Peut-on mesurer l’invisible ? Comment naissent les indicateurs qui guident nos décisions ?

Source: The Conversation – in French – By Florence Jeannot, Full Professor in Marketing, INSEEC Grande École

Cela devrait être un préalable à toute action. Bien construire un indicateur ne s’improvise pas. Comment procéder pour être certain de bien mesurer la variable voulue, sans effets de bord et autres biais ? C’est d’autant plus essentiel que la décision s’appuie sur ces indicateurs. Décryptage de la méthode et illustration avec le cas de la créativité, une « compétence » qui n’est pas immédiatement mesurable.


Créativité, engagement, confiance, bien-être : ces notions occupent aujourd’hui une place centrale, qu’il s’agisse d’entreprises, d’institutions publiques ou d’organisations éducatives. Elles orientent des décisions importantes, de l’innovation à l’évaluation des politiques publiques, jusqu’à l’amélioration des conditions de travail. Dans un contexte marqué par l’incertitude et les transformations rapides, elles sont de plus en plus mobilisées pour éclairer la manière dont les organisations s’adaptent et font face à ces changements.

Un point commun les relie : elles ne sont pas directement observables et doivent être appréhendées à travers des indicateurs. Dès lors, comment mesurer ce qui ne se voit pas ? Ces notions sont dites « intangibles » : elles correspondent à ce que les chercheurs appellent des construits latents, c’est-à-dire des réalités que l’on ne peut saisir qu’indirectement. Autrement dit, on ne mesure pas directement la créativité ou le bien-être, mais les éléments qui permettent de les approcher.

Derrière ces indicateurs se cache un processus de construction scientifique exigeant, souvent méconnu, qui conditionne la manière dont ces réalités sont évaluées et, in fine, les choix qui en résultent.




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Mesurer n’est jamais un acte neutre. C’est une manière de rendre certaines réalités visibles, et donc d’orienter les décisions. C’est aussi une manière de préciser ce qui compte pour une organisation et ce que l’on choisit d’observer et de suivre dans le temps.

Ce processus s’appuie sur une démarche méthodologique bien établie, notamment dans les travaux de Gilbert Churchill sur le développement d’échelles de mesure. À partir de nos travaux récents, il est possible d’en comprendre les étapes et les enjeux.

Clarifier l’objet de la recherche

La première étape consiste à clarifier ce que l’on cherche réellement à mesurer. En pratique, un même terme peut recouvrir des réalités différentes. Dans notre recherche, nous nous sommes intéressés à la créativité organisationnelle, non pas comme un simple résultat, mais comme une capacité. Une organisation devient créative lorsqu’elle met en place des pratiques, des dispositifs et des routines qui favorisent durablement la génération et le développement d’idées.

Pour préciser ce concept, nous avons analysé 417 articles scientifiques, ce qui nous a permis d’identifier cinq dimensions : l’ouverture vers l’extérieur, la socialisation des idées, l’équipement créatif, la gestion des idées et l’agilité organisationnelle.

Cette étape transforme une notion abstraite en un cadre clair, indispensable pour construire des indicateurs fiables. Elle permet aussi d’éviter de réduire des phénomènes complexes à des indicateurs trop simplistes.

Traduire le concept en indicateurs

Une fois les dimensions définies, il s’agit de les rendre mesurables. Concrètement, cela consiste à construire des « items », c’est-à-dire des questions permettant de capter chaque dimension à travers des pratiques observables. Par exemple, une organisation favorise-t-elle les échanges d’idées ? Dispose-t-elle d’outils pour les développer ? Est-elle ouverte à des sources d’inspiration extérieures ?

Cette phase correspond à la génération et à la sélection des items : il s’agit de créer puis de retenir les indicateurs les plus pertinents, en éliminant ceux qui sont redondants ou peu fiables. L’enjeu n’est pas d’accumuler les mesures, mais de retenir celles qui rendent le mieux compte de la réalité étudiée. Dans notre étude, cette étape a permis de construire un ensemble de 16 items traduisant les différentes dimensions des capacités créatives organisationnelles, avant de les soumettre aux étapes de validation.

Indispensable vérification

La dernière étape consiste à vérifier la qualité des indicateurs et la robustesse de l’échelle de mesure. Nous avons ainsi mené une enquête auprès de 900 répondants issus de différentes organisations, à l’échelle internationale, afin d’élargir la portée des résultats. Les données ont été analysées à l’aide de deux approches complémentaires :

  • l’analyse factorielle exploratoire permet d’identifier comment les réponses se regroupent entre elles, autrement dit les grandes dimensions qui émergent des données ;

  • l’analyse factorielle confirmatoire permet ensuite de vérifier que ces regroupements correspondent bien au modèle théorique proposé.

Ces méthodes permettent ainsi de vérifier que les résultats sont cohérents et qu’ils correspondent bien à la manière dont le phénomène a été modélisé. Elles constituent une première étape dans l’évaluation de la robustesse de l’échelle, en vérifiant la solidité de sa structure.

Fnege Médias 2024.

Plusieurs tests sont ensuite réalisés pour évaluer la qualité de l’échelle. Ils permettent notamment de vérifier sa fiabilité, ainsi que différentes formes de validité. En particulier, la validité convergente signifie que les items censés mesurer une même dimension donnent des résultats cohérents. La validité discriminante vérifie que les différentes dimensions de l’échelle sont bien distinctes.

Enfin, la validité prédictive permet de s’assurer que les indicateurs sont liés à des résultats concrets, comme la production d’innovations. Ainsi, les résultats de notre étude montrent que l’échelle développée est fiable et robuste, et qu’elle permet d’anticiper les résultats créatifs au sein des organisations.

De la mesure à l’action

Cette démarche a donné lieu à la mise en ligne d’un outil accessible gratuitement, permettant aux organisations d’évaluer leurs capacités créatives. À partir d’un questionnaire, il est possible d’obtenir un score global, ainsi qu’un diagnostic détaillé des différentes dimensions, accompagné de pistes d’amélioration concrètes.

L’intérêt est double : rendre visible une capacité souvent difficile à repérer pour les organisations et fournir des leviers d’action pour la développer dans le temps. Au-delà des résultats, il s’agit de mieux comprendre les équilibres internes et les marges d’adaptation d’une organisation.

Cette démarche s’applique tant aux entreprises qu’aux institutions publiques et aux organisations éducatives. Elle peut également être mobilisée pour analyser d’autres notions que la créativité, y compris des phénomènes sociétaux tels que le bien-être psychologique ou la cohésion sociale. Dans tous les cas, les indicateurs reposent sur des choix théoriques et méthodologiques qui influencent leur interprétation. Ils contribuent ainsi à orienter les façons de penser et d’agir face à des enjeux complexes.

The Conversation

Florence Jeannot a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche.

Guy Parmentier a reçu des financements de l’ANR

Romain Rampa ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Peut-on mesurer l’invisible ? Comment naissent les indicateurs qui guident nos décisions ? – https://theconversation.com/peut-on-mesurer-linvisible-comment-naissent-les-indicateurs-qui-guident-nos-decisions-281784

La science des passes en football nous apprend qu’au-delà de 60 % de stars dans l’équipe, la performance baisse

Source: The Conversation – in French – By Mehdi Bagherzadeh, Professeur, Neoma Business School

Et si le succès dépendait moins de la présence des meilleurs joueurs que de la mise en place de conditions propices à un collectif fort ? C’est la leçon tirée d’une étude portant sur 1 750 matchs dans les cinq principales ligues masculines européennes de football lors de la saison 2017–2018. La Coupe du monde 2026 nous donnera peut-être une nouvelle occasion de le vérifier.


L’équipe de France avec un collectif composée de stars aura-t-elle moins de chance de remporter la Coupe du monde que des équipes avec un collectif plus fort organisées autour de joueurs moins célèbres ?

Car après des « années de galère et de combat », le Paris Saint-Germain (PSG) a remporté la Ligue des champions de l’UEFA lors de la saison 2024-2025, à la suite du départ de Lionel Messi, Neymar da Silva Santos Júnior et Kylian Mbappé, trois des meilleurs footballeurs du monde, avant de conserver le titre cette saison. À maintes reprises, le monde du football a démontré à quel point des équipes très talentueuses peuvent décevoir, tandis que des équipes moins bien dotées dépassent souvent les attentes.

Nos recherches récentes remettent en cause l’idée reçue selon laquelle, en matière de stars, « en compter plus, c’est toujours mieux ».

En croisant les données de 1 750 matchs de 91 équipes dans cinq ligues de football, nous avons montré que la relation entre la proportion de joueurs vedettes et la performance de l’équipe dessine un U inversé. Au-delà d’un certain seuil, chaque star supplémentaire réduit la probabilité de victoire. Notre point de basculement : 60 % de stars dans l’effectif. Au-delà, la performance commence à décliner.

Dans notre étude, un joueur est considéré comme « vedette » s’il obtient une note FIFA video game moyenne ≥ 80/100 sur trois saisons consécutives. Ce seuil correspond aux 1 % les plus élevés parmi les 29 869 joueurs répertoriés dans la base de données, et à seulement 10 % des joueurs des cinq ligues étudiées. En matière de coût, leur valeur médiane de marché atteint 17,4 millions d’euros, contre 2,1 millions pour un joueur ordinaire, soit près de huit fois plus.

Circuit de passe

Ce qui fait vraiment la différence entre une bonne et une mauvaise équipe, ce n’est pas tant qui la compose, mais comment elle travaille ensemble. Pour ce faire, nous avons modélisé les circuits de passes de chaque match sous forme de matrices. Alors qui transmet le ballon à qui ?

Deux paramètres ont été mesurés :

  • la densité du « circuit de passe », c’est-à-dire le degré auquel les joueurs sont connectés les uns aux autres par des passes. Plus ce réseau est dense, plus on compte de joueurs qui échangent directement le ballon entre eux ;

  • sa centralité, soit le degré auquel le jeu se concentre autour d’un ou de quelques joueurs.

Ces paramètres ont ensuite été croisés avec la proportion de joueurs vedettes dans chaque équipe et le résultat du match. Conclusion : les clubs comptabilisant plusieurs vedettes obtiennent de moins bons résultats lorsque leur jeu repose sur un petit nombre de ces stars, alors que le reste de son effectif reste à l’écart. À l’inverse, les équipes dont le ballon circule entre tous les joueurs, sans revenir systématiquement aux mêmes, tirent mieux parti de leurs vedettes.

Densifiée et décentralisée

Par exemple, lors de la saison 2017–2018 de Bundesliga, le Bayern Munich alignait 71 % de joueurs vedettes. Grâce à un circuit de passes à la fois dense – où de nombreux joueurs s’échangent le ballon directement entre eux – et décentralisé – aucun joueur ne monopolise le jeu –, le club a battu 6-1 le Borussia Dortmund qui compte 43 % de vedettes.

A contrario, l’AS Roma – 50 % de vedettes –, dont le circuit de passe était trop centralisé autour de ses stars, a subi une défaite 1-3 face à l’Inter Milan – 36 % de vedettes.

Pour gagner, les équipes composées de stars doivent créer des circuits de passe où davantage de joueurs sont connectés les uns aux autres par des passes. Les quelques stars ne doivent pas monopoliser le jeu ; les joueurs de l’équipe doivent se relayer pour gérer le jeu. Ce schéma allège la pression sur chaque joueur et garantit que l’ensemble de l’équipe contribue à la performance collective.

Tactique de passe efficace

Nous avons également constaté que les équipes composées de seulement 25 % de stars, mais avec des tactiques de passes mieux organisés – moins denses, mais décentralisés, différents joueurs prenant tour à tour une part active au jeu plutôt que quelques joueurs monopolisant le ballon – pouvaient surpasser des équipes dotées d’un vivier de talents bien plus solide. Les premières affichent une probabilité de victoire de 35 % supérieure à ce que leur seul niveau de talent laissait prévoir – et battent même en probabilité des équipes composées à plus de 60 % de vedettes mal organisées.

La performance ne dépend pas uniquement du talent individuel, mais de la qualité des modes de collaboration au sein de l’équipe.

Nos recherches déplacent le regard du manager de la question du « qui » vers celle du « comment ». Sans modes de collaboration adaptés au profil de l’équipe et relations appropriées, même les équipes les plus talentueuses peuvent échouer. Ce changement de paradigme commence à s’imposer dans les organisations avant-gardistes. En sciences du management, le leadership est d’ailleurs de moins en moins conçu comme un rôle individuel ; il devient un processus collectif dans lequel les membres collaborent pour produire des résultats qu’ils ne pourraient pas réaliser seuls.

Qu’est-ce que les managers devraient faire différemment ?

Le talent ne garantit pas la performance

Les managers qui dirigent des équipes avec de nombreux talents – équipes de recherche et développement (R&D), comités de direction, groupes de travail transervsaux – s’exposent à des rendements décroissants, voire négatifs. Dans notre étude, le point de basculement est de 60 % de stars. Au-delà, la performance décline.

Ces équipes partagent avec les équipes de football une caractéristique décisive : l’interdépendance de leurs tâches. C’est précisément cette interdépendance qui détermine si le talent individuel se transforme en performance collective. Les équipes moins talentueuses peuvent obtenir de bons résultats, en jouant sur la qualité de leur organisation interne.

Par ailleurs, un joueur vedette coûte près de huit fois plus qu’un joueur ordinaire. Les ressources consacrées au recrutement de stars peuvent parfois être mieux employées à structurer la collaboration au sein de l’équipe existante.

Accroître les rendements collectifs

Les managers doivent aller au-delà de la simple acquisition d’employés dotés de talent et plutôt réfléchir activement à la manière de structurer la collaboration de leurs équipes afin d’améliorer le rendement collectif.

Notre étude suggère trois leviers concrets à activer :

  • réorganiser les tâches et les flux d’information pour créer des modes de collaboration adaptés au profil des employés ayant le plus de potentiel ;

  • établir ces configurations dès le début. Les analyses intramatch montrent une forte inertie des schémas de collaboration – une fois installés, ils persistent ;

  • surveiller activement ces fonctionnements tout au long de la vie du projet, pour éviter que des événements imprévus – départ d’un membre clé, succès ou échecs précoces – ne déstabilisent les schémas optimaux.

Les grandes équipes ne sont pas un simple assemblage de talents ; elles sont conçues pour créer des liens. Le talent n’est qu’un potentiel ; ce sont des modes de collaboration bien pensés qui le transforment en performance. Plutôt que de se livrer à la « guerre des talents », les managers gagneraient à orchestrer ce qu’ils ont déjà.


Cet article a été corédigé avec Andrew C. Loignon, chercheur senior au Center for Creative Leadership (États-Unis).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La science des passes en football nous apprend qu’au-delà de 60 % de stars dans l’équipe, la performance baisse – https://theconversation.com/la-science-des-passes-en-football-nous-apprend-quau-dela-de-60-de-stars-dans-lequipe-la-performance-baisse-281886

Les sciences de gestion, une discipline « jouvence » ?

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Lamy, Directeur de recherche au CNRS (historien et sociologue des sciences), Observatoire de Paris

Les sciences de gestion restent méconnues d’un public non initié. Voilà un prétexte pour étudier la diversité de ses investissements scientifiques.

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec la Revue française de gestion, qui a fêté ses 50 ans en 2025.


Les sciences de gestion, comme discipline scientifique, sont très peu connues du grand public. Il faut dire qu’à côté d’autres sciences plus anciennes et mieux ancrées, elles doivent constamment affirmer leur légitimité. Comment observer, de façon globale, l’évolution d’une discipline ? Nous avons fait le choix d’étudier les différentes façons dont les articles réflexifs publiés par la Revue française de gestion, rendaient compte des évolutions disciplinaires de la gestion. L’enjeu est de saisir la spécificité de cette discipline via la stratification fine des pratiques de recherche qu’elle investit.

Nous avons requis un outil d’analyse, les régimes de science, développé par le sociologue Terry Shinn. Les régimes de sciences caractérisent différentes formes d’investissements scientifiques en rendant compte des moyens mis en œuvre, des pratiques ordinaires de validation des savoirs et des audiences visées. Les sciences de gestion se distinguent par une implication forte et simultanée dans quatre de ces régimes, ce qui explique à la fois leur hétérogénéité et leur difficulté persistante à établir une identité unique capable de transcender l’enfermement induit par des logiques de spécialisation disciplinaire.

Le régime disciplinaire : une quête identitaire

Le régime disciplinaire est le socle de toute science, centré sur sa communauté, ses revues et la création de connaissances. Les sciences de gestion regroupent un ensemble hétérogène d’objets d’étude et de méthodologies, segmenté en sous-disciplines (stratégie, marketing, finance, management, logistique, etc.) qui se développent parfois de manière autonome. Ce trait composite conduit à une hétérogénéité persistante.




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Loin d’être un défaut, cette fragmentation est considérée comme un mode d’existence structurel d’une science dont l’objet d’étude est essentiellement multidimensionnel et en transformation permanente : l’action organisée. L’évolution des sciences de gestion est donc marquée par une posture de « prescience perpétuelle » car la discipline interroge en permanence ses fondements épistémiques.

Le régime transitaire : le point d’origine des sciences de gestion

Le régime transitaire décrit la circulation des acteurs, des concepts et des méthodes entre disciplines. Nées tardivement en France, les sciences de gestion ont émergé comme une « discipline-carrefour » à partir des années 1970. Elles se sont constituées en accueillant des économistes, des ingénieurs et des sociologues et ont donc naturellement emprunté à des sciences aussi diverses que l’économie, la sociologie, la psychologie, l’ingénierie, les mathématiques, pour se construire.

Néanmoins, ce mouvement n’est plus à sens unique. Depuis les années 2000 et surtout 2010, la discipline est devenue une source d’inspiration et de transfert pour d’autres domaines scientifiques (comme l’étude des dynamiques organisationnelles).

Le régime utilitaire : de l’efficacité opératoire à une utilité sociale

Le régime utilitaire est axé sur les débouchés commerciaux et la résolution de problèmes techniques. Contrairement aux sciences naturelles, les sciences de gestion sont peu concernées par le dépôt de brevets. Elles développent cependant de nombreux outils (instruments) pour tout type d’organisations. C’est principalement le rapport à l’action qui alimente, dans les années 1980, les débats internes à la discipline : quel équilibre trouver entre un utilitarisme trop dominant et une recherche « hors sol », trop éloignée du terrain ?

La tension entre rigueur académique et pertinence pratique demeure constante en sciences de gestion. Cependant, cette obsession d’utilité connaît aujourd’hui une inflexion notable. Les chercheurs interrogent aujourd’hui les effets des connaissances produites sur la société (avec, par exemple, l’intégration des exigences environnementales).

Le régime régulatoire : inspirer les politiques économiques et sociales pour transformer la société

Les sciences de gestion ont été moins visibles dans l’appareil d’État que d’autres disciplines. Le régime régulatoire concerne une forme de recherche qui répond aux besoins de l’action publique, notamment en matière de gouvernance et de régulation. Ces préoccupations sociales nourrissent le développement le plus récent, s’accentuant après la crise financière de 2008, la pandémie de Covid et les manifestations récurrentes des changements climatiques.

Fnege Medias, 2025.

Ainsi, depuis le début des années 2000, des chercheurs en gestion ont fait une véritable « offre de service » pouvant contribuer aux politiques publiques, même si les articulations avec les institutions de gouvernement sont restées mineures dans les faits.

Notre analyse rend compte de la diversité des investissements scientifiques au sein des sciences de gestion qui se sont constituées en discipline, pour l’essentiel, à partir des années 1970. Les acteurs de la discipline, tels qu’ils se sont exprimés depuis cinquante ans dans la Revue française de gestion, ont tenté de défendre un modèle scientifique d’investissement maximal. C’est-à-dire que la gestion a été pensée comme une discipline modèle, capable de répondre à toutes les formes d’injonction épistémiques : disciplinairement efficace, opérationnelle d’un point de vue utilitaire, ouverte aux transferts de méthodes et prête à contribuer aux sciences de gouvernement.

En plus de son réexamen épistémique permanent, qui lui confère un statut de discipline « jouvence », la gestion est aussi marquée par une forme d’hypercorrection scientifique (pour reprendre une approche de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski) qui lui fait s’astreindre à des exigences accrues de légitimité.

The Conversation

Jérôme Lamy a reçu des financements du CNES et du CNRS

Philippe Schäfer et Vincent Helfrich ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Les sciences de gestion, une discipline « jouvence » ? – https://theconversation.com/les-sciences-de-gestion-une-discipline-jouvence-285394

C’est qui le patron ?! : comment la co-création permet de convaincre les consommateurs de payer un « prix juste »

Source: The Conversation – in French – By Faten Malek, Associate professor, ESSCA School of Management

L’histoire de la création de la marque équitable C’est qui le patron ? ! est un exemple éclairant de la façon dont le consommateur peut faire plus qu’acheter un produit. Ou comment faire de ses clients des partenaires dans la durée. Décryptage d’un cas exceptionnel.


L’engouement pour le bio, la transparence et les valeurs environnementales pousse de nombreuses entreprises à revendiquer des engagements responsables. Dans ce paysage concurrentiel, dominé par de grandes firmes disposant de ressources marketing considérables, la marque C’est qui le patron ? ! (CQLP) occupe une position singulière : elle revendique un ADN équitable, participatif et historiquement orienté vers le juste prix et la gouvernance citoyenne.

Cependant, alors que les stratégies de responsabilité se multiplient au travers des labels, des engagements socialement responsables, de la communication verte, de l’innovation durable, la question de l’attractivité de cette marque s’impose dans un contexte de transition écologique s’impose comme un enjeu incontournable. Cependant, à mesure que les stratégies de responsabilité se multiplient à travers les labels, les engagements socialement responsables, la communication verte ou encore l’innovation durable, la question de l’attractivité de la marque s’impose comme un enjeu incontournable dans le contexte de transition écologique.

ESCE.

La marque des consommateurs à un prix plus « juste »

Pour comprendre ces enjeux, il faut revenir aux origines de la marque. En 2015, une nouvelle crise du lait survenait. Les producteurs français ont alors décidé de se mettre en grève, car ils n’arrivaient plus à vivre de leurs exploitations de lait pour des raisons conjoncturelles et structurelles : la chute des cours, la fin des quotas laitiers, l’ouverture des marchés… Notons que, à ce jour, la filière laitière est toujours fragilisée par la surproduction de lait et l’épisode de dermatose nodulaire.

Afin d’améliorer la condition des producteurs de lait, en 2017, Nicolas Chabane a eu l’idée de lancer la société SCIC ainsi que la marque CQLP. Elle soutient les producteurs en les rémunérant à un prix plus acceptable pour eux mais aussi raisonnable pour ses clients : le « juste prix ».

La marque s’est appuyée sur les consommateurs pour supporter cette initiative, inscrite plus largement dans le soutien du secteur agricole. Depuis, elle attire et fidélise une base de clients engagés, en France comme dans plusieurs pays limitrophes.

Ce modèle de croissance se traduit par la diversification progressive de son offre et le maintien de sa promesse de justice sociale, économique et environnementale.

Toutefois, cette trajectoire questionne la pérennité de l’équilibre entre l’engagement des consommateurs, les contraintes économiques et les attentes des différents intervenants de la chaîne de valeur.

Un positionnement gagnant pour tout le monde ?

Ce juste prix est une source de différenciation forte pour la marque qui répond à la sensibilité accrue des consommateurs à un comportement dit responsable, voire militant. Nicolas Chabanne, un des fondateurs, exprime les raisons de la création de la marque et les caractéristiques de son ADN en ces termes évocateurs : « il faut apporter plus de considération à ceux qui nous nourrissent, les agriculteurs, et faire attention à ce que nous mangeons : nos corps ne sont pas des poubelles, et au fond nous aspirons tellement à autre chose ».

Au‑delà de la question du « juste prix », les valeurs mises en avant par le fondateur reposent sur une plus grande considération des producteurs et une attention accrue à la qualité de l’alimentation. Ces principes se prolongent par une recherche de proximité avec les consommateurs, qui ne sont plus seulement des acheteurs, mais des acteurs impliqués dans le fonctionnement de la marque. CQLP s’est très vite fait une belle place sur le marché.

Elle se positionne également en cultivant la proximité et la participation avec ses clients. CQLP est la première entreprise agroalimentaire. Les clients sont associés, s’ils le désirent, à la sélection des produits, de leurs caractéristiques, telles que le packaging et le prix de vente. Les clients peuvent suggérer, notamment, la production de nouveauté, demander à des enseignes de distribuer des produits estampillés CQLP. Ils contribuent de plus à la modification de la gamme de produits, sur un ensemble de critères, traditionnellement géré par les services marketing et commercial, par exemple. La marque sollicite alors l’avis des clients et des sociétaires grâce à leur vote en ligne. Les consommateurs deviennent alors des « consommacteurs ».

Ces multiples formes de participation contribuent à la pérennité des principes d’équité, de transparence et d’authenticité portés par la marque. Certaines enseignes de la grande distribution souscrivent également à ces principes et favorisent le développement de CQLP.

En définitive, toutes les parties prenantes bénéficient de ce positionnement soutenable : producteurs, clients et distributeurs.

France 3, 2024.

Le soutien de la communauté paysanne

L’entreprise a ainsi réussi à créer une communauté dynamique et engagée de plus de 13 000 sociétaires. Pour devenir sociétaire, il suffit de verser un euro seulement. La marque vise à inclure les clients comme les sociétaires dans son circuit de décision marketing et commercial : le client est le patron !

Dans cette logique, clients et sociétaires participent concrètement à la mise sur le marché de produits agroalimentaires. Par exemple, récemment, près de 1 000 d’entre eux ont participé au vote concernant l’intégration dans la gamme des tomates concassées en boîte. L’engagement des clients et des sociétaires s’inscrit également dans la volonté de valoriser les producteurs locaux.

L’engagement citoyen de CQLP se concrétise par plusieurs actions. La marque a ainsi redistribué plus de 150 millions d’euros, principalement via l’achat de productions agricoles (146 millions d’euros), mais aussi par le biais d’aides directes (5 millions d’euros), notamment à travers un « fonds de solidarité des consommateurs et citoyens » lancé en avril 2020. Dans cette même logique d’accompagnement des filières, elle a également versé plus de 3,4 millions d’euros entre 2017 et 2021 afin de soutenir la transition des exploitations agricoles vers l’agriculture biologique.

Ces initiatives contribuent à renforcer la crédibilité et l’attractivité de la marque. En mai 2024, CQLP a ainsi atteint la première place du classement Nielsen des nouvelles marques. Par ailleurs, elle a enregistré une croissance de 16 % de ses ventes en janvier et février 2026.

Vidéo CQLP.

Travailler gratuitement

Face à des consommateurs en quête de preuves concrètes, de traçabilité et de transparence, CQLP mise sur la visibilité de l’origine de ses produits et sur leur implication dans la définition des caractéristiques des offres, notamment via des questionnaires. Cette démarche favorise l’émergence de « consommacteurs », fortement attachés à la marque et prêts à la défendre.

L’anxiété écologique et la méfiance envers les discours traditionnels des marques contribuent également à ce succès, en particulier lorsque les produits proposés soutiennent les producteurs locaux et participent à la réduction de l’empreinte carbone.

Dans ce contexte, les consommateurs acceptent non seulement de contribuer gratuitement à certaines activités de la marque, mais aussi de payer un prix légèrement supérieur pour des produits jugés plus équitables.

Plus généralement, les entreprises qui recourent à la co‑création, à l’image de CQLP, voient leur mode de fonctionnement évoluer. Cette logique implique une gestion plus participative intégrant à la fois collaborateurs, producteurs et consommateurs dans les processus de création de valeur.

En rendant visible l’origine de ses produits et en intégrant les consommateurs dans un processus structuré de co‑création, CQLP ne se limite pas à répondre à leurs attentes ; elle redéfinit la relation client en une relation engageante et solidaire.

Un capital marque relationnel et communautaire

La co‑création de valeur se manifeste lorsque les marques et leurs clients s’accordent sur les caractéristiques des produits proposés et les modalités de leur mise sur le marché. Ce processus contribue à la construction d’un capital de marque relationnel, fondé sur la confiance, l’engagement communautaire et une forme d’appropriation collective. Il constitue ainsi une source d’avantage concurrentiel à la fois singulière, durable et difficilement imitable.

La co‑création cumule plusieurs avantages :

  • elle améliore l’expérience et la satisfaction des clients, renforce la perception de la marque, favorise le bouche‑à‑oreille et contribue à la fidélisation

  • elle permet aux consommateurs de gagner du temps, d’accéder à des produits mieux adaptés à leurs besoins et d’exprimer à la fois leur singularité et leur créativité, renforçant ainsi leur rôle d’ambassadeurs engagés de la marque.

La promesse de la marque, son ADN et les avantages de la co‑création constituent une source d’inspiration pour les entreprises et les créateurs.

Modèle inspirant ?

CQLP, qui fête ses dix ans, incarne une approche innovante en plaçant les consommateurs au cœur de son modèle d’affaires. Ce modèle est susceptible de susciter l’intérêt d’entrepreneurs en quête d’innovation et de relations plus authentiques avec leurs publics. Il s’adresse plus largement à celles et ceux souhaitant concilier performance économique et engagement social et environnemental.

Dans un contexte économique marqué par l’incertitude, les consommateurs tendent en effet à privilégier des marques porteuses de sens, proposant des prix équitables et des produits de qualité. Cet ADN de marque apparaît transférable à d’autres secteurs désireux de renforcer leur capital de marque tout en répondant aux attentes croissantes en matière de responsabilité et de transparence. Ce modèle d’affaires a permis à une équipe de chercheurs d’avoir en juin 2026 le prix CCMP FNEGE de la meilleure [étude de cas RSE.]

La marque CQLP illustre l’évolution des marques vers des approches plus relationnelles, fondées sur la participation et la confiance.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. C’est qui le patron ?! : comment la co-création permet de convaincre les consommateurs de payer un « prix juste » – https://theconversation.com/cest-qui-le-patron-comment-la-co-creation-permet-de-convaincre-les-consommateurs-de-payer-un-prix-juste-278898

La hausse des arrêts maladie est-elle la conséquence d’un problème de management ?

Source: The Conversation – in French – By Gabriel Lomellini, Assistant Professor, HR and Organizational Behavior, ICN Business School

À partir du 1er septembre, la durée maximale d’une première prescription d’arrêt de travail sera plafonnée à un mois pour « contrer les abus et diminuer la facture » de 17,9 milliards d’euros de 2025. Ces absences pour raison de santé ne devraient-elles pas également être interprétées comme un signe de contestation d’un management ressenti comme vertical et contrôlées par les chiffres ?


Un récent baromètre Axa sur l’absentéisme a confirmé une tendance de fond : la hausse des arrêts maladie, en particulier de longue durée.

Si cette hausse concerne toutes les catégories sociales, elle touche principalement les jeunes de moins de 30 ans et les cadres. Plus généralement, parmi les arrêts longs, la première cause concerne les troubles psychologiques à 38 % en 2025, devant les troubles musculosquelettiques à 27 %.

Compte tenu du montant associé en 2025 aux arrêts maladie (environ 18 milliards d’euros), le gouvernement a annoncé une série de mesures se déployant selon un double volet : améliorer la qualité de vie au travail et contrôler les abus. Un décret fixe une durée maximale de 31 jours pour une première prescription et de 62 jours pour une prolongation.

Parmi ces mesures, on note un oubli majeur, celle de la question du management et de son rôle dans la santé au travail.

Au-delà de l’approche en termes de coûts, cette hausse doit interroger sur le rôle du management comme facteur de santé au travail, dans un contexte d’émergence de nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle générative.

Pour ce faire, je m’appuie sur une approche transdisciplinaire, qui emprunte à la philosophie, la psychanalyse ou encore aux études critiques en management, ainsi que sur mes recherches sur l’expérience subjective du travail.

Tenir compte du travail réel

La santé au travail se situe à l’intersection de facteurs individuels et des pratiques de management. Dès les années 1960, le psychiatre et médecin du travail Claude Veil soulignait que l’absentéisme constitue un symptôme de l’état de l’organisation du travail. En matière d’absentéisme, écrit-il :

« Ce ne sont pas les données propres aux travailleurs qui jouent le plus grand rôle, mais bien des éléments qui dépendent de l’entreprise. »

Si le management joue un rôle si important dans la santé au travail, c’est qu’il détermine dans une large mesure les contraintes portant sur le travail réel, soit les tâches effectivement réalisées par un individu. Tenir compte du travail réel dans les pratiques de management est une condition indispensable pour effectuer un travail de qualité et préserver la santé des salariés.

Pour une infirmière, par exemple, un travail de qualité signifie plus que les conditions matérielles d’accueil et de soin. Écouter la personne à prendre en charge ou être en mesure de nouer un lien d’empathie contribue à un travail de qualité. Lorsque des pressions organisationnelles empêchent le travail réel – cadences impossibles ou objectifs trop élevés –, le risque est de basculer dans la souffrance.

Indicateur de l’état du management

L’arrêt maladie peut être interprété, sans toutefois s’y réduire, comme un certain indicateur de l’état du management. Depuis plusieurs années, un management encore très vertical et un contrôle par les chiffres fragilisent la santé sur les lieux de travail.

Le management reste en France particulièrement vertical et peu démocratique, ce qui restreint de fait l’autonomie individuelle et collective. Et si le recours massif au télétravail, au moment de la pandémie de Covid-19, a pu être vécu comme une prise d’autonomie de la part des salariés, le « retour au bureau », à l’inverse, a été ressenti comme une reprise du contrôle par le management.

Plus encore, les indicateurs chiffrés ont pris le pouvoir dans les organisations, évaluant le travail de manière individuelle. Bien que le management par les chiffres émerge à partir des années 1990 dans les entreprises privées, il ne s’y limite pas. Ce qu’on a appelé la New Public Management a étendu un ensemble d’outils de mesure de la performance dans les hôpitaux ou la fonction publique. Des mesures qui ont promu un « management désincarné », selon l’expression de la sociologue Marie-Anne Dujarier, à travers des indicateurs conçus à une très grande distance des réalités du métier et du vécu des salariés.

Réponse à l’exploitation ressentie

Par conséquent, la hausse des arrêts maladie interroge plus profondément sur l’affaiblissement des liens collectifs sur les lieux de travail. Comme le rappelle Pierre-Yves Gomez, chercheur en gestion :

« L’arrêt maladie illustre bien l’individualisation de la revendication sociale. Qu’il soit lié à la fatigue physique ou à la souffrance psychique, il traduit, comme toute forme de grève, le droit de suspendre son activité en réponse à l’exploitation ressentie par le travailleur. »

En sus de ces tendances de fond, le management se trouve percuté par le déploiement de l’intelligence artificielle. Un bouleversement qui implique d’être attentif à de nouveaux risques pour la santé.

Management par les algorithmes

En continuité d’un management par les chiffres, le « management algorithmique » s’est initialement déployé dans le cadre du capitalisme de plateforme, avec des entreprises comme Uber. Au sein de ces organisations, les algorithmes automatisent déjà une grande partie des tâches traditionnellement dévolues au management : évaluer, organiser ou distribuer le travail.

Les études soulignent que le management algorithmique peut contribuer à dégrader la santé des travailleurs. Les livreurs à vélo, ou encore les chauffeurs VTC, sont isolés face à la plateforme, coupés de leurs collègues, constamment évalués par des systèmes de notation, et sommés de s’adapter en temps réel à des algorithmes opaques et imprévisibles.




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Des modalités de management qui se sont récemment étendues à des professions jusqu’ici protégées comme le journalisme ou encore des scénaristes hollywoodiens, ces derniers s’étant même mobilisés contre les risques qu’encourt leur profession.

Cerveau grillé

En dépit des promesses et espoirs suscités, ces technologies risquent non seulement de déqualifier le travail, certaines tâches devenant obsolètes, mais aussi de l’intensifier tant physiquement que mentalement. Certains cadres font état d’un sentiment de « brain fry », soit littéralement « cerveau grillé », du fait d’une utilisation intensive de l’IA au travail.

Face à cette combinaison de nouveaux risques, il est crucial d’adopter une approche holistique et préventive de la santé au travail. Dans une économie qui reste obsédée par la performance, les arrêts maladie doivent être interprétés comme un signe avant-coureur des tendances profondes du management et de notre rapport collectif au travail.

The Conversation

Gabriel Lomellini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La hausse des arrêts maladie est-elle la conséquence d’un problème de management ? – https://theconversation.com/la-hausse-des-arrets-maladie-est-elle-la-consequence-dun-probleme-de-management-282767

La selección: la odisea de este verano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

_Odiseo y Nausicaa_, de Valentin Serov. Tretyakov Gallery/Wikimedia Commons

Los veranos largos de la infancia son lo más cercano al paraíso. Después de todo, esa oportunidad de estirar el tiempo hasta que rompa se vuelve a presentar pocas veces en la vida.

Una de las actividades que yo abordaba con más ilusión –también meticulosidad– era la de completar la lista de libros que iban a acompañarme en esos meses. Cuando las vacaciones eran una sucesión de pueblos, de casas de familiares y campamentos, de maletas llenas de arena y bañadores, la librería Cervantes de Oviedo se convertía en mi mejor aliada.

Los veranos han cambiado, pero no la anticipación por las lecturas estivales. Desde hace unas semanas, pienso en los títulos que voy a reservar para esas tardes soleadas de trabajo algo más relajado, cuáles para los viajes aventureros sin respiro y cuáles para los días de playa.

Uno de los que puede que se adapte a todos los entornos es, cómo no, el clásico de moda este verano: la Odisea. Desde que Christopher Nolan anunció el rodaje de su adaptación –con un Matt Damon que, una vez más, intenta volver a casa– se han sucedido las observaciones y las valoraciones. Ya se sabe, nos encanta ver en el cine las adaptaciones literarias… para poder criticarlas a gusto.

Sin embargo, Homero es imbatible, el rey de la aventura y el salseo. Entre banquete y banquete, hila un relato en el que Ulises cuenta sus peripecias, llora –Ulises llora muchísimo– y anhela volver a casa. La Odisea demuestra que un drama de hace milenios sigue apelando a los lectores de la actualidad.

Pocas cosas sabemos del autor. Fuese quien fuese (o quienes fuesen), está claro que estableció un estilo poético concreto basado en una serie de recursos que lo identifican –“Aurora de dedos sonrosados” va a ser a partir de ahora el recibimiento que le voy a dar a cada amanecer–. Además, la ciencia ha demostrado que se inspiró en las redes sociales de su entorno. Samuel Butler, que lo tradujo en prosa buscando generar la misma pasión que creía que había provocado escuchar recitado el poema original, sostenía que Homero era una mujer. Aunque sus tesis puedan resultar algo peregrinas, sí que hay un gran protagonismo femenino en el relato, más allá de la aventura de Ulises.

Lo interesante de los clásicos es que no se acaban nunca: se pueden leer, adaptar y retocar de mil formas diferentes. Los clásicos nos lo permiten todo. Por eso Homero es mío, pero también de Butler, de Bob Dylan –quien lo usa como referente de sus composiciones– o de David Uclés. No obstante, Butler, Dylan, Uclés o yo misma leemos la Odisea con un bagaje que hace que el texto tenga, para cada uno de nosotros, diferentes significados. Esto forma parte de nuestra identidad como lectores y enriquece la experiencia.

En resumen: para esto les hemos puesto este nuevo verano de auroras de dedos sonrosados, para leer (si acaso, una vez más) y disfrutar la Odisea.

The Conversation

ref. La selección: la odisea de este verano – https://theconversation.com/la-seleccion-la-odisea-de-este-verano-286161

Cómo el diseño puede ayudarnos a adaptarnos a colapsos futuros

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Alonso Pascual, Profesor de Diseño Industrial y Desarrollo de Productos, Universidad de Navarra

Edificio destruido por el fuego en Palisades Highlands (California) en enero de 2025. Draco Guan/Shutterstock

El enorme incendio forestal avanzaba a una velocidad devastadora. Se había desatado en Palisades Highlands, un barrio residencial de Los Ángeles. Pero aquel 7 de enero de 2025, la llegada de vientos extremos de Santa Ana y las condiciones de intensa sequedad transformaron el pequeño incendio en un monstruo masivo e incontrolable.

Muy pronto, el fuego alcanzó el perímetro del prestigioso Getty Villa, un museo que alberga una impresionante colección de arte griego y romano. “Las llamas bajaban por la colina muy rápido”, recordaba Les Borsay, especialista en emergencias del museo. El fuego rodeó los jardines, quemó robles centenarios y dejó las fuentes del museo cubiertas de ceniza negra. Cuando el humo se disipó, las galerías permanecían intactas. No se había movido ni una mota de polvo sobre las vitrinas.

No fue casualidad. Décadas antes, alguien había tomado las decisiones de diseño correctas: paredes de hormigón armado, un sistema de irrigación inteligente y un jardín plantado con robles porque absorben bien el agua y no se queman tan rápido como otro tipo de vegetación. Ese día, el diseño industrial demostró lo que sabe hacer mejor: resistir el golpe y volver al punto de partida. El ecólogo C.S. Holling llamó a esto, ya en 1973, “resiliencia de ingeniería”. Pero el Día Mundial del Diseño Industrial –que se celebra cada 29 de junio– nos invita este año a preguntarnos si esto es suficiente.

El malentendido

Llevamos demasiado tiempo entendiendo la resiliencia como la capacidad de un objeto o un sistema para encajar el golpe y regresar a su estado anterior en el menor tiempo posible. Es una idea poderosa y necesaria, –como demuestra el incendio del Getty Villa– pero también es una idea limitada. Holling distinguió esa resiliencia de ingeniería de otra muy distinta, la ecológica: la capacidad de un sistema para reorganizarse en una forma nueva cuando el contexto cambia de manera irreversible.

Un sistema diseñado solo para resistir puede ser frágil frente a lo verdaderamente nuevo: si la amenaza cambia de forma, las mismas defensas que antes funcionaron pueden no servir mañana.

Cuando el diseño desaparece para que algo nuevo crezca

Pocos ejemplos ilustran mejor esta segunda resiliencia que Reef of Hope. Dean Chan, doctorando en la Universidad Politécnica de Hong Kong, diseñó un arrecife modular impreso en 3D con un bioplástico mezclado con conchas marinas. La estructura no pretende reconstruir el arrecife que había antes de la degradación costera. Se instala en el fondo marino, favorece el asentamiento de larvas de ostra… y luego se disuelve. Cuando el material desaparece, solo queda el arrecife vivo que ha crecido sobre él. El diseño no impone una forma final: crea las condiciones para que emerja una que nadie diseñó.

Un hombre sobre una plataforma de madera introduce un arrecife artificial en el agua
El creador del arrecife artificial, destinado a la restauración de las ostras, introduciéndolo en el agua.
iF Design Award

Algo parecido ocurre en Symbio, la serie de bancos que el diseñador Joris Laarman expone este año en Nueva York. Son bloques de hormigón impresos en 3D con patrones grabados que imitan las texturas que Alan Turing estudió en organismos biológicos.

Esos patrones no son un capricho estético: están cubiertos de un sustrato bioactivo que favorece el crecimiento de musgos y líquenes. El mobiliario urbano deja de ser un objeto inerte y se convierte en un hábitat. Laarman lo vincula explícitamente al Simbioceno, el concepto acuñado por el filósofo ambientalista Glenn Albrecht para suceder al Antropoceno. El Simbioceno propone un acuerdo en el que las relaciones humanas con el entorno están plenamente integradas en los ciclos naturales, priorizando la simbiosis y la interdependencia. “Es la única forma de avanzar”, comentaba el propio diseñador.

Reef of Hope y Symbio comparten algo crucial: ninguno de los dos busca restaurar un estado anterior. Ambos diseñan condiciones para que el sistema se reorganice en una forma nueva.

La resiliencia transformadora

Hay una última pieza que completa el argumento. Getty Villa, Reef of Hope y Symbio resuelven problemas distintos –un incendio, un arrecife degradado, una plaza urbana–, pero comparten una misma lógica de fondo: ninguno se limita a encajar el golpe. El primero protege para que el sistema vuelva a ser el mismo; los otros dos diseñan para que el sistema se convierta en otro, mejor adaptado a colapsos futuros. Esa es la resiliencia transformadora: no la capacidad de resistir sin cambiar, sino la de cambiar sin romperse.

El diseño lleva décadas definiéndose como resolución creativa de problemas: identificar una necesidad, analizar sus condiciones, proponer una solución. Ese enfoque sigue siendo válido, pero la resiliencia transformadora le añade una pregunta distinta. No basta con resolver el problema de hoy; hay que diseñar sistemas capaces de resolver problemas que todavía no existen.

El Getty Villa nos enseñó que el buen diseño puede salvar un museo de las llamas. Reef of Hope y Symbio, que puede ayudar a un ecosistema a reinventarse. Quizá la lección que falta es que también puede ayudarnos a nosotros a hacer lo mismo. Porque la resiliencia del siglo XXI no dependerá de nuestra habilidad para resistir el cambio, sino de nuestra capacidad para convertir la incertidumbre en una oportunidad para imaginar futuros alternativos.

The Conversation

Carlos Alonso Pascual no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo el diseño puede ayudarnos a adaptarnos a colapsos futuros – https://theconversation.com/como-el-diseno-puede-ayudarnos-a-adaptarnos-a-colapsos-futuros-286070

Les savoirs des communautés rurales d’Afrique de l’Est, ressource négligée pour l’adaptation climatique

Source: The Conversation – in French – By Sougueh Cheik, Docteur en sciences de l’environnement (sciences du sol) et chercheur au Centre d’Étude et de Recherche de Djibouti (CERD), Institut de recherche pour le développement (IRD)

Confrontée à la multiplication des chocs climatiques, l’Afrique de l’Est a fait de l’adaptation climatique un enjeu prioritaire des politiques publiques nationales et régionales. Toutefois, ces dernières s’appuient encore largement sur des valeurs seuil et des données de référence non spécifiques aux zones sèches. Pour construire des repères réellement utiles à l’échelle locale, les observations accumulées par les communautés rurales doivent être reconnues comme une source de données indispensable.

La dernière décennie a confirmé l’aggravation des contraintes agro-climatiques en Afrique de l’Est. Dans la Corne de l’Afrique élargie, plus de 58,4 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire au début de 2024. Par ailleurs, certaines zones ont connu en 2025 des déficits pluviométriques majeurs, avec parfois moins de 30 % des précipitations habituelles pendant la saison des pluies d’octobre à décembre.

À l’échelle du continent, l’Afrique se réchauffe à un rythme d’environ +0,3 °C par décennie depuis 1991, soit légèrement plus vite que la moyenne mondiale.

Face à ces évolutions, l’adaptation climatique s’est imposée comme une priorité stratégique pour les pouvoirs publics. Mais encore faut-il disposer de références pertinentes pour décider ce qu’il faudrait restaurer.

Nos travaux sur le lien entre sol et changement climatique en Afrique de l’Est montrent que ces références peuvent émerger des savoirs accumulés au fil du temps par les communautés rurales en interaction répétée avec leurs milieux.

La littérature scientifique anglophone désigne ces connaissances par l’expression local ecological knowledge. L’anthropologue canadien Fikret Berkes en a donné une formulation de référence, définissant ces savoirs comme des observations accumulées à partir d’interactions répétées avec un milieu.

Ce qui leur donne une valeur scientifique ne tient pas à leur seule ancienneté, mais à leur capacité à être géoréférencées, recoupées entre groupes d’usagers et confrontées aux mesures instrumentales. Tandis qu’un témoignage isolé demeure un récit, la convergence d’observations situées sur un même lieu, combinée à des données pédologiques, devient une information robuste pour l’analyse et la décision. D’autres travaux récents illustrent la fécondité d’une telle articulation entre savoirs locaux et adaptation climatique.

L’adaptation institutionnalisée, mais sans repères locaux

Le déficit de repères locaux tient à plusieurs facteurs. Lorsque les pays cherchent à établir leurs propres références, ils se heurtent à une difficulté majeure : l’absence d’archives instrumentales continues. Les rares stations de suivis pédologiques ou hydrologiques ont souvent été interrompues par les crises politiques, budgétaires ou institutionnelles. Or, sans profondeur historique, une mesure ponctuelle de salinité ou de carbone organique reste insuffisante pour guider une décision de gestion.

Un sol peut être fortement salé aujourd’hui sans que l’on puisse dire si cette dégradation est récente, progressive ou ancienne. Une mesure ponctuelle, en l’absence de trajectoire, ne saurait servir de base solide aux actions de gestion durable des terres. C’est dans ce vide d’information historique que se déploient pourtant les politiques d’adaptation.

Plusieurs cadres internationaux et régionaux placent désormais l’adaptation au cœur des stratégies publiques de résilience, des contributions déterminées au niveau national à la Grande muraille verte, dont l’ambition est de restaurer 100 millions d’hectares d’ici 2030, de séquestrer ainsi 250 millions de tonnes de carbone et de créer jusqu’à 10 millions d’emplois.

Cette ambition technique s’accompagne d’une seconde dynamique. À la suite de l’Accord de Paris (2015), et notamment depuis la COP27 de Charm el-Cheikh (2022), les savoirs autochtones et locaux sont davantage reconnus comme des ressources utiles à l’adaptation. La Convention sur la diversité biologique et celle sur la désertification ont d’ailleurs mis en place en 2024 des Caucus représentant les Peuples autochtones et les Communautés locales.

La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES et le programme de l’Unesco accompagnent cette dynamique en outillant les chercheurs et les décideurs pour mobiliser ces savoirs.




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Les communautés rurales, mémoire des paysages

C’est précisément là que les savoirs locaux deviennent décisifs. À Grand Bara, vaste cuvette endoréique du sud de Djibouti, les éleveurs se souviennent de dépressions où, une génération plus tôt, le bétail trouvait encore une herbe coriace après la saison des pluies. Ces mêmes sites présentent aujourd’hui des surfaces encroûtées, salées et stériles, compactées en profondeur. Une station de suivi pédologique a été installée sur le site en 2024.

Elle enregistre fidèlement les paramètres actuels des sols (salinité, compaction, matière organique), mais elle ne permet pas de dire si le basculement s’est produit en cinq, quinze ou quarante ans. Mais la chronologie qui manque à l’instrument se trouve, elle, dans la mémoire des communautés restées en interaction avec leurs milieux, recoupée entre voisins et ancrée dans des lieux précis.

Cette mémoire s’inscrit dans une chaîne d’observations transmises de génération en génération, vérifiable par le recoupement entre voisins, par la confrontation à d’autres trajectoires de paysages et par la mise en relation avec les mesures instrumentales contemporaines. Là où une station de suivi documente un état présent à haute résolution, la mémoire des éleveurs documente, elle, un changement de trajectoire à basse résolution mais sur le temps long. L’une et l’autre cartographient des dimensions complémentaires du même milieu.

Construire l’adaptation depuis les territoires locaux

Les valeurs seuils mobilisées par les politiques d’adaptation pour évaluer l’état des ressources (sols, eau ou couvert végétal) restent, dans leur grande majorité, calibrées dans des contextes humides ou tempérés. Appliquées à des sols argileux gonflants éthiopiens, à des sols volcaniques tanzaniens ou à des sols calcaires djiboutiens, elles produisent fréquemment des indicateurs mal ajustés aux réalités écologiques locales.

C’est pour répondre à cette inadéquation que le réseau des Zones d’adaptation prioritaire et d’innovation (ZAPI) a été construit, comme dispositif de recherche participatif dédié aux socio-écosystèmes les plus fragilisés.

Ce réseau rassemble depuis 2024 quatre plateformes installées sur des sites contrastés, dans le cadre du programme Alliance doctorale pour l’adaptation au changement climatique (ADAC) : la cuvette hyperaride de Grand Bara à Djibouti, les parcours semi-arides d’Amboseli au Kenya, les paysages cultivés de Genale Dawa en Éthiopie et les montagnes humides de Rungwe en Tanzanie. L’objectif est de comparer comment se construisent localement les références d’adaptation dans des contextes écologiques et sociaux très différents.




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Sur chaque site, le protocole débute par une phase participative de collecte de données. Depuis 2024, plus d’une centaine d’entretiens semi-directifs ont été conduits sur les quatre plateformes auprès d’agriculteurs, d’éleveurs et de communautés riveraines, qui décrivent les changements qu’ils ont eux-mêmes observés au cours de leur existence dans le sol et le couvert végétal.

Les femmes, qui assurent souvent la collecte de l’eau et la garde des troupeaux laitiers, sont entendues séparément. Leur connaissance des points d’eau et des parcours fourragers complète celle des hommes et échappe largement aux relevés instrumentaux.

Les récits sont géoréférencés, croisés entre groupes, puis confrontés aux échantillons prélevés en parallèle. Lorsque les interprétations divergent, le désaccord lui-même devient un objet d’enquête : c’est de cette confrontation qu’émerge une référence locale, négociée et documentée.

C’est aussi elle qui permet de fixer un seuil de gestion partagé, par exemple une baisse de la couverture du sol de 30 à 50 %, au-delà duquel une alerte est déclenchée et les pratiques adaptées. Instrument et mémoire se renforcent mutuellement : l’un mesure un état, l’autre en fournit la trajectoire.

L’adaptation passe aussi par la souveraineté du savoir

Le Forum international pour l’adaptation climatique, organisé à Djibouti en janvier 2026, a réaffirmé un principe essentiel : pour les pays les plus exposés aux chocs climatiques et les moins responsables des émissions, il n’y a pas d’adaptation durable sans souveraineté du savoir.

Cette souveraineté ne se joue pas seulement dans les conférences internationales ou les documents stratégiques. Elle se construit aussi dans des territoires comme le Grand Bara, où les éleveurs détiennent une mémoire de leurs milieux et de leurs ressources, qui vient compléter et donner sens aux dispositifs scientifiques de mesure. Reconnaître cette chronologie comme une source de données indispensable n’est pas une concession aux savoirs locaux : c’est la condition pour rendre les politiques d’adaptation réellement utiles à celles et ceux qui les vivent.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les savoirs des communautés rurales d’Afrique de l’Est, ressource négligée pour l’adaptation climatique – https://theconversation.com/les-savoirs-des-communautes-rurales-dafrique-de-lest-ressource-negligee-pour-ladaptation-climatique-284675

Ser fuerte no es reprimir las emociones o resistirlas: es entenderlas y adaptarse

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Díez Ruiz, Associate professor, Universidad de Deusto

ClaraSpets/Shutterstock

¿Qué significa realmente ser mentalmente fuerte en un mundo marcado por la incertidumbre, la presión constante y el cambio acelerado?

La respuesta general, propia de los libros de autoayuda, suele ser equivocada. Durante años hemos asociado la fortaleza mental con la resistencia: aguantar, no quejarse, seguir adelante pase lo que pase. Sin embargo, la evidencia científica apunta en otra dirección. Ser mentalmente fuerte no es resistir más, sino adaptarse mejor.

Más allá de la dureza psicológica

La psicología contemporánea ha desplazado el foco desde la “dureza” hacia conceptos más dinámicos como la resiliencia, la regulación emocional y la flexibilidad psicológica. No se trata de eliminar el malestar, sino de aprender a gestionarlo.

Investigaciones sobre pasión y preseverancia han destacado la importancia de mantener el esfuerzo a largo plazo. Sin embargo, puede resultar limitado si no se acompaña de capacidad de ajuste. En esta línea, la psicóloga Susan David ha subrayado que las personas más eficaces no son las que evitan las emociones difíciles, sino las que desarrollan agilidad emocional para manejarlas.




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La fortaleza mental, por tanto, no implica ausencia de vulnerabilidad, sino una relación más inteligente con ella.

Tres errores frecuentes

En la práctica, existen tres ideas erróneas que dificultan el desarrollo de esta competencia.

  1. La primera es pensar que ser fuerte implica reprimir las emociones. Nada más lejos de la realidad. Ignorar el malestar no lo elimina; suele intensificarlo y aparecer con más fuerza.

  2. La segunda es confundir fortaleza con autosuficiencia absoluta. Las personas mentalmente fuertes no lo hacen todo solas: saben cuándo pedir ayuda, cuándo apoyarse en otros y cómo construir redes de confianza.

  3. La tercera es asumir que la fortaleza mental es un rasgo fijo. No lo es. Se trata de una capacidad que puede desarrollarse mediante entrenamiento, experiencia y reflexión. Algunas investigaciones sugieren, incluso, que ciertas personas no solo toleran la adversidad, sino que desarrollan nuevas capacidades a partir de ella.




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Cómo se construye la fortaleza mental

Si no es una cualidad innata, ¿cómo se desarrolla?

En primer lugar, mediante la reinterpretación cognitiva: la forma en que damos significado a lo que nos ocurre. Dos personas pueden vivir la misma situación y extraer conclusiones totalmente distintas. Quien interpreta la dificultad como aprendizaje tiene más probabilidades de crecer.

En segundo lugar, a través de la regulación emocional consciente. Esto no significa evitar reacciones emocionales negativas, sino identificarlas, comprenderlas y responder de manera ajustada o conveniente. La fortaleza mental también depende de la capacidad de recuperación física y fisiológica. Dormir, descansar o desconectar también son mecanismos esenciales de autorregulación.

Un tercer elemento clave es la exposición progresiva a la dificultad. La fortaleza mental no surge en contextos cómodos. Se construye enfrentando a retos asumibles que, poco a poco, amplían nuestra tolerancia a la incertidumbre.

Por último, el apoyo social actúa como un factor protector esencial. Lejos del ideal individualista, la evidencia muestra que las relaciones de calidad fortalecen nuestra capacidad de afrontar la adversidad.

Implicaciones para el liderazgo

Este enfoque tiene consecuencias directas en el ámbito del liderazgo. Tradicionalmente, se ha valorado a los líderes que proyectan seguridad constante, incluso en contextos de crisis. Sin embargo, esta imagen puede resultar poco realista e incluso contraproducente.

Los líderes más eficaces no son los que nunca fallan, sino los que saben encajar los errores y seguir adelante. Son capaces de mantener la dirección en momentos de incertidumbre, regular su impacto emocional en el equipo y tomar decisiones sin quedar bloqueados por la presión. Más que de grandes demostraciones de resistencia, se trata de pequeñas decisiones sostenidas en el tiempo: escuchar antes de reaccionar, ajustar el rumbo cuando es necesario y perseverar sin caer en la rigidez.

Además, la fortaleza mental no es únicamente individual: se puede desarrollar de manera colectiva en equipos, familias y organizaciones, mediante culturas de apoyo, confianza y aprendizaje compartido.

Este tipo de fortaleza, menos visible pero más profunda, es especialmente relevante en entornos organizativos complejos, donde la adaptabilidad se ha convertido en una ventaja competitiva. En la tempestad protege más la flexibilidad que la rigidez, como avisa el Talmud.

Adaptarse, no resistir

Gran parte del malestar contemporáneo no proviene únicamente de las dificultades, sino de nuestra dificultad para tolerar la incertidumbre.

En un contexto donde el cambio es la única constante, insistir en la idea de “resistir” puede ser un error estratégico. Resistir, por sí solo, puede llevar al agotamiento. Adaptarse permite avanzar. Resistir es estático, avanzar es dinámico.

Ser mentalmente fuerte no es ignorar la dificultad, ni tampoco superarla siempre. Es algo más matizado: saber cuándo insistir, cuándo cambiar y cómo hacerlo sin perder el equilibrio personal.

Quizá ahí resida la verdadera fortaleza. No en soportarlo todo, sino en entender qué merece la pena sostener y qué necesita ser transformado.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Ser fuerte no es reprimir las emociones o resistirlas: es entenderlas y adaptarse – https://theconversation.com/ser-fuerte-no-es-reprimir-las-emociones-o-resistirlas-es-entenderlas-y-adaptarse-282207

Primera visita de niños con autismo al dentista: ¿cómo puede ayudar YouTube?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Maria Pilar Pecci Lloret, Profesora Permanente Laboral, Universidad de Murcia

Pressmaster/Shutterstock

Los trastornos de espectro autista (TEA) afectan a la forma en que las personas se comunican, se relacionan, aprenden y se comportan, y comienza a desarrollarse incluso antes del nacimiento. Según la Organización Mundial de la Salud, uno de cada cien niños recibe este diagnóstico, lo que ha impulsado a la comunidad científica y a las autoridades sanitarias a buscar mejores estrategias de apoyo.

Entre los muchos desafíos que afrontan los niños con TEA se encuentra el cuidado de la salud bucal. Las dificultades de comunicación, la sensibilidad sensorial y la ansiedad hacen que la higiene dental y las visitas al dentista resulten especialmente complejas. Como consecuencia, estos menores presentan más caries, traumatismos dentales y otros problemas bucales que sus compañeros neurotípicos.

Por eso, la preparación previa y el acceso a información adecuada pueden marcar una gran diferencia en la experiencia tanto del niño como la de sus padres, quienes suelen experimentar altos niveles de estrés al intentar manejar la ansiedad de sus hijos durante las consultas.

En este contexto, las redes sociales se han convertido en una fuente clave de información. Concretamente, muchas familias recurren a vídeos disponibles en YouTube, aunque aún se sabe poco sobre la calidad y utilidad real de ese tipo de contenido. Averiguarlo fue precisamente el objetivo de nuestro estudio.

Discriminar entre vídeos fiables y peligrosos

En nuestro trabajo observamos como los vídeos que presentaban una mayor fiabilidad y veracidad fueron los realizados por dentistas; en concreto, entrevistas realizadas a estos profesionales de la salud y grabaciones en los que aportaban consejos claros y sencillos. Por el contrario, los vídeos realizados por familiares de niños con TEA se percibieron como menos fiables.

Estos resultados no solo dejan de manifiesto la necesidad de una mayor participación por parte de los profesionales de la salud para la creación de contenido de calidad, sino que también ponen de relieve la importancia de enseñar a los padres a identificar información fiable en internet.

Cabe destacar el hecho de que en nuestra revisión también nos encontramos también con afirmaciones sin ningún respaldo científico. Por ejemplo, en una grabación se decía que las restauraciones realizadas con la aleación llamada amalgama eran neurotóxicas para los niños con autismo y podía empeorar su conducta, lo que contradice las recomendaciones de organismos internacionales. Otro vídeo aconsejaba el uso de aceites esenciales para prevenir la caries en niños y evitar así la visita a la consulta.

Este tipo de mensajes pueden generar falsas expectativas y retrasar la atención odontológica necesaria, lo que reafirma la necesidad de mas estudios como el nuestro que identifiquen y filtren el contenido en YouTube. Pero, sobre todo, refuerza la necesidad de ofrecer a los padres herramientas claras y prácticas para actuar.

Preparando la visita

Entonces, ¿cómo pueden los padres preparar mejor esa primera visita un niño con TEA al dentista? Una de las principales estrategias consiste en explicar al menor con sencillez qué ocurrirá durante la consulta. Cuentos, imágenes y vídeos educativos permiten que se familiarice con el entorno antes de enfrentarse a él.

En este sentido, resulta muy interesante enseñar al niño grabaciones de YouTube que contienen experiencias de otros menores con TEA en el dentista. Así, aprende y comprende mas fácilmente a qué se enfrenta en esta primera visita.

Otra medida clave es la adaptación del entorno clínico. Se aconseja programar las citas en horarios tranquilos, evitar largas esperas y reducir estímulos como ruidos fuertes o luces intensas. Además, la comunicación debe ser clara y predecible, avisando al niño antes de cada procedimiento para evitar sorpresas que le puedan generar angustia.

Los expertos también destacan la importancia de realizar visitas progresivas, comenzando con encuentros breves destinados únicamente a conocer el consultorio y al dentista. Durante la consulta, el refuerzo positivo –basado, por ejemplo, en pequeñas recompensas– ayuda a consolidar una experiencia favorable. Asimismo, la presencia de los padres aporta seguridad emocional y facilita el manejo de la conducta.

Finalmente, mantener una rutina estable, con el mismo profesional y en un horario similar, contribuye a que el niño se sienta más cómodo en futuras visitas. Estas estrategias no solo mejoran la experiencia odontológica de los niños con TEA, sino que también reducen el estrés de las familias y aumentan las posibilidades de una atención dental adecuada y continuada.

Para facilitar las cosas, hemos creado la aplicación DienTEA, que ayuda a las familias a organizar contenido válido y pone a su disposición pictogramas que allanen la visita al dentista.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Primera visita de niños con autismo al dentista: ¿cómo puede ayudar YouTube? – https://theconversation.com/primera-visita-de-ninos-con-autismo-al-dentista-como-puede-ayudar-youtube-274043