La fée Morgane : comment la sœur du roi Arthur est-elle devenue la plus célèbre des sorcières médiévales ?

Source: The Conversation – in French – By Nicole Kimball, Casual Academic, School of Humanities, Creative Industries and Social Sciences, University of Newcastle

Guérisseuse, experte en mathématiques et reine d’Avalon dans les premiers récits, la fée Morgane était à l’origine une figure profondément positive. (ici La mort du roi Arthur, de James Archer, 1860). James Archer, 1860/Wikimedia, CC BY

Bien avant d’incarner la sorcière maléfique, la fée Morgane était une reine, une érudite et une spécialiste des sciences naturelles. Son évolution raconte autant l’histoire des légendes arthuriennes que celle des représentations médiévales de la magie.


Morgan le Fay est l’un des personnages les plus célèbres de la mythologie arthurienne. Puissante magicienne et, dans les versions les plus tardives de la légende, demi-sœur du roi Arthur, Morgane fut à la fois guérisseuse, mathématicienne, meurtrière, adultère et reine.

Dans les récits postérieurs, Morgane apparaît le plus souvent comme l’amante ou l’ennemie – parfois les deux à la fois – de plusieurs des plus proches alliés d’Arthur, notamment le chevalier Lancelot et le puissant enchanteur Merlin.

Son surnom, la Fée Morgane, est généralement considéré comme dérivé des mots français et gaéliques désignant les fées, en référence à ses pouvoirs surnaturels.

Les adaptations modernes de la légende arthurienne, comme la série Merlin de la BBC (2008-2012) ou la série irlando-canadienne Camelot (2011), perpétuent cette tradition. Elles font de la fée Morgane l’alliée de Mordred, le chevalier qui tue Arthur, les opposant tous deux au roi et à ses chevaliers dans de grandes batailles entre le bien et le mal.

Pourtant, en dehors de l’écran, l’histoire de la fée Morgane commence d’une tout autre manière.

Guérisseuse et mathématicienne

La fée Morgane apparaît pour la première fois vers 1150 dans un poème épique intitulé Vita Merlini (La Vie de Merlin), du clerc gallois Geoffroy de Monmouth.

Elle entre en scène lorsque Merlin conduit Arthur, mortellement blessé, jusqu’à Avalon – une île magique – dans l’espoir que Morgane puisse le guérir. Fait remarquable, ce voyage vers Avalon est le seul épisode de l’histoire de Morgane qui demeure pratiquement inchangé dans presque toutes les versions ultérieures de la légende.

Contrairement aux versions plus tardives, la première incarnation de la fée Morgane dans la Vita Merlini est entièrement positive. Reine d’Avalon, elle règne aux côtés de ses huit sœurs, dont elle est la plus belle.

Guérisseuse, elle est experte en phytothérapie et dans l’art des plantes médicinales. C’est aussi une métamorphe, capable de changer d’apparence, ce qui lui permet de se rendre dans les villes réputées pour être des centres du savoir dans l’Europe médiévale.

Geoffroy de Monmouth précise également que Morgane enseigne les mathématiques à ses sœurs. Au XIIe siècle, cela signifie probablement qu’elle était formée aux mathématiques, à la gestion financière et à l’astronomie. Si presque toutes les femmes de la noblesse possédaient les connaissances mathématiques nécessaires pour administrer leur domaine, le niveau d’instruction attribué à Morgane est, lui, tout à fait exceptionnel.

Un tableau de la fée Morgane réalisé par Frederick Sandys entre 1863 et 1864 la représente en train d’ensorceler un manteau
Un tableau de la fée Morgane réalisé par Frederick Sandys entre 1863 et 1864 la représente en train d’ensorceler un manteau.
Morgan le Fay, Frederick Sandys/Wikimedia

Les pouvoirs que Geoffroy de Monmouth attribue à Morgane reflètent les premières formes de philosophie naturelle, l’ancêtre de la démarche scientifique. La philosophie naturelle cherchait à comprendre la nature et le monde qui nous entoure par le raisonnement plutôt que par la religion. Les pouvoirs de Morgane relèvent de deux grandes branches de cette philosophie naturelle : la science de la médecine et la science de la nécromancie selon la physique.

La première est assez explicite. La seconde, en revanche, ne consistait pas à ressusciter les morts, mais à étudier ce qui était possible ou impossible dans le monde naturel.

À une époque où la biologie et la physique n’existaient pas encore comme disciplines, nombre des phénomènes les plus simples – comme la formation des grenouilles à partir du frai – étaient considérés comme occultes. La capacité à maîtriser ces phénomènes relevait de ce que l’on considérait alors comme une pratique savante, et donc légitime, de la magie.

Cette première incarnation de la fée Morgane, bien que fictive, s’inspire en partie d’une femme médiévale bien réelle et extrêmement puissante : l’impératrice Mathilde, fille du roi Henri Iᵉʳ. Geoffroy de Monmouth était un partisan de l’impératrice, ce qui a probablement influencé sa décision de présenter Morgane sous un jour favorable, comme une femme vertueuse et chaste.

Un changement de personnalité

À mesure que la matière de Bretagne est reprise par les romans de chevalerie français – un genre littéraire qui se développe entre le XIIe et le XVe siècle –, le personnage de la fée Morgane évolue. Elle demeure une guérisseuse aux pouvoirs extraordinaires, mais n’est plus la reine d’Avalon. Elle devient désormais la demi-sœur du roi Arthur, née de la même mère mais d’un père différent.

Dans les textes un peu plus tardifs, son caractère s’assombrit : elle devient vindicative, jalouse et cruelle, utilisant désormais sa magie à des fins personnelles. Au lieu de soigner, elle se fait maîtresse des illusions et des enchantements, qu’elle emploie souvent pour piéger les chevaliers d’Arthur, en particulier Lancelot.

Dans un épisode du Lancelot-Graal, Morgane est repoussée par un chevalier épris d’une autre femme.

Furieuse, elle crée alors le Val sans Retour (ou Val des Faux Amants). Aucun homme ayant été infidèle à sa bien-aimée, ne serait-ce qu’en pensée, ne peut quitter cette vallée. Le sortilège dure des décennies, jusqu’à ce que Lancelot rompe l’enchantement et libère les prisonniers. Les textes de cette période attribuent également à Morgane des sortilèges de sommeil, qu’elle utilise notamment pour enlever Lancelot.

Dans les récits plus tardifs, le personnage de Morgane s’assombrit encore davantage. Elle ensorcelle un manteau afin qu’il brûle vif quiconque le revêt, puis l’envoie au roi Arthur en guise de cadeau. Arthur est toutefois empêché de l’enfiler par la Dame du Lac, qui suggère au messager d’essayer lui-même le manteau. La tentative d’assassinat de Morgane échoue.

Cette évolution du personnage s’explique notamment par la transformation des croyances médiévales sur ce que signifiait être une sorcière dans l’Europe du Moyen Âge.

Puissante, indépendante et vindicative

Enfin, la nature même du roman de chevalerie a également contribué à façonner le personnage de Morgane. Ce genre littéraire obéissait à des codes stricts, dans lesquels un chevalier et sa bien-aimée devaient surmonter une série d’épreuves avant de pouvoir être réunis.

Morgane, personnage profondément indépendant, y compris lorsqu’elle est mariée, en vient ainsi à incarner l’obstacle sur la route du chevalier – autrement dit, l’antagoniste. Malgré cela, la fée Morgane demeure l’un des personnages les plus populaires et les plus fascinants de la légende arthurienne.“

Puissante, indépendante et vindicative, la fée Morgane a fixé l’archétype de la sorcière. Son influence se retrouve aujourd’hui partout, des contes de fées aux comics : de la fée maléfique de La Belle au bois dormant à la Sorcière blanche des Chroniques de Narnia, sans oublier ses propres apparitions dans les univers DC et Marvel. Elle est sans doute la sorcière médiévale la plus célèbre de notre imaginaire collectif.

The Conversation

Nicole Kimball est responsable des relations avec les établissements d’enseignement secondaire au sein de l’Australasian Classical Society.

ref. La fée Morgane : comment la sœur du roi Arthur est-elle devenue la plus célèbre des sorcières médiévales ? – https://theconversation.com/la-fee-morgane-comment-la-soeur-du-roi-arthur-est-elle-devenue-la-plus-celebre-des-sorcieres-medievales-287708

Les tout premiers influenceurs au monde étaient français et sont nés après la Révolution

Source: The Conversation – in French – By Emma Schwak, PhD Reseacher in the Department of History, European University Institute

A painting by Jacques-Louis David of French socialite and Neoclassical icon Madame Récamier whose salon in Paris attracted leading literary and political circles in the early 19th-century. Wikimedia

Au lendemain de la Révolution française, une génération de journalistes, mondains et prescripteurs de goût invente une nouvelle manière d’influencer les comportements. Une histoire qui montre que le « lifestyle » est bien plus ancien que les réseaux sociaux.


En 1806, le gastronome parisien Grimod de La Reynière lance, dans la France de l’après-Révolution, un nouveau périodique : le Journal des Gourmands et des Belles. Dès son premier numéro, la publication entend conseiller ses lecteurs sur la gastronomie, la mode et la vie théâtrale, réunissant ces thématiques dans un même magazine.

Presque entièrement tombé dans l’oubli aujourd’hui, ce journal est sans doute l’un des premiers en France à proposer un éventail aussi complet de ce que l’on appellerait désormais des contenus « lifestyle ». Malgré le vocabulaire du début du XIXe siècle, son approche n’est pas sans rappeler les comptes Instagram aux multiples facettes de certains influenceurs actuels. Son auteur était déjà célèbre grâce à l’Almanach des Gourmands (1803-1812), texte fondateur de la critique gastronomique et premier guide des restaurants de l’histoire.

Bien sûr, ces figures influentes n’apparaissent pas ex nihilo. Bien avant la Révolution française de 1789, des manuels de savoir-vivre, des guides culinaires et des gazettes spécialisées dictaient déjà les règles de conduite et les usages. Le véritable bouleversement provoqué par la Révolution ne tient donc pas à l’existence de ces conseils, mais à leur nature, à leur abondance et, surtout, à l’urgence avec laquelle ils sont désormais diffusés. Sous l’Ancien Régime, ces ouvrages s’adressaient à des lecteurs qui connaissaient déjà leur place dans la société et cherchaient avant tout à adopter les codes correspondant à leur rang afin de le préserver.

Après la Révolution, en revanche, ils visent un public dont le statut social est devenu incertain ou vient tout juste d’être acquis. La question n’est plus seulement : « Comment bien me comporter en société ? », mais plutôt : « Comment trouver ma place ? »

Les parcours souvent inattendus des « influenceurs » de l’après-Révolution et les contenus qu’ils proposent reflètent la mobilité sociale, professionnelle et même géographique – faite d’exils, de retours et de déplacements – qui caractérise cette période, en contraste avec la rigidité de l’Ancien Régime. Grimod de La Reynière lui-même fut successivement avocat, critique de théâtre, épicier de luxe, avant de se réinventer en écrivain gastronomique.

Le journaliste et éditeur Pierre de La Mésangère, ancien prêtre, prend quant à lui la direction du Journal des Dames et des Modes, qu’il dirige de 1797 à 1831. Il s’agit du périodique de mode ayant connu la plus longue longévité durant cette période. Après la Révolution française, Madame Campan, qui avait été première femme de chambre de Marie-Antoinette, fonde à Saint-Germain-en-Laye un pensionnat d’élite, où les filles de l’ancienne et de la nouvelle élite sont formées côte à côte aux codes de l’étiquette aristocratique.

Les prescripteurs, une affaire d’abord française

Dans la France de l’après-Révolution émerge une galerie de personnages éclectiques, réunis par une même ambition : transmettre les codes culturels de l’Ancien Régime dans un monde où les cartes ont été rebattues. Dans cette nouvelle société, le goût et la culture matérielle – autrement dit les objets, les significations qui leur sont attachées, la manière de les choisir, de les mettre en scène et d’être jugé à travers eux – deviennent plus que jamais des marqueurs de position sociale.

Le goût officiel trouve lui aussi ses arbitres. Les architectes Charles Percier et Pierre François Léonard Fontaine, nommés par Napoléon, publient le Recueil de décorations intérieures, un ouvrage qui codifie le style Empire et en fixe les canons pour tous ceux qui ont les moyens de les adopter.

Les nobles s’effacent, les épouses de financiers prennent le relais

Portrait de Madame Hamelin, née aux Caraïbes, réalisé par Andrea Appiani en 1798. Figure des Merveilleuses, ces élégantes qui imposèrent les tendances de la mode parisienne sous le Directoire (1795-1799).
Wikimedia

Le leadership féminin en matière de mode change, lui aussi, complètement de mains. Avant la Révolution, les grandes prescriptrices de style étaient les reines et les favorites royales, de Madame de Pompadour à Marie-Antoinette. Après 1789, l’influence passe aux épouses de banquiers et de financiers, ainsi qu’à des aristocrates et des mondaines telles que Juliette Récamier, Thérésa Tallien ou Fortunée Hamelin. Leurs intérieurs, leurs tenues et leur manière de vivre sont scrutés, imités et commentés par la presse, notamment celle dirigée par Pierre de La Mésangère.

Madame Hamelin, créole originaire de l’île caribéenne de Saint-Domingue et aujourd’hui la moins connue des trois, faisait partie des Merveilleuses, ce cercle de femmes influentes dont les tenues extravagantes, inspirées de l’Antiquité, ont façonné la mode sous le Directoire.

Ses coiffures et ses tuniques étaient largement copiées, tandis que son salon de l’Hôtel de Bourrienne comptait parmi les plus brillants du Paris de l’après-Révolution. Pour ces prescripteurs, le goût ne relevait jamais de choix isolés : il constituait un véritable art de vivre, embrassant aussi bien la gastronomie que les papiers peints ou le linge de maison. Leur ambition était de façonner le goût dans toutes les dimensions du quotidien.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la Manche

Bien sûr, ce type de guides existait aussi ailleurs. En Grande-Bretagne, où la révolution industrielle transformait déjà la société depuis plusieurs décennies, des figures comparables avaient émergé. Josiah Wedgwood sut tirer parti du prestige de la famille royale tout en initiant une bourgeoisie en plein essor au goût néoclassique, faisant de son activité de manufacturier une véritable autorité culturelle.

Portrait de Lady Hamilton, actrice, danseuse, mannequin et véritable influenceuse britannique, peint par George Romney en 1791.
Wikimedia

Le mondain anglais Beau Brummell (1778-1840), qui n’était issu ni de la noblesse ni d’une famille fortunée, parvint à imposer son jugement jusque dans les choix vestimentaires du prince de Galles.

Née Amy Lyon en 1765 dans une famille de forgerons du Cheshire, Emma Hamilton devint l’une des femmes les plus admirées et les plus imitées d’Europe. Son image fut largement diffusée grâce aux portraits de George Romney, tout comme celle de Juliette Récamier le fut en France par les œuvres du peintre néoclassique Jacques-Louis David. L’autorité sociale ne reposait plus uniquement sur la naissance, mais de plus en plus sur le charisme personnel et la culture visuelle de l’époque.

Ce qui distingue le cas français n’est donc pas l’existence de ces figures, mais les conditions qui les ont fait émerger. La fin de la Terreur libère une soif de plaisirs longtemps réprimés. Napoléon encourage activement le renouveau des industries du luxe (soieries, mobilier, joaillerie, porcelaine), à la fois pour soutenir l’économie et pour asseoir sa légitimité politique.

Le bouleversement des fortunes est lui aussi un produit direct des années révolutionnaires. Certains s’enrichissent en achetant les Biens nationaux – les propriétés confisquées à la noblesse et au clergé puis revendues par l’État –, d’autres grâce à l’agiotage, c’est-à-dire la spéculation sur la monnaie et la dette publique qui prospère dans le chaos révolutionnaire, ou encore en obtenant des contrats d’approvisionnement pour les armées.

À partir de 1808, la création d’une noblesse impériale institutionnalise l’ascension d’une nouvelle élite. Des administrateurs et des officiers qui avaient gravi les échelons pendant la Révolution se retrouvent désormais titrés, sans pour autant avoir hérité de la culture et des codes traditionnellement associés à la noblesse. Un maréchal d’Empire pouvait bien être duc : il lui fallait encore apprendre comment dresser sa table et recevoir ses invités.

Dans le même temps, le restaurant, invention parisienne née des années révolutionnaires, fait émerger un nouveau type d’espace public où le goût se donne à voir, s’observe et se juge au regard d’inconnus. C’est dans ce contexte qu’un guide comme celui de Grimod de La Reynière peut se présenter – non sans servir ses propres intérêts – comme un outil devenu indispensable.

En Grande-Bretagne, les transformations sociales se sont opérées progressivement : les nouvelles fortunes issues de l’industrie et l’essor d’une élite militaire sont venus s’ajouter à l’ancienne aristocratie, sans la supplanter. L’ordre établi a absorbé ces nouveaux venus. En France, en revanche, la Révolution provoque une rupture bien plus profonde. Le monde social est largement recomposé : administrateurs, militaires, nouveaux riches, nobles revenus d’exil ou rescapés de l’Ancien Régime se retrouvent à fréquenter les mêmes salons, les mêmes réceptions ou les mêmes bals, sans pour autant partager les mêmes codes.

C’est ce qui fait du prescripteur de l’après-Révolution une invention profondément française. Il ne se contente pas d’accompagner une société en mouvement : il sert de passerelle vers l’apprentissage d’un premier langage culturel commun, permettant à ces groupes aux trajectoires si différentes d’habiter le même monde social.

Tout cela montre que nous considérons souvent l’influence « lifestyle » comme un phénomène propre à notre époque. Pourtant, cette pratique est née dans le Paris de l’après-Révolution. En nous tournant aujourd’hui vers des arbitres du goût numériques pour orienter nos choix, nous ne faisons, au fond, que prolonger une tradition inaugurée par Grimod de La Reynière et ses illustres contemporains.

The Conversation

Emma Schwak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les tout premiers influenceurs au monde étaient français et sont nés après la Révolution – https://theconversation.com/les-tout-premiers-influenceurs-au-monde-etaient-francais-et-sont-nes-apres-la-revolution-287797

Vie sexuelle des rainettes : comment les femelles construisent de meilleurs nids en s’accouplant avec plusieurs partenaires

Source: The Conversation – in French – By Phillip Byrne, Professor, School of Science, University of Wollongong

Une femelle Chiromantis xerampelina peut construire un nid de mousse avec un seul mâle. Mais ces nids ont de fortes chances de ne pas aboutir. Fourni par l’auteur

Les rainettes grises africaines à nid de mousse Chiromantis xerampelina sont courantes dans les savanes et les forêts sèches du sud-est de l’Afrique. À première vue, elles semblent ordinaires. Pourtant, ces petits animaux présentent certains des comportements reproductifs les plus intrigants connus de la science. Les femelles sont notamment très polyandres. Elles construisent des nids de mousse bien élaborés et s’accouplent avec de nombreux partenaires mâles différents au cours d’une même saison de reproduction.

Jusqu’aux années 1990, les biologistes évolutionnistes pensaient que la polyandrie était extrêmement rare dans la nature. Le fait d’avoir un seul partenaire sexuel, la monandrie, était considéré comme la norme. Cependant, avec l’avènement des techniques moléculaires permettant de tester la paternité, il est rapidement apparu que les femelles d’une grande diversité de groupes animaux (des punaises de lit aux baleines bleues) s’accouplaient systématiquement avec plusieurs mâles au cours d’une saison de reproduction. Comprendre l’intérêt de la polyandrie est rapidement devenu une problématique à résoudre pour les biologistes de l’évolution.

Au cours des dernières décennies, des études et des expériences de terrain menées par des écologistes du comportement ont montré que les femelles polyandres peuvent en tirer plusieurs avantages. S’accoupler avec plusieurs mâles peut garantir la fécondation des œufs, assurer un apport supplémentaire en nutriments ou des soins parentaux aux petits, ou encore accroître la diversité génétique de la progéniture. Cela peut rendre la progéniture plus résistante aux défis futurs.

Notre récent article a introduit une nouvelle idée, l’hypothèse de « l’assistance à la construction du nid », comme une nouvelle explication de l’évolution de la polyandrie.

Notre équipe est composée de quatre herpétologistes de renom spécialisés en écologie comportementale, en biologie évolutive et en écologie moléculaire. Nous avons formulé l’hypothèse suivante. Chez les espèces où les femelles construisent principalement les nids, et où les mâles apportent une aide à la nidification, l’accouplement avec plusieurs mâles produit des nids plus viables. Cela améliore aussi la survie ou les performances de la progéniture.

En étudiant le comportement reproductif d’une population sauvage de rainettes grises africaines à nid de mousse pendant toute une saison de reproduction, nous avons obtenu des résultats qui viennent fortement étayer l’« hypothèse de l’assistance à la construction du nid ». Comme prévu, la présence de mâles supplémentaires a aidé les femelles polyandres à construire un nid de meilleure qualité. Les têtards ont ainsi beaucoup plus de chances de survivre jusqu’à leur éclosion.

Le processus d’accouplement

Chez les rainettes grises africaines à nid de mousse, l’accouplement est un processus long et captivant. Dès l’arrivée des nuits d’été chaudes et humides de la saison des pluies, entre octobre et février, les femelles entament leur quête reproductive en grimpant sur des branches d’arbres surplombant l’eau. Une fois l’emplacement approprié choisi, elles construisent un nid de mousse dans lequel elles pondent des centaines d’œufs.

Pour que les œufs soient fécondés, les femelles doivent s’accoupler avec un mâle et recevoir du sperme au cours des cinq à six heures nécessaires à la construction du nid. C’est là que les choses deviennent intéressantes. Alors que certaines femelles ne s’accouplent qu’avec un seul mâle pendant cette période, la plupart attirent et s’accouplent avec plusieurs partenaires tous en même temps.

Une femelle s’accouple généralement avec cinq mâles simultanément, bien que des groupes de 10 à 15 ne soient pas rares. Les scientifiques appellent ce système d’accouplement « polyandrie simultanée ».

Les femelles de la rainette à nid de mousse construisent leur nid en mélangeant de l’eau avec des sécrétions produites par leur appareil reproducteur. Elles fouettent ensuite ce mélange à l’aide de leurs pattes arrière pour obtenir une mousse dense. Une fois terminé, le nid protège les œufs de la chaleur intense de l’Afrique pendant près d’une semaine, jusqu’à ce que les têtards éclosent et tombent dans l’eau en contrebas. Cependant, si la mousse sèche trop rapidement, toute la ponte meurt.

Accouplement polyandrique des rainettes. Image fournie par l’auteur.

En analysant des enregistrements vidéo, nous avons découvert que les mâles ne se contentaient pas de féconder les œufs, mais qu’ils contribuaient également à la construction du nid. Au cours des accouplements polyandres, plusieurs mâles synchronisaient les mouvements de leurs pattes arrière avec ceux de la femelle. Le niveau de synchronisation ainsi que l’effort de brassage étaient d’autant plus élevés que le nombre de mâles présents était important.

Résultat : les nids sont plus grands et conservent leur humidité bien plus longtemps que les nids construits par un seul mâle et une seule femelle (couples monandres).

Cette différence a eu un impact considérable sur le succès reproductif des parents. Les petits nids produits par les couples monandres s’asséchaient presque toujours avant l’éclosion des têtards, tandis que les nids plus grands construits avec l’aide de plusieurs mâles avaient beaucoup plus de chances de rester viables. Alors que les femelles polyandres en tiraient profit en produisant davantage de descendants survivants, les mâles participants étaient récompensés en obtenant une part de la paternité.

L’assistance à la construction du nid et la polyandrie chez d’autres espèces

Chez de nombreuses espèces d’invertébrés et de vertébrés où la paternité multiple a été signalée, on a observé que les mâles apportaient une forme d’« aide à la construction du nid », directe ou indirecte. Les mâles peuvent collecter et acheminer les matériaux de nidification, creuser de sites de nidification et participer à la construction de nids. Il existe des preuves anecdotiques d’une assistance mâle à la nidification chez les abeilles et les guêpes solitaires, chez diverses espèces d’oiseaux, les poissons frayant dans les sédiments et les grottes, les canidés (renards arctiques et loups gris) et les singes du Nouveau Monde (tamarins et ouistitis).

Pourtant, les écologistes comportementaux ont complètement négligé la possibilité que l’assistance apportée par les « mâles constructeurs » puisse procurer aux femelles un avantage direct favorisant la polyandrie. En d’autres termes, personne n’a jusqu’à présent vérifié si davantage de descendants survivaient lorsque les mâles aidaient à construire les nids. Compte tenu de cette lacune dans les connaissances, nous encourageons vivement la réalisation de tests supplémentaires sur « l’hypothèse de l’asssistance à la construction du nid » auprès d’une grande diversité de groupes d’animaux.

Nous prévoyons qu’en faisant appel à plusieurs « ouvriers du nid », les femelles de diverses espèces pourraient bénéficier d’« améliorations du nid » qui augmenteraient la survie et/ou les performances de leur progéniture. Si cette idée est confirmée, « l’assistance à la construction du nid » pourrait constituer une explication importante, mais actuellement négligée, de la forte présence de la polyandrie dans la nature.

The Conversation

Phillip Byrne bénéficie d’un financement du Conseil australien de la recherche (ARC).

Aimee Silla bénéficie d’un financement de l’Australian Research Council (ARC)

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Que peut nous apprendre l’Australie, référence mondiale en matière d’alerte, sur la gestion des incendies

Source: The Conversation – in French – By Elliot Convery-Fisher, Research Fellow in Socio-Ecology of Fire Management, Royal Botanic Garden Edinburgh


L’ESSENTIEL

  • L’Australie dispose d’un système d’alerte parmi les plus aboutis au monde face aux feux de végétation.

  • Les alertes sont largement comprises, mais elles ne suffisent pas toujours à convaincre les habitants d’évacuer.

  • Trouver le bon équilibre entre informer suffisamment et éviter la saturation reste un défi.


Les incendies de forêt deviennent une caractéristique du climat plus chaud et plus sec du Royaume-Uni, comme c’est déjà le cas dans une grande partie de l’Europe. En juillet 2026, d’importants incendies ont ravagé plusieurs régions du Royaume-Uni en quelques jours. Parmi les plus marquants, un feu a embrasé Arthur’s Seat, l’ancien volcan situé au cœur d’Édimbourg. À la suite de cet incendie, les Scottish Greens (parti écologiste écossais) ont qualifié les feux de forêt d’ « urgence nationale ».

Parallèlement, le gouvernement gallois a déclenché son plan de crise pour lutter contre les incendies qui continuaient de se propager dans le nord du pays, tout en alertant sur le manque d’hélicoptères disponibles pour combattre les flammes. D’autres services d’incendie britanniques ont également indiqué être soumis à une pression extrême.

En 2025, les services d’incendie et de secours d’Angleterre et du pays de Galles sont intervenus sur près de 1 000 feux de végétation, un record qui dépasse celui établi en 2022. Les projections des experts indiquent que ce type de journées extrêmes devrait devenir plus fréquent.

Selon les données de l’Ordnance Survey,l’agence nationale de cartographie britannique, plus d’un million de Britanniques vivent dans des zones exposées aux incendies. « Les habitations identifiées se trouvent dans un paysage morcelé, généralement dépourvu de coupe-feu entretenus, contrairement à ce qui est courant dans d’autres régions du monde », explique Duncan Moss, coprésident d’un groupe national chargé de conseiller le gouvernement sur les feux de végétation.

À ce jour, le Royaume-Uni ne dispose pas d’une stratégie unifiée de gestion des feux de végétation. Si l’Écosse a publié un plan d’action en mars, la gestion en Angleterre repose largement sur des organismes publics indépendants comme Forestry England, même si le gouvernement britannique a récemment annoncé la création de nouvelles équipes spécialisées dans la lutte contre les feux de végétation en Angleterre.

Au Royaume-Uni, le public est principalement informé des feux de végétation par les médias, ainsi que par les organismes chargés de la gestion des espaces naturels et d’autres institutions publiques. Pourtant, les feux de forêt demeurent un risque largement sous-estimé, en raison d’une connaissance encore insuffisante de leurs dangers et de leurs conséquences. De nombreuses collectivités réclament donc une information plus claire sur la manière de réagir.

Une solution envisagée consiste à envoyer des alertes d’urgence en temps réel directement sur les téléphones portables des personnes concernées. Le Royaume-Uni dispose déjà d’un système national d’alerte, mais celui-ci n’a jusqu’à présent été utilisé que pour les inondations et les tempêtes.

Nous estimons toutefois que ces alertes ne devraient constituer qu’un élément d’une stratégie de communication plus large. Le Royaume-Uni se trouve aujourd’hui à un moment décisif pour améliorer la compréhension du public, non seulement des risques, mais aussi de la complexité des feux de forêt. Car il n’existe pas de réponse universelle : chaque incendie est différent.

Les feux de forêt peuvent être à la fois destructeurs et bénéfiques. Pour réduire les risques de manière préventive, les gestionnaires allument parfois de petits feux contrôlés, de faible intensité, afin d’éliminer une partie de la végétation susceptible d’alimenter de futurs incendies et de limiter leur intensité. Cette pratique est largement utilisée dans d’autres pays.

Bien gérer les feux de forêt ne se résume donc pas à diffuser des alertes précoces. Cela suppose aussi que le public comprenne comment cohabiter avec le feu en toute sécurité.

Que fait l’Australie et ce système est-il efficace ?

L’Australie a mis en place un système d’alerte face aux risques d’incendie forgé par une longue histoire de feux dévastateurs. Peu de pays ont développé un dispositif aussi complet. Il repose sur deux volets : l’un évalue le niveau de risque avant qu’un incendie ne se déclare, l’autre indique à la population comment réagir lorsqu’un feu est en cours.

Mis en place en 2022, l’Australian Fire Danger Rating System fournit un système d’alerte harmonisé à l’échelle nationale. Il vise à informer le public du niveau de danger que présenterait un incendie s’il venait à se déclarer.

Le système comporte quatre niveaux d’alerte. Chacun est associé à des messages clairs et à des consignes précises sur les mesures à prendre avant et pendant les journées à risque :

  • modéré : planifier et se préparer ;

  • élevé : se tenir prêt à agir ;

  • extrême : agir immédiatement pour protéger les personnes et les biens ;

  • catastrophique : quitter les zones exposées aux feux pour assurer sa survie.

Les niveaux de danger sont calculés et diffusés par les services de lutte contre les incendies des États et territoires australiens. Ils prennent en compte les conditions météorologiques, le degré de sécheresse de la végétation et le comportement potentiel d’un incendie.

Ces alertes sont diffusées au public par plusieurs canaux :

  • des panneaux installés le long des routes indiquant le niveau de danger en vigueur ;

  • les bulletins météo et les applications météorologiques, qui intègrent les niveaux de risque d’incendie ;

  • les sites Internet et applications des services d’urgence des différents États ;

  • les médias, notamment ABC Emergency, le service public australien dédié aux situations d’urgence, qui fournit des informations actualisées et des conseils pour protéger les personnes et les biens.

Que se passe-t-il lorsqu’un incendie se déclare ?

Lorsqu’un incendie se déclare, c’est l’Australian Warning System (AWS) qui prend le relais. Ce dispositif diffuse directement des alertes au public pour chaque feu.

Mis en place en 2021, ce système national vise à fournir une information cohérente pour l’ensemble des risques majeurs : feux de végétation, inondations, tempêtes, cyclones, épisodes de chaleur extrême ou autres phénomènes météorologiques violents. Auparavant, les alertes étaient émises séparément par chaque État, avec des niveaux d’alerte, une terminologie et des systèmes de communication différents selon les territoires et les types de risque.

L’Australian Warning System comprend trois niveaux d’alerte :

  • Alerte de vigilance (jaune) : un incendie est en cours, mais il ne présente pas de danger immédiat. Il est recommandé de rester informé au cas où la situation évoluerait.

  • Surveillez la situation et agissez (orange) : le niveau de menace augmente. Les conditions évoluent et il faut commencer immédiatement à prendre des mesures pour vous protéger, ainsi que votre famille.

  • Alerte d’urgence (rouge) : il s’agit du niveau d’alerte le plus élevé. Vous pouvez être en danger et devez agir sans attendre. S’il est trop tard pour évacuer, mettez-vous immédiatement à l’abri. Tout retard peut mettre votre vie en danger.

À partir du 1er octobre 2026, l’Australie ajoutera un nouveau niveau à son dispositif d’alerte. AusAlert enverra des messages d’urgence directement sur tous les téléphones portables compatibles situés dans une zone touchée par une catastrophe locale ou nationale. Cette mesure fait suite aux recommandations d’une commission royale d’enquête, qui a estimé que ce type d’alerte deviendrait un outil essentiel face à la multiplication des catastrophes naturelles.

La multiplication des canaux de diffusion est volontaire afin de renforcer la résilience du système, mais elle n’élimine pas tous les risques. Lors d’un incendie dans le centre de l’État de Victoria, en janvier 2026, une panne de courant a saturé les réseaux mobiles tandis que le feu détruisait un important relais de télécommunications. De nombreux habitants se sont alors retrouvés privés d’accès aux alertes officielles, aux applications d’urgence et aux consignes diffusées par les médias.

Lors des feux de végétation de 2019-2020 en Australie, on estime que plus de 60 000 personnes ont suivi les consignes d’évacuation et quitté les zones à risque. Les alertes officielles ont très probablement joué un rôle déterminant, mais la gravité de la crise était aussi visible de tous : d’épais nuages de fumée recouvraient des régions entières et les médias diffusaient en continu les évacuations de masse.

Cependant, une étude menée auprès de personnes touchées par les feux de végétation en Nouvelle-Galles du Sud en 2017 montre que, si la plupart jugeaient les alertes faciles à recevoir et à comprendre, cela ne signifiait pas pour autant qu’elles suivaient les recommandations des services de secours. Beaucoup ont choisi de rester pour tenter de défendre leur habitation.

Tous les systèmes d’alerte sont confrontés au même dilemme : trop de messages finissent par provoquer une fatigue informationnelle, tandis qu’une communication insuffisante peut coûter des vies. L’Australie a passé des décennies à perfectionner son système d’alerte. Le défi le plus difficile reste toutefois de convaincre les habitants de suivre les consignes lorsqu’un danger survient.

The Conversation

Elliot David Convery-Fisher travaille pour le Jardin botanique royal d’Édimbourg et l’université d’Édimbourg. Il est financé par le programme britannique d’aide au développement international (UK International Development), dans le cadre du projet « Achieving Sustainable Forest Management through Community Protected Areas in Madagascar », soutenu par le Biodiverse Landscapes Fund (référence ecm 62237).

Kate Parkins travaille à l’université de Melbourne, en Australie. Elle a reçu des financements de recherche du ministère de l’Énergie, de l’Environnement et de l’Action climatique de l’État de Victoria, de Natural Hazards Research Australia et de plusieurs services de lutte contre les incendies des États australiens. Elle est membre de la Société d’écologie d’Australie (Ecological Society of Australia).

ref. Que peut nous apprendre l’Australie, référence mondiale en matière d’alerte, sur la gestion des incendies – https://theconversation.com/que-peut-nous-apprendre-laustralie-reference-mondiale-en-matiere-dalerte-sur-la-gestion-des-incendies-288760

Pourquoi les vieux torchons essuient-ils mieux que les neufs ?

Source: The Conversation – in French – By Rebecca Van Amber, Senior Lecturer in Fashion & Textiles, RMIT University

En modifiant la texture des fibres et du tissu, les lavages répétés le rendent plus absorbant que son remplaçant flambant neuf. Anna Shvets/Pexels

Un torchon neuf peut repousser l’eau, tandis qu’un modèle usé l’absorbe beaucoup plus facilement. Les propriétés des fibres, les finitions textiles et les effets du lavage expliquent ce paradoxe du quotidien.


Il existe un rituel étrange dans bien des cuisines : on ignore le torchon tout neuf, impeccable, suspendu à la poignée du four, pour attraper celui, usé et un peu grisonnant, rangé dans un tiroir.

Nous savons tous que ce vieux compagnon essuie mieux la vaisselle, sans vraiment savoir pourquoi. Cela paraît contre-intuitif : un torchon flambant neuf, tout juste acheté, ne devrait-il pas être plus efficace qu’un modèle déjà bien usé ?

Et pourtant, nous continuons instinctivement à préférer le torchon effiloché au neuf. Ce n’est pas une simple superstition de cuisine. Il existe une véritable explication scientifique au fait que les torchons deviennent plus efficaces avec le temps. La comprendre pourrait bien changer votre regard sur l’ensemble des textiles de votre maison.

La science de l’absorption

Les torchons sont généralement fabriqués en coton ou en lin, des tissus choisis précisément parce que ces fibres naturelles de cellulose sont naturellement hygroscopiques, c’est-à-dire qu’elles attirent et retiennent l’eau. Mais le type de fibre ne suffit pas à déterminer les performances d’un torchon. Sa capacité d’absorption résulte d’une interaction complexe entre les fibres, les fils, la structure du tissu et les traitements appliqués lors de sa fabrication.

Les textiles absorbent et retiennent l’eau à deux endroits essentiels : au sein même de la structure des fibres, et dans les espaces entre les fibres et les fils. C’est pourquoi la structure du tissu est si importante.

Prenez les serviettes de bain : à quand remonte la dernière fois que vous en avez utilisé une lisse et très fine ? Elles sont généralement confectionnées en tissu éponge, dont les nombreuses petites boucles en surface augmentent considérablement la surface de contact. L’eau est ainsi facilement absorbée et entraînée à l’intérieur du tissu par capillarité.

Serviette colorée
Les boucles du tissu éponge sont ce qui rend les serviettes de bain si absorbantes : elles piègent l’humidité au cœur des fibres.
Lindsay Lyon/Unsplash

Les torchons existent dans différents types de tissage : toile (ou tissage simple), sergé, nid d’abeille ou tissu éponge. Les torchons en toile – ceux que l’on voit souvent ornés de motifs imprimés – présentent une surface lisse, idéale pour obtenir des impressions nettes et précises.

Le tissu en nid d’abeille, dont l’aspect évoque effectivement une alvéole, possède une texture en relief qui le rend particulièrement efficace. Comme pour le tissu éponge, cette structure augmente la surface de contact et améliore la capacité d’absorption de l’eau.

Pourquoi les vieux torchons sont plus efficaces ?

Pourquoi votre vieux torchon tout usé fait-il mieux le travail que son remplaçant flambant neuf ? Trois facteurs principaux l’expliquent.

Les traitements au silicone. De nombreux textiles neufs sont recouverts d’un apprêt à base de silicone qui les rend plus doux au toucher et plus résistants aux faux plis, des qualités appréciées en magasin. Mais il y a un revers à la médaille : ces traitements sont souvent hydrophobes. Autrement dit, votre torchon neuf peut être recouvert d’une fine couche qui repousse l’eau. La solution est simple : lavez toujours un torchon neuf à l’eau chaude avant de l’utiliser pour la première fois.

The impact of laundering. Fabrics undergo significant changes during their first several washes – typically up to six cycles. During manufacturing, whether knitted or woven, fabrics are held under tension. Washing causes the yarns to relax in what’s called “relaxation shrinkage”, reverting to their natural, tension-free state. Industry typically tolerates up to 5 % shrinkage.

Here’s where it gets interesting : while your tea towel’s dimensions may shrink slightly, its mass stays the same, meaning the fabric becomes thicker and denser. In waffle weave towels, this shrinkage can make the three-dimensional texture more pronounced, increasing surface geometry and absorption. This phenomenon has been documented in terry bath towels, as well.

L’effet des lavages. Les tissus subissent d’importantes transformations au cours de leurs premiers lavages – généralement jusqu’à six cycles. Lors de leur fabrication, qu’ils soient tissés ou tricotés, ils sont maintenus sous tension. Le lavage permet aux fils de se détendre, un phénomène appelé « retrait de relaxation », qui les ramène à leur état naturel, sans contrainte. L’industrie textile considère généralement qu’un rétrécissement allant jusqu’à 5 % est acceptable.

C’est là que les choses deviennent intéressantes : si les dimensions du torchon diminuent légèrement, sa masse, elle, reste inchangée. Le tissu devient donc plus épais et plus dense. Dans le cas des torchons en nid d’abeille, ce retrait accentue le relief tridimensionnel du tissage, augmentant la surface de contact et la capacité d’absorption. Ce phénomène a également été observé sur les serviettes de bain en tissu éponge.

Le vieillissement du tissu. Les lavages et séchages répétés provoquent de légères altérations de la surface du tissu qui, paradoxalement, améliorent ses performances. De petites fibres se redressent progressivement à la surface, donnant au textile un aspect plus duveteux, presque « poilu ».

À l’inverse, un torchon très lisse n’est pas particulièrement absorbant, car l’eau peine à mouiller sa surface. Elle peut même former des gouttelettes, en raison de l’angle de contact entre l’eau et cette surface très lisse.

À mesure que les lavages font ressortir davantage de fibres à la surface, le tissu devient plus rugueux. L’angle de contact diminue alors, ce qui permet à l’eau de mieux mouiller le textile et d’être absorbée plus facilement. Les torchons en nid d’abeille, grâce à leur surface naturellement irrégulière, bénéficient dès le départ d’un angle de contact plus favorable et sont donc plus absorbants.

En résumé, les lavages rendent la surface du tissu plus texturée, ce qui améliore progressivement sa capacité d’absorption.

Pas seulement les torchons

La véritable leçon de cette histoire ne concerne pas uniquement les torchons, mais notre manière de considérer les textiles en général.

Cette sensation de confort que procurent nos serviettes de bain, torchons ou draps préférés lorsqu’ils sont bien « faits » n’est pas qu’une affaire de nostalgie. Après de nombreux lavages, beaucoup de ces textiles sont réellement plus performants : ils se sont débarrassés de leurs apprêts de fabrication et ont retrouvé leur structure naturelle.

Alors, avant de vous débarrasser de vos vieux torchons pour les remplacer par des neufs, rappelez-vous que leurs bords effilochés et leurs motifs passés sont le signe de mois d’utilisation au cours desquels ils sont devenus toujours plus efficaces.

Et lorsque vous achetez de nouveaux textiles pour la maison, prenez le temps de les laver au moins une fois avant de les utiliser, afin d’éliminer les éventuels apprêts de fabrication encore présents.

The Conversation

Rebecca Van Amber est membre agréée du Textile Institute.

ref. Pourquoi les vieux torchons essuient-ils mieux que les neufs ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-vieux-torchons-essuient-ils-mieux-que-les-neufs-287206

Necesitamos comunidades compasivas que ayuden a lograr una muerte tranquila

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rogelio Altisent Trota, Presidente del Consejo Científico de la Fundación Dignia. Cátedra Dignia Ecosistema Paliativo, Universidad de Zaragoza

En Alicia en el país de las maravillas, la protagonista le pregunta al Gato de Cheshire qué camino debe seguir para salir de donde se encuentra. Este le responde que todo depende de adónde quiera llegar. Alicia le contesta: “La verdad, no me importa mucho el lugar”, a lo que su interlocutor zanja: “Entonces, tampoco importa mucho el camino que tomes”. De la misma forma, cuando nos planteamos llevar al hospital a los enfermos avanzados y a los ancianos deberíamos preguntarnos qué esperamos y cuál es el objetivo del traslado.

Conviene refrescar que la meta debe ser prestar la mejor atención posible a cada persona. Es un imperativo moral analizar si ese cuidado se puede proporcionar en el hogar, que en ocasiones es una residencia, donde el paciente está rodeado de sus seres queridos. Esta cuestión interpela a nuestra sociedad y a nuestro sistema sanitario: ¿dónde debemos cuidar en el tramo final de la vida? ¿Estamos preparados para ello?

Hace 30 años, Daniel Callahan lideró un informe del prestigioso Hastings Center de Nueva York donde se planteaba una actualización de los fines de la medicina. Más allá de la curación y la prevención, defendía, era necesario incorporar el objetivo de lograr una muerte tranquila y en paz, todo ello con el mismo rango científico. Aquella propuesta fue muy celebrada y está cada vez más valorada ante el progresivo aumento de la esperanza de vida y el lógico incremento de las enfermedades crónicas avanzadas.

Esta perspectiva se está incorporando a los programas docentes de las profesiones sanitarias, aunque con mucha lentitud. Sería un contrasentido dedicar los grandes avances de las ciencias biomédicas a prolongar la vida a toda costa. Hay que adecuar las posibilidades diagnósticas y terapéuticas a una interpretación prudencial del momento biológico de cada paciente. Pensemos en la falta de lógica que tiene ante un paciente que está en una fase terminal de su enfermedad el uso del desfibrilador en una parada cardiaca o el ingreso en la unidad de cuidados intensivos.

Ante la pregunta sobre dónde cuidar al paciente incurable, la respuesta nos llevará a buscar la máxima calidad de vida y a respetar la voluntad de los pacientes.

Los cuidados paliativos, una medicina de rango científico

Desde hace unas décadas asistimos a la entrada en escena de la moderna atención paliativa ENLACE. Es una rama que se diferencia en sus objetivos de la clásica medicina curativa, donde la prioridad es la supervivencia.

Cuando estamos ante una enfermedad avanzada y sin curación, en la que incluimos la ancianidad, la medicina paliativa siempre debe respetar la vida, pero con la prioridad focalizada en el confort de las personas.

Se trata de prestar unos cuidados impregnados de humanidad sin renunciar al rigor científico. Es el momento de concentrar los esfuerzos en ensanchar la existencia, sin claudicar ante la tentación de la agresividad tecnológica sin sentido, que se ha dado en llamar obstinación o encarnizamiento, que la deontología médica ha censurado con rotundidad.

La Organización Mundial de la Salud (OMS) ha definido los cuidados paliativos como “un enfoque que mejora la calidad de vida de los pacientes (adultos y niños) y de sus familias que afrontan problemas asociados a enfermedades potencialmente mortales. Previenen y alivian el sufrimiento mediante la identificación temprana, la evaluación adecuada y el tratamiento del dolor y otros problemas, ya sean físicos, psicosociales o espirituales”.

La aparición de las comunidades compasivas y su impacto

La mayoría de las personas con enfermedades avanzadas pasan el 5 % de su tiempo con los servicios sanitarios y el 95 % inmersos en su entorno social: familia, vecinos, cuidadores, acompañantes voluntarios, farmacias, comercios de proximidad, servicios sociales, escuelas, parroquia, etc. Es fácil razonar que si prescindimos de la comunidad será muy difícil prestar cuidados de calidad.

Esta visión impulsó a Allan Kellehear, hace ya dos décadas, a definir y promover las “comunidades compasivas” como una oportunidad para lograr la excelencia de la atención paliativa. En España, Silvia Librada lidera su estudio desde hace 10 años en el seno de la Sociedad Española de Cuidados Paliativos.

Se trata de construir una cultura paliativa, fortaleciendo el tejido social con la implicación de personas e instituciones. Esto supone sensibilizar, formar –aclarando dudas– y capacitar. Estas experiencias de apoyo comunitario se están multiplicando con una amplia variedad de formas organizativas en barrios urbanos y pueblos, impulsadas por entidades sin ánimo de lucro que recaban el apoyo de asociaciones y municipios.

Algunas comunidades compasivas están incluyendo un modelo de evaluación del impacto generado tras la implantación de un ecosistema paliativo de estas características. El objetivo es generar evidencia científica de su utilidad y facilitar que sea replicable.

Un ejemplo lo encontramos en una residencia de mayores de la ciudad de Fraga (Huesca). Tras incorporarse al modelo ECOPAL se ha invertido el porcentaje de fallecimientos de sus residentes en el hospital, que ha pasado del 70 % al 30 %.

Un estudio publicado por comunidades compasivas australianas mostró una reducción significativa de ingresos hospitalarios, días de estancia hospitalaria y visitas al servicio de urgencias. Sus autores estimaron un ahorro económico de 500 000 dólares australianos (unos 300 000 euros) en la atención de 100 pacientes durante 6 meses.

Las comunidades compasivas ofrecen un horizonte esperanzador para mejorar el cuidado de los pacientes paliativos y sus familias. Pero, además, aunque no sea este su objetivo primario, pueden ser una fórmula revolucionaria para ayudar a un sistema sanitario sumido en la crisis.

The Conversation

Rogelio Altisent Trota no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Necesitamos comunidades compasivas que ayuden a lograr una muerte tranquila – https://theconversation.com/necesitamos-comunidades-compasivas-que-ayuden-a-lograr-una-muerte-tranquila-285765

Cuando lo que falla es el suministro de energía: enfermedades mitocondriales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Santos Ocaña, Profesor Titular de Biología Celular e Investigador, Universidad Pablo de Olavide

Microfilamentos, mitocondrias y núcleos Heiti Paves/Shutterstock

Muchas de las enfermedades raras de origen genético que aparecen en la infancia tienen un elemento en común: el origen del trastorno reside en la mitocondria, que metafóricamente se suele identificar como la central energética de la célula. Aunque quizás sería más apropiado equipararla con un polígono industrial.

La mitocondria demanda energía para fabricar sustancias que, posteriormente, son transportadas al resto de la célula. Además de las necesidades logísticas, como en cualquier industria, se generan residuos que es preciso recoger y eliminar. De ahí que la equipare con un polígono industrial.

En cada célula, alrededor de 1 300 proteínas trabajan a la vez para suministrar energía, garantizar que le llegan las materias primas que necesita y ofrecer una respuesta activa frente al estrés oxidativo.

Sin embargo, tal complejidad tiene una cara oscura: cualquier alteración de estos procesos es difícilmente aislable y afecta negativamente a la mitocondria, que en realidad es… ¡una célula dentro de otra célula!

“Te engullo porque me interesas”

Han leído bien, sí. La mitocondria es una célula dentro de otra célula. Esto tiene que ver con su origen endosimbionte: aunque la evolución de los organismos se produce normalmente mediante mutaciones en su ADN validadas por la selección natural, a veces un organismo obtiene ventajas al integrar a un segundo organismo en su interior. Es decir, llevando a cabo un secuestro celular en toda regla.

Imaginen una gran célula, incapaz de utilizar el letal oxígeno para obtener energía. Esta célula grande se come a otra célula que sí tiene esa capacidad, y consigue oxidar los nutrientes hasta obtener toda su energía. Ambas células llegan a una especie de acuerdo: la grande aporta nutrientes y protección física, y la pequeña, energía y protección antioxidante. Es lo que se conoce como endosimbiosis.

Posiblemente este acuerdo fue algo más violento de lo contado aquí, y es el origen de la tercera razón que hace especial a la mitocondria: como cualquier otra célula, tiene su propio ADN, el ADN mitocondrial. Y no hay 2 copias sino cientos por cada mitocondria (y cientos de mitocondrias).

Todas estas características hacen que las enfermedades mitocondriales resulten difíciles de estudiar y obstaculicen especialmente la búsqueda de tratamientos para los pacientes. La complejidad de las funciones mitocondriales explica la gran diversidad de estas dolencias, tanto en sus síntomas y manifestaciones clínicas como en los órganos afectados, en la gravedad de los pacientes y en el momento de inicio de la enfermedad.

A ello se suma la coexistencia del ADN nuclear y del ADN mitocondrial. La mitocondria requiere 1 300 proteínas para funcionar y sólo 13 son sintetizadas por ella misma. El resto lo aporta el ADN nuclear, lo que supone una integración extrema y muchos problemas de coordinación. De hecho, las enfermedades mitocondriales se deben a mutaciones en ambos tipos de ADN.

Según diversos estudios, existen entre 300 y 400 tipos de enfermedades mitocondriales y afectan a 1 de cada 5 000 personas, unas 10 000 en total en España.

Una lucha amistosa entre dos genomas

Además de la coexistencia de genomas, nos queda el problema del ADN mitocondrial. Tenemos miles de copias de él, que heredamos al 100 % de nuestras madres y que no siempre son idénticas entre sí. Cuando en una persona todas sus copias del ADN mitocondrial son iguales y no presentan mutaciones, se dice que su ADN mitocondrial es homoplásmico. Sin embargo, la presencia de una mutación en el ADN mitocondrial produce heteroplasmia, es decir, una mezcla de moléculas sanas y mutadas. En estos casos, la enfermedad se genera sólo cuando el número de copias del ADN mitocondrial mutado supera un umbral determinado.

Para complicar la situación, cada célula, órgano, aparato o sistema puede presentar un grado diferente de heteroplasmia, lo que genera una gran diversidad en los síntomas de los pacientes. Las mutaciones en el ADN mitocondrial afectan directamente a la función más importante y crítica de la mitocondria: la producción de energía mediante la cadena respiratoria. Y por ello, suelen ser graves.

Pero existen algunas soluciones para las enfermedades mitocondriales. El diagnóstico se acelera al disponer de mejores herramientas analíticas y ya existen tratamientos efectivos reales para un 5 % de estas patologías (coenzima Q10, tiamina…). Queda el problema del ADN mitocondrial, pero se está abordando mediante una frenética actividad investigadora: técnicas de transferencia o trasplante de mitocondria, eliminación del ADN mitocondrial mutado, importación mitocondrial de genes corregidos y la edición directa del ADN mitocondrial.

Hay esperanza: lo que hoy es investigación, mañana será realidad.

The Conversation

Carlos Santos Ocaña no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cuando lo que falla es el suministro de energía: enfermedades mitocondriales – https://theconversation.com/cuando-lo-que-falla-es-el-suministro-de-energia-enfermedades-mitocondriales-280158

La factura invisible del fuego: el coste económico de los incendios forestales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Elena Ferrer Zubiate, Profesora Titular de Universidad. Departamento de Gestión de Empresas, Universidad Pública de Navarra, Universidad Pública de Navarra

Robert Jankovic/Shutterstock

En las últimas semanas, buena parte de la geografía española, desde Aragón a Andalucía, pasando por Comunidad Valenciana, Madrid y Castilla y León, se ha visto asolada por incendios forestales.

Los incendios forestales no son un problema nuevo, pero sí creciente. En mayo de 2026, el Gobierno de España presentaba su campaña contra los incendios, donde ya señalaba que “los datos registrados entre el 1 de enero y el 15 de mayo de 2026 muestran una evolución desfavorable, con 127 incendios comunicados frente a los 40 del mismo periodo de 2025, lo que supone un incremento del 218 %”.

En relación con los denominados “grandes incendios”, hasta el 19 de julio de 2026, España registró 21 fuegos que arrasaron un total de 65 753,71 hectáreas. Esta cifra supone más del doble de la superficie quemada en el mismo periodo de 2025, año en el que se habían contabilizado 11 grandes incendios y 29 817 hectáreas afectadas.

Además, España se sitúa a la cabeza de la Unión Europea en número de incendios forestales, con 300 eventos registrados, por delante de Francia, que reporta 275.

No es el objeto de este artículo valorar las causas y agravantes de estos incendios. Los últimos datos aportados por el Ministerio para la Transición Ecológica, de 2016, señalan que ese año el 54,61 % de los incendios fueron intencionados, el 27,57 % se debieron a accidentes y neigligencias y un 10,44 % tuvieron una causa desconocida.

Nos centraremos en las consecuencias de los incendios y, en particular, en los costes asociados.

¿Cuánto cuesta un incendio?

La mejor pista de cuánto cuesta un incendio no la dan las llamas, sino lo que ocurre después. En Estados Unidos, un estudio en relación con los incendios de California del año 2018 ponía de relieve que “los daños causados por los incendios forestales en 2018 ascendieron a 148 500 millones de dólares, aproximadamente el 1,5 % del producto interno bruto anual de California, con pérdidas de capital por valor de 27 700 millones de dólares (19 %), costes sanitarios por valor de 32 200 millones de dólares (22 %) y pérdidas indirectas por valor de 88 600 millones de dólares (59 %)”.

Una investigación similar estimó que “las regiones del sur de Europa golpeadas por grandes incendios pierden entre un 0,11 % y un 0,18 % de su crecimiento anual del PIB. El empleo en transporte, alojamiento y restauración –el turismo– cae entre un 0,09 % y un 0,15 %”.

No cabe duda de que es algo prematuro intentar realizar una valoración económica de los incendios forestales que han ocurrido este año en España, pero haremos un pequeño ejercicio basado en los costes de oportunidad.

Un coste de oportunidad se define como aquello a lo que se renuncia como consecuencia de una acción o decisión. Pensemos ahora en un pequeño pueblo de cualquiera de las regiones afectadas. Durante los meses de invierno la población es de 600 habitantes, pero durante el verano en algunos momentos se llega incluso a cuadriplicar esta cifra. Un paisaje ennegrecido y una evacuación en plena temporada alta golpean justo donde más duele. A ello se suma el campo: cosechas paradas y ganado muerto o incomunicado. Son ingresos que no vuelven cuando el humo se disipa. Por tanto, un incendio deja así dos huellas: una inmediata, la de apagarlo, y otra persistente, la de recuperar lo perdido.




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Mientras el fuego arde

En España, los efectos a corto plazo están vinculados con la extinción de las llamas. Aunque es difícil encontrar fuentes fiables, la Agenda Forestal de Navarra presentada en el año 2019 señalaba que el coste de extinción de un incendio forestal declarado es muy variable, pero puede rondar los 10 000 euros por hectárea cuando intervienen medios aéreos, a los que habría que sumar el importe de las tareas posincendio.

No solamente son medios aéreos los que generan este coste. También brigadas, maquinaria, combustible y retardantes trabajando sin pausa durante días. Así, en un incendio de 16 000 hectáreas estos costes ascenderían a 160 millones de euros.

Después de apagar las llamas

Sin embargo, la realidad no termina aquí. La factura que vemos en televisión, con hidroaviones y bomberos, es solo el primer recibo. Es necesario tener en cuenta los efectos a largo plazo y, especialmente, aquellos que tienen carácter indirecto.

Siguiendo con el ejemplo del pequeño pueblo, pensemos qué ocurre con un camping situado en el municipio que ve reducidas sus reservas en 50 plazas como consecuencia del incendio. A un coste de 14 euros/día por autocaravana y en la temporada de verano de 90 días, una simple multiplicación arroja una cifra de 63 000 euros perdidos. Ahora pongamos ocho campings en la zona afectada, estaríamos hablando de una cifra superior al medio millón de euros.

Y falta trasladar el golpe a panaderías, comercios y bares. Un incendio, además, cambia el paisaje, empeora la calidad y la cantidad de agua, se pierde biodiversidad y deja un suelo que tardará años en volver a sostener el ecosistema que tenía.




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La moraleja económica es clara

Este ejercicio es solo una ilustración didáctica. A la factura real habría que sumar los costes de gestión forestal, ganadería extensiva y limpieza del monte durante todo el año. Todos son costes económicos reales, aunque nadie emita una factura por ellos, y los soporta en primer lugar quien vive del territorio. Así, cada incendio encarece la decisión de quedarse: se pierden ingresos, se destruyen infraestructuras y se erosiona la confianza en el futuro del lugar. El fuego no causa la despoblación, pero la empuja.




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Como repiten los expertos, “los incendios se apagan en invierno”. Invertir en el territorio antes del verano no es un capricho; es, sencillamente, la política económica más barata a largo plazo. Las estadísticas oficiales muestran, año tras año, que salimos más caros apagando que previniendo.

Por eso el verdadero coste de un incendio no se salda la semana en que arde el monte, sino durante los años que tardan en recuperarse el paisaje, la economía y la gente de cada pueblo. Lo que hoy no se invierte en prevención se paga mañana, con intereses, en extinción y en abandono. Ese es el auténtico coste de oportunidad del fuego.

The Conversation

Elena Ferrer Zubiate recibe fondos del proyecto de investigación de Fundación Ramón Areces (XXIII Concurso Nacional para la Adjudicación de Ayudas a la Investigación en Ciencias Sociales), es parte de la ayuda PID2025-175837NB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+ y del Grupo de Acción Iberus FinSoS.

Cristina del Río Solano recibe fondos del proyecto de investigación PID2025-175837NB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+ y del Grupo de Acción Iberus FinSoS. Además, cuenta con financiación proveniente del proyecto PJUPNA2025-11908 de la Universidad Pública de Navarra.

Francisco J. López Arceiz recibe fondos del proyecto de investigación de Fundación Ramón Areces (XXIII Concurso Nacional para la Adjudicación de Ayudas a la Investigación en Ciencias Sociales), es parte de la ayuda PID2025-175837NB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por el FSE+ y del Grupo de Acción Iberus FinSoS. Además, cuenta con financiación proveniente del proyecto PJUPNA2025-11908 de la Universidad Pública de Navarra.

ref. La factura invisible del fuego: el coste económico de los incendios forestales – https://theconversation.com/la-factura-invisible-del-fuego-el-coste-economico-de-los-incendios-forestales-288642

Lecciones logísticas del Mundial de fútbol: así se montó el espectáculo de Shakira, Madonna y los ‘muppets’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tomás García Martín, Decano de la Facultad de Tecnología y Ciencia, Universidad Camilo José Cela

19 de julio de 2026, final del Mundial de Fútbol. The White House

La final del Mundial de Fútbol 2026, celebrada el domingo 19 de julio en el Estadio Nueva York Nueva Jersey (MetLife Stadium), no fue solo un hito en la historia del fútbol, sino también una lección de gestión logística en condiciones de incertidumbre extrema y alta visibilidad.

La transformación del césped en un macroescenario para un espectáculo de masas de casi 12 minutos de duración, con bailarines, músicos y la actuación de artistas como Madonna, BTS o Shakira, merece un análisis riguroso desde el punto de vista de la logística.

La estrategia tras el espectáculo

En la dirección de operaciones, el éxito no solo reside en la calidad del producto (en este caso, las actuaciones del tiempo de descanso de la final del Mundial 2026), sino en la arquitectura operativa que lo sustenta.

En términos de operaciones y logística, el show del descanso fue un proyecto altamente personalizado y con requisitos de difícil control, que tuvo que ser ejecutado con la precisión de una línea de montaje debido a las severas restricciones de tiempo.

De las fábricas de Toyota al MetLife Stadium

Los grandes espectáculos funcionan como proyectos logísticos que aplican principios del lean management, un método de trabajo instaurado por Toyota en sus fábricas para alcanzar tres objetivos básicos: gastar menos recursos, eliminar todo lo superfluo del proceso y dar el máximo valor al cliente, haciendo solo lo que este quiere y está dispuesto a pagar.

Así, en el Estadio de Nueva York Nueva Jersey se aplicaron procesos muy similares a los desarrollados a nivel manufacturero para mejorar los procesos de producción:

  1. SMED (Single Minute Exchange of Die): este proceso busca mejorar los tiempos de producción reduciendo los tiempos de cambio de herramientas a un solo dígito de minutos. La transición vertiginosa entre la apertura de Madonna y la sinfonía de Gustavo Dudamel fue posible gracias a esta técnica. Al estandarizar el montaje de módulos escénicos, el equipo técnico logró reducir los tiempos de cambio de minutos a escasos segundos, permitiendo que la banda coreana BTS tomara el escenario inmediatamente después de la orquesta.

  2. Jidoka y poka-yokes: para un evento transmitido a todo el planeta, el control de errores en tiempo real es vital. El término jidoka se refiere al exhaustivo control de la calidad en cada paso del proceso productivo para evitar la acumulación de errores, mientras que los poka-yokes son una técnica de control de calidad que garantiza que el proceso se realice sin errores (un ejemplo cotidiano es el hecho de que un microondas está diseñado para no funcionar si tiene la puerta abierta). En el espectáculo del tiempo de descanso, se aplicaron poka-yokes entre la actuación de Coldplay y la del coro PS22 Choir para que cualquier anomalía técnica de sonido o vídeo fuera corregida instantáneamente sin detener el flujo del espectáculo.

  3. Heijunka (en japonés, nivelación): se trata de igualar los niveles de la carga de trabajo en las distintas fases del proceso de producción para mejorar el flujo, ajustarse mejor a la demanda del cliente y reducir el desperdicio. En la final del Mundial 2026, la gestión de los equipos técnicos para mover la escenografía de Shakira y Burna Boy mientras se preparaba el set acústico de Justin Bieber refleja una nivelación de carga de trabajo meticulosa, evitando cuellos de botella que habrían retrasado el reinicio del partido de fútbol.

Gestión de la cadena de suministro y logística integral

El espectáculo del tiempo de descanso también es un ejemplo de gestión de una cadena global de suministros (Supply Chain Management, SCM), definida como:

“El manejo del flujo de bienes, datos y finanzas relacionados con un producto o servicio, desde la adquisición de las materias primas hasta la entrega del producto en su destino final”.

Coordinar a artistas de distintos continentes implica una gestión de proveedores y recursos que trasciende la simple logística de transporte.

Este evento aplicó un modelo de escalonamiento en el proceso logístico con un enfoque similar al que aplica Elon Musk en sus fábricas (step-function expansion o mejoras escalonadas), que consiste en crear infraestructuras que superan la demanda inicial (gigafactorías), con lo que la expansión se produce a grandes saltos de capacidad y no de manera lineal.

Los organizadores del show invirtieron en infraestructura masiva y redundancia estratégica (con sistemas de sonido e iluminación duplicados) para asegurar que la capacidad operativa no se viera desbordada por la complejidad del despliegue artístico.

La experiencia de los aficionados

Desde el punto de vista del diseño del servicio, el espectáculo del tiempo de descanso gestionó varios momentos de la verdad (moment of truth), un concepto de gestión de servicios desarrollado por Karl Albrecht, que define el instante preciso en que un cliente entra en contacto con una organización y se forma una impresión sobre la calidad del servicio.

En el Estadio Nueva York Nueva Jersey, el contraste entre la actuación más íntima de Justin Bieber y la explosión de energía de Shakira y Burna Boy puede analizarse bajo el modelo de Kano, una herramienta de gestión de productos que evalúa cómo las características de un servicio o producto influyen en la satisfacción del cliente.

Un ejemplo sacado del espectáculo: mientras que la calidad técnica es un factor básico esperado, la sorpresa de ver a leyendas del fútbol como Ronaldinho y Ronaldo conduciendo para Madonna constituye un factor de deleite (customer delight) que eleva la percepción de la marca del Mundial.

El primer espectáculo del tiempo de descanso de un Mundial de Fútbol no fue solo música y baile: fue una lección avanzada de preparación operativa (operational readiness). El trabajo de logística y operaciones convirtió el caos creativo de reunir a BTS, Dudamel y The Muppets en una ejecución impecable ante los ojos del mundo.

The Conversation

Tomás García Martín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Lecciones logísticas del Mundial de fútbol: así se montó el espectáculo de Shakira, Madonna y los ‘muppets’ – https://theconversation.com/lecciones-logisticas-del-mundial-de-futbol-asi-se-monto-el-espectaculo-de-shakira-madonna-y-los-muppets-287986

Los riesgos de mantener una relación romántica con la IA: la privacidad, en juego

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rongjun Ma, Postdoctoral Researcher in Responsible AI, Usable Security, and Privacy, Universitat Politècnica de València

showcake/Shutterstock

Las relaciones románticas con la inteligencia artificial ya no son solo un escenario de ciencia ficción. A medida que los servicios basados en modelos de lenguaje (LLM) se vuelven más personalizables, más gente utiliza la IA no solo para la productividad o el entretenimiento, sino también para buscar compañía, intimidad emocional e incluso romance.

Esto plantea una cuestión difícil: ¿cómo deberíamos entender la privacidad en relaciones que se perciben como profundamente íntimas?

El romance evoluciona y no siempre es intencionado

En nuestra investigación, basada en entrevistas con 17 personas de distintas partes del mundo y en el análisis de las plataformas de IA que utilizaban, descubrimos que las relaciones románticas entre humanos e inteligencia artificial se parecen a las relaciones entre personas en cómo se desarrollan la confianza, la intimidad y la revelación de información.

Las personas no siempre empiezan buscando una relación romántica. Algunas comienzan utilizando la IA para trabajar, entretenerse o conversar, pero la interacción puede adquirir un significado emocional y evolucionar hacia un vínculo íntimo. Al principio, los usuarios suelen ser prudentes con lo que comparten. A medida que su relación con la IA se vuelve más familiar y significativa, se muestran más abiertos. Compartir información personal puede formar parte de la construcción de la intimidad, y es entonces cuando los límites de la privacidad empiezan a cambiar.

La privacidad no se negocia

La privacidad en las relaciones íntimas rara vez se reduce a un simple cálculo de riesgos. Lo que se sopesa no es solo la comodidad frente al riesgo, sino la privacidad frente a una relación que se percibe como significativa.

Como en las relaciones humanas, la intimidad implica abrirse, mostrarse vulnerable y confiar a otra persona aspectos sensibles de uno mismo. En las relaciones románticas entre humanos e IA, los usuarios pueden reconocer los riesgos para su privacidad y, aun así, considerar que el valor emocional de la relación hace que compartir información merezca la pena.

Esto diferencia el romance con la IA de otros usos de la tecnología, en los que la privacidad suele entenderse en un marco de usuario-herramienta. Cuando la IA se experimenta como pareja romántica, ese marco resulta insuficiente.

Cuando pensamos que la IA tiene capacidad de decisión

Otra complicación es que los usuarios pueden percibir que la IA tiene capacidad de decisión, y sus respuestas pueden influir en lo que las personas deciden compartir.
Algunos participantes dudaron antes de revelar algo personal, como una fotografía, pero se sintieron tranquilos cuando la IA respondió transmitiendo cuidado o protección. En otros casos, la inteligencia artificial desalentó la revelación de información; por ejemplo, convenciendo al usuario de que no enviara un selfie.

Esto significa que la IA no es un sistema pasivo. Sus respuestas pueden influir en los límites de privacidad de los usuarios.

Los riesgos no desaparecen tras una ruptura

Algunos participantes perdieron el acceso a sus parejas de IA debido a actualizaciones de las plataformas, la eliminación de personajes o decisiones personales de poner fin a la relación.

A diferencia de las rupturas humanas, estas personas no solían temer que una expareja de IA utilizara su información con intenciones perjudiciales, y mostraban el deseo de poder conservar el historial de conversaciones como recuerdo.

Sin embargo, el riesgo no desaparece, sino que se desplaza. La preocupación durante la ruptura tiene menos que ver con una posible venganza de la expareja, pero más con las plataformas, las empresas y otros actores con acceso a los datos de la relación.

Quiénes están detrás de la relación?

Aunque la relación parezca ocurrir entre una persona y un personaje de IA, detrás existe un sistema más amplio de plataformas, proveedores de modelos, creadores, moderadores y otros actores.

Sus intereses influyen en lo que la IA puede decir o recordar, en cómo se fomenta la intimidad, se establecen los límites y se recopilan y gestionan los datos.

Esto importa porque estas relaciones pueden implicar información extremadamente íntima. Sin embargo, muchas plataformas no explican claramente cómo gestionan dicha información ni en qué se diferencia la divulgación romántica o emocional de los datos habituales de una aplicación.

Romances con IA: el papel de la legislación

Algunas leyes ya regulan estas interacciones, como la SB 243 de California y las normas chinas sobre IA antropomórfica, que introducen medidas de transparencia, seguridad y protección de menores, además de buscar reducir riesgos como la dependencia excesiva y la adicción. Sin embargo, estos enfoques pueden dejar de lado las razones por las que las personas buscan estas relaciones y su significado emocional.

Al mismo tiempo, considerar un romance con la IA como algo inofensivo supondría ignorar riesgos reales relacionados con la recopilación de datos, el control de las plataformas y la vulnerabilidad emocional.

Puede que no exista una respuesta sencilla. Pero, a medida que más personas desarrollan vínculos emocionales con la inteligencia artificial, una pregunta se vuelve fundamental: ¿cómo podemos proteger su privacidad y seguridad sin dejar de tomar en serio esas experiencias emocionales?

The Conversation

Rongjun Ma recibe fondos de INCIBE’s strategic SPRINT (Seguridad y Privacidad en Sistemas con Inteligencia Artificial) C063/23 project with funds from the EU-NextGenerationEU through the Spanish government’s Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia, by the Generalitat Valenciana under grant CIPROM/2023/23, and by the Spanish Government under grant PID2023-151536OB-I00.

ref. Los riesgos de mantener una relación romántica con la IA: la privacidad, en juego – https://theconversation.com/los-riesgos-de-mantener-una-relacion-romantica-con-la-ia-la-privacidad-en-juego-287420