Tsunami en Méditerranée : pourquoi Nice doit se préparer à évacuer

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Leone, Professeur des Universités, Géographe des risques et des catastrophes "naturelles", Volcanographe, Cartographe, Université Paul Valéry – Montpellier III

Selon l’Unesco, citée en 2022, « la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre en Méditerranée dans les trente prochaines années est proche de 100 % ». Arno Smit/Unsplash, CC BY

La Méditerranée est souvent perçue comme peu exposée au risque de tsunami. Pourtant, l’histoire et les modélisations récentes montrent que des vagues destructrices ont déjà atteint les côtes françaises et pourraient le faire à nouveau. Les résultats d’un projet mené sur la Métropole Nice Côte d’Azur montrent pourquoi l’anticipation et l’évacuation préventive restent les seuls moyens réellement efficaces de protection.


Les tsunamis, anciennement dénommés raz-de-marées en France ou maremoti en Italie, sont parmi les phénomènes naturels les plus destructeurs. Déclenchés par des séismes, des glissements sous-marins ou des éruptions volcaniques, ils se propagent rapidement sur de longues distances avant de libérer leur énergie au voisinage des côtes, sous forme de submersions brutales et de courants extrêmement puissants.

De quelques centimètres à plusieurs mètres de hauteur, cette submersion se caractérise généralement par plusieurs trains d’ondes et les premières vagues ne sont pas forcément les plus grosses. La vitesse du courant est telle que la pression exercée sur les infrastructures littorales peut atteindre plusieurs tonnes au mètre carré.

À l’échelle mondiale, ils ont provoqué depuis 1970 plus de 250 000 décès, notamment lors des catastrophes du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien et du 11 mars 2011 au Japon.

Un risque que l’on croit lointain, et pourtant…

Dans l’imaginaire collectif, le tsunami reste associé au Pacifique ou à l’océan Indien. En Méditerranée, il est souvent perçu comme marginal. Cette représentation est trompeuse. L’Unesco, en charge de la prévention de ce risque au niveau mondial, a déclaré en juin 2022 que :

« Les statistiques montrent que la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre en Méditerranée dans les trente prochaines années est proche de 100 %. »

Après le Pacifique, c’est dans ce bassin que l’on recense le plus grand nombre de tsunamis historiques, dont plusieurs ont touché les côtes françaises.

Selon les données disponibles, une vingtaine d’événements ont été signalés sur le littoral méditerranéen français entre le XVIᵉ siècle et le début des années 2000, avec des hauteurs de vagues parfois supérieures à deux mètres.

Des délais d’évacuation parfois très courts

Les sources des tsunamis méditerranéens peuvent être locales ou lointaines. Dans certains scénarios, le temps d’arrivée des premières vagues peut être inférieur à dix minutes, notamment en cas de glissement sous-marin ou de séisme proche de la côte, comme en mer de Ligurie entre la Corse et les côtes italiennes. À l’inverse, des tsunamis générés plus loin de l’Hexagone, par exemple au niveau de la marge nord maghrébine, peuvent atteindre la côte d’Azur en moins de 90 minutes.

Le séisme de Boumerdès (Algérie) du 21 mai 2003 a ainsi provoqué des perturbations sur l’ensemble du littoral méditerranéen français. Une enquête de terrain a montré que huit ports de plaisance de la Côte d’Azur avaient connu des baisses importantes du niveau de la mer (de 50 cm à 1,5 m), des purges de bassins, de forts tourbillons et courants, des embarcations endommagées, compatibles avec des phénomènes de résonances portuaires. Les effets ont été observés sur le littoral azuréen une heure et quart après le séisme.

D’origine plus locale, le tsunami déclenché le 16 octobre 1979 par l’effondrement sous-marin d’une partie du chantier du nouveau port de commerce de Nice (Alpes-Maritimes), adjacent à l’aéroport, a causé la mort de huit personnes et des dégâts importants à Antibes, à Cannes et à Nice. Le phénomène a été observé à Antibes durant une trentaine de minutes.

Un autre scénario pouvant prendre naissance au plus proche des côtes est celui du tsunami d’origine sismique survenu en mer de Ligurie, le 23 février 1887, à la suite d’un séisme sous-marin de magnitude de 6,5 à 6,8. Les témoignages de l’époque relatent un retrait brutal de la mer d’environ un mètre à Antibes et Cannes, laissant à sec des bateaux de pêche, avant l’arrivée d’une vague atteignant près de deux mètres, venue recouvrir les plages.

Ces événements rappellent que l’effet de surprise peut être total, en particulier lorsque les délais sont très courts. Dans ces conditions, les dispositifs d’alerte classiques montrent leurs limites. La capacité des populations à évacuer rapidement devient alors déterminante.

Deux scénarios de tsunamis pouvant affecter les côtes méditerranéennes (rouge : séisme sous-marin proche de la côte algérienne, vert : glissement sous-marin en mer Ligure)
Deux scénarios de tsunami pouvant affecter les côtes méditerranéennes (rouge : séisme sous-marin proche de la côte algérienne ; vert : glissement sous-marin en mer de Ligurie).
Sahal, Leone & Péroche, 2013, Fourni par l’auteur

Un système d’alerte opérationnel pour la France

Depuis juillet 2012, la France dispose d’un système national d’alerte aux tsunamis, opéré par le Centre d’alerte aux tsunamis (Cenalt), en lien avec le dispositif international coordonné par l’Unesco en Méditerranée. Ce système permet de détecter rapidement les séismes potentiellement tsunamigènes et de transmettre une alerte en moins de quinze minutes auprès du centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic), et des centres d’alerte étrangers.

C’est ensuite à la charge des autorités de diffuser les messages d’alerte aux populations, en particulier au moyen de la plateforme FR-Alert qui permet d’envoyer des notifications sur les téléphones portables des personnes présentes dans la zone de danger.

Toutefois, ce dispositif global ne couvre que les tsunamis d’origine sismique lointaine et reste peu efficace face aux tsunamis locaux ou liés à des glissements sous-marins, pour lesquels le temps d’arrivée du tsunami sur les côtes peut être inférieur au délai d’alerte. C’est la raison pour laquelle il est important de sensibiliser les populations riveraines à la détection des signes précurseurs : le séisme ressenti, les mouvements anormaux de la mer, le plus souvent un retrait précédant l’arrivée du tsunami, mais pas toujours.

Nice Côte d’Azur : un territoire très exposé

Sur l’ensemble des côtes méditerranéennes françaises, une zone terrestre à évacuer a été définie par les services de l’État et l’Université de Montpellier Paul-Valéry, en croisant altitude, distance à la mer et données historiques. Elle correspond à la portion littorale dont l’altitude est inférieure à 5 mètres et dont la distance par rapport à la mer est inférieure à 200 mètres. Le long des entrées fluviales cette distance est étendue à 500 mètres par rapport à l’embouchure.

En incluant la Corse, cela concerne 1 700 km de côtes, 187 communes de Méditerranée française, et au moins 164 000 résidents. En pleine saison estivale il faut également considérer une estimation de près de 835 000 usagers des plages à évacuer en cas de tsunami.

Nombre de résidents estimés dans la zone à évacuer, pour chaque commune du littoral méditerranéen français
Nombre de résidents estimés dans la zone à évacuer, pour chaque commune du littoral méditerranéen français.
Carles et coll., 2023, Fourni par l’auteur

La Métropole Nice Côte d’Azur concentre de nombreux facteurs de vulnérabilité : urbanisation dense, forte attractivité touristique, plages très fréquentées. Nos travaux de photo-interprétation et de modélisation ont permis d’estimer la présence simultanée de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la zone à évacuer lors des périodes de forte fréquentation (entre 10 000 et 87 000 personnes sur les plages, suivant la saison et l’heure).

Schéma de principe pour la définition de la zone à évacuer en cas de tsunami sur l’arc méditerranéen
Schéma de principe pour la définition de la zone à évacuer en cas de tsunami sur l’arc méditerranéen.
MIIAM, 2019, Fourni par l’auteur

Évacuer avant le tsunami : le plan prévu pour la Métropole Nice Côte d’Azur

Face à un tsunami, l’évacuation est le seul moyen de protection efficace. L’expérience internationale montre que des évacuations rapides et bien préparées peuvent sauver l’immense majorité des populations exposées. Ces évacuations réactives ont, par exemple, permis de sauver 96 % des habitants du littoral japonais lors du grand tsunami de la côte du Tōhoku du 11 mars 2011.

À Nice Côte d’Azur, une stratégie globale d’évacuation a été élaborée avec l’appui de la recherche scientifique (Laboratoire de géographie et d’aménagement, Université de Montpellier Paul-Valéry). Elle repose sur des itinéraires pédestres optimisés, tenant compte des pentes, des obstacles, des vitesses de déplacement et des points de congestion. Des sites refuges situés hors de portée des vagues ont été identifiés et validés avec les autorités locales. Les itinéraires d’évacuation ont été modélisés au moyen d’algorithme de recherche des chemins les plus rapides.

Au total, près d’une centaine de sites refuges ont été cartographiés et intégrés dans des plans d’évacuation opérationnels, conçus pour guider les populations vers une mise en sécurité rapide.

Les tous premiers panneaux de prévention du risque tsunami posés à Nice le 27 février 2026
Les tout premiers panneaux de prévention du risque tsunami posés à Nice, le 27 février 2026.
C. Thomin, MNCA, 2026, Fourni par l’auteur

De la science à l’action : préparer les populations

La prévention ne repose pas uniquement sur des cartes. Elle passe aussi par l’appropriation du risque par les populations. Des actions de sensibilisation, des exercices d’évacuation, notamment en milieu scolaire ainsi que le déploiement progressif d’une signalétique spécifique contribuent à ancrer les bons comportements. Plusieurs actions de ce type ont été réalisées à Nice avec le concours des étudiants de Montpellier.

À Nice, une plateforme d’information accessible au public avec des cartes interactives permet également de consulter les zones à évacuer, les itinéraires et les consignes à suivre en cas d’alerte. Ces outils contribuent au développement d’une véritable culture du risque tsunami.

Interface cartographique en ligne permettant de localiser la zone à évacuer, les sites refuges, et les itinéraires en cas de tsunami sur la Métropole Nice Côte d’Azur
Interface cartographique en ligne permettant de localiser la zone à évacuer, les sites refuges et les itinéraires en cas de tsunami sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur.
LAGAM/UMPV, 2026, Fourni par l’auteur

Vers des territoires « Tsunami Ready »

Au-delà du cas azuréen, la méthode développée est transposable à d’autres littoraux français et européens, en Méditerranée comme en outre-mer, où les délais d’arrivée des tsunamis peuvent être tout aussi courts.

Ces démarches s’inscrivent dans l’objectif de reconnaissance internationale Tsunami Ready (territoires préparés aux tsunamis) porté par l’Unesco. Ce programme en 12 points vise à certifier les territoires capables d’anticiper le risque, de préparer leurs populations et d’organiser une réponse adaptée.

Les premières communes d’Europe dotées de ce label ont d’ailleurs bénéficié de l’accompagnement scientifique et technique de notre équipe. Il s’agit de Deshaies en Guadeloupe et de Cannes (Alpes-Maritimes), en attendant la reconnaissance toute prochaine de la Métropole Nice Côte d’Azur.

Face à une vague qui peut arriver en quelques minutes, être prêt à évacuer peut faire toute la différence.


Article écrit avec la collaboration de Louis Monnier, Monique Gherardi, Matthieu Péroche et Noé Carles, Université de Montpellier Paul-Valéry.

The Conversation

Frédéric Leone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Tsunami en Méditerranée : pourquoi Nice doit se préparer à évacuer – https://theconversation.com/tsunami-en-mediterranee-pourquoi-nice-doit-se-preparer-a-evacuer-276795

Espace : après les drapeaux sur la Lune et une Tesla dans l’espace, une exploration postcoloniale est-elle possible ?

Source: The Conversation – in French – By Jacques Arnould, Expert éthique, Centre national d’études spatiales (CNES)

La Tesla Roadster d’Elon Musk, dans l’espace. Falcon Heavy Demo Mission/SpaceX

La galaxie d’Andromède, la planète Mars, les missions Apollo hier et Artémis aujourd’hui : avez-vous remarqué combien d’astres et de missions spatiales portent des noms de dieux romains ou grecs ? Certaines conceptions de la conquête spatiale reflètent des doctrines colonialistes. Comment les dépasser ?


Souvenez-vous : le 6 février 2018, Elon Musk a envoyé vers Mars sa propre Tesla, avec, à bord, un mannequin habillé d’une combinaison spatiale. Le message était clair : la colonisation de la planète rouge par le milliardaire américain avait commencé ! Certes, huit ans plus tard, les fusées de la société SpaceX n’ont pas encore atteint la surface de Mars et les projets de colonie restent à l’état de magnifiques images de synthèse ; pourtant, l’enthousiasme ne fléchit pas chez les aficionados de l’espace, et l’inquiétude chez bien d’autres : jamais nous n’avons été aussi près d’une colonisation de l’espace.

Pour la réaliser, bien des défis technologiques et humains restent à relever ; mais l’affaire est suffisamment sérieuse pour y appliquer une analyse et une critique sérieuses. Nous savons trop bien de quelle manière les humains ont colonisé notre Terre. Voulons-nous agir de même dans l’espace ?

Nous irons conquérir la Lune

Elon Musk n’est pas le premier à vouloir conquérir une planète. Ce projet a toujours été associé aux rêves et aux réalisations de voyage dans le ciel. N’en prenons que deux exemples, non dénués d’humour.

Le premier est une satire, issue d’un journal anglais, The Examiner. Le 3 janvier 1808, il prête à Napoléon des propos guerriers de conquête et de colonisation de l’espace :

« Alors je pourrai constituer une armée de ballons, dont Garnerin sera le général, et prendre possession de la Comète. Cela me permettra de conquérir le système solaire, ensuite j’irai avec mes armées dans les autres systèmes, enfin – je pense –, je rencontrerai le Diable. »

Le second exemple est sorti des archives des imageries d’Épinal : dans la forme d’un cerf-volant, un zouave grimpe hardiment une échelle appuyée sur la Lune. « Nous irons conquérir la Lune », claironne la légende ; au même moment où les frères d’armes du zouave sont engagés dans la colonisation de l’Afrique du Nord.

L’espace, une « terra nullius » à explorer, à envahir ?

Jusqu’à preuve du contraire, l’espace extra-atmosphérique présente une propriété assez rare sur notre planète : il est inhabité (je rappelle ici que les scientifiques n’ont pour l’instant aucune preuve de l’existence de la moindre forme de vie, de la moindre biosphère extraterrestre). En terme juridique, l’espace pourrait donc être considéré comme une terra nullius, selon l’expression latine qui désignait des terres « sans habitants » – à l’époque, il s’agissait plus précisément de dire « sans populations chrétiennes » – et, par suite, n’appartenant à personne.

Dans le passé, cette doctrine, validée par le pouvoir religieux, a justifié la prise de possession de ces territoires par les souverains (chrétiens) d’Europe ; et c’est une perspective que les inspirateurs du droit de l’espace et les législateurs spatiaux ont tenté d’écarter en proposant de déclarer les corps célestes patrimoine commun de l’humanité.

Ainsi, le traité de l’Espace, adopté par l’ONU en décembre 1966, a déclaré l’espace bien commun et a été signé par les grandes puissances de l’époque, États-Unis et Union soviétique en tête : l’espace appartient à tous ; son exploitation est possible… comme l’illustre la lucrative activité des satellites de communication.

vue d’artiste d’une colonie spatiale
Dans les années 1970, l’idée d’établir des colonies dans l’espace était en plein essor. Ici une vue d’artiste de champs à l’intérieur d’un vaisseau spatial.
NASA Ames Research Center, CC BY

Toutefois, lorsque l’accord sur la Lune, proposée par l’ONU treize ans plus tard, propose de déclarer l’astre des nuits patrimoine commun de l’humanité et donc d’y interdire toute forme d’exploitation, les puissances spatiales refusent de le signer. Il n’est aujourd’hui ratifié que par 18 États dépourvus de grandes ambitions spatiales.

Devons-nous conclure que les puissances spatiales, établies ou en devenir, caressent des rêves de conquête et de colonisation ? La décision de l’administration Obama de l’hiver 2015 de soutenir et de préserver les initiatives de ses entreprises nationales en matière d’exploitation des ressources spatiales, suivie par des initiatives analogues de la part des gouvernements du Luxembourg, des Émirats arabes unis et du Japon, pourrait faire penser à la politique des comptoirs lancée par les puissances européennes à partir du XVᵉ siècle. Les défis technologiques à relever sont aussi importants que les débats juridiques et politiques à résoudre.

Quant à l’immense vide spatial et, notamment, le domaine des orbites autour de la Terre : ce territoire était incontestablement inhabité jusqu’à l’arrivée du premier Spoutnik, puis du premier cosmonaute. Toutefois, il possède à son tour une caractéristique singulière, celle d’être impérativement à usage commun, du simple fait de la mécanique céleste : tout corps y est en mouvement et n’occupe un point de l’espace que très brièvement. Le seul mode possible d’appropriation relève de la saturation, autrement dit d’une occupation par le nombre : fin 2025, entre 50 et 65 % des satellites en orbite autour de la Terre appartenaient à un seul opérateur, SpaceX.

S’il est inapproprié de parler d’une « colonisation des orbites circumterrestres », il est à craindre que les règles et les lois qui gouvernent l’usage de cet espace soient celles du plus fort, du plus nombreux, du premier arrivé.

Pouvons-nous décoloniser le passé spatial ?

Que pouvons-nous conclure ici ? Qu’à formellement parler la colonisation de l’espace lui-même n’a pas encore commencé et que, par voie de conséquence, l’enjeu actuel et à venir constitue moins à décoloniser l’espace qu’à en empêcher la colonisation future.

En revanche, force est de constater que l’esprit des 70 premières années de l’entreprise spatiale a bien été imprégné par certains traits communs aux politiques, aux récits, aux symboles de la colonisation. À l’époque des missions Apollo, n’était-il pas question de « conquête de l’espace », plutôt que de son exploration ? Si planter un drapeau sur le sol lunaire n’a jamais été interprété comme une volonté d’appropriation, le geste a tout de même été effectué pour affirmer la supériorité technique des États-Unis et, donc, une forme de suprématie politique.

Aussi symbolique quoique moins violente est l’habitude de baptiser les astres et leurs topographies en s’inspirant des mythologies et de l’histoire de l’Occident. Entamer la décolonisation de l’espace peut alors consister à recourir désormais à d’autres mythologies pour baptiser les corps célestes que découvrent les astronomes. Baptiser Oumuamua, en hawaïen « l’éclaireur », l’objet interstellaire repéré le 19 octobre 2017 en est une illustration.

Que dire dès lors des revendications émises par plusieurs peuples amérindiens lors de missions lunaires, qu’il s’agisse de celles des années 1960 ou celle plus récente menée début 2024 par la société états-unienne Astrobotic ? Pour ces populations, la Lune appartient au domaine du sacré : y poser des vaisseaux robotiques, habités ou transportant les cendres de Terriens, n’est-ce pas accomplir un sacrilège, autrement dit une forme extrême de colonisation ?

Vers un futur postcolonial

Les raisons ne manquent donc pas de porter dans les affaires spatiales le souci de décolonisation qui marque aujourd’hui de nombreux discours à propos de l’espace, quitte à y inclure l’apport des ingénieurs allemands (éventuellement nazis) dans le développement spatial de pays, comme les États-Unis et la France, ou encore la politique menée par la France sur le territoire guyanais afin d’y implanter la base spatiale de Kourou, qui succéderait en 1968 à celle d’Hammaguir après l’indépendance de l’Algérie.

Ce souci est indispensable ; mais il n’est pas suffisant.

Le processus de décolonisation doit conduire à une perspective postcoloniale, autrement dit à l’instauration de politiques, de gouvernances des activités humaines dans l’espace qui soient autant que possible débarrassées des principaux caractères néfastes de la colonisation : la soumission violente et l’exploitation brutale d’une partie de l’humanité par une autre, l’exploitation jusqu’au saccage de ressources communes, la destruction de cultures et de traditions ancestrales, etc.

Dans cette perspective, les discours, les revendications et les programmes spatiaux de certains acteurs du NewSpace (les stations spatiales de Jeff Bezos, les colonies martiennes d’Elon Musk) peuvent susciter bien des soucis, bien des craintes, tant ils mettent en avant les seuls intérêts de ces entrepreneurs, les seuls plaisirs ou la seule sécurité de quelques privilégiés.

De plus, l’argument de l’espèce humaine interplanétaire est loin d’être moralement convaincant. Où est-il « écrit » que nous devions nous répandre au-delà des frontières terrestres, au détriment de possibles biosphères extraterrestres ? À quel « échantillon » humain pourrions-nous confier le soin des expansions extraterrestres ? Ou, pour le dire autrement, quelle partie de l’humanité serait « laissée » sur une Terre dont nous savons l’avenir menacé ?

N’oublions pas pour autant les récits d’hier et d’aujourd’hui qui décrivent des communautés humaines installées durablement dans l’espace. Non pour alimenter les rêves de paradis retrouvé, comme ceux imaginés par le gourou du NewSpace que fut Gerard O’Neill, mais pour mener le travail critique imaginé par Thomas More dans son célèbre ouvrage, l’Utopie.

Publié dans sa version finale en 1518, ce petit ouvrage, « non moins salutaire qu’agréable » selon les mots mêmes de son auteur, invitait ses premiers lecteurs à partir pour une cité totalement imaginaire, un non-lieu aussi bien qu’un non-temps, qui servait de miroir pour porter un regard critique sur leur propre société. Le philosophe britannique ne cherchait ni à rompre brutalement les liens avec un passé ni à s’échapper dans un futur idéalisé, mais avant tout à remettre l’être humain au centre du souci commun, à lui construire un futur à la mesure de sa condition, celle éprouvée dans le passé et dans le présent, celle pensée et espérée pour le futur.

The Conversation

Jacques Arnould ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Espace : après les drapeaux sur la Lune et une Tesla dans l’espace, une exploration postcoloniale est-elle possible ? – https://theconversation.com/espace-apres-les-drapeaux-sur-la-lune-et-une-tesla-dans-lespace-une-exploration-postcoloniale-est-elle-possible-275159

Is legal uncertainty softly killing remote-work innovation?

Source: The Conversation – France – By Kseniya Navazhylava, Associate Professor, Audencia

As France debates the “end of the golden age of remote work”, both workers and
employers face growing confusion: are today’s working from home practices really compatible with emerging work habits in in the public and private employment sectors — and more importantly, with the law?

New research suggests that legal uncertainty does not empower HR managers to innovate. Instead, it pushes them to take on extra responsibilities that weren’t in their job description.

Could unclear regulations be the “silent killer” of innovation in remote-work strategies? Recent research carried out in Kazakhstan’s technical-gas industry during the healthcare crisis offers an unexpected insight from Central Asia that might shed light on the situation in France. Although far removed from the French context, the case study offers some universal common ground: when regulations lag behind reality, remote-work policies become fragile, inconsistent, and difficult to innovate.

A climate of doubt – on both sides of the employment relationship

Recent articles in The Conversation highlighted the questions that have dominated public debate since early 2024, when several major tech firms in the US publicly rolled back their remote work policies. In Europe, Danish firm [Novo Nordisk] ended remote jobs after massive layoffs, while in France, workers went on strike to protest over reduced remote work]. The result: a widespread sense of uncertainty.

Employers wonder whether remote work truly maintains productivity, and whether offering it to some workers (for example, administrative staff) but not others (such as plant workers) creates new inequalities.

In the meantime, employees are unsure about how they are monitored, how much data is collected, and whether remote work places them at greater risk of job loss.

France, grappling with these tensions, can learn from countries where legal uncertainty has long shaped HR decisions. During the Covid-19 crisis, Kazakhstan faced a similar fog surrounding unclear rules and shifting expectations around remote work — and the lessons are telling.

Improvised solutions and the limits of ‘empowerment’

In this climate of uncertainty, companies often resort to improvised and sometimes intrusive practices. Some managers judge employee performance through teams’ connection status. Others rely on constant connectivity, webcam checks, or software tracking mouse or keyboard movements. And many fall back on “management by objectives,” asking employees to retroactively justify their work.

Training exists to help managers navigate these new modes of work but it is often described as superficial, sometimes delivered by people who do not remote work themselves.

In these moments of ambiguity, a familiar concept resurfaces: empowerment. The assumption is that frontline workers “know best”, and should therefore make autonomous decisions. While autonomy can indeed boost productivity and satisfaction, it also brings risks: blurred work–life boundaries, difficulty disconnecting, and increased stress. More importantly, the rhetoric of empowerment may hide a deeper issue: it shifts responsibility downward, asking employees and HR teams to fill the gaps left by insufficient or outdated regulations.

When unclear laws block innovation

This is where the Kazakhstan study I conducted with my fellow researcher Meruyert Ibraimova offers crucial takeaways. Our research shows that when labour law is vague or overly rigid, as may currently be the case in France, companies struggle to modernise their HR practices, especially during crises.

Unclear employment regulation has several consequences:

1) It slows innovation, precisely when organisations need agility.

2) It pushes HR teams into defensive decision-making, focused on avoiding
legal mistakes rather than rethinking work.

3) It can even force professionals to take legal risks, stretching or bypassing norms simply to keep operations running.

For example, our research demonstrates how during Kazakhstan’s healthcare crisis, the absence of clear rules on employee presence forced HR managers to improvise.
With no legal guidance on who could work remotely and who had to remain on-site, some plant workers were required to ensure the production of oxygen and other gases, while blue-collar employees stayed at home. These decisions disrupted principles of workplace equity and put the organisation at risk legally but were made to enable employees to maintain life-saving activities. Similarly, the managers had to make executive decisions on whether oxygen would be exported to long-term strategic clients, or local hospitals. Instead of empowering HR managers, these examples show how they are obliged to take on responsibilities and absorb the burden of inadequate laws, thus bearing risks that should be shared or eliminated through clearer regulation.

France at a crossroads

While today’s debates often lament the “lack of innovation” in remote-work practices, the obstacle may not lie in managerial creativity or employee willingness. The real bottleneck may be legal uncertainty itself.

If France wants to move past improvised monitoring systems, inconsistent rules, and growing mistrust, it must address the underlying issue: its remote work regulation is out of sync with the realities of digital working practices. Despite that, examples of innovative remote-friendly working approaches exist. WeProov, one of Europe’s leading app-based providers of digital vehicle inspection solutions, attracts unique talent by enabling employees to work from anywhere in the world ,and invests in trimestrial team-building sessions to support group cohesion.

In Japan, Microsoft’s Work Life Choice Challenge rethought how work was organised and measured, from 4-day working weeks without decreasing the pay to data-driven measurement of productivity rather than presence in the workplace.

Without a clearer framework, companies will continue to experiment in isolation, workers will remain unsure of their rights, and HR teams will bear disproportionate responsibility. As a result, “innovation,” the kind that makes remote work sustainable, equitable, and productive, will remain dangerously out of reach.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Kseniya Navazhylava ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Is legal uncertainty softly killing remote-work innovation? – https://theconversation.com/is-legal-uncertainty-softly-killing-remote-work-innovation-276083

Espace : après les drapeaux sur la Lune et une Tesla dans l’espace, une exploration post-coloniale est-elle possible ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Jacques Arnould, Expert éthique, Centre national d’études spatiales (CNES)

La Tesla Roadster d’Elon Musk, dans l’espace. Falcon Heavy Demo Mission/SpaceX

La galaxie d’Andromède, la planète Mars, les missions Apollo hier et Artémis aujourd’hui : avez-vous remarqué combien d’astres et de missions spatiales portent des noms de dieux romains ou grecs ? Certaines conceptions de la conquête spatiale reflètent des doctrines colonialistes. Comment les dépasser ?


Souvenez-vous : le 6 février 2018, Elon Musk a envoyé vers Mars sa propre Tesla, avec, à bord, un mannequin habillé d’une combinaison spatiale. Le message était clair : la colonisation de la planète rouge par le milliardaire américain avait commencé ! Certes, huit ans plus tard, les fusées de la société SpaceX n’ont pas encore atteint la surface de Mars et les projets de colonie restent à l’état de magnifiques images de synthèse ; pourtant, l’enthousiasme ne fléchit pas chez les aficionados de l’espace, et l’inquiétude chez bien d’autres : jamais nous n’avons été aussi près d’une colonisation de l’espace.

Pour la réaliser, bien des défis technologiques et humains restent à relever ; mais l’affaire est suffisamment sérieuse pour y appliquer une analyse et une critique sérieuses. Nous savons trop bien de quelle manière les humains ont colonisé notre Terre. Voulons-nous agir de même dans l’espace ?

Nous irons conquérir la Lune

Elon Musk n’est pas le premier à vouloir conquérir une planète. Ce projet a toujours été associé aux rêves et aux réalisations de voyage dans le ciel. N’en prenons que deux exemples, non dénués d’humour.

Le premier est une satire, issue d’un journal anglais, The Examiner. Le 3 janvier 1808, il prête à Napoléon des propos guerriers de conquête et de colonisation de l’espace :

« Alors je pourrai constituer une armée de ballons, dont Garnerin sera le général, et prendre possession de la Comète. Cela me permettra de conquérir le système solaire, ensuite j’irai avec mes armées dans les autres systèmes, enfin – je pense –, je rencontrerai le Diable. »

Le second exemple est sorti des archives des imageries d’Épinal : dans la forme d’un cerf-volant, un zouave grimpe hardiment une échelle appuyée sur la Lune. « Nous irons conquérir la Lune », claironne la légende ; au même moment où les frères d’armes du zouave sont engagés dans la colonisation de l’Afrique du Nord.

L’espace, une « terra nullius » à explorer, à envahir ?

Jusqu’à preuve du contraire, l’espace extra-atmosphérique présente une propriété assez rare sur notre planète : il est inhabité (je rappelle ici que les scientifiques n’ont pour l’instant aucune preuve de l’existence de la moindre forme de vie, de la moindre biosphère extraterrestre). En terme juridique, l’espace pourrait donc être considéré comme une terra nullius, selon l’expression latine qui désignait des terres « sans habitants » – à l’époque, il s’agissait plus précisément de dire « sans populations chrétiennes » – et, par suite, n’appartenant à personne.

Dans le passé, cette doctrine, validée par le pouvoir religieux, a justifié la prise de possession de ces territoires par les souverains (chrétiens) d’Europe ; et c’est une perspective que les inspirateurs du droit de l’espace et les législateurs spatiaux ont tenté d’écarter en proposant de déclarer les corps célestes patrimoine commun de l’humanité.

Ainsi, le traité de l’Espace, adopté par l’ONU en décembre 1966, a déclaré l’espace bien commun et a été signé par les grandes puissances de l’époque, États-Unis et Union soviétique en tête : l’espace appartient à tous ; son exploitation est possible… comme l’illustre la lucrative activité des satellites de communication.

vue d’artiste d’une colonie spatiale
Dans les années 1970, l’idée d’établir des colonies dans l’espace était en plein essor. Ici une vue d’artiste de champs à l’intérieur d’un vaisseau spatial.
NASA Ames Research Center, CC BY

Toutefois, lorsque l’accord sur la Lune, proposée par l’ONU treize ans plus tard, propose de déclarer l’astre des nuits patrimoine commun de l’humanité et donc d’y interdire toute forme d’exploitation, les puissances spatiales refusent de le signer. Il n’est aujourd’hui ratifié que par 18 États dépourvus de grandes ambitions spatiales.

Devons-nous conclure que les puissances spatiales, établies ou en devenir, caressent des rêves de conquête et de colonisation ? La décision de l’administration Obama de l’hiver 2015 de soutenir et de préserver les initiatives de ses entreprises nationales en matière d’exploitation des ressources spatiales, suivie par des initiatives analogues de la part des gouvernements du Luxembourg, des Émirats arabes unis et du Japon, pourrait faire penser à la politique des comptoirs lancée par les puissances européennes à partir du XVᵉ siècle. Les défis technologiques à relever sont aussi importants que les débats juridiques et politiques à résoudre.

Quant à l’immense vide spatial et, notamment, le domaine des orbites autour de la Terre : ce territoire était incontestablement inhabité jusqu’à l’arrivée du premier Spoutnik, puis du premier cosmonaute. Toutefois, il possède à son tour une caractéristique singulière, celle d’être impérativement à usage commun, du simple fait de la mécanique céleste : tout corps y est en mouvement et n’occupe un point de l’espace que très brièvement. Le seul mode possible d’appropriation relève de la saturation, autrement dit d’une occupation par le nombre : fin 2025, entre 50 et 65 % des satellites en orbite autour de la Terre appartenaient à un seul opérateur, SpaceX.

S’il est inapproprié de parler d’une « colonisation des orbites circumterrestres », il est à craindre que les règles et les lois qui gouvernent l’usage de cet espace soient celles du plus fort, du plus nombreux, du premier arrivé.

Pouvons-nous décoloniser le passé spatial ?

Que pouvons-nous conclure ici ? Qu’à formellement parler la colonisation de l’espace lui-même n’a pas encore commencé et que, par voie de conséquence, l’enjeu actuel et à venir constitue moins à décoloniser l’espace qu’à en empêcher la colonisation future.

En revanche, force est de constater que l’esprit des 70 premières années de l’entreprise spatiale a bien été imprégné par certains traits communs aux politiques, aux récits, aux symboles de la colonisation. À l’époque des missions Apollo, n’était-il pas question de « conquête de l’espace », plutôt que de son exploration ? Si planter un drapeau sur le sol lunaire n’a jamais été interprété comme une volonté d’appropriation, le geste a tout de même été effectué pour affirmer la supériorité technique des États-Unis et, donc, une forme de suprématie politique.

Aussi symbolique quoique moins violente est l’habitude de baptiser les astres et leurs topographies en s’inspirant des mythologies et de l’histoire de l’Occident. Entamer la décolonisation de l’espace peut alors consister à recourir désormais à d’autres mythologies pour baptiser les corps célestes que découvrent les astronomes. Baptiser Oumuamua, en hawaïen « l’éclaireur », l’objet interstellaire repéré le 19 octobre 2017 en est une illustration.

Que dire dès lors des revendications émises par plusieurs peuples amérindiens lors de missions lunaires, qu’il s’agisse de celles des années 1960 ou celle plus récente menée début 2024 par la société états-unienne Astrobotic ? Pour ces populations, la Lune appartient au domaine du sacré : y poser des vaisseaux robotiques, habités ou transportant les cendres de Terriens, n’est-ce pas accomplir un sacrilège, autrement dit une forme extrême de colonisation ?

Vers un futur post-colonial

Les raisons ne manquent donc pas de porter dans les affaires spatiales le souci de décolonisation qui marque aujourd’hui de nombreux discours à propos de l’espace, quitte à y inclure l’apport des ingénieurs allemands (éventuellement nazis) dans le développement spatial de pays, comme les États-Unis et la France, ou encore la politique menée par la France sur le territoire guyanais afin d’y implanter la base spatiale de Kourou, qui succéderait en 1968 à celle d’Hammaguir après l’indépendance de l’Algérie.

Ce souci est indispensable ; mais il n’est pas suffisant.

Le processus de décolonisation doit conduire à une perspective post-coloniale, autrement dit à l’instauration de politiques, de gouvernances des activités humaines dans l’espace qui soient autant que possible débarrassées des principaux caractères néfastes de la colonisation : la soumission violente et l’exploitation brutale d’une partie de l’humanité par une autre, l’exploitation jusqu’au saccage de ressources communes, la destruction de cultures et de traditions ancestrales, etc.

Dans cette perspective, les discours, les revendications et les programmes spatiaux de certains acteurs du NewSpace (les stations spatiales de Jeff Bezos, les colonies martiennes d’Elon Musk) peuvent susciter bien des soucis, bien des craintes, tant ils mettent en avant les seuls intérêts de ces entrepreneurs, les seuls plaisirs ou la seule sécurité de quelques privilégiés.

De plus, l’argument de l’espèce humaine interplanétaire est loin d’être moralement convaincant. Où est-il « écrit » que nous devions nous répandre au-delà des frontières terrestres, au détriment de possibles biosphères extraterrestres ? À quel « échantillon » humain pourrions-nous confier le soin des expansions extraterrestres ? Ou, pour le dire autrement, quelle partie de l’humanité serait « laissée » sur une Terre dont nous savons l’avenir menacé ?

N’oublions pas pour autant les récits d’hier et d’aujourd’hui qui décrivent des communautés humaines installées durablement dans l’espace. Non pour alimenter les rêves de paradis retrouvé, comme ceux imaginés par le gourou du NewSpace que fut Gerard O’Neill, mais pour mener le travail critique imaginé par Thomas More dans son célèbre ouvrage, l’Utopie.

Publié dans sa version finale en 1518, ce petit ouvrage, « non moins salutaire qu’agréable » selon les mots mêmes de son auteur, invitait ses premiers lecteurs à partir pour une cité totalement imaginaire, un non-lieu aussi bien qu’un non-temps, qui servait de miroir pour porter un regard critique sur leur propre société. Le philosophe britannique ne cherchait ni à rompre brutalement les liens avec un passé ni à s’échapper dans un futur idéalisé, mais avant tout à remettre l’être humain au centre du souci commun, à lui construire un futur à la mesure de sa condition, celle éprouvée dans le passé et dans le présent, celle pensée et espérée pour le futur.

The Conversation

Jacques Arnould ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Espace : après les drapeaux sur la Lune et une Tesla dans l’espace, une exploration post-coloniale est-elle possible ? – https://theconversation.com/espace-apres-les-drapeaux-sur-la-lune-et-une-tesla-dans-lespace-une-exploration-post-coloniale-est-elle-possible-275159

Artemis, Chang’e, Chandrayaan… en quoi la course à la Lune des années 2020 diffère de celle des années 1960

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alban Guyomarc’h, Doctorant en droit spatial et en droit international privé, Université Paris-Panthéon-Assas; École normale supérieure (ENS) – PSL

Quelques-uns des lanceurs qui doivent propulser des sondes et des humains vers la Lune cette année ou la prochaine : SLS pour la Nasa, Longue Marche-5 de l’agence spatiale chinoise (CNSA), LVM3 pour l’agence spatiale indienne (ISRO). Nasa/ CNSA/ISRO

En 2026 est prévu un lancement très attendu – et déjà reporté plusieurs fois : celui d’Artemis 2, la deuxième mission du programme d’exploration lunaire Artemis, débuté en 2017 par la Nasa et ses partenaires. Fin 2026, c’est la Chine qui doit envoyer une mission robotisée au pôle Sud lunaire, Chang’e 7, tandis que l’Inde prépare l’alunissage de Chandrayaan-4 pour 2027.


Dans la mission Artemis 2, qui doit emmener quatre astronautes survoler notre satellite naturel avant de revenir sur Terre, tout semble baigner dans un parfum de guerre froide, comme un écho lointain du programme Apollo. La fusée SLS (pour Space Launch System), haute de cent mètres, rappelle la Saturn-5 qui propulsait autrefois les astronautes vers la Lune. La capsule Orion évoque le Command Module d’hier, panneaux solaires en plus. Même la rhétorique états-unienne réactive l’idée d’une nouvelle course lunaire : non plus contre l’URSS, mais face à l’autre hégémon du moment, la Chine. Et puis il y a la destination elle-même, la Lune, dont le sol s’apprête à être foulé de nouveau.

La pièce qui se joue devant nous paraît familière. Tout y a comme un air de déjà-vu. Pourtant derrière ce décor rétro se dessinent des lignes nouvelles. Si l’on adopte les perspectives des relations internationales et du droit, le programme Artemis permet d’illustrer deux évolutions majeures : l’émergence d’un axe de compétition Nord-Sud dans l’exploration lunaire et la disruption du cadre juridique applicable dans l’espace.

La nouvelle carte de l’exploration lunaire

Alors que la « conquête spatiale lunaire » des années 1960 ne comptait que deux superpuissances, l’URSS et les États-Unis, notre satellite naturel est aujourd’hui une destination prisée des programmes d’exploration, l’intérêt pour la Lune ayant crû au cours de la dernière décennie après un relatif désintérêt dans la période post-Apollo. Il faut prendre au sérieux cette internationalisation des ambitions d’exploration, et partant, savoir regarder les différents modèles d’exploration proposés ; tout en les rattachant à leur contexte culturel et géopolitique d’origine.

À partir de 2017, en réaction, notamment aux avancées spatiales chinoises dans les domaines de l’exploration, les États-Unis lancent progressivement le programme Artemis, visant à ramener des astronautes sur la Lune entre la fin des années 2020 et le début de la décennie 2030.

Annoncé en mars 2021, son pendant sino-russe, le programme ILRS (pour International Lunar Research Station) se propose des objectifs analogues, quoiqu’avec un calendrier différent. Il associe les compétences de deux puissances spatiales importantes que sont la Russie et la Chine. La première a déjà visé la Lune à l’été 2023 avec sa mission Luna 25 ; la seconde développe une série de missions lunaires Chang’e, depuis le début des années 2000, dont le septième opus, Chang’e-7, est une mission robotisée (et non habitée) qui doit décoller pour le pôle Sud lunaire fin 2026, avec un programme scientifique ambitieux.

Dans le sillage de ces deux programmes massifs que sont Artemis et l’ILRS, on trouve toute une série de missions plus modestes, optant pour une exploration robotisée de la surface de la Lune.

L’Inde, par exemple, poursuit ses lancements dans le cadre du programme Chandrayaan (Chandrayaan-3, a atteint le pôle Sud de la Lune en août 2023) et le pays ne cache pas ses ambitions dans le domaine du vol habité.

Parallèlement à ces projets, le Japon conduit une série de missions robotisées, dont certaines en coopération avec des start-up, et notamment ispace, une entreprise basée au Japon, aux États-Unis et au Luxembourg. Ce dernier se veut le fer-de-lance de la prospection de ressources spatiales à l’échelle européenne. L’Europe, via l’Agence spatiale européenne (ESA), développe, au-delà de ses coopérations avec la Nasa, une série de programmes lunaires futurs, et notamment l’atterrisseur lunaire Argonaut, pour début 2030.

Enfin, d’autres États se greffent à des missions lunaires existantes, c’est ainsi que la mission japonaise Hakuto-R1 embarquait en 2022 un rover émirati, Rashid ou que la mission chinoise Chang’e-6 a permis le placement en orbite lunaire du satellite pakistanais d’observation lunaire ICUBE-Q en 2024.

Les concepteurs des programmes Artemis et ILRS ont vu dans cette internationalisation des ambitions lunaires l’occasion de faire de la Lune un terrain de coopération ; ce qui constitue, là aussi, une nouveauté.

Les États-Unis coopèrent ainsi avec les États européens, notamment via l’ESA, avec le Japon ou encore avec le Canada. En face, la Chine et la Russie ont souhaité coopérer, selon des modalités qui demeurent floues, avec le Venezuela, l’Afrique du Sud, l’Azerbaïdjan, le Pakistan, la Biélorussie, l’Égypte, la Thaïlande, le Kazakhstan et le Sénégal. Si l’attention des chercheurs à l’égard d’Artemis est acquise, les travaux sur le réseau de coopération de l’ILRS sont encore assez rares.

In fine, cette carte de la coopération lunaire dit aussi beaucoup des évolutions de la géopolitique spatiale du siècle, qui ne tourne plus autour d’un axe Est-Ouest hérité de la guerre froide, mais autour d’un axe Nord global-Sud global – même s’il faut noter la participation d’États du Nord global à des missions lunaires chinoises, et notamment la participation du Cnes, l’agence spatiale française, à la mission Chang’e-6.

La disruption unilatérale du droit applicable

C’est encore dans le cadre du programme Artemis qu’il faut replacer deux innovations juridiques faisant de la Lune le terrain de ruptures majeures pour le droit de l’espace.

Ayant principalement pour objet la question de la propriété des ressources spatiales, ces ruptures sont venues troubler la relative stabilité du cadre constitué jusqu’alors par le traité de l’Espace de 1967, et dans une moindre mesure, par l’accord sur la Lune de 1979. Par l’article II du traité de l’Espace, l’espace extra-atmosphérique et notamment les corps célestes sont frappés d’un principe de non-appropriation ; tandis que dans l’article XI de l’accord sur la Lune, les ressources spatiales sont constituées en patrimoine commun de l’humanité.

Mais l’intérêt manifesté par quelques entreprises états-uniennes pour le sol lunaire et ce qu’il contiendrait d’exploitable (le conditionnel est vraiment de mise) a réveillé leur imaginaire juridique, ensuite relayé par le droit de la première puissance spatiale.

Ainsi, la première rupture date du Space Act de 2015, quand les États-Unis ont introduit en droit interne la possibilité de s’approprier légalement les ressources extraites dans l’espace. La proposition est pour le moins en délicatesse avec le droit international applicable, et notamment avec le principe de non-appropriation évoqué précédemment – ce que n’ont pas manqué de remarquer certains États aux Nations unies, dès 2016.

Néanmoins, elle a depuis fait florès, et on retrouve aujourd’hui des textes analogues en droit japonais, luxembourgeois ou encore émirati. Un groupe de travail spécifique fut même lancé aux Nations unies sur le sujet.

La seconde rupture juridique amorcée par les États-Unis concerne les accords Artemis, dont les sections 10 et 11 viennent consacrer, d’une part, la possibilité de s’approprier les ressources spatiales et, d’autre part, la possibilité de dessiner des zones de sécurité autour des installations lunaires. Là aussi, la conformité au droit de l’espace est a minima questionnable.

Mais c’est surtout la méthode employée qui interroge : les accords Artemis ne sont pas en soi un accord multilatéral concernant le droit applicable à l’exploration des corps célestes. Leur juridicité même est régulièrement questionnée. Par ailleurs, les États signataires des accords Artemis n’en ont pas négocié le contenu ; ils se sont contentés d’y adhérer, avec des contreparties variables. Néanmoins, grâce à ces signatures, l’initiative unilatérale de la première puissance spatiale mondiale prend des airs d’initiative internationale – et rend mainstream l’interprétation du droit applicable dans sa version états-unienne, ceci sachant que l’on compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine d’États signataires des accords Artemis.

Ces deux ruptures juridiques d’origine états-unienne placent la nouvelle vague d’explorations lunaires sous l’égide d’un droit de l’espace en voie de renouvellement, tant dans son contenu que dans la fabrique de la norme spatiale. Les premières missions à toucher le sol lunaire auront donc un rôle majeur dans la définition du droit futur de l’exploration des corps célestes.

L’exploration lunaire rattrapée par les enjeux des années 2020

À côté des dynamiques nouvelles qui redessinent le paysage lunaire en ce début de siècle, d’autres facteurs rappellent combien celui-ci est aussi rattrapé par les contraintes au cœur des années 2020. Il est alors impossible de ne pas évoquer la question du coût environnemental et budgétaire de ces programmes.

Les grands programmes d’exploration ont toujours coûté cher : des 250 milliards de dollars du programme Apollo, on passe à une estimation basse du coût global du programme Artemis jusqu’à l’année 2025 de l’ordre de 93 milliards de dollars, soit plus de 78,6 milliards d’euros (un seul lancement Artemis est estimé à 4 milliards de dollars, plus de 3,3 milliards d’euros). Des montants tentaculaires comparés au budget spatial annuel français (2,5 milliards d’euros par an depuis plusieurs années) ou européen (l’ESA a voté un budget record d’environ 22 milliards d’euros pour trois ans).

D’ailleurs, la sécurisation budgétaire (et in fine politique) des programmes lunaires états-uniens a été un enjeu récurrent au cours de l’année 2025, les États-Unis finançant, puis dé-finançant, puis refinançant tout ou partie du programme lunaire, quitte à sabrer quelques-uns des domaines de coopération sur le sujet, notamment avec l’ESA.

Il faut aussi questionner la dimension écologique des programmes lunaires, quoique ce ne soit pas tellement une préoccupation états-unienne. Le lancement d’Artemis 2 intervient dans un monde marqué par l’intensification des effets du changement climatique. Cette concomitance interroge quant à l’adéquation de ces programmes à leur contexte environnemental et laisse aussi ouvert un autre chantier de réflexion, important à conduire, et notamment en Europe : qu’est-ce qu’une ambition lunaire correctement dimensionnée à notre époque, à la fois budgétairement et environnementalement ?

Car au-delà de la question classique et attendue de la priorisation des investissements, la question qui se pose est celle de la définition d’autres modèles d’exploration spatiale possibles – en ce sens, Artemis et l’ILRS ne fixent pas nécessairement le la de ce que devrait être une ambition lunaire en 2026.

The Conversation

Alban Guyomarc’h est membre du Groupe de travail “Objectif Lune” de l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT), groupe de travail dont il coordonne les travaux. Dans le cadre de ses recherches, il est également membre du PEPR Origines de la vie, dans le cadre duquel il conduit ses recherches doctorales au Collège de France.

ref. Artemis, Chang’e, Chandrayaan… en quoi la course à la Lune des années 2020 diffère de celle des années 1960 – https://theconversation.com/artemis-change-chandrayaan-en-quoi-la-course-a-la-lune-des-annees-2020-differe-de-celle-des-annees-1960-276469

Oxígeno oscuro: ¿podríamos respirar si no existiera la luz del Sol?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Vasco Francisco, Microbiólogo, Universitat de Barcelona

Fondo marino. yannis papanastasopoulos / Unsplash., CC BY-SA

¿De dónde procede el oxígeno que respiramos? La respuesta fácil y rápida sería: “de las plantas”. Pero no salen los cálculos, así que indagamos un poco más y vemos que hay que añadir a la ecuación organismos mucho más pequeños, que en conjunto forman una enorme biomasa: el fitoplancton, compuesto por algas unicelulares y cianobacterias.

Plantas, algas y cianobacterias necesitan la luz y el agua para producir oxígeno. Además, para poder realizar lo que se conoce como fotosíntesis, captan dióxido de carbono, por lo que deben ser nuestras aliadas contra el cambio climático.

Su objetivo realmente no es producir oxígeno, sino poder construir su cuerpo creando materia orgánica de cero. Pero el caso es que lo producen, y esto ha permitido el desarrollo de la vida compleja en nuestro planeta (además de grandes extinciones).

Las cianobacterias utilizan la luz solar para hacer la fotosíntesis. En la imagen, Prochlorococcus marinus.
Wikimedia Commons., CC BY

¿Qué es el oxígeno oscuro?

Sin embargo, ¿puede producirse este elemento de otra manera? ¿Sin luz? ¿O, incluso, sin necesidad de seres vivos? La respuesta es sí. El oxígeno “oscuro” es esencial para las comunidades que viven en zonas sin oxígeno, a grandes profundidades.

A día de hoy, se conocen varias formas en que algunos microbios pueden generar oxígeno sin necesidad de la luz solar. En alguno de los casos, es el objetivo, y en otros, tan solo un desecho de otra reacción necesaria, como ocurre en la fotosíntesis.

Nitrosopumilus maritimus, uno de los seres vivos más pequeño, de 0.2 micrometros de diámetro.
Wikimedia Commons., CC BY

“Yo me lo guiso, yo me lo como”

Por ejemplo, existe un microorganismo llamado Nitrosopumilus maritimus que, para obtener energía, necesita amoniaco y oxígeno en muy bajas concentraciones. Pero lo increíble es que se puede fabricar su propio oxígeno cuando no está presente en el medio.

¡Imagine quedarse sin aire y ser capaz de construirse una bombona de oxígeno para seguir viviendo! Pues este microbio lo hace mediante la dismutación del óxido nítrico (NO), una vía metabólica –sucesión de reacciones químicas donde un sustrato inicial se transforma y da lugar a productos finales– en la que se producen oxígeno (O₂) y dinitrógeno (N₂).

Una vía similar sucede en la bacteria Candidatus Methylomirabilis oxyfera, que vive en ambientes sin oxígeno. Sin embargo, lo necesita para oxidar el metano y usarlo como fuente de energía, así que lo produce de la misma manera que la anterior.

Recientemente, se ha observado también la liberación de oxígeno en un tipo de microbios que respiran nitrato (NO₃⁻); concretamente, en dos cepas bacterianas del grupo Deferribacterota. Lo hacen a través de una vía conocida como la reducción desasimilatoria de nitrato a amonio (DNRA).

Cuando “sudar” oxígeno es una forma de sobrevivir

Uno de los ejemplos más estudiados se da por la transformación de una sustancia tóxica llamada clorito (ClO₂⁻), en la que se libera cloruro (Cl⁻) y oxígeno (O₂). Esta reacción química permite a ciertos microbios eliminar dicha sustancia dañina para la célula, desintoxicándose. Es parecido a cuando una persona come demasiado picante y su cuerpo se pone a trabajar a tope para procesar y eliminarlo. En el proceso, se liberan compuestos que no eran el objetivo principal, como el sudor. Así, podemos decir que estos microorganismos, “sudan” oxígeno, no porque lo necesiten, sino como un efecto secundario de “limpiarse”.

Por otro lado, se puede liberar oxígeno a partir de otras sustancias tóxicas llamadas especies reactivas de oxígeno, como el peróxido de hidrógeno (H₂O₂, similar al que usamos como desinfectante).

Puede ocurrir de dos maneras. Una de ellas es por medio de enzimas, que son como una especie de herramientas que ayudan a las células a llevar a cabo las reacciones químicas. Las que participan en este proceso son la catalasa y la superóxido dismutasa, que tratan de reducir la toxicidad de las especies reactivas de oxígeno que pueda haber en la célula. Esta reacción es “fácil” y no necesita energía. De hecho, se puede producir sin la participación de ningún ser vivo. Se da cuando las especies reactivas de oxígeno reaccionan con ciertos metales como el hierro. Esto no sucede con la misma facilidad con la molécula de agua (H₂O), porque es mucho más estable y se necesita mucha energía para romperla –como la energía que aporta el Sol para la fotosíntesis, en la que sí se “divide” el agua–.

Cómo extraer oxígeno del agua sin luz

Se ha observado la ruptura de la molécula de agua en reacción con ciertos metales. Hay algunos microorganismos que necesitan captar metales como el cobre para sobrevivir, y lo hacen con unas moléculas llamadas metanobactinas.
Lo sorprendente es que cuando estas metanobactinas se unen a ciertos metales, pueden extraer los electrones del agua (H₂O), rompiéndola y liberando oxígeno como consecuencia.

Nódulo de manganeso.
Wikimedia Commons., CC BY

Y algo más sorprendente aún es que también puede suceder de forma abiótica, es decir, sin la intervención de seres vivos. En el fondo del océano, ciertos minerales pueden actuar como pequeñas baterías naturales, capaces de romper las moléculas de agua y generar, así, oxígeno, sin luz ni vida. Se trata de nódulos polimetálicos, “piedritas” del fondo del mar llenas de metales como manganeso, cobre y níquel, que se forman muy lentamente con el tiempo. Estos metales pueden crear diferencias de voltaje, algo que provee la energía necesaria para esta reacción.

Lo que el oxígeno oscuro nos enseña sobre la vida

Hemos visto la gran variedad de reacciones en las que se libera oxígeno sin luz y, conforme más se investiga, más formas aparecen. Estas investigaciones explican la presencia aparentemente paradójica de organismos que respiran oxígeno en ambientes donde no lo hay.

Además, podría arrojar luz sobre el origen de la vida y la vida en otros planetas. Incluso, se podría usar la base de estas reacciones para generar oxígeno en futuros escenarios a los que nos quisiéramos mudar desde la Tierra.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Oxígeno oscuro: ¿podríamos respirar si no existiera la luz del Sol? – https://theconversation.com/oxigeno-oscuro-podriamos-respirar-si-no-existiera-la-luz-del-sol-258601

La NASA anuncia grandes cambios en el programa lunar Artemis

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gordon Osinski, Professor in Earth and Planetary Science, Western University

Ilustración de los astronautas del Artemis en la Luna. (NASA)

Mientras esperamos el lanzamiento de la histórica misión tripulada Artemis II para órbitar la Luna, la NASA ha anunciado cambios importantes en todo el programa Artemis.

La próxima misión, Artemis III, ya no llevará a seres humanos a la superficie de nuestro satélite, como estaba planeado, sino que realizará una serie de pruebas tecnológicas en la órbita terrestre baja. Será Artemis IV entonces el primer alunizaje tripulado, y sucederá en algún momento de 2028.

Como profesor, explorador, geólogo planetario y miembro del Equipo Científico de Artemis III, he estado asistiendo a la NASA en el desarrollo de la formación en geología para los astronautas.

Mi investigación consiste en estudiar muestras del Apolo y meteoritos lunares para comprender mejor la geología de la Luna.

¿Por qué los cambios?

Aunque no se ven afectados por el anuncio de la NASA de la semana pasada, los recientes retrasos en la misión Artemis II son un síntoma de los retos a los que se ha enfrentado todo el programa durante años.

Tras un revés inicial debido a una fuga de hidrógeno líquido que se produjo durante un ensayo general el 3 de febrero, surgieron más problemas para Artemis II durante el segundo ensayo general con combustible real del 19 al 20 de febrero. Como resultado, la fecha de lanzamiento se posopone, como mínimo, al 1 de abril.

Esto supondría más de tres años desde la primera misión Artemis. Unos intervalos tan largos entre misiones limitan la capacidad de perfeccionar los sistemas rápidamente y hacen que los mismos problemas (por ejemplo, las fugas de combustible) sigan repitiéndose. Con la pérdida de más de 4 000 empleados –aproximadamente el 20 % de su plantilla– en 2025, la NASA también se enfrenta a importantes desafíos en materia de personal, lo que supone una carga adicional para el programa Artemis.

Estos retos parecen haber sido reconocidos por el nuevo administrador de la NASA, Jared Isaacman, quien escribió en recientemente en las red social X que “los días en que la NASA lanzaba cohetes lunares cada tres años han terminado”.

Una parte importante del plan consiste en estandarizar la “etapa superior” del cohete Space Launch System (SLS), que es la parte que impulsa la nave espacial desde la órbita terrestre baja hacia la Luna.

Un programa Artemis revitalizado

Han circulado muchas noticias desde el anuncio de la NASA sobre la reorganización del programa Artemis, muchas de ellas refiriéndose a la “cancelación” de la misión Artemis III, lo que no se atiene a la realidad. Muchas personas, incluido yo mismo, pensamos que los nuevos planes no solo son más realistas, sino que ponen emoción a la aventura.

Es cierto que Artemis III ya no será el primer alunizaje tripulado desde Apolo 17 en 1972.
En su lugar, la misión lanzará la cápsula tripulada Orión a la órbita terrestre baja, donde los astronautas llevarán a cabo pruebas espaciales de tecnologías críticas, como los sistemas de soporte vital, propulsión y comunicaciones.

Mientras esté en órbita, también se espera que Orión se acople con uno o los dos módulos lunares desarrollados comercialmente por las empresas SpaceX y Blue Origin. Esto tiene sentido, ya que el plan original de Artemis pasaba directamente de Artemis II a la superficie de nuestro satélite sin probar estos aspectos críticos de la misión.

Un traje espacial
El prototipo de traje espacial Artemis, el AxEMU, desarrollado por Axiom Space.
(KBR/Axiom Space)

La tripulación también podría probar los nuevos trajes espaciales diseñados por Axiom Space, lo cual es importante porque estos trajes aún no se han utilizado en una misión espacial real.

Por lo tanto, este nuevo plan reduce los riesgos y aumenta las probabilidades de éxito de una misión tripulada a la superficie de la Luna en 2028: Artemis IV en lugar de Artemis III.

La parte más emocionante y sorprendente del reciente anuncio fue que la NASA intentará no solo uno, sino dos alunizajes en 2028, y luego enviará una misión cada año a partir de entonces. Esto se parece mucho más al programa Apolo, que lanzó 11 misiones tripuladas en cuatro años.

¿Qué pasa con la Puerta de Enlace Lunar?

Hubo una omisión notable en el anuncio de la semana pasada: ninguna mención a la Plataforma Orbital Lunar Gateway.
En los planes originales, el segundo alunizaje, Artemis IV, debía llegar a la superficie de la Luna a través de esa pequeña estación orbital.

Lunar Gateway es muy importante para Canadá porque albergará Canadarm3, brazo robótico de última generación, con inteligencia artificial integrada, que supone una contribución de 2 000 millones de dólares al programa Artemis.

Mientras la NASA elabora los planes para la segunda misión a la superficie lunar y sus sucesoras, espero que la Lunar Gateway con su Canadarm3 siga formando parte del proyecto.

The Conversation

Gordon Osinski fundó la empresa Interplanetary Exploration Odyssey Inc. Recibe financiación del Natural Sciences and Engineering Research Council de Canadá y de la Agencia Espacial Canadiense.

ref. La NASA anuncia grandes cambios en el programa lunar Artemis – https://theconversation.com/la-nasa-anuncia-grandes-cambios-en-el-programa-lunar-artemis-277416

‘Et tu, latín’: ¿podemos enseñar lenguas clásicas de manera moderna?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Manuel Márquez Cruz, Profesor e investigador en el Departamento de Lingüística, Estudios Árabes, Hebreos, Vascos y de Asia Oriental, Universidad Complutense de Madrid

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Cuando llevaba tres años impartiendo la asignatura de Latín en 4º de ESO me di cuenta de que no llegaba a conectar con los alumnos, puesto que el proceso de aprendizaje resultaba monótono. No era falta de interés por su parte, ni falta de entusiasmo por la mía: era un choque de mundos.

En clase, el latín seguía sonando a listas de palabras, declinaciones y aprendizaje memorístico mientras que fuera, todo era interacción y pequeñas “píldoras” de conocimiento en vídeo y en audio. Una gran parte del profesorado de latín coincidía en que había que cambiar algo si el objetivo era despertar el interés por el estudio y la comprensión de esta lengua, teniendo en cuenta que son pocas las horas lectivas de esta asignatura y que el perfil del alumno es más digital.

¿Por qué replantear la enseñanza del latín hoy?

Tradicionalmente se ha enseñado latín a través de la memorización de declinaciones, reglas y vocabulario. No son metodologías que motiven especialmente al alumnado, sobre todo en niveles de aprendizaje inicial o cursos cero.

A estas metodologías hoy se añade el hecho de que el actual enfoque de la asignatura es compentencial, es decir: los aspectos culturales y el legado patrimonial han adquirido una especial relevancia en detrimento del conocimiento lingüístico. El profesor no solo debe enseñar la lengua, sino la historia, la geografía, la sociedad y la literatura latina, así como la pervivencia del latín y de la cultura romana en nuestros días, tanto desde una perspectiva material (arqueología, inscripciones) como inmaterial (religión, mitología…).

Mucho contenido en poco tiempo

Todo ese contenido tiene, en la ESO, tres horas semanales; en el Bachillerato, cuatro. En el caso del Bachillerato, aunque el latín se puede estudiar durante dos cursos, el ritmo de clase lo marca la prueba de acceso a la universidad, que se convierte en el objetivo primordial.

El resultado es que el tiempo dedicado a los contenidos de lengua es muy reducido y obliga a concentrar teoría y ejercicios prácticos.

La brecha generacional

No solo las horas son pocas. Los estudiantes están habituando a aprender (y socializar) en entornos digitales, lo que genera una brecha cada vez más pronunciada entre un aprendizaje tradicional y otro más acorde a los tiempos que vivimos y a las leyes educativas vigentes.

¿Podemos articular un enfoque metodológico que ayude a desarrollar en el alumnado las competencias exigidas en estudiantes y futuros profesionales de este siglo XXI: trabajo cooperativo, pensamiento crítico, autonomía y competencia digital?

Clase invertida: vídeos y audios en casa

Ya existen propuestas didácticas que buscan cambiar el modus operandi del aula, yendo de la tradicional explicación magistral al aprendizaje activo. Entre ellas, el modelo de “aula invertida” tiene mucho potencial para el latín.

Este enfoque, el aula invertida aplicada al latín, propone el estudio de los contenidos fuera del aula mediante breves vídeos, materiales escritos de refuerzo o audios, dedicando el tiempo de clase a resolver dudas, ampliar contenidos y realizar actividades que profundicen en las competencias adquiridas, de manera individual o en equipos.




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Esto supone un cambio en el papel del docente, que deja de ser un mero transmisor de contenidos para convertirse en el guía que selecciona, diseña y organiza recursos y que utiliza las clases presenciales para acompañar la reflexión y la práctica.

Paralelamente, el estudiantado asume un rol más activo puesto que gestiona su ritmo de estudio, prepara la clase con antelación y participa en tareas cooperativas que le obligan a explicar, comparar y aplicar lo aprendido.

Píldoras en línea

Esta metodología adquiere un especial potencial cuando se integra en un ecosistema digital, mediante el uso de plataformas de aprendizaje de electrónico como Moodle o Google Classroom.

Se puede así estructurar la iniciación al latín con lecciones autocontenidas: breves píldoras informativas en forma de vídeos y audios con transcripciones, actividades de autoevaluación con retroalimentación, ejercicios nivelados de refuerzo y formularios de evaluación formativa (la que proporciona información sobre cómo está yendo el proceso de aprendizaje y qué necesidades quedan por cubrir) y sumativa (la que ofrece evidencias sobre el grado de aprendizaje o conocimiento adquirido).

Este diseño facilita tanto una modalidad docente presencial como semipresencial o de autoformación a distancia.

Motivación: el corazón del cambio

En paralelo al rediseño metodológico y tecnológico, la motivación del alumnado es un indicador clave de éxito. Los estudios que han analizado el impacto de estos enfoques muestran mejoras significativas en la actitud hacia el estudio del latín y en la disposición a continuar estudiando esta lengua.

Un ejemplo de la puesta en marcha de esta metodología es el curso de iniciación al aprendizaje del latín, diseñado en el Laboratorio vivo de Lingüística Aplicada a la Enseñanza de Lenguas de la Universidad Complutense de Madrid, por el que han pasado más de 500 alumnos de las aulas de ESO de la Comunidad Autónoma de Madrid.




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Sus resultados han sido positivos en términos de motivación y adquisición de conocimientos, lo que se traduce en un aumento del interés sostenido y en una mejora de la percepción de la utilidad de la materia y del nivel de adquisición de conocimientos.

Este contexto educativo del latín conecta con la experiencia cotidiana del alumnado en el estudio de otras materias, al tiempo que moderniza la imagen de una lengua clásica que, no olvidemos, es origen y madre de nuestro idioma.

La tecnología como catalizador

En definitiva, el uso de recursos electrónicos para la puesta en marcha de metodologías activas en el aprendizaje del latín no solo consigue mejorar los resultados académicos, sino también transformar la relación afectiva del alumnado con esta materia.

El estudiante percibe el latín como un reto asumible, intelectualmente estimulante y conectado con su realidad digital, por lo que es más proclive a dedicar tiempo y esfuerzo a su estudio.

La tecnología, en este sentido, actúa como catalizador, puesto que hace viable un uso más flexible del tiempo, facilita la personalización del aprendizaje y permite que la clase se convierta en un taller de experimentación lingüística más que en un ejercicio rutinario de traducción.

The Conversation

Manuel Márquez Cruz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ‘Et tu, latín’: ¿podemos enseñar lenguas clásicas de manera moderna? – https://theconversation.com/et-tu-latin-podemos-ensenar-lenguas-clasicas-de-manera-moderna-273170

Los efectos en la economía personal de las decisiones de los bancos centrales: ¿por qué los tipos de interés importan?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rebeca García-Ramos, Profesora de Economía Financiera, Universidad de Cantabria

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Para entender la política monetaria, resulta útil la metáfora del termostato. Cuando los precios crecen demasiado rápido, el banco central “sube la temperatura” aumentando los tipos de interés. Esto encarece el crédito, frena la demanda agregada y ayuda a controlar la inflación. Si la economía se enfría demasiado, la autoridad monetaria “baja la temperatura”: reduce los tipos para abaratar la financiación y estimular el consumo y la inversión.

La política monetaria es el conjunto de decisiones con las que un banco central influye en el precio y la cantidad de dinero en circulación para mantener la estabilidad de los precios y favorecer un crecimiento económico sostenido. Su principal herramienta son los tipos de interés de referencia, que determinan el coste de la financiación para bancos, hogares y empresas. También influyen en la rentabilidad del ahorro.

Aunque su formulación pueda parecer técnica, sus efectos son muy concretos: se reflejan en las cuotas de las hipotecas, en el precio del alquiler, en el acceso al crédito, en el empleo y en el poder adquisitivo. Esta forma de actuación tiene sus raíces en las aportaciones de grandes economistas clásicos:

  • Knut Wicksell (1851-1926): introdujo la idea del tipo de interés natural, un umbral que indica cuándo los tipos de mercado pueden sobrecalentar o enfriar la economía.

  • John Maynard Keynes(1883-1946): señaló que los ciclos económicos están determinados por la demanda agregada y por las expectativas de empresas y consumidores. Cuando confían en el futuro, aumentan el gasto y la inversión, lo que impulsa el crecimiento; cuando prevén dificultades, reducen su actividad y la economía puede entrar en recesión.

  • Milton Friedman (1912-2006): representante de la tradición monetarista, sostuvo que la inflación es, en esencia, un fenómeno monetario de largo plazo: aparece cuando la cantidad de dinero en la economía crece de forma sostenida por encima de la producción de bienes y servicios.

Estas diferentes perspectivas muestran que la política monetaria no es aleatoria. Responde a la evolución de los precios y la actividad económica, y su finalidad es mantener la economía equilibrada.

Canales de transmisión a la economía doméstica

La política monetaria no solo ocurre en los mercados o en los despachos de los bancos centrales: sus efectos llegan a la vida cotidiana. Los cambios en los tipos de interés afectan a las decisiones de compra, ahorro o inversión. Algunos de los principales canales de transmisión de sus efectos son:

  • Vivienda: con tipos altos, las hipotecas se encarecen. Parte de la demanda de compra se desplaza al alquiler y puede tensionar el mercado. Con tipos bajos, la compra es más accesible y el mercado tiende a reequilibrarse.

  • Mercado laboral: el coste del crédito condiciona la inversión de las empresas. Si el crédito es caro, se posponen proyectos y se frena la contratación. Si es barato, aumenta la expansión y la creación de empleo.

  • Consumo financiado: las compras a plazos (de productos como móviles, coches o electrodomésticos) dependen de los tipos de interés. Una política restrictiva encarece las cuotas; los tipos bajos las abaratan y fomentan el consumo.

  • Ahorro e inversión: los tipos influyen en la remuneración del ahorro y en la valoración de bonos y acciones. Mayor rentabilidad implica mayor riesgo. Con tipos altos, el ahorro ofrece mayores rendimientos mientras que, con tipos bajos, rinde menos y para ahorradores conservadores aumenta el atractivo de los productos a largo plazo, que combinan seguridad y rentabilidad.




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La inflación: una razón práctica para prestar atención

La inflación reduce la renta real. Si los precios suben más rápido que los salarios, el poder de compra disminuye. Este efecto es más fuerte en los jóvenes pues, al estar empezando sus vidas laborales, suelen tener salarios y ahorros bajos. Además, afrontan gastos importantes, como alquiler, equipamiento y transporte.

La política monetaria no controla todos los factores que impulsan la inflación. Existen shocks de oferta (eventos que alteran repentinamente la oferta de un bien o servicio) o conflictos geopolíticos. Aun así, es la herramienta central para anclar expectativas y evitar espirales de precios y salarios.

El ciclo económico

La economía se mueve en ciclos, alternando fases de crecimiento y de desaceleración.

Durante la expansión, aumentan el empleo, el crédito y el consumo. Si la demanda crece demasiado, surgen presiones inflacionistas. Entonces, para contenerlas, el banco central sube los tipos de interés. Esto encarece los préstamos, modera el gasto y ayuda a controlar los precios. Con el tiempo, la economía se enfría y se reduce la presión sobre los precios.

Cuando la inflación baja y la economía pierde impulso, el banco central puede bajar los tipos. Esto abarata el crédito y estimula la inversión y el consumo. Los ciclos económicos explican por qué un préstamo puede variar mucho en pocos años y por qué la creación de empleo se acelera o se modera según la fase del ciclo.

Expectativas y comunicación: la pieza menos visible

La política monetaria también funciona mediante señales. Cuando un banco central comunica sus planes, empresas y hogares ajustan sus decisiones antes del cambio. Es como un aviso de tráfico: al conocer la dirección, la economía se prepara.

Por eso, la comunicación no es un detalle: es una herramienta clave que moldea las expectativas y la realidad económica. Como dijo Paul Krugman, Premio Nobel de Economía 2008:

“La política monetaria puede estimular la economía incluso cuando los tipos de interés son bajos, pero requiere credibilidad y comunicación clara”.

Idea final

La economía no es un lenguaje críptico, reservado a expertos. Es un mapa de incentivos y decisiones cotidianas. Entender cómo funciona el termostato monetario ayuda a interpretar los cambios y tomar mejores decisiones.

La historia demuestra algo fundamental: sin estabilidad de precios, no hay crecimiento sostenible. En palabras de Paul Volcker, uno de los grandes arquitectos de la política monetaria contemporánea:

“La estabilidad de precios es la base de una economía próspera”.

The Conversation

Rebeca García-Ramos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los efectos en la economía personal de las decisiones de los bancos centrales: ¿por qué los tipos de interés importan? – https://theconversation.com/los-efectos-en-la-economia-personal-de-las-decisiones-de-los-bancos-centrales-por-que-los-tipos-de-interes-importan-276259

Lo que el ADN ambiental revela: las huellas ocultas de los gigantes del mar

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Chloé Fernandez, PhD Student in Marine Zoology , Universitat de València

Un rorcual común emerge de las aguas con un pez entre sus fauces. KAMONRAT/Shutterstock

El mar Mediterráneo es refugio de algunos de los animales más grandes del océano.
Entre las nueve especies de cetáceos comunes en sus costas occidentales se encuentran el rorcual común (Balaenoptera physalus), la segunda ballena más grande del mundo, y el cachalote (Physeter macrocephalus). Estas especies pueden alcanzar hasta 23 y 18 metros de longitud, respectivamente, y constituyen poblaciones genéticamente aisladas de sus congéneres del Atlántico.

A pesar de su impresionante tamaño, estos enormes animales pueden resultar difíciles de observar. El cachalote, por ejemplo, habita principalmente en aguas oceánicas abiertas, donde se alimenta de calamares y peces de profundidad que pueden encontrarse a más de 1 500 metros. Sus inmersiones pueden durar entre 30 y 60 minutos, tras las cuales asciende brevemente a la superficie para respirar y recuperarse durante cinco a quince minutos antes de iniciar una nueva zambullida.

Debido a su tamaño y comportamiento, estas ballenas corren un alto riesgo de colisión con embarcaciones y también se ven afectadas por otras actividades humanas, como el tráfico marítimo, la contaminación acústica o la degradación de hábitat. La Unión Internacional para la Conservación de la Naturaleza (IUCN), en su Lista Roja de Especies Amenazadas, clasifica a las poblaciones mediterráneas de ambas especies en peligro.

Para protegerlas, la ciencia busca comprender mejor su ecología y sus hábitos, y así desarrollar planes de conservación efectivos y basados en evidencias sólidas.

Formas de estudiar a los cetáceos en ambientes marinos

Existen diversas técnicas para el estudio y seguimiento de cetáceos que la comunidad científica emplea de manera complementaria. Los censos visuales, por ejemplo, han sido hasta la fecha el método más utilizado. Consisten en observar directamente a los animales desde una plataforma –ya sea una embarcación o una aeronave– a lo largo de transectos predefinidos. Es decir, estableciendo una línea recta a través de un área para registrar datos de forma como la presencia, distribución, abundancia, etapa de desarrollo (cría, juvenil o adulto) y comportamiento.

Por otro lado, los registros acústicos permiten detectar las vocalizaciones producidas por los cetáceos mediante el uso de hidrófonos. Estos instrumentos, que funcionan de forma análoga a los micrófonos en el aire, captan sonidos submarinos que posteriormente pueden analizarse con software especializado, facilitando la identificación de especies e incluso, en algunos casos, de individuos.

El uso de dispositivos electrónicos adheridos a los cetáceos constituye otro método altamente eficaz para el seguimiento individual. Esta técnica, conocida como tagging, emplea sensores que permiten rastrear los desplazamientos de los animales y registrar variables ambientales. La información obtenida resulta clave para conocer sus áreas de distribución, patrones de comportamiento y uso del hábitat, aspectos fundamentales para diseñar estrategias de conservación más precisas.

Cuando los cetáceos mueren, con frecuencia varan en costas cercanas y, aunque pueda parecer paradójico, estos eventos también proporcionan información valiosa. A partir de animales varados es posible obtener muestras genéticas, parasitológicas o patrones de dieta, entre otras. Eso permite después evaluar el estado de las poblaciones, sus interacciones ecológicas, amenazas, origen y estructura genética.




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Una pequeña molécula con mucha información

En la última década ha cobrado gran relevancia un método innovador basado en el estudio de una molécula fundamental: el ácido desoxirribonucleico, más conocido como ADN. Este enfoque se sustenta en el hecho de que todos los seres vivos están formados por una o más células que contienen ADN, una molécula que almacena la información genética responsable, entre otros aspectos, de la identidad de la especie.

Las células son liberadas continuamente al medio natural a través de procesos como la descamación de la piel, la excreción de heces o la liberación de gametos. Invisibles al ojo humano, estas partículas se encuentran ampliamente distribuidas en el ambiente –en el suelo, el agua, el aire o incluso la nieve–. En el caso de los animales marinos, como rorcuales y cachalotes, el ADN se libera, por ejemplo, cuando se desprenden fragmentos de piel, o al defecar en el agua.

El ADN ambiental: una herramienta revolucionaria para la investigación

Cuando una ballena atraviesa una zona, deja tras de sí restos celulares que actúan como una señal inequívoca de su presencia. Una simple muestra de agua puede contener esa señal en forma de fragmentos de ADN ambiental, los cuales se extraen y secuencian para analizar su composición genética.

Desde principios del siglo XXI, una técnica conocida como metabarcoding permite aislar y amplificar ADN de múltiples especies presentes en una misma muestra ambiental. Mediante análisis informáticos, las secuencias obtenidas pueden identificarse a nivel de especie o de grupos taxonómicos concretos, permitiendo determinar qué organismos estuvieron presentes en la zona de muestreo durante un periodo previo a la toma de la muestra.

De este modo, una única muestra de agua, procesada adecuadamente, puede revelar la presencia no solo de cetáceos como cachalotes o rorcuales, sino también de otros vertebrados marinos.




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¿Cómo puede esta técnica ayudar a estudiar a las ballenas?

Desde la Unidad de Zoología Marina de la Universidad de Valencia hemos recolectado de manera sistemática, desde 2023, muestras de agua a lo largo de la costa de la Comunidad Valenciana para su análisis mediante ADN ambiental. Y los resultados son especialmente relevantes, ya que han permitido detectar material genético de hasta cinco especies de cetáceos –incluidos el rorcual común y el cachalote–, así como diferentes especies de peces, tiburones, rayas y tortugas marinas.

Estas detecciones hacen posible identificar áreas frecuentadas por los animales y analizar patrones espaciales y estacionales, información que puede compartirse con organizaciones gubernamentales para el diseño de áreas marinas protegidas o la implementación de medidas específicas de conservación.

Además, es posible integrar este enfoque con el uso de embarcaciones que ya navegan regularmente por el Mediterráneo –como ferris, buques de investigación o barcos de pesca– para la recolección de muestras de agua. Proyectos dedicados al estudio de cetáceos y otros vertebrados marinos, como LIFE CONCEPTU MARIS en el Mediterráneo occidental, aprovechan embarcaciones comerciales tanto para la observación abordo como para la toma sistemática de muestras destinadas al análisis de ADN ambiental.

Esta estrategia permite reducir costes, minimizar la huella ambiental del muestreo y fomentar una ciencia más abierta, colaborativa y cercana a la ciudadanía.

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Chloé Fernandez es estudiante de doctorado de la Unidad de Zoología Marina del Instituto Cavanilles de Biodiversidad y Biología Evolutiva de la Universidad de Valencia. Su tesis se ha desarrollado en el marco del proyecto CETABIOENA y ha sido financiada por la Generalitat Valenciana a través del Plan Gent (Conselleria de Innovación, Universidades, Ciencia y Sociedad Digital).

Natalia Fraija Fernández es parte de la Unidad de Zoología Marina del Instituto Cavanilles de Biodiversidad y Biología Evolutiva de la Universidad de Valencia. Ha sido IP del proyecto Monitoring Cetacean Biodiversity using Environmental DNA (CETABIOENA) financiado por la Conselleria de Innovación, Universidades, Ciencia y Sociedad Digital de la Generalitat Valenciana bajo el programa para el apoyo a personas investigadoras con talento Plan Gen-T y ha participado en el proyecto Conservation of Cetaceans and Pelagic Sea Turtles in Med: Managing Actions for their Recovery and Sustainability (CONCEPTU MARIS) financiado por el programa LIFE de la Unión Europea.

ref. Lo que el ADN ambiental revela: las huellas ocultas de los gigantes del mar – https://theconversation.com/lo-que-el-adn-ambiental-revela-las-huellas-ocultas-de-los-gigantes-del-mar-265559