On pense bien connaître le trait de côte des cartes géographiques. Sa définition est pourtant plus complexe qu’il n’y paraît, car il ne s’agit pas d’une référence immuable au cours du temps. Le changement climatique, sans surprise, vient encore compliquer la donne.
Tout le monde pense connaître le trait de côte qui est représenté sur les cartes géographiques. Il occupe une place importante dans nos représentations et semble correspondre à une ligne de référence stable dans le temps. Nous allons voir qu’il n’en est rien.
Commençons par le définir. Selon le service hydrographique et océanographique de la Marine nationale (SHOM) et l’Institut géographique national (IGN), il s’agit de la « limite de laisse » (c’est-à-dire, jusqu’où peuvent s’accumuler les débris déposés par la mer) des plus hautes mers, dans le cas d’une marée astronomique de coefficient 120 et dans des conditions météorologiques normales (pas de vent du large et pas de dépression atmosphérique susceptible d’élever le niveau de la mer).
Il faut encore ajouter à ces conditions « pas de fortes vagues », car elles peuvent aussi faire s’élever le niveau de l’eau. De façon pragmatique toutefois, on peut se limiter aux marées hautes de vives-eaux dans des conditions météorologiques normales pour définir le trait de côte.
Les marées de grandes vives-eaux se produisant selon un cycle lunaire de 28 jours et les très grandes vives-eaux se produisant lors des équinoxes deux fois par an (en mars et en septembre).
Entre accumulation de sédiments et érosion
Le trait de côte est situé à l’interface entre l’atmosphère, l’hydrosphère (mers et océans) et la lithosphère (les roches et les sédiments), ce qui en fait un lieu extrêmement dynamique. Le trait de côte peut reculer, quand il y a une érosion des roches ou des sédiments, ou avancer, quand les sédiments s’accumulent.
Par conséquent il est nécessaire de le mesurer fréquemment. Il existe tout un arsenal de techniques, depuis l’utilisation des cartes anciennes, l’interprétation des photographies aériennes et des images satellitaires, les mesures par laser aéroporté, les mesures topographiques sur le terrain et les mesures par drones.
Les évolutions des côtes sont très variables et impliquent de nombreux mécanismes. En France, selon des estimations du CEREMA, 19 % du trait de côte est en recul.
Un indicateur très sensible aux variations du niveau de la mer
Le principal problème est que l’évolution du trait de côte est très sensible aux variations du niveau de la mer. En raison du réchauffement climatique d’origine humaine, la mer monte, du fait de la fonte des glaces continentales et de la dilation thermique des océans, et ce phénomène s’accélère.
Pour les côtes sableuses, cela conduit à une aggravation des phénomènes d’érosion déjà existants. Avec l’élévation du niveau des mers, des côtes stables, voire même des côtes en accrétion pourraient changer de régime et subir une érosion chronique. Sur un horizon de quelques décennies, il est impossible de généraliser, car la position du trait de côte dépend aussi des apports sédimentaires qui sont très variables d’une région à une autre.
Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) estime que d’ici 2050, 5 200 logements et 1 400 locaux d’activité pourraient être affectés par le recul du trait de côte, pour un coût total de 1,2 milliard d’euros. La dynamique et le recul du trait de côte sont un sujet majeur, dont l’intérêt dépasse les seuls cercles spécialisés, avec des implications très concrètes, notamment en matière de droit de la construction. En premier lieu parce que le trait de côte est utile pour définir le domaine public maritime (DPM).
Ses limites ont été précisées en 1681 par une ordonnance de Colbert qui précise que le DPM naturel ne peut être cédé et qu’une occupation ou une utilisation prolongée par des particuliers qui se succèdent sur cette zone ne leur confère aucun droit réel ou droit de propriété.
Protéger le trait de côte sans construire des digues
La législation française relative au trait de côte a récemment évolué. En témoigne par exemple la loi Climat et résilience de 2021, qui renforce l’adaptation des territoires littoraux. La stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte insiste sur la mise en place de solutions durables pour préserver le littoral, tout en assurant la préservation des personnes et des biens.
Concrètement, comment faire ? L’approche la plus connue est la défense de côte en dur, souvent en béton ou en roches. Cette stratégie est chère, nécessite un entretien, elle est inesthétique et entraîne une forte dégradation, voire une disparition, des écosystèmes littoraux. Surtout, on ne pourrait généraliser cette stratégie sur les milliers de kilomètres de côtes en France et dans le monde (on parle de 500 000 km de côte).
Sans rentrer dans le détail de toutes les solutions existantes, on peut noter que la communauté scientifique qui étudie les littoraux appelle à davantage recourir aux solutions fondées sur la nature (SFN). En simplifiant, on peut dire qu’il s’agit de tirer parti des propriétés des écosystèmes sains pour protéger les personnes, tout en protégeant la biodiversité.
Ces approches ont fait leurs preuves, particulièrement en ce qui concerne les prés salés, les mangroves ou les barrières sédimentaires en général (constituées par la plage sous-marine, la plage et la dune). On peut assimiler ces écosystèmes littoraux à des « zones tampons » qui absorbent l’énergie des vagues et limitent les hauteurs d’eau tout en préservant la biodiversité et les paysages.
Source: The Conversation – France (in French) – By Thierry Gauquelin, Professeur émérite, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)
Créé à la fin des années 1980, ce mot a immédiatement connu un grand succès. Mais ce qu’il désigne est bien plus vaste qu’on le pense souvent. Aujourd’hui, de nouvelles notions émergent également pour nous permettre de mieux penser la diversité du vivant comme la biodiversité fantôme ou la biodiversité potentielle.
Demandez à un enfant de huit ans, à un homme politique ou à une mère de famille, quel organisme symbolise, pour eux, la biodiversité… À coup sûr, ce sera un animal et plutôt un gros animal. Ce sera le panda, le koala, la baleine, l’ours, le loup, présent aujourd’hui dans nombre de départements français. Ce sera rarement un arbre, même si la déforestation ou les coupes rases sont dans tous les esprits, encore plus rarement une fleur… Et jamais un insecte, une araignée, un ver, ou une bactérie ou un champignon microscopique… qui pourtant constituent 99 % de cette biodiversité.
Raconter l’évolution de ce terme c’est donc à la fois évoquer un grand succès mais aussi des incompréhensions et certaines limites.
Mais pour prendre la mesure de tout cela, commençons par revenir sur ses débuts.
Biodiversité, un terme récent
Le terme biodiversité traduction de l’anglais biodiversity est issu de la contraction de deux mots diversitébiologique (biological diversity). Il est relativement récent, datant seulement de la fin des années 1980, mais il a connu depuis un intérêt croissant.
Ainsi, en 2012, la Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Ecosystèmiques (IPBES), équivalent, pour la biodiversité du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été lancée par le programme des Nations unies pour l’environnement.
L’IPBES a publié depuis nombre de rapports dont, par exemple, en 2023, un rapport sur les espèces exotiques envahissantes (EEE) qui constituent l’une des cinq principales pressions sur la biodiversité.
Courbe montrant l’évolution de l’utilisation du mot biodiversité dans la base des livres disponibles sur Google Books. Capture d’écran de l’outil Google Ngram, Fourni par l’auteur
La progression spectaculaire de l’utilisation de ce terme depuis sa création témoigne de l’intérêt croissant pour cette notion, notamment depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992 où la biodiversité et sa préservation ont été considérés comme un des enjeux principaux du développement durable.
L’herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), une espèce exotique envahissante, dans le Pays Basque. Fourni par l’auteur
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Les 3 principaux niveaux d’organisation de la biodiversité
Mais dès qu’on s’intéresse à ce que cette notion tâche de décrire, on voit rapidement qu’il existe différents critères complémentaires pour mesurer la richesse du monde vivant, avec au moins trois niveaux de biodiversité retenus par les scientifiques. :
la diversité spécifique, soit la richesse en espèces d’un écosystème, d’une région, d’un pays donné. Elle correspond par exemple, concernant les espèces de plantes natives, à près de 5000 espèces pour la France hexagonale pour seulement 1700 pour la Grande-Bretagne.
la diversité génétique, soit la diversité des gènes au sein d’une même espèce. C’est, par exemple, la très faible diversité génétique de la population de Lynx boréal de France, issue de quelques réintroductions à partir des Carpates slovaques.
la diversité des écosystèmes, soit la diversité, sur un territoire donné, des communautés d’êtres vivants (biocénose) en interaction avec leur environnement (biotope), ces interactions constituant aussi un autre niveau de biodiversité, tant elles façonnent le fonctionnement de ces écosystèmes.
Ces différents niveaux tranchent avec la représentation que peuvent se faire nos concitoyens de cette biodiversité, souvent limitée à la diversité spécifique mais surtout à une fraction particulière de cette biodiversité, celle qui entretient des relations privilégiées ou affectives avec l’homme. Ces espèces sont d’ailleurs aussi celles que l’on voit incarnée dans les principaux organismes de défense de la nature, par exemple le panda du WWF. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt.
Une biodiversité trop mal connue… concentrée dans les sols et dans les océans
Car à ce jour, seulement environ 2 millions d’espèces ont pu être inventoriées et on estime qu’il en existe entre 8 et 20 millions.
Cette méconnaissance affligeante et paradoxale, à une époque où l’on veut conquérir Mars, est liée au fait que cette biodiversité se trouve pour une grande partie dans deux endroits, les sols d’une part, les océans d’autre part. Soit deux milieux encore trop peu investigués et pourtant recélant l’essentiel de la biodiversité spécifique de notre planète.
Concernant les sols, si l’on s’intéresse simplement à sa faune on sait qu’elle correspond à environ 80 % de la biodiversité animale. Plus de 100000 espèces ont déjà été identifiées (notamment collemboles, acariens, vers de terre…), alors qu’il n’existe que 4500 espèces de mammifères. Mais, rien que pour les nématodes, ces vers microscopiques au rôle capital pour le fonctionnement du sol, il y aurait en réalité entre 300000 et 500000 espèces.
Il faut aussi avoir en tête tous les micro-organismes (bactéries et champignons) dont on ne connait environ que 1 % des espèces et dont on peut retrouver un milliard d’individus dans un seul gramme de sol forestier.
Ainsi, dans une forêt, et d’autant plus dans une forêt tempérée où la biodiversité floristique reste faible, c’est donc bien dans le sol que cette biodiversité, pour l’essentielle cachée, s’exprime.
Elle demeure enfin indispensable au fonctionnement des écosystèmes, indispensable au fonctionnement de la planète, marqué par les échanges de matière et d’énergie.
Darwin, en 1881, nous disait à propos des vers de terre qu’il avait beaucoup étudié, on le sait peu : « Dieu sait comment s’obtient la fertilité du sol, et il en a confié le secret aux vers de terre » il ajoutait ensuite « Il est permis de douter qu’il y ait beaucoup d’autres animaux qui aient joué dans l’histoire du globe un rôle aussi important que ces créatures d’une organisation si inférieure ».
Concernant maintenant la biodiversité des océans, et notamment celle des écosystèmes profonds, il est frappant de voir comment les chiffres avancés restent très approximatifs. On connait moins la biodiversité, notamment marine, de notre planète que les étoiles dans notre univers.
À ce propos, Evelyne Beaulieu, l’héroïne océanographe du dernier prodigieux roman de Richard Powers, Un Jeu sans fin, s’exclame, après une plongée dans l’archipel indonésien Raja Ampat :
« C’est presque absurde des compter les espèces. Rien que pour les cnidaires, il y a sans doute au moins un millier de variétés, dont un bon nombre qu’aucun humain n’a jamais vu. Combien d’espèces encore à découvrir ? autant qu’on en veut ! je pourrais passer ma vie à donner à des créatures ton nom et le mien. »
La diversité génétique
La diversité génétique demeure ensuite la deuxième manière d’aborder la biodiversité. Elle est fondamentale à considérer, étant garante de la résilience des espèces comme des écosystèmes. Dans une forêt de hêtres présentant une diversité génétique importante des individus, ce sont bien les arbres qui génétiquement présentent la meilleure résistance aux aléas climatiques ou aux ravageurs qui permettront à cette forêt de survivre. Si, à l’inverse, la forêt ou le plus souvent la plantation est constituée d’individus présentant un patrimoine génétique identique, une sécheresse exceptionnelle ou encore une attaque parasitaire affectant un arbre les affecterait tous et mettra en péril l’ensemble de la plantation.
Tous les chênes pubescents marcescents de Provence n’ont pas conservé leurs feuilles mortes en hiver : conditions stationnelles différentes ou diversité génétique ? Fourni par l’auteur
La diversité des écosystèmes
Les écosystèmes sont également définis comme des ensembles où des organismes vivants (la biocénose) se trouvent en interaction avec leur environnement physique (le biotope) dans un espace délimité. Écosystèmes et biodiversité sont ainsi indissociables d’une part parce que la diversité d’écosystèmes va de pair avec la diversité spécifique mais surtout parce que les interactions qui définissent ces écosystèmes se réalisent au travers des organismes vivants constituant cette même biodiversité spécifique. Maintenir dans un espace donné des écosystèmes diversifiés, c’est en même temps favoriser la biodiversité et le fonctionnement de chacun de ces écosystèmes. Les paysages méditerranéens du Sud de la France, présentent ainsi une diversité d’écosystèmes où se côtoient pelouses sèches, garrigue ou maquis, forêts de pins, forêts de chênes verts, blancs ou liège, s’inscrivant tous dans une dynamique successionnelle, auxquels s’ajoutent oliveraies, champs de céréales ou de légumineuses, etc.
Raoul Dufy, Vue des remparts de Saint-Paul-de-Vence, 1919 : une diversité d’écosystèmes.
Pallier au manque de connaissances ?
Pour dépasser la difficulté à inventorier complètement et partout ces différentes facettes de la biodiversité, a pu se développer le concept d’une biodiversité potentielle. Des forestiers ont ainsi développer l’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP), un outil scientifique particulièrement intéressant et pédagogique permettant d’évaluer le potentiel d’accueil d’un peuplement forestier par les êtres vivants (faune, flore, champignons), sans préjuger de la biodiversité réelle qui ne pourrait être évaluée qu’avec des inventaires complexes, non réalisables en routine.
La forêt d’exception de la Sainte-Baume : un IBP très élevé. Fourni par l’auteur
Cet IBP permet donc d’identifier les points d’amélioration possibles lors des interventions sylvicoles. Cet indicateur indirect et « composite », repose sur la notation d’un ensemble de dix facteurs qui permettent d’estimer les capacités d’accueil de biodiversité de la forêt.
Ainsi sera noté, par exemple, la présence ou non dans l’écosystème forestier de différentes strates de végétation, de très gros arbres, d’arbres morts sur pied ou au sol mais aussi de cavités, blessures, excroissances se trouvant au niveau des arbres et susceptibles d’abriter des organismes très divers, des coléoptères aux chiroptères.
La forêt de pins maritimes des landes : un IBP faible. Fourni par l’auteur
Enfin, cette biodiversité peut aussi s’exprimer au travers de la biodiversité fantôme c’est-à-dire la biodiversité des espèces qui pourraient naturellement occuper un environnement du fait de leurs exigences écologiques mais qui en sont absentes du fait des activités humaines.
De fait, chaque écosystème a, par les caractéristiques climatiques, géographiques, géologiques de son biotope, un potentiel de biodiversité, potentiel entravé par la main de l’homme ancienne ou récente. Dans les régions fortement affectées par les activités humaines, les écosystèmes ne contiennent que 20 % des espèces qui pourraient s’y établir, contre 35 % dans les régions les moins impactées, un écart causé par la fragmentation des habitats, favorisant la part de la diversité fantôme.
Inventoriée, cachée, potentielle ou fantôme, la biodiversité n’en reste pas moins la clé du fonctionnement des écosystèmes et la clé de notre résilience au changement climatique. En témoignent toutes les publications scientifiques qui s’accumulent montrant l’importance de cette diversité pour nos efforts d’atténuation et d’adaptation. De plus en plus menacée dans toutes ses composantes sur la planète, la biodiversité doit donc plus que jamais être explorée et décrite, notamment là où elle est la plus riche mais la moins connue.
Thierry Gauquelin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
L’opéra national de Pékin a été conçu par Paul Andreu, architecte de l’aéroport parisien de RoissyTrey Ratcliff / Flickr, CC BY-NC-ND
De la Chine à l’Indochine, en passant par Hongkong et la Corée du Sud, l’art lyrique occidental s’est implanté en Asie dans des contextes très variés. Héritage colonial ou outil de distinction sociale, il révèle bien plus que des goûts musicaux : une géographie du pouvoir, des hiérarchies culturelles, et des trajectoires d’appropriation locale.
L’art lyrique occidental co-existe avec l’opéra de Pékin, un genre populaire autochtone chinois, né à la fin du XVIIIe siècle, qui propose des spectacles mêlant musique, danse acrobatique et théâtre présentés avec des costumes colorés traditionnels.
Le répertoire européen sera timidement importé à partir des années 1980, comme en témoignent les représentations de Carmen à Pékin, en 1982, à destination d’un public chinois parfois un peu perdu face à cet art si éloigné de la tradition culturelle locale. Le Parti communiste chinois avait d’ailleurs distribué des cassettes audio aux spectateurs pour leur expliquer l’œuvre et les prévenir de la moralité de Carmen…
La maison d’opéra devient, comme en Europe, un lieu central, dont la fréquentation s’inscrit dans un processus de distinction sociale prisé des classes sociales supérieures. Ce bâtiment futuriste a ainsi remplacé une partie de la ville composée de petites maisons traditionnelles et d’habitants souvent âgés, montrant une volonté politique forte d’inscrire la Chine dans la modernité. Ce phénomène rappelle mutatis mutandis, les opérations d’urbanisme menées sous la houlette du baron Haussmann à Paris, destinées à mettre en scène l’opéra dans la ville et à structurer l’urbanisme autour de sa centralité.
En Indochine française, un théâtre d’apparat pour la bonne société coloniale puis l’élite hanoïenne
Au début du XXe siècle, l’implantation lyrique en Indochine reste strictement coloniale et sous le contrôle étroit de la censure. À Saïgon, à Haïphong ou à Hanoï, les colons français importent l’art théâtral et dans une moindre mesure l’opérette et les grandes œuvres du répertoire pour recréer les sociabilités parisiennes dont ils sont nostalgiques. Ces villes deviennent les vitrines culturelles de l’empire français reproduisant, ici comme dans d’autres colonies, les signes urbains de la centralité métropolitaine à travers le triptyque « cathédrale, théâtre et Palais du gouverneur ».
Dès les années 1880, ces édifices accueillent des troupes venues de France, renforçant ainsi le lien affectif avec la métropole. Les représentations d’art lyrique s’intègrent dans des activités culturelles variées avec le recours fréquent d’orchestres militaires. Ces activités lyriques restent destinées à la population coloniale dont le territoire lyrique demeure hermétique à la population autochtone.
Bien que parfois initiée à la culture française, celle-ci demeure le plus souvent exclue des pratiques musicales européennes, pour des raisons tant culturelles qu’économiques. Utilisé par les communistes lors de la révolution d’août 1945, l’opéra conserve aujourd’hui une activité culturelle réservée à une élite. Il est devenu le lieu où l’on accueille les délégations internationales et bientôt des touristes…
À Pondichéry, une implantation lyrique franco-indienne aidée par l’armée
Le théâtre, propriété de l’armée, devient au début du XXe siècle un lieu culturel diffusant entre autres de l’art lyrique, chanté en français et destiné à un public mêlant colons, fonctionnaires, militaires et élite tamoule francophone. Cette appropriation partielle du répertoire par certains groupes locaux témoigne d’un ancrage culturel plus diffus, bien que toujours limité à une élite cultivée. Les musiciens militaires jouent un rôle essentiel dans l’entretien de cette vie lyrique, participant parfois aux représentations.
Aujourd’hui, le lieu tente de conserver une activité culturelle variée malgré de nombreuses difficultés, notamment financières.
Hongkong, plaque tournante d’un art lyrique mondialisé
À partir des années 1970, les élites locales s’approprient l’opéra occidental. Si l’italien reste la langue dominante utilisée, des artistes chinois, comme Ella Kiang, s’imposent désormais sur scène. Par la suite, les représentations sont sous-titrées en caractères chinois, et certaines œuvres françaises traduites dans la langue locale. À partir de 1973, le festival de Hongkong devient un espace de dialogue entre cultures, tandis que l’influence française décline au profit de celle de l’Italie et du Royaume-Uni.
Le centre culturel de Hongkong, dans le quartier de Tsim Sha Tsui. Wikimedia
En Corée du Sud, un art lyrique marqué par le répertoire italien et ascenseur social pour jeunes artistes
La Corée du Sud, qui échappe aux influences coloniales occidentales directes mais pas à la mondialisation culturelle récente, adopte l’opéra comme outil de distinction sociale. L’Opéra national est inauguré en 1959, avec un répertoire dominé par Verdi, chanté en coréen.
Le National Opera adapte aussi des récits coréens dans un style lyrique mêlant musique traditionnelle et instruments occidentaux, ce qui témoigne d’une appropriation du genre à travers une esthétique hybride.
L’art lyrique en Asie, un indicateur géopolitique et culturel
À travers ces différents cas, l’art lyrique en Asie apparaît comme un révélateur des rapports de domination, de circulation culturelle et de hiérarchies linguistiques.
Si la colonisation a été un vecteur d’importation de formes lyriques européennes, elle a également été une force de sélection et de segmentation. En effet, l’art lyrique occidental n’a réellement pris racine que là où les élites – coloniales ou nationales – y ont trouvé un intérêt social ou politique. Plus récemment, la montée de classes moyennes et cultivées dans les grandes métropoles asiatiques a transformé le rapport à l’opéra, qui devient désormais un bien culturel universalisé, affranchi de ses origines européennes, adapté aux langues et aux esthétiques locales.
Ainsi, l’art lyrique, autrefois outil de cohésion entre colons, devient aujourd’hui un symbole de puissance et d’ouverture des sociétés asiatiques en quête de reconnaissance sur la scène internationale.
Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Les femmes sont, en moyenne, plus heureuses célibataires que les hommes, qui, de plus en plus, sombreraient dans l’heteropessimismeDrazen Zigic/Shutterstock
Baisse de l’activité sexuelle, montée d’un certain « hétéropessimisme » ou célibat revendiqué… de plus en plus d’éléments indiquent que la génération Z se détourne des formes traditionnelles de rencontres et des relations amoureuses à long terme. Dans le même temps, on observe un clivage politique entre jeunes femmes – plus libérales – et jeunes hommes – plus conservateurs. Comment analyser ces évolutions, au regard du contexte politique, social et économique ?
Des signes de clivage politique entre les jeunes hommes et les jeunes femmes ont pu être observés au cours de l’année écoulée. Les données issues des élections dans plusieurs pays indiquent que les femmes âgées de 18 à 29 ans se montrent nettement plus libérales, tandis que les jeunes hommes penchent davantage vers le conservatisme. Une récente étude, menée dans 30 pays a également révélé que la génération Z est plus divisée que les précédentes sur les questions liées à l’égalité entre les sexes.
Il s’agit d’une augmentation significative par rapport aux années précédentes. Et les adolescents états-uniens sont moins enclins à entretenir des relations amoureuses que ceux des générations précédentes.
Au Royaume-Uni, les enquêtes menées au cours des dernières décennies révèlent une tendance à la baisse de l’activité sexuelle, tant en termes de fréquence que de nombre de partenaires chez les jeunes. Les applications de rencontre perdent également de leur attrait, les principales plateformes enregistrant des baisses significatives du nombre d’utilisateurs parmi les hétérosexuels de la génération Z l’an dernier.
Une fracture politique genrée
Une fracture politique genrée rend-elle les rencontres plus difficiles ? En tant que sociologues de l’intimité, nos travaux ont montré comment les relations sont affectées par des tendances sociales, économiques et politiques plus larges.
Nos recherches sur la persistance des inégalités de genre montrent qu’elles peuvent affecter la qualité des relations intimes ainsi que leur stabilité.
Par exemple, les relations hétérosexuelles reposent souvent sur une répartition inégale du travail émotionnel et domestique, même au sein des couples ayant des revenus similaires. Certains commentateurs et chercheurs ont identifié une tendance à l’« hétéropessimisme » – un désenchantement vis-à-vis des relations hétérosexuelles, souvent marqué par l’ironie, par le détachement ou par la frustration. De nombreuses femmes expriment une lassitude face aux inégalités de genre qui peuvent apparaître dans les relations avec les hommes.
Mais l’hétéropessimisme a également été identifié chez les hommes et des recherches ont montré que les femmes sont, en moyenne, plus heureuses célibataires que ces derniers.
Prenons le travail domestique. Malgré les avancées en matière d’égalité entre les sexes dans de nombreux domaines, les données montrent que, dans les couples hétérosexuels, les femmes assument encore la majorité des tâches ménagères et des tâches liées au soin. Au Royaume-Uni, elles effectuent en moyenne 60 % de travail non rémunéré de plus que les hommes. Cet écart subsiste même au sein des couples où les deux partenaires travaillent à temps plein.
En Corée, l’inégalité persistante entre les sexes est considérée comme étant à l’origine du mouvement 4B. Des jeunes femmes coréennes, lassées des stéréotypes sexistes qui les cantonnent à des rôles traditionnels, déclarent rejeter le mariage, la maternité, les relations amoureuses et le sexe avec les hommes.
Dans ce pays et ailleurs, sur les réseaux sociaux, des jeunes femmes se disent « boy sober » [littéralement « sobres de garçons », ndlr_]. Le harcèlement, les abus et les « comportements toxiques » sur les applications de rencontre ont, selon certains témoignages, détourné nombre d’entre elles de toute envie de sortir avec quelqu’un.
D’autres ont opté pour la célibat volontaire. Un élément d’explication tient au fait que, pour certaines femmes, la remise en cause des droits reproductifs – comme l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade (qui garantissait le droit fédéral à l’avortement aux États-Unis, ndlr) – rend les questions d’intimité fondamentalement politiques.
Des désaccords politiques, qui auraient, autrefois, pu être surmontés dans une relation, sont aujourd’hui devenus profondément personnels, car ils touchent à des enjeux tels que le droit des femmes à disposer de leur corps et les expériences de misogynie qu’elles peuvent subir.
Bien sûr, les femmes ne sont pas seules à pâtir des inégalités de genre. Dans le domaine de l’éducation, les données suggèrent que les garçons prennent du retard sur les filles à tous les niveaux au Royaume-Uni, bien que des recherches récentes montrent que la tendance s’est inversée en mathématiques et en sciences.
Nombre d’hommes estiment être privés d’opportunités de s’occuper de leurs enfants, notamment en raison de normes dépassées en matière de congé parental, limitant le temps qu’ils peuvent leur consacrer.
Certains influenceurs capitalisent sur les préjudices réels ou supposés des hommes, diffusant leurs visions rétrogrades et sexistes des femmes et du couple sur les réseaux sociaux de millions de garçons et de jeunes hommes.
Compte tenu de tout cela, il n’est pas surprenant que les jeunes hommes soient plus enclins que les jeunes femmes à affirmer que le féminisme a « fait plus de mal que de bien ».
Anxiété et incertitude
Mais des enjeux politiques et économiques plus larges influencent également les jeunes hommes et les jeunes femmes, et conditionnent leur façon – voire leur décision – de se fréquenter. La génération Z atteint l’âge adulte à une époque de dépression économique. Des recherches montrent que les personnes confrontées à des difficulté économiques peuvent avoir du mal à établir et à maintenir des relations intimes.
Cela peut être en partie dû au fait que les débuts d’une romance sont fortement associés au consumérisme – sorties au restaurant, cadeaux, etc. Mais il existe aussi un manque d’espace mental pour les rencontres lorsque les gens sont sous pression pour joindre les deux bouts. L’insécurité financière affecte également la capacité des jeunes à se payer un logement et, donc, à disposer d’espaces privés avec un partenaire.
On observe, par ailleurs, une augmentation des problèmes de santé mentale signalés par les jeunes dans le monde entier. Les angoisses liées à la pandémie, à la récession économique, au climat et aux conflits internationaux sont omniprésentes.
Ces inquiétudes se reflètent dans les rencontres amoureuses, au point que certains voient dans une relation sentimentale une prise de risque supplémentaire dont il vaut mieux se protéger. Des recherches menées auprès d’utilisateurs hétérosexuels d’applications de rencontre au Royaume-Uni, âgés de 18 à 25 ans, ont révélé qu’ils perçoivent souvent les rencontres comme un affrontement psychologique – dans lequel exprimer son intérêt trop tôt peut mener à l’humiliation ou au rejet.
Il en résulte que ni les jeunes hommes ni les jeunes femmes ne se sentent en sécurité pour manifester un véritable intérêt envers un potentiel partenaire. Cela les enferme souvent dans le fameux, et souvent décrié, « talking stage » (« phase de discussion »), où les relations peinent à progresser.
Comme l’ont montré Lisa Wade et d’autres sociologues, même dans le cadre de relations sexuelles occasionnelles, l’attachement émotionnel est souvent volontairement évité.
Si la génération Z se détourne des relations amoureuses, ce n’est pas forcément par manque d’envie de créer du lien, mais sans doute en raison d’un sentiment de vulnérabilité accru, nourri par une montée des problèmes de santé mentale et un climat d’insécurité sociale, économique et politique.
Il ne s’agit peut-être pas d’un rejet des relations de la part des jeunes. Peut-être ont-ils plutôt du mal à trouver des espaces émotionnellement sûrs (et financièrement accessibles) propices au développement d’une intimité.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Negotiators from around the world are gathered in Geneva, Switzerland, for the final UN intergovernmental session to hammer out a legally binding global treaty on plastics pollution.
The conference began on August 5, but after a week and a half of intense discussions, progress has been insufficient. Despite more than two years of negotiations, the same political disagreements that have stalled talks before remain unresolved.
With less than 48 hours to go, the window for action is closing. Negotiators must now show courage if the world is to get a treaty capable of protecting people and the planet.
Delegations have spent the past week in a mix of formal contact group sessions and informal consultations. Core discussions have focused on chemicals of concern, production, product design and protecting human health.
Delegates are also debating financial mechanisms to help countries implement the treaty. But in the final days, closed-door informal consultations dominate, leaving observers like us and our colleagues with little visibility, or transparency in decisions being made.
Halfway through the session, the Ecuadorian ambassador to the UK, Luis Vayas, held a plenary to review progress. Based on the assembled text (essentially a draft treaty that brings together all the ideas countries have put forward so far), negotiators have ballooned the draft rather than streamlining it. This makes any agreement harder.
It’s a situation which mirrors previous rounds, including the last round of negotiations in Busan, South Korea, in November 2024. Resistance largely comes from a bloc of countries with strong petrochemical industries and interests, such as Saudi Arabia and Russia, unwilling to compromise or pursue ambitious measures.
The latest draft treaty text presented today demonstrates these disagreements clearly. While it could serve as a starting point for further talks, it currently weakens several important issues significantly, including measures on chemicals, plastic production and human health that were carefully negotiated for two and a half years years. Throughout the text, legally-binding obligations give way to lighter encouragement for countries to take action.
Ambitious states and observers now look to negotiators to forge a path forwards.
The science is undeniable
Plastic pollution harms human and environmental health, as confirmed by decades of international research.
Exposure to plastics and plastic chemicals affects everyone, starting in the womb and continuing throughout life. The health effects and economic costs of plastics pollution are substantial and growing as global plastics production increases.
The costs of the health effects are substantial. Deaths due to chemicals used in plastics cost the US alone between US$510 billion (£376 billion) and US$3.4 trillion a year.
Global plastic production continues to soar, however. We make more than 460 million tonnes of plastics every year. Without intervention, that figure could triple by 2060. The evidence leaves no room for delay.
These negotiations are a rare opportunity to protect people, the planet and the economy. Acting boldly now could prevent ongoing future harm.
Taking action
Ten years after the Paris agreement, a legally binding international treaty on climate change, multilateralism is under severe pressure. National protectionist measures and declining trust in institutions make global cooperation difficult. Yet recent months show there is still reason for hope.
In June, during the UN oceans conference, 95 countries signed the “Nice declaration”. This supports a strong global plastics treaty with measures across the full plastics lifecycle, including global targets to reduce plastics production and consumption.
The establishment of the science policy panel on chemicals, waste and pollution in June, similar to panels for climate change and biodiversity, builds momentum for the need of science-based decision-making to tackle global challenges.
And a recent groundbreaking ruling by the International Court of Justice calls on states to take binding action on climate change to prevent environmental harm, a ruling that provides a powerful precedent that could strengthen the plastics treaty.
However, progress in Geneva shows ambition is slipping. From where we are sat, it looks like countries that were initially committed are softening their positions, while less ambitious states have not stepped up. Compromise is coming from only one side.
With the complex challenge of plastics pollution, the world cannot afford half measures. States must seize this opportunity, remaining courageous and ambitious in their efforts to secure an effective treaty and safeguard a healthy planet for present and future generations.
Don’t have time to read about climate change as much as you’d like?
The authors are unpaid members of the Scientists’ Coalition for an Effective Treaty; an International network of independent scientific and technical experts contributing robust scientific evidence to the Treaty process.
The authors are unpaid members of the Scientists’ Coalition for an Effective Treaty; an International network of independent scientific and technical experts contributing robust scientific evidence to the Treaty process. Noreen O’Meara is also a member of the International Science Council’s expert group on plastics pollution, and is a British Academy Mid-Career Fellow.
Source: The Conversation – UK – By Jack Ashby, Assistant Director of the University Museum of Zoology, Cambridge, University of Cambridge
One day in August, 1875, a greyish-blue parrot was shot on a small island in the Indian Ocean near Mauritius. It was the last time a Rodrigues parakeet was known to be seen alive.
That bird was one of only two ever preserved. Exactly 150 years on, both rest under our care at the University Museum of Zoology in Cambridge, England. Aside from a few fossilised fragments, they represent the only physical evidence the species ever existed.
For many extinct animals, museums are now their last remaining habitat. Without these collections, we wouldn’t just have lost the creatures themselves – we’d have lost the very knowledge that they existed at all. This can be thought of as double extinction.
All that remains of the Rodrigues parakeet. University Museum of Zoology, Cambridge
Extinction and sex bias
There are a few enigmatic accounts of green and blue parrots by sailors marooned on Rodrigues in the 1700s, but a specimen wasn’t collected until 1871. That was when the British colonial administrator on Mauritius, Edward Newton, received a female bird that had never before been scientifically described. (Scientists must write a formal “description” of a new species for it to be officially recognised).
Newton sent the preserved parakeet on to his brother Alfred Newton – 19th century Britain’s most eminent ornithologist and the University of Cambridge’s first professor of zoology – who described the new species in print.
Rodrigues Island, 350 miles from any other land, was once filled with giant tortoises, birds and other wildlife that existed nowhere else. Many of those species are now extinct. zelvan / shutterstock
This makes it something of a rarity: only a quarter of bird species are described using female specimens, meaning that in most cases the male form is effectively considered the standard representation of its species, while the female is considered the “other”.
Incidentally, although women have always played a major role in natural history, only 8% of birds named after people are named after women. This is one of the reasons why I refer to this species as “Rodrigues parakeet”, named after its home island, in preference over its other name, Newton’s parakeet (though ironically in this specific case the island also happens to be named after a man).
In a further display of the human social gender biases underlying much of natural history, having been offered the opportunity to publish an illustration of the specimen alongside his description, Alfred Newton wrote that “as it is unluckily that of a female bird, I refrain from giving one”. He was holding out for a male.
The female Rodrigues parakeet described by Alfred Newton in 1872 and illustrated for him by John Gerrard Keulemans in 1875. John Gerrard Keulemans / wiki, CC BY-SA
Due mainly to deforestation for agriculture on Rodrigues, over the course of a century, the once common parakeet’s population had crashed. When further searches for the bird were unsuccessful, Newton eventually provided an illustration of the species – still based on that lone female.
That same year, when one was shot on August 14, 1875, Edward Newton was finally able to send his brother the male he desired. None was ever seen again, and it is quite possible that it was the true endling: the last living member of its species.
Precious little remains
Many extinction tales, and indeed the natural history museums that tell them, are intertwined with colonialism. Dodos, from nearby Mauritius, became the ultimate icons of extinction partly because they are relatively common in museums worldwide.
Dodos were last sighted in 1662 and probably went extinct in the 1690s, yet their remains are found in museums around the world. The Art of Pics / shutterstock
Edward Newton again played a role: he was the islands’s colonial official in 1865 – almost 200 years after the dodo’s extinction – when Indian indentured labourers were ordered to extract hundreds of dodo bones from a Mauritian swamp, feeling for them in the mud with their bare feet. This is the origin of almost all dodo bones in museums today.
However, countless other lost species, like the Rodrigues parakeet, are represented only by one or two specimens. Without museums preserving these precious remains, we could never comprehend what has been lost. Beyond scientific research, these specimens provide museum visitors with a tangible connection to the permanent reality of extinction.
Found, lost, described
This isn’t just a 19th century story. In 2000, for instance, a single snake-eyed lizard was collected during fieldwork on a wooded plateau in northwest India. It was preserved in the vast collections of the Bombay Natural History Society, before being described as a new species 20 years later: Ophisops agarwali.
But when researchers returned to its habitat, they could not find the lizard again. They have concluded that it is probably extinct, most likely because of traditional forest burning practices.
The lizard was caught just in time to be recognised – but not in time to be saved.
Why these losses matter now
Like the lizard, the Rodrigues parakeet’s story isn’t just a quirk of natural history – it’s a warning. Across the world, species are being lost far faster than we can name them. It’s a sad truth that there are undescribed species in museum storerooms which can no longer be found in their wild habitats. Some become extinct in the window between collection and description.
When we preserve those fragments, we keep more than a specimen. We keep a record of what the planet once held.
If that single lizard had not been caught in 2000, or if those parakeets had not been stored in 1875, the existence of their species would never have been recognised and nor would its loss. We are both richer and poorer for that knowledge.
Jack Ashby is affiliated with the Natural Sciences Collections Association.
Many people find that their sleep and moods are linked to the seasons. Those living in temperate zones may feel like hibernating in winter and staying out all night in summer, though even those in the tropics can be affected by changing seasons. That’s because we are seasonal animals and adjust our behaviour according to cues from the environment.
Now, it turns out that our ancient adaptation to the seasons also affects our ability to adjust to modern lifestyle factors such as shiftwork – and probably jet lag, too.
This is the conclusion of a recent paper studying about 3,000 US medical interns wearing health trackers on their wrists for a year. The study also found significant differences between participants, which it linked to variations in a specific gene called SLC20A2.
On average, the medical interns’ daily step count and the time they spent awake were both higher in summer than in winter. Yet some participants showed little to no difference in their step counts between summer and winter, while some even showed opposite patterns to the main group.
Although most in the study were more active in summer, some people rested more. Maples Images/Shutterstock
The authors used heart-rate data collected via the health trackers to calculate each person’s internal time, in other words what time it “feels like” to their body. This is determined by our circadian rhythm, the “body clock” which also affects everything from body temperature to hormone levels. The authors then compared this to participants’ activity patterns to look at to what extent their bodies were disrupted by night shifts.
Participants who showed the greatest seasonal difference in step count also showed the most disruption from winter night shifts to their sleep-wake cycle – when and how long they sleep. They were not disrupted in the same way after summer night shifts.
The researchers then looked at how these findings related to the SLC20A2 gene, since previous work had shown that the gene is involved in seasonality in mice. This gene is responsible for encoding a protein embedded in our cell membranes that allows the movement of ions (electrically charged atoms or molecules) in and out of cells. The protein is very active in neurons in the brain, where this movement of ions is important in generating the electrical signals which form the basis of all brain functions.
The researchers found thousands of differences in the sequence of the SLC20A2 gene in the participants they studied. They focused on five differences called single nucleotide polymorphisms (SNPs) and how different combinations of those SNPs (or genotypes) influenced participants’ behaviour in summer and winter. Using mathemetical modelling, they were able to show that having a particular genotype influenced participants’ circadian rhythms, physical activity and adaptability to shiftwork in winter.
Circadian rhythms and the seasons
The most reliable feature of seasons, at least in temperate countries, is the change in the proportion of light in a day (the photoperiod). Seasonal changes in plants and animals such as when they mate and migrate are thought to be a way of responding to changes in the availability of food to increase their chances of surviving and reproducing. Even humans, particularly males, demonstrate seasonality in reproductive hormones, with higher levels of testosterone in spring and summer. This is despite the fact that we do not tend to reproduce seasonally.
Light exposure via our eyes synchronises our circadian rhythms to the environment every day. A model proposed by biologists Colin Pittendrigh and Serge Daan almost 50 years ago suggests that humans’ and many other animals’ circadian rhythms are governed by two internal clocks which are coupled to each other: one that responds to dawn and one that responds to dusk. The idea is that these separately control the transitions into daytime (active phase) and into nighttime (resting phase). Biologists still use the model as a framework to explain how living things adjust to the changing length of days across the seasons.
Light signals are transmitted from the eyes to a collection of neurons in the brain called the suprachiasmatic nuclei (SCN) which communicate that information to the rest of the brain and body. The cells in the SCN are arranged in clusters that co-operate differently in response to different day lengths. Research has shown that in mice and rats, SCNs signal in synchrony in shorter days (winter), and out of phase with one another in longer days (summer).
The intensity of how synchronised these cells are leads to differences in how they transmit information about light. This contributes to individual differences in our body’s response to changes in day length, as well as to other things like shiftwork and jet lag. Also, we also all experience different amounts of natural sunlight and indoor electrical light. The amount of light you’ve been exposed to recently can affect how you adapt to the changing seasons. This is another reason not to expect yourself to adapt to these changes in the same way as other people
Night-shiftwork is also associated with poor health such as weight gain and low quality sleep. Understanding the biological basis of people’s adaptation to shiftwork will help us to mitigate this by developing personalised strategies to shift-workers’ health. And it could help people understand whether they need more rest when jet-lagged or as the seasons change.
Laura Roden receives funding from the Wellcome Trust.
Robert F. Kennedy Jr has spent years railing against food additives, framing them as part of a broader threat to public health. Now, as the US health secretary, his views have taken on new weight.
Plans are now afoot to start phasing out eight synthetic food dyes in the American food supply, with claims they are harmful and are linked to ADHD (attention deficit hyperactivity disorder). This has reignited a long-running debate around this subject.
Food additives have been treated with suspicion for years. Nearly 20 years ago in the UK, the Daily Mail ran a “ban the food additives” campaign. In 2017, research by the Food Standards Agency found that 29% of people in the UK thought that synthetic chemicals posed a risk to health.
Earlier this year, Arizona and New York state already went as far as removing additives from school meals. But is there convincing evidence to support this, or should we be looking elsewhere?
ADHD is a developmental condition whose symptoms include inattention, hyperactivity and impulsivity. There’s no single cause of ADHD. Risk factors include genetics, prenatal substance exposure, toxins like lead, low birth weight and early neglect.
Hyperactivity itself isn’t exclusive to ADHD. It can also be a response to anxiety, excitement, sleep problems or sensory overload. In 2021 the Californian Office of Environmental Health Hazard Assessment concluded that food dyes can also stimulate hyperactivity in sensitive children. That is, not all children were affected, but it may aggravate symptoms in those with a pre-existing problem or biological predisposition.
The effects tend to be small, often only observed through subjective reporting (such as observations by parents), rather than more objective measures. Some experts question whether these findings are clinically significant.
Having a high intake of additives correlates with a high intake of ultra-processed food – usually a diet high in sugar and fat, while low in fibre, protein, vitamins and minerals. So, why assume that additives are the problem, and not the rest of the diet?
Eating ultra-processed food – and therefore additives – is more common among low-income families, who are also at greater risk of ADHD. To some extent ADHD may be an indication of poverty, and a generally poor diet, reflecting the financial need to eat cheaper ultra-processed foods.
Studying people with ADHD also tells us little about the rest of the population. One of the largest UK studies to look at children more broadly was carried out in 2007, on the Isle of Wight off the south coast of England. Researchers gave a mix of additives to a range of children.
The European Food Safety Authority examined the findings and concluded there was only “limited evidence of a small effect on activity and attention in some children” from eating additives. The effects were inconsistent, and individual additives couldn’t be identified as harmful.
An Irish study in 2009 found that the doses of additives used in the Isle of Wight study had been much greater than are consumed in normal diets. This was an important observation, as consuming some substances in too high a dose can have an adverse reaction. Water and oxygen are examples of this.
Some experts argue that there is sufficient evidence to justify regulation of some additives, or at least adding details to food labels to help children with ADHD, although other experts disagree.
Out of precaution, since 2010 any food or drink in both the UK and EU containing any of the colour additives has had to carry a warning. Even though there was no scientific justification, it was considered better to be safe than sorry – especially when the colours have no nutritional value.
Natural = good?
There’s a common assumption that natural chemicals are good, while synthetic ones are bad. But what matters isn’t how a chemical is made but how the body responds.
Morphine and cocaine come from plants, for instance, and their dangers are well known. Recently in Australia, three people were fatally poisoned by death cap mushrooms that had been added to their meal. It’s estimated that 5% to 20% of all plants are toxic to humans. So, while “natural” sounds wholesome, it’s no guarantee of safety.
The total number of unique chemicals in the human diet exceeds 26,000, but our present understanding of how diet influences health reflects only 150 of these. The remainder are “nutritional dark matter” which have unknown effects.
To better understand the link between diet and hyperactivity, researchers have experimented with what’s known as the oligoantigenic diet (or a “few foods” diet). Children are given a very limited menu, then foods are gradually reintroduced to see what triggers a reaction.
The first study using this method was carried out in London in 1985. It found that at least one of the children reacted adversely to 48 of the foods in their diet with signs of hyperactivity.
With cows’ milk this was true for 64% of children in the study. For grapes it was 49%, hens’ eggs 29%, fish 23%, apples 13% and tea 10%. These are not ultra-processed foods, but we need to explore whether they contain chemicals that influence the biology of some individuals.
As many as 79% of children reacted to a preservative and a colouring, although the doses used were greater than would be normally consumed. And as no child reacted only to these additives, and different children reacted to different foods, only removing additives wouldn’t eliminate symptoms.
All the children in the study also had a history of allergic reactions, so their responses to food may reflect a biological predisposition. This is important, as it has been found consistently that a reaction to an additive occurs in a minority of children.
A 2017 review concluded “there is convincing evidence for the beneficial effect of a few-foods diet on ADHD”. It suggested the diet offered a “treatment for those with ADHD not responding to, or too young for, medication”.
For parents concerned about their child’s ADHD, it’s worth remembering that food additives are unlikely to be the sole cause. If a child’s behaviour seems linked to diet, keeping a food diary can help identify patterns. But any elimination diet should be approached with care and expert advice, to avoid doing more harm than good. Ultimately, every child is different, and what works for one may not work for another.
David Benton does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
As the Premier League season kicks off, fans will debate their new kits almost as much as new signings. But could shirt colour actually give teams a performance edge? Science suggests they can.
One of the most studied colour effects in sport is that of red kits leading to greater success. In the Premier League era, more than half of all champions have worn red home kits, and a study looking at the 2004 Olympic Games found that in combat sports, where the colours of red and blue are randomly assigned, athletes wearing red were more likely to win.
These effects have also been shown in Rugby League and esports (video game competitions).
But why is this? It has been suggested that from both a cultural and biological perspective, red is associated with dominance and aggression. Wearing red has been shown to boost players feelings of dominance whereas an opponent who is wearing red is perceived as more threatening.
Research has also shown that taekwondo referees award more points to fighters in red than blue – even when digital manipulation allows them to view exactly the same fight with just the colours reversed. Studies on football players have also found that strikers score fewer goals when facing a goalkeeper wearing red.
There are other useful colours, too. The gold selected by Crystal Palace is a strong contender as it offers high visibility under both daylight and flood lights. Lighter colours which will offer a high contrast against the pitch, such as the whites chosen by Chelsea and Nottingham Forest, will also stand out.
Psychologists call these “colour singletons”, hues that are unique in the visual scene. Studies show that our attention is automatically drawn to them. Unusual colours that are unlikely to match those found on the pitch or advertising boarding will make players easier to detect at a glance.
Tottenham spurs players of the 2016–17 season wearing white. wikipedia, CC BY-SA
Patterns matter too. High-contrast blocking or stripes can help separate a moving object from its background. Bournemouth’s striped away kit should be more visible than a plain mid-tone shirt. The contrast between the luminous top half of Fulham’s away shirt and the relatively dark shorts should also enhance detection.
Camouflage effect
Despite this evidence, not a single Premier League club has chosen red for an away kit this season. Instead, there are some novel choices such as lilac, cream and turquoise. A previous example of a novel kit choice not working so well was in 1996 when Manchester United’s infamous grey away kitwas scrapped mid-game after gong 3-0 down to Southampton.
The manager, Alex Ferguson, claimed players couldn’t see each other clearly. It wasn’t just an excuse, the grey was a near perfect match for the concrete of the stadium and blended into the blur of the crowd.
Camouflage effects like this are well documented in biology. Indeed, animals depend on them to make detection by predators harder. In a stadium, muted greys or browns can do the same. Brentford’s new brown away kit risks a similar problem, especially in overcast conditions or with concrete-backed stands. Black kits can also fade into the background, particularly in low light conditions where there is reduced contrast.
This season, Tottenham Hotspur*, Manchester City and Aston Villa have all selected black away shirts which could lead to lower visibility of teammates.
Camouflage is not limited to dull colours. Newcastle’s green away kit, while bright, is likely to merge with the turf, particularly in players peripheral awareness where the human visual system is not designed to see colours clearly.
Another subtle visual trap is “countershading”, a gradient that goes from dark to light found in many animals to make them less detectable. In football, a dark shirt with pale shorts could break up a players outline in bright sunlight. This is great for a deer-avoiding predators, less helpful if you are trying to spot your striker in space.
So why don’t clubs use this science to select kits? The answer is most likely commercial. Away kits are as much about selling shirts as improving performance. Novelty colours create buzz, drive sales and help clubs stand out on the high street, even if they blend in on the pitch.
Colour is not just fashion. It is also linked to psychology, perception and physics. The right shade can make you unmissable, the wrong one can make you disappear. In elite sport, with such fine margins between success and failure, kit colour is an area which should not be overlooked.
Zoe Wimshurst is the owner of Performance Vision Ltd, a company specialising in visual training and consultancy services.
There are more than 1 million people on NHS waiting lists for mental healthcare in the UK. Many of them have to wait weeks or months before treatment can begin for conditions such as depression and anxiety.
And according to recent figures from the BBC, there are 12 times more patients waiting longer than 18 months for mental health treatment compared to those with physical conditions.
My research suggests that being on these waiting lists can have a detrimental impact not just on a person’s mental health, but also on their employment prospects and financial security.
This is because every extra month that a patient has to wait for treatment significantly increases the total amount of care they will need. And it also increases the likelihood that they will end up losing their job because of their condition.
The majority of those who lose their job after languishing on a waiting list remain unemployed for years. Many never return to work.
Among those who become unemployed, I found that approximately half end up receiving disability benefits. The other half will rely on different kinds of state benefits such as income support or depend financially on family members.
So providing speedier access to mental healthcare could have a significant economic impact, personally, and for the state. In the Netherlands where I collected my data (it’s not openly available in the UK), I calculated that a one-month reduction in average waiting time would save that country more than €300 million (£261 milllion) each year in unemployment related costs, such as benefits payments and income taxes.
For the UK, with its larger population, this would translate into an annual saving of more than £1 billion.
Recruitment savings
My calculations also show that approximately 3,000 additional full-time psychiatrists and psychologists would be needed to reduce the NHS mental healthcare waiting list by one month. With annual salaries coming to less than £300 million, this would leave £700 million to spend on recruitment and training.
The NHS knows it needs to do something about these waiting lists. Health minister Stephen Kinnock has commented: “For far too long people have been let down by the mental health system and that has led to big backlogs.”
And there is a plan to hire more mental healthcare professionals and increase training opportunities, which could substantially shorten waiting times for mental healthcare in the long run.
In May 2025, the government said it would be opening specialist mental health crisis centres. Starting off with six pilots centres throughout the UK, these are meant to alleviate pressure from A&E departments and treat individuals in acute mental distress.
But while ensuring timely access to care for those with the most severe and acute mental health problems, these plans are unlikely to reduce waiting times for those waiting for non-emergency pre-planned care. Total funding for the new crisis centres is budgeted at £26 million, thereby increasing the NHS mental healthcare budget of around £18 billion by less than 0.2%.
Concerns have also been raised by the Royal College of Psychiatrists, which has stated that the new plans are unlikely to benefit the majority of patients as many of them also suffer from physical health problems. These people require fully integrated services, rather than separate mental health crisis centres.
Reducing the waiting lists for mental healthcare will not be easy and will come at a considerable financial cost. But my study shows that an economic case can be made for the increased investment.
Shorter waiting lists will speed up care and help more people to remain in work. The potential benefits, in terms of both health and economics would be substantial, helping patients, the healthcare system and society as a whole.
Roger Prudon receives funding from the Dutch Research Council
(NWO).