En Europe, les politiques sociales limitent l’appauvrissement des travailleurs en situation de handicap

Source: The Conversation – in French – By Justine Bondoux, Responsable de la production de l’enquête SHARE en France, Université Paris Dauphine – PSL

Malgré des revenus de remplacement, tels que les pensions d’invalidité, le revenu global d’un salarié en situation de handicap diminue en moyenne d’environ 20 %. Simonovstas/Shutterstock

La survenue d’un handicap grave après 50 ans entraîne une dégradation significative des revenus à court terme pour tous les salariés européens. Cette perte peut être largement amortie dans les pays où les systèmes de protection sociale sont généreux et les politiques d’intégration professionnelle efficaces. Alors, quelles disparités entre les pays européens ? Les femmes et les hommes ? Les différents revenus de compensation ?


Selon Eurostat, dans l’ensemble de l’Union européenne, l’écart de taux d’emploi entre les personnes en situation de handicap et celles sans handicap atteint 24 points de pourcentage (pp) en 2024. Derrière cette moyenne se cachent de fortes disparités. L’écart n’est que de 8 pp au Luxembourg et de 14 pp en Slovénie, mais dépasse 40 pp en Roumanie et en Croatie – un point de pourcentage correspond à l’écart absolu entre deux taux exprimés en pourcentage.

Graphique réalisé par les auteurs à partir des données Eurostat.
Fourni par l’auteur

Sur le marché du travail, le désavantage des personnes en situation de handicap s’explique par plusieurs facteurs : la nécessité de soins réguliers, l’insuffisante adaptation des postes, une baisse de productivité perçue ou réelle, mais aussi des phénomènes de discrimination. Les caractéristiques du handicap telles que son intensité, son type – physique, cognitif, etc. – ou encore le moment de sa survenue – naissance, enfance, âge adulte – peuvent également jouer un rôle crucial.

Alors, que se passe-t-il lorsqu’un handicap survient en deuxième partie de carrière, chez des personnes initialement en emploi et sans limitation déclarée ? Comment cet événement affecte-t-il leurs revenus globaux deux années après ? C’est précisément la question que nous abordons dans une étude publiée dans la revue Annals of Economics and Statistics.

À partir de l’enquête Survey on Health Ageing and Retirement in Europe (SHARE), menée entre 2011 et 2015 auprès de plus de 2 500 individus âgés de 50 ans et plus, dans 12 pays européens, nous analysons l’effet de la survenue d’un handicap grave sur le revenu global. Nous distinguons ensuite les différents canaux à l’œuvre, en décomposant ce revenu entre salaires d’activité et revenus de remplacement, tels que les pensions ou les allocations.

Concrètement, quelles différences entre les pays européens ?

Chute de près de 79 % des salaires

À partir d’individus initialement en emploi et sans handicap en 2011, nous isolons l’effet du handicap sur le revenu global en combinant deux méthodes économétriques : le Propensity Score Matching et la méthode des différences de différences.

Cette approche permet de comparer, entre 2011 et 2015, les trajectoires de revenus d’individus déclarant un handicap en 2013 (qui perdure en 2015) à celle des individus ne déclarant pas de handicap en 2013 et 2015, tout en homogénéisant leurs caractéristiques initiales de 2011. La méthode permet de tenir compte non seulement des caractéristiques observables – âge, sexe, niveau d’éducation –, mais aussi de l’hétérogénéité non observée, comme la capacité des individus à faire face à leur handicap ou la discrimination des employeurs face aux individus en situation de handicap.

Nous postulons ensuite que cet événement va détériorer la situation sur le marché du travail comme la perte de productivité due au handicap, la réduction subie du temps de travail, voire du chômage. Tout en activant potentiellement des mécanismes de compensation. Pour tester ces hypothèses, nous décomposons le revenu global en salaire d’activité et en revenus de remplacement. Après l’apparition du handicap, les deux hypothèses sont bien confirmées : les salaires chutent fortement, tandis que les revenus de remplacement augmentent. Dans de nombreux cas, cette compensation reste insuffisante pour maintenir le revenu global.

L’apparition d’un handicap entraîne, en moyenne, une chute de près de 79 % des salaires. Malgré une augmentation massive – 200 % en moyenne – des revenus de remplacement tels que les pensions d’invalidité, le revenu global diminue en moyenne d’environ 20 %.

Différentes générosités des systèmes sociaux

Ces chiffres masquent de grandes inégalités entre pays. Dans les systèmes sociaux les plus généreux – Allemagne, Belgique, Danemark, France, Suède et Suisse –, la baisse des salaires est compensée par les revenus de remplacement comme les pensions d’invalidité. Résultat : le revenu global reste stable.

À l’inverse, dans les pays les moins généreux – Autriche, Espagne, Estonie, Italie, République tchèque et Slovénie –, ils ne suffisent pas à endiguer la perte de salaire, entraînant un appauvrissement marqué par une chute du revenu global de 27 %.

Cette hétérogénéité souligne l’importance de la générosité des systèmes sociaux et de leur capacité à protéger les individus face aux risques financiers liés au handicap. Les politiques publiques – allocations, pensions, mesures d’intégration et anti-discrimination – peuvent, par conséquent, couvrir l’intégralité de la perte de revenu lié au handicap.

Les pays nordiques combinent facilité d’accès aux prestations, mesures d’intégration sur le marché du travail et cumul des revenus de remplacement et d’un salaire. À l’inverse, certains pays d’Europe de l’Est faiblement généreux imposent, de surcroît, des conditions strictes pour cumuler pension et autres prestations, ce qui réduit fortement la protection des personnes en situation de handicap.

« Double peine » pour les femmes

Le handicap n’affecte pas les hommes et les femmes de la même manière. Chez les hommes, la baisse des salaires est souvent compensée par les revenus de remplacement, si bien que le revenu global n’est pas significativement affecté. Chez les femmes, les allocations compensent moins la chute des salaires, ce qui entraîne une diminution notable du revenu global de 32 %.

Cette « double peine » des femmes illustre des inégalités persistantes dans l’emploi et les revenus, confirmant des travaux antérieurs sur le sujet, comme ceux des économistes Morley Gunderson et Byron Lee, William John Hanna et Betsy Rogovsky ou Lisa Schur.

Vers une meilleure protection

Nos résultats montrent que la survenue d’un handicap grave après 50 ans entraîne une dégradation significative des revenus à court terme. Cette perte n’est pas inéluctable. Elle peut être largement amortie dans les pays où les systèmes de protection sociale sont généreux et où les politiques d’intégration professionnelle permettent de limiter les sorties du marché du travail.

Ils soulignent plusieurs leviers d’action pour les pouvoirs publics :

  • renforcer les dispositifs de maintien dans l’emploi ;

  • améliorer l’adaptation des postes de travail ;

  • ajuster les mécanismes de compensation financière lorsque l’activité professionnelle devient impossible.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de compenser la perte de revenu, mais aussi de prévenir la rupture avec l’emploi, qui constitue un facteur majeur de fragilisation économique. Notre étude comporte néanmoins certaines limites. Elle porte exclusivement sur des Européens âgés de 50 ans et plus ; l’impact économique d’un handicap pourrait différer chez les actifs plus jeunes.

La durée de suivi, limitée à deux ans, ne permet pas de saisir pleinement les conséquences de moyen et long termes, notamment en matière de trajectoires professionnelles et de cumul des désavantages. Malgré ces réserves, les résultats apparaissent robustes : la générosité des systèmes sociaux et la capacité à intégrer durablement les personnes handicapées sur le marché du travail sont des déterminants essentiels de leur sécurité économique. À ce titre, les politiques publiques disposent de marges de manœuvre réelles pour protéger les individus face aux aléas de la santé et réduire les inégalités de revenus.

The Conversation

Cette étude a bénéficié d’un financement de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) dans le cadre du projet “Programme Handicap et Perte d’Autonomie – Session 8” de l’Institut de Recherche en Santé Publique (IReSP). Elle a également reçu le soutien du projet SHARE-France.

ref. En Europe, les politiques sociales limitent l’appauvrissement des travailleurs en situation de handicap – https://theconversation.com/en-europe-les-politiques-sociales-limitent-lappauvrissement-des-travailleurs-en-situation-de-handicap-268502

Managers, abandonner n’est pas une preuve d’échec. C’est une compétence !

Source: The Conversation – in French – By Julia Milner, Professeure de leadership, EDHEC Business School

Cette fois, c’est décidé, tout va changer. On est lundi ; c’est le bon moment pour vous y mettre. Las ! Déjà 11 h 30 et toutes les routines que vous ne vouliez plus voir sont à l’œuvre. C’est reparti pour un tour ! Ne vous accablez pas outre mesure. Ce n’est pas un problème de personne mais de méthode. Découvrez celles éprouvées par la recherche qui montrent que pour changer, il faut peut-être commencer par changer la manière de penser… puis celle de faire.


Tous les lundis matin (ou presque), de nombreux managers se font la même promesse : fini les réunions inutiles ! Place à une meilleure délégation des tâches pour avoir enfin une semaine plus calme. Et pourtant, arrivé à midi, les points se sont multipliés, Slack est en effervescence et la nouvelle manière de travailler tant espérée est déjà oubliée. S’ensuit une nouvelle résolution : « Je n’ai pas le temps aujourd’hui, je commencerai vraiment lundi prochain. »

Et le même scénario se reproduit semaine après semaine, entretenant l’idée que changer n’est pas possible. Pourtant rien n’est moins vrai. Si le changement échoue, c’est parce que l’on se trompe sur sa nature profonde et, par conséquent, sur les moyens à mettre en œuvre pour y arriver. Un changement durable ne commence pas par l’ajout de contraintes supplémentaires à celles existant mais par un véritable lâcher-prise.




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Quand la persévérance devient obstination

Or, cette nécessaire disposition d’esprit bute sur des croyances bien ancrées chez de nombreux managers. Les responsables d’équipe valorisent la persévérance. Cela fait partie de leur formation et de la culture de leur métier. Pourtant, la persévérance qui est une qualité – peut vite devenir un défaut, quand elle devient obstination, cette disposition d’esprit qui maintient quoi qu’il en coûte des routines inutiles : des réunions récurrentes dont personne n’a besoin, à la production de rapports lus par personne, en passant par des boucles d’approbation qui ralentissent les décisions. Elles restent en place parce que les abandonner reviendrait à admettre que les mettre en place était une erreur. Et pourtant c’est bien connu, errare humanun est, perseverare diabolicum.

Il est nécessaire dès lors de changer de point de vue, de mindset. Loin d’être un recul, abandonner peut être stratégique. Pour cela, il est nécessaire d’apprendre de ce que vous abandonnez, de savoir trier pour conserver ce qui a fonctionné et, surtout, de distinguer la persévérance de l’obstination.

Mieux gérer ou abandonner ?

Par exemple, faut-il maintenir ou supprimer la réunion hebdomadaire d’état d’avancement des différents projets, dont on ne sait plus par qui elle a été instituée et quel est son réel objet. Si elle est devenue contre-productive, ne perdez pas votre temps à essayer de « mieux la gérer ». Conservez la fonction (partage d’informations, déblocage des décisions) et abandonnez le rituel. Remplacez-la, par exemple, par une mise à jour asynchrone et réservez un court laps de temps qui sera consacré uniquement aux décisions. Cela ne signifie pas que vous en faites moins ; vous libérez du temps pour mettre en place de nouvelles habitudes qui amélioreront la qualité du travail de votre équipe.

La même logique s’applique aux désaccords ou à une dynamique d’équipe ralentie. Lorsque les comportements se répètent, changer les conditions fonctionne souvent plus rapidement que de répéter la même conversation : déplacez la discussion, changez le rythme, réorganisez les étapes, puis observez à quelle vitesse les « habitudes » de l’équipe changent.

Quitter l’illusion du perfectionnisme

Le travail n’est pas un environnement sous total contrôle. Les délais changent, les priorités sont en concurrence permanente et l’énergie fluctue. Dans cet environnement normal, les managers continuent paradoxalement d’attendre que le changement soit linéaire et de s’adonner à une forme de perfectionnisme qui n’est pas adapté à la situation.

La notion d’optimalisme, travaillée en particulier par Tal Ben-Shahar, serait plus adaptée. Dans cette perspective, je propose de gérer de front ce décalage : lorsque la réalité change, les habitudes doivent s’adapter.

Il est dès lors essentiel de « normaliser » le redémarrage, en visant ce qui est immédiatement réalisable et en réduisant le coût du retour en arrière. Cela signifie considérer les possibles retours en arrière comme faisant partie du processus plutôt que comme le signe, ou pire encore, comme la preuve, d’une incapacité. Un manager doit pouvoir indiquer à ses équipes qu’il teste un nouvelle façon de travailler provisoirement.

Cela est particulièrement vrai pour les routines d’équipe. Si elles échouent, c’est rarement parce que « les gens s’en moquent », comme on l’entend trop souvent. Elles échouent parce que la pression augmente et qu’un seul faux pas devient toute une histoire. La réponse est l’itération : prototyper, ajuster, demander des commentaires, et redémarrer au lieu d’attendre le moment parfait.

BFM Business 2021.

Comment conserver l’élan ?

Si abandonner redonne du temps ; recommencer permet de conserver son élan. La question qui reste alors est de savoir comment développer des habitudes qui résistent aux réalités du monde du travail : délais, interruptions, stress, enjeux politiques internes…

Trois catégories de leviers ont été identifiées par la recherche :

  • le pouvoir (Power) invite à structurer en commençant, si nécessaire, pas des petits pas, dans le cadre de priorités formalisées ;

  • l’action (Move) s’appuie sur la régularité, sur la continuité, mais aussi sur le support d’autrui, en cohérence avec sa propre dynamique ;

  • le changement (Shift) désigne l’état d’esprit « positif », puisqu’il s’agit de changer en y prenant plaisir, en conciliant détermination et souplesse avec soi-même.

Pour les managers, le message est clair : cessez de traiter les habitudes de travail comme des problèmes privés de discipline. Commencez à les considérer comme des problèmes de conception et de méthodologie individuelles au sein d’un collectif.

La question de la délégation montre pourquoi cela est si important. Un leader ou un manager peut vouloir déléguer, mais revenir au contrôle lorsque les enjeux augmentent. « Move » consiste alors ajouter un léger contrôle pour favoriser l’autonomie plutôt que la surveillance. « Shift » conduit à nommer l’émotion sous-jacente la rechute : derrière la mise en place de normes se trouve souvent une forme d’anxiété déguisée.

Le mirage de la sur motivation

Le manque de temps ou de moyens peut aussi faire dérailler la mise en place de routines ou d’habitudes positives en raison d’une trop grande pression. C’est le domaine des discours que vous avez déjà entendus, des prétextes du type « oui mais je n’ai pas le temps », « vouloir changer était une erreur et j’ai préféré abandonner » etc. L’antidote à ces situations n’est pas à aller chercher dans des discours de sur motivation, souvent creux, mais dans la mise en place de mécanismes efficaces.

Quand on veut changer une habitude, il ne faut pas avoir peur d’opérer des vérifications fréquentes, d’enregistrer les microvictoires visibles. Un changement d’habitudes ne se fait pas par magie, il demande de la méthode, de l’organisation autant que de la persévérance.

Dans l’ensemble, la méthode que je décris est simple et peut être résumée en trois suggestions :

  • arrêter avec intention,

  • savoir recommencer sans drame

  • et redessiner les routines pour les adapter au système dans lequel vous travaillez réellement.

Car la pression et le changement ne sont pas des exceptions. Ils sont devenus la norme des organisations.

The Conversation

Julia Milner ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Managers, abandonner n’est pas une preuve d’échec. C’est une compétence ! – https://theconversation.com/managers-abandonner-nest-pas-une-preuve-dechec-cest-une-competence-274078

L’IA est conçue pour terminer le travail, pas pour le commencer

Source: The Conversation – in French – By Gaurav Gupta, Professor of AI and Digital Entrepreneurship, Neoma Business School

Une étude expérimentale a tenté d’identifier la valeur ajoutée de l’intelligence artificielle lors d’un *hackathon*. Wikimediacommons

L’IA ne remplace pas la collaboration humaine. C’est un outil qui repose sur le bon timing. Utilisée trop tôt, elle court-circuite la réflexion. Utilisée au bon moment, elle fait gagner du temps. Alors où l’IA est-elle la plus utile dans un projet, de la phase de lancement à la phase de suivi ?


Certains et certaines d’entre nous sont passés par là. Il est 16 h un mardi. Le tableau blanc est couvert de gribouillis, mais la « grande idée » ne vient pas. Le silence règne dans la pièce. L’énergie s’est évaporée dans l’air. Puis, quelqu’un ouvre son ordinateur portable et tape un prompt dans ChatGPT.

L’écran se remplit instantanément de points et de mots. La tension retombe. L’équipe approuve d’un signe de tête : on dirait une stratégie. On dirait un plan d’action. On dirait un progrès.

Mais ce n’est pas le cas.

Une expérience menée par le Boston Consulting Group révèle que cette sensation de soulagement est un piège : les performances de 750 consultants utilisant l’IA ont été inférieures de 23 % à celles de leurs collègues qui n’utilisaient pas l’IA.

Ce n’est pas un cas isolé. Cette expérience est symptomatique d’une incompréhension plus large sur la manière d’utiliser l’intelligence artificielle au bon moment.

C’est pourquoi dans une étude récente impliquant 107 consultants d’une entreprise du classement états-unien Fortune 500, nous avons suivi les performances des équipes utilisant l’IA lors d’un hackathon. Ces dernières devaient élaborer un plan de projet (objectifs, étapes, ressources et délais du projet) pour le lancement d’une nouvelle solution numérique.

Les résultats remettent en question l’idée selon laquelle « il vaut mieux trop que pas assez ». Nous avons constaté que l’IA générative offre une valeur ajoutée pendant la phase d’exécution d’un projet. Cependant, durant la phase critique de lancement, elle offre une valeur négligeable, voire parfois négative.

Le piège de la « moyenne »

Pourquoi un outil fondé sur la somme des connaissances humaines échoue-t-il dès le départ ? La réponse est simple : l’IA excelle dans les schémas préétablis, mais elle est mauvaise pour naviguer dans le flou, ou ce que les sciences de gestion nomment l’ambiguïté.

Lancer un projet nécessite une « pensée divergente ». Vous devez explorer des idées folles et contradictoires pour trouver une proposition de valeur unique.

Nos données montrent que l’IA générative nuit aux performances dans cette phase précise. Cette idée correspond au « principe de pertinence » dans la recherche en management. Comme les grands modèles linguistiques en IA sont des moteurs probabilistes, ils ne peuvent logiquement traduire une discussion spontanée. Le « mot suivant » rédigée par une IA est tiré d’une moyenne statistique des mots probables liés au mot précédent, au lieu d’un mot précis et idoine.




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Si ces algorithmes permettent d’éviter les idées « désastreuses », ils tuent les idées « farfelues ». L’IA rehausse le niveau de qualité minimum d’un projet en nivelant par le bas le niveau de qualité maximum. Vous obtenez un concept soigné, robuste, mais tout à fait moyen.

Moteur du « comment »

Une fois que les humains ont défini le « pourquoi » et le « quoi », l’IA devient le moteur du « comment ».

Comme nous le soulignons dans notre recherche, l’utilisation de l’IA se révèle davantage pertinente pendant les phases de planification et d’exécution. La « planification » consiste à transformer les objectifs en calendriers. L’« exécution » consiste à rédiger les livrables, tels que le code ou les textes marketing.

Deux mécanismes sont à l’origine de cette augmentation des performances lors de ces deux phases précises :

Traducteur des expertises

Des recherches suggèrent que l’IA agit comme un traducteur dans une équipe, notamment pour les experts. Par exemple, elle aide un spécialiste du marketing à rédiger un dossier technique ou un développeur à rédiger un communiqué de presse. Par ricochet, l’IA réduit les coûts de coordination.

Tâches fastidieuses

L’IA se charge des tâches fastidieuses telles que la rédaction de codes standardisés ou de diapositives. Dès lors, les humains peuvent se consacrer à des tâches à forte valeur ajoutée.

Signalement du « patron numérique »

La dernière phase, celle du suivi, recèle un danger caché.

Les outils modernes d’IA peuvent analyser les échanges de courriels, afin de détecter les risques humains autour d’un projet, comme une baisse de moral ou un stress avant qu’une échéance ne soit dépassée.




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Une étude sur le marketing d’influence nous met en garde : lorsque les employés se sentent surveillés par des algorithmes, l’authenticité disparaît. Ils commencent à « manipuler les indicateurs », en travaillant pour satisfaire l’IA plutôt que pour atteindre l’objectif.

Si l’IA devient un « patron numérique », la sécurité psychologique s’érode. Les équipes cessent de signaler honnêtement les risques d’un projet pour éviter d’être eux-mêmes signalées par l’IA.

Une stratégie en fonction des étapes

Les dirigeants doivent cesser de considérer l’IA générative comme une solution universelle. Ils doivent plutôt adopter une stratégie en fonction des étapes d’un projet.

Au cours de la phase de lancement

Établissez des « zones réservées aux humains ». Obligez les équipes à définir le problème sans algorithmes.

Au cours de la phase d’exécution

Utilisez l’IA pour faire se comprendre les équipes, notamment les experts, et accélérer les tâches fastidieuses et ingrates.

Au cours de la phase de suivi

Utilisez l’IA pour donner de la visibilité à l’équipe, non pour l’espionner.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’IA est conçue pour terminer le travail, pas pour le commencer – https://theconversation.com/lia-est-concue-pour-terminer-le-travail-pas-pour-le-commencer-272908

Le « live shopping » : l’évolution du modèle d’achat en ligne

Source: The Conversation – in French – By Basma Taieb, Enseignante-chercheuse en marketing digital , Pôle Léonard de Vinci

Alors que TF1 vient de supprimer son téléshopping trente-huit ans après sa création, le « live shopping » connaît un succès grandissant. Reste que pour transformer le live en achats sonnants et trébuchants, des règles doivent être respectées. Si la confiance est nécessaire pour déclencher le processus d’achat, ce dernier carbure aussi à l’émotion.


Le live shopping, appelé aussi le live streaming commerce (LSC), consiste à vendre les produits en direct par vidéo. Le LSC est très populaire en Chine, il a connu dans ce pays une croissance sans précédent depuis 2017. L’achat en streaming en direct a fait son entrée sur le marché français en 2020 durant la pandémie de Covid-19, avec Les Galeries Lafayette.

Une recherche récente, menée auprès de 555 consommateurs français, propose un modèle éclairant des mécanismes sous-jacents à l’achat lors du LSC. Celui-ci révèle que le processus d’achat en ligne est déterminé par l’articulation séquentielle et complémentaire de deux dimensions : la confiance envers le produit (cognitive) et l’expérience de flow (affective). Bien mené, le live shopping peut être un canal de vente très puissant promettant des taux de conversion jusqu’à dix fois supérieurs à ceux du e-commerce traditionnel.

Lever les freins à l’achat en ligne

Dans l’univers asynchrone et parfois impersonnel des sites e-commerce traditionnels, le risque perçu et l’incertitude sur la qualité des produits peuvent freiner l’achat. Le LSC réintroduit une dimension sociale et interactive cruciale, incarnée par le streamer. Ce dernier n’est pas un simple présentateur, mais un véritable prescripteur dont les caractéristiques vont directement nourrir la confiance du consommateur à l’égard du produit.




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Trois qualités se révèlent déterminantes :

  • son expertise technique sur les produits,

  • sa crédibilité perçue (honnêteté, sincérité)

  • et surtout sa réactivité à répondre en temps réel aux questions posées par les consommateurs via la boîte de dialogue.

Les résultats de cette recherche sont sans appel. Sans ces attributs, la confiance peine à s’établir.

« C’est qu’on peut poser nos questions et que la vendeuse est très réactive… Je trouvais que les précisions étaient toutes au rendez-vous, ça met vraiment en confiance. » (Sylvain, 30 ans, enquête qualitative)

Le rôle des émotions

Si la confiance du consommateur est le socle indispensable à l’achat lors du LSC, l’expérience de flow constitue un réel moteur émotionnel. Concept introduit par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, le flow désigne cet état d’immersion totale et de plaisir dans une activité, au point d’en oublier le temps qui passe.

Le LSC est un terrain particulièrement propice pour générer cet état. Deux caractéristiques propres à ce format y contribuent : l’interactivité en temps réel (chat, réactions, sentiment de communauté) et l’attractivité de la présentation (visuels dynamiques, scénarisation, divertissement). Ces stimuli captivent l’attention et créent un engagement profond.

« On a vraiment l’impression d’être dans la pièce avec elle comme si on assistait à l’essayage en direct… J’étais très attentive aux commentaires des autres personnes, on a vraiment cette idée de communauté. » (Aurélien, 35 ans, enquête qualitative)

Une expérience captivante

Les résultats de l’enquête montrent que c’est précisément cette expérience de flow qui influence le plus fortement et directement l’intention d’achat. La rationalité (la confiance) prépare le terrain, mais c’est l’émotion (le flow) qui renforce l’intention d’achat. Autrement dit, la confiance est une condition nécessaire mais non suffisante. Elle agit comme un facilitateur essentiel, créant un environnement sécurisé et crédible. C’est ensuite en se transformant en expérience de flow qu’elle démultiplie son effet sur la décision du consommateur.

Cette voie « mixte », allant du cognitif à l’affectif est au cœur du processus d’intention d’achat en ligne lors du LSC. Elle explique pourquoi une simple démonstration du produit, même technique et fiable, peut échouer si elle n’est pas portée par une expérience captivante.

Des outils à manier avec stratégie

Cette compréhension fine du mécanisme d’achat en LSC offre des leviers d’action concrets pour les marques et les retailers :

  • Sélection et formation des streamers : prioriser l’expertise produit, l’authenticité et la capacité à interagir vite et bien. La réactivité est le facteur ayant le plus fort impact sur la confiance.

  • Scénarisation de l’expérience : concevoir les lives non comme des catalogues animés, mais comme des moments de divertissement et de socialisation. Intégrer des fonctionnalités ludiques (concours, jeux, récompenses) et favoriser les interactions entre les participants pour renforcer le sentiment de communauté et d’immersion.

  • Adopter une approche holistique : ne pas dissocier l’argumentaire (confiance) de la forme (flow). Une démonstration produit doit être à la fois précise et spectaculaire ; une interaction via le chat doit être à la fois rapide et chaleureuse.

Le live streaming commerce, loin d’être un phénomène éphémère, incarne ainsi l’avenir d’un e-commerce à la fois plus interactif et plus immersif. Son succès repose sur une alchimie subtile entre la confiance rationnelle dans le produit et l’expérience immersive, un équilibre que les marques doivent absolument maîtriser.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le « live shopping » : l’évolution du modèle d’achat en ligne – https://theconversation.com/le-live-shopping-levolution-du-modele-dachat-en-ligne-272949

Crise de la dette sénégalaise : une boussole pour s’orienter

Source: The Conversation – in French – By Abdoulaye Ndiaye, ensiengnant-chercheur, New York University

Une question anime Dakar depuis plusieurs mois, mais également Londres, Paris, Pékin et Washington : le Sénégal devrait-il continuer à rembourser sa dette sur un chemin peut-être insoutenable ou faire défaut sur sa dette ? Cette question en ouvre une autre, non moins complexe : cette dette est-elle soutenable ?

La signification du terme « soutenable » n’est pas aisée à définir, pour deux raisons : d’abord parce que cette définition dépend non seulement des conditions actuelles, mais aussi de choix futurs ; ensuite parce que la soutenabilité de la dette ne dépend pas uniquement de ce que perçoit l’administration sénégalaise, mais aussi de ses créanciers, comme le FMI, les institutions multilatérales et bilatérales, et les marchés financiers.

Le Sénégal fait face à une crise de la dette aiguë, marquée par un surendettement atteignant environ 132 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI). Le service de la dette s’élève à 5 500 milliards de francs CFA (9,1 milliards de dollars US), mobilisant une part croissante des recettes fiscales. La situation, aggravée par la découverte d’une « dette cachée », ce qui nécessite une restructuration que le Premier ministre Ousmane Sonko exclut.

Un nouveau rapport tente de décrire les principales conséquences de deux options : tenter de rembourser à tout prix ou bien faire défaut. Abdoulaye Ndiaye, l’un des auteurs, s’est entretenu avec The Conversation Africa.


Comment la crise de la dette du Sénégal est-elle apparue ?

En septembre 2024, le nouveau gouvernement, élu en avril de la même année, découvre et annonce publiquement des anomalies dans les rapports sur la dette. Dans la foulée, en octobre de la même année, le FMI suspend son programme d’aide au pays.

Quelques mois plus tard, en février 2025, la Cour des comptes estime que le déficit a été sous-estimé de 5,6 % du PIB par an entre 2019 et 2023. Dès lors, le ratio dette/PIB est révisé à 100 %, contre 74 % initialement annoncés. Entre mars 2025 et octobre 2025, malgré plusieurs visites dans le pays, le programme FMI reste en hiatus.

Par la suite, le gouvernement publie le budget révisé pour 2025 ainsi que les
perspectives à moyen terme. La dette est désormais estimée à 120 % du PIB, Un mois après, la mission envoyée par le FMI est prolongée de deux semaines. Dans le même temps, les premières tensions publiques majeures éclatent entre le FMI et le gouvernement. Conséquence directe, les obligations d’État s’effondrent. Face à cette pression, le Premier ministre Ousmane Sonko s’engage à tout mettre en oeuvre pour éviter un défaut de paiement.




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Sur quels paris repose la stratégie actuelle du Sénégal face à la crise de la dette ?

Rembourser à tout prix, c’est faire deux paris en un. Le premier, c’est celui d’une consolidation budgétaire massive en un temps record. Autrement dit, un marathon au rythme d’un sprint. Passer de 14 % du PIB de déficit primaire en 2024 environ à 2 % de surplus est quelque chose que seulement quelques pays ont pu faire, généralement en profitant d’une manne exceptionnelle de ressources naturelles. C’est le cas d’Antigua-et-Barbuda qui a réalisé un spectaculaire rebond budgétaire avec des excédents primaires après des années de déficit.

Le second pari, c’est que pendant ce temps certains acteurs clés dont le FMI accepteront de croire que la dette du Sénégal est soutenable, autrement dit de prêter en ce moment difficile. Pour financer son déficit courant, mais aussi la dette à rembourser entre 2026 et 2028, le gouvernement doit lever 15 000 milliards de francs CFA (25 milliards de dollars US).

Si le FMI ne peut pas intervenir, qui pourrait financer le Sénégal et à quel prix ?

L’institution la plus à même de le faire serait effectivement le FMI, dont les programmes visent précisément à soutenir des pays en crise, qui permettent de mobiliser d’autres prêteurs concessionnels, et dont les prêts aux pays pauvres sont à taux zéro. Mais du fait de ses propres règles, le FMI ne peut signer de programme que si son cadre d’analyse de la dette publique indique que la dette est soutenable. Or, aussi imparfait que soit cet outil, notre analyse indique qu’il est peu probable que ce soit le cas.

Si le FMI ne peut pas prêter, d’autres acteurs pourraient-ils s’y substituer ? C’est possible : on l’a vu par le passé : dans le cas de l’Egypte ou du Kenya en 2024, des prêteurs émergents comme les Emirats Arabes Unis ont accepté de fournir des liquidités malgré des doutes sur la solvabilité du pays. Mais il serait illusoire de croire que ces soutiens sont gratuits : plus ils sont risqués, plus ils vont exiger des contreparties : privatisations douloureuses, etc.




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Le Sénégal dispose-t-il d’une autre option pour faire face à sa crise de la dette ?

Une troisième option serait de s’appuyer sur les marchés financiers régionaux. En 2025, ce sont les banques régionales qui ont financé l’endettement sénégalais, fournissant plus de 4000 milliards de francs CFA (6,7 milliards dollars US). Elles pourraient continuer, mais sans doute pas dans les mêmes volumes : cela réduirait les prêts au secteur privé, et, surtout, pourrait exposer le secteur bancaire à un risque croissant.

Il n’est pas impossible que ce double pari réussisse, mais une telle stratégie expose à des risques considérables : soit que la consolidation massive échoue, soit qu’aucun prêteur ne se manifeste.

Si le Sénégal dispose d’une autre option pour faire face à la crise de la dette, là, on peut parler également du fait qu’il y a eu, pour développer cette partie, plus d’opérations opaques, comme les échanges de rendement total – contrat financier dans lequel deux parties échangent des flux financiers liés à la performance d’un actif –, qui sont essentiellement des manières pour les marchés financiers internationaux de pouvoir accéder au marché sénégalais. Ce sont des produits dérivés financiers.

Comment le Sénégal peut-il négocier sa dette sans bloquer ses investissements futurs ?

L’autre stratégie possible est de chercher à négocier avec les créanciers, dans le « Cadre Commun », la procédure mise en place par le G20 pour réduire les dettes dues aux créanciers bilatéraux des pays en développement.

Ce choix n’est pas aisé non plus. Les cas récents de restructuration étaient longs et complexes, même si les derniers en date, le Ghana et l’Éthiopie, ont vu une certaine accélération. La communauté internationale devrait en faire un test de collaboration possible : la Chine et la France, qui détiennent ensemble environ 70% de la dette bilatérale, devraient clairement montrer leur soutien en s’engageant à traiter la dette le plus rapidement possible.

Négocier avec les créanciers privés est toujours compliqué : ils chercheraient à minimiser leurs pertes, et les obligations seraient classées en « défaut » par les agences de notation. Ces conséquences sont importantes, mais la réémergence après un défaut est possible, en particulier quand la dette est réduite de manière suffisamment décisive.

De leur côté, les institutions internationales devront soutenir le pays avec de nouveaux prêts, pour que le Sénégal puisse continuer à investir malgré les difficultés d’accès aux marchés internationaux. Enfin, pour minimiser les coûts économiques, il faudrait exclure les dettes dues en franc CFA du périmètre de restructuration, pour éviter de déstabiliser la zone.




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Quelle est, selon vous, la meilleure voie à suivre ?

Dans tous les cas, les leçons de cette crise doivent aller au-delà du Sénégal, et conduire à renforcer la transparence de la dette et la supervision bancaire dans la zone. Comme l’ont fait les pays européens au moment de la crise grecque en 2010, l’Union écoomique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) devra se réformer et adopter des filets de sécurité additionnels.

L’expérience montre que repousser un défaut est coûteux : mieux vaut négocier tôt pour réduire l’impact sur les exportations et la croissance. Les deux choix en présence sont difficiles, et les deux imposeront des coûts sérieux à l’économie. Notre analyse est qu’en l’absence de liquidités importantes et peu chères, rembourser serait plus dangereux et coûteux.

Les coûts d’une restructuration se concentreraient principalement à court terme, avec des négociations pouvant durer deux à trois ans. En revanche, les conséquences de l’échec d’un remboursement seraient beaucoup plus lourdes et durables. Ce scénario ferait peser des risques importants sur la stabilité économique à long terme et doit donc être évité.

The Conversation

Abdoulaye Ndiaye does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Crise de la dette sénégalaise : une boussole pour s’orienter – https://theconversation.com/crise-de-la-dette-senegalaise-une-boussole-pour-sorienter-274339

¿Por qué nos tatuamos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Joan Tahull Fort, Profesor e investigador en sociología, especializado en dinámicas sociales y educativas contemporáneas, Universitat de Lleida

shutterstock Rawpixel.com/Shutterstock

Un tatuaje parece una contradicción: en una época marcada por la inmediatez y por modas efímeras que desaparecen con rapidez, decidimos fijar algo “para siempre” en la piel.

Esta tensión no es un detalle estético: es una pista. Para entender por qué nos tatuamos hoy hay que mirar más allá de la tinta y preguntarnos qué hay detrás.

De “práctica marginal” a lenguaje cotidiano

Durante décadas, en Occidente, los tatuajes estuvieron socialmente estigmatizados
y se vinculaban casi exclusivamente a presos, marineros, entornos delictivos o personas situadas en los márgenes de la sociedad. En otros contextos culturales (especialmente en diversas sociedades de Asia, África y Oceanía), el tatuaje tradicionalmente se ha aceptado e integrado en la vida social: no solo era una práctica normalizada, sino también funcional, ya que indicaba estatus, profesión, pertenencia o marcaba ritos de paso. Pero la tradición filosófica y religiosa occidental (con la idea del cuerpo como “intocable” y el recelo a alterarlo) tendía a desaconsejar esta práctica.

A partir de los años ochenta, el tatuaje empieza a aparecer entre adolescentes y jóvenes, al principio de manera minoritaria y a menudo vinculado a determinados entornos. Y es con el inicio del siglo XXI cuando el fenómeno estalla: deportistas, cantantes y personajes públicos lo normalizan; y, al mismo tiempo, personas “anónimas” de todo tipo (docentes, abogados…) lo llevan sin ocultarlo.

Un mundo líquido y una piel que quiere ser un mapa

Vivimos en un contexto que a menudo se ha descrito como “líquido”: vínculos más frágiles, trayectorias vitales menos lineales, referentes filosóficos y religiosos más diluidos, y una sensación de incertidumbre que se ha vuelto casi estructural. La vida (trabajo, pareja, amistades, identidad…) se construye cada vez más como un puzle personal, sin manual de instrucciones y con piezas que cambian de forma.

En este escenario, el tatuaje puede funcionar como una respuesta posmoderna a una crisis de sentido. No porque sea “la solución”, sino porque ofrece algo muy concreto: una forma de fijar, en un mundo transitorio, un recuerdo, un valor, una pertenencia o un compromiso con uno mismo. El cuerpo es el territorio que habitamos siempre. Y el tatuaje lo convierte en un mapa: un mapa biográfico, simbólico y emocional.

Identidad: “Esto es lo que soy” (o lo que quiero ser)

Muchas personas se tatúan para construir y reforzar su identidad. A veces, es una identidad colectiva: en las Tierras del Ebro, por ejemplo, algunos jóvenes explican la práctica de tatuarse un toro. No es solo un dibujo; es una señal socialmente legible: “ahora ya soy adulto” y “ahora ya pertenezco”. El tatuaje actúa como distintivo y como mecanismo de reconocimiento comunitario: es legible por los iguales y también por los adultos, y contribuye a legitimar socialmente el cambio de estatus. Sobre todo, el propio joven lo experimenta como la confirmación simbólica de haber cruzado un umbral vital.

Otras veces, el tatuaje es una declaración íntima que también quiere ser pública. Una joven se tatuaba una cabra como símbolo de su vegetarianismo: no bastaba con “pensarlo” o “hacerlo”.

Y después está el tatuaje como biografía: adultos que acumulan piezas a lo largo de los años, combinando diseños más superficiales con otros que son “núcleo duro”: nombres de hijos, parejas, animales asociados a fuerza o lucha, símbolos de miedos o aspiraciones. La piel, en estos casos, se convierte en archivo. No un archivo neutral, sino selectivo: lo que hay que recordar, preservar y mantener.

Pertenencia y amistad: el tatuaje como pacto

La identidad no es solo individual. También es vínculo. Y aquí el tatuaje actúa como un sello. Algunos jóvenes explican tatuajes compartidos tras un viaje: tres amigos que se hacen el mismo trébol como recuerdo de Irlanda. Es una escena sencilla y, a la vez, potente: la vida adulta a menudo dispersa, fragmenta y reordena prioridades. Pero el tatuaje queda como una promesa: “hicimos esto”, “nos unió” y “no desaparece”.

En grupos de amigas ocurre algo similar: una mariposa común, con variaciones personales (tamaño y lugar del cuerpo), para representar una amistad “para siempre”.

Cuando los vínculos sociales son más volátiles, las personas tienden a buscar maneras de darles consistencia y visibilidad. Hoy, el tatuaje es una forma tangible y socialmente aceptada de hacerlo.

Rito de paso: cuando la vida no tiene ceremonias, nos las inventamos

En muchas sociedades tradicionales, el paso de una etapa a otra estaba ritualizado: había un antes y un después, y la comunidad lo reconocía. Hoy, muchos de estos ritos se han debilitado o han desaparecido. Y eso deja a mucha gente (especialmente jóvenes) en una especie de “umbral” permanente: ya no son niños, pero tampoco se sienten plenamente adultos. Aquí el tatuaje puede actuar como ritual contemporáneo de autoafirmación. Una chica que se tatúa justo al cumplir 18 años lo expresa así: “ahora ya soy mayor de edad y sobre mi cuerpo mando yo”.

También puede marcar rupturas y renacimientos: un hombre que se tatúa tras una separación porque ya no tiene que “pedir permiso”; o alguien que, después de un accidente grave, se graba un carpe diem como recordatorio físico de una nueva filosofía de vida. No es que el tatuaje cure el trauma, pero puede ayudar a darle forma: “esto me ha pasado” y “construyo mi futuro a partir de lo que he vivido”.

El “subidón”: tinta, adrenalina y calma existencial

Un elemento que sorprende al escuchar relatos de personas tatuadas es la descripción de un “subidón”: la anticipación, la ilusión, la adrenalina, la sensación de energía que culmina durante la sesión y continúa después. Algunos lo explican casi como una necesidad: una vez tienes uno, quieres más. No siempre por vanidad, sino por el efecto emocional: evadir problemas, animarse en momentos bajos y sentirse “más vivo”.

En un mundo saturado de estímulos rápidos, el tatuaje es un estímulo intenso pero diferente: no es solo consumible, es transformador. El cuerpo sale cambiado. Y eso da una sensación de control que, en tiempos de incertidumbre, puede ser valiosa.

Estética: comportarse como una obra (y como armadura)

Mucha gente se tatúa por una razón aparentemente más simple: porque le gusta. Pero incluso aquí hay capas. Algunas personas tatuadas hablan del cuerpo como de un proyecto estético coherente: piezas que “enlazan” entre sí, colores pensados y ropa elegida para lucirlos. Hay quien dice que con los tatuajes se siente “vestido” o “protegido”, como si la piel fuera una armadura simbólica.

Otros eligen diseños que quieren ser “bonitos” (flores, animales y formas diversas) pero luego les añaden una función: motivarse, recordar cosas esenciales y reforzar el estado de ánimo. Y también hay estéticas identitarias muy marcadas, como la gótica (cruces, calaveras y rosas oscuras), que no solo decoran: declaran una manera de estar en el mundo, una relación particular con la muerte, el misterio o el “más allá”.

El dolor: “si no cuesta, no vale”

Por último, el gran tema: el dolor. Podríamos pensar que, en una sociedad que evita el sufrimiento, el tatuaje sería una anomalía. Pero es precisamente aquí donde se vuelve interesante: mucha gente atribuye al dolor un valor simbólico. Como una forma de sacrificio voluntario, un coste necesario que dota de valor a la experiencia. “Si no doliera, no tendría sentido”, dicen algunos. “Las cosas se valoran más cuanto más cuestan”.

El dolor convierte el tatuaje en experiencia, no solo en resultado. Hace que el significado no sea únicamente visual, sino también corporal, porque el propio proceso de hacerlo, con su dolor e intensidad, queda asociado a lo que representa.

Una respuesta imperfecta (pero comprensible) a la necesidad de sentido

Nos tatuamos por muchas razones a la vez: identidad, pertenencia, ritual, estética, emoción, dolor… y, a menudo, por una combinación de todo ello. En una sociedad compleja y cambiante, el tatuaje puede funcionar como un “calmante existencial”: da sensación de orden, de control y de continuidad. No sustituye filosofías ni comunidades sólidas, pero puede servir de apoyo, recordatorio y faro personal.

Y quizá esa sea la idea clave: el tatuaje no es solo una moda. Es un intento (a veces lúdico, a veces desesperado y a veces profundo) de decir: “esto importa”, “me sostiene” y “quiero que perdure”.

The Conversation

Joan Tahull Fort no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué nos tatuamos? – https://theconversation.com/por-que-nos-tatuamos-276409

¿Hay alguien ahí? La misión PLATO en busca de otras “Tierras”

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Vázquez Monzón, Profesor Ayudante Doctor, especializado en Astrofísica y Astrodinámica, Universidad Loyola Andalucía

PLATO es una misión espacial de la Agencia Espacial Europea cuyo objetivo principal es descubrir planetas parecidos a la Tierra fuera del sistema solar. Sobre todo se centra en la búsqueda de mundos rocosos que giran alrededor de estrellas similares al Sol.

A través de estos descubrimientos, la misión quiere responder a una de las grandes preguntas que se ha hecho la humanidad: si nuestro planeta es único o si existen otros mundos con condiciones que permitan la vida tal y como la conocemos.

Para lograrlo, la nave observa el cielo de manera continua durante largos periodos de tiempo. Lo hace mediante un conjunto de cámaras muy sensibles, capaces de vigilar al mismo tiempo una gran región del espacio. Estas cámaras miden con mucha precisión la luz que llega de miles de estrellas. Cuando el brillo de una de ellas disminuye de forma regular, puede ser una señal de que un planeta está pasando por delante.

Cuando un planeta cruza frente a su estrella, se produce una pequeña bajada de luz. Este fenómeno se repite cada vez que el planeta completa una vuelta. Al observar estas caídas de brillo una y otra vez, los científicos pueden confirmar la existencia del planeta y calcular cuánto tarda en recorrer su órbita. Con esta información se puede deducir a qué distancia se encuentra de su estrella.




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Estudiar los astros a detalle

La misión no se limita a estudiar planetas. Las estrellas también se analizan con gran detalle. Algunas de ellas presentan pequeñas variaciones internas, comparables a vibraciones suaves. Estudiar estos cambios permite conocer mejor su tamaño, su masa y su edad.

Conocer bien a la estrella es esencial para entender los planetas que la rodean. La edad de la estrella indica cuándo se formó el sistema planetario y ayuda a comprender cómo ha evolucionado con el tiempo. De esta manera, cada planeta puede situarse dentro de una historia más amplia, desde su origen hasta su estado actual.

PLATO puede medir con mucha precisión el tamaño de los planetas que descubre. Si estos datos se combinan con observaciones realizadas desde la Tierra, también se puede estimar su masa. A partir del tamaño y la masa se calcula la densidad, que indica de qué tipo de planeta se trata. Gracias a esto, es posible saber si un planeta es rocoso, como la Tierra, o si está formado principalmente por gases.

Este paso es clave para seleccionar los planetas más interesantes. Los mundos rocosos resultan especialmente atractivos porque podrían tener superficies sólidas. Algunos de ellos, además, podrían encontrarse a la distancia adecuada de su estrella para permitir la presencia de agua líquida, una condición básica para la vida tal y como la conocemos.

Aunque misiones espaciales anteriores han descubierto miles de planetas fuera del sistema solar, en muchos casos no se dispone de información suficiente para saber si se parecen realmente a la Tierra. A menudo faltan datos precisos sobre su tamaño, su masa o la estrella a la que orbitan. La misión PLATO ha sido diseñada para cubrir ese vacío y acercarnos a la identificación de planetas verdaderamente comparables al nuestro.

Prioridad al estudio de estrellas brillantes y cercanas

La misión da prioridad al estudio de estrellas brillantes y cercanas. Estas estrellas permiten observaciones más detalladas desde la Tierra y facilitan el estudio posterior de los planetas descubiertos. De este modo, cada hallazgo tiene un mayor valor científico.

Las observaciones se organizan en campañas que duran varios años, el tiempo necesario para detectar planetas que tardan mucho en completar su órbita, como ocurre con la Tierra. Algunos de estos mundos se encuentran en la llamada zona habitable, donde las condiciones podrían permitir la existencia de agua líquida en la superficie.

La nave se sitúa en una región del espacio muy estable y alejada de la Tierra. Desde allí puede observar el cielo sin interrupciones, lo que mejora la calidad de los datos y reduce los errores. Gracias a esta estabilidad, se pueden detectar señales muy débiles que de otro modo pasarían desapercibidas.




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Cartografiar otros planetas para conocer mejor el nuestro

Esta misión trabaja junto a otros proyectos científicos. Sus resultados se combinan con datos obtenidos por telescopios terrestres y por diversas misiones espaciales, lo que permite obtener una visión más completa de cada sistema planetario. Todos los datos recogidos estarán disponibles de forma abierta. Investigadores, docentes y estudiantes podrán utilizarlos libremente, lo que favorecerá nuevos estudios y el uso de datos reales en el aula.

Se espera que la misión descubra cientos, o incluso miles, de planetas pequeños. Con una muestra tan amplia, será posible comparar muchos sistemas diferentes y estudiar cómo influyen factores como la edad de la estrella o el tamaño del planeta. Así se avanzará en la comprensión de cómo se forman y evolucionan los sistemas planetarios.

Más allá del ámbito científico, esta misión también tiene un importante valor educativo y social. Sus datos pueden utilizarse en el aula para acercar la ciencia al alumnado y mostrar cómo funciona la investigación real. PLATO no solo ampliará nuestro conocimiento sobre otros mundos, sino que también nos ayudará a comprender mejor nuestro propio planeta y nuestro lugar en el universo.

The Conversation

Carlos Vázquez Monzón ha recibido fondos de la Unión Europea-NextGenerationEU, y de la Xunta de Galicia bajo la beca ED 431B 2020/38

ref. ¿Hay alguien ahí? La misión PLATO en busca de otras “Tierras” – https://theconversation.com/hay-alguien-ahi-la-mision-plato-en-busca-de-otras-tierras-274045

Con ‘Streets of Minneapolis’ Springsteen se suma una vez más a la canción protesta norteamericana

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Andrés García Martín, Profesor de Historia Contemporánea e Historia del Mundo actual, Universidad Rey Juan Carlos

Imagen del concierto de Bruce Springsteen en San Sebastián en junio de 2025. FOTOADICTA/Shutterstock

¿Qué tienen en común “Strange Fruit” de Billie Holiday, “Ohio” de Crosby, Still, Nash and Young y “Streets of Minneapolis” de Bruce Springsteen?

Todas estas canciones reúnen un mismo denominador: la formulación de una protesta cantada contra el contexto político y social en el que fueron compuestas. Las tres se han inspirado en acontecimientos cercanos que afectan a sus autores en el quehacer cotidiano y critican la acción –o inacción– de las autoridades.

Lo hacen mientras transitan por un desierto de represión y desazón, con la esperanza de que su canto sacuda las conciencias y movilice a la sociedad para entonar una protesta ensordecedora capaz de alterar el curso de los acontecimientos.

Desde los linchamientos

Billie Holiday empezó a cantar “Strange Fruit” en 1939 para denunciar de manera pionera el terror que sufrían los afroamericanos a causa de la violencia intrínseca al régimen de Jim Crow (las leyes estatales estadounidenses que defendían la segregación racial). Como muestra, entre 1882 y 1956 fueron linchadas 4 700 personas en EE. UU. De ellas, un 80 % eran afroamericanos.

Décadas más tarde, en 1970, Neil Young y su banda californiana observaron horrorizados cómo la Guardia Nacional de Ohio abría fuego contra estudiantes de la Universidad de Kent State que protestaban por las operaciones militares norteamericanas en Camboya.

Al ver la portada de la revista Life, el cantante canadiense tardó apenas unos minutos en componer “Ohio”, una obra que arremetía contra el presidente Nixon y su política represiva contra las protestas antibélicas.

Lo mismo podemos decir de Bruce Springsteen y su obra más reciente: “Streets of Minneapolis”, que presentó por sorpresa en directo junto al guitarrista Tom Morello, en Minneapolis el pasado 30 de enero.

Si bien los dos ejemplos anteriormente citados fueron ciertamente pioneros a la hora de denunciar determinados acontecimientos, la obra del “Boss” no es completamente innovadora. De hecho, Donald Trump y su ejercicio como presidente habían sido duramente criticados por algunos cantantes, ya fuera a través de declaraciones, canciones o, sobre todo, reciclando el significado de obras compuestas con anterioridad.

Lo que ha impulsado a Springsteen a componer han sido los recientes excesos de ICE (Immigration and Customs Enforcement) en Minneapolis y el asesinato de dos manifestantes –Renée Good y Alex Pretti–.

Pero no ha sido ni el único ni el último. La banda de rock irlandesa U2 acaba de publicar por sorpresa el EP Days of Ash. En él se incluye la canción “American Obituary”, un homenaje a la asesinada Good.

Las denuncias del ‘Boss’

Ahora bien, la intensidad de la denuncia formulada por el roquero de Nueva Jersey sí que revela unas cuotas de protesta musical prácticamente desconocidas desde la década de 1970, exceptuando las piezas compuestas contra la intervención militar de George W. Bush en Irak.

Durante su gira europea de primavera y verano de 2025, Springsteen arremetió contra la política nacional de Donald Trump. Así quedó evidenciado en el concierto celebrado en Mánchester a mediados de mayo de 2025 cuando denunció que EE. UU. se encuentra en manos de una “administración corrupta”. Esto generó una respuesta inmediata por parte del presidente estadounidense, quien definió al cantante como “sobrevalorado”, “más tonto que una piedra”, “imbécil prepotente” y “reseco como una pasa”, entre otros descalificativos.

Sin embargo, las palabras de Trump no silenciaron el alma reivindicativa del veterano roquero. Yo mismo lo pude comprobar al asistir al concierto de Bruce Springsteen y The E Street Band en Berlín el mes de junio siguiente. Durante la actuación, el cantante no escatimó críticas contra la política nacional de Donald Trump, a quien calificó como “no apto para gobernar”. Lo hizo tras realizar una mención especial contra las redadas en ciudades californianas como Los Ángeles y la violación de derechos ciudadanos que ello suponía.

Sin embargo, las redadas masivas en Minneapolis y la represión de las protestas –con los dos asesinatos antes mencionados– han sido el casus belli definitivo para Springsteen. Ha pasado de la mera crítica enunciativa en sus conciertos a componer, sin lugar a dudas, su mayor canción protesta, un género al que no ha sido ajeno. Así lo constatan piezas anteriores como “American Skin (41 Shots)” (2001) o “Death to my Hometown” (2012).

Verso a verso

Un rápido análisis de la letra de la obra constata una crítica feroz no solo contra la política migratoria de la segunda estancia de Trump en la Casa Blanca, sino también contra el autoritarismo que emana del Despacho Oval. Cual pintor en su estudio, Springsteen plantea un panel con varios lienzos.

La primera estrofa ubica y presenta el problema: la presencia de ICE –definido como el “ejército privado de Trump”– en las calles de una Minneapolis ultrajada. Esto permite denunciar tanto el autoritarismo de su administración como el carácter innecesario de la acción en cuestión.

El segundo lienzo –o estrofa– desvela la resistencia de la población local a esta presencia y las herramientas de represión de los agentes de ICE. De este modo, la línea cronológica planteada por Springsteen conduce ineludiblemente a una explícita mención a Good y Pretti, elevados de esta manera al santoral de la resistencia antitrumpista.

Así, la tercera estrofa arremete contra las justificaciones de la administración de Trump y su distorsión de los acontecimientos. Por ello, coloca en el centro de la diana al asesor Stephen Miller y a la secretaria de Seguridad Nacional Kristi Noem por calificar como “terrorista doméstico” a Pretti.

Finalmente, la última estrofa embiste contra la parcialidad de los arrestos de ICE y sintetiza la problemática que arrastra: la vulneración de varias enmiendas constitucionales –primera, cuarta y quinta, por citar algunas– y la consiguiente erosión de derechos básicos tales como la libertad de expresión y reunión, el empleo excesivo de la fuerza, los registros sin autorización judicial o la ausencia de igualdad ante la ley.

En semejante diatriba, Springsteen no ha dudado en cantar en primera persona del plural. Esto define su mayor aportación de la obra, ratificada al cerrar la misma tomando prestado el grito de guerra de los manifestantes (“ICE out”): el “Boss” actúa no sólo como compositor, sino que también se involucra y participa en la protesta activamente.

Con “Streets of Minneapolis”, Springsteen recupera un género intermitente en su trayectoria a la vez que deja un desgarrador retrato de la actualidad estadounidense.


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The Conversation

Juan Andrés García Martín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Con ‘Streets of Minneapolis’ Springsteen se suma una vez más a la canción protesta norteamericana – https://theconversation.com/con-streets-of-minneapolis-springsteen-se-suma-una-vez-mas-a-la-cancion-protesta-norteamericana-275631

Toxoplasmosis en el embarazo: por qué el riesgo no siempre es el que creemos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Pérez Caballero, Profesor de Parasitología y Enfermedades Parasitarias, Universidad de León

Prueba para detectar la toxoplasmosis. Saiful52/Shutterstock

La prueba de la toxoplasmosis es una de las muchas a las que se someten las mujeres durante su embarazo. Por lo tanto, puede convertirse en una fuente más de estrés durante unos meses ya de por sí difíciles. Para entender por qué genera tanta preocupación conviene empezar por lo básico. Saber qué es esta infección y cómo se adquiere ayuda a entender el riesgo real.

La toxoplasmosis está causada por Toxoplasma gondii, un parásito intracelular muy extendido en la naturaleza. Puede infectar a personas y animales. En la mayoría de los adultos sanos la infección pasa desapercibida o con síntomas leves similares a los de una gripe.

En las personas, la transmisión se produce sobre todo por vía alimentaria. El principal riesgo aparece al consumir carne cruda o poco cocinada que contenga el parásito, aunque también puede adquirirse al ingerir frutas y verduras contaminadas si no se lavan bien.

Otra vía posible es el contacto con tierra contaminada con heces de gato. Esto puede ocurrir si no se utilizan guantes durante tareas de jardinería o no se lavan las manos después. En estos casos, una higiene básica de manos reduce de forma clara el riesgo.

Aunque los gatos suelen asociarse a la toxoplasmosis, su papel se interpreta a menudo de forma incorrecta, ya que solo expulsan el parásito durante un periodo corto tras infectarse. Además, el contacto directo con ellos no es la principal vía de transmisión en humanos.

El embarazo cambia el riesgo, pero no es motivo de alarma

La presencia del parásito no supone el mismo riesgo para todas las personas. Durante el embarazo, el momento de la infección es un factor clave.

El mayor riesgo aparece cuando la mujer se infecta por primera vez durante la gestación. En ese caso, el parásito puede atravesar la placenta y llegar al feto. Esto es lo que se conoce como toxoplasmosis congénita.

La probabilidad de transmisión aumenta a medida que avanza el embarazo. Sin embargo, las consecuencias suelen ser más graves cuando la infección ocurre en los primeros meses. Estas consecuencias pueden incluir alteraciones neurológicas y visuales y, en casos poco frecuentes, un aborto.

Aun así, la mayoría de las infecciones maternas no provocan daños graves en el feto. El riesgo se reduce aún más cuando la infección se detecta de forma precoz y se realiza un seguimiento adecuado.

Por el contrario, las mujeres que han pasado la infección antes del embarazo suelen estar protegidas. Conocer el estado inmunitario ayuda a reducir la incertidumbre y a tomar decisiones con mayor tranquilidad.

Gatos, alimentos y otros mitos

Aunque estos aspectos están bien establecidos por la ciencia, la percepción social del riesgo no siempre coincide con la evidencia.

Uno de los mitos más extendidos es pensar que convivir con un gato supone un alto riesgo. Sin embargo, como ya hemos apuntado, la mayoría de las infecciones no se producen por el contacto directo con estos animales. El riesgo real está mucho más relacionado con la manipulación de alimentos, así como con el consumo de carne poco hecha o de verduras mal lavadas.

Otro error frecuente es creer que cualquier diagnóstico de toxoplasmosis durante el embarazo implica un peligro grave. En realidad, el riesgo depende del momento de la infección y de la inmunidad previa de la madre.

También persiste la idea de que la toxoplasmosis siempre causa daños importantes en el feto. Aunque esto puede ocurrir en algunos casos, muchas infecciones cursan sin síntomas y pueden controlarse con un seguimiento adecuado.

Qué medidas previenen de verdad la toxoplasmosis

Corregir estos mitos no es solo una cuestión teórica: ayuda a centrar la prevención en medidas eficaces y proporcionales.

  1. En la alimentación es fundamental consumir la carne bien cocinada. Deben evitarse los productos crudos o poco hechos, especialmente durante el embarazo.

  2. También es importante lavar cuidadosamente frutas y verduras antes de consumirlas. En la cocina conviene extremar la higiene, lavarse las manos tras manipular alimentos crudos y limpiar bien las superficies.

  3. No es necesario evitar el contacto con gatos; basta con adoptar precauciones sencillas. La bandeja de arena debe limpiarse a diario, preferiblemente por otra persona y usando guantes.

  4. Durante la jardinería o el contacto con tierra se recomienda proteger las manos y lavarlas después.

Estas medidas basadas en el riesgo real de transmisión, junto con el seguimiento médico habitual, permiten reducir el riesgo sin alterar de forma significativa la vida cotidiana.

El miedo no es una buena estrategia de prevención

El miedo a la toxoplasmosis durante el embarazo puede llevar a decisiones poco útiles y a un exceso de preocupación, cuando, en realidad, el riesgo no es igual para todas las mujeres ni en todas las situaciones. Depende del momento de la infección, de la inmunidad previa y de las vías reales de transmisión. Si estos factores se conocen, la prevención deja de basarse en prohibiciones generales: se apoya en decisiones informadas y proporcionadas.

Evitar alimentos o actividades sin un criterio claro no añade protección. En cambio, aumenta la ansiedad y dificulta vivir el embarazo con tranquilidad. En el ámbito de la salud, comprender el riesgo suele ser más eficaz que temerlo. La información rigurosa permite proteger sin renunciar a la vida cotidiana.

Diagnóstico y seguimiento durante el embarazo

Aunque se apliquen estas medidas, pueden surgir situaciones que requieran valoración médica. En ese contexto, el diagnóstico y el seguimiento desempeñan un papel clave.

La toxoplasmosis se detecta principalmente mediante análisis de sangre. Estas pruebas permiten identificar anticuerpos frente al parásito y dilucidar si la infección es pasada o reciente.

Cuando se confirma una infección durante la gestación, el seguimiento médico es esencial. Existen protocolos bien establecidos que incluyen controles periódicos. En algunos casos se indica el tratamiento farmacológico con el objetivo de reducir el riesgo de transmisión al feto y la aparición de complicaciones.

En suma, la detección precoz y el acompañamiento especializado permiten abordar la infección de forma informada. Evitan decisiones basadas en el miedo y favorecen una atención más serena.

La toxoplasmosis en el embarazo es un buen ejemplo de cómo el riesgo sanitario no es absoluto, sino que depende del contexto. Comprender cuándo existe un peligro real es más útil que imponer restricciones innecesarias. En salud pública, la información rigurosa sigue siendo una de las mejores herramientas de prevención.

The Conversation

Raúl Pérez Caballero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Toxoplasmosis en el embarazo: por qué el riesgo no siempre es el que creemos – https://theconversation.com/toxoplasmosis-en-el-embarazo-por-que-el-riesgo-no-siempre-es-el-que-creemos-274880

Potenciar el capital humano de las empresas a través de la transformación digital, ¿realidad o ficción?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alberto Vaquero García, Profesor Titular de Universidad, Universidade de Vigo

Fit Ztudio/Shutterstock

Ante el imparable avance del desarrollo tecnológico y la digitalización, tanto las entidades públicas como las privadas se enfrentan al reto de conseguir que sus plantillas se impliquen y adapten para poder aprovechar sus beneficios.

Un modelo dinámico: digitalización y recursos humanos

Con el fin de afrontar estos cambios, el esfuerzo debe ir más allá de la mera adaptación. Por una parte, se deben rediseñar y adaptar los puestos de trabajo, pero también fomentar una cultura organizativa que valore tanto las capacidades humanas como las tecnológicas. Para ello, planteamos un modelo dinámico que integre las nuevas herramientas digitales con los recursos humanos.

LA IA y la gestión de recursos humanos

La inteligencia artificial se integra en la gestión de recursos humanos mediante la aplicación de prácticas de gestión tanto duras (relativas a la tecnología) como blandas (relacionadas con el impulso de la participación y la confianza en los equipos de trabajo).

La automatización de procesos y la toma de decisiones basadas en datos entran dentro de las prácticas de gestión duras. Su aplicación permite optimizar funciones de la gestión de recursos humanos como la contratación, la formación, la evaluación del desempeño y la compensación por el trabajo.

Esto posibilita que el departamento pueda dedicar menos tiempo a las funciones administrativas y orientar su trabajo hacia la planificación estratégica. Al mismo tiempo, ayuda a que la toma de decisiones se haga de forma más precisa y oportuna.

Por su parte, la dimensión blanda busca apoyar a las personas en el proceso de adaptación a la transformación digital. Para ello, se utilizan estrategias participativas y basadas en la confianza. Entre otras, la formación en habilidades digitales, la comunicación transparente y el diseño de mecanismos de retroalimentación entre las personas empleadas y las que se encargan de la gestión de los recursos humanos.

Transformación en bucle

A medida que las personas interactúan con la IA y se benefician de las mejoras en los procesos, aumentan su confianza, habilidades y disposición para interactuar digitalmente. Estas transformaciones impactan en la gestión del departamento de recursos humanos y se dividen en dos categorías:

  1. La actualización continua del conocimiento sobre las tendencias tecnológicas en las distintas áreas (formación, reclutamiento, retribuciones, gestión de talento).

  2. La redefinición del liderazgo para incorporar las habilidades que permitan integrar la IA de forma fluida en la toma de decisiones y la gestión de la plantilla.

Este modelo (integración de la IA + desarrollo de las personas) impulsa el proceso de transformación (bucle de transformación 1): los beneficios derivados de las transiciones digitales impulsan la adopción de procesos innovadores y sincronizados con los avances tecnológicos. Llegados a este punto, el proceso se reinicia en una etapa más avanzada (bucle de transformación 2), y así sucesivamente.

Escenarios posibles

En este modelo de interacción cíclica entre la integración de la IA y el desarrollo centrado en las personas, se contemplan cuatro escenarios posibles:

  1. La organización opta por evitar los cambios tecnológicos. Entonces se corre el riesgo de perder competitividad mientras los competidores avanzan. En este escenario, la organización se puede enfrentar a desafíos de supervivencia a largo plazo (fracaso).

  2. Las personas trabajadoras ven la incorporación de la IA de forma positiva. En este caso, es más probable que mejoren sus habilidades digitales y exploren nuevas oportunidades laborales para aprovechar estos avances. Sin embargo, este entusiasmo podría provocar una pérdida de talento, reduciendo la competitividad y la viabilidad a largo plazo de la empresa (fuga de talento).

  3. Se hace la implementación tecnológica sin contar con una estrategia de recursos humanos. Será más probable encontrar resistencia en las personas empleadas y no se aprovecharán todos los beneficios potenciales. Esto genera pérdida de autonomía, mayor desconfianza, mayor carga de trabajo y estrés técnico, reduciendo la satisfacción, motivación y rendimiento de las personas trabajadoras (ganancia media).

  4. Se sincroniza la implementación de IA con una estrategia sólida de recursos humanos. Así se garantiza que las personas trabajadoras aprovechen al máximo los beneficios tecnológicos. Para ello es preciso diseñar y desarrollar funciones y tareas que mejoren la satisfacción y el rendimiento laboral, para la consecución del éxito (sostenibilidad).

Visión estratégica de los recursos humanos

La fórmula “integración de la IA en la empresa + desarrollo del capital humano” es la manera óptima de que las empresas potencien el proceso de transformación digital. Y solo es posible reforzando el papel estratégico de los recursos humanos dentro de las organizaciones y reconociendo a las personas trabajadoras como activos estratégicos.

Con la integración de la IA en los procesos de toma de decisiones de recursos humanos, las organizaciones pueden mejorar la precisión de la evaluación del desempeño, reducir posibles sesgos y fomentar una mayor eficiencia. Estas ventajas posicionan a los departamentos de RR. HH. de las empresas como un factor facilitador estratégico de la transformación impulsada por IA.

The Conversation

Alberto Vaquero García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Potenciar el capital humano de las empresas a través de la transformación digital, ¿realidad o ficción? – https://theconversation.com/potenciar-el-capital-humano-de-las-empresas-a-traves-de-la-transformacion-digital-realidad-o-ficcion-268632