield in the Solar System. Major space players including the United States, Russia and China all have plans to establish bases on the Moon’s dusty surface within the next ten years. And one of the goals of NASA’s Artemis Moon mission is to enable humans to one day travel to Mars.

Tech billionaire and SpaceX head Elon Musk is even more bullish. “SpaceX will colonise Mars”, he said last year. Musk believes this could happen by 2055 – and would be just the beginning of humans becoming a multi-planetary species in order to save ourselves from future annihilation.

Not everyone agrees this is possible. But it raises a more fundamental question: should humans colonise space?

We asked five experts – four of whom said no. It’s not just a question of whether humans try to live in space, but also about how we do it. Here are their detailed answers.

The Conversation

Alice Gorman receives funding from the Australian Research Council. She is also co-vice chair of the Global Expert Group on Sustainable Lunar Activities and a fellow of the Outer Space Institute.

Art Cotterell, Ben Bramble, Kirsten Banks, and Sara Webb do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Should humans colonise space? We asked 5 experts – https://theconversation.com/should-humans-colonise-space-we-asked-5-experts-267436

El laboratorio mexicano que elabora leche humana en polvo para salvar a los recién nacidos más vulnerables

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Blanca Rosa Aguilar Uscanga, Profesor Investigador en Biotecnologia de Alimentos, Universidad de Guadalajara

Yavdat/Shutterstock

En México, cada año nacen alrededor de 200 000 niños prematuros. Cuando son víctimas de abandono al menos 5 790 menores lo fueron entre 2020 y 2024, su enorme vulnerabilidad reduce las probabilidades de que sobrevivan. Y no solo porque su enorme vulnerabilidad les lleva a ingresar en Unidades de Cuidados Intensivos donde tratan de superar importante complicaciones de salud. Además, en esas circunstancias, deben salir adelante sin el acceso a la alimentación con leche materna, tan importante para su recuperación.

No olvidemos que, como señala la OMS, la lactancia materna es la estrategia más efectiva para prevenir la mortalidad infantil y la morbilidad en infantes.

Ante esta carencia, los hospitales recurren a fórmulas lácteas comerciales que, aunque se presentan como una opción para que los bebés salgan adelante, resultan más costosas y no ofrecen los mismos beneficios en los infantes, retrasando su recuperación y encareciendo la atención médica.




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La prioridad de un laboratorio: asegurar una alimentación de calidad y segura

Los Bancos de Leche Humana (BLH) pasteurizada, destinados a asegurar el derecho de los recién nacidos a una alimentación segura y oportuna, no logran cubrir las necesidades de alimentación de la red de hospitales y centros de Salud en México. Por este motivo, es indispensable buscar otras alternativas de conservación y disposición de la leche humana para lograr una alimentación de calidad.

El Laboratorio de Investigación Leche Humana (LILH), con sede en el Centro Universitario de Ciencias Exactas e Ingenierías (CUCEI) de la Universidad de Guadalajara, se originó para buscar solución a este problema. Su objetivo es asegurar el derecho de los bebés abandonados o sin acceso a lactancia a una alimentación exclusivamente con leche humana, tal y como marcan la OMS y UNICEF.

La leche en polvo que elaboran, cuyo procesamiento y distribución tiene una larga vida de anaquel, se caracteriza por ser inocua, sin conservantes ni aditivos, y con características nutricionales y biológicas incomparables a las fórmulas lácteas comerciales. Todo ello cumpliendo estrictamente con las regulaciones nacionales e internacionales vigentes.

Al tratarse de un producto deshidratado que no requiere de una cadena de frío se puede almacenar en espacios reducidos y ser transportado sin problema a cualquier parte de México, lo que brinda muchas ventajas, tanto desde el punto de vista socioeconómico como medioambiental.




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Una mayor implicación institucional para salvar más vidas

Con el fin de que esta leche alimente a los niños más vulnerables, el LILH ha donado el producto al Hospital Civil “Fray Antonio Alcalde” de Guadalajara. Allí es frecuente que ingresen bebés que presentan múltiples complicaciones: síndrome de dificultad respiratoria (SDR), sífilis congénita, neumonía, hepatoesplenomegalia, microcefalia, persistencia del conducto arterioso, sepsis bacteriana, displasia broncopulmonar, síndrome de abstinencia neonatal (SAN) en prematuros con exposición a sustancias tóxicas durante el embarazo de sus madres, etc.

Por otra parte, gracias a sus cualidades, la leche humana en polvo sirve para alimentar a neonatos con alergia a la proteína de la leche de vaca (APLV), intolerancia a la fórmula láctea comercial o enfermedades que afectan a absorción de alimentos, como el síndrome de Bartter. En todos estos casos clínicos se logra una pronta recuperación de los pequeños, disminuyendo su tiempo de estancia en el hospital y evitando el consumo de fórmulas lácteas comerciales.




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Como evidencian los resultados, el LILH ofrece a los hospitales una alternativa eficaz y segura para la alimentación con la leche humana en polvo y la rápida recuperación de la población neonatal infantil.

No obstante, el avance de esta iniciativa en un país como México requiere la colaboración de instituciones de gobierno clave, como la Secretaría de Salud y el Sistema Nacional para el Desarrollo Integral de la Familia (DIF). Además de su firme compromiso para subsidiar los gastos de la transformación de la leche humana a polvo, su apoyo es fundamental para poder entablar redes con los Bancos de Leche Humana Pasteurizada y conseguir unificar el proceso de conservación de la leche y su transformación a polvo.

Solo así se podrá salvar la vida de los bebés más vulnerables del país.

The Conversation

Blanca Rosa Aguilar Uscanga no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El laboratorio mexicano que elabora leche humana en polvo para salvar a los recién nacidos más vulnerables – https://theconversation.com/el-laboratorio-mexicano-que-elabora-leche-humana-en-polvo-para-salvar-a-los-recien-nacidos-mas-vulnerables-266740

¿Adulterará la liga que el Villarreal-FC Barcelona se juegue en Miami? La importancia del ‘jugador n.º 12’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luis Carlos Sánchez, Profesor de Economía, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja ; Universidad de Oviedo

Fermín López disputa un balón durante el Barcelona-Villarreal celebrado el pasado 18 de mayo de 2025. Christian Bertrand/Shutterstock

La liga española ha anunciado su intención de jugar un partido fuera de España, en Miami. Concretamente el Villarreal-FC Barcelona, el próximo 20 de diciembre. Numerosas voces se han alzado contra esa medida como aficionados o jugadores.

Las competiciones ligueras están organizadas en dos vueltas donde todos los equipos juegan un partido como local y otro como visitante contra el resto de los rivales. El sistema no es caprichoso. Muchas investigaciones han documentado que los equipos disfrutan de una ventaja cuando juegan en su estadio. Los motivos pueden ser variados: no tienen que desplazarse por lo que pueden estar más descansados o están más acostumbrados al terreno del juego. Pero hay un aspecto que se muestra de vital importancia: el papel de la presión social del público (el jugador n.º 12).

La presión social

Los seres humanos somos sociales y nuestra opinión y comportamiento se ven influidos por el comportamiento del resto. Esta influencia social alcanza a todos los niveles. ¿Por qué los partidos políticos organizan mítines multitudinarios con personas que ya están convencidas de votar a ese partido, o publicitan encuestas internas que les reportan buenos resultados electorales? Algunas investigaciones muestran que los votantes se ven influidos por el apoyo público que perciben que tienen los diferentes candidatos.

De la misma manera, las actuaciones de jugadores y los árbitros se ven influenciados por la presión social de los espectadores que acuden al estadio.

La presión de todo un estadio sobre un árbitro. Escena de la película Matías, juez de línea (La cuadrilla, 1996). Fuente: FlixOlé, YouTube.

Experimento covid-19

Aunque previamente ya se había detectado la ventaja de los equipos que jugaban como locales, resultaba complejo aislar la influencia de la presión social del resto de variables (menos viajes, terreno de juego, etc.). La pandemia permitió testarlo mediante un experimento social al pasar a disputarse las competiciones deportivas sin público.
Una gran cantidad de estudios reflejaron la importancia de la presión social: no contar con público reducía la ventaja de la que disfrutaban los equipos que jugaban como locales.

Ese factor social tenía dos componentes. El primero, la influencia en la motivación de los jugadores al recibir los ánimos de su afición. Durante la crisis del covid-19 las diferencias entre la posesión, los corners lanzados o los tiros a puerta de los equipos locales y los visitantes se reducían.

La participación en el juego de los futbolistas era más similar que cuando los partidos se disputaban con público. Los jugadores locales seguían mostrando una participación mayor, pero la diferencia respecto al desempeño de los visitantes era mucho menor que cuando el partido se disputaba con el estadio lleno de aficionados.

La presión social también afecta al arbitraje. Las investigaciones muestran que los árbitros son más tendentes a mostrar tarjetas y pitar penaltis a los equipos visitantes. Los estudios realizados durante el covid-19 mostraron que ese sesgo se reducía cuando los partidos se disputaban en estadios vacíos.

La presión social para el favorito y para el equipo modesto

Pero esa ventaja no es idéntica para todos los equipos. En un estudio reciente detectamos que la presencia de público local era mucho más importante para los conjuntos más modestos. En cambio, el porcentaje de partidos ganados por parte de equipos claramente favoritos que jugaban como locales apenas variaba, se disputara el partido con público o a puerta cerrada. Los equipos más modestos pasaban de ganar el 25,9 % de los partidos cuando jugaban ante su publico, a solo el 16,4 % cuando lo hacían como locales en su estadio vacío.

La presión social para el árbitro

La presión social no solo afecta a los jugadores: también influye en los árbitros. Una manera de inferir esa influencia es el número de tarjetas amarillas mostradas a los futbolistas. Si cuando los equipos juegan en casa sus rivales reciben más este tipo de amonestaciones, la presencia de los aficionados influía más en los árbitros que cuando el estadio estaba vacío.

Además, los equipos favoritos recibieron más tarjetas cuando jugaban en casa sin aficionados que con público, pues la ausencia de público quitó presión a los árbitros. A pesar de esta menor ventaja arbitral, su calidad les permitió seguir siendo los probables ganadores.

Por otro lado, la presión social en el arbitraje fue más relevante para los equipos modestos. Sin el apoyo de su afición, también sufrieron una acción arbitral menos favorable, lo que impactó más en sus resultados. A diferencia de los favoritos, los conjuntos modestos perdieron más partidos al no contar con la ventaja de la animación de su público.

El caso del Villarreal-Barça y las ligas estadounidenses

Al jugarse en Miami el partido de ida entre el Villarreal y el FC Barcelona, el equipo castellonense vería reducidas sus probabilidades de victoria al no enfrentarse en su campo contra un equipo más fuerte. Por el contrario, las probabilidades de victoria del equipo catalán se incrementarían al disputar el encuentro de ida en un estadio neutral y el de vuelta en su estadio.

Para explicar la decisión de jugar el partido en Miami se toman como referencia los partidos disputados en el extranjero por las ligas estadounidenses de baloncesto o fútbol americano. La diferencia es que dichos partidos corresponden a la fase regular de la competición, compuesta por numerosos encuentros. Sin embargo, los partidos eliminatorios se disputan siempre en Estados Unidos y respetando las ventajas del equipo local.

En una liga como la española todos los partidos son decisivos dado que el título puede decidirse por una diferencia de un punto. Por el contrario, en las ligas estadounidenses los partidos más importantes se juegan en las fases eliminatorias, que se disputan en los estadios habituales de los equipos.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. ¿Adulterará la liga que el Villarreal-FC Barcelona se juegue en Miami? La importancia del ‘jugador n.º 12’ – https://theconversation.com/adulterara-la-liga-que-el-villarreal-fc-barcelona-se-juegue-en-miami-la-importancia-del-jugador-n-12-267153

Douglas Massey, sociólogo: “Acogemos a los solicitantes de asilo pero no les dejamos trabajar. Luego les culpamos por utilizar los recursos públicos. Es autodestructivo”

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Cultura, The Conversation

El sociólogo estadounidense Douglas Massey es el Premio Princesa de Asturias de Ciencias Sociales 2025 por haber realizado, según el jurado, “aportaciones fundamentales a la comprensión de las migraciones internacionales y sus consecuencias en la segregación urbana y la estratificación social”. A punto de viajar a Asturias, donde nunca ha estado, Massey no se inmuta ante la posibilidad de que el tiempo norteño le reciba con lluvia. “No hay problema, crecí cerca de Seattle”, dice.

Efectivamente, nació en el estado de Washington en 1952. Su familia materna proviene de Finlandia, desde donde se trasladaron a Estados Unidos a principios del siglo XX; por eso siempre ha sentido afinidad por los inmigrantes. Y cuando comenzó a estudiar español (un idioma que sigue hablando), se acercó a la cultura latinoamericana porque sus profesores eran mayoritariamente mexicanos.

Logotipo del 30 aniversario, en 2017, del 'Mexican Migration Project'.
Logotipo del 30 aniversario, en 2017, del ‘Mexican Migration Project’.
Mexican Migration Project

Así, Massey ha estudiado específicamente las migraciones mexicanas y centroamericanas hacia Estados Unidos. Fue durante años el codirector –junto a Jorge Durand, de la Universidad de Guadalajara– del Mexican Migration Project: “Cuando terminé mi doctorado, sobre la segregación residencial de los latinos, me presentaron a un estudiante que estaba acabando Antropología. Pasamos un año en México, en el estado de Michoacán, donde el 75 % de los hogares tenían a alguien trabajando en Estados Unidos. Me di cuenta de que sobre el terreno se podía recopilar información muy precisa del proceso migratorio, así que decidí estudiar comunidades específicas y crear una base de datos, que acabó siendo el Mexican Migration Project”.

Tras la jubilación de ambos, el proyecto ha migrado (“como hacemos todos cuando las circunstancias cambian”, añade Massey) de la universidad en la que él enseña desde hace décadas, Princeton, a Brown. Ahora está codirigido por uno de sus antiguos estudiantes, David Lindstrom, y por Silvia Giorguli Saucedo y Jéssica Nájera Aguirre, del Colegio de México, bajo el nombre de Mesoamerican Migration Project.

“Actualmente”, comenta, “el mundo está cambiando muy rápidamente, y no precisamente para bien. La hostilidad hacia los inmigrantes forma parte de una reacción mucho más amplia contra la globalización, con las clases medias y bajas resentidas por la desigualdad que esta ha provocado. Además, han surgido demagogos que se aprovechan de estos sentimientos. La globalización se basaba en la expansión de los mercados y la democracia, y ninguno de los dos se está expandiendo ya, sino que retroceden. Estamos pasando a sistemas políticos más autoritarios y a un sistema comercial en el que los poderosos imponen acuerdos a los países más débiles”.

“Los inmigrantes son un blanco fácil porque son vulnerables, diferentes, y pueden ser presentados como una amenaza para la sociedad. En la historia de Estados Unidos, ha habido muchas reacciones contra la inmigración y siempre coinciden con el aumento de la desigualdad y la inseguridad. Ocurrió en la década de 1840 contra los católicos irlandeses y alemanes, y en la década de 1920 contra los europeos del sur y del este. Ahora los latinos son el grupo racializado marginado”.

Es curioso que se repitan estos ciclos en una nación que fue construida por inmigrantes.

Los estadounidenses son muy malos en historia. Siempre miran hacia delante, no hacia atrás. Si habla con italoamericanos de tercera generación, le contarán que sus padres llegaron legalmente, aprendieron inglés muy rápido y trabajaron para integrarse. Aunque no sea lo que sucedió. A esto se suman el auge de los demagogos y que no ha habido ninguna narrativa contraria. Nadie se ha levantado para decir que los inmigrantes construyeron Estados Unidos y que, si se les da una oportunidad, construirán el Estados Unidos del futuro. Eso es demostrable desde las ciencias sociales, pero todo el mundo tiene miedo de expresarlo.

¿Se está perdiendo la oportunidad de abordar el tema de otra manera desde la política?

Mucha gente de izquierda se mueve hacia la derecha pensando que tal vez así consiga algún compromiso, pero eso nunca funciona. Obama llegó al cargo pensando que podía unir a Estados Unidos y antes incluso de empezar a negociar, reforzó la vigilancia fronteriza y aumentó las deportaciones hasta niveles récord. En su mente pensaba: “Les demostraré que puedo estar más en sintonía con la aplicación de la ley. Entonces concederán alguna reforma migratoria”. Pero eso nunca iba a suceder. Y parece ser la dirección que está tomando la izquierda en todo el mundo. Se creen la retórica de la amenaza en lugar de la retórica de la oportunidad.

Además, la situación migratoria está cambiando.

Nadie está planteando actualmente un argumento humanitario. Lo que solía ser un flujo de trabajadores inmigrantes mexicanos que llegaban a Estados Unidos en busca de oportunidades económicas se está convirtiendo cada vez más en refugiados en busca de asilo. Y la respuesta de la administración Trump es criminalizarlos, tacharlos de parásitos y delincuentes que deben ser exterminados.

¿Qué le gustaría decir a usted, que es experto, sobre este tema?

Los inmigrantes solo se convierten en un problema cuando se intenta impedir algo que ocurre de forma natural. Las personas emigran y lo hacen por buenas razones. Es mejor considerar a los migrantes como un recurso potencial: darles oportunidades y ayudarles a construir la sociedad. La mayor parte de lo que se oye en la esfera pública sobre ellos es falso, se basa en actitudes prejuiciosas y es utilizado por personas que buscan poder e influencia de forma ilegítima. La globalización corre un grave peligro de colapsar, y por eso Donald Trump es tan peligroso: Estados Unidos fue un actor clave en la construcción y el mantenimiento de la economía global y su presidente está haciendo todo lo que puede para destruirla.

Una mujer sostiene una pancarta en alto que dice 'Abolish ICE'-
Protestas en Los Ángeles, en junio de 2025, contra las redadas y las políticas migratorias del presidente Donald Trump.
Sua Sponte Photography/Shutterstock

En un estudio sobre la influencia de la violencia llegaron a la conclusión de que, en México, este no era un factor importante en la migración indocumentada a Estados Unidos.

Lo que descubrimos entonces fue que la violencia en el lugar de origen sí predecía la migración, pero dentro del propio México. Pero hay que tener en cuenta que en aquel momento Estados Unidos estaba abriendo muchas vías legales y la migración ilegal se estaba reduciendo. Sin embargo, los datos cambian muy rápidamente. La violencia es cada vez más un factor de empuje, igual que el cambio climático, tanto desde México como desde otros lugares de América Latina. Mi antigua alumna Filiz Garip, que me sustituyó en Princeton, está analizando datos satelitales sobre modificaciones en el territorio y circunstancias ecológicas y climatológicas que después cruza con las migraciones. Y observa que el número de migrantes globales está aumentando, igual que la proporción de aquellos que lo hacen para escapar de amenazas.

También ha estudiado la discriminación residencial en Estados Unidos.

Cuando empecé a estudiar la segregación latina, había tres grupos básicos: mexicanos en el suroeste, puertorriqueños en el noreste y cubanos en el sur de Florida. En lo referente a discriminación, destacaba el grupo de Puerto Rico. La raza era un factor importante y eso hacía que los procesos de asimilación fuesen más lentos: los portorriqueños se vieron frenados por su baja condición socioeconómica y por mucho racismo. Pero los mexicanos y los cubanos no estaban tan segregados.

Lo que ha cambiado con el tiempo es que la población latina se ha vuelto mucho más numerosa y una gran parte de ella se encuentra en situación irregular. Esta “ilegalidad” se ha convertido en una excusa para demonizarlos y es, además, una enorme barrera para la movilidad social y espacial, lo cual fomenta la guetización: los barrios que albergan a latinos se han llenado de más latinos, por lo que se han aislado aún más. El problema ahora es que la mayoría son padres de ciudadanos estadounidenses. Por lo tanto, incluso cuando estos hijos son residentes legales, beneficiarios permanentes del DACA (que permite que quienes llegaron ilegalmente siendo niños accedan a permisos de trabajo) o ciudadanos nacionalizados, tienen miedo de avanzar demasiado socialmente por temor a llamar la atención sobre sus padres y que les deporten. Es una enorme carga para la próxima generación.

El año pasado estuve en Nueva York y por primera vez vi a familias latinoamericanas mendigando, algo que nunca había visto antes. ¿Qué ha cambiado en el contexto actual?

Las políticas, que ahora son mucho más excluyentes. A principios de los 2000, los migrantes eran mayoritariamente mexicanos y centroamericanos. Estos últimos tenían más dificultades para integrarse, porque no contaban con redes sociales. Los jóvenes, especialmente los adolescentes, eran demasiado mayores para rendir bien en el sistema escolar y fueron quienes acabaron en las calles, en bandas como la Mara Salvatrucha, que nació en Los Ángeles. Pero hay que tener en cuenta que el origen de todo esto había sido la intervención militar y política de Estados Unidos en Centroamérica, que provocó desplazamientos masivos de personas a las que luego no se les proporcionó una vía legal para refugiarse.

Los que vemos actualmente en las calles son venezolanos que no tienen a dónde volver. Tienen derecho, según la legislación estadounidense e internacional, a cruzar la frontera de Estados Unidos y solicitar asilo para que se juzguen sus casos, pero eso no se está haciendo. Sin embargo, no son personas con poca formación. Son inmigrantes que nos vendrían bien, pero no los queremos. Aunque necesitamos mano de obra, aunque tenemos la capacidad de absorberlos, aunque asimilamos e integramos a 1,3 millones de vietnamitas en la década de 1970, ya no hacemos ese tipo de cosas.

¿Tienen los países de acogida capacidad de absorber a más personas de las que afirman?

Sí, una capacidad mucho mayor. Las tasas de fertilidad en Europa son incluso más bajas que en Estados Unidos, la población está envejeciendo muy rápidamente y hay escasez de mano de obra. Los inmigrantes venezolanos no tienen problemas para encontrar trabajo en los puestos más bajos de la escala profesional en España. Se les necesita, pero hay una resistencia alimentada por los miedos. Y las políticas son una locura. Así, acogemos a un montón de solicitantes de asilo, los alojamos y no les dejamos trabajar. Luego les culpamos por utilizar los recursos públicos. Es autodestructivo.

Hombres y mujeres sentados en la calle entre vallas comen.
Inmigrantes ilegales en Nueva York comen tras haber recibido alimentos por parte del gobierno.
Claudine Van Massenhove/Shutterstock

La reacción hacia los inmigrantes siempre tiene un componente económico, ¿no es así?

Es una combinación de estatus socioeconómico, pero también racial. Yo me gradué en el instituto en 1970. En aquella época, sectores enteros de empleo estaban reservados para personas como yo, hombres blancos. Muchos trabajos estaban fuera del alcance de las mujeres. Los negros estaban segregados en ocupaciones de menor categoría y los latinos y asiáticos eran poblaciones minoritarias. Ahora los latinos representan el 14 % de la población. Una gran parte de ellos no tiene estatus legal y otra gran parte son minorías visibles, tienen la piel oscura y rasgos africanos, lo que siempre ha sido una dimensión importante de la estratificación en Estados Unidos.

Un anterior ganador del premio que usted está a punto de recibir, el sociólogo Alejandro Portes, dijo en Asturias que la inmigración a España era tan reciente y había sido tan rápida que no había habido tiempo de desarrollar una cultura racista.

Gran parte de la migración temprana a España, una vez que se unió a la Unión Europea, fue bienvenida. Los turistas alemanes y británicos traían dinero. El mayor problema de integración podría ser con los africanos, por tener piel oscura, pero muchos otros inmigrantes eran hispanohablantes. Con su acogida, España ha sido realmente un modelo para Europa de cómo pagar las deudas de su pasado colonial en América Latina.

Actualmente se habla de aceptar inmigrantes que tengan una “cultura cercana” al lugar de destino.

Tiene sentido pensar en eso como un criterio. Se quiere gente que encaje, lo cual, en el caso de España, es fácil de ver con la migración latinoamericana. Pero moralmente significa dividir a las personas en dignas e indignas. Y, en términos prácticos, se pierde la diversidad que, según muestran las investigaciones en ciencias sociales, es beneficiosa. Si hay homogeneidad, se toman decisiones estúpidas porque nadie las cuestiona. La diversidad hace que la sociedad sea flexible y tenga visión de futuro.

¿Qué bulo le da más miedo en relación con la inmigración?

Trump está tratando de presentar las ciudades estadounidenses como lugares peligrosos en los que el ejército necesita intervenir. Y los inmigrantes y los afroamericanos son una parte importante de ese discurso. Así que envía tropas o al ICE (Servicio de Control de Inmigración y Aduanas) a Chicago, Portland o donde sea. Pero no hay ningún problema real allí que no haya existido durante años y no haya sido gestionado por las autoridades locales. Las intervenciones militares provocan reacciones, y esas reacciones se convierten en justificación para una mayor militarización. Es algo que hicieron los nazis en la Alemania de los años 30.

El otro día leí al escritor mexicano Jorge Volpi decir que, ante la pérdida de esperanza en el mundo actual, que “si alguien todavía tiene esperanza en el futuro, son los migrantes”.

Esperanza y, basándose en ella, motivación para integrarse. No tienen ningún incentivo para ser perezosos y no hacer nada. Quieren trabajar. Quieren salir adelante y que sus hijos también salgan adelante. Y eso es beneficioso para la sociedad.

Retablo de una mujer en el que da gracias a Dios por haberla permitido cruzar el río con sus hijos.
Retablo de Virginia Velázquez.
Colección Arias-Durand/Princeton University Art Museum

Uno de los proyectos en los que trabajé con Jorge Durand fue “Milagros en la frontera”. A los dos nos interesaba el arte popular mexicano, así que viajamos al santuario de la Virgen de San Juan de Los Lagos, en los Altos de Jalisco, para ver los retablos que cubren todas las paredes. Cualquier cosa que le pueda pasar a un ser humano acaba ahí expuesta, en una de esas pinturas que dan gracias a la Virgen por un milagro otorgado o un favor recibido. Descubrimos que muchas de ellas tenían que ver con experiencias de la migración a Estados Unidos, así que decidimos crear una colección y reunimos unos 60 retablos, que se expusieron por primera vez en la Ciudad de México. Fue parte de nuestro intento de permitir que los inmigrantes contaran sus propias historias. Cuando Jorge y yo nos jubilamos, dejamos la colección al Museo de Arte de la Universidad de Princeton, que ahora la expone dentro del ala dedicada al arte latinoamericano. Uno de los vigilantes de sala nos dijo que normalmente la gente entra y sale rápidamente de la mayoría de las galerías. Pero, en esa, entran y tardan mucho en salir.


Esta entrevista se publicó originalmente en la Revista Telos de la Fundación Telefónica.


The Conversation

ref. Douglas Massey, sociólogo: “Acogemos a los solicitantes de asilo pero no les dejamos trabajar. Luego les culpamos por utilizar los recursos públicos. Es autodestructivo” – https://theconversation.com/douglas-massey-sociologo-acogemos-a-los-solicitantes-de-asilo-pero-no-les-dejamos-trabajar-luego-les-culpamos-por-utilizar-los-recursos-publicos-es-autodestructivo-267665