Valoriser les déchets verts et alimentaires en limitant l’impact négatif du transport : l’exemple de Romainville

Source: The Conversation – in French – By Thomas Zeroual, Enseignant-chercheur en Economie, ESCE International Business School

Le tri des biodéchets (c’est-à-dire, les déchets verts et les déchets alimentaires) est obligatoire depuis 2024. Mais, pour que ces biodéchets soient intéressants à valoriser, encore faut-il que la facture environnementale du transport par camion ne déséquilibre pas l’équation ! Une récente étude menée dans un quartier de Romainville, en Seine-Saint-Denis, montre comment choisir l’approche la plus efficace à l’échelle d’un territoire.


Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets, c’est-à-dire les déchets biodégradables de nos ordures ménagères comme les restes alimentaires, est obligatoire pour les professionnels comme pour les citoyens. Cette réglementation semble encourageante d’un point de vue environnemental. En effet, mieux trier peut réduire la quantité de déchets incinérés – et donc les émissions de gaz à effet de serre associées – tout en encourageant la production énergétique de compost ou de biogaz.

Encore faut-il transporter ces déchets vers les lieux de valorisation… Et c’est là que les choses se compliquent : selon le scénario considéré, les impacts environnementaux du transport grimpent considérablement.




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Un potentiel immense… en théorie

Selon le Code de l’environnement, les biodéchets sont définis comme « les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc » (qu’on appelle couramment déchets verts) ainsi que « les déchets alimentaires ou de cuisine ».

Chaque année, 18 millions de tonnes de biodéchets sont produites par les ménages en France. Les marges de manœuvre pour les réduire sont importantes : une grande partie des déchets organiques est aujourd’hui incinérée ou mise en décharge, ce qui n’est pas du tout optimal. La hiérarchie définie par la directive cadre de l’Union européenne est très claire : ces modes de traitement ne doivent être utilisés qu’en dernier recours. En théorie, il convient de respecter l’ordre de priorité suivant : dans un premier temps, prévenir la constitution du déchet, ensuite le réemploi, puis le recyclage et enfin l’élimination.

Incinérer ou mettre en décharge les biodéchets ne respecte pas cette hiérarchie. Cela génère de surcroît des émissions de CO2 (en cas d’incinération) et de méthane (en cas de mise en décharge), sans parler du gaspillage d’espace et d’énergie.

En France, la gestion des biodéchets représente le principal gisement d’évitement (c’est-à-dire, la part d’un flux de déchets pouvant être évitée grâce à des actions de prévention en amont), selon l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Actions les plus efficaces pour éviter d’augmenter le volume de biodéchets.
Ademe, Fourni par l’auteur

Des changements dans l’organisation du ramassage de ces déchets, par exemple, pourraient entraîner une baisse significative du volume de ces déchets.

Quatre scénarios pour la collecte des biodéchets

Chaque année en France, 355 millions de tonnes de déchets sont transportés, ce qui représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre générées par le secteur de la gestion des déchets, soit 2,4 millions de tonnes équivalent CO2.

Face à ces impacts environnementaux, il est utile d’identifier et d’évaluer une meilleure gestion des transports des biodéchets. Différentes options doivent être envisagées, car il n’existe pas de solution unique.

Nous avons récemment mené une étude dont le terrain était un quartier situé à Romainville, en Seine-Saint-Denis, ville connue pour avoir déjà expérimenté des solutions de collecte de biodéchets.

Ce quartier comprend une population de 3 995 habitants répartis sur une aire de 47 hectares. Les déchets sur cette surface sont collectés et acheminés vers une plate-forme de transit à la déchetterie de Romainville, puis ils sont répartis dans des conteneurs en vue de leur recyclage ou de leur élimination par des filières spécialisées, comme le centre d’incinération à Saint-Ouen-sur-Seine.

L’Étoile verte est une usine d’incinération pour les déchets ménagers, construite en 1990 à Saint-Ouen, qui produit de la chaleur (chauffage urbain) et de l’électricité.
John-Grégoire/Wikimedia, CC BY-NC-SA

Le modèle que nous avons utilisé incluait plusieurs variables liées au transport, comme les itinéraires de collecte, la taille du parc de véhicules, leurs poids, la taille et le nombre de tournée… Il intègre aussi des variables environnementales, comme la part de compostage et de méthanisation sur ces déchets et la consommation de carburant des camions utilisés pour leur transport.

Dans nos travaux sur ce quartier, nous avons retenu quatre scénarios.

  • Le scénario n°1 correspond à un compostage de proximité avec une gestion in situ, autrement dit une gestion volontaire et locale vers un site de compostage partagé. Nous avons supposé que 30 % des biodéchets finissaient dans une poubelle individuelle et que 70 % restants étaient valorisés dans un compost collectif. Ce scénario n’est toutefois crédible que si le taux de participation est suffisant. Conformément au seuil établi par la littérature scientifique, nous avons fixé ce taux à 45 %.

  • Les autres scénarios se rapportent à une collecte centralisée organisée par des professionnels. Le scénario n°2 correspond à un ramassage en porte à porte vers un centre de transit où l’on groupe les déchets avant de les envoyer dans un centre de valorisation.

  • Le scénario n°3 s’effectue en porte à porte, mais sans point de transit : c’est le scénario le plus utilisé en France.

  • Enfin, le scénario n°4 est une collecte en porte-à-porte, sans point de transit, mais avec des bacs collectifs plus grands que les poubelles individuelles.

Le scénario gagnant : supprimer le transport

Quel scénario est le plus intéressant ? Par ordre du plus au moins intéressant :

Le scénario n°1 de compostage de proximité s’avère être le scénario à privilégier. En effet, il exclut l’étape du transport : les biodéchets sont soit compostés à l’échelle individuelle au sein des habitats privés, soit à l’échelle collective, où chaque habitant d’une résidence collective amène ses biodéchets dans des bioseaux vers des composteurs partagés aux pieds d’immeuble, dans les jardins ou des parcs publics.

Supprimer purement et simplement l’étape de collecte des biodéchets est le scénario le plus vertueux pour l’environnement.
Kevin.B/Wikimedia, CC BY-NC-SA

Le deuxième meilleur est le scénario de collecte dans des bacs plus grands (scénario n°4) : il est préférable au scénario en porte-à-porte avec transit (scénario n°2). Et cela, même avec une distance parcourue plus élevée (210 km contre 142 km) et une consommation en carburant supérieure (53 litres contre 37 litres), car les camions de collecte s’arrêtent, en proportion pour une quantité de déchets ramassés équivalente, moins souvent.

Enfin, le scénario de collecte n°3 en porte-à-porte sans point de transit est celui qui génère le plus d’externalités. C’est le scénario le plus émetteur de CO2, du fait du nombre d’arrêts. Ce scénario est pourtant celui qui est actuellement le plus appliqué !

Le collectif prime encore et toujours sur l’individuel

Le compost apparaît ainsi comme la solution préférable et optimale pour les biodéchets d’un point de vue environnemental. Composter en proximité, c’est participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En attendant que le compost devienne un réflexe citoyen, l’étude permet de quantifier l’impact des autres scénarios de collecte.

Le recours à des centres de transit permet certes de diminuer de plus de 27 % les émissions de CO2, mais utiliser des bacs collectifs sans transit permet de les réduire de plus de 57 %.

En définitive : plus le citoyen est sollicité et participe au traitement de ses déchets, meilleurs sont les résultats en termes climatiques. Si on le sollicite moins, alors il faut davantage miser sur de la mutualisation du transport.

Ces travaux offrent des perspectives intéressantes pour la. Nous pourrons à l’avenir y intégrer le méthane et/ou les particules fines issues de l’incinération et même comptabiliser les émissions des sites de compostage, ce qui n’a pas été fait pour le moment. Enfin, notre évaluation pourrait intégrer différentes flottes de camions hybride et/ou électrique d’un remplacement de ces véhicules.




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The Conversation

Thomas Zeroual ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Valoriser les déchets verts et alimentaires en limitant l’impact négatif du transport : l’exemple de Romainville – https://theconversation.com/valoriser-les-dechets-verts-et-alimentaires-en-limitant-limpact-negatif-du-transport-lexemple-de-romainville-260518

Les discriminations, au cœur de la crise politique

Source: The Conversation – in French – By Dubet François, Professeur des universités émérite, Université de Bordeaux

Dans nos sociétés fondées sur l’égalité des chances, les discriminations sont devenues l’expression centrale de l’injustice. Elles nourrissent à la fois la légitimation des inégalités, le sentiment de mépris et la fragmentation des luttes sociales. Quelle pourrait être la forme de la représentation politique de discriminations individuelles ou collectives toujours plus fractionnées ? Extraits d’un article du sociologue François Dubet, paru dans l’ouvrage collectif l’Universalisme dans la tempête (éditions de l’Aube, 2025), sous la direction de Michel Wieviorka et de Régis Meyran.


Depuis quelques décennies et avec une accélération continue, les discriminations sont devenues l’expérience élémentaire des injustices, le sentiment de mépris une des émotions politiques dominantes. Progressivement, la « vieille » question sociale dérivée des inégalités de conditions de travail et des « rapports de production » semble s’effacer devant celle des discriminations subies par les minorités, y compris celles qui sont majoritaires, comme les femmes. En France, comme dans bien des pays comparables, les débats liés à l’égalité des chances et à la reconnaissance des identités l’emportent parfois sur les conflits de redistribution des richesses qui ont eu longtemps une sorte de monopole des conceptions de la justice.

Si on accepte ce constat, au moins comme une hypothèse, il reste à l’expliquer et en tirer des conséquences politiques en termes de représentations de la justice. Il faut notamment s’interroger sur les mises à l’épreuve des conceptions de la solidarité qui, jusque-là, reposaient sur l’interdépendance des liens « organiques » du travail et de la production, et sur des imaginaires nationaux hiérarchisant des identités et, parfois, les dissolvant dans une nation perçue comme universelle. Sur quels principes et sur quels liens de solidarité pourraient être combattues des discriminations de plus en plus singulières ? Comment reconnaître des identités sans mettre à mal ce que nous avons de commun ?

Mépris

Le plus sensible des problèmes est celui de la représentation politique de discriminations individuelles ou collectives toujours fractionnées. Dès lors que les individus et les collectifs discriminés ne se sentent pas représentés, ils ont l’impression d’être méprisés, soit parce qu’ils sont invisibles, soit parce qu’ils sont trop visibles, réduits à des stéréotypes et à des stigmates. Personne ne peut véritablement parler pour moi, personne ne me représente en tant que femme, que minorité sexuelle, que musulman, que handicapé, qu’habitant d’un territoire abandonné… On reproche alors aux porte-parole des discriminés d’être autoproclamés pendant que le sentiment de mépris accuse les responsables politiques, mais aussi les médias « officiels », les intellectuels, les experts… Sentiment d’autant plus vif que chacun peut aujourd’hui avoir l’impression d’accéder directement à l’information et à la parole publique par la grâce des réseaux et de la Toile. Avec les inégalités multiples et les discriminations, le sentiment de mépris devient l’émotion politique élémentaire.

Si on avait pu imaginer, ne serait-ce que sous l’horizon d’une utopie, une convergence des luttes des travailleurs et des exploités, celle-ci est beaucoup plus improbable dans l’ordre des inégalités multiples et des discriminations. D’une part, ces dernières sont infinies et « subtiles », d’autre part, le fait d’être discriminé ne garantit pas que l’on ne discrimine pas à son tour. On peut être victime de discriminations tout en discriminant soi-même d’autres groupes et d’autres minorités. Le fait d’être victime du racisme ne protège pas plus du racisme et du sexisme que celui d’être victime de discriminations de genre ne préserve du racisme… Ainsi peut se déployer une concurrence des victimes qui ne concerne pas seulement la mobilisation des mémoires des génocides, des ethnocides et des crimes de masse, mais qui traverse les expériences banales de celles et de ceux qui se sentent inégaux « en tant que ».

De manière plus étonnante, l’extension du règne de l’égalité des chances et des discriminations affecte celles et ceux qui ne peuvent faire valoir aucune discrimination reconnue mais qui, pour autant, ne vivent pas tellement mieux que les discriminés reconnus comme tels. Victimes d’inégalités sociales mais non discriminés, les individus se sentent méprisés et, paradoxalement, discriminés à leur tour : méprisés parce qu’ils seraient tenus pour pleinement responsables de leur situation, discriminés parce qu’ils souffriraient de discriminations invisibles alors que les autres, des discriminés reconnus, seraient aidés et soutenus. Ainsi, les hommes blancs et les « Français de souche » pauvres seraient paradoxalement discriminés parce qu’ils ne peuvent faire valoir aucune discrimination reconnue et parce qu’ils « méritent leur sort » dans l’ordre de l’égalité des chances. Le basculement politique des petits blancs méprisés et « discriminés sans qu’on le sache » est suffisamment spectaculaire aux États-Unis, en Europe et en France pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister : le vote populaire des vaincus des compétitions économiques et scolaires a basculé vers des populismes de droite dénonçant la « disparition » du peuple quand la lecture des inégalités en termes de discriminations semble les avoir effacés.

Égalité, reconnaissance

Si on en croit les individus que nous avons interrogés (François Dubet, Olivier Cousin, Éric Macé, Sandrine Rui) dans Pourquoi moi ? (Seuil, 2013), l’expérience des discriminations conduit vers une double logique de mobilisation, vers deux principes d’action.

Le premier participe pleinement de l’universalisme démocratique affirmant l’égalité des individus et de leurs droits. Il faut donc lutter contre toutes les formes de ségrégation, de stigmatisation et de discrimination, garantir l’équité des procédures et développer la capacité de porter plainte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et toutes les formes de discrimination « à » : à l’emploi, au logement, aux études, aux loisirs, aux contrôles policiers…

En principe, cette logique ne se heurte à aucun obstacle, sinon au fait, disent les individus concernés, qu’elle est difficile à mettre en œuvre. D’abord, il n’est pas toujours facile d’établir la preuve d’une discrimination sans témoignages, sans matérialité incontestable des faits, et la plupart des individus concernés disent renoncer, le « prix » de la plainte étant trop élevé. Ensuite, il existe des obstacles plus subjectifs et plus profonds. Dans la mesure où les discriminations sont des blessures souvent imprévisibles relevant de situations ambiguës, on sait que l’on a été discriminé sans en avoir la preuve, bien des individus ne veulent pas devenir « paranos » et préfèrent faire « comme si ce n’était pas si grave » afin de continuer à vivre plus ou moins « normalement ».

Enfin, beaucoup de personnes que nous avons interrogées ne veulent pas renoncer à leur autonomie et répugnent à se vivre comme des victimes. En fait, si chacun sait qu’il est victime de discriminations, beaucoup répugnent à adopter le statut de victime. On peut donc ne rien ignorer des discriminations, tout en refusant d’être totalement défini par elles. En dépit de ces difficultés, il reste que du point de vue légal et de celui des procédures, la lutte pour l’égalité de traitement et pour l’équité est essentielle et que, dans ce cadre, l’universalisme démocratique et la lutte contre les discriminations vont de pair.

La seconde logique déployée par les acteurs concerne moins les discriminations proprement dites que les stigmatisations. Dans ce cas, les individus réclament un droit à la reconnaissance : ils veulent que les identités au nom desquelles elles et ils sont stigmatisés puis discriminés soient reconnues comme également dignes à celles des identités majoritaires perçues comme la norme. Cet impératif de reconnaissance doit être distingué de l’appel à la seule tolérance qui est sans doute une vertu et une forme d’élégance, mais qui n’accorde pas une égale dignité aux identités en jeu. On peut tolérer des différences et des identités dans la mesure où elles ne mettent pas en cause l’universalité supposée de la norme majoritaire. Ainsi on tolère une religion et une sexualité minoritaires puisqu’elles ne mettent pas en cause la religion ou la norme hétérosexuelle majoritaire tenue pour « normale » et donc pour universelle.

La demande de reconnaissance est d’une tout autre nature que celle de l’égalité de traitement dans la mesure où l’égale dignité des identités fait que des normes et des identités majoritaires perdent leur privilège : si je reconnais le mariage pour tous et la procréation assistée, la famille hétérosexuelle devient une forme familiale parmi d’autres ; si je reconnais d’autres cultures, l’identité nationale traditionnelle est une identité parmi d’autres… Des identités et des normes qui se vivaient comme universelles cessent de l’être et se sentent menacées. Ce qui semblait aller de soi cesse d’être une évidence partagée. Il me semble que le débat n’oppose pas tant l’universalisme aux identités qui le menaceraient qu’il clive le camp universaliste lui-même. Par exemple, le débat laïque n’oppose plus les laïques aux défenseurs du cléricalisme, mais les « républicains » aux défenseurs d’une laïcité « ouverte ». Le supposé consensus laïque des salles de professeurs n’a pas résisté à l’assassinat de Samuel Paty. De la même manière se pose la question du récit national enseigné à l’école quand bien des élèves se sentent français, mais aussi algériens ou turcs… Comment distinguer la soumission des femmes à une tradition religieuse et leur droit universel à choisir sa foi et à la manifester ? En fait, ce que nous considérons comme l’universalisme se fractionne car, au-delà des principes, l’universel se décline dans des normes et des cultures particulières. Ainsi, nous découvrons qu’il existe des manières nationales d’être universels derrière le vocabulaire partagé des droits, de la laïcité et de la démocratie.

Plutôt que de parler d’universel, mieux vaudrait essayer de définir ce que nous avons ou pouvons avoir de commun dans les sociétés où nous vivons. En effet, la reconnaissance d’une identité et d’une différence n’est possible que si nous savons ce que nous avons de commun, à commencer par les droits individuels bien sûr, mais aussi par ce qui permet de vivre ensemble au-delà de nos différences. Il faut donc renverser le raisonnement commun : on ne reconnaît pas des différences sur la base de ce qui nous distingue, mais sur la base de ce que nous avons de commun et que ne menace pas une différence. Mais ce commun suppose de reconstruire ce que nous appelions une société, c’est-à-dire des mécanismes de solidarité, d’interdépendance dans le travail, dans la ville, dans l’éducation et dans l’État-providence lui-même qui, ne cessant de fractionner ses cibles et ses publics, est devenu « illisible ». Pour résister aux vertiges des identités et aux impasses de la reconnaissance et des peurs qu’elles engendrent, il serait raisonnable de radicaliser et d’approfondir la vie démocratique, de fonder une école qui ne soit pas réduite au tri continu des élèves, de réécrire sans cesse le récit national afin que les nouveaux venus dans la nation y aient une place, de détruire les ghettos urbains, de rendre lisibles les mécanismes de transferts sociaux, de s’intéresser au travail et pas seulement à l’emploi… Soyons clairs, il ne s’agit pas de revenir vers la société de classes et les nations communautaires, mais sans la construction patiente et méthodique d’un commun, je vois mal comment nous résisterons à la guerre des identités et à l’arrogance de l’universel.

Nous vivons aujourd’hui une mutation sociale et normative sans doute aussi profonde que celle qui a marqué le passage des sociétés traditionnelles vers des sociétés démocratiques, industrielles et nationales. Il est à craindre que cette mutation ne soit pas plus facile que la précédente et il m’arrive de penser que les sciences sociales, au lieu d’éclairer ces débats, ces enjeux, et de mettre en lumière les expériences sociales ordinaires, participent parfois à ce qu’elles dénoncent quand chacun est tenté d’être le témoin et le militant de « sa » discrimination et de « son » inégalité selon la logique des « studies ». Même si la société n’est plus La Société que nous imaginions à la manière de Durkheim, et dont beaucoup ont la nostalgie, nous ne devrions pas renoncer à l’idée que nous sommes interdépendants et que le choix de l’égalité sociale reste encore une des voies les plus sûres pour atténuer l’inégalité des chances. Le désir de ne pas réduire la question de la justice à celle des discriminations et des identités impose le vieux thème de la solidarité – et ce, d’autant plus que les enjeux écologiques appelleront un partage des sacrifices, et pas seulement un partage des bénéfices.

The Conversation

Dubet François ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les discriminations, au cœur de la crise politique – https://theconversation.com/les-discriminations-au-coeur-de-la-crise-politique-264298

L’expression « culture du viol » est-elle exagérée ?

Source: The Conversation – in French – By Bérénice Hamidi, Professeure en esthétiques et politiques des arts vivants, Université Lumière Lyon 2

Le mouvement international #MeToo de lutte contre les violences sexuelles et sexistes a, en quelques années, mis en évidence le poids et l’enracinement historique des dominations exercées sur les femmes dans la société moderne. Que signifie l’expression « culture du viol » apparue dès lors dans l’espace public pour en rendre compte ? Quelle réalité traduit-elle ?


Depuis #MeToo, on commence à reconnaître le caractère massif et structurel des violences sexuelles et sexistes. Mais il reste à percer un mystère : pourquoi sont-elles si omniprésentes dans nos sociétés ? C’est ce que vise à comprendre l’expression « culture du viol », qui a émergé dans le débat public, mais qui est souvent mal comprise et semble donc exagérée à beaucoup, qui rétorquent :

« Mais enfin, nous ne vivons pas dans une société qui promeut le viol ! Tous les hommes ne sont pas des violeurs ! »

C’est vrai. Mais l’expression « culture du viol » vise à analyser une réalité bien plus diffuse et dérangeante. La notion a été élaborée dans les années 1970 aux États-Unis par des sociologues féministes pour saisir un point aveugle de notre organisation sociale. Elle désigne à la fois une contradiction puissante et la stratégie collective de défense qui nous permet de faire avec.

La culture du viol : sous l’expression choc, une réalité complexe

Quand on pense au mot « viol », on a en tête une scène bien identifiée : l’agression sauvage d’une femme, jeune et jolie et court vêtue, au fond d’un parking, par un inconnu armé et dangereux. Cette image nous repousse… mais elle nous rassure aussi. Car elle est aux antipodes de la réalité statistique des violences sexuelles et sexistes (VSS).

Dans la vie réelle, les agressions sont avant tout commises par des proches, et n’impliquent donc que rarement une violence déchaînée, mais plutôt d’autres formes de contrainte moins visibles (économique, affective, psychologique, etc.).

Et ce n’est pas un hasard si notre image type du viol nous empêche de voir en face la réalité des violences sexistes et sexuelles. Elle est faite pour ça, pour nous empêcher de voir ou plutôt nous permettre de ne pas voir. Et pour rendre ainsi supportable le gouffre qui sépare, d’un côté, les valeurs d’une société démocratique moderne qui se veut acquise à l’égalité femmes/hommes ; d’un autre côté, ou plutôt en dessous de cette surface lisse et valorisante, un imaginaire collectif bien plus sombre. Lequel nourrit encore nos normes et nos institutions et continue à invisibiliser, normaliser et érotiser des formes d’asymétrie, de domination et de violences exercées par le groupe social des hommes.

Le Viol, notre culture, Bérénice Hamidi.
Éditions du Croquant, 2025

C’est cela, la culture du viol. Dans mon essai le Viol, notre culture (2025), j’interroge spécifiquement la responsabilité des productions culturelles dans sa perpétuation. Si le fait d’associer le mot « culture », qui évoque les arts, le savoir, le raffinement, à celui de « viol » choque nos oreilles et notre sensibilité, il n’en reste pas moins que, selon moi, la culture du viol est un problème indissolublement politique et esthétique. Car les abus sexuels sont toujours aussi des abus de langage et impliquent une déformation de nos perceptions.

La culture du viol, une question esthétique autant que politique

Les professionnels de la prise en charge des auteurs de violences sexistes et sexuelles ont repéré une stratégie de défense, à la fois psychique et rhétorique, récurrente chez les personnes qui commettent ces violences, résumée par l’acronyme anglo-saxon « DARVO » pour :

  • le « déni » (qui comprend la dénégation mais aussi l’euphémisation des faits ; par exemple, dire « pousser » en lieu et place de « frapper », etc.) ;
  • la « attaque » (insulter, dénigrer la victime)
  • et le « renversement des rôles de victime et d’agresseur » – en anglais, « offender » (« C’est elle qui m’a cherché », « Elle m’a poussé à bout », etc.).

Mais, à vrai dire, cette stratégie de défense largement inconsciente n’est pas seulement le fait des personnes qui commettent des violences, elle est partagée par beaucoup d’entre nous. Il faut dire que voir les violences et croire les personnes qui les dénoncent, impliquerait d’agir. Or, cela a un coût : se mettre à dos une personne qui a quasiment toujours plus de pouvoir que ses victimes – car, autre idée reçue, les VSS ne sont pas une question de pulsion sexuelle, mais de domination.

Au tribunal, comme au café du coin, aujourd’hui encore, on croit beaucoup plus les hommes que les femmes (ou les enfants), et la priorité demeure la réputation des premiers plus que la vie des secondes.

Il est une autre notion clé sur laquelle s’accordent les experts des VSS, mais qui passe encore mal dans le débat public, parce qu’elle implique la remise en cause de comportements beaucoup plus fréquents et banalisés que les agressions les plus graves : la notion de_ continuum_. C’est qu’il est difficile d’admettre que, de la blague sexiste au viol ou au féminicide, il existe une différence de degré, bien sûr, mais pas de nature.

Ces mécanismes et ces systèmes de valeur, nous les absorbons par le biais de nos récits collectifs et notamment des représentations culturelles, qui jouent ainsi un rôle important dans la perpétuation de cette culture du viol. Elles façonnent nos manières de sentir, de percevoir et d’interpréter ce qui nous arrive et beaucoup (trop souvent) nous apprennent à douter de nos perceptions en matière de violences sexistes et sexuelles.

Certains veulent croire que cette culture du viol serait limitée à certaines époques – le « monde d’avant », situé quelque part entre l’Ancien Régime et les années 1970 – ou à certains genres de productions culturelles – le rap ou la pop culture. C’est faux. Elle traverse toutes les époques, tous les arts et tous les styles. On la retrouve dans les grands classiques de la littérature d’hier comme dans la culture légitime d’aujourd’hui.

De Blanche-Neige et les Sept nains (1937), dont on retient que l’héroïne de conte de fées est sauvée par son prince charmant en oubliant qu’il l’a embrassée sans son consentement, jusqu’aux comédies romantiques comme Love Actually (2003), où le harcèlement est sublimé en preuve d’amour, l’histoire des arts et du divertissement regorge d’images où les viols, les féminicides et d’autres formes d’abus plus ou moins graves se cachent sous le désir brûlant ou sous la passion amoureuse. Elle nourrit en chacun de nous un imaginaire saturé par le male gaze, autre notion clé pour comprendre comment opère la culture du viol.

Le « male gaze », un regard prédateur qui organise le monde entre proies et chasseurs

Contrairement à ce que l’expression pourrait laisser croire, ce regard prédateur n’est pas tant un regard masculin que masculiniste et misogyne. Il réduit en effet les personnages de femmes à des corps, et ces corps à des objets de désir et même à des proies à chasser. La culture du viol passe par ce regard qui opère sur plusieurs plans :

  1. L’image (la caméra qui déshabille l’actrice).

  2. Le récit (le plus souvent construit selon des scripts sexuels et relationnels où l’homme jouit de conquérir du terrain et de faire céder sa partenaire, laquelle se trouve comblée de se soumettre à ce désir insistant plutôt que d’écouter le sien).

  3. Le mode de narration et d’énonciation, soit le point de vue qui nous est présenté à la fois comme digne de confiance et comme universel dans les œuvres, puisque c’est celui depuis lequel le monde et les personnages sont regardés. C’est l’outil le plus puissant pour nous faire incorporer le male gaze, car il implique que l’on s’identifie tous et toutes à ce regard masculin, qu’il nous profite ou non.

C’est ce qui explique l’empathie différenciée pour ce point de vue masculin (l’himpathy, selon la philosophe Kate Manne) de l’empathie pour celles qui subissent ces assauts – non seulement dans les fictions mais aussi dans la vraie vie. Ce que nous enseignent les œuvres qui relèvent de la culture du viol, c’est, in fine, de voir le monde dans la version de l’agresseur. Et cet apprentissage est d’autant plus efficace que les stratégies esthétiques sont diverses. J’en ai repéré trois principales.

Trois stratégies esthétiques au service de la culture du viol

La première stratégie consiste à assumer fièrement la violence misogyne. C’est ce qu’on voit par exemple dans certaines chansons de rap d’Orelsan (« Sale Pute » et « Suce ma bite pour la Saint-Valentin » notamment) qui ont donné lieu à des procès intentés par des associations féministes pour « incitation à la haine envers les femmes ». Cette violence décomplexée a de quoi faire peur tant elle s’affiche aujourd’hui dans le discours d’hommes politiques de premier plan à l’échelle internationale (Trump, Erdogan, etc.) aussi bien que sur les réseaux sociaux où les discours masculinistes prolifèrent. Cependant, cette stratégie n’est pas la plus dangereuse pour nos imaginaires. Elle a en effet le mérite d’être claire.

Les deux autres sont bien plus retorses et ancrent d’autant plus la culture du viol qu’elles nous leurrent. Elles maquillent en effet les violences jusqu’à les rendre méconnaissables.

La seconde stratégie consiste à dénoncer le viol… tout en érotisant les violences sexuelles et en les banalisant, les transformant en simple ressort dramatique. Je consacre un chapitre entier au film Irréversible, de Gaspard Noé (2002), exemplaire de cette stratégie.

La troisième, enfin, consiste à maquiller la violence en amour ou en humour. En amour, c’est le féminicide caché du roman Rebecca, de Daphné du Maurier (1938), et de l’adaptation Hitchcock du même nom (1940) ; c’est aussi l’érotisation de la zone grise comme dans la chanson Blurred Line, de Pharrell Williams et Robin Thicke (2013) ; c’est encore le culte des amours toxiques qui a toujours le vent en poupe en 2025, dans les dernières séries de dark romance pour adolescentes ou dans le blockbuster français L’Amour Ouf, de Gilles Lellouche (2024).

En humour, ce sont les grosses blagues qui tachent d’un Jean-Marie Bigard ou d’un Patrick Sébastien, dont la mécanique comique repose intégralement sur les stéréotypes sexistes, ou le rire d’humiliation pratiqué à l’écran, sur les plateaux ou dans la chambre à coucher par le cinéaste culte estampillé « de films d’auteur » Bertrand Blier.

Que faire ? Ni censure ni déni : apprendre à voir, à entendre et à dire les violences

Face à celles et à ceux qui critiquent cette culture du viol, on crie volontiers à la « cancel culture » et à la censure, et on en appelle à la défense de la liberté d’expression.

Sans développer les diverses réponses que j’aborde dans l’essai que j’ai publié, je veux insister ici sur le fait que, pour la plupart de celles et ceux qui dénoncent la culture du viol, il n’est pas question d’interdire les œuvres. Il s’agit tout au contraire, pour les œuvres d’aujourd’hui comme d’hier, d’apprendre à les lire/relire, à les contextualiser et à voir et à nommer les violences, à développer un regard critique qui n’empêche pas l’amour des œuvres, mais permette de les regarder en face, avec lucidité et en rompant avec le déni de ce qu’elles racontent.

L’expression « culture du viol » n’est pas un slogan, mais une grille de lecture qui permet de mieux comprendre comment les productions culturelles participent de la perpétuation d’un imaginaire qui promeut les violences de genre tout en les invisibilisant. Elle invite à un regard nouveau, critique sans être ascétique, sur notre héritage culturel. Elle permet aussi, par contraste, de mettre en lumière les œuvres qui déjouent cette culture du viol aujourd’hui comme hier, et d’explorer les stratégies esthétiques qu’elles déploient pour rendre les violences visibles comme telles, mais aussi pour valoriser d’autres imaginaires érotiques et affectifs fondés sur la liberté, sur l’égalité et sur la réciprocité du désir et du plaisir pour toutes et pour tous.

The Conversation

Bérénice Hamidi a reçu des financements de l’IUF, la MSH Lyon Saint Etienne.

ref. L’expression « culture du viol » est-elle exagérée ? – https://theconversation.com/lexpression-culture-du-viol-est-elle-exageree-263573

Vinted, Emmaüs, Le Relais : les acteurs emblématiques de la seconde main menacés par la grande distribution

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Cordrie, Enseignant-chercheur, titulaire de la chaire économie sociale et circulaire, UniLaSalle

La croissance du marché de la seconde main est estimée à 15 % par an. NovikovAleksey/shutterstock

Aux côtés des acteurs associatifs historiques du réemploi – Emmaüs, ressourceries et recycleries – et des plateformes, comme Vinted et Leboncoin, de nombreuses enseignes de la grande distribution développent aujourd’hui des offres de seconde main. Faut-il s’en réjouir ? Qui en sort vainqueur ?


Les activités liées à la seconde vie des produits connaissent en France un essor sans précédent. Faut-il se réjouir de l’avènement d’une économie circulaire plus vertueuse, limitant le gaspillage des ressources et la production de déchets ? C’est l’une des interrogations qui oriente les travaux menés dans le cadre de la Chaire Économie sociale et circulaire.

Deux modèles coexistent derrière la promesse vertueuse de la seconde main. Le premier, porté par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, repose sur la pratique du réemploi : une activité fondée sur le don, articulée à des finalités sociales (insertion, solidarité) et écologiques (réduction des déchets, sobriété matérielle).

Le second relève du marché de l’occasion. Il repose sur la revente, mobilisée comme levier de profit, et tend à intensifier la circularité, sans remettre en cause les volumes de production et de consommation. Autrement dit, l’un cherche à réduire à la fois les déchets et la surconsommation, l’autre vise à prolonger la durée de vie des produits sans sortir de la logique marchande. Les deux modèles ne sont pas équivalents, ni dans leurs objectifs ni dans leurs effets.

Pour quel avenir du marché de seconde main ?

Seconde main devenue chic

Plusieurs facteurs expliquent les velléités de la grande distribution à investir le marché de la seconde main. Dans un contexte où les injonctions à adopter des comportements de consommation responsables se multiplient, la croissance de ce marché est estimée à 15 % par an.

Elle s’appuie sur une revalorisation sociale de la seconde main, devenue tendance, voire chic. C’est sur cette corde que jouent les campagnes de communication des plates-formes comme Vinted. D’autre part, une étude marketing comme celle du cabinet Enov (dont l’illustration ci-dessous est tirée) offre à la fois l’intérêt de quantifier le marché de la seconde main et de témoigner de son intérêt auprès d’acteurs aux modèles économiques lucratifs.

Marché de la seconde main par catégorie.
Enov

Ces mutations s’inscrivent dans le sillage de la loi Anti-Gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) adoptée en 2020. La réglementation sur la reprise « 1 pour 1 » oblige les distributeurs à collecter les produits usagés qu’ils commercialisent, soumis à la responsabilité élargie du producteur (REP). En 2023, ces filières REP pèsent 152 millions de tonnes de produits, 12,6 millions de produits et déchets collectés pour 8,2 millions de tonnes recyclées.

Ainsi voit-on fleurir, dans les grandes surfaces, des offres de produits de seconde vie, qu’il s’agisse d’électroménager, d’articles de sport, ou encore de bricolage.

Réemploi solidaire

Le secteur du réemploi s’est historiquement structuré autour d’acteurs de l’économie sociale et solidaire comme Emmaüs, les ressourceries ou les entreprises d’insertion Envie. Leur activité combine deux aspects : la collecte basée sur le don, dite « non écrémante » car indépendante de la valeur marchande des objets, et la revente à prix solidaires. Ces acteurs participent à la prévention, en détournant du flux de déchets, la partie pouvant être réemployée.

Ces structures entretiennent une relation distante avec le profit, ce qui leur permet de rendre accessibles des biens aux catégories les plus précaires de la population. Nombre d’entre elles sont des actrices de l’insertion par l’activité économique (IAE). Elles proposent des emplois accompagnés à des personnes éloignées du marché du travail, et font du réemploi des objets un support à l’insertion socioprofessionnelle des personnes.

L’ancrage territorial de ces structures, et les modes démocratiques de gouvernance qui s’y exerce ouvrent la voie à des formes de réappropriation citoyenne des enjeux de gestion des déchets. Dans les sociétés industrielles modernes, ces enjeux. Les structures du réemploi solidaire mobilisent des bénévoles, des salariés, des collectivités et des habitants, et contribuent en cela à repolitiser ces enjeux en redonnant aux citoyens un pouvoir de décider et d’agir.

Bon d’achat dans la grande distribution

Le modèle développé par la grande distribution est radicalement différent. Il repose sur un système de bons d’achat : en échange d’un produit usagé rapporté en magasin, les consommateurs reçoivent un bon de réduction à valoir sur l’achat d’un produit neuf. Ce dispositif stimule la consommation, y compris de produits neufs, et contribue à un effet rebond. Les bénéfices environnementaux attendus de la prolongation de la vie des produits peuvent se retrouver annulés par l’augmentation de la consommation globale.

Il s’agit moins de réemploi que de l’intégration d’une offre d’occasion. En témoignent les partenariats entre des enseignes de grande distribution et des professionnels du secteur. Carrefour s’est par exemple associé à Cash Converters, entreprise spécialisée dans l’achat-vente de biens d’occasion, pour installer des corners dédiés à l’occasion dans ses hypermarchés. Les activités liées à la seconde vie sont ici une opportunité de diversification commerciale, voire de verdissement de l’image de l’entreprise.

Pressions concurrentielles

Ces évolutions exercent une pression croissante sur les acteurs du réemploi solidaire, en particulier lorsque les segments les plus rentables – la « crème » des gisements – sont captés. Ces objets de qualité, en très bon état et avec une forte valeur marchande, représentent une part réduite des apports, mais jouent un rôle très important dans l’équilibre économique des structures.




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Les revenus issus des ventes à prix solidaires représentent jusqu’à 80 % des ressources de certaines structures comme Envie. Les difficultés rencontrées par la filière textile, submergée par des volumes croissants de vêtements à bas coût issus de la fast fashion, illustrent bien la fragilité de cet équilibre.

ESS versus RSE

Comme le rappelle la socioéconomie, l’application d’un principe de marché librement concurrentiel favorise les acteurs dominants. Face aux moyens des grandes enseignes, les campagnes de plaidoyer des structures solidaires peinent à se faire entendre. Une réponse politique plus ambitieuse paraît nécessaire, à même de garantir la pérennité des activités solidaires.

Des partenariats existent entre ESS et entreprises privées, comme celui qui unit la fédération Envie au groupe Fnac-Darty. Puisque ces coopérations reposent uniquement sur des démarches RSE non contraignantes, leur pérennité reste fragile. Rien n’empêche les enseignes de s’en détourner dès lors qu’elles identifient un intérêt économique à développer leur propre filière de seconde main.

Modes de production et de consommation

Au niveau local, certaines collectivités soutiennent activement les acteurs de l’ESS à travers des aides financières, des mises à disposition de locaux ou des clauses sociales et environnementales dans les marchés publics. À Rennes, la métropole a initié la création d’une plateforme territoriale du réemploi, fédérant plusieurs structures solidaires.

Comme l’affirme la géographe Nicky Gregson, « il est impossible de comprendre le problème global des déchets en commençant par le déchet ». Autrement dit, il faut interroger les dynamiques de production et de consommation qui sous-tendent ces flux. C’est à cette échelle qu’il est possible de penser le réemploi solidaire, non comme un débouché opportun à une surproduction irréversible, mais comme un espace en marge du capitalisme que les pouvoirs publics peuvent choisir de soutenir, ou de fragiliser.

The Conversation

Cet article est le fruit des travaux menés dans le cadre de la chaire économie sociale et circulaire, portée par UniLaSalle Rennes et financée par l’éco-organisme Valdelia.
Benjamin Cordrie est membre de l’Association Française d’Economie Politique (AFEP).

Mes recherches postdoctorales sont financées par un programme de recherche, la Chaire Économie Sociale et Circulaire, dont les financements proviennent d’un accord de mécénat avec l’éco-organisme Valdelia, agréé par l’État (filière du mobilier professionnel et des produits et matériaux de construction du bâtiment).

ref. Vinted, Emmaüs, Le Relais : les acteurs emblématiques de la seconde main menacés par la grande distribution – https://theconversation.com/vinted-emmaus-le-relais-les-acteurs-emblematiques-de-la-seconde-main-menaces-par-la-grande-distribution-258420

Chalk and talk vs. active learning: what’s holding South African teachers back from using proven methods? 

Source: The Conversation – Africa – By Lizélle Pretorius, Lecturer in Education, Cape Peninsula University of Technology

Learning experiences have to include opportunities to develop thinking, skills and values. PickPic

As a full-time teacher completing a PhD part-time, I made a decision early on: do research that speaks to the daily realities of teachers and teaching. And so, the idea came from a lived experience – the day I asked one of my grade 11 learners (an A student) about the interpretation of a poem. His response?

Ma’am, please just write the answer on the board so we can study it for the exam.

I am sure that many teachers can relate to that request, which is typical of education framed by a “chalk and talk” approach.

“Chalk and talk” refers to a classroom environment where the teacher does most of the talking. There’s an over-reliance on textbooks and a focus on recall and rote learning. This is your typical “one size fits all” approach to teaching. Learners are mostly motivated to learn to pass their final year exams.

In South Africa, where I work, that’s contrary to what the national curriculum states. The critical outcomes of the Curriculum Assessment Policy Statement say learning has to be active, focus on critical thinking and reasoning, and go beyond memorising.

But that’s the exception rather than the rule in South African classrooms. There is a mismatch between policy and practice.

A US study weighed the pros and cons of active learning vs direct instruction. Ultimately, active learning is essential to promote curiosity, take ownership of one’s learning journey, and develop important social skills.

The goal of my research was simple: to help teachers include active learning activities in their regular classroom routines. I called my intervention the “altered flipped classroom”. The idea originates from the “flipped classroom”, an active learning approach to make the best use of face-to-face time with learners.




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Altering the flipped classroom

The flipped classroom makes use of pre-recorded lessons that learners view before coming to class. In class, teachers support them to do their “homework”.

The flipped classroom has been researched in depth and the advantages to learning are impressive. These include improved learning performance and the development of skills such as critical analysis, problem-solving and collaboration. One study discovered that the flipped classroom helped low performers to keep up with their peers.

In South Africa, only 21.48% of public schools have access to the internet for teaching and learning. Because of this limitation, I had to “alter” the flipped classroom by excluding the technology component.




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For example, instead of relying on online resources, learners can be given a visual representation of a poem along with a few guiding questions to prepare at home for the next day’s lesson. In class, they could then share their responses with a peer or the whole group.

This simple adjustment can enable meaningful contributions and include participation from all learners in a class.

Teachers take on the challenge

I invited Grade 8-11 teachers in public and private schools in the Western Cape province to participate. Thirty-one teachers attended the online training, and nine took part in the study. Their teaching experience ranged from first-year to over 30 years. They also received a teacher manual which included the background of the flipped classroom, its underlying theories, and practical examples of how to start. Teachers were asked to flip their classroom for three consecutive lessons and to keep a research diary to capture their experiences. These were also discussed during online interviews.

The aim was to explore what had been holding them back from active learning methods. It turned out that they experienced internal and external pressures. Teachers had to overcome possible judgement for “teaching differently” and faced uncertainty regarding the changing of roles. They also experienced fear of having less control, and noted their old habits and mindsets of teaching.

Voices from the classroom

The teachers in my study were concerned about what colleagues or management might think:

If someone walked into my class, it would have seemed like … the kids were playing around, not working, but they were. It just … looked different.

Teachers had to face their own deep-rooted habits and mindsets, which mostly centred on control. This appeared to come from their well-established teacher identities, shaped by their beliefs, assumptions and experiences with regard to their own teaching and how they were taught.

One teacher emphasised the need to move from “a conservative in a box kind of teacher”. One said “my classroom is my stage”; another “felt territorial about {her} space”.

Some teachers recognised the need for change. One said, “I feel like we can break that habit” and another, “We cannot do it the way we have always done it”. They started to become aware of old habits that influenced their practice:

It’s so like hammered into me that you have to be in the front, you have to teach.

From passive learning to purposeful growth

Ideally, teachers will challenge themselves to question the chalk and talk comfort zone and the system that reinforces it.

If nothing changes, learners are being set up to be dependent on their teachers.

The teachers reported many advantages for active learning, such as increased motivation and learners taking responsibility for their learning.

Teachers should be encouraged to go beyond the boundaries of traditional teaching. Learning experiences have to include opportunities to develop thinking, skills and values. Apart from knowledge, these are essential when entering the workforce or when studying a post-school qualification.

Change is not always easy, but it is necessary.

The Conversation

Lizélle Pretorius received funding from UNISA as part of a bursary when completing her PhD.

She is currently a member of ISATT (International Study Association of Teachers and Teaching) and the Junior coordinator of EARLI’s Special Interest Group 22 (Neuroscience and Education)

ref. Chalk and talk vs. active learning: what’s holding South African teachers back from using proven methods?  – https://theconversation.com/chalk-and-talk-vs-active-learning-whats-holding-south-african-teachers-back-from-using-proven-methods-263216

Les aidants autochtones essentiels à des soins de santé mentale culturellement adaptés

Source: The Conversation – in French – By Louis Busch, Psychotherapist, Doctoral Candidate (UofT OISE), Bear Clan Nisichawayasihk Cree Nation., University of Toronto

Pour les peuples autochtones qui ont été victimes de discrimination dans les établissements de santé, la guérison peut se faire en dehors des pratiques de santé conventionnelles. (Freepic), CC BY

Pendant près de deux décennies, j’ai travaillé comme thérapeute dans un grand hôpital psychiatrique de Toronto, où j’ai aidé des personnes souffrant de troubles mentaux graves. Bon nombre de celles que j’ai rencontrées étaient confrontées à des situations complexes mêlant diagnostics psychiatriques, maladies physiques chroniques, pauvreté et rupture du soutien familial et social. Les récits de peur, d’isolement, d’abus et d’abandon étaient omniprésents.

À l’occasion, j’ai été témoin de transformations profondes : des patients renouaient avec leurs proches, retrouvaient certains aspects de leur identité et se construisaient une vie pleine de sens au-delà de leur diagnostic. Malheureusement, ces résultats étaient généralement l’exception. Le plus souvent, les personnes faisaient des allers-retours à l’hôpital et étaient placées dans des institutions ou des établissements de prise en charge. Certaines ont perdu la vie avant d’aller mieux.

Si notre système de santé mentale manque clairement à ses obligations envers les personnes de tous horizons, j’ai constaté un préjudice particulier envers les patients noirs, métis et autochtones que j’ai rencontrés.

Le système semble conçu pour les abandonner, non seulement dans sa méthodologie, mais aussi dans les valeurs fondamentales sur lesquelles il repose.

Au cours de mon propre parcours vers le rétablissement de ma santé mentale, j’ai trouvé la guérison auprès d’aidants à travers l’Île de la Tortue (Turtle Island), plutôt que dans les limites d’un établissement de santé mentale ou dans les pages d’un protocole de traitement standardisé.

Il est courant pour les peuples des Premières Nations de parler d’« aidants » ou d’« aide » lorsqu’ils décrivent les personnes qui apportent un soutien relationnel à autrui. En tant que psychothérapeute communautaire, puis doctorant, je me suis de plus en plus intéressé à ces aidants, véritables héros méconnus du bien-être communautaire. Ils n’avaient pas nécessairement de diplôme universitaire dans le domaine de la santé mentale et étaient rarement reconnus ou rémunérés pour leurs efforts, mais ils faisaient de grands sacrifices personnels pour soutenir le processus de guérison de leur entourage.

Qui sont les aides autochtones ?

Ma recherche doctorale porte sur l’identité de ces aides autochtones, la nature de leur travail d’aide et le rôle de la langue et du dialogue dans les relations qu’ils établissent avec ceux qu’ils aident.

Voici ce que j’ai appris jusqu’à présent :

1. La connaissance est définie par l’expérience vécue

Les aidants autochtones sont des personnes qui émergent naturellement au sein de leur famille et de leur communauté, plutôt que des professionnels autoproclamés ou accrédités par un collège ou un organisme de certification. Leurs connaissances et leurs compétences sont ancrées dans leurs expériences, leurs obligations familiales et la confiance que leur accorde leur communauté. Ils combinent harmonieusement un soutien pratique, tel que les soins et l’intervention en cas de crise, avec un accompagnement relationnel et spirituel ancré dans les valeurs et les traditions ancestrales.

2. Le travail d’aide est global et relationnel

Le travail d’aide est une pratique intégrale et relationnelle ancrée dans les valeurs culturelles et la responsabilité familiale. Il s’agit d’un processus continu et réciproque de guérison, où l’acte d’aider contribue à la guérison de l’aidant, de la personne aidée et de la collectivité. Ce travail est guidé par une éthique de responsabilité relationnelle, nourri par le temps partagé et un dialogue profond orienté sur l’action. Il intègre les dimensions physique, émotionnelle, cognitive et spirituelle à travers la narration, la présence et l’engagement commun dans le travail, le repos, le jeu et les cérémonies. C’est un processus à long terme, fortement contextualisé et non linéaire.

3. La langue est un remède

Les langues autochtones constituent un modèle pour le travail d’aide et de guérison. Elles renferment des réseaux relationnels complexes qui façonnent la manière dont les gens se perçoivent eux-mêmes, perçoivent leur famille, leur monde et leur rôle au sein de la communauté au sens large. Alors que l’anglais est une langue analytique, basée sur les noms, le nêhîyawêwin (la langue crie) et de nombreuses autres langues autochtones sont polysynthétiques, basées sur les verbes et fortement contextuelles. Cette structure linguistique encode les liens de parenté, les responsabilités et les modes de relation avec les autres (humains et non humains).




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Protecteurs et gardiens cris

Un exemple frappant de la richesse des langues autochtones est celui des mots utilisés pour désigner les « aînés », souvent sujets à débat, car le mot anglais ne traduit pas fidèlement de ce que les gens veulent dire lorsqu’ils font référence aux leaders-aidants de nos communautés.

Le mot Nêhîyawêwin (cri des Plaines) pour désigner un aîné est kisêyiniw. Il est souvent traduit simplement par « vieil homme », mais en réalité, il revêt une signification beaucoup plus profonde.

deux personnes marchent dans une forêt
La guérison et la conversation peuvent avoir lieu en dehors des espaces médicaux traditionnels.
(Unsplash), CC BY

La racine kisê- vient du mot cri ê-kisêt, qui décrit un animal feignant d’être blessé pour protéger ses petits. La deuxième racine -niw- signifie « une personne », ce qui fait de kisêyiniw non seulement un vieil homme, mais aussi un protecteur et un gardien, qui se sacrifie pour les générations futures.

Kisêyiniw désigne ceux qui incarnent la responsabilité relationnelle : protéger, guider et endurer la souffrance pour le bien-être d’autrui. Ainsi, plutôt que d’être simplement une personne âgée, ou même une personne âgée porteuse de sagesse ou de leadership, le mot kisêyiniw renvoie à une personne qui incarne une responsabilité relationnelle envers la communauté.

Ce contraste de sens révèle comment la langue crie structure l’identité, la guérison et la responsabilité d’une manière que la traduction anglaise (ou française) ne parvient pas à saisir.

Un enfant contraint de cesser de parler sa langue maternelle et de ne parler que l’anglais perd les valeurs et les significations portées par les réseaux relationnels que véhicule ce mot, et ne conserve qu’une étiquette arbitraire. Je crois que cela est un élément central de la souffrance intergénérationnelle liée au système des pensionnats indiens.


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Soins de santé mentale spécifiques à la culture

C’est l’une des raisons pour lesquelles les approches autochtones doivent réintégrer la langue comme pilier central de la guérison, en reconnaissant que les langues autochtones recèlent des systèmes complets de bien-être, de gouvernance, de relations et de régulation émotionnelle.

Des soins véritablement adaptés à la culture doivent donner la priorité à la revitalisation linguistique, aux cérémonies et aux soins basés sur la parenté en tant que pratiques fondamentales.

Les bailleurs de fonds, les décideurs politiques, les chercheurs et les cliniciens doivent reconnaître, financer et intégrer les aidants autochtones – les aînés, les chefs de cérémonie, les gardiens du savoir traditionnel et les aidants naturels identifiés par leurs communautés – comme des prestataires essentiels de soins de santé mentale, et non comme des compléments culturels.

Les gouvernements, les universités et les organismes de réglementation doivent lever les obstacles qui empêchent les aidants autochtones de participer pleinement aux professions de la santé mentale. Les efforts visant à inclure les aidants autochtones doivent éviter d’imposer aux pratiques d’aide autochtones les modèles occidentaux de psychothérapie, avec leurs frontières strictes et compartimentées.

Au contraire, nous devons restaurer la guérison intergénérationnelle fondée sur la parenté, en passant par les relations, les cérémonies, les pratiques liées à la terre et aux soins quotidiens.

Des soins de santé mentale véritablement adaptés à la culture et débarrassés de toute logique coloniale exigent de redonner les ressources et le pouvoir aux aidants, aux langues et aux communautés autochtones.

La Conversation Canada

Louis Busch a reçu financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), notamment une bourse d’études supérieures du Canada Vanier et un prix Impact du CRSH.

ref. Les aidants autochtones essentiels à des soins de santé mentale culturellement adaptés – https://theconversation.com/les-aidants-autochtones-essentiels-a-des-soins-de-sante-mentale-culturellement-adaptes-261639

What is ableism? Words can hurt people but African culture offers an alternative

Source: The Conversation – Africa – By Sibonokuhle Ndlovu, Lecturer, University of Johannesburg

“You speak good English for a Black person.”

“Why are the plates not washed when there is a woman in this house?”

“Can I touch your hair?”

These are some common microaggressions you might have heard before, especially if you’re a Black woman.

Microaggressions can be projected to Black people because they are expected to speak perfect English when it’s not even their language. Or because what’s natural hair to them seems exotic to someone from another culture. They can be projected because of sexism that says women in African cultures belong in the kitchen.

What are microaggressions?

Microaggressions are comments or actions that reveal prejudice against marginalised people or a group of people who are oppressed. They might be micro (small or everyday) and they might manifest unconsciously or without harmful intentions. But even so, microaggressions are hurtful and devalue the people they’re projected on to.

What is ableism?

So then, what are ableist microaggressions? Ableism is a worldview in which ability and being able-bodied is favoured over disability.

Saying to a wheelchair user, “Ah, I see you are going for a stroll.” Or speaking slowly to them as if they can’t grasp what you’re saying. Or owning an office without wheelchair access. Those can be seen as ableist microaggressions. Using terms related to disability out of context is ableist: “You must be blind.” Even if said to a sighted person, it’s insensitive to people who might actually have impaired vision.




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Ableist microaggressions are made by able-bodied people who don’t understand the realities of living with a disability. Sometimes they don’t mean to be harmful or they think they are helping by, for example, doing things for disabled people that the disabled person can actually do for themselves.

Even so, ableist microaggressions create a situation of unequal power dynamics because they make people with disabilities feel inferior, incapable or unintelligent.

Black women with a disability

As a scholar of inclusive education and disability in higher education, my research often focuses on disability and gender. I recently published a paper that reviewed studies of ableist microaggressions projected on to Black women with disabilities in southern Africa.

The paper explored how microaggressions affect these women in Zimbabwe, South Africa and Eswatini. The three countries share similar cultural values, identity and beliefs when it comes to gender, race and disability. And how these three things intersect.

In these cultures, women are generally honoured and might be called “izimbokodo” (grinding stones). It might be socially accepted that “a home cannot be a home without a woman” and, in the case of South Africa, issues of human rights might have improved over the years. Yet ableist microaggressions projected on women remain common, and even more so Black and disabled women.




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This has a negative effect on them particularly when it comes to making individual life choices, marriage and childbearing – as it does women without disabilities.

For example, in some parts of South Africa, when women who are disabled appear pregnant in public, many people assume they were raped. They don’t assume a woman with disability had sexual agency and she is shamed and treated as unusual. It makes it even harder for her to receive equal healthcare and social standing.

For Black African women with disabilities, the impact of ableist microaggressions is worse because they have an intersectional struggle – they experience several forms of discrimination. They face racism, sexism and ableism, often at the same time.

Why ubuntu matters

The question I ask in my study is what might help Black women with disabilities to be empowered to dismantle ableist microaggressions. The answer lies in the past. I argue that ubuntu is an important weapon against this form of discrimination.

Ubuntu is an African philosophy common to the region that is understood by different people in different ways. But it can best be explained through the isiZulu saying, “umuntu ngumuntu ngabantu” (We are because of them). This means that a person is a person through other people.

In a worldview of care and cooperation like this, every human being in a community is valuable despite their gender, race or ability. Ubuntu helps people understand that they are dependent on each other. They need each other despite their differences.




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In many precolonial African societies disability was positively conceived. Another isiZulu saying goes, “Akusilima sindlebende kwaso”. It means that disabled people are accepted and loved in their homes.

However, colonialism changed all that. Africans were reduced to being workers for European masters. Colonialism normalised able-bodied workers and regarded disabled bodies as inferior. This was further entrenched by colonial morality, which would shape social thinking in the region.

This mindset still plays out today in the modern African societies in these studies. Black women with disabilities are viewed as helpless, and so they are an easy target for ableist microaggression.

A system of thinking like ubuntu would give Black women with disabilities the opportunity for dignity and the agency to fight against the damaging effects of ableist microaggressions that they face in their daily lives.

The Conversation

Sibonokuhle Ndlovu receives funding from the University Research Council of the University of Johannesburg.

ref. What is ableism? Words can hurt people but African culture offers an alternative – https://theconversation.com/what-is-ableism-words-can-hurt-people-but-african-culture-offers-an-alternative-263288

Nigerian photographer Michael Oyinbokure challenges stereotypes about migrants

Source: The Conversation – Africa – By George Emeka Agbo, Lecturer in the Arts of Africa, University of Edinburgh

As migration continues to dominate global news and shape political discourse, mainstream media often carry stereotypical images of immigrants, portraying them as displaced, desperate, criminal.

The photographic practice of UK-based Nigerian artist Michael Oyinbokure (also known as Mike Kure) shows how African artists construct counter-narratives. He uses photography to express insider perspectives on life in the diaspora (abroad).

His art photography presents what immigrants bring with them, their resilience, inventiveness, and enduring connection to their homelands.




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I am a scholar and teacher who uses Oyinbokure’s work as a case study in my undergraduate African Photography course. My research uses the Nigerian case to explore photography as a means for understanding Africa’s colonial and postcolonial histories, including the socio-political forces driving migration.

Through a variety of techniques, Oyinbokure portrays immigrants as people who bear knowledge, cultural heritage and creative traditions. They constantly navigate questions of identity, belonging and survival as they move through different places and build a new life within their host communities.

His photographs offer complexity, dignity and humanity in a world that often seems to lack it.

Who is Michael Oyinbokure?

Born in Lagos, Nigeria in 1997, Oyinbokure studied computer science at the Federal University of Agriculture in Abeokuta. He received a master’s degree in project management from Coventry University in London. But he was fascinated by the possibilities for display and archiving of photographs on internet platforms like Instagram. His own practice as a photographer would follow.

Oyinbokure has been influenced by the work of Seydou Keïta, a renowned Malian photographer, and by Rotimi Fani-Kayode, a Nigerian photographer who moved to the UK with his parents in 1966. This was shortly after Nigerian independence from British colonial rule and during the crisis that climaxed in the Nigeria-Biafra war.

Oyinbokure found in photography a language to convey the experiences of prejudice, displacement, and the crises of identity and belonging that he witnessed in Nigeria and in the UK. He moved there to study in 2022.

In the UK, Oyinbokure turned his camera to his fellow migrants. He showed them busy with economic activities or posing in studio settings. He sometimes enhanced these settings with touches of body painting and costume display. Through these images, he seeks to illuminate displacement and the everyday realities that define the lives of Black immigrants.

Masked realities

A good example of Oyinbokure’s approach to his photo-storytelling is the Masked Realities project in 2024. Here he worked with Lebanese-Nigerian painter Sinatra Zantout and with Nigerian immigrants in Peckham in the UK.

Oyinbokure’s photos show women going about their jobs. They are running traditional African clothing stalls, offering hairstyling services. Their work symbolises both economic mobility and cultural identity.

They tell a story of economic integration within the diaspora, of resilience, of women striving to survive and thrive in a new environment. But beyond documenting labour and survival, the photos encode elements of cultural heritage. The women’s activities and settings project the aesthetics of their African roots.

Some photographs from the series were translated into paintings by Zantout and exhibited alongside the full body of Oyinbokure’s work at the Play Room Gallery in London. A piece from the collaboration received the Dubel Prize. Another artwork from the partnership with a different Nigerian artist, Ken Nwadiogbu, was nominated for the Circa Prize.

Portraits

Besides photographing real-life situations, Oyinbokure also adopts a performative approach that involves careful curation of his subjects. This technique exploits the creative and expressive potential of pose. It incorporates visual elements like costumes, accessories and body painting in a studio set-up.

It recalls the African studio portrait photography of the early 1900s: the genre that brought Mali’s Malick Sidibé and Seydou Keïta into the limelight. With studio backdrops, props, accessories and co-produced poses, these photographers created images that came to signify the placement of Africans within the frame of modernity.

We see similar co-production in Oyinbokure’s Echoes of Pain, The Truce, Crowned in Silence, and In Bloom series.

Sidibé and Keïta’s photos allowed viewers to imagine liberation. Oyinbokure’s, on the other hand, curate the body through facial expressions, body paintings and gestures to speak of the emotional burdens of life in the diaspora.

In Bloom

For instance, he created the In Bloom series by working with a young Somalian woman living in London who was coping with the loss of her parents. Across the images, her facial expressions, body movements, and the blurs produced through multiple exposures evoke a profound sense of loss. This bereavement transcends the personal. It mirrors the broader sense of estrangement that often defines the African migrant experience.

Exhibiting and sharing the photos on Oyinbokure’s website and social media platforms broadens their audience.

The images have been featured in numerous exhibitions, within community spaces and on the international stage. They have been in art shows with names like Echoes of Pain, Boundaries and Borders, Echoes of the Past, and Boundless Horizons.

Pushing boundaries

Oyinbokure is a young artist who continues to push the conceptual boundaries of art photography. Increasingly he is using props and accessories like mats and travel boxes in his work. These carry Nigerian cultural symbolism and evoke movement and migration.




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Many parts of the world are seeing harsh immigration policies and rising racial and xenophobic hostilities. These are often justified by migrants being portrayed as illegal, defiant, and as threats to security and economic stability. This perception is reinforced by images in the media.

Oyinbokure is driven by a desire to tell the stories that are not often told because they do not conform to dominant stereotypes. They are stories of Africans living their lives, carrying with them their cultures, helping to build communities – real people, not faceless numbers.

The Conversation

George Emeka Agbo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Nigerian photographer Michael Oyinbokure challenges stereotypes about migrants – https://theconversation.com/nigerian-photographer-michael-oyinbokure-challenges-stereotypes-about-migrants-264795

Who was Charlie Kirk? The activist who turned campus politics into national influence

Source: The Conversation – USA – By Stephanie A. (Sam) Martin, Frank and Bethine Church Endowed Chair of Public Affairs, Boise State University

Charlie Kirk addresses the 2024 Republican National Convention on July 15, 2024. Al Drago/Getty Images

The fatal shooting of conservative activist Charlie Kirk during a speaking engagement at Utah Valley University on Sept. 10, 2025, has drawn widespread condemnation and renewed attention to the climate of political violence in the United States. To many, Kirk was not just another partisan commentator.

He was one of the most visible leaders of the young conservative movement. Kirk helped shape Republican politics on college campuses, in media and within President Donald Trump’s coalition.

To understand the significance of the attack — and why the reactions to it have been so strong — it helps to know who Kirk was, what the organization he built stood for, and the role he and his allies have played in national debates.

Two men shaking hands while sitting on a stage.
President Donald Trump shakes hands with conservative activist Charlie Kirk at a forum dubbed the Generation Next Summit at the White House on March 22, 2018, in Washington, D.C.
Mark Wilson/Getty Images

Turning Point USA founder

Charlie Kirk was a conservative activist, author and media personality who rose to prominence unusually early.

Raised in the Chicago suburbs, he made national headlines at 18 for founding Turning Point USA, a conservative youth movement. Kirk only briefly attended college. Instead, he chose to devote himself full time to conservative organizing.

That decision became central to the mythos surrounding him: He represented a choice among promising young conservatives to skip higher education in protest of the alleged left-leaning bias of universities.

Over the next decade, Kirk grew into a national figure. Beginning in 2016, he frequently spoke at Trump rallies, which helped him to build an extensive media profile.

In 2020 he published the “The MAGA Doctrine,” a bestselling book that argued in favor of nationalism and Trump’s “America First Agenda.” And his eponymous podcast – “The Charlie Kirk Show” – was downloaded more than 120 million times over the past 10 months, according to Turning Point.

Kirk’s program featured political commentary and interviews with prominent Republican personalities and politicians – guests included Tucker Carlson, Missouri Sen. Josh Hawley, and Florida Gov. Ron DeSantis. These conversations amplified Kirk’s reach well beyond student audiences.

Connecting college students and GOP

Turning Point USA was founded in 2012 by Kirk and Bill Montgomery. Kirk met Montgomery, a retired businessman, after Kirk gave a speech at a conservative youth summit in Kansas. Montgomery urged him not to pursue college but to instead dedicate himself fully to building a youth conservative movement.

Kirk described the early days as lonely: driving to campuses, handing out flyers and trying to recruit students to talk about free markets and limited government.

Turning Point drew significant financial backing from high-profile conservative donors, including Foster Friess, the Wyoming financier; the Richard and Helen DeVos Foundation; and Illinois businessman Richard Uihlein and his family foundation.

By 2024, Turning Point claimed chapters at more than 1,000 campuses, employed more than 400 staffers and had grown its annual budget to over US$8 million

Young women in a crowd holding signs, including one that says 'Joe Biden You're Fired!'
U.S. conservatives gather at The People’s Convention hosted by Turning Point USA in Detroit, Mich., on June 15, 2024.
Adam J. Dewey/Anadolu via Getty Images

Today, Turning Point is best known for hosting large-scale conferences. Its Student Action Summit in Florida regularly draws between 4,000 and 5,000 students and has featured appearances by GOP heavyweights including Donald Trump Jr. and Texas Sen. Ted Cruz. A 2022 gathering in Phoenix, called AmericaFest, attracted more than 10,000 attendees.

Most controversially, the group’s Professor Watchlist webpage publishes the names of academics it accuses of bias against conservatives.

Turning Point has also spun off like-minded subsidiaries, including Turning Point Action and TPUSA Faith. These organizations expand Turning Point’s reach into electoral politics and church organizing. TPUSA’s media division produces a steady stream of popular videos, livestreams and podcasts, a legacy that should ensure Kirk’s influence lasts despite his death.

Expanding national role for Turning Point

Kirk and Turning Point provided important connections for younger conservatives and the Republican Party. In 2016, Turning Point mobilized thousands of students for Trump’s campaign, and Kirk was invited to speak at the Republican National Convention.

By 2020, the organization was playing a more overt political role. Turning Point Action ran voter-registration drives in battleground states, and the group sponsored buses and advertising to bring supporters to Washington, D.C., ahead of the Jan. 6, 2021, “Stop the Steal” rally. Kirk tweeted at the time that Turning Point would be sending “80+ buses full of patriots” to the event.

While he later deleted the message and distanced himself from the violence, it underscored the group’s entanglement in the most contested moments of the Trump era.

Kirk also acted as a crucial media surrogate for Trump. He used his podcast, social media, and speaking tours to amplify Trump’s message and attack critics. He was an early and persistent promoter of Trump’s baseless claims of voter fraud in the 2020 election, helping translate them for younger conservative audiences.

Spreading misinformation, inflaming tensions

Critics argued that Kirk thrived on outrage and intimidation rather than debate.

The Professor Watchlist has been denounced by faculty associations as a blacklist that chills academic freedom. Journalistic investigations by outlets such as The New Yorker raised questions about Turning Point’s finances, including allegations of blurred lines between nonprofit educational work and partisan campaigning.

Kirk was criticized for spreading misinformation, such as false claims of voter fraud in the 2020 election and misleading statements about COVID-19 vaccines and mask mandates. He suggested that public health measures were a form of government control, rhetoric that public health experts argue undermined trust during a crisis.

More broadly, his sharp attacks on political opponents – he framed them not merely as wrong but as dangerous – drew accusations that he fueled polarization and inflamed tensions on American college campuses and beyond.

The Conversation

Stephanie A. (Sam) Martin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Who was Charlie Kirk? The activist who turned campus politics into national influence – https://theconversation.com/who-was-charlie-kirk-the-activist-who-turned-campus-politics-into-national-influence-265056

A federal program helps older people get jobs, but the Trump administration wants to get rid of it

Source: The Conversation – USA (2) – By Cal J. Halvorsen, Associate Professor of Social Work, Washington University in St. Louis

The program helps Americans over 55 find job training and short-term employment. Marc Romanelli/Tetra images via Getty Images

For the first time in U.S. history, there are more Americans over 62 than under 18. With the national workforce getting older every year, many economists argue that having people keep working longer than they used to would help maintain a robust labor market.

But it can be hard for many older adults to stay employed past the age of 62, the year they typically become eligible for early Social Security retirement benefits, even when their health is good. In part that’s because approximately half of full-time workers in their early 50s lose their jobs involuntarily by the time they turn 65, possibly due to age bias and discrimination. And because it is much harder for workers over 50 to get hired than their younger counterparts, many of those older Americans exit the labor force before they’re ready to retire when they unexpectedly become unemployed.

As gerontological social work researchers, we have conducted multiple studies on the career aspirations, workplace experiences and civic engagement of older adults.

We’re concerned about the fate of a federal program that helps low-income and unemployed adults age 55 and older get help with employment. The Trump administration has not released more than $300 million in funds – typically disbursed in May – to its grantees in 2025 from the Senior Community Service Employment Program.

And the Trump administration proposes that no money be spent on it at all in the 2026 fiscal year. The effects of this defunding are already rippling across the country, from Florida to Oregon.

Job training for older adults

This federal program has been running since 1965. It provides on-the-job training to people over the age of 55 who are unemployed and have incomes at or below 125% of the federal poverty level, which in 2025 means $19,563 for singles and $26,438 for couples.

The approximately 40,000 older workers who have benefited from it annually in recent years have earned their area’s prevailing minimum wage as a stipend while working part time. With some exceptions, workers can remain in the program for up to four years, but the average tenure was less than half that in 2022, around 22 months.

The program funds job training that takes place at nonprofits and government agencies, such as Goodwill Industries, Easterseals, local social services agencies, and the network of public and nonprofit agencies that serve older adults and their caregivers around the country, called Area Agencies on Aging.

The Department of Labor funds the program through direct grants to states, as well as grants to 20 national nonprofits, which in turn work with local organizations to recruit older adults and train them to do jobs like clerical, janitorial and customer service roles in all 50 states, Washington and U.S. territories. In most cases, at least 75% of federal funds must go directly to wages and benefits for participants, with the payments usually being made by the local and statewide organizations that recruit the participants and place them into host agencies.

The Senior Community Service Employment Program helps older Americans get a wide array of jobs.

Benefits for individuals and communities

This program helps older Americans balance their checkbooks, enjoy better health and engage more regularly with their own communities.

Many participants consider it a lifeline because it helps them to pay their bills and gives them a sense of purpose. For older adults who have trouble finding jobs, the program gets them out of their homes and back into their communities while boosting their self-esteem.

Once they’re trained, many of them find jobs – as many as 26%, according to the most recently posted estimates from the Department of Labor, and up to 38% in 2019, before the COVID-19 pandemic upended the economy and labor markets.

For some participants, the government-supported employment becomes an avenue out of homelessness, a way to boost mental health or an activity that strengthens their relationships.

Through working for the government or nonprofits, participants in this program also learn about other ways they can get help, whether it’s accessing affordable health insurance or other job-training opportunities.

The program’s benefits outweigh its costs at the federal level, the Urban Institute has found. And the government and nonprofit agencies that host these older workers are better able to serve their local communities, partly because the program’s participants often share information about the services they learn about with their relatives and friends.

On the chopping block

In the summer of 2025, Senior Community Service Employment Program grant recipients across the country began to furlough their staff. Program participants have exited ahead of schedule, and prospective participants are missing out on job-training opportunities that would have otherwise been available to them.

The White House said it left the program out of its proposed 2026 budget due to what it said was a failure at moving older workers into unsubsidized employment.

We question this rationale because it ignores the constraints that federal regulations place onto the Senior Community Service Employment Program.

Its grantees are required to enroll unemployed and low-income older adults who have trouble getting jobs. Many can’t find work due to severe disabilities, limited literacy, trouble speaking English, homelessness, being 75 or older, having formerly been incarcerated and other challenges.

To require a program designed to help people who are inherently going to have the most trouble landing jobs – and then to criticize it because all of its participants do not successfully and quickly wind up employed – is a Catch-22. The mission and purpose of the program make that expectation unrealistic.

There’s another Catch-22.

On one hand, the Trump administration has mandated work requirements for health insurance coverage through Medicaid and introduced those requirements for food assistance through the Supplemental Nutrition Assistance Program for the first time for able-bodied adults who are 60 to 64 years old.

On the other hand, it is disrupting the only federal program specifically created to help older adults with low incomes find jobs and become better positioned to earn a living.

These policies effectively remove a ladder while insisting that older adults must climb it.

Improvement and innovation

To be sure, we do see some room for improvement in the program.

For starters, we think it needs new metrics of success beyond job placement rates. Remaining employed requires good health, so it’s worth tracking what happens to the physical and mental health of older adults who participate in this program.

We support the Labor Department’s efforts to find new ways to deliver this job-training program. AmeriCorps, the volunteering and community service arm of the federal government, is also testing a new workforce development program for older workers that we think is promising.

But for now, there are few alternatives to the Senior Community Service Employment Program. In our view, it’s well worth preserving it at a time when older workers face growing pressure to earn a paycheck.

The Conversation

Cal J. Halvorsen is an adviser to two research projects on programs to support older job seekers, funded by the U.S. Department of Labor and AmeriCorps Seniors.

Ernest Gonzales received funding from Senior Service America Inc in 2015.

Nancy Morrow-Howell does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A federal program helps older people get jobs, but the Trump administration wants to get rid of it – https://theconversation.com/a-federal-program-helps-older-people-get-jobs-but-the-trump-administration-wants-to-get-rid-of-it-262596