Pourquoi la transition écologique fâche-t-elle les campagnes ?

Source: The Conversation – in French – By Theodore Tallent, Chercheur en science politique au Centre d’Etudes Européennes et de politique comparée, Sciences Po

Des gilets jaunes aux mobilisations contre les zones à faibles émissions ou contre les parcs éoliens, un constat s’impose : les politiques climatiques suscitent une opposition particulièrement vive hors des grandes villes. Ce phénomène n’est pas propre à la France, on l’observe dans plusieurs pays européens. Mais d’où vient ce mécontentement ? Et comment y répondre ?


Plusieurs années de recherches m’ont conduit à une conclusion : le mécontentement face aux politiques climatiques naît de la rencontre entre deux dimensions. D’une part, des vulnérabilités structurelles bien réelles. D’autre part, la manière dont elles sont vécues et racontées au quotidien.

Des territoires structurellement plus exposés

La première explication est la plus intuitive et probablement la plus importante : certains territoires concentrent des caractéristiques qui les rendent objectivement plus vulnérables aux effets de la transition écologique.

Pour le vérifier, j’ai analysé les réponses de près de 6 000 Français en croisant l’opinion de chaque répondant avec des données fines sur son territoire de résidence : quels emplois y sont présents, quel poids occupe l’industrie dans l’économie locale, combien de kilomètres les habitants parcourent en moyenne chaque jour, ou si la commune dispose encore d’un service public de proximité (comme un bureau de poste) qui réduit les déplacements.

Premier constat : les répondants ruraux vivent dans des territoires nettement plus exposés sur ces trois plans. On y trouve davantage d’emplois dans des secteurs vulnérables à la transition (automobile, métallurgie, chimie, agriculture, etc.), une économie locale plus dépendante d’industries carbonées, et des trajets quotidiens plus longs, dans des communes où les services publics de proximité se sont souvent raréfiés.

Surtout, en croisant ces caractéristiques territoriales avec le soutien exprimé à un ensemble de politiques climatiques (taxe carbone, fin des véhicules thermiques, rénovation énergétique, etc.), on observe que ces variables structurelles sont systématiquement corrélées à un moindre soutien à la transition. Et ce lien reste fort même quand on prend en compte le simple fait d’habiter en zone rurale ou urbaine. Ce qu’on appelle souvent la « fracture urbain-rural » perd alors une grande partie de sa force explicative. Autrement dit, ce n’est pas tant le fait d’habiter « à la campagne » en soi qui nourrit l’opposition aux politiques climatiques, mais le fait de vivre dans un territoire qui cumule ces vulnérabilités très concrètes – emplois menacés, économie locale vulnérable, dépendance à la voiture, services publics absents.

Un dernier élément mérite d’être souligné. Alors que le mécontentement croît à mesure que les distances en voiture s’allongent, ce qui compte pour l’emploi et l’économie locale, c’est lorsque ceux-ci deviennent structurants. En clair, une commune avec un peu d’industrie ne se distingue pas vraiment d’une commune sans industrie du tout. C’est surtout à partir d’un certain niveau de dépendance économique que le soutien aux politiques climatiques chute nettement – notamment lorsque plus de 10 % des actifs travaillent dans des secteurs vulnérables à la transition, ou que les secteurs industriels et de la construction représentent près de 20 % du PIB communal.

Ce que racontent les habitants : « ici, on n’a pas le choix »

Les entretiens approfondis que j’ai menés sur le terrain, en Alsace, en Lorraine et en Bretagne, donnent corps à ces résultats statistiques.

La dépendance à la voiture revient de façon quasi systématique : pour de nombreux habitants, elle n’est pas un choix mais une condition de la vie quotidienne (pour le travail, les courses ou les loisirs), ce qui rend les mesures touchant au coût ou à l’usage de la voiture particulièrement sensibles. Max, jeune ouvrier du bâtiment en Lorraine, résume ainsi la situation à propos de la hausse de la taxe carbone et de la fin programmée des véhicules thermiques :

« La campagne, ça consomme toujours plus en termes de carburant, en termes de déplacement. Parce qu’on vit dans un village, dès qu’on veut aller au magasin, chez le coiffeur, ou ailleurs […], on doit conduire ou se faire conduire. Alors qu’en ville, on peut presque tout faire à pied, en métro ou en bus. »

Cette contrainte est d’ailleurs souvent mise en regard de la situation des habitants des villes, perçus comme moins exposés aux mêmes coûts et aux mêmes obligations.

À cela s’ajoute la disparition progressive de services et d’infrastructures locales (fermetures de services publics locaux, suppression de lignes de bus ou de train), vécue non comme une fatalité géographique mais comme le résultat de choix politiques passés, ce qui nourrit un sentiment plus large de désengagement de l’État vis-à-vis de ces territoires. Alain, résident d’une commune rurale bretonne, décrit cette situation :

« On n’a pas les infrastructures, on n’a pas l’accès, on n’a pas les moyens de transport, on est mal desservis. Avant, il y avait des lignes partout. Maintenant on n’a plus de lignes de bus. »

Enfin, dans les anciennes régions industrielles en particulier, les craintes économiques dépassent souvent le cercle des personnes directement concernées : beaucoup s’inquiètent des conséquences de la transition sur l’économie locale dans son ensemble, et donc sur l’emploi de leurs proches ou de leur commune, bien plus que sur leur propre situation. Julie, qui évoque les fermetures d’usines possibles liées à la hausse du prix de l’énergie, résume un doute partagé par de nombreux habitants face aux politiques de fermeture des sites les plus polluants :

« En principe, oui, mais le truc c’est que derrière les usines il y a des gens qui travaillent. Donc est-ce que fermer les usines c’est vraiment le bon plan plutôt que de les aider à changer et à trouver une autre solution ? »

Quand la politique climatique heurte une identité

Si les contraintes matérielles expliquent une grande partie du mécontentement, elles n’expliquent pas tout. Certaines mesures évoquées en entretien (comme la promotion de l’alimentation végétarienne, la densification urbaine ou le développement de l’éolien) suscitent parfois des résistances alors même qu’elles n’imposent, pour la plupart des personnes interrogées, aucun coût économique direct.

C’est ici qu’intervient une deuxième dimension : la manière dont les habitants se représentent leur territoire et ce qui en fait, selon eux, la spécificité. De nombreux enquêtés revendiquent une identité rurale construite en creux par rapport au mode de vie urbain, et cette identité agit comme un filtre à travers lequel les politiques sont jugées – pas seulement selon leur coût, mais selon leur compatibilité avec une certaine manière de vivre. La maison avec jardin, la voiture, ou encore certaines pratiques alimentaires (jardins potagers, échanges entre voisins, barbecue, etc.) renvoient à une idée de l’autonomie et de la liberté ainsi qu’à des habitudes bien ancrées localement.

Des politiques qui s’attaquent frontalement à ces éléments, même sans coût direct (qu’il s’agisse de promouvoir les logements collectifs, l’alimentation bio ou la mobilité électrique), peuvent ainsi être perçues comme une remise en cause de ce mode de vie. Albert, maire d’un village lorrain, raconte la réaction d’un habitant face au terme « bio » :

« Quand on parle de ‘bio’ à des gens en milieu rural, qui ont toujours eu des jardins potagers – certes pas bio, mais ‘naturels’ – pour eux c’est un terme qui vient de la ville, des intellectuels, et qui ne vient pas d’eux. C’est un terme étranger. Le terme ‘bio’ est une dépossession de leur savoir… c’est culturel. »

Le logement individuel et la voiture occupent une place tout aussi centrale dans ces récits de « normalité » rurale, que ce soit ce que Marie-Jeanne appelle le « culte de la maison individuelle » ou le scepticisme de William, 50 ans, vis-à-vis des voitures électriques pas vraiment perçues comme « une vraie voiture ».

Opposition aux éoliennes, en Moselle, en octobre 2023
Opposition aux éoliennes, en Moselle, en octobre 2023.
Auteur, CC BY

L’attachement au paysage joue un rôle similaire face aux projets d’énergies renouvelables, en particulier lorsque ces installations sont perçues comme bénéficiant avant tout à d’autres territoires, plus urbains. Cédric, directeur d’établissement scolaire en Lorraine, résume ainsi :

« On ne va pas mettre des éoliennes partout dans la campagne pour que les gens à Paris aient de l’électricité. »

Ces deux dimensions ne fonctionnent pas isolément : elles se renforcent mutuellement. Les contraintes matérielles prennent un sens collectif à travers le sentiment d’appartenance à un territoire, et ce sentiment d’appartenance peut à son tour transformer des politiques en menaces perçues.

Répondre à ce mécontentement est possible et suppose donc d’agir sur les deux fronts à la fois. D’un côté, traiter les vulnérabilités structurelles par des mesures concrètes : accompagnement des secteurs et emplois exposés, compensations financières, maintien ou retour de services et d’infrastructures de proximité. De l’autre, construire un discours et des politiques qui reconnaissent les attachements, les pratiques et les identités locales, plutôt que de les ignorer ou de les traiter comme des freins à dépasser. Sans cela, chaque nouvelle mesure climatique risque de devenir un nouveau motif de ressentiment territorial.

The Conversation

Théodore Tallent a reçu des financements de l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie pour sa thèse.

ref. Pourquoi la transition écologique fâche-t-elle les campagnes ? – https://theconversation.com/pourquoi-la-transition-ecologique-fache-t-elle-les-campagnes-285391

Quand l’État vacille, qui gouverne encore ?

Source: The Conversation – in French – By Mohamad Fadl Harake, Docteur en Sciences de Gestion, Chercheur en Management Public Post-conflit, Université de Poitiers

L’effritement de l’État ne plonge pas nécessairement le pays où ce phénomène se produit dans un vide organisationnel absolu. D’autres formes de gouvernance émergent, portées par des acteurs alternatifs — une réalité qui oblige à repenser l’articulation entre État et action publique.


Plusieurs quartiers de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, échappent aujourd’hui, en partie ou en totalité, au contrôle de l’État. Des gangs armés imposent des règles de circulation, tiennent certains axes routiers et influencent l’accès à certaines ressources essentielles. Pourtant, la vie collective ne s’arrête pas : des marchés continuent de fonctionner, des réseaux de solidarité persistent, des soins sont assurés et des formes de médiation sociale subsistent. Cette réalité soulève une question aussi simple qu’inconfortable : que reste-t-il de l’action publique lorsque l’État ne contrôle plus réellement son territoire, ne paie plus régulièrement ses agents ou n’est plus capable d’assurer les services essentiels ?

L’image qui nous vient naturellement à l’esprit est celle du chaos. Dans notre imaginaire politique, l’État apparaît comme la condition naturelle de l’ordre collectif. Sans administration, sans bureaucratie, sans autorité centrale, il n’y aurait plus que désordre, violence et fragmentation. Pourtant, l’observation de nombreux terrains de crise raconte une histoire plus nuancée. Même lorsque les ministères cessent de fonctionner, lorsque les administrations se désagrègent ou lorsque le pouvoir central perd sa capacité d’action, certaines formes de gouvernance continuent d’exister. L’eau circule encore dans certains quartiers, des écoles rouvrent, des dispensaires restent actifs, des conflits sont arbitrés.

Autrement dit, absence de l’État ne signifie pas nécessairement absence de gouvernance.

L’État et la gouvernance ne sont pas la même chose

En sciences politiques comme en management public, État et gouvernance sont souvent confondus. Cette distinction est pourtant essentielle, car les deux notions ne se recouvrent pas totalement.

L’État désigne une structure institutionnelle formelle dotée d’une autorité légale et, selon la définition classique de Max Weber, du monopole de la violence légitime. Plus près de nous, Michael Mann souligne dans ses travaux sur le « pouvoir infrastructurel de l’État » la capacité de celui-ci à organiser concrètement la vie collective en faisant circuler ressources, informations et services sur l’ensemble du territoire.

La gouvernance renvoie plus largement à l’ensemble des mécanismes qui permettent de coordonner une action collective. Lorsque l’État vacille, ces mécanismes ne disparaissent pas forcément : ils se déplacent, se fragmentent et se recomposent autour d’autres acteurs.

C’est ce phénomène que l’on pourrait qualifier de « management public post-étatique » : une forme d’organisation de l’action publique dans laquelle la continuité des fonctions collectives ne repose plus principalement sur un appareil étatique pleinement opérationnel, mais sur des arrangements hybrides entre acteurs publics, privés, communautaires, humanitaires ou informels.

Il ne s’agit pas de dire que l’État devient inutile ni d’annoncer son dépassement. Il s’agit de reconnaître une réalité de plus en plus visible : dans certaines crises extrêmes, l’État cesse temporairement (parfois durablement) d’être le centre exclusif de coordination de l’action publique.

Quand d’autres acteurs prennent le relais

Les contextes post-conflit rendent cette dynamique particulièrement visible. En Syrie, des conseils locaux, des ONG et des réseaux civils ont, selon les territoires, assuré des fonctions essentielles liées à l’éducation, à l’eau ou à la santé. Au Liban, l’effondrement financier et institutionnel a mis en lumière l’importance de réseaux associatifs, municipaux et confessionnels capables de compenser partiellement la paralysie des structures centrales.

Le point commun de ces situations reste qu’elles produisent rarement un vide organisationnel absolu. Lorsqu’une bureaucratie se retire, d’autres structures occupent l’espace laissé vacant. Organisations internationales, ONG, collectivités locales, réseaux religieux, entreprises privées ou groupes armés peuvent assumer des fonctions habituellement associées à l’État.

Cela oblige à repenser un présupposé central du management public moderne : l’action publique est-elle nécessairement bureaucratique ?

Gouverner, c’est d’abord coordonner

Dans sa forme classique, le management public repose sur des hiérarchies stables, des responsabilités clairement définies et des procédures codifiées. La bureaucratie moderne promet continuité, prévisibilité et standardisation. En situation d’effondrement institutionnel, cette architecture devient souvent inopérante. Les circuits de financement se désorganisent, les ressources humaines se dispersent et les systèmes d’information cessent de fonctionner.

Le rôle du manager public s’en trouve profondément transformé. Il n’est plus seulement un administrateur chargé d’appliquer des règles. Il devient aussi médiateur, coordinateur, négociateur, parfois même entrepreneur institutionnel. Sa mission n’est plus simplement de mettre en œuvre des politiques publiques, mais de rendre possible une coordination minimale entre des acteurs qui ne partagent ni les mêmes ressources, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes légitimités.

La compétence centrale n’est alors plus seulement technique ou réglementaire ; elle devient relationnelle, adaptative et stratégique.

Quand la performance devient source de légitimité

Cette transformation révèle un paradoxe important. Dans les situations de crise extrême, l’efficacité peut parfois venir de structures plus souples que l’État lui-même. Des circuits de décision plus courts, des arrangements pragmatiques et des réseaux informels peuvent réagir plus rapidement qu’une bureaucratie lourde.

Mais cette agilité soulève une question fondamentale : l’efficacité suffit-elle à produire de la légitimité ?

Dans les États stables, la légitimité administrative repose largement sur la légalité. Une institution est reconnue parce qu’elle est officiellement habilitée à agir. En situation de crise profonde, cette source de légitimité s’érode. D’autres formes apparaissent. Une organisation peut devenir légitime non parce qu’elle est légalement mandatée, mais parce qu’elle soigne, nourrit, protège ou maintient des services essentiels.

Cette dynamique est observable dans des contextes historiques et idéologiques variés. Durant le mandat britannique en Palestine, les institutions du Yichouv, dont la Haganah pour les questions de sécurité, assuraient déjà diverses fonctions administratives, éducatives, sanitaires et sécuritaires avant la création de l’État d’Israël. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a, pour sa part, développé des réseaux de services sociaux et administratifs dans plusieurs territoires (notamment au Liban avant 1975) où les institutions étatiques étaient absentes ou limitées. Pendant la guerre civile libanaise (1975-1990), les Forces libanaises, milice chrétienne, et le Hezbollah, mouvement islamiste soutenu par la République islamique d’Iran, ont également assuré diverses fonctions de sécurité, de justice et de prestation de services.

Des phénomènes comparables ont été observés dans les territoires administrés par le Parti communiste du Népal (maoïste), dans les zones contrôlées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), ainsi que dans certaines régions du Mali sous l’autorité de groupes armés djihadistes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).

Dans certaines favelas de Rio de Janeiro, des organisations criminelles assurent parfois des fonctions de régulation locale, d’arbitrage des conflits ou de protection des habitants.




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Malgré leurs différences idéologiques, politiques et historiques, ces organisations illustrent un même phénomène : lorsque l’État est incapable d’exercer durablement ses fonctions, des acteurs non étatiques peuvent mettre en place des institutions parallèles et acquérir une forme de légitimité fonctionnelle en produisant de l’ordre et en assurant certains services essentiels.

Les situations de guerre urbaine illustrent particulièrement cette dynamique. Lorsqu’un territoire subit des destructions massives, la continuité de services vitaux (c’est-à-dire soins d’urgence, distribution d’aide, approvisionnement en eau ou logistique médicale, etc.) repose souvent sur des arrangements de crise entre personnels hospitaliers, organisations humanitaires, autorités locales et réseaux communautaires. Dans de telles situations, la légitimité perçue provient moins du statut institutionnel que de la capacité effective à maintenir des services indispensables sous contrainte extrême.

La confiance bascule alors progressivement du statut vers la performance. La question n’est plus seulement « qui a légalement autorité ? », mais « qui est capable de faire fonctionner le quotidien ? »

Une gouvernance efficace… mais pas toujours démocratique

C’est ici qu’apparaît le principal danger.

Une gouvernance sans État peut sauver des vies. Elle peut stabiliser un territoire, maintenir des services vitaux et éviter un effondrement total. Pourtant, plus cette gouvernance de substitution devient efficace, plus elle peut paradoxalement réduire l’incitation à reconstruire des institutions publiques pleinement redevables.

C’est tout le paradoxe : ce qui sauve à court terme peut fragiliser à long terme.

Lorsque l’action publique dépend de plus en plus d’ONG, de bailleurs internationaux, d’entreprises privées ou d’autorités non élues, une question devient inévitable : qui contrôle réellement ces acteurs ? Qui les évalue ? Qui peut les sanctionner ? Une gouvernance efficace n’est pas nécessairement démocratique. Elle peut produire des résultats tout en échappant à la transparence, à la représentation et à la redevabilité citoyenne.

Le dilemme devient alors profondément politique : comment préserver la capacité d’action collective sans perdre la responsabilité démocratique ?

Une leçon pour les démocraties occidentales

Cette interrogation dépasse largement les seuls contextes post-conflit. Les démocraties occidentales ont elles aussi commencé à expérimenter des formes partielles de gouvernance post-étatique. La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration frappante. Des cellules de crise ad hoc, des cabinets privés, des plates-formes numériques et des dispositifs exceptionnels de coordination ont temporairement reconfiguré l’action publique bien au-delà des cadres administratifs habituels.

Demain, des cyberattaques massives, des catastrophes climatiques ou des ruptures logistiques majeures pourraient accentuer ce phénomène. Dans de tels scénarios, l’enjeu ne serait plus seulement de protéger des institutions, mais de préserver la capacité même à coordonner l’action collective sous contrainte extrême.

Les contextes post-conflit apparaissent ainsi comme des laboratoires précieux pour penser l’avenir. Ils montrent que la résilience d’un système politique dépend certes de la robustesse de l’État, mais aussi de sa capacité à maintenir trois fonctions essentielles : coordonner, décider et préserver la confiance collective.

Longtemps, le management public s’est surtout demandé comment rendre l’État plus performant. Le XXIe siècle pourrait imposer une question plus radicale : comment maintenir l’action publique lorsque l’État lui-même vacille ?

Car une grande crise ne commence pas nécessairement lorsque les bâtiments administratifs tombent. Elle commence lorsque plus personne ne sait qui coordonne, qui décide, et surtout au nom de qui.

The Conversation

Mohamad Fadl Harake ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand l’État vacille, qui gouverne encore ? – https://theconversation.com/quand-letat-vacille-qui-gouverne-encore-286368

Les centres de données spatiaux posent aussi des risques écologiques. Qu’en dit le droit ?

Source: The Conversation – in French – By Anna Hurova, Post-doctorante, Chaire Espace, École normale supérieure (ENS) – PSL

Déploiement de Starcloud-1 en novembre 2025 : avec ses GPU de Nvidia, c’est le premier satellite à faire tourner le modèle de langage de Google dans l’espace (Gemini). Philipjohnst, Wikipédia

Différents acteurs du spatial prévoient d’envoyer des centres de données en orbite, souvent sous la forme de constellations de nombreux satellites. Souvent, l’argument est de délocaliser les nuisances contre lesquelles des voix s’élèvent sur Terre. Mais les centres de données spatiaux ne règlent pas tous les problèmes, et en génèrent des nouveaux. Un regard juridique.


Le 30 janvier, l’entreprise SpaceX a sollicité l’autorisation de lancer un million de satellites dotés d’une capacité de calcul destinée à alimenter des modèles avancés d’intelligence artificielle (IA). À la fin du mois de mars, un premier modèle de satellite, l’AI Sat Mini, a été présenté : l’appareil mesurerait environ 170 mètres de long, dont près de 100 mètres de panneaux solaires, soit une dimension proche de celle de la Station spatiale internationale. Pour l’instant, le projet est encore en cours de développement et les caractéristiques précises de la configuration des satellites qui seront déployés au sein d’une constellation d’un million d’unités ne sont pas encore connues. Néanmoins, il permet d’illustrer les perspectives de ce futur déploiement.

Parallèlement, la Chine prévoit le lancement de la constellation Three-Body Computing Constellation, composée de 2 800 satellites. De plus en plus d’États et d’acteurs privés envisagent également le déploiement de satellites destinés à soutenir ce type de technologie.

L’émergence simultanée de ces projets témoigne d’une concurrence technologique particulièrement intense et met en lumière la nécessité de repenser, de manière qualitative, les cadres actuels de la gouvernance spatiale. Cette réflexion pourrait notamment s’inscrire dans le cadre des consultations relatives aux aspects juridiques et politiques de la gestion du trafic spatial au sein du Sous-comité juridique du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique, ou encore prendre la forme d’un nouveau cadre normatif, tel qu’évoqué dans le Pacte pour l’avenir de l’ONU.

L’argument écologique contestable

L’objectif consiste à fournir une puissance de calcul inédite afin de faire tourner des modèles avancés d’IA de manière plus viable économiquement, directement dans l’espace. Cela concerne notamment le traitement des images satellitaires sans les dupliquer, par exemple pour la gestion des catastrophées, le suivi des ressourcés agricoles ou encore d’étude du climat, etc.

En effet, ces derniers consomment des quantités considérables d’électricité, et certains scénarios estimant qu’ils pourraient représenter jusqu’à 30 % de la consommation électrique européenne, ainsi que d’importants volumes d’eau nécessaires au refroidissement des infrastructures. Véolia rapporte par exemple que la consommation d’eau des centres de données de Virginie, aux États-Unis, est passée de 1,13 à 1,85 milliard de gallons entre 2019 et 2023.

Le projet de recherche ASCEND, mené par l’Union européenne, souligne également que le déploiement futur de capacités de traitement de données en orbite pourrait contribuer à la stratégie de réduction de l’empreinte carbone du secteur numérique, conformément aux objectifs du Pacte vert pour l’Europe.

À première vue, le transfert des centres de données vers l’espace apparaît comme une solution écologiquement prometteuse.

Plan d’encombrement des orbites et conséquences environnementales

L’espace peut sembler infini et détaché des contraintes environnementales terrestres. Pourtant, une approche systémique des interactions entre l’espace et la Terre permet de mettre en évidence de profondes interdépendances.

Il convient notamment de souligner que les projets visant à déployer des centres de données en orbite concernent principalement l’orbite basse, qui constitue déjà la région orbitale la plus encombrée. Dans le projet de SpaceX, par exemple, la constellation serait déployée à des altitudes comprises entre 500 et 2 000 kilomètres. Les satellites seraient répartis dans des « coquilles orbitales » étroites, d’une épaisseur maximale de 50 kilomètres chacune.

Or, le nombre d’objets en orbite autour de la Terre connaît une croissance extrêmement rapide. Aujourd’hui, on estime qu’environ 26 000 objets de plus de 10 centimètres se trouvent en orbite terrestre basse, dont près de 9 300 satellites actifs. À cela s’ajoutent environ 1,2 million d’objets mesurant entre 1 et 10 centimètres, ainsi qu’environ 130 millions de fragments compris entre 1 millimètre et 1 centimètre.

La combinaison du nombre actuel d’objets spatiaux et des futurs déploiements alimente les craintes liées à ce que l’on appelle le « syndrome de Kessler » : une réaction en chaîne de collisions générant toujours plus de débris et pouvant rendre certaines orbites inutilisables durant des décennies. L’augmentation du nombre et de la taille des satellites accentue ce risque et impose de repenser la gestion du trafic spatial.




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D’autres conséquences environnementales liées à ce type de projets méritent également d’être soulignées.

Tout d’abord, la dissipation thermique produite par les infrastructures orbitales dans le vide spatial pourrait créer des interférences nuisibles pour les satellites évoluant sur la même trajectoire et ainsi soulever des interrogations au regard de l’obligation de ne pas créer d’entraves injustifiées aux activités spatiales d’autres États, telle qu’énoncée à l’article IX du Traité de l’espace de 1967.

Ensuite, les impacts sur l’environnement terrestre associés aux lancements et aux rentrées atmosphériques des satellites suscitent des préoccupations croissantes. Les panaches d’émissions des lanceurs ainsi que les processus de désintégration atmosphérique pourraient notamment affecter la couche d’ozone.

Afin de mieux appréhender ces contraintes, il est possible de mobiliser la théorie des « limites de la croissance », initialement développée pour analyser les limites écologiques de l’expansion économique humaine.

Face à ces défis, le droit reste relativement limité

Plusieurs documents juridiques existent, mais ils sont insuffisamment coordonnés.

Les lignes directrices relatives à l’atténuation des débris spatiaux élaborées par les Nations unies, l’Agence spatiale européenne et l’Inter Agency Space Debris Coordination Committee abordent par exemple peu les impacts des débris spatiaux sur l’environnement terrestre. Par ailleurs, certaines mesures destinées à réduire les débris en orbite, comme la désorbitation des satellites, peuvent paradoxalement accentuer les effets sur l’atmosphère ou sur les écosystèmes marins.

D’autres instruments juridiques présentent également des limites. En particulier, le Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d’ozone, même modifié par l’amendement de Kigali, ne prend pas en compte certaines substances issues de la rentrée des satellites, comme l’alumine.

Similairement, la Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (c’est-à-dire qui exerce des effets dommageables dans une zone soumise à la juridiction d’un autre État, et à une distance telle qu’il n’est généralement pas possible de distinguer les apports des sources individuelles ou groupes de sources d’émission) ne s’applique pas à ce type de phénomènes.

Dépasser les limitations du droit actuel en s’appuyant sur les obligations des États en matière de changement climatique

En l’absence de règles internationales précises, les juridictions internationales pourraient jouer un rôle important. Dans son avis consultatif sur les « obligations des États en matière de changement climatique », la Cour internationale de justice a rappelé plusieurs principes importants :

  • Les activités menées au-delà de la juridiction nationale mais sous le contrôle d’un État peuvent engager sa responsabilité si elles causent un préjudice.

  • Les effets à prendre en compte ne se limitent pas aux impacts directs : les effets cumulatifs ou indirects doivent également être considérés.

  • La responsabilité d’un État ne consiste pas seulement à mettre en place des mécanismes institutionnels de contrôle, mais aussi à garantir l’effectivité et la qualité de leur mise en œuvre.

Ces principes pourraient servir de base juridique pour interpréter l’article IX du Traité de l’espace. Celui-ci prévoit notamment la tenue de consultations internationales lorsque les activités d’un État causeraient une gêne potentiellement nuisible aux activités d’autres États parties au Traité en matière d’exploration et d’utilisation pacifiques de l’espace extra-atmosphérique.

Dans un contexte de multiplication rapide des satellites, cette approche pourrait contribuer à développer progressivement un cadre juridique.

The Conversation

Anna Hurova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les centres de données spatiaux posent aussi des risques écologiques. Qu’en dit le droit ? – https://theconversation.com/les-centres-de-donnees-spatiaux-posent-aussi-des-risques-ecologiques-quen-dit-le-droit-286490

Manger sans avoir faim parce qu’on passe une mauvaise journée : l’alimentation émotionnelle est-elle un problème ?

Source: The Conversation – in French – By Itziar Alonso Arbiol, Profesora Catedrática de Psicología, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

L’alimentation émotionnelle est un comportement assez fréquent chez les femmes comme chez les hommes, qui n’est pas considéré, en soi, comme un trouble psychologique. MaxStrogiy/Shutterstock

L’alimentation émotionnelle consiste à manger pour gérer des émotions. Ce comportement n’est pas considéré comme un trouble psychologique. Mais il souligne la nécessité de prendre en charge autrement ses émotions négatif car le soulagement procuré par une nourriture – par ailleurs souvent très calorique, grasse et sucrée – n’est que passager.


Après que notre chef nous a passé un savon, nous rentrons à la maison et mangeons plusieurs biscuits au chocolat. Ou alors, nous sommes en train de réviser en vue d’un examen, nous sommes nerveux et nous nous ennuyons, ce qui nous pousse à ouvrir le frigo sans arrêt. Ou encore peut-être que nous sommes très stressés ces derniers temps, ce qui nous pousse à acheter plus de snacks, de sucreries ou de plats à emporter que d’habitude.

Ces situations, qui nous sont si familières, ont un point commun : nous ne mangeons pas parce que nous avons physiquement faim, mais pour gérer nos émotions. C’est ce qu’on appelle l’alimentation émotionnelle. Cela peut-il devenir un problème ? Comment l’éviter ?

Manger pour faire face aux émotions négatives

L’alimentation émotionnelle est un phénomène assez fréquent et n’est pas considérée, en soi, comme un trouble psychologique. Les recherches montrent que de nombreuses personnes ont parfois recours à la nourriture pour faire face à des émotions négatives. On parle ici de 40 à 45 % de la population adulte et d’environ 30 % des adolescents. Ce phénomène se produit dans des situations de stress, d’anxiété et de tristesse, et a été clairement observé pendant la pandémie de Covid-19.

Manger en lien avec ses émotions fait partie du quotidien de nombreuses personnes. En effet, il est courant d’organiser des déjeuners ou des dîners avec ses proches lors d’occasions importantes. Le problème ne réside pas tant dans le fait de se tourner de temps en temps vers la nourriture, mais plutôt dans le fait que cette stratégie devienne une habitude quand on se sent mal. Car le soulagement procuré par la nourriture est passager et peut engendrer un sentiment de culpabilité.

De plus, ce comportement est associé à la consommation régulière d’aliments très caloriques, riches en sucre ou en graisse. À long terme, cela pourrait nuire à la santé. Par exemple, cela pourrait augmenter le risque d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires. L’alimentation émotionnelle augmente également le risque de développer des troubles des conduites alimentaires.




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Comment gérons-nous nos émotions et quel rôle joue la nourriture ?

On peut recourir à de nombreuses stratégies pour gérer ses émotions. Par exemple, parler à quelqu’un, pratiquer une activité physique ou se distraire pour ne pas penser à ce qui nous préoccupe. Manger peut également remplir cette fonction. Mais que se passe-t-il quand la nourriture devient le principal moyen pour gérer son mal-être ?

La communauté scientifique s’intéresse depuis des années à cette question et à d’autres : Les personnes qui ne savent pas gérer leurs émotions ont-elles davantage tendance à adopter ce type d’alimentation ? Ce lien n’apparaît-il que chez celles et ceux qui souffrent de troubles de l’alimentation ?

On ne savait pas clairement si l’alimentation émotionnelle existait chez les personnes sans troubles et d’âges différents. Nous ne savions pas non plus dans quelle mesure les études pouvaient être extrapolées à la population générale et à différentes étapes de la vie, car beaucoup d’entre elles ont été menées sur des groupes très spécifiques, comme les personnes suivant un traitement bariatrique (appelé aussi chirurgie bariatrique ou « chirurgie de l’obésité », ndlr).

C’est pourquoi nous avons réalisé une méta-analyse (une étude regroupant plusieurs études), dans le but de synthétiser les résultats antérieurs et d’affiner notre analyse. Nous avons ainsi pu tirer des conclusions plus solides que celles issues d’une seule étude. Cela nous a également permis de déterminer dans quelles conditions la gestion des émotions conduisait à consommer de la nourriture sans avoir faim.

Notre étude a mis en évidence une série de résultats intéressants :

  1. Les personnes qui ont le plus de mal à gérer leurs émotions négatives ont davantage tendance à se tourner vers la nourriture.

  2. Le lien entre l’incapacité à gérer ses émotions et la consommation alimentaire s’observe aussi bien chez les personnes souffrant de troubles psychologiques que chez celles qui n’en souffrent pas.

  3. Ce lien s’observe de la même manière chez les personnes de tous âges et de tous genres.

  4. Ce lien reste le même pour toutes les émotions négatives (tristesse, anxiété, ennui). En revanche, il n’apparaît pas pour les émotions positives.

Apprendre à gérer ses émotions est essentiel

Ces résultats suggèrent qu’apprendre à mieux gérer ses émotions négatives pourrait avoir des effets bénéfiques dans plusieurs domaines de la santé, et pas seulement concernant notre rapport à la nourriture. Ils soulignent également l’intérêt d’apprendre cela dès le plus jeune âge.

On pourrait croire à tort que le fait de grignoter parce qu’on ne maîtrise pas ses émotions est un phénomène qui touche surtout les femmes. Il est vrai que les femmes ont davantage tendance à manger sous l’effet des émotions, mais nos résultats montrent que la corrélation entre le dérèglement émotionnel et le recours à la nourriture s’observe de manière similaire tant chez elles que chez eux.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Les interventions psychologiques efficaces pour la gestion des émotions intègrent des éléments qui se sont avérés utiles pour la santé mentale et les habitudes de vie. Ces stratégies consistent notamment à apprendre à identifier ses émotions et à distinguer les situations qui les déclenchent. Elles fournissent également des outils qui aident à développer des stratégies plus adaptatives face au stress et à pratiquer la pleine conscience.




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Ce point est important car la régulation émotionnelle n’influence pas seulement notre rapport à la nourriture : elle a également été associée à des problèmes tels que l’anxiété et la dépression. C’est ce que l’on appelle en psychologie « l’effet transdiagnostique », ce qui signifie qu’agir sur certaines variables permet de prévenir différents problèmes. Par conséquent, améliorer la capacité à gérer ses émotions pourrait avoir un impact positif plus large sur la santé et le bien-être.

Quand on se retrouve à un stade où on a l’impression de ne plus pouvoir maîtriser ses émotions, il existe une solution. Les données scientifiques montrent que la thérapie cognitivo-comportementale, le protocole unifié, la thérapie comportementale dialectique et la pleine conscience (mindfulness) améliorent la gestion des émotions. De plus, ces trois derniers types de prise en charge continuent d’améliorer cette gestion même lors du suivi. Autrement dit, elles produisent un effet durable.

En définitive, nous avons tout à gagner à savoir gérer nos émotions. Cela peut nous éviter bien des problèmes à l’avenir. La prochaine fois que nous aurons envie de manger alors que nous n’avons pas faim, posons-nous les questions suivantes : est-ce que je sais ce que je ressens en ce moment ? Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour me sentir mieux ?

The Conversation

Itziar Alonso Arbiol est la chercheuse principale du projet de recherche « Alimentation émotionnelle à l’adolescence : compassion envers soi-même, attachement, régulation émotionnelle et culture » (référence PID2023-151085NB-I00), financé par le ministère des Sciences, de l’Innovation et des Universités, l’Agence nationale de la recherche et le FEDER.

Aitziber Pascual Jimeno, Jara Mendia, José J. Pizarro Carrasco et Susana Conejero López ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Manger sans avoir faim parce qu’on passe une mauvaise journée : l’alimentation émotionnelle est-elle un problème ? – https://theconversation.com/manger-sans-avoir-faim-parce-quon-passe-une-mauvaise-journee-lalimentation-emotionnelle-est-elle-un-probleme-285651

Dengue, Zika, chikungunya : les moustiques invasifs coûtent des milliards, la prévention reste à la traîne

Source: The Conversation – in French – By David Roiz, Investigador en ecologia de enfermedaes emergentes transmitidas por mosquitos, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Les moustiques invasifs ne constituent pas seulement une menace sanitaire : ils représentent aussi un coût économique majeur. Une étude internationale estime qu’entre 1975 et 2020, les maladies transmises par les moustiques Aedes ont engendré au moins 94,7 milliards de dollars de pertes dans le monde. Plus frappant encore, les dépenses consacrées à la prévention restent très inférieures aux coûts supportés une fois les épidémies déclarées.


Ils sont petits, à peine visibles, et pourtant leur impact économique atteint une ampleur comparable à celle de certaines crises sanitaires majeures. Les moustiques invasifs du genre Aedes – notamment Aedes albopictus (moustique tigre) et Aedes aegypti (son cousin, moins connu en Europe, le moustique de la fièvre jaune)- ne se contentent pas de troubler nos soirées estivales, ils nous transmettent les virus de la dengue, de la fièvre jaune, chikungunya ou encore Zika et, ce faisant, ils engendrent également des coûts considérables pour les systèmes de santé, les collectivités et les ménages du monde entier.

Dans une étude publiée en 2024 dans Science of The Total Environment on estime qu’entre 1975 et 2020, les coûts économiques liés à ces moustiques et aux maladies qu’ils transmettent, atteignent au minimum 94,7 milliards (en dollars de 2022). Les estimations hautes suggèrent elles un coût total supérieur à 300 milliards lorsque les séquelles à long terme sont prises en compte, soit un montant comparable au coût total de l’ouragan Katrina, l’une des catastrophes naturelles les plus coûteuses de l’histoire contemporaine, et supérieur à ceux de la catastrophe pétrolière de Deepwater Horizon en 2010 dans le golfe du Mexique.

Derrière ce chiffre impressionnant, on trouve une réalité plus préoccupante encore : cette évaluation est sans doute largement sous-estimée et, contrairement à une catastrophe ponctuelle, ces coûts s’accumulent année après année. Et surtout, elle révèle un déséquilibre majeur dans nos choix collectifs : nous dépensons beaucoup plus pour réparer les dégâts que pour prévenir les crises, environ dix fois plus.

Une expansion silencieuse, un coût croissant

Pour comprendre ces montants colossaux, il faut d’abord regarder l’expansion silencieuse des moustiques concernés.

Issus de régions tropicales, les moustiques Aedes ont étendu leur aire de répartition à un rythme soutenu. Aedes aegypti, originaire d’Afrique, est aujourd’hui présent dans une grande partie des régions tropicales et subtropicales d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. Son aire de répartition s’est progressivement étendue sous l’effet des échanges commerciaux et de l’urbanisation.

Aedes albopictus, le moustique tigre, lui, a colonisé le monde plus tardivement, à partir des années 1970, en provenance d’Asie. Portés par la mondialisation des échanges (commerce international, transport maritime et aérien), l’urbanisation rapide et souvent mal planifiée, ainsi que par le réchauffement climatique, ces vecteurs de virus se sont implantés sur tous les continents, y compris en Europe et en Amérique du Nord.

Leur succès écologique a une conséquence directe : l’augmentation du nombre d’épidémies. La dengue, autrefois confinée à certaines régions tropicales, est devenue l’une des maladies virales à transmission vectorielle les plus répandues au monde. Présente dans plus de 100 pays, elle connaît des flambées de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes, avec des niveaux records observés ces dernières années.

En 2023 et 2024, plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Brésil et l’Argentine, ont enregistré des épidémies historiques comptant plusieurs millions de cas. Le chikungunya et le Zika ont provoqué des crises sanitaires majeures depuis le début des années 2000, avec des répercussions sanitaires durables, notamment des complications neurologiques et congénitales.

Cette crise sanitaire est aussi une crise économique, dont les conséquences restent largement sous-estimées dans le débat public.

94,7 milliards de dollars : une estimation minimale

Notre équipe a compilé les données issues de la base internationale InvaCost) qui recense les coûts économiques associés aux espèces invasives. Sur une période de 45 ans (1975-2020), nous avons identifié au moins 94,7 milliards de dollars (soit environ 105 milliards en dollars 2026) de coûts cumulés liés aux moustiques Aedes et aux maladies qu’ils transmettent. Cela représente en moyenne plus de 3 milliards de dollars par an, avec des pics spectaculaires : en 2013, la facture a dépassé les 20 milliards de dollars.

Ces montants incluent plusieurs types de dépenses : les coûts médicaux (hospitalisations, consultations, traitements), les pertes de productivité liées aux arrêts de travail, les dépenses publiques de surveillance et de lutte antivectorielle (limitation des populations de moustiques par divers moyens dont les campagnes de participation communautaire pour la réduction d’eaux stagnantes, les larvicides, où les insecticides), ainsi que certains impacts économiques indirects (comme l’absentéisme ou des baisses de productivité).

La dengue représente à elle seule près de 80 % des coûts totaux estimés. Le chikungunya et le Zika, bien que plus ponctuels dans leur émergence, contribuent également de manière significative dans la dernière décennie, reflétant plusieurs grandes crises épidémiques sur la période.

Mais ces chiffres impressionnants ne représentent pourtant qu’une partie de la réalité.

Une sous-estimation structurelle

De fait, les 94,7 milliards de dollars identifiés ne représentent que les coûts documentés et publiés dans la littérature scientifique ou institutionnelle. Il ne s’agit pas d’estimations ni d’extrapolations. Or, de nombreux pays, notamment à revenu faible ou intermédiaire, ne disposent pas des moyens pour mesurer et documenter ces impacts économiques.

Les dépenses informelles des ménages, les pertes économiques non déclarées, les conséquences à long terme sur la santé (handicaps, troubles neurologiques, complications congénitales liées au Zika), ou encore les effets sur le tourisme et l’attractivité économique (le nombre de visiteurs chute drastiquement dans les pays connaissant une épidémie) sont rarement quantifiés. Autrement dit, la facture réelle pourrait être bien plus élevée.

Ce biais révèle en outre une inégalité structurelle : les pays les plus touchés sont souvent ceux qui disposent des systèmes de surveillance les moins robustes, en particulier dans plusieurs régions d’Asie du Sud-Est, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Le manque de données n’est pas synonyme d’absence de coût : il traduit plutôt une invisibilisation économique des régions les plus vulnérables.

Réagir et soigner plutôt que prévenir : un choix coûteux

Anticiper ces conséquences et investir dans la prévention, la surveillance et la gestion intégrée des vecteurs apparaît donc essentiel pour limiter les effets sanitaires, économiques et sociaux des futures épidémies.

Les données montrent cependant que les coûts liés aux « dommages et pertes » – c’est-à-dire les conséquences des maladies une fois qu’elles surviennent – sont largement supérieurs aux dépenses consacrées à la prévention et à la gestion. En d’autres termes, on dépense beaucoup plus en réaction aux épidémies que pour les empêcher.

Les campagnes de démoustication, la surveillance entomologique, l’amélioration des infrastructures urbaines (gestion des eaux stagnantes, assainissement), ou encore la recherche sur les méthodes innovantes de contrôle des populations de moustiques (comme la dissémination de moustiques porteurs de Wolbachia ou de mâles stériles) restent sous-financées par rapport à l’ampleur des dommages constatés. Ce déséquilibre pose une question centrale de politique publique : pourquoi attendons-nous que la crise éclate pour agir ?

La méthode Wolbachia en Nouvelle-Calédonie.



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La réponse est en partie politique et budgétaire. Les dépenses de prévention sont souvent moins visibles, moins médiatisées, et leurs bénéfices sont difficiles à attribuer directement. À l’inverse, les coûts des épidémies apparaissent brutalement dans les statistiques hospitalières et économiques.

Mais cette logique court-termiste se révèle économiquement inefficace. Les données montrent pourtant qu’un investissement accru dans la prévention pourrait réduire significativement la charge économique globale à long terme.

Une problématique sociale mondiale

Au-delà des chiffres, l’enjeu est profondément social. Les maladies transmises par les moustiques Aedes touchent de manière disproportionnée les populations urbaines défavorisées, vivant dans des environnements où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux infrastructures sanitaires est limité.

Les inégalités socio-économiques favorisent la prolifération des moustiques : stockage d’eau dans des récipients ouverts, absence de systèmes d’évacuation performants, habitat dense et précaire. Les populations les plus vulnérables cumulent donc les risques sanitaires et les pertes économiques.

Lorsqu’un membre d’un foyer tombe malade, les conséquences dépassent le simple coût médical : perte de revenus, déscolarisation temporaire des enfants, endettement pour financer les soins. À l’échelle collective, ces micro-chocs économiques s’additionnent pour former un fardeau macroéconomique.

La mondialisation du phénomène ajoute une dimension supplémentaire : même les pays tempérés, longtemps considérés comme à l’abri, voient désormais l’implantation durable de Aedes albopictus. Les épisodes autochtones de dengue ou de chikungunya en Europe illustrent cette nouvelle réalité et les récentes projections climatiques suggèrent que le potentiel de transmission pourrait encore s’étendre dans les décennies à venir. La question n’est plus celle d’un « problème tropical », mais d’un enjeu global.




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Une alerte et une opportunité

Cette lecture économique permet de renouveler notre compréhension d’un problème souvent abordé sous le seul angle sanitaire. En mettant un coût sur les conséquences des invasions de moustiques Aedes, cette étude déplace le débat vers le terrain des politiques publiques et des arbitrages budgétaires.

Les moustiques ne sont pas seulement une nuisance estivale. Ils représentent un coût structurel croissant pour les systèmes de santé, les économies nationales et les ménages. Dans un monde marqué par l’intensification des échanges et les bouleversements climatiques, ils illustrent une réalité concrète : certains impacts économiques des transformations environnementales ne sont ni abstraits ni lointains. Ils se traduisent en milliards de dollars, en inégalités sociales accrues et en systèmes de santé sous tension.

Reconnaître l’ampleur économique du phénomène conduit ainsi à changer de perspective : dans un contexte de mondialisation des échanges et de changement climatique, la lutte antivectorielle n’est plus seulement une mesure de santé publique. Elle constitue un investissement collectif destiné à éviter des coûts sanitaires, sociaux et économiques bien plus élevés demain.

The Conversation

Frédéric Simard a reçu des financements de l’Université de Montpellier à travers le dispositif KeyWI Vect-OH.

Jean-Michel Salles a reçu des financements de l’ANR sur plusieurs projets de recherche au cours de sa carrière. Les trois auteurs ont été membre du groupe de travail de l’ANSES sur l’impact des arboviroses.

David Roiz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dengue, Zika, chikungunya : les moustiques invasifs coûtent des milliards, la prévention reste à la traîne – https://theconversation.com/dengue-zika-chikungunya-les-moustiques-invasifs-coutent-des-milliards-la-prevention-reste-a-la-traine-286365

Quand « L’Odyssée » d’Ulysse éclaire les migrations contemporaines

Source: The Conversation – France (in French) – By Geneviève Guétemme, Maîtresse de conférences en Arts plastiques, Université d’Orléans

Capture d’écran du film documentaire de Nathalie Loubeyre. No comment, Nathalie Loubeyre, avec l’autorisation de la réalisatrice.

Le film documentaire No comment, réalisé à Calais en 2008 par la cinéaste Nathalie Loubeyre, est l’un des premiers films français sur ce que la presse et les politiques ont appelé la « crise migratoire ». Et l’Odyssée d’Homère apparaît dès l’introduction pour soutenir un questionnement humain et filmique sur les mouvements de population.


No comment, comme son nom l’indique, est un film sans commentaires, sans voix off, sans interview, et sans « personnages ». Il commence par un plan fixe sur le rivage. La mer est plate, les vagues sans force – comme après la tempête – puis, en surimpression, apparaît un texte extrait de l’Odyssée (V, v. 445-459) :

« Écoute-moi, seigneur, dont j’ignore le nom ! je viens à toi, que j’ai si longtemps appelé, pour fuir hors de ces flots Poséidon et sa rage ! Les immortels aussi n’ont-ils pas le respect d’un pauvre naufragé venant, comme aujourd’hui je viens à ton courant, je viens à tes genoux, après tant d’infortunes. » (traduction V. Bérard, Paris, Belles Lettres, 1972)

Ce vers célèbre évoque le rite grec ancien de la supplication rituelle ou Iketeia (l’ἱκετεία) qui « était d’une importance primordiale pour les relations publiques et privées à l’âge archaïque ». Ce rite) traditionnellement utilisé pour accompagner une demande d’hospitalité ou d’asile, garantissait une certaine protection aux exilés et aux fugitifs – la catégorie sociale la moins protégée dans le monde grec. Il est au cœur des textes d’Eschyle (Les Euménides), d’Euripide (Les Suppliantes), de Sophocle (Œdipe-Roi), etc. De nombreux artistes ont continué à le représenter, sachant qu’il serait identifié par les générations baignées de culture classique. Ainsi Jupiter et Thétis par exemple, peint par Jean-Auguste-Dominique Ingres en 1811, montre clairement le geste rituel du suppliant qui consistait à toucher les genoux ou le menton du dieu en reprenant à la lettre le premier chant de l’*Iliade * :

« Elle s’assit devant lui, embrassa ses genoux de la main gauche, lui toucha le menton de la main droite et, le suppliant… »

Jupiter et Thétis, Dominique Ingres, 1811.
Wikimedia

Ulysse s’adresse au fleuve, dont il rejoint « le courant ». Une autre traduction dit : « je viens à vos eaux […] comme à un fleuve, comme à un dieu ».

Dans le film de Loubeyre, les suppliants sont Afghans, Irakiens, Kurdes, Palestiniens, Erythréens, Somaliens, Soudanais. Ils ont suivi des chemins différents, et survivent grâce aux associations caritatives en espérant traverser la Manche. Les volontaires du secours catholique n’ont pas le pouvoir de les faire passer en Angleterre et les gestes de supplication ne leur sont donc pas spécifiquement « adressés », mais le motif des mains apparaît plusieurs fois dans le film : tendues vers le feu, du pain, un ticket. Et les migrants sont toujours reçus avec respect parce que, « On révéroit les suppliants, et on ne permettoit pas qu’on les touchât. Cela se voit partout dans l’histoire, soit aux asiles, soit aux temples, soit aux palais, soit aux statues des princes ». (Racine – OEuvres, t. VI). Le texte d’Homère répète ce geste à chaque étape du parcours d’Ulysse.

Ce commentaire du texte d’Homère par le jeune Racine précise en effet que les suppliants sont à la merci des hommes et des éléments – ils sont vulnérables et sacrés.

Posture héroïque des vaincus

La supplication se reconnaît aussi, de loin, dans les restes d’étoffes qui s’étalent dans les broussailles, en lien avec le rameau des suppliants : branche d’olivier sacré, entourée de bandeaux de laine blanche symbolisant la protection du dieu (Plutarque, Vies, t. I).

Loubeyre sait que ce geste immémoriel, antérieur à l’Histoire et aux mots, n’est pas réalisé de manière consciente par les migrants parce que les codes de l’antiquité se sont perdus, mais aussi parce que les migrants n’ont pas vraiment le droit de faire des demandes et que leurs appels au secours ne seront pas écoutés. Elle relie toutefois le motif homérique de la supplication, à d’autres récits, comme celui des Bourgeois de Calais dont elle filme le monument, un ensemble sculpté par Rodin, sous différents angles.

Le parallèle avec d’autres figures vaincues et humiliées, devenues l’emblème de la ville, rappelle que la guerre a soumis d’autres hommes aux caprices des puissants et que ces hommes (en sculpture) se sont retrouvés mouillés, gelés et sans abri, tout comme les migrants. Il révèle la posture héroïque – ni esthétique, ni misérabiliste – des vaincus dont le silence dénonce une situation impossible à contenir dans la narration et une analyse, impossible à comprendre. Le geste silencieux des mains tendues et le film sans commentaire présentent un espace saturé par les non-dits de celles et ceux qui, sans identité civile, s’absentent. Ils existent en dehors des mots tout en affirmant leur présence, leur vitalité et leurs rêves.

L’empathie des Calaisiens

À la fin du film, les migrants viennent en centre-ville, accompagnés par les volontaires du secours catholique, mais aucun échange n’a lieu. En effet, là où les Grecs anciens avaient l’obligation de répondre à un devoir sacré, les clients du tabac glissent sans un regard. Les migrants de la jungle sont en effet à Calais sans y être. Ils ont d’ailleurs été expulsés depuis.

Le film, les migrants, et avec eux le spectateur restent en dehors des boulangeries, des restaurants, des parcs. Les boutiques sont filmées uniquement de l’extérieur et les ferries, cadrés avec des barrières au premier plan, glissent au loin. Mais ces scènes ne signifient pas que les Calaisiens sont indifférents.

L’association Amnesty International a mené l’enquête auprès de 600 Calaisiens en novembre 2019, et indique sur son site :

« L’empathie est très présente. Les Calaisiens nous disent ne pas pouvoir rester insensibles au parcours des personnes exilées et aux difficultés qu’elles rencontrent. Ils sont particulièrement affectés lorsqu’il s’agit de famille, d’enfants ou d’adolescents isolés. Pourtant, beaucoup expriment aujourd’hui un profond découragement face à leur présence, principalement parce qu’ils ont le sentiment d’être face à un problème qui leur semble insoluble et sans fin. »

Dans le film, des cartons rapportent des informations factuelles : « un ticket », « pour une douche », « aux abris », « vers la jungle », « sous le soleil », ou bien des paroles de migrants : « France no good », « Dieu nous bénisse » ou encore des concepts généraux « flux », « migration ». Il s’agit de se concentrer sur les suppliants et sans jamais parler à leur place. Sans rien revendiquer.

Le film ne raconte pas l’histoire d’Ulysse, mais la référence à l’Odyssée d’Homère renvoie à tous les mouvements humains tendus entre la vie et la mort, la foi et l’aliénation, le désir et l’espoir. Elle donne au film une épaisseur philosophique qui résonne avec une tragédie intemporelle en permettant de s’approcher de ce qui résiste.

La référence permet aussi d’adresser directement l’appel des migrants au spectateur en révélant explicitement l’impuissance, l’angoisse, la fatigue et l’humanité des victimes. Ici, les mains suppliantes appellent d’autres mains, à la fois soutenantes, agissantes, citoyennes. Le rappel implicite de codes longtemps oubliés est une réponse éthique qui transforme le film en plaidoyer silencieux pour ceux dont la voix reste inaudible.

Le dernier plan du film contient d’ailleurs tout entier cet effort pour capter l’énergie et la dignité de tous ces hommes coincés à Calais avec un visage silencieux qui hésite l’espace d’une seconde à regarder la caméra, puis relève les yeux et regarde celles et ceux qui ont le pouvoir de comprendre et de modifier le sens de son existence.

Ce regard nous invite à nous confronter à l’idée de l’exil et à la réalité du rejet qui peut s’imposer à tous.

The Conversation

Geneviève Guétemme ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand « L’Odyssée » d’Ulysse éclaire les migrations contemporaines – https://theconversation.com/quand-lodyssee-dulysse-eclaire-les-migrations-contemporaines-285885

Se faire attacher pour résister aux Sirènes : ce que le choix d’Ulysse révèle du droit

Source: The Conversation – France (in French) – By Olivier Lasmoles, Associate Professor in Law – Skema, SKEMA Business School

Ulysse et les Sirènes, John William Waterhouse, 1891. Wkipédia

Vous n’aviez jamais vu Ulysse sous cet angle. D’abord parce que, soixante-dix ans après le film de Mario Camerini avec Kirk Douglas, L’Odyssée de Christopher Nolan porte l’épopée d’Homère à l’écran avec les moyens d’un blockbuster mondial. Ensuite parce que, sans le savoir, vous avez lu au chant XII de l’Odyssée la plus ancienne description du mécanisme du droit : un homme lucide qui se lie aujourd’hui pour ne pas céder demain.


La scène se joue au chant XII de l’Odyssée. Prévenu par la magicienne Circé, Ulysse sait ce qui l’attend : le chant des Sirènes, auquel nul homme ne résiste, et qui conduit les navires sur les récifs. Il sait aussi autre chose, de plus troublant : c’est qu’il voudra y céder. Alors il calcule. Il bouche de cire les oreilles de ses compagnons, se fait attacher au mât, et donne un ordre paradoxal : si je vous supplie de me détacher, serrez plus fort.

Tout est joué avant la première note. Dès que les Sirènes chantent, Ulysse supplie effectivement qu’on le libère, et ses marins, sourds à ses cris comme au chant, resserrent les liens. Le navire passe. Ulysse a entendu ce que nul n’avait entendu sans en mourir.

Ce qui frappe ici, ce n’est pas la ruse, Ulysse en a d’autres. C’est la structure temporelle de la décision. À l’instant t, un homme de sang-froid accepte un inconvénient limité – être ligoté, humilié devant son équipage – pour éviter, à l’instant t+1, son sang-froid disparu, un dommage supérieur : le naufrage. Il ne parie pas sur sa force de caractère. Il parie sur sa faiblesse, et il s’organise en conséquence.

La rationalité imparfaite selon Jon Elster

C’est cette structure que le philosophe et politiste norvégien Jon Elster a placée au centre de son livre Ulysse et les Sirènes (1979). Sa thèse tient en une formule : nous ne sommes pas des êtres parfaitement rationnels, mais nous sommes capables de savoir que nous ne le sommes pas et d’agir sur ce savoir. Elster appelle cela la « rationalité imparfaite ».

L’être parfaitement rationnel n’aurait pas besoin de corde : il écouterait les Sirènes et resterait de marbre. L’être irrationnel se jetterait à l’eau. Ulysse incarne une troisième figure : celui qui, ne pouvant se fier à son moi futur, le neutralise par avance. Le fumeur qui jette ses cigarettes, l’épargnant qui bloque son argent sur un compte inaccessible, l’écrivain qui se coupe d’Internet pour achever son chapitre relèvent du même geste, que la philosophie et l’économie nomment le préengagement.

Le calcul est économique au sens strict : payer aujourd’hui un coût faible et certain pour éviter demain un coût élevé et probable. La corde est un investissement.

Le droit fonctionne exactement ainsi

Or ce calcul est aussi celui du droit, non d’une branche particulière, mais du droit en tant qu’il lie. Chaque fois qu’un sujet de droit s’engage, il reproduit le geste d’Ulysse : il restreint volontairement sa liberté future parce qu’il y trouve avantage.

Le contrat en est la figure la plus pure. Signer, c’est renoncer par avance au droit de changer d’avis : celui qui s’engage à livrer, à payer, à ne pas concurrencer se lie au mât ; la force obligatoire du contrat joue le rôle des marins sourds, qui exécuteront l’engagement même contre les supplications ultérieures du signataire. Sans cette corde, aucune promesse ne vaudrait, et aucun échange dans le temps ne serait possible.

Les États raisonnent de même. Un État qui ratifie un traité – la Convention de Montreux sur les détroits, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – renonce par avance à des marges de manœuvre futures, précisément parce qu’il sait que la tentation viendra de s’en servir. Une constitution rigide procède du même calcul : en rendant sa propre révision difficile, le constituant protège les principes fondamentaux contre les passions des majorités à venir.

Il arrive enfin que l’on confie la garde de la corde à un tiers. Un Conseil constitutionnel chargé de censurer la loi, une banque centrale indépendante chargée de résister aux demandes de monnaie facile : autant d’équipages institutionnels, dont toute la fonction est de rester sourds aux supplications du capitaine. L’indépendance de ces gardiens n’est pas une anomalie démocratique : c’est la cire dans leurs oreilles.

Certains droits vont plus loin encore. La Loi fondamentale allemande contient une « clause d’éternité » qui soustrait à toute révision la dignité humaine et les principes essentiels de l’État de droit : non seulement l’État s’est lié, mais il s’est rendu définitivement sourd à ses propres contre-ordres.

L’aveu d’Elster et la réponse du droit

L’honnêteté oblige à dire qu’Elster lui-même a fini par douter de sa métaphore. Dans Ulysses Unbound, paru en 2000 (non traduit en français, NDLR), il relève une différence de taille : Ulysse se lie lui-même, tandis qu’une assemblée constituante lie surtout les générations suivantes, qui n’ont rien signé. Ce que l’on présente comme une auto-contrainte serait alors, du point de vue des vivants, une contrainte exercée par des morts.

L’objection est sérieuse mais le droit y répond par une fiction qui lui est familière : la continuité de l’État. C’est parce que la France de 2026 est réputée être la même personne juridique que celle de 1958, ou que celle qui signa Montreux en 1936, que ses engagements tiennent malgré les alternances et les générations. L’analogie d’Ulysse boite, mais c’est en boitant qu’elle éclaire : le droit repose sur le pari qu’un « nous » persiste à travers le temps, et qu’il peut se faire des promesses à lui-même.

Ulysse voulait entendre

Reste le plus beau. Relisons la scène : Ulysse aurait pu, comme ses marins, se boucher les oreilles de cire. Il ne l’a pas fait. Son calcul n’était pas seulement défensif ; c’était une ruse pour jouir du chant sans en mourir, pour s’offrir le risque sans en payer le prix.

Le droit, lui aussi, ne sert pas seulement à nous protéger de nos passions : il nous permet de nous en approcher. L’assurance maritime n’est pas née pour empêcher les hommes de prendre la mer, mais pour qu’ils osent la prendre ; le contrat n’existe pas pour brider l’échange, mais pour le rendre possible entre inconnus. La corde n’est pas le contraire de l’aventure, elle en est la condition.

C’est peut-être cela que le spectateur retiendra en sortant du film de Nolan : le héros aux mille ruses n’a jamais été aussi libre qu’attaché à son mât.

The Conversation

Olivier Lasmoles ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Se faire attacher pour résister aux Sirènes : ce que le choix d’Ulysse révèle du droit – https://theconversation.com/se-faire-attacher-pour-resister-aux-sirenes-ce-que-le-choix-dulysse-revele-du-droit-287612

Gibraltar, 2026: el Brexit ha abierto la frontera que prometió cerrar en 2016

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Armando Alvares Garcia Júnior, Profesor de Derecho Internacional y de Relaciones Internacionales, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Framalicious/Shutterstock

La apertura del paso terrestre entre Gibraltar y La Línea de la Concepción en la medianoche del 15 de julio inicia la aplicación provisional del acuerdo entre la Unión Europea y el Reino Unido respecto de Gibraltar, que reorganiza la movilidad, los controles y la cooperación en torno al Peñón.

Con frontera pero sin verja

La frontera no desaparece, solo cambia de forma y de efectos cotidianos. Según el Consejo de la Unión Europea, los controles físicos sistemáticos se extinguen en el paso terrestre mientras los controles exteriores se concentran en el puerto y el aeropuerto de Gibraltar, con controles gibraltareños o británicos y controles Schengen españoles.

La paradoja política es evidente: el Brexit prometía recuperar los controles fronterizos para las autoridades británicas, pero en Gibraltar el resultado visible es una circulación más fluida con España. El Peñón salió de la UE junto con el Reino Unido pese a que el 95,9 % de los votantes gibraltareños apoyó en 2016 permanecer en la Unión. Diez años después, el nuevo régimen busca corregir esos efectos.

En el plano jurídico, el acuerdo no resuelve la disputa de soberanía. España mantiene su reclamación histórica y el Reino Unido su posición, como recuerda la Cámara de los Comunes. La novedad reside en la gestión funcional –movilidad, aduanas, cooperación policial y vida cotidiana–, que el Parlamento Europeo describe como un régimen complejo de gobernanza entre la UE, el Reino Unido, España y Gibraltar. Una disputa territorial puede seguir abierta mientras se pactan soluciones útiles para ambos lados.

Una frontera vigilada, pero abierta

No conviene imaginar una frontera sin vigilancia. Gibraltar ha anunciado nuevas medidas de seguridad –más cámaras, reconocimiento facial, lectura automática de matrículas y nuevo vallado en zonas sensibles–, dejando abierta solo una franja de unos 150 metros en el paso peatonal habitual.

La clave está en los trabajadores transfronterizos. Según Reuters, hay unos 15 000 cruzan a diario entre España y Gibraltar, para los que la frontera significa colas, retrasos e incertidumbre laboral y familiar. El Gobierno español sostiene que el acuerdo favorecerá a unos 300 000 habitantes del Campo de Gibraltar mediante más conectividad e inversión, expectativas aún pendientes de verificación práctica.

Además de los efectos presentes, también la memoria histórica explica la emoción de la jornada. Durante años, la Verja fue sinónimo de separación familiar, obstáculo laboral y símbolo de presión política. La frontera fue cerrada totalmente por el franquismo en 1969, reabierta para peatones en 1982 y plenamente para el tráfico en 1985.

Un laboratorio de integración

Gibraltar puede leerse así como un pequeño laboratorio de integración fronteriza. Las investigaciones sobre los efectos de las fronteras, muestra que las dificultades de paso (burocráticas y administrativas) reducen el comercio y la movilidad pese a la cercanía territorial. John McCallum formuló esta idea en National Borders Matter, James Anderson y Eric van Wincoop la desarrollaron en Gravity with Gravitas, y John Helliwell en How Much Do National Borders Matter?. Aplicada al Campo de Gibraltar, la conclusión es: una frontera más previsible reduce los costes de coordinación.

La dimensión económica será decisiva: la nueva fluidez fronteriza presumiblemente reducirá costes invisibles pero reales, como colas, retrasos e incertidumbre para las empresas. La OCDE identifica los obstáculos administrativos como una limitación clave para el desarrollo de las zonas fronterizas, sobre todo en cuestiones como el empleo, la seguridad social y el transporte.

Para el Gobierno británico este acuerdo es una garantía del futuro económico de Gibraltar.

Un reto de lado y lado

El reto será convertir esa ventaja en desarrollo equilibrado. El Gobierno español presenta el tratado como oportunidad para los andaluces. El Gobierno británico lo vincula con estabilidad y empleo, y el Consejo de la Unión Europea lo sitúa en la protección del mercado único, Schengen y la unión aduanera. Esa convergencia no elimina las asimetrías. De hecho, Gibraltar parte de una posición económica comparativamente más fuerte que La Línea y buena parte de Andalucía.

Por eso, la apertura terrestre debe acompañarse de políticas que atraigan inversión, mejoren infraestructuras y protejan a los trabajadores transfronterizos, evitando tensiones en vivienda y fiscalidad. La visión británica destaca un modelo aduanero específico, y esa complejidad deberá traducirse en reglas comprensibles.

La verdadera prueba económica no estará en la foto histórica de la Verja, sino en indicadores concretos: menos tiempo de cruce, más empleo estable, mayor actividad empresarial y una capacidad real del Campo de Gibraltar para capturar parte del valor generado por su proximidad al Peñón.

¿Tendrán los gobiernos implicados la voluntad política de convertir esa fluidez en mejoras reales para el pueblo que vive y trabaja a ambos lados de la Verja?

The Conversation

Armando Alvares Garcia Júnior no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Gibraltar, 2026: el Brexit ha abierto la frontera que prometió cerrar en 2016 – https://theconversation.com/gibraltar-2026-el-brexit-ha-abierto-la-frontera-que-prometio-cerrar-en-2016-287597

Cómo proteger nuestra privacidad cuando jugamos a videojuegos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marta Beltrán, Jefa del Área Científica de la Agencia Española de Protección de Datos; profesora titular de Universidad en excedencia, Universidad Rey Juan Carlos

shutterstock Zoran Zeremski/Shutterstock

Miles de millones de personas se entretienen jugando a videojuegos, entre ellos millones de niños, niñas y adolescentes. Pero, detrás de cada partida, cada logro desbloqueado o cada compra dentro del juego, hay algo más: nuestros datos personales.

Los creadores y distribuidores de videojuegos recogen, analizan y comparten con otras empresas información sobre los jugadores: el nombre de usuario, el comportamiento en el juego, la ubicación o los hábitos de consumo (cuántas horas, qué horas, y a qué juegos prefieren jugar cada uno de estos usuarios).

¿Cuáles de estos datos se pueden utilizar y para qué? ¿Cómo puede llegar a afectarnos a los jugadores? ¿Qué podemos hacer los usuarios para protegernos?

¿Quiénes forman esta industria?

Cuando hablamos de la industria de los videojuegos nos estamos refiriendo a distintos tipos de empresas, desde los fabricantes de consolas, mandos, etc., hasta las plataformas desde las que jugamos, pasando quienes diseñan la tecnología o las que comercializan, distribuyen y, en ocasiones, “producen” los juegos.

Aunque no todos los videojuegos usan la misma cantidad de datos ni de la misma manera. Los juegos de un solo jugador offline solo tienen acceso al progreso en la partida y el dato se almacena en el dispositivo. Pero los juegos en línea, sobre todo con jugadores múltiples, especialmente aquellos que ganan dinero a través de las microtransacciones o la publicidad recogen muchos más datos y se controla peor lo que pasa con ellos.

En los países de la Unión Europea, hay un Reglamento General de Protección de Datos (RGPD), pero no es fácil perseguir su cumplimiento.




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¿Cómo se recolectan los datos?

Hay tres maneras básicas de utilizar los datos privados de los jugadores.

  • A través de la creación y mantenimiento de cuentas. El correo electrónico, el nombre de usuario o, en algunos casos, información de pago se utiliza para identificar al usuario, gestionar su perfil y permitirle acceder a sus progresos desde diferentes dispositivos. No todos los juegos son transparentes sobre qué datos recogen durante el registro y con qué finalidad. Algunos solicitan permisos excesivos, como el acceso a la lista de contactos del teléfono o a la ubicación.

  • Recolectando los datos en tiempo real sobre el uso del juego, lo que se llama telemetría: son datos sobre el rendimiento del dispositivo, los errores del software, el comportamiento del jugador (sus acciones, el tiempo de juego o las interacciones sociales), en principio para equilibrar la dificultad, diseñar niveles más atractivos, ofrecer recompensas y misiones adaptadas a las preferencias de cada jugador. Pero a veces el tratamiento de datos va más lejos o no se informa claramente al usuario sobre ello, como cuando se recogen datos biométricos (como el ritmo cardíaco o neurodatos a través de wearables).

    Por ejemplo, en los modelos free-to-play, la telemetría puede ayudar a identificar a los jugadores con mayor probabilidad de realizar compras dentro del juego (se les conoce como “ballenas” o “whales”). Esto permite dirigirles ofertas específicas e, incluso, explotar sus vulnerabilidades o sesgos.

  • La tercera manera de recopilar datos es la que sirve para hacer inferencias (o deducciones) de comportamiento. Mediante técnicas de análisis predictivo, muchas veces basadas en inteligencia artificial, se clasifica a los jugadores en función de su habilidad, personalidad o su estado emocional. Esos perfiles se pueden vender a terceros.

    Para hacernos una idea, se puede suponer que un usuario es menor de edad basándose en su patrón de juego o en las compras que realiza, incluso si este ha proporcionado una fecha de nacimiento falsa. O se puede detectar que alguien tiene tendencias adictivas y, en lugar de alertarle, utilizar esta información para mantenerle enganchado al videojuego con recompensas variables (un mecanismo similar al de las máquinas tragaperras).




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Las amenazas: lo que puede salir mal

En primer lugar, un ciberatacante puede robar a estas empresas los datos que almacenan sobre los usuarios: contraseñas, direcciones de correo electrónico, datos de pago o datos biométricos.

Pero es que además, es posible seguir a un jugador específico en distintos juegos o plataformas. Combinando los datos de sesiones, cuentas y transacciones que se realizan, por ejemplo, desde una misma IP –la dirección de red de cada dispositivo– se puede rastrear o vigilar nuestra actividad digital en general. A esta manera de “singularizar” a un jugador se le llama vinculación. Incluso se podría averiguar la identidad real del jugador aunque no haya dado su nombre real en el juego.

Otro riesgo es el doxing (o “doxeo”), que ocurre cuando alguien comparte públicamente información privada de un jugador, como su nombre real, el colegio al que va o su dirección, sin su permiso.

¿Qué se puede hacer?

Aunque la obligación recae en los responsables de los diferentes tratamientos de datos personales, las personas que juegan también pueden tomar medidas para proteger sus derechos:

  • Leer las políticas de privacidad y la información que se proporciona. Si algo no nos convence, consideremos no utilizar ese servicio. Seamos críticos: ¿de verdad tenemos que conectar el juego con nuestras redes sociales? ¿O activar ese chat de voz?

  • Ajustar la configuración de privacidad. Muchos juegos y plataformas permiten limitar la recolección de datos o desactivar ciertas funciones de telemetría e inferencia.

  • Usar contraseñas seguras y autenticación en dos pasos. Esto reducirá el riesgo de que nuestra cuenta sea “secuestrada” y de que suplanten nuestra identidad.

  • Tener cautela con los datos que compartimos. Es mejor no proporcionar información sensible (como dirección física, datos de pago, biometría), a menos que sea absolutamente necesario.

  • Informarnos y concienciarnos (y concienciar a otros). También es útil leer las recomendaciones de las autoridades de protección de datos personales o de otras instituciones de confianza (educativas, del sector de la salud, comunidades profesionales de juego, etc.).

Solo siendo conscientes de nuestros derechos y tomando estas medidas podremos proteger nuestra privacidad: es el momento de revisar qué datos recoge nuestro juego favorito.


Este artículo es una versión resumida y simplificada del original.

The Conversation

Marta Beltrán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo proteger nuestra privacidad cuando jugamos a videojuegos – https://theconversation.com/como-proteger-nuestra-privacidad-cuando-jugamos-a-videojuegos-287033

Les équipes nord-africaines de la Coupe du monde ont montré ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas

Source: The Conversation – in French – By Mahfoud Amara, Associate Professor in Sport Policy & Management, Qatar University

On a assisté à une augmentation spectaculaire du nombre de pays qualifiés pour la phase finale de la Coupe du monde de football masculin de 2026. Sur les 48 équipes qualifiées, la Fifa, l’instance mondiale du football, a décidé d’attribuer neuf places à l’Afrique. Cette nouvelle formule a servi d’expérience naturelle à l’Afrique du Nord en lui permettant d’observer les effets de cette réforme sur ses équipes.

Quatre équipes de la région ont participé à ce tournoi élargi : le Maroc (classé 7e avant la Coupe du monde), l’Algérie (28e), l’Égypte (29e) et la Tunisie (46e). Ces quatre pays voisins partagent une solide culture du football, mais ont fait des choix institutionnels différents, qui ont conduit à des résultats contrastés.

Le Maroc a consolidé sa place parmi les meilleures équipes du monde, l’Égypte a réalisé une percée, l’Algérie a essuyé des déconvenues et la Tunisie a vécu un tournoi décevant. Ces résultats mettent en lumière des modèles de développement du football concurrents et relancent un vieux débat : qui devrait entraîner les équipes nationales africaines ?

Je suis un chercheur dont les travaux portent sur les liens entre le football, la politique, les affaires et la société, en mettant l’accent sur l’Afrique du Nord. Il est clair que l’émergence de la région comme la plus performante d’Afrique lors de la Coupe du monde reflète bien plus qu’une simple réussite sportive. Elle offre des enseignements précieux sur les stratégies de développement du football à long terme, la gouvernance, les parcours des talents et les modèles d’investissement.

Le Maroc : vainqueur sur le terrain et en dehors

Le parcours historique en demi-finale en 2022 a été qualifié de « conte de fées ». Le tournoi de 2026 a démontré qu’il s’agissait en réalité de l’aboutissement d’un système.

Les Lions de l’Atlas ont tenu tête au Brésil, ont survécu à une séance de tirs au but contre les Pays-Bas, puis ont éliminé le Canada, co-organisateur pour atteindre un deuxième quart de finale consécutif. Leur parcours s’est achevé par une défaite face à la France lors de la phase à élimination directe.




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Deux aspects de cette consolidation retiennent particulièrement l’attention. Le premier est la continuité au niveau de l’encadrement. Mohamed Ouahbi, un entraîneur marocain qui s’est forgé une réputation grâce à la formation des jeunes, a été promu après avoir mené l’équipe nationale des moins de 20 ans du pays au titre de championne du monde. Cette nomination illustre la confiance de la Fédération royale marocaine de football dans son propre vivier d’entraîneurs, tout en témoignant d’une stratégie fondée sur la continuité, la valorisation des compétences nationales et une vision de développement à long terme.

Le deuxième élément est la composition de l’équipe. Des talents issus du vivier national ont été associés à des joueurs de la diaspora. Parmi ces stars nationales figurait Azzedine Ounahi, né à Casablanca, un pur produit de l’Académie de football Mohammed VI, soutenue par l’État.

Il ne s’agissait pas simplement d’une « équipe de la diaspora », mais d’un modèle hybride conçu de manière réfléchie. Il allie un investissement soutenu dans la formation des joueurs nationaux au recrutement stratégique de talents d’élite possédant la double nationalité. Ayyoub Bouaddi incarne parfaitement ce dernier cas de figure.

Formé en France au sein du centre de formation et du centre de jeunes de Lille, ce milieu de terrain de 18 ans a choisi le Maroc en 2026 après de longues négociations. Ses débuts impressionnants en Coupe du monde ont démontré la capacité du Maroc à attirer certains jeunes talents les plus prometteurs d’Europe.

L’enjeu dépasse désormais le simple recrutement de joueurs. Il s’agit de bâtir un projet suffisamment performant, stable et attractif pour convaincre les meilleurs talents binationaux de s’y inscrire durablement.




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Égypte : des étapes décisives sous la houlette d’une légende nationale

L’Égypte est arrivée sans avoir remporté la moindre victoire en Coupe du monde lors de ses trois précédentes participations. Sous la houlette de l’entraîneur Hossam Hassan – véritable icône nationale et choix résolument local –, les étapes marquantes se sont enchaînées. Une toute première victoire, contre la Nouvelle-Zélande ; une première qualification pour les huitièmes de finale ; puis une première victoire en huitièmes de finale, contre l’Australie.

Ce parcours remarquable s’est achevé par une défaite en quarts de finale face à l’Argentine. Mais l’Égypte a clairement démontré une compétitivité grandissante sur la scène internationale.

Cette percée a été en grande partie le fruit d’un élan interne. Emam Ashour, auteur de deux buts, est issu d’Al Ahly et de la Premier League égyptienne. Il est la preuve que le championnat national le plus fort de la région peut encore produire des talents de niveau Coupe du monde sans passer d’abord par l’Europe.

Algérie : le plafond de verre persiste

Le retour de l’Algérie après 12 ans d’absence s’est une nouvelle fois soldé par une absence de victoire en phase à élimination directe. Un match nul contre l’Autriche a été suivi d’une défaite face à la Suisse. L’ironie était de taille : l’entraîneur de l’Algérie Vladimir Petković a dirigé l’équipe de Suisse pendant sept ans, et son ancienne équipe a facilement dominé celle qu’il entraîne aujourd’hui. Ce résultat a relancé un débat récurrent en Algérie : un encadrement technique étranger, coûteux, est-il rentable ? Ou bien des entraîneurs nationaux, mieux ancrés dans la culture du pays, pourraient-ils obtenir de meilleurs résultats ?

L’Algérie continue d’attirer de jeunes talents exceptionnels. Prenons l’exemple d’Ibrahim Maza, ou « Mazadona » pour les supporters algériens. Ce meneur de jeu du Bayer Leverkusen, âgé de 20 ans et né à Berlin, a terminé la phase de poules en tant que meilleur dribbleur du tournoi, après avoir choisi l’Algérie plutôt que l’Allemagne.

Le défi ne consiste donc pas à repérer les talents, mais à mettre en place des structures. L’Algérie devra renforcer ses centres de formation nationaux, ses filières d’encadrement et ses clubs professionnels, tout en continuant à attirer les joueurs d’élite ayant la double nationalité.

La Tunisie : un exemple à ne pas suivre

Une défaite 5-1 face à la Suède lors du match d’ouverture a poussé la Tunisie à limoger son sélectionneur Sabri Lamouchi. Hervé Renard a été nommé à la hâte, mais le pari a échoué. Les défaites face au Japon et aux Pays-Bas ont conclu une phase de poules au cours de laquelle la Tunisie a encaissé 12 buts. Renard a démissionné après 18 jours, devenant ainsi le septième sélectionneur nommé par la fédération depuis le début des qualifications.




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L’effondrement de la Tunisie tient moins aux joueurs qu’aux institutions : le renouvellement incessant des sélectionneurs, une atmosphère toxique et le réflexe de se tourner vers un sauveur étranger – à un coût financier considérable – témoignent d’un échec de gouvernance qu’aucune nomination ne saurait, à elle seule, réparer.

Sans une plus grande stabilité institutionnelle et une stratégie footballistique cohérente à long terme, la Tunisie risque de gaspiller un vivier de talents qui a toujours été l’un des plus solides d’Afrique.

Ce que cette tendance suggère – et ce qu’elle ne suggère pas

Les deux équipes dirigées par des sélectionneurs nationaux se sont qualifiées ; les deux entraînées par des sélectionneurs étrangers ont été éliminées. Quatre cas ne suffisent pas à établir une règle, et la nationalité du sélectionneur est étroitement liée à d’autres facteurs, notamment la stabilité de la fédération, les investissements dans les centres de formation et la stratégie à l’égard des binationaux. Mais ce tournoi remet en cause l’idée, longtemps admise, selon laquelle le recours à une expertise technique européenne constituerait une condition préalable au succès des sélections africaines.




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La leçon la plus importante concerne les modèles de développement. Le modèle hybride « centres de formation-diaspora » du Maroc a permis d’atteindre deux quarts de finale consécutifs et a révélé les jeunes joueurs les plus convoités du tournoi. L’Égypte montre qu’un championnat national solide reste une base viable. L’Algérie démontre que les talents issus de l’émigration, sans continuité institutionnelle, se heurtent à un plafond. Quant à la Tunisie, elle met en évidence les limites d’un projet sportif qui peine aujourd’hui à offrir une vision claire et durable.

Les fédérations de la région disposent ainsi de quatre études de cas instructives sur les conditions qui permettent à un pays de devenir – ou de ne pas devenir – une grande nation du football.

À mon sens, le fossé entre l’immense potentiel du football africain et l’irrégularité de ses résultats sur la scène internationale s’explique de plus en plus par des facteurs institutionnels plutôt que techniques. Les trajectoires contrastées des équipes d’Afrique du Nord lors de cette Coupe du monde suggèrent que la prochaine percée du continent reviendra moins à la nation disposant des meilleurs joueurs qu’à celle qui aura su bâtir l’écosystème footballistique le plus solide.

The Conversation

Mahfoud Amara does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les équipes nord-africaines de la Coupe du monde ont montré ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas – https://theconversation.com/les-equipes-nord-africaines-de-la-coupe-du-monde-ont-montre-ce-qui-fonctionne-et-ce-qui-ne-fonctionne-pas-287732