Pourquoi le sommet Afrique-France de Nairobi porte la marque des priorités de Macron et de Ruto

Source: The Conversation – in French – By Frank Gerits, Research Fellow at the University of the Free State, South Africa and Assistant Professor in the History of International Relations, Utrecht University

Le sommet Afrique-France 2026 organisé à Nairobi les 11 et 12 mai est le premier à se tenir dans un pays africain qui n’est pas une ancienne colonie française. C’est également le premier depuis la rupture spectaculaire des relations entre la France et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Le sommet de 2026 peut être considéré comme le dernier exemple en date de la nouvelle doctrine africaine du président Emmanuel Macron, qu’il a présentée au Burkina Faso en 2017. Les trois messages marquants de cette doctrine étaient :

  • des excuses pour les torts coloniaux

  • une approche néolibérale axée sur les petites entreprises pour les programmes d’aide

  • la volonté française de développer de nouvelles alliances en dehors de l’Afrique française.

Conformément à cette nouvelle doctrine, le président français a présenté en 2021, avec une certaine réticence, des excuses pour certains aspects de la politique coloniale française en Algérie. Il a notamment reconnu la torture et l’assassinat du héros nationaliste algérien Ali Boumendjel.

Mais surtout, Macron a cherché à renforcer la position de Paris alors que les anciennes alliances s’affaiblissaient.




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Il a délibérément investi du temps et de l’énergie au-delà de l’Afrique occidentale française. Sa visite officielle en Guinée-Bissau, une ancienne colonie portugaise, en est un bon exemple.

Juste après son élection en 2017, l’Agence française de développement (AFD) et la Fondation Tony Elumelu ont signé un accord au Nigeria. Il a pour objectif de rendre autonome une nouvelle génération de chefs d’entreprise. La Fondation Tony Elumelu est une organisation à but non lucratif basée à Lagos qui promeut l’entrepreneuriat chez les jeunes à travers l’Afrique.

Macron a ensuite mis en avant l’entrepreneuriat lors du nouveau sommet France-Afrique en 2021. Il a voulu inspirer la jeunesse africaine à innover et à créer des entreprises.

La conférence de cette année s’est tenue sous la bannière : « Africa Forward : Partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ». L’accent mis sur les start-up n’est pas un hasard.

Le Kenya a également souligné le caractère novateur de cette rencontre, qui met l’accent sur l’Afrique en tant que partenaire majeur de l’Europe. L’Europe cherche de nouveaux alliés en pleine guerre en Ukraine. Et les États-Unis ne sont pas fiables, Donald Trump imposant des droits de douane et remettant en question l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

En tant qu’historien des relations entre le Nord et le Sud, je considère cette rencontre moins comme une rupture historique que comme la poursuite d’une relation plus ancienne et mutuellement bénéfique entre le Kenya et la France.

Le Kenya espère que ce rapprochement avec la France renforcera son influence à travers l’Afrique et lui permettra de rivaliser avec le poids diplomatique de l’Afrique du Sud, qui a accueilli le sommet du G20 en novembre 2025.

En transcendant la division classique entre l’Afrique française et l’Afrique britannique, Nairobi peut se présenter comme un leader continental et une ville diplomatique.

Histoire des relations entre la France et le Kenya

Les relations économiques et diplomatiques remontent aux années 1960 et 1970. En septembre 1970, la France avait envoyé un expert juridique peu connu, Jacques Mollet, pour conseiller le ministère kenyan de l’Industrie et du Commerce sur la Communauté de l’Afrique de l’Est nouvellement formée.

La France a également cherché à coopérer avec des institutions de la Communauté de l’Afrique de l’Est, telles que la Banque de développement de l’Afrique de l’Est. En devenant un partenaire étroit d’un bloc économique régional nouvellement établi en Afrique, dans lequel Nairobi jouait un rôle central, le ministère français des Affaires étrangères cherchait à affaiblir l’influence britannique en Afrique tout en renforçant sa propre position au sein de la Communauté économique européenne (CEE), aujourd’hui l’UE.

Paris justifiait avec un certain cynisme son ingérence comme un moyen de renforcer l’unité continentale, car une sphère d’influence française et une sphère d’influence britannique en Afrique conduiraient à une concurrence interne inutile entre les pays du Commonwealth en Afrique et les pays francophones.

Le Kenya a cherché à renforcer ses relations commerciales avec la France et la CEE dans les années 1960. Il s’agissait en partie d’une tentative pour s’affranchir du Commonwealth. Lors des négociations avec la CEE en 1963, une délégation d’Afrique de l’Est comprenant le ministre kenyan du Travail, Tom Mboya, a souligné que le maintien du Marché commun d’Afrique de l’Est était essentiel – et non celui du Commonwealth.

La vision commune de Ruto et Macron

Les similitudes entre le président kenyan William Ruto et Macron renforcent encore ce lien historique entre le Kenya et la France. Ils partagent les mêmes objectifs diplomatiques. Ils se concentrent tous deux sur le financement de la lutte contre le changement climatique et la sécurité, et ils privilégient tous deux la privatisation néolibérale comme mode de gouvernance tant au niveau national qu’international.

La campagne électorale de Ruto en 2022 a mis en avant la « nation des entrepreneurs », en mettant l’accent sur l’accompagnement des petites entreprises. Macron s’est comporté comme un homme d’affaires-diplomate à l’étranger, présentant les petites entreprises comme une solution au sous-développement.

Ce n’est donc pas un hasard si le sommet de 2026 a accueilli un forum des entreprises et que les discussions ont porté sur les avantages potentiels de l’intelligence artificielle. L’IA, les initiatives climatiques et la fabrication d’armes, ainsi que les petites entreprises qui ont vu le jour grâce à ces priorités, constituent des domaines de coopération et d’investissement entre les pays africains et les anciennes puissances coloniales. Les politiciens aiment s’en vanter.

Cela s’explique en partie par le fait qu’il s’agit d’initiatives qui n’ont pas encore fait leurs preuves et qui ne s’inscrivent pas dans une longue histoire d’échanges inégaux entre les deux pays. Elles constituent un terrain d’entente naturel pour deux parties cherchant à renouveler leurs relations, moins encombrées par le sombre passé de l’oppression coloniale.

Pourtant, l’accord entre la France et le Kenya sur la nécessité d’aborder les questions de sécurité, de changement climatique et d’intelligence artificielle occulte le fait que les deux pays se retrouvent souvent dans des camps opposés sur ces sujets.

Comme l’a montré l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les dirigeants africains et européens ne partagent pas nécessairement la même analyse de la situation sécuritaire mondiale.

Les pays européens pensaient obtenir le soutien total des pays africains, mais seuls 28 des 54 pays africains ont voté en faveur d’une résolution des Nations unies condamnant l’invasion russe de l’Ukraine. Le Kenya s’est abstenu.

Sur des questions telles que le changement climatique et l’intelligence artificielle, la France et le Kenya s’accordent à nouveau sur le principe général selon lequel ces questions nécessitent une action urgente, mais divergent quant à la forme que cette action devrait prendre.

Par exemple, le changement climatique a durement touché le Kenya. Les sécheresses prolongées exigent une véritable action climatique. Dans le même temps, la France et l’UE ont évoqué un assouplissement des réglementations climatiques pour faire face à la crise énergétique provoquée par la guerre des États-Unis contre l’Iran. Cela inclut un assouplissement des normes d’émissions pour les voitures.

Le même problème se pose en ce qui concerne l’économie de l’IA, dont la France se veut le champion. Ce sont les travailleurs à bas salaire du Kenya qui ont effectué la majeure partie du travail de fond pour faire fonctionner les applications d’IA. Les grands modèles linguistiques et autres applications doivent être entraînés et surveillés par des humains. Ces modèles sont souvent formés dans ce que l’on appelle au Kenya les « ateliers clandestins de l’IA ». Les Kenyans effectuent une grande partie du travail d’étiquetage des données et de modération de contenu dans le domaine de l’IA.

Une relation à long terme ?

En substance, le sommet illustre comment le financement climatique, la sécurité et l’IA sont utilisés pour renforcer les intérêts commerciaux tant en Afrique qu’en France, et constituent une tentative stratégique de redéfinir une relation longtemps assombrie par le colonialisme.

Cependant, l’avenir de cette approche menée par les entrepreneurs reste incertain. Son succès dépendra de la capacité de la France et du Kenya à garantir que la richesse générée par ces secteurs émergents soit largement répartie, ou à éviter qu’elle ne serve qu’à enrichir un petit cercle d’élites technologiques.

The Conversation

Frank Gerits does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi le sommet Afrique-France de Nairobi porte la marque des priorités de Macron et de Ruto – https://theconversation.com/pourquoi-le-sommet-afrique-france-de-nairobi-porte-la-marque-des-priorites-de-macron-et-de-ruto-282763

L’incontinence urinaire féminine : un problème sous-estimé responsable de beaucoup de souffrances

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marina Gómez de Quero Córdoba, Profesora Lectora en Grado en Enfermería, Universitat Rovira i Virgili

L’incontinence urinaire féminine n’est ni une maladie bénigne ni une conséquence « normale » liée au fait de prendre de l’âge, aux accouchements ou à la ménopause. Il s’agit d’un trouble fréquent, avec un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie. Pourtant des traitements existent et la plupart d’entre eux ne passe pas par la case « chirurgie ».


Rire, tousser ou sortir de chez soi… que se passe-t-il quand ces actions quotidiennes deviennent des sources de stress permanent ? C’est ce que vivent les millions de femmes qui souffrent d’incontinence urinaire, un problème de santé aussi fréquent que sous-diagnostiqué.

On estime qu’environ une femme sur trois souffrira d’une forme d’incontinence au cours de sa vie (Cette pathologie touche entre 25 à 40 % des femmes selon les études, précise le ministère de la santé français, NdT). Pourtant, cette réalité est souvent banalisée et passée sous silence.

Il ne s’agit ni d’une maladie bénigne ni d’une conséquence « normale » de l’âge, des accouchements ou de la ménopause. Nous parlons là d’un trouble ayant un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie des personnes qui en souffrent.

D’un point de vue physiologique, l’incontinence urinaire est due à une altération des mécanismes qui contrôlent le stockage et l’évacuation de l’urine. Dans des conditions normales, la vessie se remplit progressivement pendant que les muscles du plancher pelvien et les sphincters urétraux restent contractés, ce qui empêche les fuites. Quand ce système défaille – en raison d’une faiblesse du plancher pelvien, de lésions neurologiques, d’une hyperactivité du muscle détrusor ou de troubles hormonaux –, le contrôle volontaire de la miction est perdu.

Certains facteurs, tels que les grossesses et les accouchements, la ménopause, le vieillissement, des interventions chirurgicales subies antérieurement ou certaines maladies neurologiques peuvent contribuer à de tels changements. Cela donne lieu à différents types d’incontinence, comme l’incontinence d’effort (provoquée par un effort physique, une toux, un rire…), l’incontinence par impériosité (lorsqu’un besoin impérieux d’uriner se fait sentir et qu’une petite quantité s’échappe avant d’arriver aux toilettes) ou l’incontinence mixte.

Quand le problème n’est pas seulement physique

Pendant des années, ce problème a été abordé presque exclusivement sous l’angle physique : quelle quantité d’urine est perdue, à quelle fréquence, quel type de protection utiliser… Cependant, le véritable poids de l’incontinence ne se situe pas seulement au niveau de la vessie, mais aussi dans ce qu’elle provoque sur le plan émotionnel.

Dans une étude récemment publiée dans la revue Enfermería Clínica, nous avons examiné la situation de 200 femmes souffrant d’incontinence urinaire, suivies dans un service de soins infirmiers urologiques. Nos résultats révèlent que plus de 60 % d’entre elles présentaient des symptômes de dépression et près de 67 % manifestaient une anxiété cliniquement significative.

Même si ces données ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet direct, il s’agit néanmoins de problèmes qui coexistent et s’influencent mutuellement. Il est également probable que des facteurs antérieurs – tels qu’un passé d’anxiété ou de dépression, des maladies chroniques ou des situations de vie stressantes – contribuent à ce mal-être psychologique.

En effet, il s’agit d’une souffrance émotionnelle persistante, associée à la peur constante de pertes urinaires, à la honte sociale et au sentiment de perte de contrôle.

Vivre en état d’alerte permanent

De nombreuses femmes qui souffrent d’incontinence organisent leur vie en fonction de ce symptôme ; elles s’interrogent en permanence : « où se trouvent les toilettes », « quels vêtements porter », « combien de temps est-il possible de rester hors de chez elles », peuvent-elles pratiquer une activité physique, ou voyager…

Cette vigilance permanente génère un stress chronique  : ni le corps ni l’esprit ne trouvent de répit, jusqu’à atteindre un point où cela devient épuisant.

Par ailleurs, près de 80 % des femmes que nous avons interrogées ont déclaré avoir besoin de recueillir davantage d’informations sur l’incontinence urinaire. Beaucoup se tournent vers Internet ou leur entourage, qui transmettent des informations fragmentaires, des idées reçues ou des messages contradictoires.

(Ameli, le site de l’Assurance maladie consacre un dossier complet à l’incontinence urinaire, NdT).

Les infirmières se sont imposées comme des figures clés de l’éducation à la santé et de l’accompagnement. Pourquoi ? En raison de leurs connaissances en matière de santé, de leur capacité à offrir un espace sûr où s’exprimer, du soutien émotionnel qu’elles apportent et du fait qu’elles constituent une figure (souvent féminine, ce qui aidait également) à qui confier ce qui n’avait pu être dit à quiconque pendant des années.

L’éducation à la santé ne consiste pas seulement à informer, mais aussi à expliquer en s’appuyant sur la science et les connaissances, dans un langage que les patients peuvent comprendre. Cette approche permet de mettre en place une écoute active, une validation, une régulation émotionnelle et un soutien en matière d’estime de soi.

L’incontinence urinaire a des répercussions non seulement sur cette dernière, mais aussi sur l’image corporelle, la vie sexuelle et la santé mentale. C’est pourquoi la traiter uniquement à l’aide de protections ou de solutions ponctuelles ne suffit pas. Les données scientifiques soulignent la nécessité d’une approche globale qui tienne compte à la fois des symptômes physiques et de l’impact émotionnel.

Comment diminuer l’incontinence et à qui s’adresser ?

Il existe aujourd’hui de nombreuses mesures efficaces pour réduire l’incontinence urinaire, et la plupart ne sont pas chirurgicales. L’approche principale consiste à suivre un traitement « conservateur », qui comprend notamment la rééducation du plancher pelvien à l’aide d’exercices encadrés par des professionnels, afin d’améliorer le contrôle urinaire et de réduire considérablement les fuites.

À cela s’ajoutent des stratégies telles que l’entraînement de la vessie, la modification des habitudes mictionnelles ou l’ajustement de la consommation de liquides et de caféine. L’éducation à la santé, dispensée par des infirmières ou des urologues, constitue aussi un élément essentiel pour briser les idées reçues et favoriser l’observance du traitement.

Dans certains cas, on peut recourir à des pessaires, des dispositifs en silicone que l’on insère dans le vagin pour soutenir les organes pelviens. Leur utilisation est particulièrement utile en cas de prolapsus, autrement dit lorsque la vessie, l’utérus ou le rectum descendent de leur position normale, en raison d’un affaiblissement du plancher pelvien. En outre, un traitement médicamenteux peut être prescrit au cas par cas, en fonction du type d’incontinence.

Lorsque ces mesures ne suffisent pas, différentes options chirurgicales peuvent être envisagées. Parmi celles-ci figure la pose d’une bande sous-urétrale, qui soutient l’urètre afin d’éviter les fuites lors d’efforts tels que la toux ou le rire. Une alternative est la colposuspension de Burch, une intervention chirurgicale qui soulève et fixe le col de la vessie. Dans certains cas, on peut également envisager la pose d’un sphincter urinaire artificiel.

En définitive, soulignons que les données scientifiques démontrent qu’une prise en charge précoce et personnalisée améliore les symptômes physiques, la qualité de vie et le bien-être émotionnel des femmes concernées par cette affection.

The Conversation

Marina Gómez de Quero Córdoba ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’incontinence urinaire féminine : un problème sous-estimé responsable de beaucoup de souffrances – https://theconversation.com/lincontinence-urinaire-feminine-un-probleme-sous-estime-responsable-de-beaucoup-de-souffrances-282397

The hidden role of export credit in the energy transition

Source: The Conversation – France – By Igor Shishlov, Affiliate Professor – Climate Change Economics, HEC Paris Business School

For most policymakers, export credit agencies (ECAs) are financial tools that boost national companies’ business endeavours abroad. But a recent research project conducted by Philipp Censkowsky, Paul Waidelich, Igor Shishlov, and Bjarne Steffen reveals the profound impact they have on the energy transition. Our study analysed 921 energy-finance deals backed by ECAs from 31 countries between 2013 and 2023.

We used commercial transaction data to track how much ECAs invested in fossil fuels versus renewable energy. We also examined key policy shifts to understand how international agreements influence the decisions ECAs make.

Are ECAs slowing down or speeding up the low carbon transition? For years, export credit agencies have been key players in global trade finance, providing state-backed loans, insurance and guarantees to support national exporters. But their role in the energy transition is now under scrutiny.

While some ECAs have made strides in shifting finance away from fossil fuels, many remain deeply entangled in financing oil, gas and even coal — the dirtiest fuel of them all.

Our research underscores this reality. ECAs are major enablers of energy
infrastructure worldwide, and their continued support for fossil fuels is at odds with international climate commitments.

What’s holding ECAs back from making a full transition?

These agencies have historically played a crucial role in financing fossil fuel projects by de-risking investments for private lenders. This influence is massive — comparable to multilateral development banks — yet their role in shaping the energy transition has been largely underexplored in academic research.

In our study, we found a clear trend:

ECAs are slowly pivoting towards renewable energy, but fossil fuel projects still receive a large share of support, even as international pledges like the Glasgow Statement call for the phasing out of international fossil fuel financing.

A fragmented shift

Our paper shows that, in 2013, only 9% of ECA energy commitments went to
renewable energy technologies (RETs). By 2023, that share had jumped to over 40%.

While this suggests a significant shift, the total dollar amount of fossil fuel financing remains high.

Certain ECAs, particularly those in Europe, have made stronger commitments to “greening” their portfolios, while others — like those in Japan, South Korea and China — continue to support fossil fuel infrastructure.

Breaking down financing patterns reveals important nuances:

  • Coal financing has has sharply declined among OECD ECAs, following the
    adoption of international restrictions. However, some non-OECD countries
    continue to finance coal projects, particularly in emerging economies.

  • Oil and gas projects still dominate ECA commitments, especially in the
    early stages of production and transportation. Even as financing for coal
    declines, oil and gas deals receive billions in state-backed support.

  • Wind energy leads the charge in renewables financing, with large offshore projects securing significant ECA backing. Solar and hydrogen projects, while growing, still lag behind.

One of the most striking findings of our research is that ECA-backed renewable energy investments are overwhelmingly concentrated in high-income countries.

Developing nations — where clean energy investment is most needed — receive
little support, a trend driven by the high perceived financial risks, and a lack of strong policy incentives.

Policies’ limitations

Why do some ECAs lead in the energy transition while others lag behind?

A key factor is their mandate and political will of their respective governments. Many ECAs are designed primarily to promote national exports and domestic job creation, with little regard for climate or sustainability objectives. This narrow focus has made it difficult for ECAs to pivot away from fossil fuels, even when their governments have pledged to do so.

Some countries, however, are starting to rethink this approach. In the UK and the Netherlands, studies have shown that shifting export finance from fossil fuels to renewables can actually create more domestic jobs. ECAs in countries that have integrated climate goals into their mandates — like those in the Export Finance For Future (E3F) coalition — tend to be leading the way in shifting finance towards renewables.

But without clear and binding international rules, many ECAs cite their mandates as an excuse to continue financing fossil fuels. For example, the Export–Import Bank of the United States (EXIM) has justified continued oil and gas support under its “non-discrimination” clause, even though the US government under the Biden Administration has pledged to end international public finance for fossil fuels.

Global cooridnation

A fragmented policy landscape creates loopholes. When one country’s ECA pulls out of fossil fuel financing, others may step in to fill the gap.

This “free-rider” dynamic may weaken the impact of national-level climate commitments, and underscores the need for stronger international cooperation.

The most important global policy framework for ECAs is the OECD Arrangement
on Officially Supported Export Credits
, which already includes restrictions on coal financing. But negotiations to expand these rules to oil and gas have stalled, despite pressure from climate advocates and progressive governments.

Former US President Joe Biden’s administration attempted to push for stricter rules in late 2023 but failed to secure agreement from key countries like South Korea and Turkey, which is set to host COP31 – the next UN Climate Change Conference.

In our paper, we argue that reviving global dialogue on ECA climate policy beyond the OECD is crucial. Without a coordinated approach, fossil fuel-dependent economies will continue to resist change, and financing for clean energy will remain unevenly distributed.

Policy recommendations going forward

So, what can policymakers do to accelerate the transition? Here are three key recommendations:

  1. Redefine ECA mandates: National governments should integrate climate
    and sustainability objectives into their ECA policies, ensuring that export
    finance aligns with broader climate commitments.

  2. Expand international agreements: Strengthening the OECD Arrangement
    on Officially Supported Export Credits to include oil and gas restrictions
    would create a level playing field and prevent countries from undermining
    each other’s progress.

  3. Improve financing mechanisms for developing countries: High capital costs and political risks make it difficult for emerging economies to attract clean energy investment. ECAs could help by offering financial support and lower-cost loans for renewable energy projects in developing countries.

Ultimately, ECAs are a powerful but underutilised tool in the fight against climate change.

If policymakers take bold action to reform export finance, these institutions could become catalysts for a just and rapid energy transition. But without stronger mandates and international cooperation, they risk being a barrier rather than a solution.

Applications

The impact of ECAs depends on whether governments align their mandates with
climate goals.

Redirecting finance from fossil fuels to renewables, expanding support in developing economies, and strengthening international agreements, could make ECAs a driving force in decarbonisation.


This article is based on the original study “Quantifying the shift of public export finance from fossil fuels to renewable energy” published in Nature Communications in January 2025, co-authored by Philipp Censkowsky of HEC Lausanne, Paul Waidelich of ETH Zurich, Igor Shishlov of Perspectives Climate Group and HEC Paris, and Bjarne Steffen of ETH Zurich.

The Conversation

Igor Shishlov works for Perspectives Climate Group, where he previously conducted research on export credit agencies funded by Both ENDS, the European Climate Foundation, Oxfam America, and the Nordic Council of Ministers.

ref. The hidden role of export credit in the energy transition – https://theconversation.com/the-hidden-role-of-export-credit-in-the-energy-transition-282738

Les femmes en sciences sont de plus en plus présentes mais sans réel pouvoir, révèle une étude mondiale

Source: The Conversation – France in French (2) – By Marie-Francoise Roy, emerita professor in mathematics

Photo by Gustavo Fring via Pexels, CC BY

*Les femmes ne représentent qu’un tiers des chercheurs dans le monde, mais sont encore moins intégrées dans les structures de pouvoir des organisations scientifiques. Une étude mondiale étudie leur présence aux postes d’influence, afin de faire émerger des bonnes pratiques. *


Le monde universitaire peine à atteindre l’égalité des sexes. Les femmes y sont sous-représentées à tous les niveaux, dans la recherche et encore plus aux postes de direction au sein des organisations scientifiques. C’est aussi le cas pour les académies des sciences (institutions prestigieuses au sein des systèmes scientifiques nationaux) et les unions scientifiques (organisations internationales représentant les communautés disciplinaires).

Aujourd’hui, les femmes représentent près d’un tiers des effectifs de recherche à l’échelle mondiale. Selon l’UNESCO, elles représentaient 31,1 % des chercheurs dans le monde en 2022, contre 29,4 % en 2012. Elles sont particulièrement sous-représentées en ingénierie et en technologie (un quart, voire moins), tandis que la parité est globalement atteinte en sciences sociales et humaines.

Cependant, la représentation des femmes au sein des effectifs ne se traduit pas automatiquement par un accès équivalent aux postes de direction. Une étude mondiale récente montre que les femmes restent sous-représentées dans les organisations qui influencent les agendas et les normes scientifiques, reconnaissent l’excellence scientifique et conseillent les gouvernements.

Ce rapport de 2026 s’appuie sur des données provenant de plus de 130 académies scientifiques et unions scientifiques internationales, ainsi que sur une enquête menée auprès de près de 600 scientifiques. Il a été réalisé par l’International Science Council, the InterAcademy Partnerhip et le Standing Committee for Gender Equality in Science, et fait suite à des études menées en 2015 et 2020. Je suis l’une des auteures du rapport de 2026, avec Léa Nacache et Catherine Jami.

Les académies nationales des sciences illustrent l’ampleur des inégalités entre les sexes. En 2025, les femmes représentaient en moyenne 19 % des membres de ces instances. Ce chiffre représente une amélioration par rapport aux résultats des deux études précédentes : 12 % en 2015 et 16 % en 2020. Cependant, ce nombre reste bien inférieur à la proportion des femmes au sein de la communauté scientifique mondiale. Et la moyenne masque de fortes disparités : dans certaines académies, les femmes représentent moins de 5 % des membres ; dans d’autres, elles avoisinent les 40 %.

La mission des unions scientifiques internationales est de contribuer au développement et à la structuration de leur discipline, d’organiser des congrès internationaux et de décerner des prix. Ces unions présentent un profil quelque peu différent de celui des académies. En moyenne, les femmes occupent désormais 40 % des postes de direction au sein des unions internationales qui ont répondu à notre enquête. Mais là aussi, les progrès sont inégaux. Des inégalités disciplinaires profondes subsistent, notamment pour les prix scientifiques les plus prestigieux.

Notre rapport examine les raisons de ces tendances, le fonctionnement concret des institutions et les moyens de faire évoluer la situation. Ces conclusions sont importantes car les académies et les unions scientifiques jouent un rôle majeur dans la gouvernance de la science. Les déséquilibres persistants entre les sexes au sein de ces instances soulèvent donc des questions non seulement d’équité, mais aussi de légitimité et d’efficacité. La légitimité de la science dépend en partie de la capacité de ses institutions à refléter la diversité de la communauté scientifique. Or, la légitimité est essentielle dans un contexte de défis mondiaux — du changement climatique aux pandémies — où la confiance du public envers la science est fragile.

Au-delà des effets de viviers

Les disparités entre les sexes dans les instances dirigeantes de la science sont souvent expliquées par un effet retard : si moins de femmes ont intégré certains domaines il y a plusieurs décennies, elles sont aujourd’hui moins nombreuses à occuper des postes à responsabilité ou à être éligibles aux nominations dans les académies ou aux prix scientifiques. La dynamique des viviers joue un rôle, tout comme les écarts traditionnels entre les disciplines. Mais ces facteurs n’expliquent pas tout.

La plupart des organisations scientifiques déclarent avoir des procédures de nomination, d’élection et d’attribution formellement ouvertes et fondées sur le mérite. Pourtant, les données montrent que les femmes sont systématiquement sous-représentées dans les listes de nominés par rapport à leur présence parmi les scientifiques éligibles.

Notre analyse souligne l’importance des processus institutionnels. Qui est autorisé à soumettre une candidature ? Comment les candidats et candidates qualifiés sont-ils identifiés ? Les critères de nomination sont-ils transparents ? Quelle importance est accordée à la réputation et aux réseaux informels ?

Dans 90 % des académies interrogées, la nomination repose sur les personnes déjà membres. Dans un contexte où les membres sont majoritairement masculins, de telles procédures tendent à perpétuer les déséquilibres existants. Même en l’absence de discrimination explicite, les réseaux de parrainage informels et les mécanismes de visibilité professionnelle influencent le choix des candidats et des candidates. L’évaluation des candidats potentiels est donc façonnée par des dynamiques sociales et institutionnelles, et non uniquement par les réalisations et le mérite individuels.

Notre enquête sur les initiatives en faveur de l’égalité des genres a montré que les actions de sensibilisation et d’encouragement, à elles seules, ont eu un impact limité. Elles doivent s’accompagner de réformes structurelles. Dans la plupart des organisations, les mesures en faveur de l’égalité des genres manquent de structures dédiées, de mandats formels, de budgets ou de mécanismes de suivi.

Participation sans égalité de progression

Les résultats quantitatifs ont été complétés par les réponses à un sondage mené auprès de scientifiques actifs dans des organisations scientifiques. Ces réponses ont permis de mieux comprendre le fonctionnement concret du fonctionnement des structures.

Les femmes qui rejoignent des organisations scientifiques déclarent participer à des niveaux comparables à ceux des hommes. Elles siègent dans des comités, assistent à des réunions et contribuent aux activités. Cependant, nous avons constaté que cet engagement ne se traduit pas par une progression ou une reconnaissance équivalente.

Les femmes sont trois fois plus susceptibles que les hommes de signaler des obstacles à leur avancement au sein de leur organisation scientifique. Elles sont 4,5 fois plus nombreuses à déclarer manquer des événements importants en raison de leurs responsabilités familiales. Et lorsqu’elles peuvent y assister, elles déclarent six fois plus souvent ne pas avoir le sentiment de pouvoir participer à égalité avec les hommes.

En parallèle, les femmes sont 2,5 fois plus susceptibles que les hommes de signaler des expériences de harcèlement ou de microagressions dans le cadre de leurs activités au sein d’organisations scientifiques. Elles expriment également une moindre confiance dans la transparence des processus de sélection et dans les mécanismes de signalement et de traitement des comportements inappropriés.

Des entretiens qualitatifs ont permis de documenter les stratégies que les femmes développent pour évoluer dans ces environnements. Il s’agit notamment de la création de réseaux exclusivement féminins, de l’investissement dans l’engagement international pour échapper aux contraintes de leurs cultures locales ou encore de la mise en place de plaidoyers collectifs pour le changement. Ces stratégies semblent efficaces et les organisations devraient les encourager.

Du diagnostic au changement

Le rapport ne préconise pas un modèle unique ni des objectifs fixes applicables partout. Les organisations scientifiques sont très diverses. Cependant, les données et les études de cas présentées dans le rapport mettent en évidence un ensemble de leviers institutionnels clés susceptibles d’influer sur le changement.

À titre d’exemple, dans les académies où les règles et les structures formelles ont été révisées, les progrès en matière de représentation des femmes ont été plus durables. Il est essentiel d’identifier et de généraliser systématiquement ces bonnes pratiques.

La conclusion principale est sans équivoque : la sous-représentation des femmes dans la gouvernance scientifique n’est pas due à leur manque de compétences. Elle reflète des pratiques institutionnelles ancrées dans des cultures qui se sont développées au sein de communautés scientifiques dominées par les hommes.

Si la science aspire à servir la société dans son ensemble, les instances qui la définissent et la représentent doivent être disposées à examiner leur fonctionnement et la composition de leurs instances.


Des collègues nombreuses et nombreux ont contribué à l’élaboration et à l’amélioration du rapport sur lequel se fonde cet article, préparé en collaboration avec Peter McGrath (InterAcademy Partnership) et Léa Nacache (International Science Council).

The Conversation

Marie-Francoise Roy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les femmes en sciences sont de plus en plus présentes mais sans réel pouvoir, révèle une étude mondiale – https://theconversation.com/les-femmes-en-sciences-sont-de-plus-en-plus-presentes-mais-sans-reel-pouvoir-revele-une-etude-mondiale-281189

Les « médicanes », ces cyclones méditerranéens que le changement climatique va aggraver

Source: The Conversation – France in French (2) – By Emmanouil Flaounas, Senior researcher in atmosphere and climate sciences, Swiss Federal Institute of Technology Zurich

Le médicane (pour « _Mediterranean hurricane_ », ou ouragan méditerranéen) Ianos traverse la mer ionienne et approche des côtes grecques le 17 septembre 2020. données de Copernicus Sentinel (2020), processées par l’ESA, CC BY-SA

En mars 2026, un cyclone baptisé « Jolina » a causé d’importants dégâts dans toute l’Afrique du Nord. En 2020 et 2023, les tempêtes Ianos et Daniel ont causé de graves dégâts en Grèce, et Daniel a poursuivi son chemin jusqu’en Libye. Elle y a provoqué une catastrophe humanitaire, dans la ville de Derna, où des milliers de personnes ont été déclarées mortes ou portées disparues.


Ces cyclones de type tropical se produisent dans une région pourtant non tropicale, la mer Méditerranée. Ils sont connus depuis les années 80 et on les appelle « médicanes », un mot-valise formé à partir de « Méditerranée » et « hurricane » (ouragan, an français).

Comme toutes les tempêtes, les médicanes ne connaissent pas de frontières. Lorsqu’ils balayent la côte méditerranéenne, l’une des régions les plus densément peuplées et les plus vulnérables au monde (la population totale des pays méditerranéens en 2020 était d’environ 540 millions de personnes, dont environ un tiers vivait dans des zones côtières), leurs effets s’étendent sur plusieurs pays.

Ces tempêtes tirent leur énergie du réservoir qu’est la chaleur de la mer. À cause du changement climatique, la température de la Méditerranée augmente, et le réservoir grandit. Ce phénomène associe des effets atmosphériques et océaniques couplés, et il est urgent de mener davantage de recherches afin d’améliorer les systèmes d’alerte précoce et la préparation des populations — tant en matière de protection civile que concernant la manière dont nous ferions face à un événement catastrophique qui dépasserait notre niveau de préparation.

Les médicanes : des ouragans rares et dévastateurs en Méditerranée

L’un des premiers articles de recherche sur le sujet, datant de 1983, s’ouvrait par la phrase : « Parfois, mère Nature fait de son mieux pour nous tromper », accompagnée d’une image satellite d’un cyclone présentant une structure nuageuse en spirale bien organisée et un œil sans nuages en son centre, étonnamment similaire à ce que l’on s’attendrait à voir… sous les tropiques. Ces propos laissaient entrevoir la surprise de découvrir un phénomène aussi impressionnant et contre-intuitif qu’une structure de tempête de type tropical en Méditerranée.

Depuis lors, des progrès significatifs ont été réalisés dans la compréhension des médicanes grâce aux collaborations scientifiques internationales. En 2025, un effort de recherche collectif a abouti à une définition formelle de ce phénomène autrefois contre-intuitif.

Le médicane Jolina progresse vers la Libye à travers la mer Méditerranée en mars 2026. L’œil de la tempête est calculé en temps quasi réel et représenté par un point rouge. Source : Eumetsat/CNR-ISAC/ESA Medicanes Project.

Ce qu’il faut retenir de cette définition, c’est que les médicanes partagent d’importantes caractéristiques physiques avec les cyclones tropicaux, mais ne leur sont pas identiques. Les inondations dues à des précipitations intenses et étendues constituent leur danger le plus grave, s’étendant souvent bien au-delà du centre du cyclone et couvrant des zones à l’échelle nationale ou internationale. Enfin, et c’est crucial : les vents sont très violents à proximité de leur centre, ce qui signifie qu’il faut pouvoir déterminer précisément leur trajectoire et le lieu où ils arrivent sur les côtes si on veut mieux prévenir les impacts liés aux tempêtes de vent et aux ondes de tempête.

Les événements répondant à cette définition formelle se produisent en moyenne moins de trois fois par an. Cette fréquence limitée signifie que nos données statistiques sont encore trop peu nombreuses pour tirer des conclusions définitives sur les lieux où les médicanes se produisent.

Comment le changement climatique affecte le risque d’ouragan en Méditerranée

Les changements liés aux modifications du climat ne sont pas rassurants.

Des avancées récentes désignent la température de surface de la mer comme un facteur clé de l’intensification des tempêtes : une mer plus chaude entraîne une évaporation accrue et des flux de chaleur plus importants vers l’atmosphère, fournissant l’énergie nécessaire au développement et à l’intensification d’un médicane. Or, selon l’Atlas du service Copernicus sur le changement climatique, la Méditerranée s’est réchauffée d’environ 0,4 °C par décennie entre 1990 et 2020, une tendance claire, qui s’accélère.

Si ce chiffre peut sembler faible au quotidien, ses implications physiques sont loin d’être négligeables. En effet, une augmentation de seulement 1 à 2 °C peut entraîner une hausse significative des vitesses de vent et des taux de précipitations. De plus, le chiffre ci-dessus représente une moyenne à l’échelle du bassin (c’est-à-dire pour l’ensemble de la mer Méditerranée) ; localement, lors d’événements de médicane individuels, des températures de surface de la mer supérieures de 2 °C ou plus à la normale ont déjà été enregistrées.

Une étude récente permettant d’établir un lien entre l’intensité d’un médicane et le changement climatique a été publiée en 2022 et s’est concentrée sur la tempête « Apollo » (2021), montrant que des températures de surface de la mer plus chaudes et une atmosphère plus chaude avaient accru la disponibilité en humidité et les fortes précipitations sur la Sicile.

Des analyses ultérieures de Daniel ont également révélé que les précipitations extrêmes sur l’est de la Méditerranée et la Libye avaient été intensifiées par le changement climatique.

Plus généralement, des recherches récentes indiquent que les précipitations augmentent de façon plus nette que l’intensité des vents (des changements dans les vents sont également détectés lors de certains événements).

Aujourd’hui, climameter.org, un consortium international qui réalise des études d’attribution rapide selon un protocole évalué par des pairs, surveille les médicanes et les cyclones méditerranéens grâce à des études d’attribution rapide des phénomènes extrêmes émergents.

De nouvelles méthodes pour surveiller et mieux comprendre les médicanes sont nécessaires de toute urgence

La recherche collaborative entre la communauté scientifique et les agences de protection civile a joué un rôle central dans le développement de systèmes d’alerte précoce et l’amélioration de la préparation.

L’une de ces initiatives est le projet MEDICANES de l’Agence spatiale européenne — qui se penche notamment sur le médicane Jolina de mars 2026 à l’heure où nous écrivons ces lignes.

En fin de compte, pour nous adapter efficacement aux changements climatiques et plus particulièrement à des médicanes plus violents en Méditerranée, il nous faut de meilleurs modèles de prévision climatique qui livrent des estimations plus fiables et plus précises des phénomènes extrêmes liés aux cyclones.

Une approche de bout-en-bout qui traduit les résultats de la recherche scientifique en informations exploitables pour adapter la prévention et la protection civile est à la fois opportune et essentielle, notamment pour la planification de la résilience des infrastructures et les systèmes d’alerte précoce visant à réduire la vulnérabilité et les impacts socio-économiques.


Le mécénat scientifique d’AXA fait désormais partie du Fonds Axa pour le Progrès humain, qui regroupe les engagements philanthropiques du Groupe et des Mutuelles d’Assurances Axa dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. Avant 2025, ce mécénat scientifique global était assuré par le Fonds Axa pour la Recherche, qui a soutenu plus de 750 projets à travers le monde depuis sa création en 2007. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Fonds Axa pour le progrès humain.


Les projets Templex (ANR-23-CE56-0002) et EXTENDING (ANR-22-EXTR-0005) sont soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Emmanouil Flaounas a reçu des financements de l’Agence Spatiale Européenne (MEDICANES project with Contract No. 4000144111/23/I-KE).

Davide Faranda a reçu des financements de ANR et ERC (Horizon).

ref. Les « médicanes », ces cyclones méditerranéens que le changement climatique va aggraver – https://theconversation.com/les-medicanes-ces-cyclones-mediterraneens-que-le-changement-climatique-va-aggraver-282417

Les algorithmes évolutifs, une piste pour rendre les IA plus sobres

Source: The Conversation – France in French (2) – By Karol Desnos, Maître de conférences à l’Institut d’Electronique et des Technologies du numérique, INSA Rennes

Les systèmes d’IA sont souvent critiqués pour leur grande consommation énergétique — à tel point que l’on se demande quelle production électrique va alimenter les data centers dont la construction est prévue à travers le monde. Mais des systèmes d’intelligence artificielle plus sobres existent. Certains s’inspirent de la stratégie évolutionniste de la nature afin d’arriver à une solution la plus simple possible pour un problème donné.


Les principes de sélection naturelle théorisés par Charles Darwin ont permis l’évolution d’êtres vivants remarquablement adaptés à leurs environnements. Le cerveau humain est un exemple remarquable de résultat de cette évolution, ne consommant qu’une vingtaine de watts, soit près de 1000 fois moins qu’une intelligence artificielle le surpassant au jeu de Go. En reproduisant informatiquement ces principes évolutifs, il est possible de construire des intelligences artificielles (IA) plus sobres.

Les progrès fulgurants des IA durant cette dernière décennie sont majoritairement dus à l’utilisation des réseaux de neurones artificiels, dits « profonds », capables d’apprendre efficacement des tâches très diverses. Seulement, l’exécution d’un tel réseau requiert la réalisation de plusieurs millions à plusieurs milliards d’opérations mathématiques par un ordinateur ; et plus la complexité d’une tâche est grande, plus la taille du réseau nécessaire pour la réaliser sera grande également.

L’utilisation massive de réseaux de neurones profonds, toujours plus imposants pour en augmenter les capacités pose un problème de soutenabilité majeur. En effet, ces réseaux nécessitent des ressources naturelles et une énergie croissantes : il faut produire, alimenter et refroidir les processeurs exécutant ces calculs, notamment les GPU.

Pour répondre à ce défi de soutenabilité, il est nécessaire de proposer des technologies d’IA alternatives adaptant naturellement leur complexité à celle de la tâche accomplie pour être plus sobres.

Les approches évolutives pour l’apprentissage d’IA offrent une alternative crédible aux réseaux de neurones profonds, en étant plus sobres tout en restant performantes. En effet, contrairement aux réseaux de neurones dont la taille est fixée par un développeur avant l’entraînement, l’approche évolutive construit une IA dont la taille s’adapte minimalement à une tâche spécifique. Le résultat est une IA d’une complexité calculatoire de plusieurs centaines à milliers de fois inférieure aux réseaux de neurones, et donc naturellement plus sobre.

Mais au fait, c’est quoi l’évolution ?

La sélection naturelle et l’évolution reposent sur trois éléments essentiels : des individus définis par un génome, un mécanisme de reproduction, et un processus de sélection.

En biologie, le génome de chaque être vivant est construit en assemblant des briques de bases communes à une large diversité d’espèces : l’ADN. Le génome d’un être le caractérise en tant qu’individu, déterminant bon nombre de ses traits : forme, physiologie, taille, couleurs ; et le prédispose à certains comportements, tels que la course ou la nage.

Le mécanisme de reproduction permet à un ou plusieurs individus de donner naissance à de nouveaux individus, en copiant et en mélangeant leurs génomes. Cette copie, parfois imparfaite, crée un nouvel individu qui possède son propre génome, lui conférant des traits ressemblant à ceux de ses parents, mais possédant ses propres caractéristiques.

Un ensemble d’individus forme une population, qui existe dans un milieu où ils sont constamment évalués par des mises à l’épreuve : recherche de nutriments, survie en milieu hostile, recherche de partenaire de reproduction. Certains traits vont rendre des individus plus performants pour ces épreuves, augmentant leur chance de survie et de reproduction, quand d’autres traits moins favorables tendront à disparaître : c’est la sélection naturelle. Génération après génération, ce long processus a mené à l’apparition sur Terre d’êtres vivants adaptés à leurs environnements.

Depuis près de 60 ans, l’étude scientifique des algorithmes évolutionnaires a pour but de reprendre ces principes d’évolution pour l’optimisation de systèmes ou d’objets artificiels. Un exemple de cas d’usage concret est l’optimisation d’ailes d’avions, où le « génome » caractérise le profil, la longueur et la largeur d’une aile ; et où l’évaluation d’un individu (un modèle d’aile, en l’occurrence) mesure sa résistance, sa portance, et son poids.

Comment appliquer les principes d’évolution pour construire des IA

La programmation génétique est un domaine scientifique visant à construire des programmes informatiques, dont des IA, en appliquant ces principes évolutifs.

Crédit Image: Nicolas Beuve

Dans sa version la plus simple, l’« ADN » utilisé pour créer un individu est un ensemble d’instructions ou fonctions mathématiques de base : addition, multiplication, cosinus, etc. Le génome de chaque individu est ainsi une suite d’instructions, appelée programme, qui réalise des calculs sur les données de l’environnement.

Imaginons par exemple que l’on souhaite construire une IA chargée de contrôler un robot. L’IA observe des nombres représentant la position actuelle des différents membres du robot, l’angle de ses articulations, et la vitesse de ces différents éléments. Ces nombres sont utilisés pour exécuter l’individu-programme de l’IA. Les résultats des dernières instructions constituent la réponse de l’IA à cette observation, et sont utilisés pour contrôler les différents moteurs du robot.

Le processus évolutif débute par la création d’une population d’individus en générant de courts programmes aléatoires, une simple addition par exemple. La sélection des meilleurs programmes se fait en gardant les plus aptes à réaliser la tâche voulue, par exemple, faire avancer un robot le plus loin possible. Lors des premières générations, même les meilleurs individus sont généralement très mauvais, mais constituent le capital génétique pour la première phase de reproduction. La reproduction d’un programme peut se faire par croisement, en entremêlant les instructions issues de deux programmes parents ; ou par mutation, en reproduisant un programme existant de manière imparfaite pour ajouter ou retirer une instruction. Ce processus est ainsi répété sur de nombreuses générations, et à l’issue du processus d’évolution, le programme du meilleur individu est conservé pour être utilisé comme IA.

Et donc, les IA obtenues par ce processus d’évolution sont plus sobres ?

Durant le processus évolutif, le nombre d’instructions, et donc la complexité des programmes s’adapte automatiquement à la difficulté de la tâche à réaliser. En effet, l’ajout de nouvelles instructions aux génomes des individus ne perdure que si elle leur confère de meilleures aptitudes, favorisant leur survie et reproduction. Ainsi, le processus évolutif favorise naturellement l’émergence de programmes avec peu d’instructions, et pourtant bien adaptés à la tâche.

L’utilisation de programmes ainsi construits ne nécessite pas de puce dédiée de type GPU, et peut généralement être réalisée sur des processeurs peu énergivores déjà existants, et donc plus sobres.

Un autre avantage de l’approche évolutive : l’« interprétabilité »

Si les réseaux de neurones traditionnels sont capables de réaliser des tâches complexes, leur grande complexité calculatoire rend souvent impossible d’interpréter les causes de leurs bons fonctionnements, ou pire, de leurs erreurs. Là encore, la brièveté des programmes issus du processus évolutif est un atout majeur, puisque cela rend possible l’interprétation claire du fonctionnement de l’IA ainsi créée.

Un algorithme évolutionnaire est par nature facile à interpréter. Source : Quentin Vacher.

Cette vidéo en présente un exemple, avec un programme créé pour illustrer cet article qui permet de contrôler une jambe robotique, appelé le « hopper ». Usuellement appris avec des réseaux de neurones complexes, l’évolution génétique a permis à une IA d’apprendre à faire avancer la jambe robot en utilisant des instructions très simples pour contrôler chacun des trois moteurs du robot. De fait, comprendre la causalité des actions de l’IA en fonction des observations est possible, et on voit que le programme démontre une grande logique où chaque moteur est principalement contrôlé par des membres proches de celui-ci.

Quel avenir pour les IA issues de processus évolutifs ?

Dans certains domaines applicatifs, les IA plus sobres issues d’un processus évolutif concurrencent les aptitudes des réseaux de neurones pour un centième (voire un millième) de leur coût, par exemple en robotique ou dans l’industrie de la cyberdéfense. Si le coût de ces IA issues du processus évolutif les rend intrinsèquement plus sobres, il faut néanmoins veiller à ce que cette sobriété ne donne pas lieu à un effet rebond, sous forme d’une utilisation encore plus massive de telles IA pour des applications où cela n’est pas strictement nécessaire.

Ce domaine de recherche offre de nombreuses perspectives et défis à la communauté scientifique, dont la petite taille ne peut rivaliser avec les investissements colossaux autour des réseaux de neurones.

Parmi ces défis, le passage à l’échelle des IA issues du processus évolutif qui ne parviennent pas encore à concurrencer les réseaux de neurones sur les tâches les plus complexes, telles que le contrôle de robots humanoïdes, ou le traitement du langage naturel à la base de bots conversationnels.


Le projet foutics est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Karol Desnos a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

Mickaël Dardaillon a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

Quentin Vacher a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du projet ANR-22-CE25-0005-01.

ref. Les algorithmes évolutifs, une piste pour rendre les IA plus sobres – https://theconversation.com/les-algorithmes-evolutifs-une-piste-pour-rendre-les-ia-plus-sobres-281088

¿Por qué vecinos de un mismo lugar perciben el turismo de forma diferente?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Yen E. Lam González, Investigadora postdoctoral en Economía Aplicada, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Playa de Las Canteras en Las Palmas de Gran Canaria. rui vale sousa/Shutterstock

Una persona que posee una vivienda vacacional no valora al turismo en su comunidad igual que otra que trabaja como empleada en el turismo (agente de viajes, recepción de hotel) y le cuesta llegar a fin de mes por el aumento de los precios de alquiler.

Sentirse marginado como ciudadano en las decisiones políticas también puede hacer a las personas más pesimistas a la hora de valorar un nuevo plan de desarrollo turístico. En cambio, si ha podido contribuir de alguna manera a ese plan eso podría hacerle cambiar de actitud.

Otro aspecto a tomar en cuenta es la satisfacción con la vida personal. Estar satisfecho con la vida privada, laboral y familiar hace a las personas más optimistas en general, y también a la hora de balancear los impactos del turismo en su comunidad.

Esto son algunos ejemplos que explican por qué algunas personas desarrollan sentimientos negativos hacia el turismo mientras otras se mantienen neutrales, o favorables, a pesar de residir en el mismo lugar. Los residentes con opiniones más negativas sobre el turismo tienden a experimentar incomodidad, ira o enfado.

Estas emociones negativas no tienen por qué surgir en todo aquel que opina que el turismo genera impactos negativos. Igualmente, las emociones negativas no siempre se canalizan en protestas, mensajes de odio o grafitis, sino que pueden servir como estímulo para implicarse en propuestas de mejoras y contribuciones significativas desde el conocimiento local.

Un estudio reciente realizado en las Islas Canarias (España), analiza cómo la ideología política y el tiempo de residencia (o el ser nativo) también influyen de manera decisiva en las opiniones y sentimientos hacia el turismo.

¿Ser nativo nos hace menos proturismo?

Entre las conclusiones del estudio está que las personas nacidas en un destino turístico o que han vivido durante largo tiempo en él tienden a percibir menos beneficios del turismo que el resto de residentes.

Con el paso del tiempo, los beneficios del turismo –infraestructuras, empleo o servicios– dejan de verse como logros. Sin embargo, el estudio aclara que ser nativo no te hace más pesimista ni más intolerante.

En realidad, lo que existe es una erosión del entusiasmo por los grandes avances que favoreció el turismo en los inicios, unido a sensaciones de nostalgia por los cambios acumulados en el estilo de vida y el entorno.

¿La ideología política habla de la actitud ante el turismo?

La ideología política define valores y creencias sobre cómo debe organizarse la sociedad, el papel del Estado, el mercado y los individuos. Ser de derechas o izquierdas también indica en qué tipo de organizaciones se tiene más confianza.

Los resultados de este estudio revelan que la ideología política actúa como un filtro interpretativo de los impactos del turismo. Las personas con una orientación política más conservadora, o de derechas, tienden a percibir más beneficios del turismo. Por el contrario, quienes se sitúan más a la izquierda suelen ser más críticos con el turismo.

Esto no significa que todos los afiliados a un partido de izquierdas sientan molestia o inconformidad con el turismo. Lo que dice el estudio es que ser de izquierdas podría predecir cómo las personas hacen el balance de costes y beneficios del turismo.

Factores que influyen en la percepción del turismo

En definitiva, dos residentes pueden llegar a conclusiones distintas sobre la contribución del turismo a su comunidad según su ideología política, su situación personal y sus condiciones como residente, entre otras cosas. Esto implica que no existen mensajes ni políticas universales: las estrategias para mejorar la convivencia entre residentes y turismo deben adaptarse a distintos perfiles sociales, reconociendo que el conflicto no es solo económico o territorial, sino también político y cultural.

The Conversation

Yen E. Lam González no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué vecinos de un mismo lugar perciben el turismo de forma diferente? – https://theconversation.com/por-que-vecinos-de-un-mismo-lugar-perciben-el-turismo-de-forma-diferente-281922

Hantavirus: el papel de los alimentos y la hidratación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

Tualek Photographer/Shutterstock

El hantavirus es una infección poco frecuente, pero potencialmente grave, asociada sobre todo al contacto con roedores silvestres infectados, que eliminan el virus por la orina, las heces y la saliva. Cuando esas secreciones se secan, se mezclan con el polvo y se dispersan en el aire, pueden ser inhaladas por las personas. Es la vía de contagio más habitual.

La mayoría de los casos se relacionan con zonas rurales, bodegas, cabañas cerradas, galpones o actividades al aire libre. Sin embargo, las infecciones asociadas al crucero MV Hondius llamaron la atención porque llevaron el hantavirus a un escenario poco habitual. Y con ello surgieron varias preguntas: ¿puede transmitirse por alimentos? ¿Existe especial riesgo en barcos? ¿Qué papel cumplen la comida y la hidratación en los pacientes?

El caso del crucero: un antecedente inusual

El actual brote ha sido particularmente llamativo porque no había antecedentes claros en cruceros. Hasta entonces, los barcos turísticos se habían relacionado sobre todo con otros virus, como norovirus, influenza o SARS-CoV-2, que se transmiten con facilidad en espacios cerrados, por contacto cercano, superficies contaminadas o alimentos y agua mal manipulados.

El hantavirus funciona de otra manera. Su reservorio natural son los roedores, aunque el causante del brote en el MV Hondius es la variante Andes, que puede transmitirse de persona a persona en contactos estrechos.

Por eso, el episodio del crucero no debe interpretarse como una señal de que los barcos sean un nuevo foco habitual de este tipo de patógenos. Más bien parece tratarse de una situación excepcional, probablemente vinculada a una exposición previa en zonas endémicas y a transmisión posterior entre personas cercanas durante el viaje.

¿Se transmite por alimentos?

Una de las dudas más frecuentes es si el hantavirus se transmite por la comida. La respuesta requiere matices: no es una enfermedad alimentaria en el sentido clásico. No se contagia porque un alimento esté mal cocinado ni porque el virus se multiplique en la comida, como sí ocurre con algunas bacterias.

La vía principal es respiratoria: inhalar polvo contaminado con orina, heces o saliva de roedores infectados. Aunque teóricamente podría existir un riesgo si alimentos o agua estuvieran directamente contaminados con excrementos de roedores infectados, la evidencia actual no respalda la transmisión alimentaria del hantavirus como ruta clínicamente relevante. Debe considerarse un riesgo de contaminación ambiental en locales cerrados.

Por eso, en zonas rurales, campamentos, cabañas, almacenes o espacios cerrados durante mucho tiempo, las medidas preventivas incluyen guardar los alimentos en recipientes herméticos, no dejar comida expuesta durante la noche, mantener la basura cerrada, evitar atraer roedores, limpiar superficies con desinfectante y consumir solo agua segura, hervida o desinfectada cuando no haya garantía sanitaria.

También conviene tener precaución con frutas, verduras o alimentos almacenados en lugares donde pueda haber roedores. Si hay señales de infestación, como heces, nidos, olor fuerte o envases mordidos, no se debe barrer en seco, porque eso puede levantar partículas contaminadas. Primero hay que ventilar, humedecer con desinfectante y limpiar con protección.

La idea central es sencilla: el hantavirus no se transmite habitualmente por la comida, pero los alimentos y el agua pueden convertirse en vehículos si han sido contaminados por heces, orina o saliva de roedores infectados. Esa diferencia ayuda a evitar alarmas innecesarias y, al mismo tiempo, refuerza medidas básicas de higiene.

Hidratación en pacientes con hantavirus: necesaria, pero con mucho cuidado

La hidratación es importante para cualquier infección, especialmente cuando hay fiebre, vómitos, diarrea o pérdida de apetito. En las fases iniciales del hantavirus, cuando el paciente aún está estable, beber líquidos puede ayudar a prevenir la deshidratación, siempre que no haya dificultad respiratoria, shock o compromiso renal.

Pero en el síndrome cardiopulmonar por hantavirus, la situación cambia. Esta forma grave, producida por la variedad Andes, puede generar una fuga de líquido desde los vasos sanguíneos hacia los pulmones, generando edema pulmonar e insuficiencia respiratoria. Además, el corazón puede bombear con menos fuerza. En ese contexto, administrar demasiado líquido puede empeorar el cuadro, ya que puede terminar filtrándose hacia los pulmones y dificultar aún más la respiración.

Por eso, hidratar bien no significa hidratar mucho. En pacientes hospitalizados, debe ser estrictamente controlada por el equipo médico. Se vigilan la presión arterial, la oxigenación, la diuresis, la función renal y el balance entre los líquidos administrados y eliminados. A veces se requieren líquidos intravenosos, pero en cantidades cuidadosamente calculadas. En otros casos se priorizan medicamentos vasoactivos, oxígeno, ventilación mecánica o soporte intensivo antes que grandes volúmenes de suero.

La familia también cumple un papel importante. No debe ofrecer agua, jugos, caldos o bebidas “por fuera” de la indicación médica si el paciente está internado con compromiso pulmonar o renal. Aunque la intención sea buena, esa suma de líquidos puede contribuir a la sobrecarga.

En fases posteriores, si aparece compromiso renal, la hidratación también debe ajustarse. Puede haber momentos de poca orina, en los que se restringen líquidos, y fases de mucha diuresis, en las que hay que reponer pérdidas para evitar deshidratación y alteraciones de electrolitos. Por eso no existe una recomendación universal como “tomar dos litros diarios” para todos los pacientes con hantavirus.

Es importante entender que no es un virus típico de cruceros ni una infección alimentaria común, pero el caso reciente recuerda que las enfermedades emergentes pueden aparecer en escenarios inesperados. La clave está en prevenir la contaminación por roedores, proteger alimentos y agua y manejar la hidratación con precisión médica.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Hantavirus: el papel de los alimentos y la hidratación – https://theconversation.com/hantavirus-el-papel-de-los-alimentos-y-la-hidratacion-282735

Un simple apretón de manos permite evaluar el estado de salud infantil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Brazo-Sayavera, Profesor del área de Educación Física y Deportiva, Universidad Pablo de Olavide

Indra_aldyla/Shutterstock

La debilidad física es una amenaza silenciosa que se puede detectar desde edades tempranas. De ahí la importancia de considerar la condición física en la infancia y adolescencia como un poderoso marcador de salud que predice el bienestar futuro, al ser la fuerza y la resistencia dos pilares para una vida sana.

La ciencia demuestra que una buena capacidad cardiorrespiratoria y muscular se asocia a un menor riesgo cardiovascular y a una mejor composición corporal. Estos beneficios también se reflejan en la salud mental, con menos síntomas de depresión y ansiedad, una mejor autoestima e incluso un mayor rendimiento académico.

Si la condición física es tan crucial, ¿por qué su evaluación no forma parte de las revisiones médicas rutinarias? ¿Es por falta de formación entre los sanitarios o por falta de tiempo en unas consultas demasiado saturadas?

Sea como fuere, la buena noticia es que esta evaluación no solo es necesaria, sino que también es fácil de llevar a cabo desde la primera infancia, desde preescolar, estableciendo la base para una monitorización temprana y eficaz.

Una prueba rápida, económica y simple

Integrar la evaluación de la fuerza muscular en la ajetreada rutina de la consulta pediátrica es posible. Un estudio reciente ha demostrado que la simple prueba de prensión manual es un marcador robusto de riesgo cardiometabólico en jóvenes. ¿Cómo? Midiendo la fuerza del agarre, por ejemplo mediante un apretón a un dinamómetro, un instrumento diseñado para medir la fuerza.

Se trata de una prueba rápida, económica y no invasiva. De hecho, hay aparatos para medir la fuerza de prensión manual más económicos y con la misma fiabilidad que otros más caros. Esto permite al pediatra identificar en cuestión de segundos a aquellos niños y adolescentes con un riesgo elevado de baja fuerza muscular (dinapenia) que podrían beneficiarse de una intervención temprana.

La necesidad de implementar sistemas de vigilancia de la condición física en España ha sido defendida por la Red Española por una Infancia Activa y Saludable. La idea es que se empiece a cubrir a nivel nacional con un protocolo estandarizado.

De momento, hay iniciativas que ya miden la fuerza de prensión manual en la consulta pediátrica como Diactive-1, disponible en 11 hospitales españoles. Esta iniciativa es un proyecto de investigación a nivel nacional que tiene por objetivo desarrollar la fuerza en población pediátrica con diabetes tipo 1. Para ello utiliza la prueba de prensión manual como método de diagnóstico de la dinapenia.

Los datos individuales son útiles para que los pediatras puedan orientar a los pacientes de la mejor forma posible. Pero, además, la recolección generalizada de datos de la condición física desde la consulta pediátrica ayudaría a analizar la situación a nivel poblacional.

El coste de la debilidad: estigma y exclusión

La falta de fuerza conlleva problemas de salud futura bien conocidos, pero no es el único problema. También tiene un alto coste social y psicológico. Un bajo nivel de fuerza puede exponer a los niños y adolescentes a la estigmatización y la exclusión social.

La victimización está vinculada a estigmas relacionados con el desempeño en actividades deportivas, y la habilidad y la condición física son predictores negativos de esta exclusión. Abordar la debilidad física es, además, una cuestión de salud mental y bienestar social. Para evitar el estigma, es interesante convertir la evaluación en una herramienta pedagógica y motivadora.

Que es justo lo que hacen proyectos como el cómic educativo EMMAFIT y el cuento La Monstruita Hipertensión, que buscan fomentar una actitud positiva hacia el bienestar físico desde temprana edad.

La fuerza de la colaboración

Hemos visto cómo un pediatra, con un monitoreo rápido como la prueba de prensión manual, puede identificar el riesgo de debilidad y emitir una “receta” de actividad física. Pero la mejora de esa condición física recae en el ámbito educativo, ampliable al ámbito deportivo donde también se encuentran los profesionales con capacidad para ello.

Es imperativo que la colaboración entre pediatras y profesores de educación física se fortalezca. La Red Española por una Infancia Activa y Saludable destaca la necesidad de esta colaboración para que los datos de la consulta se traduzcan en programas de ejercicio físico personalizados y motivadores en la escuela.

Solo a través de esta sinergia, donde la ciencia se une a la pedagogía, aseguraremos que las próximas generaciones vivan con la fuerza necesaria para prosperar hacia un estado de salud óptimo.

The Conversation

Javier Brazo-Sayavera es miembro de la Alianza Global por una Infancia Activa y Saludable. Además, coordina la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Investigador principal de la Unidad de Investigación en Actividad Física Infanto-Juvenil de Navarrabiomed, y miembro de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Cristina Cadenas-Sanchez es coordinadora del grupo de ejercicio y obesidad de la Sociedad Española para el Estudio de la Obesidad. Además, es miembro de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable y del Comité de Promoción de la Salud de la Asociación Española de Pediatría.

Julio Carlos Alvarez Pitti no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Un simple apretón de manos permite evaluar el estado de salud infantil – https://theconversation.com/un-simple-apreton-de-manos-permite-evaluar-el-estado-de-salud-infantil-278025

¿Qué es realmente un régimen político? Más allá de la democracia y el autoritarismo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Zarina Kulaeva, Postdoctoral research fellow, UOC – Universitat Oberta de Catalunya

Fachada del Congreso de los Diputados de España. joserpizarro/Shutterstock

Desde la década de 1970, los estudios sobre regímenes políticos se han enfrentado a una pregunta que Aristóteles ya planteaba hace más de 2 000 años: ¿cómo comprender y clasificar las formas de gobierno? En 1975, la Comisión Trilateral encargó a los científicos Michael J. Crozier, Samuel P. Huntington y Joji Watanuki la elaboración de uno de los informes más controvertidos de la década, La crisis de la democracia. Informe sobre la gobernabilidad de las democracias.

En este reporte, los autores se preguntaban si la democracia atravesaba una crisis estructural, articulando su diagnóstico en torno al problema de la sobrecarga de demandas sobre el gobierno.

La noción de sobrecarga señalaba que la expansión del activismo, la creciente movilización social y la ampliación de derechos y expectativas ciudadanas estaba llevando a las democracias y a su capacidad para procesar todas las demandas de participación y redistribución hacia una crisis de gobernabilidad. Esto reflejaría la controvertida idea de que la democracia había llegado a ser, en cierta medida, ingobernable.

Esta preocupación práctica reveló un problema conceptual más profundo: ¿qué entendemos por régimen político y cómo lo definimos? Desde los años 1970, emergieron dos enfoques principales para clasificar a los regímenes políticos.

  • El primero, categórico, los concibe desde una lógica binaria: democracia versus autoritarismo.

  • El segundo enfoque, de naturaleza continua, parte de la premisa de que estos polos no son absolutos y que los regímenes políticos se distribuyen a lo largo de un espectro amplio de matices intermedios.

Las diferentes categorías de la democracia

A partir de esta concepción continua proliferaron innumerables categorías intermedias. Las democracias podían ser iliberales, electorales o delegativas; mientras que los autoritarismos adquirían las propiedades sultanísticas, competitivas o no competitivas. Algunos expertos denominaron a este fenómeno de expansión de calificativos cada vez más descriptivos como una auténtica “Babel terminológica” de los régimenes políticos, aludiendo a la creciente dispersión conceptual.

La evolución de estos tipos puede observarse en ejemplos contemporáneos. Según la clasificación Regimes of the World, España, en 2024, aparece como una “democracia liberal”, categoría que comparte con Australia, Japón o Sudáfrica. Sin embargo, si recurrimos al The Economist Democracy Index (EIU Report 2024, 2025), España figura como “democracia plena”, con una puntuación superior a 8 en 2023. La diferencia entre la democracia “plena” y la democracia “liberal” no constituye categorías equivalentes, pues responde a parámetros normativamente diferenciados.

Este entramado conceptual introduce un sesgo difícil de advertir: al clasificar los regímenes políticos, tendemos a evaluarlos según estándares normativos de democracia o autoritarismo, antes que atender a la lógica interna del propio concepto. Incluso las categorías más recientes, como “regímenes híbridos” repiten este patrón.

De allí surgen preguntas cruciales: ¿significa “democracia liberal” lo mismo en España que en Sudáfrica, pese a sus diferencias sociohistóricas y constitucionales? ¿Es comparable la autocracia de Chad con la de Indonesia, aun cuando sus estructuras de autoridad, bases culturales y prácticas estatales presentan profundas divergencias? La respuesta depende, en última instancia, del filtro conceptual utilizado. El problema se agudiza si consideramos que pocos estudios definen explícitamente qué es un régimen político.

Varios autores revisaron 196 trabajos publicados desde 1996 y hallaron que solo 18 ofrecían una definición clara, aun cuando este concepto debería preceder a cualquier taxonomía de democracia o autoritarismo. Sin un marco conceptual sólido se corre el riesgo de analizar democracias y autoritarismos sin comprender adecuadamente la categoría más amplia que los contiene.

Además, las variables históricamente privilegiadas para medir democracia y autoritarismo –la existencia de elecciones y su nivel de competitividad– han tendido a universalizarse como criterios evaluativos. Ello borra particularidades sociohistóricas de regímenes cuya lógica política se articula en torno a otros factores no captados por estas métricas.

¿Es Ruanda una autocracia electoral?

Por ejemplo, Singapur es clasificado como “democracia iliberal” o “autoritarismo competitivo”, según la tipología empleada. Ruanda, por su parte, aparece como “autocracia electoral” en la clasificación de Regimes of the World. Cabe preguntarse si dicha etiqueta refleja de manera adecuada la persistencia de la violencia estructural, el peso político del legado del genocidio de 1994 o su conocido enfoque “securitario” (securocratic approach), o sea, que prioriza la seguridad sobre la libertad y la igualdad.

De forma similar, Japón es categorizado como “democracia plena”, a pesar de que el Partido Liberal Democrático ha gobernado desde 1955 hasta 1993, casi siempre en un gobierno de mayoría absoluta con alternancias breves en décadas recientes. Estas dinámicas hegemónicas se captan solo parcialmente mediante indicadores centrados en la competitividad electoral.

No es de extrañar que esta “ineluctable modalidad de lo visible” subraye que nuestra percepción del mundo está inevitablemente condicionada por los sentidos, como ya anticiparon Aristóteles, Tomás de Aquino y David Hume.

De modo análogo, en la clasificación de los regímenes políticos, las categorías conceptuales que empleamos –lo que clasificamos como democracia o autoritarismo– funcionan como filtros que determinan qué aspectos consideramos relevantes y cuáles quedan fuera de nuestro campo analítico. Así, la ciencia política corre el riesgo de proyectar sobre la realidad categorías que, en ocasiones, más que describirla con precisión, la simplifican o incluso la distorsionan.

Necesitamos una definición más clara

En un contexto de crisis democrática global y creciente heterogeneidad entre las formas de gobierno, las limitaciones de nuestras categorías analíticas se vuelven aún más evidentes.

Se requiere, por tanto, un marco conceptual más matizado y multidimensional, capaz de captar la complejidad interna de los sistemas políticos, su historicidad y las lógicas que estructuran su funcionamiento.

Definir con claridad qué entendemos por “régimen político” constituye el primer paso para construir clasificaciones conceptualmente consistentes y empíricamente rigurosas.

La historia de los regímenes políticos desde 1970 no se reduce a una secuencia de transiciones entre democracia y autoritarismo; es, ante todo, la historia de una transformación conceptual: el esfuerzo de la ciencia política por elaborar categorías capaces de capturar la complejidad de la gobernanza contemporánea.

Reconocer el carácter histórico, normativo y contingente de estas categorías es indispensable para comprender con mayor precisión analítica y rigor teórico la política del mundo actual.

The Conversation

Zarina Kulaeva no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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