Violences de genre dans les arts et la culture : de la nécessité de mobiliser la recherche internationale

Source: The Conversation – in French – By Marie Buscatto, Professeure de sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Les violences de genre physiques et psychologiques, une réalité que l’on retrouve dans différents secteurs des arts et de la culture à travers le monde. Stefania Infante

Le mouvement #MeToo a mis en lumière les violences de genre à l’œuvre dans les arts et dans la culture. Mais leur identification et leur explication restent peu explorées par la recherche – si ce n’est par le biais de l’analyse des représentations. Faisant suite à notre enquête pionnière sur ces violences dans le secteur de l’opéra français, l’ouvrage « Gender-based Violence in Arts and Culture. Perspectives on Education and Work » vise justement à combler cette lacune.


Dans ses recommandations d’avril 2025, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité préconise de conduire des recherches dans ce domaine. Les enquêtes robustes, quantitatives ou qualitatives, manquent en effet pour orienter les politiques publiques dans la prévention et la lutte contre les violences de genre (VDG) dans les arts et dans la culture.

Fondé sur des études de cas ambitieuses menées dans un large éventail de secteurs artistiques – musique, arts visuels, photographie, cinéma, audiovisuel, théâtre – et dans cinq pays – États-Unis, Finlande, France, Japon, et Royaume-Uni –, Gender-based Violence in Arts and Culture. Perspectives on Education and Work (2025) que nous avons co-édité aborde le « continuum » des violences de genre, des formes de sexisme « ordinaire » aux actes les plus graves répréhensibles pénalement.

L’ouvrage rend ainsi visibles les logiques sociales maintenant et légitimant les inégalités liées au genre dans les arts et dans la culture, et ce, quel que soit le pays ou le secteur concerné. Il vise à offrir une compréhension globale de ce phénomène social, au-delà des affaires médiatiques et des analyses à chaud impliquant les personnalités publiques.

Les violences de genre prennent une grande diversité de formes

Notre ouvrage met en évidence les multiples formes de VDG, peu souvent nommées par les victimes, et pourtant à l’œuvre dans les secteurs artistiques et culturels, à travers notamment les pratiques professionnelles routinières.

Par exemple, dans l’enquête de Chiharu Chujo sur l’industrie des musiques populaires japonaises, les femmes rencontrées n’ont affirmé avoir été confrontées au harcèlement sexuel que lorsqu’elles ont été « interrogées dans le contexte d’une compréhension plus nuancée du “harcèlement sexuel” – comprenant des manifestations, telles que des remarques sexistes, un flirt persistant et des plaisanteries désobligeantes sur la sexualité ou l’apparence ».

La manière dont ces victimes décrivent ces pratiques sexistes récurrentes indique clairement qu’elles sont le plus souvent tolérées par ces femmes au quotidien, non pas parce qu’elles sont inoffensives, mais en raison des relations de pouvoir qui les contraignent à les accepter.

En toile de fond, des processus sociaux cumulatifs

Cet ouvrage saisit également les mécanismes qui produisent une telle omniprésence des VDG dans les arts et dans la culture. Ces derniers sont cumulatifs et font partie intégrante des pratiques et des représentations professionnelles, ce qui rend difficile leur remise en question par les victimes et les témoins.

Mathilde Provansal décrit, par exemple, les multiples processus sociaux participant à créer un « contexte propice » aux VDG dans les écoles d’art : sexualisation des étudiantes ; forte dépendance des étudiant·es à l’égard de leurs professeur·es pour lancer leur carrière ; frontière floue entre les sphères privée, éducative et professionnelle ; déficience des politiques publiques et des dispositifs permettant aux victimes et aux témoins de dénoncer les VDG dans des contextes sûrs et transparents.

Les violences de genre entravent la créativité et la carrière des femmes

Les VDG affectent les carrières féminines de diverses manières. Certaines se retirent pour éviter d’être à nouveau exposées à ces pratiques, comme le montrent clairement les enquêtes sur les étudiantes en photographie affiliées à l’école d’Helsinki, réalisée par Leena-Maija Rossi et Sari Karttunen, ou sur les chanteuses d’opéra, étudiées par Marie Buscatto avec Soline Helbert et Ionela Roharik.

Victimes et témoins ont aussi tendance à voir leur réputation professionnelle et la qualité de leurs œuvres dévalorisées en raison de pratiques dégradantes qui réduisent les femmes à leur corps et à leur attrait sexuel. Certaines, enfin, refusent de se plier à ces pratiques sexistes et risquent de perdre des opportunités professionnelles en étant considérées comme des collègues pénibles ou peu attrayantes.

Les VDG ont également des conséquences sur le travail créatif des femmes qui en sont victimes. Dans son enquête sur la production de contenus liés aux VDG et à la sexualité dans le journalisme, le « factual entertainment », le drame ou la comédie par des femmes qui vivent des VDG sur leur lieu de travail, Anna Bull souligne que cela peut rendre cet environnement professionnel d’autant plus propice aux violences de genre. Mais parfois, cette production devient une ressource permettant aux victimes de parler et de nommer leurs expériences traumatisantes.

Les violences de genre tendent à être passées sous silence

Même si la plupart des femmes considèrent que les violences de genre ont des conséquences négatives, sur le plan tant psychologique que professionnel, elles ont tendance à ne pas les dénoncer. Et ce, même lorsqu’elles sont confrontées à des cas flagrants de violences sexuelles pouvant donner lieu à des poursuites judiciaires : harcèlement sexuel, agression sexuelle, viol.

Toutes les autrices montrent que les processus sociaux qui rendent ces mondes propices aux VDG réduisent également les victimes au silence. La peur semble être le dénominateur commun : peur de perdre son emploi (ou de ne pas être recrutée pour le suivant) dans un environnement précaire et compétitif ; peur d’être exclue ; peur d’être dénigrée publiquement comme étant trop sexy ; peur d’être considérée comme une mauvaise collègue ; peur d’être attaquée personnellement ; peur de ne pas être crue en raison de la réputation de l’agresseur.

Dans son enquête sur le harcèlement sexuel dans le théâtre new-yorkais, Bleuwenn Lechaux montre ainsi que cette crainte constante est essentielle pour expliquer pourquoi si peu d’affaires sont portées devant la justice malgré le développement de mesures supposées permettre de telles dénonciations.

Du silence à la prise de parole : un long chemin à parcourir

Plusieurs types d’action peuvent en partie briser le silence qui pèse sur les violences de genre, comme le montre Alice Laurent-Camena dans son enquête sur le monde des musiques électroniques. Des groupes informels, à travers l’échange d’expériences et d’informations, peuvent permettre aux femmes de qualifier les violences ou d’exclure un agresseur de leurs projets. Des professionnel·les spécialisé·es peuvent aussi être invité·es afin de gérer les situations problématiques, à l’image des coordinateurs et coordinatrices d’intimité sollicité·es sur les scènes de théâtre, d’opéra ou de cinéma.

Les dénonciations publiques d’abus sexuels, via les réseaux sociaux et la presse, peuvent enfin limiter la diffusion du travail et parfois mettre fin à la carrière d’un agresseur. Elles sont cependant très rares, non seulement parce qu’elles nécessitent un grand nombre de preuves et doivent être qualifiées d’actes criminels pour atteindre un tel niveau de dénonciation publique, mais aussi parce que les membres des mondes de l’art préfèrent souvent gérer les dénonciations en interne et éviter, dans la mesure du possible, de telles accusations publiques.

Quelles actions ?

La conclusion de notre ouvrage offre quelques propositions en vue de changements. D’une part, en lien avec nos analyses, nous suggérons aux professionnel·le·s et institutions des arts et de la culture de lutter avec force contre le sexisme ordinaire, et de ne surtout pas se limiter à la répression, certes nécessaire mais insuffisante, des seuls actes les plus graves. Le sexisme quotidien est au cœur des VDG, permettant leur omniprésence et leur perpétuation, même lorsque les agresseurs récidivistes sont condamnés et exclus.

D’autre part, la lutte contre les VDG ne devrait pas se limiter à la seule mise en place, par ailleurs légitime, de contextes éducatifs et professionnels plus sûrs, mais également viser à assurer l’égal accès des femmes et des minorités de genre à la formation, au travail et à la reconnaissance artistique.

Il en va de la liberté de création de chacun et de chacune, dans un contexte marqué par la réduction des financements publics des arts et de la culture et de remise en cause des droits des femmes et des minorités de genre.


Cet article a été coécrit avec Sari Karttunen, chercheuse au Center for Cultural Policy Research (CUPORE) à Helsinki, Finlande.

The Conversation

Mathilde Provansal a reçu des financements de l’EHESS dans le cadre d’une recherche post-doctorale sur les violences de genre en écoles d’art.

Marie Buscatto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences de genre dans les arts et la culture : de la nécessité de mobiliser la recherche internationale – https://theconversation.com/violences-de-genre-dans-les-arts-et-la-culture-de-la-necessite-de-mobiliser-la-recherche-internationale-263578

Le champ magnétique terrestre pourrait être quasiment éternel

Source: The Conversation – in French – By Denis Andrault, Professor in Earth and Planetary Sciences, Université Clermont Auvergne (UCA)

Le champ magnétique de la Terre nous protège de la plus grande partie du rayonnement solaire. Mais risque-t-on un jour de le voir disparaître ? Une étude expérimentale a reproduit les conditions extrêmes du centre de notre planète et a déterminé que, contrairement à Mars ou à Vénus, la mécanique géologique qui le sous-tend ne risquait pas de s’arrêter.


Le champ magnétique terrestre nous protège des rayonnements solaires les plus puissants, dangereux pour notre organisme. Sans ce bouclier naturel qui s’étend dans la direction du Soleil de près de 10 fois le rayon de la Terre, les molécules qui nous composent se dégraderaient plus rapidement qu’elles ne se développent, sauf dans des niches à l’abri des rayons du Soleil. Grâce à sa dynamique interne favorable, la Terre maintient ce bouclier depuis au moins 3,5 milliards d’années, comme en témoignent les enregistrements magnétiques que l’on a retrouvés dans les roches les plus anciennes datant de l’ère géologique dite archéenne.

Maintenir la dynamo terrestre requiert beaucoup d’énergie. Il faut entretenir un brassage perpétuel de la matière contenue dans le noyau externe, cette couche de métal liquide présente entre la graine au centre et la base inférieure du manteau rocheux, soit entre 2 900 kilomètres et 5 150 kilomètres de profondeur. C’est le déplacement continuel de cette matière qui génère un champ magnétique. Le noyau externe a un volume environ 100 fois plus important que celui de tous les océans, et on estime sa viscosité proche de celle de l’eau.

Schéma des mouvements de convection dans le noyau terrestre
La dynamique à grande échelle des mouvements de convection dans le noyau externe est propice à la genèse du champ magnétique.
Andrew Z. Colvin/Wikimedia, CC BY-SA

La plus importante source d’énergie du noyau provient de la température importante, jusqu’aux 5 500 °C qui règnent encore aujourd’hui au centre de la Terre. Et ce n’est pas le brassage perpétuel de cet énorme volume de métal liquide qui consomme le plus d’énergie stockée à l’intérieur du noyau. Ce n’est pas non plus la transformation du mouvement des électrons contenus dans le noyau en champ magnétique de grande échelle, même si les phénomènes complexes en jeu sont encore mal compris. C’est le fait que cette chaleur se propage naturellement vers les couches plus superficielles de la Terre, ce qui refroidit perpétuellement le noyau.

La vitesse de ce refroidissement est intimement reliée à la conductivité thermique de l’alliage de fer qui compose le noyau, c’est-à-dire sa capacité à transmettre efficacement de la chaleur, mais cette vitesse fait toujours grand débat chez les spécialistes du sujet. C’est ce qu’avec notre équipe nous avons essayé de clarifier dans une nouvelle étude expérimentale.

Le champ magnétique terrestre, une exception ?

En quoi le noyau terrestre a la bonne température et les bonnes dimensions pour permettre l’instauration et le maintien pendant des milliards d’années d’un champ magnétique, et donc permettre le développement de la vie ? En serait-il de même si notre planète avait été bien plus froide lorsqu’elle s’est formée ? En effet, on sait que la Terre à subit un impact météoritique géant environ 100 millions d’années après sa formation. Cela a apporté une énorme quantité de chaleur qui influence encore la dynamique interne de la Terre aujourd’hui. Est-ce que le champ magnétique, et la vie, auraient disparu depuis longtemps si la Terre avait été bien plus froide à la fin de sa formation ?

Une géodynamo n’est possible que si le noyau externe est bien liquide, pour permettre l’agitation nécessaire à l’instauration d’un champ magnétique. Un noyau chaud favorise aussi la convection vigoureuse du manteau rocheux de la planète qui, en retour, favorise les mouvements dans le noyau externe. La Terre répond bien à ces premiers impératifs. Aussi, comme la formation des planètes telluriques implique naturellement des chocs immenses entre des planétésimaux de grandes tailles, ces jeunes planètes devraient quasiment toutes présenter des températures internes similaires à celle de la Terre lors de sa formation.

Pourtant, plusieurs planètes telluriques majeures du système solaire telles que Mars et Vénus, ainsi que des satellites comme la Lune n’ont pas (ou plus) de champ magnétique aujourd’hui. La taille de leur noyau et les proportions d’alliage métallique et de roche qui composent ces planètes pourraient-elles jouer un rôle sur l’installation et le maintien d’un champ magnétique à l’échelle planétaire ? C’est cela que notre équipe a démontré grâce à une expérience sur les conditions de refroidissement des noyaux planétaires qui simulent les conditions de pression et de température extrêmes du noyau terrestre.

La dynamo terrestre ne risque pas de s’arrêter du jour au lendemain

La réponse à ces questions réside dans la vitesse de refroidissement du noyau, car un noyau planétaire qui se refroidit trop rapidement ne pourra pas générer un champ magnétique bien longtemps. Mais il faut quand même un flux de chaleur contant et suffisamment important, du noyau vers la base du manteau, pour provoquer des mouvements de brassage convectif dans le noyau externe. L’équation semble difficile à boucler, et pourtant, cela fonctionne très bien pour la Terre. Pour faire simple, les paramètres clés de ces équations sont la conductivité thermique du noyau externe et la taille relative entre le manteau et le noyau. En déterminant l’un, l’autre peut être estimé.

Schéma du dispositif expérimental montrant les enclumes en diamant
La cellule à enclumes de diamant permet d’exercer une poussée de plusieurs tonnes. Le corps métallique et les sièges en carbure de tungstène transmettent cette force jusqu’à la pointe des diamants tout en maintenant un alignement parfait. Ainsi, on peut générer une pression équivalente à celle du noyau terrestre.
Stany Bauchau/ESRF, Fourni par l’auteur

C’est pour cela que nous avons entrepris une nouvelle campagne de mesures expérimentales de la conductivité thermique du noyau. Une fine feuille de fer (l’élément le mieux représentatif du noyau) a été soumise à des conditions de pressions et de températures équivalentes à celles régnant au centre de la Terre. Ainsi, cette fine couche de quelques microns d’épaisseur a été comprimée entre deux enclumes de diamant à des pressions jusqu’à plus d’un million de fois celle de l’atmosphère, puis chauffée à plus de 3 000 °C à l’aide de lasers infrarouges. Une fois reproduites les conditions de pression et de température du noyau terrestre, nous avons étudié la vitesse de propagation d’une très courte impulsion de chaleur à travers la feuille de métal.

Nous avons réalisé ces mesures dans un large domaine de pression et température pour en dériver des lois de propagation de la chaleur. Les résultats montrent une nette augmentation de la conductivité thermique du fer avec la température, comme cela était prévu par la théorie. Cela pourrait suggérer un refroidissement rapide du noyau, à cause d’une température d’environ 3 700 °C à sa surface.

Pourtant, la conductivité est finalement plus faible que ce qui était proposé dans la plupart des études antérieures. Nos calculs montrent que le noyau aurait refroidi de seulement 400 degrés depuis la formation de la Terre. Ce refroidissement permettrait la solidification progressive du noyau et la croissance de la graine solide au centre de la Terre qui, selon nos calculs, serait apparue il y a environ 2 milliards d’années. Nous montrons aussi que seules les planètes ayant un noyau relativement petit, au maximum d’une taille relative proche de celui de la Terre, peuvent maintenir un champ magnétique quasi éternellement.

Graphique indiquant quels sont les volumes pour une planète et son noyau compatibles avec un champ magnétique à long terme. Seule la Terre est dans cette zone
Les paramètres critiques pour la mise en place d’une dynamo planétaire sont le volume de la planète et la taille relative de son noyau. Les planètes trop grosses ou avec un noyau trop gros ne sont pas compatibles avec ce type de champ magnétique. L’absence de champ magnétique majeur sur Vénus, sur Mars et sur Mercure pourrait être due à des noyaux trop gros. Notons que la taille du noyau de Vénus est toujours débattue, d’où sa représentation en forme d’ellipse. Le faible champ magnétique observé sur Mercure, dont le noyau fait 40 % du volume de la planète, reste bien énigmatique. La ligne rose représente les incertitudes.
Denis Andrault/Université Clermont Auvergne, Fourni par l’auteur

Pourtant, le refroidissement du noyau terrestre est suffisamment lent pour ne pas modifier dramatiquement la dynamique interne de notre planète. La tectonique des plaques perdure, le manteau terrestre convecte de manière vigoureuse depuis plus de 4 milliards d’années, ce qui stimule le refroidissement interne et ainsi les mouvements dans le noyau. La dynamo terrestre a donc peu de chance de s’arrêter tant que le noyau externe n’est pas complètement cristallisé, ce qui devrait prendre encore quelques milliards d’années. Il ne s’agit donc pas de la menace la plus pressante contre la vie sur Terre !

The Conversation

Pour ce travail, Denis Andrault a reçu des financements de l’UCA et de l’INSU-CNRS.

Julien Monteux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le champ magnétique terrestre pourrait être quasiment éternel – https://theconversation.com/le-champ-magnetique-terrestre-pourrait-etre-quasiment-eternel-267913

Stars d’Internet, les orchidées à visage de singe sont au bord de l’extinction

Source: The Conversation – in French – By Diogo Veríssimo, Research Fellow in Conservation Marketing, University of Oxford

Tels les pandas dans le règne animal, les orchidées à visage de singe fascinent par leurs traits autant qu’elles inquiètent par leur extrême vulnérabilité.
cotosa/Shutterstock

Derrière leur apparence singulière, qui leur vaut une célébrité mondiale sur les réseaux sociaux, les orchidées Dracula – surnommées « orchidées à visage de singe » – sont en réalité au bord de l’extinction. Une évaluation internationale dresse un constat alarmant, mais des pistes existent pour inverser la tendance.


Elles ressemblent à de minuscules singes surgissant de la brume. Connues des scientifiques sous le nom de Dracula, ces « orchidées à visage de singe » sont devenues de véritables célébrités sur Internet. Des millions de personnes ont partagé leurs photos, fascinées par ces fleurs qui semblent tour à tour sourire, froncer les sourcils ou grimacer. Mais derrière ce charme viral se cache une réalité bien plus sombre : la plupart de ces espèces sont aujourd’hui au bord de l’extinction.

Une nouvelle évaluation mondiale a, pour la première fois, révélé l’état de conservation de toutes les orchidées Dracula connues. Le constat est alarmant : sur 133 espèces étudiées, près de 7 sur 10 sont menacées de disparaître.

Beaucoup ne subsistent que dans de minuscules fragments de forêt, parfois dans un ou deux sites seulement. Certaines ne sont connues qu’à travers des plants cultivés. Leurs populations sauvages ont peut-être déjà disparu. Ces orchidées poussent principalement dans les forêts de nuages andines de Colombie et d’Équateur, parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité mais aussi les plus menacés de la planète. Leur survie dépend de conditions fraîches et humides, à moyenne et haute altitude, où une brume constante enveloppe les arbres.

Malheureusement, ces mêmes versants sont aujourd’hui rapidement défrichés pour faire place à des pâturages bovins, à des cultures comme l’avocat, ainsi qu’à l’extension des routes et de projets miniers, des activités qui menacent directement plusieurs espèces de Dracula (comme la Dracula terborchii). À mesure que les forêts se réduisent et se fragmentent, ces orchidées perdent les microclimats – les conditions précises de température, de lumière et d’humidité – dont dépend leur survie.

Un autre danger provient de la fascination que suscitent ces plantes rares et charismatiques. Les orchidées sont prisées pour leurs fleurs depuis des siècles. Le commerce européen a débuté au XIXe siècle, quand la « fièvre des orchidées » a enflammé de riches collectionneurs et provoqué une explosion des prélèvements dans les zones tropicales.

Aujourd’hui, cette fascination perdure, alimentée par Internet. De nombreux passionnés et producteurs professionnels échangent des plants cultivés de manière responsable, mais certains recherchent encore des orchidées sauvages – et les espèces de Dracula n’y échappent pas. Pour une plante dont les populations ne comptent parfois que quelques dizaines d’individus, une seule expédition de collecte peut s’avérer désastreuse.

Faire de leur popularité un moyen de protection

Dans le nord-ouest des Andes équatoriennes, une zone baptisée « Reserva Drácula » abrite l’une des plus fortes concentrations mondiales de ces orchidées. La réserve accueille au moins dix espèces de Dracula, dont cinq qui n’existent nulle part ailleurs sur Terre. Mais les menaces se rapprochent. La déforestation liée à l’agriculture, l’exploitation minière illégale et même la présence de groupes armés mettent désormais en danger le personnel de la réserve ainsi que les communautés environnantes.

Les défenseurs locaux de l’environnement de la Fundación EcoMinga, qui gèrent cette zone, décrivent la situation comme « urgente ». Parmi leurs propositions figurent un renforcement de la surveillance effectué par la communauté, le soutien à une agriculture durable et le développement de l’écotourisme, afin de générer des revenus grâce à la protection – plutôt qu’à la destruction – de la forêt.

Orchidée Dracula
Orchidée Dracula.
Leela Mei/Shutterstock

Quand on observe ces fleurs de près, il est facile de comprendre la fascination qu’elles exercent. Leur nom, Dracula, ne fait pas référence au personnage de vampire mais vient du latin « petit dragon », en raison de leurs longs sépales en forme de crocs, ces structures qui ressemblent à des pétales et protègent la fleur en développement.

Leur apparence étrange stupéfia les botanistes du XIXe siècle, qui crurent d’abord à une supercherie. Plus tard, à mesure que de nouvelles espèces étaient découvertes, on remarqua que beaucoup ressemblaient à de minuscules primates, d’où leur surnom d’« orchidées à visage de singe ». On les compare parfois aux pandas du monde des orchidées : charismatiques, immédiatement reconnaissables, mais aussi gravement menacées.

La nouvelle évaluation a été menée par une équipe de botanistes de Colombie et d’Équateur, en collaboration avec plusieurs organisations internationales, dont l’Université d’Oxford et le Groupe de spécialistes des orchidées de la Commission de survie des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Elle comble enfin une lacune importante.

Elle s’appuie sur des données d’herbiers (échantillons de plantes séchées collectés par des botanistes), sur des observations de terrain et sur l’expertise locale, afin de cartographier l’aire de répartition de chaque espèce et d’estimer l’état des forêts restantes. Les résultats confirment ce que de nombreux spécialistes soupçonnaient depuis longtemps : les espèces de Dracula sont en grand danger.

Une forêt de nuage
Les orchidées Dracula poussent dans les forêts de nuage d’Amérique centrale.
Ondrej Prosicky/Shutterstock

Malgré ce constat sombre, il existe des raisons d’espérer. La « Reserva Drácula » et d’autres zones protégées constituent des refuges essentiels, offrant un abri non seulement aux orchidées mais aussi aux grenouilles, aux singes et à une multitude d’autres espèces. Des organisations locales y collaborent avec les communautés pour promouvoir une agriculture durable, développer l’écotourisme et récompenser les efforts de protection grâce à des paiements pour services écosystémiques. Des initiatives modestes au regard de l’ampleur du défi, mais qui prouvent qu’il existe des solutions, à condition que le monde s’y intéresse.

Il existe aussi une occasion de transformer cette popularité en protection. La même notoriété en ligne qui alimente la demande pour ces orchidées pourrait contribuer à financer leur conservation. Si les publications virales sur ces « fleurs souriantes » s’accompagnaient d’informations sur leur origine et sur la menace qui pèse sur elles, elles pourraient aider à faire évoluer les comportements et rappeler la nécessité d’éviter les prélèvements excessifs.

De la même manière que le panda est devenu un symbole de la protection de la faune, les orchidées à visage de singe pourraient incarner la conservation des plantes, rappelant que la biodiversité ne se limite pas aux animaux. Le fait que les générations futures puissent encore croiser ces visages dans la forêt – et pas seulement sur leurs fils d’actualité – dépend désormais de nos actions.

The Conversation

Ce travail a été mené par une équipe réunissant Cristina Lopez-Gallego, Santiago Mesa Arango, Sebastian Vieira et Nicolás Peláez-Restrepo en Colombie, ainsi que Luis Baquero et Marco Monteros en Équateur. Diogo Veríssimo reçoit un financement du « UK Government Illegal Wildlife Trade Challenge Fund ». Il est affilié au Groupe de spécialistes des orchidées de la Commission de survie des espèces de l’UICN.

Amy Hinsley reçoit un financement de la Darwin Initiative du gouvernement britannique, ainsi que des fonds de la Commission de survie des espèces de l’UICN (SSC) et du programme de petites subventions EDGE de la SSC, ainsi que du zoo d’Indianapolis pour ses travaux sur les Dracula. Elle est coprésidente du Groupe de spécialistes des orchidées de la Commission de survie des espèces de l’UICN.

Luis Baquero ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Stars d’Internet, les orchidées à visage de singe sont au bord de l’extinction – https://theconversation.com/stars-dinternet-les-orchidees-a-visage-de-singe-sont-au-bord-de-lextinction-268415

Les poussières du Sahara qui remontent en Europe sont-elles radioactives du fait des essais nucléaires des années 1960 ?

Source: The Conversation – in French – By Olivier Evrard, Directeur de recherche, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Mi-octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail alertait sur la pollution de l’air qui accompagne le déplacement – parfois sur plusieurs centaines, voire des milliers de kilomètres – des poussières de sable venues du Sahara.

De fait, le mois de mars 2022 avait connu un épisode de ce type particulièrement prononcé : un nuage de poussières venues du Sahara avait alors traversé l’Europe et teinté le ciel d’un voile orangé. Ce qui avait rapidement nourri la crainte d’un autre type de pollution. Ces poussières, qui semblent provenir du sud de l’Algérie, pourraient-elles avoir transporté des particules radioactives produites par les essais nucléaires français des années 1960 ? Une étude a répondu à cette question.


Plusieurs fois par an, le plus souvent au printemps et à l’automne, les tempêtes de poussières sahariennes transportent de grandes quantités de poussières du Sahara vers l’Europe.

Ces tempêtes sont de plus en plus intenses et de plus en plus fréquentes, selon le réseau Copernicus, ce qui suggère une incidence du changement climatique sur les schémas de circulations atmosphériques. À la mi-mars 2022, l’ouest du continent européen a ainsi connu un épisode exceptionnel – et fortement médiatisé – tant par sa durée que par la quantité de poussières déposées.

Or, au début des années 1960, la France a conduit des essais nucléaires en Algérie et a notamment déclenché l’explosion de quatre bombes atomiques atmosphériques entre 1960 et 1961. Une crainte, soulevée en 2022 par une association, était que les épisodes récurrents de poussières sahariennes puissent transporter avec elles vers l’Europe des substances radioactives provenant de ces essais nucléaires passés.

Dans notre recherche publiée en 2025, nous avons voulu évaluer la pertinence de cette hypothèse. Nous nous sommes appuyés sur le caractère exceptionnel de l’épisode de mars 2022 : la densité très élevée des dépôts survenus lors de celui-ci a facilité l’identification de l’origine des poussières et leur caractérisation.




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Une origine compatible avec le sud de l’Algérie

Les poussières sahariennes qui arrivent en Europe peuvent provenir de différentes parties du désert du Sahara. La première question à laquelle nous avons voulu répondre était donc de savoir si les poussières de l’épisode de mars 2022 provenaient – ou non – de la zone géographique où ont été menés les essais nucléaires atmosphériques des années 1960.

Des analyses granulométriques, géochimiques et minéralogiques, menées sur 110 échantillons de poussières de 2022 collectés en Europe de l’Espagne à l’Autriche, ont permis de situer l’origine de celles-ci au sein d’une zone englobant notamment le sud de l’Algérie, où ont été menés des essais nucléaires dans les années 1960. Leur contenu en minéraux argileux (illite, kaolinite et palygorskite notamment), l’analyse des isotopes du plomb et du cortège des terres rares retrouvé dans les matières transportées ont été déterminants. Ces indices correspondent bien au profil typique des poussières provenant d’une zone qui inclut le sud de l’Algérie.

Par ailleurs, l’examen des images satellites et des données des stations de mesure de la qualité de l’air, combinées avec l’analyse a posteriori des trajectoires des masses d’air, ont permis de confirmer l’origine des poussières dans le sud de l’Algérie. D’autres recherches de modélisation indépendantes menées sur le même épisode confirment aussi l’origine sud algérienne des poussières.

Cette image satellitaire du 15 mars 2022 montre la présence des poussières de sable sur le sud-ouest de l’Europe.
European Union, Copernicus Sentinel-3 imagery

L’origine des poussières de l’épisode de mars 2022 semble donc coïncider avec la zone où la France a effectué des essais nucléaires il y a plus de soixante ans. De quoi nourrir l’inquiétude des populations, d’autant plus que les épisodes de poussières sahariennes peuvent être très impressionnants : ils plongent les paysages dans une atmosphère jaunâtre.

Mais ces craintes sont-elles fondées ? Pour le savoir, nous avons analysé la quantité de césium radioactif (137Cs) contenue dans ces poussières en mars 2022.

Des niveaux de radioactivités négligeables pour la santé humaine

Au final nous observons de très faibles niveaux de césium 137 dans ces poussières, avec une médiane de 14 becquerels par kilogramme (Bq/kg). À titre de comparaison, la limite fixée par l’Union européenne pour la plupart des denrées alimentaires est de 1 000 Bq/kg. Dans les produits alimentaires destinés aux bébés, cette limite est de 400 Bq/kg.

Les effets résultants d’une ingestion accidentelle de ces particules sont donc négligeables, mais qu’en est-il de leur inhalation ? Nous avons calculé la quantité de césium radioactif en suspension dans l’air pendant cet épisode afin d’évaluer le débit de dose radioactif inhalé par les populations exposées pendant l’épisode de mars 2022. Celui-ci est 100 millions de fois inférieur au niveau autorisé par l’Union européenne.

Ces calculs sont rassurants: ils montrent que la radioactivité mobilisée par cet épisode de poussières a présenté un risque négligeable pour la santé humaine. Mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de confirmer ou d’infirmer le lien éventuel avec les essais nucléaires des années 60. Pour en avoir le cœur net, il fallait aller plus loin.

Ce que révèle la signature isotopique de l’épisode

Nous avons vu précédemment que la zone source des poussières de mars 2022 est compatible avec la région de Reggane, au sud de l’Algérie. C’est dans cette région que la France a réalisé ses premiers essais nucléaires atmosphériques de 1960 à 1961. La zone de source est également compatible avec une région où la France a mené des essais souterrains dans des tunnels, et où deux fuites majeures ont été observées après les essais.

Pour mieux comprendre l’origine de la radioactivité – même très faible – contenue dans les poussières de mars 2022, nous avons analysé, en plus du césium 137, la signature de ces poussières en isotopes de plutonium 239 et plutonium 240.

Or, cette signature ne correspond pas à celle qui est attendue pour les retombées radioactives associées aux explosions des bombes nucléaires françaises. Au contraire, cette signature correspond plutôt au signal dit des « retombées globales », lié aux essais nucléaires réalisés par l’Union soviétique et par les États-Unis pendant les années 1950 et 1960, et qui ont marqué les sols du monde entier.

Notre étude permet ainsi de réfuter l’hypothèse selon laquelle les poussières sahariennes, telles que celles de l’épisode intense de mars 2022, ramèneraient en Europe des substances radioactives provenant des essais nucléaires menés par la France dans le Sahara.

Une recherche fondée sur la participation citoyenne

Ce travail a été rendu possible grâce à la collaboration des citoyens qui ont collecté des échantillons de poussières en réponse à une demande de chercheurs relayée sur les réseaux sociaux.

Nous avons ainsi pu obtenir un total de 110 échantillons de poussières sahariennes, provenant principalement d’Espagne (80 échantillons), de France (14) et d’Autriche (12). Cet échantillonnage spontané, mené à travers des milliers de kilomètres et en l’espace de quelques jours, aurait été impossible sans cette participation citoyenne.

Cette étude a aussi été rendue possible suite à l’interaction entre plusieurs laboratoires de recherche publics et grâce à l’utilisation de données produites et rendues accessibles par plusieurs agences climatiques et environnementales, comme le réseau Copernicus. À l’heure où certains pays, comme les États-Unis, désinvestissent de telles agences et compliquent l’accès aux données climatiques, cela rappelle l’importance des structures scientifiques publiques pour répondre aux préoccupations de la société.

The Conversation

Olivier Evrard est membre de MITATE Lab, un laboratoire de recherche public franco-japonais (CEA, CNRS, Université de Fukushima). Ses recherches sont principalement financées par l’ANR/Agence Nationale de la Recherche et l’OFB/Office Français de la Biodiversité.

Charlotte Skonieczny et Yangjunjie Xu-Yang ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Les poussières du Sahara qui remontent en Europe sont-elles radioactives du fait des essais nucléaires des années 1960 ? – https://theconversation.com/les-poussieres-du-sahara-qui-remontent-en-europe-sont-elles-radioactives-du-fait-des-essais-nucleaires-des-annees-1960-264415

Raila Odinga mastered the art of political compromise for the good of Kenya

Source: The Conversation – Africa (2) – By Westen K Shilaho, International Relations Scholar, University of the Witwatersrand

One of the markers of Kenyan statesman Raila Odinga was not just his courage in challenging the establishment but his ability to fortify it when circumstances demanded. An example was his willingness in 2007 to set aside his ambition at having been robbed of the presidency in a rigged election by agreeing to a coalition government with his opponent, President Mwai Kibaki.

Odinga espoused compromise and never squandered the political moment. Thus he ceded political ground for the greater national good and stability. This is how he helped to quell violence following disputed presidential elections in 2007. To his admirers this showed political maturity and astuteness.

This was not always interpreted as courageous, however. Some detractors labelled it as political weakness and betrayal. Despite numerous compromises, his detractors hardly ceded ground.

Just before his death, some of his detractors had labelled him the ultimate betrayer for solidifying his relationship with President William Ruto. Odinga worked with Ruto under what they termed broad-based government, formed at the height of mass protests to oust Ruto. Odinga propped up the embattled government under pressure over a controversial taxation bill and other problems. The nomination and sebsequent appointment of party members to the beleaguered government immediately deflated the protests. This demonstrated Odinga’s unmatched influence in Kenya’s politics.

I am a scholar of politics who has studied Kenya’s transition from authoritarianism to more democratic forms of politics. My 2018 book Political Power and Tribalism in Kenya examined the salience of ethnicity in the country’s multiparty politics.

It’s my view that Odinga employed compromise to integrate Kenya and hopefully live to fight another day. He had either official or informal working arrangements with all of Kenya’s five presidents bar one. He was therefore party to top decision making in the country without the benefit of executive power.

Had he thrown his weight behind the protest movement in 2024, it is highly likely that Kenya would have dissolved into chaos, as witnessed after disputed elections in 2007. He held that the mass protests in 2025 could have resulted in state collapse and bloodletting had he not intervened.

Through chutzpah and guile, Odinga escaped all attempts by his detractors to reduce him to an ethnic leader. Instead, he built alliances and connected with the working-class and rural poor, especially young Kenyans, who identified with his courage in Kenya’s human rights and democracy struggle.

Odinga: The bogeyman of Kenya’s establishment

A former Kenyan vice president, Michael Wamalwa Kijana, once described Odinga’s relationship with Kenyans as either Railamania or Railaphobia – people either passionately liked or irrationally feared him.

He commanded fanatical support among his co-ethnics and across Kenya, especially in his strongholds. But a section of Kenyan society opposed him, especially the clique that has controlled executive power and economic privileges since 1963.

Although Odinga was part of the establishment and rose to the position of prime minister (2008-2013), the only second Kenyan to occupy the post, he was treated with suspicion and disdain especially over the male circumcision rite that his community did not traditionally practise. His father, the founding vice president of Kenya who became the doyen of opposition politics, Jaramogi Oginga Odinga, suffered the same fate.

Raila Odinga’s detractors, among the elite and populace, mocked him while he was sick and irreverently celebrated his death.

This grouping, opposed to a capable welfare state based on inclusivity and egalitarianism, showed almost irrational antipathy towards Odinga. The establishment consistently schemed against him. His mass appeal, socialist orientation and populist politics posed a threat to the most reactionary cohort of the Kenyan political elite. Odinga’s uncompromising stance against the one-party dictatorship which earned him nine years of detention without trial, and implicated him in an abortive coup in 1982, did not endear him to all.

Odinga’s capacity to reinvent himself politically was astounding. Despite losing presidential elections five times, on several occasions because of state instigated fraud, he was undiminished. He was widely known in diplomatic circuits across Africa and globally. Memorably he mediated the Ivorian conflict following violently disputed elections in 2010. Thus, Odinga was among the pantheon of Kenya’s greats, a pan-Africanist and an internationalist.

Kenya’s moment of introspection

His death affords Kenyans an opportunity to reflect on the state of the Kenyan nation. He personified Kenya’s contradictions. Odinga’s long political career exhibited hope and despair for his supporters. In a country hamstrung by the ideology of ethnicised politics, there could not have been a more opportune moment for introspection.

Some of Odinga’s political moves turned out to be miscalculations. For instance, the grand coalition government formed in the wake of the 2007-2008 post-election maelstrom stabilised Kenya but did not address long term historical injustices.

Although it was the most inclusive since independence, it was bloated and mired in corruption, and perpetrated human rights violations. This rapprochement sealed his fate because it gave his opponents room to regroup. They regained the political initiative and eventually locked him out of the presidency forever.

His relationship with Ruto appeared to be more trusting than earlier ones, but Odinga still seemed to be the outsider in Kenya’s political matrix. Odinga’s shortcomings humanised him. Giants can have feet of clay.

Odinga bows out as the people’s president; the president that Kenya never had.

The Conversation

Westen K Shilaho does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Raila Odinga mastered the art of political compromise for the good of Kenya – https://theconversation.com/raila-odinga-mastered-the-art-of-political-compromise-for-the-good-of-kenya-268022

« Pas dans ma cour » : Les deux faces du NIMBYisme québécois

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

Écoutez cet article en version audio générée par l’IA.

Au Québec, les citoyens disposent d’un pouvoir municipal rare au Canada : celui de bloquer par référendum des projets d’urbanisme dans leur quartier. Ce mécanisme de démocratie directe, inscrit dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme depuis les années 1970, est à double tranchant : il permet une implication citoyenne forte, mais peut aussi paralyser des initiatives nécessaires pour lutter contre la crise du logement.

Les référendums municipaux s’inscrivent dans une tradition de participation citoyenne ancrée dans la culture politique québécoise. On remarque néanmoins que la participation à ces scrutins est souvent faible, tandis que le pouvoir de blocage est puissant.

En tant que spécialiste des études canadiennes, je m’intéresse depuis ma thèse de science politique aux procédures de participation citoyenne, et tout particulièrement à la tension entre démocratie participative et démocratie directe.

Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et – tout particulièrement en cette année électorale – politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Tourisme et démocratie locale : la leçon de Petite-Rivière-Saint-François

En 2022, la municipalité de Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, a organisé un référendum local visant l’assouplissement de deux règlements de zonage relatifs aux résidences de tourisme.

Le résultat a été sans appel, puisque plus de 70 % des électeurs ont voté contre l’assouplissement des règles qui aurait permis d’accueillir davantage de chalets locatifs près du Massif. Le message des citoyens était clair : préserver la qualité de vie et le caractère du territoire face à une pression touristique jugée excessive.

Le scrutin a eu un effet immédiat avec le rejet des règlements, stoppant ainsi un projet de développement.




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À Québec, un vote favorable à la ville compacte

Deux ans plus tard, à Québec, dans l’arrondissement de Charlesbourg, le projet Maria-Goretti a connu une issue inverse.

Près de la moitié des électeurs de la zone concernée se sont déplacés pour voter, et cette fois, la majorité a approuvé le projet résidentiel soumis à approbation référendaire.

L’administration municipale a salué le résultat comme un signe d’adhésion à une densification maîtrisée, alors que les opposants y voyaient un précédent inquiétant pour le patrimoine local.

Au Québec, l’urbanisme passe aussi par les urnes

Ces deux exemples illustrent la vitalité – mais aussi les tensions – de la démocratie urbaine au Québec.

Contrairement à la plupart des provinces canadiennes, où les projets d’urbanisme sont décidés par les conseils municipaux sans recours direct aux électeurs, le Québec conserve des mécanismes d’approbation référendaire hérités de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU).

Les citoyens qui s’estiment lésés par un projet peuvent demander l’ouverture d’un registre, recueillir des signatures, et si le seuil requis est atteint, déclencher un vote.




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Participation ou paralysie ? Le dilemme des référendums d’urbanisme au Québec

Ce dispositif, qui remonte aux années 1970, repose sur une idée forte : permettre à ceux qui habitent un quartier de participer à la décision sur son avenir. Mais il est aujourd’hui au cœur d’un débat : favorise-t-il réellement la démocratie, ou crée-t-il des zones de veto locales capables de bloquer toute initiative de densification ?

Le paradoxe tient à la fois dans la mobilisation et dans la portée.

Lorsqu’un vote a lieu, la participation dépasse rarement 50 %. Pourtant, un petit nombre d’électeurs peut décider du sort d’un projet d’intérêt collectif. En 2017, le gouvernement du Québec a tenté de moderniser ces procédures avec le projet de loi 122, qui visait à donner plus d’autonomie aux municipalités et à encourager d’autres formes de participation.

Plusieurs villes ont alors remplacé les référendums par des consultations publiques plus ouvertes, misant sur la pédagogie et le dialogue.

L’Office de consultation publique de Montréal

C’est le cas de Montréal, où l’Office de consultation publique (OCPM) organise régulièrement des audiences sur les grands projets urbains.




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Des centaines de citoyens peuvent y soumettre des mémoires, participer à des ateliers, ou voter dans le cadre de budgets participatifs.

En 2021, plus de 20 000 Montréalais ont pris part à un vote en ligne pour choisir les projets d’aménagement financés par la ville – un chiffre sans précédent pour une initiative locale.


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La consultation plutôt que le référendum

À Boisbriand, la municipalité a choisi de multiplier les consultations plutôt que de déclencher des votes formels, afin d’éviter que quelques dizaines de signatures ne suffisent à bloquer un règlement.

Mais le référendum local conserve une charge symbolique forte.

Dans un contexte de méfiance croissante envers les promoteurs immobiliers, il apparaît comme le dernier rempart pour protéger les citoyens contre des décisions jugées opaques.

Le NIMBYisme à la québécoise : entre défense du cadre de vie et justice sociale

Cette défiance s’exprime aussi face aux élus municipaux, souvent perçus comme trop proches des intérêts privés. Le « non » devient alors une manière de reprendre le contrôle du territoire, de ralentir un rythme de transformation jugé trop rapide.

Ce réflexe de défense du cadre de vie est parfois associé au NIMBYisme, acronyme de « Not In My Backyard ».

L’expression désigne ceux qui soutiennent les politiques publiques en général, mais refusent leur application à proximité de chez eux. On parle souvent de NIMBYs « de droite », attachés à la valeur foncière de leur propriété et hostiles à la densification.

Mais le Québec voit émerger une autre forme de contestation, un NIMBYisme « de gauche », ancré dans la critique de la spéculation immobilière et de l’embourgeoisement. Les opposants ne défendent plus seulement leur jardin, mais aussi le droit au logement, la mixité sociale et la préservation du patrimoine collectif.

Bâtiment en briques brunes couvert de graffitis
Craignant l’embourgeoisement du quartier Mile End, 67 % des 10 732 répondants se sont exprimés contre le projet de reconversion de l’entrepôt Van Horne proposé par le promoteur en 2023.
Frank DiMauro | Facebook

Référendums, NIMBYisme et crise du logement : un équilibre impossible ?

Ces deux visages du NIMBYisme se croisent et s’affrontent souvent dans les débats municipaux.

Un même projet peut être rejeté pour des raisons très différentes : les uns craignent la hausse du trafic ou la perte d’intimité, les autres redoutent l’arrivée de condominiums de luxe chassant les locataires modestes. La frontière entre conservatisme local et résistance progressiste devient floue, et le référendum en est le miroir.

Dans un contexte de crise du logement, cette ambivalence devient un enjeu politique majeur. Les gouvernements municipaux et provinciaux doivent arbitrer entre la participation et l’efficacité. Trop de recours citoyens peuvent ralentir des projets nécessaires, tandis que trop peu de recours risquent de creuser le fossé entre élus et habitants.

Les maires, eux, se retrouvent pris entre deux feux : on leur reproche à la fois de céder aux promoteurs et de ne pas aller assez vite pour répondre à la demande.




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Sortir de l’impasse

Plusieurs villes expérimentent des dispositifs de co-construction : jurys citoyens, laboratoires urbains, consultations hybrides.

Ces formes de participation ne remplacent pas le vote, mais cherchent à l’enrichir. Elles permettent d’impliquer les habitants dès la conception d’un projet, avant que les positions ne se figent dans un « oui » ou un « non ». L’enjeu n’est pas de supprimer la démocratie directe, mais de la rendre plus délibérative, moins défensive.

Les référendums municipaux québécois rappellent que la démocratie locale n’est jamais acquise. Ils traduisent à la fois une volonté d’autonomie citoyenne et une peur de perdre le contrôle face à des transformations urbaines rapides. Dans une époque où les villes se densifient, où le logement devient un bien rare, cette tension est inévitable.

Plutôt que de l’opposer, il s’agit d’en faire le moteur d’un nouveau pacte urbain où la parole des habitants pèse sans pour autant paralyser l’action collective.

La Conversation Canada

Christophe Premat est professeur en études culturelles francophones et directeur du Centre d’études canadiennes de l’Université de Stockholm. Il est membre de l’Association Internationale des Études Québécoises depuis 2023. Il est l’auteur d’une thèse de science politique sur “la pratique du référendum local en France et en Allemagne” soutenue en 2008 à l’Institut d’études politiques de Bordeaux.

ref. « Pas dans ma cour » : Les deux faces du NIMBYisme québécois – https://theconversation.com/pas-dans-ma-cour-les-deux-faces-du-nimbyisme-quebecois-267907

Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones

Source: The Conversation – in French – By Karine Millaire, Professeure adjointe en droit constitutionnel et autochtone, Université de Montréal

La Coalition avenir Québec (CAQ) projette non seulement d’imposer une Constitution du Québec aux Premières Nations et Inuit, mais en plus le projet de loi s’inscrit en contradiction avec les droits des Autochtones garantis par la Constitution canadienne. Adopter une telle approche en 2025 ignore des droits constitutionnels bien reconnus, reproduit la vieille approche coloniale et constitue une grave erreur juridique comme historique.

Il y a plus de 40 ans, on enchâssait dans la Constitution canadienne l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette disposition garantit les droits des peuples autochtones issus de traités et leurs droits ancestraux. Le projet de Constitution de la CAQ en fait complètement fi. Aucune disposition du projet de loi déposé ne traite des droits constitutionnels autochtones. Plus encore, les quelques mentions des Premières Nations et Inuit au préambule du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, sont de nature à minimiser des droits pourtant clairement reconnus.

On y mentionne en effet les Autochtones pour affirmer qu’ils « existe[nt] au sein du Québec ». On ne reconnaît pas qu’il s’agit de « peuples », contrairement à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007, mais plutôt de simples « descendants des premiers habitants du pays ». On désigne même nos nations sous des appellations coloniales francisées, rappelant le processus d’effacement des noms de nos ancêtres.

Le projet de loi affirme l’« intégrité territoriale » ainsi que la « souveraineté » culturelle et parlementaire du Québec. Les Autochtones ne pourraient selon ce projet de Constitution que « maintenir et développer leur langue et leur culture d’origine ». Autrement dit, les droits territoriaux et de gouvernance garantis en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sont complètement ignorés, voire niés.

L’imposition coloniale des « droits collectifs » de la « nation québécoise » sur les droits collectifs et fondamentaux des peuples autochtones est également affirmée par des dispositions d’interprétation spécifiques. Alors que les droits des Premières Nations et Inuits sont réduits, on précise que ceux de la nation québécoise « s’interprètent de manière extensive ».

De plus, on propose la création d’un Conseil constitutionnel ayant pour mandat d’interpréter la Constitution du Québec. Or, les facteurs explicitement précisés dont devrait tenir compte ce Conseil ne portent que sur les droits et « caractéristiques fondamentales du Québec », son « patrimoine commun », son « intégrité territoriale », ses « revendications historiques », son « autonomie » et son « économie ». Pas une seule mention ici de l’existence des peuples autochtones ou de leurs droits.

Les Wendat, Kanien’keháka (Mohawk), Attikamekw, Anishinaabe, Cris (Eeyou Istchee), Abénakis, Mi’kmaq, Innus, Naskapis, Wolastoqiyik et Inuit n’existent pas sur un territoire « appartenant » au Québec. C’est le Québec qui existe sur les territoires dont ces nations sont les gardiennes et pour lesquels nous avons une responsabilité commune. Nos droits ne sauraient être effacés à nouveau en 2025 par ce projet de Constitution du Québec.

La Cour suprême et les tribunaux du Québec comme d’ailleurs au pays reconnaissent de façon constante que les peuples autochtones ont une souveraineté préexistante à celle imposée historiquement par la Couronne, c’est-à-dire une souveraineté qui existait bien avant les débats sur l’autonomie du Québec au Canada. Cette souveraineté existe toujours et doit être réconciliée avec celle de l’État dans un esprit de « justice réconciliatrice ».

Il en découle des droits concrets en matière de consultation, de consentement, d’autonomie gouvernementale. Aucune dérogation à ces droits n’est possible, contrairement aux droits et libertés visés par la clause dérogatoire de l’article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Or, la CAQ souhaite mettre à l’abri de contestations constitutionnelles toute disposition législative qui « protège la nation québécoise ainsi que l’autonomie constitutionnelle et les caractéristiques fondamentales du Québec » en interdisant toute contestation judiciaire d’un organisme qui utiliserait pour ce faire des fonds publics du Québec. Fort nombreuses sont les organisations qui reçoivent des fonds publics, incluant celles ayant justement la mission publique de protéger la société contre les actions illégales ou délétères de l’État. Il s’agit d’un des fondements de l’État de droit.

Du point de vue autochtone, cette interdiction rappelle l’époque coloniale où il était interdit aux Premières Nations de contester les actions illégales de l’État qui avaient pour but de les déposséder de leurs terres, de nier leurs droits et de les assimiler. Cette mesure a participé au génocide des peuples autochtones au Canada.




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Un projet de loi qui s’ajoute à d’autres violations de droits par Québec

Ce projet de Constitution du Québec s’ajoute à plusieurs autres atteintes claires aux droits autochtones. Pensons à la contestation de Québec de la loi fédérale reconnaissant le droit inhérent des peuples autochtones de mettre en place leurs propres politiques familiales et de protection de la jeunesse. La Cour suprême lui a donné tort et a confirmé la constitutionnalité de la loi fédérale.

La CAQ a aussi refusé d’exclure les étudiants autochtones des règles de renforcement de la Charte de la langue française (projet de loi 96), alors que les langues autochtones ne menacent pas le français. Cette décision accroît les obstacles aux études supérieures et limite les droits de gouvernance en éducation des peuples autochtones. La contestation de la constitutionnalité de la loi québécoise est en cours.

Enfin, pensons au récent projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier, lequel avait été sévèrement critiqué. Celui-ci proposait un retour en arrière et rappelait l’approche préconisée au début de la colonisation du territoire, alors que l’industrie jouait un rôle accru en matière de gouvernance du territoire. Le projet de loi a finalement été abandonné fin septembre, mais il aura fallu que les peuples autochtones se battent à nouveau pour faire respecter leurs droits.

Moderniser la Constitution du Québec pour respecter les droits des Autochtones

Le contexte n’est plus le même qu’à la fondation du pays en 1867 ou lors des discussions des années 1980 ayant précédé le rapatriement de la Constitution. En 2025, il ne serait ni légal, ni légitime, d’adopter une Constitution du Québec ignorant les droits des Autochtones.

Une Constitution québécoise doit minimalement reconnaître les mêmes droits ancestraux et issus de traités que ceux protégés par la Constitution canadienne et les décisions des tribunaux en la matière. Cela inclut des droits de gouvernance notamment quant au territoire.

De plus, la Charte des droits et libertés de la personne est silencieuse sur les droits autochtones. L’article 10 garantissant le droit à l’égalité devrait être modifié pour indiquer que l’identité et le statut autochtone sont des motifs de discrimination spécifiquement prohibés au Québec. Cette Charte devrait également reconnaître expressément le droit à la sécurité culturelle afin que toute personne autochtone ait accès aux services publics de façon équitable. Ces changements permettraient qu’un mandat conséquent soit donné à la Commission des droits de la personne pour agir afin d’enrayer cette discrimination.


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Le Québec doit également mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le Canada fait partie de nombreux pays qui se sont engagés à le faire et nos tribunaux ont commencé à s’y référer. La Déclaration exige de construire avec les peuples autochtones les politiques qui touchent à leurs droits, de respecter leur consentement et leur autonomie ainsi que le droit d’avoir accès aux services publics sans discrimination, à l’instar du Principe de Joyce.

Le projet de Constitution de la CAQ ne correspond en rien à ce qu’un véritable processus constituant doit faire. Ni les Québécois ni les peuples autochtones ne participent à cette démarche. Une Constitution devrait être pensée pour au moins les sept prochaines générations, comme nous l’enseignent les Aînés, et non en vue de la prochaine élection.

La Conversation Canada

Karine Millaire est Présidente bénévole de Projets Autochtones du Québec, une organisation assurant des services d’hébergement et d’autonomisation aux personnes autochtones en situation de précarité à Tiohtià:ke (Montréal). À titre de professeure universitaire, elle reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

ref. Quand la Constitution québécoise ignore les peuples autochtones – https://theconversation.com/quand-la-constitution-quebecoise-ignore-les-peuples-autochtones-268329

La conversación docente: no pregunte a la IA lo que puede hacer por usted

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

Stokkete/Shutterstock CC BY

La frase de nuestro título: “No pregunte a la IA qué puede hacer por usted…”, además de parafrasear a Kennedy, apunta a una cuestión básica respecto al papel de la inteligencia artificial en la educación: entender en qué nos ayuda y en qué nos perjudica su uso. Hoy traigo perspectivas nuevas y propuestas concretas, como siempre, para usar en la clase, tanto de secundaria como de universidad.

La IA llegó al panorama educativo con la promesa de personalizar el aprendizaje, facilitando de esta manera el rendimiento de los estudiantes más rezagados. Pero una reciente investigación de María Luisa Fanjul Fernández, Francisco José Pradana Pérez y Joaquín Pérez Martín de la Universidad Europea ha comprobado que esta tecnología no reduce la brecha entre estudiantes “buenos” o “malos”. Los que ya tienen buenos hábitos de estudio son los que consiguen profundizar en los contenidos, mejorar su comprensión y desarrollar nuevas competencias gracias a la IA. El resto piensa sobre todo en ahorrar tiempo: algunos para mejorar productividad (aunque no las notas) y otros simplemente por esforzarse menos.

“De esta manera, lejos de igualar oportunidades, esta herramienta puede ampliar la brecha educativa. Por ejemplo, hemos visto que entre los estudiantes con mejor rendimiento, el 72 % asegura revisar o contrastar siempre la información generada por la IA. Entre los de peor rendimiento, solo el 28 % lo hace”, advierten los autores.

La mente humana adora los atajos. Está en nuestro ADN. Que los universitarios no prioricen aprender más y mejor es un problema de actitud y objetivos. Aquellos que se apoyen demasiado en la inteligencia artificial, aunque saquen el grado, no saldrán igual de preparados. ¿Qué pasa en secundaria? Las mentes de los adolescentes están en pleno crecimiento, y hay tareas escolares que precisamente contribuyen a ese desarrollo cognitivo. ¿Qué hacemos para convencerles de que no les compensa, y para demostrarles cómo sí pueden hacerlo bien?Por ejemplo: leer un libro y resumirlo. En su artículo, Esther Nieto Moreno de Diezmas de la Universidad de Castilla-La Mancha, explica lo que aporta esta tarea escolar al cerebro desde el punto de vista cognitivo, pero también emocional y metacognitivo. Ahorrar tiempo está muy bien cuando tenemos encima una fecha de entrega, pero, advierte esta experta, “conviene pararse a analizar en qué estamos ahorrando exactamente y cuáles son las contrapartidas”.

Coinciden con ella Jorge Chauca García, de la Universidad de Málaga, que ofrece ejemplos concretos de qué sí se puede hacer con la inteligencia artificial en la asignatura de Historia en secundaria y Bachillerato; y Luis Daniel Lozano Flores, de la Universidad de Guadalajara México, que insiste en esta idea: la tecnología potencia nuestras capacidades, pero para que no acabe sustituyéndolas, tenemos que ser estratégicos. Resumiento: no es lo que puede hacer por nosotros la IA, es lo que nosotros podemos hacer con ella.

Otros temas de interés de esta quincena tienen que ver con la diferencia entre enseñar y adoctrinar, estudiar un grado o máster en otro idioma, y cómo fomentar la autoconfianza de las niñas en matemáticas para reducir la brecha de género en esta disciplina. Espero que los disfruten. Para quienes viven en Madrid (o también para los que no, porque estará disponible en streaming), no quiero dejar pasar la oportunidad de animarles a acudir a nuestro encuentro en el Espacio Telefónica con el experto en neuroeducación David Bueno. Hablaremos del bienestar digital de los niños y los adolescentes, del papel que puede o debería tener la tecnología en el aprendizaje, y de cómo puede mejorar la enseñanza aplicando lo que sabemos del desarrollo cognitivo infantil y adolescente.

The Conversation

ref. La conversación docente: no pregunte a la IA lo que puede hacer por usted – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-no-pregunte-a-la-ia-lo-que-puede-hacer-por-usted-268371

Woven baskets aren’t just aesthetically pleasing – materials science research finds they’re sturdier and more resilient than stiff containers

Source: The Conversation – USA – By Guowei (Wayne) Tu, Ph.D. Student in Civil and Environmental Engineering, University of Michigan

Woven fabric is resilient to stress because it tends to bend more than rigid materials before breaking. Jordan Lye/Moment via Getty Images

People have been using flat, ribbonlike materials, such as reed strips, to make woven baskets for thousands of years. This weaving method has reemerged as a technique for engineers to create textile and fabric structures with complex geometry. While beautiful and intricate, these baskets can also be surprisingly strong.

We are a team of structures and materials scientists at the University of Michigan. We wanted to figure out how basketlike structures that use traditional weaving techniques can be so sturdy, load-bearing and resilient.

To explore the resilience of baskets, we designed a series of small woven units that can be assembled into larger structures. These woven designs provide almost the same stiffness as nonwoven structures, such as plastic bins. They also do not fracture and fail when bent and twisted the way nonwoven, continuous systems (made out of a continuous sheet material) do.

Our basketlike woven structures have many potential applications, including tiny robots that are very damage resilient – these robots can be run over by a car and still do not fail. We could also make woven clothes to help protect people from severe impacts such as car crashes. We made these woven structures using Mylar (a type of polymer material), wood and steel.

A pile of woven baskets
Basket weaving as a practice has been around for centuries.
Mlenny/iStock via Getty Images

Testing woven baskets

Early humans made baskets by weaving slender strips of bark or reeds, and some Indigenous societies use these techniques today. Basket weaving was an efficient way to turn one-dimensional strips into three-dimensional containers.

This geometric benefit is a direct motivation for basket weaving, but in our study published in August 2025 in Physical Review Research, we wanted to find out whether basket weaving can provide more than aesthetic value in modern science and engineering.

In our experiment, we compared woven and nonwoven containers that had the same overall shape and were fabricated using the same amount and type of materials.

The “ribbons” we used were 10 millimeters wide and two-tenths of a millimeter thick. They were always woven in the same over/under/over/under pattern. We wove baskets from the flat ribbons and then created models using 3D scans of these woven containers that helped us examine the underlying similarities and differences between the woven and continuous structures.

We found that these containers had similar stiffness to containers not made from woven materials, and they also went back to their initial shape after we bent or twisted them.

A figure with three panels, the first shows two nearly identical boxes, one woven and one continuous (non-woven). The second panel shows both boxes being twisted and squished. The third shows both structure afterwards. The woven has retained its shape while the continuous looks squished and twisted.
When comparing rectangular boxes made of woven sheets of Mylar polyester ribbons and a continuous sheet of the same material, the woven structure could still bear a load after undergoing compression (axial buckling) and twisting (torsional buckling), while the continuous sheet could not. These structures are made of Mylar (a type of polymer material).
Tu & Filipov, 2025

When you place a heavy object on a woven structure, the ribbons are mainly being stretched instead of bent. This stretching makes them stiff because ribbons are much stiffer when they are stretched compared to bent. On top of that, the ribbons are not rigidly connected in woven structures, which gives them their extraordinary resilience.

By harnessing basket-weaving techniques, engineers can potentially create better materials for cars, consumer devices such as smartwatches, and soft robots, which are robots made from soft materials instead of rigid ones. Essentially, these techniques could improve any device when the material needs to be stiff and resilient.

What’s next

Our research team is still exploring a few big, unanswered questions about these woven baskets.

First, we want to understand how the geometry of the woven baskets determines their stiffness and resilience, and create an analytical or numerical model to describe this relationship. We’d then like to use that model to design woven structures that fit a target stiffness and resilience. Most woven baskets are handmade because their geometry is complex and difficult for a machine to manufacture.

Second, we’d like to figure out how to create a machine that can fabricate woven baskets autonomously. Automated machines can produce two-dimensional woven fabrics, but we’d like to learn how to modernize and digitalize the ancient craft of three-dimensional basket weaving.

Third, we want to understand how to integrate electronic materials into three-dimensional basket weaving to create next-generation robotic textiles. These robotic textiles could sense, actuate, move around, bear a load, stay resilient to accidental overload and safely interact with humans at the same time.

Basket-weaving research and applications

Ours isn’t the only study exploring the complex geometry of basket weaving and the potential of applying basket-weaving techniques to architectural design.

For example, researchers teamed up with an artist to tweak a popular basket-weaving approach, finding ways to weave the ribbons and produce any curvature they desired. Later, the same research team used this methodology to fabricate woven domes. They found that they could tune the stiffness and stability of woven domes by varying the curvature of the ribbons.

In another relevant study, researchers built algorithms that optimized the size, shape and curvature of ribbons, then used those ribbons to weave together a geometrically sophisticated structure.

Our new work and these other teams’ work is putting a modern spin on technology that has likely been around since the dawn of humanity.

The Conversation

Evgueni Filipov has received research funding from AFOSR.

Guowei (Wayne) Tu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Woven baskets aren’t just aesthetically pleasing – materials science research finds they’re sturdier and more resilient than stiff containers – https://theconversation.com/woven-baskets-arent-just-aesthetically-pleasing-materials-science-research-finds-theyre-sturdier-and-more-resilient-than-stiff-containers-265567

The Trump administration’s anti-immigrant housing policy reflects a long history of xenophobia in public housing

Source: The Conversation – USA – By Rahim Kurwa, Associate professor of Sociology, University of Illinois Chicago

An aerial view of a housing development Las Vegas, Nev., on Aug. 8, 2025. Justin Sullivan/Getty Images

The U.S. housing market has been ensnared in a growing affordability crisis for decades.

The problem has gotten dramatically worse in recent years. Since 2019, home prices are up 60% nationwide. A record-high 22 million renters are “cost-burdened” – spending more than 30% of their income on housing.

Meanwhile, stagnant wages, limited housing supply and lagging federal assistance have helped leave more than 770,000 Americans homeless.

Despite these varied reasons, Vice President JD Vance has blamed the housing affordability crisis on undocumented immigrants. In August 2025, he attributed rising housing costs to immigration: “You cannot flood the United States of America with … people who have no legal right to be here, have them compete against young American families for homes, and not expect the price to skyrocket.”

Deportations, he argued, would lower housing prices. “Why has housing leveled off over the past six months? I really believe the main driver is … negative net migration.”

Despite Vance’s claims, research shows that immigration is not a substantial cause of unaffordable housing. In fact, studies have found that deportations exacerbate housing shortages through reductions in the construction workforce, which lead to lower production of housing units and higher prices.

From this perspective, its hard to see the administration’s deportation policy as a real effort to solve the housing crisis. Rather, it is using the housing crisis as a way to justify mass deportations to the public.

The current administration’s anti-immigrant housing policy reflects a long history of xenophobia in housing. As a sociologist of housing, I’ve traced the history of racial segregation in housing in Los Angeles County. I have found that the same far-right groups that sought to defeat public housing construction and maintain racially restrictive agreements in post-World War II Los Angeles also advocated to ban immigrants from U.S. housing programs.

Earlier anti-immigrant housing plans

Among the leaders of these efforts was the far-right politician and activist Gerald L.K. Smith. Described in 1976 by historian John Morton Blum as “the most infamous American fascist,” Smith helped bridge the American right’s 1940s conspiratorial and isolationist America First era and its 1960s anti-civil rights era.

Smith traveled the country advocating a Christian nationalist vision for American society, offering a religious justification for anti-communism and opposition to civil rights. He also ran for president unsuccessfully in 1944, 1948 and 1956.

A black and white photo shows a man in a suit, right hand raised, speaking in front of a table.
Gerald L.K. Smith speaks in Washington, D.C., on Aug. 7, 1936.
Library of Congress, CC BY

After settling in Los Angeles in 1953, Smith led Red Scare campaigns – driven by hostility to communism – across the country.

In my research, I found that Smith was an early proponent of anti-immigrant housing policy. His 10 principles included a call to “Stop immigration in order that American jobs and American houses may be safeguarded for American citizens.” Elsewhere he called to “Release housing units occupied by aliens in order that they may be occupied by veterans and other American citizens.”

Smith wasn’t alone. His efforts were part of a broader environment in which public officials and local media worked to stop construction of public housing in Los Angeles in the 1950s, accusing its proponents of communism.

Recent anti-immigrant policy in housing

State and federal policymakers have also incorporated anti-immigrant stances into American housing policy over the past half-century.

The 1980 Housing and Community Development Act was the first federal legislation to specifically bar undocumented immigrants from public housing programs. Welfare reform in 1996 further restricted public housing assistance to only legal permanent residents and those with asylum or refugee status.

Echoing the alien land laws of the late 1800s that prohibited foreign property ownership, policymakers in the 2000s in states such as Pennsylvania and Texas passed laws forcing landlords to check immigration status as a condition of rental – though this was struck down by the courts.

Today, immigrant tenants experience fewer housing rights than citizens. These inequalities fall particularly hard on unauthorized immigrants who experience high rates of housing cost burden, crowding and poor housing conditions.

The Trump administration aims to expand restrictions on immigrants in public housing even further. The Department of Housing and Urban Development is in the process of adopting rules that will evict entire families if even one member is ineligible for assistance based on immigration status. Current law allows those families to live in public housing, while prorating their benefits to account for an ineligible member.

From Smith to Vance, anti-immigrant housing policies have been cast as a way for citizens to get more housing. But they fail to prevent or solve the housing shortage driving the crisis.

For example, the Trump administration’s effort to evict mixed status families from public housing will affect roughly 25,000 households. Setting aside the fact that those families may then be made homeless, that number is only one-tenth the amount of housing that the U.S. has lost due to the defunding and demolishing of public housing since 1990.

A construction worker walks in the frame of a house.
Studies show that deportations can reduce the housing construction workforce, which lowers the number of units built and increases costs.
AP Photo/Laura Rauch

Indeed, many of the Trump administration’s immigration and economic policies are likely to exacerbate the housing crisis. The Trump administration has made deportation a priority and has significantly increased deportation rates compared to recent years, while instituting historically high tariffs on imports.

Deportations reduce the housing construction workforce, lowering the number of units built and increasing costs. And tariffs raise prices on building materials such as lumber, steel and aluminum. The National Association of Home Builders estimates that recent tariffs have raised building costs by US$10,900 per home.

In early 2025, the Department of Government Efficiency canceled or delayed a series of HUD grants for housing assistance programs. And the Trump administration has announced plans for more cuts to the nation’s already insufficient housing assistance budget.

Vance, like Smith before him, presents the issue like a pie, where citizens can get a larger slice only by deporting immigrants. But the reality is that the pie can be bigger: The government can fully fund the housing needs of all Americans for less than it has spent on its other priorities. The recently passed “big, beautiful bill,” for example, allocates more funding to border and interior enforcement per year than key rental assistance programs, public housing and Housing Choice Vouchers allocate for housing.

In Smith’s time, everyday Americans resisted this gambit, speaking out to protest his views. Today, as Smith’s anti-immigration housing ideas have ascended to the national stage, the housing justice community is speaking out against anti-immigrant housing policy and offering an alternative vision of how the U.S. can provide housing for all.

The Conversation

Rahim Kurwa does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Trump administration’s anti-immigrant housing policy reflects a long history of xenophobia in public housing – https://theconversation.com/the-trump-administrations-anti-immigrant-housing-policy-reflects-a-long-history-of-xenophobia-in-public-housing-263860