Parcoursup : comment faire le « bon » choix d’orientation, ou le défi d’accompagner les lycéens

Source: The Conversation – France (in French) – By Chloé Pannier, Doctorante en Sciences de l’éducation et de la formation, Nantes Université

À partir du 19 janvier 2026, les lycéens peuvent s’inscrire sur la plateforme nationale Parcoursup pour déposer leurs candidatures auprès d’établissements d’enseignement supérieur. Ce cheminement personnel les confronte à des normes et à des attentes sociales souvent sources d’anxiété. En quoi l’accompagnement des candidats est-il un défi pour les familles comme pour le monde enseignant ?


Chaque année, Parcoursup revient au cœur du débat. Autour de cette plateforme sur laquelle les lycéens déposent leurs candidatures auprès des établissements d’enseignement supérieur se cristallisent nombre des tensions qui traversent l’école française. La procédure d’orientation post-bac constitue surtout une épreuve sociale qui mobilise simultanément élèves, familles et équipes éducatives.

À partir de travaux croisant plusieurs enquêtes qualitatives (entretiens auprès d’élèves, de parents, de professeurs principaux, de psychologues de l’éducation nationale, et observations dans des commissions d’examen des vœux), nous proposons d’éclairer ce que produit concrètement Parcoursup dans la vie lycéenne : stress, malentendus, redéfinition des rôles éducatifs et montée des logiques stratégiques.

Une procédure technique devenue une expérience morale

Pour les lycéens, Parcoursup ne représente pas qu’un ensemble de démarches administratives ; il s’agit d’un moment décisif de leur parcours personnel, rythmé par différentes étapes, de la formulation des vœux à la publication des réponses. Cette temporalité crée un climat particulier où s’entremêlent injonction à l’autonomie, pression à la performance et nécessité de faire des choix engageants à 17 ans ou à 18 ans.

Les élèves décrivent une procédure marquée par l’attente, l’incompréhension du fonctionnement de l’algorithme et la crainte de faire « le mauvais choix ». Pour certains, Parcoursup confirme ou infirme l’image qu’ils se font d’eux-mêmes d’un point de vue scolaire, provoquant un sentiment de déclassement lorsque les réponses sont jugées décevantes.

Ces expériences individuelles renvoient à des enjeux collectifs : la massification scolaire, la hiérarchisation des filières ou encore la valeur persistante du diplôme dans les trajectoires sociales.

L’orientation devient ainsi une « épreuve morale », pour reprendre les mots du sociologue Danilo Martuccelli : il s’agit d’un dispositif où les individus se confrontent à des normes, des attentes et des défis qui les dépassent.

Dans les familles, de l’accompagnement stratégique à l’anxiété généralisée

Si Parcoursup concerne au premier plan les élèves, les parents occupent une place centrale dans la procédure. Les résultats de nos recherches montrent que les familles les plus dotées en capital culturel s’engagent très tôt dans des démarches de comparaison, de recherche d’informations et de sélection des « bonnes formations ». Elles mobilisent salons, portes ouvertes, réseaux personnels et compétences rédactionnelles.

Si elles s’investissent aussi dans la procédure, les familles populaires le font selon des modalités plus limitées : soutien moral, aide technique, relecture orthographique. Ces écarts témoignent d’une inégale familiarité avec les attendus scolaires et les codes implicites de la procédure.

Toutefois, un élément apparaît transversal : l’anxiété parentale. Les résultats de Parcoursup sont fréquemment interprétés comme une forme d’évaluation indirecte du travail éducatif réalisé au sein de la famille. Plusieurs parents rencontrés disent avoir eu le sentiment d’être « jugés » lorsque les réponses obtenues ne correspondaient pas à leurs attentes, même lorsque leurs enfants avaient de bons résultats.




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Cette dimension affective est renforcée par la perception d’un système perçu comme opaque ou arbitraire. L’incompréhension de l’algorithme, l’absence de communication standardisée entre établissements et les variations locales des critères nourrissent un sentiment d’incertitude. Parcoursup devient ainsi, pour les familles, une épreuve domestique, un moment de mobilisation mais aussi de mise en tension.

Les enseignants de lycée face à un rôle flou et ambigu

Les professeurs principaux et les équipes pédagogiques se retrouvent également en première ligne. Si la majeure partie des enseignants interrogés estiment que l’accompagnement à l’orientation relève des psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN), dans les faits, ce sont plutôt les professeurs principaux qui assurent la majorité du suivi en raison non seulement du renforcement de leur mission d’orientation depuis la loi « Orientation et réussite des étudiants » de 2018, mais aussi faute de ressources suffisantes et de PsyEN dans les établissements.

Inscriptions universitaires : l’éternel parcours du combattant (Franceinfo INA, avril 2021).

Les enseignants interrogés décrivent une mission complexe, marquée par un mandat flou et des injonctions contradictoires. D’un côté, ils doivent répondre à des prescriptions institutionnelles : harmonisation des pratiques, appropriation de la plateforme, organisation des semaines de l’orientation. De l’autre, la relation avec les élèves sollicite une dimension plus expressive : écoute, soutien émotionnel, aide à la construction d’un projet, gestion des inquiétudes.

Cette tension se manifeste particulièrement lorsque les enseignants se sentent démunis face au manque de formation ou aux évolutions rapides de la procédure. Certains développent des stratégies d’accompagnement très poussées, parfois au-delà de leur rôle formel, tandis que d’autres adoptent une posture plus distante pour éviter la surcharge ou les malentendus avec les familles.

Plus largement, Parcoursup met en lumière des malentendus école-familles en raison des attentes implicites de réflexivité et d’autonomie du côté de l’école, et des attentes plus concrètes ou protectrices du côté des parents. Ces décalages peuvent générer incompréhension, frustrations et parfois même des conflits.

Un terrain où se rejouent les inégalités scolaires

Les inégalités scolaires n’attendent évidemment pas Parcoursup pour faire des différences, mais la procédure les rend visibles et parfois les amplifie. Le recours inégal aux ressources d’information, l’aisance variable dans la formulation d’un projet, la maîtrise des codes rédactionnels des « projets de formation motivés » ou la connaissance de la hiérarchie des formations structurent fortement les trajectoires.

Ces écarts renvoient à ce que les sociologues appellent des malentendus socioculturels. L’école attend des élèves (et de leurs familles) des compétences implicites : aptitude à se projeter dans l’avenir, capacité à se raconter, mobilisation stratégique, autant de compétences qui ne sont pas également partagées. Ce décalage explique en partie les incompréhensions ou les réactions divergentes face au verdict de la plateforme.

Plutôt que de considérer Parcoursup uniquement comme un outil technique, il importe de comprendre comment cette procédure reconfigure les relations entre école, familles et élèves. À travers elle se jouent des enjeux de justice scolaire, d’accompagnement, de communication et de reconnaissance des différents acteurs.

Parcoursup ne fait que traduire un système scolaire compétitif et sélectif où chacun tente de trouver sa place dans un système perçu à la fois comme indispensable et comme source de tensions. En ce sens, la plateforme ne fait que mettre en lumière les défis plus larges de l’orientation dans une école massifiée, sélective et traversée par de fortes attentes sociales.

The Conversation

Chloé Pannier a reçu des financements durant son contrat doctoral financé dans le cadre d’un projet lauréat d’un PIA3.

Alban Mizzi a reçu des financements du PIA3 ACCES – ACCompagner vers l’Enseignement Supérieur.

ref. Parcoursup : comment faire le « bon » choix d’orientation, ou le défi d’accompagner les lycéens – https://theconversation.com/parcoursup-comment-faire-le-bon-choix-dorientation-ou-le-defi-daccompagner-les-lyceens-271875

Ursula K. Le Guin, l’autrice de science-fiction qui nous invite à réinventer le monde

Source: The Conversation – France (in French) – By Aurélie Thiria-Meulemans, Maîtresse de conférences en littérature anglophone, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Ursula K. Le Guin en 2009. Marian Wood Kolisch, Oregon State University., CC BY-SA

Alors que Rennes (Ille-et-Vilaine) s’apprête à donner son nom à une rue et que la chanteuse Rosalia la cite en interview, Ursula K. Le Guin, disparue il y a six ans, nous a laissé une œuvre qui alimente plus de réflexions et de discussions que jamais, débordant largement les contours des littératures dites de l’imaginaire. De l’utopie anarchiste des Dépossédés à l’école des sorciers de Terremer en passant par les pérégrinations des ethnographes intergalactiques du Cycle de l’Ekumen, les mondes de fiction de Le Guin et leur philosophie nourrie de taoïsme continuent de nous proposer des manières alternatives de penser la crise et de concilier l’inconciliable.


Fille d’anthropologues et autrice multiprimée de romans de science-fiction et de fantasy, l’autrice américaine Ursula K. Le Guin (1929-2018) porte sur le monde un regard venu de loin. Aux yeux de l’autrice, inspirée depuis son enfance par la pensée taoïste (elle publie en 1997 sa propre traduction du Daodejing), les sociétés occidentales contemporaines et les récits glorieux qui les fondent ou les font vibrer souffrent d’un excès de yang – le principe masculin d’expansion, de chaleur et de lumière, de dureté, d’action et de contrôle, dans le taoïsme.

Pour guérir de nos maux et résoudre les crises qui nous traversent, l’autrice propose d’explorer des alternatives yin (principe féminin de réception et d’acceptation, froid et obscur, humide, aussi souple et modulable que l’eau, selon le taoïsme), en pensant en termes de processus plutôt que de progrès. Dans ses œuvres, Le Guin imagine des « utopies ambiguës » – pour reprendre le sous-titre de son roman les Dépossédés – loin de la fixité minérale et impersonnelle d’un idéal quasi mythologique, et qui se conçoivent, à l’inverse, comme des mondes vivants, humains, imparfaits, ouvrant des fenêtres sur d’autres manières de vivre, de faire et de penser.

Penser le politique : la rencontre plutôt que la conquête

Sur le plan politique, l’autrice propose une philosophie mêlant le concept taoïste du wuwei (l’action par l’inaction) aux principes de respect de l’autre dans sa différence, de liberté individuelle et de responsabilité collective. Inspirée par cette pensée yin, Le Guin nous appelle à questionner notre propre rapport aux questions politiques : la nouvelle « Ceux qui partent d’Omelas », régulièrement enseignée au lycée en France comme aux États-Unis, est une fable interrogeant la part de responsabilité individuelle dans le fonctionnement des systèmes oppressifs – à quel moment notre ignorance se mue-t-elle en complicité ?

Celles et ceux qui partent d’Omelas ne combattent ni par les armes ni par l’anathème ; leur résistance est celle des lignes de fuite et de l’appel à l’imaginaire pour ouvrir de nouveaux espaces dans le réel. Le refus de la résignation et l’ouverture sur l’ailleurs constituent ainsi des gestes politiques fondateurs. De même, dans les Dépossédés, Le Guin – qui fustigeait régulièrement le capitalisme dans ses discours et défendit ardemment les auteurs du bloc de l’Est pendant la guerre froide – se demande à quoi pourrait ressembler une véritable société anarchiste. Elle en propose une des réalisations les plus totales jamais offertes par la fiction comme la non-fiction, et montre que seule la vigilance d’individus responsables et libres empêche les régimes de basculer dans l’autoritarisme : pour que l’utopie vive elle doit demeurer mobile, ouverte à toutes ses contradictions, en constante quête d’équilibre.

Enfin, le Cycle de l’Ekumen, dans lequel s’inscrit ce roman et beaucoup d’autres, se propose plus largement de subvertir les récits traditionnels de conquête qui peuplaient les romans de SF de l’âge d’or (les années 1960 et 1970), eux-mêmes inspirés de la geste glorieuse de la conquête de l’Ouest. Le Guin imagine au contraire une expansion affranchie des dominations, où la violence laisse la place à la rencontre et où les sociétés humaines, dans leur infinie diversité, s’enrichissent mutuellement de leurs différences.

Penser le vivant comme une même communauté

Le Guin fut aussi une grande penseuse de la crise écologique et du rapport entre l’humain et le non-humain.

Dès le premier tome du Cycle de Terremer, l’autrice met en scène un monde dans lequel tous les êtres vivants – du chardon à l’épervier, du dragon aux vagues de la mer – parlent le même langage sacré de la création. Le magicien y devient gardien de l’équilibre du monde, et les aventures des protagonistes au fil des tomes n’ont de cesse de rétablir et d’entretenir l’équilibre fragile entre humains et non-humains, entre la parole et le silence, entre le monde des vivants et le royaume des morts.

Dans la Vallée de l’éternel retour – œuvre la plus radicale et la plus dense de l’autrice –, Le Guin imagine une archéologie du futur : elle dépeint la société traditionnelle du peuple Kesh, dans une Californie au relief totalement redessinée par les cataclysmes et le changement climatique. En lisant, guidés par l’ethnographe Pandora, nous suivons les mœurs et les vies de ces humains du futur ayant renoué avec les modes de vie des peuples autochtones américains ; les plantes et les animaux sont pour eux des personnes à part entière, avec qui l’humain partage le monde sans hiérarchies – et si l’on peut les mettre à mort pour s’en nourrir, cela doit se faire dans le respect de rituels assurant la dignité de tous.

Télescopant le passé et le futur, Le Guin décrit un monde où la solution à la crise climatique ne se trouve ni du côté de la technologie, ni à l’échelle globale, mais bien à une échelle locale, dans un « faire monde » commun, basé sur l’immanence et le respect mutuel entre humains et non humains, tous membres d’une même communauté.

Penser l’individu autrement

C’est aussi sur le plan intime que Le Guin interroge radicalement ce qui fait l’humain et l’origine de nos crises personnelles. Dans la Main gauche de la nuit, elle montre à quel point les rapports de genre sont déterminants dans notre expérience du réel, en mettant en scène un peuple humanoïde androgyne dont les membres ne sont sexués que quelques jours par mois – aussi bien au féminin qu’au masculin. L’ethnographe (humain de sexe masculin) envoyé sur cette planète pour l’inviter à rejoindre l’Ekumen, alliance intergalactique pacifique, est décontenancé par ce monde où l’on peut être père de certains de ses enfants et mère des autres, où il n’existe ni galanterie ni misogynie, ni rapports de force ou de séduction basés exclusivement sur le genre.

Dans la nouvelle « Solitude », l’autrice se livre à une autre expérience de pensée en imaginant une société entièrement structurée par l’introversion ; sur Eleven-Soro, planète hantée par les ruines d’anciennes mégalopoles ultratechnologiques, la civilisation représente une ombre mortifère. Pour les lointains descendants de ce monde disparu, revenus à un mode de vie aux apparences primitives, toute forme de relation interpersonnelle – ou même de communication – est devenue un objet de menace et de méfiance. Ce mouvement de recentrement rejette la civilisation au profit d’une communion directe de l’être avec le monde ; il revient à chacun et chacune, dès l’enfance, de « faire son âme » à l’aide d’un sac personnel où collecter des objets signifiants, glanés au fil d’une vie et qui acquièrent ainsi une valeur sacrée.

Penser le récit : la « fiction-panier »

Cette figure du contenant, du panier que l’on remplit au fil du chemin, est une constante chez Le Guin. Elle l’érige en étendard de son écriture : contre l’éternel héros mythique qui parvient à occire les monstres pour sauver son peuple (et en devenir le chef), l’autrice invente et met en pratique une théorie de la « fiction-panier », où le soin mutuel et l’art du glanage sont les éléments centraux.

Car, en plus de ses œuvres en science-fiction et fantasy (SFF), Le Guin a aussi beaucoup écrit de poésie (une douzaine de recueils) et d’essais sur l’art de l’écriture. Elle achève d’ailleurs sa trajectoire romanesque par une œuvre étonnante, Lavinia, qui reprend et étend l’Enéide en adoptant le point de vue de Lavinia, ultime épouse du héros, à qui Virgile n’accorde que quelques vers et aucune parole. Entre courage, désir de liberté et piété filiale, l’héroïne est témoin de la bêtise et de la violence propres aux récits héroïques comme celui dans lequel elle est prise : que peut l’étoffe tissée des mains d’une mère face à la pointe d’une lance transperçant la chair ? Dans ce texte conçu comme une conversation avec Virgile et qui souligne à quel point la littérature est un monde partagé, en constante mutation, Le Guin fait dialoguer une Lavinia consciente de son propre statut fictif avec le poète qui lui a donné vie – une vie toute entière faite de mots, où rien ne s’efface mais où tout peut toujours s’ajouter.

La pensée de Le Guin ne fait pas système, au sens où une théorie irréfutable rendrait ses propos péremptoires. Comme Lavinia elle-même, Le Guin, doute, hésite, reprend. Ainsi, renouant après des décennies, avec son cycle de fantasy Terremer, l’autrice change totalement sa façon d’écrire : ses protagonistes ont vieilli, leur regard s’est affûté, et Le Guin explore sans concession les ambiguïtés de son propre imaginaire. Remettant en question la relation des individus au pouvoir, elle confie à une femme d’âge mûr le soin de répondre à l’appel du héros, pour le bien commun, avant de pouvoir revenir avec soulagement à sa ferme, à son potager, et à l’homme qui l’y attend.

Aujourd’hui, alors que nous commémorons la disparition d’Ursula K. Le Guin il y a six ans, des autrices et auteurs du monde entier (Rivers Solomon, Han Song, Wu Ming-yi, Céline Minard, Luvan et bien d’autres), revendiquent l’influence de cette légende des lettres états-uniennes, dont la sagesse n’a pas fini de nous éclairer :

« Lorsque nous parlons d’avancer vers l’avenir, c’est une métaphore, de la pensée mythique interprétée littéralement, peut-être même du bluff, né de notre peur machiste d’être un instant inactifs, réceptifs, ouverts, silencieux, immobiles. […] C’est lorsque nous confondons nos rêves et nos idées avec le monde réel que les ennuis commencent, quand nous pensons l’avenir comme un endroit qui nous appartient. »

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Ursula K. Le Guin, l’autrice de science-fiction qui nous invite à réinventer le monde – https://theconversation.com/ursula-k-le-guin-lautrice-de-science-fiction-qui-nous-invite-a-reinventer-le-monde-272913

Africa’s human rights institutions are electing leaders. Why this matters

Source: The Conversation – Africa (2) – By Chidi Anselm Odinkalu, Professor of Practice, International Human Rights Law, Tufts University

Member states of the African Union (AU) will hold their most consequential election of the year in February 2026, to fill ten vacancies in continental human rights institutions.

They will elect three experts to the African Commission on Human and Peoples’ Rights and seven to the African Committee of Experts on the Rights and Welfare of the Child.

These individuals will serve on the committee for five years and on the commission for six, alongside 23 peers with unexpired terms.

The elections are important because these institutions exist primarily to ensure that the continent’s governments take African lives seriously. They are entrusted with ensuring that Africans live in dignity and equality. This is a difficult task in a continent where human rights often sound hollow or precarious.

As a scholar who studies Africa’s regional institutions, I find that they are deeply underestimated. Yet, these institutions have considerable powers to undertake investigations and issue decisions against African governments. Their decisions can attract serious sanctions if disregarded.

Recent events show why these institutions continue to matter. Several AU treaties, particularly the African Charter on Human and Peoples’ Rights and the African Charter on Democracy, Elections and Governance, protect the right to vote and mandate independent and impartial courts as arbiters of election disputes.

However, most of Africa’s elections are now more poorly managed than ever before. In 2025 alone – in Cameroon, Côte d‘Ivoire and Tanzania, among others – thousands of Africans were killed in state-sponsored election violence.

In many African countries, the judiciary and other independent institutions face attacks or are captured by politicians, depriving people of legal recourse.

This has contributed to deepening civic apathy, a creeping return of military and authoritarian rule, and further erosion of democratic governance.

Of course, treaty institutions do not organise or supervise national elections. But they can counter authoritarianism by mobilising responses to the underlying causes of rigged elections.

This is why Africans everywhere should show an interest in the process and outcome of the African Union’s February 2026 elections for continental human rights institutions. They protect the continent’s citizens and communities.

Good intentions, poor outcomes

When the Organisation of African Unity (OAU) elected the pioneer experts to the African Commission in 1987, most were senior ministers from dictatorships.

Today, the AU no longer elects obvious politicians to these bodies. Still, the candidates are mostly aligned with ruling African governments.

This was not the intention. The continental institutions were created to respond when, for instance, governments attacked protesters, shut down the internet, displaced communities without compensation, or hijacked elections.

The institutions are Africa’s official human rights enforcers. They should ensure that governments uphold the principles and values they have undertaken under continental treaties. Those include “respect for democratic principles, human rights, the rule of law and good governance” and “respect for the sanctity of human life”.

For this reason, the treaties only allow to be elected to these roles “African personalities of the highest reputation, known for their high morality, integrity, impartiality, and competence in matters of human and peoples’ rights.” Such individuals work in their personal capacities and not as stooges of any government.

In practice, these criteria are not always met.

Regrettably, most Africans are unaware that these mechanisms exist. That affects the credibility of the selection process.

The AU doesn’t give the selection much publicity. Although it nominally encourages member states to adopt transparent nomination processes, most states prefer to keep their nominations ad hoc and opaque.

A 2020 report by Amnesty International described the selection as characterised by “secrecy and largely merit-less national nomination processes”. Three years earlier, the Open Society Justice Initiative and the International Commission of Jurists similarly criticised it as “largely unknown and shrouded in secrecy”.

In 2023, African citizens and civil society instituted the Arusha Initiative to improve citizen awareness, the quality of nominations and the outcomes.

What should happen

These institutions, especially the African Commission and the African Court on Human and Peoples’ Rights, exist to foster shared values. They are committed to the rule of law and due process. And they are supposed to create an enabling environment for entrepreneurs and investors, who in turn can help develop the continent.

By protecting labour and land rights, these mechanisms guide states in implementing socio-economic rights in Africa and support innovation. By addressing all forms of discrimination, including xenophobia, they can also encourage mobility across the continent.

By advancing jurisprudence on free movement as a human right and promoting associated treaties that complement regional integration, these mechanisms could help achieve free movement across Africa.

The institutions could also address environmental degradation, livelihoods and forced displacement. In doing so they would centre the interests of Africa’s indigenous peoples.

Africa’s citizens and communities fund these institutions through their taxes. That alone is reason enough to care about them.

Human rights bodies should not be disembodied entities ministering from distant lands to unrepresented people. Instead, citizens should choose capable, independent experts to protect their livelihoods and futures.

Ikechukwu Uzoma, human rights lawyer and researcher at the Robert & Ethel Kennedy Human Rights Center in the US, is co-author of this article.

The Conversation

Chidi Anselm Odinkalu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Africa’s human rights institutions are electing leaders. Why this matters – https://theconversation.com/africas-human-rights-institutions-are-electing-leaders-why-this-matters-273495

AI can make the dead talk – why this doesn’t comfort us

Source: The Conversation – Africa (2) – By Tom Divon, Researcher , Hebrew University of Jerusalem

For as long as humans have buried their dead, they’ve dreamed of keeping them close. The ancient Fayum portraits – those stunningly lifelike images wrapped in Egyptian mummies – captured faces meant to remain present even after life had left the body.

Effigies across cultures served the same purpose: to make the absent present, to keep the dead around in some form.

But these attempts shared a fundamental limitation. They were vivid, yet they could not respond. The dead remained dead.

Across time, another idea emerged: the active dead. Ghosts who slipped back into the world to settle unfinished business, like spirits bound to old houses. Whenever they did speak, however, they needed a human medium – a living body to lend them voice and presence.

Media evolved to amplify this ancient longing to summon what is absent. Photography, film, audio recordings, holograms. Each technique added new layers of detail and new modes of calling the past into the present.

Now, generative AI promises something unprecedented: interactive resurrection.

It offers an entity that converses, answers and adapts. A dead celebrity digitally forced to perform songs that never belonged to them. A woman murdered in a domestic-violence case reanimated to “speak” about her own death. Online profiles resurrecting victims of tragedy, “reliving” their trauma through narration framed as warning or education.




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We are researchers who have spent many years studying the intersection of memory, nostalgia and technology. We particularly focus on how people make meaning and remember, and how accessible technologies shape these processes.

In a recent paper, we examined how generative AI is used to reanimate the dead across everyday contexts. The easy circulation of these digital ghosts raises urgent questions: who authorises these afterlives, who speaks through them, and who decides how the dead are put to work?

What gives these audiovisual ghosts their force is not only technological spectacle, but the sadness they reveal. The dead are turned into performers for purposes they never consented to, whether entertainment, consolation or political messaging.

This display of AI’s power also exposes how easily loss, memory and absence can be adapted to achieve various goals.

And this is where a quieter emotion enters: melancholy. By this we mean the unease that arises when something appears alive and responsive, yet lacks agency of its own.

These AI figures move and speak, but they remain puppets, animated at the direction of someone else’s will. They remind us that what looks like presence is ultimately a carefully staged performance.

They are brought back to life to serve, not to live. These resurrected figures do not comfort. They trouble us into awareness, inviting a deeper contemplation of what it means to live under the shadow of mortality.

What ‘resurrection’ looks like

In our study, we collected more than 70 cases of AI-powered resurrections. They are especially common on video-heavy platforms like TikTok, YouTube and Instagram.

Given their current proliferation, the first thing we did was to compare all cases and look for similarities in their purposes and application. We also noted the data and AI tools used, as well as the people or institutions employing them.

A prominent use of generative AI involves the digital resurrection of iconic figures whose commercial, cultural and symbolic value often intensifies after death. These include:

  • Whitney Houston – resurrected to perform both her own songs and those of others, circulating online as a malleable relic of the past.

  • Queen Elizabeth II – brought back as a rap sis from the hood to perform with a swagger drawn from Black urban culture. This transformation illustrates how nationally significant figures, once held at an ivory-tower distance, become a form of public property after death.

These algorithmic afterlives reduce the dead to entertainment assets, summoned on command, stripped of context, and remade according to contemporary whims. But AI resurrection also moves along a darker register.

  • A woman who was raped and murdered in Tanzania has reappeared in AI-generated videos, where she is made to warn others not to travel alone, transforming her death into a cautionary message.

  • A woman is summoned through AI to relive the most tragic day of her life, digitally reanimated to tell the story of how her husband killed her, embedding a warning about domestic violence.

Here, AI ghosts function as admonitions – reminders of injustice, war and unresolved collective wounds. In this process, grief becomes content and trauma a teaching device. AI does not merely revive the deceased. It rewrites and redistributes them according to the needs of the living.

While such interventions may initially astonish, their ethical weight lies in the asymmetry they expose – where those unable to refuse are summoned to serve purposes to which they never consented. And it is always marked by a triangle of sadness: the tragedy itself, its resurrection and the forceful reliving of the tragedy.

The melancholy

We suggest thinking in terms of two distinct registers of melancholy to locate where our unease resides and to show how readily that feeling can disarm us.

The first register concerns the melancholy attached to the dead. In this mode, resurrected celebrities or victims are summoned back to entertain, instruct or re-enact the very traumas that marked their deaths. The fascination of seeing them perform on demand dulls our capacity to register the exploitation involved, and the unease, cringe, and sadness embedded in these performances.

The second register is the melancholy attached to us, the living revivalists. Here, the unease emerges not from exploitation but from confrontation. In gazing at these digital spectres, we are reminded of the inevitability of death, even as life appears extended on our screens. However sophisticated these systems may be, they cannot re-present the fullness of a person. Instead, they quietly re-inscribe the gap between the living and the deceased.




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Death is inevitable. AI resurrections will not spare us from mourning; instead, they deepen our encounter with the inescapable reality of a world shaped by those who are no longer here.

Even more troubling is the spectacular power of technology itself. As with every new medium, the enchantment of technological “performance” captivates us, diverting attention from harder structural questions about data, labour, ownership and profit, and about who is brought back, how and for whose benefit.

Unease, not empathy

The closer a resurrection gets to looking and sounding human, the more clearly we notice what is missing. This effect is captured by the concept known as the uncanny valley, first introduced by Japanese roboticist Masahiro Mori in 1970. It describes how nearly-but-not-quite-human figures tend to evoke unease rather than empathy in viewers.

This is not solely a matter of technical defects in resurrections, imperfections may be reduced with better models and higher-resolution data. What remains is a deeper threshold, an anthropological constant that separates the living from the dead. It is the same boundary that cultures and spiritual traditions have grappled with for millennia. Technology, in its boldness, tries again. And like its predecessors, it fails.

The melancholy of AI lies precisely here: in its ambition to collapse the distance between presence and absence, and in its inability to do so.

The dead don’t return. They only shimmer through our machines, appearing briefly as flickers that register our longing, and just as clearly, the limits of what technology can’t repair.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. AI can make the dead talk – why this doesn’t comfort us – https://theconversation.com/ai-can-make-the-dead-talk-why-this-doesnt-comfort-us-272944

Ransomware: what it is and why it’s your problem

Source: The Conversation – Africa (2) – By Thembekile Olivia Mayayise, Senior Lecturer, University of the Witwatersrand

Ransomware is a type of malicious software that makes a victim’s data, system or device inaccessible. It locks the target or encrypts it (converting text into an unreadable form) until the victim pays a ransom to the attacker.

It’s one of the most widespread and damaging forms of cyberattacks affecting organisations around the world. An Interpol report identified ransomware as one of the most widespread cyber threats across Africa in 2024. South Africa reported 12,281 detections and Egypt reported 17,849.

Despite global efforts to curb it, ransomware continues to thrive, driven by cybercriminals seeking quick financial gain. In its first-quarter 2025 report, global cybersecurity company Sophos revealed that 71% of the South African organisations hit by ransomware paid the ransom and recovered their data. But the full cost of a ransomware attack is difficult to quantify. It extends beyond the ransom payment to include revenue losses during the system downtime and potential reputational damage.

Cybercriminals often select organisations where service disruption can cause significant public or operational effects, increasing the pressure to pay the ransom. Power grids, healthcare systems, transport networks and financial systems are examples. When victims refuse to pay the ransom, attackers frequently threaten to leak sensitive or confidential information.

One reason ransomware has become so pervasive in Africa is the continent’s cybersecurity gap. Many organisations lack dedicated cybersecurity resources, along with the skills, awareness, tools and infrastructure to defend against cyberattacks.

In this environment, hackers can operate with relative ease. Every business leader, particularly those overseeing information and communication technology (ICT) or managing sensitive data, should be asking a critical question. Can our organisation survive a ransomware attack?

This is not just a technical issue; it is also a governance matter. Board members and executive teams are increasingly accountable for risk management and cyber resilience.

As a researcher and expert in the governance of information technology and cybersecurity, I see the African region emerging as a hotspot for cyberattacks. Organisations must be aware of the risks and take steps to mitigate them.

Ransomware attacks can be extremely costly, and an organisation may struggle or fail to recover after an incident.

Weaknesses that increase ransomware risk

Telecommunication company Verizon’s data breach report for 2025 revealed that the number of organisations hit by ransomware attacks had increased by 37% from the previous year. This exposes how unprepared many organisations are to prevent an attack.

A business continuity plan details how a business would continue its operations in the event of a business disruption. An ICT disaster recovery plan is part of the continuity plan. These plans are critical in ensuring continuity of operations after the attack, as affected businesses often experience prolonged downtime, loss of access to systems and data, and severe operational disruptions.

Professional hackers actually sell ransomware tools, making it easier and more profitable for cybercriminals to launch attacks without regard for their consequences.

Hackers can infiltrate systems in various ways:

  • weak security controls such as weak passwords or authentication mechanisms

  • unmonitored networks, where there is a lack of intrusion detection systems that can report any suspicious network activity

  • human error, where employees can mistakenly click on e-mail links which contain ransomware.

Poor network monitoring can allow hackers to remain undetected long enough to collect data on vulnerabilities and identify key systems to target. In many cases, employees unknowingly introduce malicious software, links or downloading attachments from phishing emails. Phishing is a social engineering attack that uses various manipulation techniques to deceive a user into disclosing sensitive details, such as payment or login details, or to trick them into clicking on malicious links.

Paying up

Attackers commonly demand payment in Bitcoin or other cryptocurrencies because the payments will be quite difficult to trace. Paying the ransom offers no guarantee of full data recovery or protection against future attacks. According to global cybersecurity company Check Point, notorious ransomware groups like Medusa have popularised double extortion tactics.

These groups demand payment and threaten to publish stolen data online. They often use social media platforms and the dark web – part of the internet which is only accessible by means of special software – allowing them to remain anonymous or untraceable. Their goal is to publicly shame victims or leak sensitive information, pressuring organisations to comply.

These breaches also contribute to phishing scams, as exposed email addresses and credentials circulate across the internet, which leads to more data breaches. Websites such as Have I Been Pwned can assist in checking whether your email has been compromised in any previous data breach.

Organisational resilience against ransomware

Organisations should strengthen their cybersecurity in several ways.

  • Put strong technical and administrative measures in place to keep data safe. They include effective access controls, network monitoring tools and regular system and data backups.

  • Use tools that block malware attacks early and provide alerts when suspicious activities occur. This includes using strong endpoint protection ensuring that any device which connects to the network has intrusion detection systems that help spot unusual network activity.

  • Equip staff with the knowledge and vigilance to detect and prevent potential threats.

  • Develop, document and communicate a clear incident response plan.

  • Bring in external cybersecurity experts or managed security services when the organisation does not have skills or capacity to handle security on its own.

  • Develop, maintain and regularly test business continuity and ICT disaster recovery plans.

  • Obtain cyber-insurance to cover the risks that can’t be completely prevented.

Ransomware attacks are a serious and growing threat to individuals and organisations. They can cause data loss, financial losses, operational disruptions and reputational damage. There are no security measures that can fully guarantee complete protection from such attacks. But the steps outlined here might help.

The Conversation

Thembekile Olivia Mayayise does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ransomware: what it is and why it’s your problem – https://theconversation.com/ransomware-what-it-is-and-why-its-your-problem-269430

La série médicale « The Pitt », aux frontières du réel

Source: The Conversation – France in French (3) – By Khalil Chaïbi, Maitre de conférence universitaire en Medecine Intensive Réanimation, Université Sorbonne Paris Nord

Une plongée en apnée dans le service (fictionnel) des urgences d’un hôpital de Pittsburg (Pennsylvanie). Canal +

The Pitt s’est imposée comme la série médicale de référence de l’ère post-Covid, tant pour le grand public que pour les soignants eux-mêmes. Accueillie avec un enthousiasme rare et une quasi-unanimité critique, elle cristallise une attente de vérité et de justesse, après des années de fictions médicales où le spectaculaire l’emportait souvent sur le vraisemblable. Alors que débute sa deuxième saison, reste une question centrale : la réputation de la série est-elle à la hauteur de son ambition de réalisme médical ?


Le récit médical constitue depuis longtemps un genre à part entière, doté de ses codes et de ses déclinaisons. Il s’est prêté à toutes les tonalités : du soap opéra (Grey’s Anatomy, depuis 2005), où l’hôpital devenait avant tout un théâtre sentimental, à la farce (Scrubs, de 2001 à 2010), jusqu’au drame médical réaliste, dont l’étalon demeurait jusqu’à présent Urgences (1994-2009).

Cette dernière a profondément marqué l’histoire de la télévision. En représentant les urgences de Chicago avec une crudité et une nervosité inédites, elle proposait un réalisme alors sans équivalent. Elle a surtout façonné l’imaginaire de générations entières de médecins, contribuant, parfois à leur insu, à faire naître leur vocation et à inscrire l’hôpital comme lieu de destin autant que de soin.

La fiction et ses accommodements avec le réel

Toutefois, même les œuvres les plus exigeantes n’échappent pas à une romantisation implicite du soin, acceptée par le public au nom des nécessités dramaturgiques. Cette concession se manifeste notamment par une confusion systémique des rôles, les personnages étant régulièrement amenés, pour les besoins du récit, à franchir les frontières entre spécialités, au mépris de la segmentation réelle des compétences médicales.

Cette dérive atteint son paroxysme dans Dr House (2004-2012), où un interniste se mue tour à tour en ophtalmologue, microbiologiste, neurologue ou infectiologue, au prix de processus plus proches de la devinette que du raisonnement clinique. La tension narrative y prévaut clairement sur toute ambition d’authenticité.

Un réalisme pluriel et incarné

The Pitt se distingue précisément par son refus de cette facilité. Son réalisme ne se limite pas à la véracité des gestes techniques : il s’incarne d’abord dans la construction des personnages.

Les figures étudiantes, ancrées dans le modèle états-unien, reposent néanmoins sur des caractéristiques suffisamment générales pour dépasser les frontières : l’étudiante brillante, sûre d’elle jusqu’à l’aveuglement ; l’étudiante socialement inadaptée, maladroite dans ses interactions ; l’étudiant sacrificiel, littéralement usé par le service, que l’on voit contraint de se changer à répétition après avoir été souillé par l’urine, le sang ou les vomissures des patients, véritable running gag de la série. En découlent les scènes liées au manque de crédits de pyjamas du distributeur automatique, dans lesquelles tout soignant se reconnaîtra.

La série aborde également, sans pathos excessif, la précarité matérielle et sociale de certains étudiants, composant un tableau crédible et familier de l’hôpital contemporain.

Gestion des proches et fin de vie

L’un des sommets de justesse se trouve à l’épisode 4 de la saison 1, à travers la représentation d’une situation de fin de vie. Le refus d’intubation exprimé par le patient dans ses directives, face au désir de ses enfants (adultes) de prolonger coûte que coûte des thérapeutiques actives, donne à voir avec une remarquable acuité ces situations où la souffrance familiale entre en collision avec ce que les soignants peuvent encore raisonnablement proposer.

Le personnage de Rabinovitch incarné par Noah Wyle, le docteur Carter d’Urgences, chef de service dans The Pitt, agit alors comme une figure démonstrative, presque pédagogique : patience, empathie, sens de la temporalité et maîtrise du langage non verbal. Il incarne une application concrète du célèbre modèle du Dr Elisabeth Kübler-Ross sur les stades du deuil.

Le quotidien dans ce qu’il a de plus trivial

Au-delà des grandes scènes, The Pitt excelle dans la représentation des microsituations ordinaires. La scène où Rabinovitch, empêché à plusieurs reprises de satisfaire un besoin élémentaire, parvient enfin à un urinoir après une succession d’interruptions, frappe par son évidence. Elle condense ce sentiment d’intranquillité permanente, constitutif des soins critiques, dans une acception que Fernando Pessoa a rendue familière.

Autre moment frappant : cette tentative de débriefing à l’ouverture de l’épisode 9, là où le spectateur attend un moment de gravité émotionnelle, brutalement interrompue par une urgence, laissant surgir ce réel qui, pour reprendre Lacan, se manifeste toujours comme un heurt.

Une précision technique rarement atteinte

La série ne sacrifie jamais la crédibilité médicale à la facilité narrative. Les erreurs médicales présentées sont plausibles et fréquentes, jusque dans les rappels pédagogiques adressés aux étudiants (« Ne perds jamais le guide de vue quand tu cathétérises ») – le guide étant le fil métallique souple introduit en premier dans le vaisseau et servant de rail pour faire glisser le cathéter au bon endroit.

Les gestes techniques impressionnent par leur exactitude : l’usage généralisé de la FAST-echo – échographie rapide de dépistage des hémorragies internes – devenu le pilier de la réanimation traumatologique moderne, le recours systématique aux vidéolaryngoscopes, l’évocation de l’anesthésie locorégionale qui consiste à endormir une région du corps en ciblant un nerf ou un plexus nerveux, ou encore le recours au REBOA (Resuscitative Endovascular Balloon Occlusion of the Aorta), dont l’usage s’est développé au cours des quinze dernières années, qui consiste en l’occlusion de l’aorte descendante par un ballonnet inséré par voie artérielle périphérique en cas d’hémorragie réfractaire (bien que son efficacité ne fasse pas l’unanimité dans la littérature médicale).

Les limites inhérentes au genre

Le genre n’échappe cependant pas à certaines limites récurrentes des séries médicales : ici des patients parlant pendant l’auscultation (peu crédible, tant l’écoute en est rendue très incertaine), là des détresses respiratoires clairement surjouées ; ou encore une sous-représentation du travail informatique, pourtant omniprésent et un « oversharing » émotionnel avec les patients, peu réaliste bien que fonctionnel sur le plan narratif.

On retrouve enfin une légère tentation à la Dr House, avec une exagération ponctuelle des compétences diagnostiques, notamment sur des pathologies qu’il est peu courant de diagnostiquer aux urgences (comme la neurocysticercose, maladie se caractérisant par la présence de kystes dans le cerveau principalement).

Parallèlement, le propos peut par moments s’inscrire dans une dynamique globalisante, tendant à traiter de front tous les sujets, du poids des directions hospitalières à la défiance envers la science, dans une Amérique où cette suspicion irrigue jusqu’aux plus hautes sphères sanitaires. Une vaste ambition qui, plus qu’une limite, témoigne surtout de la densité des enjeux contemporains que la série choisit d’affronter.

Une austérité formelle au service de l’émotion

L’absence de musique et le rythme quasi documentaire de la série, tournée en majorité en plan-séquence, laissent néanmoins émerger des moments d’une beauté brute, comme cet épisode du patient ancien secouriste, mémoire vivante du système de santé, racontant l’histoire des premiers secours devant des étudiants suspendus à ses mots, assumant dimension historique et pédagogique jusqu’au bout.

La série adopte parfois une veine plus lyrique, quand face au flux incessant des patients, l’un des personnages évoque Albert Camus et cette réponse devenue nécessité plus que consolation :

« Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Au final, bien qu’elle reprenne les ressorts fondateurs des séries d’urgences, l’entrée conjointe des cas et des personnages, les inévitables « What do we got ? » (« Qu’est-ce qu’on a ? »), The Pitt, sans musique dramatique mais avec une intensité rare, s’impose comme une représentation majeure du soin hospitalier contemporain, appelée, si elle maintient cette exigence, à devenir une référence durable et, peut-être, à susciter des vocations. À l’image de sa grande sœur Urgences, il y a plus de trente ans.

The Conversation

Khalil Chaïbi a reçu des financements de la Société de Réanimation de Langue Française (SRLF), de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), du programme d’échange franco-américain Fulbright et du ministère de la santé dans le cadre d’appels à projets différents.
Khalil Chaïbi est également visiting researcher au Department of Biomedical Informatics, Harvard Medical School, Boston

ref. La série médicale « The Pitt », aux frontières du réel – https://theconversation.com/la-serie-medicale-the-pitt-aux-frontieres-du-reel-273257

Une nouvelle technologie pour mieux évaluer les blessures de la moelle épinière chez les femmes et les personnes âgées

Source: The Conversation – in French – By Marie-Hélène Beauséjour, Profeseure adjointe, École de technologie supérieure (ÉTS)

Les modèles numériques actuellement utilisés pour évaluer les blessures de la moelle épinière ne sont pas adaptées aux caractéristiques des personnes âgées ou des femmes. (Unsplash), CC BY-NC-ND

Lors d’accidents ou de chutes, les blessures au niveau de la colonne vertébrale sont fréquentes, notamment chez les personnes âgées, plus vulnérables.

Les lésions traumatiques de la moelle épinière peuvent nuire considérablement à la qualité de vie des personnes touchées et engendrer des conséquences importantes sur le plan sociétal et économique : au Canada, les soins aux victimes de traumatismes de la moelle épinière impliquant des conséquences sur le plan neurologique coûtent entre 1,47 M$ et 3,03 M$ par personne.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Or, les modèles numériques actuellement utilisés pour évaluer ces blessures ne sont pas adaptés aux caractéristiques des personnes âgées ou des femmes. Les modèles de ces groupes cibles sont généralement de simples mises à l’échelle réalisées à partir de modèles masculins qui ne permettent pas une compréhension approfondie des mécanismes derrière les traumatismes. De plus, ces données proviennent surtout du milieu sportif et de l’armée. Elles sont donc basées surtout sur des hommes jeunes et en bonne santé. Il y a un grand besoin d’en savoir davantage sur les femmes et les personnes âgées.

Pour mieux évaluer les lésions traumatiques de la moelle épinière, il y a un grand besoin d’en savoir davantage sur les femmes et les personnes âgées.
(Unsplash+), CC BY

Afin de mieux comprendre ces traumatismes et la manière de les prévenir, notre équipe de recherche à l’ÉTS élabore des modèles numériques davantage adaptés aux corps plus vulnérables.

Créer des modèles adaptés

Pour y arriver, nous nous appuyons sur la modélisation par éléments finis (MEF), c’est-à-dire sur des modèles numériques qui sont en fait des copies virtuelles ou jumeaux numériques de différents éléments du squelette ou des organes. L’accès à des corps humains étant plus difficile, cette méthode a l’avantage de reproduire les mécanismes de façon très fidèle, tout en facilitant les calculs.

Nous nous intéressons précisément à identifier la partie de l’os qui va briser, en tentant de déterminer dans quelles circonstances, avec quelle force et à quelle vitesse. Nous nous penchons tout particulièrement sur les ostéophytes spinaux. Ces excroissances situées au niveau des articulations sont notamment présentes chez les personnes âgées atteintes d’arthrose.

À l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal — où se trouve notre laboratoire — nous avons justement remarqué que beaucoup de victimes de traumatismes sont des personnes âgées qui ont fait une chute. Ces accidents, parfois en apparence banale, peuvent entraîner des troubles neurologiques. L’arthrose — donc les ostéophytes — peut avoir un impact sur le type et la localisation d’une blessure après un accident.

Actuellement, la science ne peut pas encore définir si ces déformations de la colonne vertébrale sont plutôt bénéfiques ou néfastes. Nous cherchons à identifier la composition des tissus de ces déformations, puis à réaliser des tests mécaniques afin de les intégrer aux modèles numériques.

D’autres facteurs qui influencent le type de traumatismes doivent aussi être pris en compte, comme la posture et la vitesse ou la trajectoire au moment de l’accident, mais aussi la densité osseuse ainsi que la musculature. Le disque intervertébral d’un jeune homme et d’une personne âgée ne réagit pas de la même façon, par exemple, ce qui rend cette dernière plus à risque d’avoir un accident.

Nous essayons donc de reproduire le modèle le plus fidèle à la personne entre autres en utilisant l’intelligence artificielle pour créer des modèles personnalisés. Une autre de nos approches est la création d’un catalogue de géométries typiques, soit 28 géométries ici. Cette stratégie est exploitable à la fois pour aider à la compréhension des traumatismes et pour concevoir des prothèses adaptées à chaque individu.

Vers une sécurité plus inclusive

Nos travaux sont utiles à la conception de meilleurs équipements de protection, notamment dans les voitures. Là encore, la plupart des études en matière de sécurité des femmes dans l’industrie de l’automobile sont basées sur la morphologie des hommes.

Nos systèmes de sécurité sont actuellement conçus pour une personne en parfaite santé. Pourtant, quand on construit un pont, nous établissons un certain critère de sécurité pour s’assurer qu’il ne s’effondre jamais. De la même manière, il faudrait d’abord penser à la personne la plus vulnérable qui conduira la voiture.

Lors d’un accident de la route, les femmes ont de 47 % à 71 % plus de risques de subir des blessures pour un même accident.


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Cette donnée s’explique par une dégénérescence musculaire plus rapide avec la ménopause et une flexibilité plus grande à l’origine du fameux coup du lapin (une entorse cervicale). Le choix des matériaux et la conception de l’appuie-tête, par exemple, pourraient ainsi être faits en fonction de morphologies plus variées afin d’amortir le choc de manière personnalisée. Pour plusieurs équipements de protection, comme les protecteurs cervicaux, la relation entre la morphologie de la personne et les dimensions de l’équipement a un impact sur la sécurité, mais ceci n’est pas toujours pris en compte.

À terme, nous espérons que nos travaux permettront aussi de concevoir des outils et des traitements chirurgicaux plus adaptés aux femmes et aux personnes âgées. Les implications du programme de recherche sur lequel notre équipe de recherche travaille sont donc très étendues ; elles pourront contribuer à l’amélioration des stratégies de soins.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Une nouvelle technologie pour mieux évaluer les blessures de la moelle épinière chez les femmes et les personnes âgées – https://theconversation.com/une-nouvelle-technologie-pour-mieux-evaluer-les-blessures-de-la-moelle-epiniere-chez-les-femmes-et-les-personnes-agees-250883

Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer

Source: The Conversation – in French – By Mina Fakhravar, PhD Candidate, Feminist and Gender Studies, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Depuis plus de deux semaines, l’Iran est de nouveau traversé par une révolte populaire. Violemment réprimée, elle semble s’atténuer.

Ce qui a commencé le 28 décembre comme une protestation contre l’effondrement économique s’est rapidement transformé en soulèvement politique ouvert. Les rues se sont remplies, les slogans se sont durcis, et le régime a répondu comme toujours lorsque sa survie est menacée : par les tirs, les arrestations massives et, depuis le 8 janvier, la coupure numérique et des communications téléphoniques. Le régime reconnaît plus de 2000 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus élevé.

Le blackout numérique n’est pas seulement de la censure. Il crée un espace où l’on peut tuer sans témoins ni mémoire et dominer le seul narratif qui sort du pays.

Pourtant, ce qui se joue n’est pas un simple retour à une séquence cyclique de contestation. Il s’agit de la poursuite de la rupture féministe amorcée en 2022 avec « Femme, Vie, Liberté », aujourd’hui confrontée à deux forces décidées à la neutraliser : la République islamique et ses alternatives patriarcales et militaristes.

Doctorante en études féministes, d’origine iranienne, et engagée depuis de nombreuses années dans les luttes féministes et les mobilisations transnationales liées à l’Iran, je suis sans nouvelles, depuis la coupure d’Internet, de plusieurs membres de ma famille et de nombreux amis là-bas. Seuls quelques appels très brefs ont parfois pu passer, uniquement pour nous dire qu’ils étaient en vie. Cette position structure mon regard sur ce qui se joue aujourd’hui.




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Les femmes, des objets politiques à discipliner

Des décennies de répression ont appris aux femmes que leurs corps constituent le premier terrain du pouvoir d’État : voile obligatoire, surveillance publique, patrouilles de la moralité, aveux forcés, violences sexuelles en détention, menaces d’exécution contre de jeunes femmes.

Les femmes sont au cœur de cette machine répressive. Sous la République islamique, leurs corps sont gouvernés comme des objets politiques à discipliner. Les mobilisations précédentes l’ont montré clairement : en attaquant les symboles mêmes de la domination, les Iraniennes ont affirmé leur agentivité politique. Elles ont arraché des victoires sur la visibilité, mais le régime juridique fondé sur la charia est resté intact. C’est cette tension qui structure la révolte actuelle.

Figure centrale de l’opposition monarchiste en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, multiplie les interventions publiques, parlant « de crimes contre l’humanité » et se positionnant comme un futur dirigeant.

Qu’annonce ce possible retour ? Rien pour rassurer les Iraniennes, selon moi. En effet, sur ses plates-formes tout récemment, Reza Pahlavi a supprimé toute allusion au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Je crois qu’il envoie un message clair : une nouvelle révolution peut exister, mais sans les femmes. Comme en 1979, le pouvoir est prêt à les utiliser pour gagner, puis à les écarter.

Ni République islamique ni bombes étrangères

Ce mouvement des femmes est aussi pluriel. Il ne porte pas une seule voix iranienne, mais une constellation de groupes opprimés qui se reconnaissent mutuellement. Femmes kurdes, baloutches, arabes, azéries et persanes ont toutes façonné cette révolte.

Plusieurs de ses voix les plus radicales sont aujourd’hui en prison. Parmi elles, la militante kurde Verisheh Moradi, qui a récemment fait sortir deux lettres depuis sa cellule. Elle y refuse le faux choix imposé aux Iraniens. Nous ne voulons pas de la République islamique, écrit-elle, mais nous ne voulons pas non plus de bombes étrangères.




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Ce n’est pas de la neutralité. C’est une position féministe et anticoloniale, ancrée dans la conscience que dictature et intervention militaire détruisent d’abord les femmes.

Ce refus est essentiel. Lorsque des soldats israéliens ont inscrit « Femme, Vie, Liberté » sur des missiles pendant la guerre de juin 2025, une insurrection féministe a été vidée de son sens pour devenir un slogan colonial de domination. « Jin, Jiyan, Azadi » est né de l’assassinat de Jina Mahsa Amini, une jeune kurde tuée par la police des mœurs. Il est né des corps des femmes en révolte, pas des armées.

Une machine de domination fondée sur l’humiliation des femmes

Les publics occidentaux interprètent souvent ce combat comme un conflit culturel contre la religion. Mais la République islamique est une théocratie militarisée qui utilise le droit islamique comme arme institutionnelle.

La charia y cautionne la surveillance, la punition et la violence sexualisée. Lorsque les Iraniennes s’attaquent au voile obligatoire, elles ne le font pas contre une croyance. Elles démantèlent une machine de domination fondée sur leur humiliation et leur mort.

La révolte actuelle s’appuie sur cette expérience accumulée. En persistant à s’organiser, à témoigner et à tenir malgré les exécutions, la torture et le blackout, les femmes ne formulent pas de simples revendications. Elles affirment un nouvel ordre politique où la vie, et non l’obéissance, devient la valeur centrale.

« Jin, Jiyan, Azadi » ne s’est pas contenté de s’opposer au régime. Il a déplacé en profondeur le récit de l’autorité qui structure la politique iranienne depuis un siècle.

C’est précisément ce que la République islamique et ses prétendus successeurs tentent aujourd’hui d’annuler.

Un blackout numérique qui appauvrit les femmes

Le régime considère sa propre population comme un ennemi. Les manifestants sont qualifiés de terroristes, d’agents du Mossad ou d’éléments de type Daech.

Dans un système juridique où la moharebeh محاربه, « la guerre contre Dieu », est passible de la peine de mort, ce langage autorise les exécutions avant même les procès. Le blackout numérique total vient ensuite verrouiller cette violence. Sans Internet indépendant, sans images ni témoignages, la réalité elle-même est effacée.

Cette guerre numérique a des effets profondément genrés. Des milliers de femmes iraniennes survivent grâce à des microentreprises en ligne, du tutorat, des services de beauté, de l’artisanat, du commerce informel. Quand Internet disparaît, leurs revenus disparaissent aussi. Lorsque l’inflation et les sanctions frappent, elles n’ont aucun filet de sécurité. L’effondrement économique devient une autre forme de punition contre l’autonomie des femmes.

Le militarisme n’est jamais neutre

À cela s’ajoute la répression sexualisée. Le viol et la torture sexuelle ne servent pas seulement à extorquer des aveux, ils détruisent les liens sociaux, les mariages, les projets d’avenir. Les femmes qui sortent des prisons portent des traumatismes médicaux, psychiques et sociaux durables. Leurs corps continuent de porter la guerre bien après que les tirs cessent.

C’est pourquoi les théories féministes de la guerre insistent sur le fait que le militarisme n’est jamais neutre. Cynthia Enloe politologue féministe américaine et figure majeure des études sur le militarisme, a montré comment les conflits reposent sur le travail invisible des femmes, qui prennent en charge les blessés, les familles, les communautés quand les hommes sont tués ou emprisonnés.


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Carol Cohn, chercheure féministe et spécialiste des discours de sécurité et des études stratégiques, a analysé comment le langage de la sécurité efface la souffrance des femmes en transformant les corps en cibles abstraites. La guerre exige que certaines vies soient traitées comme jetables, et les femmes figurent presque toujours parmi les premières sacrifiées.

Les Iraniennes le savent. Leur refus à la fois de la dictature et des sauveurs étrangers n’est pas de la naïveté. C’est de l’intelligence politique.

Qui écrira l’après-révolution ?

Les Iraniennes ont déjà accompli quelque chose d’extraordinaire. Elles ont fissuré les fondements d’un ordre politique bâti sur leur subordination.

La République islamique craint « Femme, Vie, Liberté » parce qu’elle ne peut l’absorber. Les monarchistes le craignent parce qu’il ne peut être plié à un pouvoir dynastique. Les militaristes le craignent parce qu’il rejette la logique du sacrifice.

Ce qui se joue aujourd’hui en Iran n’est pas seulement la question du pouvoir. C’est la définition même de la révolution. Sera-t-elle encore une fois l’histoire d’hommes s’emparant de l’avenir sur le dos des femmes, ou bien, cette fois, les femmes qui ont organisé, résisté et verser leur sang pourront enfin façonner l’après ?

La question n’est pas de savoir si la révolte est terminée. Elle est de savoir qui pourra écrire l’après. Si l’histoire se répète, les femmes risquent d’être une fois de plus reléguées après avoir porté le combat. Or l’avenir de l’Iran ne peut se construire sans celles qui ont fait de leur vie même un acte de résistance. Le lendemain de la chute de ce régime leur appartient aussi. Et tant que cette évidence sera contestée, « Femme, Vie, Liberté » restera une ligne de fracture, et non un slogan du passé.

La Conversation Canada

Mina Fakhravar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Répression meurtrière en Iran : le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu, mais on cherche à l’effacer – https://theconversation.com/repression-meurtriere-en-iran-le-mouvement-femme-vie-liberte-na-pas-disparu-mais-on-cherche-a-leffacer-273346

Climate engineering would alter the oceans, reshaping marine life – new study examines each method’s risks

Source: The Conversation – USA (2) – By Kelsey Roberts, Post-Doctoral Scholar in Marine Ecology, Cornell University; UMass Dartmouth

Phytoplankton blooms, seen by satellite in the Baltic Sea, pull carbon dioxide out of the atmosphere. European Space Agency via Flickr, CC BY-SA

Climate change is already fueling dangerous heat waves, raising sea levels and transforming the oceans. Even if countries meet their pledges to reduce the greenhouse gas emissions that are driving climate change, global warming will exceed what many ecosystems can safely handle.

That reality has motivated scientists, governments and a growing number of startups to explore ways to remove carbon dioxide from the atmosphere or at least temporarily counter its effects.

But these climate interventions come with risks – especially for the ocean, the world’s largest carbon sink, where carbon is absorbed and stored, and the foundation of global food security.

Our team of researchers has spent decades studying the oceans and climate. In a new study, we analyzed how different types of climate interventions could affect marine ecosystems, for good or bad, and where more research is needed to understand the risks before anyone tries them on a large scale. We found that some strategies carry fewer risks than others, though none is free of consequences.

What climate interventions look like

Climate interventions fall into two broad categories that work very differently.

One is carbon dioxide removal, or CDR. It tackles the root cause of climate change by taking carbon dioxide out of the atmosphere.

The ocean already absorbs nearly one-third of human-caused carbon emissions annually and has an enormous capacity to hold more carbon. Marine carbon dioxide removal techniques aim to increase that natural uptake by altering the ocean’s biology or chemistry.

An illustration shows solar modification, ocean fertilization and other methods.
Some of the methods of climate interventions that affect the ocean, such as iron (Fe) fertilization.
Vanessa van Heerden/Louisiana Sea Grant

Biological carbon removal methods capture carbon through photosynthesis in plants or algae. Some methods, such as iron fertilization and seaweed cultivation, boost the growth of marine algae by giving them more nutrients. A fraction of the carbon they capture during growth can be stored in the ocean for hundreds of years, but much of it leaks back to the atmosphere once biomass decomposes.

Other methods involve growing plants on land and sinking them in deep, low-oxygen waters where decomposition is slower, delaying the release of the carbon they contain. This is known as anoxic storage of terrestrial biomass.

Another type of carbon dioxide removal doesn’t need biology to capture carbon. Ocean alkalinity enhancement chemically converts carbon dioxide in seawater into other forms of carbon, allowing the ocean to absorb more from the atmosphere. This works by adding large amounts of alkaline material, such as pulverized carbonate or silicate rocks like limestone or basalt, or electrochemically manufactured compounds like sodium hydroxide.

How ocean alkalinity enhancement methods works. CSIRO.

Solar radiation modification is another category entirely. It works like a sunshade – it doesn’t remove carbon dioxide, but it can reduce dangerous effects such as heat waves and coral bleaching by injecting tiny particles into the atmosphere that brighten clouds or directly reflect sunlight back to space, replicating the cooling seen after major volcanic eruptions. The appeal of solar radiation modification is speed: It could cool the planet within years, but it would only temporarily mask the effects of still-rising carbon dioxide concentrations.

These methods can also affect ocean life

We reviewed eight intervention types and assessed how each could affect marine ecosystems. We found that all of them had distinct potential benefits and risks.

One risk of pulling more carbon dioxide into the ocean is ocean acidification. When carbon dioxide dissolves in seawater, it forms acid. This process is already weakening the shells of oysters and harming corals and plankton that are crucial to the ocean food chain.

For images show a shell slowly dissolving over time.
How a shell placed in seawater with increased acidity slowly dissolves over 45 days.
National Oceanic and Atmospheric Administration, Pacific Marine Environmental Laboratory

Adding alkaline materials, such as pulverized carbonate or silicate rocks, could counteract the acidity of the additional carbon dioxide by converting it into less harmful forms of carbon.

Biological methods, by contrast, capture carbon in living biomass, such as plants and algae, but release it again as carbon dioxide when the biomass breaks down – meaning their effect on acidification depends on where the biomass grows and where it later decomposes.

Another concern with biological methods involves nutrients. All plants and algae need nutrients to grow, but the ocean is highly interconnected. Fertilizing the surface in one area may boost plant and algae productivity, but at the same time suffocate the waters beneath it or disrupt fisheries thousands of miles away by depleting nutrients that ocean currents would otherwise transport to productive fishing areas.

A glass beaker with cyanobacteria growing inside.
Cyanobacteria, or blue-green algae, can multiply rapidly when exposed to nutrient-rich water.
joydeep/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Ocean alkalinity enhancement doesn’t require adding nutrients, but some mineral forms of alkalinity, like basalts, introduce nutrients such as iron and silicate that can impact growth.

Solar radiation modification adds no nutrients but could shift circulation patterns that move nutrients around.

Shifts in acidification and nutrients will benefit some phytoplankton and disadvantage others. The resulting changes in the mix of phytoplankton matter: If different predators prefer different phytoplankton, the follow-on effects could travel all the way up the food chain, eventually impacting the fisheries millions of people rely on.

The least risky options for the ocean

Of all the methods we reviewed, we found that electrochemical ocean alkalinity enhancement had the lowest direct risk to the ocean, but it isn’t risk-free. Electrochemical methods use an electric current to separate salt water into an alkaline stream and an acidic stream. This generates a chemically simple form of alkalinity with limited effects on biology, but it also requires neutralizing or disposing of the acid safely.

Other relatively low-risk options include adding carbonate minerals to seawater, which would increase alkalinity with relatively few contaminants, and sinking land plants in deep, low-oxygen environments for long-term carbon storage.

Still, these approaches carry uncertainties and need further study.

Scientists typically use computer models to explore methods like these before testing them on a wide scale in the ocean, but the models are only as reliable as the data that grounds them. And many biological processes are still not well enough understood to be included in models.

For example, models don’t capture the effects of some trace metal contaminants in certain alkaline materials or how ecosystems may reorganize around new seaweed farm habitats. To accurately include effects like these in models, scientists first must study them in laboratories and sometimes small-scale field experiments.

Scientists examine how phytoplankton take up iron as they grow off Heard Island in the Southern Ocean. It’s normally a low-iron area, but volcanic eruptions may be providing an iron source. CSIRO.

A cautious, evidence-based path forward

Some scientists have argued that the risks of climate intervention are too great to even consider and all related research should stop because it is a dangerous distraction from the need to reduce greenhouse gas emissions.

We disagree.

Commercialization is already underway. Marine carbon dioxide removal startups backed by investors are already selling carbon credits to companies such as Stripe and British Airways. Meanwhile, global emissions continue to rise, and many countries, including the U.S., are backing away from their emissions reduction pledges.

As the harms caused by climate change worsen, pressure may build for governments to deploy climate interventions quickly and without a clear understanding of risks. Scientists have an opportunity to study these ideas carefully now, before the planet reaches climate instabilities that could push society to embrace untested interventions. That window won’t stay open forever.

Given the stakes, we believe the world needs transparent research that can rule out harmful options, verify promising ones and stop if the impacts prove unacceptable. It is possible that no climate intervention will ever be safe enough to implement on a large scale. But we believe that decision should be guided by evidence – not market pressure, fear or ideology.

The Conversation

Through his role at Cornell University, Daniele Visioni receives funding from the Quadrature Climate Foundation and the Advanced Research + Invention Agency UK. Daniele Visioni is Head of Data for Reflective, a philanthropically-funded initiative focused on responsibly accelerating sunlight reflection research.

In addition to her primary role as UCSB faculty, Morgan Raven serves as the Chief Science Officer for, and holds minor equity in, a seed-funded startup company exploring applications of biomass-related CDR (Carboniferous). This work was supported by a grant from the Grantham Foundation for the Protection of the Environment to UCSB.

Through his role at the Univeristy of Tasmania, Tyler Rohr receives funding from the Australian government and Co-Labs ICONIQ Impact Co-Labs to research impacts and efficeincy of marine carbon dioxide removal.

Kelsey Roberts does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Climate engineering would alter the oceans, reshaping marine life – new study examines each method’s risks – https://theconversation.com/climate-engineering-would-alter-the-oceans-reshaping-marine-life-new-study-examines-each-methods-risks-270659

L’avortement, un sujet de cinéma et de littérature ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sandrine Aragon, Chercheuse en littérature française (Le genre, la lecture, les femmes et la culture), Sorbonne Université

Extrait d’« Annie Colère », de Blandine Lenoir, avec l’actrice Laure Calamy. Ce film évoque les MLAC (Mouvements pour la liberté à disposer de son corps), avant la loi Veil, au sein desquels des femmes non médecins étaient formées à la pratique d’IVG clandestines.

Est-il toujours important d’évoquer l’avortement ? Depuis plus de 50 ans, le cinéma et la littérature racontent les combats pour l’IVG, donnent voix aux femmes et dénoncent les attaques. En transmettant une mémoire collective, en brisant les tabous et en exposant les stratégies des mouvements ultraconservateurs, ces œuvres rappellent que l’IVG n’est pas seulement un droit juridique, mais un combat politique et culturel toujours d’actualité.


En décembre 2025, le Parlement européen a approuvé l’initiative « My voice, my choice » soutenue par 1,2 million de signatures dans 19 états membres et a adopté une résolution demandant un mécanisme européen de solidarité pour garantir un avortement sûr et légal pour toutes les Européennes. On estime que 20 millions de femmes en Europe n’ont toujours pas un accès aisé à ce droit à disposer de leurs corps.

Des lois nécessaires pour défendre le droit à l’avortement

La France célébrait, en 2025, les 50 ans de la loi Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), de 1975, sous certaines conditions. Car une multitude de femmes mourraient suite à un avortement clandestin en France jusque dans les années 1970.

Depuis, la loi a évolué et levé de nombreux obstacles, notamment, allongé le délai légal qui permet de bénéficier d’une IVG. Désormais, la France est même le premier pays à avoir inscrit dans la constitution le 8 mars 2024 que :

« La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

Cependant, la constitution n’est pas un bouclier total. La loi peut réduire les circonstances qui autorisent le recours à l’avortement, comme c’est le cas en Pologne où l’IVG ne peut être pratiquée que si la grossesse résulte d’une agression sexuelle, d’un inceste ou si elle constitue une menace directe pour la vie ou la santé de la mère.

Une montée des attaques ultraconservatrices contre l’IVG en France aussi

Des groupes s’emploient à envahir l’espace public de messages contre ce droit.

En 2023, à Paris, le groupe « les survivants » avait ainsi collé des stickers antiavortements sur des vélib à Paris, puis procédé à des collages sauvages d’affiches dans le métro.

L’IVG est également source de désinformation dans des médias ultraconservateurs. En 2024, la chaîne CNews a dû présenter ses excuses après avoir présenté l’avortement comme « la première cause de mortalité dans le monde », ce qui a conduit à plusieurs saisines de l’Arcom, le régulateur de la communication audiovisuelle et numérique. En 2021, la chaîne C8, du groupe Bolloré, avait diffusé un film antiavortement en prime time produit par des Texans évangélistes.

Les opposants à l’IVG occupent également les réseaux sociaux, via des influenceurs et créent des sites et des lignes téléphoniques de désinformation, visant à convaincre les femmes de renoncer.

Raconter pour ne pas oublier

En 2024, 251270 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées en France, selon la Drees. Pour que ce droit à disposer de son corps et de sa vie reste effectif, il importe de ne pas en faire un sujet tabou. Le cinéma et la littérature sont essentiels pour diffuser la mémoire, la connaissance, la parole et l’expérience des femmes.

Le cinéma nous rappelle les combats historiques menés pour la liberté à disposer de son corps. Il a été aux avant-gardes du combat en diffusant de façon clandestine Histoire d’A, de Charles Belmont et Marielle Issartel. En 1973, ce documentaire a éveillé les consciences sur les actes et les actions des MLAC (Mouvements pour la liberté de l’avortement et de la contraception). Interdit par le ministre de l’époque en charge des affaires culturelles, ce film a été diffusé dans le cadre de projections clandestines.

Le cinéma a également montré les pratiques des avortements clandestins, dont celles des « faiseuses d’ange » cachées dans les cuisines, avec des instruments peu médicalisés (aiguilles à tricoter, cintres…), comme dans Une affaire de femmes, de Claude Chabrol (1988), avec Isabelle Huppert, ou le film anglais Véra Drake, de Mike Leigh (2004) avec Imelda Staunton.

Il a aussi mis en lumière la détresse de jeunes filles en quête d’avortement, des anonymes, dans l’Une chante, l’autre pas d’Agnès Varda (1977) ou dans l’Événement, de Audrey Diwan (2021), adaptation du roman d’Annie Ernaux, qui raconte l’avortement dans une résidence étudiante dans les années 60.

En 2022, la solidarité au sein des réseaux d’entraides clandestines a été au cœur de deux films : Call Jane aux États-Unis, avec Sigourney Waver et Annie Colère en France, avec Laure Calamy. Le film français de Blandine Lenoir raconte l’histoire des MLAC (Mouvements pour la liberté à disposer de son corps) qui ont formé ainsi des femmes non médecins à la méthode Karman par aspiration et organisé des voyages vers Londres ou Amsterdam.

Enfin, les combats de figures féminines courageuses, qui se sont battues pour défendre la liberté d’autres femmes de disposer de leurs corps, ont donné lieu au portrait de Simone Veil dans Simone le voyage du siècle d’Olivier Dahan (2022), ou de Giselle Halimi dans le Procès de Bobigny, de François Luciano (2006), et dans un biopic, interprété par Charlotte Gainsbourg, dont la sortie en salle est prévue pour 2026.

Le cinéma a révélé ce que sont ces avortements clandestins, des décès évitables, et montré que le droit est le fruit d’un combat collectif. Il importe de ne pas oublier cette réalité. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les avortements non sécurisés sont, de nos jours, la cause de la mort de 39000 femmes environ par an dans le monde.

Écouter les femmes : briser les obstacles et le tabou de la culpabilité

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »

C’est ce que déclare Gisèle Halimi dans son livre la Cause des femmes.

La littérature, elle, a mis les mots sur les maux des femmes dans Victoire ou la douleur des femmes, de Victor Schlogel (1999), l’Évènement, d’Annie Ernaux (2000), Dix sept ans, de Colombe Schneck (2015), jusqu’au roman de Sophie Adriansen le Ciel de Joy (2025).




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La littérature a replacé la question de la liberté individuelle à choisir pour son corps, sa vie, le droit à sa liberté de conscience face aux politiques. Françoise Vergès dans le Ventre des femmes : capitalisme, racialisation, féminisme (2017) a montré combien le traitement des femmes noires poussées à l’avortement par « misogynoire », c’est-à-dire mysogynie et racisme anti-noir, était contraire à la stigmatisation des femmes avortées blanches.

Enfin, la littérature a mis en valeur l’importance de l’accueil médical et de l’écoute des femmes par exemple dans le Choeur des femmes de Martin Winckler, adapté en roman graphique par Aude Mermilliod (2021).

L’avortement n’est un traumatisme que si on le rend traumatisant par un parcours éreintant, un accueil culpabilisant. Il est essentiel de former les médecins, mettre en place des services de qualité, supprimer la double clause de conscience, spécifique à l’avortement, comme le demande le Collège national des gynécologues et obstétriciens français.
Les sociologues Marie Mathieu et Laurine Thizy dans Sociologie de l’avortement (2023) et Raphaël Perrin, dans le Choix d’avorter, contrôle médical et corps des femmes (2025), insistent sur l’importance de la formation de tous les professionnels de santé. Une femme doit pouvoir choisir librement, sans obligation de justification, une IVG médicamenteuse ou instrumentale à l’hôpital.

Pour permettre à chaque personne de faire des choix éclairés, il convient de dénoncer les projections alarmantes, culpabilisantes et d’éduquer à une sexualité comprise et maîtrisée, dès l’école, dans le cadre des programmes gradués officiels d’éducation à la vie affective relationnelle et à la sexualité (EVARS) qui permettent de prévenir et d’éviter les IVG.




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Les associations et plannings familiaux représentent également des lieux de paroles essentiels pour informer et soutenir les femmes mais fort mis à mal par les coupes budgétaires.

Un droit sous pression : dénoncer les attaques

Aujourd’hui, les nouvelles attaques contre ce droit font aussi l’objet de films, documentaires. Les Croisées contre attaquent (2017), d’Alexandra Jousset et Andrea Rawlins-Gastonou ou encore la Peur au ventre (2025), de Léa Clermont Dion, révèlent la force de ces lobbys puissants. Après s’être attaquée au cyberharcèlement des femmes dans Je vous salue salope :la misogynie au temps du numérique, cette réalisatrice québécoise dénonce, dans la Peur au ventre, la propagande de ces groupes « anti-choix » venus au Canada depuis les États-Unis. Parodiant le discours des droits de l’homme, sous le prétexte fallacieux de défendre la vie, ils attaquent le droit à l’avortement, à l’euthanasie comme les droits LGBTQIA+. Avec des slogans chocs, des images macabres, ils cherchent à culpabiliser les femmes, intimider les médecins, dans le but de promouvoir une vision sociale rétrograde.

Informer, raconter, transmettre : la littérature et le cinéma ne se contentent pas d’accompagner le droit à l’avortement, ils le défendent. En donnant voix aux femmes, en portant la mémoire des luttes passées et en révélant les attaques contemporaines, ils rappellent que ce droit n’est jamais acquis et fait l’objet d’attaques incessantes.

En décembre 2025, le parlement a réhabilité les femmes condamnées pour avortement avant 1975. Le projet d’ériger un monument parisien dédié aux milliers de femmes mortes dans des avortements clandestins a été annoncé, rappelant, au pays des droits de l’homme, l’importance du droit de disposer librement de son corps, de sa vie et de sa conscience.


Cet article a été coécrit avec Véronique Séhier, ancienne coprésidente du Planning familial, rapporteure de l’étude du Conseil économique social et environnemental (Cese) « Droits sexuels et reproductifs en Europe : entre menaces et progrès » publié en 2019.

The Conversation

Sandrine Aragon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’avortement, un sujet de cinéma et de littérature ? – https://theconversation.com/lavortement-un-sujet-de-cinema-et-de-litterature-271778