« Paresseux et complaisants » : des retraités suédois racontent comment la suppression de l’impôt sur la fortune a transformé leur pays

Source: The Conversation – in French – By Miranda Sheild Johansson, Senior Research Fellow in Social Anthropology, UCL

Quels sont les impacts de la suppression d’un impôt au-delà des personnes et des agents économiques concernés ? Les Suédois ont aboli l’impôt sur la fortune en 2007. Ce faisant, c’est toute la vision de la société partagée jusque-là qui pourrait avoir été ébranlée. Car la fiscalité n’est pas qu’une affaire économique. Elle a aussi un rôle social, voire individuel.


Pendant une grande partie du XXe siècle, la Suède jouissait à juste titre de la réputation d’être l’un des pays les plus égalitaires d’Europe. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, elle s’est transformée en ce que le journaliste et auteur Andreas Cervenka qualifie de « paradis pour les super-riches ».

Aujourd’hui, la Suède affiche l’un des ratios de milliardaires en dollars les plus élevés au monde et abrite de nombreuses start-up « licornes », valorisées à au moins un milliard de dollars américains (850 millions d’euros), dont la plateforme de paiement Klarna et le service de streaming audio Spotify

La suppression de l’impôt sur la fortune (förmögenhetsskatten) il y a vingt ans s’inscrit pleinement dans cette évolution, tout comme, la même année, l’instauration de généreuses déductions fiscales pour les travaux domestiques et la rénovation des logements. Vingt ans plus tard, le nombre de foyers suédois qui emploient du personnel de ménage est devenu l’un des signes révélateurs d’un pays de plus en plus fracturé socialement.

Dans le cadre de mes recherches anthropologiques sur les relations sociales que produisent les différents systèmes fiscaux, j’ai travaillé avec des retraités dans les banlieues sud de la capitale suédoise, Stockholm, afin de comprendre comment ils perçoivent la baisse du niveau de taxation au cours de leurs dernières années de vie.

Cette évolution s’est accompagnée d’un recul progressif de l’État-providence. Beaucoup des personnes que j’ai interrogées regrettent que la Suède n’ait plus de projet collectif visant à construire une société plus cohésive.

« Nous, les retraités, voyons la destruction de ce que nous avons bâti, de ce qui a commencé quand nous étions de très jeunes enfants », explique Kjerstin, 74 ans.

« Je suis née après la fin de la guerre et j’ai contribué à construire cette société tout au long de ma vie, avec mes concitoyens. Mais avec la baisse des impôts et le démantèlement de notre sécurité sociale… aujourd’hui, nous ne construisons plus rien ensemble. »

Le coefficient de Gini de la Suède, l’indicateur le plus couramment utilisé pour mesurer les inégalités, a atteint 0,3 ces dernières années (0 correspondant à une égalité totale et 1 à une inégalité totale), contre environ 0,2 dans les années 1980. L’Union européenne dans son ensemble se situe à 0,29. « Il y a désormais 42 milliardaires en Suède – c’est une hausse considérable », m’a confié Bengt, 70 ans.

« D’où viennent-ils ? Ce n’était pas un pays où l’on pouvait devenir aussi riche aussi facilement. »

Mais, comme d’autres retraités que j’ai rencontrés, Bengt reconnaît aussi la part de responsabilité de sa génération dans cette évolution.

« J’appartiens à une génération qui se souvient de la manière dont nous avons construit la Suède comme un État-providence, mais tellement de choses ont changé. Le problème, c’est que nous n’avons pas protesté. Nous n’avons pas réalisé que nous devenions ce pays de riches. »

À l’opposé de l’American Dream

L’impôt sur la fortune a été instauré en Suède en 1911. Son montant était alors calculé à partir d’une combinaison du patrimoine et des revenus. À la même période, les premières pierres de l’État-providence suédois étaient posées, notamment via l’introduction de la retraite publique en 1913.

Le terme utilisé pour désigner ce modèle, folkhemmet (« la maison du peuple »), renvoyait à l’idée d’un confort et d’une sécurité garantis à tous de manière égale. Il constituait, à bien des égards, l’exact opposé idéologique du rêve américain : non pas la recherche de l’exceptionnel, mais celle de niveaux de vie décents pour tous et de services universels.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’impôt sur la fortune – désormais dissocié de l’impôt sur le revenu – a de nouveau été relevé par étapes, jusqu’à atteindre dans les années 1980 un niveau historiquement élevé, avec un taux marginal de 4 % pour les patrimoines les plus importants, même si la charge fiscale réelle reste difficile à établir en raison de règles d’exonération complexes. Malgré cela, les recettes totales générées par cet impôt sont restées relativement modestes. Rapportées au PIB annuel de la Suède, elles n’ont jamais dépassé 0,4 % sur l’ensemble de la période d’après-guerre.

À la fin des années 1980, les vents politiques commencent toutefois à tourner en Suède, dans le sillage d’un mouvement plus large de privatisation des services publics et de dérégulation des marchés financiers observé dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni sous Margaret Thatcher, ainsi qu’aux États-Unis.

L’un des reproches récurrents adressés à l’impôt sur la fortune en Suède était alors son caractère régressif : il taxait surtout le patrimoine des classes moyennes, principalement constitué de logements et d’actifs financiers, tout en épargnant les plus grandes fortunes, notamment celles détenues par des propriétaires de grands groupes ou des dirigeants occupant des postes élevés dans des entreprises cotées. Une autre critique tenace était que cet impôt encourageait l’optimisation fiscale, en particulier sous la forme de fuites de capitaux vers des paradis fiscaux offshore.

Si l’existence d’un impôt sur la fortune pouvait sembler incarner l’engagement du pays en faveur de l’égalité socioéconomique, les personnes que j’ai interrogées disent ne pas y avoir vraiment prêté attention avant son abolition en 2006 par le gouvernement de droite alors en place, après la suppression, un an plus tôt, des droits de succession par le précédent gouvernement social-démocrate.

« Quand l’impôt sur la fortune a été supprimé, raconte Marianne, 77 ans, je ne pensais pas que l’on faisait un cadeau aux millionnaires, parce que… nous n’avions pas de riches aristocrates possédant tout. La suppression de l’impôt sur la fortune et des droits de succession semblait être une mesure pratique, pas vraiment politique. »

Marianne, comme les autres retraités à qui j’ai parlé, racontent tous une histoire dans laquelle l’État-providence a été construit par un effort collectif, plutôt que comme un projet à la Robin des Bois consistant à prendre aux riches pour donner aux pauvres. Cette vision de l’État-providence suédois comme l’œuvre d’égaux, issus à l’origine d’une population majoritairement rurale et pauvre, a sans doute détourné ces retraités des questions liées à l’accumulation des richesses.

Si la Suède continue de taxer la propriété et différentes formes de revenus du capital, avec le recul, nombre de mes interlocuteurs âgés considèrent aujourd’hui que la suppression de l’impôt sur la fortune, intervenue « alors qu’ils en étaient les témoins directs », a constitué une étape décisive dans la transformation de la société suédoise, l’éloignant du modèle social-démocrate de l’État-providence pour l’orienter vers autre chose : un pays de milliardaires à la fragmentation sociale accrue.

« Je pense à mes enfants, à mes deux filles qui travaillent et ont de jeunes familles, m’a confié Jan, 72 ans. Quand elles étaient enfants, l’État-providence s’occupait d’elles : elles allaient dans de bonnes écoles, avaient accès au football, au théâtre, au dentiste…, mais aujourd’hui, je crains que la société ne se dégrade pour elles. »

Comme d’autres personnes interrogées, Jan exprime des regrets quant à son propre rôle dans cette évolution.

« Je pense maintenant que c’est en partie de ma faute, dit-il. Nous sommes devenus paresseux et complaisants, convaincus que l’État-providence suédois était solide, nous ne nous sommes pas inquiétés de la suppression de l’impôt sur la fortune, nous pensions que cela ne changerait rien… mais je crois que ça a changé beaucoup de choses. »

« Une société plus humaine »

Mes recherches suggèrent que les effets de l’existence – ou de l’absence – d’un impôt sur la fortune ne se limitent pas aux recettes fiscales ou à la redistribution des richesses. Ils ont des répercussions sociales plus larges et peuvent être constitutifs de la manière dont les individus se représentent la société.

À l’heure actuelle, seuls trois pays européens appliquent un véritable impôt sur la fortune : la Norvège, l’Espagne et la Suisse. Par ailleurs, la France, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas prélèvent des impôts sur le patrimoine ciblant certains actifs, sans toutefois taxer la richesse globale des individus.

En Suède du moins, la question aujourd’hui n’est pas seulement de savoir si l’impôt sur la fortune fonctionne ou non, mais aussi quel type de société il dessine : celle du folkhemmet, ou celle d’un paradis pour les riches.

« L’impôt allait de soi quand j’ai grandi dans les années 1950, se souvient Kjerstin. Je me rappelle avoir pensé, alors que j’étais en deuxième année de primaire, que je serais toujours prise en charge, que je n’aurais jamais à m’inquiéter. »

Revenant sur le sentiment que la vie en Suède est aujourd’hui très différente, elle ajoute :

« Désormais, les gens ne veulent plus payer d’impôts – parfois même moi, je n’ai plus envie d’en payer. Tout le monde réfléchit à ce qu’il reçoit en retour et à la manière de s’enrichir, au lieu de penser à construire quelque chose ensemble. »

« Je ne pense pas qu’on puisse dire : “Je paie tant d’impôts, donc je devrais récupérer exactement la même chose.” Il faut plutôt prendre en compte le fait que l’on vit dans une société plus humaine, où chacun sait, dès le CE1, qu’il sera pris en charge. »


Les noms des personnes interrogées ont été modifiés.

The Conversation

Miranda Sheild Johansson a reçu des financements de UK Research And Innovation.

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S’adapter ou périr : le retail face à une menace existentielle

Source: The Conversation – in French – By Guillaume Do Vale, Professeur associé, IDRAC Business School

L’entreprise de prêt-à-porter C&A a fermé 24 magasins en 2025 en France et licencié des centaines de salariés. ArturBogacki/Shutterstock

Le secteur français de la distribution est secoué par l’arrivée de plateformes telles que Temu et Shein, l’augmentation des droits de douane ou des plans de licenciements massifs. Après l’âge d’or à la fin du XXᵉ siècle, il doit combiner diminution de son empreinte carbone, rentabilité économique et confiance des consommateurs. Alors quels nouveaux modèles d’affaires pour rester viable ?


Les acteurs historiques de la distribution tels qu’Auchan, Boulanger, Carrefour, Décathlon, Fnac-Darty, Idkids ou Leroy Merlin, nés avec des magasins et convertis au numérique, sont dans une situation délicate. Ces entreprises traditionnelles doivent remettre en cause ce qu’elles ont mis des décennies à construire.

Elles cohabitent dorénavant avec des acteurs au modèle d’affaires décriés comme Shein ou Temu. Autres concurrents : les nouveaux acteurs au modèle d’affaires conçu dès l’origine sur des bases de la durabilité comme Asphalte dans le textile ou Le Fourgon dans l’alimentaire.

Le secteur de la distribution est particulièrement concerné par cette remise en question compte tenu du nombre d’emplois que ses entreprises représentent : 1,9 million d’emplois en France en 2025, ce qui en fait le premier secteur employeur.

Alors, comment répondre à des injonctions en apparence contradictoires ? Comment garantir une préservation du pouvoir d’achat tout en améliorant l’écoresponsabilité des produits ? Baisser l’empreinte-carbone des produits tout en préservant leur chiffre d’affaires ? Respecter les normes environnementales et sociales tout en apparaissant compétitifs face à des acteurs comme Shein ou Temu qui peuvent aisément contourner l’ensemble de ces normes ? Augmenter la qualité tout en proposant des prix attractifs ?

« Faire l’autruche » ou survivre

La littérature en management précise qu’une tension est paradoxale dès lors qu’elle est causée par des éléments contradictoires, mais interdépendants, qui sont intégrés dans les processus organisationnels. Par exemple, faire plus de chiffre d’affaires et moins d’empreinte carbone simultanément représente une tension paradoxale. Au regard de la complexité des prises de décisions, certains acteurs peuvent volontairement « faire l’autruche » en reportant des décisions essentielles.

Comme nous l’avons montré dans une recherche récente publiée dans la revue Journal of Retailing, l’évolution vers des modèles d’affaires durables peut souvent mener à une impression « d’indécidabilité » – qui ne peut être démontrée – de ses dirigeants. Ces nouveaux business model génèrent du capital économique, tout en maintenant ou régénérant le capital environnemental et social.

Nous avons étudié pendant sept ans trois distributeurs européens ayant choisi de mettre en œuvre un modèle d’affaires durable. Notre recherche met en lumière les trois étapes clés susceptibles de garantir la mise en œuvre de ces modèles économiques :

  • dépasser les tensions ;

  • engager les actionnaires et les dirigeants ;

  • travailler avec davantage de parties prenantes.

Dépasser les tensions

Avant de vouloir devenir une entreprise au modèle d’affaires durable, les organisations traditionnelles doivent accepter d’intégrer de multiples initiatives à petite échelle qui s’intègrent à leur modèle d’affaires original. Il s’agit par exemple de la proposition de produits de seconde vie et/ou de services de location. Carrefour s’est associé à l’entreprise Cash Converters pour installer des corners dédiés à l’occasion dans ses hypermarchés.

« Comme faire concorder cette évolution avec notre modèle historique depuis soixante-cinq ans ? Quand un produit neuf ramène plus au mètre carré que la circularité, pourquoi changer ? », témoigne un responsable seconde vie des produits d’une entreprise interviewée.




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Ces initiatives génèrent des tensions, donnant parfois l’impression aux parties prenantes d’être des pansements, ou patchs, sur le modèle d’affaire initial.

« On réfléchit à supprimer des catégories de produits, mais si ça concerne trop le chiffre ou la rémunération des employés, ça ne va pas trop marcher. Nous devons chercher des arbitrages pour mettre la direction de l’entreprise face à cette contradiction », souligne un responsable stratégie offre d’une autre entreprise.

Engagement des actionnaires et des dirigeants

Seules certaines tensions peuvent être gérées par les managers dans leurs activités quotidiennes ou par l’équipe en charge de la responsabilité sociale et environnementale. D’autres vont subsister dans l’entreprise. Elles restent paradoxales tant que les dirigeants ne font pas des choix clairs, engageant l’entreprise vers une transformation profonde du modèle d’affaires.

La non-gestion de ces tensions paradoxales entraîne des critiques majeures, soit en interne par les collaborateurs, soit en externe par les consommateurs ou par les organisations non gouvernementales. Ces dernières peuvent remettre en cause certaines décisions, mais aussi l’absence de décisions dans un contexte d’urgence climatique.

« Si on communique sur la durabilité, on se fait taper dessus. Si on ne communique pas, on se fait taper dessus. Si on communique partiellement, on se fait taper dessus », rappelle un directeur général interviewé.

L’engagement formel des actionnaires et dirigeants apparaît comme essentiel. Les prises de décisions fortes en termes d’attribution des ressources – création de nouvelles fonctions comme le leader Planet – et les nouvelles mesures de la performance – pourcentage sur le chiffre d’affaires « durable », seconde vie, location ou réparation – sont nécessaires pour avancer vers la mise en œuvre d’un modèle d’affaires plus durable.

Travailler avec davantage d’acteurs

La mise en œuvre des principes de durabilité ne se fait à la seule échelle de l’organisation. Les distributeurs ont besoin dans une troisième étape de restructurer de manière importante leur écosystème. Ce dernier correspond à tous les acteurs avec lesquels l’entreprise choisit de collaborer plus ou moins directement.

Leroy Merlin a créé Home Index, un indicateur qui évalue l’impact environnemental et social d’un produit tout au long de son cycle de vie.
marinissim/Shutterstock

Les actions à l’échelle de l’écosystème impliquent de renouveler les relations avec les parties prenantes historiques – consommateurs, fournisseurs, pouvoirs publics – et d’en initier de nouvelles avec de nouveaux acteurs – chercheurs, acteurs de l’économie sociale et solidaire, concurrents, citoyens. C’est ainsi que l’enseigne de bricolage Leroy Merlin, en lançant son Home Index, utilise son poids dans le secteur en proposant un indicateur d’impact clair pour les consommateurs.

The Conversation

Guillaume Do Vale est membre de de la chaire TREND(S)
Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability.

Cette recherche a été menée dans le cadre de la chaire industrielle TREND(S) – Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability – dont elle est la fondatrice et directrice scientifique.

Xavier Lecocq est membre de la chaire TREND(S) – Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability.

ref. S’adapter ou périr : le retail face à une menace existentielle – https://theconversation.com/sadapter-ou-perir-le-retail-face-a-une-menace-existentielle-260934

Les violences sexuelles sur les campus universitaires stagnent. Voici ce qu’il faut faire

Source: The Conversation – in French – By Isabelle Daigneault, M.Ps., Ph. D., professeure titulaire et psychologue, Université de Montréal

Agressions, coercition, harcèlement… Les violences sexuelles sont toujours présentes sur les campus universitaires, et les taux ne diminuent guère, malgré qu’on en parle davantage. Comment les diminuer de manière substantielle ?

Un des problèmes est le manque de prévention. Celle-ci reste tardive, fragmentée et souvent peu efficace.

C’est ce que nous avons constaté dans une étude que notre groupe de recherche affilié à la Chaire sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, de l’UQAM, a mené auprès de 704 femmes entrant à l’université et représentatives d’une population québécoise de plus de 36 000 étudiantes.

Un constat préoccupant

Notre étude nous a permis de constater que près de la moitié des femmes interrogées n’avaient reçu aucun message de prévention avant leur arrivée.

Parmi celles qui y avaient été exposées au cours de leur vie, l’information provenait de moins de deux sources, principalement de proches ou des réseaux sociaux. Les effets étaient tout aussi limités : une légère hausse de moins de 2 % du sentiment d’efficacité à faire face à un agresseur potentiel, mais aucun impact mesurable sur les mythes du viol, le blâme des victimes, la perception du risque ou la connaissance de stratégies de résistance efficaces.

Le problème est plus large. Au Québec, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a annulé l’enquête qui devait actualiser les données, privant la province d’indicateurs essentiels pour suivre l’évolution des violences sexuelles en milieu postsecondaire.

L’annulation découle probablement en partie de compressions budgétaires qui plombent actuellement le milieu de l’enseignement supérieur et du choix de s’en remettre à l’Enquête sur la santé mentale étudiante, que le ministère croyait suffisante. Or, ses questions beaucoup plus limitées n’ont été posées qu’à une fraction des personnes répondantes et avec un taux de réponse trop faible, rendant les données peu utiles.

Cette absence de données contraste avec le fait que les universités produisent elles-mêmes une recherche solide, qu’elles utilisent encore trop peu pour guider leurs pratiques préventives.

La recherche existe, mais elle n’est guère appliquée dans des programmes de prévention.

Trois stratégies

La littérature internationale, notamment la synthèse de plusieurs expertes en prévention de l’agression sexuelle en Amérique du Nord, en 2020, recommande d’articuler trois stratégies complémentaires au collège et à l’université :

  • Programmes de résistance et d’autodéfense féministe affirmative pour les femmes ;

  • Programmes visant les normes sociales masculines ;

  • Formations de témoins actifs.

Ces approches ne sont efficaces que si elles sont cohérentes, ciblées et intensives. Lorsque la prévention est tardive, brève et limitée à des messages généraux, les effets restent faibles.

À l’inverse, des programmes intensifs (jusqu’à 12 heures au cours d’un semestre), structurés et ancrés dans la pratique, comme ceux proposés par un groupe de chercheures à l’Université de Windsor, dont la plus récente remonte à 2023, ont démontré qu’ils peuvent réduire les agressions sexuelles subies par les étudiantes, même lorsqu’ils sont offerts à l’université avec peu d’expositions préalables.




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Une prévention universitaire qui n’arrive pas à compenser les lacunes

Parmi nos participantes, 271 ont été suivies durant leur première année universitaire. Leur exposition aux messages de prévention sur les campus était limitée : 93 % des personnes exposées le sont moins de trois heures, principalement via des formations en ligne, et moins de 10 % ont été exposées à du contenu d’autodéfense – alors que les programmes efficaces reposent précisément sur des activités en personne, de plus de trois heures et intégrant un volet d’autodéfense féministe.

Après douze mois, certains résultats sont préoccupants. Nous nous attendions à voir des progrès plus marqués. Or, un seul effet positif existe, mais il est minime : une hausse de 1 à 3 % du sentiment d’efficacité à réagir face à un agresseur. Concrètement, il faut deux sources préventives supplémentaires pour que les participantes augmentent leur sentiment d’efficacité à faire face à un agresseur potentiel d’un seul point sur une échelle de 63 points. Un effet aussi faible a peu de signification pratique.

Deux effets néfastes dominent toutefois. D’abord, les participantes sont moins nombreuses à rapporter qu’elles utiliseraient au moins une stratégie de résistance verbale ou physique ferme (44 %), comme celles enseignées dans les formations d’autodéfense féministes, qu’au début de l’étude (80 %). Cette baisse importante n’est légèrement atténuée que chez les 7 % de participantes ayant reçu trois heures ou plus de prévention sur le campus.

Ensuite, la perception du risque personnel évolue dans une direction contraire à celle recherchée. Les étudiantes très peu exposées (moins d’une heure) développent une perception du risque légèrement plus juste, mieux alignée avec la réalité des violences sexuelles sur les campus.

À l’inverse, celles exposées trois heures ou plus voient leur perception du risque diminuer, illustrant un biais d’optimisme : l’idée que « Cela n’arrive qu’aux autres ».

Ces résultats indiquent qu’en l’absence d’interventions intensives, qui soient ciblées, structurées et adaptées, la prévention universitaire ne compense pas le manque de prévention préalable et peut même conduire à des reculs sur des éléments clés.

Une expertise scientifique disponible, mais sous-utilisée

Dans une perspective de santé publique, la prévention devrait être présente du préscolaire, du primaire et du secondaire jusqu’aux cégeps et aux universités.

Chaque niveau contribue à renforcer les connaissances, à modifier les normes sociales, à développer des stratégies de résistance et à soutenir l’intervention des témoins. Quand ce continuum est absent ou incomplet, les interventions collégiales et universitaires doivent compenser des années de prévention insuffisante.


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Les équipes de recherche universitaires produisent des connaissances rigoureuses sur les programmes efficaces, mais ces données sont encore peu intégrées aux politiques internes, à la programmation de prévention et aux communications institutionnelles.

Le fossé entre la science et l’action demeure un obstacle majeur.




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Des balises connues, mais insuffisamment implantées

L’Institut national de la Santé publique du Québec, ainsi que les experts nationaux et internationaux, convergent vers la même conclusion : la prévention doit être multiniveaux, répétée, intensive, ciblée et évaluée en continu.

L’annulation de l’enquête de l’Institut de la Statistique du Québec limite par ailleurs la capacité de mesurer l’impact des politiques mises en place au Québec, comme la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, et d’assurer la reddition de comptes des établissements.

Pour un véritable leadership institutionnel

Les universités sont idéalement positionnées pour montrer la voie : infrastructures de recherche, réseaux d’expertise, accès aux données, capacité d’évaluation, mandat social. Elles pourraient être des leaders dans l’élaboration d’une programmation de prévention solide et continue.

Le constat est clair : la stagnation des taux de violence ne découle pas d’un manque de connaissances, mais d’un manque d’implantation, de cohérence et de continuité. Des solutions existent déjà, ont été testées et sont efficaces. Le défi est désormais de les appliquer de manière systémique et durable, en combinant autodéfense féministe, interventions sur les normes sociales et formations de témoins actifs, afin de protéger véritablement les filles, les jeunes femmes et l’ensemble des communautés.

La Conversation Canada

Membre du comité des partenaires en violence sexuelle du Secrétariat à la condition féminine du gouvernement du Québec, Isabelle Daigneault est membre de l’Ordre des psychologues du Québec et dirige le laboratoire de recherche sur les trajectoires de santé et de résilience des jeunes agressés sexuellement (TRAJETS). Elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS), à l’Équipe violence sexuelle et santé (ÉVISSA), financés par les fonds de recherche du Québec, ainsi qu’à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES). Elle a reçu des financements des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Ministère de l’enseignement supérieur du Québec et de l’Université de Montréal.

Membre du Conseil du statut de la femme pour le gouvernement du Québec et de l’Ordre des psychoéducateurs et des psychoéducatrices du Québec, Geneviève Paquette dirige le Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance financé par l’Université de Sherbrooke et l’Équipe de recherche sur l’adaptation positive et la santé mentale des jeunes exposés à un risque accru d’adversité familiale ou sociale financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS) et à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur. Elle a obtenu des financements de recherche provenant des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du FRQSC et du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec.

Jacinthe Dion est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la violence sexuelle chez les jeunes vulnérables, surnommée Aquarelle, et co-titulaire de la Chaire de recherche VISAJ sur la vie et la santé des jeunes. Psychologue et professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle est également membre du Comité scientifique et de gouvernance du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS) et membre régulière de l’équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA) et de l’Équipe de recherche sur l’adaptation positive et la santé mentale des jeunes exposés à un risque accru d’adversité familiale ou sociale, financés par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Elle est aussi membre du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille (CEIDEF). Ses recherches sont financées par le programme de Chaires de recherche du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, les Instituts de la recherche en santé du Canada (CRSH), l’Agence de la santé publique du Canada, le Secrétariat à la condition féminine du Québec et le Ministère de l’éducation du Québec.

Martine Hébert est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les traumas interpersonnels et la résilience et cotitulaire de la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants. Elle dirige l’équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA) financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture et elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS). Elle est également membre de la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES) et de la Chaire de recherche Sécurité et intégrité en milieu sportif (SIMS). Ses recherches sont financées par le programme des Chaires de recherche du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC).

ref. Les violences sexuelles sur les campus universitaires stagnent. Voici ce qu’il faut faire – https://theconversation.com/les-violences-sexuelles-sur-les-campus-universitaires-stagnent-voici-ce-quil-faut-faire-271251

Uganda’s boda-boda drivers: the digital economy hasn’t been the route to formal work and better protection – research

Source: The Conversation – Africa – By Rich Mallett, Research Associate and Independent Researcher, ODI Global

Digital labour platforms – like fast food delivery and cab hailing services – are having a dramatic impact on people’s labour rights and working conditions around the world.

In western countries like the UK and the US, their rise has intensified a process of labour casualisation already several decades in the making. Under the guise of “flexibility”, platforms have heralded a return to insecure, temporary forms of employment that offer few rights or benefits to workers.

But in “less developed” countries like Uganda, the growth of the digital gig economy is often considered a boon. Across the global south, it has been claimed that platforms are not only creating millions of new jobs, but they are actually helping to formalise an informal economy so vast it accounts for an estimated 70% of total employment in low- and middle-income countries.

Existing research suggests that by guiding informal workers towards compliance with registration and licensing requirements or making them more visible to state authorities, digital labour platforms are capable of “counteracting informal economic activity”.

But is it all as straightforward as it seems?

In a new research paper I put this claim to the test through a case study of moto-taxi work in the Ugandan capital city, Kampala.

Moto-taxi (or boda boda) work is a hugely important source of income in Uganda, providing livelihoods for an estimated 350,000 people in the capital alone. Over the past decade, ride-hail platforms have descended upon this vast industry, claiming to offer safer, better paid work and a step towards formality.

Drawing on 112 interviews, 370 driver surveys and scans of relevant media, my research reaches a different conclusion. Despite shifting online, digital moto-taxi drivers remain as they always were – informal workers in an unprotected labour market.

This raises fundamental questions about the capacity of digital labour platforms to bring about positive transformations in the global informal economy.

Fallacies of ‘plat-formalisation’

As the new paper shows, moto-taxi workers’ inclusion within the new platform economy brings them no closer to formal labour status in any meaningful way.

This is illustrated by three key insights from my findings.

First, despite early collaborative engagement with state actors, Uganda’s ride-hail companies have tended to operate in unilateral, platform-specific ways that undermine prospects for sectoral standardisation. Each platform enforces its own rules over drivers, and these do not always line up with government legislation.

Take driver licensing, for example. While some companies insist that drivers must have a valid driving permit before working through their apps, others bypass this requirement completely. Market leader SafeBoda, for instance, instead chooses to enrol new drivers in road safety training at a purpose-built “academy”. Though a positive step towards safer driving standards, this is not the same as formalisation.

Second, Uganda’s ride-hail platforms accept zero legal responsibility for the welfare and safety of those using their apps, including cases of “bodily injuries, death, and emotional distress and discomfort”. Despite claiming to help regulate the industry, these companies’ designation of informal moto-taxi workers as independent “gig workers” keeps drivers distanced from state labour regulation.

And third, my findings indicate corporate reluctance to share data with government. According to one city planner I talked with, while the platforms tended to talk positively about public-private collaboration, when push came to shove they would often “withhold their data”. Recent evidence suggests this is continuing to happen, further highlighting the limits of private data ownership and non-binding agreements around data sharing. Without access to this information, it is difficult for governments to register workers, tax them effectively and extend labour protections.

Profiting from informality

Ride-hailing may not have led to better, more formalised work for Uganda’s moto-taxis. But what is has done is open up new revenue streams for the various local and international companies involved. The result: a formalisation not of drivers’ labour but of their wealth.

As detailed in the paper, some of the techniques here include:

  • Commissions. Drivers regularly lose 15%-20% of their trip fares in the form of company commission fees. With digital technology, these are increasingly being captured via cashless payment systems that deduct fees and other equipment-related debts automatically.

  • Equipment. Many companies operate by selling drivers the gear they need to function in the ride-hail economy. SafeBoda, for instance, regularly charges new riders somewhere in the region of US$140 for a smartphone, crash helmets and branded uniforms. Drivers often take this on as debt and pay it back incrementally over time, only to later discover that this does not, in all cases, entitle them to actual ownership. As one former employee at the company told me:

The helmet itself is a business. It’s on the side, you can’t see it. The phone is a business. It’s about business besides riders. It’s all about getting commission on things.

  • Corporate tie-ins. Through a series of funding relationships and “private-private partnerships”, Uganda’s ride-hail platforms make drivers visible and accessible to a whole host of banks, insurance agencies and alternative credit lenders. These financial actors are all keen to find lucrative new markets at the “bottom of the pyramid”. Ride-hailing is simply the vehicle for this.

The formalisation agenda remains important. It is central to achieving better working conditions and stronger labour protections for hundreds of millions of workers around the world.

But for private digital platforms operating across Africa’s informal economies, the bottom line is often not about “counteracting informal economic activity” at all. It is about profiting from it.

The Conversation

This article draws on doctoral research, for which the author received funding from the UK’s Economic and Social Research Council (ESRC).

ref. Uganda’s boda-boda drivers: the digital economy hasn’t been the route to formal work and better protection – research – https://theconversation.com/ugandas-boda-boda-drivers-the-digital-economy-hasnt-been-the-route-to-formal-work-and-better-protection-research-270993

Crime-fighting in Lagos: community watch groups are the preferred choice for residents, but they carry risks

Source: The Conversation – Africa (2) – By Adewumi I. Badiora, Senior Lecturer, Department of Urban and Regional Planning, Olabisi Onabanjo University

Criminal activities have developed into a security crisis in Nigeria. Alongside the responses of security agencies such as the police and military, there has been a huge local response, with community groups mobilising in the face of criminal attacks.

For example, communities in Zamfara State, north-west region, repelled a bandit attack, causing the death of 37 bandits in August 2024. In Sokoto State, north-west region, residents rescued kidnapped individuals and recovered the body of the deceased village head in August 2024. In Kwara state, north-central region, community groups rescued people from their abductors in December 2025.

But how effective are these community-organised interventions?

I’m an urban and community safety researcher who has studied various aspects of insecurity in Nigeria, particularly in the country’s south-west, for more than a decade now.

In a recent paper I sought to answer this question in relation to Lagos. As Nigeria’s largest city with an estimated population exceeding 20 million, Lagos faces severe, complex crime challenges driven by rapid, poorly managed urbanisation and high unemployment rates. I surveyed 62 stakeholders in a bid to evaluate community-driven crime prevention strategies. Respondents included residents, members of the state and community groups who were playing important roles in the city’s security processes. This was qualitative research.

Many respondents expressed little or no trust in formal security agencies. Their expectations that the police could protect them were low.

A resident interviewed for the study said that while people like politicians got police protection, ordinary citizens did not:

That is why everyone has devised ways to protect themselves and family.

My research found that these commmunity-organised interventions have emerged in different forms. The commonest is community vigilante groups. These are self-appointed resident security volunteers who take it upon themselves to confront criminals in their neighbourhood. This is common in low-income neighbourhoods of Lagos because they have to deal with crime but feel they can’t rely on the police to patrol, unlike elite neighbourhoods.

A successful urban security strategy

Lagos community vigilante groups range from small groups of volunteers on streets, and informal neigbourhood watches, to well structured local community bodies. Community vigilante members are mostly men. But women are not explicitly excluded, and they are an important source of information.

The groups were using local knowledge to help the police. They compiled information on crimes, suspicious activity and criminal suspects in their area and provided it to the police as needed. In some cases, they joined the police intelligence response team to raid hideouts of criminals in their areas.

A resident interviewed for the study said:

We are local people. We know our community very well. We can easily spot strangers and suspicious movements. This local knowledge is what we have, that the police do not have. So, we complement their efforts by providing dependable intelligence for their work. Beyond that, we also escort police patrol, and our presence has helped them to penetrate streets they would not have been able to navigate by themselves.

The relationship between the police and community groups was “semi-formal”. Arrangements were made by the communities with little or no intervention by the state. The collaborations were owned, structured and sustained by residents.

Some of those involved in the groups were remunerated through financial contributions by residents. However, they “occasionally” received financial support from the local government authorities, individual local politicians and donors.

Successes

My research showed there had been some positive results. Residents confirmed that the collaborations brought safety to their community and had helped to reduce crime and insecurity, particularly where the police were lacking.

A resident interviewed for the study said:

Things are a little better. Before now, it was dreadful as criminals and hoodlums operate openly. Although there is still a long way to go, there has been a commendable level of improvements in our security in the last five years.

Some ongoing issues

Despite its success, several concerns were raised in my study.

First, community vigilante groups are a patchwork of isolated groups. Organisations are fragmented and weak. This could be dangerous because it creates unaccountable groups that can easily change from being protectors to being a threat. That can be seen in the Bakassi Boys (south-east Nigeria), Yan Sakai (north-west Nigeria) and global examples like Mungiki (Kenya) and Autodefensas (Mexico).

Second is the question of the legality of community groups in terms of the provisions of the Nigerian constitution, the Police Act and the Public Order Act. Their legal status is “complex” as they operate in a grey area. Most of them do not have the backing of the federal government, which has the constitutional authority to manage policies regarding them.

Third, while community vigilante groups fill security gaps created by an under-resourced police force, their activities sometimes lead to conflicts because they act as judge, jury and executioner.

A police officer interviewed for the study said:

The activities of vigilantes are usually unlawful in the way and manner they deal with suspected criminals … The lawful thing for them is to report suspected criminals to the police, but many times, they take law into their own hands.

Still, residents view the groups as legitimate because of their perceived effectiveness, deep local knowledge, community ties and quick action.

Fourth, relationships between community groups and the police range from amiable and collaborative to distrustful and hostile. Mutual distrust risks escalating violence rather than reducing it.

A member of a vigilante group put it this way:

We cannot totally entrust suspects and our community to the police. We have situations where suspects were released without any investigation and prosecution. Not only that, corrupt police officers do give hints to these suspects about key vigilante members behind their arrests, and these criminals go all-out for them after their unlawful freedom from the police custody.

Moving forward

To overcome the challenges, the following steps should be taken:

  • reform of Nigeria’s security governance, allowing states to create their own police forces

  • formal recognition and support of community groups

  • adopting policies to curb the proliferation of the groups

  • working more closely with community groups to deal with some of the underlying reasons for insecurity. These include political negligence, youth unemployment, poverty and inequality.

The Conversation

Adewumi I. Badiora does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Crime-fighting in Lagos: community watch groups are the preferred choice for residents, but they carry risks – https://theconversation.com/crime-fighting-in-lagos-community-watch-groups-are-the-preferred-choice-for-residents-but-they-carry-risks-273667

Chez le poulain, le lien maternel est un moteur du développement social et cérébral – nouvelle étude

Source: The Conversation – in French – By Mathilde Valenchon, Chercheuse en Ethologie, Inrae

Les interactions entre les poulains et leurs mères ont des implications sur leur comportement, sur leur physiologie et sur leur développement cérébral. © UMR PRC INRAE-CNRS-Université de Tours, M. E. Le Bachelier de la Rivière., Fourni par l’auteur

Une nouvelle étude montre comment la présence prolongée de la mère façonne le développement comportemental, physiologique et cérébral des poulains.


Chez les mammifères sociaux, les relations sociales jouent un rôle déterminant dans le développement. On sait depuis longtemps que la période autour de la naissance est cruciale, lorsque le nouveau-né dépend entièrement de son ou de ses parent(s) pour se nourrir et se protéger. En revanche, ce qui se joue après, lorsque le jeune n’est plus physiquement dépendant de sa mère mais continue de vivre à ses côtés, reste encore mal compris.

Dans une étude récente publiée dans Nature Communications, nous avons exploré chez le cheval cette période souvent négligée du développement. Nos résultats montrent que la présence prolongée de la mère façonne à la fois le cerveau, le comportement
– social en particulier – et la physiologie des poulains.

Pourquoi s’intéresser à l’« enfance » chez le cheval ?

Le cheval est un modèle particulièrement pertinent pour étudier le rôle du lien parental sur le développement des jeunes. Comme chez l’humain, les mères donnent généralement naissance à un seul petit à la fois, procurent des soins parentaux prolongés et établissent un lien mère-jeune fort sur le plan affectif, individualisé et durable.

Dans des conditions naturelles, les poulains restent avec leur groupe familial, et donc avec leur mère, jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans. En revanche, en élevage ou chez les particuliers, la séparation est le plus souvent décidée par l’humain et intervient bien plus tôt, autour de 6 mois. Ce contraste offre une occasion unique d’étudier l’impact de la présence maternelle sur le développement au-delà de la période néonatale.

Comment étudier de rôle d’une présence maternelle prolongée chez le cheval ?

Pour isoler l’effet de la présence maternelle, nous avons suivi 24 poulains de l’âge de 6 à 13 mois. Cette période peut être assimilée à celle de l’enfance chez l’être humain. En effet, durant cette période, les poulains ressemblent déjà physiquement à de petits adultes, apparaissent autonomes dans leurs déplacements et consomment très majoritairement des aliments solides, tout en étant encore sexuellement immatures. En d’autres termes, leur survie immédiate ne dépend plus directement de la mère.

Dans notre étude, tous les poulains vivaient ensemble dans un contexte social riche, avec d’autres jeunes et des adultes. La seule différence concernait la présence ou non de leurs mères respectives à partir de l’âge de 6 mois : ainsi, 12 poulains sont restés avec leur mère tandis que 12 autres en ont été séparés, comme c’est fréquemment le cas en élevage.

Durant les sept mois qui ont suivi, nous avons étudié le développement de ces poulains. En éthologie, les comportements sont étudiés de façon quantitative. Nous avons suivi le développement comportemental des poulains à l’aide d’observations et de tests comportementaux standardisés, puis analysé statistiquement ces données pour comparer leurs trajectoires développementales. Ces données ont été complétées par des mesures physiologiques régulières (par exemple, la prise de poids, les concentrations hormonales) et par une approche d’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour visualiser les différences fonctionnelles et morphologiques entre nos deux groupes de poulains de manière non invasive.




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La présence de la mère favorise l’émergence des compétences sociales

Les résultats issus de nos observations répétées dans le temps montrent que les poulains bénéficiant de la présence de leur mère interagissaient davantage avec leurs congénères, notamment à travers des comportements positifs, comme le jeu ou le toilettage mutuel, que les poulains séparés de leurs mères. Ils se montraient aussi plus explorateurs et plus à l’aise face à des situations sociales nouvelles, suggérant une plus grande sociabilité.

Autre résultat intéressant, les poulains bénéficiant de la présence de leur mère passaient moins de temps à manger mais prenaient plus de poids, suggérant une croissance plus efficace.

Le lien maternel, moteur du développement du cerveau

Pour aller plus loin, nous avons combiné ces observations comportementales avec une approche encore rare chez les animaux d’élevage : l’imagerie médicale. Ici nous avons utilisé des techniques d’IRM, permettant d’observer le fonctionnement et l’organisation du cerveau vivant, sans douleur. Ainsi, nous avons pu caractériser le développement cérébral de nos poulains.

« Comprendre l’IRM en deux minutes ». Source : Institut du cerveau — Paris Brain Institute.

Cette approche nous a permis d’identifier, pour la première fois chez le cheval, un réseau cérébral appelé le réseau du mode par défaut. Bien connu chez l’humain et identifié chez une poignée d’autres espèces animales, ce réseau serait impliqué dans l’intégration des pensées introspectives, la perception de soi et des autres. Chez les poulains ayant bénéficié d’une présence maternelle prolongée, ce réseau était plus développé, faisant écho aux meilleures compétences sociales que nous avons observées.

En outre, nous avons observé des différences morphologiques dans une région fortement impliquée dans la régulation physiologique, l’hypothalamus, en lien avec les différences physiologiques et de comportement alimentaire mises en évidence.

Une phase clé du développement aux effets multidimensionnels

Pris dans leur ensemble, nos résultats soulignent l’importance de cette phase du développement, encore peu étudiée chez l’animal, située entre la petite enfance et l’adolescence.

Ils suggèrent que la présence maternelle prolongée induit un développement comportemental, cérébral et physiologique plus harmonieux, qui pourrait contribuer à équiper les jeunes pour leur vie adulte future, notamment dans le domaine de compétences sociales.

Quelles implications pour l’élevage… et au-delà ?

Notre travail ne permet pas de définir une règle universelle sur l’âge idéal de séparation chez le cheval. Il montre en revanche que la séparation précoce a des conséquences mesurables, bien au-delà de la seule question alimentaire.

Lorsque les conditions le permettent, garder plus longtemps le poulain avec sa mère pourrait donc constituer un levier simple et favorable au développement du jeune. Cependant, d’autres études sont nécessaires pour évaluer l’impact de ces pratiques sur les mères et les capacités de récupération des poulains après la séparation, par exemple.

Avec grande prudence, ces résultats font aussi écho à ce que l’on observe chez d’autres mammifères sociaux, y compris l’humain : le rôle du parent ou de la/du soignant·e (« caregiver ») comme médiateur entre le jeune et son environnement social et physique pourrait être un mécanisme largement partagé. Le cheval offre ainsi un modèle précieux pour mieux comprendre comment les premières relations sociales façonnent durablement le cerveau et le comportement.

The Conversation

Cette étude a été financée grâce à une bourse européenne HORIZON 2020 Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) (ref: 101033271, MSCA European Individual Fellowship, https://doi.org/10.3030/101033271) et au Conseil Scientifique de l’Institut
Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) (ref: DEVELOPPEMENTPOULAIN).

David Barrière ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Chez le poulain, le lien maternel est un moteur du développement social et cérébral – nouvelle étude – https://theconversation.com/chez-le-poulain-le-lien-maternel-est-un-moteur-du-developpement-social-et-cerebral-nouvelle-etude-274144

Dialogue autour du microbiote : comment la mère et le bébé communiquent à travers le lait maternel

Source: The Conversation – in French – By Ignacio López-Goñi, Catedrático de Microbiología. Miembro de la Sociedad Española de Microbiología (SEM), Universidad de Navarra

L’allaitement n’est plus considéré comme un processus unidirectionnel de nutrition, mais comme un système de communication en temps réel entre deux organismes interdépendants. Natalia Deriabina/Shutterstock

Le lait maternel n’est pas seulement un aliment : c’est un langage biologique qui évolue avec le bébé. Deux études publiées dans des revues scientifiques de premier plan décrivent comment il participe à l’enrichissement du microbiote intestinal du nourrisson et permet d’instaurer un véritable dialogue biologique entre la mère et l’enfant pour répondre aux besoins de ce dernier.


Au cours des premières semaines et des premiers mois de sa vie, le bébé entame l’un des processus biologiques les plus importants de son développement : la constitution de son microbiote intestinal. Cet ensemble de microorganismes participe non seulement à la digestion des nutriments. Il joue également un rôle clé dans la maturation du système immunitaire, la régulation du métabolisme et la protection contre les agents pathogènes au cours des premières années de vie.




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Dans ce contexte, le lait maternel s’avère être bien plus qu’un simple aliment : c’est un écosystème vivant, dynamique et complexe qui s’adapte aux besoins du nourrisson. Il apporte de l’énergie, des vitamines et des minéraux, mais aussi des composants bioactifs essentiels, comme des anticorps, des cellules immunitaires, des oligosaccharides (un groupe de sucres complexes et divers) et des microorganismes vivants.

Parce que le lait maternel est loin d’être stérile : il abrite des centaines d’espèces bactériennes qui contribuent activement à l’établissement du microbiome intestinal du bébé (sachant que le microbiome correspond à l’ensemble des génomes des microbes qui constituent le microbiote présent dans ou sur un organisme vivant, ndlr).

Les bactéries dont le bébé hérite par le lait maternel

Chez de nombreux nouveau-nés, en particulier pendant les premiers mois de vie, le lait maternel constitue la principale, voire parfois la seule source de microorganismes intestinaux. Il contient principalement des bactéries des genres Staphylococcus et Streptococcus, ainsi que d’autres, issues des genres Lactobacillus, Bifidobacterium, Veillonella ou Escherichia.

Une étude récente a analysé des échantillons de lait maternel et de selles de nourrissons provenant de 195 couples mère-bébé aux États-Unis pendant les six premiers mois suivants la naissance. Les résultats ont montré que le lait et l’intestin des bébés âgés d’un mois étaient dominés par des bifidobactéries, en particulier Bifidobacterium longum, Bifidobacterium breve et Bifidobacterium bifidum. Des bactéries associées à la peau maternelle, comme Staphylococcus epidermidis et Cutibacterium acnes, ainsi que des espèces liées à la cavité buccale, à l’image de Streptococcus salivarius, ont également été détectées dans le lait. D’autres bactéries telles que Escherichia coli, Bacteroides fragilis, Phocaeiola vulgatus et Phocaeiola dorei étaient également présentes dans l’intestin du bébé, ainsi que des microorganismes typiques de la bouche, comme Veillonella.




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Cette recherche a identifié jusqu’à douze souches bactériennes communes au lait maternel et aux selles du nourrisson. L’espèce la plus fréquente était Bifidobacterium longum, suivie de Bifidobacterium infantis, Staphylococcus epidermidis, Bifidobacterium breve et Streptococcus salivarius. D’autre part, les bébés nourris exclusivement au lait maternel présentaient une plus grande abondance de bifidobactéries intestinales que ceux pour qui l’allaitement exclusif avait été interrompu avant l’âge de six mois, ce qui suggère que l’allaitement prolongé favorise la persistance et l’expansion de ces bactéries.




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Cependant, la présence de ces microorganismes dans le lait ne garantit pas à elle seule leur implantation dans l’intestin du bébé. Des facteurs comme le microbiote préexistant, la génétique de l’hôte ou la disponibilité des nutriments influencent le succès de la colonisation, ce qui suggère que sont à l’œuvre des mécanismes plus complexes qu’un simple transfert microbien.

L’échange de bactéries entre la mère et le nourrisson est plus intense au cours du premier mois de vie et diminue avec le temps. De plus, les enfants nés par voie basse présentent une plus grande persistance des souches partagées que ceux nés par césarienne, dont le microbiome intestinal a tendance à être plus diversifié mais moins stable.

Enfin, il a également été observé que la mère et le bébé partageaient des bactéries typiquement buccales, telles que Rothia mucilaginosa et Streptococcus salivarius. Cela suggère que certaines espèces pourraient d’abord coloniser la cavité buccale du nourrisson avant d’atteindre son intestin, ou que le bébé lui-même contribue à la colonisation microbienne du lait peu après sa naissance.

Un dialogue bidirectionnel

Au-delà du transfert de bactéries, le lait maternel module activement le microbiome infantile grâce à d’autres composants. Les oligosaccharides, par exemple, favorisent sélectivement la croissance de bactéries bénéfiques, telles que Bifidobacterium, Bifidobacterium, Bacteroides et Akkermansia. En ce sens, le lait agit simultanément comme un probiotique (il apporte des microorganismes vivants) et un prébiotique (il fournit des éléments alimentaires utilisés par les bactéries).

Une deuxième étude, menée auprès de 152 couples mères-enfants au Burkina Faso, a analysé dans le temps des échantillons de selles maternelles, de lait et de selles infantiles, durant la grossesse et jusqu’à six mois après l’accouchement. Ce travail de recherche a montré que la richesse microbienne de l’intestin du bébé est très faible par rapport à celle de la mère, tandis que le microbiote du lait présente une grande variabilité entre les femmes et constitue une véritable « signature microbienne » individuelle.

Ses résultats ont révélé une corrélation entre le microbiote intestinal du bébé et la composition du lait maternel. Il est intéressant de noter que les nourrissons présentant une plus grande diversité bactérienne intestinale avaient des mères dont le lait contenait des niveaux plus élevés de macronutriments, de minéraux, de vitamines du groupe B et une grande variété de métabolites. En particulier, les oligosaccharides du lait variaient en fonction du microbiote du bébé au cours des premiers mois de vie. La composition de l’aliment n’est donc pas toujours la même, mais change pendant la période d’allaitement, en fonction du microbiote du bébé.

Cela suggère que le lait maternel influence non seulement le microbiome du nourrisson, mais qu’il y réagit également. Parmi les mécanismes possibles, on peut citer les signaux provenant des métabolites bactériens du bébé, le transfert de bactéries buccales pendant la succion ou les réponses immunitaires maternelles induites par le microbiote infantile.

L’allaitement comme système de communication biologique

Dans l’ensemble, ces études démontrent que la relation entre la mère et le bébé pendant l’allaitement est profondément bidirectionnelle. Le microbiote intestinal et lacté maternel, ainsi que les oligosaccharides, les nutriments et les métabolites du lait, s’adaptent de manière dynamique au développement et à l’état du microbiome de l’enfant.

L’allaitement n’est plus considéré comme un processus unidirectionnel de nutrition, mais comme un système de communication en temps réel entre deux organismes interdépendants. Le lait maternel n’est pas seulement un aliment : c’est un langage biologique qui évolue avec le bébé et qui permet à la mère d’adapter finement sa composition aux besoins de développement de l’enfant.


La version originale de cet article a été publiée sur microBIO, le blog de l’auteur.


The Conversation

Ignacio López-Goñi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dialogue autour du microbiote : comment la mère et le bébé communiquent à travers le lait maternel – https://theconversation.com/dialogue-autour-du-microbiote-comment-la-mere-et-le-bebe-communiquent-a-travers-le-lait-maternel-274312

Victoire démocrate à Miami : signe annonciateur d’un essoufflement du trumpisme ou épiphénomène ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Leblanc, Doctorant au centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

L’élection d’une candidate démocrate à la mairie de Miami, ville acquise au Parti républicain depuis presque trente ans, a été saluée par les poids lourds du Parti démocrate, qui veulent y voir la preuve que leur formation a le vent en poupe en vue des midterms de novembre prochain. À y regarder de plus près, la grande ville de Floride constitue en réalité un cas très particulier, et il est risqué de tirer des enseignements nationaux de son scrutin local.


En décembre dernier, Eileen Higgins a été élue maire de Miami. Ce résultat est historique à plusieurs égards : elle sera la première femme à diriger la ville et la première démocrate depuis vingt-huit ans. Surtout, elle a remporté la victoire dans un comté (Miami-Dade, où se trouve la municipalité de Miami) et un État (la Floride) souvent considérés comme des bastions du trumpisme.

Officiellement non partisane, l’élection municipale aurait pu passer inaperçue. Mais Eileen Higgins a revendiqué son étiquette démocrate durant son affrontement avec Emilio Gonzalez, candidat soutenu par Donald Trump. Dans un contexte marqué par des succès démocrates récents en Virginie et au New Jersey, cette victoire a ravivé l’idée d’un possible regain de popularité du parti. Elle invite pourtant à une lecture plus nuancée, notamment à travers le prisme de l’analyse du vote hispanique et des spécificités de la Floride.

« La Gringa » face à un candidat hispanique

Bien implantée localement, Higgins, 61 ans, est surnommée « la Gringa », un terme parfois péjoratif en espagnol pour désigner les Américains blancs, mais employé ici de manière presque affectueuse. Une étiquette qu’elle assume pleinement, comme elle l’a confié à l’Associated Press :

« Cela aide simplement les gens à comprendre qui je suis, et vous savez quoi ? Je suis une gringa, alors qu’est-ce que je vais faire, le nier ? »

Non hispanique, cette ingénieure de formation, ancienne directrice au Belize du Peace Corps (une agence publique états-unienne destinée à soutenir les pays en développement), parle pourtant un excellent espagnol. Cela a sans doute joué en sa faveur dans un comté où 70 % de la population est hispanique et environ 35 % est d’origine cubaine. Elle est ainsi parvenue à s’imposer face à un adversaire républicain d’origine cubaine.

Une campagne municipale fortement nationalisée

Si Higgins est une figure locale, sa campagne a rapidement pris une dimension nationale. Elle a bénéficié du soutien de plusieurs poids lourds démocrates : Rahm Emanuel, ancien maire de Chicago et ex-chef de cabinet de Barack Obama ; Pete Buttigieg, secrétaire aux transports dans l’administration Biden et candidat aux primaires démocrates de 2020 ; ainsi que Ruben Gallego, élu de l’Arizona et représentant d’une nouvelle génération de leaders latino-américains du parti.

En face, Emilio Gonzalez disposait lui aussi d’un profil national affirmé : cet ancien colonel de l’US Air Force est proche de la Maison Blanche sous la présidence de Trump (il a notamment cofondé le mouvement Veterans for Trump et occupe aujourd’hui un poste au sein de l’America First Policy Institute, un think tank aligné sur les orientations MAGA). En plus du soutien du président, Gonzalez a reçu celui de Ron DeSantis, gouverneur républicain de l’État, et du sénateur texan Ted Cruz.

Cette nationalisation s’est traduite dans les discours. Higgins n’a pas évité les lignes de fracture, déclarant notamment à propos de Donald Trump : « Lui et moi avons des visions très différentes de la manière dont nous devrions traiter nos habitants, dont beaucoup sont des immigrés », et allant jusqu’à qualifier la politique migratoire de l’administration Trump d’« inhumaine et cruelle ».

Miami-Dade : du bastion démocrate au symbole trumpiste

Pendant des décennies, le comté de Miami-Dade a constitué un pilier démocrate en Floride, votant « bleu » à chaque présidentielle depuis 1988, avec un point culminant en 2016, lorsque Hillary Clinton s’y est imposée avec près de 30 points d’avance. Mais l’écart s’est progressivement réduit. En 2020, Joe Biden ne s’y imposait plus que de justesse (53 %) avant que Donald Trump ne fasse basculer le comté en 2024 avec environ 55 % des voix.

Résultats des scrutins présidentiels de 2000 à 2024.
Fourni par l’auteur

Ce basculement s’explique notamment par la mobilisation en faveur de Trump d’une partie des membres des communautés hispaniques – spécialement les communautés cubaine, vénézuélienne et nicaraguayenne – sensibles à sa rhétorique antisocialiste. En liant la politique étrangère, l’immigration et l’identité politique, les républicains (Republican Party) ont construit un récit particulièrement efficace à Miami. Guillermo Grenier, professeur à la Florida International University et spécialiste de la communauté cubaine, résume ainsi cette dynamique :

« Ce message résonne davantage dans le sud de la Floride. C’est comme crier dans une église : l’écho est immédiat. Cela continue d’attiser les passions chez les électeurs cubains. »

Face à cette évolution, les démocrates ont progressivement réduit leurs investissements en Floride, un État jugé trop coûteux et difficile à reconquérir, choisissant de les redéployer ailleurs. Une forme de reddition stratégique critiquée par certains responsables locaux du parti, qui dénoncent, par la voix de Jimmy Torres Vélez, vice-président du National Puerto Rican Agenda (NPRA, une alliance non partisane regroupant des organisations, des élus, des leaders communautaires et des bénévoles de la diaspora portoricaine aux États-Unis), un cercle vicieux :

« C’est une mentalité étrange qui consiste à dire : “J’investis seulement si je gagne.” Mais si vous n’investissez pas, vous ne pouvez pas gagner. Abandonner la Floride ne fait que renforcer la dynamique adverse. »

Le pragmatisme des électeurs

L’élection municipale de Miami montre toutefois les limites de ce cadrage idéologique face aux réalités du quotidien. La campagne a en effet été dominée par les sujets de l’inflation, du coût de la vie, du logement et des assurances. En 2024, Miami affichait la plus forte inflation interannuelle parmi les grandes métropoles américaines.

La flambée des prix immobiliers, accentuée depuis la pandémie, qui a vu de nombreux Américains aisés s’installer à Miami, influencés par les lois laxistes de confinement en vigueur en Floride, pèse lourdement sur les ménages : près de la moitié d’entre eux consacrent une part excessive de leurs revenus au logement. À cela s’ajoute le coût des assurances, particulièrement élevé dans une région exposée aux ouragans et aux inondations, où les primes peuvent représenter près de 19 % d’une mensualité hypothécaire, contre environ 10 % à l’échelle nationale.

Même les produits du quotidien sont devenus des marqueurs politiques. La hausse du prix du café, symbole culturel fort pour les communautés hispaniques, notamment la communauté cubaine, illustre concrètement la dégradation du pouvoir d’achat, alimentée en partie par les droits de douane qu’a promulgués l’administration Trump.

Dans ce contexte, les démocrates ont mis en avant la responsabilité des républicains, qui contrôlent l’ensemble des leviers du pouvoir en Floride comme au niveau fédéral. « Le résultat de ce soir est un nouveau signal d’alarme pour les républicains, montrant que les électeurs en ont assez de politiques déconnectées de la réalité et qui font grimper les coûts », a déclaré Ken Martin, le président du Comité national démocrate.

Enfin, les politiques migratoires restrictives adoptées en Floride ont suscité des inquiétudes concrètes. Leurs effets sur l’économie locale, sur les familles aux statuts mixtes et sur certains secteurs clés ont renforcé une logique de vote pragmatique, centrée sur les conséquences immédiates plus que sur les grands récits idéologiques.

Une victoire symbolique, des enseignements à manier avec prudence

Les succès récents des démocrates ont ravivé l’idée d’un possible regain du parti dans certains territoires jugés difficiles. L’élection de Miami nourrit cette lecture, mais elle appelle à la prudence. Tout d’abord, il s’agit d’une grande ville, et les grandes métropoles des États-Unis ont historiquement tendance à favoriser les démocrates. En ce sens, ce scrutin peut constituer un piège, donnant l’illusion d’un basculement plus large alors que le reste de l’État, plus rural et suburbain, demeure majoritairement républicain.

À ces dynamiques internes s’ajoute une variable incertaine : la politique étrangère, notamment les récents développements au Venezuela, dont l’enlèvement de Nicolas Maduro. À Miami, où les communautés vénézuélienne, cubaine et nicaraguayenne, toutes traditionnellement « antisocialistes », jouent un rôle central, il reste difficile de mesurer l’impact réel que ces événements auront sur les comportements électoraux.

L’enseignement principal du scrutin reste la volatilité de l’électorat hispanique, très pragmatique. Même dans la ville de Miami, longtemps considérée comme un bastion républicain, des signes d’érosion apparaissent, en partie à cause de la hausse des prix quotidiens. Comme l’a résumé la représentante républicaine Maria Elvira Salazar :

« Le vote hispanique n’est pas acquis. Les Hispaniques ont épousé Donald Trump, mais ils ne font que “fréquenter” le Parti républicain. »

À Miami comme ailleurs, cet électorat reste mouvant, attentif aux enjeux concrets, et loin d’être définitivement acquis à un camp.

The Conversation

Jonathan Leblanc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Victoire démocrate à Miami : signe annonciateur d’un essoufflement du trumpisme ou épiphénomène ? – https://theconversation.com/victoire-democrate-a-miami-signe-annonciateur-dun-essoufflement-du-trumpisme-ou-epiphenomene-272987

Why too much phosphorus in America’s farmland is polluting the country’s water

Source: The Conversation – USA (2) – By Dinesh Phuyal, Postdoctoral Associate in Soil, Water and Ecosystem Sciences, University of Florida

A spreader sprays sewage sludge, which is rich in phosphorus, across a farm in Oklahoma. AP Photo/Joshua A. Bickel

When people think about agricultural pollution, they often picture what is easy to see: fertilizer spreaders crossing fields or muddy runoff after a heavy storm. However, a much more significant threat is quietly and invisibly building in the ground.

Across some of the most productive farmland in the United States, a nutrient called phosphorus has been accumulating in the soil for decades, at levels far beyond what crops actually require. While this element is essential for life-supporting root development and cellular chemistry to grow food, too much of it in the wrong places has become a growing environmental liability.

I’m part of a research effort to figure out how much phosphorus is already in the soil, to then determine how much more, if any, to add to particular fields.

Why farmers add phosphorus in the first place

Small dark pellets.
Pellets of monoammonium phosphate fertilizer.
AP Photo/Paul Sancya

Phosphorus is one of the three primary nutrients plants require for growth, along with nitrogen and potassium. Without enough phosphorus, crops struggle and production suffers.

For decades, applying phosphorus fertilizer has been a kind of insurance policy in American agriculture. If farmers weren’t sure how much was already in the soil, adding a little extra seemed safer than risking a shortfall. Fertilizer was relatively inexpensive, and the long-term consequences were poorly understood.

Unlike nitrogen, which easily escapes from soil into the air or groundwater, phosphorus sticks to soil particles. Once it’s added, it tends to remain in place. That trait made phosphorus seem environmentally benign.

However, phosphorus can still be carried off fields when rain or irrigation water erodes phosphorus-rich soil, or some of the built-up phosphorus dissolves into runoff.

Years of application have led to something no one initially planned for: accumulation.

How much phosphorus has built up?

Since the mid-20th century, farmers across the United States have applied hundreds of millions of tons of phosphorus fertilizer. From 1960 to 2007, phosphate fertilizer consumption in the U.S. increased from approximately 5.8 million metric tons per year to over 8.5 million metric tons annually.

In more recent decades, fertilizer use has continued to rise. In corn production alone, phosphorus applications increased by nearly 30% between 2000 and 2018. Crops absorb some of that phosphorus as they grow, but not all of it. Over time, the excess has piled up in soils.

In many regions across the United States, soil phosphorus levels are now far higher than what crops actually require. In parts of Florida, for example, some agricultural soils contain phosphorus concentrations more than 10 times above levels considered sufficient for healthy plant growth.

Scientists call this buildup “legacy phosphorus.” It’s a reminder that today’s environmental challenges are often the result of yesterday’s well-intentioned decisions.

Green algae float on the surface of water.
Algae float on the surface of Lake Erie.
AP Photo/Paul Sancya, File

When soil phosphorus becomes a water problem

If phosphorus stayed locked in the soil, farmers would have wasted money on fertilizer they didn’t need. And excess phosphorus in soil can hinder the uptake of essential plant micronutrients and alter the soil microbial community, reducing diversity that is important for good soil health.

Unfortunately, phosphorus doesn’t always remain in place. Rainfall, irrigation and drainage can transport phosphorus – either dissolved in water or attached to eroded soil particles – into nearby canals, streams, rivers and lakes. Once there, it becomes food for algae.

The result can be explosive algal growth, known as eutrophication, which turns clear water a cloudy green. When these algae blooms die, their decomposition consumes oxygen, sometimes creating low-oxygen “dead zones” where fish and other aquatic life struggle to survive. This process is primarily driven by phosphorus leaching, as seen in the Florida Everglades.

Another prime example is the largest dead zone in the United States, covering about 6,500 square miles (16,835 square kilometers), which forms each summer in the Gulf of Mexico. Cutting back on nitrogen without lowering phosphorus can worsen eutrophication.

Some algal blooms also produce toxins that threaten drinking water supplies. Communities downstream may be told not to drink or touch the water, and face high treatment costs and lost recreational opportunities. National assessments document toxins associated with algal blooms in many states, particularly where warm temperatures and nutrient pollution overlap.

Rising global temperatures are exacerbating the problem. Warmer waters hold less oxygen than colder waters, increasing the likelihood that phosphorus pollution will trigger eutrophication and dead zones.

A small white box sits in a field of grass, with a solar panel behind it.
A phosphorus monitor operates next to a small stream near an agricultural field in Ohio.
AP Photo/Joshua A. Bickel

Flawed testing hid the problem

Given the risks, a natural question arises: Why don’t farmers simply stop adding phosphorus where it isn’t needed?

Part of the answer lies in how the amount of phosphorus in the soil is measured. Most soil tests used today were developed decades ago and were designed to work reasonably well across many soil types. But soils are incredibly diverse. Some are sandy; others are rich in organic matter formed from centuries of decayed plants.

And those traditional soil tests use acids to extract phosphorus from the soil, delivering inaccurate findings of how much phosphorus plants can actually access. For instance, in soils that have more than 20% organic matter, like those found in parts of Florida and other agricultural regions, the tests’ acids may be partially neutralized by other compounds in the soil. That would mean they don’t collect as much phosphorus as really exists.

In addition, the tests determine a total quantity of phosphorus in the soil, but not all of that is in a form plants can take up through their roots. So soil where tests find high phosphorus levels may have very little available to plants. And low levels can be found in soil that has sufficient phosphorus for plant growth.

When farmers follow the recommendations that result from these inaccurate tests, they may apply fertilizer that provides little benefit to crops while increasing the risk of pollution. This isn’t a failure of farmers. It’s a mismatch between outdated tools and complex soils.

Three plastic containers show different levels of different chemicals.
Soil testing determines levels of various nutrients, but the results don’t always line up with what’s available to plants.
Wayan Vota via Flickr, CC BY-NC-SA

A smarter way forward

The solution isn’t to eliminate phosphorus fertilization. Crops still need it, and many soils genuinely require additional nutrients. The challenge is knowing when enough is truly enough.

Researchers, including me, are developing improved testing methods that better reflect how plants actually interact with soil. Some approaches mimic plants’ root behavior directly, estimating how much phosphorus crops can realistically take up from any given field or type of soil – rather than only measuring how much exists chemically.

Other tests look at the amount of phosphorous a field’s soil can hold before releasing excess nutrients into waterways. These approaches can help identify fields where farmers can use less phosphorus or pause it altogether, allowing crops to draw down the legacy phosphorus already present.

The phosphorus problem is a slow-moving one, built over decades and hidden below ground. However, its effects are increasingly visible in the form of algal blooms, fish kills and contamination of drinking water supplies. Farmers can measure and manage soil nutrients differently and reduce pollution, save money and protect water resources without sacrificing agricultural productivity.

The Conversation

Dinesh Phuyal does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why too much phosphorus in America’s farmland is polluting the country’s water – https://theconversation.com/why-too-much-phosphorus-in-americas-farmland-is-polluting-the-countrys-water-273326

Marine protected areas aren’t in the right places to safeguard dolphins and whales in the South Atlantic

Source: The Conversation – USA (2) – By Guilherme Maricato, Pós-doutorando no Programa de Pós-Graduação em Ecologia, UFRJ

Whales have become increasingly common in regions such as the northern coast of São Paulo, which also has heavy ship traffic. Julio Cardoso/Projeto Baleia à Vista

The ocean is under increasing pressure. Everyday human activities, from shipping to oil and gas exploration to urban pollution, are affecting the marine environment. Extensive research shows how this combination of stressors represents one of the greatest threats to marine wildlife, potentially affecting biodiversity on a global scale.

To protect the ocean, one of the primary tools we have is marine protected areas. But are they truly protecting species in the most critical locations?

In an attempt to answer this question in Brazil, we conducted a comprehensive study focusing on two key species: the Bryde’s whale, a nonmigratory species, and the bottlenose dolphin, found in coastal and oceanic waters around the world. We chose these species because they do not migrate and stay in the same areas all year long, where they are exposed to harmful human activities.

bottlenose dolphins swim with a ship in the background.
Bottlenose dolphins swim off the coast of Rio de Janeiro, an area with intense maritime activity.
Guilherme Maricato

The news is unfortunately not good: Our findings, recently published in Marine Pollution Bulletin, show that the areas critical for these species’ survival are also the most threatened.

Where whales and dolphins eat and play

Through spatial analysis, specifically species distribution models, we uncovered these animals’ preferences. We cross-referenced thousands of occurrence records for Bryde’s whales and bottlenose dolphins with environmental data that can influence their presence. This included factors such as water temperature, depth and even food availability.

Two Bryde's whales swimming.
Two Bryde’s whales off the coast of Cabo Frio, Rio de Janeiro.
Israel Maciel

From this data, we created a map showing the most suitable habitats for these species. The results strongly indicated that southeastern Brazil is their “preferred area.” On the continental shelf, these areas are located in shallower waters rich in nutrients, often associated with colder waters and steep seabed slopes that bring food to the surface.

The problem with overlap

The preferred areas we identified, however, are not exclusive to whales and dolphins. Southeastern Brazil is also an economically vital marine region for the country, driven by activities in the Santos and Campos basins, where a new oil reserve was recently discovered.

In the second stage of our research, we overlaid our map of the most suitable habitats for these species with a map of human activity. This included the presence of ports, areas of oil and gas exploration, and various shipping routes.

The result is a near-perfect overlap. The areas where Bryde’s whales and bottlenose dolphins are most frequently found coincide exactly with where human activity is most intense.

Why protected areas aren’t helping them

Brazil has expanded its conservation coverage in recent years by creating four large marine protected areas, which we think is excellent news. However, the crux of the matter lies in the quality of that protection.

In 2024, we also participated in a global collaborative effort to evaluate marine protected area effectiveness, the results of which were published in Marine Policy. The findings revealed that the vast majority of Brazil’s designated protected areas actually permit activities that are incompatible with biodiversity conservation.

This quality gap was also evident in our study. Most marine protected areas in southeastern Brazil, even the most effective ones, are coastal. They do not encompass the suitable habitats for Bryde’s whales and bottlenose dolphins, which are more heavily affected by oil and gas exploration.

And what about the oceanic protected areas Brazil created?

For the most part, they are located in areas that are either not the most suitable for these two species or lack significant conflicts with human activity. There is an ongoing debate about whether governments are protecting the right places or leaving the most critical biodiversity hot spots and conflict zones unprotected.

The real impacts of the conflict

The risk of ship strikes is constant. Whales and dolphins must come to the surface to breathe, and in areas of heavy traffic such as southeastern Brazil, the risk of being hit by vessels is high. Meanwhile, constant noise – from both ship engines and oil and gas exploration – interferes with the navigation, communication and foraging of these animals.

Additionally, there is the risk of entanglement in fishing nets, particularly in areas with intense fishing activity, resulting in bycatch, the incidental capture of nontarget species. Finally, pollution from ports along with potential spills can degrade the health of these animals and weaken their immune systems.

a map of Brazil shows lots of overlap between offshore animal habitats and human activity, particularly in the south and southwest
How the preferred habitats of Bryde’s whales, left, and bottlenose dolphins, right, overlap with human activity. Dark colors indicate a higher exposure index.
Guilherme Maricato

A road map for the future

Our findings serve as a critical warning: Simply creating marine protected areas is not enough. They must be placed in the right locations, protecting species where they are most vulnerable. We have shown that there is an urgent need to rethink conservation strategies in Brazil.

In addition to strengthening the network of marine protected areas, our findings suggest the need for specific management actions to reduce conflicts. While reducing ship speeds can protect whales from collisions, establishing fishing exclusion zones and using acoustic deterrents can prevent dolphins from becoming entangled in nets.

Most importantly, however, we believe these actions must be applied in the areas of highest exposure for conservation to be truly effective. Protecting biodiversity while maintaining economic activity is a complex challenge, but we now have a map to begin this conversation.


This project was funded by the Foundation for Research Support of the State of Rio de Janeiro (Faperj), Brazilian Federal Agency for Support and Evaluation of Graduate Education (Capes) and the National Council for Scientific and Technological Development (CNPq). We also acknowledge the support of the Marine Ecology and Conservation Lab (ECoMAR-UFRJ), Brazilian Humpback Whale Project, Ilhas do Rio Project, Cetacean Monitoring Project, Marine Mammal Monitoring Support System, Marine Conservation Institute and Coral Vivo Project. The publication of this article was also supported by Capes.

The Conversation

Maria Alice S. Alves receives research funding from the National Council for Scientific and Technological Development and the Carlos Chagas Filho Foundation for Research Support of the State of Rio de Janeiro.

Rodrigo Tardin receives funding from the Young Scientist of Our State program of FAPERJ.

Clinton N. Jenkins and Guilherme Maricato do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Marine protected areas aren’t in the right places to safeguard dolphins and whales in the South Atlantic – https://theconversation.com/marine-protected-areas-arent-in-the-right-places-to-safeguard-dolphins-and-whales-in-the-south-atlantic-274256