Statut de l’élu local : ce que change la nouvelle loi

Source: The Conversation – France in French (3) – By Arnaud Haquet, Professeur de droit public, Université de Rouen Normandie

Promis depuis plus de quarante ans, le « statut de l’élu local » a vu le jour, ce lundi 8 décembre. Très attendue par les élus, cette loi révèle pourtant un paradoxe : comment donner un statut à une fonction dont les contours restent flous et dont les conditions d’exercice sont profondément inégales ? À travers ce texte se révèle le profond malaise de l’engagement politique local.


Les élus locaux disposent désormais d’un « statut ». Une proposition de loi a été approuvée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et au Sénat en première lecture – un tel consensus, dépassant les clivages politiques, demeure suffisamment rare pour être souligné. En seconde lecture, les députés ont validé, le lundi 8 décembre, le texte tel qu’amendé par le Sénat. Les nouvelles dispositions devraient entrer en vigueur avant les élections municipales de mars 2026.

Une très longue attente

Les élus des collectivités territoriales (communes, départements et régions) réclament depuis longtemps ce statut, qui a leur a été promis par le législateur depuis le début des années 1980. Lors du lancement de la décentralisation, le législateur s’était engagé à créer ce « statut ». L’article 1er de la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions prévoyait que des « lois détermineront […] le statut des élus ». Mais le législateur n’a jamais réalisé cet engagement.

Les élus locaux sont ainsi restés dans l’attente d’un statut qui s’est au fil du temps chargé d’une dimension idéalisée. Elle a nourri l’espoir que l’adoption de ce statut améliorerait leur situation.

L’adoption prochaine d’un statut de l’élu local pose néanmoins la question de sa définition. À vrai dire, cette question aurait dû être posée depuis longtemps. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, les nombreux rapports qui ont été publiés sur le sujet n’ont jamais défini le statut de l’élu local. Ils ont exprimé le besoin d’un statut sans le définir.

Qu’est-ce qu’un statut ?

La définition courante d’un statut renvoie à un texte qui précise les droits et obligations des membres d’une communauté, souvent professionnelle, en fonction des missions qui leur sont confiées. Il fixe également les conditions d’accès à ces fonctions. Il existe ainsi un statut des fonctionnaires dans le code général de la fonction publique ou celui du salarié dans le Code du travail.

Dès lors, s’il n’existe pas de statut des élus locaux, l’on devrait supposer qu’aucun texte ne précise les droits et obligations des élus des collectivités territoriales. Mais est-ce le cas ?

Un statut déjà constitué

Curieusement, non. Les droits et obligations sont déjà fixés par le Code général des collectivités territoriales (CGCT).

  • Des droits

Le titre II du CGCT, consacré aux « garanties accordées aux élus locaux », énumère les droits dont ils bénéficient. Parmi eux figurent une indemnité de fonction, variable selon la taille de la collectivité et la nature des responsabilités ; une protection sociale et un dispositif de retraite ; des autorisations d’absence et des crédits d’heures permettant de quitter son entreprise pour l’exercice du mandat ; une possibilité de suspendre son contrat de travail avec droit à réintégration ; un droit à la formation, tant pour exercer son mandat que pour préparer son retour à l’emploi, etc. Tous ces droits ont été progressivement introduits dans le CGCT par le législateur.

  • Des devoirs

De même, des obligations des élus figurent dans plusieurs codes (et notamment dans le Code pénal). Depuis 2015, elles sont également résumées dans la « charte de l’élu local », inscrite à l’article L. 1111-1-1 du CGCT. Elle rappelle que l’élu doit exercer ses fonctions « avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité », poursuivre « le seul intérêt général », ou encore prévenir ou faire cesser immédiatement tout conflit d’intérêts ». Cette charte doit être lue par le maire, ou le président de la collectivité, à l’intention de tous les élus lors de l’installation du nouveau conseil (municipal, départemental ou régional).

Les conditions d’accès aux mandats locaux sont, quant à elles, définies principalement par le code électoral.

Dès lors, si tous les éléments constitutifs d’un statut figurent déjà dans le CGCT, pourquoi le législateur s’apprête-t-il à instaurer formellement ce statut ? Et pourquoi les élus s’en félicitent-ils ?

Une réponse au malaise de l’élu local

Investi d’une portée symbolique, idéalisé et élevé au rang d’enjeu majeur, l’adoption du statut de l’élu local est perçue comme une réponse aux préoccupations des élus locaux.

Ils expriment très régulièrement leur lassitude face à des difficultés persistantes. Les collectivités doivent assumer des compétences insuffisamment financées. Les élus dénoncent par ailleurs l’accumulation de normes générant un sentiment d’insécurité juridique. S’y ajoutent, pour les maires et présidents, des inquiétudes liées à leur responsabilité financière ou pénale, ainsi qu’aux violences dont certains se disent victimes.

Ces facteurs pèsent lourdement sur leur moral et contribuent à l’augmentation du nombre de démissions en cours de mandat. Selon un rapport du Sénat, près de 1 500 maires ont démissionné depuis le dernier renouvellement de 2020 (chiffre de février 2024).

Les gouvernements se sont inquiétés de ce malaise. C’est pourquoi la proposition de loi créant un statut de l’élu local a été soutenue dès son dépôt par les Premiers ministres qui se sont succédé durant la procédure législative (Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu, qui a salué l’adoption prochaine du texte lors du Congrès des maires le 20 novembre 2025).

Pourquoi ce nouveau texte est-il qualifié de statut de l’élu local ?

Un argument fréquemment avancé – très discutable – consiste à dire que la reconnaissance de droits et obligations dispersés dans la législation ne suffit pas. Un statut suppose un texte spécifique définissant la nature du mandat et regroupant les droits et les devoirs.

La proposition de loi vient combler cette absence. Elle formalise en effet le statut de l’élu local dans une nouvelle section du CGCT, énumérant de manière générale les principaux droits et obligations des élus locaux (en reprenant la « charte de l’élu local »).

Le texte comporte, par ailleurs, une disposition qui peut sembler relever de l’évidence. Elle précise que « tout mandat local se distingue d’une activité professionnelle et s’exerce dans des conditions qui lui sont propres ». Cette précision n’est pourtant pas anodine parce qu’elle a longtemps été mise en avant pour justifier la difficulté à concevoir un statut de l’élu local.

Une précision révélatrice d’un modèle de statut

La question de savoir si le « métier d’élu » ne pouvait pas être assimilé à une profession a constitué un obstacle à l’adoption d’un statut de l’élu local. Ainsi, la loi no 92-108 du 3 février 1992 relative aux conditions d’exercice des mandats locaux n’a pas utilisé le terme de « statut », mais de « garanties », « pour ne pas accréditer l’idée d’une professionnalisation de l’exercice des mandats locaux » (selon le sénateur Jean-Pierre Sueur).

Le débat sur la professionnalisation concerne surtout les exécutifs locaux (maires et adjoints, présidents et vice-présidents), qui sont de véritables administrateurs de leur collectivité, et sont soumis à ce titre à des régimes de responsabilité pénale et financière exigeants. On peut, en effet, les considérer comme des « managers » qui perçoivent en contrepartie de leur action des indemnités de fonction assimilées à une rémunération (soumises à l’impôt, ainsi qu’à la CSG et à la CRDS). Il peut donc paraître réducteur d’affirmer qu’ils n’exercent pas une forme d’activité professionnelle.

À l’inverse, le terme est peu adapté pour les conseillers sans délégation, dont la participation se limite aux séances du conseil et qui, pour la plupart, ne perçoivent aucune indemnité.

En réaffirmant que le mandat local se distingue d’une activité professionnelle, la proposition de loi renforce l’idée selon laquelle il s’agit d’une activité d’intérêt général exercée, en principe, à titre bénévole, conformément au principe selon lequel « le mandat de maire, d’adjoint ou de conseiller municipal est exercé à titre gratuit » (art. L. 2123-17 CGCT).

Cette affirmation ignore la très grande diversité des situations des élus locaux et des niveaux d’indemnisation. Si le conseiller municipal d’une petite commune ne perçoit rien, le conseiller départemental ou régional a droit à une indemnité mensuelle brute qui varie entre 1 500 euros à 2 700 euros brut selon la taille de la collectivité (CGCT, art. 3123-16 et art. 4135-16). De même, si le maire d’une petite commune ne peut recevoir plus de 1 000 € brut, les maires d’une ville, d’un président de département ou de région peuvent recevoir 5 600 € brut (CGCT, art. L. 2123-23 ; art. 3123-17 ; art. L. 4135-17) avec des possibilités de majoration de l’indemnité.

Il existe donc une forte disparité entre, d’une part, les élus qui ne peuvent assumer leur mandat qu’en exerçant une activité professionnelle ou en étant à la retraite et, d’autre part, ceux qui peuvent s’y consacrer pleinement.

La loi créant un statut de l’élu local est-elle symbolique ?

Cette loi est largement symbolique, parce que, tout bien considéré, elle officialise un statut qui existait déjà.

Elle apporte certes quelques ajustements. Pour les droits, elle augmente légèrement les indemnités des maires des petites communes. Elle étend aussi la protection fonctionnelle à tous les élus locaux et elle clarifie la notion de conflit d’intérêts en la limitant à la recherche d’un « intérêt privé » (et non à celui d’un « intérêt public »).

Pour les devoirs, elle prévoit l’obligation pour l’élu local de s’engager « à respecter les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité ainsi que les lois et les symboles de la République ». Cette disposition peut surprendre en ce qu’elle traduit une forme de défiance à l’égard de certains élus, que le législateur semble juger insuffisamment attachés aux principes républicains. Une telle obligation n’est en effet prévue pour aucune autre catégorie d’élus, qu’il s’agisse des députés, des sénateurs, ou même du président de la République.

Est-ce là le statut tant attendu par les élus locaux ? Leur offrira-t-il la protection et la reconnaissance qu’ils espéraient ? On peut en douter.

The Conversation

Arnaud Haquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Statut de l’élu local : ce que change la nouvelle loi – https://theconversation.com/statut-de-lelu-local-ce-que-change-la-nouvelle-loi-268029

La conversación docente: un superpoder contra el acoso escolar

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

Anton Vierietin / Shutterstock, CC BY

Seguro que alguna vez en la infancia ha pensado o discutido con los amigos sobre cuál sería su superpoder preferido. Los más habituales son volar, ser invisible, teletransportarse o, ahora que Stranger Things vuelve a estar de moda, esa telequinesis que permite a su protagonista Once lanzar a los malos por los aires con un mero movimiento de brazo. A ningún niño ni adolescente se le ocurriría imaginarse con el superpoder del autocontrol: ser capaces de entender lo que sentimos y gestionarlo de la mejor manera.

Y sin embargo, es un auténtico superpoder: quizá no sirva para salvar al mundo de los planes de un malvado ente diabólico, pero es una de las habilidades más útiles para una vida feliz. En ese ecosistema delicado de convivencia que se establece en las escuelas y las aulas, puede ser la herramienta más eficaz para limitar o erradicar el sufrimiento y los traumas que provoca el acoso escolar. Así nos lo explica Rocío González Suárez, experta en Psicología Educativa, en su artículo Cómo la autorregulación emocional ayuda a afrontar y reducir el acoso escolar.

Si las emociones son complejas de definir y gestionar para un adulto, imaginemos para un niño o adolescente, con un cerebro en desarrollo y muchas menos posibilidades de entender y dominar la frustración, la soledad, la vergüenza, la envidia o el miedo. Esta experta propone una educación emocional desde las etapas más tempranas, con una serie de pautas con eficacia demostrada, para que “las tres figuras clásicas del acoso –víctima, agresor y observador–, diferentes en su papel, pero unidas por una misma necesidad”, aprendan a regular lo que sienten.

Pero no basta con aprender ese “superpoder” de la autorregulación emocional para que el acoso desaparezca. Toda la comunidad educativa, familias y escuelas, se pongan de acuerdo y se aseguren de que niños y niñas se sienten arropados y escuchados cuando acuden a los adultos. Esta es una de las conclusiones de un reciente proyecto en 160 escuelas catalanas, que han monitorizado y evaluado las expertas de la Universitat Oberta de Calaunya Irene Montiel y Patricia Hernández Hidalgo. Nos dejan en su artículo cinco principios básicos a aplicar por directivos, administrativos, docentes y familias.

Además, estas semanas hemos publicado artículos sobre cómo se diferencian el hiperfoco del flujo mental y lo que ocurre en las mentes de niños con altas capacidades, autismo, alta sensibilidad o hiperactividad cuando se concentran tanto en una cosa que pierden el control sobre su atención; cuáles son las cinco claves para que una escuela sea un ligar seguro para sus estudiantes; cómo la realidad virtual o la historia oral pueden hacer la clase de historia más entretenida y motivadora; cómo aprovechar la ‘dieta mediática’ de los adolescentes para trabajar el pensamiento crítico; cómo enseñar vocabulario de manera profunda y sus implicaciones en la comprensión lectora y algunas ideas para usar móviles y tabletas en el aula con valor añadido.

The Conversation

ref. La conversación docente: un superpoder contra el acoso escolar – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-un-superpoder-contra-el-acoso-escolar-271591

Plantes médicinales : valider la tradition, prévenir les risques

Source: The Conversation – in French – By François Chassagne, Chargé de recherche en ethnopharmacologie, Institut de recherche pour le développement (IRD)

À la croisée de l’ethnobotanique et de la pharmacologie, l’ethnopharmacologie étudie et valide des remèdes traditionnels aux quatre coins du monde. Ici, un marché de plantes médicinales au Cambodge. François Chassagne, Fourni par l’auteur

En France, dans les territoires d’outre-mer en particulier, mais aussi ailleurs dans le monde, l’ethnopharmacologie doit faire face à plusieurs enjeux. Les laboratoires spécialisés dans cette discipline sont sollicités pour confirmer, ou non, l’intérêt thérapeutique de remèdes, à base de plantes notamment, utilisés dans les traditions. Mais ils doivent mener ce travail en préservant ces savoirs dans leurs contextes culturels.


Saviez-vous que près d’une plante sur dix dans le monde était utilisée à des fins médicinales ? Certaines ont même donné naissance à des médicaments que nous connaissons tous : l’aspirine, dérivé du saule (Salix alba L.), ou la morphine, isolée du pavot à opium (Papaver somniferum L.).

Au fil des siècles, les remèdes traditionnels, consignés dans des textes comme ceux de la médecine traditionnelle chinoise ou ayurvédique, ou transmis oralement, ont permis de soulager une multitude de maux. Ainsi, en Chine, les tiges de l’éphédra (Ephedra sinica Stapf), contenant de l’éphédrine (un puissant décongestionnant), étaient employées contre le rhume, la toux et l’asthme il y a déjà 5 000 ans. En Europe, les feuilles de digitale (Digitalis purpurea L.), d’où est extraite la digoxine (un cardiotonique), servaient dès le Moyen Âge à traiter les œdèmes.

En Amérique du Sud, l’écorce du quinquina (Cinchona pubescens Vahl.), contenant de la quinine (antipaludique), étaient utilisées par des communautés indigènes pour combattre les fièvres. En Inde, les racines de rauvolfia (Rauvolfia serpentina (L.) Benth. ex Kurz) contenant de la réserpine (antihypertenseur), furent même employées par Mahatma Gandhi pour traiter son hypertension.

Aujourd’hui encore, les plantes médicinales restent très utilisées, notamment dans les régions où l’accès aux médicaments conventionnels est limité. Mais une question demeure : sont-elles toutes réellement efficaces ? Leur action va-t-elle au-delà d’un simple effet placebo ? Et peuvent-elles être dangereuses ?

C’est à ces interrogations que répond l’ethnopharmacologie : une science à la croisée de l’ethnobotanique et de la pharmacologie. Elle vise à étudier les remèdes traditionnels pour en comprendre leurs effets, valider leur usage et prévenir les risques. Elle contribue aussi à préserver et valoriser les savoirs médicinaux issus des cultures du monde.

Un patrimoine mondial… encore peu étudié

Ces études sont d’autant plus cruciales que les plantes occupent encore une place centrale dans la vie quotidienne de nombreuses sociétés. En Afrique subsaharienne, environ 60 % de la population a recours à la médecine traditionnelle. En Asie, ce chiffre avoisine les 50 %. Et en Europe, 35 % de la population française déclare avoir utilisé des plantes médicinales ou d’autres types de médecines non conventionnelles dans les douze derniers mois – l’un des taux les plus élevés du continent !

Cette spécificité française s’explique par un faisceau de facteurs : une culture de résistance à l’autorité (face à la rigidité bureaucratique ou au monopole médical), un héritage rural (valorisation des « simples » de nos campagnes et méfiance envers une médecine jugée trop technologique), mais aussi une ouverture au religieux, au spirituel et au « paranormal » (pèlerinages de Lourdes, magnétisme, voyance…).

Ces chiffres ne reflètent pourtant pas toute la richesse de la phytothérapie française (la phytothérapie correspondant littéralement à l’usage thérapeutique des plantes). Dans les territoires d’outre-mer, les savoirs traditionnels sont particulièrement vivants.

Que ce soit en Nouvelle-Calédonie, où se côtoient traditions kanak, polynésienne, wallisienne, chinoise et vietnamienne, ou en Guyane française, avec les médecines créole, amérindienne, hmong ou noir-marron. Au total, les 13 territoires ultramarins apportent une richesse indéniable à la pharmacopée française. Preuve en est : 75 plantes ultramarines utilisées en Guadeloupe, en Guyane française, à la Martinique et à La Réunion ont récemment été intégrées à la pharmacopée nationale, un document officiel recensant les matières premières autorisées pour la fabrication des médicaments. Parmi elles, le gros thym (Coleus amboinicus Lour.) dont les feuilles sont utilisées pour traiter les rhumatismes, les fièvres ou encore l’asthme dans ces quatre territoires.

Ingrédients et remèdes polynésiens pour prévenir le he’a (un trouble associant désordres génito-urinaires et cutanés).
François Chassagne, Fourni par l’auteur

Mais cela reste l’arbre qui cache la forêt : sur les quelques 610 plantes inscrites à la pharmacopée française, seules quelques-unes proviennent des territoires ultramarins, alors même que les Antilles, la Guyane française et la Nouvelle-Calédonie comptent chacune environ 600 espèces médicinales recensées par la recherche. Plus largement encore, à l’échelle mondiale, seules 16 % des 28 187 plantes médicinales connues figurent aujourd’hui dans une pharmacopée officielle ou un ouvrage réglementaire. Autrement dit, l’immense majorité de ce patrimoine reste à explorer, comprendre et valoriser.

Étudier, valider, protéger

Dans les pharmacopées officielles, chaque plante fait l’objet d’une monographie : un document scientifique qui rassemble son identité botanique, ses composés bioactifs connus, ses données pharmacologiques et toxicologiques ainsi que les usages traditionnels et établis scientifiquement (indications thérapeutiques, posologies, modes d’administration, précautions d’emploi). En somme, une monographie joue à la fois le rôle de carte d’identité et de notice d’emploi de la plante. Validée par des comités d’experts, elle constitue une référence solide pour les professionnels de santé comme pour les autorités sanitaires.

Lorsqu’une plante n’est pas intégrée dans une pharmacopée, son usage reste donc empirique : on peut l’utiliser depuis des siècles, mais sans données claires sur son efficacité, la sécurité ou les risques d’interactions avec d’autres traitements.

Pour avancer vers la création de monographies et mieux intégrer ces plantes aux systèmes de santé, plusieurs outils sont à notre disposition :

  • des enquêtes ethnobotaniques, pour recenser les savoirs traditionnels et décrire les remèdes utilisés ;

  • des tests pharmacologiques, pour comprendre l’effet biologique des plantes et le lien avec leur usage (ex. : une plante utilisée contre les furoncles peut être testée contre le staphylocoque doré) ;

  • des analyses toxicologiques, pour évaluer l’innocuité des plantes, sur cellules humaines ou organismes vivants ;

  • des analyses phytochimiques, pour identifier les molécules actives, grâce à des techniques comme la chromatographie ou la spectrométrie de masse.

Entretien ethnobotanique sur l’île de Huahine (Polynésie française).
François Chassagne, Fourni par l’auteur

Au sein de nos laboratoires PharmaDev à Toulouse (Haute-Garonne) et à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), nous combinons ces approches pour mieux comprendre les plantes et les intégrer, à terme, dans les systèmes de soins. Nous étudions des pharmacopées issues de Mayotte, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, mais aussi du Bénin, du Pérou, du Cambodge ou du Vanuatu.

Tests antibactériens de plantes dans notre laboratoire de microbiologie à Toulouse.
François Chassagne, Fourni par l’auteur

Par exemple, nous avons analysé des remèdes du Pacifique utilisés chez les enfants pour en comprendre les bénéfices thérapeutiques et les risques toxiques. En Nouvelle-Calédonie, les feuilles de niaouli (Melaleuca quinquenervia (Cav.) S.T.Blake) sont couramment utilisées contre les rhumes en automédication. Or, elles contiennent de l’eucalyptol, susceptible de provoquer des convulsions chez les enfants de moins de 36 mois. Il est donc recommandé de ne pas employer ce remède chez les enfants de cet âge et/ou ayant eu des antécédents d’épilepsie ou de convulsions fébriles et, en cas de doute, de se référer à un professionnel de santé (médecin, pharmacien…). D’ailleurs, certains médicaments à base d’huile essentielle de niaouli peuvent, en fonction du dosage, être réservés à l’adulte. C’est précisément pour cela que nous diffusons nos résultats à travers des articles scientifiques, des séminaires et des livrets de vulgarisation, afin que chacun puisse faire un usage éclairé de ces remèdes.

Deux plantes médicinales emblématiques du Pacifique. A : le niaouli (Melaleuca quinquenervia (Cav.) S.T.Blake) en Nouvelle-Calédonie, B : le tiare tahiti (Gardenia tahitensis DC.) en Polynésie française.
François Chassagne, Fourni par l’auteur

Médecine traditionnelle et enjeux de développement durable

En Polynésie française, nous étudions la médecine traditionnelle à travers le développement durable. Plusieurs menaces pèsent aujourd’hui sur ces pratiques : la migration des jeunes, qui fragilise la transmission intergénérationnelle des savoirs ; le changement climatique, qui modifie la répartition des plantes ; ou encore les espèces invasives, qui concurrencent et parfois supplantent les espèces locales.

Or, ces savoirs sont essentiels pour assurer un usage sûr et efficace des plantes médicinales. Sortis de leur contexte ou mal interprétés, ils peuvent conduire à une perte d’efficacité, voire à des intoxications.

Un exemple concret est celui du faux-tabac (Heliotropium arboreum), ou tahinu en tahitien, dont les feuilles sont traditionnellement utilisées dans le traitement de la ciguatera, une intoxication alimentaire liée à la consommation de poissons, en Polynésie et ailleurs dans le Pacifique. Des études scientifiques ont confirmé son activité neuroprotectrice et identifié la molécule responsable : l’acide rosmarinique. Mais une réinterprétation erronée de ces résultats a conduit certaines personnes à utiliser l’huile essentielle de romarin. Or, malgré son nom, cette huile ne contient pas d’acide rosmarinique. Résultat : non seulement le traitement est inefficace, mais il peut même devenir toxique, car les huiles essentielles doivent être manipulées avec une grande précaution.

Cet exemple illustre un double enjeu : la nécessité de préserver les savoirs traditionnels dans leur contexte culturel et celle de les valider scientifiquement pour éviter les dérives.

En ce sens, la médecine traditionnelle est indissociable des objectifs de développement durable : elle offre une approche biologique, sociale, psychologique et spirituelle de la santé, elle permet de maintenir les savoirs intergénérationnels, de valoriser la biodiversité locale et de réduire la dépendance aux médicaments importés.

C’est dans cette perspective que notre programme de recherche s’attache à identifier les menaces, proposer des solutions, par exemple en renforçant les liens intergénérationnels ou en intégrant les connaissances sur les plantes dans le système scolaire, et à valider scientifiquement les plantes les plus utilisées.

The Conversation

François Chassagne a reçu des financements de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche)

ref. Plantes médicinales : valider la tradition, prévenir les risques – https://theconversation.com/plantes-medicinales-valider-la-tradition-prevenir-les-risques-269676

Et si la masturbation pouvait réduire les effets indésirables de la ménopause ?

Source: The Conversation – in French – By Jennifer Power, Principal Research Fellow, Australian Research Centre in Sex, Health and Society, La Trobe University

Selon une nouvelle étude états-unienne, la masturbation pourrait réduire les effets indésirables de la ménopause. Deon Black/Pexels

Une étude récente relayée dans le monde entier suggère que la masturbation pourrait atténuer certains symptômes désagréables chez les femmes en périménopause ou ménopause. Si cette attention médiatique peut surprendre, c’est sans doute parce que la masturbation reste peu évoquée, surtout chez les femmes plus âgées, et apparaît ici comme une stratégie inédite – voire audacieuse – de soulagement. Mais cette pratique peut-elle réellement améliorer les troubles liés à la ménopause ?


Selon une étude qui a suscité l’intérêt des médias dans le monde entier, une femme périménopauée et ménopausée sur dix se masturbe pour adoucir (soulager) les symptômes de la ménopause.

Cette attention s’explique sans doute par le fait que la masturbation est une méthode nouvelle – et peut-être un peu audacieuse – pour soulager les symptômes désagréables de la ménopause, tandis que les femmes, à partir d’un certain âge, sont souvent perçues comme asexuées.

La masturbation soulage-t-elle vraiment les effets indésirables, comme le suggère l’étude publiée dans la revue scientifique américaine Menopause ? Examinons la solidité des preuves.

Les bienfaits de la masturbation pour la santé

L’étude, menée aux États-Unis par des chercheurs du Kinsey Institute de l’Université de l’Indiana – l’un des instituts de recherche les plus reconnus dans le domaine du sexe et des relations –, a été financée par la société de sex-toys Womanizer.

Les chercheurs ont interrogé un échantillon représentatif de 1 178 femmes âgées de 40 à 65 ans, en périménopause et ménopause.

Celles ayant constaté des changements dans leurs règles tout en ayant eu au moins une menstruation durant l’année précédente ont été classées comme périménopausées, tandis que celles n’ayant plus eu de règles depuis un an ou plus ont été classées comme ménopausées.

Environ quatre femmes sur cinq ont déjà pratiqué la masturbation. Parmi elles, environ 20 % ont déclaré qu’elle soulageait leurs symptômes dans une certaine mesure. Chez les femmes en périménopause, les symptômes les plus atténués concernaient les troubles du sommeil et l’irritabilité. Chez un petit nombre de femmes ménopausées, la masturbation semblait surtout aider à réduire les inconforts sexuels, les ballonnements et les mictions douloureuses.

Ces résultats rejoignent ceux d’études antérieures montrant que la masturbation jusqu’à l’orgasme peut aider à réduire l’anxiété et la détresse psychologique, améliorer le sommeil et réduire les inconforts sexuels.

Toutefois, les recherches portant sur les bienfaits de la masturbation – sur la santé, la vie sociale, les relations ou le soulagement des symptômes de la ménopause – restent rares.

Nous ne savons donc pas précisément par quels mécanismes la masturbation pourrait améliorer ces symptômes. Les chercheurs avancent néanmoins que les effets relaxants de l’orgasme et la libération d’endorphines peuvent améliorer l’humeur, favoriser le sommeil et réduire les irritations et les douleurs lors des rapports sexuels. L’afflux sanguin induit par la masturbation au niveau de la zone génitale serait en effet de nature à améliorer les symptômes, à redonner de l’élasticité aux tissus et à réduire la sécheresse vaginale.

Un petit nombre de femmes ont toutefois indiqué que la masturbation avait aggravé leurs symptômes, sans que les raisons ne soient claires.

La masturbation reste stigmatisée

La masturbation n’est généralement plus considérée comme un péché ou un acte dangereux. Mais elle demeure stigmatisée. Les femmes, en particulier, l’associent souvent à quelque chose de honteux et ont tendance à en parler peu. La stigmatisation et l’invisibilité qui l’entourent expliquent qu’elle soit rarement étudiée dans des recherches cliniques.

Il en découle un manque de preuves concernant son efficacité pour soulager les symptômes de la ménopause, surtout en comparaison avec d’autres interventions non médicales, telles que l’activité physique ou la réduction du stress.

L’étude états-unienne montre d’ailleurs que les femmes s’appuient beaucoup plus volontiers sur des stratégies validées scientifiquement – activité physique, alimentation, gestion du stress, que sur la masturbation, même si beaucoup n’avaient probablement jamais envisagé cette dernière comme une option.

La masturbation ne convient pas à tout le monde

La masturbation est gratuite, relativement simple et, pour la plupart des femmes, agréable. Il n’y a donc aucune raison de ne pas la promouvoir comme une stratégie accessible pouvant soulager les symptômes chez certaines femmes. Mais la réalité est plus complexe : certaines rencontrent des obstacles.

Toutes les femmes ne se masturbent pas et ne trouvent pas forcément la pratique plaisante. Près d’une femme sur cinq interrogée dans l’étude américaine n’avait jamais pratiqué la masturbation. Ce chiffre, plus élevé chez les femmes plus âgées et ménopausées, reflète peut-être un changement générationnel dans les attitudes. Certaines participantes évoquaient des réticences morales ou religieuses.

D’autres études ont également montré qu’un nombre significatif de femmes ne se masturbent pas. Il peut y avoir de nombreuses raisons à cela, allant du manque de désir à un manque d’intimité ou de « temps pour soi ». Les femmes plus âgées peuvent rencontrer des obstacles physiques complexes : baisse de libido, mobilité réduite, douleur, etc.

Le silence et la stigmatisation entourant la masturbation rendent également difficile pour les professionnels de santé d’aborder ce sujet. L’étude américaine révèle ainsi que presque toutes les participantes n’avaient jamais parlé de masturbation avec un médecin.

Pourtant, beaucoup se sont montrées ouvertes à l’idée : environ 56 % des femmes en périménopause seraient prêtes à inclure la masturbation à leur routine bien-être si le médecin le leur conseillait.

La masturbation comme nouvelle stratégie

Même s’il n’existe aucune garantie que la masturbation soulagera les symptômes de la ménopause chez toutes les femmes, la proposer comme piste ne présente pas de risque : il s’agit de la pratique sexuelle la plus sûre qui soit.

Nous parlons peu de la masturbation, surtout chez les femmes d’un certain âge. En montrant que la majorité d’entre elles s’y adonnent et que cela peut offrir des effets bénéfiques sur la santé, cette étude représente une contribution. Importante et novatrice.

The Conversation

Jennifer Power a reçu des financements de l’Australian Research Council et du ministère australien de la Santé, du Handicap et du Vieillissement, et a précédemment reçu des financements de ViiV Healthcare et Gilead Sciences pour des projets sans rapport avec ce sujet.

ref. Et si la masturbation pouvait réduire les effets indésirables de la ménopause ? – https://theconversation.com/et-si-la-masturbation-pouvait-reduire-les-effets-indesirables-de-la-menopause-270716

Jane Austen’s happiness was complicated – her last heroine in Persuasion knew why

Source: The Conversation – UK – By Anna Walker, Senior Arts + Culture Editor, The Conversation

Summer Evening on the Southern Beach by Peder Severin Krøyer (1893). Skagens Museum

Jane Austen’s Paper Trail is a podcast from The Conversation celebrating 250 years since the author’s birth. In each episode, we’ll be investigating a different aspect of Austen’s personality by interrogating one of her novels with leading researchers. Along the way, we visit locations important to Austen to uncover a particular aspect of her life and the times she lived in. In episode 6, we explore whether Jane was happy, using her last published novel, Persuasion, as our guide.

Given that happy endings in Jane Austen’s novels chiefly revolve around a love match with the desired hero, some might conclude that as Austen remained a lifelong spinster, happiness must have eluded her. But this groundbreaking writer was a woman who filled her life with meaning through interests, friendships, socialising, travel, and most of all, a purpose.

The Cobb in Lyme Regis
The Cobb in Lyme Regis remains much as Austen would have known it.
Nada Saadaoui, CC BY-SA

Of course Austen had her fair share of worries. This was especially true after her father died, and she, her mother and her sister Cassandra found themselves in much reduced circumstances in less salubrious lodgings in Bath and then Southampton. A life of genteel poverty was leavened by her close relationships with the women in her life, including her good friends Martha Lloyd and Anne Sharp, a fellow writer with whom Austen could discuss the business of writing.

Much like her lovelorn heroine Anne Elliot, Austen had little affection for Bath. She missed the verdant Hampshire countryside of her youth and found the city oppressive, despite its lively social whirl. After eight years she returned to her beloved county when her brother Edward offered his mother and sisters a house on his estate at Chawton.

Here the women settled into a more comfortable life, allowing Austen the space and peace to write. It was at Chawton in 1815 that she wrote her final novel, Persuasion – the story of happiness lost and regained. The world-weary Anne Elliot, whose bloom has withered and is considered past her prime at 27, is still pining for Frederick Wentworth, the man she was persuaded to give up years before, when he re-enters her life as a dashing naval captain.

In the sixth episode of Jane Austen’s Paper Trail, Jane Wright is joined by Nada Saadaoui of the University of Cumbria, whose research examines Austen’s depiction of walking in Romantic-era English landscapes, to answer the question: was Jane happy?

A seaside landscape
Jane Wright and Nada Saadaoui walked in Austen’s footsteps in Lyme Regis.
Jane Wright, CC BY-SA

Austen’s abiding love of walking is reflected in the character of Anne, who finds restoration and renewal in the act. Taking in the sea air at the Cobb in Lyme Regis, the two explore what this coastal Dorset town meant to Austen, and how it inspired the pivotal scene in Persuasion where Anne and Wentworth reignite the spark of their connection.

“In walking and being out of doors, these characters open themselves up to transformation,” says Saadaoui, “and we see, especially for Anne, that this walk along the Cobb becomes a walk back to herself – to her strength, her voice, her true self, and her happiness.”

Painting of Jane Austen with her back to us
A portrait of Austen painted by her sister Cassandra during one of their visits to Lyme Regis.
Wiki Commons

Later on, Anna Walker sits down with two more Austen experts – John Mullan, professor of literature at University College London, and Freya Johnston, professor of English at the University of Oxford – to comb through what clues Persuasion offers about Austen’s own happiness.

Johnston has studied Austen’s remaining letters closely. “Quite often [she] sounds angry. She also sounds quite bitter … but there is also happiness in the letters. Certainly a degree of pride in her achievements as an author and just an enjoyment of writing.”

Mullan believes Austen also derived happiness from her family: “I think if you could beam yourself down to an Austen family gathering, [you’d find that] they were a really rather terrific family. I think that they were open-minded, intelligent, humorous, optimistic people … they valued Jane’s talents and her intelligence and enjoyed hearing her read bits of her writing to them. And I think that that one can’t overestimate how important that must have been to her.”

Listen to episode 6 of Jane Austen’s Paper Trail wherever you get your podcasts. And if you’re craving more Austen, check out our Jane Austen 250 page for more expert articles celebrating the anniversary.

You can also sign up to receive a free Jane Austen 250 ebook from The Conversation, bringing together a collection of our articles celebrating her life and works.

This is the last episode of Jane Austen’s Paper Trail – however we will be running a special Q&A episode in January where you can put your questions to our panel of experts. Please send your questions to podcast@theconversation.com


Disclosure statement

Nada Saadaoui, John Mullan and Freya Johnston do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.


Jane Austen’s Paper Trail is hosted by Anna Walker with reporting from Jane Wright and Naomi Joseph. Senior producer and sound designer is Eloise Stevens and the executive producer is Gemma Ware. Artwork by Alice Mason and Naomi Joseph.

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The Conversation

ref. Jane Austen’s happiness was complicated – her last heroine in Persuasion knew why – https://theconversation.com/jane-austens-happiness-was-complicated-her-last-heroine-in-persuasion-knew-why-270591

Suplemento cultural: 100 años con Carmiña

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Cultura, The Conversation


Este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Decía la historiadora del arte Estrella de Diego en una entrevista que los 80 en Nueva York fueron la “época divertida de la ciudad”. Y esa diversión, esa excitación, esa sobreabundancia de estímulos que le presumimos a la Gran Manzana, también brotan de la obra de Carmen Martín Gaite Visión de Nueva York. Resulta fascinante abrir cualquier página de ese álbum que la autora creó a partir de su estancia norteamericana y sentir en la tripa exactamente lo que ella quería transmitir.

Hay cientos de Carmiñas, porque Carmen Martín Gaite no se acaba nunca. Está la ensayista, la que analizaba el amor, las narraciones y el efecto que tenían en nosotros. Está la reflexiva, la que escribía desde la memoria y relataba de forma individual o coral todo lo que observaba desde su cuarto. Está la expansiva, la que necesitaba imágenes además de palabras para iluminar lo que la hacía sentir el mundo que la rodeaba. Y está, en definitiva, la que desarrolló una forma de ver la realidad desde los ojos de una mujer.

Dicen muchas creadoras hoy en día, desde Siri Hustvedt a Meryl Streep, que las mujeres siempre han estado ahí para recibir las obras hechas por hombres, pero que ellos no nos han extendido la misma cortesía, relegándonos a una sección paralela “para chicas”.

Martín Gaite fue una autora respaldada por la crítica (desde el Premio Café Gijón al Príncipe de Asturias pasando por el Nadal), por el público y por las generaciones que la siguieron y vieron en su insaciable curiosidad, su reflexión constante y su experimentación narrativa una inspiración. Pero al ver quiénes hablan, estudian y escriben mayoritariamente sobre su centenario solo deseo que cada vez más semejante fenómeno literario trascienda géneros y barreras y sea leída por todo el mundo.

El mal no puede ser banal

Me abruma el mal puro. Es un hecho que tengo que combatir todas las mañanas cuando abro el periódico, porque hay gente (no mucha, pero sí muy ruidosa) que encarna el mal en su esencia y que, lamentablemente, está en puestos de responsabilidad.

Sin embargo, la mayor parte de las personas no tiene dentro ese instinto destructivo. El problema suele ser otro: la connivencia, la cobardía, las circunstancias, la mediocridad de pensamiento…

Hannah Arendt, en su obra Einchmann en Jerusalén, analizó los actos de un hombre, un oficial nazi, que no era malo como tal pero que había hecho cosas horribles y a partir de ahí acuñó el concepto de la “banalidad del mal”. Se cumplen 50 años de la muerte de Arendt y lo mejor que podemos hacer para recordarla es considerar en qué situaciones contemporáneas sigue vigente esa banalidad.

¿Resignificar o no resignificar?

El futuro del Valle de Cuelgamuros (antes conocido como el Valle de los Caídos) en la Comunidad de Madrid es un tema que trae cola desde hace años. Porque… ¿qué podemos hacer con un mausoleo creado a mayor gloria de un dictador en el que trabajaron, oprimidos, miles de presos tras la guerra civil española? ¿Qué significado le damos a semejante mamotreto? Y, en consecuencia, ¿cómo planteamos qué hacer con los vestigios monumentales de lugares que nos recuerdan épocas penosas?

Daniel Palacios González no da respuestas exactas, sino que a través de estudios e investigaciones, presenta cuestiones que no podemos olvidar a la hora de valorar la “resignificación” de determinadas localizaciones que no siempre, por su significado primigenio, pueden establecer el diálogo con la actualidad que nos gustaría que mantuvieran.

Una mirada atrás

En estas últimas semanas hemos revisado mucho el pasado y eso siempre ayuda a entender el presente. Empezamos, en un mes centrado en el tema de la dictadura, recordando la relación de amor-odio que Francisco Franco tuvo con las ciudades españolas: no las soportaba porque muchas de ellas se habían declarado republicanas y resistentes al invasor, pero una vez conquistadas las necesitaba para estabilizar su régimen.

Una de esas ciudades oprimidas y después explotadas fue Barcelona, una villa que, en este caso, sí que mantuvo un romance eterno con el Mediterráneo. Serrat le puso poesía a esa pareja pero nosotros repasamos los datos históricos que definieron la identidad marítima de la Ciudad Condal.

Y si algo tampoco se acaba nunca eso es la Escuela de Salamanca, que cumple 500 años en 2026 y que ha dejado un legado imposible de abarcar. El legado de Francisco Suárez, uno de sus grandísimos herederos, tampoco se acaba. Como desglosa Ángel Poncela-González en su texto, Suárez “defendió que la ley no nace de la fuerza, sino de la razón; que la soberanía pertenece al pueblo y que la libertad humana es el fundamento de la justicia”. Hablamos del siglo XVI pero también hablamos de 2025.

Tras este batiburrillo de artículos sobre la importancia de conocer la historia, merece la pena detenerse en este último texto sobre la Antártida, un continente que estamos protegiendo con ahínco y al que, tal vez sin quererlo, puede que le estemos robando su memoria.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: 100 años con Carmiña – https://theconversation.com/suplemento-cultural-100-anos-con-carmina-271355

Guinea-Bissau coup: election uncertainty has triggered military takeovers before

Source: The Conversation – Africa (2) – By Salah Ben Hammou, Postdoctoral Research Associate, Rice University

Guinea-Bissau has had nine attempted coups and five successful ones since its independence in September 1973. Salah Ben Hammou, a researcher with a focus on the politics of military coups, explains that the coup on 26 November 2025 appears to have followed earlier patterns of military intervention. It undermines Guinea-Bissau’s already fragile efforts to stabilise democratic governance.


How does the latest coup fit into Guinea-Bissau’s history of military takeovers?

This latest episode fits into a pattern of electoral coups that the country has experienced in the last two decades. In 2003 and 2012 the armed forces intervened at moments of electoral uncertainty.

The 26 November coup followed the same logic. It came just one day before the electoral commission was due to release the results of the 23 November presidential election, a contest already mired in controversy. Major opposition parties had been barred from running and President Umaro Sissoco Embaló faced accusations of overstaying his mandate. Both candidates claimed victory before any official results were announced.

Given this backdrop, the coup’s timing strongly suggests that the intervention was intended to preempt or nullify one potential outcome: the victory of opposition candidate Fernando Dias da Costa.

Many observers suspect that Embaló may have helped instigate or tacitly approved the military’s move to prevent an opposition victory.

There is still no definitive evidence of Embaló’s role. But incumbents have, in some cases, instigated coups against their own governments to void unfavourable election outcomes or preempt mass unrest. Sudan’s 1958 coup and Bolivia’s 1951 episode are classic examples.

What are the implications of the coup?

The coup undermines Guinea-Bissau’s already fragile efforts to stabilise democratic governance in two key ways.

First, it entrenches the military as the ultimate arbiter of political power, privileging the barracks over the ballot box. Once the armed forces are viewed – by incumbents, opposition forces, or the public – as a legitimate referee in political disputes, incentives shift. Instead of resolving conflicts through elections or courts, political competitors are more likely to seek military intervention when outcomes appear uncertain or unfavourable. This dynamic has long plagued Guinea-Bissau, and the latest coup reinforces it.

Second, and closely related, by effectively vetoing a core democratic process, the coup deepens the institutional backsliding already underway. In the months leading up to the vote, Guinea-Bissau had seen the exclusion of major opposition parties, disputes over term limits, and allegations of presidential overreach. The military’s intervention now entrenches these anti-democratic practices.

Whether or not Embaló played a direct role, the signal is clear: electoral rules and constitutional procedures can be overridden by force when they are inconvenient. The new junta’s reliance on Embaló’s allies to staff the new government further suggests continuity, not rupture, from the previous administration.

Economically, the coup is unlikely to benefit the general population. Nearly 70% live below the poverty line, making it one of the poorest countries in the world. Instability deters foreign investment, disrupts trade and stalls development projects. Even recent gains in the cashew industry, around 5.1% this year, risk being undermined.

What are the regional implications of the coup?

For anyone following developments in west Africa, and the continent more broadly, over the last five years, Guinea-Bissau’s latest coup will come as no great surprise. It joins a growing roster of countries under military rule. Each successful takeover in this so-called coup wave sends a clear signal: such interventions are possible and, in some contexts, tolerated.

Yet the broader impact will hinge on the junta’s next moves. It is not just the initial seizure of power that matters. Jonathan Powell and I have highlighted a pattern in which military rulers now remain in power for long periods compared with coups in the early 2000s. Transitional timelines, like the one-year promise announced by Guinea-Bissau’s junta, are increasingly symbolic rather than binding.

As I noted earlier this year in Foreign Policy, efforts to consolidate power, from delaying elections to manipulating them, also embolden other junta leaders across the region.

Guinea-Bissau’s military leaders are likely to study the strategies of their counterparts in west Africa and adopt them. In turn, the tactics they employ will provide a template for others. This type of learning is what will continue to solidify the return to military rule.

What should Ecowas and the African Union do?

Coups are rarely isolated events; they are usually symptoms of deeper political challenges. In Guinea-Bissau, the environment leading up to the coup, marked by Embaló’s efforts to undermine the electoral process, largely went unchecked. That created conditions that made military intervention more likely.

Regional organisations like Ecowas also face real constraints in addressing these challenges. Embaló threatened to expel Ecowas mediators attempting to negotiate a resolution to the electoral timeline. The same constraints are usually present after coups take hold.

That said, Ecowas and the African Union cannot afford to look away from post-coup developments. Every step the junta takes, whether shaping electoral timelines or managing opposition activity, must be scrutinised.

Both organisations should coordinate a unified diplomatic approach alongside other regional actors to secure clear, credible commitments to free and fair elections. Any attempts to delay the transition, manipulate political competition, or suppress dissent must be met with swift and meaningful consequences.

A key component of this strategy should be a ban on electoral participation for anyone involved in the coup. Existing mechanisms already allow for such measures, but their effectiveness depends on consistent application. Regional organisations have yet to do that.

Without such consistency, coups carry minimal consequences. And those who orchestrate them continue to profit from their actions.

The Conversation

Salah Ben Hammou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Guinea-Bissau coup: election uncertainty has triggered military takeovers before – https://theconversation.com/guinea-bissau-coup-election-uncertainty-has-triggered-military-takeovers-before-271368

Benin’s failed coup: three factors behind the takeover attempt

Source: The Conversation – Africa (2) – By John Joseph Chin, Assistant Teaching Professor of Strategy and Technology, Carnegie Mellon University

Military elements attempted to topple Benin’s government in early December 2025. However, unlike other coups across the Sahel and west Africa since 2020, this bid triggered a military response from Benin’s neighbours.

Benin is a west African state of 14.8 million people bordered by Togo, Burkina Faso, Niger and Nigeria.

Responding to two requests for assistance from the government of President Patrice Talon, Nigeria deployed fighter jets and the Economic Community of West African States (Ecowas) deployed elements of its standby force to target and dislodge the pro-coup forces.

Ecowas intervention likely played an important role in undermining the coup’s momentum and restoring order. The dozen or so putschists scored early tactical successes. They captured and broadcast from the national television station, occupied a military camp, and even took the two senior-most army officers hostage. But once Ecowas intervened militarily, any fence-sitters concluded that loyalists would prevail. Rather than a broad-based uprising, only 14 were arrested with a few plotters still at large.

I’m a scholar who maintains the Colpus dataset of coups and I have documented the history of post-second world war coups. As part of this work, I have sought to document the complex causes and effects of Africa’s post-2020 “epidemic of coups”, now entering its fifth year.

Though details remain scant on the motives of the coup plotters led by Lt. Col. Pascal Tigri, three structural factors likely contributed to the latest coup attempt:

From democratic backsliding to democratic u-turn?

Benin does not have a history of recent coups. It had not suffered a bona fide coup attempt since January 1975.

In the first 15 years after independence from France in 1960, Dahomey (as the country was then called) experienced nine coup attempts, making it one of the most coup-prone countries in sub-Saharan Africa during the early Cold War period.

However, political instability through the early 1970s gave way to the stable and durable personalist regime of Mathieu Kérékou (1972-1990). This was followed by electoral democracy after the Cold War.

Until recently, Benin had been heralded as one of Africa’s “democratic outliers” and success cases of democratic survival despite challenging conditions. Though poor, Benin has seen decades of improving average living standards. Economic growth in 2025 was 7.5%; the latest unrest cannot be blamed on poverty or an economic crisis.

However, data on three key dimensions of democracy shows that although electoral contestation and participation have endured, constraints on the executive (and thus liberal democracy overall) have declined in Benin since Talon’s election as president in 2016.

According to autocratic regime data from US political scientists Barbara Geddes, Joe Wright and Erica Frantz as well as the Varieties of Democracy (V-Dem) project (which surveys experts about democracy worldwide), Benin slipped back into an electoral autocracy in 2019. That is when opposition candidates were prevented from competing in parliamentary elections. The polls were marred by repression of mass protests and an internet shutdown.

In 2021, an electoral boycott led to Talon’s easy re-election.

V-Dem data show a very partial and incomplete democratic rebound since 2022. The opposition was allowed to compete in the January 2023 parliamentary elections. And earlier this year Talon confirmed that he would not seek an unconstitutional third term.

The potential for a coup, however, was foreshadowed last fall when the regime alleged that it had uncovered a coup plot involving a presidential hopeful in 2026. Last month, parliament’s vote to create a Senate was condemned by the opposition as allowing Talon a means to influence affairs after he steps down.

With the main opposition party barred from running in next year’s presidential election, Talon is expected to hand off power to his ally and finance minister, Romuald Wadagni.

Though the political leanings of Tigri and coup plotters remain unclear, Tigri claimed to seek to “free the people from dictatorship”.

The coupmakers also presumably sought to block the upcoming 2026 parliamentary and presidential elections.

A growing jihadist threat

Among the coup leaders’ key complaints was Talon’s mismanagement of the country. In particular, they cited “continuing deterioration of the security situation in northern Benin and “the ignorance and neglect of the situation of our brothers in arms who have fallen at the front” due to worsening jihadist violence.

A number of coups in nearby countries since 2020 have been preceded by rising levels of political violence and deepening insecurity born of jihadist insurgencies. That was certainly the case in Mali, Burkina Faso and to a lesser extent Niger.

Since last year, it has been clear that the jihadist violence was spilling over from Sahel neighbours such as Burkina Faso and Niger into the borderlands of west Africa. This included Benin’s north. ACLED data show a major increase in political violence events since 2022. And a spike in political fatalities in 2024:

Much of this increased violence is attributable to the advance of operations by the al-Qaida affiliated group Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). The group also managed to launch its first fatal attack in Nigeria at the end of October.




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Russia has become the primary security partner for the Sahel Alliance. The defence pact was signed in 2023 by post-coup juntas of Burkina Faso, Mali and Niger to defeat jihadists and maintain power.

Nevertheless, Benin has continued to rely on western security partners to aid its counter-insurgency efforts and bolster border security. Notably, Benin continues to welcome military cooperation with France. Since 2022 Paris has pledged greater military aid to combat terrorism.

In September, US Africa Command commander General Dagvin Anderson visited Benin to underscore cooperation to oppose terrorism.

During the coup attempt, Tigri reportedly warned against French intervention and railed against “imperialism”. The speech reportedly ended with the phrase “The Republic or Death”, which echoes the new motto of Burkina Faso’s junta.

This suggests that the coup makers may have been inspired by others in the Sahel.

Risk of the coup belt expanding

The Benin events mark the third coup attempt and first failed coup this year in the Sahel region. There have been 17 coup attempts in Africa since 2020, including 11 successful coups. This makes the African coup belt stretching across the Sahel and west Africa the global epicentre of coups.




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West Africa’s latest “copycat” coup attempt was condemned by the African Union, European Union and Ecowas. Yet it was praised by pro-Russian social media accounts, reflecting a growing cleavage between the Russia-aligned juntas of the Sahel Alliance and the remaining Ecowas-aligned civilian regimes of west Africa.




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Although Nigeria-led Ecowas threatened military intervention after the coup in Niger in July 2023, the regional body only actually militarily intervened to defeat the coup attempt in Benin. Nigeria, it appears, has drawn a line in the sand to retain a buffer from further instability – including JNIM operations. On the same day of the coup attempt in Benin, it was reported that Nigeria was seeking greater aid from France to combat insecurity.

The Conversation

John Joseph Chin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Benin’s failed coup: three factors behind the takeover attempt – https://theconversation.com/benins-failed-coup-three-factors-behind-the-takeover-attempt-271540

En las alturas de Kirguistán buscamos descifrar y proteger los grabados rupestres del valle de Saimaluu Tash

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Martín Freire-Lista, Geólogo. Investigador Ramón y Cajal. Atracción de talento. Especialista en patrimonio cultural, Instituto Geológico y Minero de España (IGME – CSIC)

Vista general del valle glaciar de Saimaluu Tash (Kirguistán). D.M.F.L.

A más de 3 000 metros sobre el nivel del mar, en la cordillera kirgui de Ferganá, los grabados rupestres del valle de Saimaluu Tash cuentan la historia de una población que se resiste a perder sus tradiciones ancestrales. No lo hacen con palabras, sino con imágenes: mapas de situación y migración de ungulados, así como escenas de caza ilustran las piedras de este valle glaciar.

Son los petroglifos de Saimaluu Tash (piedra estampada en kirguís), uno de los conjuntos de arte rupestre más grandes y mejor conservados del mundo, con decenas de miles de grabados que abarcan desde la Edad del Bronce hasta el periodo túrquico.

Estos petroglifos no son solo arte: son vestigios de la memoria de una cultura nómada a punto de desaparecer. Reflejan escenas cinegéticas, mapas y lugares apropiados para la caza y el pastoreo, combinado influencias locales e indoeuropeas. Las representaciones más frecuentes son principalmente íbices y ciervos. También aparecen lobos, zorros, jabalíes, así como figuras antropomórficas, escenas de caza y agrícolas y animales domesticados como caballos, camellos, vacas, yaks y perros.

Vista general del río de piedras con grabados rupestres en el valle de Saimaluu Tash.
D.M.F.L.

Además, en ellos se pueden observar senderos en zigzag, indicando rutas de tránsito de animales cinegéticos. Estos grabados parecen tener una ubicación comunicativa. Por lo tanto, estas piedras ofrecen un registro excepcional de la evolución de la caza y sus útiles. Son testigos de un tiempo en que pastores y agricultores de altura dejaron su visión grabada en las piedras para quien supiera leerla, aportando un testimonio excepcional sobre la tradición nómada centro asiática.

Una misión científica para proteger

En este paisaje de glaciares, morrenas y praderas de altura, el equipo internacional multidisciplinar que dirijo desarrolla un estudio pionero: analizar las piedras que sirven de soporte a estos grabados. Los geólogos Ramón Jiménez y Javier Luengo, del Centro Nacional Instituto Geológico y Minero de España (IGME-CSIC), están analizando su petrografía y porosidad. Con los resultados se podrán explicar las características petrofísicas que han permitido el grabado de arte rupestre y su conservación.

Analizando el color y la rugosidad de los mismos grabados se podrá obtener información sobre las técnicas utilizadas y su edad relativa. Además, utilizando técnicas de termoluminiscencia en los restos de cazuelas cerámicas encontradas en la excavación arqueológica a 1,70 metros y espectroscopía de masas en los carbones encontrados al lado de estas cazuelas, se podrá conocer la edad de los petroglifos.

La geomorfóloga Julia García-Oteyza Ciria estudiará la formación de las morrenas y las datará para reconstruir la evolución glaciar del valle y relacionarla con los periodos de ocupación nómada en los que se realizaron los grabados. Esto permitirá determinar no solo cómo se acumularon las piedras, sino también cómo el relieve influyó en las que se elegían para ser grabadas, ya que se puede observar una gran concentración de petroglifos en la acumulación de piedras longitudinal al valle, pero también existen miles de bloques dispersos con grabados rupestres.

Estas piedras, acumuladas por procesos glaciares durante miles de años, presentan una brillante pátina de color oscuro. Al raspar esta pátina, resurge un color pardo, generando un contraste cromático que permitió la creación y conservación del arte rupestre. Los biólogos Sergio Pérez-Ortega, científico titular del Real Jardín Botánico (CSIC), y Asunción de los Ríos, investigadora científica del Museo Nacional de Ciencias Naturales (CSIC), especialistas en diversidad de líquenes y microorganismos asociados a sustratos líticos, analizarán mediante métodos moleculares la composición biológica y el desarrollo de estas pátinas para comprender los procesos que, sin proponérselo, han hecho más visibles los petroglifos.

Grabado de cabras montesas en una piedra el río de piedras de Saimaluu Tash.
D.M.F.L.

El proyecto cuenta con un pilar fundamental: la arqueóloga Aidai Sulaimanova, que actúa como enlace entre el IGME-CSIC y las instituciones kirguisas, aportando además el marco histórico y cultural necesario para interpretar los hallazgos. Su participación garantiza que el trabajo científico esté alineado con las necesidades de preservación y valorización del patrimonio local.

Este conocimiento será esencial para plantear estrategias de conservación frente a amenazas como la meteorización, el cambio climático o el creciente turismo. Después de todo, la investigación pretende sentar las bases científicas para proteger el lugar e incluirlo en la Lista de Patrimonio Mundial de la UNESCO.

Mirar al pasado para proteger el futuro

El valle glaciar de Saimaluu Tash es un escenario singular: depósitos morrénicos, lagos en forma de corazón, laderas esculpidas por la erosión, y un microclima que, paradójicamente, ha ayudado a preservar los grabados. Al investigar en él no solo queremos conocer la historia geológica de las piedras, sino entender el contexto que permitió que estos grabados rupestres se hayan conservado casi intactos durante miles de años. Después de todo, la historia geológica del valle está entrelazada con la historia humana que estos representan.

Aunque su difícil acceso, a seis horas de camino por un sendero y nueve meses al año bajo nieve, ha protegido los grabados, las huellas del cambio climático y el vandalismo empiezan a ser visibles. La nieve, la altura y el aislamiento son aliados, pero no eternamente. De hecho, el glaciar que originó este espectacular paisaje está desapareciendo.

Grabado de cazador en una piedra del río de piedras de Saimaluu Tash.
Grabado de cazador en una piedra del río de piedras de Saimaluu Tash.
D.M.F.L.

Hoy en día, las comunidades nómadas de Kirguistán conservan un estilo de vida ancestral basado en el pastoreo y la convivencia en las montañas. Cada verano, las familias se desplazan a los pastos altos y levantan sus yurtas, hogares circulares tradicionalmente de fieltro. Allí crían caballos, vacas, yaks y ovejas que pastan en las praderas.

Los que viven en los alrededores de Saimaluu Tash mantienen hoy una relación más territorial que ritual con los antiguos grabados rupestres. Aunque continúan usando esos mismos pastos y montañas, ya no se instalan en Saimaluu Tash en verano, pues la zona está protegida. Más que como parte activa de sus prácticas tradicionales, su vínculo actual con los petroglifos es de respeto e identidad: reconocen el sitio como un legado de sus antepasados y un símbolo cultural de la región.

Ahora, más de siglo después de la primera visita del pintor, etnógrafo y topógrafo Nikolay Gavrilovich Khludov en 1902, la ciencia española, en colaboración con expertos kirguises, vuelve a escuchar el mensaje grabado en las piedras de Saimaluu Tash hace miles de años. El reto es doble: descifrarlas y, sobre todo, asegurarnos de que sigan hablando durante muchos más milenios.

The Conversation

David Martín Freire-Lista es un contratado Ramón y Cajal. Atracción de Talento del IGME-CSIC. Esta publicación es parte del contrato RYC2023-042760-I, financiada por MCIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el ESF+

ref. En las alturas de Kirguistán buscamos descifrar y proteger los grabados rupestres del valle de Saimaluu Tash – https://theconversation.com/en-las-alturas-de-kirguistan-buscamos-descifrar-y-proteger-los-grabados-rupestres-del-valle-de-saimaluu-tash-265416

¿Por qué la IA no habla igual todos los idiomas? La brecha lingüística que esconden los algoritmos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Isabel Durán Muñoz, Profesora Titular de Universidad, Universidad de Córdoba

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Cuando usamos una inteligencia artificial para traducir un texto, responder una pregunta o escribir un correo, tendemos a imaginar que funciona igual en cualquier idioma. La idea resulta lógica: si es “inteligente”, debería manejar todas las lenguas con la misma soltura. Sin embargo, la realidad es bien distinta. Los modelos no rinden igual en inglés que en español, ni en español que en euskera. ¿Por qué? ¿Es una limitación tecnológica inevitable o el reflejo de desigualdades más profundas del mundo digital?

Para entenderlo, hay que mirar la base de estas tecnologías: los datos. Los modelos de lenguaje, como ChatGPT, se entrenan con cantidades inmensas de texto, tanto originales como creados por personas que los han entrenado. Pero aquí aparece la primera gran asimetría: la mayor parte del contenido escrito en la red está en inglés. No es una preferencia del modelo, simplemente es lo que hay.

Idiomas de entrenamiento

OpenAI, la empresa que hay detrás de ChatGPT, y otras compañías no publican porcentajes exactos del peso de cada idioma en el entrenamiento, y los modelos tampoco pueden calcularlos con los datos que manejan. Aun así, la tendencia es evidente: el inglés domina con diferencia este contexto, seguido por grandes idiomas globales como el español, el francés o el alemán. Con bastante distancia, encontramos lenguas con presencia digital limitada como son el catalán o el galés. Y a una distancia aún mayor, idiomas minoritarios cuyo rastro textual en internet es escaso o casi inexistente.

Con esta distribución, el resultado es previsible: los modelos funcionan mejor en los idiomas con más datos. No se trata de afinidad, sino de oportunidad de aprendizaje. Cuando un modelo ve millones de ejemplos en inglés, aprende mejor su gramática, su vocabulario, sus distintos registros y su trasfondo cultural. En cambio, cuando recibe pocos ejemplos en una lengua tiene menos material para deducir patrones fiables.




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Esto explica por qué, en algunos idiomas, sobre todo en inglés, la inteligencia artificial parece más precisa y natural, mientras que en otros comete errores: fallos de concordancia, expresiones que suenan “traducidas”, construcciones rígidas o un estilo demasiado neutro o poco familiar. La falta de datos afecta también al tipo de escritura: lenguas que usan el alfabeto latino suelen estar mejor cubiertas que aquellas con sistemas menos extendidos digitalmente, como la escritura árabe o alfabetos indígenas, donde la escasez de ejemplos genera más errores.

¿Se puede reducir esta brecha?

Afortunadamente, la IA moderna no se limita a reproducir pasivamente esta desigualdad. Existen numerosas estrategias diseñadas para mitigar de alguna manera la falta de datos en idiomas escasos. Una de las más importantes es el equilibrado del corpus, es decir, el número de textos que emplea para responder. Así pues, incluso si el inglés es miles de veces más abundante, durante el entrenamiento se puede aumentar la frecuencia con la que el modelo consulta idiomas minoritarios y reducir la exposición al inglés. Es una forma de evitar que los idiomas minoritarios queden sepultados.

Otra técnica clave es la transferencia multilingüe. Los modelos no aprenden cada idioma por separado: comparten representaciones internas. Si el modelo aprende español, parte de ese conocimiento se aprovecha para el portugués o el italiano. Del mismo modo, el alemán refuerza al neerlandés. Esta transferencia ayuda a los idiomas con pocos datos siempre que pertenezcan a una familia lingüística con parientes más abundantes. En cambio, lenguas más aisladas –como japonés o coreano– se benefician menos de este proceso.

Enseñar idiomas a la IA

También se generan datos sintéticos mediante traducción automática o se utilizan corpus paralelos multilingües, como documentos de organismos internacionales o versiones de Wikipedia, para aprender equivalencias entre idiomas. En etapas posteriores, intervienen instructores humanos nativos, que corrigen expresiones poco acertadas, refuerzan el tono adecuado y afinan detalles culturales que los datos masivos no capturan.

Por último, existen técnicas específicas para evitar lo que se llama “olvido catastrófico”: cuando el modelo sigue entrenándose con datos en un idioma dominante y, sin querer, empieza a degradar lo que sabía en idiomas minoritarios. De esta manera, los métodos de regularización y de aprendizaje continuo ayudan a mantener cierto equilibrio.




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¿Qué ocurre con la diversidad lingüística?

Aun así, ningún recurso técnico puede compensar completamente la falta de datos en una lengua y con poca renovación de su contenido, por lo que el inglés sigue siendo la lengua predominante y, por tanto, la brecha persiste.

Esto abre una pregunta importante: ¿puede la inteligencia artificial contribuir a la pérdida de diversidad lingüística? Es un riesgo real. Si funciona mejor en inglés, algunas personas pueden preferir usarla en ese idioma. Si los textos generados tienden a un estilo homogéneo, pueden influir en la escritura institucional, académica o mediática y desplazar, así, registros locales. Y si una lengua apenas aparece en internet, puede quedar fuera de las herramientas tecnológicas que moldean cada vez más nuestra comunicación.

Revitalizar lenguas minoritarias

También hay un potencial opuesto: la IA puede revitalizar lenguas minoritarias. Puede generar materiales educativos, ayudar a documentar vocabulario, servir como interlocutora en procesos de aprendizaje o apoyar proyectos de digitalización. Con voluntad política y cultural, la tecnología puede ser una aliada.

El rendimiento desigual de la IA entre lenguas no es solo una cuestión técnica: es un espejo de las desigualdades del mundo real. No se trata de preguntar si la IA habla mejor unos idiomas que otros, puesto que la respuesta resulta clara: sí, lo hace. La pregunta es cómo podemos construir un futuro en el que la tecnología no reproduzca, sino que reduzca, las brechas lingüísticas.

The Conversation

Isabel Durán Muñoz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué la IA no habla igual todos los idiomas? La brecha lingüística que esconden los algoritmos – https://theconversation.com/por-que-la-ia-no-habla-igual-todos-los-idiomas-la-brecha-linguistica-que-esconden-los-algoritmos-270017