Comment favoriser la réutilisation des eaux usées traitées en France ?

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Harmand, Directeur de Recherche, Inrae

Le plan Eau de la France vise 10 % de réutilisation des eaux usées traitées à horizon 2030. Comment y parvenir sans augmenter la quantité d’eau consommée au total – c’est-à-dire, sans risquer un effet rebond ? Panorama des bonnes pratiques identifiées par la recherche scientifique.


En France, le plan Eau annoncé par le président de la République en 2023 affichait un objectif de développement de 1 000 projets de réutilisation des « eaux non conventionnelles (ENC) » en 2027. Il s’agit d’un objectif intermédiaire avant de viser 10 % de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) à horizon 2030.

S’il est poursuivi sans suffisamment de discernement, cet objectif quantitatif national pourrait conduire à une maladaptation et à des projets inadéquats. Par exemple, à des projets qui auraient pour conséquence d’augmenter la quantité globale d’eau consommée à la faveur de l’« effet rebond ». Le risque serait de présenter la REUT comme une nouvelle ressource, alors même que cette eau remobilisée est susceptible de manquer aux milieux naturels.

Pourtant, l’état de l’art scientifique et l’analyse des retours d’expériences internationaux confirment l’intérêt du réusage de l’eau pour répondre à des situations de fortes tensions. Ces mêmes expériences démontrent aussi que les projets sont fortement conditionnés par les contraintes locales.

Autrement dit, leur réussite va dépendre de l’implication des acteurs, de l’adéquation entre la qualité de l’eau requise et le niveau de technologie des traitements, de la viabilité économique des projets, etc.

Les eaux usées, une ressource plutôt qu’un déchet

Pour aider nos sociétés à s’adapter au changement climatique et préserver notre environnement, une gestion maîtrisée et responsable de l’eau est essentielle, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif. Il s’agit d’un enjeu stratégique pour assurer des conditions de vie soutenables à tous.

Cela passe notamment par la sobriété et l’optimisation des usages et le partage de la ressource. Surtout, il ne faut pas oublier de prendre en compte de l’état des milieux aquatiques. Par exemple, en considérant le rôle environnemental des eaux usées traitées dans le maintien des débits d’étiage pendant les périodes de sécheresse.

Dans ce contexte, les eaux usées ne doivent plus être considérées comme un déchet à traiter et évacuer, mais comme une ressource. Ces eaux peuvent par exemple être riches en fertilisants utiles aux cultures agricoles. Dans une logique d’économie circulaire, on peut les considérer comme des flux de valeur, en fonction des spécificités territoriales (adéquation entre les besoins des cultures et l’eau disponible, proximité des usages…).

Les eaux usées domestiques constituent la principale ressource pouvant être mobilisée. Il est toutefois nécessaire d’élargir le concept d’économie circulaire de l’eau à l’ensemble des eaux non conventionnelles. Par exemple, les eaux de pluie, eaux de piscine ou encore les eaux évacuées du sous-sol pour permettre l’exploitation d’ouvrages enterrés tels les métros, tunnels ou parkings… Ceci permet d’équilibrer au mieux les usages et les prélèvements à l’échelle d’un territoire.

Boucler le « petit » et le « grand » cycle de l’eau

Pour faire face aux tensions sur la ressource, il nous faut donc inventer de nouvelles approches. L’enjeu est de repenser son utilisation tout au long des chaînes de valeur. Pour cela, on peut imaginer des usages en boucles (réusage après un usage précédent), là où ils étaient jusqu’à maintenant linéaires (mobilisation, utilisation, rejet).

Il s’agit de concevoir une gestion de l’eau plus intégrée à l’échelle d’un territoire, qui va contraindre ressources et besoins. L’objectif est que le cycle d’usage perturbe le moins possible le « grand » cycle (ou cycle naturel) de l’eau, aussi bien quantitativement que qualitativement.

Le contexte agricole, urbain ou industriel a également son importance. Il impose d’examiner les risques environnementaux et sanitaires. En effet, il s’agit de modifier le cycle de l’eau. La mise en place de solutions favorisant des cycles courts peut impacter les milieux et les populations à des degrés divers. C’est particulièrement vrai en périodes de sécheresse sévère.

Par exemple, la qualité microbiologique de l’eau peut poser question dans les situations de réutilisation indirecte. Dans ce cas, l’eau n’est pas prélevée directement en sortie de station (où elle serait alors soumise à des normes de qualité afin d’être réutilisée), mais en aval, dans le cours d’eau dans lequel la sortie de station s’est déversée. Ce type de prélèvement n’est réglementairement conditionné qu’à des contraintes quantitatives, et non plus qualitatives.

Quels sont les projets qui aboutissent ?

L’état de l’art scientifique et l’analyse des retours d’expériences internationaux sont utiles pour identifier les facteurs de réussite de ces projets.

Ils tirent tout d’abord parti d’un contexte géographique favorable. Par exemple, lorsque la distance entre les gisements et les usages potentiels est raisonnable ou que des aménagements hydrauliques existent déjà.

Ils organisent aussi la concertation des diverses parties prenantes concernées (gestionnaires, agriculteurs, consommateurs, financeurs…). L’enjeu est de les impliquer dans la gouvernance pour permettre de mieux aligner leurs intérêts respectifs.

Ils mettent également en place un plan de maîtrise des risques sanitaires et environnementaux, par exemple en adoptant une approche multibarrière.

Ces projets gagneraient à s’inscrire dans un cadre réglementaire et normatif clair et harmonisé, à une échelle dépassant le cadre national afin de tirer parti des retours d’expériences internationaux. À l’exception de la réutilisation à usage agricole, la réglementation sur les eaux usées pourrait être améliorée pour être mieux calibrée, plus cohérente, moins complexe et davantage inscrite dans la durée.

Enfin, ces projets doivent mobiliser des modèles économiques équilibrés entre les parties prenantes productrices et bénéficiaires. Ils devraient reposer sur une analyse au cas par cas de la rentabilité des infrastructures, dont le financement et l’exploitation croisent souvent acteurs privés et publics.

Les bonnes pratiques à adopter

Pour favoriser le succès des projets de REUT, il faut d’abord faire de la gestion responsable de l’eau une priorité dans chaque pays du monde. Cela implique d’inscrire dans la loi des instruments réglementaires de politique environnementale le permettant, sans alourdir et complexifier les cadres actuels.

Cela passe également par la promotion de mesures préalables. Notamment la sobriété, l’optimisation et le recyclage in situ des eaux lors de la conception puis l’exploitation de nouvelles d’infrastructures. Pour minimiser les impacts anthropiques de l’homme sur le cycle naturel de l’eau, il vaut mieux réutiliser un mètre cube d’eaux usées plutôt que de le puiser dans le milieu naturel.

Il convient d’intégrer dans l’analyse de rentabilité du projet, ses impacts et bénéfices sanitaires, sociaux et environnementaux sur l’ensemble de son cycle de vie, ainsi que le coût de renoncement global.

On pourrait également intégrer le recyclage de l’eau prélevée dans tous les schémas directeurs de l’aménagement et de gestion des eaux. La REUT peut ainsi être intégrée aux projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) et aux schémas d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE).

C’est à cette condition que l’on peut concevoir et planifier une réutilisation multiressource et multiusage (lorsqu’elle est possible et pertinente) des eaux usées. Cela permet de substituer la REUT à d’autres prélèvements sur le milieu ou à l’utilisation d’eau potable. Pour cela il faut prendre en compte de façon systématique les enjeux de restauration et de préservation des ressources et des écosystèmes

Cela nécessite également de repenser les appels d’offres et contrats de délégation de service public. Il faudrait tenir compte de la raison d’être et des fonctions diverses des stations de traitement des eaux usées, et élargir leur rôle de « stations d’épuration » à celui de véritables usines de valorisation, lorsque c’est pertinent.

Au-delà de la récupération de l’eau, on peut y prélever des nutriments, comme l’azote ou le phosphore, ou encore produire de la chaleur. Mais, pour que cela possible, il convient d’adapter en conséquence les instruments fiscaux, les modalités de tarification et plus largement les modèles économiques.

Renforcer le soutien financier à la recherche sur cette question est crucial. À diverses échelles, on peut par exemple citer le Défi Clé Water Occitanie (WOc), le projet REUTOSUD, le programme de financement Water4All ou encore le réseau européen de recherche Water4Reuse.

Cela passe aussi par la création et l’animation de structures de sensibilisation, d’échange de connaissances et de concertation. Celles-ci doivent impliquer les pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux aux côtés des autres parties prenantes. Ces dispositifs de recherche-action interdisciplinaire, appelés « Living Labs », sont ancrés dans les territoires et à l’interface science-politique-société. À l’image des Living Labs, mis en place dans le cadre du WOc déjà mentionné, ils doivent faciliter la conception d’outils, de services ou d’usages nouveaux autour du recyclage de l’eau.

Enfin, il convient de favoriser l’acculturation de toute la chaîne technique et administrative. Ceci passe par la formation initiale et continue des professionnels, des bureaux d’études, des élus et des fonctionnaires centraux et territoriaux. Ceci permettra une mise en œuvre plus aisée de ces nouvelles approches de gestion de l’eau, au service d’une économie circulaire de l’eau.


Les personnes suivantes ont collaboré à cet article, par ordre alphabétique :

Nassim Ait-Mouheb (Inrae ; Eau, Agriculture et Territoires), Claire Albasi (Université de Toulouse, Défi Clé Water Occitanie), Christophe Audouin (Suez), Gilles Belaud (Chaire EACC ; Eau, Agriculture et Territoires), Sami Bouarfa (Inrae ; Eau, Agriculture et Territoires), Frédéric Bouin (Université de Perpignan Via Domitia, UPVD), Pierre Compère (Explicite Conseil), Ehssan El Meknassi (Costea), Jérôme Harmand (Inrae ; Eau, Agriculture et Territoires), Marc Heran (Institut européen des membranes, Chaire SIMEV), Barbara Howes (SCP), Marie-Christine Huau (Veolia, Direction du Développement Eau), Vincent Kulesza (SCP ; Eau, Agriculture et Territoires), Rémi Lombard-Latune (Inrae ; EPNAC ; Groupe de travail national Eaux non conventionnelles), Alain Meyssonnier (Institut méditerranéen de l’eau), Bruno Molle (EIA/Inrae), Simon Olivier (Pôle de compétitivité Aqua-Valley), Carmela Orea (Eau, Agriculture et Territoires), Céline Papin (Eau, Agriculture et Territoires), Nicolas Roche (Aix-Marseille Université/University Mohammed VI Polytechnic, Eau, Agriculture et Territoires), Stéphane Ruy (Inrae, Institut Carnot), Pierre Savey (BRL ; Eau, Agriculture et Territoires) et Salomé Schneider (Chaire EACC).

The Conversation

Jérôme Harmand a reçu des financements de la Région Occitanie dans le cadre du financement du projet WOc WoD visant à étudier le traitement des eaux usées brutes pour les réutiliser. Il anime le réseau REUSE d’INRAE au niveau national et porte l’action COST CA23104 “Mainstreaming water reuse into the circular economy paradigm (Water4Reuse)”.

ref. Comment favoriser la réutilisation des eaux usées traitées en France ? – https://theconversation.com/comment-favoriser-la-reutilisation-des-eaux-usees-traitees-en-france-257141

Allô… la Chine ? Entre silence stratégique et ambitions globales, que peut faire Pékin dans un Moyen-Orient en feu ?

Source: The Conversation – in French – By Nadine Loutfi, Sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)

« Allô… la Chine ? » La question a semblé flotter dans les chancelleries durant la guerre entre Israël et l’Iran. Si les lignes ont chauffé à Washington, Paris ou Moscou, celle de Pékin est restée désespérément « hors réseau ». Et son silence, autrefois vu comme une forme de sagesse, commence à être interprété comme une fuite. Dans un monde où l’on attend des puissances qu’elles prennent position, la Chine pourra-t-elle jouer la carte de la retenue sans se voir mise à l’écart ?


À mesure que le Moyen-Orient se transforme sous l’impact des rééquilibrages mondiaux, Pékin tente de consolider sa présence dans la région à travers des relations économiques avancées et la protection de ses voies commerciales, tout en appliquant sa politique de non-ingérence. Pour l’instant, la Chine avance à pas feutrés. Elle refuse de choisir entre les blocs rivaux, préférant signer des contrats tous azimuts et multiplier les investissements – une manière de garder de bonnes relations aussi bien avec l’Arabie saoudite qu’avec l’Iran, avec Israël qu’avec la Palestine, avec l’Égypte qu’avec le Qatar, sans provoquer de ruptures diplomatiques majeures.

Cette approche est aujourd’hui particulièrement mise à l’épreuve : guerre à Gaza, effondrement du régime syrien, affrontements entre Israël et le Hamas, le Hezbollah, les Houthis, guerre entre Israël et l’Iran, tensions autour du détroit d’Ormuz, sans oublier le retour en force des États-Unis.

Le paradoxe de l’équilibre silencieux : Pékin face au dilemme Iran–Israël

Face au conflit opposant l’Iran à Israël, la diplomatie de la Chine oscille entre une rhétorique de neutralité et un pragmatisme aligné sur ses intérêts structurels. Si elle reste fidèle à sa doctrine fondamentale de non-ingérence, de respect de la souveraineté et de résolution pacifique des différends, cette approche se traduit dans la pratique par une stratégie d’évitement.

Pékin s’abstient de prendre position. Face aux violences visant les civils, la République populaire de Chine (RPC) omet de désigner un agresseur. Elle appelle au « dialogue », mais sans prendre d’initiative concrète, et sans proposer de mécanisme institutionnalisé. Elle déplore certes les tensions, mais sans exprimer de prise de position claire sur le fond. Cette prudence sélective dessine les contours d’une diplomatie du « clair-obscur », une neutralité performative, qui feint l’équilibre tout en préservant des préférences tacites. Bien qu’efficace à court terme pour préserver ses relations avec des acteurs aux intérêts contradictoires, cette stratégie engendre un déficit de lisibilité stratégique.

En effet, elle brouille les perceptions sur la volonté réelle de la Chine à agir en tant que puissance stabilisatrice et renforce l’idée d’une actrice réticente à assumer des responsabilités systémiques.

Pourtant, le conflit irano-israélien ne constitue nullement une crise périphérique pour les intérêts chinois. Il affecte trois axes structurants de la stratégie globale de Pékin :

  • La sécurité énergétique : la Chine, premier importateur mondial de pétrole brut depuis 2017, n’a pas réussi à réduire sa dépendance aux importations en provenance du Moyen-Orient. La zone lui fournit près de la moitié des 11 millions de barils de pétrole par jour qu’elle importe aujourd’hui. Ainsi, une aggravation du conflit ou son extension au détroit d’Ormuz ou dans les zones de transit du Golfe menacerait la continuité de ses approvisionnements, avec des conséquences économiques immédiates, alors que sa situation interne dans ce domaine est déjà problématique.

  • La stabilité des corridors de la BRI : les principaux tracés des nouvelles Routes de la soie (Belt and Road Initiative, BRI), terrestres (par l’Iran, le Pakistan, l’Asie centrale) ou maritimes (par la mer Rouge et le canal de Suez), traversent des zones potentiellement touchées par le conflit. L’extension de la guerre toucherait non seulement la sécurisation de ces routes, mais aussi la rentabilité des investissements et la crédibilité des engagements pris auprès des partenaires régionaux.

  • La réputation internationale de la Chine comme puissance responsable : en prétendant incarner une alternative à l’unilatéralisme des États-Unis, le gouvernement chinois est naturellement scruté quant à sa capacité à limiter, contenir ou résoudre les conflits. Son inaction et son silence prolongés face à des crises majeures pourraient ternir l’image qu’il cherche à projeter : celle d’un acteur global constructif, promoteur du multilatéralisme et du dialogue, et porter ainsi atteinte à sa crédibilité.

La prudence chinoise peut s’expliquer par la complexité de ses relations avec les deux protagonistes du conflit. D’un côté, la RPC entretient un partenariat stratégique approfondi avec l’Iran, notamment dans les domaines énergétique, sécuritaire et diplomatique. De l’autre, elle bénéficie d’une coopération technologique de haut niveau avec Israël, cruciale pour sa stratégie d’autonomie industrielle et sa compétition avec les États-Unis.

Dans ce contexte, il serait risqué pour la Chine de privilégier l’un au détriment de l’autre. Cette position intermédiaire la pousse à adopter une diplomatie d’équilibriste, marquée par l’absence de médiation directe ou d’initiative publique, de peur d’altérer ses intérêts de part et d’autre.

Pékin avance donc avec la plus grande prudence, soucieuse de préserver un équilibre fragile entre deux partenaires que tout oppose.

Le précédent irano-saoudien : un tournant diplomatique ou une exception conjoncturelle ?

La réconciliation historique entre l’Arabie saoudite et l’Iran, conclue à Pékin en mars 2023, a marqué un tournant pour la diplomatie chinoise au Moyen-Orient. Pour la première fois, la Chine ne se limitait plus à son rôle d’investisseur majeur ou de partenaire commercial discret : elle endossait celui de médiateur, capable de réunir deux puissances rivales autour d’un langage commun : non-ingérence, dialogue, respect mutuel.

Spectaculaire et habilement mise en scène, cette séquence a nourri l’idée d’un basculement stratégique : celui d’une Chine qui ne se contentait plus d’observer, mais qui commençait à agir en puissance stabilisatrice, à l’heure où les États-Unis semblaient décrocher.

Mais cette « réussite », aussi saluée soit-elle, reste aujourd’hui l’exception plutôt que la norme. Elle a été rendue possible par un alignement rare de facteurs favorables : une lassitude croissante des deux camps, usés par des années de rivalité indirecte aux conséquences de plus en plus coûteuses – au Yémen, au Liban, à Bahreïn. Et, plus largement, un vide relatif laissé par le désengagement américain, dont la Chine a pu profiter, en s’appuyant sur un processus de rapprochement Riyad-Téhéran très avancé et le travail majeur déjà réalisé par les médiateurs régionaux comme Oman ou l’Irak. Pékin n’a au final joué qu’un rôle marginal, offrant surtout un lieu pour orchestrer la conclusion de l’accord.

Le pari du silence : une puissance mondiale peut-elle rester à l’écart ?

Au‑delà de la gestion immédiate des tensions, le face‑à‑face Iran–Israël pose à Pékin une question plus fondamentale : la Chine est‑elle prête à endosser le rôle d’une puissance normative – capable de proposer une architecture de sécurité, de trancher dans les crises asymétriques, et de réguler l’ordre international – ou préfère‑t‑elle demeurer une « puissance d’infrastructure » dont l’influence repose surtout sur le commerce et l’investissement, sans véritable socle politique ?

Cette posture du silence maîtrisé atteint aujourd’hui ses limites. Elle suscite une série de paradoxes. Sur le plan géopolitique, le refus d’assumer un rôle plus affirmé dans les zones de crise pourrait entamer les prétentions chinoises à un leadership global. Sur le plan normatif, l’absence de condamnation claire face à certaines formes de violence – en particulier les bombardements indiscriminés – alimente un sentiment d’ambiguïté dans le monde arabe. Enfin, sur le plan stratégique, la volonté de ménager simultanément des partenaires aux intérêts irréconciliables, comme l’Iran et Israël, pourrait finir par aliéner les deux.

La véritable question, dès lors, n’est pas tant de savoir si la Chine peut rester silencieuse, mais combien de temps encore ce silence pourra être interprété comme diplomatie « d’intelligence », et non comme un signe d’impuissance stratégique.

La ligne est-elle occupée ou coupée ?

Alors, « Allô… la Chine ? » Est-ce un silence tactique, un calcul à long terme, ou un aveu des limites de sa diplomatie et de sa puissance ? Probablement un peu des trois.

La Chine parle, mais à sa manière : par le commerce et par les infrastructures. Le silence, jusqu’à présent, a été dans son intérêt, mais dans un monde où la parole est une arme de positionnement, ce silence peut aussi devenir une forme de message ambigu, voire risqué.

Pour Pékin, le Moyen-Orient est peut-être encore un théâtre secondaire. Mais pour beaucoup de pays de la région, la question reste entière : la Chine peut-elle réellement être un partenaire de paix… si elle se tait quand tout brûle ?

The Conversation

Nadine Loutfi travaille au Centre Public d’Action Sociale à Etterbeek (Bruxelles). Elle est membre des centres de recherches REPI, EASt et OMAM, dans le cadre de son doctorat en Relations Internationales à l’Université Libre de Bruxelles.

ref. Allô… la Chine ? Entre silence stratégique et ambitions globales, que peut faire Pékin dans un Moyen-Orient en feu ? – https://theconversation.com/allo-la-chine-entre-silence-strategique-et-ambitions-globales-que-peut-faire-pekin-dans-un-moyen-orient-en-feu-260943

Pourquoi les nazis ont volé un fragment de la tapisserie de Bayeux

Source: The Conversation – in French – By Millie Horton-Insch, Postdoctoral Research Fellow, History of Art Department, Trinity College Dublin

L’obsession des nazis pour l’art européen n’était pas un simple goût esthétique : elle constituait une pièce maîtresse du régime génocidaire d’Hitler et de son aspiration à la domination mondiale. La découverte d’un fragment de la tapisserie de Bayeux dans des archives allemandes en est une preuve supplémentaire.


Ce mois-ci, l’annonce de l’exposition au British Museum, en 2026, de la tapisserie de Bayeux – l’épopée brodée du XIe siècle représentant la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066 – a suscité un grand enthousiasme. Mais la tapisserie avait déjà fait parler d’elle plus tôt cette année, dans une relative indifférence.

En mars, on apprenait qu’un fragment de la tapisserie de Bayeux avait été découvert en Allemagne, dans les archives de l’État du Schleswig-Holstein. Pour comprendre comment ce fragment a pu s’y retrouver, il faut se pencher sur un épisode aussi troublant que méconnu de l’histoire de la tapisserie : l’opération spéciale Bayeux (Sonderauftrag Bayeux), un projet mené par l’Ahnenerbe, l’institut de recherche historique rattaché aux SS.

On a souvent noté que l’art occupait une place démesurée dans les préoccupations des nazis. Leur manipulation de la culture visuelle et matérielle doit être comprise comme une composante essentielle du régime génocidaire d’Hitler et de son ambition de domination mondiale.

Mythologies « aryennes »

L’Ahnenerbe, placé sous l’autorité suprême de Heinrich Himmler, avait pour mission d’élaborer et de diffuser des récits historiques soutenant la mythologie centrale du régime nazi : la « supériorité de la race aryenne ». Dans ce but, il supervisait des recherches prétendant s’appuyer sur des méthodes scientifiques irréfutables.

Mais il est établi de longue date que ces projets manipulaient délibérément les sources historiques afin de construire des récits fabriqués, servant à justifier des idéologies racistes. Pour ce faire, de nombreuses expéditions scientifiques furent organisées. Des chercheurs sillonnèrent le monde à la recherche d’objets pouvant faire office de monuments aux mythologies « aryennes ». L’opération spéciale Bayeux s’inscrivait dans cette logique.

L’intérêt des nazis pour la tapisserie de Bayeux peut surprendre les Britanniques, pour qui elle symbolise un moment fondateur de l’histoire nationale. Pourtant, de la même manière que des responsables politiques britanniques contemporains n’ont pas hésité à s’en emparer pour servir leurs agendas, l’Ahnenerbe s’en saisit.

La prétendue supériorité des Normands

Le projet Sonderauftrag Bayeux visait à produire une étude en plusieurs volumes qui présenterait la tapisserie comme intrinsèquement scandinave. L’objectif était de la brandir comme une preuve de supériorité des Normands du haut Moyen Âge, que l’Ahnenerbe revendiquait comme les ancêtres des « Aryens » allemands modernes, descendants des vikings d’Europe du Nord.

Dès juin 1941, le projet est lancé sérieusement. Parmi les membres envoyés en Normandie pour étudier la tapisserie sur place figurait Karl Schlabow, expert textile et directeur de l’Institut du costume germanique à Neumünster, en Allemagne. Il passa deux semaines à Bayeux et, à la fin de son séjour, il emporta en Allemagne un fragment du tissu de doublure de la tapisserie.

Bien que des premières sources ont suggéré que Schlabow aurait prélevé ce fragment plus tard, lorsque la tapisserie fut transférée par les nazis à Paris, il est plus probable qu’il l’ait fait en juin 1941, alors qu’il se trouvait encore à Bayeux avec les autres membres du projet.

Dans un croquis réalisé pendant cette visite par Herbert Jeschke – artiste chargé de produire une reproduction peinte de la tapisserie –, on voit Jeschke, Schlabow et le directeur du projet, Herbert Jankuhn, penchés sur la tapisserie. Le dessin est accompagné du titre enthousiaste « Die Tappiserie ! », comme un cri de joie devant le privilège d’étudier de si près ce chef-d’œuvre médiéval.

L’Ahnenerbe et le nazisme

Pour intégrer l’Ahnenerbe, Schlabow, comme les autres membres du projet, fut enrôlé dans les SS. Il portait le grade de SS-Unterscharführer, équivalent approximatif de sergent dans l’armée française. Après la guerre, beaucoup de membres de l’Ahnenerbe nièrent toute adhésion aux idées nazies.

Mais des documents saisis par les services de renseignement américains à la fin du conflit montrent qu’on pouvait être refusé à l’Ahnenerbe, par exemple, si l’on avait eu des amis juifs ou exprimé des idées communistes. Il fallait donc, au minimum, afficher son adhésion aux principes du nazisme pour être accepté dans ses rangs.

Il reste difficile de savoir exactement ce que les membres de l’Ahnenerbe espéraient découvrir ou prouver à travers cette étude de la tapisserie. Il semble que le simple fait d’organiser une étude illustrée et d’envoyer des chercheurs examiner l’objet original suffisait à s’en approprier symboliquement la valeur historique, comme un monument de l’héritage aryen. L’influence supposée des styles scandinaves dans les motifs de la tapisserie devait être au cœur de leurs conclusions – mais le projet ne fut jamais achevé en raison de la défaite allemande.

Comme beaucoup de membres de l’Ahnenerbe, Schlabow reprit ses recherches après la guerre, cette fois au musée d’État du Schleswig-Holstein, au château de Gottorf.

Un fragment symbolique

La redécouverte, même d’un infime fragment, d’un tel objet médiéval reste un événement exceptionnel. Mais il est essentiel de replacer cette trouvaille dans le contexte de son prélèvement. Il n’est pas surprenant que Schlabow se soit senti légitime à voler ce morceau de tapisserie : le régime auquel il appartenait considérait cet objet comme faisant partie de son héritage, un droit de naissance d’« Aryen allemand ».

Cette découverte nous rappelle opportunément que le passé est plus proche qu’on ne le pense, et qu’il reste encore beaucoup à faire pour éclairer les zones d’ombre laissées par les pratiques idéologiques du passé. Le fragment retrouvé est actuellement exposé au Schleswig-Holstein, mais il rejoindra le Musée de la Tapisserie de Bayeux en Normandie lors de sa réouverture en 2027, où les deux parties seront réunies pour la première fois depuis 1941.

The Conversation

Millie Horton-Insch a reçu des financements de la Leverhulme Trust.

ref. Pourquoi les nazis ont volé un fragment de la tapisserie de Bayeux – https://theconversation.com/pourquoi-les-nazis-ont-vole-un-fragment-de-la-tapisserie-de-bayeux-261577

À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels

Source: The Conversation – in French – By Victor Bianchini, Maître de conférences en sciences économiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Face aux crises, le capitalisme ne fait pas que trébucher : il échoue à les penser. C’est ce que Friedrich Engels montre, en 1878, dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring, ou Anti-Dühring, publié dix ans après le premier volume du Capital de Karl Marx, en dénonçant l’incapacité structurelle du capitalisme à comprendre ses propres contradictions. Une critique plus que jamais d’actualité.


Crise écologique sans précédent, endettement généralisé, précarisation de masse, perte de sens au travail, montée des autoritarismes, à mesure que les crises éclatent au grand jour, les contradictions du capitalisme apparaissent indéniables.

Une question centrale dans la tradition marxienne reste rarement posée : un système fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production, sur l’exploitation du travail salarié et sur l’accumulation du profit peut-il reconnaître, ou même affronter, les contradictions qu’il engendre ? Si tel n’est pas le cas, comment comprendre alors la persistance, voire l’aggravation, de ses déséquilibres ?

Essai Anti-Dühring

Friedrich Engels et né le 28 novembre 1820 à Barmen (Rhénanie) et décédé le 5 août 1895 à Londres.
Wikimediacommons

Ce n’est pas Karl Marx, mais son plus proche collaborateur, Friedrich Engels, qui affronte cette problématique dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring (Anti-Dühring). Celui-ci est publié d’abord par fragments en 1877, puis sous forme de livre en 1878. Engels y répond à Eugen Dühring, auteur en vogue dans la social-démocratie allemande, qui prétendait fonder un système intégral, de la science à la morale, jusqu’au socialisme, sur des principes universels.

Ce n’est pas l’ambition du projet que critique Engels, mais sa méthode : une pensée abstraite, déconnectée du réel, incapable de saisir les contradictions internes du capitalisme.

Car ce système ne connaît pas de crises qui lui viendraient de l’extérieur ; il produit lui-même ses déséquilibres, du fait même de son fonctionnement. À cette logique aveugle, Engels oppose une approche dialectique, ancrée dans l’histoire, les rapports sociaux et les conflits de classe.

Anti-Dühring n’est pas un simple pamphlet. Derrière la réfutation polémique, Engels y développe une synthèse théorique ambitieuse – de la philosophie à l’économie politique – qui jette les bases d’une conception matérialiste et scientifique du socialisme. Ce cadre d’analyse sera systématisé dans une version abrégée, publiée en 1880 sous le titre désormais classique, Socialisme utopique et socialisme scientifique, rapidement devenu un texte de référence pour les mouvements ouvriers européens.

Loin d’un système clos, Engels propose une lecture dynamique de l’histoire, où les crises révèlent les contradictions d’un ordre économique fondamentalement instable. Dans un monde confronté à une crise multiple de grande ampleur, relire Engels ne relève pas d’un simple exercice académique ; c’est une manière de retrouver une pensée systémique, capable d’articuler les discordances du présent à leur logique historique, et d’interroger la capacité réelle du capitalisme à en sortir.

Crise économique

Pour Engels, l’une des impasses majeures du capitalisme est d’ordre économique. Contrairement à l’idée que les crises seraient de simples accidents passagers, Anti-Dühring montre que le système porte en lui sa propre instabilité. Ce n’est pas la pénurie, mais l’abondance elle-même qui provoque les blocages. Le capitalisme produit trop, du moins, trop pour être vendu avec profit.

Premier article sur Anti-Dühring dans le Vorwärts, journal du Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne, du 3 janvier 1877.
Wikimediacommons

Ce paradoxe – une surproduction dans un monde de besoins insatisfaits – résulte d’une contradiction structurelle. La production, non planifiée, guidée par la concurrence et la recherche du profit, devient aveugle à la demande sociale. Les marchandises s’accumulent sans trouver preneur, déclenchant périodiquement des crises.

« Le commerce s’arrête, les marchés sont encombrés, les produits sont là aussi en quantités aussi massives qu’ils sont invendables, l’argent comptant devient invisible, le crédit disparaît, les fabriques s’arrêtent, les masses travailleuses manquent de moyens de subsistance pour avoir produit trop de moyens de subsistance, les faillites succèdent aux faillites, les ventes forcées aux ventes forcées. »

Engels ne formule pas la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, que Marx élaborera plus tard dans le livre III du Capital. Il en pressent la logique sous-jacente : l’accumulation capitaliste tend à rendre de plus en plus difficile la valorisation du capital. À mesure que la productivité augmente, les débouchés ne suivent pas, et le profit, moteur du système, devient lui-même un facteur de déséquilibre. Le mode de production entre alors en conflit avec l’échange.

La société ne règle pas sa production selon ses besoins, résume Engels. Tant que le profit reste la boussole, les déséquilibres ne sont pas des anomalies, mais des secousses régulières d’un système instable.

Crise sociale

Une autre impasse majeure du capitalisme, selon Friedrich Engels, est sociale. Le système ne se contente pas de produire des inégalités, il les organise et les reproduit. Dans Anti-Dühring, Engels rappelle que le capitalisme repose sur une division fondamentale : une minorité détient les moyens de production, tandis que la majorité ne possède que sa force de travail.

Le travail salarié génère une richesse dont seule une fraction revient au producteur. L’essentiel est capté par le capital, sous forme de profit, d’une ponction permanente qui alimente l’accumulation. Dans ce cadre, l’inégalité n’est pas une anomalie, mais une condition de fonctionnement.

L’exploitation dépasse pourtant le seul champ économique. Elle s’inscrit dans l’expérience du travail lui-même : dépossession du produit, du temps, de l’autonomie. La machine, loin de libérer, intensifie encore cette aliénation. Le travail devient simple dépense de force, privé de maîtrise et de sens.

Panneau du livre Bullshitjobs
« Dans la société moderne, beaucoup d’employés consacrent leur vie à des tâches inutiles et vides de sens. C’est ce que David Graeber appelle les bullshit jobs (jobs à la con). » (2018).
Hamdi Bendali/Shutterstock

Si Engels l’analyse dans le cadre de l’industrie du XIXe siècle, cette dépossession trouve des échos frappants dans des critiques contemporaines. David Graeber, dans Bullshit Jobs, décrit une absurdité vécue par de nombreux salariés modernes : enfermés dans des tâches ressenties comme inutiles, sans finalité sociale identifiable, ils perdent le sens même de leur activité. Une autre forme d’aliénation, sans chaînes ni usines, mais tout aussi destructrice. Ce système justifie ses effets au nom du mérite ; chacun serait responsable de sa place.

Engels démonte cette fiction idéologique avec vigueur. La pauvreté n’est pas un échec individuel, mais le produit d’un ordre social qui fabrique la subordination. Selon lui, il faut abolir la propriété privée des moyens de production, dépasser le salariat, et réorganiser le travail sur une base collective. L’émancipation ne relève pas d’un ajustement, elle exige une autre logique sociale.

En spécialisant les tâches, on finit par fragmenter l’être humain lui-même. Le perfectionnement d’une seule compétence se paie alors d’un prix élevé : l’appauvrissement de l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles. Engels souligne avec ironie que même les classes dirigeantes ne sont pas indemnes des effets mutilants de la division du travail :

« Et ce ne sont pas seulement les ouvriers, mais aussi les classes qui exploitent directement ou indirectement les ouvriers, que la division du travail asservit à l’instrument de leur activité ; le bourgeois à l’esprit en friche est asservi à son propre capital et à sa propre rage de profit ; le juriste à ses idées ossifiées du droit, qui le dominent comme une puissance indépendante ; les “classes cultivées”, en général, à une foule de préjugés locaux et de petitesses, à leur propre myopie physique et intellectuelle, à leur mutilation par une éducation adaptée à une spécialité et par leur enchaînement à vie à cette spécialité même – cette spécialité fût-elle le pur farniente. »

Crise politique

Pour Engels, le capitalisme ne se contente pas de produire des déséquilibres économiques et sociaux : il organise les formes du pouvoir appelées à les contenir. Dans Anti-Dühring, il montre que l’État moderne n’est pas un arbitre neutre, mais l’instrument d’une classe dominante. Né de la division de la société en classes, il est chargé de maintenir un ordre fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production et l’exploitation.

« La société se divise en classes privilégiées et en classes désavantagées, exploiteuses et exploitées, dominantes et dominées, et l’État auquel les groupes naturels de communautés d’une même tribu avaient abouti dans leur évolution, simplement, au début, afin de veiller à leurs intérêts communs […] et pour assurer leur défense contre l’extérieur, a désormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe dominée. »

À mesure que les contradictions du capitalisme s’approfondissent, la puissance publique se centralise, le droit devient un masque idéologique, et la coercition se rationalise. Loin de résoudre les conflits, l’État les gère, souvent en les dissimulant. Ce que le capitalisme ne peut stabiliser économiquement, il le pacifie politiquement, au prix d’une dépossession démocratique croissante.

Engels nous rappelle que la démocratie représentative, lorsqu’elle laisse intacte l’architecture économique du pouvoir, risque de masquer plus qu’elle ne libère. Elle offre l’apparence de la souveraineté sans la capacité de transformer les rapports sociaux.

Crise écologique

Engels n’utilise pas le terme d’« écologie » au sens contemporain, mais il développe une pensée dans laquelle l’activité de production est inséparable des processus naturels. Dans Anti-Dühring, il défend une conception matérialiste et dialectique de la nature, opposée aux abstractions idéalistes, et insiste sur l’intégration des sociétés dans l’ordre naturel.

« [L’]homme est lui-même un produit de la nature, qui s’est développé dans et avec son milieu ; d’où il résulte naturellement que les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l’ensemble de la nature. »

Cette réflexion se prolonge dans ses manuscrits inachevés, publiés après sa mort sous le titre la Dialectique de la nature. Il y montre que toute activité économique repose sur un échange constant de matière et d’énergie avec la nature. C’est dans ce cadre qu’il emploie la notion de « métabolisme » entre les sociétés humaines et la nature, pour désigner ce lien matériel entre société et environnement.

Cette idée est également présente chez Marx, notamment dans le livre I du Capital. Marx décrit comment l’agriculture capitaliste engendre une rupture du métabolisme entre les dynamiques productives et la terre. L’extraction intensive des éléments nutritifs du sol, sans restitution adéquate, détruit l’équilibre écologique entre ville et campagne.

Cette intuition est aujourd’hui redéployée dans les analyses de la « rupture métabolique », ou metabolic rift. Elle est portée par la tradition éco-marxiste contemporaine, de John Bellamy Foster à Andreas Malm, en passant par Paul Burkett ou Kohei Saito.

Engels n’appelle pas à revenir en arrière, mais à penser autrement. La solution ne viendra pas d’un capitalisme « vert », car c’est la logique même du profit qui rend aveugle aux limites écologiques. Il faut une production consciente, organisée selon les besoins humains, et non contre les lois de la nature. Non pour dominer, mais pour coexister.

Penser les crises, ou penser contre le capitalisme

Ce qu’Engels montre dans Anti-Dühring, c’est que le capitalisme ne fait pas qu’échouer à résoudre les crises. Il échoue à les penser. Non pas par négligence, mais parce que le mode de pensée qu’il promeut l’en rend incapable. Il les traite comme des anomalies extérieures, jamais comme des expressions de ses contradictions internes.

Cette cécité n’est pas un défaut contingent, mais une nécessité structurelle : elle repose sur une pensée fragmentaire qui refuse de relier les phénomènes à leurs causes historiques et sociales.

Engels oppose à cette cécité une pensée capable de relier les faits à leurs causes profondes : une approche dialectique et matérialiste, attentive aux conflits structurels qui traversent la société. La crise n’est pas pour lui un simple dysfonctionnement temporaire, mais un moment de vérité, où les contradictions du système deviennent visibles – et potentiellement transformables.

Si les crises s’intensifient, c’est peut-être qu’il ne suffit plus de les contenir. Il faut les penser. Relire Engels, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rouvrir un chemin critique, capable d’articuler les déséquilibres du présent pour en faire les leviers d’une transformation en profondeur.

The Conversation

Victor Bianchini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels – https://theconversation.com/a-lage-des-crises-ce-que-nous-dit-encore-engels-259322

Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders

Source: The Conversation – Africa – By Fidele B. Ebia, Postdoctoral fellow, Duke Africa Initiative, Duke University

The manufacturing of African print textiles has shifted to China in the 21st century. While they are widely consumed in African countries – and symbolic of the continent – the rise of “made in China” has undermined the African women traders who have long shaped the retail and distribution of this cloth.

For many decades Vlisco, the Dutch textile group which traces its origins to 1846 and whose products had been supplied to west Africa by European trading houses since the late 19th century, dominated manufacture of the cloth. But in the last 25 years dozens of factories in China have begun to supply African print textiles to west African markets. Qingdao Phoenix Hitarget Ltd, Sanhe Linqing Textile Group and Waxhaux Ltd are among the best known.

We conducted research to establish how the rise of Chinese-made cloth has affected the African print textiles trade. We focused on Togo. Though it’s a tiny country with a population of only 9.7 million, the capital city, Lomé, is the trading hub in west Africa for the textiles.

We conducted over 100 interviews with traders, street sellers, port agents or brokers, government officials and representatives of manufacturing companies to learn about how their activities have changed.

“Made in China” African print textiles are substantially cheaper and more accessible to a wider population than Vlisco fabric. Our market observations in Lomé’s famous Assigamé market found that Chinese African print textiles cost about 9,000 CFA (US$16) for six yards – one complete outfit. Wax Hollandais (50,000 CFA or US$87) cost over five times more.

Data is hard to come by, but our estimates suggest that 90% of imports of these textiles to Lomé port in 2019 came from China.

One Togolese trader summed up the attraction:

Who could resist a cloth that looked similar, but that cost much less than real Vlisco?

Our research shows how the rise of China manufactured cloth has undermined Vlisco’s once dominant market share as well as the monopoly on the trade of Dutch African print textiles that Togolese traders once enjoyed.

The traders, known as Nana-Benz because of the expensive cars they drove, once enjoyed an economic and political significance disproportionate to their small numbers. Their political influence was such that they were key backers of Togo’s first president, Sylvanus Olympio – himself a former director of the United Africa Company, which distributed Dutch cloth.

In turn, Olympio and long-term leader General Gnassingbé Eyadéma provided policy favours – such as low taxes – to support trading activity. In the 1970s, African print textile trade was considered as significant as the phosphate industry – the country’s primary export.

Nana-Benz have since been displaced – their numbers falling from 50 to about 20. Newer Togolese traders – known as Nanettes or “little Nanas” – have taken their place. While they have carved out a niche in mediating the textiles trade with China, they have lower economic and political stature. In turn, they too are increasingly threatened by Chinese competition, more recently within trading and distribution as well.

China displaces the Dutch

Dating back to the colonial period, African women traders have played essential roles in the wholesale and distribution of Dutch cloth in west African markets. As many countries in the region attained independence from the 1950s onwards, Grand Marché – or Assigamé – in Lomé became the hub for African print textile trade.

While neighbouring countries such as Ghana limited imports as part of efforts to promote domestic industrialisation, Togolese traders secured favourable conditions. These included low taxes and use of the port.

Togolese women traders knew the taste of predominantly female, west African customers better than their mostly male, Dutch designers. The Nana-Benz were brought into the African print textile production and design process, selecting patterns and giving names to designs they knew would sell.

They acquired such wealth from this trade that they earned the Nana-Benz nickname from the cars they purchased and which they used to collect and move merchandise.

Nana-Benz exclusivity of trading and retailing of African print textiles cloth in west African markets has been disrupted. As Vlisco has responded to falling revenues – over 30% in the first five years of the 21st century – due to its Chinese competition, Togolese traders’ role in the supply chain of Dutch cloth has been downgraded.

In response to the flood of Chinese imports, the Dutch manufacturer re-positioned itself as a luxury fashion brand and placed greater focus on the marketing and distribution of the textiles.

Vlisco has opened several boutique stores in west and central Africa, starting with Cotonou (2008), Lomé (2008) and Abidjan (2009). The surviving Nana-Benz – an estimated 20 of the original 50 – operate under contract as retailers rather than traders and must follow strict rules of sale and pricing.

While newer Togolese traders known as Nanettes are involved in the sourcing of textiles from China, they have lower economic and political stature. Up to 60 are involved in the trade.

Former street sellers of textiles and other petty commodities, Nanettes began travelling to China in the early to mid-2000s to source African print textiles. They are involved in commissioning and advising on the manufacturing of African print textiles in China and the distribution in Africa.

While many Nanettes order the common Chinese brands, some own and market their own. These include what are now well-known designs in Lomé and west Africa such as “Femme de Caractère”, “Binta”, “Prestige”, “Rebecca Wax”, “GMG” and “Homeland”.

Compared to their Nana-Benz predecessors, the Nanettes carve out their business from the smaller pie available from the sale of cheaper Chinese cloth. Though the volumes traded are large, the margins are smaller due to the much lower final retail price compared to Dutch cloth.

After procuring African print textiles from China, Nanettes sell wholesale to independent local traders or “sellers” as well as traders from neighbouring countries. These sellers in turn break down the bulk they have purchased and sell it in smaller quantities to independent street vendors.

All African print textiles from China arrive in west Africa as an incomplete product – as six-yard or 12-yard segments of cloth, not as finished garments. Local tailors and seamstresses then make clothes according to consumer taste. Some fashion designers have also opened shops where they sell prêt-à-porter (ready-to-wear) garments made from bolts of African print and tailored to local taste. Thus, even though the monopoly of the Nana-Benz has been eroded, value is still added and captured locally.

Since the COVID-19 pandemic, Chinese actors have become more involved in trading activity – and not just manufacturing. The further evolution of Chinese presence risks an even greater marginalisation of locals, already excluded from manufacturing, from the trading and distribution end of the value chain. Maintaining their role – tailoring products to local culture and trends and linking the formal and informal economy – is vital not just for Togolese traders, but also the wider economy.

The Conversation

Rory Horner receives funding from the British Academy Mid-Career Fellowship. He is also a Research Associate at the Department of Geography, Environmental Management and Energy Studies at the University of Johannesburg.

Fidele B. Ebia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders – https://theconversation.com/togos-nana-benz-how-cheap-chinese-imports-of-african-fabrics-has-hurt-the-famous-women-traders-260924

AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters

Source: The Conversation – Africa (2) – By Songbo Hu, PhD Candidate, University of Cambridge

Language technologies like generative artificial intelligence (AI) hold significant potential for public health. From outbreak detection systems that scan global news in real time, to chatbots providing mental health support and conversational diagnostic tools improving access to primary care, these innovations are helping address health challenges.

At the heart of these developments is natural language processing, an interdisciplinary field within AI research. It enables computers to interpret, understand and generate human language, bridging the gap between humans and machines. Natural language processing can process and analyse enormous volumes of health data, far more than humans could ever handle manually. This is especially valuable in regions with a stretched healthcare workforce or limited public health surveillance infrastructure, because it enables faster, data-driven responses to public health needs.

Recently, our interdisciplinary team, combining expertise from computer science, human geography and health sciences, conducted a review of studies on how language AI is being used for public health in African countries. Almost a decade’s worth of academic research was analysed, to understand how this powerful technology is being applied to pressing human needs.

Out of 54 research publications, we found that evidence of real-world effects of the technology was still rare. Only 4% of these studies (two out of 54) showed measurable improvements in public health, such as boosting people’s mood or increasing vaccine intentions.

Most projects stop at technology development and publication. Very few advance to real-world use or impact. Opportunities to improve health and well-being across the continent could be missed as a result.

Current limitations

In recent years, AI language technologies for public health have increased rapidly. This wave of technology development really took off as the COVID-19 pandemic renewed attention to public health. Health chatbots and sentiment analysis tools were developed in Africa and beyond.

Health chatbots “talk” to people and provide reliable health information in a friendly, conversational way. Sentiment analysis tools scan social media posts to understand what people are feeling and talking about. Together they can identify misinformation or changes in public opinion and then provide accurate information.

Of course, new technologies come with imperfections. We found that most technologies for public health in Africa exist in just a few languages whose dominance can be traced to colonial times, namely English and French.

The consequences are clear: key health messages fail to reach many communities, leaving millions unable to access or act on essential information.

We also found that few projects have gone beyond the laboratory development stage. Our study found only one system in operation that had a measurable public health effect.

A successful model

This standout example comes from a team at the Center for Global Development and the University of Chicago, in partnership with the Busara Center for Behavioral Economics. Their chatbot, deployed on Facebook Messenger, was designed for people in Kenya and Nigeria who were hesitant about COVID-19 vaccines. It was only available in English.

More than 22,000 social media users used this app, sharing vaccine-related questions and concerns. The chatbot provided tailored, evidence-based responses to topics ranging from vaccine effectiveness and safety to misinformation. Its effect was notable. The intervention boosted users’ intention and willingness to get vaccinated by 4%-5%. The strongest effects were seen among those most hesitant to begin with.

Behind this success was the researchers’ commitment to understanding the local context. Before launching the chatbot, in-depth discussions were held with focus groups and social media users in Kenya and Nigeria. The aim was to learn about the specific worries and cultural factors shaping attitudes toward vaccination.

The chatbot was designed to address these concerns. This user-centred, locally adapted approach enabled the chatbot’s messages to address real barriers. As this example demonstrates, language technologies for public health are most effective when responding to the concerns and needs of the intended users.

From lab to life

These technologies take time and money to be put into practice. The COVID-19 pandemic jump-started development but public health language AI technologies are very new. It could be that a future survey would find a very different situation.

At the same time, advances in large language models such as GPT-4 are rapidly lowering the technical barriers to developing language technologies. These models can often be adapted to new applications with far less data and effort than previous methods. Recent advances could enable small teams of researchers or even individual developers to build tools tailored to the specific needs of their own communities. The path from lab to real-world effects may become much shorter and easier.

Investors, accelerators and state support could help make this transition from lab to life happen.

Technology developers can also contribute by rooting their work in community-driven, multi-disciplinary and cross-sector collaboration. Social science and public health research knowledge and skills can inform the design and development of new technologies.

To maximise the potential of language technologies for public health, the following needs to happen:

  • involving communities and health workers in natural language processing design

  • expanding provision in indigenous African languages

  • integrating language technologies into existing health systems.

Future research and development must move beyond technical prototypes and laboratory tests to rigorous real-world evaluations that measure health outcomes.

The other co-authors behind this research are: Abigail Oppong, Ebele Mogo, Charlotte Collins, and Giulia Occhini.

The Conversation

Songbo Hu currently receives funding from the Cambridge Trust.

Anna Barford currently receives funding from UKRI and the Mastercard Foundation. She has previously received funding from the the British Aacdemy, ESRC, Leverhulme Trust, CPEST, the University of Cambridge, Unilever (via a philanthropic donation to the University) and the Asian Development Bank. Anna is the Co-Director of the Business Fights Poverty Institute and a consultant to the International Labour Organization.

Anna Korhonen receives funding from UKRI, and has previously received funding from MRC, EPSRC, NERC, Royal Society, ERC, and philantrophic donations to the University of Cambridge.

ref. AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters – https://theconversation.com/ai-chatbots-can-boost-public-health-in-africa-why-language-inclusion-matters-260861

En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances

Source: The Conversation – in French – By Omar H. Fares, Assistant Professor, Faculty of Business, University of New Brunswick

Les consommateurs canadiens semblent passer d’une inquiétude économique passagère à un sentiment de précarité financière plus durable, qui commence à modifier en profondeur leurs habitudes de vie.

Ils retardent les achats importants et expriment une lassitude croissante envers les services par abonnement. Une enquête récente a révélé que 70 % des Canadiens repoussent des décisions majeures, y compris l’achat d’une maison et la planification familiale, en raison de l’incertitude économique persistante.

Cette inquiétude se reflète désormais dans le moral général. La dernière enquête de la Banque du Canada sur les attentes des consommateurs a révélé une forte hausse du pessimisme économique. Environ deux tiers des Canadiens anticipent maintenant une récession dans l’année, contre 47 % à la fin de 2024.

Les inquiétudes concernent la sécurité de l’emploi, le remboursement des dettes et l’accès au crédit augmentent également. Pour la première fois depuis début 2024, davantage de consommateurs déclarent réduire leurs dépenses. Les intentions d’achat de logement diminuent, en particulier chez ceux qui s’attendent à un ralentissement. Une part croissante des détenteurs de prêts hypothécaires prévoient de réduire leurs dépenses en prévision de l’augmentation des paiements de renouvellement.

Les Canadiens ne réagissent plus seulement à l’inflation ou aux taux d’intérêt : ils s’ajustent à l’idée que l’incertitude financière fait désormais partie du quotidien.

Pourquoi cette incertitude semble différente

Si le lien entre l’incertitude économique et la baisse des dépenses est bien documenté, la conjoncture actuelle se distingue par la convergence de plusieurs facteurs de stress auxquelles sont confrontés les consommateurs : un marché de l’emploi difficile, en particulier pour les jeunes, des inquiétudes liées aux effets perturbateurs de l’automatisation induite par l’IA, la menace de droits de douane imposés par les États-Unis, les conflits internationaux et l’augmentation du coût de la vie.

Dans ce contexte, le sentiment de précarité s’installe comme une réalité quotidienne, influençant la manière dont les gens planifient, dépensent et envisagent l’avenir.

Pour faire face à cette nouvelle réalité, nous devons nous doter d’outils et de réflexes qui peuvent nous aider à développer une stabilité financière, même en période d’incertitude.

Voici trois moyens fondés sur la recherche pour y parvenir.

1. Établissez un budget aligné sur vos valeurs

À l’heure où de nombreuses personnes ressentent une pression financière croissante, adopter une approche plus réfléchie et basée sur les valeurs en matière de finances personnelles, au-delà des méthodes traditionnelles de budgétisation, est essentiel. Si vous souhaitez mieux contrôler vos finances, il peut être utile de ne plus vous concentrer uniquement sur le suivi de vos dépenses, mais plutôt sur la manière dont vous dépensez votre argent.

Les recherches sur le comportement des consommateurs confirment ce changement de mentalité. La « comptabilité mentale », introduite par l’économiste Richard Thaler, montre que les individus répartissent naturellement leur argent en catégories symboliques telles que la stabilité, la famille ou l’apprentissage. Il ne s’agit plus simplement de réduire ses dépenses, mais de faire des choix financiers alignés sur ses priorités.

Des recherches montrent qu’en associant cette approche à des gestes simples – comme la définition d’objectifs précis et la mise en place de virements automatiques vers l’épargne ou les dépenses importantes –, on améliore sa capacité à faire des choix cohérents sur le long terme. L’idée n’est pas de tout comptabiliser au centime près, mais de faire en sorte que votre argent serve ce qui a du sens pour vous.

Étant donné que les valeurs ont tendance à guider la prise de décisions durables, un point de départ pratique consiste à identifier trois à cinq valeurs fondamentales, telles que la sécurité financière, le développement personnel ou le temps passé en famille. Ensuite, passez en revue vos transactions récentes et regroupez-les en fonction de la valeur qu’elles représentent. Cela permet de recadrer la budgétisation non plus comme une simple contrainte, mais comme un moyen d’évaluer si vos dépenses actuelles correspondent à ce que vous considérez comme le plus important.

À partir de là, attribuez un montant mensuel raisonnable à chaque catégorie en fonction de vos revenus et de vos obligations fixes. Vous n’avez pas besoin de suivre chaque détail, mais le fait d’avoir des repères basés sur vos valeurs vous donne une direction claire et vous aidera à faire de meilleurs choix au quotidien.

Renommer les catégories dans votre application ou votre feuille de calcul budgétaire est une autre approche importante. Par exemple, remplacer « dépenses discrétionnaires » par « temps en famille » ou « bien-être » peut renforcer le lien entre les dépenses et les valeurs. Mettez en place des virements automatiques qui reflètent vos objectifs ; cela peut inclure la création d’une réserve d’épargne, le financement des études ou la contribution à un compte d’investissement à faible risque. Automatiser ce processus peut vous aider à rester constant, même en période d’incertitude. L’automatisation permet de réduire la fatigue décisionnelle et favorise la cohérence.

2. Utilisez le pessimisme à votre avantage

S’il est tout à fait rationnel de reconnaître les risques économiques, la manière dont les gens y réagissent fait une différence considérable. Les psychologues ont étudié un état d’esprit appelé « pessimisme défensif », une stratégie qui consiste à anticiper les problèmes potentiels afin de planifier efficacement, plutôt que de se laisser submerger par l’incertitude.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Contrairement à l’anxiété chronique ou à la peur, qui peuvent nuire à la prise de décision et conduire à de mauvais choix financiers et de consommation, le pessimisme défensif encourage les gens à adopter une approche plus mesurée et réfléchie. Il combine réalisme et préparation et aide les individus à rester concentrés et réactifs dans des conditions incertaines.

Les gens sont plus résilients lorsqu’ils se concentrent sur ce qui peut être changé. Concrètement, cela peut consister à acquérir une nouvelle compétence, à lancer un projet parallèle ou à renforcer son réseau personnel ou professionnel.

Pour appliquer le pessimisme défensif, commencez par identifier clairement ce qui pourrait mal tourner, puis définissez des mesures spécifiques pour faire face à ces éventualités. Divisez les tâches importantes en étapes plus petites et plus faciles à gérer, élaborez un plan de secours et réévaluez régulièrement vos progrès. Cette approche permet de rester concentré, de réduire les surprises et de transformer l’inquiétude en préparation.

Ces petites mesures proactives, accompagnées d’une réflexion personnelle approfondie, peuvent donner un sentiment d’autonomie qui contrebalancent le sentiment d’impuissance. Plutôt que d’ignorer les défis, le pessimisme défensif, associé à une réflexion constante, consiste à trouver des moyens de les contourner.

3. Adoptez une vision à long terme

Malgré l’incertitude actuelle, il reste très important de conserver une perspective financière à long terme. Les études montrent systématiquement que les personnes qui s’engagent dans une planification à long terme ont tendance à accumuler davantage de richesse au fil du temps.

La planification à long terme consiste à continuer à planifier des objectifs futurs tels que la retraite ou les études, même lorsque les délais doivent être modifiés en raison de circonstances changeantes.

L’un des plus grands défis de cette approche est connu sous le nom « d’effet de la grappe acide ». Il s’agit de la tendance qu’ont les gens à minimiser un objectif ou une récompense future après avoir connu des revers ou des échecs précoces.

Une étude réalisée en 2020 auprès de 1304 participants en Norvège et aux États-Unis a révélé que les revers peuvent amener les individus à se désengager de leurs objectifs. Les participants ont reçu des commentaires positifs ou négatifs sur une tâche initiale, puis ont été invités à prédire leur niveau de bonheur s’ils réussissaient lors d’une deuxième série.

Ceux qui avaient connu l’échec anticipaient beaucoup moins de bonheur en cas de réussite future. Lorsque tout le monde a finalement réussi, leur niveau de bonheur était le même, indépendamment des commentaires initiaux. Les revers peuvent amener les gens à dévaloriser leurs objectifs comme stratégie d’autoprotection. Cependant, les participants ayant une forte motivation à la réussite ne présentaient pas ce biais.

En d’autres termes, lorsque des déceptions à court terme sont interprétées comme des échecs, les gens risquent d’abandonner complètement leurs projets à long terme. Dans ces moments-là, la meilleure chose à faire est de rester cohérent et engagé, tout en restant suffisamment agile pour s’adapter si nécessaire.

La Conversation Canada

Omar H. Fares ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances – https://theconversation.com/en-ces-temps-incertains-trois-strategies-pour-mieux-maitriser-vos-finances-261330

La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Marck Pépin, Doctorant en anthropologie, Université Laval

Différentes épreuves, comme le deuil et la maladie, peuvent laisser les individus démunis. Les intervenants en soins spirituels ont pour objectif d’accompagner ces personnes afin de leur apporter un support. (Shutterstock)

La profession d’accompagnants spirituels a vécu de profondes et radicales transformations, en particulier depuis les années 1960. Cette métamorphose, de pair avec les transformations sociales du Québec, a exigé une redéfinition et une explicitation du rôle de ceux et celles qui, depuis 2011, se nomment les « intervenants en soins spirituels (ISS) ».

Au Québec, la formation professionnelle passe par des études universitaires de 2e cycle, avec des programmes spécialisés ancrés dans les réalités du terrain. Une certification de niveau nationale est également recommandée.

Au cours de leur formation, les futurs ISS assimilent la tâche délicate, originale, mais essentielle, d’accompagner spirituellement les personnes malades ou accidentées. Les ISS sont sollicités par les équipes de soins, par les usagers ou par leur famille. Face à une maladie grave ou aux conséquences d’un accident, certains des éléments sur lesquels se construit notre existence (valeurs, convictions, buts, perception du monde, de soi ou de ce qui nous dépasse) se trouvent autant sollicités que bousculés, bouleversés, parfois dévastés. Les ISS accompagnent justement ces dimensions essentielles de chaque personne.

Certaines personnes malades, mais aussi celles qui les soignent, peuvent se trouver confrontées à des situations ou des questionnements qui leur occasionnent de la souffrance morale, voire de la détresse spirituelle. L’incompréhension face à l’absurdité de la souffrance, face à la mort d’un enfant, ou encore face à l’injustice ressentie par rapport à une maladie peut mettre à l’épreuve l’équilibre spirituel chez ces personnes.

À l’inverse, la spiritualité de chacune et chacun peut offrir des ressources uniques pour traverser les moments difficiles. Voilà pourquoi un accompagnement spirituel compétent devient crucial dans de tels moments.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Vous avez dit « spiritualité » ?

Dans un Québec devenu laïque, les profondes mutations du rapport à la religion ont souvent contribué à une perception parfois biaisée de la spiritualité, la confondant avec le religieux, ou occultant sa dimension existentielle et relationnelle.

Or la spiritualité est une dimension dynamique de l’existence humaine, distincte du religieux. La spiritualité se manifeste par une quête de sens, de but et de transcendance. Elle s’exprime et se vit de manière subjective, à travers les relations à soi, aux autres, à la nature et au sacré. La spiritualité se reconnaît dans son dynamisme relationnel et existentiel, influençant la manière d’habiter le monde et de donner sens à l’expérience humaine.

Une femme pratique la méditation dans une forêt
La spiritualité peut se manifester de diverses manières, en fonction de la quête personnelle de chacun.
(Shutterstock)

Certaines personnes trouvent dans le religieux un espace communautaire qui nourrit leur quête de sens. Et c’est donc dans le religieux que s’exprime et se déploie pour eux la vie spirituelle. D’autres trouveront des ressources spirituelles dans des sagesses séculaires, des approches philosophiques, des pratiques corporelles ou rituelles, etc.

Les ISS sont habilités à reconnaître le profil spirituel des personnes accompagnées et faciliter l’actualisation des ressources qui contribuent au sens, au but et à la transcendance de sa vie.

Comment les ISS accompagnent-ils les personnes dans leur spiritualité ?

L’originalité du travail des ISS réside dans son approche profondément humaine et personnalisée : ils interviennent, non pas « sur », mais « avec » la personne et selon la personne.

Plutôt que de travailler à partir d’un cadre de références prédéfinies, les ISS se rendent attentifs et présents à l’autre qui vit des pertes, des doutes, un mal-être en s’adaptant aux ressources intérieures de chacun. Ils favorisent ainsi un cheminement personnel où l’individu peut retrouver lui-même son chemin spirituel.

Aux personnes malades ou endeuillées, à leurs proches et au personnel soignant, l’ISS offre une écoute singulière, un espace où exprimer ce qui a le plus de valeur, ou ce qui est souffrant. Plus qu’un soutien, il est aussi un auxiliaire entre la vie et la mort, un guide dans la quête de sens face à l’incompréhensible et à la souffrance.

Par leur posture d’intermédiaire, les ISS, avec les autres intervenants psychosociaux, jouent un rôle central de médiateur entre la personne malade ou endeuillée, ses proches et l’équipe soignante. Témoins des tensions familiales, ils facilitent le dialogue et contribuent à la résolution des conflits. Ils veillent à préserver un espace d’écoute et de respect.

Leur médiation s’étend également au personnel soignant, dont les avis, les convictions et le regard sur la situation peuvent parfois diverger de l’expérience vécue du patient ou de ses proches. En informant et en conciliant ces différentes perspectives, les ISS assurent une présence apaisante, favorisant une communication harmonieuse dans des contextes souvent marqués par la vulnérabilité et l’incertitude.

Les ISS accompagnent les personnes endeuillées au-delà de leur douleur, les aidant à puiser en elles la force spirituelle de traverser l’épreuve. Ils facilitent l’émergence des ressources spirituelles et renforcent l’identité de la personne accompagnée en s’adaptant à ce qui fait sens pour elle et pour son entourage.

Cette approche repose sur une grande flexibilité dans la posture de l’intervenant, qui tient compte de la diversité des expériences, des réalités et des perspectives sociales, culturelles et spirituelles. Les ISS accompagnent sans imposer, et laissent ainsi place à la réinvention possible des croyances et de la spiritualité.

De la posture à l’acte : comment opèrent ces spécialistes de la spiritualité ?

Se démarquant de l’exercice coutumier des professionnelles de santé, l’intervention en soins spirituels repose avant tout sur l’« être » plutôt que sur le « faire ». Le processus relationnel propre à cette intervention évolue au fil des interactions, nourri par la posture propre des ISS, inscrite dans la compassion, l’attention et la bienveillance.

Des gens assis en rond se tiennent la main
Pour certaines, la spiritualité en passe par un sentiment de communauté. Pour d’autres, elle est quelque chose de résolument personnel. Peu importe les besoins des patients, les intervenants en soins spirituels cherchent à les accompagner, plutôt qu’à s’imposer.
(Shutterstock)

L’accompagnement prend diverses formes, notamment par des rituels et des activités adaptées aux besoins spirituels et symboliques de la personne et de son entourage. Ces pratiques, qu’elles soient laïques (humanistes) ou religieuses, permettent d’apporter du réconfort, de structurer l’expérience et d’offrir un espace de communion chaleureuse.

Les organisations peuvent-elles se passer de spiritualité ?

Les recherches sur l’impact de la spiritualité dans les pratiques de soins à partir d’un modèle holistique qui intègre le spirituel au biopsychosocial sont abondantes et concluantes. Elles reconnaissent la spiritualité comme composante fondamentale du mieux-être de la personne, tant chez les personnes malades qu’auprès des membres de leur famille.

L’intégration compétente du spirituel dans les pratiques de soins s’avère d’autant plus crucial dans un système de santé qui « vit une crise » marquée par de profondes et multiples pressions systémiques, se manifestant notamment par la détresse morale des professionnels de santé, leur épuisement et les répercussions psychologiques liées aux deuils vécus. Des études montrent également que la dimension spirituelle contribue aussi au mieux-être des professionnels confrontés à des contextes exigeants.

La reconnaissance tardive des intervenants en soin spirituel (ISS) en milieu de santé ne cesse d’étonner alors que les professionnels de la santé prennent progressivement conscience de l’importance du spirituel dans les pratiques de soins. L’un des freins à cette pleine intégration de professionnels du spirituel semble résider dans la difficulté des milieux de santé à intégrer une approche fondée sur la présence et le sens, pourtant essentielle pour accompagner les usagers au-delà des seules logiques médicales.

Les ISS guident sans diriger, soutiennent sans prescrire, et accompagnent la personne endeuillée dans une quête de sens qui dépasse la seule perte. Leur rôle, empreint d’une profonde humanité, s’inscrit dans une dynamique relationnelle où chaque échange contribue à tisser un chemin de résilience et de transformation.

Parce qu’elle soutient la traversée de l’expérience de la maladie, du deuil, de la perte et de la détresse, la spiritualité devrait imposer sa place dans les institutions de santé. Face à la souffrance, elle éclaire, ouvre un espace d’expression de la quête de sens et de l’actualisation de soi.

La Conversation Canada

Audrey Simard est membre de l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Elle a obtenu la Bourse d’études supérieures du Canada au niveau de la maîtrise (BESC M) octroyée par le Conseil de recherches en
sciences humaines. Elle est intervenante pour l’organisme Albatros Capitale-Nationale et auxiliaire d’enseignement et de recherche à l’Université Laval.

Chantal Verdon est professeure titulaire de l’Université du Québec en Outaouais au département des sciences infirmières et membre de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Elle est cochercheuse dans le projet Partenariat Spiritualité qui a reçu un financement du Conseil de recherche en sciences humaines – engagement partenarial.

Elaine Champagne est titulaire de la Chaire Religion, spiritualité et santé, Université Laval.
Elle a obtenu du subvention d’engagement partenarial du CRSH (chercheure principale) pour le projet Partenariat Spiritualité: Partenariat pratique/recherche pour mieux soutenir les interventions spirituelles en contexte de deuil.

Marck Pépin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi – https://theconversation.com/la-spiritualite-a-sa-place-dans-les-soins-de-sante-voici-pourquoi-254880

Counting the climate costs of abandoned shopping trolleys

Source: The Conversation – UK – By Neill Raath, Assistant Professor of Sustainable Materials and Manufacturing, University of Warwick

Richard Johnson/Shutterstock

Despite the steady growth of online shopping, a majority of the UK public still prefers to buy groceries at the supermarket.

Shopping trolleys can help us lug our purchases back to the car, but some shoppers are evidently taking them further afield. In 2017, 520,000 trolleys were reported as abandoned in the UK. Sunderland in north-east England alone reported 30,000 abandoned trolleys between 2020 and 2022. Likewise, 550 trolleys were collected in a single day in western Sydney, Australia.

Supermarkets employ a range of methods to stop trolleys leaving their premises, including coin slots, vertical bars (to stop trolleys leaving the shop floor), wheel-locking mechanisms and car park wardens. Despite these efforts, abandoned trolleys still blight the landscape and need to be collected.

Many supermarkets use commercial collection services, such as Wanzl TrolleyWise or TMS Collex. These companies typically use diesel vans to survey suburban areas, collect trolleys and return them to supermarkets. They also offer to refurbish weathered or damaged trolleys, sometimes by applying a zinc-based coating to protect against corrosion – a process known as regalvanisation.

We are researchers at the University of Warwick who wanted to understand the environmental impact of trolley abandonment. So, we set out to investigate it.

Collecting versus manufacturing

How does the environmental impact of using vans to rescue abandoned trolleys compare with losing these trolleys to excessive damage or corrosion and having to make new ones?

Our study used a standardised methodology known as life-cycle assessment to analyse the potential environmental impact of collecting and handling abandoned shopping trolleys within an area of Coventry, a city in the English West Midlands, which includes our university campus.

We spoke to trolley suppliers, who told us trolleys used at the supermarket in Coventry were most likely made in Spain. This was incorporated into our model.

A shopping trolley wedged in a hedge.
A trolley discovered by the author, abandoned in a bush near a car park.
Neill Raath

Through conversations with our university’s estates department and commercial collection services, we established that approximately 30 trolleys were collected a week on average in the area surrounding the Tesco supermarket in the Cannon Park shopping centre.

Our model assumed that a bulk transport of 50 trolleys is sent twice each year to be refurbished, in a round trip of 220km between Coventry and a refurbishment facility based in the UK that was noted on stickers placed on refurbished trolleys.

Vans collecting 520,000 abandoned trolleys in a year could emit the equivalent of 343 tonnes of CO₂ (the annual equivalent of driving 80 petrol cars). If we imagine that 10% of these 520,000 trolleys have been left outside too long and need to be regalvanised then the total global warming impact increases by 90% to the equivalent of 652 tonnes CO₂ (roughly the same as 152 petrol cars being driven for one year).

This is quite a surprising increase for such a small number of trolleys. It suggests that the real problem lies with the environmental impact of manufacturing.

Most of the emissions can be avoided

We found that one trolley would have to be collected 93 times by a diesel van to have the same environmental impact as manufacturing a new one.

Our results showed that the emissions incurred during the diesel van collection phase were only 1% of the manufacturing impact, and the regalvanisation stage was only 8%. We might wonder whether switching to electrically powered collection vans might help. While the emissions would be reduced, the impact of using diesel vans is still minuscule compared to that of making new trolleys.

We found that the highest environmental impact stemmed from manufacturing, which was mainly attributed to making and replacing the steel frame of the trolley.

These results reinforce the benefits of following the circular-economy principle of keeping trolleys in use for as long as possible, and avoiding manufacturing to replace abandoned ones.

Would anything change if we switched to plastic trolleys? Other researchers have investigated the effect of changing trolley materials and have found that trolleys made of polymers have many benefits compared with steel: they use less material, are less dense (a benefit for collection vans that emit less by driving around lighter products) and do not require protective coatings, which themselves have an environmental impact.

A steelworks.
Blast furnaces at conventional steelworks are very carbon-intensive.
Pedal to the Stock/Shutterstock

However, if these polymer trolleys were to be sent to landfill (or left to deteriorate in the environment), they could release carcinogenic chemicals, as well as microplastics, as they break down. This leads us back to the importance of keeping products in use.

Abandoning trolleys is bad for the environment, with a potential global warming impact equivalent to 0.69 kg CO₂ for collecting one trolley and returning it to a supermarket. If we multiply this by the potential 520,000 abandoned trolleys a year, this figure becomes quite big.

Preventing trolley abandonment should be a priority not just for supermarkets, but for the general public as well. However, once a trolley is abandoned, it is far better to collect and refurbish it than to let it fall out of use and manufacture a new one, as 92–99% of the environmental impact can be avoided.

While it is unlikely that we can ever stop trolleys being abandoned, we hope that next time people see a trolley in an alley or park bush, the potential environmental impact of losing this trolley to service would be apparent.


Don’t have time to read about climate change as much as you’d like?

Get a weekly roundup in your inbox instead. Every Wednesday, The Conversation’s environment editor writes Imagine, a short email that goes a little deeper into just one climate issue. Join the 45,000+ readers who’ve subscribed so far.


The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Counting the climate costs of abandoned shopping trolleys – https://theconversation.com/counting-the-climate-costs-of-abandoned-shopping-trolleys-258500

4.48 Psychosis revival: the play’s window into a mind on the edge is as brutal as ever

Source: The Conversation – UK – By Leah Sidi, Associate Professor of Health Humanities, UCL

Under bright lights, the audience looks at a bare stage on two planes. Below, a small stage is white and empty, occupied only by a table and two chairs. Above, a huge, slanted mirror reflects a bird’s-eye view of the stage to the audience. Three middle-aged figures enter the stage without looking at each other. One lies down, staring into the mirror. One stands and one sits. For the next 70 minutes, they will never hold one another’s gaze.

This is the revival of Sarah Kane’s play 4.48 Psychosis. The production takes place 25 years after the original work, bringing the original cast and creative team back to the Royal Court where the play was first staged – now transferred to The Other Place, a small theatre run by the Royal Shakespeare Company.

It replicates the staging of the original with precision. The same faces are on the same set, making the same gestures. Even the projections of the street outside show cars from the 1990s. And yet, because this is theatre, there are inevitable differences.


Looking for something good? Cut through the noise with a carefully curated selection of the latest releases, live events and exhibitions, straight to your inbox every fortnight, on Fridays. Sign up here.


The play is a revival and a commemoration. Kane wrote 4.48 Psychosis in the year leading up to her death by suicide in 1999 and completed it during her final stay in a psychiatric hospital. It stages the experience of a suicidal and psychotic mind breaking down.

About a week after sending the play to her agent, Kane ended her own life. A year later, the original production was staged at the Royal Court, directed by her long-term collaborator James Macdonald and starring three young actors: Daniel Evans, Madeleine Potter and Jo McInnes. All three have returned for this revival.

4.48 Psychosis is a highly experimental play. It contains dialogue between doctor and patient, poetry, seemingly psychotic speech, lists and quotations from literature and medical documents. In her aims for the play, Kane was both very open and very specific. She described the play in an interview at Royal Holloway University as an attempt to stage the experience of a mind breaking down:

I’m writing a play called 4:48 Psychosis … It’s about a psychotic breakdown and what happens in a person’s mind when the barriers which distinguish between reality and different forms of imagination completely disappear … you no longer know where you stop and the world starts.

What’s more, through an experimental style, Kane hoped to make her audience experience some of the distress experienced by the mental collapse being staged. She described this as “making form and content one”.

How this strange work was to be staged was to be left up to future creatives. She didn’t specify how many actors should perform the work, or provide references to their age or gender. Kane believed that as a playwright, her job was to write the work, and then let directors figure it out.

The result was that the first performance split the experience of breakdown across three actors. At times, they take on more specific roles such as a patient, a doctor, and a lover or bystander. At others, they all seem to occupy a shared mental reverie.

Since the original production, 4.48 Psychosis has been staged in multiple ways around the world. French actor Isabelle Huppert performed the first French production largely as a monologue in 2005, with occasional lines delivered by Gérard Watkins as a psychiatrist. Recently in the UK it has been transformed into a successful opera in which a six-person ensemble and full orchestra performed the play’s “hive mind”, and has been performed in a plastic box in British Sign Language.

When it was first performed in 2000, a year after Kane’s death, the play left a profound impression on its audiences. It was arguably one of the most brutal, head-on representations of mental illness that had ever been seen in British theatre. Reviews from that first production discuss anxieties about whether the play should be viewed as a “suicide note” – a disturbingly “real” reference to Kane’s death.

Today, such anxieties may seem less relevant. After all, over two decades have passed since Kane’s death, and we are in a very different world when it comes to how we view disclosure of personal struggle. In a culture of mental health awareness campaigns and social media oversharing, the closeness of Kane’s suffering to her work seems less scandalous, and perhaps less unsettling.

At times, this revival feels a bit more like a repetition, or archival reconstruction than a fresh performance. There are moments that feel dated – for example, the use of pixelated projections.

The most compelling moments were where something original was introduced due to the more advanced ages of the actors. In my experience, the play is typically performed by a younger cast, as a rageful, energetic cry of despair. It hits differently with a cast in their fifties.

Madeleine Potter’s resigned, ironic complaints about being mistreated by “Dr This and Dr That” gave the impression of a woman with a lifetime’s experience of inadequate mental health services. And Jo McInnes’s desperate monologue about lost love could be referencing an estranged or dead child, as much as a lover.

These moments inserted something new into Kane’s iconic last work and underlined that mental suffering is far from being the privilege of the young. More of a slow burn than an explosive cry of anger, this return to 4.48 Psychosis explores mental torment that can persist over a lifetime, revealing it to be as relevant as ever.

4.48 Psychosis is at The Other Place until July 27.

The Conversation

Leah Sidi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. 4.48 Psychosis revival: the play’s window into a mind on the edge is as brutal as ever – https://theconversation.com/4-48-psychosis-revival-the-plays-window-into-a-mind-on-the-edge-is-as-brutal-as-ever-261430