Comment l’Iran en est arrivé à la faillite hydrique et pourquoi déplacer la capitale ne changera rien

Source: The Conversation – in French – By Ali Mirchi, Associate Professor of Water Resources Engineering, Oklahoma State University

Face à l’une des pires sécheresses de son histoire, l’Iran se retrouve au bord de la « faillite hydrique » : Téhéran, sa capitale de 15 millions d’habitants, pourrait devenir inhabitable.


L’automne marque le début de la saison des pluies en Iran, mais de vastes régions du pays n’ont quasiment pas vu une goutte alors que la nation affronte l’une de ses pires sécheresses depuis des décennies. Plusieurs réservoirs essentiels sont presque à sec et Téhéran, la capitale, se rapproche d’un « Day Zero », le moment où la ville n’aura plus d’eau.

La situation est si grave que le président iranien Massoud Pezeshkian a relancé un projet envisagé de longue date visant à déplacer la capitale, une métropole où vivent aujourd’hui 15 millions de personnes.

Des gouvernements précédents avaient déjà évoqué l’idée d’installer la capitale ailleurs, sans jamais la mettre en œuvre. De fait, l’expansion incontrôlée de Téhéran a généré une série de problèmes, allant du stress hydrique chronique et de l’affaissement des sols aux embouteillages et à une pollution atmosphérique sévère, tout en accentuant les inquiétudes concernant la vulnérabilité de la ville aux risques sismiques majeurs. Cette fois, Pezeshkian présente le déménagement comme une obligation, non comme un choix. Il a averti en novembre 2025 que si rien ne change, la ville pourrait devenir inhabitable.

Comment l’Iran en est arrivé à la faillite hydrique

La sécheresse est une préoccupation dans cette région du monde depuis des millénaires. Une prière du roi perse Darius le Grand, gravée dans la pierre il y a plus de 2 000 ans, demandait à son dieu de protéger la terre des envahisseurs, de la famine et du mensonge.

Aujourd’hui, toutefois, l’aggravation des problèmes hydriques et environnementaux de l’Iran est la conséquence prévisible de décennies durant lesquelles les ressources limitées de la région ont été gérées comme si elles étaient infinies.

L’Iran s’est largement reposé sur une irrigation très consommatrice d’eau pour cultiver des terres arides, tout en subventionnant l’usage de l’eau et de l’énergie, ce qui a entraîné une surexploitation des nappes phréatiques et une baisse des réserves souterraines. La concentration des activités économiques et de l’emploi dans les grands centres urbains, en particulier Téhéran, a également provoqué une migration massive, aggravant encore la pression sur des ressources hydriques déjà sursollicitées.

Ces dynamiques, parmi d’autres, ont conduit l’Iran vers une forme de « faillite hydrique » – un point où la demande en eau dépasse durablement l’offre et où la nature ne peut plus suivre.

L’approche centralisée et verticale de la gestion de l’eau en Iran s’est révélée incapable d’assurer la durabilité des ressources et de maintenir un équilibre entre l’offre renouvelable et une demande qui ne cesse de croître.

Depuis la révolution de 1979, le pays s’est lancé dans une véritable « mission hydraulique », construisant barrages et dérivations de rivières pour soutenir l’expansion urbaine et agricole. Poussée par des ambitions idéologiques, la quête d’autosuffisance alimentaire, combinée aux sanctions internationales et à l’isolement économique, a lourdement pesé sur l’environnement, en particulier sur les ressources hydriques. Assèchement des lacs, épuisement des eaux souterraines et salinisation croissante sont désormais des phénomènes répandus dans tout le pays, présentant des risques majeurs pour la sécurité hydrique.

En tant que spécialistes des ressources en eau (l’un de nous est un ancien directeur adjoint du Département iranien de l’environnement), ingénieurs environnementaux et scientifiques, nous suivons depuis des années les défis hydriques auxquels le pays est confronté. Nous voyons des solutions possibles à ses problèmes chroniques d’eau, bien qu’aucune ne soit simple.

La baisse des réserves expose l’Iran

Des experts alertent depuis des années : l’absence de stratégie pour traiter la faillite hydrique du pays le rend de plus en plus vulnérable aux conditions climatiques extrêmes. Les Iraniens en font de nouveau l’expérience avec la dernière sécheresse.

Les précipitations ont été largement inférieures à la normale lors de quatre années hydrologiques depuis 2020. Cela a contribué à une chute marquée du niveau des réservoirs. L’automne 2025 a été le plus chaud et le plus sec enregistré à Téhéran depuis 1979, mettant à l’épreuve la résilience de son système d’approvisionnement en eau.

La ville subit une pression croissante sur des réserves d’eaux souterraines déjà réduites, sans véritable perspective d’amélioration en l’absence de précipitations significatives. La diminution du manteau neigeux et la modification des régimes de pluie rendent plus difficile l’anticipation du volume et du calendrier des apports fluviaux. La hausse des températures aggrave encore la situation en augmentant la demande et en réduisant la quantité d’eau disponible dans les cours d’eau.

Il n’existe aucune solution rapide pour résoudre l’urgence hydrique de Téhéran. À court terme, seule une augmentation significative des précipitations et une réduction de la consommation peuvent apporter un soulagement.

Les mesures précipitées visant à accroître les transferts inter-bassins, comme le transfert Taleqan‑Téhéran pour pomper l’eau du barrage de Taleqan, situé à plus de 160 kilomètres, sont non seulement insuffisantes, mais risquent d’aggraver le déséquilibre entre offre et demande à long terme. L’Iran a déjà expérimenté le transfert d’eau entre bassins, et dans de nombreux cas, ces transferts ont alimenté une croissance non durable plutôt qu’une réelle conservation, aggravant les problèmes hydriques tant dans les bassins donneurs que dans les bassins récepteurs.

Au cœur du problème de Téhéran se trouve un déséquilibre chronique entre l’offre et la demande, alimenté par une croissance rapide de la population. Il est très douteux que le déplacement de la capitale politique, comme le suggère Pezeshkian, puisse réellement réduire la population de la ville et donc sa demande en eau.

La région peu peuplée du Makran, dans le sud-est du pays, le long du golfe d’Oman, a été évoquée comme une option possible, présentée comme un « paradis perdu », bien que les détails sur la proportion de la ville ou de la population qui serait déplacée restent flous.

Parallèlement, d’autres grandes villes iraniennes connaissent des tensions hydriques similaires : le stress hydrique est une menace à l’échelle nationale.

Des solutions pour un pays sec

Le pays doit commencer à dissocier son économie de la consommation d’eau en investissant dans des secteurs générant valeur et emplois avec un usage minimal de l’eau.

La consommation d’eau agricole peut être réduite en cultivant des produits à plus forte valeur ajoutée et moins gourmands en eau, tout en tenant compte de la sécurité alimentaire, du marché du travail et des aspects culturels. Les économies d’eau ainsi réalisées pourraient servir à reconstituer les nappes phréatiques.

S’ouvrir davantage au commerce mondial et importer des produits alimentaires dont la culture implique une forte consommation d’eau, plutôt que les produire localement, permettrait également à l’Iran de consacrer ses terres et son eau à un ensemble plus restreint de cultures stratégiques indispensables à la sécurité alimentaire nationale.

Cette transition ne sera possible que si le pays évolue vers une économie plus diversifiée, réduisant ainsi la pression sur ses ressources limitées, ce qui semble peu réaliste dans le contexte actuel d’isolement économique et international. La demande en eau urbaine pourrait être réduite en renforçant l’éducation du public à la conservation, en limitant les usages très consommateurs comme le remplissage des piscines privées, et en modernisant les infrastructures de distribution pour réduire les fuites.

Les eaux usées traitées pourraient être davantage recyclées à des fins potables et non potables, notamment pour maintenir les débits des rivières, actuellement négligés. Lorsque c’est possible, d’autres solutions, telles que la gestion des crues pour la recharge des nappes ou la dessalination des eaux souterraines intérieures, peuvent être explorées pour compléter l’approvisionnement tout en minimisant les impacts environnementaux.

Prises dans leur ensemble, ces mesures nécessitent une action audacieuse et coordonnée plutôt que des réponses fragmentaires. Les discussions renouvelées sur le déménagement de la capitale montrent comment les pressions environnementales s’ajoutent au puzzle complexe de la sécurité nationale de l’Iran. Cependant, si les causes profondes de la faillite hydrique du pays ne sont pas traitées, un éventuel déplacement de la capitale visant à alléger les problèmes d’eau restera inutile.

The Conversation

Mojtaba Sadegh a reçu des financements de l’US National Science Foundation, de la NASA et du Joint Fire Science Program.

Ali Mirchi, Amir AghaKouchak et Kaveh Madani ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Comment l’Iran en est arrivé à la faillite hydrique et pourquoi déplacer la capitale ne changera rien – https://theconversation.com/comment-liran-en-est-arrive-a-la-faillite-hydrique-et-pourquoi-deplacer-la-capitale-ne-changera-rien-271319

L’activisme des PDG met-il la démocratie en danger ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Aurélien Feix, Professeur associé, EDHEC Business School

Les interventions des dirigeants d’entreprises dans le débat public semblent de plus en plus nombreuses. À l’image d’Elon Musk, qui, après avoir soutenu Donald Trump publiquement, alla jusqu’à accepter un temps une mission gouvernementale que ce dernier lui avait confiée. Le cas du patron de Tesla est-il une exception ou révèle-t-il une tendance de fond chez les dirigeants d’entreprises ? Cette intervention des leaders économiques dans la politique fait-elle courir un risque spécifique à la démocratie ? Au-delà des États-Unis, qu’en est-il en France ?


Pendant la campagne de l’élection présidentielle américaine de 2024, Elon Musk s’est distingué par son soutien public massif à Donald Trump. Le patron de Tesla a cherché à peser de tout son poids dans l’espace public pour faire pencher la balance électorale en faveur du candidat républicain – que ce soit sur sa plateforme X ou lors de rassemblements électoraux.

Après la bruyante rupture de la « bromance » qui unissait les deux hommes, et malgré les conséquences pour le moins mitigées de cet épisode sur l’image du milliardaire et sur les entreprises dont il assure la direction, voilà qu’un autre PDG fortement médiatisé, Marc Benioff, s’est empressé de manifester son soutien à la politique de Donald Trump, estimant que celui-ci faisait un « excellent travail » et se déclarant favorable à l’envoi de la garde nationale à San Francisco (Californie), avant de partiellement revenir sur ses propos.

Phénomène d’ampleur

Assez surprenantes pour des Européens, habitués à ce que les acteurs économiques soient plus frileux à l’idée de s’engager politiquement, ces prises de position sont loin d’être une exception outre-Atlantique. Elles s’inscrivent plutôt dans un phénomène de grande ampleur aux États-Unis, qui a commencé à faire parler de lui il y a une dizaine d’années, et qui s’est accéléré depuis lors : « l’activisme des dirigeants d’entreprises » (« CEO activism »). Le terme « dirigeant » est à comprendre dans un sens large dans ce contexte : il désigne tout cadre assumant la direction globale d’une entreprise, qu’il s’agisse d’un dirigeant-propriétaire, d’un directeur général ou d’un président-directeur général.




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Nos récents travaux s’intéressent précisément à ce type d’activisme, et nous nous sommes demandés dans quelle mesure il pouvait influencer, et potentiellement mettre en danger, le bon fonctionnement de la démocratie.

Sujets clivants

Depuis le milieu des années 2010, une part grandissante des dirigeants d’entreprises américaines prend part aux débats politiques de leur pays. Ils le font soit en affichant leur point de vue sur des sujets clivants et souvent éloignés du cœur de métier de leur entreprise, soit en prenant ouvertement la défense de l’un des deux grands partis politiques qui y structurent la vie politique.

Il serait erroné de croire qu’il s’agit là d’un comportement entièrement nouveau de la part des patrons, car il y a déjà eu par le passé des dirigeants d’entreprises que l’on pourrait qualifier « d’activistes ». Dans un passé lointain, on peut citer Henry Ford, fondateur et dirigeant du constructeur automobile du même nom, qui, dans la première moitié du XXe siècle, fit largement connaître ses idées politiques, notamment à travers ses écrits antisémites et en rejoignant le Comité Amérique d’abord (America First Committee), qui milita publiquement contre l’entrée en guerre des États-Unis dans les années 1940.

Dans un passé plus récent, le nom de Ross Perot, vu par certains comme un précurseur du trumpisme, vient à l’esprit. Fondateur de l’entreprise Electronic Data Systems dont il a tiré sa fortune, Perot se lança en politique durant la présidence de Bush père. Se présentant comme un homme en rupture avec les élites de Washington, il se présenta à deux reprises comme candidat indépendant à l’élection présidentielle, en 1992 et 1996.

Nouvelles logiques de communication

Si l’activisme patronal n’est donc pas propre à notre époque, il s’est sans aucun doute intensifié de manière inédite aux États-Unis au cours de la décennie écoulée, au point d’y devenir aujourd’hui monnaie courante. Ce phénomène fait d’ailleurs l’objet de nombreuses recherches universitaires qui s’intéressent non seulement aux conséquences des prises de position des dirigeants sur l’image et la performance économique de leur entreprise, mais aussi, à l’instar de nos travaux, à leurs répercussions sur la démocratie.

Les raisons du développement de cet activisme sont multiples. Elles tiennent notamment à l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants ayant visiblement à cœur de faire connaître publiquement leurs opinions politiques (une génération plus vocal et outspoken, comme disent les Américains), notamment dans le but d’accumuler un capital moral, c’est-à-dire d’acquérir une réputation de vertu.

Une autre raison réside dans l’essor des réseaux sociaux et des nouvelles modalités et logiques de communication qu’ils induisent, notamment une préférence pour les messages courts et polarisants, plus susceptibles de générer des clics et des partages.

L’activisme sociopolitique des entreprises

L’activisme patronal n’est qu’une forme d’un phénomène plus large, appelé « activisme sociopolitique des entreprises » (corporate sociopolitical activism), qui désigne la prise de position des acteurs économiques dans des débats sociétaux. En effet, les prises de position sur des sujets controversés ne sont pas uniquement le fait des dirigeants d’entreprise, mais peuvent aussi se faire au nom d’une entreprise ou d’une marque qu’elle commercialise. On parle alors « d’activisme des marques » (brand activism).

Si certaines publicités assimilables à cette forme d’activisme existaient déjà dans les années 1980 et 1990 – on peut notamment songer aux campagnes de Benetton sur des sujets comme le racisme et le sida –, l’activisme des marques n’a pris une ampleur considérable aux États-Unis que durant la dernière décennie, à l’image de l’activisme patronal précédemment évoqué.

Parmi les exemples les plus connus, on peut citer la campagne « Race Together » de Starbucks contre la discrimination raciale en 2015, la campagne « Dream Crazy » de Nike en 2018 en soutien au mouvement Black Lives Matter, et la campagne « The Best Men Can Be » de Gillette en 2019, qui critique des comportements masculins nocifs, tels que le harcèlement ou le sexisme.

Boycott et « buycott »

Ces campagnes trouvent leur explication, d’une part, dans une évolution des attentes d’une partie des consommateurs à l’égard des entreprises auprès desquelles ils se fournissent. Adeptes de la « consommation engagée », ces consommateurs conçoivent l’acte d’achat comme un acte politique à part entière et attendent des entreprises dont ils sont clients qu’elles partagent leurs convictions. Ainsi, des enquêtes menées aux États-Unis tendent à montrer que les jeunes générations sont globalement plus favorables aux prises de position des acteurs économiques que leurs aînés.

Ces campagnes traduisent également un opportunisme économique de la part des entreprises. Dans un contexte de guerre culturelle et de forte polarisation politique, elles peuvent en effet chercher à tirer profit des clivages qui traversent les États-Unis. Les campagnes publicitaires qui véhiculent des messages politiques sont souvent suivies d’un boycott de la part de consommateurs opposés à la cause défendue. Cependant, les entreprises misent sur le fait que ce boycott engendre en réaction un « buycott » plus massif encore de la part des consommateurs acquis à cette cause.

Ainsi, la campagne « Dream Crazy » a d’abord suscité un important backlash, caractérisé par la propagation du hashtag #BurnYourNikes sur les réseaux sociaux, ainsi qu’une baisse temporaire du cours de l’action et de la cote d’approbation de la marque Nike. Toutefois, la contre-réaction des clients favorables à l’initiative a transformé l’opération en un succès, augmentant la profitabilité de l’entreprise. Il semblerait donc que les émotions politiques, telles que l’attachement à une cause sociale ou l’indignation éprouvée à l’égard de ceux qui ne la partagent pas, figurent désormais parmi le panel d’émotions que les acteurs du capitalisme tentent d’exploiter à leur avantage.

Les risques pour la démocratie

Il est important de rappeler que les entreprises ont toujours été des acteurs politiques, c’est-à-dire qu’elles ont de tout temps cherché à influencer l’opinion publique et les décisions politiques. Mais, jusqu’à récemment, elles agissaient principalement « en coulisse », c’est-à-dire en se plaçant hors du regard du public, par le biais de pratiques telles que le lobbying, le financement de campagnes électorales, l’astroturfing ou la désinformation scientifique.

À l’inverse, l’activisme sociopolitique des entreprises est tout sauf discret et vise à être vu. En ce sens, il constitue une modalité d’action politique des entreprises d’un nouveau genre, qui présente également de nouveaux risques pour nos démocraties.

Ainsi, au regard des moyens dont disposent les grandes entreprises pour augmenter la portée de leur discours, on peut craindre que les idées qui servent leurs intérêts économiques ou qui sont en phase avec les idéologies de leurs dirigeants finissent par occuper une place disproportionnée dans l’espace public. Il est également à craindre que l’activisme sociopolitique des entreprises ne vienne aggraver la dégradation de la qualité d’un débat public déjà bien mal en point.

En effet, en capitalisant sur les émotions politiques de leurs clients, les acteurs économiques contribuent inévitablement à les exacerber. Cela concerne en particulier les émotions associées à ce que la psychologie politique appelle la polarisation affective, telles que l’aversion envers les personnes identifiées comme appartenant au camp politique opposé. Or, ces émotions nous rendent plus vulnérables à la désinformation et moins enclins à communiquer de manière constructive avec ceux qui ne partagent pas nos opinions politiques.

France 24, 2025.

Ces risques devront faire l’objet d’une exploration approfondie à l’avenir, et une réflexion devra être menée pour les contrer efficacement. En effet, contrairement aux pratiques politiques menées de manière plus discrète, telles que le lobbying, qui sont encadrées par la loi (quoique de manière différente et plus ou moins stricte selon les pays), l’activisme sociopolitique des entreprises souffre d’un manque évident de réglementation.

Bientôt en France ?

On pourrait objecter que ce besoin de réglementation est moins pressant en France qu’aux États-Unis. Il est vrai que la méfiance à l’égard de l’ingérence des acteurs économiques dans les affaires politiques est beaucoup plus marquée en France, comme en témoigne la réglementation très stricte du financement des partis politiques. Par conséquent, les entreprises et leurs dirigeants restent, dans leur grande majorité, réticents à l’idée de prendre position politiquement.

L’activisme des marques est pour l’heure quasi-inexistant dans l’Hexagone, et celui des PDG encore très rare. Ainsi, Vincent Bolloré, homme d’affaires désormais à la tête un empire médiatique marqué très à droite et dont l’influence sur l’opinion publique suscite de vives inquiétudes, n’est pas un « PDG activiste » selon l’acception stricte du terme, puisqu’il continue de taire ses orientations et intentions politiques en public. Toutefois, on observe des signes indiquant que l’activisme patronal pourrait se développer dans les années à venir.

L’entrepreneur Pierre-Édouard Stérin, par exemple, ne cache pas l’idéologie sous-jacente à son projet Périclès, et le ton avec lequel des dirigeants d’entreprise, comme Bernard Arnault, participent aux débats politiques français se fait plus explicite et plus virulent que par le passé. L’avenir nous dira si cette tendance se confirme mais, quoi qu’il en soit, il nous semble important d’amorcer dès à présent une réflexion sur les mesures à prendre afin d’en contenir les risques.

The Conversation

Georg Wernicke a reçu des financements de HEC Paris Foundation.

Aurélien Feix ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’activisme des PDG met-il la démocratie en danger ? – https://theconversation.com/lactivisme-des-pdg-met-il-la-democratie-en-danger-254110

God in Nigeria: the country’s novelists help us understand the complexity of Christianity

Source: The Conversation – Africa – By Adriaan van Klinken, Professor of Religion and African Studies, University of Leeds

From conflict to prosperity, Nigerian novels trace a history of how Christianity has changed after colonialism. Luis Quintero/Pexels

In African literature, Christianity has usually been shown as a foreign religion brought to the continent by European missionaries and colonisers. But in the past few decades, Nigeria’s writers have dealt with it in a far more complex way as Christianity is rooted in, and transformed by, local realities, ranging from conflict to prosperity.

A new open source book by a scholar of African religion, Adriaan van Klinken, sets out to understand these changes through the eyes of Nigeria’s fiction writers. We asked him five questions.


What made you decide to use fiction to understand religion?

What fiction and religion have in common is that both are works of human imagination and meaning-making. I became interested in literary writing as a commentary on religion. As the late Kenyan writer, Ngũgĩ wa Thiong’o, put it:

The novel, like the myth and the parable, gives a view of society from its contemplation of social life, reflecting it, mirror-like, but also reflecting upon it.

In the book I ask a two-fold question. How do the novels of today’s writers represent religion as a central part of African social life? But also, how do they reflect on religion, critiquing and reimagining it?

I chose Nigeria because the country has become the continent’s major centre of both literary production and Christian growth. (According to researchers, Nigeria’s Christian population grew by 25% to 93 million from 2010 to 2020. The country is projected to have the third largest Christian population in the world by 2060.)

When I started reviewing novels by contemporary Nigerian writers, I discovered that, in many texts, Christianity is a central theme in one way or another.

So, how is Christianity being written about?

The Nigerian classic Things Fall Apart by Chinua Achebe was published in 1958. It’s about the changes and tensions in traditional Igbo society because of colonisation. Christianity is described as a newly arriving religion. At first it has little traction but thanks to its links to colonial institutions, it gradually grows its influence, causing division in society.

This critical take on Christianity by Achebe and other African writers of his generation has been well documented.

But both African literature and African Christianity have developed. The writers I discuss were born after independence and engage with Christianity in the postcolonial period.




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Chimamanda Ngozi Adichie’s 2003 novel Purple Hibiscus signals a transition. In it a teenage Igbo girl, Kambili, grows up in a family dominated by a fanatically religious father.

By contrasting how faith is experienced in two Catholic families, Adichie explores the complexity of Nigerian Catholicism and its transformation from a European missionary product into something locally rooted. Towards the end, Kambili has an apparition of the Virgin Mary in a Nigerian landscape. It’s an empowering religious experience for her.

Adichie invokes Christian imagery and symbols in a story about gender issues. Other writers have done something similar in stories about issues of sexuality (Chinelo Okparanta’s Under the Udala Trees) and ecology (Chigozie Obioma’s The Fisherman). Dominant forms of Christianity are critiqued in these novels for their links to colonialism, patriarchy, homophobia, and environmental destruction. But Christian traditions are also creatively reinterpreted.

Nigerian-born sociologist Wale Adebanwi argues that African literary writers are social thinkers. I expand this to argue they’re religious thinkers, too. They think about and with religion, precisely because religion – not only Christianity, but also Islam and indigenous religions – is part of the fabric of society that shapes their own identities.

What can we learn about Christianity and conflict?

In one chapter I focus on the Biafran War (1967–1970). This tragic episode in Nigerian history is still a source of national trauma, especially among the mainly Christian Igbo people in the east. Although far from simply a religious conflict between Christians and Muslims, the civil war shows how religion is enmeshed with other major divisions in Nigerian life. Like ethnicity, economic resources, political power.

The war and its aftermaths are a big theme in Nigerian literature. I discuss two novellas – Chris Abani’s Song for Night and Uzodinma Iweala’s Beasts of No Nation. They don’t mention the war by name but can be seen as a commentary on it.

Both tell of the traumatising impact of brutal violence through the eyes of child soldiers. Both draw on Christian objects, texts, and symbols while processing postwar memory and the complex question of forgiveness. Avoiding simple answers, the books suggest Christianity might offer resources for a much-needed path of healing and reconciliation.




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Another chapter is about Christian-Muslim relations. This is important given Nigeria’s religious demographics (both Christian and Muslim populations are growing fast, with Muslims in a slight majority). But also because of the history of tensions and conflicts between Christians and Muslims. This has (geo)political significance (just see US president Donald Trump’s threat of military intervention over alleged “Christian persecution” in Nigeria).

Uwem Akpan’s Luxurious Hearses (2008), E.E. Sule’s Sterile Sky (2012) and Adaobi Tricia Nwaubani’s Buried Beneath the Baobab Tree (2018) are all set in the Muslim-dominated north.

They all complicate simplistic views and offer nuanced insight into inter-religious relations in a time of escalating tensions between Christians and Muslims. Written by authors from Christian backgrounds, they interrogate the tendency among some Nigerian Christians to see Muslims as the enemy. They also suggest that Christian radicalisation is part of the problem.

By including Muslim characters who protect Christians, and other examples of Christians and Muslims living together harmoniously, these novels promote an everyday practice of neighbourliness.

How do writers discuss Pentecostalism?

Nigeria, and Lagos in particular, has been described as the Pentecostal capital of the world. Pentecostalism is a fast-growing form of Christianity. It emphasises the experience of the holy spirit, energetic worship, divine healing, and a gospel of prosperity. Nigeria (and Africa more generally) has become a major centre of Pentecostalism. As such it’s become a prominent theme in Nigerian literature.

By and large, it’s not favourably depicted. The satirical novel Foreign Gods, Inc by Okey Ndibe (2014) is a case in point. Through the character of Pastor Uka, it explores how hypocricy, exploitation and deception could accompany the prosperity gospel. It suggests Pentecostalism could be continuing the colonial project, with its hostility towards indigenous religions.

For my part I agree, but argue that the depiction of Pentecostalism in Nigerian fiction is somewhat one-sided. It fails to consider the diversity and possibilities within this movement.

Pentecostalism also gives hope to impoverished communities. It empowers people socially and economically. It creates local and global networks, and even builds new cities.

What do you hope readers will take away?

Of course, I hope people will go and read these novels (as well as many others I couldn’t include). Then they too can experience the fascinating life-worlds in them that religion is such an intricate part of.

Good literature is able to avoid simplistic accounts of religion and social life, because by including a diverse range of characters, viewpoints and events it adds nuance and complexity to the conversation.




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Debates about whether Christianity has been good or bad for Africa, and Nigeria in particular, can probably never be settled, because so much depends on context and perspective. Nigeria’s writers offer just that.

The Conversation

Adriaan van Klinken does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. God in Nigeria: the country’s novelists help us understand the complexity of Christianity – https://theconversation.com/god-in-nigeria-the-countrys-novelists-help-us-understand-the-complexity-of-christianity-270894

Who was Albert Luthuli? The murdered South African leader who put his people above himself

Source: The Conversation – Africa (2) – By Judith Coullie, Senior Research Associate, English Studies, University of KwaZulu-Natal

South African liberation leader Albert Luthuli died on 21 July 1967 near his home in Groutville, in the South African province of KwaZulu-Natal. A government inquest concluded his death was an accident – that he was hit by a train. This was always disputed by his family and almost 60 years later they were vindicated.

In 2025, a court ruled that Luthuli was murdered, his death the result of “assault by members of the security special branch of the South African police”. The ruling corrects long-standing historical records. It adds Luthuli’s murder to the catalogue of torture and assassination that the apartheid government increasingly relied on to suppress dissent.

Albert John Mvumbi Luthuli was born around 1898. He was an educator, Zulu chief, and religious leader. Africa’s first Nobel Peace Prize winner was also president-general of the African National Congress (ANC) from 1952 until his death at 69.

The ANC resisted white minority rule in South Africa and Luthuli was active in the organisation’s defiance campaign. He became head of the ANC in 1952, four years after apartheid was formalised.

In the last decades of his life, Luthuli was silenced and persecuted. Once democracy was achieved in 1994, honours were heaped on him – his image is the watermark on South African passports.

Still, Luthuli is largely overshadowed by fellow Peace Prize winners Nelson Mandela and Desmond Tutu. And while over 14 million copies of Mandela’s autobiography, Long Walk to Freedom, have been sold, Luthuli’s account of his own life, Let My People Go, is comparatively little known.

Much of my research on life writing has focused on autobiography published during apartheid, including analysis of Let My People Go.

It’s a book that deserves to be more widely read. It defies expectations that the autobiographer will offer a candidly personal account of self and life.

Luthuli’s autobiography mostly focuses on the struggle for justice. It depicts a steadfastly moral man whose fight against racist oppression inspired activists within and beyond South Africa, and should still.

Who was Albert Luthuli?

Let My People Go offers a brief sketch of Luthuli’s ancestors and early life. His grandparents were Zulu Christian converts. He was born, he calculated, “in the year 1898, and certainly before 1900” near Bulawayo, in today’s Zimbabwe. He was not born in his ancestral home, Groutville, because his father had left to serve in the Second Matabele War. After the conflict, his parents stayed on at a Seventh Day Adventist mission station.

His father died when Luthuli was a baby. At about 10, he was sent back to Groutville for his schooling. Qualifying as a teacher, he became principal of a small school. A government bursary allowed him to study further at Adams College, where he performed exceptionally well and was invited to join the staff and rose up the ranks. He met Nokukhanya Bhengu there and they married in 1927.

Luthuli loved teaching. However, in 1935, after prolonged urging from tribal elders, he and Nokukhanya decided he was duty-bound to accept nomination as chief of the Umvoti Mission Reserve.

For 17 years, he dedicated himself to improving the lot of the people of Groutville and providing principled leadership in confronting the injustices of racism. He took the “revolutionary step of admitting women” to local meetings. He organised African sugar farmers and held a seat on the Native Representatives Council. In 1938, he was a member of the executive of the Christian Council of South Africa.

In the years that followed he would remain deeply involved in Christian and civic organisations. In 1945 he was elected onto the executive of the ANC’s provincial branch, becoming president of it in 1951 and, in 1952, of the whole organisation.

An oval-framed vintage studio photo of a young African man in suit and tie, a middle path in his hair and a proud expression on his face/.
A young Luthuli.
Wikimedia Commons

Overseas travel widened Luthuli’s perspective, whether it was a missionary conference in India (1938) or a nine month church-sponsored lecture tour of the US (1948).

His autobiography recounts in detail his religious, civic and political involvement, weaving in a narrative of increasingly draconian and devastating apartheid policies.

Writing painstakingly and usually without emotion – though disgust and horror sometimes break through – he challenges the “twisted, distorted” versions of history promoted by the regime. He offers meticulous evidence of the irrationality and immorality of racism.

Banned

From 1953, repeated banning orders prevented Luthuli from leaving his home or publishing or distributing any written material. In 1956 he was arrested on a charge of high treason. (Discharged in 1957, he was acquitted in 1961.)

Despite this, Luthuli carried on with his autobiography, dictating his story to his friends Rev Charles Hooper and his wife Sheila Hooper. They compiled the draft which Luthuli then edited.

It was a foregone conclusion that Let My People Go would be banned and Luthuli knew it was unlikely to enlighten apartheid rulers:

There is not really even a common language in which to discuss our agonising problems. (They) cannot speak to Africans except in the restricted language of Baasskap.

The term refers to whites being boss, and anyone classified as non-white adopting a position of subservience.

Nonetheless, the narrator insists that:

If the whites are ignorant of the realities, the fault does not lie with us.

Autobiography of a selfless self

Readers of autobiography tend to look for insight into the author’s personal life, but Luthuli’s gives greater weight to political-historical analysis.

In the book, he repeatedly denies his own importance, reminding readers that much of what he experienced was shared by other oppressed South Africans. This is key to the depiction of his character in the book.

He only briefly mentions his family. He and Nokukhanya have seven children, but he doesn’t share their names and draws a “veil” over any details about their marriage.

Four statues stand against a backdrop of Table Mountain in Cape Town. They are slightly stylised.
From left, statues of Luthuli, Tutu, De Klerk and Mandela, peace prize winners.
flowcomm/Flickr, CC BY

Nokukhanya, he writes, “ungrudgingly” assumed full responsibility for their home and smallholding so that he could focus on his public duties. At Adams College, for example, he was also a choirmaster, soccer team administrator and Zulu cultural organiser, and served on an association for African teachers.

Under his leadership, the ANC became a mass organisation. Luthuli had to travel the country in support of the defiance campaign:

I quite literally neglect my family and feel extremely guilty about it.

Luthuli’s reserve is reinforced by his use of the passive voice. For instance, he describes being urged to take leadership roles, rather than seeking these himself.

Nonetheless, even in these apparent self-deflections, Luthuli’s character emerges: his centre of gravity does not lie in the domestic sphere but in service to the community. He is driven by his “desire to serve God and neighbour”.

By refusing the “self-assertion and self-display” that is typical of autobiography, Let My People Go portrays a selfless self.

The humility of a man who cannot be humiliated

Luthuli’s story depicts a humble man who refuses to yield, despite growing persecution. Or, as Charles Hooper observes in the introduction, the “humility of a man who cannot be humiliated”. Luthuli expresses gratitude when outrage might seem more reasonable. He describes his prison cell, when he was ill and isolated, as a prayerful “sanctuary”.

A leafy park with a realistic statue of a black man, dapper in a suit.
Statue of Luthuli in KwaZulu-Natal, where he was born.
J Ramatsui/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Accounts of casual racism, police harassment and brutal assault are harrowing. Hard to read, too, is Luthuli’s self-recrimination. He reproaches himself for “having contributed too little” to the political struggle.

This reserve doesn’t obscure his character, it illuminates it. He emerges as a thoughtful, humble man committed to non-racism, non-violence and justice who even tries to understand Afrikaners’ fears of “being swamped”.

Farsighted, he predicted the rise of “terrorism (and) legalised murder by army and police forces”. Yet he retained faith that “the outcome of the struggle” would be justice for all.

After his release from prison, Luthuli, still banned, lived in isolation in Groutville. He was murdered before the banning order expired.

The Conversation

Judith Coullie does not receive funding from any organisation.

ref. Who was Albert Luthuli? The murdered South African leader who put his people above himself – https://theconversation.com/who-was-albert-luthuli-the-murdered-south-african-leader-who-put-his-people-above-himself-269729

Facing myriad global pressures, Iran intensifies outreach to African partners for critical needs

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Eric Lob, Associate Professor of Politics and International Relations, Florida International University

Prime Minister of Ethiopia Abiy Ahmed shakes hands with Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi during the 17th annual BRICS summit on July 6, 2025.
AP Photo/Silvia Izquierdo

Burkina Faso’s security minister headed to Tehran on Nov. 12, 2025, for high-level talks with Iranian officials. The visit was a fruitful one: The West African nation reopened its Iranian embassy, finalized new agreements on security cooperation and held discussions about strengthening relations in agriculture and industry.

Far from being a routine bilateral diplomatic event for both countries, the trip was part of a broader trend. Since the onset of war in Gaza in late 2023, sparked by the Tehran-aligned and -funded Palestinian group Hamas, Iran has found itself increasingly isolated and facing a number of political and economic crises. Internationally, Tehran’s network of proxy nonstate groups across the Middle East, its so-called axis of resistance, was stretched to a breaking point with Israel’s brutal campaigns against Hamas and Hezbollah, as well as the fall of the Assad regime in Syria in late 2024.

Tehran’s regional difficulties then culminated with a punishing 12-day war with Israel in June 2025, which the United States joined, and the subsequent EU-imposed U.N. “snapback” sanctions – a series of penalties against Iran that were initially lifted after it signed a deal in 2015 limiting Tehran’s nuclear program in return for the easing of sanctions.

On top of this, Iran is now facing an environmental crisis in the shape of severe drought affecting the capital.

As Iranian officials attempt to weather this rocky new reality, they have looked to advance geostrategic interests elsewhere. As an expert on Iran’s foreign policy, I believe one key emergent area for this is Africa, where Iran has increased its outreach to historically dependable and strategically significant partners such as Burkina Faso. This outreach has created important opportunities for Tehran to engage with countries on issues such as security and critical minerals, while also expanding its market for weapons and other exports while bypassing sanctions.

Security, uranium and economy in West Africa

In addition to Burkina Faso, Iran has intensified its outreach to other African countries in West Africa and the Sahel region, such as Mali and Niger.

Since the early 2020s, these countries have experienced military coups and distanced themselves from the West. They have also confronted serious security threats from rebels, militias and jihadists. Consequently, and as was the case with Ethiopia, they have looked toward Iran as a security partner and a potential supplier of arms, drones and other equipment.

For Iran, expanding relations with these African countries holds the benefit of opening up economically critical markets, including metals and minerals. For instance, Tehran has aspired to access gold from Burkina Faso and Mali, and uranium from Niger. Depending on the extent of the damage and destruction to Iran’s nuclear program during the 12-day war, the potential uranium procured from these countries could be particularly critical if Iran decides to reconstitute or weaponize its program.

After the Iranian and Malian foreign ministers met in May 2024, they did so again the following year in October to discuss reinforcing bilateral and multilateral relations.

To this end, both nations agreed to hold a joint economic commission and to show solidarity and support at meetings of international organizations such as the U.N. and the Non-Aligned Movement.

Meanwhile, in April and May 2025, Iran and Niger signed economic and security agreements after earlier inking a deal by which Tehran would acquire 300 tons of uranium for US$56 million.

A man gives a speech at a conference.
Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi delivers a speech at the 51st meeting of the Council of Foreign Ministers of the Organization of Islamic Cooperation on June 22, 2025.
Elif Ozturk / Anadolu via Getty Images

From February to October, Iran also looked to deepen diplomatic relations with Sierra Leone by holding bilateral meetings with the West African nation. Apart from attempting to access uranium, Tehran sought Sierra Leone’s support in multilateral institutions such as the U.N. and the Organization of Islamic Cooperation.

That said, Sierra Leone, while serving as a nonpermanent member of the U.N. Security Council, voted against lifting sanctions on Iran in September, due in part to the African nation’s dependence on British aid.

Outreach opportunities in Africa

In addition to its engagement with countries in West Africa, Iran has also looked elsewhere on the continent for areas of strategic significance.

Between October and November 2025, Tehran coordinated with Malawi on circumventing sanctions and importing aircraft.

In August, Iran sought to strengthen security ties with South Africa – its largest trading partner on the continent by far. At the time, the South African army chief, Gen. Rudzani Maphwanya, made statements supporting Iran and criticizing Israel that created controversy. Between April and October, Iran held meetings and signed agreements with Zimbabwe in the areas of economy, the environment and medical tourism.

While attending the Non-Aligned Movement’s meeting of foreign ministers in Kampala in October, Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi met with Ugandan President Yoweri Museveni and thanked him for Uganda’s condemnation of the U.S. and Israel during the 12-day war, during which Uganda evacuated 41 students from Iran. Araghchi also expressed Tehran’s interest and intent on strengthening cooperation with Kampala in agriculture, the economy and commerce.

For Iran, Uganda is strategically important because it possesses not only uranium but also cobalt, which is used to manufacture lithium batteries, superalloys and other industrial products.

A man in a suit sits at a conference.
Iran’s strategic conundrum has only worsened after numerous foreign and domestic challenges.
Arif Hudaverdi Yaman/Anadolu via Getty Images

How Iran is still constrained

While Iran has increased its outreach to reliable and significant African partners across the continent, it has encountered a number of consequential constraints.

For one, there continues to be extensive trade competition from Iran’s Middle East rivals. As recently as 2023, the United Arab Emirates was a top export partner for Burkina Faso, Mali, Niger, Uganda and Zimbabwe, as well as a top import partner of Malawi, Niger, Sierra Leone, Uganda and Zimbabwe. As it had done with several countries in the Horn of Africa in 2016, the UAE, alongside Saudi Arabia, could pressure others on the continent to reduce or eliminate their engagement with Tehran.

Particularly with the U.N. snapback sanctions now back in place, the ongoing reality of global economic pressure on Iran could also give African countries pause when considering stronger bilateral ties with Tehran. Yet before then, and even with the U.S. reimposing sanctions on Tehran after withdrawing from the Iran nuclear deal in 2018, these countries did not simply stop engaging with Tehran.

The final constraint is the transactional nature of Iran’s outreach. This could create distrust among its African partners. In November 2025, for instance, Tehran reportedly supplied drones to Eritrea as tensions escalated between it and Ethiopia. Such a move by Iran could complicate its relationship with Ethiopia and put Tehran in the middle of another conflict between those countries.

Time will tell whether the opportunities outweigh the constraints as Iran attempts to forge closer relations with the continent. Yet for government officials in Tehran weathering sundry crises at home and abroad, it will feel like they have few alternatives than to seek opportunities where they can find them.

The Conversation

Eric Lob receives funding from the Carnegie Endowment for International Peace. He is affiliated with the organization as a non-resident scholar in its Middle East Program.

ref. Facing myriad global pressures, Iran intensifies outreach to African partners for critical needs – https://theconversation.com/facing-myriad-global-pressures-iran-intensifies-outreach-to-african-partners-for-critical-needs-270603

Face à la fonte des glaces de l’Antarctique, le niveau de la mer n’augmente pas au même rythme partout

Source: The Conversation – France (in French) – By Shaina Sadai, Associate in Earth Science, Five College Consortium

Si les mers et les océans fonctionnaient comme une immense baignoire, l’eau s’élèverait partout de la même façon. Ce n’est pas ce qui se passe. La fonte des glaces en Antarctique, influencée par le réchauffement climatique, entraîne une élévation inégale du niveau de la mer, notamment du fait de la gravité et du rôle du manteau terrestre.


Quand les calottes polaires fondent, les effets se répercutent dans le monde entier. La fonte de la glace élève le niveau moyen des mers, modifie les courants océaniques et affecte les températures dans des régions très éloignées des pôles. Mais cette fonte n’influence pas le niveau de la mer et les températures de la même manière partout.

Dans une nouvelle étude, notre équipe de scientifiques a examiné comment la fonte des glaces en Antarctique affecte le climat mondial et le niveau de la mer. Nous avons combiné des modèles informatiques de la calotte glaciaire antarctique, de la Terre et du climat global, incluant les processus atmosphériques et océaniques, afin d’explorer les interactions complexes entre la glace en train de fondre et les autres composantes de la Terre.

Comprendre ce qui arrive à la glace de l’Antarctique est essentiel, car elle contient suffisamment d’eau gelée pour élever le niveau moyen des mers d’environ 58 mètres. Lorsque cette glace fond, cela devient un problème existentiel pour les populations et les écosystèmes des communautés insulaires et littorales.

Changements en Antarctique

L’ampleur de la fonte de la calotte glaciaire antarctique dépendra de l’importance du réchauffement de la planète. Réchauffement qui dépend des futures émissions de gaz à effet de serre provenant notamment des véhicules, des centrales électriques et des industries. Des études suggèrent qu’une grande partie de la calotte glaciaire antarctique pourrait subsister si les pays réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre conformément à l’objectif de l’accord de Paris de 2015 visant à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cependant, si les émissions continuent d’augmenter et que l’atmosphère et les océans se réchauffent beaucoup plus, cela pourrait provoquer une fonte importante et des niveaux marins bien plus élevés.

Nos recherches montrent que les fortes émissions présentent des risques non seulement pour la stabilité de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, qui contribue déjà à l’élévation du niveau de la mer, mais aussi pour la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental, beaucoup plus vaste et plus stable. Elles montrent aussi que les régions du monde connaîtront des niveaux différents de montée des eaux à mesure que l’Antarctique fond.

Comprendre l’évolution du niveau de la mer

Si les mers se comportaient comme l’eau dans une baignoire, alors le niveau de l’océan s’élèverait de la même manière partout. Mais ce n’est pas ce qui se passe. Au contraire, de nombreux endroits enregistrent une élévation du niveau de la mer supérieure à la moyenne mondiale, tandis que les zones proches de la calotte glaciaire peuvent même voir le niveau de la mer baisser. La raison principale tient à la gravité.

Les calottes glaciaires sont énormes, et cette masse exerce une forte attraction gravitationnelle qui attire l’eau océanique environnante vers elles, de manière similaire à la façon dont l’attraction gravitationnelle entre la Terre et la Lune influence les marées.

À mesure que la calotte glaciaire diminue, son attraction gravitationnelle sur l’océan diminue, ce qui entraîne une baisse du niveau de la mer dans les régions proches des banquises et une hausse dans les régions plus éloignées. Mais les variations du niveau de la mer ne dépendent pas uniquement de la distance à la calotte glaciaire en train de fondre. Cette perte de glace modifie également la rotation de la planète. L’axe de rotation est attiré vers cette masse de glace disparue, ce qui redistribue à son tour l’eau autour du globe.

Deux facteurs qui peuvent ralentir la fonte

À mesure que la massive calotte glaciaire fond, le manteau terrestre situé en dessous se soulève. Sous le socle rocheux de l’Antarctique se trouve ce manteau, qui s’écoule lentement, un peu comme du sirop d’érable. Plus la calotte glaciaire fond, moins elle exerce de pression sur la Terre solide. Avec ce poids réduit, le socle rocheux peut se soulever. Cela peut éloigner certaines parties de la calotte glaciaire des eaux océaniques réchauffées, ralentissant ainsi le rythme de la fonte. Ce phénomène est plus rapide dans les régions où le manteau s’écoule plus vite, comme sous la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Cet effet de rebond pourrait contribuer à préserver la calotte glaciaire – à condition que les émissions mondiales de gaz à effet de serre restent faibles.

Un autre facteur susceptible de ralentir la fonte peut sembler contre-intuitif.

Alors que l’eau de fonte antarctique contribue à l’élévation du niveau de la mer, les modèles montrent qu’elle retarde également le réchauffement induit par les gaz à effet de serre. En effet, l’eau glacée provenant de l’Antarctique réduit la température de surface des océans dans l’hémisphère Sud et le Pacifique tropical, emprisonnant la chaleur dans les profondeurs et ralentissant l’augmentation de la température moyenne globale de l’air.

Mais même si la fonte ralentit, le niveau de la mer continue d’augmenter.

Cartographie de nos résultats sur le niveau de la mer

Nous avons combiné des modèles informatiques simulant ces comportements et d’autres caractéristiques de la calotte glaciaire antarctique, du manteau terrestre et du climat pour comprendre ce qui pourrait arriver au niveau de la mer dans le monde à mesure que les températures globales augmentent et que la glace fond.

Par exemple, dans un scénario modéré où le monde réduit ses émissions de gaz à effet de serre, mais pas suffisamment pour maintenir le réchauffement global en dessous de 2 °C d’ici à 2100, nous avons constaté que l’élévation moyenne du niveau de la mer due à la fonte de la glace antarctique serait d’environ dix centimètres d’ici à 2100. En 2200, elle dépasserait un mètre.

Il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit ici que de l’élévation du niveau de la mer causée par la fonte de l’Antarctique. La calotte glaciaire du Groenland et l’expansion thermique de l’eau de mer due au réchauffement des océans contribueront également à l’élévation du niveau de la mer. Les estimations actuelles suggèrent qu’au total, l’élévation moyenne du niveau de la mer – incluant le Groenland et l’expansion thermique – serait comprise entre 30 centimètres et 60 centimètres d’ici à 2100 dans le même scénario.

Deux cartes de la Terre montrant des niveaux de hausse du niveau de la mer différents
Les modèles indiquent la contribution de l’Antarctique à l’élévation du niveau de la mer en 2200, selon un scénario d’émissions moyen (en haut) et élevé (en bas). L’élévation moyenne mondiale du niveau de la mer est en violet. Les zones où le niveau de la mer dépasse la moyenne régionale apparaissent en bleu foncé.
Sadai et coll., 2025

Nous montrons également comment l’élévation du niveau de la mer due à l’Antarctique varie à travers le monde. Dans le scénario d’émissions modérées, nous avons ainsi constaté que la hausse la plus importante du niveau de la mer provenant uniquement de la fonte des glaces antarctiques, jusqu’à 1,5 m d’ici à 2200, se produit dans les bassins océaniques Indien, Pacifique et Atlantique occidental – des régions éloignées de l’Antarctique.

Ces régions abritent de nombreuses populations vivant dans des zones côtières basses, notamment les habitants des îles des Caraïbes, comme la Jamaïque, et du Pacifique central, comme les îles Marshall, qui subissent déjà des impacts néfastes liés à la montée des mers.

Dans un scénario d’émissions élevées, nous avons constaté que l’élévation moyenne du niveau de la mer due à la fonte de l’Antarctique serait beaucoup plus importante : environ 30 centimètres en 2100 et près de 3 mètres en 2200.

Dans ce scénario, une large partie du bassin Pacifique au nord de l’équateur, incluant la Micronésie et Palau, ainsi que le centre du bassin Atlantique, connaîtrait la plus forte élévation du niveau de la mer, jusqu’à 4,3 m d’ici à 2200, uniquement en raison de l’Antarctique.

Bien que ces chiffres puissent sembler alarmants, les émissions actuelles et les projections récentes indiquent que ce scénario d’émissions très élevées est peu probable. Cet exercice montre néanmoins les conséquences graves de fortes émissions et souligne l’importance de les réduire.

Nos conclusions

Ces impacts ont des répercussions sur la justice climatique, en particulier pour les nations insulaires qui ont peu contribué au changement climatique mais subissent déjà les effets dévastateurs de l’élévation du niveau de la mer.

De nombreux États insulaires perdent déjà des terres à cause de la montée des eaux et ont été à l’avant-garde des efforts mondiaux pour limiter le réchauffement. Protéger ces pays et d’autres zones côtières nécessitera de réduire les émissions de gaz à effet de serre plus rapidement que ce à quoi les nations s’engagent aujourd’hui.

The Conversation

Shaina Sadai a reçu des financements de la National Science Foundation et de la Hitz Family Foundation.

Ambarish Karmalkar a reçu des financements de la National Science Foundation.

ref. Face à la fonte des glaces de l’Antarctique, le niveau de la mer n’augmente pas au même rythme partout – https://theconversation.com/face-a-la-fonte-des-glaces-de-lantarctique-le-niveau-de-la-mer-naugmente-pas-au-meme-rythme-partout-270991

Le président de la République, l’ingénieur de Stellantis et les 19 000 euros

Source: The Conversation – France (in French) – By Elise Penalva-Icher, Professeure des universités en sociologie, Université Paris Dauphine – PSL

Ces dernières semaines, l’ancien PDG de Stellantis, Carlos Tavares, a eu une forte présence médiatique à l’occasion de la promotion de son livre. Une de ses déclarations a fortement fait réagir. Selon lui, le président de la République gagnerait autant qu’un ingénieur de Stellantis, soit 19 000 euros par mois. Cela est faux. Mais au-delà du fact checking, quelle analyse pouvons-nous proposer de cette déclaration et plus largement du rapport des dirigeants aux rémunérations ?


En cet automne 2025, Carlos Tavares, ancien PDG de Stellantis à la réputation de cost killer, est en pleine promotion de son livre autobiographique, Un pilote dans la tempête (Plon). À l’écouter, ces confessions ne relèvent guère d’un exercice d’autocritique, mais plutôt d’une réhabilitation de sa personne et de son action à la tête d’un groupe pourtant aujourd’hui dans la tourmente boursière, et, confronté au scandale des airbags défectueux.

Carlos Tavares souhaite livrer sa vérité, « son éthique » comme il le dit lui-même. Il s’agit d’une belle occasion de comprendre sa rationalité en tant qu’acteur économique. Et disons-le sans suspense, celle de l’ancien PDG appartient à la catégorie de la rationalité en finalité, qui repose sur un calcul coût-bénéfice effectué dans le cadre d’une relation marchande contractuelle.

Dans son discours, on ne trouve pas de valeur ou de sens – hors du marché. Au mieux, tolère-t-il de rester dans un cadre légal, quand il répond aux journalistes que si ses rémunérations choquent, le Parlement n’a qu’à voter une nouvelle loi pour les encadrer. Mais de quoi parle-t-il et pourquoi la question de ses émoluments, comme ceux de ses comparses, déborde sa personne et peut être analysée comme un sujet central dans nos sociétés ?

Un ingénieur payé 19 000 euros. Vraiment ?

Rappelons d’abord les faits. Carlos Tavares a affirmé qu’avec environ 19 000 euros brut par mois, le salaire d’Emmanuel Macron équivalait « à peu près, [au] salaire d’un bon ingénieur de Stellantis avec entre cinq et dix ans d’expérience ».

Est-ce vrai ? Aujourd’hui, les exercices de debunkage de fake news sont bien rodés. Assez rapidement, ce chiffre a été mis en cause par de nombreux articles du Figaro à BFM en passant par la Revue automobile.




À lire aussi :
Les écarts de salaires stimulent-ils vraiment les individus au travail ?


Les syndicats de Stellantis ont également rétabli les faits. Un communiqué du syndicat des cadres CFE-CGC dénonce des propos « totalement erronés », et précise :

« Le salaire moyen d’un ingénieur chez Stellantis, avec cinq à dix ans d’expérience, se situe entre 4 000 et 6 000 euros brut par mois, primes comprises, selon les données internes fiables de l’entreprise. »

Cela peut heurter qu’un PDG méconnaisse autant l’échelle de rémunération de son entreprise, le conduisant à une représentation de la stratification sociale totalement biaisée, surtout quand sa propre rémunération fait débat. Et ce n’est pas un quidam qui le dit, mais un investisseur : Allianz Global Investors a voté contre les 23 millions de rémunérations proposés au vote des actionnaires réunis lors de l’assemblée générale du groupe en avril 2025.

Des rémunérations de plus en plus complexes

On relèvera également que son bonus de départ de 10 millions n’a pas été versé, contrairement à d’autres dispositifs de rémunérations variables. Cela révèle à quel point, aujourd’hui, les rémunérations sont devenues complexes et individualisées, composées d’un salaire fixe, mais aussi de bonus, de participation, d’intéressement… Trop hétérogènes pour être circonscrites uniquement à la contrepartie du contrat de travail, elles débordent de la fiche de paie et témoignent de l’inscription du salarié dans le collectif que constitue son entreprise. Elles sont le signe d’un contrat social.

Et c’est pourquoi ces sommes peuvent choquer, quand elles deviennent si inexactes, comme dans le cas de l’ingénieur Stellantis, ou astronomiques pour celles des PDG. Pas tant pour leur non-véracité, mais surtout parce qu’elles révèlent le désajustement de Carlos Tavares à sa propre entreprise et à son contrat social.

Un entre-soi dangereux

Et Carlos Tavares n’est pas le premier PDG à buter sur la question de ses rémunérations. Avant lui, toujours dans le secteur automobile, Carlos Ghosn avait connu de premiers déboires quand sa rémunération n’avait pas été votée en assemblée générale d’actionnaires lors de la première année d’application de la loi Sapin 2. Heureusement pour lui, à l’époque, ce vote n’avait qu’une valeur consultative.

Rappelons aussi que Patrick Pouyanné, PDG de TotalÉnergies, a vécu un bad buzz lorsqu’il a communiqué à propos de sa rémunération sur les réseaux sociaux, qui en réaction s’étaient enflammés pour critiquer les écarts stratosphériques entre ses émoluments et le salaire moyen dans son entreprise. Il avait alors tenté une défense en se comparant à ses pairs des grands groupes pétroliers mondiaux, révélant être le moins bien rémunéré d’entre eux.

Capture d’écran du compte X de Patrick Pouyanné


Twitter

« In or out »

On relève ici un contraste. L’opinion publique comme la loi, qui oblige aujourd’hui à communiquer des indicateurs d’écarts de salaires, posent les termes de la comparaison à l’intérieur de l’entreprise. Nos PDG, eux, en sortent pour s’inscrire dans une petite élite mondialisée. Ces justifications témoignent d’une position des PDG évoluant partiellement hors de l’entreprise qui pourtant les mandate. Est-ce un signe supplémentaire de la rupture du contrat social ?

Un autre argument apporté par Carlos Tavares pour justifier sa rémunération repose sur les risques encourus par les patrons, un discours dans la filiation de la figure de l’entrepreneur. L’argument peut être questionné, car pourquoi, pendant le Covid, la prise de risque effective des salariés de première ligne a-t-elle été récompensée par une faible prime ? La prise de risque, certes non financier mais qui n’en est pas moins important dans le cas du Covid, n’est pas rémunérée de la même façon selon la position.

LCI 2025.

Si le risque n’est plus l’apanage des entrepreneurs, quelle justification apporter pour faire accepter de tels écarts ? Car sans un consensus sur le sens à donner aux écarts salariaux, ils deviennent des inégalités… et les inégalités peuvent devenir des injustices et des sources de révolte.

Quelle est la situation générale en France ? L’échelle de l’Observatoire des inégalités nous précise que le niveau de vie médian est à 2 147 euros. Le rapport d’Oxfam note que le PDG de Téléperformance gagne 1 484 fois plus que le salaire moyen de son entreprise.

Ces montants offrent un ordre de grandeur et posent la question de comment faire tenir ensemble des salariés dans un collectif où les écarts seraient si importants qu’ils dépasseraient les limites de l’entendement. Cela tient au sens qui manque au discours de notre ancien PDG pour à la fois devenir socialement acceptable, voire responsable, mais surtout emporter l’adhésion des salariés comme de ses actionnaires. Peut-on faire corps avec une échelle de mesure si dilatée ?

The Conversation

Elise Penalva-Icher a reçu des financements du département recherches et études de l’APEC (rapport paru en 2016) et de l’ANR : projet ProVirCap sur les professionnel.les du capitalisme vertueux https://provircap.hypotheses.org/

ref. Le président de la République, l’ingénieur de Stellantis et les 19 000 euros – https://theconversation.com/le-president-de-la-republique-lingenieur-de-stellantis-et-les-19-000-euros-270305

Fabriquer du cartilage humain… à partir de pommes

Source: The Conversation – in French – By Karim Boumédiene, Professeur de biochimie et biologie moléculaire, ingénierie tissulaire, Université de Caen Normandie

Aussi surprenant que cela puisse paraître, on peut se servir de pommes pour fabriquer du cartilage humain en laboratoire. Priscilla Du Preez/Unsplash, CC BY

Certaines pathologies induisent une perte de tissus comme du cartilage. Il y a donc un réel besoin de greffons. Et si la solution était de cultiver ce cartilage en laboratoire, à partir des propres cellules du patient (et en se servant de pommes) ?


Le laboratoire Bioconnect de l’Université de Caen Normandie, que je dirige avec le Pr Catherine Baugé, vient de publier un article dans la revue de référence Journal of Biological Engineering. Dans cette étude, nous avons utilisé des pommes décellularisées comme biomatériau, combinées avec des cellules souches humaines pour reconstruire du cartilage in vitro (c’est-à-dire dans des boîtes de culture).

Cette approche de confection de tissus fait partie d’une discipline appelée l’ingénierie tissulaire. Elle vise à reconstruire des tissus humains en laboratoire dans le but de les utiliser comme des greffons pour combler des pertes tissulaires.

Cela consiste à implanter des cellules du patient dans des biomatériaux et à incuber l’ensemble dans des conditions adéquates pour former les tissus désirés, tels que l’os, le muscle ou le cartilage par exemple.

De nombreuses pathologies ou traumatismes induisent une altération ou perte des tissus nécessitant une reconstruction. Cela concerne des maladies dégénératives, dans lesquelles les tissus finissent par disparaître (arthrose pour la cartilage, ostéoporose pour l’os par exemple). Il y a donc un besoin important de greffons. Cependant, obtenir des tissus sains implantables est un véritable challenge pour les chirurgiens, devant la rareté ou la compatibilité des donneurs.

Afin de s’en affranchir, l’ingénierie tissulaire se révèle être une stratégie efficace. De plus, lorsque c’est possible, les propres cellules du patient sont ensemencées sur le biomatériau pour reconstruire le tissu endommagé, ce qui évite les risques de rejet immunologique.

La pomme est un excellent échafaudage

Si les chercheurs sont capables de multiplier facilement des cellules en laboratoire dans des boîtes de culture, elles ne s’organisent pas spontanément pour former des tissus et il est nécessaire de les combiner à des biomatériaux. Ces derniers sont utilisés pour jouer le rôle de support et d’échafaudage aux cellules, afin de leur permettre de former un tissu sous forme de volume et, ainsi, faciliter la reconstruction tissulaire.

Il est notamment possible d’utiliser directement des tissus ou organes humains après les avoir « décellularisés », c’est-à-dire débarrassés de leurs cellules. La structure résultante peut alors être ensemencée avec d’autres cellules, généralement saines. Cette stratégie a cependant une limite importante puisqu’il faut disposer de suffisamment de tissus au départ. Depuis une dizaine d’années, des tissus végétaux décellularisés peuvent servir de support pour la reconstruction.

Protocole de préparation des tissus cartilagineux à partir de cellules souches et de pommes décellularisées.
Fourni par l’auteur

Plusieurs approches ont déjà été réalisées dans notre laboratoire ainsi que d’autres, avec plusieurs types de biomatériaux, mais ici, c’est une première mondiale de reconstruction de cartilage avec un support végétal.

L’idée a émergé il y a quelques années, à la suite de la parution d’un article scientifique d’une équipe canadienne qui a montré que la pomme décellularisée était compatible avec la culture de cellules de mammifères. Aussitôt, nous avons pensé à l’appliquer pour construire du cartilage dont nous sommes spécialistes. Il y a plusieurs avantages à l’utilisation de tels supports issus du règne végétal : disponibilité quasi illimitée, prix très faible, biocompatibilité déjà validée in vivo, possibilité de sculpter le matériau à volonté pour épouser la forme du tissu désiré.

De multiples idées d’applications

Il s’agit là d’un premier pas dans l’utilisation des tissus provenant des plantes pour la reconstruction de tissus humains, même si cela doit être validé par des expériences supplémentaires, d’abord précliniques sur l’animal puis cliniques sur l’humain, pour évaluer le comportement de ces tissus sur le long terme et le bénéfice pour les patients. Les applications pourraient être nombreuses : réparation du cartilage articulaire (après microtraumatismes ou arthrose), reconstruction du cartilage nasal (après un traumatisme, un cancer), ou même auriculaire.

Ainsi, notre étude représente une ouverture importante dans le domaine de l’ingénierie tissulaire pour confectionner des greffons pour la chirurgie reconstructrice, mais également pour limiter le recours aux animaux d’expérimentation. En effet, les tissus ainsi construits en laboratoire peuvent aussi avantageusement être employés pour modéliser plus efficacement les maladies in vitro et tester des traitements dans des modèles dits « organoïdes », permettant ainsi de réduire voire de remplacer les tests in vivo et, par là même, diminuer le recours à l’utilisation de l’expérimentation animale.

Enfin, compte tenu de la très grande diversité dans le règne végétal, il reste aussi à explorer cet énorme potentiel pour notamment déterminer quelle plante (ou quelle partie de plante) pourrait convenir le mieux à la reconstruction de tel ou tel tissu. D’autres végétaux sont d’ores et déjà en cours d’investigation, comme le céleri par exemple.

The Conversation

Karim Boumédiene a reçu des financements de la Fondation des gueules cassées, de la Région Normandie et de l’Université de Caen Normandie.

ref. Fabriquer du cartilage humain… à partir de pommes – https://theconversation.com/fabriquer-du-cartilage-humain-a-partir-de-pommes-267914

AFM-Téléthon : comment les patients et leur proches ont révolutionné la recherche médicale

Source: The Conversation – in French – By Marie-Georges Fayn, Chercheuse associée, Université de Tours

Le Téléthon 2025 se tiendra les 5 et 6 décembre 2025. Née grâce à la détermination de parents d’enfants atteints de myopathie, l’association a su transformer l’épreuve de la maladie en une force génératrice d’entraide, de progrès scientifique et d’innovation sociale. Retour sur les raisons de ce succès, à la lumière des théories de l’empowerment.


Lorsqu’est créée, en 1958, l’Association française pour la myopathie (AFM), scientifiques et médecins n’ont que très peu de connaissances sur la maladie. Soutenue par une poignée de parents de patients, sa fondatrice Yolaine de Kepper, elle-même mère de quatre enfants atteints de myopathie de Duchenne, n’accepte pas la fatalité.

Elle décide de fonder une structure pour faire connaître (et reconnaître) cette maladie, avec l’ambition de parvenir un jour à guérir les malades, dont la majorité mourait avant d’atteindre l’âge adulte. Les statuts initialement enregistrés au Journal officiel précisaient alors que l’objet de l’AFM était « [le] recensement des myopathes en France et en Belgique, [l’]obtention pour les malades atteints de myopathie des avantages du régime “longue durée” ; [la] création d’un centre spécialisé social et médical ».

Un peu moins de soixante-dix ans plus tard, devenue Association française contre les myopathies puis AFM-Téléthon, cette structure est un actrice incontournable de la recherche biomédicale, dont l’influence et l’expertise s’étendent bien au-delà de son périmètre initial.

L’analyse croisée des rapports institutionnels de l’association ainsi que de publications scientifiques ou issues de la société civile permet de mieux comprendre comment ce succès s’est construit, grâce à l’empowerment collectif.

De la révolte des familles à la naissance d’un mouvement

Sur son site Internet,l’AFM-Téléthon revendique un réseau de 68 délégations s’appuyant sur plus de 850 bénévoles afin d’accompagner quotidiennement les malades et leurs proches.

Le refus de la fatalité, la solidarité, la quête de solutions sont les valeurs fondatrices de ce collectif. En devenant membres de l’AFM, les parents sortent de leur isolement, s’entraident et mutualisent leurs expériences. Au fil du temps les réunions informelles se sont structurées ; l’association dispose aujourd’hui d’importants moyens d’accueil et d’information : groupes de paroles, lignes d’écoute, forums…

Le rapprochement de familles confrontées aux mêmes maux a permis de faire émerger une prise de conscience, une identité partagée, des liens de solidarité, un savoir et un pouvoir collectifs offrant une illustration concrète de l’empowerment communautaire. Ce terme d’empowerment est difficile à traduire en français, car il n’existe pas réellement d’équivalent capable de restituer à la fois sa dimension individuelle et sa dynamique collective, évolutive et transformative (même si des essais ont été tentés, tels qu’« empouvoirement », « pouvoir d’agir » ou « encapacitation », notamment).

Quand les patients deviennent partenaires de la recherche

Au début des années 1980, l’AFM réalise qu’aider ne suffit pas : il faut chercher à guérir. En 1981, elle crée son premier conseil scientifique, posant les bases d’une alliance entre familles, chercheurs et médecins. En 1982, sous la présidence de Bernard Barataud, elle adopte une devise ambitieuse, « Refuser, résister, guérir ».

Mais pour atteindre cet objectif, l’association a besoin d’argent, de beaucoup d’argent. En 1987, inspirée par le Jerry Lewis Show, l’AFM lance le Téléthon avec France 2. Un marathon de trente heures d’émission en direct qui mobilisent tout un pays : 180 millions de francs (soit l’équivalent de 27 millions d’euros) sont collectés dès la première édition. C’est un tournant historique – la société civile devient co-actrice de la recherche médicale.

L’association investit dans des laboratoires et des instituts (voir tableau plus bas) et les découvertes scientifiques majeures s’enchaînent :

Dans son rapport annuel et financier 2024, l’association revendique plus de 40 essais cliniques en cours ou en préparation pour 33 maladies différentes (muscle, peau, cœur, vision, foie…).

Ce contexte a permis à Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’AFM, de déclarer lors du Téléthon 2024 :

« Aujourd’hui, nous avons des résultats concrets. C’est une révolution médicale collective. »

L’accompagnement au plus près des familles

Parallèlement au progrès scientifique, l’association poursuit sa mobilisation en faveur du soutien aux malades dans leur vie quotidienne en concevant un maillage au plus près des familles. L’AFM-Téléthon se prévaut de 120 référents parcours de santé qui interviennent non seulement à domicile, mais aussi à l’école et en entreprise, afin d’accompagner chaque étape du parcours de vie : diagnostic, scolarisation, emploi, démarches administratives.

Vecteurs d’empowerment individuel, ces professionnels favorisent l’expression des besoins, la prise d’autonomie et la construction de projets de vie adaptés à chaque situation. Leur accompagnement sur mesure aide les personnes à faire valoir leurs droits, à renforcer leur capacité d’agir et à devenir acteurs de leur parcours.

Ces dispositifs placent les personnes concernées au cœur des décisions qui les affectent. Des groupes d’intérêt par pathologie sont aussi constitués (Myopathies de Duchenne et de Becker, Amyotrophies spinales, Myasthénie, Dystrophie myotonique de Steinert, Dystrophie facio-scapulo-humérale, Maladies neuromusculaires non diagnostiquées, Myopathies inflammatoires, Myopathies des ceintures). Ils réunissent des personnes ayant développé une expertise approfondie de leur maladie. Ensemble, ils mobilisent leur intelligence collective pour co-produire des connaissances et développer les filières de santé ainsi que la recherche.

Mobilisant son énergie et ses ressources autour de deux stratégies complémentaires, l’AFM-Téléthon inscrit donc ses actions dans un empowerment collaboratif d’envergure : un axe scientifique, associant les familles à la production de connaissances fondamentales et au développement de programmes expérimentaux, et un axe social, fondé sur l’accompagnent à l’autonomie avec la co-conception de services (ouverture d’une ligne téléphonique « accueil familles » – 0 800 35 36 37 – accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, création de lieux de répit) et de dispositifs de soutien en proximité (visites à domicile par les référents de parcours santé cités précédemment, cellule d’aide psychologique durant la pandémie).

De la science à la société

L’AFM-Téléthon porte une vision ambitieuse et volontariste de la santé. Ses plaidoyers inspirent les plans nationaux sur les maladies rares et promeuvent une recherche simplifiée, mieux financée et tournée vers l’innovation.

Ainsi, le programme de dépistage néonatal comprend désormais celui de l’amyotrophie spinale infantile (SMA) chez les nouveau-nés. Il s’agit d’une extension nationale du projet Depisma porté par l’AFM-Téléthon (le projet Depisma, projet-pilote de dépistage génétique à la naissance a été déployé par l’AFM-Téléthon dans les régions Nouvelle-Aquitaine et Grand-Est ; lancé en janvier 2023, il a permis de dépister la maladie sur quatre bébés et de la traiter).

Mais son influence dépasse largement le champ sanitaire : ses trente heures d’antenne et les milliers d’événements organisés dans plus de 15 000 communes ne sont pas seulement des temps de collecte : ils constituent un levier de transformation sociale. En offrant une tribune aux malades et à leurs proches, l’association a rendu visibles celles et ceux que la société tenait à distance.

L’association s’inscrit dans une tradition d’action axée sur la solidarité, l’accompagnement des familles et le soutien à la recherche, écartant toute prise de position partisane. Cette orientation stratégique lui permet de concentrer ses ressources sur son obligation de résultat (sauver la vie des enfants).

Par ailleurs, elle met son expertise scientifique et organisationnelle au service d’autres associations, notamment pour le développement de biomarqueurs, la structuration des filières ou la réponse à des appels d’offres. L’exemple de l’AFM-Téléthon illustre la manière dont un acteur majeur peut contribuer à renforcer un empowerment collectif, sans nécessairement investir le registre politique au sens strict comme ont choisi de le faire d’autres mouvements.


L’empowerment des patients. La révolution douce en santé, Presses de l’EHESP, octobre 2025.
DR

Pour approfondir :

The Conversation

Marie-Georges Fayn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. AFM-Téléthon : comment les patients et leur proches ont révolutionné la recherche médicale – https://theconversation.com/afm-telethon-comment-les-patients-et-leur-proches-ont-revolutionne-la-recherche-medicale-268463

The housing crisis is forcing Americans to choose between affordability and safety

Source: The Conversation – USA (2) – By Ivis García, Associate Professor of Landscape Architecture and Urban Planning, Texas A&M University

Picture this: You’re looking to buy a place to live, and you have two options.

Option A is a beautiful home in California near good schools and job opportunities. But it goes for nearly a million dollars – the median California home sells for US$906,500 – and you’d be paying a mortgage that’s risen 82% since January 2020.

Option B is a similar home in Texas, where the median home costs less than half as much: just $353,700. The catch? Option B sits in an area with significant hurricane and flood risk.

As a professor of urban planning, I know this isn’t just a hypothetical scenario. It’s the impossible choice millions of Americans face every day as the U.S. housing crisis collides with climate change. And we’re not handling it well.

The numbers tell the story

The migration patterns are stark. Take California, which lost 239,575 residents in 2024 – the largest out-migration of any state. High housing costs are a primary driver: The median home price in California is more than double the national median.

Where are these displaced residents going? Many are heading to southern and western states like Florida and Texas. Texas, which is the top destination for former California residents, saw a net gain of 85,267 people in 2024, much of it from domestic migration. These newcomers are drawn primarily by more affordable housing markets.

Housing costs are the main driver of the California exodus, the Los Angeles Times notes.

This isn’t simply people chasing lower taxes. It’s a housing affordability crisis in motion. The annual household income needed to qualify for a mortgage on a mid-tier California home was about $237,000 in June 2025, a recent analysis found – over twice the state’s median household income.

Over 21 million renter households nationwide spent more than 30% of their income on housing costs in 2023, according to the U.S. Census Bureau. For them and others struggling to get by, the financial math is simple, even if the risk calculation isn’t.

I find this troubling. In essence, the U.S. is creating a system where your income determines your exposure to climate disasters. When housing becomes unaffordable in safer areas, the only available and affordable property is often in riskier locations – low-lying areas at flood risk in Houston and coastal Texas, or higher-wildfire-risk areas as California cities expand into fire-prone foothills and canyons.

Climate risk becomes part of the equation

The destinations drawing newcomers aren’t exactly safe havens. Research shows that America’s high-fire-risk counties saw 63,365 more people move in than out in 2023, much of that flowing to Texas. Meanwhile, my own research and other studies of post-disaster recovery have shown how the most vulnerable communities – low-income residents, people of color, renters – face the greatest barriers to rebuilding after disasters strike.

Consider the insurance crisis brewing in these destination states. Dozens of insurers in Florida, Louisiana, Texas and beyond have collapsed in recent years, unable to sustain the mounting claims from increasingly frequent and severe disasters like wildfires and hurricanes. Economists Benjamin Keys and Philip Mulder, who study climate change impacts on real estate, describe the insurance markets in some high-risk areas as “broken”. Between 2018 and 2023, insurers canceled nearly 2 million homeowner policies nationwide – four times the historically typical rate.

Yet people keep moving into risky areas. For example, recent research shows that people have been moving toward areas most at risk of wildfires, even holding wealth and other factors constant. The wild beauty of fire-prone areas may be part of the attraction, but so is housing availability and cost.

The policy failures behind the false choice

In my view, this isn’t really about individual choice – it’s about policy failure. The state of California aims to build 2.5 million new homes by 2030, which would require adding more than 350,000 units annually. Yet in 2024, the state only added about 100,000 – falling dramatically short of what’s needed. When local governments restrict housing development through exclusionary zoning, they’re effectively pricing out working families and pushing them toward risk.

My research on disaster recovery has consistently shown how housing policies intersect with climate vulnerability. Communities with limited housing options before disasters become even more constrained afterward. People can’t “choose” resilience if resilient places won’t let them build affordable housing.

The federal government started recognizing this connection – to an extent. For example, in 2023, the Federal Emergency Management Agency encouraged communities to consider “social vulnerability” in disaster planning, in addition to things like geographic risk. Social vulnerability refers to socioeconomic factors like poverty, lack of transportation or language barriers that make it harder for communities to deal with disasters.

However, the agency more recently stepped back from that move – just as the 2025 hurricane season began.

In my view, when a society forces people to choose between paying for housing and staying safe, that society has failed. Housing should be a right, not a risk calculation.

But until decision-makers address the underlying policies that create housing scarcity in safe areas and fail to protect people in vulnerable ones, climate change will continue to reshape who gets to live where – and who gets left behind when the next disaster strikes.

The Conversation

Dr. Ivis García has received funding from the National Science Foundation; the U.S. Department of Housing and Urban Development; the U.S. Department of Transportation’s National Institute for Transportation and Communities; the Centers for Disease Control and Prevention; the Environmental Protection Agency; the National Academies of Sciences, Engineering and Medicine; JPB Foundation; Ford Foundation, Pritzker Traubert Foundation; Chicago Community Trust, SBAN, Texas Appleseed, Fundación Comunitaria de Puerto Rico, Urban Institute & UNIDOS, and Natural Hazards Center.

ref. The housing crisis is forcing Americans to choose between affordability and safety – https://theconversation.com/the-housing-crisis-is-forcing-americans-to-choose-between-affordability-and-safety-266136