Mieux vieillir grâce à son assiette : une nouvelle étude le confirme

Source: The Conversation – in French – By Adrián Carballo Casla, Postdoctoral Researcher in Geriatric Epidemiology, Karolinska Institutet

Une étude sur 15 ans montre que les adultes âgés avec une alimentation saine vieillissent mieux et développent moins vite de maladies que les autres. (Studio Romantic/Shutterstock)

Imaginez deux personnes de plus de 70 ans, actives et indépendantes, qui profitent pleinement de la vie. Sur les 15 années suivantes, l’une développe plusieurs maladies chroniques (cardiaque, diabète, dépression), tandis que l’autre reste en bonne santé. Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Selon nos nouvelles recherches, l’alimentation pourrait être un élément clé de la réponse.

Dans notre nouvelle étude, notre groupe du Centre de recherche sur le vieillissement de l’Institut Karolinska, en Suède, a suivi plus de 2400 personnes âgées suédoises pendant 15 ans.

Quels régimes protègent le mieux ?

Nous avons constaté que les personnes qui suivaient systématiquement un régime alimentaire sain développaient des maladies chroniques plus lentement. En revanche, celles dont le régime était riche en viandes transformées, céréales raffinées et boissons sucrées, des aliments connus pour favoriser une inflammation chronique de faible intensité, voyaient leurs maladies apparaître plus rapidement.

C’est important, car la présence de plusieurs maladies simultanées complique la santé des personnes âgées. Cela augmente le risque d’invalidité, d’hospitalisation et de décès prématuré. Cela fait également peser un lourd fardeau sur le système de santé. Mais si l’on sait depuis longtemps que l’alimentation peut aider à prévenir certaines maladies, notre étude montre qu’elle peut également influencer le rythme global du vieillissement biologique.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Nous avons examiné quatre régimes alimentaires bien connus. Trois d’entre eux – le régime Mind (axé sur la santé du cerveau), l’indice alternatif d’alimentation saine (lié à un risque moindre de maladie) et le régime méditerranéen – étaient associés à une progression plus lente des maladies. Le quatrième, un régime riche en aliments inflammatoires, montrait l’effet inverse.

Les liens les plus marqués concernaient les maladies cardiovasculaires et psychiatriques. Ainsi, les personnes qui mangeaient mieux étaient moins susceptibles de développer des maladies telles que l’insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux, la dépression ou la démence. Nous n’avons toutefois pas trouvé de lien clair entre l’alimentation et les maladies musculo-squelettiques telles que l’arthrite ou l’ostéoporose.

Certains des bienfaits d’une alimentation saine étaient plus prononcés chez les femmes et les participants les plus âgés, c’est-à-dire ceux âgés de 78 ans et plus. Cela suggère qu’il n’est jamais trop tard pour changer. Même à un âge très avancé, l’alimentation est importante.

Pourquoi l’alimentation a-t-elle un tel potentiel ? L’une des raisons pourrait être l’inflammation. Avec l’âge, beaucoup de personnes développent une inflammation chronique de faible intensité, parfois appelée « inflammaging », qui est liée à un large éventail de maladies. Les régimes riches en légumes, fruits, céréales complètes et graisses saines ont tendance à réduire l’inflammation. Les régimes riches en aliments hautement transformés et en sucre ont l’effet inverse.

Une autre raison est que les régimes alimentaires sains améliorent la résistance de l’organisme. Ils fournissent des nutriments essentiels qui aident à maintenir la fonction immunitaire, la masse musculaire et la santé cognitive. Cela peut faire une grande différence dans le vieillissement.

Notre étude est l’une des plus longues et des plus complètes du genre. Nous avons utilisé des évaluations alimentaires répétées et suivi plus de 60 maladies chroniques. Nous avons également testé nos conclusions à l’aide de différentes méthodes analytiques afin de nous assurer de leur validité.

Bien sûr, l’alimentation n’est qu’une pièce du casse-tête. L’activité physique, les relations sociales et l’accès aux soins de santé jouent tous un rôle important dans le vieillissement en bonne santé. Mais améliorer la qualité de l’alimentation est un moyen relativement simple et accessible d’aider les personnes âgées à vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Recommandations pratiques pour les personnes âgées

Alors, que devraient manger les personnes âgées ? Le message est clair : mangez beaucoup de légumes, de fruits, de légumineuses, de noix et de céréales complètes. Choisissez des graisses saines comme l’huile de canola et le poisson. Limitez votre consommation de viande rouge et transformée, de boissons sucrées et de graisses solides.


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Ces éléments clés des régimes étudiés ont été liés à un vieillissement plus lent, une meilleure santé cérébrale et une diminution des maladies chroniques, selon cette étude et d’autres travaux.

Le vieillissement est inévitable, mais nous pouvons en influencer le cours. Nos conclusions montrent que de simples changements dans l’alimentation peuvent réellement influencer la manière dont on vieillit, à tout âge.

La Conversation Canada

Adrián Carballo Casla reçoit des fonds de la Fondation pour les maladies gériatriques du Karolinska Institutet (projets nos 2023:0007 et 2024:0011), des subventions de la Fondation de recherche du Karolinska Institutet (projet no 2024:0017), de la fondation David et Astrid Hagelén (projet no 2024:0005) ainsi que du Conseil suédois de la recherche pour la santé, le travail et le bien-être (projet no STY-2024/0005).

Amaia Calderón-Larrañaga reçoit des financements du Conseil suédois de la recherche (projet no 2021-06398), du Conseil suédois de la recherche pour la santé, le travail et le bien-être (projets nos 2024-01830 et 2021-00256), de la Zone de recherche stratégique en épidémiologie et biostatistique du Karolinska Institutet, SFOepi (subvention consolidator bridging, 2023), ainsi que de l’Alzheimerfonden (AF-1010573, 2024).

David Abbad Gomez reçoit un financement de l’Institut de recherche de l’Hospital del Mar en tant qu’assistant de recherche.

ref. Mieux vieillir grâce à son assiette : une nouvelle étude le confirme – https://theconversation.com/mieux-vieillir-grace-a-son-assiette-une-nouvelle-etude-le-confirme-262162

What happens when managers don’t act? New research reveals the consequences can be severe

Source: The Conversation – Canada – By Christine C. Hwang, Postdoctoral scholar in the Department of Management, Lang School of Business and Economics, University of Guelph, University of Guelph

Most people recognize that we shouldn’t actively harm others at work. Yet people tend to assume that failing to act is relatively benign or inconsequential.

Imagine witnessing an employee being belittled by a coworker. As a manager, should you step in or could staying on the sidelines give employees room to resolve conflict themselves?

Our new research demonstrates that “perceived managerial inaction” — the belief that a manager has failed to act in response to a negative experience — can have devastating consequences in the workplace. We examined how employees react when they believe their manager has failed to respond to a harmful or disrespectful incident.

Across an experiment and surveys involving hundreds of employees, we measured whether people felt their manager had a duty to intervene, whether they believed that duty was violated and how this shaped their trust, well-being and behaviour.

What is perceived managerial inaction?

Because of their formal position of authority, managers have the obligation to protect their employees from harm and maintain a safe and ethical work environment.

We use the term perceived employee-directed managerial inaction to describe situations in which employees believe their managers have not acted to prevent or address potential harm to them. Three conditions need to be present for employees to perceive managerial inaction:

  1. There was a potential for harm to the employee;

  2. The manager was aware of this potential for harm, and

  3. The manager violated perceived managerial responsibilities or obligations by failing to act in response to this potential for harm.

When these conditions are met, employees interpret the absence of a response as a meaningful choice.

Why it matters for individuals and organizations

Perceived managerial inaction has real, measurable effects on employees’ well-being and their relationship with the manager.

Our research reveals that even a single instance of perceived managerial inaction can result in profound consequences. Employees can lose trust in their manager, even if there was a pre-existing positive relationship and their manager had demonstrated positive leadership behaviours.

Perceived managerial inaction can also undermine managers’ effectiveness. Our studies indicated that it can motivate employees to protect themselves from the manager by withdrawing support, engaging in negative gossiping and resisting work-related requests.

Organizations also face risks, as there is increasing momentum to hold them accountable for managers’ inaction. As high-profile cases show — such as the California lawsuit alleging that Activision Blizzard managers failed to “take reasonable steps” to protect employees from discrimination — inaction can escalate from an interpersonal issue to a legal and reputational one.

Addressing common misconceptions

Many managers underestimate the impact of doing nothing. Our research highlights four misconceptions that often keep leaders from acting and the reality behind them.

Misconception #1: Inaction is benign, and employees won’t notice or negatively react to managerial inaction.

Reality: Employees can be highly attuned to inaction because it has significant implications for how they perceive their manager and navigate their work environment.

Misconception #2: Inaction can empower employees or help them grow.

Reality: Even if managers withheld action with positive intentions, employees experience inaction as a violation of managerial responsibilities.

Misconception #3: The negative effect of managerial inaction is short-lived.

Reality: Managerial inaction can cause short- and long-term damage to employees’ well-being, managerial effectiveness and organizations at large.

Misconception #4: The negative effect is limited to the employee who perceived that the manager failed to act.

Reality: By failing to address harmful experiences, managers may inadvertently signal that mistreatment will be tolerated, which can normalize mistreatment within the workplace and increase its frequency.

Practical recommendations for managers

Managers are not only responsible for their actions, but also for failing to act to protect employees from harm. If inaction occurs or is perceived to have occurred, managers can take steps to repair trust and prevent harm:

1. Talk to the affected employee about inaction and address the source of the harm.

Listen to and support employees, including acknowledging their experience and any harm that occurred. Provide a clear explanation for why you did not act, without being defensive. Be honest if you were not sure what was happening at the time or if you did not know how to act. Take appropriate steps to remedy the situation: apologize, acknowledge responsibility and clearly communicate the steps you will take to repair harm and prevent future occurrences.

2. Recognize that the impact of the situation may include coworkers and the team.

Those who witnessed or heard about the incident may need support or benefit from debriefing the incident. If the negative experience involved employee mistreatment, reinforce that any mistreatment is against organizational norms will not be tolerated and consistently apply negative consequences.

3. Set an appropriate tone for the team to mitigate the negative impact of inaction.

Set clear expectations for appropriate organizational conduct and encourage employees to voice unpleasant work experiences while also addressing employees’ concerns.

Managers must recognize that “with great power comes great responsibility.” Fulfilling managerial obligations is critical to support employees as well as avoid negative implications for managers and organizations. Action, even if it is not perfect, can enable managers to fulfil their responsibilities and help create workplaces where people feel safe and valued.

The Conversation

Christine C. Hwang receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Laurie J. Barclay receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Daniel L. Brady and Robert J. Bies do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What happens when managers don’t act? New research reveals the consequences can be severe – https://theconversation.com/what-happens-when-managers-dont-act-new-research-reveals-the-consequences-can-be-severe-271477

Who benefits from ‘nation-building’ projects like Ksi Lisims?

Source: The Conversation – Canada – By Sibo Chen, Associate Professor, School of Professional Communication, Toronto Metropolitan University

When the Canadian government added the proposed Ksi Lisims LNG terminal on Nisg̱a’a territory in northwest British Columbia to its new list of fast-tracked “nation-building” projects this fall, it resurrected an idea many British Columbians thought had quietly faded away: that liquefied natural gas (LNG) exports are central to the economic future of both B.C. and Canada.

A decade ago, then-B.C. premier Christy Clark promised up to 20 LNG export plants, 100,000 jobs and a sovereign-wealth “prosperity fund,” turning B.C. LNG into one of the most polarizing issues in the province between 2011 and 2018.

My research on this period reveals how competing coalitions of industry, governments and environmental groups struggled over whether B.C. LNG represented a climate solution or a risky fossil-fuel lock-in.

In reality, most of those projects were shelved; only one major export terminal in Kitimat has now entered its first phase of operation.

In recent years, public debate over LNG has largely slipped from view. Media analysis of Canadian climate coverage during the COVID-19 pandemic, for example, shows a sharp drop in climate stories in 2020 compared to 2019 as COVID-19 dominated the news agenda. Ksi Lisims brings those debates back with a twist. It is promoted as an Indigenous-led project and as a pillar of a more “diversified,” resilient Canadian economy.

However, the rhetoric around Ksi Lisims as a “nation-building” project masks unresolved questions about who actually benefits, who bears the risks and how such projects fit within a rapidly changing global LNG market.

Ksi Lisims LNG is frequently described as an Indigenous-led project proposed “in partnership” by the Nisg̱a’a Nation, Rockies LNG and Western LNG and an example of what reconciliation can look like. Those aspirations deserve to be taken seriously. Yet, public documents tell a more complex story about who ultimately controls the project and where profits will flow.

What is resource nationalism?

As American political geographers Natalie Koch and Tom Perreault describe, resource nationalism is when “the people of a given country, rather than private corporations or foreign entities, should benefit from the resources of a territorially defined state.”

Scholars have used the related concept of petro-nationalism to describe how fossil fuel industries and their allies frame oil, gas and bitumen extraction as a national public good, casting critics as “anti-Canadian” or “foreign to the body politic.”

A key tactic in this tactic is what Canadian communications scholar Shane Gunster and his colleagues call “symbolic nationalization:” a “thoroughly capitalist enterprise organized to profit private corporations and shareholders” is presented as if it were a public enterprise serving citizens and the common good.

The language surrounding Ksi Lisims LNG fits this pattern. In a September news release announcing the project’s environmental certificate, the B.C. government called Ksi Lisims “Indigenous-led.” Premier David Eby emphasized that there has “never been a more critical time to diversify our economy and reduce reliance on the U.S.,” framing the project as part of “the next chapter of a stronger, more resilient Canada.”

Federal messaging has similarly bundled Ksi Lisims into a package of “nation-building” megaprojects intended to reshape Canada’s economy and trade patterns. Such narratives are classic markers of resource nationalism: the project is cast as serving the people and the national interest, even as its ownership and risk profile are far more complicated.

Who owns and controls Ksi Lisims?

The Nisg̱a’a leadership has framed the project as a vehicle for “sustainable economic self-determination” and as an example of what reconciliation can look like: “a modern Treaty Nation moving from the sidelines of our economy” to leading a major project.

Filings from B.C.’s Environmental Assessment Office show that Ksi Lisims LNG is a “wholly owned” subsidiary of Texas-based company Western LNG.

Under the partnership agreement, the Nisg̱a’a Nation and Calgary-based company Rockies LNG sit on a steering committee until construction begins; only then do they become limited partners with specified governance rights. In other words, the project’s governance structure grants Nisg̱a’a important influence and potential revenues, but it does not resemble a nationalized public utility.

Moreover, Indigenous support is not unanimous. Along the route of the planned Prince Rupert Gas Transmission pipeline that would supply Ksi Lisims, several First Nations — including the Gitanyow — have opposed the project and launched legal challenges. This raises a crucial question for any “nation-building” story: which nation, and whose consent, are we talking about?

A crowded global LNG market

The economic case for Ksi Lisims is being made at a moment when the global LNG market is undergoing rapid change — and not in ways that favour new, high-cost projects in British Columbia.

The International Energy Agency (IEA) forecasts that over 300 billion cubic metres of additional annual export capacity will become operational between 2025 and 2030 from projects currently under construction, primarily led by the United States and Qatar.

A 2024 study by the think tank Carbon Tracker, commissioned by the Pembina Institute and the David Suzuki Foundation, stated that B.C. is a late entrant to an LNG market “dominated by lower-cost competitors.”

The study found that all four B.C. terminals still awaiting final investment decisions — including Ksi Lisims — sit high on the global cost curve. B.C. projects are, on average, about 26 per cent more expensive than competing projects in countries like Qatar, the United States and Mozambique.

Carbon Tracker also notes that the world’s existing LNG capacity is sufficient to meet projected demand under all three of the IEA’s main scenarios, with no new LNG export projects needed to satisfy demand through 2040.

This fragile economic base for Ksi Lisims complicates the notion that LNG expansion is a reliable source of public revenue. It highlights that long-term LNG export contracts — often touted as a way to lock in stable prices — cannot fully shield against global market fluctuations.

Rethinking “nation-building”

Ksi Lisims LNG has been presented as a reconciliation project for the Nisg̱a’a Nation, a diversification tool for Canada’s economy and a clean fuel solution for Asian buyers. But the project’s ownership structure concentrates control and profits in foreign-backed corporate hands, even as its public branding emphasizes Indigenous leadership.

Regional First Nations remain divided, highlighting an unresolved debate over consent and the meaning of “the people” in resource nationalist narratives. B.C. is entering a crowded, increasingly risky LNG market late and at a cost disadvantage.

If we take climate commitments and economic justice seriously, nation-building in the 2020s should mean something different: investing in infrastructure and industries that reduce emissions rather than lock them in, and supporting Indigenous and local communities in ways that do not depend on highly volatile fossil fuel markets.

Public discussions about the Ksi Lisims LNG project offer an opportunity to question whether the government’s approach to “nation-building” still makes sense in a warming and changing world.

The Conversation

Sibo Chen receives funding from Toronto Metropolitan University and the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada. He is affiliated with International Environmental Communication Association and the Environment, Science, and Risk Communication Section of International Association for Media and Communication Research.

ref. Who benefits from ‘nation-building’ projects like Ksi Lisims? – https://theconversation.com/who-benefits-from-nation-building-projects-like-ksi-lisims-271272

The MAGA International: Trump’s 2025 National Security Strategy as an ideological manifesto

Source: The Conversation – France – By Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po

On December 4, 2025, the Trump administration released its new National Security Strategy. Far from being a dry technocratic document, it reads like a blistering broadside against Europe, a reaffirmation of American exceptionalism, and a self-portrait of the president as a heroic defender of Western civilization against mortal threats. It is less a set of policy guidelines than a full-blown ideological proclamation.

In theory, the National Security Strategy (NSS) is a technocratic, non-binding document that every US president must submit to Congress during their time in office to provide an overall framework for the country’s foreign policy.

The version published by the Trump administration in 2025, however, looks far less like a “state paper” than a MAGA (Make America Great Again) manifesto. It panders to Trump’s political base as much as the rest of the world – beginning with Washington’s European allies, accused of betraying “true” democracy. For the first time, compared with the 2017 NSS, national security is framed almost entirely through Trumpian obsessions: immigration, culture wars, and nationalism.

Three main narrative arcs

The 2025 NSS marks a clear break with the liberal tradition of constitutional democracy – fundamental rights, the rule of law, and political pluralism. It also rejects its international counterpart: the promotion of democracy through a multilateral, rules-based order. It rewrites the history of the post-Cold War era, stitches together a composite enemy (immigration, “globalist” elites, Europe), and hijacks the language of freedom and democracy for an ethno-populist vision of American exceptionalism.

The document unfolds as a grand narrative in three acts.

Act I: The betrayal of the elites

First comes the story of the failure of US policies since 1991, blamed on the hubris of elites who allegedly sought global hegemony. They are said to have waged “endless wars” and embraced “so-called free trade”. They also subjected the country to supranational institutions, at the expense of US industry, the middle class, national sovereignty, and cultural cohesion. This first act also highlights the lack of any credible new national narrative after the end of the Cold War. Trump builds his own story on that narrative vacuum.

Act II: Decline

In the Trump administration’s telling, America’s decline is economic, moral, geopolitical, and demographic all at once. It is manifested in deindustrialization, failed wars, and the crisis on the Mexican border. It echoes the “American carnage” denounced by Trump in his first inaugural address in 2017. The enemy is presented as both internal and external. Immigration is cast as an “invasion” tied to the cartels, while international institutions and foreign-policy elites – American and European alike – are portrayed as accomplices. All are folded into a single confrontational framework – that of a global war the Trump administration says it is prepared to wage against anyone who threatens US sovereignty, culture, and prosperity.

Act III: The Saviour

The NSS then casts the occupant of the White House as a providential leader, “The President of Peace,” correcting the betrayal of the elites. Trump appears as a heroic fixer – or anti-hero – who has supposedly “settled eight violent conflicts” in less than a year. He embodies a nation restored and ready to enter a “new golden age”.

This is a textbook American narrative pattern, rooted in the religious tradition of the jeremiad: a sermon that begins by denouncing sin and decadence, then calls for a return to founding principles to “save” the community. Historian Sacvan Bercovitch has shown how this jeremiad structure lies at the heart of the American national myth. A text that should have been technocratic and bureaucratic is thus refashioned into a story of fall and redemption.

American exceptionalism, Trump-style

Read closely, the 2025 NSS teems with tropes drawn from the grand myths of the United States. The aim is to “mythologize” the break with decades of foreign policy by presenting Trump’s course as a return to the nation’s origins.

The text invokes “God-given natural rights” as the foundation of sovereignty, freedom, the traditional family, and even the closing of borders. It calls on the Declaration of Independence and the “Founding Fathers” to justify selective non-interventionism. It claims the “America’s pioneering spirit” as “a key pillar” of “continued economic dominance and military superiority”.

The word exceptionalism never appears (nor does the phrase “indispensable nation”). Yet the strategy is saturated with formulations that present the United States as a unique nation with a special mission in the world – what scholars call American exceptionalism. It piles superlatives onto America’s economic and military power and casts the country as the central hub of the global monetary, technological, and strategic order.

This is foremost an exceptionalism of power. The text details at length the economic, energy, military, and financial dominance of the United States, then infers from it a moral superiority. If America is “the greatest and most successful nation in human history” and “the home of freedom on earth”, it is primarily because it is the most powerful. Virtue is no longer an ethical standard that might restrain power. Power itself is treated as evidence of virtue.

Within this framework, elites – including European elites – are portrayed as weakening America’s capacity in areas such as energy, industry, and border control. They are not just making strategic mistakes; they are accused of committing moral wrongs. In this view, exceptionalism is no longer the classic liberal idea of spreading democracy abroad. It becomes a “sovereignty-first” moral exceptionalism, with America cast as the chief guardian of “true” freedom – not only against its adversaries, but, when necessary, against some of its allies as well.

Where previous strategies stressed the defence of a “liberal international order,” the 2025 NSS casts the US primarily as a victim – exploited by its allies and shackled by hostile institutions. Exceptionalism becomes the story of a besieged superpower rather than a model of democracy.

Behind the rhetoric of “greatness”, the document often reads like a business plan designed to advance the interests of major industries – and, not incidentally, Trump’s own businesses. In this logic, profit is no longer constrained by morality; morality is re-engineered to serve profit.

A trumpist rewriting of the Monroe Doctrine

The NSS also offers a mythologized version of the Monroe Doctrine (1823), describing its approach as “a common sense and potent restoration of the historic vocation” of the United States – namely, to protect the Western Hemisphere from external interference. In reality, this appeal to the past serves to build a new doctrine – a “Trump Corollary,” echoing Theodore Roosevelt’s corollary. America is no longer merely defending the political independence of its neighbours; it is turning the region into a geo-economic and migratory preserve, a direct extension of its southern border and a showcase for US industrial power.

Under the guise of “restoring” Monroe, the text legitimizes a Trumpist version of regional leadership. It makes control over flows of capital, infrastructure, and people the very core of America’s mission. A quasi-imperial project is thus presented not as a break with the past, but as the natural continuation of American tradition.

The 2025 NSS, by contrast, openly embraces political interference in Europe. It promises to fight what it calls “undemocratic restrictions” imposed by European elites. In Washington’s view, these include regulations on US social-media platforms, limits on freedom of expression, and rules targeting nationalist or sovereigntist parties. The NSS also vows to weigh in on Europe’s energy, migration, and security choices.

In other words, Washington invokes Monroe to turn its own hemisphere into a protected sanctuary while claiming the right to intervene in European political and regulatory life – effectively granting itself what the doctrine denies to others.

Europe as the central battlefield

Europe is omnipresent in the 2025 NSS – mentioned around fifty times, roughly twice as often as China and five times more than Russia. It is described as the central theatre of a crisis that is at once political, demographic, and civilizational. The text systematically pits European “elites” against their own peoples. It accuses those elites of using regulations to impose deeper European integration and more open migration policies. Such policies are portrayed as a form of “civilizational erasure” that poses an existential threat to Europe. Without saying so, the document echoes the logic of French writer Renaud Camus’s “Great Replacement” theory, a well-documented far-right conspiracy narrative.

The Trump administration claims for itself an unprecedented right to ideological interference. It pledges to defend Europeans’ “real” freedoms against Brussels, the courts, and national governments, while implicitly backing ethno-nationalist far-right parties that present themselves as the voice of “betrayed peoples”. The European Union is portrayed as a suffocating norm-producing machine whose climate, economic, and social rules allegedly sap national sovereignty and demographic vitality.

In the process, the very meaning of “democracy” and “freedom” is turned on its head. These values are no longer guaranteed by liberal institutions and treaties but by their contestation in the name of a supposedly homogeneous and threatened people that Washington now claims to protect – even on European soil.

Russia, for its part, appears less as an existential foe than as a disruptive power, whose war in Ukraine mainly serves to hasten Europe’s decline. The 2025 NSS insists on the need for a swift end to hostilities and for a new strategic balance. China is the only true systemic rival, above all economically and technologically. Military rivalry (over Taiwan or the South China Sea) is acknowledged but is always framed through the key concern: preventing Beijing from turning its industrial might into regional and global hegemony.

The Middle East is no longer central. Thanks to energy independence, Washington seeks to offload the security burden onto regional allies, reserving for itself the role of dealmaker vis-à-vis a weakened Iran. Africa is considered as a geo-economic battleground with China, where the United States favours commercial and energy partnerships with a handful of “select countries” rather than aid programs or heavy-footprint interventions.

A doctrine that fails to command consensus

Despite the apparent coherence and the highly assertive tone of the strategy, the MAGA camp remains deeply divided over foreign policy. On one side stand “America First” isolationists, hostile to any costly projection of power; on the other, hawks who still want to use US military superiority to impose favourable power balances.

Above all, opinion polls (here, here, and here) suggest that while part of the Republican electorate embraces the language of toughness (on borders, China, and “the elites”), the American public as a whole remains broadly attached to liberal democracy, checks and balances, and traditional alliances. Americans may want fewer endless wars, but they are not clamouring for an illiberal retreat, nor for a frontal assault on the institutions that have underpinned the international order since 1945.

The Conversation

Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. The MAGA International: Trump’s 2025 National Security Strategy as an ideological manifesto – https://theconversation.com/the-maga-international-trumps-2025-national-security-strategy-as-an-ideological-manifesto-272094

La France qui se dépeuple, la France qui croît : état des lieux démographique

Source: The Conversation – in French – By Sébastien Oliveau, Géographe, directeur de la MSH Paris-Saclay, Université Paris-Saclay; Aix-Marseille Université (AMU)

Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) fait partie des villes dont la population diminue en raison de son solde naturel. Jean-Pierre Goetz/Unsplash, CC BY

Si l’accent a été mis cet été sur la fin observée de la croissance démographique naturelle en France, tous les territoires ne sont pas touchés de la même façon. Un rapide tour de France nous montre que les dynamiques restent très variées.


En juillet 2025, les médias se sont emparés d’un chiffre choquant : le solde naturel de la France (la différence entre le nombre de décès et le nombre de naissances) était négatif depuis douze mois, marquant l’arrêt de la croissance naturelle du pays. La croissance démographique de la France repose désormais sur le solde migratoire (différence entre les entrées et les sorties du territoire).

Ce phénomène, nouveau à l’échelle nationale, touche en fait de nombreuses communes, voire départements, depuis longtemps, notamment dans les zones rurales.

En France, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la croissance démographique a toujours été positive grâce à un solde naturel et un solde migratoire positifs. Depuis quelques mois, le solde naturel est désormais négatif à l’échelle nationale, mais le solde migratoire reste suffisant pour assurer encore la continuité de la croissance démographique du pays.

La région parisienne boostée par les naissances, l’Occitanie par les migrations

Lorsque les soldes naturel et migratoire sont positifs, la population augmente, c’est le cas aujourd’hui des grandes métropoles, de certains espaces frontaliers (avec la Suisse, l’Allemagne, le Luxembourg), mais aussi localement à La Réunion et en Guyane.

La croissance peut parfois être portée uniquement par un solde naturel positif même si le solde migratoire est négatif. On retrouve ces dynamiques dans les mêmes lieux que ceux que nous venons de citer : localement à La Réunion (par exemple, à Saint-Denis) ou en Guyane (à Saint-Laurent-du-Maroni) ou encore dans une moitié de l’Île-de-France, la commune de Lyon (Rhône), etc.

On peut enfin avoir une croissance démographique liée à un solde migratoire positif (les personnes viennent d’autres territoires français, voire internationaux), malgré un solde naturel négatif. C’est le cas de la façade atlantique, du sud de la Nouvelle-Aquitaine, de l’Occitanie, de la région PACA et de la Corse.

A contrario, la décroissance peut être due à des soldes naturels négatifs malgré des soldes migratoires positifs. C’est le cas d’une bonne partie des espaces ruraux du centre de la France jusqu’au sud du Massif central et même jusqu’aux Pyrénées. La moitié nord de la France, à l’exception des zones dynamiques précédemment citées, se trouve dans une situation où le solde migratoire négatif entraîne une baisse de la population, parfois couplée à un solde naturel négatif qui accentue encore ces tendances. La situation de la Guadeloupe et de la Martinique est d’ailleurs similaire.

L’oubli des campagnes

Les chiffres globaux cachent donc une diversité locale souvent laissée de côté. Ainsi, une partie de la France perd de la population de manière régulière depuis plus de cinquante ans et, pour certains lieux, depuis la fin du XIXᵉ siècle.

Le cas du département de la Creuse est l’exemple le plus marquant. Le département a connu son pic de population en 1886, avec presque 285 000 habitants. Depuis, il s’est littéralement vidé. Il a d’abord été victime de l’exode rural, mais, depuis 1975, le solde migratoire est positif. C’est donc depuis lors la panne de la dynamique naturelle qui explique la décroissance démographique de la Creuse. Le solde naturel atteint en effet presque – 1 % par an désormais (un record en France). On y dénombre deux fois et demie plus de décès que de naissances, et l’année 2024 a été marquée par seulement 713 naissances, deux fois moins que dans les années 1970.

Quid de la « renaissance rurale » ?

On a pourtant souvent entendu parler depuis les années 1990 d’une « renaissance rurale ». À l’échelle nationale, c’est effectivement le cas : sous l’influence de l’étalement urbain et l’accélération des déplacements, les campagnes les plus proches des villes, et particulièrement des plus grandes, ont connu une croissance démographique régulière, qui continue. Mais il s’agit en fait surtout d’un effet de débordement des populations urbaines sur les territoires environnant, facilité par le développement des transports (l’automobile en premier lieu).

Les tenants de cette « renaissance rurale » n’ont pas voulu voir la réalité des nombres. Alors que les indicateurs de croissance étaient globalement positifs, le dépeuplement d’une partie du territoire, souvent déjà peu dense, perdurait. En outre, une partie de ces migrations sont le fait de personnes en retraite, ce qui ne peut qu’apporter une dynamisation temporaire de la démographie locale (il n’y a pas de relance de la natalité).

Une récente étude, proposée par les géographes Guillaume Le Roux et Pierre Pistre, montre néanmoins une accélération des dynamiques migratoires au profit des espaces ruraux, à la suite du confinement de 2020. Cependant ces migrations restent modestes et concernent surtout les populations les plus aisées, qui sont aussi les plus âgées.

Des villes qui perdent aussi en population

La baisse de la population touche aussi des villes, et pas des moindres. Elle est souvent liée à l’émigration, mais cela peut-être aussi lié à la baisse de leur dynamique naturelle, ou encore à l’accumulation des deux facteurs.

Dans le premier cas, la baisse de population liée à l’émigration, on trouve plus de 90 villes de plus de 20 000 habitants, dont 27 centres urbains de plus de 50 000 habitants, allant de Bondy, Arles et Sartrouville pour les plus petites, jusqu’à Grenoble, Le Havre, Reims et surtout Paris. Pour la capitale, la dynamique affecte la commune intra-muros : la banlieue et les espaces périurbains d’Île-de-France connaissent des dynamiques variées. L’ensemble de la région Île-de-France reste en croissance grâce à sa dynamique naturelle.

Dans le second cas, la baisse de population liée à la dynamique naturelle, on ne trouve que 13 villes de plus de 20 000 habitants, parmi lesquelles figurent Hyères et Cannes. Une trentaine de villes de 10 à 20 000 habitants sont également concernées, partout en France : cela impacte aussi bien le Sud (Saint-Cyr-sur-Mer, Roquebrune-Cap-Martin…) que le centre (Le Puy-en-Velay, Saint-Amand-les-Eaux…), l’Ouest (Cognac, Thouars, La Flèche, Douarnenez, etc.) ou l’est de la France (Autun, Bischwiller, Freyming-Merlebach…).

Le dernier cas, la baisse de population liée à une décroissance totale (les deux soldes sont négatifs) touche, quant à elle, 74 villes de plus de 10 000 habitants, dont 27 villes de plus de 20 000 habitants, les plus grandes étant : Cherbourg, Bourges, La-Seyne-sur-Mer, et Saint-Quentin.

De la nécessité de penser local

La fin de la croissance naturelle observée à l’échelle nationale est donc un cas de figure déjà connu localement, ce qui peut paraître nouveau est donc déjà expérimenté dans de nombreux endroits. Les dynamiques observées doivent être différenciées aussi bien en termes de taille démographique des territoires concernés que de localisation régionale, ou encore en fonction des profils des habitants concernés. De manière générale, les espaces métropolitains enregistrent plus de naissances que de décès, notamment parce que leur structure par âge est plus jeune. Les populations étudiante et active tendent à rejoindre les villes (ou à y rester), alors que les personnes retraitées partent plus facilement s’installer sur la façade atlantique et dans la moitié sud de la France.

La prise en compte des dynamiques locales dans leur diversité géographique est nécessaire : les besoins ne seront pas les mêmes dans les années à venir dans une petite commune rurale en décroissance en Champagne ou dans une commune en croissance de la banlieue lyonnaise. La décroissance liée à la migration n’a pas les mêmes ressorts que celle liée au solde naturel négatif.

Les conséquences de ces différentes dynamiques ne seront pas non plus les mêmes, que l’on songe par exemple aux besoins d’équipements publics : quid des services au profit de la jeunesse lorsque le solde naturel devient négatif ? La migration concerne-t-elle des jeunes actives diplômées ou des couples de retraités ? Car le profil des migrations a des effets très différents : lorsque de jeunes femmes partent pour les études et ne reviennent pas, c’est la natalité future qui s’en trouve affectée ; lorsque des retraités quittent le territoire, c’est à la fois une perte de revenu local et une moindre charge future pour les services de santé et d’aide à la personne ; lorsque des actifs s’en vont, c’est la ressource en main-d’œuvre qui se réduit. Autant de situations qui se combinent et appellent des réponses locales, adaptées et innovantes.

Il n’y a pas une France en décroissance, mais des variétés de situations. C’est sans aucun doute là qu’est le plus grand défi : penser l’adaptation localement dans un pays dont les discours et l’action politiques sont toujours pensés de manière trop globale.

The Conversation

Sébastien Oliveau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La France qui se dépeuple, la France qui croît : état des lieux démographique – https://theconversation.com/la-france-qui-se-depeuple-la-france-qui-croit-etat-des-lieux-demographique-265310

Timides, audacieux, anxieux… les poissons, aussi, ont une personnalité

Source: The Conversation – in French – By Marie-Laure Bégout, Chercheuse, Ifremer

Si vous pensiez que ce qui ressemble le plus à un bar est un autre bar, détrompez-vous, chaque individu a sa propre personnalité, et la recherche décortique ces traits pour mieux les comprendre et pour améliorer le bien-être des animaux.


Depuis des années, voire des siècles, la personnalité a été étudiée chez l’humain. En 1990, cinq tempéraments (ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité et névrotisme) ont été définis et sont désormais utilisés pour décrire la personnalité humaine. Ces traits ont également été identifiés chez de nombreux animaux terrestres, notamment dans des environnements d’élevage comme les fermes bovines ou porcines afin de disposer d’indicateurs de performances ou de bien-être des animaux.

Chez les animaux, la personnalité a été déclinée en cinq traits : timidité et audace (en réponse à des situations à haut risque), exploration (en réponse à de nouvelles situations), niveau d’activité, d’agressivité et de sociabilité. Ces traits sont souvent liés, on parle alors de typologies comportementales. Deux types de réponses extrêmes sont distinguées et les individus qui composent une population se distribuent entre ces deux extrêmes selon un continuum. Il y a les individus plutôt proactifs qui ont une réponse de combat ou de fuite et, à l’opposé du continuum, les individus principalement réactifs qui ont une réponse de type immobilité et qui montrent une forte timidité.

Tout d’abord démontrées chez les oiseaux ou les mammifères, ces types de réponses conduisent à observer par exemple qu’un cochon plutôt proactif explore son milieu de vie rapidement et forme des routines (il va toujours très vite dans le même couloir chercher sa nourriture) alors qu’un individu plutôt réactif aura une exploration minutieuse de son milieu, sera enclin à changer de direction plus souvent et trouvera plus rapidement sa nourriture si elle a changé de couloir dans un labyrinthe.

Ce poisson est-il timide ou audacieux ?

Pour ma part, je m’intéresse aux poissons depuis plus de trente ans et plus particulièrement à leurs réponses comportementales et à leurs capacités d’adaptation à divers environnements. Chez eux également des travaux menés en laboratoire ou dans l’environnement naturel depuis plus de deux décennies ont contribué à démontrer que, comme tous les animaux, les poissons sont doués de capacités cognitives complexes, d’apprentissage et de mémoire : compétences socles de leur intelligence.

Ces compétences leur permettent de résoudre les problèmes qui se posent à eux pour survivre dans leur environnement naturel et social et, comme tous les animaux, la manière dont ils résolvent ces problèmes sera différente selon leur personnalité, s’ils sont plutôt timides ou audacieux. L’existence des patrons comportementaux correspondants aux deux typologies proactive/réactive a été largement montrée chez les poissons que ce soit dans un contexte d’élevage ou dans un contexte écologique.

Un prérequis pour ces recherches dans l’ensemble, mais aussi pour celles que j’ai conduites, a été d’imaginer des dispositifs expérimentaux pour mesurer ces traits de personnalité adaptés aux animaux en général sociaux que sont les poissons, au milieu aquatique et aux méthodes disponibles. En particulier, il est important de bien concevoir le dispositif et la procédure du test pour éviter les situations d’ambiguïté.

Dans certains cas par exemple, on souhaite mesurer les patrons comportementaux ou le niveau d’anxiété en réponse à un facteur de stress et il existe des tests pour cela, par exemple en plaçant l’individu dans un environnement nouveau et en mesurant immédiatement sa réponse (activité de nage).

Labyrinthes et arènes pour observer les poissons

Dans d’autres cas, on veut mesurer une autre caractéristique que la réponse à un facteur de stress, la méthode la plus simple consiste alors en l’ajout d’une période d’acclimatation qui n’est pas utilisée pour mesurer le trait comportemental d’intérêt. Dans mon laboratoire nous avons divers dispositifs afin de mesurer les capacités comportementales des poissons (comme le médaka marin, le poisson zèbre ou le bar) lors de challenges ou suite à des expositions à des molécules chimiques ou des situations mimant des changements climatiques ou globaux. Il s’agit de labyrinthes, de dispositifs de préférence de place (le poisson peut choisir entre un fond clair ou sombre dans son aquarium), des arènes d’observation (grand aquarium adapté à des petits groupes de poissons) dans lesquelles nous filmons les poissons pour ensuite déterminer leurs déplacements à l’aide de logiciels spécifiques.

Ainsi pour caractériser les traits de personnalité, par définition des caractéristiques individuelles, les expériences ont d’abord été généralement réalisées en travaillant avec des individus testés isolément. En adaptant des tests élaborés pour les rongeurs, nous étudions par exemple l’exploration d’un labyrinthe en Z chez les poissons marins (médaka marin, bar) avec des enregistrements par vidéo des déplacements en 2D.

Un individu est placé dans une zone de départ ombragée, et après quelques minutes d’acclimatation, une porte est ouverte à distance et permet l’exploration de quatre couloirs continus sans obtenir de récompense particulière. Ce test permet d’évaluer à la fois l’audace à travers la prise de risque (sortir de la zone protégée) et l’exploration d’un nouvel environnement. Cela nous a permis par exemple de montrer que l’expérience de vie antérieure chez le bar (être nourri à heure fixe ou à heure imprévisible) avait une influence sur le niveau d’audace : être nourris à heure fixe rendait les individus moins audacieux. Dans un autre contexte, celui de l’écotoxicologie, cela nous a aussi permis de démontrer que les polluants pouvaient altérer l’audace, l’activité et les capacités exploratoires de poissons exposés à certains polluants ou de leur descendance.

Cependant les manipulations exercées sur chaque individu testé constituent une source de stress pouvant aussi bien révéler qu’altérer les réponses comportementales et les capacités cognitives des individus. Pour contourner cela, nous réalisons aussi des enregistrements de l’activité de nage en petits groupes de 6 à 10 individus, cela nous permet de mesurer la réponse comportementale des individus au sein du groupe. Au-delà de l’activité plus ou moins intense, les distances entre les poissons et l’utilisation de l’espace dans cet environnement nouveau sont indicatrices du stress et de l’anxiété des animaux. Avec cette approche, nous évaluons l’activité, la thigmotaxie (déplacements répétés d’un individu qui suit les parois et évite le centre de l’aquarium) et la cohésion des groupes. Dans ce test, la zone centrale est aussi une zone plus exposée qui est préférée par un poisson audacieux, évitée par un poisson timide ou anxieux.

Pour faire la différence entre plusieurs traits comportementaux à l’issue d’un test, il peut être nécessaire de faire plusieurs tests différents et de s’assurer de la convergence des réponses. Par exemple, une baisse d’oxygène disponible augmente la thigmotaxie tout en réduisant l’activité et la cohésion du groupe. Ces indicateurs, combinés à des mesures sanguines de marqueurs du stress tels que le cortisol, permettent de qualifier le niveau de bien-être des animaux.

Des connaissances indispensables pour le bien-être

Toujours dans des groupes, nous avons été parmi les premiers à mesurer l’audace et l’activité individuelle dans de très grands groupes de 500 à 1500 bars. Pour cela nous avons installé dans les bassins d’élevage de 5m3 un séparateur avec un passage circulaire de 10 cm de diamètre au milieu.

Bassin d’expérimentation et schéma de l’expérimentation.
Fourni par l’auteur

Chaque poisson équipé d’une puce électronique a son identité lue par une antenne lorsqu’il quitte le groupe des poissons en zone ombragée et prend le risque d’aller de l’autre côté du séparateur. En répétant le même test trois fois à plusieurs semaines d’intervalle, ces travaux ont démontré un apprentissage du test – une mémorisation, que les traits de personnalité étaient stables dans le temps et que les individus les plus timides avaient une meilleure croissance dans les conditions de notre élevage. Documenter ces traits de personnalité est important en pisciculture pour éviter la sélection par inadvertance de certains traits comportementaux (par exemple, l’agressivité) qui pourraient avoir des conséquences négatives sur la production et surtout compromettre le bien-être des animaux.

En effet le bien-être d’un animal est défini par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) comme l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal.

Ces différents exemples montrent comment en développant des méthodes d’observation adaptées, la mesure des réponses comportementales permet de voir autrement les poissons, montrer et démontrer leurs besoins et attentes, leur sensibilité et leurs capacités cognitives, oublier « la mémoire de poisson rouge ». Penser la place des animaux et des poissons différemment dans nos sociétés est une des étapes essentielles pour comprendre et préserver les poissons dans toute leur biodiversité, y compris celle de leurs comportements dans un contexte de changement global avéré.


Un grand merci à tous les étudiants et collègues qui ont développé ces études à mes côtés.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Marie-Laure Bégout a reçu des financements de l’ANR de l’Europe (FP7, H2020, Horizon).

ref. Timides, audacieux, anxieux… les poissons, aussi, ont une personnalité – https://theconversation.com/timides-audacieux-anxieux-les-poissons-aussi-ont-une-personnalite-271809

Musées, expositions et sinologie : les nouveaux instruments du soft power chinois

Source: The Conversation – in French – By Stéphane Aymard, Ingénieur de Recherche, La Rochelle Université

Alors que de nombreuses critiques visent son système politique et certaines de ses pratiques économiques, la Chine multiplie les initiatives d’influence à l’étranger. En France, musées, expositions et centres de sinologie jouent un rôle clé dans la diffusion d’une image apaisée et avantageuse du pays, centrée sur sa richesse culturelle et artistique ainsi que sur ses liens d’amitié avec la France qui remontent à plusieurs siècles. Examen des principaux instruments de ce soft power chinois.


En France, et plus généralement dans les pays occidentaux, la République populaire de Chine a été, ces dernières années, largement critiquée pour sa volonté d’hégémonie, pour la concurrence déloyale que ses industries représentent pour leurs homologues européennes, pour les conditions de travail, la liberté d’opinion, la politique conduite dans la région du Xinjiang (Ouïghours) ou encore les tensions autour de Taïwan, liste non exhaustive.

Face à ces nombreuses critiques de son modèle, Pékin a décidé de développer des actions visant à redorer son image. Ces actions relèvent de ce que le politologue américain Joseph Nye a désigné dans les années 2000 comme le soft power : il s’agit de mettre en œuvre des stratégies d’influence par la diplomatie, l’aide économique ou encore la culture. Le but est d’améliorer sa réputation, d’orienter en sa faveur les décisions des acteurs internationaux et d’attirer les acheteurs étrangers.

Critères de définition du soft power
Critères de définition du soft power selon Mc Clory. Cliquer pour zoomer.

Après l’implantation dans de nombreux pays au milieu des années 2000 des instituts Confucius qui visent à promouvoir la langue et la culture chinoise à l’international, de nouvelles actions ont émergé, ciblant davantage le volet culturel, historique et artistique. Celles-ci passent par les musées et les expositions.

Musées et expositions comme vision bienveillante de la culture chinoise

En 2001, Paris et Pékin signent une convention sur l’ouverture d’un centre culturel chinois en France. En 2002, le Centre culturel de Chine est inauguré à Paris sur 4 000 mètres carrés. C’est le premier centre de ce type dans un pays européen. Le jardin de style chinois comprend une reproduction de la Cité interdite et une statue de Confucius, deux symboles forts de la culture chinoise. En plus des cours de langue, le centre organise de nombreuses manifestations culturelles et dispose d’une bibliothèque-médiathèque.

En dehors des fêtes traditionnelles ou des festivals thématiques, les expositions y tiennent une place majeure. Leurs thèmes sont naturellement orientés vers une présentation harmonieuse et apaisée de la Chine (céramiques, calligraphie, porcelaine, zodiaque, costumes, médecine, pandas), et elles cherchent souvent à mettre en avant les relations amicales entre les deux pays (par exemple, en septembre 2025 ont été organisés le troisième festival mode et culture sino-français et une exposition sur les premiers dictionnaires français-chinois).

C’est aussi l’occasion de présenter la Chine comme destination touristique et de mettre en valeur sa diversité. Les provinces font régulièrement l’objet d’expositions aux titres évocateurs : « Xinjiang, une destination incontournable », mai 2025 (qui montre le côté tourisme et diversité, y compris chez les Ouïghours, pour contrer les critiques) ; « Pourquoi le Yangtsé est-il si fascinant », 2025 ; « Exposition thématique sur le tourisme culturel du Zhejiang », 2023 ; « Saveur de Chine, voyage gastronomique au Ningxia », 2023 ; et bien d’autres encore.

Peu après l’ouverture du Centre culturel de Chine à Paris, une vingtaine d’instituts Confucius ont été créés en France. Vingt ans après, il y en a aujourd’hui 17, répartis dans les différentes régions françaises. Ils associent le monde universitaire, les collectivités territoriales, le monde associatif.

La moitié d’entre eux sont des instituts cogérés par une université française et une université chinoise. Ces instituts culturels chargés de diffuser la culture et la langue s’inspirent du réseau de l’Alliance française (créée dès 1883), du British Council (1934), du Goethe Institute (1951), de l’Institut Cervantes (1991) et d’autres (une vingtaine de pays). Ils visent à faire connaître le pays de façon positive et attractive à travers sa culture : littérature, gastronomie, tai-chi, kung-fu, calligraphie, cérémonie du thé, etc.

Ainsi, ce soft power a été agrégé à la notion confucéenne d’harmonie comme fondement de la société (unité, camaraderie, paix et coordination permettant de s’appuyer sur la force morale plutôt que physique). Néanmoins, le Sénat a ouvert en juin 2021 une mission d’information conduisant à un rapport d’information intitulé « Mieux protéger notre patrimoine scientifique et nos libertés académiques ». Ce rapport abordait la question des instituts Confucius et rappelait que plusieurs dizaines ont fermé en Europe et en Amérique du Nord.

Aujourd’hui, ces instituts sont gérés par une fondation chinoise qui s’inspire dans son fonctionnement du modèle des alliances françaises. L’objectif est la dépolitisation de la dimension culturelle. Ainsi, tout ce qui est sujet à polémique est évité pour laisser la place aux sujets consensuels sur l’histoire, les traditions, les arts, le commerce.

Musées et expositions comme témoins de l’amitié franco-chinoise

L’amitié franco-chinoise repose sur plusieurs siècles de coopération et notamment sur les premiers échanges entre l’empereur Kangxi et Louis XIV.

Cette relation sert de levier pour renforcer les coopérations. Dès 2011, la coopération entre la Cité interdite et le musée du Louvre s’est renforcée, avec l’exposition « La Cité interdite s’expose au Louvre », consacrée à « l’histoire croisée des deux dynasties » et alliant architecture et œuvres d’art (costumes impériaux, portraits d’empereurs, objets de jade, porcelaine, bronze…). L’objectif est d’admirer la Chine impériale et son raffinement. L’idée est aussi de mettre en avant les similitudes et différences entre les deux pays et leurs cultures.

Plus tard, deux expositions « La Chine à Versailles. Art et diplomatie au XVIIIᵉ siècle » auront lieu pour célébrer le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques (1964).

La première exposition, en 2014, vise à mettre en évidence les relations entre les deux pays dès le règne de Louis XIV, les liens d’admiration et d’intérêt réciproques et de nombreuses découvertes mutuelles. La famille royale à Versailles avait un attrait pour tout ce qui venait de Chine. L’exposition rappelle aussi le rôle des missionnaires jésuites envoyés en Chine et la naissance de la sinologie française. Au XVIIIᵉsiècle, il y a eu en France une fascination pour les produits artistiques chinois (porcelaines, étoffes, papiers peints, meubles en laque…). En 1775, la reine Marie-Antoinette fit aménager un jardin anglo-chinois, à proximité du petit château de Trianon avec un « jeu de bague chinois » (sorte de manège avec des paons, dragons et figures chinoises).

L’opération a été renouvelée en 2024 à l’occasion du soixantième anniversaire. Le château de Versailles et le musée du Palais de la Cité interdite ont présenté une exposition consacrée aux échanges entre la France et la Chine aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Celle-ci présente des collections des deux musées liées aux sciences, à l’art, à la diplomatie et aux échanges commerciaux. Elle montre comment, à la cour de France, la Chine et l’art chinois sont appréciés (importations, transformation, imitation des produits de la Chine…), et que l’art chinois a constitué une source d’inspiration pour les artistes français (peinture, architecture, jardins, littérature, musique, sciences…). Les œuvres rassemblées à Pékin visent aussi à montrer la réciprocité (intérêt des empereurs chinois pour les connaissances scientifiques françaises) et les liens d’amitié entre les deux pays.

Fontaine à parfum en porcelaine : Chine, début de l’époque Qianlong (1736-1795). Bronze doré : Paris, vers 1743.
Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Salle d’exposition avec des peintures et des objets chinoises des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles
L’exposition « La Cité interdite et le château de Versailles » avait lieu du 18 décembre 2024 au 4 mai 2025.
Fourni par l’auteur

Toujours en 2024, une année franco-chinoise du tourisme culturel a été programmée pour « faire découvrir les grands chefs-d’œuvre d’hier et d’aujourd’hui de la culture chinoise en France ». En France, le Musée national des arts asiatiques (musée Guimet) a été sollicité et a proposé des œuvres sur la Chine (porcelaines, orfèvreries Ming, œuvres d’art, peintures, calligraphie) issues des musées chinois. Un partenariat a ainsi été noué avec l’agence Art Exhibitions China et des représentations d’opéra chinois ont été organisées. Le centre Pompidou a lui aussi participé avec le West Bund Museum de Shanghai avec des artistes contemporains, témoins du changement de la Chine sur les dernières décennies. D’autres institutions, en province, ont été partenaires : exposition à Deauville, parc animalier du Morbihan, opéra de Bordeaux.

Enfin, un musée tient une place à part : le musée historique de l’Amitié Franco-Chinoise en France, situé à Montargis dans un ancien bâtiment de plus de 400 mètres carrés datant de plus de 300 ans, et acheté par le gouvernement de la Province du Hunan en 2015. L’inauguration officielle a lieu en 2016. Le musée, complété par diverses places, lieux et monuments dans la ville de Montargis, musée présente l’histoire du mouvement des étudiants-travailleurs chinois en France dans les années 1920 à Montargis. L’idée est de diffuser la culture, mais aussi de rappeler l’amitié et la compréhension mutuelle entre les deux pays. Le Mouvement Travail-Études avait à l’époque accueilli en France de futurs leaders chinois, tels que Zhou Enlai (1898-1976), arrivé en France en novembre 1920 et reparti en Chine en septembre 1924, ou Deng Xiaoping (1904-1997), arrivé en France en 1920 et reparti en Chine en 1927 (après une année en URSS).

Ces jeunes travailleurs ont étudié le marxisme et sont à l’origine de la fondation du Parti communiste chinois. Plus de 2 000 jeunes Chinois vont venir à Montargis comme étudiants-ouvriers.

Salle d’exposition du musée de Montargis dans le département du Loiret.
Fourni par l’auteur
Deng Xiaoping (à gauche) et Zhou Enlai.
Fourni par l’auteur

Les centres de sinologie comme vecteur de la culture chinoise dans le monde académique

Plus récemment, la Chine a développé la notion de centres de sinologie avec notamment la création du Centre mondial de sinologie de l’Université des langues et cultures de Pékin, basé à Qingdao, dans la province du Shandong. L’objectif est de faire coopérer des sinologues de plus de 100 pays et de regrouper de nombreuses ressources (centre de connaissances, de traduction, de conférences…). Le Centre s’appuie sur l’expérience de l’Université des langues et cultures de Pékin (BLCU), communément appelée « la petite ONU », spécialisée notamment dans l’enseignement du chinois à l’échelle mondiale. Dans sa présentation officielle, il est indiqué que « le centre s’engage à contribuer à la construction d’un avenir commun pour l’humanité, ainsi qu’à la promotion des échanges culturels et de la compréhension mutuelle. […] Les experts du monde entier pourront mieux comprendre la Chine, raconter son histoire et avoir une compréhension plus claire de la culture chinoise ».

La Chine a également développé des centres et des chaires de sinologie dans différents pays. L’exemple de la Grèce est assez parlant avec le Hellenic Sinology Center (HSC). L’Université ionienne et l’Université des langues et cultures de Pékin ont signé un accord-cadre établissant le HSC, qui fonctionne comme un institut de recherche conjoint dans le cadre du Centre universitaire pour la recherche et l’innovation de l’Université ionienne (UCRI). Il est par ailleurs soutenu par la chaire Unesco sur les menaces pesant sur le patrimoine culturel et les activités liées au patrimoine culturel de l’Université ionienne. Il sert de pont pour la collaboration universitaire entre la Chine et la Grèce. La sinologie y est définie de la manière la plus large possible.

Affiche du film documentaire sino-français Kangxi et Louis XIV, sorti en 2024.
Fourni par l’auteur

Toutes ces actions vont dans le même sens et ont le même but : promouvoir l’image de la Chine à travers sa richesse culturelle, en s’appuyant sur les liens existants et l’amitié entre les pays. Afin de ne pas se heurter à des critiques habituelles, l’idée de réciprocité est mise en avant par la Chine : les expositions et musées font l’objet de projets croisés (en France et en Chine). Les commissaires d’expositions sont français et chinois, à part égale.

L’exemple le plus symbolique est le film documentaire Kangxi et Louis XIV, sorti l’an dernier en France et en Chine, réalisé par le cinéaste français Gilles Thomson et le cinéaste chinois La Peikang, co-produit et appuyé par des conseillers scientifiques français et chinois.

On constate que l’ensemble de ces actions vont dans le même sens et sont coordonnées. L’objectif semble atteint, au regard du succès des manifestations, de l’engouement du public, et plus généralement de la consommation continue et croissante de produits chinois (le but final). Même si pour cette dernière, il est difficile de mesurer les effets réels du soft power, il semblerait que celui-ci joue un rôle. Ainsi, des critiques peuvent aussi exister à l’encontre de l’hégémonie américaine (McDonald’s, Apple, Google… ont fait l’objet de critiques et de sanctions) et il semble qu’aujourd’hui, à choisir entre Tesla et BYD, l’opinion publique française penche pour le produit chinois. Cette opinion est très volatile mais le soft power peut aider et, en la matière, les initiatives chinoises sont plus nombreuses que celles des États-Unis.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Musées, expositions et sinologie : les nouveaux instruments du soft power chinois – https://theconversation.com/musees-expositions-et-sinologie-les-nouveaux-instruments-du-soft-power-chinois-270913

Enseigner la langue des signes, c’est important pour tous les élèves, sourds et entendants

Source: The Conversation – in French – By Diane Bedoin, Professeure des Universités en Sciences du langage, Laboratoire DYLIS, Université de Rouen Normandie

Si la langue des signes française (LSF) est officiellement reconnue par l’État depuis 2005, sa place dans les écoles reste fragile. Les récentes menaces sur le concours de recrutement de professeurs de LSF dans le second degré témoignent d’une méconnaissance des enjeux sous-jacents à la diffusion de cette langue.


Pour la première fois depuis sa création en 2010, le concours pour devenir professeur de langue des signes française dans le second degré (Capes de LSF) a failli ne pas ouvrir en 2026.

À la suite de sa suspension fin septembre 2025, un mouvement d’ampleur s’est mis en marche réunissant des étudiants – avec le lancement d’une pétition, des enseignants-chercheurs – avec une lettre ouverte adressée au ministère de l’enseignement supérieur – et des représentants de la communauté sourde – avec des courriers de la Fédération nationale des sourds de France (FNSF) et de l’Association nationale des parents d’enfants sourds (ANPES).

Face à cette forte mobilisation, relayée par des médias spécialisés comme généralistes, le ministère de l’éducation nationale est revenu sur sa décision fin octobre 2025 : le Capes de LSF ouvrira à la session 2026 au niveau de la Licence 3, conformément à la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, publiée au Journal officiel le 19 avril 2025.

Cet événement a une portée symbolique. Même s’il aboutit à une victoire, il est révélateur de la fragilité de l’enseignement de et en langue des signes française (LSF) au sein du système éducatif français et de la méconnaissance des enjeux sous-jacents à la place de cette langue à l’école et dans la société.

Une histoire engagée de l’enseignement de/en LSF à l’école

Après le Congrès de Milan de 1880, qui déclare la supériorité de la méthode oraliste dans l’enseignement des élèves sourds, l’usage de la méthode gestuelle dans l’éducation des jeunes sourds est interrompu. Elle était pourtant l’héritage de l’œuvre de l’abbé de L’Épée qui avait fondé une école pour enfants sourds à Paris en 1760. Il faut attendre près d’un siècle pour que les langues des signes, et la LSF en particulier, retrouvent progressivement une place dans les établissements scolaires.

À partir des années 1970, les sourds entrent sur la scène publique et revendiquent la reconnaissance de leurs spécificités linguistiques et culturelles. Au cours de cette période appelée Réveil Sourd, les recherches menées sur la LSF – notamment par Bernard Mottez en sociologie et Christian Cuxac en linguistique – démontrent que la LSF est une langue à part entière, disposant notamment d’une grammaire et d’un lexique qui lui sont propres, et qu’elle est porteuse d’une culture, celle de la communauté sourde. Dans la mesure où tout ce qui s’exprime en français peut se signer en LSF (et inversement), les contours d’une éducation en LSF se dessinent et il est possible alors d’envisager « le droit de l’enfant sourd à grandir bilingue ».

Des progrès institutionnels ont été accomplis en ce sens. L’un des événements le plus significatif est la loi du 11 février 2005. Elle réaffirme et renforce la possibilité de choix linguistique pour l’enfant sourd et sa famille, établie par la loi du 18 janvier 1991 : « dans l’éducation et le parcours scolaire des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue, langue des signes et langue française, et une communication en langue française est de droit ».

C’est par cette loi également que l’État reconnaît officiellement la LSF (article 75), ce qui permet et incite à son recours dans l’éducation, les médias ou encore les services publics. Ont suivi la mise en place de l’option LSF au baccalauréat (2008), des pôles LSF (2008, devenus PASS en 2010 puis PEJS en 2017), permettant une mutualisation de moyens au service de la scolarisation collective des jeunes sourds en fonction de leur choix linguistique, des programmes d’enseignement de la LSF (2008-2009, puis 2017-2020), du Capes de LSF (2010) et, plus récemment, les programmes d’enseignement bilingue langue française écrite-langue des signes française pour les cycles 1 et 2 (2023).

Un combat permanent pour la reconnaissance de la LSF à l’école

Malgré ces avancées conséquentes, les Pôles d’enseignement des jeunes Sourds (PEJS) ne sont toujours pas déployés dans toutes les académies, comme le prévoit pourtant la circulaire n° 2017-011 du 3 février 2017. Parmi les PEJS bilingues mis en place, seule une minorité propose une offre complète de scolarisation en LSF de la maternelle au lycée (comme c’est le cas à Lyon, à Poitiers ou à Toulouse). Selon les données fournies par le ministère, si 33,7 % des élèves sourds ont formulé le choix d’une scolarisation en LSF à la rentrée, seuls 3,2 % sont scolarisés en PEJS bilingues.

Dans les faits, si les parents ont le « choix » du parcours de scolarisation pour leur enfant sourd, ils sont bien souvent contraints de déménager ou de se résigner à scolariser leur enfant dans une autre modalité. Ainsi, à ce jour, l’accès à un cursus bilingue n’est toujours pas garanti en France.

Semaine mondiale des sourds, à Poitiers (France 3 Nouvelle-Aquitaine, septembre 2025).

Ces progrès timides peuvent trouver leur source dans le nombre limité de personnes concernées par ces mesures : le nombre de candidats au concours n’a cessé de baisser depuis son ouverture (de 108 inscrits en 2010 à 10 en 2025) et le nombre d’étudiants se destinant au métier de professeur de LSF reste faible.

À cela s’ajoute le peu d’élèves potentiellement concernés par un enseignement de la LSF : 10 600 élèves sourds à la rentrée 2019, selon le rapport du conseil scientifique de l’éducation nationale, dont 3 573 ont fait le choix de la LSF dans leur parcours scolaire. De même, on compterait 100 000 sourds locuteurs de la LSF et 250 000 personnes pratiqueraient la LSF – sourds et entendants confondus.

L’engagement de l’État en faveur de la participation sociale et de la citoyenneté des personnes sourdes ne peut pourtant pas être assujetti à des logiques comptables. Dans le domaine scolaire, cet engagement doit prendre forme à deux niveaux : celui de la scolarisation des élèves sourds selon leur choix de langue première, et celui de la formation à la LSF et la sensibilisation à la surdité des élèves entendants.

L’enseignement de/en LSF : un enjeu fort pour une société plus inclusive

Pour les élèves sourds dont la LSF est la langue principale de communication, cette langue est à la fois langue enseignée et langue d’enseignement, comme l’est le français pour les élèves entendants. La LSF est enseignée comme langue première et le français écrit est enseigné (en LSF donc) comme langue seconde.

Dans cette situation, le regroupement des élèves signeurs et un enseignement dispensé directement en LSF par des professeurs bilingues, souvent eux-mêmes sourds, permettent de répondre aux besoins éducatifs particuliers des élèves sourds qui sont des êtres bilingues en construction. La LSF n’est pas tant un choix ici qu’une nécessité d’accessibilité, car, pour ces élèves, l’enseignement ne pourrait se faire efficacement en français vocal.

Même s’ils concernent peu d’élèves, ces PEJS bilingues sont donc essentiels pour garantir l’égalité des chances à l’école et permettre aux élèves sourds signeurs d’envisager une poursuite d’étude ultérieure, sans restriction.

Si l’enseignement de la LSF est vital pour les élèves sourds signeurs, il a aussi son importance pour les élèves entendants (ou sourds dont le français vocal est la langue principale). Certes, pour eux, la LSF est uniquement une langue enseignée et à titre facultatif. Mais cet enseignement participe d’une meilleure inclusion des sourds dans la société, car certains de ces élèves, sensibilisés à la langue des signes et à la culture sourde, vont poursuivre leur apprentissage de la LSF dans le supérieur (cinq universités proposent une licence avec une filière LSF : Lille, Rouen, Paris 8, Poitiers et Toulouse). Ils se destinent parfois à des carrières professionnelles en lien avec la LSF : enseignants, éducateurs, interprètes, orthophonistes, etc.

Face aux enjeux importants de l’enseignement de et en LSF aujourd’hui en France, la situation décrite ici suscite l’inquiétude de la communauté sourde, des enseignants de/en LSF et des universitaires engagés dans ces filières. Les élèves et les étudiants sourds mais aussi leurs familles, en majorité entendantes, sont également impactés.

Une information complète sur les différentes modalités de communication et de scolarisation possibles pour les enfants sourds et les bénéfices de la LSF dans leur développement langagier permettrait de dessiner ensemble un avenir favorable au bénéfice de chacun et de tous, sourds comme entendants.


Cet article est publié en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la culture.

The Conversation

Diane Bedoin a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) pour le projet DinLang (2021-2025) portant sur les pratiques langagières multimodales dans les dîners familiaux en français et en LSF.

Marie Perini est chargée de mission auprès de la DGESIP (Service de la stratégie des formations et de la vie étudiante), sur la question des formations universitaires en lien avec la LSF et le public sourd.

ref. Enseigner la langue des signes, c’est important pour tous les élèves, sourds et entendants – https://theconversation.com/enseigner-la-langue-des-signes-cest-important-pour-tous-les-eleves-sourds-et-entendants-271130

Avion : qui est prêt à payer plus pour polluer moins ?

Source: The Conversation – in French – By Sara Laurent, Assistant Professor en marketing, Montpellier Business School

Les perspectives de croissance que connaît le secteur aérien mettent à mal ses tentatives technologiques pour se décarboner. Celles-ci, coûteuses, devront pour se déployer être répercutées sur le prix des billets. Mais les passagers sont-ils prêts à payer plus cher pour des vols plus vertueux ? Une enquête menée auprès de 1 150 personnes dans 18 pays nous donne quelques éléments de réponse.


Bien que le transport aérien ne représente qu’une part limitée des émissions de CO₂ (2,1 %) et de gaz à effet de serre (3,5 %), le secteur se trouve confronté à une situation complexe.

D’un côté, il a développé au cours des dernières décennies de nombreuses innovations technologiques qui lui permettent de réduire la consommation de kérosène et, par ricochet, les émissions de CO₂ par passager aérien transporté. De l’autre, la croissance du trafic aérien n’a jamais été aussi forte qu’au cours des années passées – la parenthèse du Covid-19 mise à part. Les prévisions semblent conforter cette tendance pour les vingt prochaines années, en particulier dans les pays en développement, ce qui gomme tous les efforts déployés par les acteurs de l’aérien.


Fourni par l’auteur

Face à ce défi, le secteur aérien court après des innovations plus radicales, des carburants d’aviation plus durables, en passant par l’avion électrique. Mais ces innovations « vertes » sont complexes et coûteuses à développer et à adopter par les compagnies aériennes.

Un surcoût que les compagnies seront tentées d’absorber en les répercutant sur le prix du billet d’avion, ce qui pourra affecter directement le portefeuille des passagers. Mais ces derniers sont-ils vraiment prêts à accepter de payer plus cher pour voyager plus vert ? Nous avons essayé de répondre à cette question à travers une expérimentation menée dans 18 pays d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie, auprès de 1 150 personnes que nous avons interrogées pour mieux comprendre comment elles choisissent leurs billets d’avion.

Près de 10 centimes de plus pour 1 kg de CO₂ de moins

Nous leur avons proposé des vols avec différentes options : prix, confort, bagages, durée… mais aussi selon le type de carburant utilisé et les émissions de CO2. Le but ? Savoir s’ils étaient prêts à payer un peu plus pour des avions moins polluants.

Différentes innovations, chargées d’une empreinte environnementale plus ou moins forte, ont été proposées. Pour chacune d’entre elles, nous parvenons, sans jamais poser explicitement la question aux répondants, à calculer leur propension à payer, c’est-à-dire le montant supplémentaire qu’ils sont prêts à débourser pour réduire leurs émissions de CO2.

L’enquête a principalement montré que les passagers sont prêts à payer 10 centimes d’euros en moyenne pour diminuer leurs émissions de 1kg de CO2. Autrement dit, pour un vol domestique (à l’intérieur de la France) qui va émettre 80 kg de CO2, nos passagers seraient prêts à payer en moyenne 8 euros de plus pour ne pas polluer du tout.

Ces montants restent néanmoins modestes au regard des surcoûts réels liés à l’adoption de ces innovations. Par exemple, les carburants d’aviation durable coûtent 4 à 6 fois plus cher que le kérosène, de sorte que le surcoût pour la compagnie serait bien plus élevé que les 8 euros supplémentaires que nos passagers seraient prêts à payer.

Ceux qui culpabilisent sont prêts à payer plus

Pour autant, tous les passagers aériens ne sont pas prêts à payer le même montant, et certains accepteraient bien plus que 10 centimes par kilogramme. Qui sont ceux qui acceptent ?

Contrairement à ce que l’on pense, les jeunes (qui revendiquent généralement de plus fortes valeurs environnementales) ne sont pas enclins à payer plus que le reste de la population, et les personnes ayant un plus haut niveau d’études ne sont pas plus sensibles à ce sujet.

Certaines variables psychologiques semblent en revanche jouer un rôle bien plus important. Les passagers qui éprouvent une forte honte à l’idée de prendre l’avion (flight shame) – environ 13 % des répondants – se disent d’accord pour payer entre 4 et 5 fois plus que ceux n’en ressentent pas (27 centimes/kg, contre 6 centimes/kg de CO₂).

De même, les personnes ayant de fortes valeurs environnementales ou qui adoptent un comportement écologique au quotidien ont tendance à présenter une plus forte propension à payer (entre 17 et 34 centimes pour réduire leurs émissions de CO₂ d’un kilogramme).

De même, sur le plan comportemental, les voyageurs fréquents et les voyageurs d’affaires considèrent qu’ils pourraient payer autour de 15 % de plus que les autres voyageurs pour réduire les émissions de CO₂ liées à leurs vols.

Les compagnies aériennes devraient donc adopter une approche plus ciblée en se concentrant en priorité sur les passagers aériens motivés par leurs valeurs ou leurs comportements à faire des efforts.

La nécessité de mieux informer sur les innovations

Au-delà de ces résultats chiffrés, notre étude invite à une réflexion stratégique pour les acteurs du transport aérien. Les compagnies aériennes ne peuvent pas compter uniquement sur la bonne volonté des consommateurs pour financer leur transition écologique. Si les passagers sont globalement favorables à une aviation plus verte, leur consentement à payer reste inférieur aux besoins réels de financement.

Deux leviers s’avèrent donc essentiels : la pédagogie et les incitations.

  • D’un point de vue pédagogique, il est crucial de mieux communiquer sur les bénéfices environnementaux concrets des SAF (Sustainable Aviation Fuels, ou carburants d’aviation durable) et des autres technologies de rupture. Cette meilleure communication pourrait familiariser le grand public à ces innovations et ainsi augmenter leur confiance envers le secteur, voire leur propension à payer plus. Pour cela, des campagnes marketing ciblées et pédagogiques pourraient être mises en place. Tout en évitant le greenwashing, elles doivent s’ancrer dans une logique d’éducation et de transparence.

  • Côté incitations, mettre en place une tarification attractive sur les vols à faible impact ou valoriser les comportements écoresponsables dans les programmes de fidélité des compagnies pourrait permettre de convaincre une partie du public plus réticent, en les poussant à adopter des comportements plus vertueux pour des raisons autres que celles liées à l’environnement.




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L’inévitable réduction du trafic aérien

Alors, payer plus pour polluer moins ? Nos résultats montrent que les voyageurs sont prêts à faire un effort, mais pas à hauteur des besoins colossaux de la transition. L’aviation durable ne pourra donc pas reposer uniquement sur la bonne volonté des passagers : elle nécessitera une mobilisation collective, où compagnies, pouvoirs publics, industriels et voyageurs devront agir de concert.

En effet, la consommation de SAF est limitée par les capacités d’approvisionnement actuelles pour répondre aux besoins de tous les secteurs industriels et notamment le transport routier. Le recours aux nouvelles formes d’énergie par l’aérien n’est donc qu’une partie de la solution pour agir à moyen et long terme. La réduction du trafic et les actions sur la demande sont inévitables pour baisser les émissions de CO₂ de l’aérien.

Aux compagnies de jouer la carte de la transparence, pour susciter la confiance et entraîner les comportements. Aux passagers et aux décideurs publics d’assumer leur part du prix d’un ciel plus vert. Car la question qui se profile n’est pas seulement de savoir combien coûtera le billet d’avion demain, mais de déterminer qui, collectivement, sera capable d’inventer un modèle de vol durable.


Article publié en collaboration avec d’autres chercheurs de la chaire Pégase (MBS School of Business) de l’Université de Montpellier et du Bauhaus Luftfahrt – Ulrike Schmalz, Camille Bildstein et Mengying Fu.

The Conversation

Sara Laurent est membre de la Chaire Pégase, une chaire dédiée à l’économie et au management du transport aérien. Cette chaire collabore régulièrement avec des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, aéroports, constructeurs, régulateurs, etc.)

Anne-Sophie Fernandez est membre de la Chaire Pégase, une chaire dédiée à l’économie et au management du transport aérien. Cette chaire collabore régulièrement avec des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, aéroports, constructeurs, régulateurs, etc.

Audrey Rouyre est responsable des activités spatiales de la Chaire Pégase, une chaire dédiée à l’économie et au management du transport aérien. Cette chaire collabore régulièrement avec des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, aéroports, constructeurs, régulateurs, etc.

Paul Chiambaretto est directeur de la Chaire Pégase, une chaire dédiée à l’économie et au management du transport aérien. Cette chaire collabore régulièrement avec des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, aéroports, constructeurs, régulateurs, etc.)

ref. Avion : qui est prêt à payer plus pour polluer moins ? – https://theconversation.com/avion-qui-est-pret-a-payer-plus-pour-polluer-moins-270810

What has — and hasn’t — changed in the way news addresses sexual violence

Source: The Conversation – Canada – By Tuğçe Ellialtı-Köse, Assistant Professor of Sociology, University of Guelph

Despite decades of commitments to gender equality, women remain marginalized in news media. According to the latest report of the Global Media Monitoring Project (GMMP) — the largest research study on gender equality in the media — women constitute only 26 per cent of news subjects and sources.

This imbalance is especially concerning in Canada where local news outlets are increasingly shuttered and national newsrooms continue to shrink. As such, whose voices make it into the headlines matters now more than ever.

The problem, however, is not only underrepresentation but also misrepresentation. The GMMP report notes news stories that challenge simplistic, widely held beliefs about women and men are rare, indicating that gender stereotyping in news coverage is more pronounced than at any point in the past 30 years.

Equally alarming is the finding that stories of gender-based violence seldom make the news. In fact, fewer than two out of every 100 news articles, and only a third of these, focus on sexual assault and harassment against women.

These findings challenge the myth of post-feminism in 21st-century media and raise important questions such as:

Our research explored these questions.

Examining sexual assault reporting after 2017

We analyzed news articles published after the viral spread of the #MeToo hashtag in 2017. We examined how Canadian news media report, portray and comment on sexual violence, primarily its causes, contexts and consequences.

The results are mixed.

On the one hand, there has been increased recognition of sexual violence as a widespread social problem.

On the other hand, news coverage remains fraught with sympathetic portrayals of perpetrators, skepticism toward victims/survivors and a reluctance to contextualize sexual violence within broader gender norms and inequities.

This creates a paradoxical picture, where the integration of feminist ideas and the much-discussed “narrative shift” — a transformation in how the public perceives and discusses sexual violence that moves from silence and stigma to validation and demands for accountability — that remains inconsistent.

Subtle language choices reinforce old myths

Our key finding is that news coverage still reinforces false, stereotypical beliefs about rape, rape victims and rapists that minimize, deny or justify sexual violence, often shifting blame from the perpetrator to the survivor.

Although victim-blaming and “overt sexism” seem to finally be diminishing in prevalence, news articles continue to cast doubt on the credibility of victims’/survivors’ accounts. This helps sustain the myth of false allegations and of the lying (female) victim.

In our study, the term “allege” and its derivatives appeared 525 times across 106 out of 162 articles, and words like “accuse” and its variations were used 240 times across 72 articles. While such language reflects legitimate legal precautions, its repeated and unexamined use in sexual violence reporting can shift attention away from victims’ experiences.

We also found that news coverage often casts perpetrators in a positive light, underscoring, for example, their social status even when it adds little to the case.

Across our pool of samples, accused perpetrators were described in flattering ways including “a top pain specialist during his four decades at Toronto Mount Sinai Hospital,” “the biggest stars of the Canadian entertainment industry” and “one of the wealthiest and most famous soccer players in the world.” These portrayals feature successful careers and draw attention to credentials and accomplishments.

Given the incorrect societal perception that high-status individuals are less likely to commit sexual assault, this complimentary language is problematic.

The consequences of selective storytellling

Our research shows that news articles tend to give the most attention to high-profile cases involving popular figures or celebrities.

While this selective focus often reflects the media outlets’ strategies to boost readership, it has real consequences. It shapes which stories get told and which do not, leaving many ordinary yet equally important cases without coverage.

This unequal attention can make sexual violence seem like an issue confined to a few “high-profile” settings such as film sets, business corporations or professional sports.

In doing so, it risks overlooking the fact that sexual victimization affects people across all backgrounds, with low-income, Indigenous and racialized women being at higher risk. It also echoes long-standing critiques of #MeToo for centring the experiences of white, affluent, young and able-bodied women, and lacking an intersectional perspective.

This can be mitigated through small but intentional efforts such as explicitly addressing known inequities in reporting.

Toward more responsible journalism

Prior research noted that news coverage relied heavily on political and criminal justice officials when relaying crime stories, including gender-based violence. Our research shows this is starting to change.

Notably, we are starting to hear from the victims/survivors, who have largely been left out from media accounts for being “unreliable narrators and testifiers.” This is significant as it sheds light on the firsthand experiences of the victims/survivors.

Our work, however, suggests that reporting on sexual violence remains inconsistent.

One significant observation is that even the articles that recognize the lasting impact that sexual violence has on victims/survivors tend to fail to provide support-service information. Only 10 out of the 162 articles in our study included such information. This is concerning given the significant positive impact that victim services have for victims/survivors and the media’s role in raising awareness on this topic.

It is timely to call for more news coverage that is not only accurate and reliable but also socially conscious and gender-equitable.

Editorial guidelines, for example, recommend using specific language that reflects the violating nature of sexual assault and avoids euphemisms like “inappropriate behaviour,” “sex scandal” or “sexual incident” to describe it.

This work is particularly important as the news remains the place Canadians turn to for information that they trust the most.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What has — and hasn’t — changed in the way news addresses sexual violence – https://theconversation.com/what-has-and-hasnt-changed-in-the-way-news-addresses-sexual-violence-270008