L’agriculture verticale peut-elle nourrir les villes ? Comment dépasser le mirage technologique

Source: The Conversation – France (in French) – By Marie Asma Ben-Othmen, Enseignante-chercheuse en Economie de l’environnement & Agroéconomie, Responsable du Master of Science Urban Agriculture & Green Cities, UniLaSalle

L’agriculture verticale a longtemps été présentée comme une solution miracle pour nourrir les mégapoles tout en réduisant leur empreinte environnementale. Mais derrière les promesses high-tech, la réalité est contrastée. Entre des succès spectaculaires en Asie et des faillites retentissantes en Europe et aux États-Unis, le modèle cherche encore sa voie.


L’agriculture verticale repose sur une idée simple : produire en intérieur et hors-sol, dans des milieux totalement contrôlés, y compris la lumière, la température, l’humidité et les nutriments, sur de vastes étagères en hauteur, au cœur des villes. À première vue, ses avantages paraissent irrésistibles. Sans pesticides, ce mode de culture consomme jusqu’à 90 % d’eau en moins grâce au recyclage – notamment l’hydroponie – et peut fonctionner 365 jours par an, avec un rendement élevé, sans dépendre des caprices du climat. Il offre ainsi la promesse d’une production fraîche et locale, directement connectée aux circuits courts.

Cet horizon a suscité un engouement mondial. Le Japon, avec la société Spread, a automatisé la production de salades indoor sur de vastes étagères, dans des univers aseptisés, à l’échelle industrielle. Singapour a inscrit les fermes verticales au cœur de son objectif « 30 by 30 », visant à couvrir localement 30 % de ses besoins alimentaires d’ici à 2030. Les pays du Golfe, comme les Émirats arabes unis et le Koweït, confrontés à la rareté des terres arables, y voient un outil stratégique alors que, aux États-Unis, des start-up ont levé des centaines de millions de dollars sur la base d’une vision d’un futur alimentaire ultratechnologique. Mais des échecs cuisants mettent aussi en évidence les limites du modèle, qui peu à peu tente de se réinventer pour y répondre.

Les ingrédients du succès

Les fermes verticales qui fonctionnent vraiment partagent un point commun : elles naissent dans des contextes où elles répondent à un besoin structurel. Dans les régions où la terre est rare, chère ou aride, la production en hauteur – ou à la verticale – répond efficacement aux contraintes géographiques.

À Singapour ou à Dubaï, par exemple, l’État joue un rôle déterminant en soutenant financièrement les infrastructures, en réduisant les risques d’investissement et en intégrant ces technologies dans les stratégies alimentaires nationales.

La réussite de ces modèles tient aussi à leur insertion dans les dynamiques locales. En effet, à Dubaï, les fermes verticales ne se contentent pas de produire, mais contribuent également à la sécurité alimentaire, à la formation technique, à l’emploi qualifié et à la sensibilisation des citoyens.

L’île-ville de Singapour s’appuie par ailleurs sur des technologies hydroponiques et aéroponiques avancées, avec des tours agricoles intégrés au bâti urbain. Ceci illustre l’adaptation de l’agriculture aux contraintes foncières et urbaines. Les progrès technologiques, notamment l’éclairage LED à haut rendement, l’automatisation poussée et l’IA permettant d’optimiser la croissance des plantes, améliorent la performance des modèles les mieux conçus.

Malgré des défis (coûts énergétiques, fragilité économique), ces fermes continuent aujourd’hui d’être considérées comme un « modèle d’avenir » pour des villes-États densément peuplées, ce qui montre que l’initiative s’inscrit dans une politique de long terme plutôt qu’à titre de simple effet de mode.

Coût, énergie et dépendance au capital-risque

Malgré ces succès, de nombreux projets ont échoué et révélé les fragilités d’un modèle bien moins robuste qu’il y paraît.

Le premier obstacle est énergétique. Éclairer, climatiser et faire fonctionner une installation entièrement contrôlée demande une quantité importante d’électricité, ce qui rend l’activité coûteuse et parfois peu écologique lorsque l’énergie n’est pas décarbonée.

Le second obstacle est économique : les marges sur les herbes aromatiques ou les salades sont faibles, et le modèle dépend souvent du capital-risque plutôt que de revenus stables. C’est ce qui a précipité les difficultés d’Infarm en Europe et d’AeroFarms aux États-Unis.

Certaines fermes se sont également retrouvées déconnectées des besoins alimentaires locaux, produisant des volumes ou des produits qui ne répondaient pas aux attentes des territoires. Le modèle, mal ancré localement, devient alors vulnérable à la moindre fluctuation des marchés financiers ou énergétiques.

De nouveaux modèles en développement

Face à ces limites, une nouvelle génération de projets émerge, cherchant à combiner technologie, intégration et demande urbaine au moyen de modèles de microfermes verticales adossées à des supermarchés, garantissant la fraîcheur, la visibilité et une réduction des coûts logistiques.

D’autres initiatives explorent les synergies énergétiques, en couplant production alimentaire et récupération de chaleur de data centers, en développant des serres photovoltaïques ou en utilisant des réseaux de chaleur urbains.

Les fermes verticales évoluent aussi vers des fonctions plus pédagogiques et démonstratives : même après sa faillite, une partie du modèle Infarm continue d’inspirer des fermes urbaines où la production sert autant à sensibiliser les citoyens qu’à fournir des produits frais. Ces approches hybrides témoignent d’une maturité croissante du secteur, qui privilégie moins la production de masse que la pertinence territoriale.

Vers une agriculture verticale plus durable ?

Pour devenir un levier crédible de la transition alimentaire, l’agriculture verticale doit clarifier sa finalité. Produire davantage ne suffit pas : il s’agit de contribuer à la résilience alimentaire des villes, d’offrir une complémentarité avec les agricultures urbaines plus « horizontales », telles que les toits productifs, les ceintures maraîchères ou les jardins partagés, et de s’inscrire dans les politiques alimentaires territoriales.

En particulier, les projets alimentaires territoriaux (PAT) peuvent, par leur ambition, fédérer les différents acteurs du territoire autour de l’alimentation. Ils jouent un rôle clé pour intégrer ces dispositifs de manière cohérente, en les articulant avec les enjeux de nutrition, d’accessibilité, de distribution et d’éducation. L’agriculture verticale ne deviendra durable que si elle est pensée dans une logique systémique, sobre sur le plan énergétique, ancrée localement et compatible avec les objectifs climatiques.

Loin d’être la panacée, elle est en revanche un laboratoire d’innovation. Là où elle réussit, c’est parce qu’elle s’inscrit dans une vision systémique de la transition alimentaire, combinant technologie, gouvernance territoriale et sobriété énergétique. Son avenir dépendra moins de la hauteur des tours que de la manière dont elle s’imbrique dans les territoires et contribue à renforcer la capacité des villes à se nourrir face aux crises climatiques et géopolitiques.

The Conversation

Marie Asma Ben-Othmen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’agriculture verticale peut-elle nourrir les villes ? Comment dépasser le mirage technologique – https://theconversation.com/lagriculture-verticale-peut-elle-nourrir-les-villes-comment-depasser-le-mirage-technologique-270890

Artificial metacognition: Giving an AI the ability to ‘think’ about its ‘thinking’

Source: The Conversation – USA – By Ricky J. Sethi, Professor of Computer Science, Fitchburg State University; Worcester Polytechnic Institute

AIs could use some self-reflection. davincidig/iStock via Getty Images

Have you ever had the experience of rereading a sentence multiple times only to realize you still don’t understand it? As taught to scores of incoming college freshmen, when you realize you’re spinning your wheels, it’s time to change your approach.

This process, becoming aware of something not working and then changing what you’re doing, is the essence of metacognition, or thinking about thinking.

It’s your brain monitoring its own thinking, recognizing a problem, and controlling or adjusting your approach. In fact, metacognition is fundamental to human intelligence and, until recently, has been understudied in artificial intelligence systems.

My colleagues Charles Courchaine, Hefei Qiu and Joshua Iacoboni and I are working to change that. We’ve developed a mathematical framework designed to allow generative AI systems, specifically large language models like ChatGPT or Claude, to monitor and regulate their own internal “cognitive” processes. In some sense, you can think of it as giving generative AI an inner monologue, a way to assess its own confidence, detect confusion and decide when to think harder about a problem.

Why machines need self-awareness

Today’s generative AI systems are remarkably capable but fundamentally unaware. They generate responses without genuinely knowing how confident or confused their response might be, whether it contains conflicting information, or whether a problem deserves extra attention. This limitation becomes critical when generative AI’s inability to recognize its own uncertainty can have serious consequences, particularly in high-stakes applications such as medical diagnosis, financial advice and autonomous vehicle decision-making.

For example, consider a medical generative AI system analyzing symptoms. It might confidently suggest a diagnosis without any mechanism to recognize situations where it might be more appropriate to pause and reflect, like “These symptoms contradict each other” or “This is unusual, I should think more carefully.”

Developing such a capacity would require metacognition, which involves both the ability to monitor one’s own reasoning through self-awareness and to control the response through self-regulation.

Inspired by neurobiology, our framework aims to give generative AI a semblance of these capabilities by using what we call a metacognitive state vector, which is essentially a quantified measure of the generative AI’s internal “cognitive” state across five dimensions.

5 dimensions of machine self-awareness

One way to think about these five dimensions is to imagine giving a generative AI system five different sensors for its own thinking.

  • Emotional awareness, to help it track emotionally charged content, which might be important for preventing harmful outputs.
  • Correctness evaluation, which measures how confident the large language model is about the validity of its response.
  • Experience matching, where it checks whether the situation resembles something it has previously encountered.
  • Conflict detection, so it can identify contradictory information requiring resolution.
  • Problem importance, to help it assess stakes and urgency to prioritize resources.

We quantify each of these concepts within an overall mathematical framework to create the metacognitive state vector and use it to control ensembles of large language models. In essence, the metacognitive state vector converts a large language model’s qualitative self-assessments into quantitative signals that it can use to control its responses.

For example, when a large language model’s confidence in a response drops below a certain threshold, or the conflicts in the response exceed some acceptable levels, it might shift from fast, intuitive processing to slow, deliberative reasoning. This is analogous to what psychologists call System 1 and System 2 thinking in humans.

A diagram with five rectangles surrounding an oval with arrows connecting them
This conceptual diagram shows the basic idea for giving a set of large language models an awareness of the state of its processing.
Ricky J. Sethi

Conducting an orchestra

Imagine a large language model ensemble as an orchestra where each musician – an individual large language model – comes in at certain times based on the cues received from the conductor. The metacognitive state vector acts as the conductor’s awareness, constantly monitoring whether the orchestra is in harmony, whether someone is out of tune, or whether a particularly difficult passage requires extra attention.

When performing a familiar, well-rehearsed piece, like a simple folk melody, the orchestra easily plays in quick, efficient unison with minimal coordination needed. This is the System 1 mode. Each musician knows their part, the harmonies are straightforward, and the ensemble operates almost automatically.

But when the orchestra encounters a complex jazz composition with conflicting time signatures, dissonant harmonies or sections requiring improvisation, the musicians need greater coordination. The conductor directs the musicians to shift roles: Some become section leaders, others provide rhythmic anchoring, and soloists emerge for specific passages.

This is the kind of system we’re hoping to create in a computational context by implementing our framework, orchestrating ensembles of large language models. The metacognitive state vector informs a control system that acts as the conductor, telling it to switch modes to System 2. It can then tell each large language model to assume different roles – for example, critic or expert – and coordinate their complex interactions based on the metacognitive assessment of the situation.

a woman in a long black dress conducts an orchestra
Metacognition is like an orchestra conductor monitoring and directing an ensemble of musicians.
AP Photo/Vahid Salemi

Impact and transparency

The implications extend far beyond making generative AI slightly smarter. In health care, a metacognitive generative AI system could recognize when symptoms don’t match typical patterns and escalate the problem to human experts rather than risking misdiagnosis. In education, it could adapt teaching strategies when it detects student confusion. In content moderation, it could identify nuanced situations requiring human judgment rather than applying rigid rules.

Perhaps most importantly, our framework makes generative AI decision-making more transparent. Instead of a black box that simply produces answers, we get systems that can explain their confidence levels, identify their uncertainties, and show why they chose particular reasoning strategies.

This interpretability and explainability is crucial for building trust in AI systems, especially in regulated industries or safety-critical applications.

The road ahead

Our framework does not give machines consciousness or true self-awareness in the human sense. Instead, our hope is to provide a computational architecture for allocating resources and improving responses that also serves as a first step toward more sophisticated approaches for full artificial metacognition.

The next phase in our work involves validating the framework with extensive testing, measuring how metacognitive monitoring improves performance across diverse tasks, and extending the framework to start reasoning about reasoning, or metareasoning. We’re particularly interested in scenarios where recognizing uncertainty is crucial, such as in medical diagnoses, legal reasoning and generating scientific hypotheses.

Our ultimate vision is generative AI systems that don’t just process information but understand their cognitive limitations and strengths. This means systems that know when to be confident and when to be cautious, when to think fast and when to slow down, and when they’re qualified to answer and when they should defer to others.

The Conversation

Ricky J. Sethi has received funding from the National Science Foundation, Google and Amazon.

ref. Artificial metacognition: Giving an AI the ability to ‘think’ about its ‘thinking’ – https://theconversation.com/artificial-metacognition-giving-an-ai-the-ability-to-think-about-its-thinking-270026

Where do seashells come from?

Source: The Conversation – USA – By Michal Kowalewski, Thompson Chair of Invertebrate Paleontology, University of Florida

Curious Kids is a series for children of all ages. If you have a question you’d like an expert to answer, send it to CuriousKidsUS@theconversation.com.


Where do seashells come from? – Ivy, age 5, Phoenix, Arizona

Seashells are so plentiful that you may sometimes take them for granted.

Scientists have estimated that just one small stretch of beaches along the Gulf of California contained at least 2 trillion shells. That is 2 followed by 12 zeros.

2,000,000,000,000 shells – in just one small stretch of coast! Imagine if every human alive today went there to collect shells. Each of them would be able to claim nearly 1,000 shells.

But where do all these shells come from, and what tales can they tell us?

We are a paleontologist and marine ecologist, and our scientific research involves looking at shells and discovering where they came from and how old they are.

Skeletons on the beach

Shells are simply skeletons of animals, the remains of dead organisms. But unlike humans and most other animals, these mollusks, such as snails, clams, oysters and mussels, have an exoskeleton, meaning it’s on the outside of their bodies.

When people talk about seashells, they usually mean shells of mollusks. And these are, indeed, the most common types of shells we find on the beach today. Many other marine animals also make skeletons, including, among others, echinoids such as sand dollars that make internal skeletons called tests, and brachiopods, also known as “lampshells.”

These marine animals build their own shells to protect their soft bodies from external threats, such as predators or changes that happen around them in their habitat. Shells can also help these sea creatures stay stable on the seafloor, grow bigger or move around more efficiently.

Just as our bones provide a scaffold to which we attach our muscles, shells provide a rigid frame to which sea creatures attach their muscles. Some mollusks, such as scallops, can even swim by using powerful muscles to vigorously flap the two valves that make their shell. Other sea creatures use muscles attached to their shells to quickly bury themselves in the sediment.

A clam on the beach buries itself in the sand then releases water and waste.

Variety is the spice of marine life

The process of making a shell is known as biomineralization. How marine animals build their shells can vary greatly depending on the species, but all of these animals have special tissues to make their shells, just as humans have special tissues to grow and strengthen our bones.

Most marine animals form their shells from calcium carbonate, which is a tough mineral also found in limestone. Some sponges and microorganisms use another compound silica. There is also a group of brachiopods that build shells using calcium phosphate, which we use to build our bones, too.

More than 50,000 mollusk species live today on our planet, and most of them make shells. But each species makes a different shell. This accounts for the huge variety of shapes and sizes in the seashells you find on the beach.

Seashells of all different colors and shapes in a pile
With over 50,000 species of mollusk, seashells come in all different shapes and sizes.
Amanda Bemis/Invertebrate Zoology Collections, Florida Museum of Natural History

Just as with bones, shells can last for a very long time. The shells of dead animals are moved around by currents and waves. Many eventually wash up on shorelines. Other shells get buried beneath the seafloor. With pressure and time, the buried seafloor sediment becomes a rock, and shells turn into fossils. In fact, seashells are among the most common types of fossils large enough to see with the naked eye.

When an experienced hunter finds a bone in the forest, they know right away whether it came from a deer, rabbit or wild boar. Similarly, when a seashell expert finds a shell, they can tell you what sea creature made it.

What shells can teach us

Besides the sheer number of sea creatures, another reason shells are so prolific is that they last for a very long time. In our research, we use a process called carbon dating to figure out how old a shell is. Mollusks and many other animals use calcium, carbon and oxygen to build their shell. There are three types of carbon – called isotopes – and one of them, known as radiocarbon, is unstable. As a shell ages, its radiocarbon decays at a constant rate. Older shells have less radiocarbon, and we scientists can estimate their age based on that fact.

This process has allowed us and other researchers to date thousands of shells collected from modern beaches and sea bottoms all around the globe. We discovered that many of those shells are hundreds or thousands of years old.

These shells are not just beautiful to look at – they’re also very useful. Like little time machines, these shells carry within them a wealth of information about the past, including details about the habitats in which they lived. Scientists like us can often tell from a shell whether the animal that created it was a predator, a plant eater or even a parasite.

By studying the chemical makeup of the shell, scientists can learn about past climates and environments. We can often even discern how the owner of a shell died and the hazards it faced during its life.

So the next time you admire shells on your favorite beach, inspect them for clues about their past lives. Does the shell contain a round hole? That reveals that the animal was killed by a drilling predator. Does it have a repair scar? It may have survived an attack by a crab. Does the shell belong to an animal that lived in a seagrass meadow that is no longer there?

Each shell is a little diary, and if you know how to read it, it can tell you exciting stories of animals and habitats from the past.


Hello, curious kids! Do you have a question you’d like an expert to answer? Ask an adult to send your question to CuriousKidsUS@theconversation.com. Please tell us your name, age and the city where you live.

And since curiosity has no age limit – adults, let us know what you’re wondering, too. We won’t be able to answer every question, but we will do our best.

The Conversation

Michal Kowalewski receives funding from federal agencies (National Science Foundation) and private organizations such as Felburn Foundation and University of Florida Foundation.

Thomas K. Frazer receives funding from the National Oceanographic and Atmospheric Administration, Florida Fish and Wildlife Conservation Commission, Florida Department of Environmental Protection, Florida Department of Transportation, and South Florida Water Management District and The Ocean Conservancy.

ref. Where do seashells come from? – https://theconversation.com/where-do-seashells-come-from-270153

How the polar vortex and warm ocean intensified a major US winter storm

Source: The Conversation – USA (2) – By Mathew Barlow, Professor of Climate Science, UMass Lowell

Boston and much of the U.S. faced a cold winter blast in January 2026. Craig F. Walker/The Boston Globe via Getty Images

A severe winter storm that brought crippling freezing rain, sleet and snow to a large part of the U.S. in late January 2026 left a mess in states from New Mexico to New England. Hundreds of thousands of people lost power across the South as ice pulled down tree branches and power lines, more than a foot of snow fell in parts of the Midwest and Northeast, and many states faced bitter cold that was expected to linger for days.

The sudden blast may have come as a shock to many Americans after a mostly mild start to winter, but that warmth may have partly contributed to the ferocity of the storm.

As atmospheric and climate scientists, we conduct research that aims to improve understanding of extreme weather, including what makes it more or less likely to occur and how climate change might or might not play a role.

To understand what Americans are experiencing with this winter blast, we need to look more than 20 miles above the surface of Earth, to the stratospheric polar vortex.

A forecast for Jan. 26, 2026, shows the freezing line in white reaching far into Texas. The light band with arrows indicates the jet stream, and the dark band indicates the stratospheric polar vortex. The jet stream is shown at about 3.5 miles above the surface, a typical height for tracking storm systems. The polar vortex is approximately 20 miles above the surface.
Mathew Barlow, CC BY

What creates a severe winter storm like this?

Multiple weather factors have to come together to produce such a large and severe storm.

Winter storms typically develop where there are sharp temperature contrasts near the surface and a southward dip in the jet stream, the narrow band of fast-moving air that steers weather systems. If there is a substantial source of moisture, the storms can produce heavy rain or snow.

In late January, a strong Arctic air mass from the north was creating the temperature contrast with warmer air from the south. Multiple disturbances within the jet stream were acting together to create favorable conditions for precipitation, and the storm system was able to pull moisture from the very warm Gulf of Mexico.

A map of storm warnings on Jan. 24, 2026.
The National Weather Service issued severe storm warnings (pink) on Jan. 24, 2026, for a large swath of the U.S. that could see sleet and heavy snow over the following days, along with ice storm warnings (dark purple) in several states and extreme cold warnings (dark blue).
National Weather Service

Where does the polar vortex come in?

The fastest winds of the jet stream occur just below the top of the troposphere, which is the lowest level of the atmosphere and ends about seven miles above Earth’s surface. Weather systems are capped at the top of the troposphere, because the atmosphere above it becomes very stable.

The stratosphere is the next layer up, from about seven miles to about 30 miles. While the stratosphere extends high above weather systems, it can still interact with them through atmospheric waves that move up and down in the atmosphere. These waves are similar to the waves in the jet stream that cause it to dip southward, but they move vertically instead of horizontally.

A chart shows how temperatures in the lower layers of the atmosphere change between the troposphere and stratosphere. Miles are on the right, kilometers on the left.
NOAA

You’ve probably heard the term “polar vortex” used when an area of cold Arctic air moves far enough southward to influence the United States. That term describes air circulating around the pole, but it can refer to two different circulations, one in the troposphere and one in the stratosphere.

The Northern Hemisphere stratospheric polar vortex is a belt of fast-moving air circulating around the North Pole. It is like a second jet stream, high above the one you may be familiar with from weather graphics, and usually less wavy and closer to the pole.

Sometimes the stratospheric polar vortex can stretch southward over the United States. When that happens, it creates ideal conditions for the up-and-down movement of waves that connect the stratosphere with severe winter weather at the surface.

A stretched stratospheric polar vortex reflects upward waves back down, left, which affects the jet stream and surface weather, right.
Mathew Barlow and Judah Cohen, CC BY

The forecast for the January storm showed a close overlap between the southward stretch of the stratospheric polar vortex and the jet stream over the U.S., indicating perfect conditions for cold and snow.

The biggest swings in the jet stream are associated with the most energy. Under the right conditions, that energy can bounce off the polar vortex back down into the troposphere, exaggerating the north-south swings of the jet stream across North America and making severe winter weather more likely.

This is what was happening in late January 2026 in the central and eastern U.S.

If the climate is warming, why are we still getting severe winter storms?

Earth is unequivocally warming as human activities release greenhouse gas emissions that trap heat in the atmosphere, and snow amounts are decreasing overall. But that does not mean severe winter weather will never happen again.

Some research suggests that even in a warming environment, cold events, while occurring less frequently, may still remain relatively severe in some locations.

One factor may be increasing disruptions to the stratospheric polar vortex, which appear to be linked to the rapid warming of the Arctic with climate change.

Two globes, one showing a stable polar vortex and the other a disrupted version that brings brutal cold to the South.
The polar vortex is a strong band of winds in the stratosphere, normally ringing the North Pole. When it weakens, it can split. The polar jet stream can mirror this upheaval, becoming weaker or wavy. At the surface, cold air is pushed southward in some locations.
NOAA

Additionally, a warmer ocean leads to more evaporation, and because a warmer atmosphere can hold more moisture, that means more moisture is available for storms. The process of moisture condensing into rain or snow produces energy for storms as well. However, warming can also reduce the strength of storms by reducing temperature contrasts.

The opposing effects make it complicated to assess the potential change to average storm strength. However, intense events do not necessarily change in the same way as average events. On balance, it appears that the most intense winter storms may be becoming more intense.

A warmer environment also increases the likelihood that precipitation that would have fallen as snow in previous winters may now be more likely to fall as sleet and freezing rain.

There are still many questions

Scientists are constantly improving the ability to predict and respond to these severe weather events, but there are many questions still to answer.

Much of the data and research in the field relies on a foundation of work by federal employees, including government labs like the National Center for Atmospheric Research, known as NCAR, which has been targeted by the Trump administration for funding cuts. These scientists help develop the crucial models, measuring instruments and data that scientists and forecasters everywhere depend on.

This article, originally published Jan. 24, 2026, has been updated with details from the weekend storm.

The Conversation

Mathew Barlow has received federal funding for research on extreme events and also conducts legal consulting related to climate change..

Judah Cohen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How the polar vortex and warm ocean intensified a major US winter storm – https://theconversation.com/how-the-polar-vortex-and-warm-ocean-intensified-a-major-us-winter-storm-274243

La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandra Gaviria, Professeure de sociologie, Université Le Havre Normandie

Le début des études supérieures n’est pas seulement un cap vers l’autonomie, cela peut être aussi une période de vulnérabilité, surtout lorsque les jeunes découvrent que les choix d’orientation faits en terminale ne correspondent pas à leurs attentes réelles. Se réorienter reste une épreuve, pour eux comme pour leurs familles. Explications.


Trois ans après leur première inscription en licence en 2020-2021, seuls 55 % des bacheliers sont encore en licence. Autrement dit, près d’un jeune sur deux connaît, à un moment de son cursus, une interruption, un réajustement de parcours ou une situation d’échec. Durant cette période, les sentiments éprouvés comme les solutions envisagées tendent à s’individualiser : chacun affronte seul ses doutes, ses inquiétudes et la recherche de voies possibles pour rebondir.

Au bout de quelques mois, les désillusions émergent, la solitude dans le logement ou dans l’établissement peut devenir pesante. Chaque année, en fin de premier semestre, « les décrocheurs », ces étudiants qui découvrent que la formation obtenue via Parcoursup ne correspond pas à leurs attentes ou qui ne se sentent pas bien dans leur vie étudiante, refont surface. Les notes, les partiels et les premiers bilans les obligent à se rendre à l’évidence.

Les établissements mettent en place de nouvelles initiatives pour essayer d’y remédier. Plusieurs travaux ont montré que ce phénomène ne peut être réduit à un simple échec scolaire, d’autres facteurs étant en jeu. En effet, il s’agit d’un phénomène souvent multicausal, où plusieurs éléments se conjuguent au cours de ces premiers mois d’études.

Des démarches de réorientation complexes

Pour une partie de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes commence alors la longue et souvent complexe démarche de réorientation. D’autres entrent dans une période d’attente indéterminée, sans véritable projet, dans l’espoir diffus de trouver leur voie, leur place ou simplement une direction. Cela s’accompagne du sentiment de « ne servir à rien », l’impression de ne pas avoir une place dans ce monde. Marie, 20 ans, explique son ressenti après trois mois passés à Sciences Po :

« J’ai eu tout le temps de me rendre compte que les cours ne m’intéressaient pas autant que ce que je pensais et, en plus, qu’il n’y avait pas la vie étudiante ou les associations à côté pour compenser. En janvier, j’ai décidé d’arrêter les cours à Sciences Po et, à ce moment-là, ce n’était pas très marrant. C’était, je pense, un début de dépression, où j’avais l’impression que rien n’avait de sens, ni les études ni la société. »

Pour certains jeunes, ces doutes s’ajoutent à des contextes personnels déjà fragiles, marqués par des problèmes familiaux, des difficultés matérielles, des histoires personnelles difficiles ou un mal-être antérieur qui empêche d’avancer dans les études. C’est aussi le moment où des fragilités du passé peuvent refaire surface. Carine, inscrite en sciences du langage, aujourd’hui infirmière, l’explique :

« Alors, moi, j’avais demandé les écoles d’infirmière dès la fin du bac, sauf que j’étais sur liste d’attente, et je ne me voyais pas faire autre chose que ça… J’avais une inscription à l’université, sauf que moi, je suis dyslexique et dysorthographique, du coup, je savais que j’allais décrocher tout de suite… Enfin, après, ça dépend des endroits, mais je savais qu’il y aurait eu trop de monde et que ça n’allait pas le faire au niveau de mon apprentissage. »

Le difficile repérage des jeunes en difficulté

Si le phénomène du décrochage est visible et comptabilisé statistiquement, les solutions restent encore limitées pour ces jeunes qui sortent du cadre des études après seulement quelques mois. Lorsqu’ils abandonnent leurs études supérieures, les parcours deviennent difficilement lisibles. Certains s’engagent dans un service civique, d’autres se retrouvent dans la catégorie des « NEET » (« not in employment education or training », « ni en emploi, ni en formation, ni en études »).

Cette répartition entre différentes catégories statistiques ne permet pas un réel suivi des trajectoires. Le repérage de ces jeunes reste difficile, en particulier lorsqu’ils ne sollicitent aucun dispositif d’accompagnement public. Certains peuvent se réorienter, mais devront « rattraper » le travail du premier semestre au second semestre. Les dispositifs sont souvent complexes à mobiliser, peu visibles, ou trop tardifs pour répondre à cette période de vide existentiel et de sentiment d’échec.




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À l’incertitude vécue par les étudiants s’en ajoute une autre, plus silencieuse, qui touche leurs parents. Après une année de terminale éprouvante, marquée par la pression du bac – où leurs enfants avaient eu le sentiment de « jouer leur vie » à chaque épreuve, les choix imposés par Parcoursup et la crainte de l’échec, ils se retrouvent face à leurs enfants en souffrance, qui doutent de leur vie et d’eux-mêmes.

Commence un temps où chacun tente de savoir s’il faut encourager la poursuite des études, accompagner un changement de filière ou financer (pour ceux qui le peuvent) une année dans l’attente d’un nouveau projet.

Des différences de ressources sociales

Les enquêtes soulignent la diversité des trajectoires de ces jeunes et mettent en évidence le rôle du milieu social dans la probabilité de décrocher ou, au contraire, de poursuivre des études supérieures. Les ressources familiales, les histoires personnelles et la capacité à se projeter dans l’avenir façonnent des parcours profondément différents.

Il y a une individualisation dans la recherche des solutions. Pour ceux qui sont dotés de ressources économiques et culturelles suffisantes, des alternatives sont envisagées : une prépa privée, une école hors Parcoursup. Trouver la bonne option devient un parcours assez solitaire, où les ressources relationnelles et économiques sont mobilisées pour commencer la chasse aux informations. Ainsi, ces jeunes accompagnés par leurs familles concoctent des recettes variées où interviennent de multiples professionnels, tels que psys, coachs en orientation…

Pour les autres, issus de milieux moins bien dotés, la situation est plus difficile. Les jeunes risquent de se retrouver sans solution claire, oscillant entre petits boulots précaires (le temps de trouver ce qu’ils veulent faire), longues périodes d’attente et, pour une minorité, l’accompagnement des structures du service public.

Un manque de lisibilité des dispositifs

Nous observons la difficulté de tous les parents face à l’impossibilité pour leurs enfants de réaliser leurs projets. Certains n’ont pas les compétences ni les moyens pour les accompagner, d’autres pas d’idées ou de connaissance des dispositifs. Les jeunes, de leur côté, ont aussi des souffrances communes telles que se sentir « en dehors du tapis roulant », à l’arrêt dans la course collective et étant en « retard » par rapport aux autres.

L’analyse de l’abandon après ces premiers mois dans l’enseignement supérieur met en lumière le manque de lisibilité des dispositifs d’accompagnement des jeunes qui n’ont pas trouvé leur voie ou n’ont pas pu accéder à leurs vœux. Pour une partie d’entre eux, cette période restera celle d’un simple ajustement. Pour d’autres, elle marque la première rupture d’un parcours plus long et irrégulier. Cette période entraîne, parfois, une accentuation de leurs dépendances – alcool, drogues, jeux vidéo – et de l’incertitude sur le long terme.

Le début des études supérieures n’est pas seulement le début de l’autonomie, mais aussi un temps de vulnérabilité sous-estimé. Le sentiment d’échec face aux études cristallise l’ensemble des insécurités des jeunes et les plonge dans l’impression d’être seuls face au monde. Ils ont le sentiment que les autres avancent tandis qu’eux restent à l’arrêt, sans possibilité de se projeter, uniquement traversés par des questions : qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je peux faire ? Comment puis-je réussir ?

The Conversation

Sandra Gaviria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec – https://theconversation.com/la-solitude-des-etudiants-decrocheurs-quelques-mois-de-formation-et-deja-face-a-lechec-271871

Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience

Source: The Conversation – France (in French) – By Hugues Poissonnier, Professeur d’économie et de management, Directeur de la Recherche de l’IRIMA, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-Etre au travail et Paix Economique, Grenoble École de Management (GEM)

Les pratiques en matière de responsabilité sociétale des entreprises françaises progressent. En particulier, les efforts en direction des fournisseurs. Les plus critiques trouveront qu’au regard de l’urgence des objectifs, cela va trop lentement. Les plus optimistes noteront que les choses bougent dans le bon sens.


Publiée en octobre 2025, la sixième édition de l’étude réalisée par le médiateur des entreprises et la plateforme de notation Ecovadis, intégrant en plus de la photographie habituelle une analyse dynamique fondée sur cinq années de données (2020-2024), témoigne pour l’essentiel de la poursuite des tendances observées à l’occasion des éditions précédentes (tous les deux ans depuis 2015).

Concernant la France, l’échantillon utilisé pour l’étude était constitué de toutes les entreprises françaises de 25 salariés et plus, évaluées par EcoVadis. Soit pour cette nouvelle édition : 9 372 entreprises françaises étudiées sur cinq ans, dont 5 576 avec une évaluation RSE en 2024. Au-delà de la taille de l’échantillon, constituant l’un des principaux atouts de l’étude, la méthodologie, validée depuis une dizaine d’années, repose sur des analyses statistiques poussées permettant de faire émerger des enseignements clairs et précis sur plusieurs dimensions (nationalités et tailles d’entreprises, axes principaux de la RSE…).

De réels progrès

Un certain nombre de progrès sont ainsi clairement identifiés sur chacune des grandes dimensions appréhendées par l’étude, tant au niveau international que dans le cas précis des entreprises françaises : environnement, social et droits humains, éthique, et achats responsables. Des disparités sont bien sûr observées entre pays et grands ensembles (OCDE, BICS…).

Si les fameux « Nordics » (Finlande, Suède, Norvège, Danemark et Islande), dont les performances remarquables avaient justifié la création d’une catégorie particulière lors de la précédente étude, sont toujours bien classés et assez largement en avance par rapport aux autres pays (avec un score moyen de 60,2 à comparer à ceux de l’Union européenne, de l’OCDE et des BICS (groupe Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), respectivement de 57,8, 55,8 et 46,1), les grandes économies que sont la Chine et les États-Unis obtiennent, à travers leurs entreprises, des performances demeurant modestes, avec des scores respectivement de 45,2 et 50,1.




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Le score des entreprises françaises apparaît, à la lumière des résultats présentés ci-dessus, une nouvelle fois particulièrement remarquable, s’établissant à 60,4, en hausse de 2,8 points par rapport à 2022. Avec ce score, la France se hisse à la troisième place du classement par pays, derrière la Finlande et la Suède, mais devant la Norvège.

Des progrès plus ou moins marqués selon les grandes dimensions de la RSE

Bien sûr, le rythme des progrès réalisés n’est pas le même sur chaque dimension. Un focus sur les performances des entreprises françaises permet notamment de mesurer une progression de 3,7 points depuis 2022 sur la dimension « environnement » (pour un score de 62,0), permettant à la France de prendre la quatrième place du classement sur cette dimension. Avec son score de 63,5 (et une progression de 2,9 points) sur la dimension « social et droits humains », la France conserve, grâce aux politiques et pratiques mises en œuvre par ses entreprises, la deuxième place sur cet axe. Avec un score de 50,8 et une progression de 2,7 points par rapport à 2022, nos entreprises offrent à la France la troisième place du classement sur l’axe « achats responsables ». Enfin, l’« éthique » reste le domaine sur lequel le classement est le moins favorable à la France avec une sixième place obtenue grâce à une note de 54,6 (et une progression de 0,9 point).

Au-delà de ces classements globaux, les performances enregistrées par tailles d’entreprises fournissent d’intéressants constats. Les PME et ETI françaises (25-999 salariés) « surperforment » par rapport aux grandes entreprises, mais aussi par rapport aux progressions de leurs pairs dans d’autres pays (avec une première place atteinte à la fois sur l’axe social et des droits humains et sur l’axe des achats responsables). Ceci témoigne de la diffusion d’une culture RSE dans toute l’économie et non dans les seules grandes entreprises ayant sans doute davantage de moyens à y consacrer.

Les PME premières pour les achats responsables

Sur le score thématique brut, les performances mesurées en matière d’achats responsables des entreprises françaises demeurent en retrait par rapport aux autres dimensions évaluées (avec un score global de 50,8 en progrès de 2,7 points depuis 2022 sur cet axe). Les progrès sont ici massivement le fait des grandes entreprises (gain de 7,3 points pour un score de 58,3), même si les PME et ETI, avec des scores moindres, obtiennent la première place mondiale sur cette catégorie de taille. Ces chiffres témoignent du rôle des achats en tant que « nouvelle frontière », au sens américain du terme, comme nous l’évoquions en janvier 2022 sur le Cercle les Échos.

La véritable montée en maturité en matière de RSE passe désormais principalement par cet axe essentiel consistant à étendre les bonnes pratiques à toute la chaîne de fournisseurs. Il est particulièrement intéressant de noter l’engagement des entreprises françaises en matière de réalisation et de mobilisation d’une cartographie des risques RSE liés aux achats (l’une des dix actions considérées comme essentielles pour un programme d’achats responsables performant). Ainsi, 54 % des grandes entreprises françaises disposaient en 2024 d’une cartographie des risques, contre seulement 47 % des entreprises de même taille dans l’UE, 38 % dans l’OCDE et 20 % chez les BICS.

Ceci témoigne clairement d’une vision très « défensive », alimentée par la volonté de se prémunir, plus qu’ailleurs, des risques en tout genre (géopolitiques, économiques, financiers…) auxquels nos entreprises sont désormais exposées.

Dynamique de progrès

Bien qu’il soit toujours possible de regretter une trop grande lenteur face à l’importance des enjeux, la dynamique de progrès, observée depuis la première étude de 2015, demeure réelle.

Si, sur la période considérée, les valeurs des dirigeants ont peu évolué, le renforcement des contraintes légales (devoir de vigilance, CSRD, CS3D…) a incontestablement joué un rôle très important dans les progrès accomplis par les entreprises françaises sur les quatre grandes dimensions, et, en particulier sur l’axe achats responsables.

Au-delà, ce sont sans doute les intérêts économiques bien compris qui ont le plus contribué aux progrès. De plus en plus, les dirigeants et décideurs sont conscients de la pertinence économique et financière de la RSE et des achats responsables. Il n’existe, en effet, bien souvent pas d’investissement aussi rentable, à long comme à plus court terme, que ceux qui consistent à mieux se comporter, de façon générale, vis-à-vis des parties prenantes au sens large. Ceci est particulièrement vrai en période de crise, et a fortiori face aux difficultés posées par la polycrise et, a fortiori, par la permacrise.

BPI, 2025.

La recherche de résilience requiert la possibilité de s’appuyer sur un écosystème économique robuste et des relations de qualité avec clients, fournisseurs et concurrents, des relations renforcées par les efforts accomplis en matière de RSE. Cet enseignement rejoint d’ailleurs les conclusions de la troisième édition du Baromètre achats responsables « RSE : la parole aux fournisseurs ! », récemment publiée par l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE), PwC et Bpifrance. Ce dernier met ainsi en lumière plusieurs constats clés, dont l’attente forte de collaboration des fournisseurs qui aspirent à faire évoluer la relation client-fournisseur vers un véritable partenariat durable.

Dans ce contexte, il est particulièrement intéressant de constater que les difficultés diverses rencontrées ces dernières années par nos entreprises, loin de décourager leurs efforts en matière de RSE, les incitent plutôt à persévérer. L’effet de mode est clairement dépassé et les motivations assumées, même si le chemin reste long et les progrès potentiels importants.

The Conversation

Hugues Poissonnier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience – https://theconversation.com/les-performances-rse-des-entreprises-francaises-nourries-par-la-recherche-de-resilience-272948

Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau

Source: The Conversation – France (in French) – By Régis Martineau, Phd. en Management, ICN Business School

Il existe plusieurs formes de violence dans les organisations. Nous distinguons les formes « chaudes » des « froides ». Volodymyr Tverdokhlib/Shutterstock

À quoi pensez-vous spontanément quand vous entendez parler de violences au travail ? La question mérite d’être posée, tant les manifestations de ce phénomène sont nombreuses et parfois invisibles. Pour lutter contre toutes les formes de violence, mieux vaut être armé pour les reconnaître. Tentative de classification de ces dernières.


Le retentissant procès France Telecom ou le non moins remarqué scandale Orpea nous ont rappelé que la souffrance au travail peut prendre des formes étonnamment violentes, et qu’elle peut frapper tout le monde (les salariés, les managers et jusqu’aux clients eux-mêmes, comme dans le cas Orpea).

Plutôt que le nier ou le minimiser, il faut donc clarifier ce phénomène de violence au travail, pour peut-être savoir mieux l’éviter. Cette violence au travail, qui est souvent réduite au seul harcèlement moral, prend des formes très variées.

Il faut tout d’abord distinguer la violence chaude de la violence froide. La première est plus visible et manifeste, elle est celle qui frappe avec soudaineté et fracas – coups, insultes, rejets, etc. La seconde, plus insidieuse, est celle qui blesse progressivement sans que l’on s’en rende vraiment compte.




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Violences physiques

La première forme de violence, sans doute la plus ancienne, est la violence physique. Dans nos organisations modernes occidentales, elle a certes quasiment disparu, mais elle existe toujours dans certaines usines qui fournissent des multinationales, à l’instar de celles révélées par le scandale Foxconn au Bangladesh ou des logistiques transnationales qui pratiquent l’esclavage moderne. Pour autant, on aurait tort de croire que la violence physique s’arrête aux portes de l’Occident.

Le scandale Orpea a révélé que le système de réduction drastique des coûts aboutissait assez directement à des maltraitances physiques sur les résidents : sanglage sur les lits, soins insuffisants, dénutrition, etc. On note aussi que, parfois, l’usage de la force existe encore dans certaines « institutions totales », comme les prisons ou les camps de réfugiés.

Quand la quête de performance vire au harcèlement

Mais la violence chaude prend le plus souvent une forme plus psychologique, avec le harcèlement moral. Sous sa forme chaude, le harcèlement moral prend la forme d’humiliations, d’agressions verbales, de vexations, ou encore d’intimidations. Cette forme est de plus en plus condamnée par la loi (articles L1152-1 à L1152-6 du Code du travail).

Il faut cependant noter qu’elle est, malgré tout, parfois encore considérée comme « productive » et motivante dans certaines cultures organisationnelles en quête d’excellence (conservatoires de musique élitistes, comme le montre le film Whiplash), dans la haute cuisine, ou encore dans le mannequinat.

Enfin, on peut aussi voir se déployer, dans certaines situations de crise ou d’urgence, ce que l’on peut appeler une violence symbolique chaude. Elle arrive, par exemple, lors de restructurations et de changements imposés de manière descendante et brutale. Ces moments de crise sont vécus de manière particulièrement violente par des individus qui se voient dépossédés soudainement de leur identité métier, de leur culture, de leurs liens sociaux, de leurs routines, et de leur espace de travail. Ce fut le cas à France Telecom, dont les membres durent subir des changements rapides (plan Next, plan Time to Move) et des licenciements massifs (objectif de départ de 22 000 personnes) pour sauver l’entreprise d’un péril financier.

Ces formes chaudes frappent avec soudaineté et sont visibles et manifestes, et donc sans doute plus facilement condamnables par la loi. Mais il n’est pas certain qu’elles causent davantage de souffrances que les formes froides de violences, plus insidieuses et invisibles.

Les formes froides de violence au travail

On ne pense pas toujours, tout d’abord, à la violence physique froide, qui pourtant affecte directement les corps. Ici, je fais référence aux dommages corporels causés par la manière dont le travail est organisé – pénibilité, accidents du travail, cadences excessives, etc. Bien sûr, on pense au taylorisme, système dont l’essence même est d’asservir les corps aux cadences de la machine.

Là encore, on aurait tort de penser que celle-ci n’existe plus que dans les Temps modernes, révolus, de Charlie Chaplin. Il y a toujours des métiers par nature pénibles – éboueurs, aides à domicile, etc. –, et il existe toujours des cadences élevées dans certaines activités. Par exemple, des cas de chauffeurs-livreurs managés par des applications incités à enfreindre la prudence sur la route ont été révélés.

Harcèlement insidieux

Le harcèlement moral prend aussi une forme froide. C’est une violence psychologique, plus insidieuse, dont les victimes n’ont pas toujours conscience. Cela regroupe un ensemble de « techniques » variées, mais qui se ressemblent finalement assez : la placardisation, la mise en bulle, l’emprise, en passant par la stigmatisation de certaines catégories de personnes (les « boulets », les « bois morts » ou dead woods en anglais…).

Indirectement, il y a aussi le déni de violence, qui consiste à nier ou à minimiser la violence ressentie par un salarié (cas des caissières, des infirmières ou des agents d’accueil insuffisamment soutenus face à des clients violents).

France TV, 2025.

La violence de l’euphémisme

Enfin, la violence symbolique froide est la plus invisible et insidieuse. Elle est causée par une forme de rhétorique managériale qui tend à euphémiser ou à nier la réalité organisationnelle, souvent conflictuelle. Elle adopte un langage managérial qui se présente comme la seule alternative possible face à la concurrence et aux marchés.

Il y a aussi, dans un autre registre, les outils de gestion, qui, sous couvert de neutralité et de rationalité, masquent des idéologies et des cadres coercitifs, auxquels les individus sont sommés de se conformer. Par exemple, un entretien d’évaluation professionnel où des indicateurs dans un tableau de bord vont mettre l’accent sur certains aspects du métier ou de l’activité qui ne correspondent pas forcément à ce que le salarié estime comme important. Il lui faudra pourtant se plier à ce cadre remettant parfois en cause radicalement ses valeurs ou son identité professionnelle.

Organisation pathologique et leadership toxique

Ce panorama (non exhaustif) des violences au travail invite à nous interroger sur les organisations pathologiques et les styles de leadership toxiques qui favorisent leur émergence. Cela invite aussi à anticiper les nouvelles formes de violences numériques au travail, et l’on peut déjà entrevoir un lien entre souffrance et intelligence artificielle (surveillance intrusive, stigmatisations automatisées, etc.).

Cependant, en reconnaissant ces formes de violences, il ne s’agit pas de rendre responsables les managers, qui en sont souvent les premières victimes. Le management peut tout autant être empathique, bienveillant et source de bien-être. Au contraire, il s’agit plutôt d’encourager les managers à mieux identifier la violence au travail pour mieux l’empêcher.

The Conversation

Régis Martineau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau – https://theconversation.com/violences-au-travail-de-multiples-formes-pour-un-meme-fleau-265103

Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi

Source: The Conversation – France (in French) – By Etienne Redor, Responsable du département finance, Audencia

Le censeur n’est pas soumis aux contraintes règlementaires de limite d’âge, de quota de genre ou du nombre de ses membres. EverettCollection/Shutterstock

Au sein des entreprises françaises, un censeur est un membre du conseil d’administration sans droit de vote ni responsabilité légale, mais qui participe aux débats. Pourquoi sa multiplication ces dernières années ? Quelles stratégies des entreprises derrière cette nouvelle tendance ?


L’imaginaire collectif tend à voir le conseil d’administration (CA) d’une entreprise comme un groupe d’administrateurs qui votent, conseillent le directeur général et assument une lourde responsabilité juridique. En réalité, dans 25 % des grandes sociétés cotées françaises, une personne supplémentaire siège à la table, qui ressemble à un administrateur et s’exprime comme tel, mais qui n’en est pas officiellement un : le censeur.

Les censeurs assistent aux conseils d’administration, accèdent aux mêmes informations que les administrateurs et peuvent influencer les décisions en coulisses. Leur rôle est à la fois informationnel et lié au contrôle. Ils peuvent fournir de l’information et des conseils lors des réunions du conseil d’administration, mais également transmettre de l’information aux parties prenantes qu’ils représentent.

Pourtant, ils n’ont ni droit de vote ni responsabilité légale et échappent aux règles de gouvernance, comme la limite d’âge ou le genres. Résultat : les entreprises recrutent ou gardent les profils qu’elles veulent, tout en respectant les règles existantes.

Pourquoi les grandes entreprises françaises cotées ont-elles de plus en plus recours à cette pratique ? Sur quels aspects cette « innovation » est-elle problématique ou au contraire bénéfique ?

Notre étude, la première du genre, s’appuie sur des milliers de rapports annuels d’entreprises appartenant au SBF120 (2010–2022) et tente d’apporter un éclairage nouveau au rôle de censeur.

Un « dispositif » populaire

En 2010, 17 % des grandes entreprises françaises avaient un censeur au sein de leur conseil d’administration ; en 2022, elles étaient 22 % et 25 % en 2024.

Les censeurs ont la possibilité d’assister à toutes les réunions, de recevoir les mêmes informations que les administrateurs, de poser des questions, de contester la direction, et ils exercent souvent une influence majeure en coulisses.

La différence avec les autres administrateurs ? Ils n’ont ni droit de vote, ni obligation fiduciaire, ni responsabilité juridique personnelle en cas de problème. Plus important encore, ils sont ignorés par toutes les règles de gouvernance, y compris le Code Afep-Medef de gouvernance d’entreprise et le Code de commerce français.

Ils ne sont pas pris en compte dans le calcul de la taille maximale du conseil d’administration, du ratio d’indépendance ou du quota obligatoire de 40 % de femmes ni dans la limite d’âge qui s’applique à eux. En bref, les entreprises peuvent conserver les membres qu’elles souhaitent au sein du conseil d’administration, tandis que le conseil officiel semble parfaitement conforme sur le papier.

Trois raisons du recours aux censeurs

Nous avons cherché à répondre à la question suivante : pourquoi les censeurs sont-ils devenus si populaires dans les entreprises françaises cotées en bourse ? Notre étude est la première à traiter cette question à grande échelle en recueillant des données sur cette pratique et en expliquant pourquoi elle s’est autant répandue.

Un nombre limité d’administrateurs potentiels

Recruter les meilleurs profils reste difficile pour certaines entreprises. Les petites entreprises cotées en bourse ou celles qui sont récentes ont du mal à convaincre des cadres supérieurs d’accepter un poste d’administrateur à part entière. Pourquoi ? Parce que cela demande un investissement en temps considérable et comporte un risque personnel réel.

Ces mêmes cadres acceptent souvent volontiers un poste de censeur ; ils ont la même influence, mais cela comporte beaucoup moins d’inconvénients. Les données montrent clairement que les entreprises plus petites, plus récentes et moins bien connectées sont nettement plus susceptibles d’avoir des censeurs au sein de leur conseil d’administration.

Aucune restriction légale

Le rôle de censeur au sein du conseil d’administration est un excellent outil pour gérer les contraintes réglementaires. La France impose des limites strictes ; les conseils d’administration ne peuvent compter plus de 18 membres ; pas plus d’un tiers des administrateurs ne peuvent être âgés de plus de 70 ans ; les administrateurs perdent leur statut « indépendant » après douze ans d’exercice et au moins 40 % d’entre eux doivent être des femmes.

Lorsqu’un administrateur apprécié atteint la limite d’âge, perd son « indépendance », ou que le conseil d’administration a déjà atteint la limite de taille, ou encore que l’entreprise a besoin d’un homme supplémentaire sans enfreindre le quota de genre, la solution la plus simple est de faire de cette personne (ou d’un nouveau membre) un censeur.

Rampe de lancement pour de futurs administrateurs

Le poste de censeur est un mécanisme idéal pour « essayer avant de nommer définitivement ». Les conseils d’administration français sont en grande majorité échelonnés, de sorte que chaque administrateur est engagé pour une durée de trois à six ans. Choisir la mauvaise personne coûte cher et peut être pénalisant.

Le fait d’accueillir d’abord quelqu’un en tant que censeur permet au conseil d’administration d’observer comment le candidat se prépare, comment il réfléchit sous pression et comment il interagit avec la direction. Le candidat acquiert une véritable expérience du conseil d’administration sans en assumer la responsabilité.

Environ 25 % des censeurs sont ensuite promus au poste d’administrateur à part entière, et ceux qui le sont, sont généralement plus jeunes et moins expérimentés, ce qui correspond exactement au profil que l’on attendrait pour une période d’essai.

Encadrer cette pratique

Notre étude souligne que le recours aux censeurs peut être considéré sous deux angles différents.

Ce rôle va clairement à l’encontre de l’esprit des quotas de genre, des règles d’indépendance et des limites d’âge, raison pour laquelle les régulateurs français et les sociétés de conseil en vote par procuration, tels que les entreprises ISS et Glass-Lewis, font pression pour le restreindre ou le supprimer. Ces acteurs défendent les intérêts des actionnaires et les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. Si une entreprise propose un mécanisme allant à l’encontre de la bonne gouvernance, ils s’y opposent.

D’un autre côté, la suppression totale du rôle de censeur nuirait à la capacité des petites entreprises d’attirer des talents et rendrait plus difficile la succession harmonieuse des administrateurs.

Nous recommandons une réforme équilibrée :

  • compter les censeurs dans le calcul des quotas afin de mettre fin aux abus les plus évidents ;

  • exiger un vote des actionnaires pour leur nomination ;

  • ajouter des limites de mandat ;

  • renforcer la transparence ;

  • et maintenir l’absence de responsabilité afin que le poste reste attractif pour les personnes hautement qualifiées.

Car le censeur est l’une des innovations les plus créatives et les plus efficaces en matière de gouvernance de ces deux dernières décennies. Elle souligne que lorsque les régulateurs multiplient les règles, les entreprises sophistiquées trouvent toujours le moyen de conserver les personnes dont elles ont besoin au sein de leur conseil d’administration. Le censeur au conseil d’administration est la réponse polie mais ferme du monde des affaires à une forme de sur-réglementation.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi – https://theconversation.com/comment-les-censeurs-des-conseils-dadministration-sont-un-moyen-de-contourner-la-loi-272520

Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols

Source: The Conversation – France in French (3) – By Monica Riviere, Associate Professor of Management, INSEEC Grande École

Les Français et les Françaises affichent une plus grande prudence vis-à-vis des promesses faites par les entreprises, et expriment une attente forte à l’égard de la capacité de ces dernières à transformer leurs engagements en impact réel. Kues/Shutterstock

Società Benefit en Italie, Sociedad de Beneficio e Interés Común en Espagne, société à mission en France, cette qualité juridique séduit de plus en plus de pays en Europe. Contrairement à leurs voisins transalpins et ibériques, confiants dans ces entreprises durables, les Français et Françaises restent méfiants. Pourquoi ? Réponses en graphiques.


Depuis la loi Pacte en 2019, la France promeut activement les sociétés à mission, ces entreprises qui s’engagent à poursuivre un ou plusieurs objectifs sociaux ou environnementaux dans le cadre de l’exercice de leurs activités.

Lorsqu’on interroge les actifs français, la confiance dans la capacité réelle des sociétés à mission de produire un impact sociétal reste plus fragile qu’en Italie ou en Espagne. Ces trois pays de l’Union européenne ont adopté un cadre juridique spécifique pour les entreprises à finalité sociétale. Par exemple, l’Italie compte 5 161 entreprises au 30 juin 2025, la France 2 300 entreprises aujourd’hui.

En France, le concept même de raison d’être (purpose, en anglais) a parfois été critiqué pour être détourné en outil de communication plutôt qu’en engagement réel. Notre étude quantitative, menée auprès de plus de 1 200 actifs en France, en Italie et en Espagne, met en évidence des différences de manière dont ces entreprises sont perçues dans ces trois pays européens.

Scepticisme français

Ces pays présentent des démarches institutionnelles comparables en faveur des entreprises engagées, mais se distinguent par le rythme et l’ampleur de l’adoption de ces statuts. Le graphique ci-dessous s’appuie sur les données recueillies par questionnaire dans les trois pays.

Il met en évidence un contraste clair. Si la sensibilité environnementale est comparable, la confiance dans l’impact réel des entreprises à mission est plus faible en France.

L’Italie, qui a introduit la qualité juridique de Società Benefit dès 2015, affiche les niveaux de confiance les plus élevés tandis que l’Espagne, où le statut de Sociedad de Beneficio e Interés Común a été introduit en 2022, occupe une position intermédiaire.

Ce résultat suggère que le scepticisme français ne traduit pas un moindre attachement aux enjeux sociaux ou environnementaux. Il renvoie davantage à une évaluation plus prudente des promesses affichées par les entreprises, et à une attente plus forte quant à leur capacité à transformer leurs engagements en impact réel.

« D’accord, il y a une raison d’être, mais certaines activités associées au luxe ou à des usages fortement carbonés peuvent-elles être perçues comme compatibles avec une image exemplaire ? », témoigne une personne interrogée.

Ni rejet ni naïveté

L’exigence des Français ne se limite pas aux jugements abstraits sur l’impact des entreprises : elle se manifeste concrètement dans leur attractivité comme employeurs. Le graphique ci-dessous met en évidence des différences marquées, la France se distinguant par une attractivité plus faible des entreprises à mission.

Par contraste, certaines études menées en Italie suggèrent que l’engagement social et environnemental des entreprises joue un rôle plus direct dans l’attractivité perçue.

Rôle clé des expériences passées de RSE

Cette spécificité française s’éclaire lorsque l’on intègre dans l’analyse le rôle des expériences passées de RSE dans l’attractivité des entreprises à mission.

Lorsque les individus ont été confrontés à des démarches de RSE jugées crédibles et cohérentes avec les pratiques réelles de l’entreprise, leur confiance envers les entreprises à mission augmente nettement. À l’inverse, des expériences perçues comme opportunistes ou principalement déclaratives alimentent une défiance durable.

Cette exigence accrue s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs décennies de discours sur la RSE au cours desquelles les salariés ont développé une capacité critique plus affirmée face aux engagements affichés.

Quelles implications pour les acteurs économiques et politiques ?

Pour les entreprises à mission, ces résultats rappellent que le cadre juridique constitue un point de départ, non une garantie de crédibilité.

En France, la confiance se construit dans la durée, par la concordance entre discours et actions. En ce sens, la qualité juridique d’entreprise à mission ne doit pas être adoptée à titre expérimental. Lorsqu’elle est adoptée sans la capacité réelle d’en assumer les exigences, elle devient contre-productive non seulement pour l’entreprise elle-même, mais aussi en affaiblissant l’attractivité des entreprises à mission et en sapant la crédibilité du dispositif dans son ensemble.

Pour les pouvoirs publics, ces résultats soulignent l’importance des dispositifs de vérification des entreprises à mission, en particulier le rôle des organismes tiers indépendants (OTI), qui encadrent strictement les engagements tout en formulant des attentes particulièrement élevées.

En Italie, la logique est différente. La crédibilité des engagements repose sur un contrôle institutionnel, assuré par l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato (AGCM) qui veille à la conformité des déclarations des entreprises, en sanctionnant des pratiques jugées trompeuses.

Ces configurations différentes suggèrent que la confiance ne dépend pas seulement de l’existence de mécanismes de vérification, mais aussi de leur lisibilité et de la manière dont ils sont perçus. Mieux rendre visibles et compréhensibles ces dispositifs – qu’ils soient fondés sur la vérification indépendante ou sur le contrôle institutionnel – pourrait renforcer la crédibilité des engagements et encourager l’ensemble des entreprises à ancrer leurs actions dans des pratiques concrètes et durables.

The Conversation

Monica Riviere ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols – https://theconversation.com/les-francais-prudents-envers-les-entreprises-a-mission-contrairement-aux-italiens-et-aux-espagnols-272916

¿Quién manda en alta mar? El tratado que cambia las reglas del juego en el océano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Oleksandr Matsibura/Shutterstock

El 17 de enero entró en vigor un acuerdo internacional que afecta a más de la mitad del planeta: el Tratado de Alta Mar, conocido también como el Acuerdo sobre la Biodiversidad más allá de la Jurisdicción Nacional. El manuscrito intenta regular quién puede pescar, los trayectos de los grandes buques, el tipo de proyectos que se pueden hacer en el océano profundo y quién se beneficia de los recursos marinos del futuro.

Territorio de nadie y de todos

La alta mar empieza más allá de las 200 millas náuticas de cada país, es decir, a 370,4 kilómetros de la costa. Ocupa alrededor del 64 % de la superficie oceánica, lo que la convierte en la mayor “zona sin dueño” de la Tierra. Cada año la cruzan decenas de miles de buques mercantes y militares. Solo la ruta Asia–Europa mueve millones de contenedores atravesando durante semanas aguas que no pertenecen a ningún Estado. Y buena parte de la pesca industrial a gran escala se hace también allí, lejos de cualquier costa y con un control muy limitado.

Durante décadas, la tecnología aplicada al mar ha corrido más rápido que las normas. Los barcos son hoy auténticas fábricas flotantes. Los arrastreros congelan y procesan el pescado a bordo. Algunos buques portacontenedores miden más de 400 metros y transportan más de 20 000 contenedores en un solo viaje. Y los científicos trabajan con robots a seis mil metros de profundidad. Pero las reglas para proteger esos espacios seguían siendo débiles y fragmentarias.

El Tratado de Alta Mar nace para cambiar eso. No crea un gobierno mundial del océano, pero sí un marco común para conservar y usar de forma sostenible los ecosistemas marinos fuera de las aguas nacionales. La medida más visible es la posibilidad de crear áreas marinas protegidas en alta mar. Hasta ahora, más del 90 % de las áreas protegidas estaban dentro de aguas nacionales y cada país protegía la suya propia. En alta mar apenas había ejemplos, porque nadie tenía autoridad clara para decidir.




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Nuevas reglas de juego

Con el nuevo tratado, los países pueden proponer zonas basándose en criterios científicos. Si se aprueban, se fijarán normas de uso, lo que puede afectar a rutas marítimas, a la pesca o a actividades industriales. El objetivo político es proteger el 30 % del océano antes de 2030. Hoy, menos del 8 % del océano está protegido de alguna forma, y solo una pequeña parte de esa protección es realmente estricta.

Pongamos un ejemplo con una ruta típica entre Shanghái y Rotterdam, caracterizada por una travesía de más de 10 000 millas náuticas (18 520 kilómetros), la mayor parte de ella en alta mar. Si un tramo de ese trayecto atraviesa en el futuro una zona protegida sensible, la naviera podría tener que modificar ligeramente la ruta, reducir velocidad o demostrar que su paso no daña un ecosistema concreto. No es un cambio dramático, pero sí una nueva variable en la planificación, junto al combustible, el tiempo y los costes.

Como novedad, el tratado introduce la evaluación de impacto ambiental en alta mar. Hasta ahora, un proyecto podía ejecutarse en aguas internacionales con requisitos ambientales muy desiguales. Pero con el nuevo marco, cualquier actividad que pueda tener efectos significativos deberá estudiarse antes.

Un buen ejemplo de lo que supone este nuevo requisito se evidencia con los tendidos de los cables submarinos. Hoy existen más de 500 cables que cruzan los océanos y transportan más del 95 % del tráfico mundial de datos. Muchos pasan por zonas profundas poco estudiadas. Con el tratado, antes de colocar un nuevo cable habrá que analizar su impacto sobre fondos marinos, especies sensibles o áreas ecológicas relevantes y justificar las decisiones técnicas.

Lo mismo ocurrirá con campañas pesqueras intensivas o con investigaciones que alteren físicamente el entorno. Ya no bastará con que algo sea posible. Habrá que demostrar que se han considerado alternativas y que los daños se reducen al mínimo.

Este aspecto es de gran relevancia porque está directamente relacionado con los recursos genéticos marinos, de lo que existe muy poco conocimiento.

En el océano existen bacterias de fuentes hidrotermales, algas o organismos de profundidad con propiedades únicas. Algunos compuestos ya se usan en medicamentos contra el cáncer o en cosméticos. Una sola molécula descubierta en el mar puede generar millones de euros.

Hasta ahora, quienes tenía capacidad tecnológica para encontrar esos organismos podía explotarlos casi sin restricciones. Pero el tratado introduce la idea de reparto de beneficios: si esos recursos generan valor comercial, parte de los beneficios deberá compartirse, especialmente con países que no tienen medios para explorar el océano por sí mismos. Eso no frena la investigación, pero sí obliga a documentar mejor el origen de los datos y las muestras.




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Un acuerdo histórico que nos afecta a todos

El tratado también apuesta por la transferencia de tecnología. Vigilar la alta mar no es barato: hacen faltan satélite, sensores, drones, buques patrulla y análisis masivo de datos. En la actualidad, pocos países concentran esa capacidad.

El fin del nuevo acuerdo es que, con cooperación y formación, más Estados puedan participar en la vigilancia y protección del océano, lo que tendrá un impacto directo sobre el transporte marítimo. El 90 % del comercio mundial se mueve por mar, por donde cada día navegan más de 50 000 buques mercantes. La alta mar es su gran autopista.

El tratado no quiere bloquearla, pero sí hacerla compatible con la protección ambiental. ¿Por qué? A medio plazo, algunas rutas podrían atravesar zonas protegidas con normas especiales, obligando a integrar criterios ambientales en la planificación de trayectos, en la velocidad, en el consumo y en las decisiones operativas. También aumentará la importancia de demostrar cumplimiento: no bastará con declarar que se cumplen las normas.




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¿Hay algo que quede exento de regulación con el tratado? Sí: la minería de los fondos marinos, que seguirá siendo competencia de la Autoridad Internacional de los Fondos Marinos (ISA). Sin embargo, las evaluaciones de impacto y las áreas protegidas pueden limitar dónde y cómo se podrán hacer esas explotaciones. El mensaje implícito es que ya no todo vale en cualquier parte del océano.

Tras su entrada en vigor, ahora se deben crear órganos de gobierno, comités científicos y sistemas de control. La eficacia dependerá de si se destinan recursos reales a vigilar y hacer cumplir las normas. Sin barcos, satélites y datos, las reglas no trascenderán del papel.

No obstante, con este acuerdo histórico, la alta mar deja de ser el “Lejano Oeste” del planeta. No pasa a tener dueño, pero sí reglas claras para asegurarnos de que el océano sigue existiendo tal y como lo conocemos. Aunque el asunto parece ajeno a nuestro día a día, afecta a lo que comemos, a lo que compramos y a cómo se mueve el mundo. Más de la mitad de la Tierra empieza a tener normas pensadas para durar, no para agotarse. Y eso, aunque ocurra lejos de la costa, nos toca mucho más de cerca de lo que creemos.

The Conversation

Paula Lamo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Quién manda en alta mar? El tratado que cambia las reglas del juego en el océano – https://theconversation.com/quien-manda-en-alta-mar-el-tratado-que-cambia-las-reglas-del-juego-en-el-oceano-273969