À quelle fréquence faut-il laver le linge de lit ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Primrose Freestone, Senior Lecturer in Clinical Microbiology, University of Leicester

Un homme mange des chips dans un lit sale. Andrey_Popov/Shutterstock

Notre lit héberge quantité de bactéries, acariens et autres. Voici comment le nettoyer correctement et pourquoi c’est important pour la santé.


Nous passons environ un tiers de notre vie au lit. Ces périodes de sommeil ne sont pas seulement des moments de repos : elles sont essentielles au bon fonctionnement du cerveau et à la santé en général.

Si nous nous focalisons souvent sur le nombre d’heures de sommeil, la qualité de notre l’environnement dans lequel nous dormons est elle aussi importante. Un lit propre et accueillant, avec des draps frais, des taies d’oreiller douces et des couvertures ou des couettes régulièrement nettoyées, est non seulement agréable, mais favorise également un meilleur repos.

Mais à quelle fréquence devons-nous vraiment laver notre linge de lit ?

Selon un sondage mené en 2022 au Royaume-Uni par la société YouGov, seuls 28 % des Britanniques lavent leurs draps chaque semaine. Un nombre étonnamment élevé de personnes interrogées a admis les laisser en place beaucoup plus longtemps, certaines attendant même jusqu’à huit semaines ou plus entre deux lavages. Que dit la science de telles pratiques ?

Voyons ce qui se passe réellement dans votre lit chaque nuit, et pourquoi un lavage régulier est plus qu’une simple question de propreté.


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Chaque nuit, pendant notre sommeil, nous perdons des centaines de milliers de cellules cutanées, autrement dit, des peaux mortes. Nous sécrétons aussi divers fluides, via nos glandes sébacées. Nous transpirons par exemple jusqu’à un demi-litre de liquide, même si nous nous sommes douchés juste avant de nous coucher. En outre, notre peau abrite des millions de bactéries et de champignons, dont un grand nombre est transféré sur les draps, les oreillers et les couettes lorsque nous bougeons pendant la nuit.

Lorsqu’elle est fraîche, notre sueur peut être inodore. Cependant, les bactéries présentes sur notre peau, en particulier les staphylocoques, la décomposent en sous-produits malodorants. C’est souvent la raison pour laquelle vous avez une odeur corporelle au réveil, même si vous vous êtes couché propre.

Mais la contamination de notre couchage n’est pas qu’une question de microbes. Au cours de la journée, nos cheveux et notre corps accumulent des polluants, poussières, pollens et autres allergènes, qui peuvent également être transférés sur notre literie. Ils peuvent déclencher des allergies, affecter la respiration et contribuer à la mauvaise qualité de l’air de la chambre à coucher.

Acariens, champignons et autres compagnons invisibles

Les squames cutanées que nous perdons chaque nuit servent de nourriture aux acariens – des créatures microscopiques qui se développent dans la literie et les matelas chauds et humides. Les acariens ne sont pas dangereux en eux-mêmes, cependant leurs excréments constituent de puissants allergènes qui peuvent aggraver l’eczéma, l’asthme et la rhinite allergique.

Les champignons apprécient également votre lit. Certaines espèces, comme Aspergillus fumigatus, ont été détectées dans des oreillers usagés. Ils peuvent provoquer de graves infections pulmonaires, en particulier chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli.




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Si vous dormez avec des animaux domestiques, les microbes sont encore plus à la fête. Vos compagnons à quatre pattes introduisent en effet des poils, des squames, de la saleté et parfois des traces fécales dans vos draps et vos couvertures, ce qui augmente la fréquence à laquelle vous devriez les laver.

Justement, au bout de combien de temps faudrait-il laver sa literie ?

Draps et taies d’oreiller

  • Quand : Une fois par semaine, ou tous les trois à quatre jours si vous avez été malade, si vous transpirez beaucoup ou si vous partagez votre lit avec des animaux domestiques.

  • Pourquoi : Pour éliminer la transpiration, les secrétions corporelles huileuses, les microbes, les allergènes et les cellules mortes.

  • Comment : Lavez à 60 °C ou plus avec un détergent pour tuer les bactéries et les acariens. Pour désinfecter plus profondément, passez le linge au sèche-linge ou repassez-le. Pour éliminer les acariens à l’intérieur des oreillers, congelez-les pendant au moins 8 heures.

Matelas

  • Quand : Passez l’aspirateur au moins une fois par semaine et aérez le matelas tous les deux ou trois jours.

  • Pourquoi : La transpiration augmente le taux d’humidité, créant un terrain propice à la prolifération des acariens.

  • Conseils : utilisez un protège-matelas en plastique ou anti-allergène et remplacez le matelas tous les sept ans pour maintenir un bon niveau d’hygiène et de soutien (selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance français, la durée de vie maximale recommandée pour une literie est de 10 ans, ndlr).

Les oreillers

  • Quand : tous les quatre à six mois (vérifiez d’abord l’étiquette).

  • Pourquoi : le rembourrage interne peut abriter des bactéries et des moisissures.

  • Comment : lavez soigneusement et séchez complètement pour éviter la formation de moisissures.

Couvertures et housses de couette

  • Quand : toutes les deux semaines, ou plus souvent si des animaux domestiques dorment dessus.

  • Pourquoi : elles retiennent les peaux mortes, la transpiration et les allergènes.

  • Comment : Lavez-les à 60 °C ou à la température maximale indiquée sur l’étiquette. Il est parfois conseillé de les traiter comme des serviettes : un lavage régulier à haute température permet de les garder propres.

Couettes

  • Quand : tous les trois à quatre mois, en fonction de l’utilisation et de la présence d’animaux domestiques ou d’enfants dans votre lit.

  • Pourquoi : même avec une housse, les huiles corporelles et les acariens finissent par s’infiltrer dans le rembourrage.

  • Comment : vérifiez l’étiquette : de nombreuses couettes sont lavables en machine, d’autres peuvent nécessiter un nettoyage professionnel.

Votre lit peut sembler propre, mais il regorge de microbes, d’allergènes, d’acariens et de composés irritants, qui s’accumulent rapidement. Laver et entretenir votre literie régulièrement n’est pas seulement une question de fraîcheur, c’est aussi une question de santé.

Cela permet d’éliminer le mélange de sueur, de peau, de poussière et de microbes qui s’y accumule, ce qui contribue à réduire les réactions allergiques, à prévenir les infections et à éliminer les odeurs.

Les recherches continuent de démontrer que le sommeil influe grandement sur de nombreux aspects de notre santé, depuis l’état de notre système cardiovasculaire jusqu’à notre santé mentale. S’assurer de la bonne hygiène de notre environnement de sommeil est un investissement somme toute assez modeste, mais efficace pour améliorer notre bien-être.

Alors n’hésitez plus : défaites votre lit, lavez vos draps et mettez vos oreillers au congélateur. Vos sinus (contrairement aux microbes) vous en remercieront. Bonne lessive, et faites de beaux rêves !

The Conversation

Primrose Freestone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À quelle fréquence faut-il laver le linge de lit ? – https://theconversation.com/a-quelle-frequence-faut-il-laver-le-linge-de-lit-260684

Discours de Chirac au Vel d’Hiv : pourquoi la France a attendu 1995 pour reconnaître la responsabilité de l’État

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sébastien Ledoux, Maître de conférences, historien, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

En 1995, Jacques Chirac est le premier président de la République à reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Son discours, prononcé lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942, marque un tournant dans les politiques mémorielles et le rapport du pays à son passé.


Il y a 30 ans, le 16 juillet 1995, le président de la République Jacques Chirac reconnaissait la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs lors de la cérémonie nationale commémorant la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942. Son discours est devenu jusqu’à aujourd’hui une référence morale et politique. Les présidents et premiers ministres l’ont ensuite régulièrement cité en suivant la même position.

Comment comprendre une telle notoriété et une telle autorité ? Il faut revenir pour cela à plusieurs contextes qui entremêlent des questions de savoirs historiques, de récit national, de normes morales et d’enjeux politiques.

La reconnaissance d’une vérité historique

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît officiellement un fait historique établi et de mieux en mieux documenté depuis alors près de trente ans grâce à la publication de plusieurs travaux : La Grande rafle du Vel d’Hiv de Paul Tillard et Claude Lévy en 1967, La France de Vichy de Robert Paxton en 1973, Vichy et les Juifs de Michael Marrus et Robert Paxton en 1981, Vichy-Auschwitz de Serge Klarsfeld en 1985.

Jacques Chirac – Commémoration de la « rafle du Vél d’Hiv » en 1995 (Public Sénat).

Ces travaux ont été précédés de recherches menées par des juifs rescapés, comme Joseph Billig ou Georges Wellers qui publie dès 1949 la première étude sur la rafle du Vel d’Hiv au sein du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC).

Ces savoirs cumulés montrent de façon irréfutable la participation active de l’État français à la plus grande rafle de Juifs de la Seconde Guerre mondiale en Europe de l’Ouest, réalisée à Paris les 16 et 17 juillet 1942 : près de 13 000 Juifs ont été arrêtés à leur domicile, dont plus de 4 000 enfants. Bien sûr, Vichy a répondu à la demande des autorités allemandes de livrer des Juifs (28 000 arrestations demandées) et n’a donc pas initié lui-même ces arrestations. Il n’est pas directement responsable non plus de la politique génocidaire nazie instaurée en 1942 qui entraîne leur mort dans les chambres à gaz après leur transit au camp de Drancy, à l’exception d’une petite centaine d’entre eux.

Mais cette rafle est le fruit d’un accord entre les autorités allemandes et celles de Vichy dont le nouveau secrétaire général de la police, René Bousquet, fut l’artisan dans le cadre d’une intensification de la collaboration avec le Reich depuis avril 1942 suite à l’arrivée de Pierre Laval à la tête du gouvernement français.

C’est l’appareil d’État français qui a entièrement organisé cette vaste opération de police, sollicitant de nombreuses administrations nationales et parisiennes. Vichy a joué un rôle central dans l’engrenage génocidaire dont les Juifs vivant à Paris ont été victimes en juillet 1942. Cette rafle a par ailleurs été rendue possible par un antisémitisme présent dès 1940 avec les premières mesures prises contre les Juifs par le gouvernement de Pétain.


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Ces travaux historiques permettent de réfuter la thèse d’un régime qui aurait protégé les Juifs, y compris français (la plupart des 4000 enfants arrêtés ont la nationalité française). Déjà présente aux procès de Pétain et de Laval en 1945, cette thèse est évoquée très régulièrement via des ouvrages et des articles de presse pendant plusieurs décennies par d’anciens fonctionnaires de Vichy, le gendre de Pierre Laval ou son avocat pour défendre sa mémoire.

Une transgression politique et mémorielle

La vérité historique reconnue par le chef de l’État en 1995 relève aussi d’une transgression politico-mémorielle. A la Libération en effet, le récit de cette période est construit par de Gaulle à la tête du gouvernement provisoire : le régime de Vichy est déclaré « nul et non avenu », c’est la Résistance qui a assuré la continuité de la France et de la République.

Cette fiction historique est reprise ensuite dans les manuels scolaires comme par différents présidents de la République jusqu’à Mitterrand, ce qu’il explique lors d’un entretien télévisé en juillet 1992 lorsqu’un comité lui demande de reconnaître la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vel d’Hiv à l’occasion de son 50e anniversaire :

« En 1940, il y a un État français […] L’État français, c’était le régime de Vichy, ce n’était pas la République. Et à cet État français, on doit demander des comptes. […] Mais la Résistance, d’abord le gouvernement de Gaulle puis la République et les autres ont été fondés sur le refus de cet État français. »

Alors qu’une loi est proposée dans son propre camp par le député socialiste Jean Le Garrec pour instaurer une commémoration nationale du Vel d’Hiv et qu’un scandale vient d’éclater au sujet de l’hommage qu’il rend à Pétain sur sa tombe depuis plusieurs années le 11 novembre, Mitterrand se décide à créer une journée nationale par décret le 3 février 1993 pour la rafle du Vel d’Hiv, mais il précise que les persécutions antisémites ont été commises par une « autorité de fait dite “gouvernement de l’État français 1940-1944” » pour ne pas engager la République ni la France dans cette rafle.

En déclarant le 16 juillet 1995 que la « France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable », Jacques Chirac engage, en tant que chef d’État, la responsabilité historique de la nation dans ce crime antisémite.

Un discours conforme aux normes sociales

Si ce discours présidentiel transgresse le modèle politico-mémoriel, il entre en revanche en conformité avec les normes morales d’une société en pleine évolution sur son rapport au passé que le succès de l’expression « devoir de mémoire » vient alors illustrer. Si Vichy hante la société française depuis les années 1970, c’est désormais la mémoire de la Shoah associée à la lutte contre l’antisémitisme qui est devenue centrale et constitue un élément structurant de positionnements politiques associés à de nouveaux interdits.

6 juillet 1942, la rafle du Vel d’Hiv (Archive INA)

La transgression vient de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, qui par ses déclarations présentant la Shoah comme un « point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale » en 1987 ou ses jeux de mot (« Durafour crématoire ») est à contresens de nouvelles normes morales en train de s’établir autour d’une mémoire du génocide qui n’était pas absente de la société française mais à la marge d’un récit officiel dominé par l’héroïsme des résistants ou leur martyr avec la déportation.

Les condamnations de Barbie en 1987 et de Touvier en 1994, la profanation du cimetière juif de Carpentras puis la loi Gayssot pénalisant le négationnisme en 1990 participent à la construction de ces normes qui redessinent les frontières juridique, politique et morale de ce qui est collectivement acceptable de ce qui ne l’est pas. Or, dans les années qui précèdent le discours de Chirac, le Vel d’Hiv s’inscrit comme le double symbole de la mémoire de la Shoah et de la complicité de l’État français dans ce crime.

Alors qu’une pétition recueillant des milliers de signatures est lancée en juin 1992 dans la presse pour demander une prise de parole du chef de l’État afin qu’il reconnaisse officiellement la responsabilité criminelle de l’État français dans la déportation des Juifs pour le 50e anniversaire de la rafle, le silence de Mitterrand à cette cérémonie commémorative du Vel d’Hiv le 16 juillet 1992, qui provoque des sifflets de la foule, apparaît lui aussi transgressif au regard de ces nouvelles normes.

Le positionnement de Chirac le 16 juillet 1995 est au contraire pleinement conforme à ces normes sociales. Sa réponse « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français » intervient comme une mise aux normes par la parole politique au plus haut niveau institutionnel après des années de troubles suscités par les ambiguïtés mitterrandiennes (révélations sur son passé vichyste, sur son amitié avec Bousquet et sur son hommage à Pétain).

Un modèle de réconciliation au détriment de l’histoire ?

Dans son discours de 1995, le chef de l’État prend soin, dans un souci de réconciliation, de dégager les Français de toute responsabilité criminelle. Il rend au contraire hommage aux Justes de France qui auraient, selon lui, permis de sauver les trois quarts des Juifs sur le sol national sous l’Occupation, en reprenant la conclusion de Serge Klarsfeld dans son ouvrage Vichy-Auschwitz.

Cette nouvelle thèse des deux France – d’un côté la France de l’État français responsable de la déportation de plus de 76.000 Juifs, de l’autre la France des Justes qui ont sauvé les trois quarts des Juifs – est devenue le nouveau modèle mémoriel. Il n’est pas exempt de toute critique scientifique. La part importante des Juifs en France qui n’ont pas été déportés ne s’explique pas seulement par leur sauvetage par les Justes (en 2023, le titre était attribué à 4255 personnes), mais également par d’autres facteurs que des travaux plus récents ont bien montrés.

Les persécutions des Juifs par les autorités allemandes ou françaises étaient très diverses selon les régions et les périodes. Paris concentre la moitié des Juifs qui ont été déportés, la plupart des étrangers. Dans la zone occupée hors Paris, ce sont aussi les Juifs étrangers qui sont d’abord visés par les rafles mais également les Juifs français à partir de janvier 1944, arrêtés par la police française ou la Gestapo. En zone non occupée, après les grandes rafles d’août 1942 qui concernent aussi les femmes et les enfants, ce sont les hommes uniquement qui sont visés par Vichy alors qu’en zone occupée, la police française continue d’arrêter les femmes et les enfants.

D’autre part, des Juifs eux-mêmes, soit à titre personnel soit dans le cadre de mouvements résistants juifs), ont pu échapper à la déportation, par exemple en se réfugiant en zone libre : dans le Limousin, le Massif Central et le Sud-Ouest, la population juive est multipliée par dix entre 1939 et 1941.

Enfin, les sauvetages de Français non juifs à l’égard des Juifs doivent être présentés à côté des pratiques de délations aux autorités de Vichy, non négligeables, y compris pour récupérer des logements à Paris devenus inoccupés à la suite de la rafle du Vel d’Hiv attribués ensuite à des non-juifs par la préfecture de la Seine. 25.000 appartements occupés par les Juifs à Paris ont ainsi ensuite été « aryanisés ». Entre 1941 et 1944, 3000 lettres dénonçant des Juifs ont été envoyées au commissariat général aux questions juives, sans compter les lettres envoyées aux services de police localement.

The Conversation

Sébastien Ledoux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Discours de Chirac au Vel d’Hiv : pourquoi la France a attendu 1995 pour reconnaître la responsabilité de l’État – https://theconversation.com/discours-de-chirac-au-vel-dhiv-pourquoi-la-france-a-attendu-1995-pour-reconnaitre-la-responsabilite-de-letat-258609

La Chine au Moyen-Orient : enjeux géoéconomiques dans une région sous haute tension, de Téhéran à Tel-Aviv

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kambiz Zare, Professor of International Business and Geostrategy, Kedge Business School

Au Moyen-Orient, la Chine cherche à apparaître neutre en dialoguant avec tous les acteurs, de Téhéran à Tel-Aviv en passant par Riyad. L’objectif de Pékin est clair : s’imposer comme un garant de stabilité pour sécuriser ses intérêts énergétiques et commerciaux.


L’engagement de la République populaire de Chine (RPC) au Moyen-Orient reflète une approche géostratégique soigneusement calibrée, visant à préserver la stabilité régionale, à garantir un accès ininterrompu aux ressources énergétiques et à faire progresser sa fameuse Belt and Road Iniative (BRI), aussi connue sous le nom de « Nouvelles Routes de la Soie ». Dans cette région, c’est la relation sino-iranienne qui est le plus souvent mise en avant en raison de son poids politique et de sa dimension militaire ; mais que ce soit en matière économique, diplomatique ou stratégique, l’implantation de Pékin dans cette zone ne se limite certainement pas à ses liens avec Téhéran.

Comme ailleurs dans le monde, au Moyen-Orient la Chine divise ses partenariats diplomatiques en plusieurs types, classés ici par ordre descendant d’intensité : « les partenariats stratégiques globaux » (au Moyen-Orient : Égypte, Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Bahreïn) ; « les partenariats stratégiques » (Irak, Jordanie, Koweït, Oman, Qatar, Syrie, Turquie et Autorité palestinienne) ; « les partenariats de coopération amicale »(Liban et Yémen) et enfin « les partenariats globaux innovants » (Israël).


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La Chine redéfinit ses priorités au Moyen-Orient

La dépendance énergétique de la Chine constitue l’un des moteurs essentiels de sa politique dans la région. Les pays du golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït, figurent parmi les principaux fournisseurs de pétrole brut de la RPC – loin devant l’Iran en termes de volume, mais aussi de fiabilité et d’opportunités d’investissement.

Cette réalité économique pousse la Chine à investir beaucoup plus massivement dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où la stabilité financière, la prévisibilité politique et l’ouverture institutionnelle favorisent des partenariats stratégiques durables et le développement d’infrastructures, contrairement à l’Iran.

Pour ces raisons, les pays du golfe sont indirectement devenus des nœuds essentiels dans l’architecture de la BRI via le commerce, recevant près de six fois plus d’investissements chinois que l’Iran.

Bien que l’Iran présente un intérêt géographique en tant que corridor potentiel entre la Chine et l’Europe, l’effet persistant des sanctions internationales, la mauvaise gestion économique et l’aventurisme régional limitent fortement sa capacité à attirer des investissements chinois durables.

À l’inverse, Israël offre un environnement fonctionnel et favorable aux investisseurs, ce qui en fait une destination privilégiée pour les capitaux et projets d’infrastructure chinois. Son économie repose sur des infrastructures solides et un secteur technologique dynamique.

Malgré les chocs géopolitiques, dont les récents affrontements avec l’Iran – même si cela aura sans aucun doute un impact sur l’environnement des affaires du pays – Israël, en tant que membre de l’OCDE, reste attractif en matière d’environnement des affaires et d’investissement, principalement parce que les fondements de son environnement économique sont plus solides que ceux de l’Iran ou de l’Arabie saoudite.




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L’État hébreu occupe une place croissante au sein de la BRI – non pas par le volume d’investissements directs chinois, mais par sa position stratégique et son ambitieux agenda infrastructurel. Sa localisation géographique – à cheval entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique via la Méditerranée – en fait un point de connexion terrestre et maritime clé qui constitue une option alternative à l’Iran pour relier la Chine à l’Europe.

Dans ce contexte, la Chine et Israël ont progressé dans leurs négociations pour un accord de libre-échange évoqué depuis 2016. Bien que les discussions soient suspendues depuis 2023, l’espoir demeure qu’un accord puisse être signé une fois la stabilité revenue dans la région.

Commerce de la Chine avec Israël et l’Iran : des trajectoires divergentes

Les relations commerciales de la Chine avec Israël et l’Iran révèlent deux approches économiques distinctes.

Avec Israël, les échanges sont de plus en plus marqués par les importations de hautes technologies – notamment dans le domaine des semi-conducteurs –, traduisant une interdépendance technologique croissante.

En revanche, les échanges avec l’Iran restent centrés sur les biens industriels et les ressources naturelles, illustrant un partenariat plus traditionnel, fondé sur l’accès aux matières premières. Ces dynamiques contrastées reflètent la flexibilité stratégique de la Chine, qui mise sur l’innovation israélienne tout en sécurisant ses approvisionnements auprès de l’Iran.

Les tensions dans le détroit d’Ormuz mettent à l’épreuve la stratégie chinoise en Iran

Depuis près de cinquante ans, l’Iran s’est tourné vers la Chine pour obtenir un soutien économique. Pourtant, malgré 21 projets d’investissements chinois en greenfield entre 2003 et 2020 – principalement dans le secteur de l’énergie –, Pékin a progressivement amorcé un désengagement, en raison des sanctions internationales et de l’instabilité régionale persistante.

De grandes entreprises comme CNPC et Sinopec ont réduit leur participation, voire abandonné certains projets, tandis que des sociétés du secteur de la tech, telles que Huawei et Lenovo, ont également restreint leur présence sur le marché iranien. Entre 2017 et 2019, l’Iran aurait ainsi enregistré une sortie de capitaux chinois estimée à 990 millions de dollars.

La Chine considère l’instabilité au Moyen-Orient – en particulier la confrontation entre Israël et l’Iran – comme une menace directe pour ses intérêts économiques et commerciaux. En tant que premier acheteur mondial de pétrole iranien, la Chine s’inquiète tout particulièrement des perturbations potentielles dans les voies maritimes stratégiques, notamment le détroit d’Ormuz.

En juin 2025, les importations chinoises de pétrole en provenance d’Iran ont fortement augmenté, atteignant jusqu’à 1,8 million de barils par jour – une hausse survenue juste avant l’escalade militaire entre Israël et l’Iran, qui a ravivé les inquiétudes quant à la sécurité du détroit d’Ormuz.

Signe du poids de la RPC dans cette région : après les frappes aériennes réciproques entre Israël et l’Iran, et la menace de Téhéran de fermer ce passage crucial, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exhorté Pékin à intervenir, insistant sur la forte dépendance de la Chine envers cette route pétrolière.

Chine–États-Unis : tensions stratégiques dans un Moyen-Orient en transition

La Chine et les États-Unis ont récemment signé un accord commercial et instauré une trêve tarifaire de 90 jours, dans le but de résoudre certains différends clés et de stabiliser les relations économiques. Par ailleurs, sur le plan militaire, l’Iran et la Chine ont signé un accord de coopération militaire dès 2016, reflétant leur volonté commune de contrecarrer l’influence américaine dans la région et de sécuriser les routes commerciales.

Historiquement, la Chine a soutenu l’Iran par la vente d’armes, le transfert de technologies et des programmes de formation. En outre, malgré le discours officiel, certains rapports indiquent que des technologies chinoises ont contribué au développement du programme balistique iranien.

La relation sino-iranienne en matière de défense illustre une diplomatie à deux niveaux : la Chine soutient discrètement l’autonomie militaire de l’Iran tout en veillant à ne pas compromettre ses relations stratégiques avec d’autres partenaires régionaux importants, dont Israël, avec lesquels elle entretient également des dialogues sécuritaires de premier rang. Cela met en évidence l’ambition plus large de Pékin : éviter les polarisations régionales et préserver un équilibre des forces favorable à ses intérêts.




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La stratégie de la Chine au Moyen-Orient vis-à-vis des États-Unis repose sur un principe d’équidistance : accroître son influence sans confrontation directe, tout en tirant un bénéfice stratégique aussi bien de l’Arabie saoudite, d’Israël et de l’Iran que de l’Égypte. Dans cette optique, la RPC ne cherche pas à remplacer les États-Unis comme puissance dominante dans la région, mais à leur opposer une présence multipolaire axée sur la préservation de la stabilité. Maintenir le statu quo, éviter les conflits directs et construire un système d’influence parallèle via les infrastructures, le commerce et la diplomatie : tels sont les piliers de la posture chinoise au Moyen-Orient. Une approche qui garantit à Pékin, de Tel-Aviv à Téhéran, un accès sécurisé à l’énergie, aux corridors commerciaux et à une influence géopolitique durable.

The Conversation

Kambiz Zare ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Chine au Moyen-Orient : enjeux géoéconomiques dans une région sous haute tension, de Téhéran à Tel-Aviv – https://theconversation.com/la-chine-au-moyen-orient-enjeux-geoeconomiques-dans-une-region-sous-haute-tension-de-teheran-a-tel-aviv-260259

Donald Trump et les diverses traditions de la politique étrangère américaine

Source: The Conversation – France in French (3) – By Maxime Lefebvre, Permanent Affiliate Professor, ESCP Business School

Les actions de Donald Trump sur la scène internationale – qu’il s’agisse des rebondissements de sa guerre tarifaire, de son comportement sur le dossier russo-ukrainien ou, tout récemment, de son implication dans la guerre Israël-Iran – sont souvent jugées imprévisibles, voire irrationnelles. Mais en réalité, ces décisions s’inscrivent dans diverses traditions politiques américaines qui ne datent pas d’hier.


Il faut au moins un an pour juger la politique étrangère d’une nouvelle administration américaine, et c’est d’ailleurs le temps minimum que celle-ci se donne pour rédiger sa traditionnelle « stratégie de sécurité nationale » qui indique le cap et les priorités. Ainsi, la première administration Trump avait publié la sienne fin 2017, et l’administration Biden n’avait rendu son texte public qu’en octobre 2022, soit presque deux ans après son arrivée à la Maison Blanche.

Entre les craintes de « tsunami » et le choc suscité par le discours de J. D. Vance à Munich, il est néanmoins possible dès aujourd’hui de baser l’analyse sur des faits et pas seulement sur des présupposés. Trois points de repère doivent entrer ici en considération : le facteur personnel ; les traditions de la politique étrangère américaine ; et le poids du contexte géopolitique.

Le facteur Trump : chaos ou pragmatisme ?

Du premier mandat de Donald Trump, on avait retenu une présidence mal préparée, chaotique et freinée par « l’État profond » américain (l’administration, les diplomates, l’armée, les services de renseignement), par exemple dans ses velléités de se rapprocher de la Russie ou de trouver un accord avec la Corée du Nord.


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Le second mandat a commencé avec une volonté beaucoup plus affirmée de s’emparer de l’ensemble des rênes du pouvoir. En mars dernier, l’épisode de la fuite de la « boucle Signal » – le rédacteur en chef de The Atlantic aurait accidentellement été ajouté à une conversation confidentielle du gouvernement américain durant laquelle était discutée une opération de frappes aériennes contre les Houthis au Yémen – révélait déjà les contours et les débats du nouveau cercle décisionnel américain.

Se borner à fustiger l’imprévisibilité ou la vanité du président américain, et tout ramener à la question de savoir « où sont les adultes dans la pièce », ne permet ni de comprendre ni de rendre compte de la logique de ses décisions. Il est certain que les va-et-vient des menaces de droits de douane, par exemple, ou que les polémiques à répétition dans les relations avec les dirigeants étrangers, comme avec les présidents Zelensky et Macron, continuent de dérouter les observateurs et les usagers des pratiques diplomatiques.

France 24, 30 avril 2025.

Pour autant, il y a toujours, dans les actions et les déclarations du président américain, une finalité interne, populiste et électoraliste qui doit être prise en compte par ses interlocuteurs étrangers, même si c’est un facteur évident de complication. Mais l’analyse doit porter le regard au-delà de ces péripéties de forme.

Le trumpisme dans les traditions de politique étrangère américaine : populisme et réalisme

Walter Russel Mead a élaboré en 2001 une classification célèbre des traditions de la politique étrangère américaine : l’isolationnisme de Jefferson (président de 1801 à 1809), l’économisme de Hamilton (secrétaire au Trésor de 1789 à 1795), le populisme d’Andrew Jackson (président de 1829 à 1837), ou encore le libéralisme internationaliste de Woodrow Wilson (président de 1913 à 1921). Plus simplement, Henry Kissinger avait opposé en 1994 la posture du « phare » de la liberté (dans une logique jeffersonienne, donc isolationniste) à celle du « croisé » (dans une logique wilsonienne, donc interventionniste), plaidant pour sa part pour une autre voie intermédiaire, qu’il qualifiait de réaliste, inspirée de la diplomatie bismarckienne.

La politique étrangère de Donald Trump s’inscrit parfaitement dans la tradition jacksonienne, avec son populisme nationaliste avide de puissance et de force (« America First », « Make America Great Again », la « paix par la force »), illustré par des visées expansionnistes sur le Canada, le Groenland ou encore le canal de Panama. Mais on peut aussi voir chez lui certaines tendances isolationnistes au repli (qui remontent aux origines, dès le premier président américain George Washington), ainsi qu’une priorité affichée pour l’économie (qui peut rappeler la vision d’Hamilton, favorable au libre-échange mais n’écartant pas le protectionnisme).

Sur le plan des faits, Trump n’est pas un belliciste, mais ce n’est pas non plus un pacifiste ni un isolationniste, comme l’avaient déjà montré ses frappes en Syrie en 2017 et en 2018. Ses frappes sur le Yémen et sur l’Iran en 2025 l’ont confirmé : il n’entend pas mettre fin au leadership militaire américain dans le monde.

Au niveau économique, Trump renoue avec une tradition protectionniste américaine d’avant la Seconde Guerre mondiale (qui rappelle les tarifs McKinley en 1890 et la loi sur les droits de douane Hawley-Smoot en 1930), mais sans renoncer à conclure des accords commerciaux, qui restent la finalité ultime de ses guerres commerciales, dans une logique de rééquilibrage.

C’est évidemment avec l’internationalisme libéral américain que la rupture est la plus flagrante, et le contraste est net avec l’administration Biden qui avait ressoudé les alliances de Washington avec ses alliés traditionnels (UE, Japon, Australie…) face aux régimes autoritaires russe et chinois. Il reste que Trump n’a pas remis en question la présence de son pays au sein de l’OTAN, cherchant plus à faire payer ses alliés qu’à supprimer la garantie de sécurité américaine.

Le changement de posture sur la Russie n’est pas, en soi, un changement d’alliance. En effet, Washington n’est pas allé jusqu’à forcer Volodymyr Zelensky à se plier aux conditions maximalistes de Poutine. Trump est sans doute freiné en cela par l’hostilité profonde de l’opinion américaine à l’égard de la Russie. Sur la Chine, sa position dure est en revanche dans la continuité de la position des administrations précédentes.

Par ailleurs, il faut rappeler que les républicains sont marqués par une tradition réaliste (Eisenhower, Nixon, Bush père) par opposition à la tradition plus idéologique des démocrates – à l’exception très particulière de la présidence de George W. Bush, dominée par les « néoconservateurs », que Pierre Hassner caractérisait comme un « wilsonisme botté ».

Dans la lignée de Kissinger, Trump n’est ni dans l’isolement du « phare », ni dans la « croisade » démocratique, mais dans une logique transactionnelle qui dépend des rapports de puissance. C’est en effet à cette logique qu’il faut raccrocher ses efforts plus ou moins fructueux de régler les conflits (Gaza, Inde/Pakistan, RDC/Rwanda, Ukraine).

Les États-Unis entre leadership et retrait

Donald Trump est confronté, au-delà de ses orientations populistes, nationalistes et idéologiquement réactionnaires, à des changements structurels de la géopolitique mondiale qui mettent au défi le leadership américain depuis longtemps. Et là encore sa politique paraît afficher des continuités dont on peut donner plusieurs exemples.

L’unilatéralisme qu’ont manifesté par exemple les frappes au Yémen ou en Iran est une tradition très ancienne de la puissance américaine. « Multilateral when we can, unilateral when we must », disait un slogan de l’époque Clinton/Albright. Trump accentue certes le mépris des institutions multilatérales et des alliés, mais ce n’est pas de lui que date le mépris américain pour le droit international.

La tentation du retrait stratégique remonte à la présidence de Barack Obama et découle du fardeau militaire, politique, financier, humain, moral, qu’a été l’enlisement en Afghanistan et en Irak. Trump a essayé d’accélérer ce retrait durant son premier mandat, mais c’est Obama qui avait retiré les troupes américaines d’Irak en 2011, et c’est Biden qui a quitté l’Afghanistan en 2021. Trump a aussi manifesté la même réticence à engager des opérations autres qu’aériennes. En cela, il s’inscrit dans les pas d’Obama qui privilégiait une « guerre furtive » contre le terrorisme, dont les récentes frappes de Trump au Yémen et en Iran apparaissent comme un prolongement.

Le durcissement de la relation avec la Chine est également une évolution qui enjambe les mandats de Obama, Trump et Biden. C’est devenu la priorité de la politique étrangère américaine. Entre les années 2000 et 2020, un Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (« Quad ») avait été lancé entre les États-Unis, l’Australie, l’Inde et la Chine. Ce format, destiné à contenir l’expansion chinoise, a été relancé par l’administration Trump en 2017. Il a donné lieu à plusieurs sommets sous l’administration Biden, et il a été l’objet de la première rencontre multilatérale à laquelle a participé le Secrétaire d’État Marco Rubio en janvier 2025.

Découlant de la volonté de réduire la dépendance à la Chine, les politiques d’autonomie stratégique de l’administration Biden (comme la loi sur la réduction de l’inflation « IRA » de 2022 et le « Chips Act » de 2023) ont été poursuivies sous une autre forme : le soutien aux énergies fossiles plutôt qu’aux renouvelables, ou encore les investissements venus de l’étranger plutôt que les subventions. Mais leur objectif, de même que celui des « tariffs », reste le même : relocaliser la production aux États-Unis, dans une optique mercantiliste, pour accroître la puissance économique américaine, réduire les vulnérabilités, diminuer les déficits et créer des emplois.

Enfin, la proximité avec Israël, plus que jamais revendiquée par l’administration Trump, est consubstantielle à la politique étrangère américaine depuis la création de l’État juif. Les démocrates avaient pris certaines distances avec la politique de Benyamin Nétanyahou, mais pas au point de s’en désolidariser totalement. Il est probable qu’Israël n’a pu attaquer l’Iran sans un soutien américain. En revanche, Trump a manifesté à plusieurs reprises son impatience vis-à-vis de son allié israélien, sans que tout cela n’ait encore débouché sur une politique complètement cohérente.

Trump déchaîné ou Trump enchaîné ?

Les premiers mois du deuxième mandat Trump montrent qu’il n’y a pas de plan établi et méthodique pour mettre en œuvre une politique étrangère radicalement nouvelle.

Trump n’est peut-être plus freiné par « l’État profond » comme il l’avait été durant son premier mandat, mais il est confronté à des pesanteurs géopolitiques qui ne peuvent qu’entraver sa volonté et ses actions quand il veut s’affranchir des réalités. Ce qui, pour les partenaires historiques de l’Amérique, est une évolution plutôt réconfortante.

The Conversation

Maxime Lefebvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Donald Trump et les diverses traditions de la politique étrangère américaine – https://theconversation.com/donald-trump-et-les-diverses-traditions-de-la-politique-etrangere-americaine-260434

Les psychédéliques sont détournées de leur usage traditionnel par l’industrie médicale, et ce n’est pas pour le mieux

Source: The Conversation – in French – By Kevin Walby, Professor of Criminal Justice, University of Winnipeg

Autrefois stigmatisés et interdits, les psychédéliques sont passés de la contre-culture à la culture dominante. De l’utilisation de la psilocybine par le prince Harry aux aventures du quart-arrière (quarterback) de la Ligue nationale de football américain Aaron Rodgers avec l’ayahuasca, nos médias regorgent de témoignages vantant leurs bienfaits.

Des centaines d’universités à travers le monde se lancent désormais dans la recherche sur les psychédéliques. Et des initiatives de légalisation prennent forme.

Les psychédéliques sont en train de devenir un marché très lucratif. Tout comme le capital privé a inondé le secteur du cannabis il y a quelques années, une nouvelle ruée vers l’or est en cours, cette fois autour des psychédéliques.

De riches entrepreneurs investissent dans l’industrie psychédélique tandis que des start-up biotechnologiques lèvent des fonds et mènent des essais cliniques sur de nouvelles molécules psychédéliques. Les investisseurs en capital-risque convoitent les perspectives offertes par un nouveau marché de masse lucratif.




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Une couverture de livre avec des dessins colorés
Les auteurs de cet article ont publié un nouveau livre : Psychedelic Capitalism.
(Fernwood)

Trois sujets de préoccupation

À ce jour, la plupart des débats sur les psychédéliques ont peu analysé de manière critique leur relation avec l’économie politique du capitalisme moderne et les structures de pouvoir au sens large. Dans notre nouveau livre Psychedelic Capitalism, nous formulons trois constats sur ce que l’on appelle la renaissance psychédélique.

Premièrement, la médicalisation des psychédéliques risque de restreindre leur accès et de renforcer les inégalités sanitaires et sociales existantes.

Deuxièmement, la « corporatisation » des psychédéliques permettra aux élites économiques de dominer le marché tout en s’appropriant le vaste réservoir de connaissances accumulées par les communautés autochtones, les institutions publiques et les chercheurs clandestins.


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Et troisièmement, plutôt que de représenter une réforme progressiste en matière de drogues, la légalisation limitée de certains psychédéliques à des fins médicales contribuera à renforcer et à pérenniser la guerre contre la drogue et la criminalisation de sa consommation.

Ignorer les connaissances communautaires

Partout en Amérique du Nord, nous assistons à une médicalisation des psychédéliques. De nombreux problèmes sont présentés comme pouvant être traités par ces substances. Cela se fait d’une manière qui renforce le contrôle des entreprises sur le processus et met de côté les connaissances communautaires et autochtones.

Nous avons vu ce phénomène en Australie. Certaines substances comme la psilocybine et la MDMA sont désormais légales, mais uniquement sur ordonnance médicale et à un coût financier élevé, ce qui soulève des questions sur l’équité, l’accès et les destinataires de ces thérapies.

Le fait de présenter les psychédéliques comme des produits pharmaceutiques et des solutions de santé individualisées renforce le discours prohibitionniste selon lequel ces substances ne sont pas adaptées à une utilisation en dehors du contexte médical. Ce discours détourne l’attention de la manière dont l’utilisation médicalisée pourrait perpétuer une idéologie néolibérale, qui réduit les troubles mentaux à des problèmes individuels plutôt que de s’attaquer aux causes plus systémiques telles que la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale.

Il ignore également des siècles de traditions créées par l’usage communautaire autochtone, ainsi que les valeurs de la culture psychédélique underground.

Un système fondé sur des thérapies individuelles coûteuses et un accès clinique hypercontrôlé n’est pas le modèle envisagé par la plupart des défenseurs.

Un modèle basé uniquement sur la pilule pour la productivité et le bonheur

Les fondements du capitalisme psychédélique ont été largement créés par l’innovation publique aux frais du contribuable et sont aujourd’hui en train d’être repris par le capital privé.

Les conférences sur les psychédéliques prennent de plus en plus l’allure de salons commerciaux. L’industrie du tourisme psychédélique continue de se développer et de s’adresser à une clientèle élitiste. Des entreprises à but lucratif telles que Mind Medicine et Compass Pathways éliminent la psychothérapie de leurs protocoles de traitement et adoptent un modèle strictement médicamenteux, privilégié par les grandes entreprises pharmaceutiques.

Les psychédéliques, y compris le microdosage et la thérapie assistée par psychédéliques, sont commercialisés comme un moyen pour la population générale d’améliorer leur productivité dans une vie déjà surchargée, tout en y trouvant du bonheur.

Les entreprises se font concurrence pour s’approprier la propriété intellectuelle afin de tirer profit des composés existants et d’ériger des barrières juridiques autour des nouvelles substances chimiques et de leurs applications.

L’industrie lucrative de la kétamine offre déjà un aperçu de l’avenir de la thérapie psychédélique commercialisée. Cela inclut une négligence des risques, un marketing trompeur et peu de considération pour les soins thérapeutiques.

Il y a eu une vague de nouvelles demandes de brevets (et de brevets accordés) aux États-Unis sur des substances telles que la psilocybine, le LSD, le DMT, le 5-MeO DMT et la mescaline, qui visent à garantir l’exclusivité, à monopoliser les chaînes d’approvisionnement et à privatiser des connaissances qui existent déjà dans le domaine public.

Les psychédéliques ont été intégrés dans les logiques bien établies du capitalisme, où des acteurs privés s’approprient des droits exclusifs sur ce qui est en fin de compte le fruit de la lutte collective de l’humanité et de ses réalisations intellectuelles.

Légalisation médicale des psychédéliques

L’approche médicalisée des psychédéliques est également liée à la législation et à la politique en matière de drogues.

En Amérique du Nord, l’approche biomédicale la principale voie d’accès aux psychédéliques dans la plupart des juridictions. Cette approche est largement soutenue par l’industrie des psychédéliques qui ont un intérêt financier dans la légalisation médicale et souhaitent limiter l’accès légal à tout ce qui ne relève pas du cadre médico-pharmaceutique.

Aux États-Unis, des États comme l’Oregon et le Colorado ont adopté des modèles juridiques plus holistiques qui incluent des éléments de contrôle communautaire afin d’empêcher la mainmise des entreprises. Mais la plupart des initiatives étatiques restent limitées dans leur portée et sont centrées sur les thérapies médicalisées, en particulier pour les anciens combattants. Même dans l’Oregon, qui a été salué pour ses politiques progressistes en matière de drogues, on observe une nette tendance à la médicalisation.

L’industrie canadienne du cannabis illustre parfaitement comment les processus de légalisation peuvent s’entremêler avec les intérêts des industries dominées par les grandes entreprises.

Comme l’explique Michael Devillaer, professeur de psychiatrie et de neurosciences comportementales et auteur de Buzz Kill (2024), l’industrie du cannabis a donné la priorité à la maximisation des profits, à la promotion des produits et à l’augmentation de la consommation au détriment des préoccupations de santé publique.




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Qu’est-ce qui est le mieux pour l’intérêt public ?

À mesure que la légalisation médicale des psychédéliques s’accroit, nous assisterons probablement à un durcissement des sanctions pénales pour les usages récréatifs et autres.

En effet, les saisies policières de psychédéliques tels que la psilocybine ont augmenté ces dernières années aux États-Unis. Les arrestations pour le transport de composés tels que l’ayahuasca, l’iboga et le peyotl ont également augmenté dans le monde.

Ces problèmes risquent d’être exacerbés par les systèmes de classification bifurquée, dans lesquels un produit pharmaceutique est classé dans une catégorie différente de celle de son principe actif ou de sa substance.

Par exemple, si la Food and Drug Administration (FDA) américaine autorisait la psilocybine pour traiter la dépression ou la MDMA pour traiter le syndrome de stress post-traumatique, il est probable que seuls les produits médicinaux à base de psilocybine et de MDMA approuvés par la FDA seraient reclassés, tandis que les substances elles-mêmes continueraient d’être interdites en tant que stupéfiants soumis à restriction.

Il est dans l’intérêt public de dépasser une vision étroite de la légalisation médicale pour adopter un modèle plus ouvert et dépénalisé d’accès public. Une telle approche permettrait non seulement d’atténuer les menaces liées à la mainmise des entreprises, mais aussi de réduire les méfaits associés à la criminalisation et à la guerre contre la drogue.

La dépénalisation contrôlée par la communauté est une meilleure voie pour intégrer les psychédéliques dans la société que de céder le pouvoir à l’industrie médicale et aux cartels pharmaceutiques qui fournissent des services monopolistiques à une clientèle principalement aisée.

Et le fait de traiter la consommation de drogues et la dépendance comme une question de santé publique et d’encourager la réduction des risques et les services de soutien aux populations à risque contribueraient grandement à atténuer les tragédies de la guerre contre la drogue.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les psychédéliques sont détournées de leur usage traditionnel par l’industrie médicale, et ce n’est pas pour le mieux – https://theconversation.com/les-psychedeliques-sont-detournees-de-leur-usage-traditionnel-par-lindustrie-medicale-et-ce-nest-pas-pour-le-mieux-260744

« La crise politique est plus inquiétante pour l’économie française que la crise budgétaire seule »

Source: The Conversation – France (in French) – By Mathieu Plane, Economiste – Directeur adjoint au Département Analyse et Prévision OFCE, Sciences Po

Mardi 15 juillet, le premier ministre François Bayrou annoncera son plan pour réduire les dépenses publiques et stabiliser la dette. Cela devrait se faire sans augmentation d’impôts, même s’il pourrait y avoir « des efforts particuliers » demandés a indiqué le premier ministre sur LCI le 10 juillet.

Nous avons demandé à Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, d’analyser la situation et les mesures envisagées. Au-delà de la situation financière de la France, la situation politique doit être étudiée de près car elle pourrait enclencher une crise financière qui pourrait pourtant être évitée. Parmi les questions abordées, il évoque l’impact des mesures annoncées sur les plus fragiles ou les aides aux entreprises.


The Conversation : Le premier ministre a annoncé préparer un plan d’économies budgétaires pour réduire le déficit. Le montant de ce plan serait de 40 milliards. D’où vient ce chiffre ? À quoi correspond-il ?

Mathieu Plane : En adhérant à l’Union européenne, la France s’est engagée à respecter certaines règles. Ainsi, le déficit public doit baisser conformément à la trajectoire voulue par la Commission européenne. Pourtant, ces 40 milliards – soit 1,3 % du PIB – représentent davantage que ce demande la Commission, soit 0,7 point de PIB.

Ceci rappelé, ce ne sont pas vraiment 40 milliards d’ajustements structurels. Un quart, soit 10 milliards, correspond à la compensation des mesures exceptionnelles prises en 2025 pour un an (la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises et les hauts revenus). Donc, pour stabiliser le déficit à son niveau actuel, il faut commencer par trouver dix milliards de baisses de dépenses. Il « reste » 30 milliards d’efforts budgétaires, soit 1 point de PIB.

Sur ce point, il y a un débat qui monte, qui peut sembler technique, mais qui est très concret. Quand vous voulez réduire un déficit, vous avez deux leviers : baisser les dépenses publiques ou augmenter les recettes. Si vous annoncez une hausse d’impôts, c’est assez simple de calculer l’impact que cela aura. Mesurer la baisse des dépenses est plus compliqué car tout dépend du point de comparaison, c’est-à-dire de la trajectoire de référence. Quand vous dites que vous réduisez de 30 milliards la dépense publique, c’est par rapport à une trajectoire qui aurait eu lieu si aucune mesure n’avait été prise et que l’on n’observera jamais par définition. Ainsi, les annonces de 30 milliards d’économies ne signifient pas que les dépenses vont baisser de 30 milliards en valeur absolue. Cette discussion avait eu lieu lors du budget censuré finalement de Michel Barnier. Le reférentiel de calcul est donc important pour chiffrer correctement les économies en dépense et il faut être attentif à cela.

Comment procédez-vous dans vos prévisions ?

M.P. : Dans nos analyses, pour mesurer l’effort budgétaire du côté de la dépense, nous regardons l’évolution comparée des dépenses publiques et du PIB potentiel. Pour réaliser de véritables économies budgétaires, il faut qu’à fiscalité constante, la dépense publique augmente moins vite que le PIB potentiel, qui croît d’environ 3 % en valeur par an. C’est quelque chose de très mécanique, puisqu’on parle d’un ratio : si le numérateur augmente moins vite que le dénominateur, le taux diminue !

Et cela concerne l’ensemble des dépenses publiques, c’est-à-dire les dépenses de l’état (35 % du total environ), les collectivités locales (20 %) et toutes les dépenses de protection sociale (santé, retraites, famille…) soit 45 % du total. Pour faire des économies structurelles, il faut que tout cela augmente de moins de 3 % en valeur. L’enjeu n’est pas tant de baisser la dépense publique que de la faire croître moins vite que le PIB potentiel.


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Pourquoi n’essaie-t-on pas d’augmenter le PIB potentiel plutôt que de réduire les dépenses ?

M.P. : C’est un argument important et il est d’autant plus facile de faire des économies structurelles et se désendetter que la croissance potentielle est élevée. Mais agir sur la croissance potentielle ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un travail de longue haleine pour améliorer la productivité de long terme d’une économie. Cela passe par des politiques qui soutiennent l’innovation, la R&D, l’émergence de nouvelles industries, des investissements importants dans l’éducation ou la formation, les infrastructures… Ces politiques d’investissements importants ne portent pas leurs fruits immédiatement.

Et le risque d’ailleurs, pour des raisons budgétaires, c’est de couper dans ses investissements qui ont peu d’effets à court terme mais dont les effets sont cruciaux à long terme. France 2030 ou les fonds pour la transition écologique en sont de bons exemples. Le but est donc de limiter la croissance des dépenses sans réduire la croissance potentielle. Mais le risque, en baissant trop fort les dépenses, c’est d’avoir un impact très négatif sur la croissance et, donc, un cercle vicieux s’enclenche. Le PIB baissant à la suite de la réduction des dépenses en année T, il faut baisser encore plus les dépenses en T+1 pour réduire le déficit. Là, c’est la double peine pour l’économie.




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Y’a-t-il une urgence à réduire le déficit en soi ? Ou faut-il le faire pour contenir l’évolution de l’endettement public ?

M.P. : Le déficit ponctuel ce n’est pas très grave, s’il est maîtrisé. Ce qu’il faut à tout prix protéger, c’est notre capacité à emprunter aux taux actuels. Et pour cela, il faut une trajectoire crédible de réduction des déficits et de stabilisation de la dette à un certain horizon tout en limitant les effets négatifs sur la croissance.

La crainte pourrait venir des investisseurs qui achètent de la dette française et donc qui prêtent à l’État français. S’ils commencent à s’inquiéter quant à la capacité de la France à redresser ses comptes publics et à stabiliser sa dette, en points de PIB, ils risquent de demander des taux d’intérêt plus élevés, d’où une charge de la dette en hausse qui peut être très vite problématique. Il peut y avoir ce qu’on appelle un effet boule de neige de la dette quand les taux d’intérêt deviennent supérieurs à la croissance. Or, avec la remontée des taux d’intérêt, nous sommes dans une zone dangereuse contrairement à une grande partie de la décennie des années 2010 où les taux d’intérêt étaient très faibles, inférieurs à la croissance. Aujourd’hui, la croissance potentielle n’est pas élevée et ne va pas augmenter dans les années à venir et les taux d’intérêt sont supérieurs à 3 %. Le risque pour la France c’est plus la situation italienne que grecque comme on l’entend parfois dire. L’Italie a connu cette situation où la croissance était largement inférieure à ses taux d’intérêt. Cela veut dire qu’il faut avoir d’importants excédents budgétaires primaires (l’écart entre les dépenses et les recettes hors charges d’intérêt) pour stabiliser la dette et cette situation mange toute marge de manœuvre budgétaire, notamment pour investir.

La crise la plus dangereuse est-elle la crise financière potentielle ou la crise politique que nous connaissons avec une assemblée sans majorité claire ? Le risque n’est-il pas que la crise politique finisse par déboucher sur une crise financière faute de mesures difficiles mais pas fondamentalement impossibles à prendre ?

M.P. : Sur ce dernier point, je vous suis. Il y a certes une crise budgétaire inquiétante mais très particulière : la France est le seul pays concerné, alors que la crise des dettes souveraines du début des années 2010 impliquait l’Europe, et en particulier les pays d’Europe du Sud. Ce n’est pas une crise budgétaire européenne mais française et cela veut dire que tous les pays européens ne vont pas couper les vannes en même temps, l’Allemagne annonce même un gigantesque plan de relance… ce qui va être bon pour nos exportations.

Pour revenir à la situation française, l’écart de taux avec l’Allemagne sur les emprunts publics à 10 ans est passé de 0,5 à 0,7 depuis la dissolution, mais il faut noter que l’économie française ne s’est pas effondrée car les fondamentaux structurels de la France sont solides et qu’on possède notamment beaucoup d’épargne. S’il y avait une majorité claire, il serait possible de développer un plan de redressement budgétaire réfléchi et étalé sur plusieurs années à même de rassurer nos prêteurs et de dépasser la crise budgétaire.

Cet hiver, qui votera à l’assemblée des mesures impopulaires, à 18 mois d’une élection présidentielle ? Car, pour commencer, nous avons parlé des 40 milliards d’euros à trouver, mais ce sont environ 100 milliards à dégager d’ici à la fin de la décennie. Pour rendre acceptable ce redressement des comptes publics, il faudrait une stratégie claire de moyen terme qui lisse les efforts sur plusieurs années et qui vise à limiter les effets négatifs sur l’économie et le social. Mais pour cela, il faudrait une assise politique solide.

Un rapport sénatorial sur les aides aux entreprises révèle une absence de visibilité des dépenses et de leurs effets. Les dépenses sont-elles hors de contrôle ?

M.P. : De nombreuses mesures budgétaires pérennes ont été prises sans évaluation préalable. La situation budgétaire dont nous venons de parler résulte largement de l’accumulation de mesures dont le financement a été ignoré et les effets sur la croissance surestimés. Depuis la crise des gilets jaunes et la pandémie et son « quoi qu’il en coûte », il y a eu une multitude de mesures prises (renoncement à la taxe carbone, suppression de la taxe d’habitation pour tous, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse des impôts sur la production en même temps que celle de l’impôt sur les sociétés…) sans que jamais ne soit posée la question du financement budgétaire de ces mesures. Certaines de ces mesures sont bonnes assurément mais les effets sur la croissance n’ont pas été suffisants pour qu’elles soient auto financées. Nous sommes arrivés en bout de course et c’est désormais l’heure des comptes avec un trou budgétaire à combler. La politique de l’offre a en partie obtenu des résultats sur la croissance, l’emploi et la compétitivité mais à quel prix. Ne pouvait-on pas obtenir des résultats similaires à moindre coût ? La question n’est jamais posée. Une analyse claire des mesures prises dans le passé est plus que nécessaire avant d’aller plus loin.

BFM Business 2025.

Un rapport de l’Insee indique que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé et atteint 15 % de la population. La politique de réduction des dépenses peut-elle se faire sans aggraver leur situation ni pousser davantage de personnes dans la pauvreté.

M.P. : La situation dans laquelle nous entrons va être difficile, très difficile socialement. Le retournement du marché du travail est enclenché avec une remontée du chômage. Ce retournement devrait se prolonger sous l’effet de la réduction budgétaire et la faible croissance… d’autant plus si certaines des mesures budgétaires ciblent les politiques de l’emploi comme l’apprentissage. De plus, une année blanche sur les prestations sociales réduit en premier lieu le niveau de vie des ménages les plus modestes qui bénéficient de ces prestations.

ll faut donc trouver un chemin de crête avec des mesures budgétaires qui ne grèvent pas trop la croissance et n’alourdissent pas la problématique du chômage et des inégalités. Mais cela nécessite de développer une vision stratégique macroéconomique et budgétaire sur plusieurs années qui sorte des logiques comptables et politiques de court terme. Mais là, nous revenons au problème politique majeur que nous affrontons depuis la dissolution.


Propos recueillis par Christophe Bys

The Conversation

Mathieu Plane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « La crise politique est plus inquiétante pour l’économie française que la crise budgétaire seule » – https://theconversation.com/la-crise-politique-est-plus-inquietante-pour-leconomie-francaise-que-la-crise-budgetaire-seule-260942

University graduates in Ghana must serve society for a year – study suggests it’s good for national unity

Source: The Conversation – Africa – By Arnim Langer, Professor, KU Leuven

Almost 70 years after independence was gained across the continent, many African countries continue to face the complex task of managing ethnic diversity and building national cohesion. National cohesion is a broad and often abstract concept. It refers to the extent to which people within a country share a sense of common purpose and belonging. It is often reflected in the strength of national identities and the degree of pride individuals feel in being part of the nation.

The fact that borders in colonial Africa were drawn in the late 19th century to the early 20th century by European powers without regard for ethnic and cultural realities and histories meant that post-colonial African governments had to develop a sense of national consciousness and belonging.

To address this task, many African countries have made efforts to promote a shared national identity which could bridge ethnic and regional divides. Governments have experimented with a diverse range of policies: promoting national languages, establishing civic education, celebrating national holidays, and reforming state institutions. Other measures have included abolishing traditional kingdoms, redistributing land, renaming capital cities, compulsory military service, and national youth service programmes.

Research into the effectiveness of these African initiatives has been limited and inconclusive. In recently published research, researchers at the Centre for Research on Peace and Development at KU Leuven addressed this gap by analysing the impact of Ghana’s National Service Scheme. Our research shows that, under certain conditions, participation in this programme can meaningfully enhance feelings of national belonging.

Ghana’s experience with national service

Established in 1973, Ghana’s National Service Scheme requires university graduates to spend one year serving in diverse roles throughout the country. This sometimes takes them to regions far from their homes.

While Ghana is widely regarded as a model for the peaceful management of ethnic diversity, the establishment of the National Service Scheme in 1973 was necessary. It was partly a response to the deep regional and ethnic divisions that marked the country’s early postcolonial period. Notably, in the years leading up to the scheme’s introduction, political rivalry between Ashanti and Ewe elites played a significant role in the country’s political instability.

Initially designed to counteract such ethnic divisions, the scheme continues to engage very large numbers of graduates each year. Over 100,000 were deployed in 2025. The programme aims not only to strengthen national cohesion, but also to promote manpower development and address key social challenges. These include unemployment, illiteracy and poverty.

Participants are deployed across a range of sectors, including education, healthcare, agriculture and public administration. While the vast majority of participants are assigned to teaching roles in primary or secondary schools or to positions in healthcare institutions, others take on administrative roles within government agencies or the private sector. These deployments are meant to expose them to different communities and foster intergroup contact under conditions that promote social bonding and reduce prejudice.

But can national service also contribute towards fostering stronger feelings of national belonging?

To answer this question, we conducted a large-scale panel survey among almost 3,000 service personnel. They had participated in the scheme between August 2014 and September 2016. The participants were surveyed three times: before their deployment and again within weeks after completing their national service.

The survey was aimed at examining their feelings of national pride before, during, and after their year of national service. Our study provides compelling evidence that national service significantly boosts participants’ feelings of national pride and belonging.

We found that the mechanism behind this impact lies in intergroup contact. This is described as positive, meaningful interactions between individuals from diverse ethnic and regional backgrounds. Participants who reported frequent and meaningful interactions, including developing new friendships and gaining deeper knowledge of other cultural groups, showed the most significant increases in their sense of national pride.

Importantly, the greatest improvements were observed among participants who initially identified less strongly with the nation.

We further found that the positive effects of participation were not short-lived. It persisted well beyond the year of service.

Key takeaways for policymakers

Governments aiming to strengthen national identity through youth service programmes should consider four key lessons from Ghana’s experience.

Mandatory participation is crucial. Voluntary schemes tend to attract individuals who are already inclined towards inter-ethnic harmony. This limits their broader societal impact. Ghana’s mandatory approach ensures that a wide and diverse range of participants are included. This enhances the programme’s reach and effectiveness.

Structured interactions must be actively promoted. Simply placing people from different backgrounds together is not enough. Successful programmes, such as Ghana’s, intentionally create opportunities for meaningful engagement. These structured interactions help participants develop lasting relationships and deepen their understanding of other cultures.

Youth should be engaged during formative years. Recent graduates are at a stage in life when attitudes and identities are still forming. National service programmes that target this age group can have a lasting influence. Especially on how young people perceive national unity and their role within it.

Diverse placements are essential. National service programmes should deploy participants in settings that are diverse. The geographical location is of secondary importance. Exposure to diverse settings will challenge assumptions and broaden perspectives. It will also foster stronger national bonds across ethnic and regional lines.

Why national service pays off in the long run

National youth service programmes, when well-designed and properly managed, are a promising yet underused tool for promoting national unity in Africa’s ethnically diverse societies. These initiatives can create meaningful opportunities for young people to engage across regional and ethnic lines. This helps to build trust, civic responsibility, and a shared sense of national identity.

Yet, in recent decades, many of these programmes have been scaled back or discontinued across the continent. Examples are Botswana, Tanzania, Zimbabwe and Zambia. The main reason? Cost. Governments have often viewed the logistical and financial demands of deploying tens of thousands of graduates each year as unsustainable. But this short-term budget logic misses the bigger picture.

Ghana’s scheme shows what’s possible. In recent years, the scheme’s deployment figures have reached record highs. It is now common for around 100,000 national service personnel to be mobilised in a single service year. The positive outcomes observed in Ghana offer clear, evidence-based lessons for policymakers across the continent. Investing in national service is not just a cost – it’s a commitment to a more united future.

The Conversation

Arnim Langer receives funding from Research Foundation Flanders (FWO).

Bart Meuleman receives funding from Research Foundation Flanders (FWO)

Lucas Leopold receives funding from Research Foundation Flanders (FWO).

ref. University graduates in Ghana must serve society for a year – study suggests it’s good for national unity – https://theconversation.com/university-graduates-in-ghana-must-serve-society-for-a-year-study-suggests-its-good-for-national-unity-258743

Bullying, violence and vandalism in primary school: study explores a growing crisis in South Africa

Source: The Conversation – Africa – By Julie Shantone Rubbi Nunan, Senior Lecturer in the Department of Early Childhood Education and Development, University of South Africa

South African primary schools are facing a crisis. Every day, learners fight, bully, destroy property, and intimidate other learners and teachers, turning what should be safe spaces into places of fear and mistrust.

Research shows that learner behaviour frequently involves violence, bullying and vandalism (damage to school property) that threatens the safety of both learners and staff.

The media usually report only serious cases of violence, but schools and teachers face challenging and dangerous behaviour every day that often goes unreported. This underreporting is not unique to South Africa; it’s a challenge seen in other countries too.

Research shows that this kind of behaviour disrupts teaching and learning, leading to poor learner performance and school dropouts.

Teachers frequently face aggression and intimidation from learners, which undermines their ability to teach effectively. They feel unsafe and frustrated when learners act aggressively, and this problem worsens when parents protect their children’s bad behaviour instead of addressing it.

Violence, bullying, and damage to school property don’t just cause harm to learners and teachers. They also cost schools money to repair the damage and cause emotional trauma and suffering for victims and their families.

Given these realities, it is important to carefully explore the lived experiences of teachers, school leaders and caretakers to fully understand the severity and complexity of challenging learner behaviour. This understanding is essential for developing effective policies and interventions aimed at restoring safety and improving learning environments in South African primary schools.

As part of a wider study of challenging learner behaviour, I interviewed 21 participants from three primary schools in Durban, South Africa. It was a qualitative case study, in which the small sample size was well-suited and provided relevant and credible information on challenging learner behaviour. Thematic analysis was appropriate for identifying patterns and themes for further exploration.

The aim was to probe the participants’ perspectives to understand how learners’ challenging behaviour is experienced in primary schools. I wanted to know more about how behaviour stemming from children’s homes and environments, playing out at school, was affecting teachers and the overall school climate.

The interviews indicated that teachers were unhappy and wanting to quit the profession, learner victims faced constant fear and distress, and caretakers felt degraded. If this is a sign of how teachers, children and caretakers are feeling around South Africa, it points to the need for ways to reduce their stress.

Voices from schools

The schools in my study are located in semi-urban areas within the same district and serve learners from grade R (about age 5) to grade 7 (about age 12). The surrounding communities face high levels of unemployment, domestic violence, and various social challenges.

Fifteen teachers, three governors, and three caretakers shared their experiences through interviews, enabling open discussion and deeper insights. Consistency across school sites supported the trustworthiness of the findings. Ethical guidelines were followed throughout.

Across the three schools, participants described an environment where serious learner misconduct was a common, everyday problem.

Teachers, governors, and caretakers reported daily disruptions that affected teaching, learning and emotional wellbeing. Aggression and violence were constant. Learners engaged in physical fights – punching, kicking, and using sharp objects like pencils and knives. These were not minor scuffles but incidents that caused serious injuries. Teachers were also threatened, shouted at, and occasionally physically harmed.

Bullying was widespread, both verbal and physical. Learners harassed peers through name-calling, exclusion, extortion and intimidation, often in unsupervised spaces like toilets and tuckshops. Victims lived in fear, while teachers struggled to maintain discipline and protect vulnerable learners.

Vandalism and property damage were routine. Learners tore up textbooks, damaged desks and windows, defaced walls with vulgar graffiti, and clogged toilets with rubbish. Caretakers faced degrading tasks like cleaning and scrubbing faeces and graffiti off the walls. The costs of repairing damage strained already limited school budgets.

Adding to the tension, gang-like behaviour emerged. Small groups banded together to provoke fights, intimidate others, and sometimes fuel unrest rooted in xenophobia or local politics, creating fear, uncertainty and division among learners.

Some incidents had gendered and criminal implications, including the reporting of boys violating the privacy and rights of other boys in the school toilets, and girls being inappropriately touched and harassed. This contributed to emotional trauma and, in some cases, learner dropout – especially among girls. The United Nations Children’s Fund posits that school violence contributes to girls dropping out of school. The dropout rate is a concern in South Africa.

Stealing and lying were common. Learners stole from classmates, teachers, and school offices, often without remorse, and frequently lied or blamed others when confronted, further eroding trust and accountability.




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Many participants believed learners expressed unspoken pain or mirrored violence and instability seen at home and in their communities. According to social cognitive theory, such behaviours are learned. Children exposed to violence, neglect, or chaos often replicate these actions in school. Without consistent guidance, role models, or consequences, the cycle intensifies.

Moving forward

In short, these schools are no longer safe havens for learning – they are in crisis. Without urgent and effective intervention, the very mission of basic education – and the wellbeing of children – is at risk.

Primary schools depend on governing authorities and communities for their safety and success. Stakeholders must take collective action to reclaim schools as safe learning spaces.

Governing authorities should address the issues raised by reviewing policies and implementing support programmes, including counselling, family-school partnerships, and teacher training to handle challenging behaviour in positive and sustainable ways.

The Conversation

Julie Shantone Rubbi Nunan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Bullying, violence and vandalism in primary school: study explores a growing crisis in South Africa – https://theconversation.com/bullying-violence-and-vandalism-in-primary-school-study-explores-a-growing-crisis-in-south-africa-260111

4 things every peace agreement needs – and how the DRC-Rwanda deal measures up

Source: The Conversation – Africa (2) – By Philipp Kastner, Senior Lecturer in International Law, The University of Western Australia

The governments of the Democratic Republic of the Congo (DRC) and Rwanda concluded a peace treaty in June 2025, aimed at ending a decades-long war in eastern DRC. The United Nations welcomed the agreement as “a significant step towards de-escalation, peace and stability” in the region.

I have analysed several different peace negotiations and agreements. It’s important to distinguish between what’s needed to get warring parties to the table, and what’s eventually agreed on. In this article, I examine whether the DRC-Rwanda deal has got the four essential components that usually signal that an agreement will hold.

Two broad points about peace agreements, first – and one particular complication in the DRC-Rwanda case.

Firstly, one agreement is rarely enough to resolve a complex conflict. Most deals are part of a series of agreements, sometimes between different actors. They often mention previously concluded ones, and will be referred to by subsequent ones.

Secondly, peace is a process, and requires broad and sustained commitment. It is essential that other actors, like armed groups, are brought on board. Importantly, this also includes civil society actors. An agreement will be more legitimate and effective if different voices are heard during negotiations.

One major complication in relation to the DRC-Rwanda deal is that the United States has been the prime broker. But rather than acting as a neutral mediator trying to bring about peace, Washington seems to be pursuing its own economic interests. This does not bode well.

There is no simple recipe for a good peace agreement, but research shows that four elements are important: a serious commitment from the parties, precise wording, clear timelines and strong implementation provisions.

What underpins a good agreement

First, the parties need to be serious about the agreement and able to commit to its terms. It must not be used as a cover to buy time, re-arm or pursue fighting. Moreover, lasting peace cannot be made exclusively at the highest political level. Agreements that are the result of more inclusive processes, with input by and support from the communities concerned, have a higher success rate.

Second, the agreement must address the issues it aims to resolve, and its provisions must be drafted carefully and unambiguously. When agreements are vague or silent on key aspects, they are often short-lived. Previous experiences can guide peace negotiators and mediators in the drafting process. Peace agreement databases established by the United Nations and academic institutions are a useful tool for this.

Third, clear and realistic timelines are essential. These can concern the withdrawal of armed forces from specified territories, the return of refugees and internally displaced persons, and the establishment of mechanisms providing reparations or other forms of transitional justice.

Fourth, an agreement should include provisions on its implementation. External support is usually helpful here. Third states or international organisations, liked the United Nations and the African Union, can be mandated to oversee this phase. They can also provide security guarantees or even deploy a peacekeeping operation. What is crucial is that these actors are committed to the process and don’t pursue their own interests.




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To know what to realistically expect from a specific peace agreement, it’s important to understand that such agreements can take very different forms. These range from pre-negotiation arrangements and ceasefires to comprehensive peace accords and implementation agreements.

A lasting resolution of the conflict should not be expected when only a few conflict parties have concluded a temporary ceasefire.

The DRC-Rwanda agreement: an important step with lots of shortcomings

It’s difficult to tell at this point how serious the DRC and Rwanda are about peace, and if their commitment will be enough.

Their assertion that they will respect each other’s territory and refrain from acts of aggression is certainly important.

But Rwanda has a history of direct military activities in the DRC since the 1990s. And the treaty only includes rather vague references to the “disengagement of forces/lifting of defensive measures by Rwanda”. It doesn’t specifically mention the withdrawal of the reportedly thousands of Rwandan troops deployed to eastern DRC.

The Paul Kagame-led Rwandan government has also supported Tutsi-dominated armed groups in the DRC since the Rwandan genocide in 1994. The Mouvement du 23 Mars (M23) is the current primary military actor in eastern DRC. But the agreement between the governments of DRC and Rwanda didn’t include the M23 or other groups. The two governments only commit themselves to supporting the ongoing negotiations between the DRC and the M23 facilitated by Qatar.

The agreement also foresees the “neutralisation” of another armed group, the Hutu-dominated Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). This group claims to protect Rwandan Hutu refugees in the DRC, but is considered “genocidal” by the Rwandan government. The group has reacted to this plan by calling for a political solution and a more inclusive peace process.

What’s needed

The DRC-Rwanda agreement includes provisions that are vital to the people most affected by the conflict, such as the return of the millions of people displaced because of the fighting in eastern DRC. But it does not address other key issues.

For instance, aside from a general commitment to promote human rights and international humanitarian law, there is no reference to the widespread violations of human rights and war crimes reportedly committed by all sides. These include summary executions, and sexual and gender-based violence, including violence against children.

Some form of justice and reconciliation mechanism to deal with such large-scale violence should be considered in this situation, as for instance in the fairly successful 2016 agreement between the Colombian government and the Revolutionary Armed Forces of Colombia – People’s Army (FARC). This could contribute to preventing further violations as it sends a clear signal that committing crimes will not be rewarded. It also helps the population heal and gives peace a better chance.

There is no single model for this, and so-called transitional justice (defined as the “range of processes and mechanisms associated with a society’s attempts to come to terms with a legacy of large-scale past abuses, in order to ensure accountability, serve justice and achieve reconciliation”) remains highly controversial. For instance, insisting on war crimes trials can be seen as endangering a fragile peace process.

But peace agreements across the world, from Libya to the Central African Republic, have over past decades moved away from blanket amnesties. They have increasingly included provisions to ensure accountability, especially for serious crimes. The DRC-Rwanda deal is silent on these questions.

A twist in the tale

The DRC-Rwanda deal is complicated by Washington’s role and pursuit of economic interests.

The two states agreed to establish a joint oversight committee, with members of the African Union, Qatar and the United States. It foresees a “regional economic integration framework”, which has been criticised as opening the door for foreign influence in the DRC’s rich mineral resources. The country is the world’s largest producer of cobalt, for instance, which is essential for the renewable energy sector.

Such a neocolonial “peace for exploitation bargain” does not send a positive signal. And it will probably not contribute to ending an armed conflict that has been fuelled by the exploitation of natural resources.

The Conversation

Philipp Kastner does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. 4 things every peace agreement needs – and how the DRC-Rwanda deal measures up – https://theconversation.com/4-things-every-peace-agreement-needs-and-how-the-drc-rwanda-deal-measures-up-260944

Is there any hope for the internet?

Source: The Conversation – USA (2) – By Aarushi Bhandari, Assistant Professor of Sociology, Davidson College

Hate and mental illness fester online because love and healing seem to be incompatible with profits. Ihor Lukianenko/iStock via Getty Images

In 2001, social theorist bell hooks warned about the dangers of a loveless zeitgeist. In “All About Love: New Visions,” she lamented “the lack of an ongoing public discussion … about the practice of love in our culture and in our lives.”

Back then, the internet was at a crossroads. The dot-com crash had bankrupted many early internet companies, and people wondered if the technology was long for this world.

The doubts were unfounded. In only a few decades, the internet has merged with our bodies as smartphones and mined our personalities via algorithms that know us more intimately than some of our closest friends. It has even constructed a secondary social world.

Yet as the internet has become more integrated in our daily lives, few would describe it as a place of love, compassion and cooperation. Study after study describe how social media platforms promote alienation and disconnection – in part because many algorithms reward behaviors like trolling, cyberbullying and outrage.

Is the internet’s place in human history cemented as a harbinger of despair? Or is there still hope for an internet that supports collective flourishing?

Algorithms and alienation

I explore these questions in my new book, “Attention and Alienation.”

In it, I explain how social media companies’ profits depend on users investing their time, creativity and emotions. Whether it’s spending hours filming content for TikTok or a few minutes crafting a thoughtful Reddit comment, participating on these platforms takes work. And it can be exhausting.

Even passive engagement – like scrolling through feeds and “lurking” in forums – consumes time. It might feel like free entertainment – until people recognize they are the product, with their data being harvested and their emotions being manipulated.

Blogger, journalist and science fiction writer Cory Doctorow coined the term “enshittification” to describe how experiences on online platforms gradually deteriorate as companies increasingly exploit users’ data and tweak their algorithms to maximize profits.

For these reasons, much of people’s time spent online involves dealing with toxic interactions or mindlessly doomscrolling, immersed in dopamine-driven feedback loops.

This cycle is neither an accident nor a novel insight. Hate and mental illness fester in this culture because love and healing seem to be incompatible with profits.

Care hiding in plain sight

In his 2009 book “Envisioning Real Utopias,” the late sociologist Erik Olin Wright discusses places in the world that prioritize cooperation, care and egalitarianism.

Wright mainly focused on offline systems like worker-owned cooperatives. But one of his examples lived on the internet: Wikipedia. He argued that Wikipedia demonstrates the ethos “from each according to ability, to each according to need” – a utopian ideal popularized by Karl Marx.

Wikipedia still thrives as a nonprofit, volunteer-ran bureaucracy. The website is a form of media that is deeply social, in the literal sense: People voluntarily curate and share knowledge, collectively and democratically, for free. Unlike social media, the rewards are only collective.

There are no visible likes, comments or rage emojis for participants to hoard and chase. Nobody loses and everyone wins, including the vast majority of people who use Wikipedia without contributing work or money to keep it operational.

Building a new digital world

Wikipedia is evidence of care, cooperation and love hiding in plain sight.

In recent years, there have been more efforts to create nonprofit apps and websites that are committed to protecting user data. Popular examples include Signal, a free and open source instant messaging service, and Proton Mail, an encrypted email service.

These are all laudable developments. But how can the internet actively promote collective flourishing?

An open laptop resting on green grass, surrounded by yellow and pink flowers.
What if Wikipedia were less the exception, and more the norm?
Andriy Onufriyenko/Moment via Getty Images

In “Viral Justice: How We Grow the World We Want,” sociologist Ruha Benjamin points to a way forward. She tells the story of Black TikTok creators who led a successful cultural labor strike in 2021. Many viral TikTok dances had originally been created by Black artists, whose accounts, they claimed, were suppressed by a biased algorithm that favored white influencers.

TikTok responded to the viral #BlackTikTokStrike movement by formally apologizing and making commitments to better represent and compensate the work of Black creators. These creators demonstrated how social media engagement is work – and that workers have the power to demand equitable conditions and fair pay.

This landmark strike showed how anyone who uses social media companies that profit off the work, emotions and personal data of their users – whether it’s TikTok, X, Facebook, Instagram or Reddit – can become organized.

Meanwhile, there are organizations devoted to designing an internet that promotes collective flourishing. Sociologist Firuzeh Shokooh Valle provides examples of worker-owned technology cooperatives in her 2023 book, “In Defense of Solidarity and Pleasure: Feminist Technopolitics in the Global South.” She highlights the Sulá Batsú co-op in Costa Rica, which promotes policies that seek to break the stranglehold that negativity and exploitation have over internet culture.

“Digital spaces are increasingly powered by hate and discrimination,” the group writes, adding that it hopes to create an online world where “women and people of diverse sexualities and genders are able to access and enjoy a free and open internet to exercise agency and autonomy, build collective power, strengthen movements, and transform power relations.”

In Los Angeles, there’s Chani, Inc., a technology company that describes itself as “proudly” not funded by venture capitalists. The Chani app blends mindfulness practices and astrology with the goal of simply helping people. The app is not designed for compulsive user engagement, the company never sells user data, and there are no comments sections.

No comments

What would social media look like if Wikipedia were the norm instead of an exception?

To me, a big problem in internet culture is the way people’s humanity is obscured. People are free to speak their minds in text-based public discussion forums, but the words aren’t always attached to someone’s identity. Real people hide behind the anonymity of user names. It isn’t true human interaction.

In “Attention and Alienation,” I argue that the ability to meet and interact with others online as fully realized, three-dimensional human beings would go a long way toward creating a more empathetic, cooperative internet.

When I was 8 years old, my parents lived abroad for work. Sometimes we talked on the phone. Often I would cry late into the night, praying for the ability to “see them through the phone.” It felt like a miraculous possibility – like magic.

I told this story to my students in a moment of shared vulnerability. This was in 2020 during the COVID-19 pandemic, so the class was taking place over videoconferencing. In these online classes, one person talked at a time. Others listened.

It wasn’t perfect, but I think a better internet would promote this form of discussion – people getting together from across the world to share the fullness of their humanity.

Efforts like Clubhouse have tapped into this vision by creating voice-based discussion forums. The company, however, has been criticized for predatory data privacy policies.

What if the next iteration of public social media platforms could build on Clubhouse? What if they brought people together and showcased not just their voices, but also live video feeds of their faces without harvesting their data or promoting conflict and outrage?

Raised eyebrows. Grins. Frowns. They’re what make humans distinct from increasingly sophisticated large language models and artificial intelligence chatbots like ChatGPT.

After all, is anything you can’t say while looking at another human being in the eye worth saying in the first place?

The Conversation

Aarushi Bhandari does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Is there any hope for the internet? – https://theconversation.com/is-there-any-hope-for-the-internet-259251