Ce que nous apprend l’histoire du féminisme au Québec

Source: The Conversation – in French – By Adeline Vasquez-Parra, Maître de conférences, Université Lumière Lyon 2

Retour sur la longue histoire du féminisme québécois, sur ses figures marquantes et sur la relation entre ce mouvement, lui-même hétérogène, et diverses autres structures, qu’il s’agisse de partis politiques ou d’organisations de défense des droits des peuples autochtones.


Un sondage effectué en juillet 2025 montre que plus de 56 % de la jeune génération québécoise (18–34 ans) soutient l’indépendance du Québec. Pourtant, cette même génération se mobilise avant tout pour des luttes mondiales telles que l’écologie, la justice sociale et le féminisme. Comment comprendre ce paradoxe apparent ?

L’histoire du mouvement féministe au Québec offre une clé de lecture : elle montre comment, depuis plus d’un siècle, les luttes féministes se sont entremêlées, parfois harmonieusement, parfois plus douloureusement, avec divers projets d’émancipation politique, dont celui de la souveraineté du Québec.

Aux origines

Dès le début du XXe siècle, le féminisme québécois s’inscrit dans un double héritage : celui de l’implication des femmes dans les paroisses catholiques et celui des réseaux atlantiques. Ces réseaux comprennent des échanges et des circulations de personnes et d’idées entre l’Europe et l’Amérique du Nord depuis le XVIIIe siècle. C’est à partir de ces espaces que certaines prennent la parole et portent dans la sphère publique des questions liées aux inégalités sociales et politiques, comme l’absence de suffrage universel ou les écarts salariaux.

En 1902, la militante féministe Robertine Barry fonde le magazine bimensuel le Journal de Françoise, qui promeut les droits des femmes. Trois ans plus tard, elle participe avec une autre journaliste, Éva Circé-Côté, à la création de l’Association des femmes journalistes canadiennes françaises, qui regroupe des militantes engagées dans les combats progressistes de l’époque.

Circé-Côté publie dans le journal les Débats jusqu’à la condamnation de celui-ci par l’archevêque de Montréal en 1903, condamnation certes morale mais très influente dans la société québécoise de l’époque. Elle y défend l’accès à la culture pour les francophones privés de bibliothèques publiques, ainsi que l’éducation laïque.

Dans les décennies suivantes, le féminisme québécois s’allie avec le militantisme syndical, ce qui lui permet de toucher davantage les classes populaires.

Des militantes syndicales comme Léa Roback s’illustrent dans la grève des Midinettes de 1937, qui rassemble 5 000 ouvrières mobilisées pour de meilleures conditions de travail. Le syndicalisme féminin devient un vecteur de revendications, déjà portées par la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et ses figures de proue telles que Marie Gérin-Lajoie et Caroline Dessaulles-Béique, militantes pour l’accès des femmes au marché de l’emploi et à la protection sociale.

Féminisme et souverainisme

Le mouvement se complexifie dans les années 1960, lorsque le féminisme croise l’indépendantisme et les luttes socialistes.

Le Front de libération des femmes (FLF), fondé en 1969, relie explicitement émancipation féminine et indépendance du Québec, adoptant le slogan « Pas de libération du Québec sans libération des femmes ». Il critique l’impérialisme états-unien et le capitalisme, dans lesquels il voit des sources d’exploitation économique et symbolique, et refuse toute influence linguistique ou idéologique du féminisme anglophone, qu’il soit états-unien ou canadien, lui-même accusé d’impérialisme.

La langue, pense-t-on, forge seule les concepts, impose une vision du monde et donc, trace les frontières du commun. Malgré des actions spectaculaires et la publication d’un journal, le FLF se dissout en 1971.

« Québecoises deboutte ! », brochure publiée en 1972.
Réseau québecois en études féministes

Le Centre des femmes, créé en 1971, prolonge cet héritage mais élargit ses priorités aux questions sociétales – avortement, reconnaissance économique du travail domestique – tout en diminuant la perspective nationale.

Face à l’influence du Parti québécois (PQ), formation indépendantiste fondée en 1968, qui exprime une conception conservatrice du rôle social des femmes, le mouvement féministe québécois finit par progressivement se détourner de la question nationale à la fin des années 1970. Il ne disparaît toutefois pas du paysage politique et revendique un féminisme ancré dans son contexte, attentif à l’articulation entre l’exploitation du corps des femmes et celle du territoire, problématique approfondie par la politologue Diane Lamoureux dès les années 1980.

Le féminisme autochtone

Parallèlement au développement de ce féminisme lié à la cause souverainiste (la volonté de faire du Québec un État souverain), les femmes autochtones du Québec mènent des luttes qui articulent genre, décolonisation et justice sociale.

Mary Two-Axe Earley, militante kanien’kehá :ka (mohawk), incarne cet engagement. Dans les années 1960 et 1970, elle s’attaque à l’alinéa 12(1)  b de la Loi fédérale sur les Indiens (1876), qui prive les femmes autochtones mariées à des non-Autochtones de leurs droits fonciers et communautaires, alors que les hommes transmettent leur statut sans restriction. Militante infatigable, elle parcourt le Québec et le monde pour faire entendre la voix des femmes autochtones et réclamer l’égalité des droits au sein de leurs communautés.

En 1974, Mary Two-Axe cofonde Femmes autochtones du Québec, organisation qui défend l’émancipation et les droits fonciers des femmes autochtones, tout en mettant en lumière les discriminations spécifiques qu’elles subissent, notamment le sexisme et le racisme.

Ellen Gabriel, porte-parole de la nation mohawk de Kanehsatà :ke, prolonge cette lutte jusqu’aux Nations unies en 2009, en dénonçant la continuité de politiques fédérales et provinciales qui favorisent l’exploitation des ressources naturelles par des multinationales au détriment des besoins des communautés vivant sur des terres autochtones.

Cette dénonciation renvoie à la crise d’Oka de 1990, évènement que l’on pourrait qualifier de « refoulé », tant il exerce toujours une pression latente sur la société québécoise sans être ouvertement débattu ou discuté. La crise d’Oka a opposé en 1990 la communauté mohawk de Kanehsatà :ke aux autorités québécoises et canadiennes après l’annonce de l’extension d’un terrain de golf sur un bois sacré et un cimetière ancestral. Le conflit, marqué par des confrontations tendues avec la Sûreté du Québec puis l’armée canadienne, a duré 78 jours et symbolise une première forme de résistance politique autochtone contemporaine.

Des hommes et des femmes du territoire mohawk de Tyendinaga (Ontario) bloquent le pont Skyway qui enjambe la baie de Quinte, septembre 1990.
Chris Malette/Belleville Intelligencer

Ces luttes trouvent un prolongement contemporain dans l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mise sur pied en 2016. Celle-ci révèle l’existence d’une violence structurelle envers les femmes autochtones, en la rattachant à l’histoire coloniale et juridique du Canada. Aujourd’hui encore, les femmes autochtones courent un risque beaucoup plus élevé d’être victimes de violences conjugales, sans que ces violences soient signalées. Les conclusions de l’enquête rappellent ainsi que les droits des femmes ne peuvent être pleinement garantis sans la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

La perspective décoloniale

Le croisement entre luttes autochtones, féminisme décolonial et projet d’indépendance du Québec est aujourd’hui incarné par la politologue Dalie Giroux. Dans son pamphlet l’Œil du maître (2021), elle interroge les liens entre souveraineté traditionnelle, exploitation du territoire et présence des peuples autochtones au Québec. Elle propose de « décoloniser la décolonisation » québécoise en soulignant que l’émancipation de la nation francophone doit se penser en dialogue avec les luttes autochtones, antiracistes, écologiques et féministes.

Par ailleurs, pour Giroux, l’héritage historique de l’interaction entre mouvement souverainiste et féminisme demeure ambivalent car le mouvement souverainiste n’est pas toujours jugé suffisamment inclusif.

Comme le souligne la sociologue Leïla Benhadjoudja, le Québec occupe une position singulière dans l’histoire du colonialisme, car placé sous la domination de deux régimes coloniaux distincts – français, puis britannique. La conquête britannique de 1760, qui va induire un rapport colonial entre francophones dépossédés et colonisateurs anglophones, constitue en cela un traumatisme politique durable pour les habitants canadiens francophones.

Ce passé explique une discrimination spécifique de la population canadienne francophone, mais il ne saurait être mis sur un pied d’égalité avec l’expérience coloniale subie par les peuples autochtones ou l’esclavage des populations africaines.

Enfin, la philosophe Mélissa Thériault a elle aussi analysé comment appliquer une pensée décoloniale dans ce contexte francophone nord-américain complexe. Elle insiste sur la nécessité de transformer le regard intellectuel sur les rapports sociaux afin de rééquilibrer les relations entre peuples autochtones, populations colonisées et descendants des colonisateurs européens. Selon elle, une critique féministe et décoloniale située est essentielle pour comprendre l’impact des rapports de domination à l’œuvre sur le territoire québécois, lui aussi par ailleurs qualifié par certains de « victime » du « colonialisme » de l’État canadien.

Adeline Vasquez-Parra a récemment publié Histoire du Québec. Des origines à nos jours (2025).
Éditions Tallandier

Ainsi, le féminisme autochtone et décolonial du Québec s’inscrit dans une logique de justice sociale globale depuis des enjeux plus restreints. Il ne s’agit pas seulement de droits des femmes, mais de droits collectifs, de reconnaissance territoriale et de transformation des rapports de pouvoir hérités de l’histoire coloniale occidentale.

Ce cadre offre une perspective complémentaire au féminisme québécois historique, permettant (peut-être) de concevoir un féminisme québécois hybride, à la fois national, autochtone et décolonial, capable de dépasser les modèles hégémoniques actuels.

Des leçons pour aujourd’hui

Aujourd’hui, les féminismes québécois se distinguent par leur originalité : enracinés dans un combat à la fois pour la reconnaissance politique et pour une nouvelle ouverture aux voix marginalisées, notamment celles des femmes autochtones, migrantes, allophones et réfugiées.

Ce double héritage, bien que partiel et inachevé car ne constituant pas un seul et même mouvement, constitue tout de même une richesse pour comprendre les débats contemporains sur la diversité. Reconnaître cette histoire permet de mieux comprendre les tensions actuelles entre universalisme et spécificités, luttes collectives et expériences locales.

The Conversation

Adeline Vasquez-Parra ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ce que nous apprend l’histoire du féminisme au Québec – https://theconversation.com/ce-que-nous-apprend-lhistoire-du-feminisme-au-quebec-263871

Urbaniser sans artificialiser : le potentiel caché du sous-sol

Source: The Conversation – in French – By Jean-Philippe Antoni, Professeur de géographie et d’urbanisme, Université Bourgogne Europe

La loi « visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte
contre l’artificialisation des sols et à renforcer l’accompagnement des élus locaux » (2003) entend limiter l’artificialisation des sols d’ici 2050. Pour concilier développement urbain et sobriété foncière, l’urbanisme souterrain apparaît comme une solution intéressante. Il permet de préserver les terres agricoles et les paysages tout en intégrant infrastructures, commerces ou transports sous la surface.


Dans le cadre d’un aménagement durable lié à la lutte contre le changement climatique, la loi dite « Zéro artificialisation nette » (ZAN), adoptée en 2023, suscite de nombreux débats. Pour atteindre une sobriété foncière devenue nécessaire face à l’ampleur de l’étalement urbain, elle prévoit la fin probable de toute artificialisation d’ici 2050, c’est-à-dire l’interdiction de construire sans compensation sur des espaces qui ne sont pas déjà bâtis. La loi ZAN est de ce fait perçue par certains comme une atteinte historique à la propriété privée, mais également comme un frein à l’autonomie des communes, dont le développement économique et résidentiel serait mis sous cloche. Pour s’y préparer, de nombreux projets envisagent une requalification et une densification du bâti existant, mais rares sont ceux qui proposent de mieux exploiter le sous-sol. Or, l’urbanisme souterrain est une solution déjà ancienne dont les expériences récentes confirment l’efficacité, en particulier dans les zones les plus peuplées.

L’utilisation des sous-sols est souvent mal connue du grand public pour une raison simple qui constitue aussi son principal avantage : son invisibilité. C’est généralement seulement lors des travaux de voirie que l’on découvre dans le sous-sol un foisonnement technique très divers qui regroupe autant des réseaux d’eau, de communication et d’énergie, que des caves ou des espaces de stockage, voire des équipements de transports. La majorité, sans intérêt esthétique, y ont été enfouis pour y être cachés ou pour dégager un espace équivalent à leur volume, laissant la place en surface à des espaces ouverts ou végétalisés. Cette idée a fait l’objet de plusieurs approches théoriques qui ont montré son intérêt pour les villes d’aujourd’hui.

Un nouveau rôle pour le sous-sol

Au début du XXe siècle, l’urbaniste Eugène Hénard est parmi les premiers à imaginer des rues à étages multiples pour rationaliser l’usage du sol et rendre la ville plus salubre. Son idée repose sur le constat qu’au fil du temps, l’accumulation anarchique des réseaux dans les égouts de Paris a rendu leur fonctionnement difficile à gérer et empêche, par sa complication, toute possibilité d’évolution. Il propose alors de réserver systématiquement un espace en sous-sol pour les équipements nécessaires. Les rues seraient comme « dupliquées » : circulation des personnes et des véhicules légers en surface, réseaux techniques et transport lourd en souterrain. Cette proposition préfigure l’urbanisme de dalle, tel qu’il a par exemple été mis en œuvre dans les années 1960 à Barbican Estate (Londres) ou à la Défense (Paris), un quartier d’affaires dont l’aménagement devrait bientôt s’étendre en sous-sol.

Au milieu du XXe siècle, l’architecte Édouard Utudjian (1905-1975) a proposé une théorie de l’urbanisme souterrain plus complète, partant du principe que « les rues seront toujours trop étroites, les distances trop grandes, les constructions trop entassées, les fumées trop nombreuses ». Reste alors le sous-sol, qui apparaît selon lui comme « l’une des chances de demain ». Il y voit en effet plusieurs avantages, notamment la préservation des espaces verts en surface, le doublement des voies de circulation sans croisement, ou la protection du vent et des incendies. Il n’est évidemment pas question « d’enterrer l’habitat humain, mais seulement certains organes de la ville qui encombrent la surface de leur masse inerte », dans lesquels l’homme ne vivra que périodiquement.

La « ville souterraine » de Montréal (Québec, Canada) en 2017.
Lee Jung Tak

La ville souterraine de Montréal (Québec, Canada) concrétise aujourd’hui cette idée. Avec plus de 30 km de galeries souterraines piétonnières reliant près de 2 000 commerces et restaurants éclairés par des puits de lumière au milieu d’œuvres d’art et d’architecture remarquables, elle protège les habitants des intempéries hivernales. La lutte contre le froid et la chaleur est en effet un argument majeur pour justifier les constructions souterraines. Le climat est souvent l’une des premières motivations pour un enfouissement qui réduit les variations de température, à Montréal comme à Abou Dabi, où, pour limiter le recours à la climatisation, la ville laboratoire de Masdar City intègre des galeries et des équipements souterrains, avec à terme, un système de transport individuel et automatique innovant en sous-sol.

Ensuite, c’est la lutte contre la congestion qui justifie les projets souterrains. Le sous-sol permet d’organiser les flux de circulation, de réduire le trafic en surface, et donc la congestion qu’il génère, en augmentant le nombre de voies et en les séparant pour plus de sécurité. Bien connu dans les grandes métropoles, l’efficacité du métro réside dans l’enfouissement de tunnels en ligne droite et en site propre, qui permettent d’éviter l’encombrement et la circulation des rues pour un transport urbain parmi les plus rapides et les plus sûrs au monde.

Enfin, c’est la pénurie d’espace et la préservation des paysages qui invitent à enterrer certains bâtiments ou certaines infrastructures. Cette translation vers le sous-sol libère d’autant l’occupation du sol à l’air libre et ne laisse visible que le patrimoine architectural ou paysager qui doit être mis en valeur. À Naoshima au Japon, le musée de Chichū a par exemple été conçu en souterrain pour faciliter les jeux de lumière mettant l’art en valeur, mais aussi pour conserver une vue sur le paysage de collines environnant, faisant de la qualité du site naturel un atout revendiqué du projet.

Stratégies de sobriété souterraine

Le sous-sol apparaît donc comme une solution possible pour concilier développement urbain et sobriété foncière. La question reste de savoir ce qui pourrait être enterré, et à quelle profondeur, pour que l’ensemble reste viable et vivable. Les propositions déjà anciennes de l’aménageur québécois Daniel J. Boivin y répondent partiellement en découpant le sous-sol en trois strates selon leur accessibilité.

La première, « immédiatement sous nos pieds », est épaisse d’une dizaine de mètres et contient déjà des câbles et des conduites diverses. Elle pourrait aussi accueillir de nombreuses activités commerciales qui nécessitent peu de lumière naturelle directe (supermarchés, discothèques, cinémas, restaurants). Jusqu’à 200 mètres, la deuxième strate pourrait contenir des éléments d’industrie légère, des voies de transport et de stationnement, des entrepôts, des centres de recherche, des studios d’enregistrement ou des installations de chauffage urbain. Enfin, les grandes profondeurs (en dessous de 200 mètres) pourraient être réservées aux équipements lourds comme les centrales électriques, le stockage des déchets industriels, ou les réservoirs d’eau et d’énergie.

Par ailleurs, l’urbanisme souterrain se connecte sans difficulté majeure au système de transport urbain pour y apporter une valeur ajoutée. À Tokyo, par exemple, le développement des galeries marchandes souterraines s’est appuyé sur le métro pour capter sa clientèle, ce qui a permis de compenser directement le prix de l’investissement en sous-sol par un bénéfice commercial augmenté. On retrouve donc ici une idée bien connue des urbanistes d’aujourd’hui : le transit-oriented development (TOD). Théorisé par l’architecte américain Peter Caltorpe, le TOD vise à créer des quartiers accessibles autour des pôles de transport (gares ou stations métro/tramway) avec une haute densité bâtie, une grande mixité fonctionnelle et une déambulation piétonnière qui pourraient être largement favorisées par des projets souterrains.

La question est de savoir à quels coûts de tels projets sont envisageables. Si le montant des investissements nécessaires ne peut être estimé qu’au cas par cas, il est structurellement bien plus important que pour une construction classique. On ne peut donc envisager sa rentabilité que dans le long terme, dans le cadre de partenariats avec les acteurs publics, fondés sur une volonté politique durable de sobriété foncière. Les enjeux sont importants, notamment dans les périphéries des grandes villes sujettes à l’étalement urbain. En enfouissant autant que possible l’architecture sans fenêtres caractéristique des zones commerciales périurbaines, un urbanisme souterrain aurait l’avantage de ne plus consommer d’espaces agricoles et de ne plus nuire aux paysages des entrées de villes qui, plutôt que d’offrir une véritable vitrine aux agglomérations, sont souvent décriées pour leur hétérogénéité et leur manque d’harmonie.

Dans un contexte culturel où le monde souterrain a longtemps été associé à la peur ou à la science-fiction, il reste également à savoir comment de tels projets peuvent être perçus en termes d’ambiance et de confort. Mais c’est d’ores et déjà une question que les usagers du métro ne se posent plus vraiment, et les projets existants montrent par leur fréquentation que le sous-sol peut être exploité à son avantage dans des espaces valorisés par l’éclairage indirect. Il est fort probable que l’acceptabilité de projets de plus grande échelle réside dans un traitement architectural réussi, qui organise avec harmonie la transition entre la surface et le sous-sol. Urbaniser en souterrain n’est donc pas seulement un enjeu pour l’environnement et pour le le climat. C’est aussi un défi pour les architectes de demain.

The Conversation

Jean-Philippe Antoni a reçu des financements de l’Agence de la transition écologique (ADEME) et de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

ref. Urbaniser sans artificialiser : le potentiel caché du sous-sol – https://theconversation.com/urbaniser-sans-artificialiser-le-potentiel-cache-du-sous-sol-263367

La new romance, un genre littéraire en ligne devenu phénomène de librairie

Source: The Conversation – in French – By Adeline Florimond-Clerc, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

À 28 ans, la Française Morgane Moncomble est une des stars du phénomène new romance. Capture d’écran/Youtube

Loin d’être un épiphénomène éditorial, la new romance s’installe dans le paysage éditorial grâce à sa capacité à conjuguer les pratiques numériques et l’édition papier. Elle correspond aussi à une redéfinition du lien qui s’instaure entre les autrices et leurs lectrices.


Le festival Le Livre sur la place, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), fait partie des salons qui marquent la rentrée littéraire. La foule se presse pour voir les livres et les auteurs. Cette année (comme l’année précédente), dès l’ouverture du samedi matin, une longue file s’est formée. Il ne s’agissait pas de rencontrer un des habitués de la rentrée littéraire ou une vedette de la télé, mais Lyly Bay et C. S. Quill, autrices de new romance publiées chez Hugo Publishing. Lyly Bay aurait totalisé au moins 300 ventes dans la journée…

Naissance d’un genre littéraire en ligne

La new romance, idiome entré dans le langage courant par l’intermédiaire de la maison d’édition Hugo Publishing qui en a fait une marque déposée en 2014, est le fruit d’un héritage de la littérature sentimentale, du young et du new adult.

Trois grandes caractéristiques permettent de comprendre ce qu’il y a de nouveau dans ces romances contemporaines. La première est liée à son mode d’émergence : de nombreuses autrices ont débuté sur des plateformes d’écriture en ligne. La deuxième concerne la structure narrative. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’amour autour d’un couple central qui se rencontre, connaît une disjonction, puis une conjonction finale, mais des « tropes » (stéréotypes narratifs) bien identifiables permettant aux lectrices d’orienter facilement leur choix de lecture (par exemple : enemies-to-lovers : récit où les personnages commencent par se détester pour ensuite tomber amoureux). La troisième caractéristique est liée au contenu même des récits. la new romance traite de sujets en lien avec les préoccupations contemporaines qui font écho à celles du lectorat : passage à l’âge adulte, concilier vie de famille et vie professionnelle, mise en avant du consentement comme condition nécessaire, plaisir féminin…

Ces caractéristiques expliquent en partie la nature du lectorat. Genre majoritairement écrit par des femmes, la new romance est aussi massivement lue par elles et notamment par de jeunes lectrices.

Nous l’avons vu, une des particularités de ce genre littéraire qui connaît de nombreuses déclinaisons (on parle de « romantasy », de « dark romance », de romance policière, de romance psychologique…) tient à son mode d’apparition en ligne. Les premiers succès du genre viennent des plateformes d’écriture collaborative.

After, d’Anna Todd, qui est souvent identifié comme le livre ayant contribué à la naissance de la new romance, est par exemple le fruit d’une fanfiction écrite sur Wattpad (un média social où les utilisateurs inscrits peuvent publier et partager récits, poèmes, fanfictions, romans fantastiques, d’amour, policiers, nouvelles et articles en tout genre). D’autres plateformes existent, dont Fyctia, créée en 2015 par Hugo Publishing (leader éditorial sur le marché de la new romance), qui fonctionne par voie de concours et multiplie les outils de discussion entre éditeur, auteur et lecteur.

Ces plateformes d’écriture collaborative permettent des interactions de natures différentes entre les autrices et leurs lectrices, lesquelles peuvent commenter, apprécier, voire orienter l’écriture en train de se faire. À ces plateformes s’ajoutent d’autres espaces numériques – tels que TikTok ou Instagram – qui structurent de véritables communautés en ligne et de recommandation où se décide et se construit une partie des succès en librairie.

La new romance correspond à un remaniement de la chaîne du livre à l’heure du numérique. Elle participe à inscrire le livre dans un ordre renouvelé par les outils qui l’entourent. Le succès qu’elle reçoit montre que la lecture sait rester vivante quand on s’adresse aux lecteurs (ici, lectrices) en partant de leur rapport au monde.

Du numérique à l’édition papier : le rapport à l’objet livre

Le livre est à la fois un bien physique et symbolique. Si la new romance trouve ses racines en ligne, cela n’empêche pas son passage à l’édition traditionnelle. Bien au contraire : l’imprimé suscite un véritable engouement. L’édition papier, en plus de matérialiser l’histoire parfois déjà lue sur l’écran, offre un plaisir différent. Non seulement ces livres publiés se distinguent des versions numériques par l’importance du travail éditorial entrepris (ils comportent de très nombreuses reprises et réécritures), mais ils bénéficient d’un soin particulier apporté à leurs caractéristiques matérielles.

Outre les couvertures, souvent dessinées, les livres de new romance peuvent se voir ornementés de jaspage, ressortir en « éditions collectors ». Le roman devient alors un objet de collection, que l’on photographie, que l’on range soigneusement en composant des mosaïques selon la couleur des tranches, que l’on expose fièrement. Les influenceuses littéraires entretiennent cette mise en scène de l’objet livre, à l’image de l’influenceuse littéraire Victoire @nous_les_lecteurs (compte TikTok de plus de 220 000 abonnés). On les voit dévoiler les livres à la manière de l’unboxing (ces vidéos publiées sur le Web, dans lesquelles des personnes se filment en train de déballer les produits achetés qu’elles viennent de recevoir).

Sur le compte Instagram de @lamaquilleusebooktok, une vidéo façon « unboxing ».
@lamaquilleusebooktok, sur Instagram

Ce soin éditorial participe au succès du genre, que la presse qualifie de « véritable filon d’or pour l’édition ». Les prix reflètent cette valorisation : environ 20 euros pour les grands formats, plus de 25 euros pour les éditions collector (généralement reliées). Un achat conséquent pour le cœur de cible, permis pour une partie des lectrices par la généralisation du Pass culture à l’ensemble des 15-18 ans. En effet, en 2024, celui-ci représentait 22 % des ventes de romance.

Le succès se mesure aussi à l’ouverture de librairies spécialisées dans la romance un peu partout en France. Et il s’inscrit dans la durée : les nouveautés ne chassent pas les anciennes. Des titres comme Captive (2020), de l’Algérienne Sarah Rivens, ou Hadès & Perséphone (2022) de l’Américaine Scarlett St. Clair, parus depuis plusieurs années, continuent d’occuper les meilleures places dans les rayons.

Au-delà du nombre de ventes, les lectrices de new romance sont souvent de grandes lectrices, que le nombre de pages (avoisinant souvent les 600) n’effraie pas. Comme le montre l’enquête de réception réalisée par Babelio qui parle de public « bibliophage ».

Lire, acheter, collectionner… le tableau ne serait pas complet sans évoquer l’importance du geste dédicatoire. Une fois dédicacé, le livre change de statut et porte en lui une charge émotionnelle forte. En séances de dédicace, certaines lectrices font la queue alourdies de plusieurs livres, parfois achetés en double, l’un pour la lecture et l’autre pour la dédicace. « Faire dédicacer » son exemplaire, c’est le faire entrer dans le domaine de l’unicité, voire de la sacralité. Celui-ci fait ensuite l’objet d’un usage propre, celui d’être conservé précieusement chez soi (caractère précieux accru par le temps passé à attendre que son tour arrive en festivals et salons du livre).

Des autrices de chair et d’os

Comme nous l’avons déjà analysé, la rencontre physique avec un auteur à l’occasion d’un festival ou d’un salon du livre modifie l’image que l’on se fait d’un auteur et bouleverse le rapport qu’un lecteur entretient avec lui. C’est aussi la redéfinition de la posture auctoriale qui est en jeu, dans un effet de surexposition publique. Celle qu’on suit sur les réseaux est là physiquement, devant nous dans les différents événements, tels que les salons. Elle est incarnée par le livre et elle incarne le livre. Elle forme, à l’instar de Lyly Bay (une des autrices phares de chez Hugo pour cette rentrée littéraire), le trait d’union entre le livre physique, les échanges numériques et la lectrice.

Cette rencontre physique modifie la nature des rapports entre lectrices et autrices. La proximité autrice/lectrice est déjà entretenue par les différentes formes d’interaction rendues possibles à travers le numérique (plateformes d’écriture collaborative et réseaux sociaux de l’autrice). La rencontre physique est un degré supplémentaire dans la proximité (proximité illusoire et volontairement entretenue à des fins marketing aussi) entre autrice et lectrice. Illusion de la proximité, de l’accessibilité qui s’accroît avec le tutoiement, les embrassades, les selfies, les signes de complicité entre autrices et lectrices (un petit cœur fait avec les doigts de la main de Lyly Bay adressé à une lectrice âgée de 14 ans en pleine table ronde au Livre sur la Place).

Ce n’est pas nouveau. Les opportunités de rencontres avec un auteur sont aujourd’hui nombreuses : dans les sphères médiatiques, numériques et physiques. En conséquence, la frontière est de plus en plus ténue entre le moi social et le moi profond de l’auteur. C’est le dilemme de « l’auteur moderne » pour reprendre une expression d’Alain Vaillant.

Toutefois, la new romance – parce qu’elle entretient fortement ces moments de rencontre, parce que les thèmes intimes traités invitent à l’épanchement personnel, parce que les jeunes filles (cœur de cible) y voient un miroir de leurs préoccupations, de ce qu’elles vivent ou de ce qu’elles pourraient vivre (processus d’identification) – est un genre littéraire qui peut conduire à des situations inconfortables. Par exemple, une autrice à succès nous confiait regretter ne pas avoir suivi une formation en mediatraining pour savoir comment fermer la porte, en douceur, à un flot de témoignages parfois très douloureux qu’elle ne souhaite pas recueillir.

Ce goût pour la matérialité du livre et cette appétence pour la rencontre contribuent tous deux à l’identité du genre : ils transforment des textes initialement diffusés gratuitement en ligne en objets culturels valorisés et désirés dans tous les sens du terme. Par-delà sa forme physique ou numérique et bien plus qu’un simple objet de consommation, la new romance se partage, se montre, se collectionne et invite à la confidence.


Adeline Florimond-Clerc et Louis Gabrysiak viennent de publier New Romance. Anatomie d’un phénomène éditorial, aux éditions de l’Université de Lorraine, Nancy, 2025.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La new romance, un genre littéraire en ligne devenu phénomène de librairie – https://theconversation.com/la-new-romance-un-genre-litteraire-en-ligne-devenu-phenomene-de-librairie-265407

Comment adapter nos régimes de retraite à la nouvelle longévité

Source: The Conversation – in French – By François L’Italien, Professeur associé, sociologie, Université Laval

Les régimes de retraite actuels pourraient être insuffisants pour la prochaine génération. (Phyllis Lilienthal, Unsplash), CC BY-SA

Le vieillissement de la population québécoise et canadienne, combiné à l’allongement de l’espérance de vie, représente un véritable défi pour nos régimes de retraite.

Les retraités actuels et futurs courent le risque de voir certaines de leurs sources de revenus diminuer, ou, dans le meilleur des cas, stagner.

L’espérance de vie a beaucoup augmenté, atteignant 86 ans en 2021 pour les personnes atteignant l’âge de 65 ans, contre 78 ans en 1927, selon une étude de Retraite Québec.

En tant que coordonnateur de l’Observatoire de la retraite, je suis préoccupé par le déclin des régimes à prestations déterminées (RPD), car cela fragilise les revenus des futurs retraités. Les régimes à prestations déterminées versent des rentes pour toute la vie des retraités, jusqu’au décès.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Le système de retraite

Il faut voir le système de retraite comme une maison à trois ou à quatre étages. Au Québec, les deux premiers étages représentent le programme de la Sécurité de la vieillesse et le Régime de rentes du Québec. Ces deux régimes permettent au retraité de recevoir des rentes jusqu’à son décès. Ces rentes sont garanties et indexées chaque année en fonction de l’Indice des prix à la consommation.

Quant au troisième étage, il renferme différents types de régimes.

Outre les produits d’épargne individuels, comme les Régimes enregistrés d’épargne-retraite (REÉR) ou les Comptes d’épargne libre d’impôts (CÉLI), les régimes collectifs sont présents dans certains milieux de travail afin que les personnes salariées puissent cotiser et, à leur retraite, jouir d’un revenu de retraite. Les deux grandes familles de régimes collectifs sont les régimes à cotisations déterminées (RCD) et les régimes à prestations déterminées (RPD).

Les produits d’épargne individuelle et certains régimes d’employeurs, comme les RCD, permettent aux personnes salariées d’accumuler un capital qui sera décaissé durant la retraite. Le décaissement se fait avec des produits offerts par les compagnies d’assurance ou les institutions financières privées. Les individus sont responsables de leur patrimoine, doivent gérer leur argent et assumer les risques de manière individuelle.

Mais il faut savoir qu’environ la moitié des personnes qui travaillent ne bénéficient pas d’un régime de retraite collectif, ni d’un REÉR.

Le remplacement des RPD par les RCD

Le problème, depuis quelques décennies, est la diminution de la proportion de personnes travaillant dans le secteur privé qui sont couvertes par des RPD. Cela fait en sorte que davantage de personnes salariées doivent se fier sur l’épargne individuelle ou des RCD pour financer leur retraite. Ces personnes sont donc financièrement vulnérables et doivent assumer les risques liés au décaissement de leur épargne, comme celui qu’il n’y ait pas suffisamment d’argent jusqu’à la fin de leurs jours.

Avec l’allongement de l’espérance de vie, les personnes nouvellement retraitées doivent planifier le décaissement de leur patrimoine issu de l’épargne individuelle ou des rentes de cotisations déterminées sur une plus longue période de temps.

Allongement de l’espérance de vie et décaissement

Quels peuvent être les impacts de cette situation ? Avec un décaissement réparti sur une plus longue période de temps, les montants mensuels pouvant être versés sont plus faibles. Par exemple, pour un même niveau de patrimoine (par exemple 400 000 $), les montants mensuels versés sur 15 ans peuvent être supérieurs à ceux versés sur un horizon de 25 ans.


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Les personnes retraitées pourraient par ailleurs vivre plus longtemps que la période prévue de décaissement, avec pour résultat que certaines sources de revenus se tariront ou diminueront fortement. Des difficultés financières peuvent ainsi apparaître à la fin de la vie, et des décisions difficiles pourraient devoir être prises alors que les capacités cognitives des personnes retraitées déclinent.

Une idée pour les RCD

Des actions ont déjà été entreprises par les organismes de contrôle et de supervision en matière de retraite pour faire bénéficier de rentes à vie les participants à des RCD. Le projet de loi no 80 préparé par Retraite Québec et adopté en 2024 permet aux RCD de mettre en place des modalités de décaissement versant des rentes pour toute la vie de la personne retraitée.

Cette année-là, le Québec a emboîté le pas au gouvernement fédéral en légiférant pour que les RCD puissent verser des rentes à vie.

L’une des limites de ces régimes qui offrent des rentes versées à vie est que la petite taille de l’actif du régime ne permettra pas de faire diminuer les frais de gestion. De manière générale, plus l’actif à gérer est important, plus ils diminuent.

Nous pourrions aller plus loin. Le Royaume-Uni, par exemple, a mis en place le National Employment Savings Trust (NEST) en 2012 afin de recueillir et de gérer les cotisations des personnes salariées n’ayant pas de régime de retraite offert dans leurs milieux de travail. Les salariés et les employeurs y versent les cotisations. Les frais de gestion du NEST sont de 1,8 % pour les cotisations et de 0,3 % de l’actif sous gestion.

L’intérêt pour ce type de formule publique dans un contexte d’allongement d’espérance de vie est que les frais de gestion sont, de manière générale, plus faibles que dans le secteur privé.

Le patrimoine accumulé dans cet organisme grâce aux cotisations peut être retiré graduellement pour toute la vie, tout en permettant de sortir de l’argent dans les cas d’urgence. Il s’agit d’une approche plus structurante dont le Québec et les provinces canadiennes pourraient s’inspirer pour améliorer les modalités de décaissement des régimes à cotisations déterminées.

Une idée pour les régimes publics

Les régimes publics du Québec et du Canada (le premier et le deuxième étage du SRR) versent des rentes indexées selon l’Indice des prix à la consommation. Cependant, d’autres méthodes d’indexation existent ailleurs dans le monde. Par exemple, certains pays indexent les rentes des régimes publics en fonction des salaires ou du coût de la vie.

Plusieurs organismes ont déjà proposé que les rentes des régimes publics canadiens et québécois soient indexées en fonction de la hausse du salaire moyen plutôt que de l’Indice des prix à la consommation. Cela ferait en sorte que les rentes augmenteraient plus rapidement, puisque les salaires augmentent plus rapidement que l’inflation.

Une méthode d’indexation plus avantageuse pour les personnes retraitées est celle utilisée au Royaume-Uni. Elle consiste à indexer les rentes du plus élevé de ces facteurs : les prix à la consommation, les salaires ou 2,5 %. Elle a été surnommée Triple Lock.

Selon cette méthode d’indexation appliquée au Régime de rentes du Québec, calculée par l’institut de recherche et d’informations socioéconomiques, les rentes du RRQ auraient augmenté plus rapidement avec la méthode d’indexation du Royaume-Uni que de celle du Canada.

Des solutions existent donc afin de bonifier les modalités de décaissement des régimes à cotisations déterminées, ainsi que la méthode d’indexation des régimes publics.


Je remercie Riel Michaud-Beaudry, chercheur de l’Observatoire, pour sa relecture et ses commentaires.

La Conversation Canada

François L’Italien est coordonnateur de l’Observatoire de la retraite directeur adjoint de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Le financement de l’Observatoire de la retraite et de l’IREC provient d’organismes variés comme des associations de retraités ou de travailleurs et de Fonds de travailleurs.

ref. Comment adapter nos régimes de retraite à la nouvelle longévité – https://theconversation.com/comment-adapter-nos-regimes-de-retraite-a-la-nouvelle-longevite-250342

Comment généraliser le bio sans augmenter les importations ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Michel Duru, Directeur de recherche honoraire, UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae

Les mangeurs bio étant moins exposés aux pesticides, il s’en suit une réduction du risque de développer des maladies chroniques non-transmissibles via l’alimentation. C’est particulièrement démontré pour le cancer du sein chez la femme ménopausée. Elina Mark, CC BY

Une agriculture française 100 % bio serait meilleure pour notre santé et celle de l’environnement. On pourrait arriver à cette généralisation du bio si l’on réduisait notre consommation de viande. Ce qui aurait également des effets bénéfiques pour notre santé.


Pour notre santé comme pour celle des écosystèmes, l’agriculture biologique apporte des bienfaits qui ne sont plus à prouver. Ses détracteurs aiment cependant dire qu’il serait impossible de la généraliser, car sa production par hectare étant souvent moindre, notre dépendance aux importations s’accroîtrait, assurent-ils.

C’est une vision parcellaire de notre système alimentaire. En effet, des études observationnelles, tout comme des scénarios de systèmes alimentaires, montrent qu’une généralisation de l’agriculture biologique serait possible si l’on réduisait en même temps notre consommation de produits animaux. Cela permettrait, d’une part, de libérer des terres arables pouvant compenser ces rendements moindres et, d’autre part, de produire ce dont notre alimentation manque cruellement pour notre santé et que, de plus, nous importons : fruits, légumes et légumineuses. Notre santé comme notre environnement s’en porteraient mieux.

Santé et environnement : des enjeux cruciaux et interdépendants

Commençons par un constat : notre système alimentaire actuel est fort coûteux. Il présente notamment une série de dépenses bien souvent invisibles pour le consommateur. On parle de coûts cachés. Il s’agit des dépenses faites ou qu’il faudrait faire pour corriger les conséquences sanitaires et environnementales de pratiques inadaptées comme :

  • l’utilisation excessive d’engrais azotés et de pesticides de synthèse, qui rendent la France très dépendante des importations et qui, du moins pour ce qui concerne la plupart des pesticides, sont nocifs pour la santé humaine et celle de l’environnement ;

  • la surconsommation de produits ultra-transformés et de produits animaux, en particulier de viande rouge et de charcuterie, qui contribuent au développement de maladies chroniques ;

  • le développement d’élevages très intensifs en intrants, souvent concentrés géographiquement, nécessitant beaucoup d’achats d’aliments pour nourrir les animaux, avec comme conséquences des nuisances graves sur les écosystèmes, comme le montre, par exemple, le problème des algues vertes en Bretagne.

Mises bout à bout, toutes ces dépenses équivalent presque aujourd’hui au prix total des denrées alimentaires consommées en France, soit 170 milliards d’euros.

La bonne nouvelle, c’est que l’agriculture et l’alimentation bio permettraient de réduire ces dépenses, car elles n’utilisent pas d’intrants de synthèse, sont plus exigeantes pour les modes d’élevage et plus restrictives quant aux additifs autorisés dans la fabrication des aliments. En outre, le bio comporte de nombreux bienfaits qui plaident en faveur de sa généralisation.

Meilleure pour la santé

L’alimentation bio est, avant tout, meilleure pour la santé. Ainsi, les produits biologiques ont en moyenne des teneurs un peu supérieures en micronutriments d’intérêt pour la santé, notamment des antioxydants, mais leur atout principal est de contenir bien moins de résidus de pesticides, à l’exception du spinosad, un insecticide naturel. Les mangeurs bio étant moins exposés aux pesticides, il s’en suit une réduction du risque de développer des maladies chroniques non transmissibles par l’alimentation, comme l’ont montré des études épidémiologiques et quelques études cliniques. C’est particulièrement démontré pour le cancer du sein chez la femme ménopausée.

Des effets contrastés sur l’environnement

L’agriculture bio a également nombre d’atouts pour le sol et pour la biodiversité qui sont bien documentés. En élevage, les vaches utilisent peu de terres labourables et elles pâturent dès que les conditions le permettent, si bien que leur alimentation entre peu en compétition avec la nôtre. Les achats de fourrages et de compléments sont également limités.

Les élevages de porcs et de volailles ont une moindre densité d’animaux par mètre carré et ont accès à des parcours, ce qui est mieux pour le bien-être animal. La plus faible densité d’animaux permet aussi d’utiliser les fumiers avec moins de risque de pollution, car plus d’hectares sont disponibles pour leur épandage. Toutes ces caractéristiques font qu’on parle d’élevage « avec lien au sol ».

Les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique, bien que très variables selon les études, sont, lorsqu’exprimées par kilogramme de produit, en moyenne un peu plus élevées en bio si les rendements des cultures sont plus faibles et les temps d’élevage sont plus longs. Il en est de même des pertes de nitrates à l’origine, par exemple du problème des algues vertes en Bretagne. Un autre point négatif parfois pointé est celui du cuivre et du soufre qu’utilisent certains vignerons ou maraîchers bio pour lutter contre les maladies et qui ne sont pas sans impact sur les sols.

Mais la principale faiblesse de l’agriculture bio provient des rendements de cultures moindres qu’en agriculture conventionnelle d’environ 25 % en moyenne ; les différences les plus fortes étant observées pour les céréales et pour les pommes de terre (jusqu’à 35 %) et les plus faibles pour le tournesol, pour les fruits et légumes (20 %). Pour les productions animales, les différences moyennes sont de 15 %.

De façon générale, il faut plus de surfaces pour obtenir une même quantité de produits. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a été montré par modélisation au Royaume-Uni qu’une généralisation de l’alimentation bio n’est pas possible.

En France, une agriculture totalement bio est encore loin d’advenir, vu que l’agriculture conventionnelle représente aujourd’hui 90 % des terres agricoles et qu’elle reste à l’origine de 94 % des dépenses alimentaires des ménages.

De ce fait, cela peut sembler ironique quand on entend les craintes de dépendance aux importations que soulèvent les sceptiques du bio, car l’agriculture française est déjà aujourd’hui très dépendante des produits importés, avec 2 millions de tonnes d’engrais azotés de synthèse et 3,5 millions de tonnes de tourteaux de soja pour l’agriculture conventionnelle, auxquels il faut ajouter l’équivalent de 680 000 hectares de fruits et légumes.

D’où la question : est-il possible de consommer plus de produits bio, globalement bénéfiques pour la santé et pour l’environnement, malgré des productions agricoles plus faibles ?

Diminuer la viande dans l’assiette pour généraliser le bio

La réponse est oui, si l’on diminue notre consommation de produits animaux, et donc la surface agricole réservée à l’élevage pour en consacrer plus aux productions végétales. Pour évaluer quelle diminution serait bénéfique à la fois pour la santé et pour l’environnement, commençons par regarder quelles sont les recommandations sur la part de protéines végétales et animales que l’on devrait avoir dans notre alimentation.

Notre consommation moyenne de protéines totales (1,4 g/jour de protéines par kilogramme de poids corporel) excède aujourd’hui les recommandations d’environ 30 % et les besoins de 70 % (0,83 g/jour de protéines par kilogramme de poids corporel). Un régime plus végétalisé demeure meilleur pour la santé. Il serait même possible d’utiliser jusqu’à 80 % de protéines végétales tout en assurant nos besoins en micronutriments essentiels, comme la vitamine B12, pour apporter suffisamment de protéines, à condition d’associer des céréales aux légumineuses de façon à avoir un apport équilibré en acides aminés.

Ces données scientifiques permettent de définir un ordre de grandeur pour une baisse sans risque de la consommation de produits carnés, qui serait de l’ordre de 50 % en moyenne pour respecter les limites planétaires, notamment pour le climat et pour l’azote, sans augmenter la dépendance aux importations.

Moins manger de viande n’est d’ailleurs pas aberrant du tout d’un point de vue historique, car, si certains associent un régime très carné à des traditions culturelles, les Français mangeaient en réalité moitié moins de viande il y a cent ans.

Les produits laitiers sont également surconsommés aujourd’hui, au regard des recommandations nutritionnelles, avec une consommation moyenne de 70 grammes de fromage par jour lorsqu’il est conseillé de ne pas dépasser 40 grammes.

Une alimentation plus bio est donc possible en végétalisant l’assiette, car diminuer la consommation de produits animaux réduirait bien plus la surface pour se nourrir que la généralisation d’une alimentation bio ne l’augmenterait.

Ainsi, réduire la consommation de produits animaux permet de diviser par deux cette surface (de 8,3 m²/jour pour ceux qui mangent moins de 50 grammes de viande par jour à 16,8 m²/j pour ceux qui en mangent plus de 100 grammes par jour), alors que consommer bio ne l’augmenterait que de 30 %. De cette façon, il serait possible de libérer au moins 4 millions d’hectares de cultures utilisées par l’élevage et de les affecter à des productions végétales cultivées en bio, compensant ainsi des rendements inférieurs, notamment pour les céréales.

Quel type d’élevage favoriser ?

Reste la question de savoir quels types d’élevage il faudrait en priorité diminuer et ceux qui, au contraire, sont à favoriser.

Les élevages de ruminants (bovins, ovins) à soutenir sont ceux où l’alimentation des animaux provient principalement des prairies pâturées ou récoltées. De tels élevages sont plus faciles à mettre en œuvre en bio. Ils sont meilleurs pour l’environnement car ils génèrent moins de pollutions azotées et utilisent bien moins ou pas de pesticides. En outre, le lait et la viande sont plus riches en acides gras insaturés à fonction anti-inflammatoire.

En conséquence, la réduction des productions animales devrait surtout concerner les élevages les plus intensifs en intrants de synthèse, et/ou concentrés géographiquement, qui utilisent le plus de terres labourables et sont le plus dépendants d’importations de concentrés (soja) pour l’alimentation des animaux. Une partie des terres labourables – 3,8 millions d’hectares pour l’élevage des ruminants et 3,9 millions d’hectares pour les porcs et les volailles – serait alors utilisée pour des productions végétales en bio.

Les scénarios conçus à l’échelle de l’Union européenne et de la France montrent que la mise en œuvre de pratiques agroécologiques ne permet pas à elle seule d’atteindre les objectifs de politiques publiques en matière de climat et d’émissions d’azote. Cela nécessite donc de végétaliser l’assiette, en complément du développement massif des légumineuses, qui ont l’immense intérêt de ne pas exiger d’apport en engrais azotés, de réduire de moitié le gaspillage alimentaire, et de recycler une partie de nos urines naturellement riches en azote. En effet, un point faible de l’agriculture biologique est souvent le manque d’azote, nécessaire à la croissance des plantes.

La bio étant une forme emblématique, mais perfectible, de l’agroécologie, le progrès des connaissances pour développer une agriculture, dite biorégénératrice, fondée sur les processus écologiques permettrait de réduire les différences de production avec l’agriculture conventionnelle. Cela suppose d’activer de nombreux leviers agronomiques : la diversification végétale, les pratiques améliorant la santé du sol ainsi que des modes d’alimentation des animaux fondés sur l’herbe pour les ruminants et sur la complémentation en lin pour les monogastriques.

Ignorant ces données scientifiques quant à nos besoins en protéines animales et leurs impacts sur l’environnement, le débat sur le bio est souvent mal posé.

The Conversation

Membre du Conseil scientifique de PADV (Pour une Agriculture du Vivant)

ref. Comment généraliser le bio sans augmenter les importations ? – https://theconversation.com/comment-generaliser-le-bio-sans-augmenter-les-importations-263394

Labour to revive maintenance grants and further education – but can it improve skills and social mobility at the same time?

Source: The Conversation – UK – By Helena Gillespie, Associate Pro Vice Chancellor for Student Inclusion and Professor of Learning and Teaching in Higher Education, University of East Anglia

Harbucks/Shutterstock

Keir Starmer’s recent speech at the Labour conference placed the UK at a “fork in the road”, telling the audience that there is a choice between “renewal or decline”.

Schools, colleges and higher education providers might be pleased to hear that the prime minister sees that education has an important role to play in this renewal. However, the details of the plans contain some challenges – as well as opportunities – for universities, colleges and young people.

Starmer’s vision for a changed education sector in England attempts to use the same measures to tackle two separate problems. On the one hand, proposed reforms attempt to remedy gaps in skills in the workforce. On the other, they address the need to promote social mobility. This is a precarious path to walk.

A key announcement that preceded Starmer’s speech was the limited return of student maintenance grants. At present, students from disadvantaged backgrounds are able to access a maintenance loan to support their study.

This must be paid back once the recipient starts to earn above the threshold of £25,000 for students starting their degree since 2023. The threshold is higher for those who began their studies earlier. The proposed grants will not need to be repaid, lowering student debt for those who are eligible.

However, these grants will only be available to students from lower-income backgrounds studying “priority” courses. These include computing, engineering, the mathematical sciences and health and social care.

This announcement has received a cautious welcome from some quarters. A spokesperson for the Access Project, an organisation focused on improving access to higher education, said: “While we welcome the decision to reintroduce maintenance grants for priority subjects, we hope future funding extends grant eligibility to all higher education courses.”

But some responses have been distinctly negative. These grants seem to be based on taking funding directly from universities in the form of a levy on international student fees. This has resulted in much concern in the already cash-strapped higher education sector.

This is now accompanied by the scrapping of Labour’s long-standing target of half of all young people entering university – now a reality. This will perhaps not be unexpected for those in higher education, who have seen the sector and its students struggle with decreasing resources in the last decade.

Instead, Starmer announced that the aim is now for two-thirds of young people to enter either higher education or an apprenticeship by the age of 25. Starmer spoke directly about attempting to change perceptions about further education, which he described as “the Cinderella service, ignored because politicians’ kids don’t do it”.

This is a valuable and welcome initiative. A more integrated approach to funding and regulation for further and higher education also provides opportunities for the education sector to undergo meaningful renewal.

But again, there is a focus on skills: 14 new technical excellence colleges will concentrate on “high-growth sectors such as advanced manufacturing, clean energy, and digital”.

A social shift that would raise the status of further education to equal that of university will take significant time to achieve – especially when so many careers now require a degree. It is likely to be well into the next parliament and beyond before the target of two-thirds of young people in apprenticeships or higher education can be realised.

What’s more, widespread concerns about the value of university and especially of the worth of “rip-off” degrees can be misplaced. Higher education remains an incredibly powerful tool for social mobility for young people from poor backgrounds.

I believe that many parts of the higher education sector are ready to adapt to become part of the “renewal” the government seeks. Extra funding and opportunities for further education are also to be welcomed.

However, the funding problems colleges and universities face remain serious, despite the government’s investment. And a focus on specific skills means that education in the arts, for instance, remains far more accessible for wealthier young people.

While I appreciate the ambition of trying to address the thorny problem of a skills gap alongside social mobility, there is a risk that in trying to do both, the government achieves neither.

The Conversation

Helena Gillespie receives funding from TASO.

ref. Labour to revive maintenance grants and further education – but can it improve skills and social mobility at the same time? – https://theconversation.com/labour-to-revive-maintenance-grants-and-further-education-but-can-it-improve-skills-and-social-mobility-at-the-same-time-266409

My voyage to explore how Marshallese sailors find their way at sea without technology

Source: The Conversation – UK – By Maria Ahmad, PhD Candidate, Cognitive Neuroscience, Psychology and Language Sciences, UCL

Indigenous Marshallese sailor Clansey Takia. Chewy Lin, CC BY-NC-ND

One of the biggest navigation challenges is knowing where you are in the open ocean without tools or devices. This remarkable skill is exemplified by the ancient techniques once used by expert navigators of the Marshall Islands, a chain of
low-lying coral islands and atolls situated between Hawaii and the Philippines.

Together with a cognitive neuroscientist, philosopher, Marshallese anthropologist and two Indigenous sailors, I was part of a sailing expedition that aimed to explore how Marshallese sailors use their environment to find their way at sea. Aboard Stravaig, a 42ft (12m) trimaran (a boat with three hulls), the winds and waves carried us 60 miles from Majuro atoll to Aur atoll.

In the six years I lived in the Marshall Islands, I had never travelled past Eneko, a small islet within the lagoon of Majuro. I was always drawn to the reef where the lagoon meets the ocean, watching the white surf appear as the waves broke against the barrier that protected the atoll.

It was the knowledge of those waves that the ri meto (the person of the sea, a title given to a navigator by the chief), would dedicate their lives to mastering. By sensing subtle changes in ocean swells, the ri meto could detect the direction and distance to islands that lay thousands of miles beyond the horizon.

With this ancient knowledge, the ri meto mastered one of the most extraordinary skills known to humans: navigating the Pacific. But the devastating history of the Marshall Islands has extinguished the practice and currently, there is no officially appointed ri meto.

Alson Kelen is the apprentice of the last-known ri meto. His parents were displaced from the northern Bikini atoll during the US lead nuclear programme that detonated 67 atomic and thermonuclear bombs in the Marshall Islands during the 1940s and 50s.

Beyond the catastrophic destruction and suffering, it disrupted the inter-generational transfer of traditional knowledge, including navigation. As part of revival efforts by professor of anthropology Joseph Genz, Kelen captained the jitdaam kapeel, a traditional Marshallese canoe, from Majuro to Aur in 2015, relying solely on the traditional navigational skills he had learned as an apprentice.

Aur Tabal Atoll in the Marshall Islands
Aur Tabal atoll in the Marshall Islands.
Chewy Lin, CC BY-NC-ND

Inspired by this, I was curious about the role that neuroscience played in understanding wayfinding at sea. Research in spatial navigation has revealed how the brain’s neural and cognitive processes help us find our way. Most of this research focuses on land-based navigation, either in lab settings or controlled environments using video games or virtual reality headsets. But the cognitive demands at sea are considerably greater with constantly changing factors, such as swells, winds, clouds and stars.

Neuroscience of navigation

As the director of Waan Aelon in Majel, a local canoe building and sailing school, Kelen chose two highly skilled traditional sailors to join us on our research expedition.

As we approached the channel, the steady waves of the lagoon gave way to the heavier ocean swells hitting the hull. The crew tightened the ropes and the sails were hoisted. All of a sudden, I felt the dominant eastern swell lift the boat. We had left the calm of the lagoon and were bound for Aur Atoll.

For the next two days, Stravaig was our lab on the ocean. For more than 40 hours we were collecting cognitive and physiological data from nine crew members, along with constant environmental data from our ever-changing surroundings.

Prof. Hugo Spiers sets up accelerometer
Hugo Spiers, professor of cognitive neuroscience, sets up the accelerometer used for recording changes in wave patterns.
Chewy Lin, CC BY-NC-ND

We asked everyone to keep track of their estimated location throughout the voyage. Only two crew members (the captain and first mate) had access to GPS at intervals; others relied solely on the environment and memory. At hourly intervals, each crew member would mark their estimated position on a map, along with their predictions of how much time and distance remained till the first signs of land and eventually landfall itself. They also noted any environmental stimuli, such as the waves, winds or the position of the sun they were using.

The crew also rated four key emotions throughout the journey: happiness, tiredness, worry and seasickness. Each crew member wore an Empatica smartwatch, which recorded changes in their heart rate.

An accelerometer was mounted onto the top deck to record the movement of the boat as the wave patterns changed. A separate mounted 360° GoPro camera captured changes in the sails, clouds, sun, moon and movement of crew on deck.

Just before the last piece of land dipped under the horizon, each crew member pointed to five atolls: Jabwot, Ebeye, Erikub, Aur Tabal, Arno and Majuro. A covered compass was used to record the bearings. This was repeated across the journey to test orientation skills without reference to land.

By the end of this voyage, we had a rich collection of data that mixes subjective experiences with objective measurements of the environment. Every estimation plotted on a map, every emotion, every changing heart rate was recorded in conjunction with changes in wave patterns, the wind, the sky and the GPS beneath it all. This new data forms the foundation for a model that could begin to explain the cognitive process of wayfinding at sea, whilst also offering a glimpse into this ancient human ability, one that the ri meto mastered long ago.


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The Conversation

This research project is lead by Prof. Hugo Spiers Professor of Cognitive Neuroscience, University College London. The research team includes: Alson Kelen Director of Waan Aelon in Majel, Prof. Joseph Genz Anthropologist at the University of Hawai’i at Hilo, Prof. John Huth Donner Professor of Science Harvard University Physics Department, Prof. Gad Marshall Professor of Neurology, Harvard Medical School, Prof. Shahar Arzy Professor of Neurology, Hebrew University of Jerusalem, Dr. Pablo Fernandez Velasco, British Academy postdoctoral fellow, University of Stirling, Jerolynn Neikeke Myazoe Graduate Student, University of Hawai’i at Hilo, Clansey Takia Indigenous Sailing and Canoe building instructor WAM, Binton Daniel Indigenous Sailing and Canoe building instructor WAM, Chewy C. Lin Documentary film-maker and Dishad Hussain Director at Imotion Films.

This project has been supported by the Royal Institute of Navigation, University College London and the Centre for the Sciences of Place and Memory at the University of Stirling (funded by the Leverhulme Trust), Royal Veterinary College, Glitchers, Neuroscience & Design, Empatica, Imotion and Brunton.

ref. My voyage to explore how Marshallese sailors find their way at sea without technology – https://theconversation.com/my-voyage-to-explore-how-marshallese-sailors-find-their-way-at-sea-without-technology-261032

Tariffs may bring a US$50 billion monthly boost to the US government. But ordinary Americans won’t feel the benefit

Source: The Conversation – UK – By Jiao Wang, Assistant Professor of Economics, University of Sussex Business School, University of Sussex

Sundry Photography/Shutterstock

Donald Trump’s recent state visit to the UK ended without the removal of steel tariffs, which the host nation had been hoping for. For months, the US president’s array of “liberation day” tariffs have sparked controversy and caused chaos for America’s trading partners.

Ultimately, the US expects to collect more than US$50 billion (£37 billion) a month in revenues from these tariffs. This figure, from US commerce secretary Howard Lutnick, might sound like a fiscal triumph – a rare instance of a government growing revenue without raising taxes. But behind the headline lies a far more complex, and troubling, economic reality.

Tariffs are not free money. They are taxes on trade, and their costs ripple through the economy in ways that disproportionately burden the people they claim to protect.

The US has increasingly treated tariffs as a first rather than last resort. Under Trump, they are deployed to punish adversaries (trading partners that run large trade surpluses, for example), reshore manufacturing and generate revenue. The message from the president is clear: economic interdependence will be weaponised. And this shift is being enabled by a growing bipartisan consensus that the old model of unfettered free trade has left the US economy exposed.

Many Democrats and Republicans now agree that decades of offshoring and integrating into global supply chains have made the US vulnerable. This was seen not only during crises such as the COVID pandemic, when shortages of medical supplies and semiconductors disrupted everything from healthcare to car production, but also in the face of geopolitical threats from rivals like China.

In response, there is rising support for industrial policies that promote economic nationalism, often under the banner of national security. This means tariffs are no longer seen as an exceptional measure, but a permanent fixture of American economic statecraft.

Even though this political logic is gaining traction, the economic consequences remain regressive. The burden of tariffs is not borne by foreign exporters or large corporations – it is passed directly to consumers in the form of higher prices.




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Tariffs are back in the spotlight, but skepticism of free trade has deep roots in American history


Research on tariffs imposed during Trump’s first term (in 2018-19) and more recently confirms this. It found that the full cost of US import tariffs was borne by domestic consumers and importing firms, with no change in the prices received by foreign exporters.

Similarly, another study demonstrated that the costs of US tariffs on Chinese goods were almost entirely passed through to American consumers and businesses.

The illusion of a win for the US through tariffs is based on the assumption that there will be no retaliation from other countries. But that is not the case.

Tariffs may indeed decrease the US trade deficit, and bring a modest boost to consumer welfare if tariff revenues reduce the income tax burden for Americans, as Trump has suggested. But it has been shown that reciprocal tariffs which increase the prices of many household goods would more than offset these welfare gains, making US households worse off in the end.

Raising tariffs unilaterally as Trump has done, combined with a global trade war, has been found to lead to a sharp contraction in US GDP, rising inflation, and a widening trade deficit. The same analysis confirmed that any US welfare gains from tariffs vanish when the rest of the world retaliates.

The cost for Americans

So why does Trump continue to champion tariffs? His persistence points to a deeper political economy puzzle, and suggests boosting the welfare of average Americans might not be part of his policy calculus.

Tariffs may be economically inefficient and socially regressive, but they are politically potent. They generate headlines, feed narratives of national strength, and allow leaders to cast themselves as defenders of American workers. All the while, the true costs are diffuse, delayed, and buried in monthly grocery and retail bills.

In this light, tariffs are less about economics and more about optics. It is a performance of power that sidesteps the realities of global supply chains and consumer vulnerability.

So, who wins and who loses? The evidence paints a nuanced picture. Losers are easy to identify: American consumers, especially low- and middle-income households who spend a larger share of their income on manufactured goods. While boasting about collecting billions in tariff revenues, Trump is yet to outline any specific plan to redistribute those revenues to low- and middle-income households.

Then there are the small businesses reliant on imported products, and the farmers and exporters caught in retaliatory crosshairs. US soybean exports to China, for example, plummeted in 2018 and again in 2025, with zero orders coming from China so far this year.

farmer walking past harvested soybeans being poured into a grain bin on a farm
US soybean farmers have taken a hit again in 2025.
Matt Smith Photographer/Shutterstock

The winners are narrower and more concentrated. Large-scale domestic producers, such as those in sectors shielded by tariffs (for example, steel, aluminium and car parts) gain through reduced foreign competition and higher prices. Big agricultural businesses and politically connected firms also benefit, thanks to substantial bailout packages during tariff wars – as, of course, does the US Treasury, which pockets the tariff revenue.

But the global economy as a whole faces increased uncertainty, disrupted supply chains, and reduced trade volumes as a result of these tariffs. This dampens overall growth prospects.

Ever since the pandemic, foreign producers have been adapting, shifting supply chains from China to Vietnam, Mexico and India amid growing US-China tensions. This has left US tariffs increasingly ineffective at reshoring industry from across the globe, but highly effective at inflating prices.

The projected US$50 billion in monthly tariff revenue is not a victory lap. It signals a world where the costs of political symbolism are offloaded on to citizens. Tariffs don’t create wealth, they redistribute it – often from the vulnerable to the powerful through higher prices.

As the US continues its march into a new age of protectionism, one question should guide the debate. When the next tariff is announced to great fanfare, who will really be paying the bill?

The Conversation

Jiao Wang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Tariffs may bring a US$50 billion monthly boost to the US government. But ordinary Americans won’t feel the benefit – https://theconversation.com/tariffs-may-bring-a-us-50-billion-monthly-boost-to-the-us-government-but-ordinary-americans-wont-feel-the-benefit-265542

Bacchae is bold first choice for National Theatre’s new director

Source: The Conversation – UK – By Will Shüler, Vice-Dean of Education and Senior Lecturer, School of Performing and Digital Arts, Royal Holloway University of London

Warning: this article contains spoilers.

Indhu Rubasingham has begun her tenure as the director of the National Theatre with her production of Bacchae, playwright Nima Taleghani’s new version of Euripides’ ancient Greek tragedy. A play about the Greek god of theatre, it’s a bold choice that makes a clear statement about Rubasingham’s thoughts on the power of the theatre and what audiences might expect under her leadership at the National.

Dionysus and his celebrants, the Bacchae, are travelling west from Asia to Thebes, where the god’s cousin Pentheus rules as king. When Pentheus refuses to acknowledge Dionysus’ divinity, the god exacts revenge by driving the women of Thebes – including Pentheus’ mother, Agave – into divine madness.

The women join the Bacchae on the mountains outside of Thebes to celebrate his rites by drinking wine, hunting and participating in orgies. In disguise as a human, Dionysus leads Pentheus – dressed as a woman to blend in with the Bacchae – to retrieve his mother. In the grip of this divine madness Agave mistakes her son for a lion, and tears off Pentheus’ head.

She triumphantly returns to Thebes to show off her prowess, only to discover in a moment of devastating clarity what she has done. Meanwhile, a rift within the Bacchae themselves has emerged from internal disagreements about the needs of their group and how far Dionysus is taking things.

Tragedy and contemporary concerns

The production employs a range of different performance styles. The opening scene of Bacchae is a powerful, rhythmically chanted choral ode performed as rap. The introduction of Dionysus is done as a showy musical theatre number, and for the first half of the play Pentheus is performed in the style and costume of a panto villain. Perhaps these different styles are intended to show the versatility of drama, as a nod to doing a play about the god of theatre. In practice, they jar with each other, falling a bit flat.

Starting an artistic directorship with a Greek tragedy could be criticised for contributing to the idea that theatre began in 6th-century BC Athens. While the performance traditions of ancient Greece have been very influential in the course of theatre history, there are several theatrical traditions which predate this, such as those in China and Africa.

That said, Taleghani’s adaptation takes the story in a direction that is clearly tapping into contemporary concerns such as decolonising culture, feminism, race and LGBTQ issues. At times, however, these interventions are overly didactic or treated superficially.

For example, towards the end of the play, some of the Bacchae decide that they would like to make a home in Thebes, rather than continue to travel and spread the word of Dionysus. Dionysus advocates for this to Pentheus and does not settle for the king’s offer of a sanctuary on the outskirts of Thebes – he wants the Bacchae to be integrated within the city.

But because this scene happens just five minutes before Pentheus’ beheading, this dialogue feels like an underdeveloped thread, shoe-horned into the plot to make an overt political statement about migration and asylum.

Had this been a nuanced and developed thread throughout, like the Young Vic production of Aeschylus’s Suppliants (2017) in which thoughtful connections between the suppliant women and contemporary asylum seekers are developed from the beginning, it might not have come across as virtue-signalling.

Greek tragedy was intended to educate its audience. But rather than specifically making a political point, it presented challenging scenes intended to provoke reflection on social and cultural issues of the time.

This happens in the National Theatre’s Bacchae when it is most subtle in its politics. Kera, leader of the zealous Bacchae breakaway faction, claims Thebes, Dionysus’ motherland, as a religious promised land. And she is willing to resort to extreme violence in order to take it.

Perhaps because of the sensitivity around the war in Gaza, the topic of religion and violence is folded into Bacchae in a subtle, more nuanced way. This choice entrusts the audience to draw their own connections between the world of the play and world we live in, rather than having a particular stance clearly outlined for us.

One overt critique that lands well comes at the end of the play, when the leader of the Bacchae, Vida (brilliantly performed by Clare Perkins), comments: “Perhaps there was always a flaw in our plan; the liberation of women … being led by a man”. This allows the audience to reflect on Dionysus as leader of the Bacchae’s drive for freedom since the start of the play. Indeed, it calls into question the flaw in the narrative dating back to Euripides’ original in BC405 and many other versions staged since.

In many ways Bacchae is meta-theatrical, meaning it draws attention to the fact that it is a piece of theatre. Several times Vida tells the audience what theatre can and should do. This rings clearest at the end of the play, when her words read as Rubasingham’s stance as new director: “After the god of drama steps in, ur Royal National Theatre shit’ll never be the same”.

But the play shines most when instead of telling us what theatre can do, it just actually does it.

Bacchae is at the National Theatre until November 1


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The Conversation

Will Shüler does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Bacchae is bold first choice for National Theatre’s new director – https://theconversation.com/bacchae-is-bold-first-choice-for-national-theatres-new-director-266410

‘See you in Valhalla’: how the FBI director waded into the far-right’s obsession with the Vikings

Source: The Conversation – UK – By Tom Birkett, Professor of Old English and Old Norse, University College Cork

Arthur Szyk, Valhalla, from The Nibelungen Series (New York, 1942) The Arthur Szyk Society, Burlingame, CA, CC BY-SA

At a press conference announcing that the suspect in the shooting of Charlie Kirk had been detained, FBI director Kash Patel ended his speech with a personal message to his “brother”, saying: “We have the watch, and I’ll see you in Valhalla.”

Many people commenting on the press conference reacted to this confusing reference to Valhalla with a mixture of amusement and disdain, with some pointing out the contradiction of eulogising a Christian nationalist with reference to the pagan afterlife.

For scholars of the Vikings, Patel’s reference to Valhalla looked like something far more sinister. To understand why, we need to know both what Valhalla meant to the Vikings, and what it means in political discourse today.




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The Norse peoples had a developed concept of the afterlife. The desirable destination for Norse warriors was Valhalla, the hall of the slain, where Odin watched over his band of chosen warriors as they prepared for Ragnarök, the world-destroying battle against the giants. Only those who died a heroic death in combat were brought to Valhalla by the Valkyries.

Those who died by sickness, old age or accident – or who had committed murder and other dishonourable crimes – seem to have been excluded from this martial afterlife. Some believed that you could cheat the Norse gods by arranging to be buried with deliberately worn and damaged weapons as if you had seen heavy combat. There’s a lot we don’t know.

Valhalla by August Malmström (1880)
from Wikimedia Commons

What we do know is that in the 1930s the concept of Valhalla, along with the image of the heroic Viking and many of the symbols of Norse mythology, had a profound appeal to Nazi thought leaders. They looked to Norse mythology as a survival of a wider “Germanic” culture that had been erased by Judeo-Christian dominance.

The Nordic “race” was held up as the Aryan ideal. Norse cultural remnants were used to add legitimacy to the idea of a glorious German past. Heinrich Himmler in particular repurposed Norse symbols for use by the SS.

Today, many white supremacist and neo-Nazi groups continue to brand themselves using a widening range of symbols taken from Norse mythology. One aspect of Norse culture that has gained increasing prominence in the past few decades is the specific co-opting of Valhalla by those who are prepared to kill, and die, in the cause of “protecting” an endangered white supremacy.

Valhalla in terrorist manifestos

The most chilling example of the co-option of the phrase “see you in Valhalla” is found in the manifestos published by far-right terrorists in the wake of their atrocities.

In 2019, Brenton Tarrant carried out mass shootings at two mosques in Christchurch, New Zealand, in which 51 people were killed. He published a rambling manifesto in which he attempted to justify his actions, and touted the “great replacement” conspiracy theory which holds that Jewish elites are deliberately engineering the replacement of white populations through immigration.

This has since become a far-right talking point and was pushed by Charlie Kirk on his show. Tarrant signed off his diatribe against multiculturalism and “white genocide” by saying “Goodbye, god bless you all and I will see you in Valhalla.”

Tarrant in turn influenced other far-right terrorists. One such terrorist, Peyton Gendron, was convicted of the Buffalo mass shooting in 2022 in which ten black Americans were murdered. Gendron plagiarised much of his 180-page manifesto, and similarly ends his screed with the statement: “I hope to see you in Valhalla.”

By invoking Valhalla, these terrorists are attempting to cast themselves as warriors in the Viking tradition. There is, of course, nothing remotely heroic about gunning down unarmed civilians.

But the point is that this reference doesn’t require any understanding of the Norse tradition. In this context it comes directly from the Nazi’s fetishisation of violent death to secure the racial purity of Germany.

From terrorists to the FBI

Rather than borrowing from extremist discourse, Patel may have been influenced by the use of “til Valhalla” by the US marines to honour fallen comrades – including those who died by suicide. This is a use which has been traced back to the influence of Norwegian Nato forces in Afghanistan, who may have used “til Valhalla” as a kind of battle cry. Of course, the optics of using a military honorific to commemorate the assassination of a civilian is problematic in itself.

FBI director, Kash Patel, speaks at Charlie Kirk’s memorial.

Patel’s “see you in Valhalla” was much closer in its wording to the sign off used by far-right terrorists – but even this phrasing was unlikely to have been lifted directly from extremists. It is more likely an example of a phenomenon often observed in the study of the far-right online ecosystem, which is the seepage of extreme right discourse into more mainstream spaces.

Neo-Nazi groups use memes, shitposting and humour as a deliberate strategy to seed increasingly extreme ideas into groups amenable to their message.

It isn’t hard to find references to Valhalla commercialised, repackaged as inspirational Viking quotes for Maga consumption, referencing cancel culture, or even using Norse video games as a gateway to white supremacy. In this way, the more mainstream right often ends up sharing and amplifying extremist messaging.

Patel’s reference to Valhalla was at the very least a huge misstep by a government official trying to appeal to the Maga base and elevate Kirk’s tragic killing into a heroic warrior’s death.

While he may not have made his reference to Valhalla in knowledge of its association with far-right terrorism, it nevertheless served as a signal to white supremacists. As reported elsewhere, there was a lot of engagement from the extreme right on social media, but their posts tended to ridicule Patel.

His words prompted memes on social media playing on the apparent absurdity of someone of Patel’s ethnicity cosplaying as a Viking. And among this racially tinged mockery, there was also some revelling in the fact that a stock phrase of violent white supremacy had found its way into the mouth of the director of the FBI.

The Conversation

Tom Birkett receives funding from the European Union (ERC, NorseMap, Project Number 101169706). Views and opinions expressed are however those of the author only and do not necessarily reflect those of the European Union or the European Research Council. Neither the European Union nor the granting authority can be held responsible for them.”

ref. ‘See you in Valhalla’: how the FBI director waded into the far-right’s obsession with the Vikings – https://theconversation.com/see-you-in-valhalla-how-the-fbi-director-waded-into-the-far-rights-obsession-with-the-vikings-266281