Majorque se révolte contre un tourisme qui dépossède les habitants de leur territoire

Source: The Conversation – in French – By Julio Batle Lorente, Profesor Titular de Universidad, Universitat de les Illes Balears

Le touriste conscient de son impact comprend que payer n’efface pas les conséquences de ses choix et que certains voyages, hébergements ou activités peuvent cesser d’être moralement acceptables.
Mistervlad/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • À Majorque, les habitants dénoncent un modèle touristique qui aggrave la crise du logement et les pousse à quitter l’île.

  • Le surtourisme menace l’équilibre des territoires bien au-delà de la seule affluence des visiteurs.

  • Le concept de « touriste conscient de son impact » invite à repenser ses choix de destination, d’hébergement et d’activités.


Le dimanche 26 juillet 2026, la ville de Palma, capitale des îles Baléares, a été le théâtre d’une manifestation dirigée non pas contre les touristes, mais contre un modèle économique qui commence à considérer ses habitants comme un obstacle.

La manifestation, organisée par la plate-forme Menys Turisme, Més Vida (« Moins de tourisme, plus de vie » en majorquin), a rassemblé environ 25 000 personnes selon la police, et 70 000 selon les organisateurs. Les chiffres peuvent prêter à débat, mais pas la scène elle-même : des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour revendiquer le droit de continuer à vivre dans l’une des destinations touristiques les plus prisées au monde. Elles ne demandaient pas que Majorque cesse d’accueillir des visiteurs, mais que sa population n’ait pas à être chassée pour les loger.

Parmi les manifestants figuraient des habitants, des écologistes, des agriculteurs, mais aussi de nombreux salariés du secteur touristique. Leurs revendications ne laissent guère de place à l’interprétation : limiter les locations touristiques, réduire le nombre de places aériennes et de vols à destination des îles, et sortir d’une forme de monoculture économique qui consume le territoire, le logement et la vie quotidienne.

Il y a eu des affrontements avec les forces de l’ordre et des blessés, comme l’a rapporté The Times, mais réduire la manifestation à ces incidents reviendrait à passer à côté de son véritable message. Le conflit de fond n’oppose pas des habitants mécontents à des touristes innocents. Il met en tension deux droits qui n’ont plus le même poids : le droit, temporaire, de profiter d’un lieu, et le droit, permanent, d’y vivre.

Une destination touristique peut prospérer… et disparaître

Pendant des décennies, le succès des destinations touristiques a été mesuré à l’aune du nombre d’arrivées, de nuitées, du taux d’occupation ou encore des dépenses des visiteurs. Lorsque ces indicateurs progressent, on parle d’une bonne saison. Pourtant, une économie peut croître tout en détruisant les conditions qui permettent d’y vivre.

La rentabilité de chaque mètre carré peut augmenter, tandis que son utilité sociale diminue. La richesse produite peut s’accroître, tout en empêchant une infirmière, un policier, un enseignant ou un serveur de se loger. Une destination peut offrir aux visiteurs une liberté de circulation extraordinaire, tout en contraignant ses habitants à partir. C’est cette réalité qui n’apparaît presque jamais dans les statistiques : une destination peut prospérer comme produit touristique tout en échouant comme société.

Les locations touristiques n’expliquent pas, à elles seules, la crise du logement. Celle-ci est aussi alimentée par les investissements internationaux, la rareté du foncier, les achats spéculatifs, le manque de logements publics et des politiques publiques insuffisantes depuis des années. Mais minimiser leur rôle serait intellectuellement malhonnête.

Le chercheur Agustín Cócola-Gant décrit les locations touristiques comme un nouveau front de la gentrification. Ses travaux montrent que la prétendue économie collaborative dissimule souvent une opportunité d’accumulation de richesse pour les investisseurs et les propriétaires. Dans ce processus, l’habitant de longue durée cesse d’être le destinataire du logement pour devenir un obstacle à une rentabilité toujours plus élevée.

L’éviction, de surcroît, ne prend pas toujours la forme d’une expulsion. Elle peut se produire logement après logement. Un appartement se libère sans jamais revenir sur le marché résidentiel. Un commerce de proximité disparaît au profit d’une boutique tournée vers une consommation de passage. Les habitants s’en vont, l’économie du quartier change de visage, et ceux qui restent découvrent qu’ils ont toujours une adresse, mais qu’ils n’ont plus vraiment de lieu où vivre.

Parler de « tourismophobie » n’aide pas le débat

Majorque s’inscrit dans un mouvement de contestation territoriale plus large. À Venise, la mobilisation contre les grands navires de croisière a fait de ces immenses paquebots traversant la lagune le symbole d’une industrie dont l’ampleur n’était plus en adéquation avec la ville. Aux Canaries, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté derrière un slogan difficile à surpasser : « Ici, des gens vivent. » À Barcelone, les pistolets à eau braqués sur quelques terrasses fréquentées par des touristes ont suscité bien davantage d’attention médiatique que la crise du logement à l’origine de la mobilisation.

Le terme « tourismophobie » parachève cette opération. Il transforme un conflit portant sur le logement, les salaires, les transports, l’eau, le foncier et les choix démocratiques en une simple réaction émotionnelle contre les étrangers. Il dépolitise le problème et, au passage, infantilise ceux qui protestent.

Les spécialistes du surtourisme Claudio Milano, Marina Novelli et Joseph Cheer montrent que le surtourisme ne se résume pas à un excès de visiteurs. Il apparaît lorsque la croissance touristique transforme durablement la vie des habitants, restreint leur accès aux services et aux espaces, et dégrade leur qualité de vie. Leurs travaux établissent également un lien entre ces mobilisations sociales et la contestation de modèles économiques fondés sur une forme de monoculture touristique, ainsi que sur l’idée, rarement remise en question, qu’il faudrait poursuivre la croissance à tout prix.

La vraie question n’est donc pas de savoir combien de personnes une île peut accueillir physiquement. Elle est de déterminer ce que ses habitants doivent sacrifier pour continuer à les accueillir.

Du tourisme responsable au touriste conscient de son impact

La recherche universitaire a forgé plusieurs concepts utiles pour comprendre cette évolution. La décroissance touristique, défendue par les chercheurs Robert Fletcher, Ivan Murray, Asunción Blanco-Romero et Macià Blázquez-Salom, considère que certains territoires n’ont pas besoin de mieux gérer leur croissance, mais de réduire concrètement la pression touristique : moins de capacités d’accueil, moins de vols, moins d’artificialisation des sols et une moindre dépendance économique au tourisme.

Il ne faut pas confondre cette approche avec le slogan « moins de touristes, mais des touristes qui dépensent davantage ». Cette proposition peut certes réduire certaines situations de surfréquentation, mais elle transforme aussi le territoire en un espace réservé aux plus aisés. Même discret, le tourisme de luxe occupe de l’espace, consomme des ressources et contribue à faire monter les prix.

La chercheuse Freya Higgins-Desbiolles déplace le débat de la quantité de richesse produite vers sa répartition : qui bénéficie des retombées économiques, qui en supporte les coûts, et quels droits doivent primer lorsque les intérêts du tourisme entrent en conflit avec la vie des communautés locales.

Le concept de justice de la mobilité, développé par Mimi Sheller, met en lumière une autre forme d’inégalité : toutes les mobilités n’ont pas le même pouvoir. Un visiteur peut traverser l’Europe pour un week-end, tandis qu’une femme de chambre est contrainte de parcourir chaque jour des dizaines de kilomètres parce qu’elle ne peut plus se loger près de son lieu de travail. La mobilité aisée des uns peut ainsi engendrer la mobilité forcée des autres.

Enfin, le concept de souveraineté touristique, que Carter Hunt, María José Barragán-Paladines, Juan Carlos Izurieta et Andrés Ordóñez relient aux luttes des communautés pour reprendre le contrôle de leurs moyens de subsistance, pose la question essentielle : qui est légitime pour décider de l’avenir d’une destination touristique ?

À partir de ces travaux, je propose une notion supplémentaire : celle du touriste conscient de son impact.

Le touriste conscient de son impact sait qu’il n’arrive pas dans un décor mis à sa disposition, mais sur un territoire déjà habité, traversé par des rapports de pouvoir et des conflits bien réels. Il comprend que sa liberté de circuler s’inscrit dans le quotidien de personnes dont la mobilité est, elle, beaucoup plus contrainte. Et il accepte une idée que le tourisme responsable tend souvent à éluder : à savoir que certains hébergements, certaines activités, voire certaines destinations, peuvent ne plus être moralement acceptables.

Il ne cherche pas seulement à réduire son empreinte. Il est prêt à renoncer.

La prise de conscience commence par un « non »

Un touriste conscient de son impact renoncerait à choisir Majorque pour un séjour de cyclotourisme. Non pas parce que le vélo serait immoral, ni parce que chaque cycliste poserait problème. Mais parce qu’une activité cesse d’être anodine lorsque sa concentration dégrade les conditions de déplacement de celles et ceux qui empruntent ces routes pour aller travailler, étudier, s’occuper de leurs proches ou simplement rentrer chez eux. Il choisirait un territoire moins saturé. Une autre période. Une autre activité.

De même, il n’utiliserait pas Airbnb – ni aucune autre plate-forme équivalente – dans les quartiers touchés par la gentrification, où les locations touristiques contribuent à chasser les jeunes qui y sont nés en rendant le logement inaccessible.

Nous pouvons débattre de l’ampleur exacte de chacun de ces effets, de la réglementation la plus efficace ou du poids respectif des différents facteurs. Mais lorsqu’un processus d’éviction des habitants est clairement à l’œuvre, utiliser un logement comme hébergement touristique n’est plus un choix privé sans conséquences.

La conscience touristique consiste à voyager en sachant reconnaître le moment où il vaut mieux choisir une autre destination. Le touriste conscient de son impact se pose une question qui précède toutes les recommandations, les certifications et les listes de bonnes pratiques :

« Est-ce que je devrais vraiment être ici, à faire cela ? »

Parfois, la réponse sera oui. D’autres fois, elle impliquera de changer de saison, d’hébergement ou d’activité. Et, dans certains lieux et à certains moments, la réponse sera tout simplement non.

Le droit de soustraire un territoire au marché

La souveraineté touristique signifie qu’une communauté peut décider de la quantité de tourisme qu’elle souhaite accueillir, des lieux où il est acceptable, des périodes où il peut avoir lieu et des conditions dans lesquelles il se développe.

Elle peut décider que certains logements doivent avant tout servir à loger des habitants. Elle peut limiter le nombre de navires de croisière, de véhicules, de capacités d’accueil touristiques ou de vols. Elle peut fermer un site saturé, retirer des licences et faire primer la pérennité d’une communauté sur la rentabilité maximale de ses actifs.

Cela ne revient pas à fermer les frontières. La souveraineté touristique n’est pas une quête de pureté identitaire, mais une expression de la capacité démocratique d’une communauté. Venise appartient d’abord à ses habitants, et non aux compagnies de croisière. Barcelone à celles et ceux qui y vivent, et non aux plates-formes touristiques. Majorque à ceux qui y construisent leur existence, et non à une industrie qui commercialise sa disponibilité.

Les visiteurs ont droit à l’hospitalité, pas à la souveraineté. Une population doit pouvoir conserver le droit de soustraire une partie de son territoire au marché touristique, même lorsque la demande est forte et que des visiteurs sont prêts à payer.

Le tourisme, un pouvoir sans élection

Le tourisme n’est plus seulement une activité économique. Il a acquis le pouvoir de façonner le territoire, l’emploi, le logement, les infrastructures et jusqu’au calendrier politique. Il agit désormais comme un pouvoir constituant, sans jamais avoir été élu.

La question n’est donc plus de savoir si le tourisme crée de la richesse. Il en crée. La vraie question est de savoir quelle forme de pauvreté il peut produire en retour : pauvreté en matière de logement, de temps, d’espace public, de perspectives et d’avenir.

Les graffitis et les messages apposés sur les voitures des habitants se multiplient. J’en ai moi-même affiché un – une seule fois –, rédigé en allemand, excédé de voir les routes secondaires constamment encombrées par les cyclotouristes :

C’est pathétique, oui. C’est un peu dérisoire, aussi. Et c’est un sujet délicat. Mais les touristes, tout comme les résidents étrangers installés dans des territoires touchés par la gentrification, ont besoin d’entendre certains messages, formulés avec respect, mais sans ambiguïté.

The Conversation

Julio Batle Lorente ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Majorque se révolte contre un tourisme qui dépossède les habitants de leur territoire – https://theconversation.com/majorque-se-revolte-contre-un-tourisme-qui-depossede-les-habitants-de-leur-territoire-288893

À l’heure d’Airbnb, qui sont les gagnants de la location de courte durée à La Rochelle ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Raphaël Suire, Professeur des Universités en management de l’innovation, Nantes Université


L’ESSENTIEL

  • Une étude analyse les revenus Airbnb réels et le revenu global des ménages qui louent leurs maisons à La Rochelle.

  • 606 maisons louées sur Airbnb sont comparées à plus de 20 000 maisons non louées.

  • Les revenus associés à la location sont très inégalement répartis entre les ménages les plus modestes et les plus riches.


L’économie du partage, ou sharing economy, est venue avec ses promesses. Pêle-mêle, il s’est agi de faciliter grandement la rencontre entre une offre excédentaire et une demande, d’offrir une grande souplesse dans l’usage et puis le plus important, de générer un revenu dont on a souvent dit qu’il complète utilement l’existant.

L’objectif : produire du pouvoir d’achat pour les propriétaires et augmenter grandement la variété de ce qui est disponible, comme les logements. Regardons plus précisément qui gagne vraiment de l’argent avec Airbnb.

Au sein d’un projet de recherche, nous avons mené une étude sur l’agglomération de La Rochelle pour mieux identifier et analyser qui bénéficient le plus d’Airbnb.

Les ménages riches ? Modestes ? Les biens en front de mer ?

Un état des lieux

Concrètement, nous avons comparé 606 maisons louées sur Airbnb à plus de 20 000 maisons non louées. C’est une première en France, car jusqu’ici aucune étude n’observait à la fois les revenus Airbnb réels et le revenu global des ménages qui louent.

Pour ce faire, nous avons croisé trois jeux de données :

  • Les recettes réelles de taxe de séjour de la ville de La Rochelle. Il s’agit ici du prix payé, le nombre de nuits et le nombre de voyageurs pour chaque location réalisée en 2022 ;

  • Le cadastre qui décrit chaque logement ;

  • Les données fiscales de l’ensemble des ménages, consultées à partir d’un accès sécurisé aux données ministérielles (CASD).

Nos premiers résultats sont sans équivoque : les ménages aisés et propriétaires ne louent pas plus souvent que les autres, mais ils louent plus cher, jusqu’à 50 euros de plus par nuit.

Logements plus grands et mieux situés

Notre premier constat : les ménages qui louent sur Airbnb sont plus aisés que la moyenne. Leur revenu disponible annuel atteint 52 015 euros, contre 47 129 euros pour les autres. Ils possèdent aussi des maisons plus grandes, 111 mètres carrés en moyenne, contre 99 pour les ménages non loueurs.

Le second constat est plus inattendu. Une fois sur la plateforme, les ménages les 10 % les plus riches et les 10 % les plus modestes louent leur logement à peu près à la même fréquence. Le nombre de nuits louées dans l’année ne varie presque pas selon le revenu.

Ce qui varie, c’est le prix. À La Rochelle, une nuit se loue en moyenne 114 euros. Derrière cette moyenne, l’écart est conséquent. Les maisons des 10 % de ménages les plus modestes se louent près de 50 euros de moins par nuit que celles des 10 % les plus aisés. Et la raison est simple. Les ménages aisés possèdent des logements plus grands, mieux situés, plus proches du littoral ou du centre historique. Ce sont les caractéristiques du logement qui font le prix et pas l’effort du propriétaire.

Écarts de patrimoine

Autrement dit, Airbnb ne crée pas de nouvelles inégalités. La plateforme rend rentables des écarts de patrimoine qui existaient déjà. Il est évident qu’un logement bien placé rapportait déjà plus à la revente ou à la location classique ; Airbnb permet désormais d’en tirer un revenu quelques semaines par an, sans quitter son domicile.

Ce mécanisme rejoint le constat de l’économiste Thomas Piketty. Les revenus du patrimoine progressent plus vite que les revenus du travail alors les écarts de richesse se creusent. Nos résultats montrent que les plateformes numériques accélèrent cette dynamique en accentuant le rendement du capital foncier.

Filet de sécurité

Une autre dynamique apparaît. Chez les rares ménages modestes qui louent, les sommes gagnées comptent énormément. L’hôte médian de notre échantillon gagne 3 623 euros par an sur Airbnb. Pour un ménage aisé, c’est un appoint marginal, quelques pour cent du revenu ; pour les 10 % les plus modestes, cela représente jusqu’à 30 % du revenu disponible.

Qui sont ces ménages à la fois aux revenus modestes et propriétaires d’un bien attractif ?

Nos données ne permettent pas de trancher définitivement. Il peut s’agir de retraités dont la maison est payée, de ménages ayant hérité ou encore de foyers traversant une baisse temporaire de revenus. Pour ces derniers, la location de courte durée fonctionne comme un amortisseur. Elle permet de faire face à une contrainte budgétaire en activant un actif disponible, le logement.

Des enquêtes qualitatives menées aux États-Unis décrivent le même usage d’appoint.




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Comment Airbnb a changé le secteur du tourisme


Que dire alors ? Les revenus Airbnb se concentrent autour des ménages les plus riches. Pour autant, ils pèsent surtout en bas de la distribution. La plateforme amplifie les inégalités tout en dépannant une minorité de ménages fragiles.

Réglementer la location courte durée

Ce double effet interroge la régulation actuelle. En France, dans le cadre de loi ELAN, il existe une limite de la location d’une résidence principale à 120 jours par an. Cette règle unique traite de la même façon deux profils opposés. D’un côté, le propriétaire qui loue sa maison trois semaines en août. De l’autre, l’investisseur qui peut exploiter plusieurs biens à l’année et qui retire des logements du marché. Un véritable moteur de la crise du logement dans les zones touristiques.

Notre recherche suggère qu’une régulation plus fine est possible, voire doit s’imposer pour :

  • Protéger les hôtes occasionnels, dont l’activité ne retire aucun logement du marché résidentiel ;

  • Concentrer les contraintes sur les loueurs professionnels ;

  • Adapter la fiscalité. Puisque les plateformes rendent ces revenus visibles et mesurables, rien n’empêche de les taxer de façon progressive, en préservant l’appoint des ménages modestes.

Reste une question ouverte. La Rochelle est une ville moyenne où la location occasionnelle de résidences principales est présente. Qu’en est-il à Paris, Saint-Malo ou Barcelone, où la location de courte durée est largement professionnalisée ?

Les inégalités que nous mesurons entre ménages pourraient y prendre une tout autre ampleur, entre simples habitants et détenteurs de portefeuilles immobiliers. Mesurer et évaluer ceux qui capturent cette rente reste un impératif pour définir un régime fiscal moins aveugle et réducteur des inégalités de revenus.

The Conversation

Raphaël Suire a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Sylvain Dejean a reçu des financements de l’ANR.

ref. À l’heure d’Airbnb, qui sont les gagnants de la location de courte durée à La Rochelle ? – https://theconversation.com/a-lheure-dairbnb-qui-sont-les-gagnants-de-la-location-de-courte-duree-a-la-rochelle-286287

Les plans de travail en quartz, à l’origine d’une crise de santé publique aux États-Unis et dans le monde

Source: The Conversation – in French – By David Michaels, Professor of Public Health, George Washington University

La pierre reconstituée, également appelée « quartz » ou « aggloméré de quartz », est devenue un matériau très prisé pour les plans de travail de cuisine. Guillermo Spelucin Runciman/iStock/Getty Images Plus

Dans l’imaginaire collectif, la silicose, grave maladie incurable qui détruit la fonction pulmonaire, est associée au travail des mineurs. Mais d’autres ouvriers y sont exposés. C’est notamment le cas de ceux qui travaillent la pierre synthétique, ou quartz aggloméré, qui voient également leur risque de cancer du poumon augmenter.


Si vous vous rendez chez Costco, Home Depot ou Lowe’s (des enseignes proposant notamment des matériaux de rénovation, NdT) pour acheter un plan de travail dans le cadre de la rénovation de votre cuisine, l’objet de votre commande sera vraisemblablement produit dans un atelier de fabrication travaillant un matériau appelé pierre reconstituée.

Souvent commercialisée sous le nom de « quartz », la pierre reconstituée est un produit synthétique contenant jusqu’à 95 % de quartz finement broyé, mélangé à des résines polyester ainsi qu’à des pigments. Derrière l’apparente facilité avec laquelle on peut se procurer ce matériau se cache un fait ignoré des consommateurs : les ouvriers qui découpent, meulent et polissent ces plans de travail s’exposent au risque de développer une maladie redoutable qui détruit leurs poumons, la silicose. Cette maladie évitable, pour laquelle il n’existe aucun remède, est mortelle, et il n’existe aucun remède.

Rien qu’en Californie, plus de 550 travailleurs ont reçu un diagnostic de silicose causée par cette pierre reconstituée depuis 2019. Parmi eux, au moins 100 ont subi une greffe pulmonaire ou sont en attente d’en recevoir une. Cette intervention, complexe, ne fait cependant que prolonger leur vie, sans pouvoir offrir de guérison durable. Entre 2019 et 2026, au moins 30 sont morts de silicose.

Respectivement épidémiologiste et médecin, nous sommes tous deux spécialisés dans les maladies professionnelles. Nous avons étudié les dangers liés au fait de travailler la pierre reconstituée. Selon nous, cette recrudescence des cas de silicose constitue une urgence de santé publique. Toutefois, cette tendance reste presque invisible en dehors de la Californie, car, à l’heure actuelle, dans la plupart des États américains, l’incidence de cette maladie ne fait l’objet d’aucun suivi.

Un matériau à la mode, mais dangereux

Introduite il y a seulement quelques décennies, la pierre reconstituée est devenue le matériau le plus prisé pour les plans de travail de cuisine. Elle est en effet plus résistante et souvent moins coûteuse que le marbre.

Or, lorsque les ouvriers découpent, meulent et polissent ces plans de travail en pierre reconstituée, des milliards de particules très fines de silice cristalline, enrobées de résines synthétiques et de pigments, sont libérées dans l’air. Les travailleurs les inhalent, et nombre d’entre eux développent une forme de silicose sévère et d’évolution rapide.

Comme l’amiante, la silice provoque à la fois des maladies respiratoires et le cancer du poumon. Dans ces ateliers, les ouvriers touchés sont jeunes – l’âge médian des travailleurs californiens atteints est de 46 ans, et l’âge médian au décès de 52 ans.

S’ils cessent de travailler la silice et vivent encore quelques décennies, leur risque de cancer du poumon, de maladie rénale et de diverses maladies auto-immunes demeure accru par rapport à celui de personnes non exposées.

Un ouvrier portant un masque anti-poussière meule une plaque de pierre reconstituée.
Les ouvriers d’atelier qui meulent et polissent les plans de travail en quartz inhalent des particules de silice cristalline à l’origine de la silicose.
Earl Dotter, CC BY

On estime que 100 000 travailleurs sont employés dans les ateliers de fabrication de ce type de plan de travail aux États-Unis. Or, certaines études suggèrent que 20 % ou plus des travailleurs exposés développent une silicose. La prise en charge de ces malades peut coûter des millions de dollars par personne. La majeure partie des frais médicaux est prise en charge par Medicaid et d’autres programmes d’aide publique financés par les contribuables américains.

Malheureusement, de nombreux ouvriers de ces ateliers n’ont pas accès aux soins de santé – et encore moins à des spécialistes formés pour diagnostiquer et traiter la silicose.

Dans de nombreuses grandes surfaces de bricolage, la pierre reconstituée est préférée au verre broyé, alors que les plans de travail fabriqués à partir de ce matériau sont similaires, mais bien plus sûrs pour les ouvriers. En effet, les plans en verre broyés contiennent de la silice amorphe, beaucoup moins toxique que la silice cristalline de la pierre reconstituée. Problème : les consommateurs ignorent généralement l’existence de cette alternative.

Aux États-Unis, Ikea a cessé de vendre des plans de travail en pierre reconstituée en 2025 (en France et dans d’autres pays européens, en juillet 2026, Ikea continuait à vendre des comptoirs de cuisine sur mesure « fabriqués à partir de quartz broyé », NdT). Home Depot, Lowe’s et Costco vendaient quant à eux toujours des produits contenant de la silice cristalline en juin 2026.

Une hausse des cas et des procès en cascade

En 2016, à l’époque où l’un d’entre nous, David Michaels, occupait le poste de secrétaire adjoint au Travail à la tête de l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA, l’agence américaine chargée de la sécurité et de la santé au travail), le seuil réglementaire d’exposition professionnelle à la poussière de silice en suspension dans l’air a été abaissé.

Cependant, se conformer à la norme fédérale de l’OSHA ne suffit pas à protéger les travailleurs des effets toxiques extrêmes de la pierre reconstituée.

En 2019, après que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont signalé 18 cas de silicose liés au travail de la pierre reconstituée en Californie, au Colorado, au Texas et dans l’État de Washington, des épidémiologistes californiens ont commencé à recenser la maladie chez les ouvriers de ces ateliers.

Depuis cette date, le nombre de cas annuels s’est révélé en constante augmentation. Il est désormais évident que tant que la pierre reconstituée contenant de la silice cristalline sera utilisée pour fabriquer des plans de travail de cuisine, des centaines de jeunes travailleurs courront chaque année le risque de recevoir un diagnostic de silicose.

Aux États-Unis, des cas de silicose ont été signalés dans plusieurs autres États, dont le Massachusetts, l’Illinois, New York, la Floride, l’Utah, l’État de Washington, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Cependant, étant donné que la plupart des ouvriers de ces ateliers ne sont pas soumis à un dépistage de la silicose, il est légitime de supposer que des milliers d’autres travailleurs non diagnostiqués souffrent aussi de la maladie.

Aujourd’hui, partout aux États-Unis, des centaines de travailleurs tombés malades poursuivent en justice les fabricants et distributeurs de ces plans de travail mortels, ainsi que les grandes surfaces qui les commercialisent. Certains des premiers cas traités ont fait l’objet d’un règlement à l’amiable. En 2024, lors du premier procès à être allé jusqu’au jugement, un ouvrier de 36 ans atteint de silicose, ayant subi une double greffe pulmonaire alors qu’il était maintenu en vie artificiellement, s’est vu accorder 52 millions de dollars de dommages et intérêts.

Une épidémie mondiale en expansion

Des flambées de silicose ont accompagné, partout dans le monde, l’essor de la production de plans de travail en pierre reconstituée.

Caesarstone, une entreprise israélienne, a été l’une des premières à commercialiser ce matériau. Entre 1997 et 2010, 25 travailleurs israéliens ayant été en contact avec ses produits ont dû recevoir une greffe pulmonaire.

En Espagne, entre 2007 et 2024, 5 900 cas de silicose liée à la pierre reconstituée ont été recensés. En 2023, les médias ont révélé que le propriétaire d’une entreprise espagnole nommée Cosentino a reconnu avoir dissimulé les dangers liés au travail de ce matériau. Il a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis pour cinq chefs de blessures graves par négligence.

À mesure que les ventes de ce nouveau matériau progressaient à l’échelle mondiale, des cas de silicose chez les ouvriers de plans de travail se sont développés aux États-Unis (dès 2014), en Australie (2015), puis plus récemment en Grande-Bretagne, en Chine et à Taïwan (en France, où environ 358 000 salariés seraient exposés à la silice sous toutes ses formes, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail émettait une alerte en 2019, dans le cadre de son rapport sur le sujet ; Les travaux exposant à la poussière de silice cristalline alvéolaire issue de procédés de travail figurant sur la liste des procédés cancérogènes établie par l’arrêté du 26 octobre 2020)

Les cas de silicose se multiplient dans le monde entier, à mesure que l’usage de la pierre reconstituée se répand.

En mai 2026, en réponse aux décès de jeunes travailleurs atteints de silicose, le Royaume-Uni a publié de nouvelles directives interdisant la découpe à sec des produits en pierre reconstituée, et a annoncé son intention d’inspecter 1 000 ateliers de fabrication.

En Australie, les autorités de santé publique ont commencé à renforcer les exigences de protection sur les lieux de travail dès 2021. Lorsque ces mesures se sont révélées insuffisantes pour maîtriser l’exposition à cette poussière mortelle, le gouvernement fédéral a interdit l’importation et l’utilisation de produits en pierre reconstituée contenant plus de 1 % de silice cristalline.

Pour continuer à vendre leurs produits en Australie, de nombreux fabricants, dont Caesarstone et Cosentino, commercialisent désormais des plaques fabriquées à partir de verre broyé plutôt que de quartz.

Mettre fin à la silicose liée à la pierre reconstituée aux États-Unis

En 2024, l’agence californienne de sécurité et de santé au travail (Cal/OSHA) a adopté une norme de sécurité au travail plus stricte que la réglementation fédérale existante. Toutefois, les moyens de contrôle – tant à l’échelle de cet État qu’à l’échelle nationale – restent désastreusement insuffisants. Avec les effectifs d’inspecteurs dont dispose actuellement l’OSHA au niveau fédéral, chaque lieu de travail où des ouvriers sont susceptibles d’être exposés ne peut être inspecté qu’une fois tous les 191 ans

De plus, les employeurs font valoir que bon nombre de ces ouvriers sont des travailleurs indépendants, et que, de ce fait, leurs lieux de travail échappent à la compétence de l’OSHA.

Suivant l’exemple de l’Australie, l’agence californienne de sécurité et de santé au travail a entamé une procédure réglementaire d’urgence visant à interdire la fabrication et l’installation de produits en pierre reconstituée contenant plus de 1 % de silice cristalline. Les fabricants de plans de travail ripostent en promouvant une législation fédérale qui interdirait toute action en justice à leur encontre, leur permettant de commercialiser la pierre reconstituée sans jamais engager leur responsabilité.

Tant que les fabricants ne cesseront pas de produire ce matériau et que les distributeurs ne suivront pas l’exemple d’Ikea, qui a renoncé – aux États-Unis – à vendre des plans de travail en pierre reconstituée contenant de la silice cristalline, des milliers de travailleurs continueront d’être exposés à cette poussière mortelle, et un nombre bien trop important d’entre eux développeront une silicose ou un cancer qui auraient pu être évités.

The Conversation

David Michaels a reçu des financements de la Fondation McElhattan.

Robert Harrison ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les plans de travail en quartz, à l’origine d’une crise de santé publique aux États-Unis et dans le monde – https://theconversation.com/les-plans-de-travail-en-quartz-a-lorigine-dune-crise-de-sante-publique-aux-etats-unis-et-dans-le-monde-286271

Inde : la crise de la classe moyenne nourrit la colère étudiante

Source: The Conversation – France in French (3) – By Christophe Jaffrelot, Directeur de recherche au CERI, Sciences Po

La mobilisation des étudiants à laquelle on assiste aujourd’hui en Inde s’explique en grande partie par la crise que traverse la classe moyenne indienne, marquée, notamment, par le chômage des diplômés et la baisse du pouvoir d’achat moyen. C’est que la classe moyenne supérieure s’est enrichie tandis que la classe moyenne inférieure s’est appauvrie.


Jusqu’au milieu des années 2010, l’idée suivant laquelle la classe moyenne de l’Inde avait vocation à s’élargir continûment paraissait une évidence. L’Inde avait flirté avec une croissance à deux chiffres au cours de la décennie 2004-2014 sous l’égide du premier ministre Manmohan Singh, le père de la libéralisation économique des années 1990, portée par les services informatiques et les investissements étrangers. La classe moyenne s’étoffait à ce moment-là grâce à l’essor de nouveaux emplois qualifiés.

Cette dynamique a permis l’émergence d’un groupe social composé de cadres d’entreprise, d’ingénieurs, d’informaticiens, de professions libérales et d’entrepreneurs. Cette classe moyenne s’est définie à la fois par ses revenus, par sa capacité de consommation et par un éthos social souvent associé aux hautes castes, notamment visible dans son opposition aux politiques de discrimination positive.

Mais cette catégorie est restée difficile à mesurer, car les critères utilisés varient fortement selon les organismes : revenus, consommation, patrimoine, niveau d’éducation, type de logement, emploi de col blanc ou auto-identification subjective. Dans les années 2010, plusieurs estimations ont nourri l’idée d’un essor spectaculaire de la classe moyenne indienne. Le think tank indien National Council of Applied Economic Research (NCAER) estimait en 2012 qu’elle représentait environ 142 millions de personnes, soit près de 12 % de la population. D’autres chercheurs, en utilisant des critères plus larges, l’évaluaient à 20 % de la population.

Sur cette base, des cabinets comme Ernst & Young, McKinsey ou Goldman Sachs prévoyaient une croissance rapide de cette catégorie, certains allant jusqu’à anticiper plusieurs centaines de millions de membres à l’horizon 2025-2040. Narendra Modi, lorsqu’il dirigeait le Gujarat, puis son gouvernement après 2014, avaient même mobilisé la notion de « neo-middle class » pour désigner les populations issues du monde rural et entrant dans une forme de modernité urbaine grâce à la croissance. Pourtant, cette notion a rapidement disparu du vocabulaire politique, car la dynamique d’expansion s’est essoufflée.

La classe moyenne indienne a atteint un plateau au milieu des années 2010. Selon le Pew Research Center, en 2017, seuls 108 millions d’Indiens appartenaient à la classe moyenne, définie par un revenu de 10 à 50 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat, soit environ 8 % de la population. En ajoutant les plus aisés, la proportion reste proche des estimations antérieures, ce qui confirme l’absence de progression significative.

C’est que les revenus réels des catégories intermédiaires ont stagné entre 2013-2014 et 2023-2024. Les salaires réels ont même reculé dans plusieurs secteurs : industrie manufacturière, mines, énergie, services. Cette situation s’explique par la persistance de l’inflation, notamment alimentaire, et par la faiblesse de la croissance des revenus. Entre 2017-2018 et 2022-2023, le revenu réel urbain n’a quasiment pas progressé. Dans certains secteurs comme l’informatique, la distribution ou la logistique, les hausses des salaires nominaux ont été inférieures à l’inflation.

Les implications sociales d’une reprise en K

Ces moyennes masquent une différenciation interne croissante de la classe moyenne. Une partie des ménages autrefois classés dans cette catégorie a rejoint l’élite économique, tandis que la majorité des segments intermédiaires a stagné ou régressé. Les données du World Inequality Lab montrent en effet une concentration spectaculaire des revenus au sommet de la société : les 10 % les plus riches détenaient 57,7 % du revenu national en 2022-2023, contre 33,5 % en 1990. Le 1 % le plus riche détenait 22,6 % du revenu national, et le 0,1 % environ 10 %.

L’Inde compte désormais plus de 300 milliardaires. À l’inverse, les 40 % situés sous les 10 % les plus riches ont vu leur part du revenu national passer de 44,1 % en 1990 à 27,3 % en 2022-2023, tandis que les 50 % les plus pauvres ont chuté à 15 %. Cette situation conduit certains chercheurs, comme Lucas Chancel et Thomas Piketty, à parler d’une « missing middle class ».

Cette bifurcation « en K » se retrouve dans les modes de consommation. La moitié la plus pauvre des urbains consomme moins de 5 000 roupies par mois, tandis que les 5 % les plus riches consomment plus de quatre fois plus. Les ménages ont puisé massivement dans leur épargne après la pandémie, et cela n’a pas suffi : leur endettement atteint un niveau record, tandis que la demande de biens de consommation ralentit.

Les ventes d’automobiles sont révélatrices : malgré un faible taux d’équipement, le marché stagne, et seuls 12 % des Indiens seraient en mesure d’acheter une voiture. Les petites voitures, auparavant associées à la classe moyenne, reculent, tandis que les SUV et les véhicules haut de gamme progressent fortement, à l’instar des logements de luxe, des services hôteliers haut de gamme, et des billets d’avion en business class.

Cette polarisation paraît paradoxale au regard des taux de croissance officiellement affichés par l’Inde, souvent autour de 7 à 8 % depuis 2014, hors années Covid. Comment expliquer ce paradoxe ?

Premièrement, ces chiffres ont été contestés, notamment en raison de problèmes de comptabilité nationale et de surévaluation du secteur informel. Le FMI a lui-même critiqué la qualité des données indiennes. En réalité, la croissance aurait été surestimée de 1,5 à 2 points. C’est que plusieurs chocs ont frappé l’économie de plein fouet : la démonétisation de 2016, qui a retiré brutalement 85 % de la monnaie en circulation et affecté durablement l’économie informelle ; l’introduction mal gérée de la Goods and Services Taxes en 2017, qui a perturbé les PME ; puis la pandémie de Covid, qui a provoqué un effondrement de l’activité, un exode massif de travailleurs précaires et une crise sociale majeure.

Deuxièmement, depuis la pandémie, la reprise indienne est décrite, nous l’avons dit, comme une croissance « en K ». Les plus riches profitent de la croissance, tandis que les catégories populaires et intermédiaires stagnent ou déclinent. En 2024, les trois quarts des Indiens gagnaient moins de 15 000 roupies par mois, soit environ 140 euros. Cette reprise inégalitaire explique pourquoi la croissance macroéconomique ne se traduit pas par un élargissement de la classe moyenne. Elle profite surtout à une élite capable d’investir, de consommer des biens haut de gamme et de capter les opportunités de la mondialisation, tandis que les diplômés subissent un marché du travail dégradé.

Chômage des diplômés et turbulences dans l’IT

Les jeunes Indiens ayant fait des études supérieures connaissent des taux de chômage très élevés. En 2024, selon l’Organisation internationale du travail, le taux de chômage des diplômés atteignait 29,1 %, soit neuf fois plus que celui des personnes illettrées.

Ce nouveau paradoxe s’explique notamment par un décalage entre les attentes des diplômés et les besoins, tant qualitatifs que quantitatifs des employeurs. Les familles investissent lourdement dans l’éducation privée, souvent au prix d’un endettement important, ce qui pousse les jeunes à refuser des emplois peu rémunérés. Mais les employeurs estiment que beaucoup de diplômés ne disposent pas des compétences nécessaires. Les formations d’excellence, comme les Indian Institutes of Technology, restent très sélectives et ne forment qu’une petite minorité des ingénieurs. Et même ces institutions rencontrent des difficultés de placement, avec une chute importante des offres d’emploi en 2023-2024.

Le secteur informatique, longtemps moteur de l’essor de la classe moyenne, illustre cette crise. Le développement du IT indien a été favorisé par la sous-traitance occidentale, notamment autour du bug de l’an 2000, par la formation d’ingénieurs qualifiés et par des politiques publiques favorables, comme la création de zones économiques spéciales. Des entreprises comme Tata Consultancy Services, Infosys, Wipro ou Satyam ont fait de l’Inde une puissance mondiale des services informatiques. Le secteur représentait 7,4 % du PIB en 2022, contre 1,2 % en 1998, et ses exportations dépassaient 200 milliards de dollars au milieu des années 2020, les États-Unis absorbant une part dominante de ces exportations.

Mais le IT indien ralentit. La croissance du chiffre d’affaires s’est tassée, les investissements ont reculé et les effectifs cessent d’augmenter. L’automatisation et l’intelligence artificielle menacent une part importante des emplois. Les grandes entreprises du secteur ont commencé à réduire leurs effectifs : Infosys, Wipro, TCS ont licencié ou diminué leurs recrutements.

Le IT indien pourrait profiter de l’essor des Global Capability Centers, ou GCC. Ces centres sont créés directement en Inde par des multinationales étrangères pour internaliser certaines fonctions informatiques, financières, RH ou d’innovation. En 2025, l’Inde comptait environ 1 700 GCC employant 1,9 million de personnes, avec une croissance annuelle de 19 %. Ils pourraient se développer davantage en raison du coût de la main-d’œuvre qualifiée et des restrictions de visas aux États-Unis. Toutefois, ces centres ne recrutent pas massivement des jeunes diplômés généralistes : ils recherchent surtout des profils spécialisés, expérimentés, dotés de compétences avancées en IA, cybersécurité ou technologies de pointe. Cette évolution risque donc de renforcer la polarisation du marché du travail plutôt que de contribuer à élargir la classe moyenne indienne.

Au total, la classe moyenne connaît non pas une expansion linéaire, comme on l’imaginait dans les années 2000 mais une forte polarisation : si l’élite prospère, la classe moyenne inférieure est fragilisée. L’ascenseur social qui reposait sur le triptyque éducation/emplois dans les services (informatiques notamment)/urbanisation fonctionne moins bien qu’auparavant. Cette situation est particulièrement problématique dans un pays où, tous les ans, plus de dix millions de jeunes arrivent sur le marché du travail : c’est parmi eux, et dans la Gen Z, que se recrutent les manifestants aujourd’hui dans la rue.


Le prochain livre de Christophe Jaffrelot, L’ambition indienne : les paradoxes d’une nouvelle puissance, va paraître aux éditions Tallandier en octobre 2026.

The Conversation

Christophe Jaffrelot a reçu des financements de l’ANR. Il est membre de l’Association française de science politique.

ref. Inde : la crise de la classe moyenne nourrit la colère étudiante – https://theconversation.com/inde-la-crise-de-la-classe-moyenne-nourrit-la-colere-etudiante-288761

Bavure scientifique : quand un grand physicien se penche sur les « pouvoirs » des sourciers

Source: The Conversation – France in French (2) – By Denis Machon, Professeur, INSA Lyon – Université de Lyon


L’ESSENTIEL

  • Certaines personnes prétendent détecter la présence d’eau souterraine : les sourciers.

  • Yves Rocard a proposé une expérience pour tester leur prétendu « pouvoir ».

  • Lorsque l’on étudie sa méthode et l’analyse qu’il fait de ses résultats, on note de sérieux biais, ce qui permet de conclure à une bavure scientifique (et non une fraude).


Yves Rocard appartient à la classe des « grands scientifiques » français. Il a participé au développement de nouvelles disciplines comme les semi-conducteurs, la RMN et la radioastronomie, programmes de recherche majeurs qu’il a menés dans de prestigieuses institutions. Il a notamment été professeur à l’École Normale Supérieure, directeur du laboratoire de physique de cet établissement et conseiller scientifique du CEA.

À partir de 1957, le Pr Rocard se lance dans une étude scientifique insolite : comprendre l’origine de la sensibilité des sourciers, c’est-à-dire leur prétendue capacité à détecter la présence d’eau souterraine. Cette initiative peut paraître surprenante mais elle fait preuve d’ouverture d’esprit et s’attaque à un problème concret que le magnétisme pourrait expliquer. L’ensemble de sa démarche, de ses expériences, de ses résultats et interprétations est détaillé dans le livre « La science et les sourciers ». En lisant avec un œil critique, on découvre que cette étude est source de surprises.

Une expérience séduisante pour tester une hypothèse audacieuse

Yves Rocard propose une hypothèse pour expliquer le « signal du sourcier » : des variations locales du champ magnétique terrestre seraient induites par la circulation d’eau et certains humains y seraient sensibles.

Il propose alors une expérience pour tester cette hypothèse. Un protocole est mis en place pour générer un champ magnétique contrôlé. L’expérience consiste alors à placer le sujet (une personne affirmant avoir des capacités de sourcellerie) à proximité du fil électrique, en tenant un pendule dans sa main. Si le sujet est sensible aux champs magnétiques, cela devrait induire des mouvements musculaires et donc conduire aux mouvements de rotation du pendule. En changeant le sens du courant, le pendule devrait tourner dans le sens inverse.

Un courant électrique parcourant un fil conducteur induit un champ magnétique qui pourrait entraîner la rotation d’un pendule quand il est tenu par une personne sensible aux champs magnétiques. L’inversion du sens du courant modifierait le sens du champ magnétique et par conséquent le sens de rotation du pendule.
Denis Machon, Fourni par l’auteur

L’expérience se déroule à la campagne, dans une maison isolée afin de minimiser toute pollution « magnétique ». Dans un premier temps, on pratique une calibration. Le sujet à tester est placé à proximité du fil électrique et un opérateur impose le sens du courant électrique. Pour chaque sujet, on observe dans quel sens tourne le pendule quand le courant est dans un sens, puis dans l’autre. Ainsi, pour chacun de ces tests, le sens du courant est annoncé, on attend la stabilisation du pendule et on observe le sens de rotation. L’expérimentateur annonce ensuite qu’il inverse le sens du courant et constate si le sens de rotation s’inverse.

Sur cinq sujets initialement sélectionnés, seuls trois sujets présentent une réponse aux champs magnétiques, c’est-à-dire une mise en rotation du pendule lors du passage du courant et un changement du sens de rotation lors de l’inversion du courant. On pourra dès lors noter que le faible effectif de l’échantillon limite la portée statistique des résultats.

Les biais s’empilent

L’expérimentation peut alors démarrer. Or, dans le rapport qu’en fait le Pr Rocard, elle commence mal : « On envisage des expériences en aveugle. Elles n’étaient pas demandées par mes cinq sujets mais par un jeune homme, physicien de bonne formation expérimentale, venu là pour m’aider. Or, je n’avais rien préparé dans ce sens, ne connaissant pas à l’avance la sensibilité magnétique de mes sujets. Nous étions pressés par le temps, tous voulant bientôt rentrer à Paris ».

Être pressé par le temps ne crée pas les bonnes conditions de travail. Une expérience menée dans la précipitation a peu de chance d’être significative.

L’importance des expériences en aveugle en physique expérimentale était connue au moins depuis 1904 après le cas malheureux des rayons N. Les expérimentations en aveugle sont primordiales lorsque l’expérience est dépendante de la supposée objectivité humaine. Elles consistent à ne pas indiquer l’état du système et donc la réponse attendue à la personne testée lors de l’expérience. Peut-on imaginer ne pas trouver une balle sous une série de gobelets opaques si cette balle a été placée sous nos yeux ?

Dans le cas de l’expérience du professeur Rocard, les sujets doivent ignorer le sens du courant pour espérer une expérience discriminante permettant de valider ou non l’hypothèse. Même de bonne foi, les sourciers peuvent modifier le sens de rotation pour qu’il corresponde à celui observé lors de la calibration et valider ainsi l’essai.

Heureusement, suite à l’insistance de son assistant, le professeur Rocard met en place la possibilité « … de renverser le courant à l’insu du sujet ».

L’étape suivante consiste à prendre des précautions dans le « choix » du sens du courant que doit imposer l’opérateur. Le Pr Rocard rapporte : « le choix au hasard est à la discrétion de l’opérateur, celui-ci, fort honnête, est bien convaincu de jouer au hasard, et nous sommes disposés à admettre ce point sans discussion ».

C’est oublier que l’homme est en fait un très mauvais générateur de hasard et sujet au biais. Dans le protocole, il faut penser à utiliser un véritable hasard « objectif » afin de le rendre totalement imprévisible à l’aide, par exemple, des côtés pile ou face d’une pièce de monnaie. L’effet de biais peut conduire l’expérimentateur à produire une répétition prévisible de l’alternance du courant influant ainsi sur l’analyse statistique des résultats.

De petits arrangements avec les données

Au terme des différents essais sur les trois sujets, voici les résultats :

Résultats des trois sujets testés par le professeur Rocard. « + » et « – » correspondent au sens du courant, et « V » indique quand le pendule réagit conformément à la calibration.
Fourni par l’auteur

On observe que les résultats des sujets sont respectivement de 5/10, 4/10 et 4/10. Cela est très proche de la valeur attendue si le sens de rotation du pendule est pris au hasard (le sujet a alors une chance sur deux d’être en accord avec le sens du courant).

On peut conclure, comme le fait le professeur Rocard : « Cette expérience conduit à un échec assez visible ». On pourrait cependant s’interroger sur cette formulation. En quoi cela est un échec si aucun résultat préconçu n’était espéré ? C’est plutôt un succès si cette expérience permet de répondre clairement à la question « Le champ magnétique a-t-il une influence sur le sens de rotation du pendule ? »

Le professeur poursuit : « […], on observe sans peine que les résultats auraient été meilleurs si les séries avaient été plus courtes. Si on convient par exemple de réduire les séries aux quatre premiers coups seulement, les trois sujets s’améliorent beaucoup : les réponses deviennent exactes dans la proportion de ¾, ¾ et 2/4, évidemment meilleures ».

Or, en réduisant le nombre d’expériences pris en compte, la signification statistique se réduit. On pourrait pousser la démarche à son paroxysme : ne considérons que la première expérience. Dans ce cas, les sujets 1 et 3 ont un taux de réussite de 100 %. Reste le cas du sujet 2, peut-être mal disposé ce jour-là…

Dans son analyse des données qui s’ensuit, le Pr Rocard s’engage sur une voie qui n’est plus scientifique : « Il faut encore remarquer que chaque série a été immédiatement précédée de deux coups d’essai renforçant aussi l’imprégnation magnétique. A chaque série de quatre essais, on peut donc en rajouter deux qui sont toujours une réussite, ce qui donne pour des séries de 4+2 des proportions de réussite de 5/6, 5/6 et 4/6 ».

Les deux coups d’essai mentionnés sont les deux mesures de calibration qui sont en effet toujours réussies… sachant qu’elles ne pouvaient pas ne pas l’être. C’est un peu comme si, au mondial de football, l’arbitre de la rencontre entre l’équipe A et l’équipe B demandait à cette dernière, avant le début de la rencontre, de tirer deux fois dans le but adverse, sans gardien, afin de valider que l’arbitrage vidéo fonctionne bien et permet de détecter un but. Ensuite, à la fin de la rencontre qui se terminerait par un score nul, l’arbitre déciderait de rajouter ces deux premiers buts à l’équipe B.

Lors de cette relecture des données, on assiste à une dérive destinée à valider le scénario décidé dès le départ, cette expérimentation se voulant une démonstration de l’effet annoncé. Néanmoins, contrairement au cas des fraudes, tout cela est affiché, présenté et non-dissimulé, ce qui caractérise une bavure scientifique.

En guise de conclusion, M. Rocard termine par : « pourquoi pas ? Si cette procédure avait été convenue avant les expériences, tout le monde l’aurait acceptée ». Cela n’a pas été le cas…

La rigueur scientifique ne tient pas seulement aux compétences des chercheurs, mais aux méthodes qu’ils appliquent. En particulier, la méthodologie compte plus que le nom de l’auteur. Ainsi, la science est avant tout un processus : une expérience mal conçue ne prouve rien… sauf qu’elle est mal conçue.

The Conversation

Denis Machon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Bavure scientifique : quand un grand physicien se penche sur les « pouvoirs » des sourciers – https://theconversation.com/bavure-scientifique-quand-un-grand-physicien-se-penche-sur-les-pouvoirs-des-sourciers-285614

Comment la crise à la frontière de Ceuta a immédiatement servi les intérêts de l’extrême droite espagnole

Source: The Conversation – France in French (3) – By Deniz Torcu, Adjunct Professor of Globalization, Business and Media, IE University


L’ESSENTIEL

  • Les images de Ceuta ont imposé un registre plus sécuritaire dans le débat sur l’immigration en Espagne.

  • L’extrême droite s’est appuyée sur ces images pour banaliser son discours sur l’« invasion migratoire ».

  • Le gouvernement espagnol se retrouve contraint de défendre son récit d’une Espagne ouverte à l’immigration.


On estime que plus de 50 000 migrants sont entrés dans la petite enclave espagnole de Ceuta en l’espace d’une seule journée, après l’effondrement de fait du contrôle à la frontière. Cette ville autonome est située sur la côte nord du Maroc. Le gouvernement espagnol affirme que la quasi-totalité des migrants sont depuis retournés au Maroc, mais qu’au moins 57 personnes ont trouvé la mort.

Face aux interrogations sur les circonstances et les raisons d’un tel événement, le public n’a eu accès qu’à des images : des personnes nageant jusqu’à la plage du Tarajal, à Ceuta, ou escaladant les digues, des dizaines de milliers d’arrivées en une journée et une nuit, et des dizaines de morts. En l’absence de faits ou d’explications, ce sont d’abord ces images qui s’imposent dans les esprits. Or c’est précisément dans l’imaginaire collectif que se construit le rapport d’un pays à l’immigration.

La crise de Ceuta ébranle l’une des représentations les plus valorisantes que l’Espagne entretient d’elle-même. Après les longues années de dictature franquiste, le pays s’est progressivement présenté comme une société ouverte à l’immigration et à la diversité, tandis qu’une grande partie de l’Europe privilégiait un discours centré sur les murs, les frontières et la sécurité.

L’Espagne porte ce récit avec une réelle conviction : celle d’une nation située au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, façonnée par des siècles de brassages culturels. Et cette vision se traduit souvent dans les faits. Il y a seulement six mois, le pays a ainsi ouvert une voie vers la régularisation de centaines de milliers de personnes immigrées vivant et travaillant déjà sur son territoire.

Mais l’image qu’un pays se fait de lui-même, comme l’opinion publique, relève davantage d’une construction culturelle que d’un cadre juridique. Elle repose sur des émotions, ce qui la rend bien plus fragile – et bien plus vulnérable à la désinformation et aux instrumentalisations – que n’importe quelle loi.

Images, mots et opinions

L’évolution de l’opinion publique se lit presque en temps réel dans le vocabulaire employé. La veille encore, le discours sur l’immigration était relativement neutre et portait surtout sur l’intégration, les permis de travail ou les démarches administratives liées à l’installation des personnes migrantes.

Les images de Ceuta ont brusquement changé la donne en imposant un registre beaucoup plus dur. Les mots « invasion », « guerre », « déferlement » ou encore « contrôle » dominent désormais les prises de parole publiques et les réseaux sociaux.

Pour le grand public, cela signifie qu’une personne migrante qui pourrait être un voisin, un collègue ou le parent d’un camarade de classe devient une silhouette anonyme, réduite à un chiffre traversant une plage. Or il est bien plus difficile de s’émouvoir du sort d’un nombre que de celui d’une personne. Un langage qui ne parle qu’en statistiques peut ainsi se montrer d’une grande froideur sans paraître cruel.

Dans le même temps, une image – comme celles qui tournent en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux – convainc sans avoir besoin d’argumenter. Là où le discours cherche à persuader et peut être discuté, l’image offre un accès direct à l’émotion qu’elle suscite. Elle déplace ainsi le point de départ de toute conversation sur l’immigration.

Les images diffusées depuis Ceuta contraignent le gouvernement espagnol à se justifier, tandis que les discours les plus répressifs s’imposent comme relevant du simple bon sens. Des propos qui auraient paru excessifs ou choquants quelques jours plus tôt sont désormais perçus comme des descriptions objectives de la situation. Les positions modérées passent alors pour de la naïveté, et la charge de la preuve change de camp sans que personne n’ait besoin de le dire.

Sur le plan politique, ces images constituent une aubaine pour l’extrême droite européenne, qui sait parfaitement comment les exploiter. Même si elle perd le débat sur les faits ou les chiffres réels, elle peut l’emporter sur le terrain du récit, en présentant l’image d’une Espagne accueillante comme une illusion. En l’absence d’autres éléments de contexte, les vidéos et les photographies accomplissent une grande partie de ce travail à elles seules.

La normalisation d’un langage extrême

Le dirigeant du principal parti de droite espagnol, le Parti populaire (PP), a déjà établi un lien entre les arrivées à Ceuta et la politique de régularisation massive mise en place par le gouvernement espagnol en février, avançant une affirmation sans fondement selon laquelle cette mesure aurait créé un « effet d’appel ».

Le chef du parti d’extrême droite Vox est allé plus loin en qualifiant immédiatement ces arrivées d’« invasion » menée par des hommes en âge de combattre. L’entrepreneur américain Elon Musk a tenu le même discours, allant jusqu’à comparer les images de Ceuta à une scène du film de zombies World War Z (2013).

Mais pour l’extrême droite, l’enjeu dépasse largement un simple cycle médiatique. À partir du moment où son vocabulaire cesse de paraître extrême, la droite traditionnelle est poussée à reprendre les mêmes termes sous peine d’apparaître faible. Une fois le débat déplacé sur ce terrain, ceux qui défendent l’image d’une Espagne ouverte et accueillante se retrouvent d’emblée en position défensive, contraints de se justifier avant même d’avoir commencé à argumenter.

Au lendemain de la crise de Ceuta, c’est peut-être cela que l’Espagne risque de perdre : la capacité de défendre son récit d’un pays accueillant envers l’immigration et attaché à la diversité, sans devoir d’abord s’en excuser.

The Conversation

Deniz Torcu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la crise à la frontière de Ceuta a immédiatement servi les intérêts de l’extrême droite espagnole – https://theconversation.com/comment-la-crise-a-la-frontiere-de-ceuta-a-immediatement-servi-les-interets-de-lextreme-droite-espagnole-288890

Pourquoi Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

Source: The Conversation – France in French (3) – By María López Belloso, Profesora e Investigadora de la Facultad de Ciencias Sociales y Humanas de la Universidad de deusto, Universidad de Deusto


L’ESSENTIEL

  • À Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine, plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures.

  • Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

  • La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des droits humains.


Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale – centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques – avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression coercive engineered migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

Cette capacité de pression est renforcée par l’externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le Sahara occidental.

Dépendance au Maroc

L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

Ces déclarations témoignent d’une instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « refoulements à chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « rejet à la frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

La construction du récit de « l’invasion »

Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

Les droits humains comme limite et comme réponse

Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux refoulements arbitraires et à leur déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations – et en particulier les plus vulnérables – ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

The Conversation

María López Belloso reçoit des financements de plusieurs programmes de recherche, notamment Horizon Europe. Elle est également membre de l’ONG Barakaldo con el Sahara-SALAM.

ref. Pourquoi Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente – https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888

Ceuta: claves para entender el laberinto de una crisis migratoria permanente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María López Belloso, Profesora e Investigadora de la Facultad de Ciencias Sociales y Humanas de la Universidad de deusto, Universidad de Deusto

Jose Luis Carrascosa/Shutterstock

A 31 de julio de 2026, Ceuta afronta un episodio fronterizo de una magnitud sin precedentes. Las primeras estimaciones de las fuerzas de seguridad sitúan por encima de 40 000 el número de personas que habría entrado en la ciudad durante unas 24 horas. Algunas fuentes elevaron provisionalmente la cifra a 49 000, aunque todavía no existe un recuento oficial consolidado y esa estimación fue retirada de la página del Departamento de Seguridad Nacional sin explicación pública.

Hasta el momento de escribir estas líneas, al menos 41 personas han muerto ahogadas tratando de rodear a nado el espigón fronterizo.

La cifra de entradas resulta especialmente difícil de absorber en una ciudad de aproximadamente 83 600 habitantes. La capacidad de acogida de Ceuta se encontraba ya desbordada antes del último incremento de llegadas.

Tras la entrada de unas 1 500 personas en la última semana, los recursos destinados a menores no acompañados funcionaban, según el presidente de la Ciudad, al 2 400 % de su capacidad, una situación que calificó como una “emergencia humanitaria y social absoluta”.

Ceuta no afronta solo una crisis migratoria, sino una crisis multifactorial en la que confluyen desigualdades estructurales, presión diplomática, dependencia europea de Marruecos, limitada capacidad de acogida y polarización política.

Su análisis exige combinar una perspectiva internacional –centrada en la externalización fronteriza y las alianzas geopolíticas– con otra interna, atenta al impacto sobre el Estado de derecho, los servicios públicos, la convivencia y el discurso político y mediático.

Factores externos: la dimensión internacional de la crisis

La utilización de los movimientos migratorios como instrumento de presión política no constituye una mera hipótesis. La politóloga estadounidense Kelly M. Greenhill denomina “coercive engineered migration” –migración forzada y orquestada– al uso deliberado o la amenaza de flujos migratorios para obtener concesiones de otros Estados.

En Ceuta, esta dinámica debe situarse dentro de una sucesión de crisis fronterizas registrada desde 2005, y no como un episodio aislado. En mayo de 2021, más de 5 000 personas entraron en la ciudad tras la relajación de los controles marroquíes, en plena crisis diplomática provocada por la acogida hospitalaria en España de Brahim Ghali, líder del Frente Polisario.

Esta capacidad de presión se ve reforzada por la externalización de la política migratoria europea, que ha desplazado parte del control fronterizo hacia terceros países como Marruecos. A su vez, la representación de estas llegadas como una amenaza para la seguridad alimenta el proceso de securitización, que tiende a privilegiar la protección del Estado frente a la seguridad y los derechos de las propias personas migrantes (2017).

El propio Parlamento Europeo condenó expresamente en junio de 2021 el uso por Marruecos del control fronterizo, de la migración y, particularmente, de menores no acompañados como mecanismo de presión política contra España. El Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) calificó el episodio como un caso paradigmático de weaponisation of migration –instrumentalización de la migración–: la conversión de personas en instrumentos de coerción interestatal.

Aunque en 2021 se explicó la presión marroquí por la acogida al líder del Frente Polisario, Brahim Gali, en un hospital de Logroño, no puede pasarse por alto que la ruptura de las relaciones diplomáticas entre Marruecos y Argelia el mismo año supuso el cierre del Gaseoducto Magreb-Europa, lo que supuso una pérdida de ingresos y de influencia para el país alahuí.

En 2026, el contexto inmediato es distinto, aunque presenta elementos que también pueden resultar incómodos para Rabat. El 20 de julio, el presidente del Gobierno, Pedro Sánchez, realizó una visita oficial a Argelia y anunció la celebración de una reunión bilateral de alto nivel en otoño. El Gobierno español volvió a calificar a Argelia, principal rival regional de Marruecos, como “socio estratégico” y “nación amiga”.

El 23 de julio, la Comisión de Justicia del Congreso aprobó el dictamen de la proposición que facilitaría la nacionalidad española a los saharauis nacidos bajo administración española, todavía pendiente aprobación parlamentaria. Su coincidencia con el acercamiento español a Argelia y con la crisis fronteriza ha alimentado la hipótesis de que Rabat estuviera advirtiendo del coste de adoptar decisiones contrarias a sus intereses sobre el Sáhara Occidental

La fragilidad del “socio fiable”

La externalización del control migratorio ha convertido a Marruecos en un socio indispensable, pero también en una fuente de dependencia: en 2023, la Comisión Europea destinó 152 millones de euros a reforzar su gestión fronteriza. Esta delegación otorga a Rabat capacidad para condicionar la cooperación migratoria.

La dependencia resulta especialmente problemática porque la eficacia para contener las salidas no equivale a fiabilidad democrática: Freedom House –una organización no gubernamental estadounidense cuyo objetivo principal es la expansión y defensa de la democracia y los derechos humanos en el mundo– clasifica Marruecos como “parcialmente libre”, con 37 puntos sobre 100, y destaca el predominio político y económico de la monarquía.

Human Rights Watch –organización no gubernamental internacional independiente dedicada a la investigación, defensa y promoción de los derechos humanos en más de 90 países– documenta en su informe de 2026 una intensificación de la represión contra periodistas, activistas y defensores de derechos humanos, así como la persecución de quienes defienden la independencia del Sáhara Occidental. Se emplean delitos de difamación, difusión de noticias falsas, ofensa a las instituciones o menoscabo de la monarquía para restringir el espacio de crítica política.

Este contexto obliga a formular una pregunta incómoda: ¿hasta qué punto puede Europa presentar como garante fiable de su frontera a un régimen que restringe persistentemente la libertad de prensa, reprime la disidencia y utiliza su cooperación internacional para reforzar su posición sobre el Sáhara Occidental?

El alineamiento Marruecos–Israel–Estados Unidos

El eje Marruecos–Israel–Estados Unidos se consolidó en 2020 con la normalización de las relaciones entre Rabat y Tel Aviv y el reconocimiento estadounidense de la soberanía reclamada por Marruecos sobre el Sáhara Occidental, y se reforzó en 2021 mediante un memorando de cooperación militar. Este alineamiento contrasta con el deterioro de las relaciones españolas con Israel y las crecientes fricciones con Washington.

La crisis de Ceuta ha evidenciado esa tensión: el embajador israelí ante la ONU cuestionó la soberanía española sobre la ciudad y la Casa Blanca responsabilizó a las políticas “globalistas” y de “extrema izquierda” del Gobierno.

Estas declaraciones muestran una instrumentalización diplomática de la crisis y una convergencia retórica contra España, pero no prueban una actuación coordinada para facilitar la apertura de la frontera.

Factores internos: derecho, capacidad institucional y construcción del miedo

La sentencia del Tribunal Supremo de 8 de julio no es que prohíba las “devoluciones en caliente” de los migrantes que pretenden entrar a nado en Ceuta y Melilla, sino que excluye el procedimiento excepcional de “rechazo en frontera” para quienes son interceptados en el mar, al no estar superando un elemento físico de contención como la valla. Sin embargo, su interpretación simplificada circuló ampliamente en Marruecos, y pudo incentivar los cruces al generar la expectativa de que quienes llegaran a nado no serían retornados.

Para el presidente del Gobierno, las mafias migratorias han instrumentalizado esta sentencia. Por tanto, la resolución judicial pudo actuar así como factor facilitador, pero no explica por sí sola la magnitud de la crisis ni la simultánea reducción del control fronterizo marroquí.

La fabricación discursiva de una “invasión”

Las crisis fronterizas crean un contexto favorable para la radicalización del discurso público. Este estudio identificó un endurecimiento de la retórica política y la normalización del discurso racista; durante la crisis de 2021, Vox dedicó más del 70 % de sus publicaciones a Ceuta y la migración.

A través de este otro estudio se comprobó que el 80 % de los mensajes de odio analizados se centraba en la confrontación política, no en las causas o soluciones migratorias.

En la crisis actual, expresiones como “invasión”, “hombres en edad militar” o “sicarios” reproducen esta construcción de las personas migrantes como amenaza colectiva. Los medios no generan necesariamente estos discursos, pero pueden normalizarlos cuando reproducen marcos alarmistas sin contextualización ni contraste.

Los derechos humanos como límite y como respuesta

En una crisis de esta naturaleza, los derechos humanos no son un obstáculo para la gestión fronteriza, sino su límite jurídico y ético. La recuperación de más de 40 cadáveres en aguas de Ceuta evidencia el coste humano de una política que convierte la frontera en un espacio de riesgo extremo.

España debe proteger la vida, garantizar el rescate y evaluar individualmente cada caso, con especial atención a menores, solicitantes de asilo y víctimas de trata.

Pero quienes pierden siempre son las propias personas migrantes: Marruecos puede utilizarlas como instrumento de presión, los partidos como argumento electoral y determinados discursos como una amenaza anónima.

Mientras los Estados disputan influencia y responsabilidades, estas personas arriesgan la vida y quedan expuestas a la desprotección, las devoluciones arbitrarias y la deshumanización pública. La respuesta no debe enfrentar los derechos de la población ceutí con los de quienes llegan, sino impedir que ambos colectivos –y especialmente quienes ocupan la posición más vulnerable– sigan pagando el precio de estrategias políticas que no controlan.

The Conversation

María López Belloso recibe fondos de distintos programas de financiación de la investigación, como Horizonte Europa. Ella es miembro de la ONG Barakaldo con el Sahara-SALAM

ref. Ceuta: claves para entender el laberinto de una crisis migratoria permanente – https://theconversation.com/ceuta-claves-para-entender-el-laberinto-de-una-crisis-migratoria-permanente-288843

Suplemento cultural: colocar la línea del horizonte en el centro del encuadre

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

La versión panorámica de esta imagen no le hace justicia a la intención de Frederic Remington de colocar la línea del horizonte en la parte superior de _Fight for the Waterhole_. Museo de Bellas Artes de Houston/Google Art Project

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Mientras estuvo vivo, cada vez que se publicaba un libro del fotógrafo Nicolas Muller, él organizaba una exposición. Lo hacía en respuesta a la maquetación –horrible, a su juicio– que recibían sus imágenes, cortadas y fragmentadas para buscar su encaje en la edición de papel. Colgar las fotos en las paredes de una sala, tal y como habían sido pensadas y hechas, era su forma de venganza pero también de autodefensa.

El encuadre es importantísimo en las artes visuales, tanto en la pintura como en la fotografía o el cine. No significa lo mismo, ni genera la misma sensación en el espectador, que algo esté en el centro, a la derecha, a la izquierda, arriba o abajo en una imagen, ni tampoco que un plano incorpore una información y no otra. La cámara es el pincel de los directores de cine y jugar con el encuadre –qué incluyen y cómo lo presentan– es la paleta de la que disponen.

Lo explicaba muy bien John Ford (interpretado por David Lynch) en la película de Steven Spielberg Los Fabelman: la línea del horizonte en la parte de arriba de la imagen es interesante; la línea del horizonte en la parte de abajo es interesante; la línea del horizonte en el medio de la imagen es (y cito textualmente) “aburrida de cojones”.

Por eso no puedo entender por qué Christopher Nolan se ha empeñado en rodar La Odisea en un tamaño de fotograma que solo se puede proyectar en 41 salas en todo el mundo y que, en el resto, se verá cortado. Me lo pregunto porque elegir este formato le obliga a colocar la información importante en el centro de la imagen para que no se pierda, narrativamente hablando, nada. Pero… ¿acaso, a fuerza de defender la espectacularidad de un formato, no se ha atado las manos Nolan en cuanto a las posibilidades de narrar que ofrece una cámara de cine?

Mientras barrunto la respuesta, les dejo con el estupendo artículo de Nadia McGowan que explica las diferencias de formatos cinematográficos y por qué Nolan ha querido filmar en IMAX 70 mm.

Queda menos para el eclipse

Por si no se habían enterado todavía –y lo dudo porque llevamos un año con el tema– el 12 de agosto se verá desde España un eclipse solar total. La franja de la península desde la que se podrá seguir recibirá a viajeros, turistas y curiosos, que elevarán la vista para observar un fenómeno que, con suerte, puede darse una vez en la vida de un ser humano. Suerte como la que tuvo el rey Jaume I que, sin tantos preparativos, se tropezó con un eclipse solar allá por el 1239.

Es tan extraordinario coincidir en tiempo y espacio con uno de ellos que, durante milenios, los seres humanos les han dado significados espirituales. Y no por falta de conocimiento. Los mismos romanos de la Antigüedad tenían nociones de astronomía y podían predecirlos, pero no por ello dejaban de considerarlos designios divinos.

Y por eso también los narradores, incluyendo los cineastas, han aprovechado la excusa de los eclipses para dotar a sus relatos de una capa extra de fascinación. Desde Méliès hasta los vampiros de Crepúsculo, los astros parecen indicar –y determinar– los caminos de muchas historias.

Un mapa medieval de leyendas

Hablando de ciencia y magia, es apasionante saber cómo los geógrafos del Magreb de la Edad Media mezclaban en sus textos, mapas y crónicas datos empíricos con informaciones ficticias. Esas leyendas, a pesar de la fantasía que esgrimían, tenían un poso de verdad. Porque si un relato describía la amenaza de una criatura legendaria en un punto geográfico concreto, realmente el monstruo no existía, pero tal vez el peligro sí.

Mujeres hartas

Si están siguiendo las aventuras de los Targaryen en La casa del dragón, les interesará este texto sobre cuatro mujeres reales que inspiraron algunos de los personajes más complejos de la serie. Son personas que desafiaron lo que la sociedad de su tiempo tenía preparado para ellas. Y aunque en esta precuela de Juego de tronos hay muchísimo menos sexo explícito que en la serie que le dio fama a Poniente, la violencia sexual no deja de estar implícita en las tramas.

Porque la violencia sexual contra las mujeres ha estado presente a lo largo de toda la historia. Mucho antes de que una chica crease un perfil en redes sociales y comenzase a recibir fotografías no deseadas de genitales masculinos, los hombres ya habían decidido que no hacía falta la mediación de una pantalla para mostrarle el pene a una mujer que osaba tener una imagen pública. Quevedo lo contó en un soneto y la expresión de Ariadne en la pintura de Guido Reni que encabeza el texto creo que lo dice todo sobre el hartazgo femenino ante este fenómeno. ¡Dracarys!

Y les dejo con un artículo de hace unos años gozosísimo sobre la fiebre del baile y el flirteo en el Madrid de los años 20. El verano es tiempo de disfrute y música, entre otras muchas cosas, así que parece una gran idea despedirse con esta pieza.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: colocar la línea del horizonte en el centro del encuadre – https://theconversation.com/suplemento-cultural-colocar-la-linea-del-horizonte-en-el-centro-del-encuadre-287789

Les séquelles du cancer compliquent souvent l’usage des outils numériques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Rachel F. Adler, Associate Professor of Information Sciences, University of Illinois Urbana-Champaign

Le « chemo brain » et d’autres séquelles du cancer ne perturbent pas seulement le quotidien : ils rendent aussi les sites web, les applications et les smartphones plus difficiles à utiliser. Thirdman/pexels, CC BY-SA

Les progrès des traitements permettent à davantage de personnes de survivre au cancer. Mais beaucoup continuent de vivre avec des troubles cognitifs ou physiques qui compliquent leur accès aux services numériques, souvent essentiels à leur suivi médical et à leur vie quotidienne.


Megan (prénom d’emprunt) a toujours été fière de sa capacité à retenir immédiatement le nom d’une personne qu’elle rencontre pour la première fois. Puis, dans la quarantaine, on lui a diagnostiqué un cancer du sein, qui a entraîné une chimiothérapie et le brouillard cérébral qui l’accompagne fréquemment. Elle avait du mal à se concentrer. Elle ne se souvenait plus des noms, ni de l’endroit où elle avait posé ses clés ou son téléphone. Les consignes longues et détaillées étaient devenues un véritable cauchemar.

Plus de vingt ans après son diagnostic, Megan souffre toujours de troubles de la mémoire. Elle estime que son incapacité à retenir les noms est « anormale » et a le sentiment d’être « en quelque sorte diminuée ».

Megan est l’une des plus de 18 millions de personnes ayant survécu à un cancer aux États-Unis (3,8 millions en France). Son expérience porte un nom : le « chemo brain » (ou brouillard cérébral post-chimiothérapie), un trouble cognitif lié à la chimiothérapie qui affecte la mémoire, la concentration et la capacité à trouver ses mots. Aux États-Unis, environ 70 % des survivants du cancer déclarent souffrir de limitations fonctionnelles durables liées à leur maladie ou à ses traitements, soit une proportion presque deux fois plus élevée que dans l’ensemble de la population.

Les difficultés rencontrées par les survivants du cancer ne se limitent toutefois pas au brouillard cérébral. La liste des séquelles possibles est longue, et certaines peuvent persister pendant des années. Une étude a ainsi montré que plus de 60 % des survivantes d’un cancer du sein ayant reçu une chimiothérapie, une radiothérapie, une hormonothérapie et/ou subi une intervention chirurgicale présentaient encore des troubles fonctionnels six ans après leur diagnostic.

Nous sommes chercheurs en informatique et nos travaux portent sur l’accessibilité numérique et les interactions entre les humains et les technologies. Si les séquelles du cancer peuvent affecter de nombreux aspects de la vie des survivants, nous avons constaté que l’un d’eux reste largement négligé : l’utilisation des sites web, des applications et des logiciels sur téléphone, tablette ou ordinateur.

Or, pour les personnes qui s’appuient sur ces outils pour rechercher des informations de santé, prendre des rendez-vous médicaux, consulter leurs diagnostics, échanger avec des groupes de soutien ou, tout simplement, mener une vie active, ces difficultés sont bien plus que de simples désagréments.

Les défis de l’accessibilité numérique

Pour comprendre comment les personnes ayant eu un cancer utilisent les logiciels et les interfaces numériques, nous avons mené une étude avec nos collègues, fondée sur des questionnaires, des entretiens et des journaux de bord. Megan faisait partie des participants.

Parmi les 46 personnes interrogées, âgées de 20 à 78 ans, 48 % ont développé une fatigue persistante après leur diagnostic et leur traitement, 52 % souffraient d’anxiété ou de dépression, 33 % présentaient des troubles cognitifs, notamment le « chemo brain », 30 % avaient des limitations physiques ou des difficultés de dextérité, et 15 % avaient développé des problèmes de vision. Six participants ont indiqué que leurs troubles avaient duré moins de six mois. En revanche, pour plus de 40 % d’entre eux, les effets se sont prolongés pendant des années. L’un des interrogés a même expliqué que la fatigue restait un problème quotidien… 29 ans après un diagnostic de leucémie.

Plus de la moitié des participants ont déclaré être souvent distraits ou incapables de se concentrer lorsqu’ils utilisaient des sites web ou des applications. Presque autant ont indiqué ressentir de la frustration en utilisant des logiciels qu’ils maîtrisaient pourtant sans difficulté avant leur diagnostic ou leur traitement. Les obstacles relevés sont nombreux : 46 % disent avoir du mal à lire les textes, 39 % à suivre des consignes et 37 % à naviguer sur des sites web. Par ailleurs, 35 % éprouvent des difficultés à distinguer les images ou les icônes, 30 % à taper au clavier, 22 % à faire défiler une page ou à cliquer, et 20 % à entendre les contenus audio.

Une population oubliée

Nous étudions l’accessibilité des logiciels pour des publics très variés. Si les survivants du cancer présentent certaines similitudes avec les personnes âgées ou avec les personnes souffrant de handicaps cognitifs, physiques ou visuels, ils constituent un groupe à part entière, encore largement négligé par la recherche.

Ils peuvent souffrir du brouillard cérébral, d’une fatigue persistante, d’engourdissements ou de douleurs aux mains et aux pieds, de troubles de la vision ou d’autres séquelles qui compliquent leur utilisation des technologies numériques. Ces difficultés peuvent apparaître brutalement, évoluer au fil du temps ou persister longtemps après la fin des traitements.

Les personnes atteintes de « chemo brain » racontent être submergées par les longs blocs de texte, les menus de navigation peu cohérents ou les applications qui exigent de mémoriser plusieurs étapes. Ceux qui souffrent de troubles de la vision peinent, quant à eux, à lire les petits caractères ou les interfaces offrant un contraste insuffisant entre les couleurs.

L’un des hommes ayant participé à notre étude se souvient avoir perdu de l’argent lors d’une opération financière après avoir cliqué sur la mauvaise option, incapable de lire correctement un texte dont la taille était trop petite pour lui. Un autre participant, qui demandait de l’aide à ses proches, s’entendait souvent répondre que ses questions étaient si élémentaires qu’elles en devenaient embarrassantes.

Les médecins eux-mêmes peuvent parfois minimiser ces difficultés. Dans une autre étude, une survivante raconte que son oncologue ne s’intéressait qu’à ses examens de contrôle, qui ne montraient plus aucune trace de cancer. Il ne semblait pas mesurer à quel point son « chemo brain » affectait son quotidien, ni savoir comment y remédier. Comme elle le résumait avec une pointe d’ironie : « Après tout, ce n’est que mon cerveau. Ce n’est pas comme si j’en avais vraiment besoin. »

Des solutions pour les survivants du cancer

De nombreuses améliorations susceptibles de rendre les logiciels plus accessibles et plus faciles à utiliser pour les personnes souffrant de troubles cognitifs ou physiques sont relativement simples à mettre en œuvre : remplacer les longs blocs de texte par des listes à puces, recourir davantage aux éléments visuels et aux icônes, utiliser des caractères plus grands, proposer la saisie et la lecture vocales, renforcer le contraste entre le texte et l’arrière-plan ou encore permettre de zoomer facilement.

Les consignes doivent également être simples et claires, le nombre d’options limité et, lorsque c’est possible, les réponses proposées sous forme de choix multiples. Les concepteurs peuvent aussi associer des survivants du cancer à l’évaluation de nouvelles interfaces, voire les intégrer directement au processus de conception participative (codesign). De notre côté, nous développons un jeu consacré au « chemo brain », destiné à sensibiliser les étudiants en design aux enjeux de l’accessibilité numérique pour les personnes ayant survécu à un cancer.

Il est temps que les technologies s’adaptent à la réalité de la vie après le cancer. Des études de plus grande ampleur permettraient de déterminer si certains types de cancer ou certains traitements – par exemple une tumeur cérébrale plutôt qu’un cancer du sein, ou une chimiothérapie seule plutôt qu’associée à une radiothérapie – entraînent des difficultés spécifiques dans l’utilisation des logiciels, ainsi que des niveaux de gravité différents.

Elles pourraient également montrer dans quelle mesure des facteurs comme le revenu, l’âge, l’origine ethnique, le lieu de résidence ou encore le niveau de maîtrise des outils numériques aggravent, ou au contraire atténuent, les obstacles liés à ces troubles.

À mesure que les traitements contre le cancer progressent et que les taux de survie augmentent, de plus en plus de personnes vivront pendant des décennies avec des séquelles liées à leur maladie ou à ses traitements. Ces survivants sont, à juste titre, considérés comme des réussites de la médecine. Mais survivre ne suffit pas : la qualité de vie compte, elle aussi.

The Conversation

Rachel F. Adler a reçu des financements des National Institutes of Health.

Devorah Kletenik a reçu un financement de l’American Cancer Society, qui a soutenu les travaux sur lesquels s’appuie cet article.

ref. Les séquelles du cancer compliquent souvent l’usage des outils numériques – https://theconversation.com/les-sequelles-du-cancer-compliquent-souvent-lusage-des-outils-numeriques-287975