CAN 2025 de football : pourquoi la CAF a sévi contre le Sénégal et le Maroc

Source: The Conversation – in French – By Professeur Abdoulaye Sakho, Professeur de droit, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

La finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 (21 décembre – 18 janvier) a basculé dans la la controverse dans les dernières minutes du match. Le penalty litigieux, le match interrompu, l’envahissement de la zone VAR (contrôle vidéo), l’usage de lasers dans les tribunes et les affrontements entre supporters sénégalais et policiers marocains ont marqué l’épilogue du tournoi. Quelques jours plus tard, les sanctions tombent sont tombées contre les fédérations du Sénégal et du Maroc.

Dans cet entretien, Abdoulaye Sakho, spécialiste en droit du sport, décrypte les infractions retenues, le fonctionnement indépendant du jury disciplinaire et pourquoi cette finale pourrait marquer un tournant dans la gouvernance du football africain.

Pourquoi les deux fédérations du Sénégal et du Maroc ont-elles été sanctionnées ?

Les deux fédérations ont été sanctionnées parce que le jury disciplinaire a estimé que chacune d’elles a été coupable d’infractions aux lois du jeu et au code disciplinaire en vigueur.

Le football, en tant qu’activité sportive, repose sur un ensemble de normes qui encadrent à la fois l’organisation des acteurs et leurs comportements sur et en dehors du terrain. Ces normes sont définies par des textes communs à toutes les organisations affiliées à la FIFA,

C’est en ce sens qu’il existe des textes de base qui sont communs à la totalité des organisations sportives qui relèvent de la FIFA. Parmi ces textes, je peux citer le code disciplinaire, le code éthique et le code électoral. Ces textes précisent non seulement les comportements attendus, mais aussi la nature des infractions, les sanctions applicables et le fonctionnement des instances chargées de trancher les litiges disciplinaires.

S’agissant des mesures prises contre les deux fédérations et les joueurs, elles relèvent de sanctions disciplinaires rendues par le jury compétent conformément au code de discipline.

Le comportement des acteurs du football lors d’une rencontre est également défini par les Lois du jeu de l’International Football Association Board (IFAB)
(l’organisme international chargé de définir et faire évoluer les règles du jeu), ainsi que par le code de discipline. Ces deux textes prévoient les infractions et les sanctions, ainsi que l’organisation et le fonctionnement des autorités responsables du règlement des litiges.

Concernant les infractions disciplinaires, comme toutes les autorités juridictionnelles de la Confédération africaine de football (CAF), le jury qui en traite est indépendant. Il est composé de personnalités indépendantes qui ne sont pas membres de la CAF.




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Quelles sont les principales sanctions ?

Les deux fédérations ont été sanctionnées parce que le jury disciplinaire a estimé qu’elles étaient responsables d’infractions aux lois du jeu et au code disciplinaire en vigueur. La décision du jury disciplinaire comporte deux volets. Il y a d’abord des sanctions sportives à l’encontre des fédérations marocaine et sénégalaise, et de certains joueurs et officiels pour violations avérées du Code disciplinaire de la CAF. Ensuite, il y a le rejet de la réclamation introduite par la fédération royale marocaine de football (FRMF) qui plaidait un forfait technique du Sénégal. Autrement dit, selon la prétention marocaine devant le jury, fondée les articles 82 et 84 du règlement de la CAN le Sénégal devait perdre le match sur un score de trois à zéro (3-0).

Cette distinction est importante. Le rejet de la requête du Maroc constitue une qualification non retenue, distincte des faits qui ont servi de base aux sanctions retenues contre le Sénégal.

Pour le Sénégal, les sanctions reposent sur les infractions suivantes :

• comportement antisportif, violation des principes de fair-play et d’intégrité, et atteinte à l’image du football ;

• comportement antisportif envers l’arbitre ;

• comportement inapproprié de supporters ayant porté atteinte à l’image du football ;

• comportement antisportif des joueurs et de l’encadrement technique en violation des principes de fair-play, de loyauté et d’intégrité ;

• faute disciplinaire de l’équipe nationale, cinq joueurs ayant reçu des avertissements.

Ainsi, le sélectionneur Pape Bouna Thiaw a écopé d’une suspension de cinq matchs et d’une amende de 100 000 de dollars. Les joueurs Ilimane Ndiaye et Ismaïla Sarr sont suspendus deux matchs pour comportement antisportif envers l’arbitre. La FSF est en outre sanctionnée par trois amendes totalisant 615 000 USD pour le comportement de ses supporters, de ses joueurs, de l’encadrement technique et pour une faute disciplinaire collective liée aux avertissements reçus.

Du coté marocain, les sanctions reposent sur :

• des comportement antisportifs ;

• des comportements inappropriés des ramasseurs de balles du stade ;

• des comportement inappropriés des joueurs de l’équipe nationale et de l’encadrement technique, ayant envahi la zone d’examen de la VAR et entravé le travail de l’arbitre, en violation des articles 82 et 83 du Code disciplinaire de la CAF ;

• l’utilisation de lasers par ses supporters lors du match.

Par conséquent, Achraf Hakimi est suspendu deux matchs, dont un avec sursis, et Ismaël Saibari trois matchs, assortis d’une amende de 100 000 USD pour ce dernier. La FRMF est condamnée à 315 000 de dollars d’amendes pour le comportement des ramasseurs de balles, l’intrusion de joueurs et de membres du staff dans la zone VAR, et l’usage de lasers par des supporters.




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Ces sanctions sont-elles en cohérence avec les décisions habituelles de la CAF et auront-elles des effets concrets ?

En matière disciplinaire, chaque situation présente des spécificités qui rendent délicate toute comparaison avec des décisions antérieures. Il faut aussi rappeler qu’il ne s’agit pas d’une décision de la CAF en tant que telle, mais de l’exercice du pouvoir juridictionnel souverain d’un jury indépendant et de la sensibilité de celui-ci aux objectifs généralement attendus des sanctions juridiques. En droit, des sanctions jouent une triple fonction : punition des coupables, réparation des dommages causés aux victimes et dissuasion pour toute autre personne qui serait tentée de refaire la même infraction.

À cette étape de la procédure, il n’est pas aisé de se prononcer d’un point de vue scientifique. À mon avis, il appartient aux concernés, en fonction de leur perception de la réglementation, d’apprécier si ces sanctions sont ou non en phase avec ce que fait d’habitude le jury, si ces sanctions sont ou non « justes » à leurs yeux.

Par ailleurs, le dispositif disciplinaire prévoit le double degré de juridiction. Les parties sont donc libres de voir ou non si elles doivent aller en appel vers la commission de recours, une commission elle aussi indépendante, composée de personnalités indépendantes. La procédure peut même être poursuivie jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS). D’ailleurs la fédération marocaine a déjà fait appel.

Quelles conséquences ces sanctions pourraient-elles avoir sur l’avenir des compétitions africaines ?

Il s’agit de sanctions que certains ont considérées comme sévères pendant que d’autres ont dit qu’il s’agit de compromis politique. Au-delà des sanctions, c’est le déroulement de cette CAN, le film de la finale et de son dénouement qui pourraient avoir des répercussions sur le futur du football africain et sur la gouvernance de la CAF. La CAN a révélé une absence de lisibilité de l’information où les récits diffusés sur les réseaux sociaux ont pris le pas sur ceux des journalistes.

Qu’on le veuille ou non quelque chose s’est produit en mondovision relativement à la gestion des matchs de football en Afrique.

Des réformes semblent attendues. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a annoncé plusieurs réformes visant à renforcer le cadre réglementaire et institutionnel de l’organisation.

Il a évoqué notamment une révision du code disciplinaire pour “garantir que les organes judiciaires de la CAF disposent de pouvoirs suffisants pour infliger des sanctions appropriées et dissuasives”. Il a aussi réitéré son engagement à veiller à ce que “les opérateurs VAR et les commissaires de match soient perçus, respectés et reconnus comme impartiaux, équitables et de niveau mondial.”

En tous les cas, une fois le chapitre débat autour des sanctions et
des recours clôturés, le football africain devrait ouvrir, de manière concertée et inclusive, le débat sur les réformes nécessaires pour préserver l’esprit sportif du jeu que l’Afrique conçoit de plus en plus comme une activité économique porteuse de croissance et de développement.

The Conversation

Professeur Abdoulaye Sakho does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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Sport et luxe : les enjeux de l’élan olympique de Milano-Cortina

Source: The Conversation – in French – By Isabelle Chaboud, Professeur senior d’analyse financière, d’audit et de risk management – Directrice de Programme pour le MSc Fashion Design & Luxury Management- Responsable de la spécialisation MBA "Brand & Luxury Management", GEM

Plusieurs marques de luxe sont associées aux Jeux olympiques d’hiver qui débutent vendredi 6 février. Quels sont les enjeux pour ces marques ? Plus généralement, que traduit le lien croissant entre le monde du sport et celui du luxe ?


À l’aube des Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina 2026, le marché du luxe, en pleine recomposition post-pandémique, cherche un second souffle. Confrontées à la pression des droits de douane américains, à la montée en puissance des marques chinoises locales et à la faiblesse persistante du dollar et du renminbi face à l’euro, les maisons européennes misent sur les sommets enneigés pour renouer avec l’éclat. Au travers de trois exemples du Vieux Continent (Moncler, Loro Piana et Omega), nous analyserons comment ces maisons se sont emparées de l’opportunité clé que constituent ces jeux pour réaffirmer leur positionnement, capitaliser sur leur héritage et attirer de nouvelles communautés. Comment transforment-elles l’engagement client passant d’une logique de possession à une expérience émotionnelle ?

L’héritage comme actif stratégique : le cas Moncler

Le 31 janvier 2026, Moncler a marqué les esprits avec un défilé spectaculaire à Aspen, dévoilant sa collection Moncler Grenoble automne/hiver 2026. La maison, désormais sponsor officiel du Comité olympique brésilien et partenaire technique de la fédération brésilienne des Sports de neige, s’apprête à habiller les athlètes de ce pays lors des cérémonies d’ouverture et de clôture. Ce retour aux Jeux d’hiver, près de soixante ans après ceux de Grenoble, est une plongée dans l’histoire même de la marque.




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Née à Monestier-de-Clermont, près de Grenoble, l’entreprise Moncler (d’où l’origine du nom Mon-Cler) s’est forgée une réputation grâce à l’excellence technique de ses produits. Après avoir équipé les vainqueurs du K2 en 1954, elle a connu son heure de gloire en 1968, lorsque Jean-Claude Killy, vêtu de ses doudounes, a remporté trois médailles d’or dans la capitale des Alpes. Tombée dans l’oubli, la marque renaît en 2003 sous l’impulsion de Remo Ruffini, qui en fait un symbole du sportswear urbain chic, incarné par la devise « Né dans les montagnes, vivant en ville » (Born in the mountains, lives in the city). Aujourd’hui, Moncler mise sur des ambassadeurs comme Lucas Pinheiro Braathen (skieur brésilien-norvégien) pour incarner cette dualité entre performance et style, tout en célébrant son héritage pour renforcer son authenticité auprès d’une clientèle exigeante.

Moncler s’inscrit dans une démarche de réancrage historique conciliant héritage technique et désirabilité urbaine. Néanmoins certains voient dans cette participation aux jeux un risque d’opportunisme événementiel et de « greenwashing ». En effet, ces jeux sont accusés de contribuer à la fonte de glaciers tout comme le défilé d’Aspen qui avait nécessité l’utilisation massive de canons à neige. Sans parler de son empreinte carbone liée au déplacement d’équipes, de célébrités et d’influenceurs du monde entier. Enfin malgré les reconnaissances obtenues en matière de développement durable, Moncler reste critiqué avec ses doudounes pour son utilisation de duvet d’oie (même si l’entreprise exige de ses fournisseurs les plus hauts standards de qualité et de bien-être animal).

Raffinement et performance : Loro Piana et l’art de la discretion luxe

A Cortina, Loro Piana a inauguré une boutique conçue comme un chalet, un écrin de sérénité à l’esthétique épurée et aux couleurs naturelles qui se fondent avec le nouveau Pantone 2026 11-4201Cloud Dancer, un blanc gris qui semble avoir été créé pour cet environnement entre neige, montagne et nuages. Elle y présente une collection capsule ski dans laquelle on retrouve tous les codes de la maison (couleurs, élégance intemporelle, cachemire, matières exceptionnelles) et propose également des pièces en textile technique, notamment le tissu Techno Bistretch 3L Storm qui stimule la microcirculation et régule la température corporelle grâce à la caféine contenue dans les couches intérieures. Loro Piana mise sur une expérience sensorielle et une communication subtile destinée à séduire une clientèle aisée représentée à « 90 % à 95 % de clients affluents », à savoir des clients disposant de plus de 250 000€ de patrimoine financier comme l’avait précisé Bernard Arnault lors de l’assemblée générale du 17 avril 2025.

Loro Piana crée du désir sans tomber dans l’excès, la discrétion devient un marqueur de luxe absolu. La maison italienne très dépendante de l’approvisionnement en fibres rares (cachemire « baby cachemire », vigogne) devra toutefois veiller à limiter sa croissance afin de toujours garantir une qualité exceptionnelle sans nuire à la survie des espèces animales. Pour cela, la maison d’origine piémontaise doit assurer la traçabilité de ses matières premières et surtout pouvoir préserver la rareté pour conserver sa clientèle fidèle et fortunée.

Précision et exclusivité : Omega, l’art de la mesure et de l’expérience

Léonard de Vinci disait « Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail. » L’artisan comme l’athlète répète le geste jusqu’à atteindre la perfection. Sans précision, pas de performance ni d’excellence. Tout doit être calibré, millimétré. Omega, chronométreur officiel des Jeux olympiques depuis 1932, incarne cette philosophie. Pour Milano-Cortina, la marque suisse dévoile deux éditions limitées à destination des collectionneurs : la Seamaster 37 mm Milano Cortina 2026 et la Speedmaster 38 Milano Cortina 2026, où la typologie des jeux orne le cadran. Des modèles signature qui suscitent la désirabilité autant par le produit (design, cadran, finition, précision) que par l’émotion qu’elle génère (rareté, caractère historique, esprit des jeux et valeurs de l’olympisme).


De la possession à l’émotion

Mais Omega va plus loin et s’aventure dans l’hospitalité en ouvrant sa première Omega House à Milan au cœur même de la célèbre Galleria Vittorio Emanuele II dans le restaurant Cracco. Avec l’« Omega Café by Cracco », elle offre à ses membres et ambassadeurs l’opportunité de célébrer ensemble les valeurs olympiques. En choisissant ce lieu symbolique dont le chef est également ambassadeur Omega, la maison associe une expérience culinaire à l’identité de marque. Une très belle initiative réservée à un club d’invités triés sur le volet, une communauté de clients épicuriens et amoureux de belles expériences. Une initiative éphémère, aussi exclusive qu’inoubliable. De cette façon, Omega réussit à transformer un partenariat sportif en une plate-forme d’engagement communautaire tout en préservant l’exclusivité.

LVMH 2026.

Reste à savoir si le développement des nouveaux modèles et les investissements marketing permettront de toucher d’autres segments de clientèle. Et enfin, s’ils procureront le retour sur investissement espéré surtout dans un secteur horloger très concurrentiel avec notamment Rolex (perçu comme plus prestigieux) et des marques plus accessibles (Tudor, Grand Seiko), ou encore les smartwatches (Apple Watch) qui captent une partie du marché.

De l’utilitaire à l’hédonique : le luxe, miroir de nos aspirations

Les Jeux olympiques et plus largement le sport à (très) haut niveau offrent aux marques une tribune unique pour transcender la simple fonctionnalité. Les produits, tout en répondant à des exigences techniques, doivent aussi satisfaire une quête de sens et de plaisir – ce que les chercheurs appellent la « valeur hédonique ». Le luxe contemporain ne se contente plus de posséder : il se vit, s’éprouve, se partage.

Milano-Cortina 2026 s’annonce comme un laboratoire d’innovation pour le luxe européen. Des équipements techniques aux collections capsules, en passant par les montres d’exception et les expériences culinaires, les maisons affûtent leurs stratégies pour attirer et fidéliser les communautés prêtes à investir dans leurs passions. L’enjeu ? Aligner héritage et modernité, allier possession et émotion, et surtout, créer de l’émerveillement – non plus seulement par le produit, mais par l’expérience elle-même. 2026 sera-t-elle l’année où le luxe renoue avec l’authenticité, l’émotion et le frisson partagé ?

The Conversation

Isabelle Chaboud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sport et luxe : les enjeux de l’élan olympique de Milano-Cortina – https://theconversation.com/sport-et-luxe-les-enjeux-de-lelan-olympique-de-milano-cortina-275241

Dans l’espace, le vieillissement du cœur des astronautes s’accélère

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cyril Tordeur, PhD Candidate in Biomedical Sciences and Pharmacy (Space Cardiovascular Physiology), Université Libre de Bruxelles (ULB)

L’astronaute française Sophie Adenot s’entraîne lors d’un vol parabolique destiné à simuler l’état d’impesanteur. Les travaux révèlent que ce dernier entraîne l’atrophie rapide de petits muscles importants pour l’étanchéité des valves cardiaques. ESA – A. Conigli

De nouveaux travaux révèlent que, dans l’espace, certains muscles du cœur sont mis à rude épreuve par l’impesanteur. En quelques mois, cette dernière provoque leur atrophie. Les conséquences de ce processus, qui prend des décennies sur Terre, sur la santé des astronautes restent à évaluer. Point positif : ces résultats pourraient faire avancer notre compréhension de certains mécanismes à l’origine de l’insuffisance de la valve mitrale.


Considérons, d’un côté, un patient de 80 ans, essoufflé au moindre effort, dont le cœur affaibli laisse refluer le sang vers les poumons et, de l’autre, un astronaute âgé de 35 à 45 ans, entraîné, qui revient de six mois à bord de l’ISS, la Station spatiale internationale, et qui semble en parfaite santé. Que peuvent bien avoir en commun ces deux individus ? Plus qu’on ne le pense.

Pour la première fois, nos travaux ont mis en évidence l’existence chez l’humain d’un phénomène jusqu’alors observé uniquement chez l’animal : dans l’espace, certains petits muscles logés au sein des cavités cardiaques s’atrophient, malgré le sport que les astronautes pratiquent tous les jours.

En réalité, la mission de l’astronaute a donc imprimé sa marque sur son cœur. Derrière son apparente forme physique se cachent des modifications cardiaques subtiles qui miment, en accéléré, ce que le vieillissement a provoqué beaucoup plus lentement chez le patient terrestre. La coupable est l’impesanteur, cet état où la pesanteur du corps ne se fait plus ressentir, qui fait flotter ceux qui s’aventurent dans l’espace. Une situation qui pourrait compliquer les futurs voyages interplanétaires.

Le cœur de l’astronaute face à l’impesanteur

Sélectionnés parmi des milliers de candidats et candidates, les astronautes sont des professionnels soumis à des entraînements rigoureux, et suivis médicalement de manière continue. Pourtant, dès qu’ils quittent la Terre, leur système cardiovasculaire entre dans un processus de « déconditionnement ». Autrement dit, sa physiologie et ses caractéristiques physiques se modifient, parce qu’il n’a tout simplement plus besoin de travailler aussi dur.

En effet, en condition d’impesanteur, le cœur n’a plus la nécessité de lutter aussi difficilement pour propulser le sang vers le cerveau. Les fluides corporels se redistribuent vers la tête, le volume sanguin diminue, et le muscle cardiaque, moins sollicité, s’adapte.

Les scientifiques, qui étudient ces phénomènes depuis les premières missions spatiales, ont découvert que cette adaptation n’est pas sans conséquence. Des études antérieures avaient par exemple montré que le cœur pouvait perdre de la masse musculaire après quelques semaines en orbite, et que sa forme devenait plus sphérique.

Il y a plus de trente ans, une étude menée sur des rats avait aussi mis en évidence une diminution de la taille de petits muscles cardiaques très particuliers, les muscles papillaires.

Les muscles papillaires, essentiels, mais peu étudiés

La mission principale du cœur est de faire circuler le sang à travers les poumons et le corps. Pour cela, il est composé de quatre cavités se contractant à un rythme régulier. Des valves jouent le rôle de clapet antiretour et empêchent le sang de circuler dans le mauvais sens.

Pour accomplir leur fonction, elles reçoivent l’aide de petites structures musculaires, qui représentent moins de 10 % de la masse totale du cœur : les muscles papillaires. Ces derniers évitent que, lorsque le cœur se contracte, les valves ne se retournent comme un parapluie par grand vent. C’est d’ailleurs précisément ce qui se passe en cas d’insuffisance mitrale, une pathologie qui touche des millions de personnes – principalement âgées – dans le monde.

Gif animé du cycle cardiaque du ventricule gauche ; le rythme cardiaque a été ralenti, afin d’avoir le temps d’apprécier la mécanique existant entre le muscle papillaire (indiqué par une flèche jaune) et la valve mitrale (flèche bleue).
Cycle cardiaque du ventricule gauche ; le rythme cardiaque a été ralenti, afin d’avoir le temps d’apprécier la mécanique existant entre le muscle papillaire (indiqué par une flèche jaune) et la valve mitrale (flèche bleue).
Université Libre de Bruxelles, Fourni par l’auteur

En 1992, une étude menée sur des rats avait mis en évidence une diminution de la taille de ces muscles papillaires, après seulement deux semaines dans l’espace. Néanmoins, aucune étude de ce genre n’avait été menée chez l’humain, au cours de vols spatiaux de longue durée.

Pour combler cette lacune, nous avons utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) afin de mesurer précisément la masse de ces petits muscles chez des astronautes assignés à des missions spatiales de longue durée (de six à douze mois) à bord de l’ISS. Les mesures avaient lieu dans une période de quarante-cinq à soixante jours avant le décollage et environ une semaine après leur retour sur Terre.

Un risque de perte d’étanchéité de la valve mitrale

Nos résultats ont mis en évidence une réduction moyenne de 14 % de la masse des muscles papillaires après le vol spatial. Cette atrophie sélective, combinée à la sphéricité accrue du cœur observée en impesanteur ainsi qu’à une augmentation de 6 % du diamètre de la valve mitrale (située entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche), crée des conditions anatomiques qui pourraient théoriquement favoriser un manque d’étanchéité de ladite valve.

Dans un tel cas de figure, le sang n’est plus expulsé correctement : au lieu de se diriger en direction de l’aorte, une partie reflue vers l’oreillette gauche, dans le sens contraire de la circulation normale. On parle de « régurgitation mitrale ».

En aigu, cette fuite de sang vers l’oreillette gauche et vers les poumons peut provoquer une détresse respiratoire. À long terme, le cœur, contraint de compenser cette insuffisance progressive, se remodèle petit à petit, jusqu’à ne plus être en mesure de maintenir une fonction suffisante : c’est l’insuffisance cardiaque.

Jusqu’à présent, aucune fuite de ce genre n’a été observée dans le cœur des astronautes, principalement parce que cet aspect n’a pas encore été étudié en détail. D’autres travaux devront être menés pour évaluer les potentielles implications cliniques de ce constat en situation spatiale.

Cette nouvelle étude soulève autant de questions qu’elle apporte de réponses. Nous ne savons pas encore si l’atrophie des muscles papillaires est réversible après le retour sur Terre, ni si elle s’aggrave lors de missions plus longues. Nous ignorons également si elle affecte réellement la fonction de la valve mitrale à long terme.

Des protocoles d’imagerie plus spécifiques, consacrés à l’évaluation valvulaire, et des suivis à long terme seront nécessaires pour répondre à ces interrogations, car les régurgitations mitrales peuvent rester asymptomatiques pendant des années avant que des dommages irréversibles ne surviennent.

L’espace, une « machine à voyager dans le temps » physiologique

Cette découverte prend tout son sens quand on la replace dans le contexte du vieillissement terrestre. Sur Terre, l’inactivité physique prolongée et le vieillissement physiologique sont associés à un risque accru d’insuffisance mitrale. Ce processus se déroule sur des années, voire des décennies. En orbite, l’impesanteur compresse ce temps : en six mois, des modifications anatomiques similaires apparaissent.

C’est ce qui fait de l’espace une « machine à voyager dans le temps » physiologique. Les astronautes ne vieillissent pas réellement plus vite, mais leur corps subit des contraintes qui reproduisent certains effets du vieillissement de manière accélérée et réversible. Cette particularité offre aux chercheurs une fenêtre unique pour observer et comprendre des mécanismes qui, sur Terre, se perdent dans la lenteur du temps biologique.

Le parallèle entre espace et vieillissement terrestre s’étend bien au-delà du cœur. Le système musculosquelettique subit lui aussi un déconditionnement rapide en impesanteur : les astronautes peuvent perdre jusqu’à 1 à 2 % de leur masse osseuse par mois dans certaines régions du squelette, un rythme dix fois supérieur à celui de l’ostéoporose terrestre. Leurs muscles des jambes s’atrophient rapidement, faute de devoir supporter le poids du corps.

Les yeux ne sont pas non plus en reste. En impesanteur, les fluides corporels se redistribuent vers la tête, ce qui augmente la pression au sein du crâne et provoque des modifications structurelles du nerf optique et du globe oculaire, un syndrome désormais bien documenté sous le nom de Spaceflight Associated Neuro-Ocular Syndrome (SANS) ou syndrome neuro-oculaire associé aux vols spatiaux).

Par ailleurs, une autre étude a montré que six mois de vol spatial induisent une résistance à l’insuline associée à une rigidification des artères menant le sang vers le cerveau. Un processus qui, sur Terre, se déroule sur des années.

Pour lutter contre ce déconditionnement généralisé dans l’espace, la solution mise en œuvre sur l’ISS est intensive : les astronautes suivent un protocole strict d’environ deux heures et demie d’exercice quotidien, combinant vélo, tapis de course et renforcement musculaire.

Cependant, si ce protocole permet de limiter considérablement la perte de masse musculaire, ainsi que la masse cardiaque totale, il n’empêche malheureusement pas l’atrophie des muscles papillaires. Cette vulnérabilité spécifique pourrait s’expliquer par leur anatomie unique et leur sous-stimulation en contexte spatial.

De l’orbite au lit d’hôpital : un double bénéfice

Ces observations ont une double portée. Pour les agences spatiales, elles soulignent la nécessité de surveiller la fonction valvulaire des astronautes, particulièrement dans la perspective de missions de longue durée vers la Lune ou vers Mars. Si l’atrophie des muscles papillaires s’aggrave avec le temps, elle pourrait théoriquement compromettre l’étanchéité de la valve mitrale et entraîner des fuites cardiaques chez des équipages, loin de toute assistance médicale terrestre.

Elles ont aussi des implications prometteuses en matière de médecine « terrestre » : comprendre comment l’impesanteur provoque l’atrophie des muscles papillaires pourrait aider à identifier les mécanismes qui sous-tendent également leur détérioration liée à l’âge ou à la sédentarité.

Une chose est certaine : l’étude du cœur des astronautes continue d’éclairer notre compréhension des maladies cardiovasculaires terrestres. Chaque mission spatiale est aussi une mission médicale qui profite aux millions de patients cardiaques sur Terre. En regardant vers les étoiles, nous apprenons à mieux soigner ceux qui ont les pieds sur Terre. Un paradoxe de plus dans cette fascinante aventure qu’est l’exploration spatiale.

The Conversation

Cyril Tordeur est membre de l’International Society for Gravitational Physiology (ISGP), de la European Low Gravity Research Association (ELGRA) et de la Mars Society Belgium (MSB). Il a reçu des financements du Service Public Fédéral de Programmation Polique Scientifique belge (BELSPO) et du Fonds pour la Chirurgie Cardiaque.

ref. Dans l’espace, le vieillissement du cœur des astronautes s’accélère – https://theconversation.com/dans-lespace-le-vieillissement-du-coeur-des-astronautes-saccelere-274923

Le plus ancien vomi fossile d’un animal terrestre nous indique le menu d’un prédateur ayant vécu il y a 290 millions d’années

Source: The Conversation – France in French (2) – By Arnaud Rebillard, Doctorant en paléontologie, Museum für Naturkunde, Berlin

On connaissait les crottes fossiles, appelées coprolithes. Mais une découverte récente montre que les régurgitations peuvent elles aussi se fossiliser. Sur le site paléontologique de Bromacker, en Allemagne, un fossile très particulier a été mis au jour : un régurgitalithe, c’est-à-dire un vomi fossile. Cette régurgitation regroupe des restes osseux appartenant à trois animaux différents et provient d’un prédateur appartenant aux synapsides (groupe d’animaux incluant les mammifères modernes), déjà découvert sur ce site.

Les roches de cette localité, âgées d’environ 290 millions d’années (Permien inférieur), ont déjà livré des plantes, des amphibiens et des reptiles exceptionnellement bien conservés, ainsi que de nombreuses traces de pas. Cette fois, notre équipe a découvert un petit amas d’os partiellement digérés, sans structure ni forme régulière, suggérant qu’il ne s’agissait pas d’un excrément mais bien de restes régurgités par un prédateur. Cette découverte vient d’être publiée dans Scientific Reports.

Comment avons-nous déterminé qu’il s’agissait de vomi fossilisé ?

Ce fossile se présente sous la forme d’un amas osseux compact. Un tel regroupement d’os n’a jamais été découvert à Bromacker, et suggère que ces restes ont été ingérés puis rejetés par un prédateur, soit par défécation ou régurgitation. Dans le cas des coprolithes (crottes fossilisées), les restes osseux sont généralement préservés à l’intérieur d’une matrice sédimentaire d’origine organique (matière fécale) visible, riche en phosphore, issu de l’activité bactérienne liée à la digestion des os. Or, dans le cas de ce spécimen, les restes osseux ne sont pas entourés d’une telle matrice. Une analyse des éléments chimiques par micro-XRF (Spectrométrie de fluorescence des rayons X) a confirmé une quasi-absence de phosphore dans cette matrice. Cette absence de phosphore est caractéristique des régurgitalithes (régurgitations fossilisées) comparé aux coprolithes, fortement concentré en phosphore, dû à un temps de digestion plus long.

Nous avons aussi scanné le fossile en 3D (CT-scan). Cette approche non destructive a permis de reconstituer virtuellement chaque os et de les identifier avec précision. Le régurgitalithe contient notamment :

  • un maxillaire d’un petit reptile quadrupède (Thuringothyris), avec la plupart des dents encore en position ;

  • un humérus appartenant à Eudibamus, un reptile bipède ;

  • un métapode (os du pied ou de la main) d’un diadectide, un herbivore de taille nettement plus grande.

Au total, trois animaux différents et de tailles variées, ont été ingérés puis partiellement régurgités par un même prédateur.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ?

Les régurgitalithes sont très rares dans le registre fossile, et aucun n’avait encore été décrit dans un environnement terrestre aussi ancien. Cette découverte représente ainsi le plus ancien vomi fossile de vertébré terrestre connu.

Elle ouvre aussi une fenêtre inédite sur le comportement alimentaire des prédateurs du Permien inférieur. Deux carnivores suffisamment grands pour avoir ingéré ces proies sont connus à Bromacker : Dimetrodon, reconnaissable à sa crête dorsale, et un autre synapside carnivore de taille comparable, Tambacarnifex.

La diversité des restes contenus dans ce régurgitalithe suggère un comportement opportuniste, où ces prédateurs ingéraient tout ce qui était à leur portée. De plus, ce régurgitalithe agit comme une véritable capsule temporelle, renfermant les restes de plusieurs animaux ayant vécu exactement à la même période, peut être même au jour près. Ce spécimen nous permet ainsi de vérifier la coexistence réelle de ces trois animaux.

Quelles suites donner à cette recherche ?

Cette étude nous invite à reconsidérer certaines accumulations d’ossements fossiles, parfois interprétées comme des coprolithes ou des dépôts sédimentaires. Elle montre que les régurgitalithes pourraient être plus fréquents qu’on ne le pensait, mais encore largement sous-identifiés.

À l’avenir, la combinaison de scans 3D, d’analyses chimiques et de comparaisons anatomiques détaillées pourrait permettre de reconnaître d’autres vomis fossiles et de mieux relier ces vestiges aux prédateurs à leur origine. Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives pour reconstruire les réseaux trophiques (ensemble des interactions d’ordre alimentaire entre les êtres vivants d’un écosystème, ndlr) anciens et mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes terrestres il y a près de 300 millions d’années.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Arnaud Rebillard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le plus ancien vomi fossile d’un animal terrestre nous indique le menu d’un prédateur ayant vécu il y a 290 millions d’années – https://theconversation.com/le-plus-ancien-vomi-fossile-dun-animal-terrestre-nous-indique-le-menu-dun-predateur-ayant-vecu-il-y-a-290-millions-dannees-275013

Géopolitique des JO d’hiver : sous la glace des sports de glisse, le feu des confrontations internationales

Source: The Conversation – in French – By Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

Onéreux, contraints par le réchauffement climatique, survalorisant les pays riches du Nord : au moment où l’Italie de Giorgia Meloni ouvre les JO d’hiver 2026, dans un contexte marqué notamment par les contestations de la présence d’agents de l’ICE (la fameuse police de l’immigration des États-Unis) et par la polémique désormais récurrente sur l’absence des sélections nationales russe et biélorusse, le grand événement hivernal quadriannuel est confronté à de nombreuses crises internationales…


Les XXVe Jeux olympiques (JO) d’hiver seront bien plus que sportifs !

Comme les autres grandes compétitions sportives internationales fortement médiatisées, à l’instar de la récente Coupe d’Afrique des nations de football au Maroc ou de la Coupe du monde de l’été prochain aux États-Unis, au Mexique et au Canada, ils seront géopolitiques, malgré leur neutralité politique officielle.

De même que les éditions précédentes des JO estivaux comme hivernaux, les XXVᵉ Jeux olympiques d’hiver mettront aux prises les stratégies de soft power des États-Unis (232 athlètes en Italie), de la Chine (125 athlètes) et de leurs rivaux (120 athlètes japonais et 71 de Corée du Sud). Comme pour les JO d’été, le palmarès des médailles sera considéré comme un attribut de puissance.

Organisés par la ville de Milan et la station de montagne de Cortina d’Ampezzo du 6 au 22 février 2026, ils constituent déjà un enjeu international, comme en attestent les nombreuses polémiques qu’ils ont déjà générées : le déploiement en Italie du service états-unien de lutte contre l’immigration, Immigration and Customs Enforcement (ICE), fait débat en Europe, car il est autorisé par un gouvernement Meloni proche de la présidence Trump ; les « éléphants blancs » – ces infrastructures sportives édifiées spécialement pour l’événement et qui risquent de ne plus être utilisées une fois les JO passés –, coûteux financièrement et écologiquement, défraient une nouvelle fois la chronique et irritent les opinions européennes, soucieuses de protection de l’environnement ; en outre, l’apparition dans l’affaire Epstein du nom de Casey Wasserman, président du Comité d’organisation des prochains JO d’été, qui se tiendront à Los Angeles en 2028, suscite le trouble ; classiquement, l’exclusion de la compétition des comités olympiques russe et biélorusse est au centre de l’attention, ainsi que la participation d’un contingent de neuf Israéliens, qui a déjà donné lieu à diverses actions de protestation ; enfin, les autorités italiennes sont vigilantes dans le cyberespace pour éviter intrusions, disruptions et sabotages. Autrement dit, des risques hybrides pèsent sur la très théorique trêve olympique.

Aussi importantes soient-elles, ces polémiques ne donnent pas la mesure des enjeux géopolitiques structurels propres aux Jeux olympiques d’hiver. Ceux-ci sont aujourd’hui confrontés à plusieurs défis mondiaux proprement politiques. Certains sont communs avec les JO d’été et les grandes Coupes du monde (bonne gouvernance, empreinte environnementale, exploitation commerciale, etc.). D’autres leur sont spécifiques : sous le blanc des pistes de ski et de patinage, le feu de la géopolitique contemporaine couve.

Une compétition condamnée à court terme par le réchauffement climatique et les transformations sociétales ?

La viabilité des Jeux olympiques d’hiver est aujourd’hui remise en cause non seulement par les militants écologistes, mais aussi par les citoyens et les édiles des villes potentiellement candidates à l’organisation de ces compétitions.

Non seulement les domaines skiables traditionnels s’amenuisent en Europe, terre de naissance des sports d’hiver, mais en outre, le Comité international olympique (CIO) a parfois bien du mal à recueillir suffisamment de candidatures pour accueillir la compétition en raison de son empreinte environnementale, de son coût financier et de son impact sociétal.

Comme les hôtes de ces événements sont des villes et non des États, la dimension locale est essentielle. Et le prestige des JO d’hiver éclipse de moins en moins leurs coûts environnementaux. En conséquence, les villes candidates sont désormais souvent de très grandes cités éloignées des montagnes : Sotchi en 2014, Pékin en 2022. Comme si les JO d’hiver pouvaient d’affranchir du climat et de la géographie !

Rareté de la neige, inquiétudes écologiques, réticences citoyennes et municipales, etc. : tout concourt à rendre obsolètes les Jeux d’hiver. Ils apparaissent comme une débauche financière et écologique très « XXᵉ siècle » et très « Trente Glorieuses ».

Toute la difficulté, pour les JO d’hiver, est de ne pas devenir les otages des débats internationaux entre climatosceptiques et climato-anxieux. Et, inversement, de trouver ce qui, dans l’esprit olympique d’hiver, est adapté aux aspirations des populations locales, de la Gen Z et du grand public en général : respect de la nature, pratique sportive de plein air, valorisation du local… À défaut, ils fondront comme neige au soleil. Les villes organisatrices sauront-elles dépasser le simple greenwashing ou plus exactement le snow-washing ?

Les JO d’hiver, un monde sans le Sud et sans la Russie (depuis 2018) ?

Le deuxième défi international des JO d’hiver est leur représentativité internationale, qui est contestée.

Créés à Chamonix en 1924, soit plus de vingt ans après les JO d’été, ils ont longtemps été une vitrine pour les sélections européennes, concurrencées par d’autres pays de l’hémisphère Nord – États-Unis, Russie et Canada, puis Japon et enfin Chine et Corée. Pour le géopoliticien, ils conservent une tonalité très « guerre froide », notamment marquée par les affrontements entre sélections états-uniennes, canadiennes et soviétiques sur la patinoire de hockey sur glace.

Malgré la première participation d’athlètes du Bénin, des Émirats arabes unis et de Guinée-Bissau aux JO 2026, les sportifs du Sud global sont largement sous-représentés. En outre, plusieurs athlètes en provenance du Nord sont sélectionnés par des pays du Sud.

Les JO d’hiver semblent difficilement pouvoir remplir la mission olympique de contribuer au dialogue sportif mondial quand une bonne partie de l’humanité n’y est pas représentée. La mission revendiquée par le CIO de « promouvoir la paix (§ 4 des missions du CIO selon la Charte olympique) est aujourd’hui précaire tant les délégations du Sud sont réduites au symbole.

À cette division géographique et climatique s’ajoute, depuis plusieurs éditions, une fracture économique : les sports d’hiver sont onéreux, pour les pratiquants amateurs comme pour ceux de haut niveau. L’esprit olympique est, là aussi, écorné, car il est particulièrement difficile de faire des JO d’hiver un instrument du « sport pour tous » (§ 13 des missions du CIO selon la Charte olympique).

La représentativité internationale de l’événement est devenue encore plus contestée depuis l’exclusion du comité olympique russe pour les trois dernières éditions des JO d’hiver et du comité olympique biélorusse depuis deux éditions. Les scandales de dopage, la répression de l’opposition interne puis l’invasion de l’Ukraine ont conduit le CIO à n’admettre que des participations individuelles de ressortissants russes et biélorusses. Cela crée pour les anciennes Républiques socialistes soviétiques (RSS) en tension avec Moscou et Minsk une fenêtre d’opportunité. En Italie, les sélections nationales de l’Estonie (32 athlètes), de la Lettonie (67 athlètes), de la Lituanie (17 athlètes) et de l’Ukraine (46 athlètes) seront particulièrement visibles et donc valorisées.




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Géopolitique du sport : l’affrontement entre la Russie et l’Ukraine


Toute la difficulté, pour les JO d’hiver, est de cesser d’être un « événement pour pays riches » et « une compétition pour pays de l’hémisphère Nord ». L’intégration réussie du Japon et de la Corée du Sud (qui organisèrent l’événement respectivement en 1972 puis en 1998 et en 2018) est un gage d’ouverture et d’attractivité. Toutefois, loin de réunir le monde, pour le moment, les JO d’hiver soulignent sa division entre Nord et Sud ainsi qu’entre riches et pauvres.

Ce clivage s’est manifesté dans les audiences des derniers JO : alors que les JO d’été de Paris 2024 ont rassemblé au total près de 5 milliards de téléspectateurs, les JO d’hiver de Pékin 2022 n’ont, eux, attiré que 2,2 milliards de téléspectateurs, soit moins de la moitié.

Là encore, les villes organisatrices sont placées devant un défi planétaire : celui consistant à organiser des JO d’hiver réellement inclusifs.

Une vitrine pour les « puissances moyennes » ?

Le repositionnement international des JO d’hiver pourrait peut-être venir de la « sur-visibilité » dont y disposent des « puissances moyennes » pour reprendre l’expression traditionnelle de la géopolitique française, remise à l’honneur par le premier ministre canadien à Davos il y a peu. En effet, les superpuissances des JO d’hiver ne sont pas seulement les superpuissances économiques et militaires mondiales.

Les États-Unis et la Chine ont un palmarès impressionnant avec la 3ᵉ et la 4ᵉ place au classement des médailles pour les JO d’hiver de Pékin 2022. Quant à la Russie, elle obtenait à chaque édition, comme l’URSS avant elle, un solide socle de médailles avant son exclusion du CIO. Mais, aux JO d’hiver, les pays dominants sont les pays « petits » ou moyens » : Norvège (1ère au classement des médailles sur l’intégralité des JO d’hiver), Canada (2ᵉ délégation en 2026), Allemagne (2ᵉ au classement des médailles pour les JO 2022), France, Italie, Suisse, etc.

Au contraire, les palmarès des JO d’été reflètent fidèlement la hiérarchie économique et militaire mondiale. Aux JO d’hiver, les « petits » pays peuvent plus aisément déployer une stratégie d’influence. Les grandes délégations de puissances moyennes seront celles de l’Italie (196 athlètes), de l’Allemagne (185 athlètes), de la France (160 athlètes), de la Suède (110 athlètes), de la Finlande (103 athlètes) et de la Norvège (80 athlètes).

À défaut de pouvoir devenir universels, les JO d’hiver pourraient-ils devenir une enceinte où les « puissances moyennes », de moins en moins alignées sur les États-Unis, la Chine et la Russie, se montreraient et se valoriseraient ?

De 2026 à 2034 : réeuropéaniser les JO d’hiver ?

Pour répondre à ces défis mondiaux, les villes organisatrices d’Italie (pour l’édition 2026) et de France (pour l’édition 2030) ont commencé à infléchir les modalités d’organisation des JO. Elles ont essayé de se démarquer du gigantisme de l’édition 2022 organisée par Pékin en ventilant les compétitions entre plusieurs sites (sept pour l’édition 2026). Elles ont également intégré des sports moins consommateurs d’infrastructures comme le ski-alpinisme qui ne nécessite pas de remontées mécaniques. Et elles ont ouvert la compétition à des représentants (symboliques) du sud.

À long terme, ces deux éditions européennes des JO d’hiver réussiront-elles à infléchir la dynamique écologique, économique et politique de cette compétition ? Ou bien les JO d’hiver 2034, qui auront lieu dans l’Utah, reprendront-ils la trajectoire antérieure ? Au CIO comme dans le monde, les Européens réussiront-ils à endosser et promouvoir leur rôle d’avocats du développement durable ? Rappelons qu’en France, les Jeux d’hiver de Grenoble en 1968 et, encore plus, ceux d’Albertville en 1992 s’étaient distingués par ce qu’ils ont laissé en matière d’infrastructures de transport, permettant le désenclavement des Alpes…

The Conversation

Cyrille Bret ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Géopolitique des JO d’hiver : sous la glace des sports de glisse, le feu des confrontations internationales – https://theconversation.com/geopolitique-des-jo-dhiver-sous-la-glace-des-sports-de-glisse-le-feu-des-confrontations-internationales-275042

ICE pullback in Minneapolis shows the limits of Donald Trump’s scare tactics

Source: The Conversation – Canada – By Eli Lawrence Sopow, Adjunct Faculty, Adler University

Thanks to United States President Donald Trump, 2026 is shaping up to be an age of angst as groups and countries retreat turtle-like into protective economic and cultural shells. We’re trusting very few and are suspicious of many. As is generally the result of such tactics, the perpetrator is creating an environment of divide and conquer.

The global and local anxiety being created by Trump are illustrated by the Edelman Trust Barometer Global Report. It reveals the results of a 2025 survey of 33,000 respondents in 28 countries.

The results show that trust in institutions of all description, and our “shared reality,” has created a “crisis of grievance.” This in turn has produced a “heightened insularity, a reluctance to trust anyone who’s different from you.”

But Trump’s draconian anti-immigration agenda — enforced through masked, violent and unaccountable Immigration and Customs Enforcement (ICE) agents — appears to be fuelling active and successful citizen collaboration.

In the aftermath of the slayings in Minneapolis of two civilians, Renee Good and Alex Pretti, and the mass protests that ensued, Trump’s border czar has announced he’s withdrawing 700 ICE agents from the city. Trump himself has also indicated his administration is backing down from its hardline tactics.

The simmering state of protest violence

A disturbing finding in the Edelman survey is that 40 per cent of respondents approve of one or more hostile actions to bring about change. This includes “attacking people online, intentionally spreading disinformation, threatening of committing violence, damaging public or private property.”

This willingness to take hostile action is the highest I have seen in my 45 years of research into public order and protest. It is far higher than numbers found in the 2017-22 World Values Survey of 102 countries that asked five questions about political action.

In that survey, only 35 per cent globally said they “might” get involved in a peaceful protest, while 46 per cent “would never.” In Canada, 48 per cent said they would get involved in a peaceful protest; 29 per cent would never. In the U.S., 55 per cent of respondents reported they “might” and 34 per cent wouldn’t.

The Edelman report states that “as fears rise, trust goes local.” This means that as change becomes a bigger feature in our lives, the circle of trust shrinks. Organizational psychologists like Canada’s Jason Walker note that this turn of the emotional screw can create paranoia, emotional stress and workplace/homelife violence.

One way to gauge rising fear and public anger is through Google Trends. Throughout January 2026, more people worldwide than at any point in the past five years — including during the darkest months of the COVID-19 pandemic — searched on the phrases “I fear change” and “I am angry.”

The U.S. led all countries on Google Trends, registering a score of 100 — the maximum value on the platform’s index, which indicates the highest relative search interest among all locations measured. The only other country matching this level of fear of change search was the Philippines, which is going through its own political and social turmoil.

In Cincinnati, Ohio, searches on “I am angry” were hitting close to 90 on the index following Good’s slaying in Minneapolis on Jan. 7. Ohio is where the National Guard shot and killed four unarmed students and wounded nine others who were protesting the Vietnam War in 1970.

Fear, distrust growing

Surveys and web searches expose a world of growing protective isolationism; it’s a lot more difficult to bring a collective, trusted resistance together.

Canadian Prime Minister Mark Carney recently warned that “a world of fortresses will be poorer, more fragile and less sustainable.” But in extolling the virtues of collectivism and mutual trust, Carney underplayed the fact that, unfortunately, fear and protectionism are often more powerful than trust.

Decades of public order research by myself and colleagues, as well as extensive academic research about public order and protest, has revealed a predicable pattern.

As I found in my book The Age of Outrage, when people are afraid, their fear can turn to boiling anger. That anger then becomes an emotional catalyst for action, either collectively or singularly, passively or violently, to fix things.

In fact, fear, anger and a demand for action can instill the collectivism and mutual trust missing in the Edelman survey. That could be what’s currently happening with the anti-Trump and anti-ICE protests throughout the U.S.

The challenge is that large public protests are a very delicate, potentially volatile formula for change. Collective protests require drama and a saturation of news and social media coverage to raise awareness and support. But protest support can quickly evaporate if the public sees acts of violence and destruction by even a minority of demonstrators (one TV news shot of a burning building or smashed storefront window will usually do the trick).

Trump was betting on fear

Amid the anti-ICE protests, Trump was betting that fear and chaos would prevail. He and his operatives continually seeded the public consciousness with language like “domestic terrorists,” “weaponized her vehicle” and “paid agitators” to describe the victims of ICE agents and other anti-ICE protesters. So far, Trump’s propaganda campaign is failing.

Trump didn’t count on the many peaceful anti-ICE protests and viral videos of the slayings of Good and Pretti that revealed the administration’s lies about their deaths. The over-zealousness of masked ICE agents has resulted in an uncomfortable drop of public support for the president.




Read more:
Anti-ICE protesters are following same nonviolent playbook used by people in war zones across the world to fight threats to their communities


Trump’s penchant for sowing fear is now in danger. If the “ICE Out” protests and strikes continue in their generally peaceful way, public fear, anger and a demand for public safety won’t be directed at demonstrators but at violent federal ICE officers.

How can protesters continue to build public support? My decades of research point to a consistent pattern among successful movements: a C.O.R.E. profile. Protesters remain committed, communicative, organized, resourceful and experienced — and above all else, non-violent.

What’s happening in the U.S. right now illustrates that public law-and-order initiatives are a double-edged sword. Just as over-zealous and violent protesters can quickly sour public opinion for their cause, so can the over-reaction of law enforcement and other authorities to peaceful protests — a lesson Trump is currently learning the hard way.

The Conversation

Eli Lawrence Sopow does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. ICE pullback in Minneapolis shows the limits of Donald Trump’s scare tactics – https://theconversation.com/ice-pullback-in-minneapolis-shows-the-limits-of-donald-trumps-scare-tactics-274933

En la Super Bowl de Bad Bunny se canta en español: de hito cultural a marcador político

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lourdes Moreno Cazalla, Doctora en Comunicación. Autora del estudio para el Observatorio Nebrija del Español "El boom de la música urbana latina y la expansión del español a nivel global", Universidad Nebrija

Bad Bunny recibe el Grammy a Mejor Álbum del Año por _DeBÍ TiRAR MáS FOToS_. Courtesy of the Recording Academy® / Getty Images ©

“Lo que siento va más allá de mí mismo. Es por aquellos que vinieron antes que yo y recorrieron incontables yardas para que yo pudiera entrar y anotar un touchdown…”.

Con estas palabras, Bad Bunny confirmaba en septiembre de 2025 que sería el artista encargado del espectáculo del medio tiempo de la Super Bowl. La referencia a “quienes vinieron antes” no apunta a una carrera individual, sino a una historia compartida. A trayectorias acumuladas, a presencias previas que hicieron posible ese momento.

Y, sobre todo, a una lengua como el español, que durante décadas ha ocupado en Estados Unidos un lugar paradójico.

Estados Unidos es el quinto país con mayor número de hablantes en español del mundo. Sin embargo, es el único de esos cinco donde esta lengua es minoritaria frente al dominio del inglés. Es decir, aunque el español ha sido omnipresente en amplios contextos estadounidenses, como en el trabajo, la música o la vida cotidiana de muchas personas (más de 43 millones, según el censo de 2023), también ha sido una lengua cuidadosamente despolitizada en los espacios de representación nacional.

En Estados Unidos, una de cada cinco personas tiene origen hispano pero, por ejemplo, solo 6 de sus 100 senadores comparten esa procedencia. El español es audible, pero está contenido.

Un idioma escondido

Bad Bunny, puertorriqueño y, por tanto, estadounidense, ya ha avisado de que su concierto será íntegramente en español. Que la Super Bowl de este año suene en ese idioma no es un hecho cultural cualquiera. Este evento es uno de los rituales nacionales más relevantes de Estados Unidos, un escenario donde se representa y normaliza una determinada idea de país. En este contexto, que irrumpa ahí una lengua diferente al inglés no puede leerse como un gesto neutro.

¿Qué significado tiene entonces esto?

La respuesta no es simple, pero el hecho resulta poderoso y simbólico. Un 78 % de los estadounidenses de 5 años o más hablan solo inglés en casa, según un análisis realizado por el Centro de Datos de la Encuesta sobre la Comunidad Estadounidense (ACS) de 2023 de la Oficina del Censo. El porcentaje restante se divide entre quienes hablan muy bien inglés, pero no lo practican en casa (un 14 %) y quienes no hablan bien inglés.

Además, el español en EE. UU. es un idioma denominado “de herencia”, que se habla mayoritariamente en los hogares y que está supeditado a la lengua dominante. Así, en las casas hispanoparlantes, a medida que van naciendo más generaciones, la lengua de herencia se va diluyendo en favor del inglés.

En este contexto también hay que tener en cuenta que, desde marzo de 2025, tras una orden ejecutiva de Trump, el inglés ha sido declarado el idioma oficial de Estados Unidos, algo que no se había determinado en los casi 250 años de existencia del país.

Esa “oficialización” va acompañada de una reducción deliberada de servicios públicos, que elimina progresivamente la mayoría de la información que no esté en inglés y busca reinvertir ese dinero en programas para aprender a hablarlo. Los efectos ya están siendo visibles, como el cierre de la versión de la web de la Casa Blanca en español o el portal LEP.gov.


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El español ante el mundo

Mientras los canales oficiales del Estado restringen el uso del español, el deporte y la música le otorgan ahora una visibilidad que va más allá de las fronteras estadounidenses.

Las actuaciones del intermedio de la Super Bowl se han convertido en un acontecimiento cultural de gran proyección internacional. Así lo fueron para superestrellas como Michael Jackson, Madonna, Lady Gaga, Katy Perry y Usher. Este formato se ha consolidado como un espacio de celebración de identidades diversas, caracterizado por producciones de alto estándar técnico y colaboraciones estratégicas entre artistas musicales más allá del pop.

En la edición de 2025, Kendrick Lamar alcanzó el récord de 131,2 millones de espectadores, superando incluso la audiencia del propio encuentro deportivo.

Para Bad Bunny no será una conquista individual ni tampoco una experiencia inédita, puesto que ya participó como artista invitado en 2020 durante la actuación de Jennifer Lopez y Shakira en Miami. Precisamente, era la actuación más vista de la historia antes de Kendrick Lamar, y, según datos de YouTube, el vídeo oficial de aquel show es el halftime show más visto en la plataforma.

¿Qué impacto puede tener Bad Bunny?

Bad Bunny ha adquirido en la industria musical global un liderazgo que no puede considerarse coyuntural.

Acaba de ganar el Grammy a Mejor Álbum del Año por DeBÍ TiRAR MáS FOToS y en Spotify ha logrado ser en cuatro ocasiones Top Artista Global, con más de 27 millones de oyentes recurrentes. Las cifras le han convertido en el artista que más veces ha obtenido este reconocimiento, por delante de figuras como Drake o Taylor Swift.

El conjunto de su catálogo ya ha superado los 19 800 millones de reproducciones globales, lo que supone un promedio superior a 60 millones de streams diarios. Traducido en términos de escala temporal, escuchar de forma consecutiva todas las reproducciones generadas por el puertorriqueño en 12 meses requeriría más de 124 000 años, una magnitud que ilustra la distancia entre este tipo de fenómenos y los ciclos convencionales del éxito musical.

Imagen del álbum de Bad Bunny en Spotify en una pantalla de móvil.
El mundo ama a Bad Bunny en Spotify.
McSleepy/Shutterstock

La Liga Nacional de Fútbol Americano (NFL) no ignora estos números y, a pesar del rechazo que provoca el cantante en el Gobierno estadounidense, busca apelar a la audiencia latina gracias a su participación en la Super Bowl de este año. Pero la cuestión no es qué puede hacer Bad Bunny por la NLF, sino qué puede hacer la exposición del artista en este evento global por la lengua española.

Según datos de la plataforma de aprendizaje de idiomas en línea Preply, en las 24 horas posteriores al anuncio de que él encabezaría el show del intermedio de la Super Bowl las búsquedas de “clases de español” desde Estados Unidos aumentaron un 178 %. También se incrementaron en un 366 % las búsquedas de “letras de Bad Bunny en inglés”.

Estas cifras funcionan como indicador de un fenómeno que está reconfigurando la cultura latina y el idioma español y que no busca complacer los deseos políticos o institucionales. Y aquí la Super Bowl se ofrece como intermediario, actuando como un espejo.

The Conversation

Lourdes Moreno Cazalla no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. En la Super Bowl de Bad Bunny se canta en español: de hito cultural a marcador político – https://theconversation.com/en-la-super-bowl-de-bad-bunny-se-canta-en-espanol-de-hito-cultural-a-marcador-politico-274598

El duelo por la muerte de un hijo en ‘Hamnet’: de la novela a la gran pantalla

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Auba Llompart Pons, Profesora doctora de Lengua y Cultura Inglesas, Universitat de Vic – Universitat Central de Catalunya

Jessie Buckley como Agnes en la adaptación cinematográfica de _Hamnet_. Universal

Hamnet es la octava novela de Maggie O’Farrell y, posiblemente, la obra de su vida.

Ambientada en la época isabelina, recrea la breve vida y muerte de Hamnet, hijo de William Shakespeare, de quien solo sabemos que falleció a los once años. La trama se aleja de la figura del dramaturgo para centrarse en su esposa, Agnes (Anne Hathaway en la vida real), y en su proceso para asimilar la pérdida del niño. Por otro lado, O’Farrell conecta desde la ficción el fallecimiento del menor con la creación de la obra maestra de su padre, Hamlet.

Portada de la edición en español de _Hamnet_, de Maggie O'Farrell.
Portada de la edición en español de Hamnet, de Maggie O’Farrell.
Libros del Asteroide

Tal como señala la autora en el epígrafe de la novela, en los registros de Stratford-upon-Avon (ciudad natal de Shakespeare) de finales del siglo XVI y principios del XVII, ‘Hamnet’ y ‘Hamlet’ aparecen como dos formas intercambiables de escribir un mismo nombre. Así pues, ¿podría Hamlet en realidad ser un tributo al hijo fallecido del autor?

A partir de esta incógnita, O’Farrell teje un relato en el que arroja luz sobre estas tres figuras: Shakespeare, en sus desconocidas facetas de padre y esposo; Hamnet, el hijo que podría haber inspirado una de las grandes obras de la literatura inglesa y, sobre todo, Agnes, la madre que llora su muerte.

Premios, recepción y adaptación

Entre 2020 y 2021, Hamnet se consolidó como un fenómeno literario al recibir el Premio de Ficción Femenina y el Dalkey Literary Award, entre otros reconocimientos.

Su impacto hizo que en 2023 se estrenase su adaptación teatral en el emblemático Swan Theatre de Stratford, antes de llegar a Londres en 2024. Esta trayectoria ha culminado con su reciente versión cinematográfica, sobre un guion escrito por la propia O’Farrell junto a la oscarizada directora Chloé Zhao.

La película se ha convertido en una de las grandes protagonistas de la temporada, destacando en las nominaciones de los Premios de la Crítica Cinematográfica, los Globos de Oro y los Óscar. Hasta el momento, Hamnet ha sido galardonada con el Globo de Oro a la Mejor Película Dramática y a la Mejor Actriz en una película dramática.

El duelo de una madre

En Hamnet, O’Farrell rompe con el tabú de la muerte infantil y afronta la incomodidad cultural que la rodea. Mientras que la novela invita a caminar junto a Agnes, compartiendo sus pensamientos y sentimientos, la película busca que la audiencia sienta su dolor casi en primera persona.

La pérdida de un hijo es representada no solo como una tragedia que afecta a toda la familia, sino también como un proceso que redefine la psique materna. Agnes, en ambas versiones, se presenta como un espíritu libre que concilia su labor como curandera con las exigencias domésticas de su rol de esposa. Sin embargo, el fallecimiento de Hamnet por la peste fractura esa identidad y la sumerge en un duelo profundo y una tormenta de culpa alimentada por una sociedad que espera que las madres lo controlen todo.

La obra de O’Farrell recuerda que el sufrimiento materno se suele invisibilizar tras la idealización social que exige a las madres intuir y prevenir cualquier daño. También retrata con maestría cómo Agnes transita por las fases del duelo, tal como las definieron Elisabeth Kubler Ross y David Kessler –negación, ira, negociación, depresión y aceptación–, transformando una tragedia privada en una experiencia universal.

Una mujer observa una habitación vacía.
Agnes se queda sola.
Universal Pictures

Una cuestión de género

En la novela se distinguen claramente estas distintas fases, y O’Farrell retrata vívidamente cómo Agnes vive en una desconexión de la realidad, un limbo donde el tiempo se suspende y ella se consume. Sin embargo, la película no profundiza tanto en ese proceso ni en el dolor como fuerza alienante que fragmenta la identidad.

El libro destaca su soledad y su aislamiento: la vemos descuidar su apariencia, evitar el contacto social, refugiarse en una quietud cargada de tristeza y alejarse de su vida cotidiana, como si ya no perteneciera a su hogar ni habitara plenamente el mundo real.

En cambio, la adaptación cinematográfica hace especial hincapié en cómo la depresión de Agnes se agrava por la ausencia de su esposo. Este, incapaz de soportar el peso de Stratford, huye a Londres y se refugia en su trabajo como actor y dramaturgo.

Un hombre observa una representación entre bambalinas.
Paul Mescal interpreta a un padre que huye a Londres a enfrentarse a la muerte de su hijo a través del arte.
Universal Pictures

Es aquí donde O’Farrell, en ambas obras, muestra que en el duelo por la pérdida de un hijo también puede haber brecha de género. La madre soporta el grueso de la culpa y la carga emocional. El padre, mientras tanto, permanece ausente física y emocionalmente; tan ausente como su nombre, que no se desvela en toda la novela. O’Farrell justificó la decisión de no citar nunca a William Shakespeare aludiendo a su voluntad de centrarse en la figura de Agnes y de que sus lectores vieran a Shakespeare no como el famoso escritor que todos conocemos sino como un padre y un esposo.

Todo un acierto que la adaptación audiovisual mantiene en gran medida: el nombre del dramaturgo permanece en la sombra hasta los últimos quince minutos. Esto permite que, durante casi toda la película, los espectadores lo perciban como un progenitor ausente y a Agnes como el verdadero corazón de la historia.

Sin embargo, ambas versiones finalmente conectan el vacío que deja la muerte de Hamnet con el nacimiento de Hamlet, el puente que permite al autor alcanzar la aceptación de la muerte de su hijo y mostrar su manera de procesar el duelo a través del arte.

Así pues, el teatro es también el lugar en el que Agnes, al ver la representación de la obra de su esposo, llega a la fase de aceptación, comprende que su marido atravesó el mismo dolor que ella y, finalmente, se “reencuentra” con su hijo.


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ref. El duelo por la muerte de un hijo en ‘Hamnet’: de la novela a la gran pantalla – https://theconversation.com/el-duelo-por-la-muerte-de-un-hijo-en-hamnet-de-la-novela-a-la-gran-pantalla-273554

Por qué se encadenan tantos días de lluvia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Martín Vide, Catedrático de Geografía Física, Universitat de Barcelona

En inviernos como el actual, cuando bajan las temperaturas y llega a caer nieve en buena parte de España (y del hemisferio norte en general), puede que haya quien se cuestione el cambio climático. Al fin y al cabo, temporales gélidos y húmedos como los presentes, al igual que la borrasca Filomena en 2021, parecen negar su existencia. Porque ¿cómo puede el calentamiento del planeta ser compatible con el frío y la lluvia de estas fechas?

El calentamiento global sigue avanzando

El calentamiento global es inequívoco. La temperatura media del aire en superficie en el decenio 2011-2020 fue de 1,1 ºC sobre la del período de referencia, la segunda mitad del siglo XIX. Los tres últimos años, del 2023 al 2025, han supuesto, además, un salto notable, con un promedio por encima ya de 1,5 ºC, como ha confirmado el programa europeo de observación de la Tierra Copernicus.

Tres mapas mundiales de temperaturas del 2023, 2024 y 2025 dominados por el color rojo, que indica mucho calor
Mapas de anomalías y extremos de temperaturas de 2023, 2024 y 2025. El 2025 fue el año. 2025 fue el tercer año más cálido registrado, solo ligeramente (0,01 °C) más frío que 2023 y 0,13 °C más frío que 2024.
C3S/ECMWF, CC BY-SA

Recuérdese que el Acuerdo de París, de 2015, advertía que el planeta no debía llegar al grado y medio de calentamiento y nunca a los 2 ºC, so pena de padecer efectos muy graves o irreversibles. Pues bien, aunque climáticamente se necesitan algunos años más para establecer estadísticamente que se han alcanzado 1,5 ºC de calentamiento, todo apunta a que aproximadamente en menos de una década esto será así. La concentración de los gases de efecto invernadero en el aire sigue aumentando, lo que conlleva el aumento imparable de la temperatura.




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Sin embargo, el sistema climático es muy complejo, con múltiples mecanismos de retroalimentación, entre la atmósfera, el océano, los continentes, la biosfera, el hielo del Ártico y de la Antártida, etc. Igualmente, las situaciones sinópticas, las que reflejan, día a día, los mapas del tiempo, muestran comportamientos complejos, ora persistentes ora altamente variables en el tiempo y en el espacio.

La tendencia general de la temperatura es el resultado del promedio de esa secuencia de tiempos diferentes, con muchas anomalías cálidas y algunas frías. Un temporal como Filomena o una racha de tiempo frío y desapacible solo supone hoy una pequeña muesca en la tendencia creciente de la temperatura. En las últimas décadas hay muchos más días y meses cálidos o muy cálidos que fríos respecto a la norma.

Aun así, los días fríos son posibles, dado que, aparte del aumento de la temperatura, también se ha incrementado su variabilidad, es decir, su varianza estadística. De esta forma, el resultado serían más casos cálidos y muy cálidos, sin dejar de haber casos fríos.

Comparación de campanas de Gauss, una más alta (del clima previo) y una más achatada y alargada (clima nuevo).
En el nuevo escenario climático, la campana de Gauss de probabilidades se ha desplazado hacia valores más altos (cálidos), pero se han alargado sus colas.
IPCC y Serrano-Notivoli, Olcina Cantos y Martín-Vide (2024), CC BY-SA

La lluvia llama a la lluvia, el calor al calor

Por otra parte, cuando aparece un tiempo repetidamente lluvioso, como está ocurriendo ya desde finales de 2025 hasta hoy en buena parte de España, hay que recordar el concepto de la persistencia meteorológica. Es decir, la tendencia a continuar o a repetirse una determinada situación, como el paso casi continuo de depresiones y de frentes.

Así, la probabilidad de que aparezca un día lluvioso después de un día lluvioso es superior a la simple probabilidad de un día lluvioso o la probabilidad de un día lluvioso después de uno seco. Es decir, si hoy llueve, mañana hay una probabilidad más elevada de que vuelva a llover que si hoy hubiera sido un día seco. Esto es común en gran parte del planeta. Su causa está en la persistencia de los temporales y episodios que producen lluvia, que, en general, duran más de un día.

Como ejemplo, la probabilidad de un día lluvioso después de un día lluvioso en Barcelona es de un 51 %, mientras que la simple probabilidad de que aparezca un día lluvioso es de un 24 %.

Por el contrario, el establecimiento de los llamados anticiclones de bloqueo, muy persistentes, da lugar a un tiempo estable y monótono durante semanas. En este sentido, la persistencia de los días secos en gran parte del planeta es superior a la de los días lluviosos. En el ejemplo de Barcelona, la probabilidad de un día seco es del 76 %, que se eleva a un 85 % en el caso de la probabilidad de un día seco después de un día seco.

En el ámbito mediterráneo peninsular un patrón característico es el de períodos secos relativamente largos salpicados por algunos días lluviosos. Como caso extremo, en Almería si hoy deja de llover, la secuencia de días secos que cabe esperar a continuación tiene una duración media de 16 días, más de medio mes, mientras que en San Sebastián es de cuatro días (sin contar los días con cantidades de lluvia inferiores a 1 mm).

A una escala regional o superior, como la de la península ibérica y parte del Atlántico norte, el tren de borrascas, o familia de borrascas, puede seguir durante semanas una ruta parecida, produciendo acumulaciones de lluvia y tiempo ventoso durante bastantes días en las mismas áreas.

El vórtice polar se ha expandido hacia el sur

La circulación atmosférica a todos los niveles, desde la corriente en chorro –un fuerte flujo de aire en la alta troposfera– hasta la superficie, está desplazada hacia el sur, afectándonos de lleno.

El vórtice polar, que, como un volante atmosférico, confina el aire muy frío sobre el polo, se ha ondulado y expandido hacia el sur. Aunque aún no hay evidencias concluyentes, este proceso podría derivar del calentamiento global. Esto produciría, paradójicamente, un tiempo lluvioso y desapacible en nuestras latitudes. O una nevada del siglo, como ha ocurrido, recientemente, en buena parte de Estados Unidos.

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Javier Martín Vide no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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Redes sociales y adolescentes: prohibir no basta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Bueno i Torrens, Profesor e investigador de la Sección de Genética Biomédica, Evolutiva y del Desarrollo. Director de la Cátedra de Neuroeducación UB-EDU1st, Universitat de Barcelona

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En la última década, las redes sociales se han integrado de manera profunda en la vida cotidiana de los adolescentes. Y muy a menudo, también de los preadolescentes. Lejos de ser una moda pasajera, constituyen un entorno relacional, informativo y emocional que influye de forma directa en su desarrollo personal.

Ante esta realidad, algunos países, como Australia y Francia, y más recientemente España, han propuesto prohibir su uso a menores de 16 años.

Más allá de las posibilidades reales de éxito de estas prohibiciones, por limitaciones técnicas y por la falta de apoyo de las empresas que las crean y gestionan, desde una perspectiva neuroeducativa el debate no debería centrarse en la prohibición absoluta de su uso, sino en la necesidad de educarnos, colectivamente, en el buen uso de estos recursos, a cualquier edad.

Autogestión, emociones y conciencia crítica

Desde la neurociencia, existen argumentos sólidos para defender una regulación que promueva la autogestión, el acompañamiento adulto y el empoderamiento de los propios adolescentes. Una regulación que puede contener ciertas prohibiciones, pero que también debe contemplar de forma explícita la alfabetización digital.

Cabe puntualizar que la alfabetización digital no consiste únicamente en saber utilizar dispositivos, aplicaciones o plataformas, sino muy especialmente en desarrollar la capacidad de autogestionar la propia relación con el mundo digital. Implica comprender cómo los entornos digitales, y especialmente las redes sociales, están diseñados para captar la atención y activar los sistemas de recompensa, y cómo esto impacta en las emociones, el comportamiento y la construcción de la identidad.




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Alfabetizar digitalmente significa aprender a regular el tiempo de conexión, a identificar y gestionar las emociones que se activan, como por ejemplo la comparación social, la necesidad de validación o el miedo a quedar fuera de un grupo, a poner límites conscientes ya hacer un uso intencional y no automático de la tecnología. Esta competencia, que es especialmente relevante en la adolescencia, no se adquiere de forma espontánea, sino que requiere acompañamiento adulto, modelado y espacios de reflexión compartida para favorecer una relación más libre, crítica y emocionalmente saludable con el entorno digital.

Vínculos reales y la socialización presencial

Además, para que esta regulación sea útil también debe promover alternativas sólidas al uso de redes sociales, que puedan ser aprovechadas por los adolescentes. En este punto, resulta fundamental que la regulación no se limite al ámbito digital, sino que incluya de manera explícita la creación y el fortalecimiento de entornos de socialización presencial. El desarrollo saludable del cerebro adolescente requiere experiencias reales de interacción cara a cara, donde puedan ponerse en juego habilidades como la comunicación no verbal, la empatía, la gestión de conflictos, la cooperación y la construcción de vínculos significativos.




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Espacios como el deporte, el juego libre, las actividades artísticas, culturales o comunitarias, así como el encuentro informal entre iguales no son un complemento accesorio, sino un pilar esencial del bienestar emocional y social. Regular el uso de redes sociales digitales sin garantizar alternativas presenciales atractivas, accesibles y sostenidas puede generar un vacío relacional que incremente todavía más el aislamiento, o que refuerce la dependencia de lo digital.

El cerebro adolescente frente a los algoritmos de recompensa

Uno de los elementos clave para entender esta necesidad es la maduración del cerebro adolescente. El cerebro humano no alcanza su pleno desarrollo hasta bien entrada la veintena, y una de las últimas áreas en madurar es la corteza prefrontal. Esta región es fundamental para funciones ejecutivas como la planificación, el control de impulsos, la toma de decisiones, la autorregulación emocional y la evaluación de riesgos. En la adolescencia, esta corteza aún se encuentra en proceso de reorganización sináptica y mielinización, lo que implica que los jóvenes son especialmente sensibles a estímulos emocionales intensos y a recompensas inmediatas.

Los algoritmos que rigen las redes sociales están diseñados precisamente para activar los sistemas de recompensa del cerebro, en particular los circuitos dopaminérgicos. Los likes, los comentarios, las notificaciones y la validación social generan microdescargas de dopamina que refuerzan la conducta de conexión constante.

En un cerebro adulto, con mayor capacidad de autorregulación, estos estímulos pueden gestionarse con relativa eficacia. Sin embargo, en un cerebro adolescente, todavía inmaduro desde el punto de vista ejecutivo, el riesgo de uso compulsivo y de dependencia conductual es significativamente mayor.

Acompañamiento, límites y responsabilidad compartida

El aprendizaje de la autorregulación no se produce de manera espontánea, sino que requiere modelos, especialmente del entorno de adultos, límites claros y coherentes y oportunidades guiadas para practicarla. Regular el uso de redes sociales no significa necesariamente impedir el acceso, sino crear contextos en los que los adolescentes puedan desarrollar progresivamente habilidades de gestión del tiempo, pensamiento crítico, conciencia emocional y control de impulsos, bajo la guía de adultos que actúen de forma consciente. Estas competencias son tan importantes como los contenidos académicos y forman parte del desarrollo integral de la persona.




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Otro aspecto relevante es el impacto emocional y social de las redes en esta etapa vital. La adolescencia es un periodo de construcción de la identidad, de búsqueda de pertenencia y de alta sensibilidad a la mirada del otro. La exposición constante a ideales irreales, comparaciones sociales, métricas de popularidad o dinámicas de exclusión puede afectar a la autoestima, la autoconfianza, la autoimagen y el autoconcepto, aumentar la ansiedad y favorecer estados de malestar emocional.

La neurociencia ha demostrado que el cerebro adolescente es especialmente reactivo al rechazo social, activando circuitos similares a los del dolor físico. Por ello, una exposición no regulada a estos entornos puede amplificar vulnerabilidades preexistentes.

En este contexto, cabe tener presente que regular no es censurar, sino educar. Implica que la sociedad, en su conjunto, incluidos de forma especial progenitores y docentes, asuma que el desarrollo saludable de los menores requiere entornos digitales responsables, pero también entornos presenciales ricos en oportunidades de relación. Las plataformas tienen un papel importante, pero también lo tienen las familias, las escuelas y las comunidades.

Los progenitores, en particular, no solo deben establecer normas, sino también acompañar, dialogar y ofrecer un ejemplo coherente en el uso de la tecnología, al tiempo que facilitan y valoran espacios de encuentro fuera de las pantallas. La regulación eficaz se basa en la calidad del vínculo y en la coherencia educativa, no en el control estricto ejercido autoritariamente.

Impacto emocional, empoderamiento y salud mental

Empoderar a los adolescentes es otro eje fundamental. Tratarles como sujetos pasivos a los que hay que proteger, sin darles explicaciones ni implicarles, suele ser poco efectivo. En cambio, cuando se les ofrece información clara sobre cómo funciona su cerebro, por qué ciertas aplicaciones resultan tan atractivas y qué efectos nocivos puede tener un uso excesivo o acrítico e irreflexivo, se favorece un mayor empoderamiento y toma de conciencia.

Comprender que su dificultad para desconectarse no es un “fallo personal”, sino una consecuencia de un cerebro en desarrollo frente a estímulos muy potentes, puede ser liberador y motivar la adopción de estrategias de autogestión más saludables.

La regulación del uso de redes sociales antes de los 16 años debería entenderse, por tanto, como una inversión presente y futura en salud mental y en madurez. No se trata de prohibir de forma estricta el contacto con la tecnología, sino de acompasarlo al desarrollo neurobiológico y emocional, lo que puede implicar ciertas prohibiciones.

Igual que no se espera que un niño pequeño cruce solo una calle muy transitada, no es razonable esperar que un adolescente gestione sin apoyo entornos digitales diseñados por adultos con fines comerciales.

Responsabilidad colectiva

En definitiva, la evidencia neurocientífica y neuroeducativa apunta a una idea clara: el cerebro adolescente necesita tiempo, acompañamiento, experiencias reguladas y vínculos reales para desarrollar plenamente su capacidad de autorregulación. Y las redes sociales no son neutrales.

Asumir esta complejidad y apostar por una regulación consciente, compartida y que incluya de forma explícita la promoción de la socialización presencial es una responsabilidad colectiva. Solo así podremos ayudar a los adolescentes a construir una relación sana, libre y consciente con un mundo digital que ya forma parte inseparable de sus vidas.

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David Bueno i Torrens no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Redes sociales y adolescentes: prohibir no basta – https://theconversation.com/redes-sociales-y-adolescentes-prohibir-no-basta-275234