Non, la Cour suprême n’a pas qualifié les Canadiens unilingues d’« inférieurs »

Source: The Conversation – in French – By François Larocque, Full Professor, Research Chair in Language Rights, Faculty of Law | Professeur titulaire, Chaire de recherche Droits et enjeux linguistiques, Faculté de droit, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

La Cour suprême du Canada a récemment rendu une décision historique sur une question constitutionnelle précise, mais importante : le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick – représentant de la Couronne dans la seule province officiellement bilingue du Canada – doit-il être en mesure d’exercer les fonctions de sa charge dans les deux langues officielles ?

Une majorité de six juges a répondu par l’affirmative. Trois juges ont exprimé leur désaccord. Des personnes raisonnables peuvent débattre du bien-fondé de cette décision. Mais ce débat doit commencer par une compréhension exacte de ce que la majorité a réellement décidé.

Il faut d’emblée écarter l’affirmation erronée selon laquelle la Cour suprême aurait considéré les Canadiens qui ne parlent que l’anglais ou que le français comme des citoyens « inférieurs », moins dignes ou moins compétents. Rien dans l’arrêt ne permet de soutenir une telle interprétation.




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Les exigences propres à une fonction constitutionnelle

Nous sommes professeurs de droit et avocats spécialisés en droits linguistiques au Canada, un domaine du droit qui sert trop souvent de cible aux détracteurs du bilinguisme officiel. À l’instar de la Cour suprême, nous estimons que les garanties linguistiques de la Charte canadienne des droits et libertés contribuent à l’unité nationale, à la tolérance et au respect de la diversité.

La Cour a conclu que la personne nommée lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick doit être capable d’exercer les fonctions constitutionnelles de sa charge tant en français qu’en anglais. Cette conclusion ne constitue nullement une condamnation des Canadiens unilingues. Elle reconnaît simplement que certaines charges publiques comportent des qualifications inhérentes à leurs responsabilités constitutionnelles.

Les sénateurs doivent satisfaire à des conditions constitutionnelles relatives notamment à l’âge et à la propriété. Les juges doivent posséder une formation juridique et plusieurs années d’expérience professionnelle. Personne ne prétend que ces exigences rendent les autres Canadiens moins dignes ou moins compétents. Elles définissent les qualifications nécessaires à l’exercice d’une fonction particulière. Le même principe s’applique ici.

Le raisonnement de la majorité repose sur le statut constitutionnel unique du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue du Canada. La Charte y reconnaît non seulement l’égalité du français et de l’anglais, mais également l’égalité des deux communautés linguistiques officielles ainsi que de leurs institutions.

Pour parvenir à sa conclusion, la majorité examine attentivement le texte de la Charte, l’histoire constitutionnelle de la province, l’évolution de la jurisprudence linguistique et le rôle institutionnel du lieutenant-gouverneur.

La décision n’impose donc pas le bilinguisme aux titulaires d’autres fonctions publiques, comme les premiers ministres provinciaux, ni à l’ensemble des hauts fonctionnaires du pays. Elle porte sur une charge constitutionnelle précise, dans une province dont le régime linguistique ne trouve d’équivalent dans aucune autre juridiction canadienne.

Cela dit, le Nouveau-Brunswick devra réfléchir aux enseignements plus larges de l’arrêt pour ses principales institutions publiques. Cette réflexion ne signifie pas que toutes les fonctions seraient désormais assujetties à une exigence automatique de bilinguisme personnel. Elle invite plutôt à se demander, dans chaque cas, si l’institution concernée est véritablement en mesure de servir également les deux communautés linguistiques officielles.

Le contexte historique

Une part importante du raisonnement de la majorité repose sur les exigences de l’égalité réelle : aucune des deux communautés linguistiques officielles ne doit être placée dans une position subordonnée à l’autre.

Au Nouveau-Brunswick, ces communautés doivent jouir d’un statut égal au sein des institutions constitutionnelles établies pour les servir toutes les deux. Exiger que la personne qui est nommée lieutenant-gouverneur puisse communiquer directement avec chacune d’elles ne revient pas à favoriser les personnes bilingues. Il s’agit plutôt de garantir que l’institution que cette personne incarne puisse s’acquitter également de ses obligations envers tous les Néo-Brunswickois.




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Il est tout aussi erroné de présenter le bilinguisme comme une préférence élitiste imposée par des juges militants. Une telle affirmation fait abstraction de la réalité historique qui a donné naissance aux protections linguistiques constitutionnelles.


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Ces garanties n’ont pas été adoptées pour récompenser les professionnels bilingues ni pour créer des possibilités réservées à une classe privilégiée. Elles découlent d’une longue histoire d’inégalités linguistiques et d’exclusion politique vécue par les communautés acadienne et francophone.

Leur constitutionnalisation visait à faire en sorte que les institutions publiques respectent et reflètent le caractère linguistique particulier du Nouveau-Brunswick. C’est à la lumière de cette histoire que le jugement majoritaire doit être compris.

On aperçoit la Cour suprême derrière une banderole rouge et blanche sur laquelle on peut lire « Cour suprême du Canada ».
On voit ici la Cour suprême du Canada à Ottawa, en septembre 2022.
La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

L’interprétation de la Charte

Le désaccord entre les juges de la Cour porte ultimement sur l’interprétation de l’article 16 de la Charte canadienne des droits et libertés. Cette disposition proclame que le français et l’anglais sont les langues officielles du Canada et du Nouveau-Brunswick et qu’ils ont un statut ainsi que des droits et privilèges égaux.

La majorité a conclu que l’article 16 possède une force normative autonome : il ne constitue pas seulement une déclaration symbolique, mais impose une exigence constitutionnelle de bilinguisme institutionnel et d’égalité réelle. Les juges dissidents ont plutôt estimé que le texte de cette disposition ne permettait pas d’en tirer une obligation de bilinguisme personnel applicable au titulaire de la charge de lieutenant-gouverneur.




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Que l’on partage l’opinion de la majorité ou celle de la dissidence, le raisonnement majoritaire constitue un argument constitutionnel sérieux, fondé sur le texte, l’histoire, la structure et l’objet de la Charte. Il mérite d’être discuté pour ce qu’il affirme réellement, et non à partir de caricatures sur la valeur ou la compétence des Canadiens unilingues.

Des personnes raisonnables peuvent diverger sur l’interprétation de la Constitution. Les juges eux-mêmes l’ont fait dans cette affaire. Un tel désaccord est non seulement légitime, mais salutaire dans une démocratie constitutionnelle.


Mark C. Power et Darius Bossé, associés au cabinet Power Law à Ottawa, ont rédigé conjointement cette analyse.
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La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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Retourner sur la Lune : voici pourquoi le défi parait plus grand qu’en 1969

Source: The Conversation – in French – By Hicham Rahali, Lecturer, HEC Montréal

Pourquoi retourner sur la Lune semble-t-il plus difficile aujourd’hui qu’il y a plus de cinquante ans ? La question revient chaque fois que le calendrier du programme Artemis est repoussé ou réorganisé. Le retour à la Lune ne révèle pas seulement un défi technique : il montre surtout que notre manière d’accepter, de justifier et de gouverner les risques a profondément changé.


En 1961, le président américain John F. Kennedy demandait aux États-Unis d’envoyer des astronautes sur la Lune avant la fin de la décennie. En 1969, Apollo 11 y parvenait.

Aujourd’hui, malgré des technologies plus avancées, le retour humain sur la surface lunaire demeure long, coûteux et incertain.

On peut être tenté de penser que nous avons perdu en capacité, en audace ou en efficacité. Mais c’est sans tenir compte de tout ce qui a changé depuis, notamment en matière de gouvernance du risque.

Enseignant en gestion des risques à HEC Montréal, je travaille avec mon coauteur, qui est Maître d’enseignement en management à cette même université, sur la gestion des risques de projet notamment dans les environnements où les décisions doivent être prises avec des informations incomplètes. Vus sous cet angle, Apollo et Artemis sont deux façons différentes de piloter l’incertitude.

Apollo : une course contre le temps

Apollo s’inscrivait dans le contexte de la guerre froide. L’objectif était scientifique, mais aussi politique, stratégique et symbolique. Les États-Unis voulaient rattraper puis dépasser l’Union soviétique dans la course à l’espace.

Dans un tel contexte, l’appétit au risque était élevé. En gestion des risques, cette expression désigne le niveau général d’incertitude qu’une organisation, un gouvernement ou une société accepte de prendre pour atteindre un objectif. Cela ne signifie pas que la sécurité était ignorée. Cela signifie plutôt que les arbitrages entre vitesse, coût, risque humain et incertitude technique étaient dominés par l’urgence.




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Le drame d’Apollo 1, qui a coûté la vie à trois astronautes en 1967, rappelle que cette course s’est déroulée dans un environnement dangereux. Le programme n’a pas été abandonné. Il a été analysé, corrigé, puis relancé. Deux ans plus tard, Apollo 11 atteignait la Lune. Apollo n’était pas un projet sans gestion du risque. C’était un projet avec un seuil d’acceptation différent de celui d’aujourd’hui.

Artemis : plus qu’un retour

Artemis n’est pas une simple répétition d’Apollo. Il ne vise pas seulement à poser des astronautes sur la Lune, planter un drapeau et revenir. L’agence spatiale américaine (NASA) le présente comme une série de missions de plus en plus complexes, orientées vers le retour durable sur la Lune et la préparation de futures missions vers Mars.

Cette différence change tout. Un projet devient plus complexe quand il dépend de plus d’acteurs, d’interfaces et d’objectifs : véhicules, atterrisseurs commerciaux, partenaires internationaux, systèmes de support de vie, infrastructures au sol et séquences de missions.

Dans ce contexte, un problème de bouclier thermique, de système de support de vie ou de coordination entre partenaires n’est pas seulement une difficulté technique. Il devient une question de gouvernance : faut-il poursuivre, reporter, tester davantage ou revoir la séquence des vols ?


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Ce que les reports veulent vraiment dire

Les reports sont souvent interprétés comme des signes d’échec. C’est parfois vrai. Un retard peut révéler une mauvaise planification, une sous-estimation des coûts ou des problèmes de gestion. Mais dans un programme spatial habité, un report peut aussi signifier qu’un seuil de risque a été atteint.

Le seuil de risque correspond au point à partir duquel une situation ne peut plus être simplement surveillée. Il faut agir. Dans un projet à haut risque, agir peut vouloir dire retarder une mission, refaire des essais, modifier une trajectoire ou demander des validations supplémentaires.




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La NASA a par exemple lié certains ajustements d’Artemis aux analyses du bouclier thermique d’Orion et aux systèmes de contrôle environnemental et de support de vie. Ces éléments semblent techniques. Ils touchent pourtant au cœur du sujet : à partir de quel niveau d’incertitude accepte-t-on d’envoyer un équipage ?

La réponse n’est plus la même qu’en 1969. Les décisions publiques sont plus visibles, les coûts plus surveillés et les agences doivent justifier plus explicitement les risques qu’elles acceptent de prendre.

Avons-nous vraiment perdu en audace ?

La question n’est donc pas seulement de savoir si nous sommes encore capables d’aller sur la Lune. Nous le sommes probablement. La vraie question est : dans quelles conditions acceptons-nous d’y aller ?

Apollo était porté par une logique d’urgence nationale. Artemis est porté par une logique de durabilité, de coopération et de démonstration progressive. Cette logique est plus lente, mais aussi plus exposée aux partenariats industriels, à la surveillance publique et aux exigences de sécurité.

Cela ne veut pas dire qu’Artemis est irréprochable. Les grands programmes publics peuvent souffrir de lourdeurs, de coûts mal maîtrisés ou de décisions trop optimistes. Mais réduire les difficultés relatives à Artemis à une perte de compétence serait passer à côté d’un changement plus profond : nous avons déplacé les frontières de l’acceptable.

Nous n’avons pas nécessairement perdu l’audace. Nous avons changé notre manière de la gouverner. La question est devenue celle de savoir quels risques nous sommes encore prêts à accepter pour accomplir des projets extraordinaires.

La Conversation Canada

Hicham Rahali est membre de l’Ordre des Ingénieurs du Québec (OIQ) et membre de Project Management Institute (PMI).

Miguel Hernandez est membre de Project Management Institute (PMI).

ref. Retourner sur la Lune : voici pourquoi le défi parait plus grand qu’en 1969 – https://theconversation.com/retourner-sur-la-lune-voici-pourquoi-le-defi-parait-plus-grand-quen-1969-283833

80 milliards de dollars promis à la Côte d’Ivoire : ce que les marchés voient avant les agences de notation

Source: The Conversation – in French – By Florent Kanga Gbongue, Enseignant-Chercheur, Université Félix Houphouët-Boigny. Cocody, Côte-d’Ivoire

Les 8 et 9 juillet 2026, la Côte d’Ivoire a mobilisé près de 80 milliards de dollars d’intentions de financement pour son Plan national de développement (PND) 2026-2030, soit environ quatre fois le montant initialement recherché. Un tel engouement traduit-il une confiance durable dans les perspectives et les institutions du pays, ou simplement une conjoncture financière favorable ? La question dépasse le cas ivoirien et renvoie à une interrogation centrale en économie : comment les marchés évaluent-ils réellement la capacité d’un État à financer son développement ?

Florent Kanga Gbongue, actuaire et enseignant-chercheur en sciences économiques, s’appuie sur ses travaux sur les marchés obligataires africains, présentés à la Conférence économique africaine 2026, qui s’est tenue du 10 au 12 juillet 2026 au siège de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, pour proposer une lecture de cet événement à partir des signaux émis par les prix obligataires.


Que révèle cette mobilisation de 80 milliards de dollars sur la confiance des investisseurs ?

Le PND 2026-2030 est la feuille de route par laquelle la Côte d’Ivoire entend accélérer sa transformation structurelle, à travers 199,5 milliards de dollars d’investissements. Il repose sur six piliers : sécurité et stabilité, modernisation agricole, promotion de l’investissement privé, capital humain, infrastructures stratégiques et bonne gouvernance.

La mobilisation de 80 milliards de dollars constitue d’abord un vote de confiance dans cette trajectoire, plutôt qu’un simple succès financier. Ces montants ne sont pas encore décaissés : ce sont des intentions d’engagement. Or les investisseurs ne financent jamais le présent. Ils financent une trajectoire anticipée qui s’appuie sur la qualité des institutions d’un pays, la cohérence des politiques publiques et la capacité à convertir des ressources en opportunités de croissance.

Mes recherches sur les marchés obligataires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) montrent que cette crédibilité s’observe, et surtout se mesure. Contrairement à une idée répandue, les marchés ne jugent pas un État à son seul ratio d’endettement ni aux notations des agences.

Les prix des obligations souveraines contiennent leur propre évaluation du risque. J’en extrais un taux de recouvrement implicite : la part de sa créance qu’un investisseur estime pouvoir récupérer en cas de difficulté. Cet indicateur fonctionne comme un thermomètre de confiance, réactualisé à chaque transaction, qui se déplace souvent avant la publication des indicateurs budgétaires traditionnels, ainsi que les décisions des agences de notation.

Le succès du Groupe consultatif, rencontre organisée par l’État ivoirien avec ses partenaires techniques et financiers afin de présenter le PND et de mobiliser des financements publics et privés, confirme donc un signal que les marchés envoyaient déjà. Il s’inscrit dans un programme d’investissement de 114 838,5 milliards de FCFA (199,5 milliards de dollars), dont 70,2 % attendus du secteur privé : les capitaux de long terme considèrent désormais la Côte d’Ivoire comme une destination crédible. Ces 80 milliards de dollars constituent un point de départ, non un aboutissement.

Quels défis pour transformer ces engagements en croissance durable et inclusive ?

La disponibilité des capitaux n’a jamais suffi à produire du développement. Le PND ne se jugera pas au volume mobilisé, mais à sa capacité à élever durablement la productivité, l’emploi et le niveau de vie. Trois défis me paraissent décisifs.

Le premier est l’efficacité de l’investissement public. Les infrastructures devront dégager un rendement économique et social supérieur à leur coût de financement, ce qui suppose une sélection rigoureuse des projets, une exécution maîtrisée et une évaluation continue des résultats.

Mes travaux présentés à la Conférence économique africaine 2026 proposent un cadre hybride de courbe des taux, qui ajuste la soutenabilité de la dette par la qualité institutionnelle.

Appliqué à l’Uemoa, ce cadre met en évidence un résultat inattendu : les marchés semblent valoriser une frontière budgétaire implicite, c’est-à-dire le niveau d’endettement à partir duquel ils commencent à exiger une rémunération sensiblement plus élevée pour continuer à financer un État, proche de 62 % du PIB.

Ce seuil est inférieur au plafond communautaire de 70 % du PIB, fixé par l’Uemoa dans son Pacte de convergence pour encadrer l’endettement public de ses États membres. Autrement dit, la marge réelle d’endettement d’un État n’est pas fixée par la règle formelle : elle dépend surtout de la confiance des investisseurs dans le leadership public, ainsi que de la capacité des investissements financés à produire de la croissance durable.

Le deuxième défi est la mobilisation effective du secteur privé, appelé à financer les sept dixièmes du programme. Mes travaux empiriques sur les courbes de taux montrent qu’un marché obligataire régional profond et bien référencé abaisse le coût du capital, oriente l’épargne longue vers l’investissement productif et sécurise le financement des infrastructures. Sans cette architecture de marché, l’ambition privée du PND resterait théorique.

Le troisième défi est l’inclusivité. Une croissance ne se juge pas seulement à son rythme, mais à sa capacité à créer des emplois de qualité, à renforcer le capital humain, à réduire les écarts territoriaux et à ouvrir des opportunités aux jeunes, aux femmes et aux PME. Sans cette dimension, les réformes perdent progressivement leur légitimité sociale, et donc leur durabilité économique.

Cette performance traduit-elle un changement de regard des marchés sur le risque souverain africain ?

Oui, avec une nuance : les marchés ne considèrent pas que le risque africain a disparu, mais ils abandonnent une lecture uniforme du continent. Longtemps, une crise politique ou financière dans un pays altérait la perception de l’ensemble de la région.

Mes recherches sur la contagion financière et la résilience des marchés africains, notamment lors de la crise russo-ukrainienne, montrent que la transmission des chocs mondiaux est fortement hétérogène : certains marchés les absorbent, d’autres les amplifient, selon leurs marges macroéconomiques, la qualité de leurs institutions et leur résilience climatique. Les économies aux exportations diversifiées et à la position extérieure solide résistent mieux.

À l’inverse, la dépendance aux importations de carburants, de denrées alimentaires ou d’engrais, combinée à de faibles marges budgétaires et à l’exposition climatique, accroît l’inflation, les déficits et les primes de risque. L’incertitude mondiale ne nivelle donc pas le risque : elle renforce la sélectivité des investisseurs.

La Côte d’Ivoire illustre ce basculement. Dans un environnement régional de taux durablement élevés et de tensions géopolitiques.

Les marchés ne se contentent plus d’évaluer le risque : ils produisent une information prospective sur la crédibilité des États. Nous passons ainsi d’une logique de “risque Afrique” à une logique de crédibilité des États africains. Pour la Côte d’Ivoire, c’est un avantage compétitif, mais aussi une exigence.

Quels risques à anticiper dans la mise en œuvre d’un programme de cette ampleur ?

Les grands programmes d’investissement échouent rarement faute de ressources. L’expérience révèle qu’ils échouent en réalité à cause des difficultés d’exécution, du relâchement macroéconomique, mais surtout d’un leadership insuffisant. Le risque premier serait donc de croire que le financement garantit le résultat.

Vient ensuite le risque d’exécution : les retards, les dépassements de coûts et les défauts de coordination réduisent mécaniquement le rendement des projets. Le risque macrofinancier suit : dans un contexte de taux élevés et de forte volatilité, toute dégradation des équilibres budgétaires ou de la maîtrise de l’inflation renchérirait immédiatement le coût du financement.

Le risque de dette, lui, tient moins à la quantité qu’à la qualité : la frontière implicite de 62 % rappelle que la marge se referme plus tôt que ne le suggère le plafond réglementaire, dès lors que les investissements ne génèrent pas la croissance et les recettes attendues.

Enfin, le PND devra intégrer les risques structurels qui façonneront les prochaines décennies : changement climatique, transition démographique, mutations technologiques et fragmentation du commerce mondial. Ils imposent d’investir simultanément dans des infrastructures résilientes, le numérique, le capital humain et la diversification productive.

Le véritable risque n’est donc pas d’avoir mobilisé beaucoup, mais de ne pas convertir ce capital de confiance en capital productif. Sur les marchés financiers, la crédibilité se construit lentement et se perd très vite.

The Conversation

Florent Kanga Gbongue does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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Cadmium : des laitues peuvent-elles nous aider à dépolluer les sols ?

Source: The Conversation – in French – By Mathieu Pédrot, Maitre de conférences – Géosciences et Environnement

Utiliser des plantes pour dépolluer les sols, c’est ce que propose la phytoremédiation. Cette aire de recherche est en pleine expansion alors que les inquiétudes liées aux métaux toxiques se multiplient. Mais un problème demeure : ces processus basés sur les plantes restent encore assez lent. Pour remédier à cela, une étude inédite aux résultats prometteurs a pu tester les capacités des laitues à absorber le cadmium en ajoutant des nanoparticules de magnétite pour accélérer la dépollution.


La contamination des sols par le cadmium constitue aujourd’hui un enjeu environnemental majeur. Issu notamment des activités industrielles et de l’utilisation d’engrais phosphatés en agriculture. Ce métal toxique peut s’accumuler dans les écosystèmes et perturber durablement leur fonctionnement.

Un élément qui s’accumule dans l’organisme

Le cadmium est en effet un élément métallique ne présentant aucun rôle biologique, aucune fonction physiologique n’étant actuellement connue. Il se distingue ainsi par une toxicité élevée, même à faibles concentrations, affectant aussi bien les microorganismes que les plantes, les animaux et l’humain. Le cadmium peut également être bioaccumulé, c’est-à-dire s’accumuler dans les tissus d’un organisme, les processus d’absorption excédant les processus d’élimination.

Il peut aussi être transféré au sein de la chaîne alimentaire, ce qui soulève d’importantes préoccupations sanitaires et environnementales. Pour remédier à l’augmentation des concentrations en cadmium dans les sols, les scientifiques développent des approches innovantes, dont la phytoextraction, une technique qui utilise les plantes pour extraire les polluants du sol.

Les possibilités de la phytoremédiation

Ce procédé repose sur la capacité de certaines plantes à absorber les métaux présents dans le sol et à les accumuler dans leurs parties aériennes (tiges, feuilles, fleurs, fruits, etc.). Ces parties peuvent ensuite être récoltées, et ainsi extraire progressivement les polluants des sols.

Deux grandes stratégies sont utilisées en phytoremédiation. La première consiste à utiliser des plantes hyperaccumulatrices, capables de stocker des concentrations très élevées de métaux dans leurs tissus biologiques. Parmi les espèces les plus connues figurent le tabouret des bois (Noccaea caerulescens) pour le zinc et le cadmium, ou encore la fougère rubanée (Pteris vittata) pour l’arsenic.

Cette forte capacité d’accumulation permet de concentrer les contaminants dans une quantité relativement limitée de matière végétale, ce qui facilite la gestion des déchets issus de la dépollution et peut, dans certains cas, permettre la récupération et la réutilisation des métaux.

La seconde stratégie repose sur l’utilisation de plantes produisant une grande quantité de biomasse, comme certaines graminées, saules ou peupliers. Bien que ces espèces accumulent généralement moins de contaminants dans leurs tissus, leur forte production de matière végétale permet d’extraire des quantités significatives de polluants au fil du temps.

Des processus assez lents

Dans les deux cas, la quantité totale de contaminants extraite dépend à la fois de la concentration accumulée dans les tissus végétaux et de la quantité de biomasse produite. Les plantes hyperaccumulatrices compensent leur faible production de biomasse par des concentrations élevées en contaminants, tandis que les plantes à forte biomasse compensent leurs concentrations plus faibles par une production végétale importante.

Cependant, ces deux approches présentent une limite commune : la dépollution reste généralement lente et nécessite souvent plusieurs années, voire plusieurs décennies, avant d’obtenir une réduction significative des concentrations dans les sols. L’efficacité de cette technique dépend également de la biodisponibilité des contaminants, c’est-à-dire de la fraction réellement accessible aux plantes.

En effet, un métal toxique peut être présent dans le sol sans pouvoir être absorbé par les racines. Plus un contaminant est biodisponible, plus il pourra être prélevé et accumulé dans les tissus végétaux. La biodisponibilité influence donc directement la concentration de contaminants pouvant être atteinte dans les plantes et, par conséquent, la vitesse de dépollution du milieu.

Des nanomagnétites pour accélérer la phytoremédiation

C’est dans ce contexte qu’interviennent les nanoparticules de magnétite (Fe3O4), des particules de fer de taille nanométrique capables d’interagir avec les métaux et de modifier leur comportement dans l’environnement. Naturellement présentes dans certains sols et sédiments, ces nanomagnétites sont également utilisées dans le domaine biomédical, notamment comme agent vecteur pour le transport ciblé de médicaments, en raison de leur faible toxicité et de leur bonne compatibilité avec les tissus biologiques. Nous avons voulu mettre en lumière le potentiel de ces nanoparticules de magnétite pour améliorer significativement les processus de phytoremédiation.

QU’EST CE QUE LA NANOMAGNÉTITE ?

  • La nanomagnétite est un oxyde mixte de fer, c’est-à-dire composé à la fois de fer ferreux (Fe(II)) et de fer ferrique (Fe(III)). Le rapport théorique dans une magnétite idéale, dite stoechiométrique, est d’être composé d’un atome de Fe(II) pour deux atomes de Fe(III), soit un ratio Fe(II)/Fe(III) de 0,5.
  • Les nanomagnétites utilisées dans cette étude sont dites non stoechiométriques, lié à un rapport Fe(II)/Fe(III) inférieur à 0,5. Cela indique un appauvrissement en atomes de Fe(II), ce qui réduit le potentiel de toxicité cellulaire en réduisant le stress oxydatif potentiel (les atomes de Fe(II) peuvent s’oxyder en Fe(III), entrainant la formation de radicaux libres). Cette caractéristique réduit ainsi leur réactivité chimique tout en préservant leur capacité à fixer des contaminants à leur surface.

Pour cela, nous avons cultivé des laitues (Lactuca sativa) dans des sols contaminés en cadmium, avec ou sans ajout de nanomagnétites. Nous avons choisi cette plante pour sa croissance rapide, associée à une forte production de biomasse aérienne. Néanmoins, il ne s’agit pas d’une espèce végétale reconnue comme hyperaccumulatrice de cadmium.

Des laitues non-destinées à la consommation

Les résultats sont sans équivoque : la présence de nanomagnétites double la quantité de cadmium accumulée dans les feuilles de laitue ([Cd] >120 mg.kg-1 de masse sèche foliaire). Les concentrations atteignent ainsi des niveaux caractéristiques de plantes hyperaccumulatrices ([Cd] >100 mg.kg-1 de masse sèche foliaire).

Cela signifie que des espèces végétales courantes, comme la laitue, pourraient devenir des outils efficaces de dépollution lorsqu’elles sont associées à ces nanomagnétites. Il est important de souligner que cette approche s’inscrit dans une logique de dépollution, et non de production alimentaire. Les plantes utilisées dans ce contexte ne sont pas destinées à la consommation, mais à être récoltées pour extraire les contaminants du sol. Cette distinction est essentielle pour comprendre l’intérêt de la démarche.


Fourni par l’auteur

Des laitues plus petites mais riches en cadmium

Nous noterons par ailleurs que l’ajout de nanomagnétites s’accompagne d’une diminution de la biomasse foliaire produite, les laitues étant légèrement plus petites. Cet effet ne constitue toutefois pas un frein à la dépollution des sols.

En effet, malgré cette réduction de croissance, la laitue conserve une production de biomasse suffisante pour extraire des quantités significatives de cadmium du sol. Surtout, les feuilles présentent des concentrations en cadmium nettement plus élevées, ce qui permet d’obtenir une biomasse plus riche en contaminants.

Cette combinaison est particulièrement avantageuse dans une stratégie de phytoextraction : elle maintient une extraction efficace du métal tout en réduisant les volumes de végétaux à récolter, transporter et traiter. Une biomasse plus concentrée en cadmium facilite également les étapes ultérieures de gestion ou de valorisation, par exemple dans une perspective de récupération du métal, tout en limitant les coûts associés.

L’étude montre également que les nanomagnétites modifient le comportement du cadmium dans le sol en réduisant sa fraction la plus mobile. Concrètement, en présence de ces nanomagnétites, les quantités de cadmium entraînées par l’eau qui traverse le sol diminuent fortement. Cette réduction limite les transferts du contaminant vers les couches profondes du sol et pourrait ainsi réduire les risques de contamination des eaux souterraines.

Bien que le cadmium soit davantage retenu dans le sol, sa biodisponibilité reste suffisante pour permettre une absorption importante par les plantes. Les nanomagnétites remplissent donc une double fonction : elles favorisent l’extraction du cadmium par les végétaux tout en limitant sa dispersion dans l’environnement.

Quid des escargots et des vers de terre ?

Au-delà des plantes, nous avons également examiné le devenir du cadmium au sein d’une chaîne alimentaire simplifiée comprenant des vers de terre et des escargots. L’objectif était d’étudier les interactions entre le cadmium présent dans le sol et ces deux organismes vivants en considérant deux modes d’exposition distincts. Les vers de terre sont principalement exposés par l’ingestion de grandes quantités de sol lors de leur alimentation, tandis que les escargots entrent en contact avec le contaminant par voie cutanée lors de leurs déplacements à la surface du sol.

Les résultats montrent que les vers de terre accumulent des quantités importantes de cadmium. Toutefois, cette accumulation est principalement liée à la contamination initiale du sol et à l’ingestion de particules de sol. La présence de nanomagnétites ne modifie pas significativement cette bioaccumulation, qui reflète avant tout l’exposition directe des vers de terre au sol contaminé.

En revanche, un effet intéressant est observé chez les escargots. Contrairement aux vers de terre, leur accumulation de cadmium diminue en présence de nanomagnétites. Ce résultat suggère que ces nanomagnétites peuvent réduire la biodisponibilité du cadmium pour certains organismes, contribuant ainsi à limiter son transfert dans la chaîne alimentaire et son impact sur les organismes vivants du sol.

Par ailleurs, les nanomagnétites elles-mêmes sont faiblement retrouvées dans les organismes étudiés, ce qui indique une mobilité limitée dans ce système expérimental. Cela constitue un élément rassurant quant à leur comportement environnemental, même si des études complémentaires restent nécessaires pour évaluer leurs effets à long terme.

Des questions à creuser

Cette étude met donc en évidence le potentiel des nanomagnétites pour améliorer les stratégies de phytoremédiation des sols contaminés. Toutefois, de nombreuses questions demeurent quant aux mécanismes qui contrôlent la biodisponibilité des contaminants dans les sols. Pourquoi certains métaux deviennent-ils plus facilement accessibles aux plantes tout en restant moins mobiles dans l’environnement ? Quelles approches pourraient permettre d’agir sur les processus se déroulant à l’interface entre l’eau, le sol et les plantes afin de modifier les formes chimiques des contaminants, et ainsi leur mobilité et leur biodisponibilité ?

Ces questions sont au cœur de nos futurs travaux qui visent à mieux comprendre les facteurs physiques, chimiques et biologiques qui gouvernent le transfert des contaminants vers les organismes vivants. Une meilleure connaissance de ces mécanismes permettra de développer des stratégies de dépollution plus efficaces, plus ciblées et mieux adaptées à la diversité des sols contaminés.

The Conversation

Mathieu Pédrot a reçu des financements de l’ANR (projet n° ANR-25-CE04-3722), du CNRS, de la région Bretagne et de l’Université de Rennes. Il est membre de l’Université de Rennes.

Francisco Cabello Hurtado a reçu des financements de l’ANR, de l’Université de Rennes et du CNRS. Il est membre de l’Université de Rennes.

Nolenn Kermeur a bénéficié d’un financement du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation sous la forme d’un contrat doctoral.

ref. Cadmium : des laitues peuvent-elles nous aider à dépolluer les sols ? – https://theconversation.com/cadmium-des-laitues-peuvent-elles-nous-aider-a-depolluer-les-sols-285419

¿Heredamos los traumas de nuestros padres? No exactamente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco José Esteban Ruiz, Profesor titular de Biología Celular, Universidad de Jaén

OlhaTsiplyar/Shutterstock

La idea de que los traumas “pasan” de padres a hijos resulta muy atractiva. Sin embargo, a día de hoy la neurociencia no ha demostrado que heredemos el recuerdo de una guerra, de una agresión o de una pérdida sufrida por nuestros antepasados, aunque existen estudios que indican que la biología y el entorno sí que pueden influir.

Dicho de un modo muy general, lo que se transmite entre generaciones no es el trauma en sí, sino una mayor sensibilidad (o una adaptación) de los sistemas que regulan el miedo y el estrés, transmisión que puede producirse a través de la convivencia familiar, del ambiente prenatal y, quizá, de ciertos mecanismos epigenéticos cuya importancia en humanos todavía son motivo de debate.

Además, cuando una experiencia origina un trastorno de estrés postraumático, no queda grabada en una única, digamos, “zona del miedo”.

El trauma deja huella en el cerebro

Hay estudios de neuroimagen que describen alteraciones en regiones tales como la amígdala y la corteza prefrontal. La primera está implicada en detectar amenazas y la segunda en regular las emociones y cancelar las respuestas de miedo que ya no son útiles. También participa el hipocampo, una estructura del cerebro muy importante para situar los recuerdos en su contexto.

Todas estas zonas forman parte de redes cerebrales que se activan para detectar qué estímulos son relevantes y para regular nuestra respuesta en relación con la experiencia (las llamadas redes de saliencia, de control ejecutivo y de procesamiento autorreferencial). Sin embargo, los resultados varían entre personas y estudios: no existe una firma cerebral única del trauma.

Puesto que las redes antes mencionadas están en el cerebro de la persona que vivió el acontecimiento, no en sus óvulos o espermatozoides, y dado que los recuerdos se sostienen mediante cambios de plasticidad en circuitos y en conjuntos de neuronas (engramas), es difícil imaginar —y de hecho aún no lo conocemos— un mecanismo biológico capaz de copiar una escena, una emoción concreta o un recuerdo autobiográfico desde el cerebro de un progenitor hasta el de su descendiente.

Se aprende del peligro

El cerebro infantil se construye en la interacción con otras personas. Las niñas y los niños aprenden por imitación y experiencia qué situaciones deben considerar seguras o peligrosas. Observan la expresión de la cara, las posturas, los silencios y qué nos da miedo, qué rechazamos o evitamos.

En este sentido, un metaanálisis mostró que los bebés, cuando ven a sus progenitores reaccionar con miedo ante algo nuevo, también pueden sentir más temor y evitar ese estímulo. Los efectos observados fueron pequeños o moderados, pero ayudan a entender cómo alguien que ha sufrido un trauma puede transmitir a sus hijos una mayor sensación de peligro o más dificultades para manejar las emociones.

Pero esto no significa que los hijos inevitablemente desarrollen un trastorno. Para que ocurra es necesario que participen otros factores como el temperamento, la influencia de los cuidadores, el apoyo social, las experiencias posteriores o la capacidad del sistema nervioso para seguir cambiando.

¿Y el embarazo?

El estrés intenso durante la gestación puede modificar los niveles de hormonas, producir inflamación y alterar el metabolismo y el funcionamiento de la placenta. Esas señales forman parte del ambiente en el que madura el cerebro fetal, por lo que pueden asociarse con diferencias posteriores en la conectividad cerebral, la regulación emocional y, una vez más, la respuesta al estrés.

Sin embargo, la ciencia indica que los efectos observados en humanos pueden variar y que resulta difícil separar el estrés de otros factores como la salud de la madre, la pobreza, la nutrición o el ambiente después del nacimiento.

En todo caso, sería más preciso hablar de programación prenatal que de herencia entre generaciones. Durante el embarazo, el feto está directamente expuesto a los cambios hormonales, metabólicos e inmunitarios que se producen en el organismo materno. Por eso, si más adelante se observa alguna diferencia en el hijo, no puede afirmarse que una señal biológica se haya transmitido de una generación a otra sin exposición directa.

La epigenética

La epigenética estudia los mecanismos que regulan la actividad de los genes sin alterar la secuencia del ADN como, por ejemplo, la metilación. Existen pruebas en animales que indican que algunas señales ambientales pueden afectar a los descendientes a través los gametos.

Sin embargo, es mucho más difícil demostrarlo en humanos, pues la genética, el embarazo, la crianza, la cultura y las condiciones sociales se transmiten al mismo tiempo, mientras que gran parte de las marcas epigenéticas se reorganizan durante la formación de los gametos y el desarrollo embrionario.

Un estudio publicado el pasado año encontró, en 131 miembros de tres generaciones de familias sirias, patrones de metilación asociados con la exposición a la violencia. Aunque es un resultado cuanto menos llamativo, este trabajo no prueba irrefutablemente que se herede un trauma mental. Entre otras cosas porque se analizaron células bucales, porque el número de sujetos de estudio fue reducido y porque los propios autores indicaron que sería necesario realizar una validación. Una marca epigenética puede ser causa, consecuencia o, simplemente, un indicador de una exposición.

Heredamos posibilidades

Con todo, la conclusión más prudente es que no heredamos los recuerdos traumáticos de nuestros antepasados. Sí que podemos recibir genes que influyen en nuestra sensibilidad al estrés, sobre todo si nuestra madre vivió un embarazo complicado o, desafortunada e injustamente, crecimos en una familia que vivía bajo peligro.

Toda esa transmisión es real, pero también lo es nuestra capacidad de adaptación, tener relaciones seguras, disfrutar de mejores condiciones de vida y poder acceder a terapias eficaces que modifiquen los circuitos del miedo.

La biología transmite posibilidades, no condenas. O, tal y como aparece en un titular de otro artículo en The Conversation, los genes no son el destino.

The Conversation

Francisco José Esteban Ruiz recibe fondos para investigación del Ministerio de Ciencia e Innovación, la Agencia Estatal de Investigación (AEI) y el Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER) bajo el proyecto PID-156228NB-I00, y de la Consejería de Salud y Consumo, Junta de Andalucía (PIP-0113-2024).

ref. ¿Heredamos los traumas de nuestros padres? No exactamente – https://theconversation.com/heredamos-los-traumas-de-nuestros-padres-no-exactamente-286448

De India para el mundo: cinco escritoras contemporáneas que muestran los desafíos del mundo ‘glocal’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Diego Sánchez, Profesor Titular de Estudios Postcoloniales en el Dpto. de Filología Inglesa, Facultad de Filología, Universidad de Salamanca

Cuatro mujeres caminan por el templo de Veerabhadra (Andhra Pradesh, India). Alexandre Nomad/Shutterstock

India siempre remite a contradicciones, estereotipos e imágenes que se superponen de generación en generación. Contiene muchas Indias y las representaciones culturales sobre y desde las muchas realidades que coexisten en el país muestran alternativas que quedan escondidas en dicotomías como progreso/pobreza o tradiciones/globalización.

Escritores como Rabindranath Tagore, Abdulrazak Gurnah o Asha Miró han mostrado que India es más que un espacio geopolítico o un constructo cultural. Ellos han descrito una realidad compleja que dice mucho de las dinámicas históricas, transnacionales y contemporáneas.

Las últimas obras de Arundhati Roy, Mi refugio y mi tormenta, y de Anuradha Roy, Llamada por las montañas, ocupan los ránquines de obras más importantes a nivel internacional en este último año. Ambas reflejan una corriente contemporánea de escritoras indias que escriben en inglés y son traducidas a multitud de lenguas. Sus historias muestran el día a día en India y también las dinámicas, incógnitas y desigualdades del mundo global actual.

Cinco puntos de vista

Ya antes de estos libros, otras escritoras traducidas al castellano demostraron lo mucho que tenían que contarle las mujeres de India al resto del mundo. Estas autoras nos permiten entender dinámicas de glocalidad. Glocalidad es un neologismo que ilustra las tensiones entre lo “global” y lo “local” para estudiar fenómenos internacionales actuales (comercio, internet, geopolítica, literatura, cine) y sus interacciones con las construcciones locales de saberes, lugares y culturas.

Sus narrativas construyen un mapa cultural y cognitivo que evalúa cómo nacen, conviven y qué problemas desarrollan estas relaciones glocales.

Arundhati Roy

Portada de Mi refugio y mi tormenta, de Arundhati Roy

Penguin Books

Contar historias en primera persona añade y evalúa los efectos y matices de compartir las propias narrativas. En Mi refugio y mi tormenta, Arundhati Roy desvela, a través de la relación con su madre, cambios históricos en India, las diferencias que existen entre el estado de Kerala y la megalópolis de Nueva Delhi, o las dificultades legales con las que se encuentran las mujeres para acceder a la propiedad privada y para desarrollar su propia carrera profesional.

La obra utiliza, a través de las diferencias generacionales que también se veían en su obra más famosa, El dios de las pequeñas cosas, la rabia como cartografía afectiva. Roy invita a que todos, individualmente, reaccionemos para combatir de forma colectiva la brecha de género global, no solo india.

Anuradha Roy

Portada de Llamada por las montañas, de Anurhada Roy

Fiordo Editorial

Esta pulsión de afecto y compromiso está también presente en Llamada por las montañas, en la que Anuradha Roy cuenta su vida en un pueblo remoto del estado de Uttarakhand. La escritora relata un cambio de paradigma en el que no escribe sobre las montañas, su fauna o el bosque, sino que plantea qué y cómo se ha permitido contar (o no) el bosque, la montaña, las flores o los leopardos.

El libro es testimonio de la convivencia entre especies compañeras y los dilemas que el capitalismo y la geopolítica internacional hacen llegar a la ciudad de Ranikhet, al norte del país. Se cuenta, por ejemplo, cómo la irrupción de la covid-19 en un lugar tan alejado reflejó las dinámicas de subsistencia rural y los retos globales que presenta esto y que, en materia de sanidad, renta mínima y alimentación, aún no tienen respuesta.

Anita Nair

Además de ser colaboradora de alto perfil para la Agencia de la ONU para los Refugiados, Anita Nair es una de las escritoras indias más vendidas del mundo. En novelas como El vagón de las mujeres o Las nueve caras del corazón describe estados del sur de India, como Karnakata, y señala el control ejercido por el sistema de castas, la dificultad en el acceso a la educación o la discriminación por clase social. Las descripciones de sus novelas siempre incluyen viajes y contactos entre distintas mujeres que reflejan las prioridades y desigualdades locales y globales.

Tishani Doshi

Bailarina además de escritora, Tishani Doshi vive en un pueblo pesquero del estado de Tamil Nadu. En Los buscadores de placer cuenta los efectos de las dinámicas globales en el cambio climático. Destaca en ella las influencias de lugares y generaciones distintas para establecer un escenario común de emergencia ante catástrofes naturales.

Meena Kandasamy

La necesidad de cambios legales y políticos son descritos en Cuando te golpeo, la autoficción que Meena Kandasamy escribe sobre la violencia de género e institucional que padeció. Recoge en ella las brutalidades sistémicas que sufren las mujeres y, ante un problema global, añade parámetros locales indios que influyen en él, como el sistema de castas y la censura mediática. Estas situaciones también han sido denunciadas por escritoras en la diáspora como Jhumpa Lahiri, Bharati Mukherjee o Kiran Desai.

Lo local y lo global

Nos enfrentamos a desafíos contemporáneos cuyas ramificaciones son tanto globales como locales. Hablamos de la desigualdad de género, cambio climático, radicalización política y racismo de clase y casta. Las escritoras indias mencionadas comparten metáforas y vivencias locales que ayudan a calibrar la magnitud transnacional que exige confrontar estos problemas de manera global y local, aprendiendo de la interconexión de cada lugar y su tiempo.

El faldón publicitario de Mi refugio y mi tormenta la describe como “un acontecimiento mundial”. Su autora, Arundhati Roy, ya ha avisado de que India funciona como un laboratorio de dinámicas de control para el mundo. Las lecturas mencionadas nos advierten desde India para el mundo. Tejen una agenda que enlaza lo global con lo local y alarman sobre las emergencias a las que se enfrenta un planeta en el que deben convivir especies y generaciones compañeras.


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The Conversation

Jorge Diego Sánchez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De India para el mundo: cinco escritoras contemporáneas que muestran los desafíos del mundo ‘glocal’ – https://theconversation.com/de-india-para-el-mundo-cinco-escritoras-contemporaneas-que-muestran-los-desafios-del-mundo-glocal-284042

El Sol doblará la luz de las estrellas durante el eclipse (y podremos comprobarlo)

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ruth Lazkoz, Catedrática de Física Teórica, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

Sirbouman/Shutterstock

Mirar hacia arriba es un recurso fenomenal para hacernos conscientes de la gravedad. Su efectos sobre los cuerpos con masa se aprecian bien cuando seguimos el vuelo de una pelota o trazamos la órbita de un planeta.

Pero la gravedad, sorprendentemente, también actúa sobre lo que no pesa, sobre la luz, nada más y nada menos. Tanto es así que puede curvarla. Muy pronto, un eclipse de Sol nos permitirá ser testigos de ese desconcertante efecto.

Los fotones por un carril trazado

Las escurridizas partículas que componen la luz, los fotones, no escapan a la acción gravitatoria,

Se debe a que, como nos dijo Einstein
la gravedad es la manifestación de la curvatura del espacio-tiempo. Esa curvatura la producen y la acentúan la masa y la energía que contiene el propio tejido del universo.

Eso obliga a todas las partículas a seguir una suerte de trayectorias que no son exactamente rectas, como si viajaran entre raíles, las llamadas geodésicas. Son líneas que se pegan al espacio-tiempo tratando de hacer los caminos de las partículas lo más eficientes posibles.

Curiosamente la gravedad es capaz de curvar cualquier fotón. Y esto abre un enorme abanico de posibilidades en astrofísica. Pero nos vamos a centrar en la luz visible.

El camino de la luz desde una estrella lejana

Pensemos en un fotón proveniente de una estrella lejana que, por fortuna, llega hasta nosotros sin toparse con ningún obstáculo. No es descabellado: el espacio típico entre estrellas es 10 trillones de veces menos denso que nuestra atmósfera. Además, sabemos que hay un número inconcebible de fuentes luminosas ahí fuera. Por esos dos motivos, existe una barbaridad de fotones en el universo capaces de recorrer (muchos) años luz (o billones de kilómetros) sin inmutarse.

El punto de llegada del fotón puede ser un sofisticado telescopio haciendo complejas tareas de investigación astronómica. Pero también puede jugar ese papel nuestro propio ojo al desnudo.

Pensemos ahora en una estrella que manda directamente hacia nosotros fotones que nos llegan cada noche. La fuente estelar emite en todas direcciones. No obstante, una pequeña desviación angular, una mínima apertura, condenaría al fotón a escapar hacia otros lugares del universo y no nos alcanzaría. Esa estrella pasaría a ser invisible para nosotros.

Pero ¿y si la gravedad consigue rectificar esa desviación inicial y dobla la trayectoria del fotón?

Para que eso suceda, el fotón debe pasar cerca de una concentración de masa lo suficientemente densa y compacta. El efecto es como si un cuerpo con mucha masa tirase de la luz, a la manera de una fuerza. Aunque ya hemos dicho que en realidad es la curvatura del espacio-tiempo y no una fuerza la que causa esa desviación.

En el escenario del próximo eclipse, esa concentración de masa es el Sol.

Necesitamos oscuridad

Es obvio, por otro lado, que para ver bien las estrellas necesitamos que el cielo esté oscuro, y eso generalmente ocurre de noche. En ese momento del día, el Sol no está en medio de la línea de visión que nos une con la estrella que queremos observar. Por tanto, la luz que nos llega de esa fuente en principio no se ha torcido por efecto de la masa del Sol. Esa luz habrá seguido una línea de esas relativistas que reemplazan a las rectas.

Entonces, ¿es posible conjugar esas dos condiciones, es decir, tener el Sol frente a nosotros y un cielo oscuro?

¡Sí lo es! De hecho, eso sucede justamente durante un eclipse. La Luna, al interponerse entre el Sol y nosotros con precisión sideral, oscurece el cielo de forma significativa. Esto nos permite registrar la posición aparente y momentánea de la estrella y estimar la desviación. Y así podremos concluir que la luz se ha doblado de verdad. Pero para ello se necesita completar una tarea previa: averiguar dónde se encontraba la estrella antes del eclipse.

Ya sabemos que no se nos da muy bien determinar de día la posición de fuentes luminosas como las estrellas. Sencillamente no podemos distinguir la luz que nos llega de ellas de la que nos llega de nuestro Sol. Así que, con anterioridad, hay que medir la posición habitual de la estrella de noche y volver a “cazarla” durante el eclipse. Por supuesto, ese registro inicial de posición se habrá hecho previamente en una noche con buena visibilidad para hacer observaciones astrofísicas.

Qué ocurre durante el eclipse

Durante el eclipse, el astro rey, con su significativa masa, curva el espacio tiempo en su vecindad. Esa curvatura hace que el fotón que viaja desde la estrella situada detrás describa una trayectoria que asemeja un arco. Pero nuestro ojo no sabe que el fotón procede de detrás del Sol: interpreta que ha seguido un camino recto como el de cualquier otro cuanto de luz. Así que el astrónomo –amateur o no– encargado de cartografiar la posición de la estrella emisora dirá que está desplazada hacia un lado respecto a su posición habitual.

Conviene retomar la idea de que todos los fotones pueden sufrir desviaciones de su trayectoria por efecto de objetos compactos que se interpongan en su camino. Bajo el paraguas de ese efecto, el de lente gravitacional, surge una astrofísica muy potente.

Las lentes gravitacionales van más allá de reposicionar o incluso duplicar galaxias o estrellas: revelan también cómo está distribuida la materia, incluida la materia oscura. Además, funcionan como gigantescos telescopios cósmicos que magnifican el universo lejano. Así nos permiten ver objetos que sin ellas permanecerían invisibles y también dan acceso a etapas del universo admirablemente tempranas.

La primera vez que se observó durante un eclipse que la desviación de la luz era perfectamente compatible con la predicción de Einstein, hace más de un siglo, se produjo un histórico momento wow y comenzó una revolución científica. En el próximo eclipse de agosto de 2026, nos corresponde a nosotros escribir nuestra historia, una con eclipses y luces fantásticas.

The Conversation

Ruth Lazkoz recibe fondos de investigación del Ministerio de Ciencia, Innovación e Universidades y del Gobierno Vasco.

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ref. El Sol doblará la luz de las estrellas durante el eclipse (y podremos comprobarlo) – https://theconversation.com/el-sol-doblara-la-luz-de-las-estrellas-durante-el-eclipse-y-podremos-comprobarlo-287327

Mucho más que OnlyFans: el engranaje digital que monetiza la intimidad de las jóvenes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nacho Ceinos Fernández, Investigador social, especializado en temas de género, emociones, tecnología, juventud e infancia, Universidad Complutense de Madrid

Varavin88/Shutterstock

La expansión de las plataformas digitales ha transformado profundamente las formas de producción, circulación y comercialización de la sexualidad, el cuerpo y la intimidad en las sociedades contemporáneas.

En este escenario, la juventud ocupa una posición central. Las generaciones más jóvenes no solo son grandes consumidoras de contenidos digitales, sino también productoras, en un entorno donde la visibilidad, la validación social y la construcción de identidad están estrechamente vinculadas a la exposición en redes.

El desarrollo de economías digitales basadas en la atención, la imagen, el cuerpo y el deseo ha abierto nuevas posibilidades de monetización, pero también ha introducido desafíos relevantes en materia de violencia digital, protección de menores y uso de los entornos digitales.

Todo ello ha de entenderse como parte de una nueva y compleja cultura sexual pública que, sumada al modelo económico actual –basado en la precariedad, la ultraflexibilidad y el emprendimiento individual–, resulta en un entramado mucho más complejo.

Como consecuencia, hablamos de monetización de la sexualidad, el deseo o las relaciones afectivas.

El ecosistema que lo sostiene

OnlyFans es quizás la plataforma que mejor representa ese fenómeno. Por esta razón, hemos llevado a cabo la investigación La monetización de la
intimidad: Juventud, plataformas y economía sexual en OnlyFans
, uno de las estudios más completos realizados hasta la fecha en España sobre el funcionamiento de la industria digital del contenido sexual y sus efectos sobre mujeres jóvenes, adolescentes y menores de edad.

Nuestra principal conclusión es que este fenómeno solo puede entenderse y abordarse desde el ecosistema digital que lo sostiene, y no desde una única plataforma. El concepto de ecosistema digital hace referencia al conjunto de plataformas, aplicaciones y servicios que interactúan entre sí para sostener esta industria.

OnlyFans no constituye, pues, el origen de este fenómeno, sino su expresión más visible. Concentra y hace visibles dinámicas que ya estaban presentes en la sociedad: la monetización de la atención, la sexualización del cuerpo femenino, la precarización juvenil y la transformación de la intimidad en un activo económico. Por tanto, es la punta de un iceberg mucho más amplio en el que confluyen dinámicas culturales, tecnológicas, económicas y de género.

Su consolidación responde a diversos factores. Por un lado, es efecto de la cultura y los discursos neoliberales: las narrativas del “emprendimiento”, la “libertad” o el “empoderamiento individual”, que asocian éxito a la capacidad individual de monetizar.

Por otro lado, se alimenta de desigualdades estructurales de género que continúan situando el cuerpo de las mujeres como objeto de consumo, reproduciendo dinámicas de cosificación, hipersexualización y misoginia que encuentran nuevas formas de expresión en los entornos digitales.

Sexualizar para maximizar la visibilidad

Además, este ecosistema se sostiene sobre arquitecturas digitales y sistemas algorítmicos que premian la atención, la interacción y el tiempo de permanencia. Tales dinámicas favorecen la circulación de contenidos cada vez más sexualizados como estrategia para maximizar la visibilidad.

El ecosistema aprovecha plataformas que originalmente no son diseñadas para la comercialización de contenido sexual –como Instagram, TikTok, X o Reddit– para que sí sean útiles. Captar audiencia, construir comunidades, dirigir tráfico o facilitar difusión de contenido son algunas de las funciones que lo sostienen.

Cada una cumple una función distinta dentro de la cadena de valor. Mientras las redes sociales generalistas permiten captar audiencia y construir una identidad digital, plataformas como Reddit facilitan la difusión y el descubrimiento de contenido, los agregadores indexan perfiles y las plataformas de suscripción monetizan la relación con los consumidores.

De hecho, uno de los principales hallazgos de la investigación es que la exposición a estas dinámicas no comienza en plataformas de contenido para adultos, sino en redes sociales de uso cotidiano, donde la sexualización, la recomendación algorítmica y las estrategias de captación forman parte del funcionamiento ordinario del ecosistema digital.

Más allá, existe toda una industria en la que tres actores desempeñan un rol muy importante en la normalización y profesionalización de este mercado.

El falso discurso del emprendimiento y el empoderamiento

En primer lugar tenemos las agencias de representación que, mediante diversas estrategias, captan a chicas jóvenes para crear contenido. Junto a ellas, los gurús que hay en la Red se presentan como expertos que conocen cómo funciona la plataforma y enseñan supuestamente a ganar dinero con ella.

Ambos construyen un discurso basado en el emprendimiento, la libertad financiera y el éxito individual, minimizando los riesgos, las formas de violencia y las condiciones de precariedad que atraviesan esta actividad.

Y en tercer lugar, los gestores de las cuentas, que normalmente provienen de países con menos recursos y se encargan de simular la voz y personalidad de la cuenta en cuestión, responder mensajes y tratar de vender más contenido.

En conjunto, estos elementos contribuyen a consolidar un modelo económico que normaliza y rentabiliza la exposición de la intimidad, haciendo que OnlyFans sea únicamente la manifestación más visible de un fenómeno mucho más profundo y estructural. Ninguno de estos elementos opera de manera aislada: cada uno desempeña una función específica dentro de una misma cadena de valor.

Esta perspectiva obliga a replantear el enfoque de las políticas públicas. Si el problema se interpreta únicamente como una cuestión vinculada a un espacio digital concreto (como OnlyFans), muchas de las dinámicas y estructuras que hacen posible su funcionamiento permanecen intactas.

La respuesta pasa por intervenir sobre el conjunto del ecosistema: las arquitecturas digitales, los modelos de recomendación, las estrategias comerciales de captación, la alfabetización digital y las desigualdades estructurales que sostienen la mercantilización de la intimidad y el cuerpo, especialmente de las mujeres jóvenes.

The Conversation

La investigación ha sido realizada por la Fundación Child Heroes y financiada por el Ministerio de Igualdad. Nacho actualmente es investigador en Fundación Child Heroes.

La investigación, realizada por Fundación Child Heroes, ha sido financiada por el Ministerio de Igualdad. Camila González formó parte del equipo de investigación como miembro de la Fundación Child Heroes.

ref. Mucho más que OnlyFans: el engranaje digital que monetiza la intimidad de las jóvenes – https://theconversation.com/mucho-mas-que-onlyfans-el-engranaje-digital-que-monetiza-la-intimidad-de-las-jovenes-287120

El país de los 30 minutos: España aprueba una estrategia para vivir en un pueblo con todos los derechos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Belén López Tárraga, Investigadora en el Grupo de investigación Territorio, Innovación y Desarrollo (TEIDE), Universidad Complutense de Madrid

Calles de Santa Cruz de los Cuérragos (Zamora), localidad que quedó despoblada a finales de los años 90 y que con el inicio del siglo XXI comenzó a recuperar población. Ana Belén López Tárraga

Durante años, hablar de los pueblos vacíos en España producía pena o resignación. Parecía que la marcha de la gente a las ciudades era un destino inevitable. Para intentar frenarlo, los gobiernos solían aplicar ayudas económicas puntuales como medidas de emergencia.

Sin embargo, el pasado 14 de julio el Gobierno aprobó la II Estrategia Nacional para la Equidad Territorial y el Reto Demográfico.

Este plan propone una idea muy distinta: ya no se trata de “salvar” pueblos por nostalgia ni de buscar habitantes a la fuerza. Su objetivo principal es garantizar que cualquier persona tenga el derecho a decidir libremente dónde quiere vivir. Se busca asegurar las mismas oportunidades tanto en la gran ciudad como en el municipio más pequeño.

La despoblación es una cuestión de derechos

La pérdida de habitantes en el medio rural no es un problema aislado, sino la consecuencia de no tener garantizados ciertos derechos básicos. Este diagnóstico no surge por intuición, sino mediante datos socioeconómicos y demográficos precisos.

Trabajos como el Informe Noroeste muestran cómo el envejecimiento de la población y la dispersión geográfica aumentan la brecha con las ciudades.

Si vivir en un pueblo supone renunciar a un buen transporte, a un médico cerca o a una conexión a internet de alta velocidad, no hay una libertad real. Vivir en un sitio u otro acaba marcando la diferencia entre tener derechos o no tenerlos.

Estación ferroviaria de Lubián (Zamora), sin servicio de viajeros desde 2013.
Ana Belén López Tárraga

Para solucionar esto, la estrategia crea el Mecanismo Rural de Garantía. Esta medida obliga a evaluar cualquier futura norma antes de aprobarla para comprobar que no perjudique al entorno rural.

También se impulsa el plan “País de los 30 Minutos”. Su diseño incluye la elaboración de un estudio de zonificación y delimitación de áreas que analiza cómo se mueve la población y dónde faltan servicios esenciales. Su meta es reorganizar la sanidad, la educación y los servicios sociales para que todo el mundo tenga acceso a ellos a media hora de su casa.

Además, un observatorio técnico estudiará el mapa nacional mediante el Sistema Integrado de Datos Municipales. Esta plataforma recopila miles de datos sobre empleo, servicios y población.

Gracias a esta información pública, la estrategia orientará el dinero público según evidencias científicas y necesidades reales, no por intereses políticos.

¿Quién se encarga de cada cosa?

Llevar a cabo estas medidas es una tarea compleja en España. La responsabilidad se reparte entre tres niveles de gobierno que deben coordinarse muy bien.

El Gobierno central se encarga de los grandes marcos normativos, las telecomunicaciones, la energía y los transportes principales, mientras que las comunidades autónomas gestionan el día a día de la educación, los centros de salud y las carreteras regionales.

Contador de días sin médico durante 2022 en el consultorio médico de Monumento (Zamora).
Ana Belén López Tárraga

Por su parte, los ayuntamientos y las diputaciones son la primera línea de atención a la ciudadanía. Para compensar su falta de medios técnicos y económicos, las diputaciones desempeñarán un papel clave consistente en agrupar servicios y ayudar a los municipios pequeños a gestionar proyectos y fondos.

Tecnología, energías renovables y empleo local

En el año 2007 ya se intentó implantar un plan similar, pero la crisis económica frenó sus avances. Afortunadamente, la situación actual es muy distinta y ofrece mejores oportunidades.

España ha avanzado mucho en tecnología digital en los últimos años. Hoy la fibra óptica y la red 5G llegan a más zonas rurales que en la mayoría de países europeos.




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A esto se suma el crecimiento del teletrabajo y el impulso de las energías renovables. El gran reto ahora es evitar que las zonas rurales se usen solo para instalar molinos o placas solares sin dejar beneficios.

Huerto solar instalado entre las localidades rurales de Trabanca y Cabeza de Framontanos (Salamanca).
Ana Belén López Tárraga

Para lograr entornos habitables y comunidades resistentes, las inversiones estratégicas deben crear empleo sostenible. Un ejemplo claro es la gestión preventiva de incendios forestales: cuidar los montes todo el año genera puestos de trabajo locales, limpia el entorno y protege a los pueblos frente al cambio climático.




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¿Se puede frenar la despoblación con una estrategia?

Ningún plan público puede obligar a las personas a quedarse a vivir en un lugar concreto. Ni tampoco puede frenar por completo el crecimiento de las grandes ciudades.

Sin embargo, una estrategia bien diseñada sí puede eliminar las desventajas injustas de vivir fuera de las metrópolis. No se debe penalizar a quien elige quedarse en su municipio.

Diseñar medidas contra la despoblación no consiste en decidir cuántos habitantes debe tener cada pueblo. Consiste en garantizar con firmeza que el lugar donde decidas vivir jamás limite tus derechos, tus oportunidades ni tu calidad de vida.

The Conversation

Ana Belén López Tárraga no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El país de los 30 minutos: España aprueba una estrategia para vivir en un pueblo con todos los derechos – https://theconversation.com/el-pais-de-los-30-minutos-espana-aprueba-una-estrategia-para-vivir-en-un-pueblo-con-todos-los-derechos-288057

¿Vendería su alma (digital) por mil millones de dólares?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By James Manuel Pérez-Morón, Profesor Escuela Internacional de Ciencias Económicas y Administrativas, Universidad de La Sabana

Khaby Lame ya no es dueño de su imagen digital. La ha vendido por 975 millones de dólares. GIO_LE/Shutterstock

La pregunta parece salida de una novela distópica. Sin embargo, hoy empieza a parecer un dilema real. Hace apenas unas semanas, el creador digital senegalés Khaby Lame protagonizó titulares internacionales tras una venta multimillonaria de su imagen digital. La operación implica la creación de un clon de Lame mediante IA, capaz de replicar su imagen, expresiones y estilo comunicativo para generar contenido 24/7 y en múltiples idiomas. Muchos usuarios en redes resumieron el hecho con una frase provocadora: “Khaby Lame vendió su alma digital”.

Más allá del sensacionalismo, el caso revela algo más profundo: la humanidad no solo quiere automatizar procesos, sino también replicarse a sí misma.

¿Qué son los gemelos digitales?

Los digital twins o gemelos digitales son representaciones virtuales de procesos, sistemas, activos, organizaciones o personas, conectadas a datos en tiempo real. Esta conexión permite simular escenarios, anticipar riesgos, optimizar operaciones y apoyar mejores decisiones.

Estos gemelos surgieron en sectores industriales) y se utilizan en fábricas, en la gestión energética y de materias primas, en hospitales, cadenas logísticas, ciudades inteligentes, agricultura, transporte, educación y retail.

La consultora McKinsey estima que los gemelos digitales podrían mejorar la eficiencia del capital y de las operaciones entre 20 % y 30 %. Además, proyecciones internacionales indican que el mercado mundial de gemelos digitales alcanzaría cerca de 150 000 millones de dólares en 2030, con tasas de crecimiento cercanas al 47,9 % anual. La razón es clara: representan un cambio profundo en la economía de la decisión.

¿Realidad o utopía?

Lejos de ser una tecnología experimental, los gemelos digitales ya operan en algunas de las organizaciones más avanzadas del mundo. Tesla utiliza réplicas digitales de sus vehículos para monitorear su desempeño, detectar fallas y aplicar la mejora continua a sus sistemas mediante los datos generados por cada automóvil en circulación. General Electric emplea gemelos digitales para optimizar sus parques eólicos y maximizar la eficiencia energética. La NASA desarrolla complejas réplicas virtuales de naves espaciales, vehículos exploradores y misiones enteras para anticipar riesgos antes de que ocurran.

Siemens lidera la construcción de modelos digitales de ciudades inteligentes, capaces de simular movilidad, energía e infraestructura urbana. Boeing aplica esta tecnología durante todo el ciclo de vida de sus aeronaves, desde el diseño hasta el mantenimiento, mientras que Rolls-Royce monitorea sus motores aeronáuticos mediante contrapartes digitales alimentadas por miles de datos en tiempo real durante cada vuelo. Incluso Microsoft permite que pequeñas empresas creen representaciones virtuales de entornos conectados: edificios, fábricas, sistemas de redes e incluso ciudades enteras.

Gemelo digital vs. alma digital

Primero aparecieron relatos mitológicos sobre criaturas artificiales. Siglos después, la ciencia moderna dio un salto decisivo con la clonación de la oveja Dolly en 1997. Hoy, el debate parece desplazarse nuevamente: del ADN a la conciencia, de la biología a los algoritmos, de la teología a Silicon Valley.

Los gemelos digitales copian máquinas, ¿ahora se va a copiar personas? Eso sería, en esencia, una nueva versión tecnológica del viejo sueño humano de alcanzar la inmortalidad.




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Un gemelo digital busca reproducir comportamientos observables. Simula cómo funciona un objeto, un sistema o incluso una persona. Un alma digital, en cambio, intentaría capturar algo mucho más complejo: la identidad, la memoria, la personalidad, los valores, las emociones e incluso las formas de pensar. Mientras el primero reproduce lo que hacemos, el segundo aspira a reproducir quiénes somos.

Y allí surge la duda: si la inteligencia artificial puede recrear personas, ¿qué impediría reconstruir digitalmente a algunos de los personajes más oscuros de la historia? ¿Podrían existir versiones algorítmicas de Hitler o Stalin, entrenadas con discursos, decisiones y patrones históricos?

Pero el debate también tiene otra cara. La misma tecnología podría preservar el pensamiento y la voz de personas que aportaron positivamente a la humanidad. Imaginemos sistemas educativos inspirados en Nelson Mandela, Marie Curie o Mahatma Gandhi para enseñar reconciliación, ciencia o liderazgo ético.

La pregunta central es si deberíamos hacerlo y para qué.

La IA y el catolicismo

La tradición judeocristiana sostiene que el ser humano fue creado a imagen y semejanza de Dios. Esa idea implica singularidad, dignidad y conciencia moral. No somos simplemente datos replicables ni productos escalables.

Precisamente por eso, el Vaticano ha comenzado a intervenir activamente en el debate sobre IA. En el documento Antiqua et Nova (2025), el Dicasterio para la Doctrina de la Fe y el Dicasterio para la Cultura y la Educación advertían de que la IA no puede reducir la inteligencia humana a simples patrones computacionales ni reemplazar la dignidad irrepetible de la persona humana.

Ello también se reitera en la reciente primera encíclica del papa León XIV, Magnifica Humanitas, que invita a reflexionar sobre la relación entre progreso tecnológico, dignidad humana y bien común.

Innovación vs. límites éticos

Quizá el verdadero riesgo no sea que las máquinas se parezcan demasiado a nosotros. Tal vez el peligro más grande sea que terminemos aceptando sin cuestionamientos el paradigma tecnocrático. Una visión donde todo aquello que nos hace humanos puede medirse, modelarse, comercializarse y optimizarse como si fuera un producto más.

La IA necesita innovación. Pero necesita aún más de límites éticos. El futuro no dependerá únicamente de aquello que podamos clonar sino de aquello que decidamos preservar de nuestra propia humanidad. En un mundo capaz de copiar casi cualquier cosa, quizás el mayor desafío sea proteger aquello que sigue siendo irrepetible: nuestra _magnífica_humanidad.

The Conversation

James Manuel Pérez-Morón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Vendería su alma (digital) por mil millones de dólares? – https://theconversation.com/venderia-su-alma-digital-por-mil-millones-de-dolares-283620