GPA à l’étranger et reconnaissance de filiation en France : la Cour de cassation acte un profond changement de logique

Source: The Conversation – in French – By Valérie Depadt, Maître de conférences en droit, Université Sorbonne Paris Nord

Le 3 juillet 2026, la Cour de cassation a rendu un avis très attendu concernant la filiation des enfants nés grâce à une gestation pour autrui effectuée à l’étranger. Bien que cette pratique soit interdite en France, la Cour considère que « compte tenu de l’intérêt supérieur de l’enfant », cet interdit ne permet pas, à lui seul, de refuser la reconnaissance de la filiation. Une décision qui acte un changement profond de logique.


La gestation pour autrui (GPA) – autrement dit, le fait, pour une femme, de porter un enfant pour le compte d’un couple de « parents d’intention » à qui il sera remis après sa naissance – demeure interdite en France. Néanmoins, les questions qu’elle soulève continuent d’alimenter les débats juridiques.

Il en est ainsi notamment de la transcription, sur les registres de l’état civil français, des actes de naissance des enfants nés à l’étranger grâce à ce processus. Ce sujet, depuis près d’une vingtaine d’années, n’a jamais longtemps quitté la scène juridique, nourrissant une jurisprudence particulièrement médiatique.

Il est revenu sous le feu des projecteurs via le cas d’un couple d’hommes français, installé au Canada (où la gestation pour autrui est légalement autorisée) : ayant eu recours à deux GPA, dont sont nés trois enfants, ils ont demandé que la filiation déjà obtenue au Canada soit aussi reconnue en France.

La Cour de cassation (la plus haute juridiction française), en cette matière, se trouve confrontée à deux exigences apparemment contradictoires : d’un côté, le respect de la prohibition de la gestation pour autrui, inscrite à l’article 16-7 du Code civil ; de l’autre, la nécessité de protéger les droits des enfants nés à l’étranger.

Afin de mesurer toute la portée des deux arrêts rendus le 3 juillet 2026 par l’Assemblée plénière de cette instance, il est utile de revenir sur les principales étapes de ce parcours jurisprudentiel.

D’un refus absolu à une ouverture progressive

Dans un premier temps, la Cour de cassation s’est opposée à toute transcription des actes de naissance d’enfants nés d’une gestation pour autrui à l’étranger. Cette position a notamment été illustrée par l’arrêt Mennesson du 17 décembre 2008.

Elle fut remise en cause quelques années plus tard, à la suite des condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme, fondées sur l’atteinte portée au droit des enfants au respect de la vie privée.

En 2015, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation admet la transcription des actes étrangers dès lors qu’ils sont « conformes à la réalité » au sens de l’article 47 du Code civil, selon lequel un acte d’état civil étranger fait foi dès lors que les faits qu’il relate correspondent à la réalité.

Cependant, cette réalité demeure alors entendue comme celle de l’accouchement : ainsi, seuls pouvaient être transcrits les actes désignant comme parents le père biologique et la femme ayant accouché, autrement dit les personnes génétiquement liées à l’enfant.

Deux ans plus tard, en 2017, la Première chambre civile admet explicitement la possibilité pour le parent d’intention (non génétiquement lié à l’enfant) de l’adopter.

Mais le véritable tournant allait survenir durant l’année 2019.

La transcription totale de l’acte de naissance

Saisie pour avis par la Cour de cassation française, la Cour européenne des droits de l’homme indique, dans un avis consultatif publié le 10 avril 2019, que les États doivent permettre l’établissement de la filiation avec le parent d’intention. Elle n’impose pas pour pour autant la transcription de l’acte de naissance. L’adoption peut donc être le moyen de remplir cette obligation.

Pourtant, à l’étonnement d’une large partie de la doctrine, le 4 octobre de la même année, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation française se prononce pour la transcription complète de l’acte de naissance, en soulignant toutefois la spécificité de cette solution au cas d’espèce, en raison de la longueur de la procédure : les fillettes, dont la situation avait donné lieu à l’arrêt de 2008, étaient à cette époque âgées de 19 ans…

Deux mois plus tard, la Cour de cassation réaffirma néanmoins sa position, et l’étendit, en ordonnant la transcription totale d’un acte de naissance qui désignait le père biologique et son compagnon ou son époux en tant que parents, dès lors que l’acte en question s’avérait probant au sens de l’article 47 du Code civil.

La notion de « réalité » visée par l’article 47 cesse dès lors d’être exclusivement biologique : elle s’apprécie désormais au regard de la filiation légalement établie dans le pays d’origine.

En ordonnant la transcription totale de l’acte de naissance, alors que la Cour européenne laissait à la France le choix de l’adoption, la Cour de cassation a fait preuve d’une certaine audace au regard du droit français.

Le coup d’arrêt de la jurisprudence de 2019 par la loi de 2021

On a pu voir dans cette décision de la Cour de cassation un appel au législateur, afin qu’une solution légale soit donnée. Si cette hypothèse est correcte, on peut considérer que l’appel a été entendu.

En effet, la loi du 2 août 2021 est venue porter un coup d’arrêt à ce mouvement jurisprudentiel.

En précisant que la réalité des faits déclarés dans l’acte étranger doit être appréciée « au regard de la loi française », le législateur a entendu « acter le fait que l’acte de naissance d’un enfant né d’une GPA à l’étranger, qui désigne la mère d’intention comme mère, n’est pas conforme à la réalité, puisque, en droit français, la mère est celle qui accouche, hors hypothèse de l’adoption ».

Le simple ajout, dans l’article 47 du Code civil, de la courte mention « au regard de la loi française » a donc transformé l’interprétation de ce texte.

La réforme laisse cependant intacte une autre voie de reconnaissance des filiations établies hors de nos frontières : l’exequatur des décisions étrangères.

La voie de l’exequatur

L’exequatur est un terme juridique désignant la décision par laquelle une autorité judiciaire d’un État reconnaît et autorise l’exécution sur son territoire d’une décision rendue par une juridiction étrangère, ou parfois d’une sentence arbitrale internationale.

L’exequatur n’est pas une simple formalité. Il permet au juge français de contrôler qu’une décision étrangère remplit les conditions requises pour produire ses effets en France, notamment qu’elle ne méconnaît pas les principes essentiels de l’ordre juridique français.

L’intérêt de l’exequatur tient à ce qu’il obéit à une logique différente de celle de la transcription.

La transcription suppose un contrôle de l’acte de naissance étranger au regard de l’article 47 du Code civil et conduit le juge à apprécier la « réalité » des faits déclarés selon les exigences du droit français. L’exequatur, au contraire, n’a pas pour objet le contrôle d’un acte d’état civil, mais celui d’une décision juridictionnelle étrangère.

Autrement dit, dans le contentieux de la transcription, le juge français confronte l’acte de naissance étranger à la conception française de la filiation.

En revanche, dans le contentieux de l’exequatur, il n’appartient plus au juge de rediscuter cette filiation : il vérifie seulement que la décision étrangère a été rendue dans des conditions compatibles avec l’ordre public international français.

Le contrôle se déplace donc de la filiation elle-même vers le jugement qui l’établit.

L’avantage de l’exequatur sur la transcription

Il faut souligner ici que la transcription est une formalité « de publicité » : elle ne fait que constater la filiation établie à l’étranger, sans la créer.

À la différence d’un jugement qui établit la filiation et bénéficie de l’autorité de la chose jugée, la transcription n’empêche donc pas une contestation ultérieure de l’acte.

En revanche, à l’instar de l’adoption, l’exequatur présente un avantage sur la transcription : une fois prononcé, il confère en principe un caractère incontestable à la filiation établie.

Dans ce contexte, on comprend que la majorité des parents d’intention se tournent aujourd’hui vers cette procédure.

Les arrêts du 3 juillet déplacent donc le centre de gravité du débat, jusque-là fixé sur la notion de « réalité » au sens de l’article 47 du Code civil. Ce n’est plus principalement la conformité de l’acte de naissance étranger au regard de l’article 47 qui est contrôlée, mais les conditions dans lesquelles une juridiction étrangère a établi la filiation.

La motivation de la décision de la Cour de cassation

Le cas à l’origine de ce changement de logique était celui d’un couple d’hommes français, installé au Canada (où la gestation pour autrui est légalement autorisée), ayant eu recours à deux GPA, dont sont nés trois enfants.

Les juridictions canadiennes ont établi la filiation des enfants à l’égard des deux hommes, en les désignant comme leurs parents légaux. De retour en France, ces derniers ont demandé l’exequatur de ces décisions afin qu’elles produisent leurs effets sur le territoire français.

Par deux arrêts du 4 juin 2024, la Cour d’appel de Paris a accueilli les demandes d’exequatur des jugements canadiens désignant le couple comme parents (jugeant que lesdites décisions produiraient les effets d’une adoption plénière en France).

Cependant, la procureure générale auprès de la Cour d’appel de Paris a formé deux pourvois en cassation contre ces arrêts, qui ont donc été renvoyés devant l’Assemblée plénière de la Cour de cassation.

La formation la plus solennelle de la Cour de cassation était questionnée sur deux points :

  • la régularité des décisions canadiennes au regard de l’ordre public international ;

  • les effets de l’exequatur en droit français.

Régularité des décisions étrangères : le rôle central du juge français

À la question de la régularité des décisions au regard de l’ordre public international, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation affirme que, si la prohibition de la gestation pour autrui constitue un principe d’ordre public international français, elle ne peut, à elle seule, justifier le refus de reconnaître une décision étrangère établissant la filiation d’un enfant né d’une GPA.

Le juge doit concilier cette interdiction avec le droit de l’enfant au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l’article 8 de la CEDH et son intérêt supérieur protégé par l’article 3 de la Convention de New York du 20 novembre 1989 relative aux droits de l’enfant, l’un et l’autre participant de l’ordre public international français.

La Cour confirme ainsi que le contrôle du juge français ne porte plus sur la réalité de la filiation elle-même, mais sur la décision étrangère qui l’a établie. Le lien génétique n’est plus un paramètre de ce contrôle.

Le juge de l’exequatur doit en revanche procéder à un certain nombre de vérifications. À partir de la décision étrangère ou de documents équivalents, il doit notamment s’assurer que la mère porteuse a donné un consentement libre et éclairé, que les droits des personnes impliquées ont été respectés et que l’intérêt de l’enfant a été préservé. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’exequatur est refusé.

La motivation de la décision étrangère doit donc permettre au juge français d’une part d’identifier la qualité des personnes ayant participé au projet parental d’autrui, d’autre part de s’assurer que les parties au contrat de gestation pour autrui (principalement la mère porteuse), ont consenti aux modalités et effets prévus par le contrat de gestation.

Effets de l’exequatur en droit français

Concernant le second questionnement, à savoir les effets de l’exequatur en droit français, la Cour de cassation rappelle que :

« Le juge de l’exequatur, lorsqu’il se prononce sur la régularité internationale de la décision étrangère, ne peut procéder à la révision au fond de celle-ci, et, d’autre part, qu’une fois revêtue de l’exequatur, une décision étrangère ne peut davantage être modifiée. »

Les juges de la Cour d’appel de Paris ont donc été censurés pour avoir jugé que la décision d’exequatur produirait en France les effets d’une adoption plénière des enfants, bien que la décision revêtue de l’exequatur ne fût pas un jugement d’adoption.

En définitive, les arrêts du 3 juillet 2026 ne consacrent pas la gestation pour autrui en droit français. Ils rappellent en revanche que son interdiction ne saurait, à elle seule, faire obstacle à la reconnaissance d’une filiation régulièrement établie à l’étranger.

Lorsqu’en 2021, le législateur s’est abstenu de remettre en cause le recours à l’exequatur, l’a-t-il fait délibérément, afin de préserver cette possibilité ?

Si tel n’est pas le cas, il lui appartient désormais d’intervenir expressément.

À défaut, l’exequatur pourrait bien s’imposer comme la principale voie de reconnaissance en France des filiations établies à l’étranger à la suite d’une GPA.

The Conversation

Valérie Depadt ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l’échelle des salles de classe

Source: The Conversation – in French – By Mona Noroozi, Doctorante, Génie Civil et Sciences de l’Habitat, Université Savoie Mont Blanc; Ademe (Agence de la transition écologique)

La canicule qui a frappé la France fin mai et en juin 2026 a illustré le manque d’adaptation du bâti scolaire face aux vagues de chaleur. L’éducation nationale entend y remédier à travers un plan spécifique, qui doit passer par le diagnostic des établissements scolaires les plus exposés à la chaleur. Une approche qui ignore que, au sein d’une même école, l’exposition aux températures peut varier en fonction de toutes sortes de facteurs. C’est notamment le cas de l’étage et de l’exposition des salles de classe, qui ont été examinées ici.


Les vagues de chaleur sont de plus en plus intenses, fréquentes, et surtout précoces. Elles arrivent de plus en plus tôt dans la saison, désormais dès les mois de mai ou de juin, pendant les dernières semaines de l’année scolaire. Les vagues de chaleur récemment connues par la France, fin mai puis de mi à fin juin 2026, l’ont illustré : elles ont affecté le déroulement des cours et des examens de fin d’année, comme le brevet ou le baccalauréat

À la clé, des canicules souvent éprouvantes, qui ont parfois forcé la fermeture de nombreuses écoles. Or, les enfants sont particulièrement vulnérables à la chaleur, car leur corps régule moins bien sa température que celui des adultes. Dans une salle surchauffée, leur concentration et leur capacité d’apprentissage chutent fortement.

Face à ces épisodes, on cherche naturellement des solutions pour rafraîchir les écoles. La circulaire du 27 mai 2026 relative au plan ministériel de gestion des vagues de chaleur prévoit ainsi d’établir une cartographie des bâtiments scolaires les plus exposés à la chaleur. Mais, avant cela, il conviendrait déjà de se demander si toutes les salles de classe chauffent de la même manière au sein d’un même bâtiment scolaire.




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La réponse est loin d’être évidente. Au sein d’un même bâtiment, deux classes peuvent connaître des températures très différentes. Il faut alors regarder ce qui se passe à l’échelle de la classe, et pas seulement à celle du bâtiment.

Ceci implique de ne plus considérer les écoles comme des blocs de salles de classe équivalentes où les écoles récemment rénovées ou construites seraient nécessairement davantage à l’abri que les autres : il convient d’examiner chaque situation dans les détails.

Quatre bâtiments scolaires pour illustrer la diversité du bâti scolaire français

Pour y voir plus clair, nous avons mené, dans le cadre d’un projet de recherche en cours, des mesures pendant la canicule de juin 2026 dans quatre écoles d’une même agglomération en Savoie.

Ces écoles n’ont pas été choisies au hasard : chacune est bâtie différemment, ce qui affecte la façon dont elle encaisse et restitue la chaleur. Pour chacune, des capteurs ont relevé la température de plusieurs salles, heure par heure, pendant toute la durée de la vague de chaleur.

  • Le bâtiment de l’école 1, dont la construction est très récente, est en béton isolé par l’extérieur, c’est aussi la seule école où une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit.

  • Le bâtiment de l’école 2 est en parpaing non isolé.

  • le bâtiment de l’école 3 est en parpaing isolé par l’extérieur, ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique récente.

  • Et enfin, le bâtiment de l’école 4 est en pierre.

D’un étage à l’autre, les salles de classe ne chauffent pas pareil

L’étage est le premier facteur que l’on peut examiner. Dans les quatre écoles étudiées, le rez-de-chaussée était presque toujours réservé aux espaces administratifs et communs, comme le bureau du directeur, la cantine, la bibliothèque ou la salle polyvalente, et comptait peu de salles de classe. Les classes se trouvaient surtout dans les étages supérieurs.

Or, ce simple déplacement des salles en hauteur peut suffire à changer du tout au tout l’expérience thermique des enfants. En effet, il existe des différences notables de température entre les classes du rez-de-chaussée et celles des étages élevés, comme le montrent nos mesures dans des classes situées dans le même bâtiment, soit en rez-de-chaussée, soit au dernier étage, pour une exposition équivalente des fenêtres.

Influence de l’étage sur les températures mesurées dans les classes pour les quatre bâtiments. La ligne rouge montre la température au dernier étage, la ligne bleue celle du rez-de-chaussée, et la ligne grise les températures extérieures. Pour rappel, l’école 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit, l’école 2 en parpaing non isolé, l’école 3 en parpaing isolé par l’extérieur et l’école 4 en pierre.
Fourni par l’auteur

Le résultat a été le même dans tous les cas : la classe à l’étage est restée plus chaude, sans jamais que l’inverse ne se produise. Ce qui frappe, c’est que cette tendance s’est vérifiée dans les quatre écoles, quelles que soient les caractéristiques du bâtiment.

Qu’il s’agisse de l’école de construction récente où les fenêtres s’ouvraient automatiquement la nuit pour laisser entrer l’air frais, de celle qui a été rénovée avec une isolation extérieure ou de celle qui ne l’était pas, dans tous les cas, les salles de classe à l’étage sont restées plus chaudes que celles du rez-de-chaussée. Aucune de ces caractéristiques n’a suffi à compenser l’effet de l’étage ou à l’effacer.

À quelques mètres près, l’orientation change tout

Sans surprise, l’orientation des fenêtres de la classe joue également un rôle crucial dans l’exposition à la chaleur. Entre deux classes du même bâtiment situées au même étage, l’orientation des ouvrants pouvait, à elle seule, entraîner des températures très différentes. C’est ce que montrent les résultats ci-dessous.

Influence de l’orientation sur les températures mesurées dans les classes. La ligne verte désigne la température dans les classes à l’est, la bleue celle des classes à l’ouest, et la rouge celles des classes au sud. Pour rappel, le bâtiment 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit et le bâtiment 4 est en pierre. Seuls ces deux bâtiments ont été retenus, car les expositions n’étaient pas comparables pour les bâtiments 2 et 3.
Fourni par l’auteur

L’hétérogénéité du bâti scolaire explique en partie ces contrastes : les orientations des fenêtres diffèrent en fonction des salles et des bâtiments scolaires. Certaines donnent sur le soleil du matin, d’autres sur le soleil de l’après-midi, d’autres encore sur une cour brûlante ou ombragée.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de déterminer le plan de l’école et de décider de l’affectation des pièces, le risque de canicule entre trop rarement en ligne de compte. Quelle pièce deviendra une salle de classe ? Laquelle servira de bureau, de réserve ou de salle commune ?

Le confort thermique des enfants, en toutes saisons, devrait être un critère déterminant. En cas de force majeure, le plan d’occupation des bâtiments doit pouvoir être adapté. On se souvient par exemple qu’il y a quelques semaines, certains élèves de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) ont dû passer les épreuves orales du bac de français dans un parking souterrain.




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Les écoles ne sont pas des espaces homogènes

Pour autant, les différences observées ici entre les classes ne sauraient être exclusivement attribuées à leur étage ou à leur orientation. Le comportement des occupants pendant les jours de classe, le moment où les fenêtres sont ouvertes et fermées, celui où les protections solaires sont abaissées ainsi que l’état des fenêtres et des protections pendant les jours de fermeture, qui conditionne leur efficacité pour limiter la surchauffe lorsque l’école est vide, sont autant de paramètres pouvant jouer sur les écarts de températures entre deux classes qui seraient, par ailleurs, dans des situations comparables en matière d’étage, d’exposition et de type de construction.

L’étage et l’orientation des fenêtres ne sont ainsi que deux facteurs parmi de nombreux autres : taille, nombre et type de fenêtres, matériaux, couleur des murs extérieurs, état des protections solaires, nombre d’enfants accueillis… on pourrait encore en dénombrer une dizaine d’autres.

Mais lorsqu’on voit à quel point ces deux facteurs simples suffisent à rendre deux classes d’un même bâtiment aussi différentes, on mesure à quel point il peut être trompeur de considérer une école entière comme un ensemble homogène.

C’est pourquoi il convient de se méfier des solutions toutes faites et de ramener le questionnement au bon niveau. Avant de se demander « comment rafraîchir les écoles », ne pas oublier : « Dans cette école en particulier, quelles pièces conviennent le mieux pour être utilisées comme salles de classe ? » Et, bien sûr, pour les écoles dont les murs ne sont pas encore sortis de terre : « Comment les classes pourraient-elles être plus fraîches dès le départ ? »

The Conversation

Mona Noroozi a reçu des financements de l’État, gérés par l’ANR au titre du PIA (réf. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy), et un cofinancement de l’ADEME (contrat n° TEZ24-039).

Monika Woloszyn a reçu des financements de l’ADEME et de l’ANR au titre du PIA (ref. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy).

Nolwenn Hurel a reçu des financements publics de l’ADEME et de l’ANR.

ref. Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l’échelle des salles de classe – https://theconversation.com/ecoles-en-surchauffe-un-probleme-qui-se-joue-avant-tout-a-lechelle-des-salles-de-classe-286878

Damanhur : pourquoi cette utopie italienne survit depuis cinquante ans. Et que peut-elle nous apprendre ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l’ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC

Connaissez-vous Damnhur, dans le Piémont, une communauté italienne qui développe un mode de vie alternatif ? Que vous y souscriviez ou non, il est intéressant de se pencher sur le fonctionnement de cette microsociété. Son étude livre un éclairage, par contraste, des sociétés capitalistes.


Malgré leur longévité remarquable et leur capacité à maintenir des formes originales d’organisation collective, des communautés comme Auroville en Inde, Findhorn en Écosse, Christiania au Danemark, Tamera au Portugal ou encore Damanhur en Italie, demeurent rarement des destinations privilégiées pour les voyages d’études, les learning expeditions et autres séminaires.

Pourtant, leur résilience dans le temps invite à dépasser les jugements rapides pour comprendre les mécanismes qui assurent leur pérennité. Ces expériences ont souvent en commun une dimension spirituelle. Une spiritualité généralement détachée des religions instituées, mais qui interroge néanmoins les représentations dominantes de la rationalité moderne. Cette caractéristique peut expliquer une partie des réticences qu’elles suscitent jusqu’à parfois être accusée de dérives sectaires. D’où l’importance de se rendre sur place pour y étudier les enseignements qu’elles offrent ne se réduisent pas à cette dimension. Ils concernent autant l’innovation que la gouvernance, l’organisation du travail, les modes de décision collective, la gestion des ressources ou encore la construction du lien social.

Un industriel visionnaire

La fédération de Damanhur constitue un cas particulièrement éclairant parmi les communautés intentionnelles contemporaines. Fondée à la fin des années 1970 dans la vallée de Valchiusella, au nord de l’Italie, entre Turin et Ivrée, elle a progressivement transformé une vision philosophique et spirituelle en une communauté durable dotée d’institutions, d’activités économiques et d’infrastructures propres.




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Son implantation dans ce territoire n’est pas anodine. La région porte l’héritage d’Adriano Olivetti, industriel visionnaire qui défendait une conception profondément humaniste de l’entreprise, articulant développement économique, culture, éducation et bien commun. Sans s’inscrire directement à sa suite, Damanhur prolonge à sa manière cette intuition selon laquelle une communauté humaine ne peut être réduite à sa seule fonction productive et doit penser conjointement l’économie, le territoire, la culture et la qualité de la vie collective.


Fourni par l’auteur

Dans un contexte marqué par les crises écologiques, sociales et politiques, Damanhur apparaît ainsi comme un laboratoire vivant de résilience collective. Son expérience offre un terrain d’observation précieux pour comprendre comment une organisation parvient à maintenir dans le temps un projet commun, à renouveler ses institutions et à concilier vision, gouvernance et pérennité.

Naissance d’une utopie

L’histoire commence avec la création du Centre Horus à Turin en 1975. Quelques années plus tard, les premiers membres s’installent dans la vallée sous l’impulsion d’Oberto Airaudi, connu sous le nom de Falco Tarassaco. Celui-ci développe progressivement une vision mêlant spiritualité, écologie et organisation communautaire, avec l’ambition de construire une société capable d’articuler développement humain, créativité et vie collective.

Dès l’origine, Damanhur constitue une expérimentation sociale à grande échelle. La communauté entend explorer de nouvelles façons d’habiter un territoire, de produire, d’apprendre et de vivre ensemble. Elle s’inscrit ainsi dans une tradition humaniste qui considère que l’économie, la culture, l’éducation et la vie collective ne peuvent être pensées séparément.

L’une des questions les plus intéressantes que soulève Damanhur est celle de sa gouvernance. Comment une communauté fondée sur un projet spirituel peut-elle préserver sa cohésion sur plusieurs décennies sans dépendre uniquement de l’autorité de son fondateur ?

La circulation des expériences

La vie collective s’organise autour de petites unités d’habitation appelées Nuclei, regroupant généralement une dizaine à une vingtaine de personnes. Les membres changent régulièrement de noyau afin de favoriser la circulation des expériences et d’éviter la formation de groupes fermés.

Au fil du temps, Damanhur a progressivement transformé l’autorité initialement incarnée par Falco Tarassaco en institutions capables de lui survivre. Sa constitution a été révisée à de nombreuses reprises et le pouvoir est aujourd’hui réparti entre plusieurs organes chargés de l’administration, de la vie spirituelle et de la résolution des conflits. Les responsables sont élus pour une durée limitée et leur action fait l’objet d’évaluations régulières.

Cette évolution illustre ce que le sociologue Max Weber appelait la « routinisation du charisme », soit le passage d’une organisation fondée sur une personnalité exceptionnelle à un système institutionnel capable d’assurer sa continuité dans le temps.

Un acteur majeur de la région

L’une des singularités de Damanhur est d’avoir construit sa pérennité en s’intégrant à l’économie locale plutôt qu’en s’en isolant. En créant des emplois, en réhabilitant des bâtiments industriels et en participant au développement du territoire, la communauté est progressivement passée du statut d’expérience marginale à celui d’acteur reconnu de la région.

Cette orientation se matérialise notamment à travers Damanhur Crea, installé dans une ancienne usine Olivetti à Vidracco. Le choix du lieu fait écho à l’héritage de l’industriel. Le site accueille aujourd’hui diverses activités liées à l’architecture écologique, à l’artisanat, au bien-être et aux services.

La communauté cherche également à renforcer son autonomie à travers l’agriculture, l’écoconstruction, la production énergétique locale et une monnaie complémentaire, le Crédito, utilisée parallèlement à l’euro. Pour les Damanhuriens, cette autonomie n’est pas une fin en soi mais une condition permettant de préserver la liberté d’expérimentation sociale et culturelle qui constitue le cœur du projet.

Des temples clandestins devenus attractions

Aucune analyse de Damanhur ne peut faire l’impasse sur les Temples de l’humanité. Creusé clandestinement dans la montagne pendant plus de quinze ans, cet ensemble souterrain constitue aujourd’hui l’emblème de la communauté. Répartis sur plusieurs niveaux et composés de différentes salles thématiques – consacrées notamment à l’eau, à la terre, aux métaux ou aux miroirs –, les temples matérialisent la vision spirituelle développée par les fondateurs.

Pour les Damanhuriens, ces espaces participent à une démarche de transformation personnelle et collective fondée sur l’idée d’une connexion entre l’être humain, la nature et les différentes dimensions du vivant. Quelles que soient les croyances que l’on accorde à cette vision, les temples jouent un rôle central dans la construction de l’identité collective de la fédération.


Fourni par l’auteur

Paradoxalement, c’est leur découverte par les autorités italiennes en 1992 qui va contribuer à la reconnaissance publique de Damanhur. Ce qui aurait pu conduire à la disparition du projet s’est progressivement transformé en un processus de patrimonialisation. Aujourd’hui, les temples attirent des milliers de visiteurs chaque année et constituent l’un des principaux vecteurs de visibilité de la communauté.

L’image de Damanhur n’est pas sans ombre. D’anciens membres, rassemblent témoignages critiques et enquêtes dénonçant conditionnement psychologique, irrégularités fiscales et manœuvres d’influence politique locale. Sur le plan judiciaire, le fondateur a fait l’objet d’accusations de fraude fiscale réglées par accord amiable avec le fisc, sans condamnation pénale. Une procédure relative au statut des travailleurs a quant à elle donné lieu à une décision de la Cour suprême italienne en 2018, imposant que les membres soient rémunérés conformément au droit du travail.

À ce jour, aucune condamnation pénale pour dérive sectaire n’a été prononcée. Ces tensions ne sont d’ailleurs pas propres à Damanhur : la plupart des communautés intentionnelles connaissent, à un moment ou un autre, leur lot de dissidences et de départs, dont les motivations mêlent souvent désillusion sincère, conflits personnels et réinterprétation rétrospective de l’expérience vécue.

Recherche, éducation et expérimentation

L’originalité de Damanhur ne réside pas uniquement dans son organisation sociale ou sa dimension spirituelle. La communauté se présente également comme un espace permanent d’expérimentation. Parmi les domaines les plus singuliers, figure le travail consacré aux relations entre l’être humain et le monde végétal. Les recherches menées autour de la « Musique des plantes » ou des dispositifs PlantTunes reposent sur l’idée que les végétaux peuvent être intégrés à de nouvelles formes d’interaction et de communication avec les humains.

Au-delà de la validité scientifique de ces travaux, leur intérêt réside dans la place qu’ils occupent dans l’imaginaire collectif de la communauté : ils traduisent une volonté constante d’explorer des voies alternatives de connaissance et de remettre en question les frontières traditionnelles entre nature et culture.

Cette ambition se prolonge à travers l’Olami Damanhur University, structure chargée de transmettre les savoirs développés au sein de la fédération. L’université propose des séminaires, des formations et des programmes consacrés notamment à la gouvernance communautaire, au développement personnel, à l’écologie ou encore à la création de communautés intentionnelles. Damanhur ne cherche donc pas seulement à expérimenter pour elle-même ; elle entend également diffuser ses apprentissages au-delà de ses frontières.

Travel with Mansoureh 2020.

L’avenir d’une utopie

Si Damanhur est née dans une vallée du Piémont, son influence dépasse aujourd’hui largement les frontières italiennes. La communauté a développé un réseau international de groupes affiliés et de sympathisants présents en Europe, en Amérique du Nord, au Japon ou encore en Australie. Cette ouverture s’appuie notamment sur le projet Vajne, destiné à maintenir les liens entre la fédération et ses membres vivant à l’extérieur, ainsi que sur sa participation à des réseaux internationaux tels que le Global Ecovillage Network.

Cette capacité d’ouverture constitue sans doute l’une des clés de sa longévité. Comme de nombreuses communautés intentionnelles, Damanhur a dû faire face aux défis du renouvellement générationnel, de l’institutionnalisation et de la disparition de son fondateur. Jusqu’à présent, elle semble avoir répondu à ces enjeux par une adaptation continue de ses institutions, de sa gouvernance et de ses modes d’engagement.

L’ambition affichée aujourd’hui dépasse la seule pérennité de la communauté elle-même. Damanhur entend contribuer, à travers ses activités éducatives, culturelles et internationales, à la réflexion sur de nouvelles formes de vie collective dans un contexte marqué par les crises écologiques et sociales contemporaines.

Que peut-on apprendre de Damanhur ?

Que l’on adhère ou non à ses croyances, Damanhur constitue un terrain d’observation exceptionnel. Alors que de nombreuses initiatives alternatives disparaissent après quelques années, cette communauté a réussi à traverser un demi-siècle d’histoire en combinant vision collective, institutions durables, activités économiques et capacité d’adaptation.

Son principal enseignement réside peut-être moins dans sa spiritualité que dans sa faculté à articuler des dimensions souvent séparées dans les organisations contemporaines : la quête de sens, la gouvernance, l’économie, l’éducation et le rapport au territoire. À ce titre, Damanhur apparaît moins comme une utopie réalisée que comme un laboratoire vivant qui interroge nos manières de faire société et d’imaginer des formes alternatives de vie collective.

Au-delà du cas de Damanhur, les communautés intentionnelles, les expériences utopiques et plus largement les formes d’organisation situées à la marge des modèles dominants constituent des sources d’apprentissage souvent sous-estimées. Qu’il s’agisse de communautés écologiques, de lieux autogérés, de mouvements contre-culturels ou d’autres formes de vie collective, ces expériences explorent des questions qui traversent aujourd’hui nos sociétés : comment renforcer la solidarité ? Comment concilier autonomie et coopération ? Comment produire et consommer autrement ? Comment redonner du sens à l’action collective ?

Expérimenter des formes inédites

Aucune de ces expériences n’est parfaite. Elles connaissent leurs tensions, leurs contradictions et parfois leurs échecs, tout comme les organisations conventionnelles. Leur intérêt réside ailleurs : dans leur capacité à expérimenter des solutions inédites et à ouvrir des espaces de réflexion que les institutions établies peinent parfois à explorer.

Damanhur.
Fourni par l’auteur

Dans un monde largement structuré par les impératifs de performance, de rentabilité et d’efficacité, ces communautés offrent la possibilité d’un véritable réveil humaniste. Non parce qu’elles détiendraient les réponses aux défis contemporains, mais parce qu’elles nous invitent à réinterroger des questions fondamentales : qu’est-ce qu’une vie collective réussie ? Comment articuler liberté individuelle et responsabilité commune ? Quelle place accorder à la coopération, au sens ou encore au rapport au vivant ?

L’enjeu n’est sans doute pas de reproduire ces modèles à l’identique. Il est plutôt d’accepter de les considérer comme des laboratoires à ciel ouvert, dont les réussites comme les limites peuvent nourrir notre réflexion. Les explorer permet moins de trouver des solutions toutes faites que d’élargir le champ des possibles et de remettre en question certaines de nos certitudes sur les manières d’organiser le travail, l’économie et la vie en société.

The Conversation

Xavier Pavie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Damanhur : pourquoi cette utopie italienne survit depuis cinquante ans. Et que peut-elle nous apprendre ? – https://theconversation.com/damanhur-pourquoi-cette-utopie-italienne-survit-depuis-cinquante-ans-et-que-peut-elle-nous-apprendre-284455

Voici comment l’IA peut nous aider à affronter les chaleurs extrêmes

Source: The Conversation – in French – By Jérémie Boudreault, Chargé de cours en science des données et risques climatiques, Université Laval; McGill University; Institut national de la recherche scientifique (INRS)

La canicule qui affecte l’Europe est déjà considérée comme historique, et de tels événements sont de plus en plus fréquents partout dans le monde. De quelles façons l’IA peut-elle être mise à profit pour aider à en limiter les conséquences sanitaires sur les populations ?


En 2021, un dôme de chaleur s’est installé dans la région de la Colombie-Britannique pendant un peu plus d’une semaine, avec des anomalies de température allant jusqu’à 15 ºC au-dessus des normales. Conséquence : 619 décès et plus de 5,5 milliards $ en coûts sanitaires. Cet événement météorologique, le plus meurtrier dans l’histoire récente du Canada, compte aussi parmi les catastrophes les plus coûteuses.

Et en ce début d’été, la vague de chaleur qui affecte l’Europe depuis plusieurs semaines, causant entre autres des incendies de forêt sans précédent en France, en Espagne et au Portugal, a déjà été qualifiée d’« historique ».

Des épisodes amenés à se multiplier

Avec les changements climatiques, ces événements de chaleur extrême vont se multiplier, au Canada comme ailleurs dans le monde, avec des intensités, des durées et des fréquences de plus en plus élevées. Une étude que j’ai menée en 2025 conjointement avec des collègues de l’INRS, de l’INSPQ et de Santé Canada a montré que les coûts sanitaires totaux associés à la chaleur au Québec pourraient, en l’absence d’autres mesures d’atténuation et d’adaptation, être multipliés au moins par trois d’ici 2050, pour atteindre 12 milliards $ annuellement.




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Dans un contexte où la chaleur est l’événement météorologique causant le plus de décès, nous nous sommes posé la question suivante : comment l’IA peut-elle être mise à profit afin de limiter les conséquences sanitaires de la chaleur extrême ?

Le Canada et le Japon, pionniers dans le domaine

Voici donc un tour d’horizon des travaux réalisés sur la question, tant à l’international qu’au Canada, par moi-même en collaboration avec Félix Lamothe de l’INSPQ, Céline Campagna du consortium Ouranos, et Fateh Chebana de l’Institut national de la recherche scientifique. Pour cet article, on désigne par « modèles d’IA » tous les modèles d’apprentissage machine et profond qui sont utilisés en IA.

Nous avons effectué une revue de littérature internationale afin de recenser les travaux effectués dans ce domaine. Notre revue a montré que le Japon et le Canada étaient tous deux pionniers dans le domaine avec le plus d’articles publiés, surtout dans les cinq dernières années. Parmi les applications de l’IA recensées au niveau mondial, quatre grands thèmes ont émergé :

  • Prévoir les conséquences sanitaires de la chaleur.

  • Établir de nouveaux seuils d’alerte à la chaleur.

  • Mieux comprendre les variables liées à la chaleur.

  • Analyser les facteurs de vulnérabilités à la chaleur.

Prévoir les impacts sur la santé

En permettant d’analyser les structures de corrélations complexes dans les données sanitaires et environnementales, les modèles d’IA peuvent être mis à profit pour la prévision des impacts sanitaires de la chaleur.

Déjà, en 2023, notre équipe avait comparé neuf modèles d’IA et statistiques afin de prévoir la mortalité en période de chaleur extrême à Montréal. Cette étude a permis déjà de cibler quels algorithmes étaient les plus précis, et dans quels contextes. Alors que certains modèles d’IA montraient les meilleures performances pour l’ensemble de l’été, les modèles statistiques adaptés pour la non-linéarité demeuraient assez précis en période de forte chaleur.

Suite à cette première expérience, nous avons proposé un système provincial de surveillance de la chaleur basé sur l’IA en utilisant l’ensemble des données du Québec et portant sur cinq indicateurs : mortalité, hospitalisations, visites aux urgences, transports ambulanciers et appels à Info-Santé. Cette fois-ci, les performances des modèles d’IA dépassaient largement ceux des modèles plus classiques pour tous les moments de l’été. De plus, les modèles ont pu identifier deux indicateurs sanitaires d’intérêt pour de tels systèmes : les décès et les transports ambulanciers.

Si mis en opération, ce système permettrait d’anticiper les conséquences sur la santé des périodes de chaleur à venir. Par exemple, en combinant les prévisions de températures du jour et de la nuit suivante, l’écart de température et l’humidité, le système permettrait de prévoir si des augmentations sont attendues dans les indicateurs de santé mentionnés ci-dessus, et ce, pour chacune des régions du Québec.

De nouveaux seuils d’alerte

Notre revue de littérature a aussi montré que les modèles d’IA peuvent être utilisés pour proposer de nouveaux seuils d’alerte de chaleur, en analysant les relations complexes entre les températures et la santé. Une étude de ce type effectuée à Montréal en 2021 a montré quel algorithme d’IA performait mieux pour établir ces seuils.

Les résultats ont montré que la mortalité augmentait fortement lorsque les températures minimales et maximales sur trois jours dépassaient 20,3 ºC et 32,1 ºC, respectivement. Ces seuils obtenus par l’IA sont comparables à ceux actuellement en vigueur à Montréal, à savoir 20 ºC et 33 ºC. D’ailleurs, un projet est présentement en cours afin d’appliquer cette méthodologie basée sur l’IA à l’ensemble des régions du Québec.

Effets variables selon les endroits

En analysant simultanément plusieurs données environnementales (température, humidité, vitesse des vents, pollution de l’air), les modèles d’IA peuvent déceler quelles combinaisons de variables sont susceptibles d’entraîner une hausse de mortalité ou de morbidité. Notre équipe a analysé 63 variables environnementales avec plusieurs modèles d’IA afin de déceler lesquelles prédisaient mieux la mortalité dans les deux plus grandes villes du Québec.

Contrairement à ce qui était attendu, l’humidité et la pollution de l’air ne contribuaient pas à améliorer le pouvoir prédictif des modèles de mortalité. Cela dit, d’autres effets moins sévères que la mortalité pourraient être sensibles à ces variables, mais n’ont pas été analysés dans le cadre de ce projet. La température à elle seule semblait suffisante, bien que différente selon la ville étudiée : à Montréal, la température mesurée durant le jour expliquait mieux la mortalité, alors qu’à Québec, c’est la température mesurée durant la nuit. Cela pourrait s’expliquer par des différences d’environnement bâti ou socioéconomiques entre ces deux villes.

Des personnes plus affectées que d’autres

Pour agir en contexte de chaleur extrême, on doit aussi identifier les personnes les plus affectées : personnes âgées, jeunes enfants, personnes vivant dans des quartiers chauds et défavorisés, travailleurs extérieurs, personnes ayant des maladies chroniques, etc. Analyser tous ces facteurs socioéconomiques et sanitaires simultanément peut devenir complexe avec des modèles statistiques classiques. C’est ici qu’entre en jeu l’IA, qui a le pouvoir de traiter toutes ces données d’un seul coup.




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Une étude co-réalisée avec des collègues du BC Centre for Disease Control s’est penchée, avec l’IA, sur la prise de médicaments comme facteur de risque à la chaleur. Des 270 différentes classes de médicaments analysées, plusieurs augmentaient les risques de décès en période de chaleur, en particulier certains antipsychotiques, des antidépresseurs, des diurétiques et des médicaments contre la maladie de Parkinson.

Ces résultats ne signifient en aucun cas, bien sûr, qu’il faille cesser la prise de médicaments en période de chaleur. Mais ils pourraient permettre aux professionnels de la santé de mieux cibler les personnes à risque pour les sensibiliser à l’importance de se prémunir contre les effets de la chaleur, entre autres en visitant des lieux climatisés et en restant bien hydratés.


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Des modèles d’IA simples, utiles et peu énergivores

Sur la base de nos travaux et de ceux effectués à l’international, l’IA s’avère un outil très utile pour comprendre les risques sanitaires liés à la chaleur, anticiper ses conséquences et en protéger les personnes les plus vulnérables. En outre, ces modèles d’IA peu énergivores ne posent pas les problèmes environnementaux et sociaux des grands modèles de langage généralistes.

L’IA ne remplacera jamais les météorologues ou les autorités de santé publique, mais elle est un outil précieux d’analyse de données et d’aide à la décision, afin d’améliorer les actions prises lorsque la prochaine vague de chaleur extrême nous frappera.

La Conversation Canada

Jérémie Boudreault a reçu des financements du CRSNG, des IRSC, d’Ouranos et de l’INSPQ pour ses travaux.

ref. Voici comment l’IA peut nous aider à affronter les chaleurs extrêmes – https://theconversation.com/voici-comment-lia-peut-nous-aider-a-affronter-les-chaleurs-extremes-284276

Ce que la Coupe du monde 2026 nous apprend sur la diversité et l’inclusion sur les réseaux sociaux

Source: The Conversation – in French – By Matthijs Meire, Associate professor, IÉSEG School of Management

Le monde du football s’est emparé de la question de la diversité, non sans que quelques tensions soient observées. Mais comment est accueillie cette démarche ? Une analyse de plusieurs milliers de publications en ligne révèle une réalité subtile. Où l’on révèle que pour le public, toutes les formes de diversité ne se valent pas !


Nelson Mandela affirmait que « le sport a le pouvoir d’unir les gens comme peu d’autres choses le font ». Cet idéal est au cœur du message de la FIFA pour la Coupe du monde 2026, présentée comme une célébration de l’unité, de la diversité et de l’inclusion.

Le tournoi illustre cette ambition : une part importante des joueurs représente aujourd’hui un pays différent de celui de leur naissance, reflétant l’impact des migrations et la montée des identités multiples dans le football moderne.

Des enjeux sociétaux polarisés

Mais cette symbolique s’accompagne de tensions. Dans un contexte mondial marqué par les débats sur l’immigration, l’identité nationale et les droits des personnes LGBTQ+, la Coupe du monde continue de susciter des controverses autour du visa d’un arbitre somalien, des déplacements des supporters et de la participation de l’Iran. Comme lors du débat autour du brassard « OneLove » en 2022, le football reste un espace central où se cristallisent des enjeux sociétaux plus larges et souvent polarisés.




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Ces discussions ne s’arrêtent pas aux stades. Elles se prolongent sur les réseaux sociaux, où, chaque publication, campagne ou prise de position est immédiatement amplifiée, commentée et débattue à grande vitesse. Dans cet environnement, les fédérations, sponsors et marques doivent composer avec une forte visibilité mais aussi une exposition accrue aux réactions publiques. Une question centrale émerge alors : comment communiquer efficacement sur la diversité et l’inclusion dans un espace aussi fragmenté et polarisé ?

Une diversité pénalisante ?

Pour répondre à cette question, nous avons analysé plus de 6 000 publications Facebook et Instagram issues de neuf fédérations européennes de football. En nous appuyant sur des entretiens avec des experts du secteur, nous avons distingué sept dimensions de la diversité : le genre, la race et l’origine ethnique, l’âge, le handicap, la religion et la culture, l’orientation sexuelle et la classe sociale.

Pris dans leur ensemble, les contenus liés à la diversité semblent générer en moyenne moins d’engagements que les autres publications. Ce résultat, cohérent avec certaines études antérieures, peut facilement conduire à une lecture simpliste selon laquelle la diversité serait « pénalisante » sur les réseaux sociaux. Une telle interprétation serait toutefois trompeuse.

En réalité, l’analyse par dimension révèle une structure beaucoup plus fine des réactions du public. Les publications mettant en avant la diversité de genre ou d’âge suscitent en moyenne moins d’engagements. À l’inverse, celles illustrant la diversité raciale génèrent davantage de réactions positives sur Facebook comme sur Instagram. Ces différences importantes expliquent en partie pourquoi la littérature scientifique est souvent contradictoire : certaines recherches isolent une seule dimension de la diversité, tandis que d’autres les agrègent en un indicateur unique. Nos résultats montrent que la diversité et l’inclusion ne forment pas un concept homogène, mais un ensemble de dimensions distinctes, susceptibles de déclencher des réponses sociales, émotionnelles et culturelles très différentes selon les publics.

Un enjeu de communication

Ces résultats déplacent la question centrale, puisqu’il ne s’agit pas de savoir si les organisations doivent communiquer sur la diversité et l’inclusion, mais comment elles doivent le faire de manière pertinente et contextualisée.

Premièrement, les organisations doivent aller au-delà des messages génériques sur l’inclusion et identifier précisément quelles dimensions de la diversité elles mettent en avant dans leur communication. Les réactions des publics dépendent fortement du contexte culturel, du secteur d’activité, mais aussi des normes implicites propres à chaque communauté en ligne. Une marque de grande consommation, une entreprise technologique ou une université peuvent ainsi observer des dynamiques très différentes, voire opposées. L’enjeu n’est donc pas de suivre une recette universelle, mais de comprendre les attentes et sensibilités de sa propre audience.

Deuxièmement, il est essentiel de distinguer communication et impact. Les contenus où la diversité est intégrée de manière naturelle dans la communication quotidienne tendent à générer des performances plus solides que ceux reposant principalement sur des campagnes explicites, des slogans ou des hashtags dédiés. Cela ne remet pas en cause la légitimité des prises de position publiques, mais suggère que leur efficacité dépend fortement de leur cohérence avec l’ensemble du discours de marque et de leur intégration dans des contenus perçus comme authentiques.

L’équipe TV 2026.

Des effets discrets à ne pas ignorer

Troisièmement, il faut dépasser une lecture strictement quantitative de l’engagement. Si certains contenus liés à la diversité génèrent moins de « j’aime » ou de commentaires, ils peuvent néanmoins avoir un effet plus discret mais stratégique : celui de modifier la composition de l’audience engagée. Nos analyses exploratoires suggèrent en effet que certains types de contenus attirent des publics plus diversifiés selon différentes dimensions identitaires. Autrement dit, la valeur de ces communications ne réside pas uniquement dans le volume d’interactions, mais également dans la capacité à élargir et diversifier la base sociale de l’engagement, ce qui constitue un enjeu croissant pour les organisations.

À mesure que la Coupe du monde 2026 se déroule, le football continuera de générer des débats sur l’identité, l’appartenance et la représentation, bien au-delà des terrains. Ces discussions se joueront autant sur les réseaux sociaux que dans les stades, et chaque prise de position y sera immédiatement interprétée et discutée dans des environnements souvent polarisés.

Pour les organisations sportives comme pour les marques, l’enjeu n’est plus de déterminer si la diversité a sa place dans la communication. Il s’agit désormais de reconnaître qu’elle est multidimensionnelle, que les publics sont hétérogènes, et que la performance d’une stratégie de communication ne peut être réduite aux seuls indicateurs d’engagement à court terme.

The Conversation

Les auteurs ont reçu une subvention de l’Union des associations européennes de football (UEFA).

Arno De Caigny et Kristof Coussement ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Ce que la Coupe du monde 2026 nous apprend sur la diversité et l’inclusion sur les réseaux sociaux – https://theconversation.com/ce-que-la-coupe-du-monde-2026-nous-apprend-sur-la-diversite-et-linclusion-sur-les-reseaux-sociaux-286964

Mbappé ne défend pas ? Et si, au football comme dans l’entreprise, le débat était mal posé ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Modolo, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université Bourgogne Europe

Le footballeur Kylian Mbappé est parfois critiqué pour son jeu insuffisamment défensif. Or, ces propos se basent sur ce qu’ils voient en ignorant les consignes qui lui ont été données. Au-delà du football, cette attitude se retrouve souvent dans le monde professionnel. Elle révèle surtout un dysfonctionnement de l’entreprise.


Kylian Mbappé ne revient pas toujours défendre. Tout le monde l’a vu. Tout le monde a un avis. Mais avant de conclure qu’il ne fait pas son travail, une question mérite d’être posée : savons-nous réellement ce que Didier Deschamps lui demande de faire ?

Il ne revient pas. Il marche parfois. Il laisse ses coéquipiers défendre sans lui. À l’approche du Mondial 2026, les critiques s’étaient accumulées. Des statistiques sur le faible volume d’actions défensives de Kylian Mbappé ont circulé. Le verdict est rapidement tombé ! « Il ne fait pas assez d’efforts », « il joue pour lui », « il n’est pas assez collectif ». Pourtant, peu d’observateurs connaissent précisément la consigne.

Déviation par rapport au comportement attendu

On entend régulièrement dans le football actuel que « tout le monde doit défendre ». À force d’être répétée, cette affirmation finit par devenir une norme implicite : celui qui ne défend pas semble dévier du comportement attendu. Or cette norme suppose que le même comportement est attendu de tous les joueurs, indépendamment du rôle que leur attribue leur sélectionneur. C’est précisément cette hypothèse que le débat sur Mbappé invite à interroger.




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Didier Deschamps l’a placé dans l’axe et lui a confié le brassard de capitaine. Mbappé lui-même rappelle que l’efficacité de l’attaque dépend de la coordination, des mouvements, du positionnement et des rotations entre les joueurs. Autrement dit, son rôle ne peut pas être compris isolément. On juge donc un comportement visible sans connaître ce qui était demandé.

Une erreur de raisonnement courante

C’est une erreur de raisonnement très courante. Nous observons ce qu’un individu fait ou ne fait pas et nous en déduisons ce qu’il vaut. Mais un comportement ne dit rien par lui-même. Il ne prend son sens qu’au regard de ce qu’on attendait de la personne. Sans cette information, le jugement est aveugle.

Nous commettons exactement la même erreur au travail, tous les jours. C’est peut-être même l’une des sources fréquentes du sentiment d’injustice au travail. Nous avons parfois l’impression d’être évalués sur ce qui se voit, plutôt que sur ce qui nous était réellement demandé.

Un commercial passe ses journées au téléphone, en rendez-vous ou à déjeuner avec des clients. Pour ses collègues qui ne voient pas directement son activité, il peut donner l’impression d’être peu présent, voire peu impliqué. Derrière ce jugement, une norme implicite : un bon salarié serait d’abord un salarié visible à son poste. Mais prospecter, négocier et entretenir des relations font précisément partie de son métier.

Des exemples dans la vie professionnelle

Un salarié quitte systématiquement le bureau à 17 heures. Certains collègues y voient un manque d’investissement. Là encore, une norme culturelle implicite agit. La personne qui reste tard serait plus engagée que celle qui part à l’heure. Pourtant, il a peut-être simplement terminé ce qu’on lui demandait, tandis que celui qui reste jusqu’à 20 heures compense une mauvaise organisation.

Un manager passe ses journées en réunion. On peut avoir l’impression qu’il ne produit rien. La norme implicite : travailler c’est produire quelque chose de directement observable. Pourtant, si son rôle consiste à coordonner des équipes, ces réunions sont précisément son travail.

L’activité visible ou l’objectif ?

Dans chaque cas, l’erreur est la même ; on juge l’activité visible sans connaître l’objectif assigné. Cette erreur est d’autant plus tentante que l’effort visible rassure. Quelqu’un qui court, qui reste tard, qui répond vite ou qui enchaîne les réunions, donne des signes immédiatement lisibles d’engagement. À l’inverse, celui qui marche, part à l’heure ou travaille loin du regard collectif, paraît plus suspect. Mais ces signes disent parfois peu de la contribution réelle. Ils disent surtout ce qui est facile à observer.

M6 Infos 2026.

Pourquoi cette erreur est-elle si fréquente ? Parce que, contrairement aux objectifs, les comportements sont toujours visibles. On voit Mbappé marcher mais on ne voit pas les consignes de Deschamps. On voit le salarié partir à 17 heures mais on ne voit pas ce qu’il avait à accomplir dans sa journée.

Quelle définition du « bon » travail ?

Le problème n’est donc pas seulement individuel. Quand une organisation laisse ses attentes implicites, elle pousse chacun à interpréter les comportements à partir de ses propres critères. Certains valorisent la présence, d’autres la réactivité, d’autres encore la disponibilité permanente. Faute de cadre partagé, chacun fabrique sa propre définition du « bon travail ».

C’est cette asymétrie qui explique un sentiment que beaucoup connaissent. Celui d’être jugé sur de mauvais critères. D’être évalué sur ce qu’on voit de nous plutôt que sur ce qu’on nous a demandé d’accomplir. Ce sentiment n’est pas toujours une illusion. Il reflète souvent une réalité. Les attentes n’ont pas été rendues suffisamment lisibles, ni pour la personne évaluée, ni pour ceux qui l’observent. Quand les rôles restent flous, chacun finit par juger avec les critères qu’il voit.

Alors, Mbappé doit-il défendre ? Peut-être. Peut-être pas. La réponse dépend du rôle que Didier Deschamps lui a confié, et c’est précisément ce que nous ignorons. Pour que le débat soit bien posé, avant de juger un collaborateur, un collègue… ou un joueur de foot et avant de dire que son comportement est acceptable ou non, interrogeons-nous d’abord sur les objectifs qui lui ont été réellement assignés.

The Conversation

Laurent Modolo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Mbappé ne défend pas ? Et si, au football comme dans l’entreprise, le débat était mal posé ? – https://theconversation.com/mbappe-ne-defend-pas-et-si-au-football-comme-dans-lentreprise-le-debat-etait-mal-pose-286969

Suplemento cultural: cómo explicamos lo que vivimos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Dos peregrinas en Pontevedra. Pilar Picas/Shutterstock

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Cuando se estreno La llegada en cines, algunos lingüistas se enfadaron por la prominencia que la película le daba a la hipótesis de Sapir-Whorf, según la cual el lenguaje determina el pensamiento. Es una hipótesis muy discutida en ese campo científico que, no obstante, acababa siendo un maravilloso recurso narrativo. Si no han visto ese filme, háganlo. Los extraterrestres nunca trajeron tanta poesía a la Tierra como en esa ocasión.

Desde que comencé a trabajar en The Conversation he aprendido mucho sobre el poder del lenguaje y la influencia que tiene en la sociedad gracias a nuestras autoras –y lo digo en femenino porque suelen ser mujeres–. Sin abrazar la polémica hipótesis antes mencionada, ellas han explicado el impacto que tienen en la mente las palabras que usamos y cómo en cierta forma configuran nuestra forma de movernos por el mundo.

A Iraide Ibarretxe-Antuñano acudí en busca de respuestas tras habernos pasado semanas en España escuchando la expresión, notablemente eufemística, “prioridad nacional” para definir políticas discriminatorias y racistas. Ella nos ayuda a descifrar que su vaguedad es parte de su éxito. ¿De quién hablamos cuando decimos “prioridad nacional”? ¿Cómo sabemos que es una categoría fija e inmutable?

Esos cancerberos

Y hablando de palabras… estamos en época de Mundial y, también, de Odisea (sí, como ya decíamos, es el clásico de moda este verano). Es un buen momento para unir ambos temas y reflexionar sobre el lenguaje que utilizamos para describir el balompié (ojalá se vuelva a poner de moda un término tan precioso) y los vínculos que tiene con la Antigüedad.

Desde el nombre de algunos equipos al apelativo de algunas posiciones en el campo, los clásicos siempre están ahí.

La mujer y la leyenda

Eva es un mito universal, sea uno creyente o no. La historia de la mujer que no siguió las normas, que desobedeció, y nos condenó a todos a vivir con dolor ha atravesado los milenios mientras cumplía muchos de sus objetivos. Entre ellos se encuentra, por supuesto, el de destacar que las señoras somos sucedáneos de los señores y que lo mejor que podemos hacer es decir sí a todo porque cuando pensamos por nosotras mismas la liamos.

Este mensaje nocivo es lo que han querido discutir, a lo largo de los siglos XX y XXI, diferentes autoras hispanoamericanas. Así, novelas y obras le han tendido la mano a esa mujer icónica y han decidido contar su historia desde otro punto de vista.

De Yes a Rodrigo Cuevas

Hoy en la sección musical hay de todo un poco. Por un lado, hablamos del rock progresivo, ese fenómeno de masas en los 70 que quiso fusionar la música culta con el gusto popular. Aunque se dice que el género desapareció hace décadas, a tenor de las lecturas y los comentarios que ha provocado el artículo, podemos dudar de esta afirmación. Si se sigue escuchando algo… ¿ha muerto o sigue de parranda?

David Uclés, en La península de las casas vacías, invirtió la cronología de esa pregunta. Si alguien ha vivido una época anterior a la de la composición de una melodía ¿acaso no tiene un escritor derecho a jugar con el tiempo para darle el poder escucharla en la ficción? La novela está salpicada de referencias musicales que saltan la cuarta pared y en muchas ocasiones se revelan como anacronismos pero que siempre buscan enriquecer la experiencia del lector.

Y hablando ya de la historia de España, volvamos nuestra vista a los Coros y Danzas, a la preservación (y, en algunos casos, manipulación) del folclore tradicional en una senda que nos lleva de la Sección femenina –ahí es nada– al cabaret de Rodrigo Cuevas.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: cómo explicamos lo que vivimos – https://theconversation.com/suplemento-cultural-como-explicamos-lo-que-vivimos-286410

Abdullah Ibrahim dans les années 1960 : comment l’exil et la quête spirituelle du pianiste ont forgé le jazz africain

Source: The Conversation – in French – By Stephanie Vos, Post-Doctoral Fellow, Stellenbosch University

Les années 1960 constituent une période charnière dans l’histoire d’Abdullah Ibrahim. C’est à cette époque que le maître sud-africain s’est progressivement imposé sur la scène internationale comme pianiste de jazz. Il y a posé les bases du style qui fait aujourd’hui sa renommée, alors même que son œuvre continue d’être célébrée

On se souvient surtout de lui pour avoir su créer des paysages sonores typiquement sud-africains : des harmonisations d’hymnes religieux, les rythmes ghoema du Cap et les appels islamiques à la prière. Son interprétation sur scène se caractérisait par une simplicité raffinée et une grande grande respiration musicale.

Ce tournant musical s’est accompagné d’un cheminement spirituel qui a conduit à sa conversion à l’islam et à son changement de nom : il est passé de Dollar Brand à Abdullah Ibrahim en 1968.

The World of Dollar Brand est une série d’articles qu’Abdullah Ibrahim a écrits et publiés dans le journal Cape Herald en 1968 et 1969. Ces textes éclairent les épreuves qu’il a traversées ainsi que son évolution musicale après son départ d’Afrique du Sud pour l’Europe en 1962.

Comme je l’explique dans mon étude consacrée aux artistes de jazz sud-africains et à l’exil, il est peut-être impropre de qualifier cette période d’« exil » dans le cas d’Abdullah Ibrahim. Lui et son épouse, la jazziste et militante Sathima Bea Benjamin, sont revenus en Afrique du Sud de juillet 1968 à mai 1969, puis de nouveau en 1970 et en 1974.

Cependant, à mesure que l’Afrique du Sud s’éloignait physiquement, elle gagnait en présence dans la poétique du son et du discours d’Ibrahim. Ces premières années d’absence d’Afrique du Sud révèlent les facettes les moins connues de sa carrière musicale.

Pourtant, à travers sa musique, ses écrits et ses interviews de cette époque, nous pouvons retracer la manière dont Ibrahim imaginait et construisait l’Afrique musicalement. Il cherchait à exprimer une identité ancrée dans ses racines africaines.

Les années d’« exil »

Né au Cap en 1934, Adolph Johannes (Dollar) Brand était un pianiste prolifique sur la scène des boîtes de nuit sud-africaines depuis l’âge de 17 ans.

Lorsqu’il quitta l’Afrique du Sud avec Benjamin en 1962, il jouissait déjà d’une solide réputation. Il avait collaboré au premier disque de bebop sud-africain, Verse 1 des Jazz Epistles, aux côtés de figures de proue du jazz sud-africain telles que Kippie Moeketsi, Hugh Masekela et Jonas Gwangwa.

Dans sa biographie, Benjamin se souvient que le couple « mourait littéralement de faim faute d’opportunités » à l’époque du régime de la minorité blanche et de l’apartheid. L’état d’urgence déclaré après le massacre de Sharpeville de 1960 a étouffé la scène du jazz sud-africain. Avec l’aide d’un ami proche, Paul Meyer, Ibrahim et Benjamin sont partis pour Zurich.

Ils sont arrivés dans le froid glacial de l’hiver suisse, dans une chambre infestée de punaises de lit, et ont eu du mal à trouver du travail. Ibrahim a écrit dans le Cape Herald que son premier point de contact à Zurich était le Club Africana, mais que les responsables y avaient trouvé sa musique «trop moderne». Il a finalement « réussi à trouver le ton juste » auprès des gérants du club – ce qui laisse entendre qu’il a dû faire un certain compromis musical de son côté – et a décroché un contrat de quatre mois et demi par an avec ses compatriotes sud-africains Johnny Gertze à la basse et Makaya Ntshoko à la batterie.

Malgré ces difficultés, cette période a marqué une évolution majeure de sa musique. Il s’est consacré à d’intenses heures de pratique au piano, allant même jusqu’à faire de l’exercice physique pour « soutenir une longue période de jeu à deux mains ». Il a perfectionné ses compétences de soliste et a fait évoluer sa manière de composer.

Il écrit :

Beaucoup des formes musicales, principalement inspirées des modèles américains, avec lesquelles je travaillais en Afrique du Sud étaient devenues contraignantes. J’ai créé de nouvelles pièces qui m’offraient une liberté totale et la possibilité d’improviser… avec de nombreux schémas rythmiques s’appuyant sur la pulsation… comme fondement.

Les premières compositions d’Ibrahim, The Stride,
Machopi ou Bra Joe From Kilimanjaro illustrent bien ce son.

L’accent mis sur la pulsation – les plus petites unités de temps régulières en musique – plutôt que sur la mesure (généralement organisée en groupes de deux, trois ou quatre temps formant un motif régulier et répétitif, par exemple : UN deux trois, UN deux trois) montre qu’Abdullah Ibrahim s’inspire des traditions musicales africaines.

De courtes lignes de basse répétées en boucle structurent les morceaux, pendant que la main droit improvise librement dessus. Ce cycle court est une marque de fabrique de nombreuses traditions musicales africaines.

La rencontre avec Duke Ellington

Un événement marquant du séjour d’Ibrahim à Zurich fut sa rencontre avec la star américaine du jazz Duke Ellington en 1963. L’histoire est bien connue. Ellington se produisait à Zurich et Benjamin le convainquit de venir écouter un set du Dollar Brand Trio. Visiblement impressionné, Ellington invita Benjamin et Brand à enregistrer avec lui à Paris, quelques semaines plus tard.

Cela donne lieu à deux albums : Duke Ellington presents the Dollar Brand Trio (1964), et A Morning in Paris de Benjamin (sorti seulement en 1997). Le soutien d’Ellington a sans aucun doute ouvert des portes à Ibrahim, même si sa carrière attendra plusieurs années avant de décoller.

Les voyages d’Ibrahim entre 1962 et 1965 témoignent des difficultés qu’il rencontrait pour gagner sa vie. Il se produisait dans des festivals européens et multipliait les contrats. Ses passages, de 1963 à 1965, au Jazzhus Montmartre de Copenhague ont donné lieu à l’enregistrement live publié sous le titre Anatomy of a South African Village (1965) et Round Midnight at the Montmartre (sorti seulement en 1988).

On peut y entendre certaines de ses « nouvelles formes ». Après un séjour à Londres, Ibrahim et Benjamin s’installèrent à New York en 1965. La ville devint leur port d’attache pour les quatre décennies suivantes.

Le concert en solo

Ibrahim donne son premier concert en solo au célèbre Carnegie Hall le 10 octobre 1965, ce qui le propulsa sur la scène jazz new-yorkaise de manière hautement symbolique.

Le concert était en grande partie organisé par lui-même, ce qui lui rappelle les débuts de sa carrière en Afrique du Sud.

Dans ce concert, sa préférence pour le piano solo est déjà perceptible. Dans le Cape Herald, il déclarait :

La formation habituelle avec basse et batterie devenait trop restrictive et il était assez difficile de trouver un bassiste capable de jouer les passages rapides que je souhaitais.

Ce furent des années difficiles pour Ibrahim. Malgré l’aide généreuse des Ellington, il ne trouvait pas de travail. Il se consacra corps et âme à la pratique et à l’étude des partitions, déclarant :

La forme du piano solo commençait à prendre forme.

La conversion à l’islam

Ibrahim et Benjamin sont retournés en Afrique du Sud pendant dix mois en 1968 et 1969. C’est à cette époque que Dollar Brand s’est converti à l’islam. Ibrahim décrit cette période comme un temps de purification et de quête spirituelle qui a conduit à sa conversion.

Cette période reflétait l’évolution technique de sa pratique musicale, qu’Ibrahim a décrite dans une interview à la radio BBC comme étant liée à évolution personnelle.

Selon une critique parue dans le Cape Herald à propos de son premier concert à Kensington, au Cap, son public avait du mal à suivre cette nouvelle direction.
Bien que la silhouette montée sur scène « fût bel et bien le bon vieux Dollar, débraillé mais très apprécié », le critique rapporte que « Dollar s’est mis à jouer pour lui-même, et des morceaux complètement déjantés ont commencé à planer bien au-dessus des têtes du public ». Les spectateurs murmuraient, s’agitaient, puis finirent par crier : « Retourne en Amérique ! ».

Si Ibrahim avait perdu son public du Cap dès 1968, sa musique a su le reconquérir à son retour en 1974. Avec le producteur Rashid Vally, il a enregistré l’un de ses albums les plus connus, Mannenberg – is where it’s happening (1974).

Dans le morceau « Mannenberg », le cycle musical court refait son apparition, mais cette fois sous la forme familière du motif marabi, pilier du jazz sud-africain depuis les années 1920, qui constitue la colonne vertébrale de cette pièce.

Associés aux timbres distinctifs des saxophones des musiciens du Cap Robbie Jansen et Basil Coetzee, ces sons sont devenus synonymes d’un foyer auquel Ibrahim n’avait accès que par l’imagination et par le son, après avoir quitté le pays en 1974 pour un exil qui allait devenir définitif.

Ces mélodies résonneront lors du concert-hommage gratuit organisé en son honneur au Cap le 29 juin.


Cet article fait référence aux écrits d’Ibrahim publiés dans le Cape Herald. Ce journal anti-apartheid a cessé de paraître en 1986 et, bien que ces articles soient disponibles dans les archives, il n’existe pas de lien vers ceux-ci en ligne.

The Conversation

Stephanie Vos travaille à l’université de Stellenbosch.

ref. Abdullah Ibrahim dans les années 1960 : comment l’exil et la quête spirituelle du pianiste ont forgé le jazz africain – https://theconversation.com/abdullah-ibrahim-dans-les-annees-1960-comment-lexil-et-la-quete-spirituelle-du-pianiste-ont-forge-le-jazz-africain-286813

Pourquoi les alertes environnementales sont-elles si difficiles à entendre ?

Source: The Conversation – in French – By Guy Richard, Directeur de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Inrae

« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs », s’alarmait, en 2002, Jacques Chirac en utilisant la formule du physicien Jean-Paul Deléage, disparu en 2023. Joey Senft/Unsplash, CC BY

Les dernières canicules en Europe ont pris de court les populations et les pouvoirs publics, mais pas les scientifiques qui alertent depuis des décennies sur le réchauffement climatique. Pourquoi, dès lors, n’ont-ils pas été plus écoutés ?


L’histoire contemporaine des alertes environnementales trouve l’un de ses moments fondateurs dans la publication, en 1962, de Silent Spring (Printemps silencieux) par Rachel Carson (1907-1964). En révélant les effets délétères des pesticides sur la santé humaine et les écosystèmes, la biologiste américaine inaugure une forme moderne d’alerte fondée sur l’expertise scientifique. Son ouvrage a contribué à transformer les politiques environnementales, mais a également suscité de vives réactions de la part des industriels concernés. Ceux-ci ont contesté à la fois ses conclusions et sa crédibilité.

Rachel Carson, pionnière de la lutte contre les pesticides.

Depuis lors, les alertes se sont multipliées : pluies acides, destruction de la couche d’ozone, changement climatique, désertification, érosion de la biodiversité ou pollutions chimiques. Pourtant, malgré l’accumulation des connaissances scientifiques, elles demeurent souvent remises en cause, ignorées ou accueillies avec scepticisme.

Les alertes ne restent pas nécessairement lettre morte. Printemps silencieux, par exemple, a débouché sur une large interdiction du DDT. Les travaux des chimistes Mario Molina et Frank Rowland ont conduit à une interdiction progressive des CFC, principales substances appauvrissant la couche d’ozone. Dans ces deux cas, des solutions de substitution assez simples à mettre en œuvre ont rapidement émergé ; ce qui a pu limiter le coût du changement tout en faisant émerger des acteurs économiques favorables à cette transition.

Mais même ces changements ne se sont pas faits sans résistances. Dans la plupart des cas, on doit s’interroger sur les raisons qui rendent si difficile de faire entendre ces alertes.

Des risques que nous percevons de moins en moins

Les premières alertes environnementales portaient souvent sur des nuisances locales : fumées industrielles, rivières polluées, déchets toxiques ou intoxications chimiques. Elles étaient fréquemment relayées par les populations directement concernées – riverains, pêcheurs, agriculteurs ou associations de victimes. Les populations éloignées des zones concernées percevaient rarement le problème, comme nous sous-estimons souvent les pollutions engendrées dans les pays en développement par notre consommation.

Aujourd’hui, les principaux enjeux environnementaux présentent une difficulté supplémentaire. Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou la perturbation des grands cycles biogéochimiques résultent de l’accumulation de millions de décisions individuelles et collectives. Leurs effets apparaissent parfois à l’autre bout du monde et souvent plusieurs décennies après leurs causes.

Plus les problèmes deviennent globaux, moins ils sont directement perceptibles. La plupart d’entre nous ne voient ni l’augmentation de la concentration atmosphérique en CO₂, ni l’érosion de la diversité génétique des espèces, ni l’acidification progressive des océans.

La disparition des insectes pollinisateurs ou le déclin des populations d’oiseaux communs passent largement inaperçus pour les non-spécialistes, a fortiori avec une population massivement urbanisée. Ce n’est qu’à travers des suivis scientifiques réalisés sur plusieurs décennies que ces tendances deviennent visibles.

Une amnésie générationnelle

Prenons l’exemple des oiseaux communs. Beaucoup ont le sentiment d’en voir encore dans leur jardin. C’est ce qu’on appelle l’« amnésie écologique ».

En France, la mesure du déclin des populations d’oiseaux n’apparaît clairement qu’en réunissant les observations recueillies depuis plus de trente ans par des milliers d’observateurs bénévoles. Ces derniers ont suivi un protocole identique dans toute la France, à travers le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), coordonné par la Ligue de protection des oiseaux et le Muséum national d’histoire naturelle.

Sans cet effort de long terme, cette érosion resterait largement invisible. Nous savons, grâce à ce travail minutieux, que les populations d’oiseaux ont décliné de 57 % depuis 1980 dans les plaines agricoles.

Le suivi temporel des oiseaux communs dans les Pyrénées.

Les alertes environnementales contemporaines reposent ainsi de moins en moins sur l’observation d’événements intelligibles et de plus en plus sur l’interprétation de séries de données accumulées au cours de plusieurs décennies.




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De même, personne ne perçoit directement une hausse moyenne de la température mondiale d’environ 1,3 °C. Celle-ci n’apparaît qu’à travers l’accumulation de millions de mesures réalisées sur l’ensemble de la planète. Inversement, les épisodes de 1976 ou de 2003 sont toujours dans les mémoires et alimentent l’idée que « [la canicule,] ce n’est pas nouveau ».

Le « paradoxe de l’environnementaliste »

Un paradoxe supplémentaire complique la situation. Malgré la multiplication des alertes, une grande partie de l’humanité a connu au cours des dernières décennies une amélioration de ses conditions de vie : allongement de l’espérance de vie, recul de certaines formes de pauvreté, accès accru à l’éducation, à l’énergie ou aux soins. Cette situation correspond à ce que certains chercheurs ont appelé le « paradoxe de l’environnementaliste ».

Les alertes décrivent ainsi des dégradations peu ou pas perceptibles par la population. À l’inverse, les bénéfices des activités qui les provoquent demeurent largement visibles dans l’expérience quotidienne.




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Croire ceux qui voient ce que nous ne voyons pas

Face à ces phénomènes, l’expérience personnelle ne suffit donc plus. Les alertes environnementales reposent de plus en plus sur la médiation de la science.

De fait, les scientifiques ont appris à détecter des dégradations invisibles à l’échelle individuelle, à identifier les causes, à anticiper les conséquences futures et à explorer les réponses possibles. Sans les mesures atmosphériques, les suivis de biodiversité, les modèles climatiques ou les études épidémiologiques, une grande partie des atteintes environnementales contemporaines resterait encore imperceptible.

Cette situation crée cependant une difficulté. La science parle un langage qui n’est pas celui du débat public. Elle raisonne en probabilités, en scénarios, en marge d’erreur et en niveaux de confiance. Elle expose ses controverses et ses incertitudes. Cette prudence constitue une force, du point de vue de la connaissance. Mais elle peut devenir une faiblesse dans l’espace médiatique ou politique, où les messages simples et catégoriques circulent souvent plus facilement.

Par exemple, les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) n’annoncent pas un futur unique, mais explorent plusieurs trajectoires possibles en fonction de différents scénarios d’émissions. Les conclusions sont exprimées sous forme de probabilités ou de niveaux de confiance. Cette manière de raisonner est indispensable à la démarche scientifique, mais contraste avec l’attente fréquente de réponses simples et définitives.

Pour la plupart des citoyens, il est impossible de vérifier personnellement ces résultats. L’adhésion repose donc largement sur la confiance accordée aux institutions scientifiques et à leur méthode. Or, cette confiance n’est plus aussi évidente qu’elle a pu l’être.




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Des récits concurrents plus simples et rassurants

Cette dépendance à l’expertise scientifique rend également les individus plus sensibles à certains mécanismes psychologiques bien identifiés. De nombreux travaux en sciences comportementales, notamment ceux du psychologue et économiste Daniel Kahneman ou de la psychologue Elke Weber, montrent que nous avons tendance à privilégier les bénéfices immédiats, les situations familières et les informations compatibles avec nos valeurs ou nos intérêts.

Or, les alertes environnementales demandent souvent l’inverse. Elles invitent à prendre au sérieux des risques futurs, à envisager des transformations profondes et à accepter des messages complexes ou anxiogènes.

Dans le même temps, les environnements numériques facilitent la circulation de récits concurrents qui proposent des explications plus simples du monde. Ces récits offrent souvent davantage de certitudes, désignent clairement des responsables et procurent un sentiment d’appartenance à une communauté partageant les mêmes convictions.

La recherche (par exemple, les travaux du chercheur en sciences cognitives Stephan Lewandowsky) montre que leur attractivité ne dépend pas seulement du niveau d’éducation ou d’information. Elle répond également à des besoins psychologiques et sociaux : réduire l’incertitude, préserver une identité collective ou maintenir un sentiment de contrôle sur les événements. La difficulté des alertes environnementales tient donc aussi à la concurrence entre différents récits du réel.

Quand les alertes semblent remettre en cause la prospérité

Une autre singularité des alertes environnementales est qu’elles concernent souvent des activités qui ont largement contribué à l’amélioration du bien-être humain. L’industrialisation, l’exploitation des énergies fossiles, l’intensification agricole ou le développement des transports ont permis des progrès considérables en matière de santé, d’alimentation, de mobilité ou de richesse matérielle.

Cette situation distingue les alertes environnementales de nombreuses autres alertes sanitaires ou techniques. Ces dernières portent souvent sur des produits ou des pratiques dont les bénéfices apparaissent limités au regard des dommages qu’ils provoquent. Ainsi, l’interdiction des chlorofluorocarbures (CFC), responsables de la destruction de la couche d’ozone et utilisés notamment dans le fonctionnement de réfrigérateurs et de climatiseurs, a été facilitée par l’existence de substituts techniques rapidement disponibles.

Cette situation distingue les grands enjeux environnementaux contemporains d’alertes sanitaires plus anciennes qui ont pu être résolues sans remettre en cause l’organisation générale de l’économie. Ainsi, l’interdiction progressive de l’amiante ou la suppression de l’essence plombée ont porté sur des produits clairement identifiés, pour lesquels des solutions de remplacement ont progressivement été développées.

À l’inverse, réduire la dépendance aux combustibles fossiles suppose de transformer simultanément les systèmes énergétiques, les transports, une partie de l’industrie, l’agriculture ou encore l’aménagement des territoires. Les alertes environnementales contemporaines mettent ainsi en question des activités qui restent associées, dans l’expérience collective, au progrès matériel et à l’amélioration des conditions de vie.

Les scientifiques qui identifient les causes des dégradations environnementales sont ainsi conduits à interroger des technologies, des secteurs économiques et des modes de vie qui demeurent étroitement liés à notre prospérité.

Le « biais de statu quo »

Cette difficulté est renforcée par ce que les psychologues et les économistes comportementaux appellent le « biais de statu quo » : face à l’incertitude, nous avons spontanément tendance à préférer les situations existantes, même lorsqu’elles comportent des risques à plus long terme.

Même lorsque des alternatives existent, elles apparaissent souvent comme des promesses futures, alors que les coûts du changement semblent immédiats : investissements, transformations industrielles, modifications des habitudes de consommation ou craintes pour l’emploi.

L’alerte environnementale ne demande donc pas seulement de reconnaître un risque. Elle invite aussi à réévaluer certains fondements matériels du développement contemporain.




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Intérêts économiques et fabrication du doute

Depuis plusieurs décennies, enfin, de nombreux travaux ont documenté les stratégies mises en œuvre par certains secteurs économiques pour retarder ou affaiblir les régulations. Par exemple : financement de recherches destinées à entretenir la controverse, campagnes de communication, lobbying politique ou mise en avant systématique des incertitudes résiduelles.

Les historiens des sciences Naomi Oreskes et Erik M. Conway ont montré comment certains acteurs industriels ont développé des stratégies visant moins à réfuter les résultats scientifiques qu’à maintenir l’impression d’une controverse permanente. Ceci notamment en finançant des recherches ou des expertises mettant en avant des explications alternatives susceptibles de détourner l’attention des causes les mieux établies. Ces pratiques ont été documentées dans les domaines du tabac, des pluies acides, des pesticides – où de multiples facteurs alternatifs ont été invoqués pour relativiser la responsabilité des néonicotinoïdes dans le déclin des pollinisateurs – et, surtout, du changement climatique.

Les stratégies ont cependant évolué. Pendant longtemps, il s’agissait principalement de contester certains résultats scientifiques. Aujourd’hui, les attaques visent plus largement la crédibilité des scientifiques, des institutions de recherche ou de la démarche scientifique elle-même, comme le montrent Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant et Tamara Ben Ari.

Cette évolution intervient dans un contexte où la confiance envers les institutions est fragilisée et où la diffusion de récits concurrents est devenue plus rapide et plus massive.

Faire reconnaître des connaissances dérangeantes

Les alertes environnementales ne sont pas les seules à rencontrer des résistances. L’histoire des lanceurs d’alerte, des controverses sanitaires ou des révélations politiques montre que les sociétés n’accueillent pas sans résistance les informations qui remettent en cause des intérêts établis ou des représentations dominantes. Depuis le mythe de Cassandre, condamnée à annoncer des catastrophes sans jamais être crue, jusqu’aux débats contemporains sur le climat ou la biodiversité, le problème n’est donc pas seulement de produire des connaissances, mais de faire accepter des informations dérangeantes.

Les alertes environnementales ne posent donc pas seulement la question des connaissances scientifiques. Elles révèlent une transformation plus profonde : à mesure que les risques deviennent globaux, diffus et différés, l’expérience individuelle ne suffit plus à les appréhender. Les alertes environnementales reposent désormais largement sur des connaissances auxquelles le public doit faire confiance, sans pouvoir les vérifier directement.

Cette situation ouvre aussi un espace particulièrement favorable aux stratégies de manipulation : lorsque les faits ne peuvent plus être directement éprouvés, la confiance accordée à ceux qui les établissent devient elle-même un enjeu du débat public, voire un objet de confrontation politique ou économique. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire des savoirs, mais de préserver les conditions qui permettent à une expertise indépendante d’être reconnue comme suffisamment crédible pour éclairer les choix collectifs.

The Conversation

Jean-Michel Salles a reçu des financements de l”ANR au cours de sa carrière, mais pas directement sur cette thématique..

Guy Richard et Michel Colombier ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Pourquoi les alertes environnementales sont-elles si difficiles à entendre ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-alertes-environnementales-sont-elles-si-difficiles-a-entendre-286395

Saber nadar no basta para evitar los ahogamientos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan-Antonio Moreno-Murcia, Catedrático de Universidad, Universidad Miguel Hernández

Sunny studio/Shutterstock

Mientras usted lee este artículo, miles de personas estarán en el agua (mar, piscina, río o embalse) bañándose, practicando deporte, mejorando su salud o trabajando. La inmensa mayoría volverá a casa sin incidentes. Lamentablemente, algunas personas no lo harán o volverán con secuelas serias y permanentes.

Cada año se repiten las mismas secuencias: bañistas que sabían nadar desaparecen en el mar, menores que pierden la vida por bañarse sin la adecuada supervisión, personas que entran en aguas aparentemente tranquilas de las que no pueden salir, o familiares que intentan rescatar a sus seres queridos (incluso mascotas) y acaban convirtiéndose también en víctimas por no estar preparadas para ello. El ahogamiento es una de las principales causas de muerte y de morbilidad severa y permanente por lesiones no intencionales en el mundo.

¿Por qué se ahogan personas que saben nadar? Seguimos asociando la seguridad acuática casi exclusivamente con la capacidad de mantenerse a flote, pero no son conceptos equivalentes.

Evolución en el aprendizaje de la natación

Durante buena parte del siglo XX, el objetivo de aprender a nadar como mera capacidad de no hundirse tenía todo el sentido. Aprender a flotar, respirar y desplazarse en el agua supuso un enorme avance para millones de personas, pues estas competencias proporcionan una primera capa de protección frente al ahogamiento.

Sin embargo, muchos ahogamientos (mortales y no mortales) afectan a personas que saben nadar, incluso a aquellas que nadan muy bien. En muchos casos, lo que falla no es la falta de competencia natatoria, sino la capacidad para identificar y comprender el riesgo real, así como las decisiones que se toman.

Saber nadar ya no es suficiente

Existe una diferencia sustancial entre saber nadar (desplazarse en el agua sin apoyarse en el suelo y sin material de flotación) y estar preparado para desenvolverse con seguridad en cualquier entorno acuático. El común denominador de las piscinas familiares, las playas con oleaje, los ríos con corriente o los embalses con fondos impredecibles es que todos estos espacios tienen agua, pero presentan riesgos completamente distintos. La técnica de nado puede ser similar, pero las decisiones y las capacidades requeridas para bañarse con seguridad en cada escenario no son las mismas.

Diversas investigaciones muestran que muchas personas que saben nadar sobreestiman sus capacidades o subestiman los riesgos reales del agua. La confianza excesiva, la presión social del grupo o la respuesta emocional ante una emergencia pueden alterar la percepción del riesgo y favorecer la toma de decisiones precipitadas, desafortunadas y fatales.

En los últimos años, la enseñanza tradicional de la natación ha evolucionado hacia un concepto mucho más amplio: la competencia acuática. Este enfoque integra las habilidades motrices con el conocimiento del medio, la identificación de peligros, la regulación emocional y la toma de decisiones responsables y ajustadas a la realidad individual.

La educación que puede salvar vidas

Cuando se analizan los accidentes y los datos nacionales de ahogamientos, aparecen patrones sorprendentemente similares. Entrar en zonas de baño sin socorristas, ignorar las banderas y las señales de seguridad, bañarse tras consumir alcohol u otras sustancias, comportarse de forma imprudente, sobrestimar las propias capacidades y subestimar las condiciones del medio o rescatar a otras personas sin la debida preparación son situaciones que se repiten una y otra vez. Tampoco es infrecuente la falta de supervisión del baño de las personas más desprotegidas frente al ahogamiento (menores, mayores y personas con discapacidad). Salvo excepciones, el factor común no suele ser la falta de habilidad física, sino la toma de decisiones desafortunadas.

Esta realidad obliga a replantear cómo educamos a la población. Si enseñamos educación vial para conducir vehículos o caminar por las calles, hábitos saludables para prevenir enfermedades o primeros auxilios para responder ante una emergencia, ¿por qué no educamos también para convivir con seguridad en un medio al que millones de personas estarán expuestas durante toda su vida?




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Precisamente desde esta perspectiva nace el concepto de alfabetización acuática, esto es, de educación acuática preventiva en el ámbito escolar. Parte de una idea sencilla: la prevención de los ahogamientos comienza mucho antes de entrar al agua. Comienza cuando la población joven e infantil empieza a comprender el medio acuático, a reconocer sus límites y a tomar decisiones responsables.

La escuela constituye un escenario privilegiado para desarrollar esta cultura preventiva. Igual que educa para la salud, la economía, la sostenibilidad o la convivencia, también puede contribuir a que toda la población se relacione con el agua (disfrutar, practicar deporte, trabajar, mejorar la salud, etc.) de forma segura durante toda la vida.

Siete decisiones que pueden evitar un ahogamiento

Además de la importancia de elegir zonas de baño vigiladas por socorristas y con servicios de emergencia, la seguridad también depende de las decisiones cotidianas que cada persona toma antes y durante el baño.

  1. No confunda saber nadar con ser inmune al ahogamiento. La técnica natatoria no elimina los riesgos de una corriente, un oleaje intenso, un cambio brusco de profundidad, una pérdida de conocimiento o un problema con la fauna acuática. Evite nadar o bucear en solitario, no se aleje de la orilla y practique actividades y deportes acuáticos con material de seguridad (chalecos salvavidas, tubos de flotación, etc.).

  2. Antes de entrar al agua, valore el medio y piense de forma realista si podrá salir. El estado del agua, las características del entorno, las corrientes, la meteorología o la profundidad pueden dificultar o impedir su salida.

Bañeras en el pozo de las paredes de Navacepeda de Tormes, en el lecho del río Barbellido.
Angel L/Shutterstock
  1. Respete las normas de seguridad. Las banderas, la señalización y las recomendaciones o apercibimientos del personal de rescate deben entenderse como herramientas de prevención que pueden salvarle la vida a usted y a su familia.

  2. Ayudar sin comprometer nuestra vida. Ante una persona que se ahoga, debe llamar al personal de rescate. Si está sólo, ayude desde fuera del agua con medios de alcance o de flotación que pueda acercar o arrojar a quien se ahoga. Elija siempre zonas de baño vigiladas por socorristas, pues los rescates son maniobras muy peligrosas que deben ser realizadas por profesionales.

  3. Vigilar continuamente a las personas más desprotegidas frente al ahogamiento (menores, mayores y personas con discapacidad). Los ahogamientos de estas personas pueden producirse silenciosamente en piscinas familiares que carecen de vallado perimetral. Sobre todo, durante la comida o la siesta y en cuestión de segundos; sin que nadie se percate. Otro problema de las piscinas son los atrapamientos. Instale rejillas anti-atrapamiento en los sumideros de fondo y facilite el acceso directo al apagado de la depuradora. En estos casos, la velocidad de actuación es vital.

  4. No ceda a la presión del grupo y no se exponga a riesgos innecesarios. Si cree que aceptar un reto propuesto por el grupo puede comprometer su seguridad, no lo acepte. A veces, esta decisión marca la diferencia entre la vida y la fatalidad.

  5. Nunca entre al agua bajo los efectos del alcohol o de otras sustancias. El alcohol, las drogas y ciertos medicamentos pueden condicionar la percepción de la realidad, alterar el comportamiento y comprometer la capacidad para responder adecuadamente ante una situación complicada e inesperada.




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Cada ahogamiento representa una tragedia personal y familiar, pero también una oportunidad para reflexionar sobre cómo debemos educar a nuestra sociedad. Durante el siglo XX aprendimos a movernos en el agua. El gran desafío del siglo XXI consiste en comprender, respetar y convivir de forma segura con este medio.

Porque la mejor prevención contra el ahogamiento no empieza cuando alguien cae al agua. Comienza mucho antes, cuando educamos a las personas para vivir en, sobre y alrededor del agua.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Saber nadar no basta para evitar los ahogamientos – https://theconversation.com/saber-nadar-no-basta-para-evitar-los-ahogamientos-286988