Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes

Source: The Conversation – in French – By Tiphaine Bacot, Enseignante-chercheuse contractuelle en génétique, Inrae

Marmottier (_Prunus brigantina_) dans les Alpes françaises, en 2017. Stéphane Decroocq, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • Prunus brigantina est un arbre fruitier sauvage que l’on retrouve en altitude dans les Alpes et que la science a longtemps hésité à rattacher soit aux pruniers, soit aux abricotiers.

  • Le nom « marmottier », l’une des nombreuses dénominations données à cet arbre, vient de ses fruits, appelés « marmottes » par certaines populations locales.

  • Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant à la sécheresse. Introduire ses gènes dans les fruitiers cultivés pourrait les aider à devenir plus résilients face au changement climatique.


Cet arbre alpin rare et discret, quasiment inconnu du grand public, est l’un des fruitiers les plus hauts d’Europe. Longtemps mal classé au plan taxonomique, Prunus brigantina, également appelé « marmottier » (et bien d’autres noms, comme on le verra plus bas), intéresse désormais à la fois les botanistes, les généticiens, les conservateurs et les sélectionneurs.

Cette espèce particulièrement résiliente pourrait en effet s’avérer précieuse pour améliorer les vergers de demain et les aider à faire face à la sécheresse et à l’appauvrissement des sols. C’est ce que suggèrent les dernières études scientifiques, qui se sont appuyées sur la génétique pour reconstituer l’histoire évolutive de ce fruitier dont l’arbre généalogique a longtemps tenu du casse-tête. État des lieux.

Carte d’identité d’un arbre montagnard unique

Véritable champion des hautes altitudes, Prunus brigantina (ou Prunus brigantiaca) pousse exclusivement dans les Alpes du Sud françaises et le Piémont italien. On le rencontre jusqu’à plus de 1 900 mètres d’altitude, ce qui le place sur le podium des fruitiers sauvages les plus hauts d’Europe.

Localement, l’espèce peut être appelée de plusieurs façons : « marmottier » – en référence à la « marmotte », le nom alpin de son fruit – ou « afatoulier » – dérivé de l’occitan alpin afatoule. On l’appelle encore « prunier » ou « abricotier de Briançon ».

Cette espèce est endémique de cette région : elle n’existe de façon naturelle nulle part ailleurs dans le monde. Son nom scientifique fait référence à Briançon (Brigantium à l’époque romaine), dans le département des Hautes-Alpes, où l’espèce a été décrite pour la première fois en 1786 dans l’Histoire des plantes du Dauphiné, du médecin et botaniste français Dominique Villars.

Ce fruitier sauvage est une espèce particulièrement rustique, qui tolère des conditions écologiques difficiles. Il se développe dans des milieux secs et ensoleillés, au sein de fourrés clairsemés et de versants rocheux des montagnes.

Adapté aux conditions exigeantes de l’étage montagnard, il n’a jamais été un arbre de verger. En revanche, son port buissonnant et ses rameaux épineux en font un excellent arbuste de haies, autrefois utilisé pour délimiter les parcelles et contenir les troupeaux lors de la transhumance.




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Et les marmottes dans tout ça ?

On l’a vu, le nom « marmottier » fait référence à la « marmotte », l’un des noms donnés à son petit fruit jaune. Ce fruit, plutôt acide et très peu sucré, a parfois été transformé en confiture. Mais c’est surtout son amande qui a été exploitée : on en extrayait une huile réputée pour ses usages alimentaires et médicinaux (un remède contre la colique, notamment).

Très recherchée dans les Alpes malgré un rendement extrêmement faible – il fallait environ 10 000 amandons pour produire un litre d’huile –, cette huile pouvait se vendre à un prix trois fois supérieur à celui de l’huile d’olive et deux fois à celui de l’huile de noix.

Les marmottes, fruits d’un marmottier, arbre fruitier poussant dans les Alpes françaises.
Stéphane Decroocq, Fourni par l’auteur

Faiblement dosée en acide cyanhydrique, cette huile pouvait également être utilisée pour la consommation alimentaire en petite quantité. Bien que le fruit s’appelle marmottier, le botaniste Dominique Villars donna à son huile le nom d’« huile de marmote » (avec un seul t afin de la distinguer de la véritable huile de marmotte obtenue à partir de la graisse de l’animal).




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Un casse-tête généalogique enfin résolu

Les nombreux noms différents donnés à cet arbre fruitier traduisent le flou qui existe de longue date autour de sa classification taxonomique au sein du genre Prunus, qui réunit les arbres à fruits à noyau.

Plus précisément, il fait partie du sous-genre Prunophora, aux côtés des pruniers et des abricotiers, un groupe d’espèces toutes originaires de l’hémisphère Nord. Sur la base de ses attributs morphologiques, il fut longtemps classé dans la section abricotiers, dont il est le seul représentant à l’état sauvage en Europe.

Mais les données génétiques racontent une histoire plus nuancée. Plusieurs études récentes ont comparé différentes espèces apparentées aux abricotiers et aux pruniers et ne s’accordent pas toutes sur la taxonomie de P. brigantina.

Carte des individus de P. brigantina collectés dans les Alpes du Sud françaises dans le cadre de l’étude de Liu et al. 2021. Les individus sont représentés par des points dont les couleurs correspondent aux trois groupes génétiques identifiés. Les noms en italique font référence aux trois parcs naturels du sud-est des Alpes françaises dont ces groupes génétiques sont issus.
Fourni par l’auteur
  • Une analyse de 71 individus sauvages de P. brigantina publiée en 2021 (à laquelle l’Inrae a participé), s’appuyant sur certains marqueurs génétiques spécifiques, a identifié trois groupes génétiques distincts et suggère que l’espèce appartient à la section Armeniaca (abricotier), en accord avec sa classification historique.

  • D’autres études (notamment publiées en 2019 et en 2021), réalisées sur la base des séquences de génome complet, suggèrent de leur côté que P. brigantina est une espèce bien distincte de la section Armeniaca ; autrement dit qu’il ne s’agirait pas d’un abricotier.

Prunier ou abricotier ? Les « marmottes » (fruits du marmottier), dépourvues de duvet, évoquent davantage des prunes que des abricots (pourvus d’un duvet), ici en photographie.

En 2026, une étude phylogénétique plus large, à l’échelle du genre Prunus, incluant des espèces plus éloignées au plan taxonomique de P. brigantina, a attribué le marmottier à la section Prunus (prunier), et non plus à la section Armeniaca (abricotier).

Cette nouvelle classification est d’ailleurs en accord avec son apparence : le marmottier ressemble davantage à un prunier, notamment par ses fruits à peau lisse et les structures qui les portent, dépourvus du duvet typique des abricots.




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Les leçons du marmottier pour aider les vergers face aux changements climatiques

Dans le cadre d’une initiative internationale de caractérisation de la biodiversité européenne, un génome de référence de P. brigantina, a été assemblé et annoté par le Genoscope, en collaboration avec l’Inrae.

Les études précédentes s’appuyaient sur des sections de génome ou des marqueurs génétiques isolés, non sur le génome complet de l’arbre. Le décryptage de celui-ci va nous permettre de repérer les régions génomiques que le marmottier partage avec ses plus proches cousins, pruniers. C’est en comparant ces zones partagées que nous pourrons reconstituer l’arbre généalogique des pruniers et comprendre un peu mieux l’origine du marmottier, tout en ciblant des gènes d’intérêt en lien avec sa résilience ou ses qualités naturelles.

Le génome de cet arbre sauvage pourrait bien s’avérer précieux pour assurer l’avenir de nos vergers face au changement climatique. En effet, il constitue un réservoir de gènes pour assurer la robustesse des espèces cultivées. Au fil de la domestication, nos fruits modernes ont souvent perdu une partie de leur bagage génétique. Or les cousins sauvages, eux, ont conservé ces gènes oubliés.

Cousin de la prune européenne et de la prune américano-japonaise, le marmottier s’est adapté aux conditions extrêmes des montagnes, s’épanouissant sur des sols pauvres et dans des milieux très secs. Cette robustesse naturelle représente une mine d’or. En puisant dans ce réservoir de diversité génétique, les chercheurs espèrent créer des variétés de pruniers plus résilientes, mieux armées pour faire face au changement climatique tout en se passant d’arrosage intensif et de traitement chimique.

Mais, aujourd’hui, les populations de marmottiers sont fragilisées. Sous l’effet des activités humaines, du surpâturage et du développement des pistes de ski en hiver, son habitat est fragmenté, isolant les arbres les uns des autres. Le marmottier ne pousse désormais plus que dans des zones de plus en plus localisées (dans le Queyras, le Mercantour et les Écrins, notamment), dont il est urgent, pour la sauvegarde de l’espèce, de protéger les trois populations génétiquement distinctes.




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Préserver la diversité des fruitiers sauvages dans des vergers de conservation

Pour sauver ce patrimoine unique et éviter que sa diversité génétique ne disparaisse sur le terrain, les scientifiques ont trouvé la parade : les vergers conservatoires.

Individus de P. brigantina dans un verger conservatoire du Centre de ressource biologique (CRB) Prunus de l’Inrae, abritant également d’autres espèces apparentées.
Marine Delmas, Fourni par l’auteur

Le principe ? Recueillir et cultiver des arbres hors de leur milieu naturel, pour les mettre à l’abri. Dans cette optique, une équipe de chercheurs de l’Inrae a déjà sélectionné une petite quarantaine d’individus stratégiques. Cette mini-collection a été pensée pour regrouper et sauvegarder, à elle seule, l’ensemble de la diversité génétique connue de l’espèce.

Protéger cette espèce, ce n’est pas seulement préserver un arbre rare et unique en France : c’est garder une bibliothèque de gènes disponibles pour la recherche et, peut-être, pour les vergers de demain. Derrière un arbre de montagne discret se cache une question très actuelle, celle de la manière dont on protège et valorise la diversité sauvage pour mieux préparer les vergers de demain.

The Conversation

Véronique Decroocq a reçu des financements de l’agence nationale de la recherche (ANR), du programme PRIMA (le Partenariat pour la recherche et l’innovation dans la région méditerranéenne) (projet FREECLIMB) et de la commission européenne.(programme Horizon Europe, projet FRUITDIV).

Marine Delmas et Tiphaine Bacot ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes – https://theconversation.com/prunier-ou-abricotier-le-marmottier-un-arbre-fruitier-qui-brouille-les-pistes-289624

Vin, huile, profits : le véritable rôle des intendantes dans les fermes romaines

Source: The Conversation – in French – By Tamara Lewit, Honorary Fellow, School of Historical and Philosophical Studies, The University of Melbourne

Longtemps décrites comme de simples gouvernantes chargées des tâches domestiques, les vilicae de la Rome antique jouaient en réalité un rôle central dans la gestion des exploitations agricoles. Une nouvelle étude montre qu’elles supervisaient notamment la production de vin et d’huile d’olive, au cœur de l’économie romaine.


Les intendantes agricoles sont là, sous nos yeux, dans les textes de la Rome antique. Elles sont mentionnées dans les lois, la littérature et les inscriptions funéraires sur une période de cinq siècles. Les historiens modernes ont pourtant généralement considéré qu’elles n’étaient seulement chargées que des tâches domestiques, et des repas du foyer, restant à l’écart des activités productives de l’exploitation.

Mon nouvel article, publié dans le Journal of Roman Archaeology, remet en cause cette idée.

Les sources montrent en effet que nombre de ces intendantes supervisaient la production de vin ainsi que d’autres activités essentielles à la production agricole et à la rentabilité des exploitations.

Une fausse piste

Le traité d’agronomie rédigé au Ier siècle de notre ère par l’écrivain romain Lucius Junius Moderatus Columella dit Columelle offre un précieux aperçu du rôle de l’intendante agricole.

Lui-même grand propriétaire terrien, Columelle énumère les responsabilités des gestionnaires de domaine, qui étaient probablement des personnes réduites en esclavage. L’intendant était appelé vilicus et l’intendante vilica, des termes dérivés de leurs fonctions au sein de la villa.

Mais de nombreux historiens ont été induits en erreur par une fausse piste. Columelle ouvre en effet son passage consacré à la vilica par une longue citation du philosophe grec Xénophon, qui écrivait à Athènes plus de quatre siècles auparavant.

Une statue
Une citation de Xénophon a conduit de nombreux historiens à mal interpréter le rôle des femmes dans l’agriculture de la Rome antique.
Mahmoud Amer/Pexels

Selon Xénophon, le rôle « naturel » des femmes était de travailler à l’intérieur. Dans son exposé, l’épouse idéale de la haute société est ainsi présentée comme demeurant dans sa maison en ville afin de superviser les tâches domestiques des esclaves.

Le philosophe grec ne parle pourtant pas des travailleurs agricoles. Columelle précise d’ailleurs à quatre reprises que ces idées ne sont pas les siennes, mais celles de Xénophon, qui écrivait plusieurs siècles auparavant.

Columelle attribue à la vilica d’une exploitation romaine un tout autre ensemble de responsabilités. La plus importante est la production de vin et d’huile d’olive, deux denrées de grande valeur qui constituaient la principale source de revenus des propriétaires fonciers.

Dans sa description des tâches de la vilica, il mentionne notamment l’extraction du jus des raisins pendant les vendanges, l’ajout d’aromates et de conservateurs, tels que le sel, l’absinthe, le fenouil ou le moût de raisin réduit, ainsi que la supervision de la fermentation jusqu’à l’obtention du vin.

Selon lui, la vilica dirigeait également la transformation d’autres produits agricoles afin de les rendre durables et rentables, par exemple en faisant presser des olives impropres à la consommation pour produire de l’huile d’olive destinée à la vente.

Les données de l’archéologie montrent que la production de vin ou d’huile, réalisée grâce à d’imposantes machines installées dans de vastes bâtiments, pouvait atteindre 50 000 à 100 000 litres par an, voire davantage. La vilica supervisait donc des activités de grande ampleur, indispensables au fonctionnement du domaine.

Invoquer les dieux

Les sacrifices accomplis selon les règles étaient considérés comme essentiels à la réussite de l’exploitation agricole. L’archéologie a mis au jour des autels destinés aux offrandes dans des bâtiments romains consacrés à la vinification. La production de vin dans le monde romain était un processus délicat, soumis aux aléas de la température, des bactéries ou de l’oxygénation. Le vin pouvait facilement moisir ou tourner au vinaigre.

Un aspect frappant du récit de Columelle est qu’il confie à l’intendante agricole la responsabilité d’accomplir des offrandes destinées à prévenir ce type de catastrophe.

À la recherche d’autres indices

Les autres textes ne font souvent qu’évoquer brièvement la vilica, sans en dire beaucoup plus que son existence. Mais ces mentions permettent tout de même de reconstituer quelques éléments.

Des textes juridiques consacrés aux successions, citant le juriste Trebatius au Ier siècle avant notre ère, classent la vilica parmi l’instrumentum fundi : l’ensemble de ce qui est nécessaire au travail productif de l’exploitation, à la récolte et à la conservation de ses produits, y compris la main-d’œuvre réduite en esclavage.

Une mosaïque représente des femmes travaillant dans une exploitation agricole romaine à la Villa Romana del Casale, en Sicile
Une mosaïque représente des femmes travaillant dans une exploitation agricole romaine à la Villa Romana del Casale, en Sicile.
Joe Lynch

Un autre grand propriétaire terrien et auteur, Caton l’Ancien, qui vécut deux siècles avant Columelle, considère l’intendant et l’intendante agricoles comme des membres indispensables du personnel d’un vignoble ou d’une oliveraie.

Il ne consacre qu’un court passage aux tâches de la vilica, mais une lecture attentive montre qu’elles ne relèvent pas principalement de la sphère domestique. Caton lui attribue l’élevage de la volaille ainsi que la transformation des produits agricoles saisonniers. S’il évoque aussi la supervision du nettoyage, il peut s’agir de l’entretien des espaces de travail, comme les étables ou les bâtiments de vinification, une composante essentielle de la gestion du domaine que Columelle range également parmi les responsabilités de la vilica.

L’auteur confie également à la vilica la responsabilité d’accomplir les sacrifices destinés à assurer la prospérité de l’exploitation. Elle doit, écrit-il, déposer régulièrement des guirlandes sur l’autel « pour l’abondance ».

Une mosaïque romaine représentant les travaux du domaine au fil des saisons montre une scène d’offrande à Jupiter (sous sa forme celtique, dieu du ciel et des phénomènes météorologiques) en faveur de récoltes abondantes. On y voit une femme tenant des guirlandes, exactement comme le prescrit Caton. À ses côtés figurent une cruche destinée aux libations de vin ainsi qu’un personnage masculin.

Offrande représentée sur une mosaïque
Une femme devant un autel, tenant une offrande de guirlandes. À ses côtés se trouvent une cruche destinée aux libations de vin et un personnage masculin.
Carole Raddato/Musée d’archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye/Flickr, CC BY

Cette mosaïque représente peut-être la vilica et le vilicus, tous deux indispensables à la réussite des récoltes annuelles. Si les représentations de femmes dans ce contexte sont rares, une peinture murale fragmentaire découverte à Rome montre une femme supervisant des ouvriers chargés de la vinification, exactement comme le décrit Columelle.

L’ensemble de ces éléments invite à revoir une vision devenue dépassée du rôle des femmes romaines dans la production agricole, qui constituait le principal secteur économique de l’Antiquité.

Aucune vilica ne nous a laissé de récit de son travail écrit de sa propre main. Mais en examinant attentivement les sources, il est encore possible d’en percevoir l’écho.

The Conversation

Tamara Lewit ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Vin, huile, profits : le véritable rôle des intendantes dans les fermes romaines – https://theconversation.com/vin-huile-profits-le-veritable-role-des-intendantes-dans-les-fermes-romaines-287595

Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ?

Source: The Conversation – in French – By Julia Henning, Researcher, School of Animal and Veterinary Science, Adelaide University


L’ESSENTIEL

  • Le jeu est bénéfique à la santé des chats domestiques. Il renforce également les liens avec l’humain.

  • Cependant, une étude inédite montre que nous sommes nombreux à confondre le jeu avec des situations où les chats sont en détresse.

  • C’est l’occasion donc de faire le bilan sur les signes qui doivent nous alerter et ceux qui nous indiquent que notre chat apprécie vraiment le jeu.


Vous est-il déjà arrivé de regarder des vidéos en ligne d’humains « jouant » avec des chats et de remarquer que ce dernier n’a pas vraiment l’air de s’amuser ? Si c’est le cas, vous êtes probablement plus doué que la moyenne pour déchiffrer le langage corporel des chats.

On sait que des jeux interactifs réguliers favorisent la santé, réduit le stress et renforce le lien entre l’homme et le chat.

Mais selon notre dernière étude, ce que beaucoup de gens considèrent comme du « jeu » n’en est peut-être pas du tout. En réalité, ces interactions sont source d’agacement ou de stress pour les chats.

Quand le jeu n’en est plus

Lorsqu’ils jouent, l’humain et le chat doivent savoir distinguer les comportements qui pourraient être perçus comme menaçants dans d’autres contextes, tels que les mouvements brusques, les coups de patte ou les poursuites.

Des études montrent pourtant que les gens ont du mal à interpréter la communication féline et souvent ne remarquent pas quand un chat ne veut pas jouer. Et même lorsqu’ils s’en rendent compte, beaucoup de gens choisissent de continuer quand même.




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Afin de comprendre pourquoi certaines personnes peuvent mal interpréter ou ignorer les signes de stress chez les chats, nous avons, dans le cadre de notre nouvelle étude, analysé 1 100 commentaires laissés sous des vidéos publiées sur les réseaux sociaux (YouTube, TikTok, Instagram et Facebook) montrant des « jeux » dangereux.

Afin d’éviter que les vidéos virales n’influencent de manière disproportionnée l’analyse, seuls les 100 premiers commentaires de chaque vidéo ont été analysés. Les commentaires provenaient à la fois de propriétaires de chats et de personnes n’en possédant pas.

Les 11 vidéos sélectionnées montraient toutes des signes évidents de détresse chez les chats, tels que des sifflements, des morsures, des tentatives de fuite, des blessures visibles chez les humains et, dans certains cas, des chats subissant des violences physiques. Malgré cela, de 75 % à 93 % des commentaires sur l’ensemble des vidéos étaient positifs. Comment cela s’explique-t-il ?

Pourquoi interprète-t-on mal le comportement des chats ?

Les interprétations erronées des internautes semblaient influencées par leurs croyances préexistantes concernant les chats, les relations entre les humains et les chats, mais aussi par ce qui est considéré comme amusant ou drôle. De nombreux commentaires banalisaient ainsi les manipulations brutales, présentaient des signes de stress comme de l’excitation ou de l’affection, ou les minimisaient en les qualifiant de « mignons » ou « marrant ».

Dans de nombreux cas, les commentaires reflétaient une dissonance cognitive – ce malaise mental qui survient lorsque nos convictions bien ancrées se heurtent à des preuves contradictoires – ainsi que les mécanismes d’adaptation courants auxquels notre cerveau a recours pour l’atténuer, tels que le déni, le rejet ou l’adoption d’une attitude défensive :

« N’importe qui doté d’un minimum de bon sens peut voir que cette vidéo ne montre pas de maltraitance animale. »

Les commentaires faisaient également écho à des perceptions problématiques issues de discours sociétaux plus larges, tels que :

« Si elle n’était pas à l’aise, elle s’enfuirait. »

« S’ils étaient vraiment en colère, ton bras saignerait à flots. »

De telles déclarations présentent une ressemblance frappante avec des remarques adressées aux victimes de violences conjugales, telles que « Si c’était si terrible, pourquoi n’est-elle pas partie ? »

Les idées fausses les plus courantes

1. « Une véritable détresse ne laisse aucun doute »

De fait, les internautes pensaient souvent que si un chat n’appréciait vraiment pas une interaction, il s’enfuirait ou infligerait des blessures plus graves. S’il n’y avait pas de sang visible, si le chat restait sur place ou s’il ne correspondait pas à l’idée que l’on se fait d’un animal « en détresse », les internautes concluaient qu’il s’agissait d’un jeu.

En réalité, les chats restent souvent engagés dans une interaction ou retiennent leurs attaques afin de réduire les risques pour eux-mêmes, par le biais d’une « réaction de paralysie », ou pour éviter une escalade de la violence.

2. « Ce n’est pas du stress, c’est de l’excitation »

Les téléspectateurs interprétaient souvent à tort les signaux de détresse (oreilles rabattues, queue qui fouette, attaques violentes, grognements) comme des signes indiquant qu’un chat appréciait un « jeu » brutal. Ils citaient des comportements similaires observés chez leur propre chat comme preuve que celui-ci s’amusait.

En réalité, les jeux brutaux sont trop stimulants. Même si les chats semblent s’amuser, ils adoptent souvent une attitude défensive, et non ludique.

Un chat noir semble peu impressionné par une peluche colorée posée sur sa tête, mais il ne semble pas en détresse
Embêter votre chat, ce n’est pas « jouer » : cela revient simplement à l’agacer.
Valentin Klopfenstein/Unsplash

3. « Le chat sait que ce n’est qu’un jeu »

De nombreux internautes ont également supposé que les chats sociabilisés ou ayant tissé des liens affectifs avec l’humain étaient capables de faire la différence entre « le jeu » et « la violence ». D’autres pensaient aussi que les chats « savaient » se retenir. Cette conviction a persisté même lorsqu’une vidéo montrait un bébé blessé, les internautes continuant d’affirmer que le chat se montrait doux.

En réalité, même si les chats peuvent modérer leurs gestes lors de véritables séances de jeu, ils peuvent rapidement être surexcités, ce qui peut entraîner une détresse et des blessures par défense.

Et ils peuvent également se sentir stressés, même s’ils savent que vous jouez avec eux. De plus, si les chats peuvent se montrer plus tolérants envers une personne en qui ils ont confiance, les interactions non désirées risquent, à la longue, d’entamer cette confiance.

Un chat à la robe écaille de tortue vu de près, s’apprêtant à bondir sur une souris colorée attachée au bout d’une ficelle
Les séances régulières de jeu interactif, lorsqu’elles sont menées correctement, sont saines et bénéfiques pour votre chat.
Dan Dennis/Unsplash

4. « C’est comme ça que vous gagnez leur confiance »

Plus inquiétant, encore, certains internautes encourageaient les autres à poursuivre ces interactions néfastes alors même que le chat devenait visiblement angoissé et agressif, affirmant que c’était le meilleur moyen de « gagner la confiance » d’un chat ou de s’attirer ses faveurs.

Mais si les chats expriment leur détresse, c’est pour une bonne raison : ils veulent que vous arrêtiez.

5. « C’est comme ça que les chats montrent leur amour »

Les internautes interprétaient souvent les morsures comme un signe d’affection et parlaient parfois de « morsure d’amour », et la tolérance humaine face aux blessures était alors souvent saluée comme un signe de dévouement. Certains considéraient ainsi les griffures comme un signe d’honneur et affirmaient qu’elles faisaient partie intégrante de la vie avec des chats.

En réalité, ces soi-disant « morsures d’amour » sont généralement la manière polie qu’a un chat de vous faire comprendre qu’il en a assez. Si vous êtes constamment couvert de morsures ou d’égratignures, c’est probablement que vous surstimulez régulièrement votre chat.

Un chat tigré, assis sur une clôture à l’extérieur, tendant une patte vers l’appareil photo avec curiosité
Si vous êtes constamment couvert de griffures, c’est probablement que vous stimulez trop votre chat – ce n’est pas ainsi qu’il « exprime son affection ».
Julian Guttzeit/Unsplash

Comment vraiment jouer avec votre chat ?

Laissez-le choisir. Assurez-vous que votre chat a envie de jouer. Commencez en douceur, laissez-lui le choix, proposez-lui plusieurs issues et soyez attentif aux signes subtils indiquant qu’il en a assez.

Évitez les jeux de combat. Les jeux trop brutaux peuvent rapidement submerger un chat, lui apprendre à considérer les mains comme des jouets et entraînent souvent des blessures. Privilégiez plutôt l’utilisation en alternance de différents jouets à baguette et d’objets similaires qui vous permettent de rester à distance, vous protègent des blessures et réduisent le risque de causer accidentellement du stress à votre chat.

Restez curieux. Dans notre étude, de nombreux observateurs ont mal interprété le comportement des chats ou ignoré des signes évidents de stress, non par malveillance, mais parce que les reconnaître allait à l’encontre de leurs convictions ou de l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes. Si l’idée que votre façon de jouer puisse causer du stress à votre chat vous met mal à l’aise, inspirez-vous des chats et essayez de rester curieux. Il a été démontré que la curiosité est efficace pour aider les gens à dépasser leurs propres préjugés.

Si nous restons curieux, nous restons attentifs aux moments où nos chats prennent plaisir à jouer et à ceux où ils veulent s’arrêter.

The Conversation

Julia Henning ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ? – https://theconversation.com/est-ce-que-vous-jouez-avec-votre-chat-ou-est-ce-que-vous-etes-juste-en-train-de-lembeter-290022

Agir contre ses principes au travail, une souffrance psychologique encore méconnue

Source: The Conversation – in French – By Ebru Işıklı, Postdoctoral Research Fellow in Sociology, University College Dublin

Longtemps associée aux professions du soin, la « blessure morale » touche aussi de nombreux salariés confrontés à des dilemmes éthiques. KieferPix/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • La « blessure morale » apparaît lorsque des salariés sont contraints d’agir à l’encontre de leurs valeurs.

  • Cette souffrance psychologique, souvent invisible, peut conduire à une perte de sens, à l’isolement et, dans les cas les plus graves, au suicide.

  • Mieux reconnaître les risques éthiques et psychologiques au travail est devenu un enjeu majeur de santé au travail.


Lorsque de violents séismes ont frappé la Turquie et la Syrie en février 2023, plus de 50 000 personnes ont perdu la vie et des milliers d’autres ont été blessées. Un mois après la catastrophe, un employé de banque nommé Efe Demir s’est suicidé à Istanbul. Avant sa mort, il avait envoyé un courriel à ses collègues dans lequel il remettait en cause les décisions et les motivations de son employeur. Il estimait que l’entreprise accordait davantage d’importance à ses profits qu’à l’accompagnement de ses clients touchés par la catastrophe.

La banque a fermement contesté ces accusations. Mais le témoignage d’Efe Demir met en lumière un problème plus large, souvent invisible : la manière dont les pratiques des entreprises, en particulier en période de crise, peuvent provoquer une souffrance psychologique chez leurs salariés.

Parfois qualifiée de « blessure morale » ou de « souffrance éthique », cette détresse apparaît lorsque les travailleurs sont contraints d’agir uniquement dans l’intérêt du profit.

Le psychiatre Christophe Dejours, spécialiste du travail et de la santé mentale, soutient que la complexité du travail oblige les salariés à mobiliser en permanence des ressources émotionnelles et cognitives pour faire face à des dilemmes moraux.

Ces dilemmes peuvent concerner, par exemple, le bilan environnemental d’une entreprise ou ses relations avec un pays engagé dans un conflit armé. La blessure morale ne résulte pas seulement de ce que les salariés sont amenés à faire. Elle peut aussi prendre la forme d’un profond sentiment d’isolement lorsqu’un employé estime que son entreprise agit de manière contraire à ses valeurs, sans que personne ne réagisse. À terme, cette blessure morale peut se transformer en une crise profonde, dont le suicide au travail constitue l’expression la plus tragique.

Les catastrophes amplifient les blessures morales

La notion de blessure morale est le plus souvent utilisée pour décrire l’expérience de professionnels du soin, comme les médecins ou les infirmiers, dont les décisions peuvent avoir des conséquences vitales. Mais elle peut toucher de nombreux métiers, en particulier lors de catastrophes, lorsque les individus ressentent soudain une responsabilité accrue envers les autres.

Pour des salariés comme Efe Demir, le séisme en Turquie n’a pas seulement été une tragédie nationale : il a aussi constitué un moment où les valeurs de leur employeur ont été mises à l’épreuve. Parmi les griefs qu’il formulait, Demir accusait notamment la banque de ne pas avoir suffisamment soutenu les clients touchés par le séisme, notamment en matière de remboursement des prêts ou d’accès au crédit.

Ces situations sont rarement rendues publiques. Les employeurs cherchent souvent à protéger rapidement leur réputation, tandis que les collègues redoutent d’éventuelles représailles et que les familles hésitent à établir un lien entre le suicide et le travail.

Le lien est difficile, voire impossible, à établir avec certitude. Certaines recherches suggèrent toutefois que le suicide d’un salarié peut constituer une ultime tentative de dénoncer une injustice.

Le travail moderne implique souvent des pratiques qui, bien que légales, soulèvent des questions éthiques : manipuler subtilement des clients, recourir à une concurrence déloyale ou garder le silence face à des préjudices. Les salariés peuvent ainsi devenir, malgré eux, les acteurs de pratiques contraires à leurs valeurs. C’est précisément ce qui rend ces expériences si difficiles à exprimer.

Si les dangers physiques au travail sont largement reconnus, les risques psychologiques, comme les conflits éthiques ou le sentiment de perdre son intégrité, restent souvent ignorés. Une exposition prolongée à un environnement moralement ambigu peut transformer le caractère d’une personne, sa sensibilité morale et même sa perception d’elle-même. Selon Christophe Dejours, les travailleurs finissent alors par s’endurcir face à la souffrance des autres… puis face à la leur.

Dans des pays comme la France ou le Japon, les suicides liés au travail font désormais partie du débat public, notamment grâce à la mobilisation des organisations syndicales. En France, des syndicats, comme la CFE-CGC, luttent activement contre le harcèlement au travail. À l’échelle internationale, la Confédération syndicale internationale (CSI/ITUC) a fait du suicide lié au travail une priorité dans sa campagne consacrée aux risques psychosociaux.

Pour prévenir les blessures morales au travail, en particulier à une époque marquée par l’enchevêtrement des crises – environnementales, géopolitiques ou naturelles –, les recherches montrent que de nombreuses organisations devraient accorder davantage d’attention à l’intégrité éthique de leurs salariés. La dignité au travail ne dépend pas seulement des conditions d’emploi – horaires, rémunération ou statut –, mais aussi de ce que l’on est amené à produire ou à faire dans le cadre de son activité.

Cela implique également d’élargir la notion de santé et de sécurité au travail afin d’y intégrer non seulement les risques physiques, mais aussi les risques moraux et psychologiques. Il est enfin nécessaire de parler plus ouvertement des tâches éthiquement contestables que les salariés peuvent être amenés à accomplir dans le cadre de leur travail.


Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le 31 14.

The Conversation

Ebru Işıklı ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Agir contre ses principes au travail, une souffrance psychologique encore méconnue – https://theconversation.com/agir-contre-ses-principes-au-travail-une-souffrance-psychologique-encore-meconnue-288017

Nouveaux sports : d’où vient le succès du padel ?

Source: The Conversation – in French – By Marine Fontaine, Maîtresse de conférences en STAPS, Université Gustave Eiffel


L’ESSENTIEL

  • Inventée en 1969 au Mexique, la pratique du padel s’est installée en France à partir des années 1990.

  • Le principe du jeu à quatre, la continuité entre murs et terrains en font une discipline conviviale, qui attire vers les sports de raquette un public plus large.

  • Aujourd’hui, le padel a rejoint la Fédération française de tennis, et il intéresse le monde de la recherche : celle-ci se penche notamment sur le caractère accessible de ce nouveau sport.


Importé du Mexique dans les années 1970, le padel est devenu en quelques années l’un des sports qui évoluent le plus vite en France. Entre croissante du nombre de pratiquants, émergence de nouveaux terrains, intérêt croissant des investisseurs et intégration au sein de la Fédération française de tennis, il s’impose à un niveau qui se situe bien au-delà de l’effet de mode. Ce sport de raquette compte désormais plus de 400 000 pratiquants, 1 240 clubs et 4 050 pistes sur l’ensemble du territoire.

Derrière ces chiffres, qu’est-ce qui explique cet engouement ? Comment ce sport s’est-il progressivement installé en France pour prendre une place de plus en plus importante dans le paysage sportif français ?

De nouvelles attentes chez les sportifs

Depuis 1945, l’État et les fédérations sportives ont joué un rôle central dans la démocratisation du sport en France, en structurant une offre institutionnelle (équipements, licences, compétitions). Cette dynamique a porté ses fruits : entre 1949 et 2023, le nombre de licences sportives délivrées est passé de 1 867 000 en 1949 à 16 500 000 en 2023, soit environ neuf fois plus. Portée par la réduction du temps de travail et la hausse du pouvoir d’achat, la pratique sportive est devenue une affaire de masse.

Pourtant, à partir des années 1980, un écart se creuse entre le nombre de pratiquants et celui de licenciés. En 1985, un sportif sur deux pratiquait hors de toute structure institutionnelle ; en 2015, c’était trois sur quatre. Le modèle fédéral, organisé et codifié, semble avoir atteint la fin de son « âge d’or ». Le sport institutionnel ne capte plus qu’une part minoritaire de l’activité physique réelle des Français.

Ce décrochage ne traduit pas un désintérêt pour le sport. Il reflète une transformation des attentes. Les pratiquants ne cherchent plus nécessairement la performance ; ils veulent de l’autonomie, du plaisir immédiat, de la convivialité et le moins de contraintes possible. Ils investissent de nouveaux espaces et adoptent des pratiques plus libres et auto-organisées, comme les sports de pleine nature ou les sports urbains. Face à ce constat, les acteurs privés ont réussi à créer un véritable marché pour répondre aux nouvelles attentes.

Conscients de cette évolution, les fédérations sportives ont progressivement cherché à se réinventer, en innovant pour tenter de reconquérir des pratiquants et d’en attirer des nouveaux. Dans le domaine sportif, l’innovation peut prendre plusieurs formes : la rénovation d’une pratique existante ; l’introduction d’un nouveau sport inspirée d’un autre secteur sportif (du surf de vague au surf de neige) ou issue de l’hybridation d’activités existantes (footgolf, kitesurf, etc.) ; ou encore la transformation d’une pratique existante par l’adaptation de ses règles, de son environnement de pratique ou de son équipement.

Le beach tennis, le padel ou encore le kitesurf illustrent cette tendance à l’hybridation et à l’adaptation, dans laquelle les fédérations cherchent à répondre aux aspirations d’une nouvelle génération de sportifs sans pour autant renoncer à leurs missions de structuration et d’encadrement.

L’institutionnalisation du padel en France

La pratique du padel s’inscrit dans cette logique et illustre ces mutations. Inventé en 1969 à Acapulco, quand l’homme d’affaires mexicain Enrique Corcuera fait aménager un terrain délimité par des murs dans sa propriété, ce sport gagne d’abord l’Espagne dans les années 1970 grâce au marquis Alfonso de Hohenlohe. Très populaire, il compte plus de 3,5 millions de pratiquants, avec une augmentation de 101 % du nombre de licenciés entre 1998 et 2011. En Argentine, il s’impose comme le deuxième sport le plus pratiqué, avec plus de 4 millions de pratiquants.

Cette nouvelle pratique répond aux nouvelles attentes des sportifs. Ses caractéristiques spécifiques – terrain réduit (20 mètres sur 10 mètres), jeu à quatre, continuité du jeu grâce aux murs, faible demande physiologique – en font une discipline accessible et attrayante pour tous.

« Le padel : le sport en plein essor » (France 3 Normandie, 2025).

En France, ce sont d’abord les entrepreneurs privés qui ouvrent les premières salles à la fin des années 1990, créant une offre adaptée à la demande. La Fédération française de padel est ensuite fondée en 1992 par d’anciens rugbymen du Paris Université Club, dont les frères Baigts, dans le but de structurer et développer la pratique sur le territoire national.

Pendant plus de vingt ans, le padel se développe ainsi, porté par un réseau d’acteurs privés et une fédération indépendante aux moyens limités.

Alors que la Fédération française de tennis (FFT) connaît une baisse d’effectifs, avec une perte de plus de 266 000 licenciés, elle saisit l’opportunité que représente l’essor du padel.

En 2014, un arrêté ministériel publié au Journal officiel transfère à la Fédération française de tennis la délégation de service public prévue à l’article L. 131-14 du Code du sport. Ce transfert marque le véritable point de départ de l’encadrement institutionnel du padel français : ce qui relevait jusqu’alors de l’initiative privée entre dans le giron du sport fédéral. La FFT se charge désormais de la promotion, de l’organisation et du développement de l’activité pour toutes et tous.

Un sport plus accessible ?

Le padel constitue aujourd’hui un espace en mutation, prix entre deux logiques. D’un côté, le modèle fédéral ne semble plus répondre à l’ensemble des aspirations socioculturelles contemporaines des pratiquants ; de l’autre, les acteurs privés qui investissent un marché en forte croissance font face au manque d’équipements sportifs en milieu urbain.

C’est pour comprendre ce processus d’institutionnalisation et les enjeux liés au développement du padel qu’a été lancé le projet Padel, acteurs et dynamiques d’institutionnalisation (PADIN), mené au laboratoire ACP de l’Université Gustave-Eiffel et soutenu par l’I-SITE Gustave-Eiffel.

En combinant enquête par questionnaire et entretiens semi-directifs, il vise à éclairer la manière dont les différents acteurs – institutionnels, privés, fédéraux – contribuent au développement du padel sur le territoire de l’Île-de-France. Il s’agit également de comprendre si ce sport est véritablement accessible à toutes et tous ou s’il creuse, à son tour, les inégalités d’accès à la pratique sportive.

The Conversation

Marine Fontaine a reçu un financement de l’I-site de l’Université Gustave Eiffel.

– ref. Nouveaux sports : d’où vient le succès du padel ? – https://theconversation.com/nouveaux-sports-dou-vient-le-succes-du-padel-285490

La cantidad de mercurio en la caballa canaria se ha reducido a la mitad en 50 años

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alba Jurado Ruzafa, Instituto Español de Oceanografía (IEO, CSIC), Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

La carne de caballa (_Scomber colias_) guarda la huella química de la actividad humana, pero también del clima y otros factores ambientales. CC BY-SA

Imagínese una caballa pescada frente a Tenerife en 1973 y otra capturada en 2021. A simple vista, son prácticamente idénticas. Sin embargo, tienen una diferencia esencial: la de hace medio siglo contenía en su músculo casi el doble de mercurio que la actual.

Este descenso, superior al 50 %, fue documentado al comparar ejemplares históricos con otros recientes capturados en aguas canarias. Es la prueba de que medidas ambientales como la eliminación progresiva del plomo en los combustibles o el Convenio de Minamata sobre el mercurio han tenido efectos reales.

De igual manera, el seguimiento de las poblaciones de sardina realizado durante la última década ha revelado una disminución progresiva de las concentraciones de plomo.

Estos ejemplos ilustran por qué los peces pequeños pelágicos –que viven en aguas medias o cerca de la superficie–, como sardinas, chicharros (o jureles en la península ibérica), caballas y alachas, representan una herramienta fundamental para evaluar la salud química marina.

Sensores con aletas

Desde hace décadas, se sabe que determinados organismos marinos pueden actuar como centinelas de la contaminación. Los peces pelágicos pequeños resultan especialmente útiles porque viven pocos años, crecen rápido y ocupan una posición intermedia en la cadena alimentaria. Así, reflejan cambios ambientales en cuestión de meses y ofrecen una imagen casi instantánea del estado del ecosistema.

Además, se encuentran entre los pescados más consumidos del mundo, con un papel esencial en la seguridad alimentaria global. Analizar los elementos químicos presentes en sus tejidos permite, al mismo tiempo, comprender los procesos ambientales que ocurren en el océano y evaluar la seguridad de los productos marinos que comemos.

Los ejemplares de caballa pescados en Canarias tienen menos metales pesados que hace medio siglo.
Alba Jurado.

Metales buenos, metales malos

Los estudios realizados en el Atlántico nororiental han analizado hasta veinte elementos químicos distintos en el músculo de estas especies. Algunos son esenciales para la vida, como hierro, cobre, zinc o manganeso, necesarios para funciones fisiológicas básicas. Otros, como cadmio, plomo o mercurio, pueden resultar tóxicos cuando se acumulan en exceso. La buena noticia es que las concentraciones de estos últimos detectadas en los pequeños pelágicos canarios suelen encontrarse por debajo de los límites establecidos por la legislación europea. Sin embargo, esos niveles no son constantes: cambian con la estación del año, el tamaño y la edad del pez, la zona de captura e, incluso, ante fenómenos naturales puntuales.

Canarias, un laboratorio natural

Las aguas canarias constituyen un escenario excepcional para este tipo de investigaciones. Uno de los factores clave es la influencia del gran afloramiento del noroeste africano, un proceso que hace ascender aguas frías profundas, ricas en nutrientes y determinados elementos químicos. Cuando este fenómeno se intensifica, especialmente durante los meses fríos, aumentan las concentraciones de algunos metales en especies como los chicharros y las caballas. No se trata de contaminación, sino de la propia dinámica natural del océano.

Otro elemento fundamental es la calima, que transporta enormes cantidades de partículas minerales desde el desierto del Sáhara hasta el Atlántico. Este polvo aporta hierro, aluminio, cobre y zinc al océano, que pasa al fitoplancton (organismos fotosintéticos del plancton, que constituyen la base de la cadena alimentaria marina) y, posteriormente, al resto de la red trófica. Por ello, concentraciones elevadas de ciertos elementos en los peces pueden reflejar la influencia del desierto, aparte de la actividad humana, también detectable en el músculo de estos peces.

Asimismo, la actividad volcánica también deja su impronta. Las erupciones recientes en Canarias modificaron temporalmente la química marina y estudios posteriores detectaron incrementos de varios metales en caballas capturadas en las zonas afectadas, especialmente tras la erupción en La Palma, cuyos efectos fueron perceptibles durante meses.

Cada isla tiene su firma química

Las investigaciones recientes muestran que los peces analizados en diferentes islas presentan características propias. Así, las caballas capturadas en Tenerife y Gran Canaria, donde la presión humana es mayor, tienden a registrar concentraciones ligeramente superiores de elementos asociados a actividades urbanas y portuarias.

Por el contrario, los ejemplares procedentes de Lanzarote y Fuerteventura suelen mostrar niveles más elevados de elementos relacionados con el afloramiento africano y la calima sahariana. Por todo ello, estos peces funcionan como auténticos mapeadores químicos del archipiélago.

Escuchar a los peces

La biología también influye en los patrones de acumulación. La edad, el tamaño, el estado reproductivo o los hábitos alimentarios modifican la composición química de cada ejemplar. En conjunto, los resultados apuntan a una idea sencilla: cada sardina, cada chicharro y cada caballa que llega al mercado es también un pequeño sensor ambiental. En sus tejidos queda reflejada la estación en que fue capturado, la intensidad del afloramiento, la influencia de la calima o, incluso, la huella de una erupción volcánica reciente.

En un contexto de cambio global y creciente presión sobre los océanos, estos estudios adquieren gran importancia. Los peces que consumimos no solo alimentan a millones de personas en todo el mundo, también nos ayudan a comprender, mediante la química y la biología, qué está ocurriendo bajo la superficie del mar.

The Conversation

Alba Jurado Ruzafa está empleada por el Instituto Español de Oceanografía (IEO, CSIC), que pertenece al Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades. Los estudios relacionados con Pesca estaban cofinaciados con fondos FEMPA de la Unión Europea, destinados a reforzar los conocimientos científicos necesarios para apoyar el diseño de políticas basadas en la ciencia para la conservación y gestión de la pesca.

Enrique Lozano Bilbao no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. La cantidad de mercurio en la caballa canaria se ha reducido a la mitad en 50 años – https://theconversation.com/la-cantidad-de-mercurio-en-la-caballa-canaria-se-ha-reducido-a-la-mitad-en-50-anos-287796

Pourquoi la génération Z est tombée amoureuse de la photographie argentique

Source: The Conversation – France (in French) – By Rotem Rozental, Lecturer in Critical Studies, Roski School of Art and Design, University of Southern California

Après les vinyles, les cassettes VHS, les vidéoclubs et la profession de disquaire, la génération Z, née entre 1995 et 2010, ressuscite la photographie argentique. Derrière cette fascination pour certains objets ou supports se dessine une même aspiration : retrouver des expériences plus réfléchies, plus tangibles et plus collectives.


La photographie argentique connaît une véritable résurrection, portée par des adeptes inattendus : la génération Z (née entre 1995 et 2010,, ndlr). Il n’y a pas si longtemps, la photographie argentique – qui repose sur l’utilisation de pellicules et un développement chimique – était considérée comme quasiment disparue, reléguée au rang de pratique réservée à une poignée de passionnés et d’artistes professionnels.

Les appareils photo numériques avaient conquis presque tous les domaines de la production photographique. Les géants de l’industrie de l’argentique, comme Polaroid et Kodak, avaient considérablement décliné par rapport à leur âge d’or, devenant l’ombre d’eux-mêmes. Les chambres noires, où les élèves et les étudiants apprenaient à développer et tirer leurs pellicules à la main, fermaient les unes après les autres dans les lycées et les universités du pays, remplacées par des laboratoires numériques. Pour la plupart des gens, l’esprit de la photographie argentique ne survivait plus qu’à travers les filtres d’Instagram.

Mais, au cours de ces cinq dernières années, les jeunes générations se sont tournées de plus en plus nombreuses vers cette ancienne manière de pratiquer la photographie. En 2025, 35 % des 42 millions d’utilisateurs actifs d’appareils photo argentiques dans le monde avaient entre 18 et 30 ans. L’année précédente, les recherches en ligne consacrées à la photographie argentique avaient augmenté de 41 %.

Les ventes d’appareils photo jetables augmentent régulièrement depuis 2023. Le média spécialisé PetaPixel est allé encore plus loin en qualifiant 2024 de « meilleure année de l’argentique depuis des décennies ».

Face au regain de la demande, les grandes marques ont lancé de nouveaux appareils et ressuscité des modèles emblématiques. Selon une enquête réalisée en 2024 par Ilford Photo, plus de 30 % des répondants pratiquant la photographie argentique avaient entre 25 et 34 ans.

Un nombre croissant de mes étudiants en art et en design se passionnent pour la photographie argentique et je n’y vois pas une simple tendance nourrie par la nostalgie du passé, mais plutôt de jeunes adultes qui rejettent les algorithmes, cherchent à s’affranchir de l’aliénation des réseaux sociaux et réagissent à une enfance passée entre Zoom et TikTok. À travers ce choix, ils cherchent délibérément à redéfinir leur rapport à l’art, aux relations sociales et, plus largement, au monde qui les entoure.

À la recherche d’un « troisième lieu »

Dans le cadre de mes recherches en histoire de la photographie et de mon enseignement à l’Université de Californie du Sud, je demande souvent à mes étudiants comment ils prennent leurs photos : avec un appareil numérique, leur smartphone ou un appareil argentique.

Cette année, pour la première fois, certains m’ont parlé des clichés qu’ils avaient fait tirer et des albums photos papier qu’ils avaient réalisés pour conserver des souvenirs de leurs amis et de leur famille. Ils m’ont aussi expliqué qu’ils envoyaient des cartes postales, écrivaient des lettres et accrochaient des photographies aux murs de leur chambre.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la manière dont une grande partie du vocabulaire des débuts des réseaux sociaux reprenait des gestes du monde physique pour les transposer dans l’univers virtuel : on « publiait » sur un « mur », on « pokait », on « identifiait » des personnes, on ajoutait des pages à ses « favoris », sans oublier le fait de « devenir amis ».

Il s’agissait d’une stratégie rhétorique des plateformes, sans doute destinée à donner aux utilisateurs le sentiment d’évoluer dans un environnement social familier. Mais leur modèle économique reposait bien davantage sur la maximisation de l’engagement et des revenus publicitaires que sur le développement de relations authentiques.

La suite est bien connue : plus les jeunes se sont connectés en ligne, plus ils ont commencé à se sentir isolés et déconnectés. Les confinements liés au Covid-19 ont encore renforcé cette bascule vers une vie sociale essentiellement numérique, et les chercheurs commencent seulement à mesurer les effets négatifs qu’a eus la combinaison d’un temps d’écran accru et de l’isolement sur la santé mentale des adolescents. En 2023, 51 % des adolescents américains déclaraient passer au moins quatre heures par jour sur les réseaux sociaux.

J’y vois une réaction à une existence vécue derrière les écrans : la photographie argentique devient un moyen de renouer avec la vie collective et de retrouver ce que les sociologues appellent un « troisième lieu ».

Popularisé par le sociologue Ray Oldenburg dans son livre de 1989, The Great Good Place, le concept de « tiers-lieu » désigne un espace distinct du domicile et du travail. C’est un lieu intermédiaire, une parenthèse qui favorise les échanges, les rencontres et la créativité. Il peut s’agir d’un café de quartier, d’un atelier d’écriture, d’une partie hebdomadaire de Magic: The Gathering (_ jeu de cartes à collectionner, ndlr_) ou encore d’une fraternité étudiante. Bref, de tout espace propice aux interactions sociales et à l’épanouissement personnel.

Ces espaces permettent aussi de lutter contre la solitude. Ils incitent les individus à sortir de leur isolement pour s’inscrire dans une communauté. Ray Oldenburg les qualifiait également de « havres de sociabilité » : des lieux où l’on peut venir seul pour rejoindre d’autres personnes, dans une atmosphère à la fois conviviale, ouverte à tous et festive.

Des communautés argentiques bien réelles

En avril 2026, la première édition d’AnalogCon s’est tenue à Los Angeles (Californie). Organisé par le Los Angeles Center of Photography, dont je suis le directeur exécutif et le commissaire en chef, le festival était entièrement consacré à la photographie argentique. Il n’a pas seulement joué le rôle de tiers-lieu pour les passionnés de photo : il a aussi montré à quel point la photographie argentique, en tant que pratique, rituel et communauté, est en plein essor.

Des exposants, des acteurs de l’industrie, des artistes et des enseignants ont participé à cet événement de deux jours, rythmé par des expositions, des tables rondes, des démonstrations et des balades photographiques guidées dans le quartier de Little Tokyo. L’enthousiasme des participants et leur envie de voir se multiplier ce type de rendez-vous étaient évidents.

La photographie s’inscrit désormais dans un mouvement plus large : celui d’une génération qui redécouvre les objets culturels et les supports physiques. Alors que le streaming représente 82 % des revenus de l’industrie musicale, les ventes de disques vinyle progressent sans interruption depuis plus de dix ans. Aux États-Unis, elles ont même dépassé le milliard de dollars (un peu moins de 863 000 euros, ndlr) en 2025.

Près de 60 % des membres de la génération Z achètent désormais des vinyles. Les cassettes VHS et les magnétoscopes connaissent eux aussi un retour aussi inattendu qu’insolite. En Californie, des boutiques comme Be Kind Video ou Videotheque proposent à nouveau la location de VHS, de DVD et de Blu-ray.

Mais au-delà de ces objets eux-mêmes, les disquaires et les vidéoclubs sont redevenus de véritables tiers-lieux. Il y a une différence fondamentale entre choisir un film à regarder en streaming depuis son lit et sortir de chez soi pour se rendre dans un magasin, discuter cinéma avec un vendeur et échanger avec d’autres passionnés.

Pensez au bruit caractéristique d’une cassette audio lorsqu’on ouvre ou referme son boîtier, aux graphismes colorés des jaquettes de DVD ou de VHS. Pensez au geste de rembobiner une cassette ou de composer une mixtape pour la personne qui vous plaît. Ces objets incarnent une époque, des rituels et une esthétique bien particuliers. Pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est une découverte : ils les expérimentent pour la toute première fois.

Imaginez maintenant le geste délicat qui consiste à charger une pellicule dans un appareil photo. Imaginez que vous choisissiez soigneusement votre cadrage avant de déclencher, parce que le nombre de vues est limité et que chacune compte. Puis imaginez l’excitation ressentie lorsque les images apparaissent enfin, matérialisées sur du papier.

À mes yeux, il s’agit de bien plus qu’un simple effet de mode. Ces pratiques traduisent une volonté de résister à une culture numérique conçue pour susciter l’envie, récompenser l’indignation et favoriser les insultes comme l’humiliation.

À la place, munis de leurs pellicules, de plus en plus de membres de la génération Z semblent tourner le dos aux fils d’actualité dictés par les algorithmes pour privilégier une manière de vivre plus réfléchie, plus personnelle et plus concrète.

The Conversation

Rotem Rozental ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi la génération Z est tombée amoureuse de la photographie argentique – https://theconversation.com/pourquoi-la-generation-z-est-tombee-amoureuse-de-la-photographie-argentique-287644

Les plantes, aussi, ont besoin de gestes barrières : l’enjeu mondial de la biosécurité

Source: The Conversation – France (in French) – By Bastien Castagneyrol, Chercheur en écologie, Inrae

Les plantes nous nourrissent, les arbres nous fournissent de l’ombre et de la fraîcheur, les forêts sont nos alliées face au changement climatique. Malgré tous ces bénéfices, la lutte contre les insectes et les maladies qui ravagent les végétaux reste une question très peu médiatisée. Pourtant, chacun de nous peut œuvrer contre ces fléaux.


On trouve à toutes les entrées du jardin botanique royal d’Édimbourg, en Écosse, un large tapis mou et mousseux que le visiteur soucieux de préserver ses souliers serait tenté de vouloir enjamber. Qu’il s’y essaie, et un panneau l’invitant à brosser ses chaussures et à nettoyer ses semelles le rappellera à l’ordre !

Le dispositif présent à l’entrée du jardin botanique royal d’Edimbourg et le panneau l’accompagnant
Le dispositif présent à l’entrée du jardin botanique royal d’Édimbourg et les consignes : « Veuillez essuyer vos pieds. Utilisez le pédiluve pour contribuer à lutter contre la dissémination des maladies de végétaux. »
Fourni par l’auteur

Le panneau explique qu’il s’agit là d’un « geste barrière ». Le produit fongicide que contient la mousse vise à protéger les plantes contre l’introduction et la propagation d’agents pathogènes.

Quand on sait que les chaussures au second plan appartiennent à une chercheuse venue participer à un atelier sur la biosécurité appliquée aux arbres urbains, et qu’elle aura pris un vol pour la Croatie en passant par Amsterdam quelques heures après que la photo a été prise, on entrevoit la nature du problème : il ne se limite pas au jardin botanique d’Édimbourg ni même à l’Écosse ou au Royaume-Uni, il est mondial.

Comment les plantes tombent-elles malades ?

Les plantes aussi tombent malades, soit parce qu’elles ne trouvent pas dans leur environnement les ressources nécessaires à leur croissance et à leur reproduction, soit parce qu’elles sont consommées tout ou partie par des insectes herbivores, soit parce qu’elles sont infectées par des microorganismes pathogènes. S’agissant des plantes cultivées pour l’alimentation (des humains ou des animaux d’élevage) ou pour l’ornement, les carences et les maladies associées peuvent être limitées en adaptant les pratiques culturales. C’est pour lever ces contraintes que l’on a recours à la fertilisation ou à l’irrigation.

Mais la situation est plus compliquée pour les insectes ravageurs et les agents pathogènes des arbres et des forêts. Face à ces fléaux, les méthodes de lutte chimique employant des pesticides sont soit interdites, soit très étroitement encadrées afin de limiter leurs effets délétères sur la santé des personnes et sur la biodiversité.

Graphiose de l’orme, argile du frêne, nématode du pin…

Les enjeux liés à la santé des plantes sont évidemment immenses pour celles qui nous nourrissent, mais ils le sont également pour les arbres et les forêts. C’est un champignon pathogène qui est responsable de la graphiose de l’orme, une maladie qui a entraîné au cours du XXᵉ siècle la quasi-disparition des ormes en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

C’est un insecte d’à peine un centimètre, l’agrile du frêne, qui est en train d’éradiquer les frênes sur la côte est de l’Amérique du Nord et qui est, désormais, présent en Ukraine, en Hongrie et en Slovaquie.

C’est un vers nématode qui, après avoir ravagé les forêts de pin du Portugal et de l’Espagne, a été détecté en France en novembre dernier et qui fait peser une menace sérieuse sur la filière du pin maritime.

L’enjeu de la biosécurité

Ces trois exemples – on aurait pu en citer beaucoup d’autres – ont en commun d’être le fait d’espèces exotiques envahissantes (EEE), déplacées en dehors de leur aire de répartition et causant des dommages là où elles sont introduites.

Ce type de fléau est le combat de la biosécurité qui se définit comme l’ensemble des mesures visant à prévenir l’introduction et la propagation de ravageurs et d’agents pathogènes exotiques.

Elle repose sur un continuum d’actions avant, pendant, et après l’introduction d’un ravageur ou d’un pathogène.

Prévenir plutôt que guérir

De nombreuses espèces de plantes, d’animaux ou de champignons sont, en effet, déplacées chaque année d’un continent à l’autre du fait des échanges commerciaux et du tourisme international. Toutes ne s’installent pas durablement là où elles sont introduites, mais celles qui le font peuvent devenir envahissantes : elles se développent rapidement et peuvent causer des dommages significatifs à l’environnement. D’où l’importance d’empêcher leur introduction pour prévenir les dommages.

Le transport de matériel végétal d’un pays à l’autre est en principe extrêmement réglementé. Par exemple, le bois servant à confectionner les palettes ou à caler les marchandises lors du transport doit faire l’objet d’un traitement thermique censé garantir qu’il ne transporte pas de larves d’insectes ou de spores d’agents pathogènes.

Le passeport phytosanitaire

Pour être déplacées, les plantes ou leurs graines doivent être accompagnées d’un passeport phytosanitaire, qui identifie leur provenance et certifie qu’elles ont fait l’objet d’une inspection sanitaire les garantissant exemptes de maladie au moment de leur départ du pays de production.

Mais le passeport phytosanitaire concerne les opérateurs professionnels (pépiniéristes, distributeurs, importateurs), et non les particuliers. Pourtant, ceux-ci ont également une responsabilité immense.

Nous avons tous fait la rencontre désagréable d’une larve d’insecte dans une cerise, une pomme, une châtaigne ou un poireau, sans avoir eu d’indice de sa présence avant d’y mettre un coup de dent ou de couteau.

Des maladies qui viennent souvent de nos bagages

Cela n’est guère étonnant : une grande diversité d’insectes ou de champignons pathogènes vit cachée dans les plantes ou leurs graines. En rapporter chez soi au retour d’un voyage à l’étranger pour les replanter, ou même pour les garder en pot dans un appartement, constitue dès lors un risque important pour la biosécurité, parce que ces organismes peuvent se disperser une fois les bagages défaits.

Une étude américaine a ainsi montré que, sur les quelque 725 000 espèces exotiques piégées dans les ports et les aéroports du pays entre 1984 et 2000 (essentiellement des insectes), plus de 60 % s’étaient échappées des bagages des voyageurs contre 30 % qui avaient été transportés avec le fret dans des containers. Autrement dit, le passeport phytosanitaire ne suffit pas.

Un poster de prévention
Un poster de prévention.
Fourni par l’auteur

Il ne s’agit pas de faire porter la responsabilité des invasions biologiques ou des épidémies chez les plantes sur les seuls voyageurs, mais de rappeler ce message de prévention simple : préservez la santé des végétaux, ne rapportez pas de plantes, de graines ou de fruits dans vos bagages !

Détecter tôt pour agir vite

Lorsque les mesures de prévention ne suffisent pas, la détection précoce reste l’ultime chance d’empêcher l’installation durable et la propagation des espèces exotiques – à condition qu’elle soit suivie des mesures d’éradication appropriées.

Parmi toutes les espèces de ravageurs et d’agents pathogènes susceptibles d’être introduites en Europe, certaines (la liste est longue) font l’objet d’une surveillance particulièrement étroite de la part des autorités aux niveaux national et européen, du fait de leur dangerosité pour les plantes, pour les services écosystémiques qu’elles soutiennent et pour l’économie.

Les organismes prioritaires de quarantaine

C’est, par exemple, le cas de l’agrile du frêne, devenu tristement célèbre depuis son introduction en Amérique du Nord, où il menace de faire disparaître les frênes, ou encore du chancre coloré du platane, qui entraîne le dépérissement rapide des arbres infectés et leur mort en l’espace de quelques années, comme on l’observe malheureusement le long du canal du Midi.

Ces espèces ont un statut d’organismes prioritaires de quarantaine au niveau européen : leur détection sur tout territoire européen déclenche une série de mesures obligatoires de surveillance puis, le cas échéant, d’éradication des foyers détectés.

Une victoire face au longicorne asiatique

L’éradication d’un foyer est parfois possible. Le longicorne asiatique Anoplophora glabripennis en est un bon exemple. Ce gros insecte de 2 cm à 4 cm de long est originaire du sud-est de l’Asie. C’est un cousin du grand capricorne que l’on connaît en Europe, comme en témoignent ses longues antennes filiformes. Son corps est noir luisant, tacheté de blanc. Sa larve creuse des galeries dans le bois de très nombreuses espèces d’arbres communs en Europe. Les arbres attaqués meurent en quelques années.

Cet insecte a été détecté à Gien (Loiret) en 2003, en Haute-Corse en 2013, puis dans l’Ain en 2016. Les arbres atteints et ceux susceptibles de l’être dans un rayon de 100 mètres ont été abattus, et la zone surveillée étroitement. En 2020, aucun autre arbre attaqué n’avait été détecté dans le secteur.

L’exemple du longicorne asiatique confirme que, lorsqu’elles sont mises en œuvre précocement, les mesures d’éradication peuvent être efficaces. Mais cette success-story est loin d’être la règle. Une récente étude a montré que, s’agissant des ravageurs des arbres et des forêts, les mesures d’éradication sont trop rarement mises en œuvre (dans 10 % des cas) et que les chances de succès ne sont que de l’ordre de 50 à 60 %, faute de pouvoir détecter les foyers et d’agir en conséquence suffisamment tôt.

Pourquoi ça coince ?

La biosécurité se heurte encore à une méconnaissance des enjeux chez le grand public, mais également chez beaucoup de professionnels. Une enquête menée auprès de 187 personnes en Allemagne (dont plus de la moitié avait un lien professionnel avec les arbres ou la forêt) a révélé une sous-estimation des risques liés aux insectes ravageurs et aux microorganismes pathogènes des arbres ainsi qu’une grande méconnaissance du cadre réglementaire associé.

En France, la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé végétale organise la surveillance de la santé des végétaux, analyse les risques et diffuse les connaissances et les alertes sur les organismes de quarantaine. Sur le terrain, les inspectrices et inspecteurs chargés de la surveillance des organismes associent examen visuel des plantes, piégeage des insectes ou des spores de champignons et prélèvements pour détecter la présence ou vérifier l’absence d’organismes réglementés. En forêt, ce travail est accompli par les correspondants observateurs du département de la santé des forêts du ministère de l’agriculture. Il s’agit là d’un dispositif de surveillance active de la santé des plantes. Il est indispensable, mais peut ne pas suffire.

Des citoyens qui lancent l’alerte

Les particuliers peuvent également jouer un rôle clé dans la préservation de la santé des végétaux. Lorsque des symptômes étranges ou la présence d’un insecte inconnu attirent l’attention d’un promeneur ou d’un jardinier amateur, on parle d’observation opportuniste. Cela constitue une forme de surveillance passive, complémentaire de la surveillance active pilotée par les institutions.

Une étude récente a, par exemple, montré que, s’agissant des espèces exotiques envahissantes, tous types confondus, les premières observations d’une espèce sur un territoire sont souvent signalées sur des plateformes naturalistes en ligne, comme iNaturalist.org, avant même que les autorités n’aient connaissance de sa présence.

Un besoin de médiatisation

La santé des végétaux nous concerne toutes et tous. Nous mangeons des végétaux ou des animaux qui, eux-mêmes, ont mangé des végétaux. Nous utilisons le bois des arbres pour nos constructions, nos emballages et nos livres. Nous profitons de l’ombre rafraîchissante des arbres en ville. Nous apprécions les jardins fleuris et les promenades en forêt. Nous partageons de fait la responsabilité de la santé des plantes. Pourtant, les enjeux de biosécurité sont, au mieux, méconnus des consommateurs, au pire complètement ignorés.

Il existe donc un intérêt majeur à investir davantage dans la surveillance active et passive de la santé des plantes. Les médias ont un rôle à jouer, bien sûr, ne serait-ce qu’en informant le public sur les enjeux de biosécurité, mais ils ne peuvent pas tout.

Au Royaume-Uni, l’organisme en charge de la surveillance de la santé des forêts s’appuie sur un réseau de bénévoles formés à reconnaître et à signaler les symptômes des maladies des arbres. Ce dispositif complète la surveillance institutionnelle et sensibilise la population aux enjeux de biosécurité.

The Conversation

Hervé Jactel a reçu des financements de l’Union Européenne et du PEPR FORESTT

Bastien Castagneyrol ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les plantes, aussi, ont besoin de gestes barrières : l’enjeu mondial de la biosécurité – https://theconversation.com/les-plantes-aussi-ont-besoin-de-gestes-barrieres-lenjeu-mondial-de-la-biosecurite-286478

¿Qué significa hoy ser un ‘buen’ padre? El reto de la nueva paternidad sin modelos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Patricia Catalá Mesón, Profesora Titular de Universidad del Area de Psicología Social, Universidad Rey Juan Carlos

Rene Jansa/Shutterstock

Un padre intenta vestir a su hijo de cuatro años antes de salir de casa. Van con prisa y el niño se niega a ponerse los zapatos. Primero intenta explicárselo, después negociar y, cuando la situación se alarga, termina levantando la voz. “Porque lo digo yo, y punto”. Nada más escucharse, reconoce la frase. La había oído muchas veces cuando era pequeño y llevaba años pensando que nunca la utilizaría con sus propios hijos.

Ser padre y, especialmente, ser un “buen padre” es algo muy distinto hoy de lo que era apenas hace una generación. Los padres de hace tres o cuatro décadas debían asumir principalmente las responsabilidades económicas de la familia y ejercer una autoridad que entonces se consideraba propia de la figura paterna.

Hoy esperamos que un padre cambie pañales, conozca las rutinas del bebé, pida una reducción de jornada si es necesario, sepa calmar un llanto, hable de emociones, acompañe las rabietas sin perder la calma y construya un vínculo seguro con sus hijos. Entendemos que los cuidados y las responsabilidades de la crianza corresponden a ambos progenitores, sin distinción de sexo.

El lento avance en el reparto de tareas

Afortunadamente, cada vez son más los hombres que desean ocupar un lugar activo y corresponsable en la crianza. Sin embargo, ese cambio en las expectativas todavía no se ha traducido en un reparto igualitario de los cuidados. En España, entre las personas con hijos de 0 a 11 años, el 56 % de las mujeres dedica más de cinco horas diarias al cuidado, frente al 29 % de los hombres. Las diferencias aparecen también en el trabajo doméstico cotidiano, que realiza diariamente el 59 % de las mujeres frente al 39 % de los hombres.

Es decir, el modelo de paternidad está cambiando, aunque las prácticas cotidianas lo hagan a un ritmo diferente.

Un nuevo modelo de paternidad

Muchos hombres que ahora se enfrentan a este nuevo modelo de paternidad apenas tuvieron oportunidad de experimentarlo cuando eran niños. En esa época, la presencia emocional, la expresión afectiva o la corresponsabilidad cotidiana en los cuidados recaían todavía, en buena medida, sobre las madres. ¿Cómo aprende alguien a hacer algo que nunca vio hacer?

Querer ser un determinado tipo de padre no significa, necesariamente, saber cómo hacerlo. La psicología lleva décadas mostrando que las relaciones humanas no se construyen solo desde la voluntad, sino también desde la experiencia acumulada. La teoría del apego, desarrollada en los años 80, explica que las primeras relaciones con nuestros cuidadores contribuyen a formar modelos internos sobre cómo funcionan los vínculos, cómo expresamos el afecto y cómo respondemos al malestar de otra persona, habilidades que aprendemos mucho antes de ser conscientes de ellas.




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A esta idea se suma la teoría del aprendizaje social, según la cual una parte importante de nuestras conductas se adquiere observando a otras personas, lo que significa que no aprendemos únicamente porque alguien nos explique qué hacer, sino viendo cómo otros cuidan, consuelan, ponen límites o expresan afecto.

Por eso, cuando un hombre intenta convertirse en un padre diferente al que tuvo, no solo está cambiando algunos comportamientos, sino que en muchos casos está construyendo una forma totalmente distinta de relacionarse con sus hijos.

¿Cómo hacerlo?

Las investigaciones sobre transmisión intergeneracional de la parentalidad muestran que la manera en que fuimos cuidados influye en la forma en que posteriormente cuidamos, aunque nunca determine completamente nuestro futuro. Nuestra historia no nos condena, pero sí constituye el punto de partida desde el que aprendemos a vincularnos.

Por eso muchos padres se encuentran en la situación de saber perfectamente qué padre no quieren ser, pero todavía están descubriendo cómo convertirse en el padre que desean llegar a ser.

Sin modelos de referencia

Imaginemos una escena cotidiana: un niño pequeño llora desconsoladamente porque está frustrado y su padre quiere ayudarle. En teoría, sabe que debe acompañarlo transmitiéndole calma y haciendo las cosas de una manera diferente a como quizá lo hubiera hecho su propio padre.

Puede que, cuando él era niño, nadie le dijera directamente que llorar estaba mal. A veces bastaba una mirada de desaprobación, un silencio incómodo o la sensación de que era mejor dejar de llorar cuanto antes.

Ahora, casi sin darse cuenta, lo primero que le sale es decir “no pasa nada”, pedirle a su hijo que deje de llorar o intentar distraerlo rápidamente. En lugar de acompañar esa frustración y permitir que siga su curso, aparece el impulso de hacerla desaparecer. No necesariamente porque no quiera acompañar a su hijo, sino porque quizá tampoco él aprendió qué hacer cuando una emoción difícil permanecía demasiado tiempo.

Una transformación y un aprendizaje

La implicación paterna beneficia el desarrollo cognitivo, emocional y social de los hijos y repercute positivamente en el bienestar familiar.

Estar presente emocionalmente implica reconocer las propias emociones, tolerar la frustración, reparar los conflictos cuando aparecen y acompañar el malestar infantil sin intentar eliminarlo inmediatamente. Estas habilidades también se desarrollan y pueden aprenderse, pero muchos hombres llegan a la paternidad sin espacios donde reflexionar sobre su propia historia de cuidado, comprender cómo influye en la manera en que hoy ejercen como padres o desarrollar nuevas herramientas para responder a las necesidades emocionales de sus hijos.




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En este contexto, no resulta extraño que algunos vivan esta etapa con una mezcla de ilusión e inseguridad, sintiendo que están improvisando e intentando ofrecer algo que nunca recibieron. Al encontrar dificultades, a menudo interpretan esa torpeza inicial como un fracaso personal, cuando en realidad forma parte del propio proceso de aprendizaje.

Los hombres también experimentan ansiedad, depresión y dificultades de adaptación durante el embarazo y el posparto, aunque este aspecto haya recibido tradicionalmente mucha menos atención que la salud mental materna. Acompañar a los padres también significa reconocer estas necesidades.

La presencia emocional también se aprende

Cuando analizamos la implicación paterna, con frecuencia ponemos el foco en lo que algunos hombres no hacen. ¿Por qué no se ocupan de los baños? ¿Por qué son sus parejas quienes recuerdan cuándo toca pedir cita con el pediatra? ¿Por qué algunos padres participan en los cuidados cuando se les pide, pero no siempre anticipan lo que hay que hacer?

Cuando entendemos que la presencia emocional también se aprende, dejamos de interpretar algunas dificultades exclusivamente como desinterés y empezamos a verlas como parte de un proceso de cambio que requiere tiempo, práctica y acompañamiento.

Espacios de acompañamiento

Estos espacios podrían comenzar incluso antes del nacimiento. Los grupos de preparación al parto y a la parentalidad que se desarrollan en centros de salud ofrecen una oportunidad para incorporar cuestiones relacionadas con la transición psicológica a la paternidad, más allá del papel del hombre como acompañante durante el embarazo y el parto.

Matronas y profesionales de la psicología perinatal podrían facilitar sesiones en las que los futuros padres pudieran hablar sobre sus expectativas, revisar los modelos de paternidad con los que crecieron o pensar cómo quieren participar en los cuidados cuando nazca el bebé.




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También durante el posparto podrían desarrollarse grupos de padres en atención primaria o en recursos comunitarios, no necesariamente dirigidos a hombres que presentan alguna dificultad, sino entendidos como espacios habituales de acompañamiento a la transición a la paternidad.

Del mismo modo que enseñamos a reconocer las necesidades de un recién nacido, podemos generar oportunidades para aprender a estar ante un llanto que nos desborda, reparar después de haber perdido la paciencia o asumir de manera autónoma una parte de los cuidados cotidianos.

La manera de entender la paternidad ha cambiado profundamente en las últimas décadas y cada vez más hombres quieren construir relaciones cercanas y emocionalmente disponibles con sus hijos. Pero no podemos confiar en que este cambio ocurra solo. Muchas de las habilidades que hoy esperamos de un padre se aprenden viendo a otros, practicando y teniendo oportunidades para hacerlo.

The Conversation

Patricia Catalá Mesón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Qué significa hoy ser un ‘buen’ padre? El reto de la nueva paternidad sin modelos – https://theconversation.com/que-significa-hoy-ser-un-buen-padre-el-reto-de-la-nueva-paternidad-sin-modelos-289067

La diferencia entre llegar a la universidad y conseguir el título: ¿estamos logrando la equidad?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tulio Ramírez, Chair professor, Universidad Católica Andrés Bello

Recientemente se ha hecho público el informe mundial sobre tendencias de la educación superior elaborado por la Unesco, con datos de 2023 y 2024. El objetivo de este documento es brindar a los líderes del mundo, cito textualmente, “una herramienta práctica para orientar las políticas, fomentar el diálogo y apoyar sistemas de educación superior más inclusivos, equitativos, resilientes y preparados para el futuro”. Todo con miras a lograr el objetivo de desarrollo sostenible número 4, referido a una educación inclusiva y de calidad para todos.

En el informe abundan datos interesantes sobre aspectos cruciales de la educación superior en el mundo. Se abordan temas como la inclusión, el financiamiento, la gobernanza, la incorporación de la IA, la calidad, el personal docente, la movilidad estudiantil y la atención a la población vulnerable.

Aquí me limitaré a analizar uno de los aspectos que, a mi juicio, ha ocupado un segundo plano a la hora de hacer diagnósticos en educación: las cifras de egreso de nuevos profesionales. Su importancia radica en que ese indicador refleja el impacto en la sociedad del esfuerzo de equidad en educación superior.

Más estudiantes, menos profesionales

Lo primero que resalta el informe es el aumento mundial de las matrículas en educación superior. Para 2024, 269 millones de estudiantes en el mundo estaban incorporados formalmente a la educación universitaria en los niveles de pregrado y posgrado, incluyendo especializaciones, maestrías y doctorados. En comparación con el año 2000, cuando se contabilizaron 100 millones de estudiantes, para 2024 esa cifra prácticamente se ha triplicado.

Pero ese ritmo de crecimiento en la incorporación de alumnos no va acompasado con el ritmo de salida de graduados. La brecha porcentual entre ingresos y egresos se amplía dependiendo del lugar. ¿Qué ocurre con esos estudiantes que se matriculan pero no logran terminar los estudios? Esta diferencia es una manera de medir hasta qué punto está funcionando la equidad educativa y todos los estudiantes que acceden a la educación superior pueden realmente beneficiarse de ella.

Cómo se obtienen los datos

El porcentaje de jóvenes matriculados en educación superior se realiza con respecto al sector de la población con edad para ser estudiante universitario (18-24 años). De igual manera, cuando se calcula el porcentaje de egresados o titulados, se hace con respecto al total del mismo segmento poblacional, y no al número de inscritos en instituciones de educación superior, como usualmente contabilizan estas instituciones.

El informe señala que, en 2023, el 37 % de la población en edad de asistir a programas de formación universitaria eran, efectivamente, estudiantes de educación superior. En cambio, quienes se gradúan representaron apenas el 27 % de la misma población.

Brecha por regiones

Esta brecha adquiere características diferentes según la región del mundo. Por ejemplo, en aquellas donde la tasa bruta de matriculación promedio es particularmente alta, como es el caso de Europa central y oriental (67 %) y América del Norte y Europa occidental (65 %), la tasa bruta de graduación resultó sustancialmente menor (45 % y 44 % respectivamente).

Este contraste es mayor en América Latina y el Caribe. En esta región, la tasa bruta de matriculación alcanzó el 53 % en 2023 mientras que la tasa bruta de
graduación fue de apenas 24 %. Un 20 % menor que en los países del primer mundo.

Las políticas de equidad educativa, que propician el crecimiento de la matrícula universitaria (a pasos distintos y desiguales según la región), son una muestra del esfuerzo de los estados por igualar las oportunidades de acceso en su población. Sin embargo, la fase final del proceso, es decir, que logren culminar los estudios superiores, no ha ido al mismo ritmo, con variaciones significativas dependiendo de la región.

El caso venezolano

Según el Observatorio de Universidades (OBU) de Venezuela, en 2024 la tasa bruta de matrícula en educación superior para la población con edades entre 18 y 24 años era de un 17 %, una de las más bajas de la región. Este dato ha quedado corroborado en la encuesta de calidad de vida (ENCOVI) 2025, presentados en abril de 2026.

Con respecto a los egresos, las estimaciones los sitúan en cerca del 30 % de la población que logra ingresar en la universidad, lo que equivale a apenas un 6 % de todo el grupo poblacional. Un ejemplo: en 2025, la tasa de egresos en el área de formación docente ha disminuido casi un 80 % con respecto a la de 2008. En comparación con el resto de la región, son tasas muy bajas que no se pueden atribuir exclusivamente a la diáspora.

Sin recursos para garantizar la inclusión

El gran reto no es garantizar la accesibilidad a la educación superior de todos los jóvenes de cualquier entorno socioeconómico, sino brindar condiciones para la permanencia y culminación de los estudios, verdadero y eficiente indicador de impacto en la calidad de vida de las personas. Para aumentar las cifras de egresos, se necesitan mecanismos eficientes de equidad que igualen oportunidades a los estudiantes de bajos recursos o en situación vulnerable.

La progresiva reducción presupuestaria en las universidades venezolanas, con un déficit presupuestario de al menos 85 %, ha ido desmantelando los mecanismos de igualdad existentes: becas estudiantiles, transporte universitario, residencias a bajo costo, servicio de comedor, atención odontológica, mentorías y acompañamiento a estudiantes con déficits acumulados desde la formación preuniversitaria, poniendo en peligro el éxito educativo, entendido como la consecución del título universitario, de los más vulnerables.

Las diferencias que se observan en las tasas de matriculación y graduación reflejan la existencia de barreras que impiden la progresión estudiantil y subrayan la necesidad de que los sistemas de educación superior apoyen a los alumnos no solo al momento del abordaje, sino también a lo largo del camino hacia su graduación.

The Conversation

Tulio Ramírez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. La diferencia entre llegar a la universidad y conseguir el título: ¿estamos logrando la equidad? – https://theconversation.com/la-diferencia-entre-llegar-a-la-universidad-y-conseguir-el-titulo-estamos-logrando-la-equidad-285785