États-Unis : le parti démocrate a-t-il pris un virage progressiste ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • Le 4 août 2026, à la surprise générale, le progressiste Abdul El-Sayed a remporté la primaire démocrate de l’un des deux postes de sénateur du Michigan au Sénat des États-Unis.

  • Cette victoire montre que la légitimité sociale – El-Sayed n’est pas un politicien professionnel – peut se traduire en reconnaissance institutionnelle au sein du Parti démocrate.

  • El-Sayed incarne une nouvelle génération du parti, davantage préoccupée par les inégalités systémiques et très critique à l’égard du soutien de Washington au gouvernement israélien actuel. Reste à savoir si cette génération parviendra à imposer durablement son agenda.


Contre toute attente et après une campagne très médiatisée, Abdul El Sayed, 41 ans, a remporté la primaire démocrate de l’un des deux postes de sénateur du Michigan avec 48,48 % des voix contre 47,51 % pour Haley Stevens, le 4 août dernier.

Cette victoire est d’autant plus spectaculaire que Stevens était une représentante démocrate à la Chambre depuis plusieurs années et bénéficiait du soutien d’une partie importante de l’establishment du parti. Dans un État qui avait voté majoritairement pour Donald Trump lors de la présidentielle de 2024, elle se présentait comme la candidate la plus susceptible de reconquérir les électeurs modérés.

Une victoire significative pour l’aile progressiste

La nomination d’Abdul El-Sayed constitue un moment significatif pour l’aile progressiste du Parti démocrate, en ce qu’elle manifeste la capacité de cette mouvance à convertir une dynamique militante en reconnaissance institutionnelle. Ce succès n’est pas sans rappeler l’élection au poste de maire de New York, en novembre dernier, à l’âge de 34 ans, de Zohran Mamdani, figure emblématique d’une génération de démocrates qui articulent mobilisation communautaire, critique du néolibéralisme et réinvention des pratiques électives.

El-Sayed comme Mamdani incarnent tous deux une forme de politisation ascendante : un passage de l’activisme local à la légitimité électorale, révélant la manière dont les réseaux militants, les organisations de quartier et les coalitions diasporiques peuvent devenir des vecteurs de conquête du pouvoir.

Toutefois, la comparaison doit être nuancée.

Mamdani disposait déjà d’une expérience élective solide, ayant été élu à l’Assemblée de l’État de New York avant d’accéder à la mairie, ce qui lui conférait une légitimité institutionnelle et une maîtrise des codes de la représentation politique. El-Sayed, en revanche, n’a jamais exercé de mandat électif : il demeure un outsider, au sens où sa trajectoire s’est construite dans l’action publique, la santé communautaire et la mobilisation civique plutôt que dans les arènes électorales traditionnelles.

Cette distinction est théoriquement féconde. Elle permet de penser deux modalités d’entrée dans le champ politique : l’une, incarnée par Mamdani, fondée sur la consolidation progressive d’un capital politique institutionnel ; l’autre, illustrée par El-Sayed, reposant sur un capital militant, discursif et communautaire. Dans les deux cas, la base progressiste joue un rôle structurant, mais selon des logiques différentes : chez Mamdani, elle renforce une trajectoire déjà institutionnalisée ; chez El-Sayed, elle sert de levier pour contourner les barrières d’accès au pouvoir.

Cette nomination révèle ainsi une transformation plus large du Parti démocrate, où les outsiders dotés d’une forte légitimité sociale peuvent désormais prétendre à des positions de leadership, témoignant de l’ouverture – relative mais réelle – du champ politique à des profils issus de l’activisme, de la santé publique ou des mobilisations diasporiques. Elle montre également que la frontière entre expertise technocratique et légitimité élective se reconfigure, permettant à des acteurs non élus, mais fortement ancrés dans les communautés, de devenir des figures centrales de la recomposition progressiste.

Abdul El-Sayed, ou le rêve américain

Le parcours d’Abdul El-Sayed illustre une configuration typiquement américaine : celle d’un outsider capable de transformer une trajectoire professionnelle menée en dehors du champ politique politique en capital électoral.

Médecin spécialiste de santé publique, formé à Columbia et à Oxford, il a dirigé le département de santé de Detroit puis le service de santé du comté de Wayne, avant de se présenter aux primaires démocrates pour le poste de gouverneur du Michigan en 2018 – il arrivera en deuxième position sur trois candidats, récoltant plus de 340 000 voix, derrière Gretchen Whitmer (588 000 voix), qui sera par la suite élue gouverneure.

Cette trajectoire, qui conjugue excellence académique, engagement dans le service public et mobilisation civique, raconte une version contemporaine du rêve américain, non pas celle de l’ascension individuelle par la seule réussite économique, mais celle d’une intégration civique fondée sur la compétence, le mérite et la contribution à la collectivité. Fils d’immigrés égyptiens, El-Sayed incarne une figure ascendante de la méritocratie américaine : celle d’un individu qui, sans appartenir aux élites politiques traditionnelles, parvient à convertir son expertise en légitimité publique.

Abdul El-Sayed rencontrant des électeurs à l’Université technologique du Michigan, le 22 octobre 2025.
Conlan Houston/Wikimédia, CC BY-NC

Cette dimension est essentielle pour comprendre la politique états-unienne contemporaine. L’absence de mandat antérieur n’est pas un handicap : elle devient parfois un atout, en permettant de se présenter comme une figure neuve, non compromise par les logiques partisanes, capable de porter une critique du statu quo.

El-Sayed s’inscrit dans cette tradition de candidats dont la légitimité ne provient pas de l’institution, mais de l’expérience professionnelle, de l’engagement communautaire et de la capacité à articuler une vision morale de l’action publique. Sa nomination dans une primaire sénatoriale nationale témoigne de cette plasticité du champ politique américain, où l’autorité peut émerger hors des circuits classiques de la carrière politique.

L’aile progressiste dans l’histoire politique états-unienne

La victoire d’El-Sayed s’inscrit également dans une histoire plus longue de la gauche démocrate. Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, les progressistes défendaient un État fédéral capable de réduire les inégalités, de protéger les salariés, de développer les services publics et de renforcer les droits civiques. Mais à partir des années 1970, puis surtout sous Bill Clinton (1993-2001), le parti a adopté une ligne plus centriste favorable à l’économie de marché et à une stratégie visant les classes moyennes et les électeurs indépendants.

La crise financière de 2008, la montée des inégalités et la transformation du débat social ont ouvert un nouvel espace à gauche. Bernie Sanders lui a donné une cohérence nationale. L’ascension de Bernie Sanders (sénateur du Vermont depuis 2007, ndlr) au sein de la gauche américaine illustre un phénomène paradoxal : celui d’une figure qui, tout en demeurant extérieure au Parti démocrate sur le plan formel, en est devenue l’un des pôles idéologiques structurants.

Son influence ne se mesure pas seulement à ses campagnes présidentielles, mais à la manière dont il a déplacé le centre de gravité du débat démocrate vers des thématiques longtemps marginales : la concentration extrême des richesses, le pouvoir des grandes entreprises, l’explosion du coût de la vie, la fragilité de la protection sociale. En imposant ces enjeux comme des questions légitimes, centrales et discutées, Sanders a contribué à reconfigurer l’imaginaire politique d’une génération de militants et d’électeurs, donnant à la critique du capitalisme financiarisé une visibilité nouvelle dans l’espace public états-unien.

Dans ce sillage, Alexandria Ocasio-Cortez s’est imposée comme l’autre visage majeur de cette gauche renouvelée. La présence de la représentante démocrate de New York aux côtés d’Abdul El-Sayed dans le Michigan a conféré à cette candidature une portée nationale, révélant la capacité de cette aile progressiste à fédérer, mobiliser et médiatiser des causes longtemps perçues comme minoritaires.

Le programme qu’ils défendent – santé universelle, hausse des salaires, renforcement des syndicats, logement abordable, transition écologique, droits civiques, réforme de l’immigration, limitation du pouvoir des entreprises – dessine une cohérence idéologique qui dépasse la simple contestation : il s’agit d’un projet de transformation systémique, articulé autour d’une critique du néolibéralisme et d’une volonté de rééquilibrer les rapports de force sociaux.

La victoire obtenue dans le Michigan marque ainsi un moment charnière : elle montre que ces thèmes, longtemps cantonnés aux marges militantes, peuvent désormais conquérir le pouvoir électoral. Ce basculement signale une mutation profonde du champ politique démocrate, où l’aile progressiste cesse d’être un foyer protestataire pour devenir un acteur capable d’imposer ses priorités, ses récits et ses figures. Il révèle aussi une recomposition générationnelle : une nouvelle gauche, plus jeune, plus diverse, plus structurée autour des inégalités systémiques, parvient à transformer ses intuitions en dynamiques électorales concrètes.

Une primaire entre deux visions du Parti démocrate

El-Sayed a fait de son absence de mandat électif une force. Sa campagne s’est construite autour d’une critique du système politique dominé par les grandes entreprises, les intérêts financiers et les groupes de pression. Il s’est présenté comme le candidat des travailleurs, des familles et des jeunes électeurs. Il a défendu la hausse des salaires, une politique d’immigration plus protectrice et a remis en cause l’aide militaire des États-Unis à Israël.

La centralité de Gaza dans la primaire du Michigan révèle la manière dont un conflit international peut devenir un opérateur de structuration identitaire et électorale au sein d’un espace partisan. La position d’Abdul El-Sayed, l’un des démocrates les plus critiques à l’égard de la politique israélienne, ne relève pas seulement d’un choix programmatique : elle s’inscrit dans une dynamique de politisation diasporique où l’électorat arabo-américain transforme une mémoire collective transnationale en ressource pour la politique locale.

En demandant que l’aide américaine soit davantage conditionnée, El-Sayed mobilise un registre normatif – droits humains, responsabilité internationale, cohérence morale – qui entre en tension avec la ligne plus classique défendue par Haley Stevens, attachée à la relation stratégique israélo-américaine. Dans le Michigan, où l’électorat arabo-américain est l’un des plus importants du pays, la guerre à Gaza a reconfiguré les rapports de force dans plusieurs bastions démocrates. Les mobilisations locales, les campagnes de sensibilisation et les réseaux communautaires ont transformé la politique étrangère en critère de vote déterminant.

El-Sayed affrontera en novembre le républicain Mike Rogers, ancien représentant au Congrès qui avait déjà été candidat au Sénat en 2024. Les élections de mi-mandat permettront d’évaluer la capacité de cette percée à se transformer en dynamique durable. Elles montreront ainsi si El-Sayed inaugure une recomposition profonde ou s’il demeure une exception dans un paysage encore dominé par les élites établies.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. États-Unis : le parti démocrate a-t-il pris un virage progressiste ? – https://theconversation.com/etats-unis-le-parti-democrate-a-t-il-pris-un-virage-progressiste-289512

Un oligarque russe à l’honneur dans « The Economist » : quand les médias prêtent leur crédibilité aux acteurs des conflits

Source: The Conversation – France in French (3) – By Yuliya Matvyeyeva, Doctorante en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel, Université Gustave Eiffel

Ouverture du grand format publié par *The Economist* consacré à Andreï Melnitchenko, présenté comme « l’homme qui pourrait changer la Russie ». Photo : Hanna Heitman.
« The Economist », 9 juillet 2026.

L’ESSENTIEL

  • En juillet 2026, l’hebdomadaire britannique The Economist a consacré sa couverture et plusieurs formats éditoriaux à Andreï Melnitchenko, oligarque russe toujours visé par des sanctions européennes, britanniques et américaines.

  • Le dossier le présente comme un possible acteur de la transformation de la Russie tandis que la souveraineté et la sécurité de l’Ukraine restent à l’arrière-plan.

  • Ce cas montre comment un média prestigieux peut atténuer l’effet réputationnel des sanctions en donnant à une personne sanctionnée le statut d’interlocuteur faisant autorité sur l’avenir de la Russie et de l’Europe.


À l’instar d’une banque, un grand média comme The Economist, la BBC, France 2 ou encore le Monde repose sur un capital essentiel : la confiance. En consacrant sa couverture, ses colonnes ou son antenne à une personnalité, il ne lui offre pas seulement de la visibilité : il lui prête une part de sa crédibilité.

C’est sous cet angle qu’il faut lire le dispositif consacré par The Economist à Andreï Melnitchenko : un portrait annonçant qu’« un oligarque russe de premier plan brise le silence », un éditorial le présentant comme « l’homme qui voudrait changer la Russie », une tribune où il explique pourquoi « une Russie brisée serait néfaste pour le monde » ainsi qu’un podcast consacré aux « options de Poutine », donnant une nouvelle fois la parole à l’oligarque.

Ce déploiement constitue un choix de cadrage. Pourquoi cette voix pour ouvrir la discussion sur l’avenir de la Russie et, indirectement, sur la sécurité européenne ?

Sans préjuger des intentions de la rédaction, la réponse tient à une logique journalistique identifiable : Melnitchenko s’exprime très rarement, il détient une grande puissance économique, il est un membre éminent de l’élite russe et dépeint un récit sur l’après-guerre. Homme du système qui affirme pouvoir peser sur l’évolution future de la Russie, il incarne ainsi une voie possible de l’avenir du pays.

Qui est Andreï Melnitchenko ?

Peu connu du grand public européen, Andreï Melnitchenko n’est ni un opposant politique, ni un universitaire, ni une figure de la société civile. Il est l’un des hommes les plus fortunés de Russie, à la tête d’un empire construit dans le charbon, avec la Siberian Coal Energy Company (SUEK), et les engrais, avec EuroChem.

En mars 2022, l’Union européenne l’a inscrit sur sa liste de sanctions. Il demeure aujourd’hui visé par des sanctions de l’Union européenne, du Royaume-Uni et des États-Unis. Le Conseil de l’UE rappelle qu’il a participé, le 24 février 2022, à une réunion organisée par Vladimir Poutine avec les principaux hommes d’affaires russes et le qualifie d’entrepreneur influent dans des secteurs générant des revenus substantiels pour l’État russe.

Selon Reuters, Melnitchenko s’est retiré, le 8 mars 2022, comme bénéficiaire des trusts détenant EuroChem et SUEK, son épouse devenant automatiquement bénéficiaire effective à la veille de son inscription sur la liste des sanctions de l’Union européenne. Alexandra Melnitchenko a ensuite été elle aussi sanctionnée.

En 2025, saisie par EuroChem, la Haute Cour de justice d’Angleterre et du pays de Galles a estimé que Melnitchenko conservait le contrôle de fait de la société appelée à recevoir les paiements. Elle était compétente parce que les six garanties bancaires à première demande étaient soumises au droit anglais et à la compétence exclusive des juridictions anglaises. La Cour a ainsi donné raison à Société générale et à ING : les paiements, prévus en France ou en Italie, y auraient été illégaux au regard des sanctions européennes.

Une enquête de Reuters a également révélé que des entreprises d’EuroChem avaient livré de l’acide nitrique et de l’acide acétique à l’usine Sverdlov (à Dzerzhinsk, près de Nijni-Novgorod, ndlr), qui fabrique des explosifs militaires. Reuters précise que ces substances ont aussi des usages civils et que la destination finale de chaque livraison n’a pas pu être établie. EuroChem rejette les conclusions de l’enquête et affirme ne pas appartenir au secteur de la défense.

Au-delà de ce volet industriel, le parcours de Melnitchenko depuis 2022 et ses prises de position publiques permettent de mieux situer la parole que The Economist choisit aujourd’hui de mettre en avant. Après quatorze ans passés en Suisse, l’homme d’affaires s’est installé à Dubaï à la suite du déclenchement de la guerre et de son inscription sur les listes de sanctions. À partir de 2023, il a toutefois recommencé à passer davantage de temps en Russie et, selon The Economist, vit désormais à Moscou.

Melnitchenko ne s’était pourtant pas entièrement tu. Dès mars 2022, il avait déclaré à Reuters que les événements en Ukraine étaient « tragiques » et qu’il fallait parvenir d’urgence à la paix, tout en insistant principalement sur le risque d’une crise alimentaire mondiale. En 2023, dans un entretien accordé au Financial Times, il condamnait les attaques contre les civils, mais attribuait les crimes de guerre aux deux camps et soutenait que l’identité de celui qui avait déclenché le conflit importait peu. Il présentait, par ailleurs, les sanctions occidentales comme une forme de violence économique frappant notamment les pays les plus pauvres.

À l’égard de Vladimir Poutine, sa position relevait davantage de la prise de distance que de l’opposition ouverte. En 2022, il affirmait ne pas entretenir de relation personnelle avec le président russe et ne pas avoir été informé à l’avance de l’invasion. Le portrait de The Economist rapporte cependant qu’en mai 2025 il a sollicité un entretien individuel au Kremlin afin de proposer une participation plus active à la vie publique russe. Il est donc inexact de présenter le dossier de 2026 comme sa toute première prise de parole. La nouveauté réside plutôt dans sa durée, son ambition politique et le dispositif éditorial qui transforme une parole jusque-là ponctuelle et essentiellement défensive en une vision structurée de l’avenir de la Russie et de la sécurité européenne.

The Economist rappelle les sanctions, le transfert des intérêts de Melnitchenko à son épouse, la contribution de ses entreprises à l’économie de guerre et le fait qu’il n’est ni un dissident ni un opposant déclaré à l’invasion. En revanche, le magazine ne détaille ni l’enquête de Reuters sur les livraisons à l’usine Sverdlov, ni ses déclarations antérieures renvoyant les crimes de guerre aux deux camps.

L’asymétrie tient donc moins à l’absence des faits qu’à leur hiérarchisation. Les éléments défavorables sont intégrés à un portrait globalement valorisant d’entrepreneur pragmatique et potentiellement réformateur. La souveraineté et l’éventuelle « humiliation » de la Russie occupent le centre du récit, tandis que l’intégrité territoriale de l’Ukraine, les garanties de sécurité et la responsabilité russe restent secondaires. Aucune voix ukrainienne ne bénéficie d’un espace comparable pour répondre à cette conception de la guerre.

En multipliant les formats autour de Melnitchenko, The Economist ne rend pas seulement sa parole visible : il lui confère une autorité dans la définition de l’avenir de la Russie et de la sécurité européenne.

Ce que raconte réellement « The Economist »

Dans « Why a broken Russia is bad for the world », Andreï Melnitchenko avance trois idées : une Russie affaiblie deviendrait davantage dépendante de la Chine ; une fragmentation de la Fédération créerait une instabilité mondiale ; enfin, une paix durable en Europe supposerait, à terme, que la Russie retrouve sa place dans une nouvelle architecture de sécurité.

Ces arguments reprennent plusieurs thèmes du discours stratégique russe : la guerre comme confrontation avec l’Occident, la crainte d’une Russie « humiliée » et la priorité accordée à sa souveraineté. Présentés comme des scénarios de risque, ils prennent l’apparence du réalisme stratégique. Le centre de gravité du débat se déplace alors de la guerre menée contre l’Ukraine vers l’avenir de la Russie. Les titres eux-mêmes invitent le lecteur à passer de la question « Comment mettre fin à une guerre d’agression ? » à une autre : « Quel avenir préparer pour la Russie ? »

En sciences de la communication, le cadrage ne change pas nécessairement les faits, mais la question autour de laquelle ils sont organisés. En plaçant l’avenir de la Russie au centre, le dispositif relègue à l’arrière-plan la reconstruction de l’Ukraine, le retour des enfants déportés, les responsabilités pour les crimes de guerre et les garanties contre une nouvelle agression. Les faits ne disparaissent pas ; leur hiérarchie change – et ce déplacement produit déjà un effet politique.

Quand la crédibilité devient une ressource stratégique

Dans un entretien accordé à Mediapart et relayé par Geode, le chercheur Maxime Audinet analyse un mécanisme comparable à partir de l’interview de Sergueï Lavrov diffusée sur France 2, le 26 mars 2026 : recherche de l’exclusivité, valeur symbolique de l’accès et dispositif de contradiction insuffisant.

Le cas de The Economist est différent : il ne s’agit pas d’un entretien en direct, mais d’un dispositif éditorial long, préparé et décliné en plusieurs formats.

L’influence sur le débat public ne passe pas nécessairement par le mensonge. Il naît aussi du choix des interlocuteurs et de la hiérarchie des questions. En multipliant les formats autour d’une même personne, un média ne dit pas seulement ce que cette personne pense : il contribue à établir qu’elle mérite d’être entendue comme une source autorisée. Les médias n’imposent pas les conclusions à leurs lecteurs, mais ils structurent l’agenda du débat et distribuent la crédibilité.

Les travaux consacrés aux listes de sanctions montrent que celles-ci produisent à la fois des coûts matériels et réputationnels. L’inscription sur une liste de personnes sanctionnées ne se réduit pas aux mesures patrimoniales qui l’accompagnent : elle associe publiquement un acteur à des conduites que les autorités imposant ces mesures entendent condamner. Mais cet effet réputationnel n’est ni automatique ni irréversible.

Les recherches récentes sur l’autorité épistémique des sources montrent que le journalisme construit une hiérarchie des personnes autorisées à décrire la réalité, notamment par la fréquence de leur présence et par ce qu’il leur permet d’énoncer. D’autres travaux sur l’authority signaling montrent que les interactions éditoriales peuvent activement élever certaines sources au rang d’interlocuteurs faisant autorité.

La visibilité ne produit pas automatiquement une légitimation. Tout dépend de la place accordée, du titre, de la répétition, du statut d’auteur, de la contradiction et de la vigueur de la confrontation. Dans le cas de Melnitchenko, l’accumulation des formats peut produire un contre-effet réputationnel : juridiquement, il demeure une personne sanctionnée ; discursivement, il devient un interlocuteur présenté comme pertinent pour penser l’avenir de la Russie et de l’Europe. Le dispositif ne neutralise pas les sanctions, mais peut en atténuer la portée réputationnelle. C’est ici que se situe la responsabilité éditoriale.

Le paradoxe est là : l’inscription sur une liste de sanctions produit un coût matériel et réputationnel tandis qu’un dispositif éditorial de cette ampleur peut conférer à la personne désignée une nouvelle autorité discursive. The Economist ne lève pas les sanctions visant Melnitchenko ; il lui prête cependant une part de son capital de crédibilité, jusque dans le débat sur la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe. C’est dans ce pouvoir de relégitimation – et dans la manière dont il est exercé – que réside la responsabilité du média.

The Conversation

Yuliya Matvyeyeva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Un oligarque russe à l’honneur dans « The Economist » : quand les médias prêtent leur crédibilité aux acteurs des conflits – https://theconversation.com/un-oligarque-russe-a-lhonneur-dans-the-economist-quand-les-medias-pretent-leur-credibilite-aux-acteurs-des-conflits-288365

L’accès au vélo est inégal dans les villes canadiennes

Source: The Conversation – in French – By Hiroshi Mamiya, Assistant Professor, Department of Epidemiology, Biostatistics and Occupational Health, McGill University

Au Canada, les villes mettent en place des infrastructures cyclables afin de favoriser les modes de transport actifs et durables. Cependant, à mesure que les réseaux cyclables se développent, certains quartiers ont tendance à en bénéficier davantage que d’autres, ce qui soulève une question importante : qui profite de ces investissements ?


Dans notre récente étude, nous avons examiné cette question en analysant l’évolution des infrastructures cyclables à Montréal, à Vancouver et à Victoria entre 2011 et 2021.

Nous avons constaté que les quartiers comptant davantage d’enfants, de personnes âgées et de personnes racialisées étaient souvent plus éloignés des nouvelles infrastructures cyclables, même à mesure que les réseaux cyclables s’étendaient. Les infrastructures cyclables comprennent les pistes cyclables, les sentiers réservés aux vélos, les voies cyclables locales, les sentiers à usages multiples et les bandes cyclables.

Un sondage récent mené par l’Association canadienne de l’automobile a révélé que près d’un Canadien sur trois envisagerait de faire davantage de vélo s’il avait accès à de meilleures infrastructures. Le sondage a révélé que l’insuffisance des infrastructures cyclables était la raison la plus souvent citée pour ne pas faire davantage de vélo, devançant même les conditions météorologiques défavorables.

Les modes de déplacement actif, comme la marche et le vélo, nous relient aux communautés, aux services et aux lieux à proximité. Ils peuvent favoriser les liens sociaux au sein des communautés, réduire le risque de dépression et de stress, et offrir des occasions de faire de l’activité physique.

Malgré ces avantages, entre 1 et 6 % seulement des Canadiens utilisent le transport actif comme principal mode de déplacement. De nombreux facteurs peuvent influencer la décision de se mettre au vélo, notamment le coût d’un vélo et l’accès à une formation sur la sécurité à vélo.


Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, The Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Nos conclusions

Montréal, Vancouver et Victoria sont trois villes canadiennes qui diffèrent par leur taille, leur composition démographique et leurs approches en matière de développement des réseaux cyclables.

Notre étude sur l’évolution des infrastructures cyclables dans ces trois collectivités n’a pas pris en compte les voies partagées dotées de marquages au sol, mais dépourvues de séparation physique entre les vélos et les véhicules (« sharrows »), en raison des risques connus qu’elles présentent pour la sécurité. Notre étude a également exclu d’autres aménagements liés au vélo, tels que les stationnements à vélos ou les casiers pour vélos.

Malgré l’expansion des infrastructures cyclables au cours de la dernière décennie, certaines inégalités ont persisté. Dans les trois villes, les quartiers comptant davantage d’enfants et, dans une moindre mesure, de personnes âgées, étaient généralement plus éloignés des infrastructures cyclables.




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De plus, à Montréal et à Vancouver, les quartiers où la proportion de personnes racialisées est plus élevée présentaient également un accès plus limité, bien que nous n’ayons pas observé cette tendance à Victoria.

Des recherches antérieures suggèrent que les communautés racialisées reçoivent souvent moins d’investissements pour les infrastructures cyclables. Il n’est pas encore clair si ces facteurs expliquent les disparités observées à Montréal et à Vancouver.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner les causes de ces inégalités (et l’absence d’une tendance similaire à Victoria), notamment le rôle des investissements historiques dans les infrastructures, les priorités en matière d’urbanisme municipal, la ségrégation résidentielle et d’autres facteurs structurels.


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Il est intéressant de noter que Montréal s’est démarquée en réduisant progressivement l’écart d’accès dans les quartiers comptant davantage d’enfants au cours de la dernière décennie. Cette amélioration a coïncidé avec une expansion plus décentralisée des infrastructures cyclables au-delà du centre-ville, notamment grâce à la mise en place du Réseau Express Vélo, un réseau protégé de pistes cyclables reliant les différents arrondissements de l’île de Montréal. Vancouver a également connu une mise en place quelque peu décentralisée des infrastructures cyclables ; toutefois, l’expansion a été plus limitée qu’à Montréal.

Montréal a augmenté ses infrastructures cyclables de 63 % entre 2010 et 2021 (passant de 891 kilomètres à 1 449 kilomètres), tandis que Vancouver a connu une augmentation de 24 % (passant de 220 kilomètres à 273 kilomètres).




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Cette expansion plus limitée a peut-être contribué à des améliorations moins uniformes de l’accessibilité dans les quartiers comptant une plus forte proportion d’enfants. Bien que Victoria ait connu une expansion substantielle de ses infrastructures (passant de 24 km à 46 km, soit une augmentation de 92 %), leur mise en place s’est davantage concentrée dans le centre-ville, où vivent relativement peu d’enfants, ce qui a potentiellement limité les améliorations de l’accessibilité dans les quartiers comptant davantage d’enfants.

Nos constatations soulèvent également une question importante : pourquoi ces écarts existent-ils ? Les nouvelles pistes cyclables sont-elles moins souvent aménagées dans les quartiers comptant davantage d’enfants, de personnes âgées et de personnes issues de minorités ethniques ? Ou ces groupes sont-ils plus susceptibles de vivre dans des zones qui ont historiquement bénéficié de moins d’investissements dans le cyclisme ?

Améliorer l’accès

Les enfants et les aînés sont physiquement plus vulnérables que les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen. Les mesures de précaution individuelles, comme le port du casque et la formation à la conduite sécuritaire, sont importantes, mais elles peuvent s’avérer insuffisantes sans des infrastructures cyclables séparées physiquement de la circulation motorisée.

Nous en savons également moins sur ce qui incite les enfants et les aînés à faire du vélo, et sur ce qui les en empêche. À l’heure actuelle, de nombreuses enquêtes se concentrent sur la pratique du vélo chez les personnes qui se déplacent pour se rendre au travail, qui comprennent principalement des adultes en âge de travailler. Des études antérieures suggèrent également que les personnes racialisées sont sous-représentées parmi les cyclistes.

Notre constat selon lequel les quartiers comptant une plus grande proportion de personnes racialisées sont situés plus loin des infrastructures cyclables pourrait contribuer à expliquer cette disparité. Il corrobore également des recherches antérieures démontrant que les communautés racialisées sont sous-représentées en matière d’accès à des itinéraires cyclables sécuritaires.

Les villes doivent améliorer l’accès aux infrastructures cyclables pour tous les résidents. Cela pourrait impliquer de donner la priorité aux quartiers les plus éloignés des infrastructures existantes, ou à ceux qui abritent des groupes démographiques où la pratique du vélo est moins répandue.

La Conversation Canada

Hiroshi Mamiya bénéficie d’un financement de la part de l’École de santé publique et de santé mondiale ainsi que de l’Institut canadien de recherche en santé.

– ref. L’accès au vélo est inégal dans les villes canadiennes – https://theconversation.com/lacces-au-velo-est-inegal-dans-les-villes-canadiennes-289776

L’histoire de l’IA, faite de cycles entre attentes démesurées et réelles avancées

Source: The Conversation – in French – By Nicolas P. Rougier, Directeur de Recherche en neurosciences computationelles, Inria; Université de Bordeaux

L’ESSENTIEL

  • Plonger dans son histoire permet de mettre en perspective les avancées de l’IA, ses promesses et sa rhétorique. Déjà en 1970, Marvin Minsky, mathématicien, annonçait : « D’ici trois à huit ans, nous disposerons d’une machine dotée d’une intelligence générale équivalente à celle d’un être humain moyen. » Ça vous rappelle quelque chose ?

  • L’« effet IA », expliqué par Rodney Brooks, un roboticien, dès 1987 : « Tant qu’on ne sait pas faire, c’est de l’IA. Dès qu’on sait faire, c’est du calcul. » Tiens, tiens.

  • Sans oublier la « loi d’Amara », énoncée en 1978 : « Nous avons tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à le sous-estimer à long terme. » Oups.


Il est difficile aujourd’hui d’ignorer l’expression « intelligence artificielle » (IA) tant elle est présente dans les médias, sur les réseaux sociaux et, dans une moindre mesure, dans le monde industriel. Ce phénomène d’hypermédiatisation (hype) n’est pas nouveau pour l’intelligence artificielle, car on a déjà connu de telles périodes d’emballement médiatique, même si l’épisode actuel est particulièrement sévère.

Cette hypermédiatisation s’accompagne, aujourd’hui comme hier, d’une promesse de révolution technologique dont les effets se font pourtant attendre, menant certains à douter de son « avènement ». Dans le même temps, les investissements faramineux ne semblent pas soutenables sur le court terme selon des économistes, faisant craindre un éclatement de la bulle qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l’économie mondiale.

Pour comprendre cette situation, il faut se replonger brièvement dans la longue histoire de l’IA.

Une définition ambiguë par choix délibéré

Les termes d’« intelligence artificielle » naissent officiellement en 1955 sous la main de John McCarthy (un des pères fondateurs de l’IA), en préparation de la conférence de Dartmouth aux États-Unis en 1956, qui est considérée par beaucoup comme l’instant zéro de l’IA – quand bien même elle n’aurait pu exister sans les travaux précurseurs d’Alan Turing (père fondateur de l’informatique moderne), de Norbert Wiener (père fondateur de la cybernétique) et de bien d’autres encore.

La formulation, « intelligence artificielle », se voulait explicitement très vendeuse, au grand dam des collègues de McCarthy, qui la trouvaient déjà trop connotée.

Si les premiers résultats furent très encourageants, les pères fondateurs ont rapidement fait des promesses irréalisables à l’époque et, pour certaines, irréalisables encore aujourd’hui. Ainsi, Marvin Minsky écrivait déjà en 1970 dans le magazine Life :

« D’ici trois à huit ans, nous disposerons d’une machine dotée d’une intelligence générale équivalente à celle d’un être humain moyen. »

Un demi-siècle plus tard, nous n’avons toujours pas cette intelligence artificielle générale qui serait équivalente à notre propre intelligence, ce qui n’empêche pourtant pas les nouveaux apôtres de l’IA de la promettre pour très bientôt.

Sam Altman (le PDG d’OpenAI) l’a, par exemple, annoncée en 2024 pour 2025, Elon Musk (xAI) en 2025 pour la fin 2026, Dario Amodei (le PDG d’Anthropic) en 2026 pour 2027-2030 et Demis Hassabis (le DG de Google DeepMind) en 2026 pour 2029.

La toute-puissance de la force brute

Pour autant, les progrès et les avancées de la bonne vieille IA (dite « GOFAI » pour Good old fashioned artificial intelligence) sont avérés, et il y a aujourd’hui un ensemble des techniques issues de l’IA qui sont désormais entrées dans notre quotidien sans même que l’on y fasse encore attention. Vous souhaitez :

Ces résultats, majeurs à leur époque, ne nous impressionnent plus guère aujourd’hui. Cela explique peut-être pourquoi, pour le grand public, l’IA commence avec les IA génératives (texte, image, son) et, en particulier, avec ChatGPT, qui est un grand modèle de langage (LLM) mis en ligne en 2022 par OpenAI.




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Cette révolution de l’IA s’est véritablement faite en deux temps

En 2012, durant la conférence Neural Information Processing Systems (NIPS), Geoffrey Hinton (lauréat du prix Turing en 2018 et du prix Nobel de physique en 2024) et ses collègues présentent les résultats d’une architecture neuronale pour la reconnaissance d’images.

Les performances de ce modèle sont tout simplement époustouflantes comparées aux techniques standards de l’époque. Là où la communauté pensait qu’il fallait des modèles spécifiques, astucieux, incluant des connaissances fines sur la reconnaissance d’images, Hinton montre au contraire que la force brute marche bien mieux.

Ce qu’il faut donc retenir de ce modèle, ce n’est pas tant son originalité, car son architecture avait été imaginée quelques décennies auparavant par d’autres chercheurs, mais bien l’énorme puissance de calcul qui a été mise en œuvre pour le faire tourner et obtenir ce résultat majeur.

C’est sur ce même principe de « force brute » que Google fera, lui aussi, une avancée majeure dans la traduction automatique au cours de l’année 2016. Là où les linguistes s’acharnaient depuis longtemps à tenter d’introduire les grammaires de nombreux langages, Google a mis en œuvre un véritable rouleau compresseur fondé sur d’immenses volumes de données.

C’est encore ce même principe de force brute qui amènera à ChatGPT et d’autres grands modèles de langage. En exploitant ces mêmes principes de réseaux de neurones profonds, de volumes de données gigantesques et d’une puissance de calcul hors norme, OpenAI a, en quelque sorte, libéré le kraken, aidé en cela par une avancée majeure sur le plan architectural : les transformers, dont l’article original est l’un des plus cités de toute l’histoire de la recherche, toutes disciplines confondues.

Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

Tout en reconnaissant ces avancées majeures, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la situation actuelle et ce que l’on appelle « les deux hivers de l’IA ».

Le premier hiver de l’IA, que l’on situe entre 1974 et 1980, est une conséquence directe des promesses non tenues (traduction automatique, reconnaissance vocale, etc.), soulignées par le rapport (assassin) du mathématicien britannique James Lighthill en 1973, et des limites de la puissance de calcul de l’époque. Cela se concrétisa par des coupes budgétaires sévères.

Au début des années 1990, l’IA renaît de ses cendres avec l’idée des systèmes experts (raisonnement à partir de règles), avec, là aussi, des attentes démesurées qui conduiront à un deuxième hiver de l’IA, et ce, jusqu’au début des années 2010.

Pour autant, la recherche en IA ne s’est pas complètement arrêtée durant cette période et de nombreux résultats ont été intégrés dans différentes technologies de la vie courante (reconnaissance automatique de caractères, correction automatique, aide à la décision, navigation routière, etc.), mais ont souffert de l’« effet IA » , comme expliqué par Rodney Brooks dans un article qui a marqué la communauté… à la fin des années 1980 :

« Tant qu’on ne sait pas faire, c’est de l’IA. Dès qu’on sait faire, c’est du calcul. »

Pour qui a travaillé dans le monde académique au début des années 2000, la période actuelle est assez savoureuse. Imaginez un instant qu’il y a un quart de siècle, les mots « intelligence artificielle » étaient bannis des conversations et surtout (auto)censurés de toutes les demandes de subvention, tant les deux hivers de l’IA avaient marqué les esprits. Aujourd’hui, la simple mention du terme IA suffit à faire pétiller les yeux des financeurs et du grand public, même si cet « effet waouh » tend à s’estomper, voire à devenir contre-productif.

Le futur de l’IA reste donc à écrire, mais comme nous l’explique la loi d’Amara, formulée en 1978 :

« Nous avons tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à le sous-estimer à long terme. »

Nul doute que les nouvelles technologies d’IA modifient et modifieront notre quotidien (pour le meilleur ou pour le pire), mais nous ne sommes pas à l’abri d’un troisième hiver de l’IA qui pourrait engendrer des réajustements assez drastiques. C’est en partie ce qui est en train de se passer avec des entreprises qui réembauchent des salariés licenciés auparavant au nom de l’IA.

Quant à l’idée d’une intelligence artificielle générale, elle est pour le moment hors de portée.

The Conversation

Nicolas P. Rougier a reçu des financements de l’ANR.

– ref. L’histoire de l’IA, faite de cycles entre attentes démesurées et réelles avancées – https://theconversation.com/lhistoire-de-lia-faite-de-cycles-entre-attentes-demesurees-et-reelles-avancees-285291

Enfants de la rue en Afrique de l’Ouest : ce que révèlent huit années de terrain

Source: The Conversation – in French – By Drahmane Fondo, Associate Researcher (LIRCES, Université Côte d’Azur) & Founder, Réseau EnfanceAfrique.org, Université Côte d’Azur

Des enfants en situation de mendicité aux abords de la circulation routière à Bamako, Mali. Drahmane Fondo, Fourni par l’auteur

L’expression “enfants de la rue” cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît. À l’origine de ce phénomène, se trouve un système de solidarité qui s’est transformé sous l’effet de l’urbanisation, de la pauvreté et de la marchandisation des relations sociales.

Dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, comme au Mali, certains y passent la journée avant de retourner chez eux. D’autres ont été confiés à des proches en ville et se retrouvent progressivement exposés à l’exploitation, à la rupture avec leur famille ou à la mendicité.

En tant qu’ethnologue, j’ai mené une étude de terrain dans les rues de Bamako entre 2017 et 2025. J’ai combiné desentretiens semi-directifs – de jour comme de nuit, en maraude – avec les enfants rencontrés, et une observation participante prolongée. C’est cette combinaison, notamment le travail nocturne, qui m’a permis de comprendre cette réalité complexe.

Il existe en réalité plusieurs catégories d’enfants qui se croisent dans le même espace, sans que la frontière entre elles soit toujours visible au premier regard.

Les catégories d’enfants dans la rue

Dès 1985, le Forum de Grand-Bassam, organisé en Côte d’Ivoire par le Bureau international catholique de l’enfance (Bice) et l’Unicef, avait déjà tenté de clarifier les choses en distinguant les « enfants dans la rue » (qui y passent la journée avant de regagner un foyer le soir) des « enfants de la rue », en rupture totale avec toute famille, qui y vivent et y dorment.

Cette distinction reste juste, mais elle demeure difficile à observer dans la journée. Les filles, par exemple, investissent elles aussi l’espace public (vente de rafraîchissements, de fruits, de petite restauration ambulante) avant d’en disparaître à la tombée de la nuit. Les garçons, eux, se répartissent alors entre ceux qui rentrent chez eux et ceux qui restent.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à sa source : la pratique traditionnelle appelée confiage, répandue dans de nombreuses sociétés d’Afrique de l’Ouest. Un enfant n’y appartient pas seulement à ses parents biologiques, mais à toute une parenté élargie. Celle-ci peut légitimement décider de le confier à un autre membre de la famille, souvent en ville, pour lui offrir une meilleure éducation, un apprentissage artisanal ou simplement un avenir que le village ne peut plus lui garantir.

La logique quasi-marchande s’impose

Cette pratique, autrefois fondée sur un principe de réciprocité et de solidarité au sein des familles, est aujourd’hui profondément mise à l’épreuve par l’urbanisation et la monétarisation des rapports sociaux. Et c’est peut-être le résultat le plus important de mes enquêtes de terrain.

Contrairement à l’idée d’une dégradation progressive, provoquée par un choc ultérieur (un décès, un remariage, une difficulté économique), la rupture est souvent présente dans le confiage lui-même, dès l’arrivée de l’enfant chez ses hôtes.

Cette observation rejoint les travaux de l’anthropologue Mélanie Jacquemin, qui a montré, en Côte d’Ivoire, que les familles villageoises elles-mêmes hésitent désormais à confier leurs filles, faute d’être assurées d’une quelconque réciprocité en retour.

De leur côté, de nombreuses familles urbaines préfèrent aujourd’hui embaucher une aide domestique salariée plutôt que d’accueillir une nièce ou une petite-cousine du village. La relation de travail y est jugée plus simple, sans les obligations affectives et sociales qu’implique un lien de parenté. Le confiage traditionnel se trouve ainsi concurrencé par une logique quasi marchande, dès l’origine du placement – et non plus seulement dans ses dérives ultérieures.

Risque de rupture

Ce basculement n’est pas propre au Mali. Au Sénégal, la mendicité des enfants talibés, confiés à des maîtres coraniques, s’est intensifiée depuis l’exode massif de nombreux maîtres coraniques vers les villes, dans les années 1970, à la suite d’une grande sécheresse. Kadessa Arissabe Sané, qui a consacré sa thèse de doctorat à ce phénomène en 2017, montre que cette mendicité s’est muée en un véritable ordre social, entretenu paradoxalement par une population qui continue d’y voir un acte d’aumône religieusement valorisé.

Au Bénin et au Togo, un phénomène comparable existe sous le nom de vidomégon (littéralement « enfant placé ») avec les mêmes dérives d’exploitation domestique lorsque la pratique échappe à tout cadre protecteur.

Les enfants qui basculent véritablement dans la rue, en rupture totale, restent exposés à des dangers considérables : accidents de la circulation, maladies non soignées, parfois la mort, sans qu’il soit toujours possible d’identifier leurs proches.

Pourtant, il serait faux de croire que la majorité des enfants circulant traditionnellement entre les familles soient dans cette situation extrême. La plupart conservent un foyer où rentrer, même lorsque leurs journées se passent dans la rue. Ce constat n’échappe pas aux législateurs.

Dans la plupart de ces pays d’Afrique de l’Ouest, des textes de loi existent bel et bien pour sanctionner les dérives de la solidarité traditionnelle par le confiage. Au Mali, par exemple, la mendicité et son incitation sont interdites par la loi.

Des sanctions inefficaces

Mais l’écart entre le droit et son application reste considérable. Faute de sanctions effectives, ces dispositions peinent à produire les effets escomptés. Le phénomène des enfants et familles qui mendient dans les rues s’est ainsi banalisé, devenant un phénomène de société aussi répandu que les législations censées l’encadrer.

Rien de durable ne pourra cependant être construit sans l’implication résolue des autorités et de l’État, à tous les échelons de la hiérarchie administrative. Cette mobilisation doit être conjuguée à l’action constante de la société civile -organisations non gouvernementales et associations locales.

Elle doit également s’appuyer sur l’apport de réseaux universitaires produisant, à partir de leurs propres enquêtes de terrain, des connaissances scientifiques directement mobilisables sur la protection de l’enfance, la médiation communautaire et la sécurité nutritionnelle. Le Réseau Enfance Afrique en est un exemple.

C’est précisément cette nuance qui ouvre la voie à des réponses plus finement adaptées aux réalités du terrain, capables de cibler les moments réels de bascule plutôt que de traiter cette population de manière uniforme.

Il faut comprendre une société avant de vouloir la transformer. C’est une évidence trop souvent oubliée des politiques de protection de l’enfance. C’est pourtant la seule voie vers des solutions qui durent.

Que peut-on faire ?

Deux leviers concrets se dégagent de ce constat. D’une part, il faut différencier l’accompagnement selon la nature du placement et selon le degré de rupture déjà installé. La majorité des enfants, dont les liens familiaux demeurent actifs, nécessite un accompagnement préventif visant à préserver ces liens plutôt qu’une réponse limitée à la crise.

Les placements par intermédiaires sans lien familial, eux, s’apparentent déjà, dans les faits, à une forme de travail informel appelant un cadre juridique dédié.

D’autre part, il faut resserrer l’écart entre le droit et son application suppose une coordination encore largement absente aujourd’hui entre l’État, la société civile et les réseaux de recherche de terrain. Cette combinaison est la seule susceptible de documenter, avec la précision qu’exige ce sujet, les situations qui basculent réellement dans le danger.

The Conversation

Je suis fondateur et président du Réseau EnfanceAfrique.org et de l’AMAPISE, association mentionnée dans cet article, mais je ne reçois aucune rémunération financière de cette structure et n’en tire aucun bénéfice commercial.

– ref. Enfants de la rue en Afrique de l’Ouest : ce que révèlent huit années de terrain – https://theconversation.com/enfants-de-la-rue-en-afrique-de-louest-ce-que-revelent-huit-annees-de-terrain-288949

Una paradoja rural: los habitantes del campo español lo tienen más difícil para comer de forma sostenible

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Belén López Tárraga, Profesora sustituta en el Departamento de Geografía, Universidad Complutense de Madrid

Cuando pensamos en comer de forma saludable y cuidar el medio ambiente, solemos creer que todo depende solo de nuestra propia decisión. Nos imaginamos que basta con tener ganas de comprar fruta ecológica o querer apoyar a los pequeños agricultores de la zona. Sin embargo, el lugar en el que vivimos y el mapa juegan un papel importantísimo del que casi nadie habla.

Comsumir productos ecológicos y a un precio justo en la España rural se ha convertido hoy en un auténtico reto. Sobre todo por las grandes distancias y los elevados costes de transporte. Aunque parezca una contradicción, los propios pueblos y zonas del campo donde se cultiva y produce la mayor parte de esta comida sostenible son los lugares que más problemas tienen para poder comprarla y comerla en su día a día.

La huerta rural frente al consumo urbano

Entre 2021 y 2026, el equipo del proyecto Las redes alimentarias sostenibles como cadenas de valores para la transición agroecológica y alimentaria: implicaciones para las políticas públicas territoriales (ALISOS) –compuesto por investigadores de las universidades de Salamanca, Valladolid o la Autónoma de Madrid, y por el Instituto de Economia, Geografía y Demografía del CSIC, entre otros centros– analizó más de 1 200 proyectos de alimentación sostenible repartidos entre Castilla y León y la Comunidad de Madrid. Su estudio demuestra que existen dos realidades completamente diferentes según la zona del mapa:

  • Castilla y León (415 proyectos): Cuenta con una enorme producción de agricultura y ganadería ecológica. El problema es que la población vive muy repartida en pueblos y localidades pequeñas. Esto provoca que haya pocos compradores cerca y que el reparto de los alimentos sea muy caro, ya que se gasta mucha gasolina por cada kilo de comida que se transporta.

  • Comunidad de Madrid (790 proyectos): Reúne a unos siete millones de personas viviendo en un territorio relativamente pequeño. Esta gran cantidad de vecinos en pocos kilómetros ha hecho que funcionen de maravilla los grupos de familias que se organizan para comprar juntas, las tiendas de barrio y los supermercados cooperativos, ya que siempre tienen clientes asegurados.

Distribución de la superficie ecológica sobre la superficie agraria útil en las comunidades autónomas de Castilla y León y Madrid.

Costes elevados y despoblación: la paradoja rural

En las zonas de la España vaciada, el hecho de que viva tan poca gente impide que se creen grupos grandes de compradores. Si un pequeño agricultor ecológico tiene que llevar sus verduras a cinco pueblos diferentes que están separados por decenas de kilómetros, el tiempo que pierde en la carretera y lo que se gasta en gasolina y transporte hacen que todo sea demasiado caro.

Como la población está tan repartida, ocurre algo muy curioso: la mayor parte de los alimentos ecológicos que se cultivan en el campo terminan viajando directamente hacia las grandes ciudades, lo que deja a los propios vecinos de esos pueblos sin opciones sencillas para comprar la comida que se produce al lado de sus casas.




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Hibridación adaptativa: Cambiar para sobrevivir

Con el fin de aguantar la subida de precios, estos proyectos sostenibles se han reinventado. También lo hacen para competir contra los grandes supermercados. Los investigadores llaman a este cambio “hibridación adaptativa”.

En la práctica, usan herramientas del comercio tradicional, con lo que consiguen llegar a muchos más clientes. Por ejemplo, crean tiendas en internet, contratan empresas de transporte externo y amplían sus zonas de reparto.

Aplican estas estrategias sin perder sus valores principales: siguen cuidando el planeta con dedicación y pagan un precio justo a los agricultores. Así ganan el dinero necesario para no cerrar, mantienen el negocio abierto y apoyan al mundo rural.

Estrategias públicas: El apoyo institucional que falta

El avance hacia una alimentación sostenible no puede depender únicamente del esfuerzo de los agricultores o del bolsillo de las familias. Las políticas públicas son una pieza fundamental.

El proyecto demuestra que existen experiencias de éxito local, como el apoyo institucional a la producción ecológica en provincias como Zamora y en ciudades como Fuenlabrada o Rivas-Vaciamadrid, ambas de la Comunidad de Madrid.

Zamora celebra su mercado ecológico mensual el tercer sábado de cada mes.
Ana Belén López Tárraga

Sin embargo, en muchos otros municipios existe desinterés o trabas burocráticas. Favorecer la venta directa del productor al consumidor y promover que los comedores escolares o de hospitales compren producto local son herramientas clave que aún necesitan impulsarse.

Una cuestión de justicia territorial

Asegurar que la gente de la España vaciada pueda comer de forma sana y justa no es solo un problema de dinero, sino un asunto clave de igualdad entre las distintas regiones.

Resulta del todo absurdo que las zonas donde se cultiva la mayor parte de la comida fresca tengan tantas barreras para consumirla en sus propios municipios, solo porque el transporte y el comercio están pensados para enviar todo a las grandes ciudades.

Para cambiar esta situación, es necesario crear un plan que mejore el reparto de comida en el campo, le ponga las cosas fáciles a los pequeños agricultores para vender sin intermediarios y enseñe la importancia de la alimentación a los jóvenes.

Solo consiguiendo que cualquier persona pueda comprar productos locales se logrará que la gente se quede a vivir en los pueblos, se reactive su economía y se devuelva la justicia social a estas zonas rurales.

The Conversation

Ana Belén López Tárraga ha recibido fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033. Entidades participantes: Universidad de Salamanca, Universidad de Valladolid, Universidad
de Múnich y Fundación Entretantos. Se trata de un subproyecto integrado en el Proyecto Coordinado «Las redes alimentarias sostenibles como cadenas de valores para la transición agroecológica y alimentaria. Implicaciones para las políticas públicas territoriales».

José Luis Sánchez Hernández recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033.

Lourdes Moro Gutiérrrez recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033.

Marta Potente Castro recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033..

– ref. Una paradoja rural: los habitantes del campo español lo tienen más difícil para comer de forma sostenible – https://theconversation.com/una-paradoja-rural-los-habitantes-del-campo-espanol-lo-tienen-mas-dificil-para-comer-de-forma-sostenible-288767

Impuestos y tasas turísticas sí, pero adaptados a cada destino y objetivo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Ignacio Pulido Fernández, Catedrático de Economía Aplicada (Economía del Turismo), Universidad de Jaén

Edu Mangas/Shutterstock

En un momento de creciente preocupación por la masificación turística, los expertos debaten acerca de las mejores opciones para una adecuada gestión de la demanda y un mayor control sobre los impactos del turismo.

Se recupera en este contexto el viejo dilema “impuestos sí versus impuestos no”. Desde la economía pública y la economía del turismo, la función principal de la fiscalidad turística no es precisamente la de reducir visitantes, sino corregir externalidades, financiar bienes públicos locales, redistribuir costes y reforzar la legitimidad social de la actividad turística cuando esta genera presiones sobre el territorio.




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Turismo y corresponsabilidad

El planteamiento de que los tributos turísticos deben utilizarse solo cuando han fallado todas las demás herramientas resulta discutible. Si el turismo genera costes públicos (limpieza, residuos, agua, movilidad, seguridad, conservación patrimonial, presión sobre vivienda, uso intensivo del espacio público, sostenibilidad o adaptación climática), retrasar la fiscalidad implica mantener una subvención implícita al consumo turístico: el visitante disfruta de bienes colectivos, pero una parte del coste queda desplazada hacia residentes y administraciones locales.

Desde el principio de beneficio (“los ciudadanos deben pagar impuestos o financiar los servicios públicos en proporción directa a los beneficios que reciben de ellos”), quien disfruta, aunque sea temporalmente, de los servicios colectivos del destino también debe contribuir, al menos parcialmente, a financiarlos. Esta lógica no penaliza al visitante, introduce corresponsabilidad.

La cuestión clave, por tanto, es determinar si existe una presión turística identificable que justifique asignar mejor los costes.

La visión de los expertos

La Organización para la Cooperación y el Desarrollo Económicos (OCDE) ya advirtió en 2024 de que muchos destinos tienen dificultades para gestionar la demanda y sus impactos ambientales y sociales, y que para diseñar acciones locales integrales y sostenibles se requieren recursos suficientes y mejor evidencia. A su vez, la Oficina para el Turismo de Naciones Unidas insiste en integrar la medición económica, social y ambiental del turismo.

No es correcto valorar la fiscalidad turística solo por su capacidad para contener el flujo de turistas: su eficacia debe medirse en función de su contribución a financiar mejor el destino, compensar territorios tensionados y sostener los bienes públicos que hacen posible la propia actividad turística.

No existe una única figura fiscal aplicable a todos los destinos. Hay impuestos sobre estancias, recargos municipales, contribuciones de acceso, gravámenes sobre cruceristas, tributos ambientales y fondos finalistas. Cada instrumento responde a una presión diferente.

Algunos ejemplos

Este 2026, Venecia está aplicando, en días y franjas horarias concretas, un contributo di accesso a sus visitantes de día, con una lógica de gestión de flujos urbanos.

Ámsterdam mantiene una imposición del 12,5 % sobre el precio de la pernoctación y un Day Tourist Tax de 15 euros por pasajero de crucero, lo que permite gravar también formas de visita que no generan pernoctación pero sí una gran presión urbana.

Cataluña ha reformado en 2026 la atribución de su impuesto sobre estancias turísticas para destinar el 25 % de la recaudación a políticas de vivienda y el 75 % al Fondo para el Fomento del Turismo.

Estos tres ejemplos muestran que el debate no se puede reducir a “impuestos sí o no”, sino a qué instrumento corresponde a cada presión turística.

Maldivas, Manchester, Estados Unidos

Uno de los argumentos más frecuentes contra la fiscalidad turística es que puede perjudicar la competitividad. Sin embargo, los datos muestran que la realidad es mucho más compleja y que su impacto depende de la elasticidad de la demanda, la cuantía, la gradualidad, la comunicación, la existencia de destinos sustitutivos y el uso de la recaudación.

Por ejemplo, una investigación de 2023 estimó que en Maldivas, un aumento del impuesto turístico puede reducir la demanda internacional, especialmente en un destino insular muy dependiente del turismo. Sin embargo, en Manchester no se detectan efectos significativos del gravamen de 1 libra por habitación y noche sobre ocupación.

Por último, en Estados Unidos los efectos de los impuestos sobre alojamiento varían por segmento, siendo más sensibles a ellos los grupos que los viajeros individuales.

¿A qué se destinan los impuestos que pagan los turistas?

El uso final de los impuestos turísticos (su afectación) es decisivo. Si los ingresos se diluyen en el presupuesto general, el tributo puede percibirse como una carga adicional sin retorno. En cambio, cuando la recaudación se vincula a proyectos visibles aumenta su aceptación.

El caso balear es ilustrativo: el Impuesto de Turismo Sostenible se define como un tributo finalista cuyos recursos alimentan el fondo para favorecer el turismo sostenible.

Nueva Zelanda ofrece otro ejemplo de lógica finalista con el International Visitor Conservation and Tourism Levy, fijado en 100 dólares neozelandeses para cada turista que viaje al país, que contribuye a los sistemas de turismo y conservación.

En Andalucía, la aceptación del impuesto aumenta cuando el visitante entiende el destino de los fondos y percibe una relación razonable entre el pago realizado y la mejora del destino.




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Un mejor diseño

Defender la fiscalidad turística no significa ignorar sus riesgos. Los hay de regresividad (cuando los impuestos representan un porcentaje mayor de los ingresos para los viajeros de menores recursos), economía sumergida, costes administrativos, acumulación de gravámenes, rechazo empresarial, captura presupuestaria o sustitución de gasto ordinario. Pero estos problemas no justifican relegarla a la última opción. Justifican diseñarla mejor.

Por ello, la fiscalidad turística debe ser un instrumento temprano, selectivo y evaluable de gobernanza económica del destino, y aplicarse cuando existan impactos verificables, con diseño proporcional, recaudación finalista, transparencia y mecanismos periódicos de seguimiento. Su legitimidad no reside en esperar al colapso, sino en contribuir a evitarlo.

En definitiva, la fiscalidad turística no debe plantearse como una barrera contra el visitante, sino como un pacto de corresponsabilidad. Quien disfruta de un destino también debe contribuir a sostenerlo. Y si aspiramos a destinos competitivos, habitables y socialmente aceptados, la fiscalidad turística debe ser justa, eficaz y útil para el territorio.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Impuestos y tasas turísticas sí, pero adaptados a cada destino y objetivo – https://theconversation.com/impuestos-y-tasas-turisticas-si-pero-adaptados-a-cada-destino-y-objetivo-285675

Por qué el récord de generación solar no arregla la factura energética de España

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Parra Iglesias, Profesor Titular de Universidad, Universidad de Alcalá

Paneles solares cerca de Almaraz, Cáceres, España. GobyOneKenobi/Shutterstock

El 1 de agosto de 2026, España generó 259 gigavatios hora de electricidad solar, un récord absoluto. A pesar de ello, esa misma semana el precio mayorista de la electricidad superó los 100 euros por megavatio hora, y julio cerró como el segundo mes más caro de la historia: 104,7 euros de media, un 50 % más que un año antes.

La paradoja ha dado mucho de sí estas semanas. La explicación técnica es conocida: el mercado marginalista (ver páginas 20-26 de esta guía del mercado eléctrico español), el gas fijando el precio de la hora punta y la falta de almacenamiento de la energía renovable. Pero la discusión tiene un problema de escala que rara vez se menciona.

Toda ella ocurre dentro del sistema eléctrico. Y la electricidad es apenas una cuarta parte de la energía que consume España: el 23,1 % del consumo final en 2024. Estamos hablando sobre el cuarto pequeño de la factura energética del país mientras los otros tres cuartos siguen funcionando, casi sin cambios, con petróleo y gas.

El récord, a escala

Cuando la fotovoltaica lidera el mix eléctrico con el 28 % de la generación mensual –como lleva haciendo cuatro meses seguidos–, está cubriendo alrededor del 7 % de la energía final del país. El logro es real: España ha desplegado la generación más barata de su historia a una velocidad que pocos anticipaban. Pero la parte descarbonizada de la economía nacional es la más fácil y la más pequeña.

Los otros tres cuartos son mucho más resistentes. Según la Revisión Estadística de la Energía Mundial del Energy Institute, en 2025 el petróleo, el gas y el carbón supusieron el 75 % del suministro energético español: 51 %, 22 % y 2 % respectivamente. Y el detalle importa más que el porcentaje: tras un año de récords solares encadenados, el suministro de petróleo no bajó ni una décima y el de gas creció, mientras las renovables apenas se movieron. Mover camiones, aviones y maquinaria agrícola; generar calor en hornos industriales; alimentar la petroquímica: nada de eso se resuelve instalando más paneles, porque no está enchufado a la red.

La distinción no es un tecnicismo contable: ahí se localiza la exposición económica del país. El precio del gasóleo se traslada al coste de transportar cualquier mercancía, y de ahí al IPC; el del gas, a los costes de la industria de proceso. Ambos se fijan en mercados sobre los que España no tiene influencia. España puede batir todos los récords solares del mundo y seguir igual de vulnerable a una crisis en Ormuz, porque la vulnerabilidad no está en el enchufe.




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Por qué la fotovoltaica no se refleja en el recibo

Dentro del cuarto eléctrico, además, el abaratamiento tampoco se traslada al precio limpiamente.

El 5 de agosto el mercado mayorista marcó su precio más bajo entre las tres y las cuatro de la tarde: 4,50 euros por megavatio hora. Cinco horas después cotizaba a 194,69: más de cuarenta veces más caro. Y no fue un día excepcional: la punta de las nueve de la noche ha vuelto a superar los 240 euros varias veces en la segunda semana de agosto.

El precio se fija por un mecanismo marginalista: cada hora, la última fuente de generación necesaria para cubrir la demanda marca el precio de todas las demás. A mediodía es un panel solar; a las nueve de la noche, un ciclo combinado de gas.

Gráfica que muestra cómo la demanda cae cuando hay mayor generación solar y aumenta por la noche con otras fuentes no renovables
La demanda neta del sistema peninsular y el precio horario del 5 de agosto de 2026. El precio sigue el perfil de la demanda que queda por cubrir: se hunde en el valle solar del mediodía y se dispara en la punta de la noche.
Enrique Parra Iglesias con datos de ESIOS/REE y OMIE, CC BY-SA

El consumidor no paga la media del día: paga sobre todo las horas caras, aquellas en que la solar no produce. El récord se diluye, por tanto, en un recibo dominado por la noche, por el gas y por los peajes, cargos e impuestos.

Producimos sin consumir

Hay un desajuste de fondo que conecta las dos partes del problema. La demanda eléctrica española lleva estancada desde 2020 mientras la generación sin emisiones crecía un 15,6 % en cuatro años. Producimos más electricidad limpia sin haber construido la demanda que debería absorberla ni un sistema para almacenarla.




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Gráfico de barras que muestra cómo la demanda eléctrica no ha subido demasiado desde 2018
Evolución de la demanda eléctrica en España.
REE

El resultado: 5,4 teravatios hora desperdiciados en 2025, el 3,6 % de toda la generación renovable. Electricidad limpia producida y tirada.

Y aquí se encuentran las dos mitades. La demanda que falta está, precisamente, en los tres cuartos no eléctricos: camiones que podrían ser eléctricos, calderas industriales que podrían ser bombas de calor, procesos térmicos de baja temperatura que podrían electrificarse. Electrificar esos usos daría salida al excedente solar del mediodía y reduciría a la vez la exposición al petróleo y al gas.

El límite: potencia firme

Conviene no subestimar la dificultad. La noche del 11 de agosto Red Eléctrica activó el mecanismo que permite pedir a la gran industria que reduzca su consumo. Lo mismo que el 15 de julio, con una ola de calor, un reactor nuclear parado y poca eólica. Fue la cuarta vez en el año. El operador subrayó que la continuidad del suministro no se vio comprometida, y conviene tomarle la palabra: ese mecanismo existe para no llegar a un apagón, y funciona.

Pero ilustra el orden de magnitud del reto. España tiene unos 155 gigavatios instalados para una punta que rara vez supera los 40, y aun así hay tensión en la hora crítica: lo que escasea no es potencia instalada, sino potencia firme a las diez de la noche. Si trasladamos al sistema eléctrico buena parte de los tres cuartos fósiles, esa punta crecerá, y el recurso de emergencia no puede seguir siendo pedirle a la industria que pare. Precisamente a la que queremos electrificar.




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La asignatura pendiente

Nada de esto es un argumento contra la energía solar, probablemente la mejor inversión energética de España en décadas. Es un análisis para determinar dónde queda el problema por resolver.

España importa todavía cerca de dos tercios de la energía que consume, y eso no pueden solucionarlo récords renovables como el del 1 de agosto, porque estos ocurren en el compartimento que ya teníamos medio resuelto (la electricidad). Lo que falta –almacenamiento, interconexiones, demanda flexible, tarifas que premien consumir cuando hay sol– sirve para que el cuarto eléctrico funcione mejor. Pero la partida grande se juega fuera: en el gasóleo de los camiones, el gas de los hornos y el crudo de la petroquímica.

Ahí está ahora el reto: en lograr una economía más eléctrica y menos fósil.

The Conversation

Enrique Parra Iglesias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Por qué el récord de generación solar no arregla la factura energética de España – https://theconversation.com/por-que-el-record-de-generacion-solar-no-arregla-la-factura-energetica-de-espana-289635

El hallazgo que amenaza el reinado del cobre en la electrónica moderna

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Floren Horcajo/Shutterstock

Hay una escena que se repite en la industria tecnológica con una regularidad casi cómica. Un equipo diseña un sistema más potente: una unidad de procesamiento gráfico (GPU) para IA, un módulo de potencia para coche eléctrico o un procesador para satélite. Todo encaja. Las simulaciones salen bien. El prototipo funciona. Y, entonces, aparece el enemigo que nadie quiere en la película: el calor.

No es un problema elegante. No suena a futuro. Es un problema de cocina. En muchos casos, la electrónica moderna no está limitada por la capacidad de cálculo, ni por el algoritmo, ni siquiera por el semiconductor. Está limitada por algo mucho más prosaico: la capacidad de evacuar calor, sin que el sistema se estrangule o envejezca antes de tiempo.

En este contexto, un hallazgo reciente ha captado la atención de los expertos en materiales y electrónica. Los investigadores han encontrado un material metálico con una conductividad térmica tan alta que deja al cobre (que es el estándar industrial de referencia para conducción térmica) en una posición incómoda.

El material es el nitruro de tántalo (TaN), en una fase cristalina conocida como θ-TaN., cuya importancia radica en su conductividad térmica: 1.100 W/m·K (el orden de magnitud del cobre ronda los 400 W/m·K). La diferencia no es marginal. Es como pasar de una carretera convencional a una autopista de varios carriles: el tráfico térmico, que hoy se atasca en puntos críticos, podría circular con mucha menos resistencia.

En ciencia de materiales, batir un récord no es raro. Lo raro es que ese récord toque un nervio industrial real. Y aquí lo toca.

No es un metal “nuevo”, pero sí una noticia importante

Este metal no se ha “descubierto” como si fuese una veta desconocida o un nuevo elemento de la tabla periódica. El tántalo existe desde hace décadas y lleva años dentro de teléfonos, satélites y electrónica de alta fiabilidad. Lo que cambia aquí es su estructura cristalina. El nitruro de tántalo en fase θ no aparece “porque sí”: es un material que se obtiene en el laboratorio. Y la pregunta importante es si puede escalarse su producción.

Aquí aparece el detalle que hace que esta historia sea más interesante de lo que parece. En una industria, validar un material nuevo puede llevar años. Sin embargo, el TaN, como familia de materiales, no es un desconocido para la microelectrónica. Se ha usado durante años como barrera de difusión y en capas funcionales dentro de procesos de fabricación. Aunque eso no significa que esta fase concreta esté lista para entrar mañana en una fábrica, no parte desde cero.

El verdadero cuello de botella es el calor

¿Por qué importa tanto conducir calor mejor que el cobre? Porque, aunque no lo parezca, la electrónica moderna no está en una carrera para ser más inteligente. Está, sobre todo, en una carrera para no derretirse.

La inteligencia artificial es el ejemplo más visible y de moda. Hoy el debate público gira alrededor de modelos, chips, datos y geopolítica. Sin embargo, en el mundo físico, el drama cotidiano está en los aceleradores que usan las IA porque trabajan con densidades de potencia enormes. En ellos, el calor, en vez de generarse de forma uniforme, se concentra en hotspots, es decir, pequeños puntos del circuito donde la temperatura se dispara.

Los hotspots no se resuelven con un ventilador más grande, sino repartiendo el calor antes de que se convierta en un pico local. Cuando un chip se calienta demasiado en una zona, la electrónica reacciona reduciendo rendimiento. Es un mecanismo de autoprotección. Y esa es la parte que casi nunca se cuenta: muchas veces solo vemos el máximo rendimiento del hardware que la temperatura permite.

Un material con una conductividad térmica mucho mayor puede actuar como un repartidor rápido que reduzca picos. La consecuencia es, aparte de “más frío”, un rendimiento más estable, menos necesidad de sobredimensionar refrigeración y menos energía dedicada al enfriamiento.

De la IA al coche eléctrico y el espacio

Si saltamos a la electrónica de potencia, la historia se vuelve todavía más tangible. Los nuevos avances han permitido conmutación más rápida, mayor eficiencia y sistemas más compactos. Pero la miniaturización tiene una trampa: la densidad de potencia aumenta. Y cuando esto ocurre, el problema, más allá de la temperatura media, es el estrés térmico.

Los ciclos térmicos provocan fatiga, y la fatiga provoca fallos, que son eventos críticos en potencia. Por eso, un material que conduzca el calor mucho mejor puede tener una utilidad directa como capa de reparto térmico o elemento estructural dentro de módulos, reduciendo picos y gradientes. Si el calor se reparte antes, el sistema envejece más despacio. Y eso, en industria, es una moneda valiosa.

Por ejemplo, en un vehículo eléctrico, inversores, cargadores y convertidores DC/DC –que transforman corriente continua a distintos niveles de tensión– trabajan con restricciones duras de espacio, vibración y fiabilidad. La térmica condiciona el tamaño de los módulos, el tipo de refrigeración y la vida útil del sistema. Un material con conductividad térmica superior puede permitir que el calor se reparta mejor y que la refrigeración sea más efectiva sin crecer en volumen.

Otro caso de uso lo encontramos en el espacio, donde no hay convección. Es decir, no hay aire ni ventiladores para enfriar la electrónica; el calor se gestiona por conducción interna y radiación. Aquí, una mejora en conductividad puede traducirse en menos masa, rutas térmicas más eficientes y electrónica más densa. Y, en una constelación de satélites satélites de órbita terrestre baja (LEO), cada gramo cuenta.

Del laboratorio a la fábrica

¿Qué impide que mañana todo sea de θ-TaN? La historia de la ciencia de materiales está llena de descubrimientos espectaculares que nunca salieron del laboratorio. El problema es que la industria necesita que sea bueno dentro de un mundo real. Y, ahí, se mezclan costes, procesos, ciclos térmicos, tensiones mecánicas, compatibilidad con otros materiales, disponibilidad y geopolítica.

El hallazgo importa porque, durante mucho, tiempo se asumió que, en metales, el cobre estaba cerca del techo práctico de conductividad térmica. Ha sido la columna vertebral de la gestión térmica en la electrónica moderna por su coste-beneficio. Así que el nuevo hallazgo sugiere que quizá, en el futuro, puede dejar de ser así.

Eso no significa que el cobre vaya a desaparecer, pues sigue siendo barato, excelente y ubicuo. Pero abre una puerta a que, en piezas específicas, aparezcan materiales capaces de superar al estándar.

Este invento puede desbloquear arquitecturas enteras. Porque, al final, la industria tecnológica no suele caerse por falta de ideas. Se cae por falta de rutas térmicas. Y si un material permite que el calor circule mejor, está ampliando el espacio de diseño de toda la electrónica moderna.

The Conversation

Este trabajo ha sido apoyado por el Gobierno Regional de Cantabria y financiado por la UE bajo el proyecto de investigación 2023-TCN-008 UETAI. También, fue financiado por el Ministerio de Ciencia e Innovación de España MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por FEDER, UE bajo el proyecto de investigación PID2021-128941OB-I00, “Transformación Energética Eficiente en Entornos Industriales”. Además, fue financiado parcialmente por la Consejería de Educación, Formación y Universidades del Gobierno de Cantabria a través del Contrato Programa del Gobierno de Cantabria y la Universidad de Cantabria a través del proyecto 04.50.00.VQ25.541A.646.62, “Habilitando entornos residenciales más sostenibles mediante la transformación inteligente y activa de la energía eléctrica”.

– ref. El hallazgo que amenaza el reinado del cobre en la electrónica moderna – https://theconversation.com/el-hallazgo-que-amenaza-el-reinado-del-cobre-en-la-electronica-moderna-281248

Así podemos entrenar el sistema nervioso para reducir el estrés

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco Manuel Ocaña Campos, Profesor Titular. Investigador Principal Grupo Neurociencia del Bienestar. Área de Psicobiología, Universidad de Sevilla

Una sesión de _biofeedback_. Microgen/Shutterstock

Son las 6:30 de la mañana. Suena el despertador. Antes incluso de levantarnos ya empezamos a repasar la reunión de primera hora, los correos pendientes, las tareas domésticas, las facturas, los mensajes sin responder y todo lo que no dará tiempo a hacer. Aún no hemos salido de la cama y ya nos sentimos agotados.

El día acaba de comenzar, pero el sistema nervioso ya se ha puesto en modo alerta. Ni corremos delante de un depredador ni huimos de una amenaza vital, pero el cerebro activa el mismo mecanismo de supervivencia que permitió sobrevivir a nuestros antepasados durante miles de años.

Lo preocupante es que esta respuesta ya no dura unos minutos. Para muchas personas se mantiene activa durante buena parte del día, e incluso durante meses o años. Cuando el organismo pierde la capacidad de recuperar el equilibrio, el estrés deja de ser una herramienta para sobrevivir y comienza a convertirse en un problema de salud.

No se trata de una situación excepcional. Es la realidad cotidiana de millones de personas y uno de los mayores retos sanitarios del siglo XXI.

La pregunta, por tanto, ya no es si vivimos demasiado estresados. La verdadera cuestión es si podemos enseñar a nuestro sistema nervioso a recuperar la calma. La respuesta empieza con una característica extraordinaria del cerebro: su capacidad para aprender.

Igual que aprendemos un idioma, a conducir o a tocar un instrumento, el sistema nervioso también aprende a responder al entorno. Puede acostumbrarse a vivir en un estado de alerta casi permanente, pero también puede entrenarse para recuperar el estado de calma.

Durante décadas hemos intentado reducir el estrés actuando sobre nuestros pensamientos, nuestras emociones o nuestra conducta. Hoy la neurociencia propone un enfoque complementario: entrenar directamente los mecanismos fisiológicos que participan en la respuesta al estrés. Es precisamente aquí donde el biofeedback y el neurofeedback han despertado un enorme interés.

Entrenar el sistema nervioso

El biofeedback y el neurofeedback son dos de las herramientas más prometedoras para entrenar la capacidad de autorregulación del sistema nervioso. Aunque comparten este objetivo, no son exactamente lo mismo. Ambas parten de una idea sencilla: convertir señales fisiológicas que normalmente pasan desapercibidas en información que la persona puede observar en tiempo real para aprender a regular su organismo.

En el biofeedback se registran mediante sensores variables como la respiración, la tensión muscular, la temperatura de la piel o la variabilidad de la frecuencia cardíaca. Esta última es un biomarcador que refleja la capacidad del sistema nervioso autónomo para adaptarse a las demandas del entorno y la recuperación fisiológica tras una situación de estrés.

El neurofeedback, por su parte, utiliza la actividad eléctrica cerebral registrada mediante electroencefalografía.

En ninguno de los dos casos el dispositivo de medida actúa directamente sobre el cerebro o el organismo: funciona como un espejo fisiológico. Al observar en tiempo real cómo cambia su actividad corporal o cerebral, la persona puede identificar qué estrategias favorecen un estado de mayor equilibrio y entrenarlas de forma progresiva.

¿Funciona realmente?

Esta es la pregunta importante. Porque una cosa es que podamos observar lo que hace nuestro organismo y otra muy distinta que el entrenamiento cambie nuestra salud. La evidencia científica disponible permite responder afirmativamente, aunque con importantes matices.

La eficacia de estas técnicas depende de tres factores: el problema que se pretende tratar, el protocolo utilizado y la experiencia del profesional que dirige el entrenamiento. Por eso no es posible afirmar simplemente que funcionan o no.

En primer lugar, el biofeedback es una de las técnicas que más se ha investigado para mejorar la regulación del estrés. Los mejores resultados se han obtenido utilizando la variabilidad de la frecuencia cardíaca. Cuando la persona aprende a respirar de una forma determinada y recibe información inmediata sobre cómo responde su organismo, mejora su capacidad para regular la respuesta de estrés.

Además, también se han descrito cambios en la actividad de regiones cerebrales implicadas en la regulación emocional, la atención y el control cognitivo, lo que sugiere que sus efectos van más allá de la respuesta fisiológica inmediata.

En segundo lugar, la investigación sobre neurofeedback también ha mostrado resultados prometedores en problemas relacionados con la regulación emocional, como el trastorno por estrés posttraumático, algunos trastornos de ansiedad o el insomnio. Sin embargo, la calidad de la evidencia todavía es variable y depende en gran medida del protocolo empleado y de la población estudiada.

Eso significa que estas técnicas no son milagrosas. Tampoco sustituyen a la psicoterapia, a la medicación cuando es necesaria o a los cambios en el estilo de vida. Son una herramienta más. Cuando se utilizan bien pueden ayudar a que la persona aprenda a regular mejor su propio sistema nervioso.

La importancia de medir bien

En los últimos años han aparecido relojes, pulseras y aplicaciones capaces de registrar nuestra frecuencia cardíaca, el sueño y la actividad física. Nunca habíamos tenido acceso a tanta información sobre nuestro organismo. Pero existe un problema: medir no siempre significa comprender.

Una frecuencia cardíaca elevada puede deberse al estrés, pero también al ejercicio, al calor, a la falta de sueño o simplemente a haber subido unas escaleras. Lo mismo ocurre con muchos otros biomarcadores. Sin una interpretación adecuada, los datos pueden generar más preocupación que tranquilidad.

Por eso, el biofeedback y el neurofeedback no consisten únicamente en colocar unos sensores. Antes hay que saber qué se quiere entrenar, por qué y cómo hacerlo. La tecnología proporciona información. El profesional es quien la convierte en una intervención útil.

Mañana volverá a sonar el despertador. Seguirán esperándote los correos, las reuniones y las facturas. Lo que puede cambiar es la forma en la que el sistema nervioso responde a todo ello. Y esa capacidad, como tantas otras del cerebro, también puede entrenarse.

The Conversation

Francisco Manuel Ocaña Campos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Así podemos entrenar el sistema nervioso para reducir el estrés – https://theconversation.com/asi-podemos-entrenar-el-sistema-nervioso-para-reducir-el-estres-282673