« En tout cas, ce n’était pas une licorne… » Des sociologues ont interrogé 130 chasseurs de Bigfoot

Source: The Conversation – in French – By Jamie Lewis, Lecturer in sociology, Cardiff University

L’image 352 du film de Patterson et Gimlin sur Bigfoot, tourné en 1967, est centrale dans le développement de la communauté des bigfooters. Wikipedia

Les Bigfooters ne sont pas seulement des amateurs de légendes. Deux sociologues qui ont étudié cette communauté expliquent qu’constitue offre un laboratoire fascinant pour comprendre comment se construisent la crédibilité, l’expertise et les frontières entre science et croyance.


C’est l’image qui a donné naissance à une icône de la culture populaire. En 1967, dans une forêt du nord de la Californie, une créature de plus de deux mètres de haut, couverte d’une épaisse fourrure noire, ressemblant à un grand singe et marchant debout, est filmée. À un moment, elle se retourne et fixe la caméra. Cette séquence a été reproduite à l’infini dans la culture populaire – au point d’inspirer un emoji. Mais que montre-t-elle vraiment ? Un canular ? Un ours ? Ou la preuve de l’existence d’une mystérieuse espèce connue sous le nom de Bigfoot ?

Ce film a été analysé et réanalysé à d’innombrables reprises. Si la plupart des observateurs estiment aujourd’hui qu’il s’agit d’un canular, certains soutiennent qu’il n’a jamais été définitivement réfuté. Fascinés par cette énigme, des passionnés, surnommés les « Bigfooters », sillonnent les forêts de l’État de Washington, de Californie, de l’Oregon, de l’Ohio, de la Floride et d’ailleurs, à la recherche de la moindre trace de cette créature légendaire.

Mais pourquoi ? C’est la question que se sont posée les sociologues Jamie Lewis et Andrew Bartlett. Ils voulaient comprendre ce qui pousse cette communauté à consacrer autant de temps, d’énergie et d’argent à la recherche d’une créature dont l’existence est, au mieux, hautement improbable. Pendant les confinements liés au Covid, Lewis a mené des entretiens avec plus de 130 « Bigfooters » – ainsi qu’avec quelques universitaires – pour recueillir leurs points de vue, leurs expériences et leurs pratiques. Ce travail a abouti à leur récent ouvrage, Bigfooters and Scientific Inquiry : on the Borderlands of Legitimate Science (« Bigfooters et enquête scientifique : aux frontières de la science légitime », non traduit).

Ils reviennent ici sur cette enquête menée au cœur d’un phénomène aussi fascinant qu’insaisissable.

Qu’est-ce qui vous a tant intrigués dans la communauté des Bigfooters ?

Lewis : Tout a commencé lorsque je regardais Discovery Channel ou Animal Planet et que j’ai vu la bande-annonce de l’émission Finding Bigfoot. Je voulais comprendre pourquoi un tel programme était diffusé sur une chaîne qui, à l’époque du moins, avait la réputation de proposer des documentaires sérieux et rigoureux sur la nature. Au départ, nous pensions simplement analyser ces émissions de télévision, mais cela nous a vite semblé insuffisant. C’était pendant les confinements liés au Covid ; ma femme était enceinte et alitée à cause de fortes nausées. Il fallait bien que j’occupe mon temps.

Bartlett : Lorsque Jamie et moi partagions un bureau à Cardiff, j’ai travaillé sur une étude sociologique consacrée aux physiciens marginaux. Il s’agit de personnes qui, le plus souvent en dehors des institutions universitaires, cherchent malgré tout à faire de la science. Je les ai interviewées, j’ai assisté à leurs conférences. De là, il n’y avait finalement qu’un pas vers le Bigfoot. Mais c’est l’intérêt de Jamie pour le sujet qui m’a véritablement amené à travailler sur ce terrain.

Parle-t-on d’une grosse communauté ?

Lewis : Il est très difficile d’en estimer la taille. On distingue généralement deux grands courants. D’un côté, les apers, qui pensent que Bigfoot est simplement un primate encore inconnu de la science. De l’autre, ceux que leurs détracteurs appellent les woo-woos, convaincus que Bigfoot est une sorte de voyageur interdimensionnel, voire une forme de vie extraterrestre. Au total, on parle de plusieurs milliers de personnes. Mais parmi elles, seules quelques centaines sont véritablement investies dans cette quête, et je pense en avoir interrogé au moins la moitié.

Leurs idées trouvent aussi un écho plus large. Une enquête YouGov, réalisée en novembre 2025, indiquait qu’environ un quart des Américains pensent que Bigfoot existe, ou estiment au moins que son existence est probable.

Vos interlocuteurs se méfiaient-ils de vos intentions ?

Lewis : Oui, je pense qu’ils craignaient surtout d’être caricaturés. On me demandait souvent : « Est-ce que vous croyez au Bigfoot ? » Andy et moi avions convenu d’une réponse commune : selon la science institutionnelle, il n’existe absolument aucune preuve convaincante de l’existence de Bigfoot. Nous n’avons donc aucune raison de remettre en cause ce consensus. En revanche, en tant que sociologues, ce qui existe bel et bien, c’est une ou plusieurs communautés de passionnés du Bigfoot. Et c’est cela qui nous intéresse.

Bartlett : D’ailleurs, après la publication du livre, quelques personnes ont réagi à la manière dont nous avions formulé cette idée. Sur la quatrième de couverture, nous écrivons en substance que « Bigfoot existe, sinon comme créature biologique réelle, du moins comme objet autour duquel des centaines de personnes organisent leur vie ». Certains y ont vu une forme de mépris à leur égard. Ce n’était absolument pas notre intention.

Ces personnes ont-elles des traits de personnalité ou des caractéristiques communes ?

Lewis : La communauté est très majoritairement composée d’hommes blancs, vivant en milieu rural et issus des classes populaires – souvent d’anciens militaires. Je pense que le nombre de femmes intéressées par le Bigfoot augmente, mais l’image dominante reste celle du « chasseur viril qui s’aventure dans la forêt en pleine nuit ».

Bartlett : Aux États-Unis, il y a tout simplement beaucoup d’anciens militaires dans la population. Mais je pense aussi que cela tient à la manière dont ces personnes souhaitent se présenter. Lorsqu’on s’appuie sur des témoignages, il faut apparaître comme un témoin crédible. Pouvoir dire : « J’ai servi dans l’armée » ou « J’étais militaire » renforce cette crédibilité. Cela suggère au moins qu’on n’est pas du genre à prendre un élan pour un monstre.

Une représentation de Bigfoot au parc Natural Bridge of Arkansas
Une représentation de Bigfoot au parc Natural Bridge of Arkansas.
Logan Bush/Shutterstock

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez eux ? Ont-ils bousculé certains stéréotypes ?

Lewis : Certains étaient extrêmement éloquents, ce qui m’a un peu surpris. C’est sans doute le reflet de mes propres préjugés. J’ai aussi été frappé par leur ouverture : je m’attendais à ce qu’ils refusent de me parler de leurs prétendues rencontres avec Bigfoot. Or, un bon nombre l’ont fait. Beaucoup souhaitaient même être cités nommément dans le livre. J’ai également été surpris par la quantité de données empiriques qu’ils recueillent, ainsi que par les efforts qu’ils déploient pour les analyser et leur donner un sens. Enfin, ils étaient tout à fait capables de reconnaître qu’une piste relevait de la supercherie ou du canular. Je pensais qu’ils chercheraient coûte que coûte à défendre des preuves fragiles.

Bartlett : Nous reproduisons plusieurs témoignages de ce type dans le livre. Des personnes disent par exemple : « Pendant des années, je me suis laissé tromper par ces empreintes. Je les croyais authentiques, puis j’ai découvert de nouveaux éléments qui m’ont fait changer d’avis. » Cela m’a surpris, moi aussi.

Le fait qu’ils recueillent des données empiriques signifie-t-il que leur démarche relève de la science ?

Bartlett : Dans la recherche institutionnelle, on travaille pour obtenir des financements, publier dans des revues de qualité et faire progresser ses travaux au sein d’une communauté scientifique. Si l’on souhaite associer son nom à une idée, cela passe par des articles évalués par les pairs et par le travail mené avec des doctorants qui poursuivront ensuite leurs recherches dans d’autres laboratoires. Chez les Bigfooters, en revanche, on trouve surtout des livres autoédités, des conférences consacrées au Bigfoot, des chaînes YouTube, des podcasts et d’autres formats du même genre. Or, ce ne sont pas forcément des moyens fiables de produire et de mettre à l’épreuve des connaissances. C’est l’un des aspects qui distinguent le plus clairement le Bigfooting de la science académique.

Ce qui était intéressant, lorsque j’étudiais les physiciens marginaux, c’était d’identifier ce qui les éloignait, de manière récurrente, de la pratique scientifique. Le point commun était une forme d’individualisme : l’idée qu’une personne seule peut recueillir et évaluer des preuves de façon totalement indépendante de toute communauté. Les physiciens que j’ai rencontrés considéraient souvent que le consensus scientifique était une menace. Or, dans les faits, le consensus, la continuité des travaux et le fonctionnement collectif constituent le socle même de la science.

Quelle est la forme de preuve la plus courante au sein de cette communauté ?

Lewis : Les témoignages. Sans les récits de personnes affirmant avoir vu Bigfoot, le phénomène des Bigfooters n’existerait tout simplement pas. Une grande partie de leur activité consiste à recueillir ces témoignages et à tenter de leur donner un sens. Ils comprennent mal pourquoi ces récits ont si peu de valeur aux yeux de la science institutionnelle. Ils font souvent le parallèle avec la justice, où un témoignage peut, à lui seul, conduire à une condamnation extrêmement lourde, voire à la peine de mort dans certains pays. Ils ne voient donc pas pourquoi les témoignages sont considérés comme des preuves aussi faibles en science.

Au-delà des témoignages, les empreintes de pas constituent sans doute l’indice matériel le plus célèbre et le plus fréquemment invoqué.

Photographie d’une prétendue empreinte de Bigfoot, prise à Hoopa (Californie) en septembre 1962 et publiée dans un article du Humboldt Times
Photographie d’une prétendue empreinte de Bigfoot, prise à Hoopa (Californie) en septembre 1962 et publiée dans un article du Humboldt Times.
wikipedia

Bartlett : Si les empreintes occupent une place aussi importante, c’est notamment en raison de l’héritage des recherches sur le yéti et des empreintes qui lui étaient attribuées. À une époque, ces indices avaient paru suffisamment convaincants pour amener certains scientifiques à penser qu’il existait effectivement quelque chose d’inconnu dans l’Himalaya. Par ailleurs, les deux principaux universitaires qui ont défendu l’hypothèse du Bigfoot, le regretté Grover Krantz à partir des années 1970, puis Jeffrey Meldrum dans les années 1990, ont eux aussi été persuadés par les empreintes.

Lewis : Aujourd’hui, les Bigfooters utilisent également des pièges photographiques, des enregistreurs audio, voire des analyses ADN sur des poils ou d’autres échantillons. Ils enregistrent des sons inhabituels et obtiennent souvent des images floues. Certains pensent que Bigfoot communique grâce aux infrasons, même si cette hypothèse est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté. On assiste donc à une diversification des types de preuves recherchées.

Comment savoir si une image ou un son renvoie réellement à Bigfoot ?

Bartlett : Les Bigfooters se rendent en forêt, enregistrent un son, par exemple, puis le comparent à des bases de données de chants d’oiseaux et de cris d’autres animaux. Il arrive qu’ils ne trouvent aucune correspondance. Si ce n’est ni une voiture, ni une personne, ni un ours, ni un élan, alors ils estiment qu’il reste une possibilité : Bigfoot. Le raisonnement est, dans une certaine mesure, le même pour les images.

Diriez-vous que cette manière d’interpréter les indices constitue la principale faiblesse de leur démarche ?

Lewis : Elle leur permet de ménager une place pour Bigfoot. Si un son ou une image ne peut être attribué à autre chose, alors, se demandent-ils, qu’est-ce que cela pourrait être ? Ils partent d’une absence d’explication pour en déduire une présence. À leurs yeux, c’est un raisonnement scientifique. Ce qui est intéressant, c’est que les Bigfooters invoquent souvent d’autres créatures légendaires pour renforcer l’hypothèse du Bigfoot. Il y a une phrase que j’entends régulièrement : « It ain’t no unicorn » (« En tout cas, ce n’était pas une licorne. »).

Jeffrey Meldrum
Jeffrey Meldrum.
wikipedia

Comment s’organise la hiérarchie au sein de cette communauté ? Qui occupe le sommet ?

Lewis : Les figures les plus respectées sont généralement celles qui ont un lien avec le monde universitaire. Andy a déjà évoqué Jeff Meldrum. Il est malheureusement décédé très récemment, mais il incarnait, pour les Bigfooters, un pont avec la recherche académique contemporaine. Lors des conférences, si Jeff Meldrum intervenait, il était systématiquement programmé en dernier, comme tête d’affiche. Les personnalités de télévision, comme les animateurs de Finding Bigfoot ou d’Expedition Bigfoot, font également partie de cette catégorie de premier plan. En dessous, on trouve différents groupes plus ou moins influents, dont la Bigfoot Field Researchers Organization, qui est probablement l’organisation la plus connue.

Que pourraient apprendre les Bigfooters des scientifiques, et inversement ?

Lewis : Avant de commencer cette recherche, en lisant des ouvrages et en discutant avec d’autres personnes, j’avais l’impression que les Bigfooters étaient hostiles à la science. Ce n’est pas ce que nous avons constaté. Dans notre livre, nous soutenons qu’ils ne sont pas anti-science. J’irais même jusqu’à dire que beaucoup d’entre eux sont favorables à la science, mais se méfient des institutions scientifiques. À mon sens, le monde universitaire gagnerait à les considérer comme une forme de science citoyenne. Leur activité peut constituer une porte d’entrée intéressante pour mieux connaître son environnement local.

Par exemple, grâce à un piège photographique, ils ont observé un animal – je crois qu’il s’agissait d’une martre des pins – qui n’était pas censé être présent dans cette région. Ils accumulent donc une grande quantité de données. Ils ne sont pas irrationnels. Leur démarche est différente de celle des chasseurs de fantômes, car elle ne suppose pas l’existence d’un phénomène entièrement surnaturel. L’hypothèse est simplement qu’un animal inconnu de la science vivrait quelque part. C’est très improbable, certes, mais pas impossible. En revanche, ce qui leur manque, c’est la discipline propre à la recherche académique : n’importe qui peut se déclarer Bigfooter.

Avez-vous entendu un témoignage qui vous a particulièrement marqué ou semblé convaincant ?

Lewis : Est-ce que je me suis parfois laissé emporter par le récit ? Bien sûr. Un peu comme lorsqu’on regarde un film. Si vous êtes plongé dans le noir devant un film d’horreur, vous continuez à y penser pendant un moment avant de reprendre vos esprits. Il m’est souvent arrivé d’aller me coucher encore électrisé par ce que je venais d’entendre, en me disant : « Je ne sais pas ce que c’était, mais quelle histoire ! » Au fond, c’étaient d’excellents récits. Avec le temps, j’ai appris à faire la distinction entre l’entretien lui-même et ce que j’en pensais ensuite.

Si vous croisiez Bigfoot dans une forêt, comment vous y prendriez-vous pour convaincre les autres ?

Lewis : Beaucoup de Bigfooters commencent leur récit par des précautions du type : « Mon père ne croit pas au Bigfoot » ou « J’ai passé des années à remettre en question ce que j’avais vu. » Ils cherchent ainsi à se présenter comme des personnes rationnelles et raisonnables. Cela créait une forme de proximité entre eux et moi. Et, au fond, je pense que je ferais probablement la même chose.

Bartlett : Si je rencontrais Bigfoot, je mobiliserais sans doute tous les procédés qui permettent de convaincre que l’on est une personne crédible, lucide et rationnelle – exactement comme le font les témoins que nous avons étudiés. Je m’attendrais à ce que personne ne me croie. J’insisterais donc sur le fait que je mets en jeu ma crédibilité d’universitaire. En plus de décrire la rencontre elle-même, j’utiliserais tous ces ressorts rhétoriques auxquels les Bigfooters ont recours pour tenter de convaincre leur auditoire.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. « En tout cas, ce n’était pas une licorne… » Des sociologues ont interrogé 130 chasseurs de Bigfoot – https://theconversation.com/en-tout-cas-ce-netait-pas-une-licorne-des-sociologues-ont-interroge-130-chasseurs-de-bigfoot-287204

À quoi servent les grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ?

Source: The Conversation – in French – By Rui Bo, Associate Professor of Electrical and Computer Engineering, Missouri University of Science and Technology

La visibilité préside au choix de la couleur de ces boules. MdE/Wikimedia, CC BY

Ces sphères orange que l’on aperçoit au-dessus des lignes à haute tension ne transportent pas l’électricité. Elles constituent en réalité un dispositif de sécurité aérienne aussi simple qu’efficace, conçu pour protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.


Vous est-il déjà arrivé, sur l’autoroute, de lever les yeux et d’apercevoir ces grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ? On dirait d’immenses perles enfilées sur les câbles à haute tension. Mais que font donc ces ballons de basket géants perchés là-haut ?

Je suis professeur et mes recherches portent sur les réseaux électriques, ces vastes infrastructures qui acheminent l’électricité des centrales jusqu’à nos maisons, nos écoles et nos entreprises.

Ces grosses boules orange ne servent ni à transporter l’électricité ni à améliorer le fonctionnement des lignes à haute tension. En revanche, elles remplissent une mission essentielle. Officiellement appelées « balises aéronautiques sphériques » ou « sphères de balisage », elles permettent aux pilotes de repérer les lignes électriques afin d’éviter que des avions ou des hélicoptères ne les percutent.

En quelque sorte, ce sont de grands panneaux d’avertissement suspendus dans le ciel, destinés à protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.

De grands panneaux d’avertissement dans le ciel

Depuis un avion ou un hélicoptère, les lignes électriques peuvent être très difficiles à distinguer, en particulier lorsque les pilotes volent à basse altitude. Les câbles métalliques, très fins, se fondent facilement dans le paysage. Les boules orange rendent ces lignes beaucoup plus visibles. On peut les comparer aux bandes réfléchissantes d’un vélo : un dispositif simple, mais qui permet de repérer un danger avant qu’il ne soit trop tard.

Le choix de la couleur orange n’a rien d’un hasard. Cette teinte très vive est particulièrement visible pour l’œil humain et se détache nettement des couleurs plus discrètes de l’environnement, qu’il s’agisse du bleu du ciel, du vert des arbres ou du gris des nuages.

Il arrive que ces sphères soient rouges, blanches ou même rayées, mais l’orange reste la couleur la plus répandue, car elle offre une excellente visibilité dans la plupart des conditions d’éclairage.

Les règles de sécurité aérienne de nombreux pays précisent les couleurs à utiliser afin que les pilotes puissent identifier rapidement les obstacles. Aux États-Unis, par exemple, la Federal Aviation Administration publie des recommandations détaillant le balisage des obstacles situés à proximité des trajectoires aériennes.

Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation
Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation.
Lisa Meiman/Western Area Power/Flickr, CC BY

Depuis le sol, ces sphères peuvent sembler à peine plus grosses que des balles de ping-pong. En réalité, la plupart sont beaucoup plus imposantes : elles mesurent environ 60 centimètres à 1 mètre de diamètre, soit la taille d’un gros ballon de plage.

Chacune pèse entre 4,5 et 11 kilogrammes, l’équivalent d’un grand sac à dos rempli de livres. Elles sont généralement fabriquées en plastique très résistant ou en fibre de verre, des matériaux également utilisés pour les bateaux ou les équipements d’aires de jeux. Elles peuvent ainsi résister pendant des années au soleil, à la pluie, à la neige, au vent… et même aux oiseaux qui viennent s’y poser de temps à autre.

Même si elles sont fixées sur des lignes transportant d’énormes quantités d’électricité, ces sphères ne sont pas elles-mêmes sous tension. Elles sont fabriquées à partir de matériaux isolants, qui ne laissent pas passer le courant électrique.

Pourquoi y a-t-il autant de câbles dans notre ciel ?

Les lignes à haute tension sont les autoroutes de l’électricité : elles acheminent le courant depuis les centrales où il est produit jusqu’aux lieux où il est consommé.

Les câbles sont suspendus entre de solides pylônes métalliques ou des poteaux en bois de grande hauteur. L’objectif est de maintenir ces lignes à haute tension suffisamment éloignées du sol pour garantir la sécurité des personnes qui circulent ou vivent à proximité. Certains pylônes de transport d’électricité, notamment ceux qui supportent les lignes à très haute tension, peuvent atteindre la hauteur d’un immeuble de 15 étages.

Si vous observez attentivement une ligne à très haute tension, vous verrez souvent trois gros câbles, parfois surmontés d’un quatrième, plus fin, appelé câble de garde. Placée au point le plus élevé, cette ligne est la plus susceptible d’être frappée par la foudre. Elle protège ainsi les autres câbles contre les surtensions susceptibles d’endommager les équipements ou de provoquer des coupures d’électricité. Relié à la terre, le câble de garde permet au courant de la foudre de s’écouler en toute sécurité le long du pylône jusqu’au sol.

Les trois principaux câbles fonctionnent ensemble pour transporter l’électricité selon un système triphasé. En répartissant le courant sur trois conducteurs plutôt qu’un seul, le réseau peut acheminer davantage d’énergie tout en limitant les pertes, ce qui améliore son efficacité.

Comment les boules sont-elles fixées aux câbles ?

L’installation des sphères de balisage aéronautique est réalisée par des équipes spécialement formées, qui interviennent souvent depuis un hélicoptère. Dans la plupart des cas, la ligne électrique reste sous tension pendant les travaux, ce qui exige des procédures de sécurité très strictes et une préparation minutieuse.

La sphère est constituée de deux demi-coques qui se referment autour du câble avant d’être solidement boulonnées l’une à l’autre.

Une fois en place, ces balises peuvent rester en service de 10 à 15 ans, selon les conditions météorologiques et leur environnement. Elles nécessitent peu d’entretien, mais les gestionnaires des réseaux les inspectent régulièrement afin de vérifier qu’elles ne sont ni fissurées ni trop décolorées.

Toutes les lignes électriques n’ont pas besoin de ces balises. Elles sont principalement installées dans les zones où les aéronefs sont susceptibles de voler à basse altitude, par exemple à proximité des rivières, des vallées, des aéroports ou des couloirs empruntés par les hélicoptères. Les lignes de distribution qui alimentent les quartiers sont généralement trop basses pour nécessiter un tel balisage.

La prochaine fois que vous apercevrez ces points orange dans le ciel, vous saurez donc qu’il ne s’agit pas d’un équipement destiné au transport de l’électricité, et que leur couleur n’a rien d’un hasard. Ces sphères sont des dispositifs simples mais ingénieux, conçus pour rendre le ciel un peu plus sûr.

The Conversation

Rui Bo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À quoi servent les grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ? – https://theconversation.com/a-quoi-servent-les-grosses-boules-orange-suspendues-aux-lignes-electriques-287203

Botticelli : une nouvelle étude relance le mystère de la mort de son célèbre modèle

Source: The Conversation – in French – By Paolo Pozzilli, Honorary Professor of Diabetes and Clinical Research, Queen Mary University of London

Simonetta Vespucci aurait prêté ses traits au sujet principal de « La Naissance de Vénus » de Botticelli, l’un des chefs-d’œuvre les plus célèbres de l’histoire de l’art. Sandro Botticelli, Public domain, via Wikimedia Commons

En croisant l’analyse des portraits de Botticelli, des lettres contemporaines et les connaissances médicales actuelles, des chercheurs proposent un nouveau diagnostic pour expliquer la mort de Simonetta Vespucci. Une hypothèse qui montre comment la médecine peut éclairer les énigmes de l’histoire.


Simonetta Vespucci est sans doute l’une des femmes les plus représentées dans la peinture de la Renaissance italienne. On considère généralement que Sandro Botticelli s’est inspiré d’elle pour peindre Vénus, et elle apparaît, transformée et idéalisée, dans plusieurs de ses œuvres les plus célèbres.

Elle meurt en 1476, à seulement 23 ans. Pendant des siècles, les historiens ont estimé que la tuberculose en était la cause : la maladie était fréquente, souvent mortelle, et correspondait au destin d’une jeune femme dépérissant rapidement.

En 2019, mes collègues et moi avons proposé une autre explication. Nous avons étudié les portraits attribués à Botticelli ainsi que les descriptions écrites de l’époque afin de déterminer si le visage de cette même femme évoluait d’une œuvre à l’autre d’une manière pouvant révéler une maladie sous-jacente.

Nous avons mis en évidence une transformation progressive de ses traits au fil de plusieurs tableaux : de légères modifications de la mâchoire, des arcades sourcilières et des tissus mous du visage. Ce sont précisément le type de changements que l’on observe chez les patients atteints d’un adénome hypophysaire, une tumeur de l’hypophyse, cette petite glande située à la base du cerveau qui contrôle la production des hormones.

Plus précisément, nous avons émis l’hypothèse d’une tumeur sécrétant à la fois de l’hormone de croissance et de la prolactine. Un excès de ces hormones peut modifier progressivement les contours du visage et, dans certains cas, provoquer une production de lait inattendue. Or, une figure allégorique dans l’une des œuvres de Botticelli semble précisément représenter ce symptôme.

Simonetta Vespucci
Simonetta Vespucci.
Wikimedia, CC BY-SA

Notre article de 2019 se voulait prudent. Nous ne prétendions pas apporter une preuve, mais proposer une interprétation médicale crédible des indices visuels, en croisant l’histoire de l’art et l’endocrinologie clinique.

Aujourd’hui, dans un nouvel article publié dans Endocrinology, Diabetes and Metabolism, mon équipe et moi allons plus loin. Nous estimons que la mort même de Simonetta – soudaine, rapide et spectaculaire selon les récits contemporains – est compatible avec une urgence médicale bien précise : une apoplexie hypophysaire, c’est-à-dire une hémorragie ou un infarctus survenant au niveau d’une tumeur de l’hypophyse.

L’apoplexie hypophysaire survient lorsqu’une tumeur de l’hypophyse saigne ou augmente brutalement de volume. Elle provoque généralement un violent mal de tête, des troubles de la vision, un état confusionnel, puis une dégradation rapide de l’état du patient à mesure que le système de régulation hormonale de l’organisme s’effondre.

Nous avançons que cette hypothèse permet d’expliquer un élément que la seule tuberculose peine à rendre compte : comment une jeune femme jusque-là en bonne santé apparente a pu passer, en très peu de temps, d’un état normal à la mort. Les infections chroniques comme la tuberculose entraînent en général une détérioration plus lente et plus visible de l’état de santé.

Trois faisceaux d’indices

Notre hypothèse repose sur trois faisceaux d’indices. Le premier concerne les transformations physiques visibles d’un portrait à l’autre. Botticelli l’a peinte à plusieurs reprises, des années 1470 jusqu’à La Naissance de Vénus (1482-1485), réalisée après sa mort. Ces évolutions suggèrent qu’une tumeur s’est développée progressivement au fil des mois, voire des années.

Le deuxième tient aux symptômes rapportés dans les chroniques de sa dernière maladie, notamment les lettres échangées entre Piero Vespucci et Laurent de Médicis. Elles décrivent son malaise lors d’un bal, puis les violents maux de tête, les hallucinations, les vomissements et la fièvre qui ont suivi – un tableau clinique qui correspond étroitement à celui d’une apoplexie hypophysaire.

Le troisième faisceau d’indices repose sur deux événements documentés survenus dans les mois précédant sa mort : son effondrement après une danse particulièrement intense lors d’un bal, et une altercation violente présumée avec Alphonse II d’Aragon, duc de Calabre. Ces deux épisodes ont pu, de manière plausible, déclencher une hémorragie ou une augmentation brutale du volume de la tumeur.

Rien de tout cela ne constitue une certitude. Il n’existe ni prélèvement de tissu datant de 1476, ni examen d’imagerie, ni aucun moyen d’étudier directement Simonetta. Il ne nous reste que des tableaux, des lettres et un raisonnement clinique appliqué cinq siècles après les faits.

Ce que nous pouvons affirmer, en revanche, c’est qu’une tumeur capable de remodeler progressivement le visage d’une personne peut aussi, si elle se rompt, entraîner une mort rapide. Pris ensemble, les portraits et les sources historiques racontent une histoire plus complète que chacun ne le ferait isolément.

Nous espérons que cette hypothèse incitera historiens et médecins à réexaminer des cas comme celui de Simonetta. Les connaissances médicales peuvent parfois apporter des réponses à des questions auxquelles les seules sources historiques ne permettent pas de répondre. À l’inverse, certaines énigmes historiques peuvent conduire la médecine à repenser la manière dont les maladies évoluent dans l’organisme au fil du temps.

The Conversation

Paolo Pozzilli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Botticelli : une nouvelle étude relance le mystère de la mort de son célèbre modèle – https://theconversation.com/botticelli-une-nouvelle-etude-relance-le-mystere-de-la-mort-de-son-celebre-modele-287697

Pourquoi respire-t-on surtout par une seule narine ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Adam Taylor, Professor of Anatomy, Lancaster University

Contrairement aux apparences, nous ne respirons presque jamais de façon égale par nos deux narines. Cette alternance, orchestrée par le cerveau, est indispensable au bon fonctionnement du nez, même si certaines maladies ou allergies peuvent la perturber.


L’un des aspects les plus pénibles d’un rhume ou des allergies saisonnières est d’avoir le nez bouché. Respirer par les narines devient alors difficile, voire impossible.

Mais même lorsque vous n’êtes pas malade, vous avez peut-être remarqué qu’en inspirant profondément, une seule de vos narines semble vraiment laisser passer l’air. Pas d’inquiétude : avant de croire que vous êtes en train de tomber malade, sachez qu’il s’agit en réalité d’un phénomène tout à fait normal de votre organisme.

Plusieurs fois par jour, sans même que nous nous en rendions compte, nos narines alternent naturellement : l’une laisse passer davantage d’air que l’autre. Ce phénomène, appelé cycle nasal, joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de notre nez.

Lorsque nous sommes éveillés, cette alternance peut se produire toutes les deux heures environ. Elle est moins fréquente pendant le sommeil, car notre respiration ralentit et le volume d’air que nous inspirons et expirons diminue.

Le cycle nasal repose sur deux phases principales : la congestion et la décongestion. Pendant la phase de congestion, le flux d’air diminue dans une narine, tandis que l’autre est décongestionnée, ce qui permet à davantage d’air d’y circuler. Mais cette narine « dominante » finit par se fatiguer : le passage continu de l’air l’assèche et l’expose davantage aux agents pathogènes. C’est précisément pour cette raison que les rôles des deux narines s’inversent régulièrement.

Cette alternance est entièrement automatique. Elle est régulée de manière inconsciente par l’hypothalamus, une région du cerveau. Certaines personnes ne présentent toutefois pas de cycle nasal, notamment celles souffrant d’un trouble de l’hypothalamus. Des travaux suggèrent également que la narine gauche est plus souvent dominante, en particulier chez les droitiers.

Des études sur la respiration nasale suggèrent aussi que lorsque la narine droite est dominante, l’organisme se trouverait dans un état de vigilance ou de stress. À l’inverse, lorsque la narine gauche prend le relais, le corps tendrait à être dans un état plus détendu.

Le cycle nasal remplit plusieurs fonctions essentielles.

La première est de protéger la muqueuse du nez et l’ensemble des voies respiratoires. Chaque jour, au moins 12 000 litres d’air traversent le nez, qui constitue ainsi une première ligne de défense contre les agents pathogènes. L’alternance entre les deux narines limite les risques de lésions et permet aux tissus nasaux de conserver toute leur efficacité pour se défendre contre les microbes.

Le nez a également besoin de temps pour se reposer et se réparer. L’air qui y circule assèche progressivement les muqueuses. Sans ces périodes de récupération, les tissus seraient plus vulnérables aux infections et à l’inflammation. La phase de congestion s’accompagne également d’une augmentation du flux sanguin dans les vaisseaux du nez. Cet afflux de sang permet de maintenir les muqueuses bien hydratées, favorisant ainsi leur réparation et leur régénération. Il contribue aussi à réchauffer et humidifier l’air lorsqu’il traverse la narine.

Quand le cycle nasal est perturbé

De nombreux facteurs peuvent perturber le fonctionnement normal du cycle nasal. Les infections respiratoires, comme le rhume ou la grippe, entraînent une augmentation de la production de mucus, ce qui gêne l’alternance naturelle entre les deux narines.

Les allergènes, comme le pollen ou les acariens, peuvent également provoquer une forte inflammation des tissus du nez, perturbant à leur tour le bon déroulement du cycle nasal. Certains médicaments, notamment ceux prescrits contre l’hypertension, peuvent également irriter la muqueuse nasale. En effet, ils agissent sur les vaisseaux sanguins dans tout l’organisme, y compris ceux du nez.

L’utilisation excessive de décongestionnants nasaux (plus de cinq jours d’affilée) peut provoquer une rhinite médicamenteuse, une forme de congestion causée par ces médicaments eux-mêmes. Le gonflement brutal des tissus nasaux perturbe alors le fonctionnement normal du cycle nasal.

Chez d’autres personnes, ce sont des anomalies anatomiques qui perturbent le cycle nasal. Les polypes nasaux, présents chez environ 4 % de la population, sont des excroissances de la muqueuse qui se développent généralement dans les deux narines. Ils réduisent le passage de l’air, ce qui rend le cycle nasal moins efficace et donne l’impression que les deux narines sont en permanence bouchées.

Une déviation de la cloison nasale – lorsque la paroi de cartilage et d’os qui sépare les deux narines n’est pas centrée – peut également provoquer une sensation persistante de nez bouché. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour améliorer la respiration et la qualité du sommeil.

Même des facteurs aussi simples que le fait de s’allonger ou de s’avachir peuvent influencer le cycle nasal. En position allongée, le sang afflue davantage vers les tissus du nez. Sous l’effet de la gravité, le contenu des sinus se déplace également vers la narine la plus proche de l’oreiller. Celle-ci peut alors se boucher, ce qui rend la respiration plus difficile et perturbe le fonctionnement normal du cycle nasal.

Si vous avez le nez bouché, les infections respiratoires, comme le rhume ou la grippe, sont le plus souvent en cause. La congestion peut mettre jusqu’à deux semaines à disparaître. En cas de sinusite, c’est-à-dire d’infection des sinus, les symptômes peuvent persister jusqu’à quatre semaines.

Les allergies au pollen sont elles aussi une cause fréquente de perturbation du cycle nasal. Les symptômes peuvent durer plusieurs semaines, selon l’allergène en cause. Pendant la saison des pollens, la prise régulière d’antihistaminiques peut contribuer à soulager les symptômes et à réduire la congestion.

En revanche, si une narine reste bouchée de façon persistante pendant plus de deux semaines, il est préférable de consulter un médecin, surtout si vous présentez un écoulement nasal inhabituel ou des sécrétions dont l’aspect vous semble anormal.

The Conversation

Adam Taylor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi respire-t-on surtout par une seule narine ? – https://theconversation.com/pourquoi-respire-t-on-surtout-par-une-seule-narine-287205

El trauma de la Guerra Civil sigue vivo: un estudio analizará sus secuelas psicológicas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nereida Bueno Guerra, Profesora adjunta de la Facultad de Ciencias Humanas y Sociales, Departamento de Psicología, Universidad Pontificia Comillas

Everett Collection/shutterstock

El 18 de julio se conmemora el 90 aniversario del inicio de la guerra civil española, el evento más devastador de nuestra historia reciente. A pesar de haber pasado casi un siglo, sus secuelas psicológicas siguen afectando a miles de personas, supervivientes o descendientes, con un impacto equiparable a un problema de salud pública, sin que exista un registro exhaustivo de estos síntomas ni una atención especializada.

Lejos de ser una cuestión exclusivamente política, la psicología tiene mucho que decir sobre este fenómeno.

Una “epidemia” de estrés postraumático

En tan solo tres años, la guerra civil española dejó cerca de 500 000 muertos –aunque la cifra varía, según las fuentes consultadas, entre las 380 000 y 700 000 víctimas–.

La posterior dictadura de cuatro décadas sometió a “una de las dos Españas” –en versos de Antonio Machado– a violencia, persecución y humillación, impidiendo además cualquier ritualización de las despedidas a los seres queridos. Esto dio lugar a una auténtica “epidemia” de estrés postraumático, con síntomas como la hipervigilancia, las pesadillas y los pensamientos intrusivos.

Cuando llegó la Transición, el “pacto del olvido” tampoco trajo la paz que tantos esperaban: las familias se vieron obligadas a guardar silencio sobre su sufrimiento, en lo que se conoce como “el grito de Hilda”, un homenaje a las víctimas de la represión de la recientemente fallecida Hilda Farfante, hija de dos maestros fusilados, que se convirtió en el himno de los desaparecidos del franquismo.

Como respuesta nace el proyecto BENITA (Bienestar psicológico ante la Exhumación y duelo No resuelto: Influencia del Trauma y la pérdida Ambigua en familias de víctimas de la represión franquista). Se trata del primer estudio terapéutico con víctimas del franquismo en España y cuenta con la colaboración de la Asociación Comisión de la Verdad San Sebastián de los Reyes (ACVSSR). A través de él, y a partir de este mes de julio, un equipo interdisciplinar de especialistas en victimización e intervención en duelo entrevistará durante cuatro años a familiares de segunda a cuarta generación de víctimas del franquismo para detectar los síntomas.

Duelos congelados, duelos desautorizados

Para quienes vivieron directamente la represión, no saber dónde se encuentra su familiar da lugar a lo que Pauline Boss, catedrática emérita de la Universidad de Minnesota, define como “pérdida ambigua”: un duelo sin un cuerpo al que llorar. A ese malestar, el miedo a las represalias del régimen pudo sumarle un duelo congelado –a la espera de un momento en que poder expresarlo– y desautorizado, no reconocido por toda la sociedad.

Para las generaciones más recientes, la desautorización adopta otra forma: la falta de una defensa unánime de la necesidad de atención emocional. Sin esa validación, el duelo no puede elaborarse, independientemente de cuándo se haya nacido, como ya se ha documentado en familiares de distintas generaciones en otros países que atravesaron dictaduras, como Chile.

La conjunción de estos fenómenos explica la transmisión intergeneracional del trauma: en un estudio con descendientes de quienes padecieron el genocidio de Ruanda se observó que el dolor de las primeras generaciones afectaba a las siguientes, que mantienen los síntomas psicológicos asociados al trauma.

Es más, personas de tercera y cuarta generación en España, incluso sin haber conocido a quienes faltan, pueden seguir sufriendo por el mismo motivo que sufrieron sus antepasados. ¿Podemos permitirnos las sociedades democráticas que existan personas con trauma sin brindarles atención?

¿Por qué sigue doliendo casi un siglo después?

En España hay registradas 4 922 fosas en el mapa del Ministerio de Política Territorial y Memoria Democrática. De ellas, casi el 17 % han sido dignificadas, pero el 40 % todavía no se han intervenido. Este mapa interactivo eleva el número a 6 000, indicando que en España no es posible estar a más de 50 kilómetros de una fosa común.

Imagen de tres personas excavando con cuidado unas fosas.
Excavación de la fosa en el cementerio de Bellaguarda (en Lleida) en la que se recuperaron los restos de quince personas asesinadas durante la guerra civil española.
Govern de Catalunya, CC BY

Esto significa que hay decenas de miles de familiares buscando los restos de sus allegados o esperando a que sean identificados como única forma de paliar el abismo del olvido al que se enfrentan.

Naciones Unidas articuló, en 2004, el marco de referencia internacional para abordar estos contextos: la Justicia Transicional. Se trata de un marco de intervención para países donde finaliza un conflicto, y se basa en cuatro pilares: la verdad, la justicia, la reparación y las garantías de no repetición.

La evidencia muestra que cuanto antes se aplica este marco, mayor es su eficacia. En países como Argentina, Chile o Sudáfrica, que han sufrido enfrentamientos civiles y dictaduras, las intervenciones que combinaban reconocimiento institucional e intervención psicológica en torno a esos cuatro pilares han aportado evidencia sobre el potencial reparador.

Hacia una solución de reparación

En ese sentido, las leyes de Memoria Histórica (2007), de Memoria Democrática (2022) y la Recomendación de la ONU en 2014 –que instaba a España a considerar la “búsqueda de desaparecidos como obligación estatal”– han sido pasos valiosos hacia algo similar a la justicia transicional. Entre otras cosas, han ayudado a validar a las familias, a dignificar la memoria de las víctimas y a impulsar la búsqueda de desaparecidos.

Pero, como hemos mencionado, el dolor acumulado persiste durante generaciones, como acreditan los bancos de voces que digitalizan horas de testimonios de supervivientes de toda España (Banco Audiovisual de Testimonios; HISMEDI; Vencidxs); libros con testimonios sobre duelo y exhumación (Lloros vueltos puños, de Ignacio Fernández de Mata; Remover cielo y tierra, de Zoe de Kerangat, o Las exhumaciones por Dios y por España, de Miram Saqqa). Todos son de un valor histórico incalculable.

El proyecto Benita es un compromiso científico, humano y social que pretende entender ese sufrimiento intergeneracional y ofrecer mecanismos de intervención basados en la evidencia para paliarlo antes de que pase más tiempo.

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Nereida Bueno Guerra invita habitualmente a su asignatura de Victimología en el doble grado de Psicología+Criminología en la universidad Pontificia Comillas a la Asociación Comisión de la Verdad de San Sebastián de los Reyes, que participa en el estudio narrado en el texto, para que víctimas de segunda y tercera generación cuenten su experiencia al estudiantado.

José Gamoneda Larripa y Pablo Cortina Rodríguez no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. El trauma de la Guerra Civil sigue vivo: un estudio analizará sus secuelas psicológicas – https://theconversation.com/el-trauma-de-la-guerra-civil-sigue-vivo-un-estudio-analizara-sus-secuelas-psicologicas-284136

Duelo de pronombres en la final del Mundial: ¿por qué en Argentina se usa ‘vos’ y en España ‘tú’?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Albitre Lamata, Profesora ayudante doctora, experta en lengua española, Universidad Complutense de Madrid

Una aficionada argentina y una española celebran las victorias de sus respectivos equipos durante el Mundial 2026. Carolina Jaramillo y Eugerrigo/Shutterstock

La del domingo será la primera final de habla hispana del campeonato mundial de fútbol desde la que disputaron Argentina y Uruguay en 1930. En esta ocasión, entre ambas selecciones mediará un océano y, a través de la distancia, también dos variedades del español diferentes, especialmente a la hora de expresar el trato de confianza. Porque justo antes del encuentro, un español le gritará a Lamine Yamal “¡tú puedes!” mientras que un argentino apelará a Messi diciendo “¡vos podés!”.

¿Por qué? ¿Cuál es la razón de que en Argentina usen vos y en España ? Lejos de ser un mero capricho geográfico, la utilización de estos pronombres es el resultado de un largo y complejo proceso de evolución histórica, gramatical y social.

El origen del duelo vs. vos: del latín al Siglo de Oro

Para comprender la distribución actual, es imprescindible remontarse a las raíces latinas de nuestro idioma. El latín contaba con el pronombre para dirigirse a un solo individuo y vos para referirse a la pluralidad. Sin embargo, la cortesía pronominal se transformó cuando, como respuesta al nos mayestático –empleado tradicionalmente en documentos papales y del discurso de las altas dignidades civiles y eclesiásticas, como reyes o emperadores–, el pronombre vos adquirió un valor de “pluralidad ficticia” dirigido a un único interlocutor al que se le debía reverencia.

Durante la Edad Media y gran parte del Siglo de Oro español, el pronombre vos se empleaba de manera generalizada para dirigirse tanto a un individuo como a varios. En el trato en singular, se utilizaba entre nobles o personas de igual rango, mientras que el quedaba reservado para dirigirse a inferiores (como los sirvientes) o para situaciones de extrema intimidad y familiaridad.

Con el tiempo, el uso del vos se extendió tanto en la escala social que se devaluó: perdió su prestigio y dejó de ser una forma distintiva para el trato de respeto hacia y entre las altas esferas sociales. Precisamente para llenar ese vacío de deferencia, a partir del siglo XVI se crearon nuevas formas de tratamiento compuestas, entre las que destacó vuestra merced. Debido a su uso frecuente, se fue desgastando fonéticamente a través de los siglos (vuesarced, vuasted, vusted) hasta convertirse en el actual pronombre usted.

El español peninsular: el triunfo de

A partir de los siglos XVI y XVII, los sistemas de tratamiento de nuestra lengua se reorganizaron. En la España peninsular, el pronombre vos terminó por desaparecer casi por completo del habla cotidiana. De esta forma, el sistema europeo se simplificó dejando como la forma habitual para el trato de confianza, en clara oposición al usted, que asumió el rol de respeto.

Asimismo, para eliminar la ambigüedad etimológica del plural, se consolidó el pronombre vosotros, empleado exclusivamente en la confianza plural, en oposición a ustedes. Sin embargo, esta distinción entre confianza y respeto en el plural no se aplica en todo el territorio español; en las islas Canarias y en la Andalucía occidental se suprimió esta oposición al emplearse únicamente la forma ustedes para designar a la segunda persona del plural.

Hoy en día, el único vestigio del vos en el español peninsular es el denominado “voseo reverencial”. Este uso queda muy restringido a actos ceremoniales, contextos litúrgicos o documentos oficiales dirigidos a altas dignidades. Además, gramaticalmente, el voseo reverencial difiere del americano: presenta formas verbales diptongadas (por ejemplo, vos sabéis, vos tenéis) y concuerda con los pronombres átonos de segunda persona del plural (os) y el posesivo “vuestro”.

El español rioplatense: el triunfo de vos

La historia tomó un rumbo muy distinto en el continente americano. Las corrientes colonizadoras y las posteriores divisiones sociopolíticas forjaron un mapa dialectal donde el vos pervivió con vitalidad como trato de familiaridad en la región del Río de la Plata.

Esta distribución no fue casual: las áreas americanas que hoy son mayoritariamente tuteantes, como México y Perú, coinciden con las regiones donde se asentaron los virreinatos y mantuvieron un contacto más estrecho con la metrópoli. En estas zonas se impuso la norma peninsular que acabó desplazando al vos en favor del .

Por el contrario, la región rioplatense se caracterizó por un menor trato con la administración central. Esta lejanía permitió que el voseo, libre de la presión normativa de los centros virreinales, sobreviviera y evolucionara hasta convertirse en el pilar de la identidad lingüística que hoy define a los hablantes de esta región.

Sin embargo, esto no siempre fue así. Durante mucho tiempo, el voseo rioplatense estuvo estigmatizado. Gramáticos ilustres del siglo XIX y XX, como Andrés Bello o Rufino José Cuervo, lo consideraron un vulgarismo o un “rígido arcaísmo”, y las instituciones educativas intentaron erradicarlo en favor del tuteo. No obstante, el arraigo social del voseo fue más fuerte. En la actualidad, es la única forma de tratamiento de confianza en la Argentina, empleada por todas las clases sociales y en todos los registros, un hecho que fue refrendado oficialmente por la Academia Argentina de Letras en 1982.

Desde el punto de vista morfológico, el voseo rioplatense presenta una serie de rasgos distintivos. En el ámbito pronominal, vos funciona como sujeto (vos sabés) y como término de preposición (con vos, para vos), pero toma prestado del paradigma del tú el pronombre átono (te) y el posesivo (tu, tuyo).

En lo verbal, se caracteriza por las llamadas desinencias monoptongadas en el presente de indicativo (cantás, tenés, partís), que surgieron por la contracción de las antiguas desinencias de segunda persona del plural (-ádes > –áes > –ás y –édes > –ées > –és), aunque en el español europeo se perdieron hacia mediados del siglo XVI. Además tuvo lugar la omisión de la –d final en el imperativo (cantá, tené, partí).

A esto se suma que, en gran parte del continente americano, el pronombre vosotros se perdió y se conservó ustedes como la única forma para el plural, tanto para el trato de confianza como de respeto.

En resumen, la camiseta roja y la albiceleste no serán el único rasgo identitario que se reflejará en la final del domingo: el uso de los pronombres de segunda persona también diferenciará a argentinos y españoles, como viene siendo habitual desde hace siglos.

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Paula Albitre Lamata recibe financiación del proyecto de I+D IMCORDIS II (PR27/25-32466) de la Universidad Complutense de Madrid.

Rubén Conde Rubio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Duelo de pronombres en la final del Mundial: ¿por qué en Argentina se usa ‘vos’ y en España ‘tú’? – https://theconversation.com/duelo-de-pronombres-en-la-final-del-mundial-por-que-en-argentina-se-usa-vos-y-en-espana-tu-287715

Los niños de la guerra: una historia desconocida del exilio literario republicano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Maravillas Moreno Amor, Investigadora colaboradora del Grupo ESPLIN: Escrituras Plurales: Intertextualidad e Interdisciplinariedad, Universidad de Murcia

Recopilación de fotos de niños españoles que se exiliaron en México durante la guerra civil. MaríaJoséFelgueresPlanells/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Sobre el escenario del teatro, un policía golpea a un estudiante. Lo muele a palos hasta que, al final, acaba tirándolo por una ventana. Un personaje lee cómo las autoridades dirán después que fue un accidente, que el joven se arrojó por propia voluntad.

Aunque la narración parece evocar el asesinato a manos de la Brigada Político-Social franquista del estudiante de Derecho Enrique Ruano, en realidad se trata de una escena ficticia de la obra de teatro Esta noche juntos, amándonos tanto, de Maruxa Vilalta. En esta pieza de 1970, la autora aprovecha para denunciar la represión de los estudiantes, un asunto que interpelaba tanto al país en el que vivía, México, como a su nación de origen, España, y que transcurría en un contexto mundial marcado por el Mayo del 68 francés y la Masacre de Tlatelolco.

Vilalta, como muchos otros compañeros de generación, escribió sobre España sin especificar que hablaba de ella.

La segunda generación

Se cumplen 90 años del golpe de Estado que desencadenó la guerra civil española. El aniversario invita a recordar uno de los efectos más dramáticos del conflicto bélico: el inicio del éxodo de medio millón de ciudadanos, muchos de los cuales permanecieron ya para siempre en su país de acogida. Las campañas de depuración política y represión contra los opositores se extendieron más allá de aquellos que tuvieron una clara implicación en el conflicto. Todos los miembros de una misma familia terminaban pagando un precio altísimo, aunque solo uno hubiera tenido militancia política.

Ante la amenaza, muchas personas optaron por huir para salvar la vida, preservar la libertad y escapar del ostracismo. La salida de España se produjo en un principio por vía terrestre, hacia Francia, y más tarde a través de los llamados “barcos del exilio”, como el Ipanema o el Sinaia, con destino al continente americano y, muy frecuentemente, a México.

Imagen de la cubierta del buque 'Sinaia' repleta de exiliados republicanos españoles a su llegada a México en 1939. Destaca la pancarta
Imagen de la cubierta del buque ‘Sinaia’ repleta de exiliados republicanos españoles a su llegada a México en 1939.
Wikimedia Commons, CC BY

En esos barcos convivían dos generaciones. Por un lado, viajaban personas reconocidas en sus respectivos campos profesionales y con un vínculo identitario profundo con España. Entre ellos figuran nombres como Juan Ramón Jiménez, María Teresa León, Luis Cernuda, María Zambrano o Max Aub, que siguieron ocupando posiciones relevantes en el ámbito cultural a ambos lados del Atlántico. Pero también viajaban niños, demasiado pequeños para guardar un recuerdo nítido del país que dejaban atrás.

A pesar de ello, el exilio los acompañó toda la vida: en los rituales de memoria familiar, en los distintos espacios de socialización, en los relatos compartidos y también como una condición que definiría su identidad a medio camino entre dos mundos. En ellos nació la inevitable idealización de un pasado y una patria que solo podían reconstruir a partir de la imaginación y los recuerdos prestados de sus mayores.

Además, pervivía entre ellos cierto deber ético de denunciar lo que en la España de Franco seguía ocurriendo, aunque no siempre con una referencia explícita.

No ser de ningún sitio del todo

Sin embargo, en España el interés por estudiar a esos niños de la guerra ha sido escaso y hoy siguen siendo prácticamente unos desconocidos en el país de sus padres. Incluso los estudios culturales de la memoria han obviado a aquellos que después se dedicaron a profesiones creativas, específicamente a la literatura.

Este olvido se explica, en parte, por la duda acerca de hasta qué punto el exilio influyó realmente en sus expresiones artísticas, dado que se produjo en una etapa tan temprana de la vida. Porque… ¿es posible construir una memoria sin recuerdo propio, es decir, reconstruir y apropiarse de un trauma que ha sido heredado o transmitido?

Precisamente volver la mirada hacia los niños de la guerra abre un debate más amplio: cómo la huella de un trauma histórico puede atravesar generaciones, persistir en el tiempo e incluso volverse más intensa entre quienes sufren un doble desarraigo y no logran sentirse del todo parte de ningún lugar por ser una mezcla de todos ellos.

En este sentido, la segunda generación es, como escribió el ensayista José Ramón Marra-López en 1965, el grupo “más exiliado de todos, sin encontrarse en parte alguna, ni siquiera en la región de los recuerdos”. Y lo es por varias razones.

Por un lado, estos niños de la guerra desarrollaron una identidad doble que generó un no-lugar. Su ambiente cultural y familiar contrastaba con los entornos en los que crecieron y se relacionaron fuera del hogar.

Además, muchos de quienes se dedicaron después a la escritura dirigieron sus obras a lectores que no eran españoles. Sin embargo, al mismo tiempo se sentían atraídos por la búsqueda de sus raíces, por ese país que les habían dicho que era el suyo. Debían encontrar una forma de expresión que interpelara a su entorno inmediato y, a la vez, articulara la memoria de una España que para ellos era más imaginada que real.

Fotografía de varios hombres y una mujer en una sala con un cuadro grande en la pared.
Algunos miembros de la segunda generación del exilio en un homenaje organizado por Ateneo Español de México en 1994.
Archivo Histórico Ateneo Español en México, CC BY-SA

Esta condición fronteriza derivó con frecuencia en lo que podríamos llamar una memoria multidireccional. En la obra de muchos escritores de esta generación, como Maruxa Vilalta, Angelina Muñiz-Huberman, Ramón Xirau o Teresa Gracia, se percibe un lenguaje universal que les permite tratar temas ligados a un compromiso ético surgido de la experiencia en el exilio (como guerras, dictaduras o violencia política).

Lo hacen, sin embargo, sin localismos ni referencias históricas que exijan conocer en detalle los sucesos españoles. Es habitual, además, que recuperen episodios de su tiempo para activar el recuerdo de otras épocas y otros conflictos. En definitiva, hacen memoria desde la abstracción o desde la actualización del símbolo, no tanto desde la referencia expresa.

Lo resume con claridad Angelina Muñiz-Huberman en estos versos de “Éxodo”, dentro del poemario Vilano al viento. Poemas del amor y del exilio, que vio la luz en 1982, justo cuando en España la Transición se daba por terminada:

“Y cuando quisimos,

por lo menos,

tener un recuerdo,

solo recordamos

que no habíamos traído

ni un solo recuerdo”.

Recuperar sus voces

Estas estrategias artísticas han dificultado que la segunda generación encontrara su lugar en los cánones literarios. A pesar de los esfuerzos de algunos investigadores, en España la historiografía hegemónica ha sido poco proclive a incorporar estas voces. No les ha considerado propiamente españoles por una cuestión biológica (se fueron siendo niños o incluso nacieron ya en el exilio) y, además, en muchos de sus textos resulta difícil encontrar una referencia explícita a la patria perdida.

Pero tampoco los sistemas literarios de los países de acogida los han integrado con facilidad. Sus preocupaciones éticas, heredadas del proyecto político de sus mayores, se suman a su compleja identidad nacional para expulsarlos, una vez más, del canon. Esta frase de uno de ellos, el escritor Luis Rius, resume bien su posición:

“Era demasiado temprano para que, al llegar a México, fuéramos ya, como nuestros padres, españoles; y demasiado tarde para poder ser mexicanos”.

Por eso, a 90 años del comienzo del exilio, España tiene una deuda pendiente con los niños de la guerra. Reconocerla implica aceptar que no siempre hace falta tener un recuerdo explícito para hacer un ejercicio de memoria sobre el trauma. La forma en la que estos creadores expresaron su condición de exiliados se asienta, necesariamente, en la superación de una identidad única y en la consolidación de una memoria que dialoga con otras heridas, otros tiempos y otros lenguajes.


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The Conversation

Maravillas Moreno Amor no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los niños de la guerra: una historia desconocida del exilio literario republicano – https://theconversation.com/los-ninos-de-la-guerra-una-historia-desconocida-del-exilio-literario-republicano-282113

Los arrecifes de coral parecen distintos alrededor del mundo pero siguen las mismas reglas matemáticas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Àlex Giménez Romero, Postdoctoral fellow, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

Vista aérea de un paisaje arrecifal, donde se observan arrecifes de tamaños y formas muy diferentes: desde estructuras compactas y redondeadas hasta otras más irregulares, atravesadas por canales y lagunas interiores. ©superjoseph Canva.com, CC BY

Vistos desde el aire, los arrecifes de coral parecen manchas irregulares dibujadas sobre el océano. Algunos son redondeados y compactos; otros son alargados, como si siguieran la línea de la costa. Algunos forman anillos con una laguna en el centro, otros se extienden como laberintos, con canales, huecos y ramificaciones difíciles de describir con una forma simple.

Esa diversidad visual es una de las razones por las que los arrecifes han fascinado durante tanto tiempo a naturalistas, geólogos y ecólogos; incluyendo al mismísimo Darwin. A simple vista, cada arrecife parece contar una historia distinta: la de las corrientes que lo rodean, la profundidad del fondo marino, la disponibilidad de luz, el crecimiento de los organismos que lo construyen y los procesos de erosión que lo modifican durante siglos o milenios.

Pero cuando dejamos de mirar un arrecife concreto y observamos todos los arrecifes tropicales del planeta a la vez, aparece algo inesperado: bajo esa enorme variedad de formas hay regularidades comunes.




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Muchos arrecifes pequeños y pocos gigantes

En nuestro estudio analizamos más de 1,5 millones de arrecifes tropicales de aguas someras a partir del Allen Coral Atlas, un mapa global elaborado a partir de imágenes de satélite e inteligencia artificial. Para cada arrecife medimos rasgos muy simples: cuánto ocupan, qué perímetro tienen, qué forma adoptan y a qué distancia se encuentran de otros arrecifes.

Al reunir todos esos datos, apareció un resultado sorprendente: arrecifes situados en regiones tan distintas como el Caribe, Brasil, el Pacífico, el océano Índico o el mar Rojo comparten patrones espaciales muy parecidos. Su enorme diversidad local esconde una organización común.

Uno de los resultados más claros aparece al observar su tamaño. Hay muchísimos arrecifes pequeños y muy pocos enormes. A medida que aumenta el tamaño, el número de arrecifes disminuye siguiendo prácticamente la misma pauta en las distintas zonas coralinas del planeta. Lo sorprendente, por tanto, no es solo que los arrecifes pequeños sean más frecuentes, sino que la relación entre pequeños y grandes obedezca a una regla común a escala global.

Distribución global del tamaño de los arrecifes de coral. Cada color representa una zona coralina distinta. En todas ellas se observa el mismo patrón: hay muchísimos arrecifes pequeños y cada vez menos arrecifes a medida que aumenta su superficie. La línea negra muestra la ley matemática común que describe esta relación.
Alex Giménez Romero, CC BY

De manchas compactas a paisajes laberínticos

El tamaño de un arrecife no solo nos dice cuánto ocupa, sino también cómo tiende a ser su forma. Los de tamaño pequeño suelen parecer manchas relativamente simples, más compactas, más redondeadas y con contornos menos irregulares. En los grandes, en cambio, la forma cambia. Algunos se estiran, otros se llenan de huecos, canales o lagunas interiores, y muchos desarrollan bordes muy irregulares.

Es decir, los arrecifes no parecen crecer como círculos que simplemente se hacen cada vez más grandes. Al aumentar de tamaño, su estructura se transforma. Lo que empieza como una forma relativamente sencilla puede convertirse en una figura alargada, abierta o laberíntica.

La organización del paisaje también muestra una pauta común: la mayoría de los arrecifes tiene otros arrecifes cerca, como si formaran archipiélagos submarinos. Solo unos pocos aparecen mucho más aislados. De nuevo, lo sorprendente no es únicamente que exista este patrón, sino que se repita en regiones muy alejadas entre sí.

Ejemplos reales de arrecifes tropicales ordenados por superficie. Los arrecifes pequeños suelen ser más compactos y redondeados, mientras que los de mayor tamaño presentan formas más alargadas, abiertas o laberínticas, con canales y lagunas interiores. Las siluetas corresponden a arrecifes distintos y no representan etapas sucesivas del crecimiento de un mismo arrecife. Elaboración propia a partir de datos del Allen Coral Atlas.
Alex Giménez Romero, CC BY

Un orden escondido en el desorden

Estos resultados sugieren que los arrecifes de coral, pese a su diversidad local, comparten una forma de organización espacial. Esa organización probablemente emerge de la interacción entre muchos procesos: el crecimiento de los organismos que forman el arrecife, la acción de las olas y corrientes, los cambios en el nivel del mar, la acumulación de carbonato y la erosión. Una pista de por qué surgen estas formas es geométrica: un contorno ramificado expone mucha más superficie al agua que una mancha compacta del mismo tamaño, lo que facilita el acceso a luz, nutrientes y flujo.

Medir estos patrones es un primer paso para entender de manera general cómo se forman los arrecifes. Antes de explicar por qué tienen ciertas formas, necesitamos saber con precisión cuáles son y si existen reglas comunes entre ellas. En este caso, sus formas recuerdan a las de una costa: cuanto más de cerca la observamos, más entrantes, salientes y detalles aparecen. Los matemáticos llaman fractales a estas estructuras, cuya complejidad se repite a distintas escalas. Nuestros resultados muestran que los arrecifes presentan este tipo de geometría.

Vista aérea de un paisaje arrecifal, donde se observan arrecifes de tamaños y formas muy diferentes: desde estructuras compactas y redondeadas hasta otras más irregulares, atravesadas por canales y lagunas interiores. Imagen: ©superjoseph mediante Canva.com.
©superjoseph mediante Canva.com, CC BY



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Por qué importa conocer su forma

Estos patrones abren preguntas importantes. ¿Qué procesos generan formas tan parecidas en lugares tan distintos y qué papel tienen las corrientes, la profundidad o el crecimiento de los organismos constructores del arrecife? ¿Pueden los modelos de formación de arrecifes reproducir estas regularidades globales?

Los arrecifes de coral están entre los ecosistemas marinos más conocidos por su belleza y por su importancia ecológica. También están sometidos a fuertes presiones ambientales. Aunque nuestro trabajo no se centra en diagnosticar su estado de conservación, entender su estructura espacial puede ayudar en el futuro a mejorar los modelos de crecimiento de arrecifes, el seguimiento de estos ecosistemas y la forma en que pensamos su conservación y restauración. Conocer esta organización a distintas escalas también podría ser útil de forma práctica: si los arrecifes sanos tienden a seguir ciertas regularidades geométricas, esos patrones podrían servir como referencia a la hora de diseñar arrecifes artificiales o planificar actuaciones de restauración que imiten propiedades de la estructura espacial de los sistemas naturales.

Los arrecifes parecen caóticos cuando los observamos uno a uno. Pero, al medirlos todos juntos, muestran un orden inesperado. En esa tensión entre diversidad visual y regularidad matemática está una de las claves para entender mejor cómo se organizan algunos de los paisajes más complejos del océano.

The Conversation

Manuel A. Matias recibe fondos de la Agencia Española de Investigación (AEI) y no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo y declara carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

Àlex Giménez Romero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los arrecifes de coral parecen distintos alrededor del mundo pero siguen las mismas reglas matemáticas – https://theconversation.com/los-arrecifes-de-coral-parecen-distintos-alrededor-del-mundo-pero-siguen-las-mismas-reglas-matematicas-285110

Nuestra mente ha evolucionado para sobrevivir, no para pensar racionalmente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Miguel Ángel Castro Nogueira, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

El pensamiento irracional es común en el ser humano, que razona con sesgos adaptativos, pero poco lógicos. Luca Romano / Unsplash. , CC BY

Nos gusta pensar que los seres humanos somos criaturas racionales. Que tomamos decisiones basadas en hechos, que cambiamos de opinión cuando aparecen pruebas mejores y que nuestras creencias son el resultado de pensar cuidadosamente el mundo. Pero basta abrir una red social, discutir de política o recordar algunos episodios de la historia para que esa imagen empiece a tambalearse.

Los seres humanos creen cosas absurdas con una facilidad asombrosa. Se aferran a ideas falsas, ignoran evidencias incómodas, justifican decisiones claramente equivocadas y, muchas veces, prefieren seguir teniendo razón antes que descubrir la verdad. Y lo más inquietante es que esto no parece una excepción: parece la norma.

Durante mucho tiempo, esta tendencia se interpretó como un fallo de nuestra mente. La explicación era sencilla: somos racionales, pero imperfectos. Sin embargo, las ciencias cognitivas y la psicología han empezado a sugerir algo mucho más incómodo y fascinante: quizá nuestra mente nunca evolucionó para buscar la verdad de forma imparcial.

Lgica evolutiva de la irracionalidad

La imagen clásica de la racionalidad imaginaba al ser humano como una especie de calculadora lógica: alguien capaz de analizar información, comparar opciones y elegir siempre la mejor alternativa. Pero la vida real funciona de otra manera.

Tomamos decisiones con prisa, cansancio, información incompleta y atención limitada. En esas condiciones, pensar lentamente y con absoluta precisión no siempre es una ventaja. A veces, simplemente, no hay tiempo.

Por eso, nuestra mente utiliza atajos mentales. La psicología los llama heurística: reglas rápidas que simplifican la realidad y nos permiten actuar sin analizarlo todo desde cero. Gracias a ellos, sobrevivimos en un mundo complejo, pero también cometemos errores previsibles. Tendemos, por ejemplo, a recordar más lo llamativo que lo importante, a buscar información que confirma lo que ya creemos, a exagerar riesgos recientes o a mantener opiniones, incluso, cuando las pruebas las contradicen.

Estos sesgos suelen verse como defectos irracionales. Pero hay otra manera de interpretarlos: como herramientas adaptativas. Una mente perfectamente lógica quizá sería admirable en un laboratorio, pero probablemente inútil para desenvolverse en la vida cotidiana.

Razonamos para convivir

Las investigaciones más recientes han ido todavía más lejos. Algunos autores sostienen que el razonamiento humano no evolucionó principalmente para descubrir verdades abstractas, sino para interactuar socialmente.

Razonamos para convencer, justificar nuestras decisiones, defendernos y evaluar las razones de otros. Eso explica algo muy humano: somos extraordinariamente buenos detectando errores ajenos y sorprendentemente torpes reconociendo los propios.

El famoso sesgo de confirmación –la tendencia a buscar solo pruebas favorables a nuestras ideas– deja entonces de parecer un accidente extraño. Tiene sentido en una mente diseñada para defender posiciones dentro de un grupo social. La razón humana parece funcionar menos como un mecanismo imparcial de búsqueda de la verdad y más como una herramienta de coordinación, persuasión y negociación social.

Aprender significa ser evaluado

Pero hay una cuestión todavía más profunda. ¿Por qué determinadas ideas políticas, religiosas o morales se sienten “naturales”? ¿Por qué nos parecen correctas u obvias hasta cuando otras personas las consideran absurdas? Las creencias no solo se piensan: también se sienten o, como diría Ortega y Gasset, en las creencias “se está”.

Los seres humanos aprendemos constantemente de los demás. Pero aprender no consiste solo en copiar conductas o recibir explicaciones. Desde niños, vivimos rodeados de aprobación y desaprobación: miradas, gestos, reconocimiento, rechazo, elogios, silencios incómodos. No aprendemos únicamente qué hacer. Aprendemos qué merece aceptación social gracias a lo que denominamos nuestra psicología suadens (del latín suadeo: ‘aconsejar’, ‘valorar)’. Este concepto propone que los seres humanos desarrollamos una predisposición biológica para evaluar la conducta ajena, interiorizar normas y transmitir cultura a través de la persuasión y la conformidad.

Poco a poco, interiorizamos esas evaluaciones. Lo que recibe aprobación repetida empieza a parecernos correcto, mientras lo que genera rechazo acaba sintiéndose incorrecto o peligroso. Y así sucede algo decisivo: olvidamos que esas ideas fueron aprendidas y que podrían ser otras.

Con el tiempo, muchas creencias dejan de experimentarse como opiniones transmitidas culturalmente y pasan a sentirse como evidencias del mundo mismo. Las normas heredadas parecen naturales, las costumbres se convierten en sentido común y las categorías sociales empiezan a percibirse como si siempre hubieran existido. Las personas no sienten simplemente que “les enseñaron” ciertas ideas, sino que “las cosas son así”, que el mundo es “mi mundo”.

Este mecanismo ayuda a entender un fenómeno muy actual: la enorme dificultad para convencer racionalmente a otras personas en temas políticos, culturales o morales. Las creencias no son solo información almacenada en el cerebro. También están conectadas con la identidad, la pertenencia, el reconocimiento social y los vínculos afectivos.

Por qué cambiar de opinión resulta tan difícil

Muchas veces, imaginamos el desacuerdo como un problema de falta de información, de ignorancia de los que piensan diferente. Creemos que, si alguien conociera “los hechos”, cambiaría de opinión. Pero la realidad es mucho más compleja.

La información nueva no llega a una mente neutral. Llega a personas que ya viven dentro de marcos culturales y emocionales profundamente arraigados. Y esos marcos condicionan qué se considera razonable, verdadero o aceptable. Por eso, dos grupos pueden compartir los mismos datos y llegar a conclusiones completamente opuestas. No solo discuten ideas distintas: habitan mundos interpretativos distintos.

La racionalidad como conquista cultural

Todo esto podría sonar pesimista, pero la idea más interesante es otra: pensar críticamente no es nuestro estado natural automático. Es una conquista cultural frágil que hay que proteger.

La ciencia, la discusión racional o el pensamiento crítico funcionan precisamente porque crean mecanismos capaces de corregir nuestras inclinaciones espontáneas: contraste público, revisión de errores, debate abierto, pruebas compartidas, instituciones que limitan nuestros sesgos.

La racionalidad no depende solo de individuos inteligentes. Depende también de sociedades capaces de construir entornos donde las creencias puedan revisarse sin que eso implique quedar excluido del grupo.

Y quizá ahí esté la lección más importante de todas. El problema no es que los seres humanos se comporten muchas veces de forma irracional. Dadas nuestras características cognitivas y sociales, eso es esperable. Lo verdaderamente extraordinario es que una especie moldeada por emociones, pertenencia y aprendizaje social haya logrado construir, aunque sea imperfectamente, espacios donde cuestionar colectivamente aquello que siente como evidente.

Entendida así, la racionalidad no es simplemente una capacidad individual, sino una frágil conquista cultural y colectiva.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

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Ocho actuaciones para mejorar la gestión del riesgo de incendio y proteger a la población

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María-Luisa Chas-Amil, Catedrática de Economía Aplicada, Universidade de Santiago de Compostela

Pedanía de Bédar (Almería) tras el incendio del 9 de agosto. Urci dream/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Cuando las llamas avanzaban hacia el pueblo de Bédar (Almería), el alcalde dio la orden desesperada de tocar las campanas de la iglesia para advertir a los vecinos. Pero esto no bastó. El incendio de Los Gallardos, con 13 fallecidos y 7 000 hectáreas quemadas, se ha convertido en el tercero con más víctimas mortales en España. La mayoría, extranjeros jubilados que residían en viviendas aisladas, murieron atrapados en sus vehículos o huyendo a pie por caminos sin salida, en una zona dominada por matorrales y topografía escarpada de difícil acceso.

Las altas temperaturas y la extrema sequedad convierten el matorral, pastizales y arbustos en un combustible altamente inflamable. Esto, combinado con una topografía compleja que acelera la velocidad del incendio y lo hace avanzar en direcciones impredecibles, plantea un enorme desafío para la extinción.

Aunque la legislación andaluza (Decreto 371/2010) exige planes locales de emergencia por incendios forestales en zona de peligro, y planes de autoprotección para edificaciones aisladas y urbanizaciones, existe un problema generalizado de cumplimiento e implementación.

Redefinición del problema de los incendios

El desastre en Los Gallardos evidencia que este problema sólo empeorará sin una intervención enérgica y adecuada que supere el paradigma dominante actual, basado en la extinción y la resistencia.

Dónde, cuándo y cómo se producen los incendios está cambiando: aumentan los incendios altamente destructivos, se expanden las viviendas en la interfaz urbano-forestal, lo que expone más hogares al fuego y, sobre todo, crece el riesgo en zonas de matorrales y pastizales, paisajes que no asociamos con el riesgo de incendio, afectando a comunidades que desconocen cómo comportarse ante un riesgo al que no han estado expuestas con frecuencia. Es urgente redefinir la gestión de este riesgo.




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Mejorando la resiliencia frente a los incendios

Una respuesta política reactiva (responder cuando el desastre ya ocurrió) es insuficiente e insostenible. Es necesario avanzar hacia estrategias basadas en la preparación, mitigación y adaptación, entre las que se destacan:

1. Gestionar la vulnerabilidad social

Los incendios exponen vulnerabilidades sociales preexistentes que afectan a la capacidad de anticipar, enfrentar, resistir y recuperarse de sus impactos. En zonas de alto riesgo, la población puede ser de edad avanzada, residir sola en viviendas aisladas, tener limitaciones financieras, o desconocimiento del territorio.

Los incendios suponen también un riesgo para las economías locales, por la vulnerabilidad de las empresas, incluidas las de servicios públicos e infraestructuras, debido a la inflamabilidad de sus instalaciones, su ubicación o interrupciones en las cadenas de suministro, servicios básicos o movilidad de sus empleados.

Se requiere una planificación específica que identifique y actúe sobre todas estas vulnerabilidades.

2. Adoptar soluciones basadas en la naturaleza

Las soluciones basadas en la naturaleza aún no se han integrado plenamente en la gestión del riesgo de incendios, a pesar de ser reconocidas como fundamentales ante otro tipo de riesgos, como mejorar la adaptación de las comunidades al cambio climático o en políticas de restauración de la naturaleza.

El pastoreo controlado, la creación de hábitats menos inflamables, los cortafuegos verdes y la restauración de redes hídricas para aumentar la humedad ambiental y crear zonas que frenen el avance del incendio son algunas de estas soluciones, que además generan múltiples co-beneficios para la población y la economía local.




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3. Elaborar y actualizar planes de emergencia, autoprotección y formación ciudadana

Los ayuntamientos deben elaborar planes de emergencia accesibles a la población. Las viviendas aisladas y urbanizaciones deben contar con sus propios planes de forma coordinada. Es necesario disponer de hidrantes y puntos de agua, garantizar sistemas de aviso accesibles y vías de acceso y evacuación, con protocolos para personas vulnerables.

Pero los planes no bastan sin formación. Son necesarios programas continuados, adaptados a cada comunidad, que capaciten a la población en el mantenimiento seguro de sus viviendas y sus alrededores, en el conocimiento de puntos de encuentro y zonas de refugio, y que les enseñen a diferenciar entre confinamiento y evacuación. Los simulacros son esenciales: evacuar no es huir; la emergencia debe estar planificada y entrenada.




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4. Fomentar la cohesión y la acción colectiva

La reducción del riesgo es más efectiva cuando es impulsada desde la comunidad, lo que incrementa la resiliencia colectiva. Se requiere una colaboración eficaz entre administraciones, organizaciones comunitarias, sector privado y ciudadanía.

La participación activa de la población en el diseño de los planes de emergencia fortalece la credibilidad y legitimidad de las estrategias de preparación, mejora la capacidad de respuesta ante el incendio y genera confianza y sentido de la responsabilidad compartida a la prevención.

5. Fomentar una gobernanza integrada y coordinada

La gestión del riesgo de incendio no puede ser responsabilidad exclusiva de los servicios forestales o de extinción; necesita un sistema integrado. Todas las agencias con capacidad de actuación en el territorio deben considerar el riesgo de incendio en sus decisiones.

Esto incluye evitar nuevas construcciones y establecer normativas de construcción específicas en zonas de alto riesgo, crear franjas de transición entre usos y promover aquellos que contribuyan a mantener paisajes más resilientes al fuego.

6. Cambiar los incentivos de gestión de riesgo

Es imprescindible utilizar instrumentos económicos y conocimientos sobre el comportamiento (como los nudges o intervenciones para fomentar determinadas decisiones en los individuos) para que las acciones de autoprotección y gestión del territorio sean las opciones más fáciles y gratificantes.

Los pagos por servicios ecosistémicos que incentivan prácticas de gestión del suelo orientadas a la reducción del riesgo de incendios son un ejemplo. El rol de los seguros ante riesgos naturales y climáticos está evolucionando con el diseño de instrumentos basados en un modelo proactivo que incentiva comportamientos individuales y colectivos de reducción del riesgo.




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7. Mejorar los sistemas de monitorización y alerta temprana

La información actualizada sobre la evolución del fuego es esencial. Sistemas de monitorización en tiempo real, sensores, imágenes satelitales, modelos predictivos del comportamiento del fuego y aplicaciones de alerta con información de detalle pueden mejorar la capacidad de respuesta y permitir evacuaciones más seguras. La integración de estas herramientas en los planes de gestión locales es una inversión necesaria.

8. Fomentar la inversión pública y privada en preparación a largo plazo

Invertir en prevención y preparación es económicamente rentable. Las crecientes exigencias, tanto normativas como voluntarias, de divulgación por parte del sector privado sobre riesgos y dependencias relacionados con la naturaleza están generando una nueva demanda de productos de inversión (créditos de carbono o de biodiversidad, bancos de hábitats, bonos de impacto ambiental, etc.). Es necesario canalizar esta creciente inversión privada hacia medidas que refuercen la resiliencia de la población y el territorio a los incendios, complementando la inversión pública.

El incendio de Los Gallardos nos recuerda que necesitamos un cambio profundo en la forma en que entendemos y gestionamos el riesgo de incendio. Una inversión en preparación y planificación coordinada entre administraciones, sector privado y ciudadanía puede resultar decisiva para que, si las campanas vuelven a tocar, la población esté preparada para responder.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

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