Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Éric Muraille, Biologiste, Immunologiste. Directeur de recherches au FNRS, Université Libre de Bruxelles (ULB)

En rompant leurs liens avec les universités israéliennes, plusieurs universités européennes revendiquent une responsabilité morale face à la guerre à Gaza. Une évolution qui interroge les principes traditionnels de liberté académique et de neutralité institutionnelle.


À la suite de l’intensification du conflit israélo-palestinien, les militants propalestiniens ont organisé en 2024 de vastes manifestations dans les universités américaines. Ils dénonçaient un génocide commis à Gaza et exigeaient que les institutions académiques rompent leurs liens avec Israël.

Ce mouvement a gagné l’Europe. En réponse, les autorités académiques de certaines universités ont imposé un boycott institutionnel des universités israéliennes. Cet article tente de mettre en évidence l’ampleur de ce boycott en Europe ainsi que les arguments avancés par les autorités académiques pour le justifier.

Histoire des boycotts académique

L’appel au boycott d’universités d’un pays pour les punir ou exercer une pression sur leur gouvernement n’est pas nouveau. Après la Première Guerre mondiale, les scientifiques allemands et autrichiens furent interdits de participer aux conférences et aux agences scientifiques internationales. Ce boycott punitif ne prit fin qu’en 1926, lorsque l’Allemagne fut invitée à rejoindre la Société des Nations.

Selon l’historien Michael D. Gordin, ce boycott, comme ceux contre l’Allemagne nazie ou contre l’URSS en représailles à l’invasion de l’Afghanistan, étaient partiels et se sont avérés inefficaces. Le seul boycott réputé pour avoir eu un impact sur une communauté scientifique et un régime politique serait le boycott contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud entre 1960 et 1990.

L’efficacité de ce boycott peut s’expliquer par sa longue durée, par le consensus sur sa nécessité en raison du racisme du régime politique de l’Afrique du Sud et par la petite taille de la communauté scientifique sud-africaine. Toutefois, conclure qu’il aurait joué un rôle décisif dans la chute du régime d’apartheid semble exagéré. En effet, ce boycott était associé à de sévères sanctions économiques américaines ainsi qu’à une profonde crise structurelle interne du système socioéconomique de l’Afrique du Sud.

Au début des années 2000, des figures scientifiques défendant la cause palestinienne ont appelé à un boycott académique d’Israël. Cette demande s’est intensifiée lorsque des associations palestiniennes se sont unies dans le mouvement « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » (BDS). En réaction, l’American Association of University Professors (AAUP) a exprimé son opposition à tout boycott systématique d’une institution universitaire. Ce refus a également été défendu par certains journaux scientifiques, comme le British Medical Journal.

Le principe du boycott académique viole les normes académiques traditionnelles et les droits fondamentaux

La liberté académique, telle que formulée par l’AAUP en 1915, protège les activités d’enseignement et de recherche des professeurs. La neutralité institutionnelle de l’université, le fait qu’elle s’abstienne de prendre position sur des sujets controversés ou qu’elle s’érige en acteur politique, est considérée comme une condition nécessaire à la liberté académique. Cette dernière est elle-même vue comme indispensable à la progression des connaissances scientifiques.

La liberté académique ne protège pas explicitement le droit des chercheurs à choisir librement leurs collaborateurs. Toutefois, la recherche scientifique repose sur un niveau d’organisation autonome impliquant des réseaux de collaboration universitaires internationaux. Il est également documenté qu’une réduction de la coopération scientifique internationale peut entraîner un déclin de la production scientifique. Ainsi, l’International Science Council, qui compte 135 organisations scientifiques, défend l’universalité de la science et « s’oppose à la discrimination fondée sur des facteurs tels que le sexe, l’origine ethnique, la citoyenneté, et l’opinion politique ». Du point de vue du droit international, le principe du boycott des scientifiques d’un pays contredit également le « droit à la science » garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Sur ces bases, les chercheurs Blakemore, Dawkins, Noble et Yudkin considèrent qu’un boycott académique ne devrait être utilisé qu’en tout dernier recours et uniquement si les conditions suivantes sont remplies :

  • il existe de bonnes raisons de croire qu’un boycott aiderait à changer le comportement inacceptable d’un régime ;

  • la répulsion envers le régime doit être largement partagée …

  • le boycott fait partie d’un programme plus large de mesures, qui inclut des mesures diplomatiques, des sanctions économiques et culturelles.

Le boycott académique institutionnel contre Israël est minoritaire

Ces conditions n’étant pas remplies, il n’est pas surprenant de constater que, en août 2025, seuls 48 établissements d’enseignement supérieur en Europe avaient officiellement adopté un boycott partiel ou total des institutions israéliennes. Ce qui représente moins de 6 % des quelque 900 établissements reconnus par l’Association européenne des universités.

Ce graphique illustre le pourcentage d’universités de chaque pays ayant adopté un boycott académique partiel ou total d’Israël en juillet 2025. Les chiffres indiquent le nombre total d’universités concernées dans chaque pays.
Fourni par l’auteur

Les pays avec la plus forte proportion d’universités ayant déclaré un boycott académique officiel d’Israël sont la Belgique (100 %), les Pays-Bas (50 %), la Norvège (36,3 %) et l’Espagne (23,6 %). L’exceptionnalité belge est confirmée par le rapport du Samuel Neaman Institute qui classe la Belgique comme le pays européen présentant le plus haut taux d’incident de boycott en 2024.

Il est à noter qu’un « boycott caché » envers les chercheurs israéliens a également été documenté. Celui-ci, de par sa nature, est difficilement quantifiable.

L’émergence de nouvelles normes académiques inspirée par les luttes du Sud global

Dans leur communication commune, les recteurs des universités belges affirment que le choix de boycotter Israël est un « choix moralement responsable » et que « tenir Israël responsable des violations persistantes des droits de l’homme n’est pas une position idéologique, mais un impératif moral et juridique ». La rhétorique des recteurs belges reflète donc clairement un appel à la « responsabilité morale », qu’ils placent au-dessus des normes académiques traditionnelles proscrivant les boycotts.

Ce positionnement traduit l’influence en Europe de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) reprise par le mouvement BDS. Dans son appel, PACBI affirme qu’Israël exerce une domination coloniale sur les Palestiniens et soutient que les universités participent activement au maintien de ce système. Dès lors, la communauté scientifique internationale aurait une responsabilité morale de boycotter les institutions académiques israéliennes. Cet argumentaire entre en tension avec la conception traditionnelle de la liberté académique où les chercheurs sont supposés être autonomes vis-à-vis des gouvernements et ne peuvent être tenus responsables des politiques étatiques.

Le positionnement des recteurs belges s’inscrit également dans l’ordre international construit après 1945 autour des droits humains universels. Le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P), approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en 2005, a renforcé l’idée qu’il existe une obligation collective de s’opposer aux formes graves d’oppression et aux crimes contre l’humanité. Cette obligation légale est cependant celle des États et non celle des individus ou des universités.

Ainsi, le débat autour des boycotts académiques oppose deux conceptions très différentes de la liberté académique et ne peut se réduire à une simple opposition entre partisans et opposants à Israël.

Les dangers d’une transformation des universités en acteurs politiques

Les nouvelles normes académiques incluant une responsabilité morale pourraient encourager les autorités académiques à adopter des positions officielles sur chaque conflit international. Dans un monde de plus en plus marqué par des différends territoriaux, les boycotts académiques pourraient se banaliser et entraîner la résurgence de mouvements scientifiques nationalistes là où ils avaient disparu, un résultat qui représenterait une profonde régression.

Les boycotts ont un coût direct pour les universités. Par exemple, la Floride a inscrit des universités belges sur une liste noire pour avoir boycotté Israël. La rectrice de l’Université de Gent Petra De Sutter a admis que son université a perdu de nombreux partenariats et évoque la diminution du nombre de projets de recherche, des financements alloués à la recherche et du nombre de doctorats.

La politisation croissante des universités pourrait changer la perception publique et gouvernementale des institutions et de l’expertise académiques. Les universités pourraient devenir des cibles politiques, ce qui affecterait leur financement. La confiance envers les diplômés pourrait s’éroder, alimentant le ressentiment populaire envers les élites et contribuant à la montée du populisme.

Plus important, si l’expertise académique et scientifique devenait perçue comme politiquement orientée, sa crédibilité en tant que fondement objectif des délibérations publiques serait gravement compromise. Les conséquences à long terme de l’abandon de la neutralité institutionnelle par les universités au profit de l’activisme politique justifient donc un examen approfondi et soutenu.

Face à ces menaces, plus de 160 universités américaines, dont Columbia, Cornell, Harvard, Princeton et Stanford, ont officiellement adopté en 2024 et en 2025 des politiques de neutralité ou de retenue institutionnelle. En France, Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris, a imposé en 2025 un principe de « réserve institutionnelle » afin de préserver la pluralité d’opinion et l’organisation de débats pluralistes sur le campus. Certains auteurs dénoncent ces choix comme étant une « stratégie fondée sur la peur » servant un agenda politique conservateur et un « mécanisme pour échapper à la responsabilité, masquer le pouvoir et perpétuer l’inégalité ».

Les débats sur la neutralité institutionnelle et les boycotts académiques sont donc loin d’être clos. Ils dépassent le cadre du conflit israélo-palestinien et ont pour enjeu la redéfinition des missions des universités.

The Conversation

Eric Muraille a reçu des financements de FRS-FNRS (Belgium)

Joël Kotek ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques – https://theconversation.com/le-boycott-academique-contre-israel-est-minoritaire-et-traduit-lemergence-de-nouvelles-normes-academiques-284203

Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Munemo, Professor of Economics, Salisbury University

« Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le commerce est autant une question de sécurité qu’une question économique. »

C’est ce qu’a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en février 2026, lors d’un discours prononcé à la Conférence de Munich sur la sécurité.

Même si elle parlait de l’Europe, ses propos résonnent fortement en Afrique.

Les 54 économies du continent sont confrontées à une triple tension à laquelle il n’existe pas de solution facile.

Premièrement, elles doivent rester suffisamment intégrées à l’économie mondiale pour se développer. Deuxièmement, elles doivent prendre suffisamment de recul pour se protéger économiquement contre l’instrumentalisation délibérée des dépendances extérieures. On parle alors de “l’intrumentalisation de l’interdépendance”. Elle consiste à exploiter la position d’un pays au sein des réseaux économiques et technologiques mondiaux pour exercer une influence politique ou faire pression sur d’autres pays. Et troisièmement, elles doivent rester suffisamment ouvertes pour se diversifier au-delà des matières premières — qui représentent plus de 60 % du total des exportations de marchandises dans 45 pays africains — s’ils veulent bâtir une prospérité durable et réduire leur vulnérabilité aux chocs liés aux prix des matières premières.

En tant qu’économiste qui étudie le commerce et le développement en Afrique, je ne pense pas que la réponse à cette interdépendance instrumentalisée soit le repli sur soi ou de l’économie mondiale. Le véritable défi pour l’Afrique consiste à trouver un équilibre entre interdépendance, sécurité économique et diversification. Il ne s’agit pas de choisir un objectif au détriment des autres. Ce sera l’un des défis politiques les plus importants du continent dans les années à venir.

Comment l’interdépendance est-elle devenue une arme ?

Pour comprendre pourquoi cet équilbre est si difficile à gérer, il est utile de saisir ce qui a changé. Lorsque l’économie mondiale était régie par des règles et des normes communes, des années 1990 aux années 2010, une intégration économique plus poussée présentait certains avantages. Les pays qui s’intégraient aux chaînes d’approvisionnement mondiales et attiraient des capitaux étrangers connaissaient une croissance plus rapide. L’interdépendance était un atout.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère marquée par l’utilisation délibérée des « goulots d’étranglement » — ces espaces économiques et géographiques essentiels au fonctionnement d’une économie mondiale interdépendante — comme instruments de coercition. En 2025, la Chine a imposé de vastes contrôles à l’exportation des terres rares, portant un coup dur aux pays importateurs profondément intégrés à ses chaînes d’approvisionnement en minerais.

Les États-Unis ont à maintes reprises utilisé le dollar et les technologies de pointe en matière de semi-conducteurs comme armes contre leurs adversaires.

Les conséquences peuvent être brutales et graves. Début 2026, l’Iran a perturbé le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz – le plus important goulet d’étranglement géographique au monde, qui achemine chaque jour environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux chaque jour, sans qu’il n’existe d’itinéraires alternatifs.

Les pays africains, notamment l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda — qui tirent chacun plus de la moitié de leurs importations de pétrole du Moyen-Orient — ont été confrontés à une flambée immédiate et inattendue des coûts énergétiques. Leur situation budgétaire n’était pas en mesure d’absorber ce choc.

Les prix des engrais et des denrées alimentaires ont suivi la même tendance. Les marchés financiers ont été secoués et les transferts de fonds des travailleurs de la diaspora de la région du Golfe vers des économies fortement dépendantes, telles que les Comores, la Gambie, le Lesotho et le Libéria, ont chuté brutalement.

Le moment était particulièrement mal choisi. L’Afrique venait d’enregistrer sa croissance la plus rapide depuis une décennie — 4,5 % en 2025, selon le FMI. La Banque mondiale a revu ses prévisions à la baisse, tablant désormais sur une croissance régionale de 4,1 % en 2026.

Aujourd’hui, le monde qui rendait l’intégration si attrayante est désormais un espace vulnérable où des acteurs extérieurs peuvent exploiter les dépendances à des fins géopolitiques.

Dcrypter le dilemme à trois dimensions

Face à cette situation, la réponse la plus tentante consiste à réduire les interdépendances. Pourtant, l’histoire montre que le repli économique peut coûter cher. La vague protectionniste des années 1930 — lorsque les pays ont érigé des barrières commerciales et se sont repliés sur eux-mêmes — a contribué à l’effondrement du commerce mondial et a aggravé la Grande Dépression.

L’intégration n’est pas seulement un risque. C’est une source de prospérité qui justifie, en premier lieu, le renforcement de la résilience.

La Banque mondiale prévoit que d’ici 2026, les pays africains non riches en ressources naturelles afficheront un revenu par habitant supérieur de près de 20 % à leur niveau de 2014.

Renoncer à l’ouverture économique pour réduire sa vulnérabilité reviendrait à sacrifier la croissance nécessaire à la stabilité et à la sécurité économiques à long terme. Pire encore, si chaque pays africain cherche à réduire sa dépendance à l’égard des marchés mondiaux, cela diminue la valeur de ces marchés pour ceux qui continuent d’y participer. Cela pousse alors d’autres pays à s’en retirer à leur tour, créant ainsi un cercle vicieux.

Cette dynamique est déjà à l’œuvre dans d’autres pays. Les politiques américaines « Buy American » ont incité l’UE à mettre en place des mesures similaires « Buy European ». Les économistes appellent cela le « cercle vicieux de la fragmentation ».

De plus, la mise en place de chaînes d’approvisionnement alternatives au niveau national est coûteuse pour les pays qui se retirent. Le remplacement des réseaux de production internationaux bien établis nécessite des investissements importants et peut entraîner une hausse des coûts pour les entreprises et les consommateurs. Le FMI a alerté sur les conséquences d’une fragmentation : baisse des revenus pour tout le monde.

La diversification et la sécurité économique peuvent aussi entrer en conflit. La diversification économique impliquerait de réorienter les économies africaines, en les éloignant de l’extraction des matières premières pour se tourner vers un secteur privé plus large, et de répartir les relations commerciales entre plusieurs partenaires. Elle est essentielle tant pour la prospérité à long terme que pour réduire l’exposition aux chocs liés aux prix des matières premières.

Par exemple, le Rwanda et la Côte d’Ivoire, qui se sont diversifiés pour réduire leur dépendance vis-à-vis des matières premières, devraient afficher d’ici 2026 des revenus par habitant supérieurs de plus de 45 % à leurs niveaux de 2014.

À l’inverse, l’Angola et la République du Congo, qui sont restés fortement dépendants des exportations de pétrole, devraient afficher des revenus par habitant inférieurs de plus de 25 % à leurs niveaux de 2014. Une décennie après l’effondrement des cours du pétrole, ils ne se sont toujours pas remis de cette crise.

Les ressources naturelles génèrent à elles seules environ 62 % du PIB africain, selon la Banque africaine de développement. Pour dépasser cette concentration, il faut à la fois une diversification et une intégration plus poussée, qui permette l’accès aux investissements étrangers, aux transferts de technologie et à des marchés plus vastes.

Mais c’est précisément cette intégration plus poussée qui crée les vulnérabilités que les grandes puissances ont appris à exploiter. La rivalité entre les États-Unis et la Chine ainsi que la crise iranienne l’ont clairement démontré. L’objectif de diversification ne peut être poursuivi sans l’ouverture qui engendre des risques pour la sécurité. Il s’agit là d’une véritable tension structurelle que les décideurs politiques doivent savoir gérer.

Stratégies pour gérer cette triple tension

La solution ne consiste pas à choisir un objectif au détriment des autres. Trois stratégies, mises en œuvre de manière combinée, peuvent faire progresser ces trois objectifs simultanément.

Poursuivre la sécurité de manière collective, et non unilatérale. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est l’instrument le plus important du continent pour éviter le cercle vicieux de la fragmentation. Un marché continental intégré de 1,4 milliard de personnes :

  • crée la masse critique nécessaire pour attirer des investissements étrangers diversifiés

  • confère aux pays africains le pouvoir de négociation collectif leur permettant de traiter avec les grandes puissances en position de force

  • favorise le développement de chaînes d’approvisionnement intra-africaines qui réduisent la dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs, sans pour autant sacrifier les acquis de l’intégration.

Dans le contexte actuel, la ZlECAF (zone de libre-échange continental africaine) n’est pas seulement un projet de libéralisation des échanges. Il s’agit d’une stratégie de sécurité.

Cibler la diversification des partenaires. Toutes les relations commerciales ne présentent pas le même niveau de risque. L’objectif est de s’ouvrir de manière plus stratégique à l’économie mondiale en élargissant les liens commerciaux et d’investissement avec une grande palette de partenaires, en particulier dans les secteurs où il existe plusieurs fournisseurs et marchés. Cela réduit la dépendance vis-à-vis d’un seul pays et limite la capacité d’un partenaire à utiliser les liens économiques comme moyen de pression.

Devenir indispensable dans les chaînes d’approvisionnement critiques. La forme la plus durable de sécurité économique ne consiste pas à réduire sa dépendance vis-à-vis des autres, mais à faire en sorte que les autres dépendent de vous. L’Afrique occupe de véritables positions stratégiques dans plusieurs minerais essentiels aux technologies d’énergie propre. En voici quelques exemples.

La République démocratique du Congo représente environ 65 % de la production mondiale de cobalt. L’Afrique du Sud domine le marché des métaux du groupe du platine. La Guinée détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite. La Zambie est un important producteur de cuivre et le Zimbabwe est l’un des plus grands producteurs mondiaux de lithium.

La stratégie d’indispensabilité consiste à tirer parti de ces atouts : transformer le cobalt en RDC plutôt que d’exporter le minerai brut, développer l’enrichissement du platine en Afrique du Sud et mettre en place une infrastructure de chaîne d’approvisionnement en batteries autour des richesses minérales existantes.

Bien menée, cette stratégie favorise à la fois la diversification (en remontant la chaîne de valeur, loin des exportations de matières premières brutes), renforce la sécurité (en créant des dépendances qui dissuadent la coercition) et approfondit l’intégration selon les propres conditions de l’Afrique.

La perturbation du détroit d’Ormuz au début de l’année 2026 a été un signal d’alarme. Elle a démontré que les vulnérabilités créées par des décennies d’intégration ouverte sont bien réelles, que des acteurs extérieurs sont prêts à les exploiter et que les conséquences pour les économies africaines peuvent être rapides et graves. Mais la réponse n’est pas le repli sur soi. La croissance de l’Afrique s’est construite, en partie, sur son engagement dans l’économie mondiale. Le défi, désormais, est rendre cette ouverture plus résiliente.

The Conversation

Jonathan Munemo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ? – https://theconversation.com/le-commerce-mondial-devient-une-arme-comment-les-economies-africaines-peuvent-elles-se-proteger-285730

La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laëtitia Guilhot, Maître de conférences HDR en sciences économiques, Université Grenoble Alpes (UGA)

Il n’y a pas si longtemps, la Chine était vue comme l’« usine du monde », le pays où les industries européennes étaient délocalisées. Petit à petit, son statut change. Un des secteurs emblématiques est celui de l’énergie solaire photovoltaïque, où l’étape du rattrapage industriel est révolue. Aujourd’hui, la Chine est aussi une usine à innovations.


En 2024, la Chine s’est imposée comme le premier investisseur mondial en recherche et développement (R&D), avec 27,4 % des dépenses totales contre seulement 4 % en 2000. Cette dynamique lui permet de consolider sa position de leader mondial dans un nombre croissant de « technologies critiques », en particulier dans le secteur des panneaux solaires photovoltaïques, où elle atteint 80 % de la production mondiale.

Grâce à une stratégie évolutive et une implication forte et efficace de l’État, la Chine a largement dépassé le stade d’« usine du monde » pour devenir à la fois le leader industriel, technologique et scientifique dans le secteur du solaire photovoltaïque (PV).




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L’enjeu pour l’Europe et les États-Unis est dorénavant de ne pas accumuler un retard irrattrapable dans la course à l’innovation, dans ce secteur clé pour la décarbonation de nos économies.

Une domination mondiale de la production

Il n’a pas fallu plus de dix ans à la Chine pour littéralement évincer du marché des panneaux solaires les trois puissances de la fin du XXᵉ siècle : Europe, États-Unis, Japon. En 2002, les parts de marché globales de ces trois puissances étaient d’environ 80 % et celle de la Chine marginale. En 2012, la tendance était déjà inversée, avec 70 % pour la Chine et moins de 10 % pour les trois anciennes puissances solaires.

Depuis, les positions chinoises se sont encore renforcées dans l’ensemble des segments de la chaîne de valeur.

Dotée d’un savoir-faire indiscutable en matière de production de masse, elle s’est concentrée durant la décennie 2000 sur le développement de ses capacités industrielles dans les segments à fort potentiel (wafer, cellules et modules) ; puis, dans les années 2010, sur celui du silicium où sa dépendance extérieure était initialement la plus forte, en facilitant les transferts de technologies étrangères et en recourant à un soutien public massif.

Ainsi, la percée des entreprises chinoises se manifeste aujourd’hui sur les cinq segments de la chaîne de valeur : silicium, lingot, wafer, cellules et panneaux.

schéma
Les étapes de la chaîne de valeur du photovoltaïque à base de silicium.
Elsa Couderc, avec des images Wikipédia, CC BY-SA

Cette position industrielle lui a permis de cibler d’abord la demande occidentale, mais la baisse des subventions sur ces marchés après 2010 a poussé le gouvernement chinois à renforcer la croissance de la demande intérieure, en s’appuyant sur des interventions publiques fortes et ciblées notamment à travers son système de planification et, à partir de 2015, une réforme du marché de l’électricité très favorable aux énergies renouvelables.

Au milieu des années 2010, cependant, des surcapacités de production importantes amènent les autorités publiques chinoises à inciter les firmes nationales à élargir leurs débouchés internationaux en direction des pays en développement, en particulier vers les marchés émergents, notamment le continent africain. Il faut bien noter que cette nouvelle stratégie s’est avérée pertinente grâce à une baisse drastique des coûts du kilowatt-heure photovoltaïque.

En rendant accessible cette énergie aux pays en développement pour répondre à leurs immenses besoins en énergie, la Chine a renforcé son image de puissance responsable.

Par sa capacité à satisfaire la demande nationale et mondiale de panneaux solaires, la Chine contribue ainsi à la transition énergétique et à la décarbonation de l’électricité. En 2024, la puissance du parc installé en Chine a atteint 1 048,5 gigawatts-crête, soit 46,7 % de l’ensemble des capacités installées dans le monde (le watt-crête désigne la puissance nominale d’une installation photovoltaïque dans des conditions optimales d’ensoleillement et de température).




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Cependant, on peut toujours s’interroger sur la capacité de la Chine à devenir leader sur des technologies de pointe. Est-elle encore l’atelier du monde dans le photovoltaïque comme ailleurs ou bien a-t-elle, aujourd’hui, généré une capacité à se placer à l’avant-garde de la recherche et de l’innovation ?

La Chine a acquis le leadership technologique

Quatre catégories de technologies solaires photovoltaïques se distinguent, suivant les matériaux utilisés :

  • le silicium cristallin, qui compte à lui seul pour plus de 97 % du marché total en 2024, avec un rendement de conversion énergétique dépassant les 20 % pour les modules solaires industriels ;

  • les couches minces – principalement à base de tellurure de cadmium (CdTe), de cuivre, indium, gallium et sélénium (CIGS) ou de silicium amorphe –, qui couvrent 2,2 % du marché total en 2024, avec un rendement plus faible et des usages plus spécifiques ouvrant la voie vers des modules solaires flexibles, légers et performants sous faible éclairement ;

  • les cellules « émergentes » à colorants, à base de pérovskite hybride et les cellules organiques : aucune n’est encore présente en masse sur le marché ; mais elles sont néanmoins porteuses de promesses en matière de réduction de l’impact environnemental de la production solaire ;

  • les multijonctions, très performantes, mais encore très coûteuses sont souvent réservées aux applications militaires et spatiales.

Pour ces quatre catégories, la Chine domine quantitativement et qualitativement sur les dépôts de demandes de brevets. Ainsi, entre 1990 et 2022, 40 % des inventions brevetées sont chinoises, sur 57 000 au total. L’effort d’innovation se concentre, en Chine comme ailleurs, sur les cellules émergentes (un peu plus de 28 000 brevets, dont environ 40 % pour la Chine), puis sur la cellule solaire conventionnelle en silicium cristallin de première génération, ou c-Si (près de 20 000, dont environ 50 % pour la Chine).

De plus, la Chine est en tête des citations de brevets pour les cellules c-Si et émergentes : à la fois dans le top 10 % (le seuil caractérisant des inventions « majeures ») et dans le top 1 % (seuil des innovations « de rupture »).

Cette progression rapide et durable de la Chine sur les brevets touchant aux technologies déjà exploitées industriellement permet de conclure que le learning by doing a été le principal moteur de la construction de la prééminence chinoise.

Le photovoltaïque est en effet un secteur où le taux d’apprentissage (baisse du coût pour chaque doublement de la capacité à technologie donnée) est reconnu parmi les plus élevés (de 20 à 30 %, selon une estimation de l’Agence internationale de l’énergie, 2020) et donc parmi les plus propices aux gains d’échelle et de compétitivité pour les firmes et les pays se positionnant sur des technologies bien maîtrisées.

La domination de la Chine se confirme aussi pour les technologies émergentes

La Chine s’impose ainsi comme le premier pôle scientifique mondial dans la recherche sur le solaire de prochaine génération.

Une analyse bibliométrique de la production scientifique dans des revues à comité de lecture sur les segments les plus en pointe – à savoir les cellules solaires émergentes – offre un aperçu de l’effectivité et de la pérennité de la puissance scientifique chinoise. En effet, ces technologies ont le potentiel de briser le quasi-monopole actuel du silicium cristallin, en raison de leurs promesses d’efficacité énergétique, de coûts de production et d’impacts environnementaux plus faibles grâce à des procédés de dépôts peu énergivores et par impression grande surface.

Ainsi, la Chine a réalisé en 2023 plus de 50 % de la production scientifique sur les pérovskites hybrides (la technologie émergente la plus dynamique depuis 2012) et 55 % pour le photovoltaïque organique. Les cellules solaires à colorant connaissent un déclin relatif depuis 2014. La Chine y avait atteint un pic de publications, avant d’être dépassée par l’Inde en 2021 – un recul qui s’explique principalement par le report des efforts de recherche vers les pérovskites hybrides.

Dans le domaine du photovoltaïque, comme dans d’autres, il n’est pas incongru de parler d’un « choc chinois ».

En 2018, l’administration américaine a adopté la China Initiative, dont l’objectif affiché était de lutter contre l’espionnage scientifique et industriel en restreignant les collaborations scientifiques avec des chercheurs chinois. Mais l’effet principal de cette tentative d’isolement de la recherche chinoise a été un redéploiement des collaborations vers les partenaires alternatifs aux Américains, en particulier la Corée du Sud et l’Allemagne permettant la croissance continue de la production scientifique chinoise contrairement à celle des États-Unis, qui décline depuis cette date.

Qui plus est, une proportion croissante des publications les plus citées dans les journaux les plus prestigieux est désormais réalisée par des équipes uniquement chinoises, hors collaborations internationales, ce qui confirme son autonomie scientifique grandissante.


Le projet Transition énergétique en Chine : Nouvelles orientations économiques et politiques – TEChNOPE (ANR-18-CE05-0011) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Laëtitia Guilhot a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR)

Guillaume Wantz a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Pierre Berthaud a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche

André Meunié et Marina Flamand ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire – https://theconversation.com/la-chine-epicentre-industriel-et-scientifique-de-lenergie-solaire-283717

Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal !

Source: The Conversation – France in French (2) – By Monica Baciu, Professeur Neurosciences Cognitives, Université Grenoble Alpes (UGA)

« Comment ça s’appelle déjà ? » Le mot est là. On le sent à notre portée, presque accessible, « sur le bout de la langue », mais impossible de le prononcer immédiatement. Alors on contourne, on reformule, on attend quelques secondes. Puis, souvent, le mot revient. Ce phénomène, très courant à partir du milieu de la vie, est généralement perçu comme un signe inquiétant du vieillissement. Pourtant, nos recherches en neurosciences cognitives racontent une histoire bien plus nuancée, et surtout bien moins pessimiste.


Depuis plusieurs années, nos travaux étudient la manière dont le cerveau vieillit et réorganise ses fonctions de langage. Les résultats obtenus depuis 2021 montrent que les difficultés à retrouver ses mots ne traduisent pas nécessairement un déclin global de la mémoire ou de l’intelligence. Elles reflètent surtout une transformation progressive des stratégies utilisées par le cerveau pour accéder au langage.

Contrairement aux idées reçues, les mots ne disparaissent pas de notre mémoire avec l’âge. Les connaissances restent globalement très solides, et le vocabulaire continue même souvent de s’enrichir grâce à l’expérience accumulée au fil des années. Ce qui change davantage, c’est la rapidité avec laquelle le cerveau accède à ces connaissances.

Parler est une action extrêmement sophistiquée

Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que parler est une opération extrêmement sophistiquée. Lorsque nous produisons un mot, le cerveau doit d’abord activer son sens, par exemple l’idée d’un objet, d’une personne ou d’une action, puis retrouver sa forme sonore avant de préparer son articulation.

Dans nos travaux récents sur le vieillissement du langage, nous distinguons notamment deux dimensions essentielles.
La première est la dimension sémantique, c’est-à-dire le sens des mots, les connaissances et les associations construites par l’expérience. La seconde est la dimension phonologique, qui correspond aux sons permettant de prononcer les mots. Par exemple, lorsque vous prononcez le mot « chat », vous récupérez d’abord sa représentation mentale en mémoire, puis vous transformez cette représentation en une série de sons qui rend possible son articulation.

Avec l’âge, les systèmes liés au sens restent particulièrement robustes. En revanche, l’accès à la forme sonore exacte des mots devient parfois moins fluide, car plus vulnérable aux effets de l’âge. En somme, le cerveau retrouve bien l’idée du mot, mais sa récupération phonologique nécessite une mobilisation accrue des ressources cognitives. C’est précisément ce qui produit l’impression du « mot sur le bout de la langue ».

De nouvelles stratégies

Nos recherches menées depuis 2021 montrent cependant que le cerveau ne subit pas passivement ces changements. Il développe au contraire de nouvelles stratégies d’adaptation.

À mesure que les traitements rapides fondés sur les sons des mots deviennent moins efficaces, le cerveau s’appuie davantage sur les connaissances sémantiques, le contexte et l’expérience accumulée. Les mécanismes phonologiques et sémantiques ne sont pas mutuellement exclusifs et continuent de fonctionner en interaction. Toutefois, les modifications cérébrales associées au vieillissement sain semblent progressivement accroître la contribution des systèmes sémantiques, qui participent alors à la compensation des fragilités phonologiques.

Autrement dit, lorsque l’accès direct à un mot devient plus difficile, le cerveau compense en mobilisant davantage le sens et les associations d’idées. Cette réorganisation s’accompagne également d’une implication plus importante de systèmes liés à l’attention et aux organes de sens qui aident à sélectionner l’information pertinente.

Nos travaux plus récents montrent que ces adaptations ne concernent pas uniquement le langage lui-même. Elles reflètent une réorganisation plus interactive du fonctionnement cérébral au cours du vieillissement qui impacte notamment la mémoire et l’attention.

À partir d’environ 55 ans, nous observons des modifications progressives dans les réseaux cérébraux impliqués dans le langage et la communication. Cette réorganisation se manifeste également à l’échelle des réseaux cérébraux. Des travaux récents en magnétoencéphalographie (MEG) suggèrent notamment qu’il tend à regrouper davantage les représentations sémantiques en unités plus larges et plus stables en les associant à des représentations visuelles ou motrices. Pour reprendre notre exemple, le traitement du mot « chat », de sa récupération en mémoire à son articulation, serait davantage médié par l’image, le son ou le mouvement, pour faciliter le langage.

Nos recherches, menées ces trois dernières années, suggèrent également que ces changements répondent à une logique énergétique plus générale du cerveau. Avec le vieillissement, certaines connexions cérébrales longues et coûteuses, comme celles du système phonologique, deviennent plus vulnérables. En réponse, le cerveau tend à privilégier des circuits plus locaux, plus économes en énergie, des critères auxquels semblent répondre les systèmes liés au sens et à l’expérience.

Le vieillissement cérébral apparaît ainsi moins comme une dégradation brutale que comme une recherche permanente d’équilibre entre efficacité de traitement et économie d’énergie.

La réserve cognitive

Il est également important de souligner que cette évolution varie fortement d’un individu à l’autre. Certaines personnes conservent une grande fluidité verbale très tard dans la vie, tandis que d’autres présentent des difficultés plus précoces. Une partie de ces différences est liée à ce que les neurosciences appellent la réserve cognitive.

La réserve cognitive correspond à la capacité du cerveau à s’adapter aux changements et à mobiliser des stratégies alternatives. Elle est influencée par de nombreux facteurs comme le niveau d’éducation, les activités intellectuelles, les interactions sociales, l’activité physique ou encore le multilinguisme. Plus cette réserve est importante, plus le cerveau semble capable de compenser les effets du vieillissement.

C’est précisément cette diversité de trajectoires individuelles que nous étudions aujourd’hui afin de mieux comprendre pourquoi certains cerveaux restent particulièrement adaptatifs avec l’âge et d’identifier plus précocement les trajectoires de vulnérabilité grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse des réseaux cérébraux.

Ces travaux participent à une transformation plus large de la manière d’aborder la santé cérébrale. Aujourd’hui, les recherches visent de plus en plus à détecter les premiers signes de fragilité avant l’apparition de troubles cognitifs plus importants. Par exemple, l’augmentation des sensations de « mot sur le bout de la langue » précède des difficultés cognitives mesurables dans d’autres domaines cognitifs. C’est dans ce contexte qu’émergent les centres de santé du cerveau, qui développent des approches de prévention fondées sur l’identification précoce des individus qui pourraient ressentir des ralentissements de leurs compétences cognitives, mais sans que les mesures objectives montrent de déficit de ces fonctions.

En conclusion, lors du vieillissement cognitif sain, le mot finit presque toujours par revenir. Et lorsqu’il tarde un peu, cela ne signifie pas forcément que le cerveau perd ses capacités. Cela peut simplement indiquer qu’il est en train de modifier ses stratégies pour continuer à fonctionner autrement.

The Conversation

Monica Baciu a reçu des financements de l’ANR et du CNRS (programmes Défi 80|PRIME 2022).

Clément Guichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal ! – https://theconversation.com/vous-perdez-vos-mots-cest-tout-a-fait-normal-284255

Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir

Source: The Conversation – in French – By Jason Walker, Program Director & Associate Professor Master of Psychology Health and Wellness & Master of Industrial-Organizational Psychology, Adler University

Au début de votre carrière, on vous donnera sans doute le conseil suivant : « Si quelque chose ne va pas, adressez-vous aux RH. » Ce conseil peut sembler pratique et rassurant, mais il ne tient pas compte de certaines nuances.

Une leçon que beaucoup apprennent tardivement, souvent à leurs dépens, est que les ressources humaines ne sont pas conçues pour défendre les intérêts individuels des employés. Leur fonction première est de protéger l’organisation pour laquelle elles travaillent.

Il ne s’agit pas là d’une critique à l’encontre des professionnels des RH. La plupart d’entre eux sont bien intentionnés, prévenants et soucieux de l’équité et du bien-être des employés.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.

La question ne porte pas tant sur les individus que sur la structure organisationnelle. La fonction principale des RH consiste à gérer les risques organisationnels, ce qui implique notamment de réduire les risques juridiques, de garantir la conformité aux exigences des organismes de réglementation, de recruter et de licencier des employés, ainsi que de gérer les problèmes internes.

Les organismes professionnels reflètent cette vision. La Society for Human Resources Management, le plus grand organisme professionnel de ressources humaines au monde, définit clairement que les RH sont responsables de la conformité, de la gestion des risques liés au personnel et de l’efficacité organisationnelle.

La mission première des RH n’est pas de protéger les intérêts individuels des employés lorsque ceux-ci entrent en conflit avec ceux de l’organisation.

Si le bien-être et la performance des employés sont en phase avec les objectifs de l’organisation, les RH peuvent se révéler extrêmement utiles. Mais lorsque ces intérêts divergent, ce sont généralement les priorités de l’organisation qui priment. Il est essentiel de le comprendre très tôt pour bien mener sa carrière.

Les ressources humaines ne sont pas neutres

Les jeunes professionnels ont tendance à croire que les RH représentent un médiateur neutre chargé de résoudre les conflits dans l’entreprise, mais ce n’est pas le cas.




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Dans la pratique, les RH sont intégrées à la hiérarchie de l’organisation. Ses responsables relèvent habituellement de la direction générale et leur performance est évaluée en fonction de leur capacité à gérer efficacement les risques institutionnels.

En raison de cette position structurelle, les professionnels des RH doivent trouver un équilibre entre les préoccupations des employés et les risques juridiques, financiers et réputationnels de l’entreprise.

Lorsque les conflits portent sur des problèmes interpersonnels courants ou des malentendus concernant les politiques, les RH peuvent intervenir et les résoudre rapidement. Mais lorsque les plaintes visent des employés très productifs ou des cadres supérieurs, la situation peut se compliquer.

Selon des études, les employés qui génèrent des revenus, apportent du prestige ou exercent une influence bénéficient d’une protection de la part de la direction, même lorsque leur comportement est préjudiciable, car ils sont perçus comme des atouts précieux pour l’organisation.

Prendre parole peut comporter des risques

Ces dernières années, de nombreuses organisations ont mis en place une culture visant à « libérer la parole », encourageant leurs employés à signaler tout comportement répréhensible.

En principe, ces initiatives témoignent d’un engagement en matière de responsabilisation. Les données révèlent toutefois une réalité plus complexe.

Selon l’enquête mondiale sur l’éthique de 2023, près de la moitié des employés ayant dénoncé un comportement répréhensible ont déclaré avoir subi des représailles par la suite.

Celles-ci ne sont pas toujours explicites. Elles peuvent se traduire par une réduction des opportunités d’évolution professionnelle, une exclusion des projets importants, une détérioration des relations professionnelles ou des évaluations de performance négatives.

Même lorsque les représailles sont subtiles ou indirectes, leurs répercussions peuvent se propager à l’ensemble de l’organisation. Lorsque des collègues constatent que le fait d’exprimer des préoccupations entraîne des représailles, ils sont moins enclins à le faire à leur tour. Il en résulte un effet de musellement qui diminue le signalement des fautes professionnelles, malgré l’existence de mécanismes officiels.

Si dénoncer les fautes professionnelles reste important, il est judicieux de comprendre les risques et les mesures de protection existantes avant de le faire.

Les enquêtes internes protègent l’institution

Les enquêtes internes sont un autre exemple du rôle structurel des ressources humaines. Il s’agit de procédures officielles menées par les RH lorsque quelqu’un dénonce une faute professionnelle, un cas de harcèlement ou de violation des règles.

Elles visent généralement à déterminer si les politiques internes ou les obligations légales ont été violées. Dans la pratique, la question qui se pose souvent est : « Quelqu’un a-t-il enfreint les politiques ? », plutôt que : « Quelqu’un a-t-il subi un préjudice ? »

Les professionnels des RH sont généralement chargés de réaliser des enquêtes internes. Si beaucoup d’entre eux possèdent une solide expérience en matière de relations avec les employés, la plupart n’ont reçu aucune formation officielle en matière d’enquêtes.

Par conséquent, les investigations sont souvent menées par des personnes dont l’expertise réside davantage dans la gestion des ressources humaines que dans les méthodes d’enquête.

Les études consacrées aux systèmes de conformité dans les entreprises démontrent que les procédures internes visent généralement à garantir la validité juridique des décisions et à limiter la responsabilité de l’organisation, plutôt qu’à défendre les intérêts des employés.




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Autrement dit, dès qu’un problème sur le lieu de travail fait l’objet d’une enquête officielle, le processus est souvent dicté par des considérations liées aux risques juridiques et organisationnels.

Les ressources humaines peuvent néanmoins être un allié

Cela ne signifie pas pour autant que les RH doivent être perçues comme des ennemis. Dans les organisations où la direction accorde la priorité à l’éthique, à la sécurité psychologique, à la responsabilité et à l’équité, le service des ressources humaines peut devenir un allié.

Les RH définissent notamment les politiques qui délimitent les comportements inacceptables, mettent en place des programmes de formation pour les expliquer aux employés et établissent des canaux de signalement pour les plaintes.

Cependant, même les professionnels des RH les plus engagés agissent dans le cadre d’un mandat structurel visant à protéger leur institution. Comprendre cette distinction permet d’aborder les défis rencontrés au travail avec des attentes claires.


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Si l’on souhaite faire part de ses préoccupations aux ressources humaines, il peut être utile de consigner minutieusement les incidents, de bien comprendre les politiques de l’entreprise et de connaître les droits des salariés. Il faut également savoir reconnaître les cas où il peut être nécessaire de recourir à des canaux de signalement externes et se familiariser avec ces procédures.

Dans la mesure du possible, il faut essayer de résoudre les problèmes à un stade précoce, avant qu’ils ne deviennent des dossiers officiels traités par les RH. Une fois qu’une affaire est prise en charge par les RH, l’accent est souvent mis sur la documentation de la situation et la gestion des risques juridiques ou organisationnels.

En comprenant comment les organisations fonctionnent réellement, on ne gère plus sa carrière en se basant sur des suppositions et on peut le faire de manière plus stratégique.

La Conversation Canada

Jason Walker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir – https://theconversation.com/le-role-des-ressources-humaines-est-il-daider-les-employes-voici-ce-que-les-jeunes-professionnels-doivent-savoir-279497

Aumenta el consumo de MDMA entre los jóvenes para socializar: ¿qué peligros esconde?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan López-Morales, Profesor Ayudante Doctor del Departamento de Trabajo Social y Servicios Sociales, Universidad de Granada

Desde que la pandemia irrumpió en nuestras vidas, el modo en que la juventud se relaciona ha cambiado radicalmente. Con las discotecas cerradas, los encuentros reducidos al mínimo y el aislamiento como norma, los vínculos sociales entre jóvenes se vieron entonces profundamente afectados.

Hoy, en la era postcovid, uno de los efectos más visibles de aquel aislamiento es el uso de sustancias como el MDMA (éxtasis) para facilitar la socialización en entornos de ocio. Una realidad social que no solo revela nuevas formas de interacción, sino que plantea serias alertas sobre los riesgos de violencia de género en estos contextos debido a los propios efectos de la sustancia.

En líneas generales, el consumo de drogas entre jóvenes ha aumentado significativamente en los últimos años. Según el Informe Mundial sobre las Drogas de Naciones Unidas de 2024, más de 296 millones de personas consumieron drogas en 2021, un 23 % más que en la década anterior.

En España, los datos de la Agencia de la Unión Europea sobre Drogas, EMCDDA, (2023) confirman esta tendencia. Concretamente, el MDMA se ha convertido en la quinta sustancia más consumida por la juventud, con una prevalencia del 3,1 %. A nivel europeo, el aumento de la producción de MDMA refleja tácticas innovadoras y un crecimiento de la demanda mundial. Es el segundo estimulante ilegal más usado en Europa, después de la cocaína, según el Informe Europeo sobre Drogas de 2026.

Potencia la empatía y el bienestar

Pero ¿por qué precisamente el éxtasis? A diferencia de otras drogas, el MDMA no genera pérdida de conciencia, sino una percepción aumentada de las relaciones personales y una fuerte sensación de bienestar. Como explican los expertos, esta sustancia potencia la empatía, el contacto emocional y la extroversión. Es decir, hace más fácil hablar, abrirse, bailar y conectar.

Para una generación marcada por la ansiedad social postpandémica, la promesa de una “ayuda química” para soltarse y disfrutar puede resultar tremendamente atractiva.

En una investigación que llevamos a cabo donde participaron jóvenes españoles, mostramos datos que no dejan lugar a dudas: un 73 % de los encuestados afirmaba que el consumo de MDMA les ayudaba a perder la vergüenza, un 66 % decía sentir un intenso bienestar y más de la mitad aseguraba que la sustancia les aportaba una gran energía. Además, un 42 % de los participantes declaraba que el MDMA incrementaba su deseo sexual, una percepción que se disparaba al 81 % entre las mujeres encuestadas.

Estos datos, sin embargo, deben mirarse con cautela. La euforia emocional y el aumento de la confianza que provoca el éxtasis no son inocuos. Muy al contrario, pueden generar situaciones de vulnerabilidad, especialmente en espacios como discotecas o fiestas donde el control social disminuye y el alcohol se mezcla con otras drogas.

De hecho, distintos estudios advierten sobre la vinculación entre consumo de sustancias y violencia sexual. El Observatorio Noctámbul@s (2018) señalaba que más de la mitad de las mujeres entrevistadas había sufrido violencia sexual en espacios de ocio nocturno y que el consumo de alcohol y drogas sigue utilizándose como justificación por parte de los agresores.

De hecho, los efectos entactógenos del MDMA, como el aumento de la empatía y la apertura emocional, pueden facilitar situaciones de contacto físico no deseado, especialmente si existe una lectura distorsionada del consentimiento, alerta un informe recogido en la investigación de Noctámbul@s. El riesgo no radica en la sustancia en sí, sino en el uso que se hace de ella en un contexto todavía marcado por desigualdades de género y dinámicas machistas.

Posibles soluciones desde el Trabajo Social

Desde el trabajo social, esta realidad plantea desafíos urgentes y complejos. No se trata únicamente de prevenir el consumo desde una lógica punitiva o moralista, sino de entender qué necesidades emocionales, sociales o relacionales están siendo cubiertas –aunque sea temporalmente– a través del uso de sustancias.

Desde esta disciplina podemos abogar por generar espacios de socialización seguros donde la juventud pueda expresarse, vincularse y sentirse parte de un grupo sin recurrir al consumo como mediador. Esto implica diseñar estrategias comunitarias de reducción de daños, fomentar alternativas de ocio saludable y promover herramientas de gestión emocional desde la adolescencia.

Al mismo tiempo, esta lógica de intervención deberá incorporar una mirada feminista y de género en todos los niveles de intervención. Existen evidencias de cómo el consumo de MDMA puede actuar como un factor que aumenta la vulnerabilidad de las mujeres frente a situaciones de violencia sexual en contextos de ocio.

Las intervenciones no pueden ser neutras: deben reconocer cómo operan las desigualdades estructurales en las relaciones entre hombres y mujeres y cómo estas se acentúan en espacios donde el consentimiento se vuelve difuso y los estereotipos de género siguen vigentes.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Aumenta el consumo de MDMA entre los jóvenes para socializar: ¿qué peligros esconde? – https://theconversation.com/aumenta-el-consumo-de-mdma-entre-los-jovenes-para-socializar-que-peligros-esconde-254002

¿Qué queremos decir cuando decimos ‘prioridad nacional’?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iraide Ibarretxe-Antuñano, Catedrática de Lingüística General, Universidad de Zaragoza

¿De quién es un país? ¿De quien nace allí o de quien vive allí? Sodel Vladyslav/Shutterstock

Las palabras parecen sencillas hasta que intentamos averiguar a quién se aplican realmente. Estos días han vuelto al debate público dos de ellas: prioridad nacional. Todos creemos entender qué significan, pero basta una pregunta para que las cosas empiecen a complicarse: ¿a quién o a qué se refiere exactamente esa “prioridad nacional”?

Hace más de un siglo, Gottlob Frege, filósofo del lenguaje alemán, propuso una distinción fundamental para entender el significado. Por un lado, está el “sentido” –la información que nos permite comprender una palabra– y, por otro, la “referencia” –las personas, los objetos o las situaciones concretas a las que se aplica–.

Pensemos en expresiones como los españoles, la gente de aquí o los nuestros. Todas nos resultan familiares. Ahora bien, si tuviéramos que enumerar quiénes forman parte de esos grupos, las respuestas no serían tan claras ni tan coincidentes.

Algo parecido ocurre con prioridad nacional. La cuestión no es qué significa la palabra nacional, sino quién queda incluido o excluido en ella.

Jurídicamente, la respuesta no deja margen de duda: quien posea esa nacionalidad. Pero los casos concretos sí plantean preguntas: ¿personas nacionalizadas?, ¿personas con doble nacionalidad?, ¿minorías históricas? Si la categoría se define jurídicamente, todos sus miembros tienen el mismo estatus, derechos y obligaciones. Lo malo es que nuestras categorías mentales rara vez siguen los códigos legales. Nos guiamos más bien por experiencias, vínculos emocionales y relaciones sociales.

La fruta y la identidad del aguacate

La psicóloga estadounidense Eleanor Rosch mostró que nuestras categorías mentales se organizan alrededor de los ejemplos más representativos: los prototipos. Si pensamos en una fruta, probablemente imaginemos antes una manzana que un limón, y un limón antes que un aguacate. Aunque todos cumplan la definición botánica de fruta, no ocupan el mismo lugar en nuestra mente. Consideramos que las manzanas son más “fruta” porque identificamos lo dulce con lo definitorio de la categoría.

Algo similar sucede con etiquetas como ciudadano, español o nacional. Sus límites jurídicos parecen claros, pero nuestros criterios son experienciales, emocionales y culturales. Cada cual construye su propia “escala de prototipicidad”.

Para la ley, una persona nacionalizada es tan “nacional” como alguien cuyos antepasados llevan generaciones en el país. Sin embargo, para algunas personas, ese individuo es el “aguacate” de la categoría: está dentro de la frontera legal, pero lejos de su prototipo mental. De ahí expresiones como el español de bien, el auténtico español, el español de verdad… Su poder no reside en lo que dicen explícitamente, sino en lo que implican y en lo que dejan sin especificar: su referencia.

“Naciobolengos” o el arte de tasar el arraigo

Pero las referencias no existen en el vacío. Para entenderlas necesitamos otra pieza indispensable: el contexto. Como propuso Dell Hymes en su modelo SPEAKING, las palabras no viajan solas: su significado depende de quién las dice, para qué y en qué situación.

Prioridad nacional siempre tiene referentes concretos; lo que cambia es su SPEAKING. No significa lo mismo en boca de una organización humanitaria que en el discurso de determinados partidos políticos.

En el marco humanitario, la prioridad nacional gira alrededor del bienestar y la vulnerabilidad. Busca alinear recursos con las necesidades de un país y se interpreta de forma inclusiva: “nacional” abarca a cualquiera que habite ese territorio.

En cambio, cuando entra en el debate parlamentario, los fines se desplazan hacia la rentabilidad electoral y la delimitación identitaria. Su interpretación se vuelve más restrictiva y favorece una lectura de autoprotección frente a una supuesta amenaza exterior. La prioridad deja de depender de la nacionalidad legal para acercarse al prototipo de “los de casa”. Es decir, quienes ostentan una nacionalidad de abolengo –los “naciobolengos”– o quienes superan el examen discrecional de arraigo.

Ahí reside la fuerza de la expresión prioridad nacional: presenta como natural una frontera cuyos límites nunca están del todo fijados. Y cuando la referencia se mueve, la exclusión se vuelve elástica.

El borrado de la memoria léxica

Cuando un término aparece por primera vez en la arena pública llama la atención. Se discute, se cuestiona e incluso genera rechazo. Sin embargo, a medida que otros actores políticos lo incorporan a su discurso y los medios lo reproducen, la ciudadanía acaba acostumbrándose a él.

La lingüística denomina este proceso “convencionalización”. Los usos se extienden y las expresiones terminan pareciendo tan naturales que olvidamos que en algún momento nos resultaban extrañas o chirriantes. Es uno de los motores que mantiene vivas a las lenguas, pero aplicado al debate político tiene un efecto secundario anestésico: borra nuestra memoria léxica.

Cada expresión arrastra usos anteriores, asociaciones ideológicas y contextos concretos. Las palabras tienen memoria, aunque a veces olvidemos escucharla. Y cuando eso ocurre, dejamos de preguntarnos quién trazó sus fronteras.

Las consecuencias de ese borrado léxico no siempre son evidentes. Un ejemplo reciente lo encontramos en la propuesta de la Comunidad de Madrid de vincular determinadas ayudas al transporte público al empadronamiento. Parece lógico: priorizar a quienes mantienen una relación administrativa más estrecha con la comunidad, a “los de casa”. No lo parece tanto si miramos quién queda al otro lado: estudiantes, trabajadores no empadronados (por diferentes causas) y personas que viven fuera, pero desarrollan buena parte de su vida en Madrid.

Es lo que tienen las fronteras elásticas; a veces se encogen tanto que, sin darnos cuenta, hay alguien que descubre que ya no está donde creía estar.

La verdadera pregunta

Las expresiones de moda en el laboratorio político cambian constantemente. Hubo un tiempo en que el debate giraba alrededor de los brotes verdes o del acrónimo MENA. Hoy la etiqueta que ocupa tertulias y discursos institucionales es prioridad nacional.

En unos meses será otra. Las modas léxicas pasan; las categorías mentales que construyeron se quedan. Por eso, como ciudadanos, conviene prestar atención no solo a lo que una expresión significa, sino a quién incluye, a quién excluye y, sobre todo, quién tiene el poder de mover sus fronteras.

Cuando se acepta que determinadas personas merecen prioridad por pertenecer a una categoría fija, la discusión acaba centrándose en decidir quién puede ser miembro legítimo de ese club de los prioritarios. Y esa respuesta, como muestran la historia y las ciencias del lenguaje, rara vez permanece estable.

Pero el verdadero reto democrático no consiste en decidir quién merece prioridad, sino en construir sociedades donde los derechos y las oportunidades no dependan de la cercanía a un prototipo tan cambiante como arbitrario. Porque la pregunta urgente nunca es solo quién está hoy dentro de la prioridad nacional. La pregunta crucial es quién tendrá el poder de decidir mañana que usted se ha quedado fuera.


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The Conversation

Iraide Ibarretxe-Antuñano es Investigadora Principal en el proyecto “Motivación, iconicidad y arbitrariedad en el procesamiento del lenguaje multimodal (MOTIV)” (Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades, PID2021-123302NB-I00). Coordina el Grupo de Acción ICON del Campus Íberus, el grupo de innovación Innolingua+ y la iniciativa Lingüística para Tí. Dirige la plataforma de divulgación Zaragoza Lingüística a la Carta (Grupo Psylex, H-11-17R).

ref. ¿Qué queremos decir cuando decimos ‘prioridad nacional’? – https://theconversation.com/que-queremos-decir-cuando-decimos-prioridad-nacional-284798

¿Ha llegado la hora de crear una Agencia Estatal del Clima en España?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Fortes Martín, Catedrático de Derecho Administrativo, Universidad Carlos III

Rodrigo Fernández Photo/Shutterstock

Cuando las autoridades competentes detectan un lote de comida en mal estado, lo retiran del supermercado de inmediato. Si un avión no pasa una inspección de seguridad, se inmoviliza en tierra. Estas decisiones nos transmiten seguridad y confianza en las instituciones.

Sin embargo, ante una catástrofe climática como una inundación relámpago, una ola de calor extremo o un devastador incendio, la reacción del Estado no parece tan rápida ni contundente. ¿Por qué nos da la sensación de que la burocracia va más lenta que la emergencia climática? La respuesta no es la falta de voluntad. Tampoco una cuestión competencial, sino un problema de organización.

Agencias estatales: rápidas y eficientes

Para gestionar asuntos muy técnicos, el Estado crea agencias especializadas. Son organismos públicos con mayor separación entre la gestión técnica y la política que no funcionan con la rigidez de un ministerio tradicional. Tienen presupuesto propio, autonomía y flexibilidad en su gestión y pueden ejercer potestades de supervisión, vigilancia y control. Son, en definitiva, más ágiles y eficientes.

Hoy día tenemos agencias para vigilar los medicamentos, garantizar la seguridad en trenes y aviones, supervisar la inteligencia artificial y proteger la salud pública, entre otras. Sin embargo, nos falta una. No existe ninguna agencia estatal para hacer frente a la mayor amenaza que se cierne sobre la población: la crisis climática.




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Demasiados actores en la escena climática

El cambio climático no es una predicción abstracta. El informe European State of the Climate Report 2025 de la Organización Meteorológica Mundial y el Servicio de Cambio Climático Copernicus (C3S) evidencia que la emergencia climática está causando y provocará cada vez más estragos. El problema es que España combate esta realidad con una organización del siglo pasado.

Actualmente, la competencia estatal en materia de clima se diluye en una maraña de órganos políticos, técnicos, consultivos y de participación ciudadana: el Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico, la Oficina de Cambio Climático, la Comisión Interministerial para el Cambio Climático y la Transición Energética, el Consejo Nacional del Clima, la Comisión de Coordinación de Políticas de Cambio Climático, el Comité de Personas Expertas de Cambio Climático y la Asamblea Ciudadana del Clima.

Este panorama organizativo se reproduce, además, en cada comunidad autónoma. Hay demasiados órganos analizando el problema de la variación del clima, pero falta una autoridad ejecutiva única con el poder real de protegernos de la crisis climática.

Una solución ya inventada: redefinir la AEMET

Crear un organismo desde cero se traduce en años de retrasos y luchas presupuestarias. Pero tampoco hace falta inventar la pólvora. La solución puede que ya exista y se llama AEMET (Agencia Estatal de Meteorología).

Aunque la mayoría de la gente asocia la AEMET con el pronóstico del tiempo, realmente es mucho más que eso. Es la autoridad meteorológica del Estado y presta servicios meteorológicos y climáticos para la seguridad de personas y bienes. Su actual estatuto, actualizado en abril de 2026, demuestra que el clima está en su ADN al gestionar el Sistema Nacional de Vigilancia y Seguimiento del Clima. La AEMET vigila la atmósfera, genera escenarios de cambio climático, presta servicios climáticos, elabora registros históricos sobre el clima y asesora científicamente al Gobierno.

A diferencia de nuestros vecinos portugueses, que han creado una agencia específica del clima, España podría tener una Agencia Estatal del Clima de forma inmediata y sin costes desmedidos. Para ello, bastaría con potenciar las funciones climáticas de la AEMET y rebautizarla como AEMEC (Agencia Estatal de Meteorología y Clima) o AECLIM (Agencia Estatal del Clima y Meteorología). Aprovechando su infraestructura, prestigio y personal científico, España dispondría no solo de una autoridad meteorológica sino de una auténtica autoridad nacional climática.




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Hacia una ‘policía’ de seguridad climática

Pero una agencia climática del siglo XXI no puede limitarse a proporcionar datos científicos o predecir cuánto subirá la temperatura este próximo verano. Tampoco puede quedarse en una mera institución prestadora de servicios meteorológicos y climáticos.

Si no se inviste a la AEMET con facultades reales de supervisión en materia de clima, la alternativa entonces es crear una entidad distinta: una autoridad administrativa independiente para la protección de los derechos de los ciudadanos (como la Autoridad Independiente de Responsabilidad Fiscal, AIReF, que vigila las cuentas del Estado). Una Autoridad Estatal de Supervisión del Clima más allá de la mera observación y la predicción del cambio climático.

La clave está en la función de supervisión y en la capacidad ejecutiva y sancionadora del nuevo organismo. Esta autoridad independiente debe funcionar como una verdadera “policía” de seguridad climática que garantice la solvencia climática del país.

Esta autoridad independiente está llamada a vigilar que ninguna actuación pública o privada ponga en riesgo los compromisos climáticos de España, comprobar el cumplimiento de la normativa nacional y europea en materia de clima, realizar inspecciones y sancionar a quienes pongan en peligro nuestro bienestar climático común.

Una respuesta organizativa para la crisis climática

Como advirtió el jurista alemán Eberhard Schmidt-Assmann (2003), gran parte de las demandas de cambio y adaptación de las administraciones modernas se solucionan con medidas organizativas. Y la crisis climática obliga a dar un paso organizativo al frente.

Una verdadera Agencia Estatal del Clima debe mostrarse a la ciudadanía como una auténtica autoridad de supervisión con poderes de disciplina climática. La AEMET podría llegar a cumplir esa función. Pero de no ser así, la solución pasa por crear una autoridad administrativa independiente como verdadera autoridad nacional de supervisión del clima. Esta autoridad requiere independencia funcional y autonomía para ejercer sus facultades de supervisión, control y sanción.

El debate ya no es si necesitamos o no un nuevo organismo para hacer frente al desafío climático, sino qué fórmula institucional es la más adecuada para fiscalizar si nuestro país está cumpliendo o no sus compromisos climáticos ante los ciudadanos.

The Conversation

Antonio Fortes Martín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Ha llegado la hora de crear una Agencia Estatal del Clima en España? – https://theconversation.com/ha-llegado-la-hora-de-crear-una-agencia-estatal-del-clima-en-espana-284221

Cuando las bolsas suben, la información sobre sostenibilidad regula el optimismo de los expertos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina del Río Solano, Profesora Titular de Economía Financiera, Universidad Pública de Navarra

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Los analistas financieros desempeñan un papel clave en los mercados. A través de la valoración de los estados financieros y otros factores relacionados con aspectos sociales, ambientales y de gobernanza de las empresas, emiten sus recomendaciones, que influyen cada día en las decisiones económicas de los inversores individuales e institucionales.

Sin embargo, en periodos de entusiasmo alcista, los analistas tienden a emitir más recomendaciones de compra que de venta, mostrando un contagio del optimismo presente en el mercado en sus recomendaciones de inversión.

Por otra parte, en los últimos años, cada vez es mayor el número de empresas que publican informes de sostenibilidad con información ambiental, social y de gobernanza (ESG). Esto implica una mayor presencia de información no financiera disponible para los participantes del mercado.

Este artículo busca responder una pregunta relevante: ¿puede la información sobre sostenibilidad reducir el sesgo optimista de los analistas?

Sostenibilidad como freno al optimismo desmedido

Los analistas financieros están sujetos a sesgos cognitivos, como el producido por el sentimiento del inversor. Este fenómeno representa la actitud o expectativa (optimista o pesimista) de los participantes hacia el mercado o hacia determinados activos, y afecta a la toma de decisiones y la valoración de los activos.

En su actividad, los analistas emplean la información financiera para emitir sus predicciones y recomendaciones. Sin embargo, en los últimos años, también han incorporado información no financiera como una variable clave en sus pronósticos.

Cuando las empresas proporcionan información no financiera, la influencia del sentimiento del mercado en el optimismo de los analistas disminuye. Así, mejora la base informativa para el análisis y las recomendaciones dependen menos de las percepciones del mercado.

Los informes de sostenibilidad

Los informes de sostenibilidad recogen esta información no financiera y exponen cómo gestiona una empresa su impacto ambiental, social y de gobernanza (los llamados factores ESG). Se detallan aspectos como las emisiones de carbono, el uso de recursos y energía, las políticas laborales, la diversidad en la plantilla, la relación con las comunidades o la estructura de gobierno corporativo.

Esta información, clave dentro de la estrategia empresarial, aporta a los analistas financieros señales que no aparecen en los estados contables tradicionales. Al analizarlos, se obtiene información sobre la calidad de la gestión, los compromisos de sostenibilidad y la preparación de la empresa para un entorno económico cada vez más exigente en materia ambiental y social

¿Más información no financiera, menos estrategias de inversión?

Estudios previos han observado que las recomendaciones de compra de los analistas de inversión suelen aportar menos información útil que las de venta. Además, el sentimiento de mercado influye en ese contenido informativo.

Por otra parte, está la creciente presencia de información no financiera. Una alta divulgación en sostenibilidad puede hacer que el valor informativo de las recomendaciones de inversión sea menor, reduciendo la importancia del papel de los analistas financieros como intermediarios de la información.

En cambio, las recomendaciones de venta sobre empresas con baja divulgación resultan mucho más informativas, especialmente cuando el sentimiento inversor es optimista, y mejoran la rentabilidad de las carteras de inversión.

Sin embargo, el patrón se invierte en periodos de bajo optimismo: en ese contexto, las recomendaciones de compra sobre empresas con alta divulgación en sostenibilidad contienen mayor valor informativo que las recomendaciones de venta sobre empresas con baja divulgación.

En otras palabras, el contenido informativo de las recomendaciones de los analistas depende tanto del sentimiento del mercado como de la calidad de la información de sostenibilidad de las empresas.

La divulgación en sostenibilidad y su importancia en los mercados

Más que una obligación normativa, los informes de sostenibilidad son un reflejo de la gestión empresarial y la transparencia de la organización. De ahí su impacto en los mercados financieros. Además, reducen el exceso de optimismo que los analistas muestran cuando el sentimiento de mercado está al alza.

La divulgación de la sostenibilidad de las empresas añade transparencia informativa a los mercados, reduce el sesgo optimista de los analistas financieros y aumenta la calidad de sus recomendaciones.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Cuando las bolsas suben, la información sobre sostenibilidad regula el optimismo de los expertos – https://theconversation.com/cuando-las-bolsas-suben-la-informacion-sobre-sostenibilidad-regula-el-optimismo-de-los-expertos-276423

Más allá de la regla: ¿cómo puede influir el ciclo menstrual en la actividad física de las mujeres?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Alejandra Angel Laguna, Profesora Fisioterapia integral en la mujer, Universidad de La Sabana

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En los últimos años se ha producido un aumento drástico en la participación deportiva y en programas de ejercicio físico por parte de las mujeres. Sin embargo, la mayoría de los protocolos de entrenamiento siguen basados en hallazgos sobre atletas masculinos. Lo mismo se evidencia en redes sociales, donde influencers del ejercicio físico y el deporte suelen compartir rutinas y consejos que responden a las respuestas fisiológicas de los hombres.

Una clave para entender las diferencias en el comportamiento de los cuerpos masculinos y femeninos cuando practicamos ejercicio radica en las peculiaridades del ciclo menstrual de las mujeres. Además, pueden presentarse síntomas que condicionan dichas respuestas.

Cuatro fases con diferentes efectos

Las mujeres que deciden llevar una vida activa deben identificar no solo los propósitos del entrenamiento, sino también aspectos logísticos como el tiempo con el que cuentan, el tipo de actividad física y el lugar donde la llevan a cabo. Luego se recomienda que un profesional realice una evaluación inicial para valorar las capacidades físicas, los factores de riesgo y los antecedentes. Así pueden establecerse los objetivos y la progresión adecuada de la carga de ejercicio.

En este contexto, entender la influencia del ciclo menstrual resulta clave, pues se trata de un indicador de bienestar. Regulado por el sistema hipotálamo-hipófisis-ovario, es un proceso biológico que está influido por aspectos psicoemocionales, culturales, sociopolíticos y ambientales.

Dicho ciclo empieza el primer día de la menstruación y finaliza en el inicio de la siguiente. Su rango normal está entre 21 a 35 días, con variaciones fisiológicas que dependen de la edad de la mujer. Se divide en cuatro fases, cada una con sus efectos físicos y psicológicos:

  • Fase folicular (entre los días 1 y 14). La hormona folículo estimulante favorece la producción en el ovario de 17-β estradiol (la hormona estrogénica más potente en humanos) e inhibina B (hormona que actúa como un marcador importante del funcionamiento de la reserva ovárica), iniciando la preparación para la ovulación.

    En esta etapa, las mujeres suelen experimentar mayor capacidad aeróbica, mejor vasodilatación, estabilización del estado de ánimo y control motor más eficiente, así como una capacidad aumentada de reparación muscular. No obstante, algunos estudios también refieren mayor riesgo de lesión del ligamento cruzado anterior.

  • Fase proliferativa (del día 8 al 12 después de la menstruación). De manera casi paralela, el 17-β estradiol estimula el crecimiento del tejido del endometrio. Al finalizar la fase, esta capa del útero alcanza su máximo desarrollo y está preparada para un posible embarazo. Durante la fase proliferativa, las mujeres suelen tener más energía y un mejor estado de ánimo.

  • Ovulación (14 días antes de la siguiente menstruación). Se caracteriza por un aumento en los niveles de la hormona luteinizante, con el estrógeno en su mayor esplendor. Esto propicia que el ovario libere el óvulo maduro, para que viaje hacia las trompas de falopio con el objetivo de ser fecundado. Algunas mujeres pueden experimentar incremento en su deseo sexual o dolor pélvico.

  • Fase lútea (del día 16 al 28). Después de la ovulación, el ovario forma una estructura temporal llamada “cuerpo lúteo”, que produce progesterona y pequeñas cantidades de estrógenos. Estas hormonas preparan el útero para recibir un posible embarazo, haciendo que su revestimiento sea más grueso y nutritivo. Si el óvulo es fecundado e implantado, da comienzo el embarazo. Pero si no ocurre la fecundación, el cuerpo lúteo deja de funcionar, disminuyen las hormonas y el revestimiento del útero se desprende, dando lugar a la menstruación.

    En este periodo, el aumento de la progesterona puede provocar un incremento de la temperatura corporal, retención de líquidos, fatiga, mayor dependencia del metabolismo de los carbohidratos, cambios en el estado de ánimo y una disminución de la energía y el apetito.

También es importante comprender que la principal influencia del ciclo menstrual en los procesos de entrenamiento y recuperación se relaciona con el metabolismo, condicionado por distintas variables; entre ellas, la acción hormonal sobre las células del cuerpo.

Por esta razón, las respuestas fisiológicas durante y después de sesiones de ejercicio dependerán del momento del ciclo menstrual en el que se encuentre la mujer, el nivel de entrenamiento previo, la composición corporal y el tipo de actividad que se practique, entre otros factores.

Fase folicular frente a fase lútea

Investigaciones recientes han centrado su atención en dos fases específicas del ciclo: la folicular y la lútea. Ambas se asocian con cambios importantes en las respuestas al ejercicio.

En primer lugar, la capacidad aeróbica es superior durante el primer periodo en comparación con el segundo, aunque los efectos negativos derivados de las fluctuaciones hormonales durante la fase lútea pueden mitigarse si se ingiere glucosa durante el ejercicio.

Con relación a la fuerza, la etapa folicular también ha demostrado ser más favorable que la lútea. Los altos niveles de estrógeno favorecen el crecimiento muscular e inhiben la degradación de proteínas, por lo cual se recomienda realizar ejercicios de fuerza y aprovechar las condiciones fisiológicas que facilitan la respuesta del organismo al entrenamiento en esa etapa del ciclo menstrual.

Así mismo, varios estudios describen beneficios evidentes al entrenar fuerza durante la fase folicular en las extremidades inferiores (por ejemplo, cuádriceps). Otros trabajos sugieren que las ganancias de fuerza en los brazos pueden ser similares sin importar en qué estado del ciclo se encuentre.

También conviene tener en cuenta que la fuerza alcanza su punto más bajo durante la fase lútea: aumenta la progesterona y caen los estrógenos, generando un aumento de la temperatura basal –es decir, en reposo– y una reducción de la disponibilidad de glucosa por los músculos, algo fundamental para realizar ejercicios de fuerza máxima. Por eso se sugiere realizar actividades de baja intensidad –respiración consciente, pilates, yoga o caminar– y priorizar otras capacidades físicas.

Además, en el contexto del alto rendimiento, las mujeres están expuestas a problemas específicos como la llamada triada de la atleta femenina (TAF). Definida por el Colegio Americano de Medicina Deportiva como un espectro de interrelaciones entre la disponibilidad de energía, la función menstrual y la densidad mineral ósea, se manifiesta con trastornos alimentarios, amenorrea y osteoporosis.

En definitiva, comprender el ciclo menstrual no solo es clave para la salud femenina, sino también una herramienta poderosa que permite optimizar el rendimiento físico y el bienestar. Siempre acompañándolo de estilos de vida saludables como la alimentación balanceada, la buena hidratación, la higiene del sueño, la gestión emocional y las visitas regulares a profesionales de la salud.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Más allá de la regla: ¿cómo puede influir el ciclo menstrual en la actividad física de las mujeres? – https://theconversation.com/mas-alla-de-la-regla-como-puede-influir-el-ciclo-menstrual-en-la-actividad-fisica-de-las-mujeres-269952