« Psychose induite par l’IA » : un danger réel pour les personnes à risque, selon un psychiatre

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Hudon, Medical psychiatrist, clinician-researcher and clinical assistant professor in the department of psychiatry and addictology, Université de Montréal

L’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée à la vie quotidienne, des agents conversationnels qui offrent une forme de compagnie aux algorithmes qui façonnent ce que nous voyons en ligne. Mais à mesure que l’IA générative (IA gen) devient plus conversationnelle, immersive et émotionnellement réactive, les cliniciens commencent à se poser une question délicate : l’IA générative peut-elle aggraver, voire déclencher une psychose chez des personnes vulnérables ?


Les modèles de langage de grandes tailles et les agents conversationnels sont largement accessibles et souvent présentés comme des outils de soutien, empathiques, voire thérapeutiques. Pour la majorité des utilisateurs, ces systèmes sont utiles ou, au pire, sans effet délétère.

Toutefois, récemment, plusieurs reportages médiatiques ont décrit des personnes présentant des symptômes psychotiques, dans des situations où ChatGPT occupe une place centrale.

Pour un groupe restreint, mais cliniquement significatif (les personnes présentant un trouble psychotique ou celles à haut risque), les interactions avec l’IA générative peuvent être beaucoup plus complexes et potentiellement dangereuses, ce qui soulève des questions importantes pour les cliniciens.

Comment l’IA s’intègre aux systèmes de croyances délirantes

La « psychose induite par l’IA » n’est pas un diagnostic psychiatrique formel. Il s’agit plutôt d’un raccourci émergent utilisé par des cliniciens et des chercheurs pour décrire des symptômes psychotiques façonnés, intensifiés ou structurés autour d’interactions avec des systèmes d’IA.

La psychose implique une perte de contact avec la réalité partagée avec le monde extérieur et intérieur. Les hallucinations, les idées délirantes et la désorganisation de la pensée en constituent les manifestations centrales. Les délires psychotiques s’appuient fréquemment sur des éléments culturels (religion, technologie ou structures de pouvoir politique) afin de donner sens à des expériences internes.

Historiquement, les thèmes délirants ont fait référence à divers objets ou forces, tels que Dieu, les ondes radio ou la surveillance gouvernementale. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle offre une nouvelle avenue narrative.

Certains patients rapportent des croyances selon lesquelles l’IA générative serait consciente, transmettrait des vérités secrètes, contrôlerait leurs pensées ou collaborerait avec eux dans le cadre d’une mission spéciale. Ces thématiques s’inscrivent dans des schémas bien établis de la psychose, mais l’IA y ajoute un degré d’interactivité et de renforcement que les technologies antérieures n’offraient pas.




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Le risque d’une validation sans ancrage dans la réalité

La psychose est fortement associée à la saillance aberrante, soit la tendance à attribuer une signification excessive à des événements neutres. Les systèmes d’IA conversationnelle sont, par conception, capables de générer un langage réactif, cohérent et sensible au contexte. Chez une personne présentant une psychose émergente, cela peut être vécu comme une confirmation troublante, voire dérangeante.

Les recherches sur la psychose montrent que la validation excessive et la personnalisation peuvent intensifier les systèmes de croyances délirantes. L’IA générative est optimisée pour poursuivre les conversations, refléter le langage de l’utilisateur et s’adapter à l’intention perçue.

Si cela est sans conséquence pour la plupart des utilisateurs, ces mécanismes peuvent renforcer involontairement des interprétations déformées chez des personnes dont le test de réalité est altéré — c’est-à-dire la capacité à distinguer les pensées internes et l’imaginaire de la réalité objective et externe.

Il existe également des données indiquant que l’isolement social et la solitude augmentent le risque de psychose. Les compagnons d’IA générative peuvent réduire la solitude à court terme, mais ils peuvent aussi se substituer aux relations humaines.

Cela concerne tout particulièrement les personnes déjà en retrait des interactions sociales. Cette dynamique rappelle les préoccupations antérieures liées à l’usage excessif d’Internet et à la santé mentale, mais la profondeur conversationnelle de l’IA générative contemporaine est qualitativement différente.




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Ce que la recherche nous apprend, et ce qui reste incertain

À ce jour, aucune donnée probante n’indique que l’IA cause directement une psychose.

Les troubles psychotiques sont multifactoriels et peuvent impliquer une vulnérabilité génétique, des facteurs neurodéveloppementaux, des traumatismes et l’usage de substances. Toutefois, certaines préoccupations cliniques suggèrent que l’IA pourrait agir comme facteur précipitant ou de maintien chez des individus vulnérables.

Des rapports de cas et des études qualitatives portant sur les médias numériques et la psychose montrent que les thématiques technologiques s’intègrent fréquemment aux contenus délirants, en particulier lors des premiers épisodes psychotiques.

Les recherches sur les algorithmes des médias sociaux ont déjà démontré que des systèmes automatisés peuvent amplifier des croyances extrêmes par des boucles de renforcement. Les systèmes de clavardage fondés sur l’IA pourraient présenter des risques similaires si les garde-fous sont insuffisants.

Il est important de souligner que la plupart des développeurs d’IA ne conçoivent pas leurs systèmes en pensant aux personnes vivant avec des troubles mentaux sévères. Les mécanismes de sécurité tendent à se concentrer sur l’automutilation ou la violence, plutôt que sur la psychose. Cela crée un décalage entre les connaissances en santé mentale et le déploiement des technologies d’IA.

Les enjeux éthiques et les implications cliniques

Du point de vue de la santé mentale, l’enjeu n’est pas de diaboliser l’IA, mais de reconnaître les vulnérabilités individuelles.

De la même manière que certains médicaments ou substances comportent des risques accrus pour les personnes vivant avec un trouble psychotique, certaines formes d’interaction avec l’IA peuvent nécessiter une prudence particulière.

Les cliniciens commencent à rencontrer des contenus liés à l’IA intégrés aux idées délirantes, mais peu de lignes directrices cliniques abordent la manière d’évaluer ou de prendre en charge ces situations. Les thérapeutes devraient-ils interroger l’usage de l’IA générative de la même façon qu’ils questionnent la consommation de substances ? Les systèmes d’IA devraient-ils détecter et désamorcer les idées psychotiques plutôt que d’y engager la conversation ?

Des questions éthiques se posent également pour les développeurs. Lorsqu’un système d’IA apparaît empathique et doté d’une autorité perçue, porte-t-il une forme de devoir de diligence ? Et qui est responsable lorsqu’un système renforce involontairement une idée délirante ?


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Faire le pont entre la conception de l’IA et les soins en santé mentale

L’IA n’est pas appelée à disparaître. L’enjeu consiste désormais à intégrer l’expertise en santé mentale dans la conception des systèmes d’IA, à développer une littératie clinique autour des expériences liées à l’IA et à s’assurer que les utilisateurs vulnérables ne soient pas exposés à des préjudices involontaires.

Cela nécessitera une collaboration étroite entre cliniciens, chercheurs, éthiciens et technologues. Cela exigera également de résister aux discours sensationnalistes (qu’ils soient utopiques ou dystopiques) au profit d’échanges fondés sur les données probantes.

À mesure que l’IA adopte des caractéristiques de plus en plus humaines, une question s’impose : comment protéger les personnes les plus vulnérables à son influence ?

La psychose s’est toujours adaptée aux outils culturels de son époque. L’IA n’est que le miroir le plus récent à travers lequel l’esprit tente de donner sens à lui-même. Notre responsabilité collective est de veiller à ce que ce miroir ne déforme pas la réalité chez celles et ceux qui sont le moins en mesure de la corriger.

La Conversation Canada

Alexandre Hudon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Psychose induite par l’IA » : un danger réel pour les personnes à risque, selon un psychiatre – https://theconversation.com/psychose-induite-par-lia-un-danger-reel-pour-les-personnes-a-risque-selon-un-psychiatre-273760

Short on resources, special educators are using AI – with little knowledge of the effects

Source: The Conversation – USA (2) – By Seth King, Associate Profess of Special Education, University of Iowa

In special education in the U.S., funding is scarce and personnel shortages are pervasive, leaving many school districts struggling to hire qualified and willing practitioners.

Amid these long-standing challenges, there is rising interest in using artificial intelligence tools to help close some of the gaps that districts currently face and lower labor costs.

Over 7 million children receive federally funded entitlements under the Individuals with Disabilities Education Act, which guarantees students access to instruction tailored to their unique physical and psychological needs, as well as legal processes that allow families to negotiate support. Special education involves a range of professionals, including rehabilitation specialists, speech-language pathologists and classroom teaching assistants. But these specialists are in short supply, despite the proven need for their services.

As an associate professor in special education who works with AI, I see its potential and its pitfalls. While AI systems may be able to reduce administrative burdens, deliver expert guidance and help overwhelmed professionals manage their caseloads, they can also present ethical challenges – ranging from machine bias to broader issues of trust in automated systems. They also risk amplifying existing problems with how special ed services are delivered.

Yet some in the field are opting to test out AI tools, rather than waiting for a perfect solution.

A faster IEP, but how individualized?

AI is already shaping special education planning, personnel preparation and assessment.

One example is the individualized education program, or IEP, the primary instrument for guiding which services a child receives. An IEP draws on a range of assessments and other data to describe a child’s strengths, determine their needs and set measurable goals. Every part of this process depends on trained professionals.

But persistent workforce shortages mean districts often struggle to complete assessments, update plans and integrate input from parents. Most districts develop IEPs using software that requires practitioners to choose from a generalized set of rote responses or options, leading to a level of standardization that can fail to meet a child’s true individual needs.

Preliminary research has shown that large language models such as ChatGPT can be adept at generating key special education documents such as IEPs by drawing on multiple data sources, including information from students and families. Chatbots that can quickly craft IEPs could potentially help special education practitioners better meet the needs of individual children and their families. Some professional organizations in special education have even encouraged educators to use AI for documents such as lesson plans.

Training and diagnosing disabilities

There is also potential for AI systems to help support professional training and development. My own work on personnel development combines several AI applications with virtual reality to enable practitioners to rehearse instructional routines before working directly with children. Here, AI can function as a practical extension of existing training models, offering repeated practice and structured support in ways that are difficult to sustain with limited personnel.

Some districts have begun using AI for assessments, which can involve a range of academic, cognitive and medical evaluations. AI applications that pair automatic speech recognition and language processing are now being employed in computer-mediated oral reading assessments to score tests of student reading ability.

Practitioners often struggle to make sense of the volume of data that schools collect. AI-driven machine learning tools also can help here, by identifying patterns that may not be immediately visible to educators for evaluation or instructional decision-making. Such support may be especially useful in diagnosing disabilities such as autism or learning disabilities, where masking, variable presentation and incomplete histories can make interpretation difficult. My ongoing research shows that current AI can make predictions based on data likely to be available in some districts.

Privacy and trust concerns

There are serious ethical – and practical – questions about these AI-supported interventions, ranging from risks to students’ privacy to machine bias and deeper issues tied to family trust. Some hinge on the question of whether or not AI systems can deliver services that truly comply with existing law.

The Individuals with Disabilities Education Act requires nondiscriminatory methods of evaluating disabilities to avoid inappropriately identifying students for services or neglecting to serve those who qualify. And the Family Educational Rights and Privacy Act explicitly protects students’ data privacy and the rights of parents to access and hold their children’s data.

What happens if an AI system uses biased data or methods to generate a recommendation for a child? What if a child’s data is misused or leaked by an AI system? Using AI systems to perform some of the functions described above puts families in a position where they are expected to put their faith not only in their school district and its special education personnel, but also in commercial AI systems, the inner workings of which are largely inscrutable.

These ethical qualms are hardly unique to special ed; many have been raised in other fields and addressed by early-adopters. For example, while automatic speech recognition, or ASR, systems have struggled to accurately assess accented English, many vendors now train their systems to accommodate specific ethnic and regional accents.

But ongoing research work suggests that some ASR systems are limited in their capacity to accommodate speech differences associated with disabilities, account for classroom noise, and distinguish between different voices. While these issues may be addressed through technical improvement in the future, they are consequential at present.

Embedded bias

At first glance, machine learning models might appear to improve on traditional clinical decision-making. Yet AI models must be trained on existing data, meaning their decisions may continue to reflect long-standing biases in how disabilities have been identified.

Indeed, research has shown that AI systems are routinely hobbled by biases within both training data and system design. AI models can also introduce new biases, either by missing subtle information revealed during in-person evaluations or by overrepresenting characteristics of groups included in the training data.

Such concerns, defenders might argue, are addressed by safeguards already embedded in federal law. Families have considerable latitude in what they agree to, and can opt for alternatives, provided they are aware they can direct the IEP process.

By a similar token, using AI tools to build IEPs or lessons may seem like an obvious improvement over underdeveloped or perfunctory plans. Yet true individualization would require feeding protected data into large language models, which could violate privacy regulations. And while AI applications can readily produce better-looking IEPs and other paperwork, this does not necessarily result in improved services.

Filling the gap

Indeed, it is not yet clear whether AI provides a standard of care equivalent to the high-quality, conventional treatment to which children with disabilities are entitled under federal law.

The Supreme Court in 2017 rejected the notion that the Individuals with Disabilities Education Act merely entitles students to trivial, “de minimis” progress, which weakens one of the primary rationales for pursuing AI – that it can meet a minimum standard of care and practice. And since AI really has not been empirically evaluated at scale, it has not been proved that it adequately meets the low bar of simply improving beyond the flawed status quo.

But this does not change the reality of limited resources. For better or worse, AI is already being used to fill the gap between what the law requires and what the system actually provides.

The Conversation

Seth King does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Short on resources, special educators are using AI – with little knowledge of the effects – https://theconversation.com/short-on-resources-special-educators-are-using-ai-with-little-knowledge-of-the-effects-259110

Grammys’ AI rules aim to keep music human, but large gray area leaves questions about authenticity and authorship

Source: The Conversation – USA – By Mark Benincosa, Teaching Associate Professor, West Virginia University

AI is making it hard for the music industry to embrace innovation while keeping it real. elenabs/iStock via Getty Images

At its best, artificial intelligence can assist people in analyzing data, automating tasks and developing solutions to big problems: fighting cancer, hunger, poverty and climate change. At its worst, AI can assist people in exploiting other humans, damaging the environment, taking away jobs and eventually making ourselves lazy and less innovative.

Likewise, AI is both a boon and a bane for the music industry. As a recording engineer and professor of music technology and production, I see a large gray area in between.

The National Academy of Recording Arts and Sciences has taken steps to address AI in recognizing contributions and protecting creators. Specifically, the academy says, only humans are eligible for a Grammy Award: “A work that contains no human authorship is not eligible in any categories.”

The academy says that the human component must be meaningful and significant to the work submitted for consideration. Right now, that means that it’s OK for me to use what’s marketed as an AI feature in a software product to standardize volume levels or organize a large group of files in my sample library. These tools help me to work faster in my digital audio workstation.

However, it is not OK in terms of Grammy consideration for me to use an AI music service to generate a song that combines the style of say, a popular male folk country artist – someone like Tyler Childers – and say, a popular female eclectic pop artist – someone like Lady Gaga – singing a duet about “Star Trek.”

This song, one of the most popular on Spotify in Sweden, was banned from the country’s music charts after reporters discovered that it was substantially generated by AI.

The gray zone

It gets trickier when you go deeper.

There is quite a bit of gray area between generating a song with text prompts and using a tool to organize your data. Is it OK by National Academy of Recording Arts and Sciences Grammy standards to use an AI music generator to add backing vocals to a song I wrote and recorded with humans? Almost certainly. The same holds true if someone uses a feature in a digital audio workstation to add variety and “swing” to a drum pattern while producing a song.

What about using an AI tool to generate a melody and lyrics that become the hook of the song? Right now, a musician or nonmusician could use an AI tool to generate a chorus for a song with the following information:

“Write an eight measure hook for a pop song that is in the key of G major and 120 beats per minute. The hook should consist of a catchy melody and lyrics that are memorable and easily repeatable. The topic shall be on the triumph of the human spirit in the face of adversity.”

If I take what an AI tool generates based on that prompt, write a couple of verses and bridge to fit with it, then have humans play the whole thing, is that still a meaningful and significant human contribution?

The performance most certainly is, but what about the writing of the song? If AI generates the catchy part first, does that mean it is ultimately responsible for the other sections created by a human? Is the human who is feeding those prompts making a meaningful contribution to the creation of the music you end up hearing?

AI music is here

The Recording Academy is doing its best right now to recognize and address these challenges with technology that is evolving so quickly.

Not so long ago, pitch correction software like Auto-Tune caused quite a bit of controversy in music. Now, the use of Auto-Tune, Melodyne and other pitch correction software is heard in almost every genre of music – and no barrier to winning a Grammy.

Maybe the average music listener won’t bat an eye in 10 years when they discover AI had been used to create a song they love. There are already folks listening to AI-generated music by choice today.

You are almost certainly encountering AI-generated articles (no, not this one). You are probably seeing a lot of AI slop if you are an avid social media consumer.

The truth is you might already be listening to AI-generated music, too. Some major streaming services, like Spotify, aren’t doing much to identify or limit AI-generated music on their platforms.

On Spotify, an AI “artist” by the name of Aventhis currently has over 1 million monthly listeners and no disclosure that it is AI-generated. YouTube comments on the Aventhis song, “Mercy on My Grave,” suggest that the majority of commenters believe a human wrote it. This leads to questions about why this information is not disclosed by Spotify or YouTube aside from “[h]arnessing the creative power of AI as part of his artistic process” in the description of the artist.

This AI-generated song has millions of listens on Spotify and views on YouTube.

AI can not only be used to create a song, but AI bots can be used to generate clicks and listens for it, too. This raises the possibility that the streaming services’ recommendation algorithms are being trained to push this music to human subscribers. For the record, Spotify and most streaming services say they don’t support this practice.

Trying to keep it real

If you feel that AI in music hurts human creators and makes the world less-than-a-better place, you have options for avoiding it. Determining whether a song is AI-written is possible though not foolproof. You can also find services that aim to limit AI in music.

Bandcamp recently set out guidelines for AI music on its platform that are like the Recording Academy’s and more friendly to music creators. As of January 2026, Bandcamp does not allow music “that is generated wholly or in substantial part by AI.” Regardless of your opinion of AI-generated music, Bandcamp’s approach gives artists and listeners a platform where human creation is central to the experience.

Ideally, Spotify and the other streaming platforms would provide clear disclaimers and offer listeners filters to customize their use of the services based on AI content. In the meantime, AI in music is likely to have a large gray area between acceptable tools and questionable practices.

The Conversation

Mark Benincosa does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Grammys’ AI rules aim to keep music human, but large gray area leaves questions about authenticity and authorship – https://theconversation.com/grammys-ai-rules-aim-to-keep-music-human-but-large-gray-area-leaves-questions-about-authenticity-and-authorship-274504

What Franco’s fascist regime in Spain can teach us about today’s America

Source: The Conversation – USA – By Rachelle Wilson Tollemar, Adjunct Professor of Spanish, University of St. Thomas

Protesters associated with a far-right group known as Nuncio Nacional extend a fascist salute on Jan. 24, 2026, demonstrating that the ideology still has some traction in Spain. Getty Images/Marcos del Mazo

Minneapolis residents say they feel besieged under what some are calling a fascist occupation. Thousands of Immigration and Customs Enforcement agents have been swarming a city whose vast majority in 2024 did not vote for Donald Trump – or for a paramilitary roundup of its diverse population.

Tragically, two residents have been killed by federal agents. Consequently, social media is aflame with comparisons of Trump’s immigration enforcers to Hitler’s Gestapo.

While comparisons to Hitler’s fascist regime are becoming common, I’d argue that it may be even more fitting to compare the present moment to a less-remembered but longer-lasting fascist regime: that of Francisco Franco, dictator of Spain from 1936 until his death in 1975.

In 2016, critics warned that Trump’s campaign rhetoric was grounded in textbook fascism, exhibiting signs such as racism, sexism and misogyny, nationalism, propaganda and more. In return, critics were met with intense backlash, accused of being hysterical or overly dramatic.

Now, even normally sober voices are sounding the alarm that America may be falling to fascist rule.

As a scholar of Spanish culture, I, too, see troubling parallels between Franco’s Spain and Trump’s America.

Putting them side by side, I believe, provides insightful tools that are needed to understand the magnitude of what’s at risk today.

A group of men in military uniforms walking down a street.
Gen. Francisco Franco, center, commander in the south, visits the headquarters of the northern front in Burgos, Spain, on Aug. 19, 1936, during the country’s civil war.
Imagno/Getty Images

Franco’s rise and reign

The Falange party started off as a a small extremist party on the margins of Spanish society, a society deeply troubled with political and economic instability. The party primarily preached a radical nationalism, a highly exclusive way to be and act Spanish. Traditional gender roles, monolingualism and Catholicism rallied people by offering absolutist comfort during uncertain times. Quickly, the Falange grew in power and prevalence until, ultimately, it moved mainstream.

By 1936, the party had garnered enough support from the Catholic Church, the military, and wealthy landowners and businessmen that a sizable amount of the population accepted Gen. Francisco Franco’s coup d’etat: a military crusade of sorts that sought to stop the perceived anarchy of liberals living in godless cities. His slogan, “¡Una, Grande, Libre!,” or “one, great, free,” mobilized people who shared the Falange’s anxieties.

Like the Falange, MAGA, the wing of the U.S. Republican Party named after Trump’s slogan “Make America Great Again,” repeatedly vilifies the left, who mostly live in cities, as godless anarchists who live like vermin.

Once in power, the Francoist regime commissioned a secret police force, the Political-Social Brigade – known as the BPS – to “clean up house.” The BPS was charged with suppressing or killing any political, social, cultural or linguistic dissidents.

Weakening resistance

Franco not only weaponized the military but also proverbially enlisted the Catholic Church. He colluded with the clergy to convince parishioners, especially women, of their divine duty to multiply, instill nationalist Catholic values in their children, and thus reproduce ideological replicas of both the state and the church. From the pulpit, homemakers were extolled as “ángeles del hogar” and “heroínas de la patria,” or “angels of the home” and “heroines of the homeland.”

Together, Franco and the church constructed consent for social restrictions, including outlawing or criminalizing abortion, contraception, divorce, work by women and other women’s rights, along with even tolerating uxoricide, or the killing of wives, for their perceived sexual transgressions.

Some scholars contend that the repealing of women’s reproductive rights is the first step away from a fully democratic society. For this reason and more, many are concerned about the U.S. Supreme Court’s recent overturning of Roe v. Wade.

The #tradwife social media trend involves far-right platforms echoing Francoist-style ideologies of submission, restriction, dependence and white male dominance. One of TikTok’s most popular tradwife influencers, for instance, posted that “there is no higher calling than being a wife and a mother for a woman.” She also questioned young women attending college and rebuked, on air, wives who deny their husbands sexual intimacy.

Weakening the economy

Economically, Franco implemented autarkic policies, a system of limited trade designed to isolate Spain and protect it from anti-Spanish influences. He utilized high tariffs, strict quotas, border controls and currency manipulation, effectively impoverishing the nation and vastly enriching himself and his cronies.

These policies flew under the motto “¡Arriba España!,” or “Up Spain.” They nearly immediately triggered more than a decade of suffering known as the “hunger years.” An estimated 200,000 Spaniards died from famine and disease.

Under the slogan “America First” – Trump’s mutable but aggressive tariff regime – the $1 billion or more in personal wealth he’s accumulated while in office, along with his repeated attempts to cut nutrition benefits in blue states and his administration’s anti-vaccine policies may appear to be disconnected. But together, they galvanize an autarkic strategy that threatens to debilitate the country’s health.

A man carries a box containing the remains of his uncle who was killed during Spain's fascist era.
In Spain, victims of Franco’s regime are still being exhumed from mass graves.
AP Photo/Manu Fernandez

Weakening the mind

Franco’s dictatorship systematically purged, exiled and repressed the country’s intellectual class. Many were forced to emigrate. Those who stayed in the country, such as the artist Joan Miró, were forced to bury their messages deeply within symbols and metaphor to evade censorship.

Currently in the U.S., banned books, banned words and phrases, and the slashing of academic and research funding across disciplines are causing the U.S. to experience “brain drain,” an exodus of members of the nation’s highly educated and skilled classes.

Furthermore, Franco conjoined the church, the state and education into one. I am tracking analogous moves in the U.S. The conservative group Turning Point USA has an educational division whose goal is to ‘reclaim” K-12 curriculum with white Christian nationalism.

Ongoing legislation that mandates public classrooms to display the Ten Commandments similarly violates religious freedom guarantees ratified in the constitution.

Drawing comparisons

Trump has frequently expressed admiration for contemporary dictators and last week stated that “sometimes you need a dictator.”

It is true that his tactics do not perfectly mirror Francoism or any other past fascist regime. But the work of civil rights scholar Michelle Alexander reminds us that systems of control do not disappear. They morph, evolve and adapt to sneak into modern contexts in less detectable ways. I see fascism like this.

Consider some of the recent activities in Minneapolis, and ask how they would be described if they were taking place in any other country.

Unidentified masked individuals in unmarked cars are forcibly entering homes without judicial warrants. These agents are killing, shooting and roughing up people, sometimes while handcuffed. They are tear-gassing peaceful protesters, assaulting and killing legal observers, and throwing flash grenades at bystanders. They are disappearing people of color, including four Native Americans and a toddler as young as 2, shipping them off to detention centers where allegations of abuse, neglect, sexual assault and even homicide are now frequent.

Government officials have spun deceptive narratives, or worse, lied about the administration’s actions.

In the wake of the public and political backlash following the killing of Alex Pretti, Trump signaled he would reduce immigration enforcement operations] in Minneapolis, only to turn around and have Defense Secretary Pete Hegseth authorize the use of an old military base near St. Paul, suggesting potential escalation, not de-escalation. Saying one thing while doing the opposite is a classic fascist trick warned about in history and literature alike.

The world has seen these tactics before. History shows the precedent and then supplies the bad ending. Comparing past Francoism to present Trumpism connects the past to the present and warns us about what could come.

The Conversation

Rachelle Wilson Tollemar does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What Franco’s fascist regime in Spain can teach us about today’s America – https://theconversation.com/what-francos-fascist-regime-in-spain-can-teach-us-about-todays-america-274248

From Colonial rebels to Minneapolis protesters, technology has long powered American social movements

Source: The Conversation – USA – By Ray Brescia, Associate Dean for Research and Intellectual Life, Albany Law School

Technology doesn’t create social movements, but it can supercharge them. Arthur Maiorella/Anadolu via Getty Images

Tens of millions of Americans have now seen video of the killings of Renee Good and Alex Pretti at the hands of federal agents in Minneapolis. The activities organized in response have not been initiated by outside agitators or left-wing zealots, but, rather, by everyday Americans protesting the tactics of federal agents in that city.

These community members are communicating over encrypted messaging apps such as Signal and using their cellphones to record Immigration and Customs Enforcement and Border Patrol officers. Some have been using apps such as ICEBlock to help monitor ICE activities. They are using 3D printers to mass-produce whistles for community members to blow to alert each other when federal agents are in the area.

While the technology in some of these instances is new, this pattern – grassroots activists using the latest technology literally at their fingertips – is older than the republic itself. As a legal scholar who has studied American social movements and their relationship to technology, I see that what regular Americans in Minneapolis are doing is part of a very American tradition: building on trusted interpersonal relationships by harnessing the most recent technology to supercharge their organizing.

a smartphone displaying a map
The app ICEBlock helps communities share information about the presence of federal officers in their areas. The Apple and Google app stores removed the app in October 2025 at the Trump administration’s request.
Justin Sullivan/Getty Images

From Colonial era to the Civil Rights Movement

As the first stirrings of the American revolutionary spirit emerged in the 1770s, leaders formed the committees of correspondence to coordinate among the Colonies and in 1774 formed the Continental Congress. They harnessed the power of the printing press to promote tracts such as Thomas Paine’s Common Sense. One of the first acts of the new Congress was to create what it called the Constitutional Post, a mail system from the Maine territories to Georgia that enabled the colonists to communicate safely, out of reach of loyalist postmasters.

And the date Americans will be celebrating in 2026 as the 250th anniversary of the United States, July 4, commemorates when the drafters of the Declaration of Independence sent the final document to John Dunlap, rebel printer. In other words, what we celebrate as the birth of our nation is when the founders pressed “send.”

In the 1830s, as the battle over slavery in the new nation began to emerge, a new type of printing press, one powered by steam, helped supercharge the abolitionist movement. It could print antislavery broadsides much more rapidly and cheaply than manual presses.

The introduction of the telegraph in 1848 helped launch the women’s rights movement, spreading word of its convention in Seneca Falls, New York, while similar meetings had not quite caught the public’s imagination.

Fast-forward over 100 years in U.S. history to the Civil Rights Movement. Leaders of that movement embraced and harnessed the power of a new technology – television – and worked to create opportunities for broadcast media to beam images of authorities attacking young people in Birmingham, Alabama, and marchers on the Edmund Pettus Bridge outside Selma, Alabama, into living rooms across the United States. The images galvanized support for legislation such as the Civil Rights Act and the Voting Rights Act.

Social movements today

Today, new technologies and capabilities such as the smartphone and social media are making it easier for activists – and even those who have never seen themselves as activists – to get involved and help their neighbors. But it’s important not to mistake the method of communication for a movement. Indeed, without people behind the smartphones or as members of a group chat, there is no movement.

And what is happening in Minneapolis and in places across the country is still people organizing. Mutual aid networks are sprouting up nearly everywhere that immigration enforcement agents are amassed to carry out the Trump administration’s deportation policies, helped but not supplanted by technology. These technologies are important tools to support and catalyze the on-the-ground work.

Minnesotans have been using 3D printers to mass-produce whistles for alerting each other to the presence of federal agents.

It’s also important for advocates and would-be advocates to know the limits of such technologies and the risks that they can pose. These tools can sap a movement of energy, such as when someone posts a meme or “likes” a message on a social media platform and thinks they have done their part to support a grassroots effort.

There are also risks with any of these digital technologies, something the founders realized when they created their independent postal system. That is, use of these tools can also facilitate surveillance, expose networks to disruption and make people vulnerable to doxing or worse: charges that they are aiding and abetting criminal behavior.

Technology and trust

Most importantly, while technological tools might facilitate communication, they are no substitute for trust, the type of trust that can be forged only in face-to-face encounters. And that’s another thing that activists across American history have known since before the nation’s founding.

Until the late 1960s, groups participating in the work of democracy have often formed themselves into what political scientist Theda Skocpol calls “translocal networks”: collectives organized into local chapters connected to state, regional and even national networks.

It was in those local chapters where Americans practiced what French aristocrat Alexis de Tocqueville described in his visit to the United States in the 1830s as uniquely American: the “infinite art” of association and organizing. Americans used this practice to solve all manner of local problems. The local manifestations of those groups would often then engage in larger campaigns, whether to promote women’s rights in the 19th century or civil rights in the 20th.

Today’s technologies are reigniting the kind of grassroots activism that is deeply rooted in trust and solidarity, one block, one text message, one video at a time. It is also a profoundly American method of protest, infused with and catalyzed – but not replaced – by the technology such movements embrace.

The Conversation

Ray Brescia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. From Colonial rebels to Minneapolis protesters, technology has long powered American social movements – https://theconversation.com/from-colonial-rebels-to-minneapolis-protesters-technology-has-long-powered-american-social-movements-274490

¿De verdad fuimos más felices en 2016? Por qué idealizamos el pasado

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tatiana Romero Arias, Facultad de Ciencias de la Salud. Dpto. de Psicología, Universidad Europea

En redes sociales se multiplican estos días las imágenes comparativas. Una foto de 2016 aparece junto a otra de 2026. Diversos textos las acompañan: “Así éramos entonces”, “cuando todo era más sencillo”, “antes de que el mundo se torciera”. Contemplamos rostros más jóvenes, sonrisas despreocupadas. Una vida que, vista desde hoy, parece más ligera.

No es solo una moda visual. Detrás de estas comparaciones late una idea cada vez más extendida: que 2016 fue el “último año bueno”. Un tiempo previo a la pandemia, a las crisis encadenadas y a la sensación de incertidumbre permanente que define el presente. Pero ¿es correcta esta percepción?

Llega un momento en la vida en que el pasado empieza a parecer más amable. No importa si hablamos de la infancia, de la juventud o de cuando trabajábamos. Algo cambia y, de pronto, los recuerdos se llenan de veranos interminables, conversaciones sin prisas y problemas que hoy parecen pequeños. Entonces surge la frase: “Antes se vivía mejor”.

Pero ¿realmente vivíamos mejor entonces? ¿O estamos mirando ese pasado a través del filtro de la nostalgia? ¿Y si lo que ha cambiado no es tanto lo que vivimos, sino la forma en que lo recordamos?

Para entender por qué tendemos a idealizar determinados momentos de nuestra vida y por qué lo hacemos con tanta fuerza cuando el presente se vuelve incierto, conviene fijarse menos en lo que ocurrió en 2016 y en cómo funciona nuestra memoria.

Recordar no es volver atrás

Solemos pensar que la memoria funciona como una especie de archivo: guardamos experiencias y, cuando queremos, las sacamos intactas. Sin embargo, la memoria no reproduce el pasado: lo reconstruye. Cada recuerdo es una versión actualizada de lo que vivimos, filtrada por lo que somos hoy.

Cada vez que recordamos, el recuerdo se activa, se reordena y se guarda de nuevo. Por eso el pasado no permanece fijo. Cambia con nosotros. Recordar es, en cierto modo, reinterpretar.

Esto explica algunas experiencias que todos hemos vivido alguna vez. Por ejemplo, cómo un mismo episodio puede parecernos distinto con los años. O cómo dos personas recuerdan de forma muy diferente una historia compartida.

La memoria no guarda todo, ni lo guarda igual

Nuestra memoria no es neutral. No almacena cada detalle ni trata todos los recuerdos por igual. Algunos permanecen accesibles durante décadas; otros se van difuminando sin que sepamos muy bien cuándo.

Las emociones tienen mucho que ver con esto. Los recuerdos cargados de emoción se consolidan mejor que los neutros, pero con el tiempo ocurre algo curioso: muchas experiencias negativas pierden fuerza, mientras que las positivas se mantienen más vivas. No porque las primeras desaparezcan, sino porque se vuelven menos accesibles.

Olvidar, en este sentido, no es un fallo: es una forma de protección.

Cuando el pasado se vuelve más bonito

Esto da lugar a lo que la psicología llama “sesgo de positividad”: la tendencia a recordar nuestra vida como mejor de lo que fue en realidad. No es que inventemos recuerdos felices, sino que los negativos ocupan cada vez menos espacio cuando miramos atrás.

Este sesgo se intensifica con la edad y se vuelve especialmente visible a partir de los 60 años. En ese momento el recuerdo del pasado empieza a cumplir otra función. Ya no sirve tanto para aprender o planificar, sino para dar sentido, reafirmar quiénes somos y sentirnos bien con la vida vivida.

La jubilación: cuando cambia la forma de mirar atrás

La jubilación suele marcar un antes y un después. No solo porque cambie la rutina, sino porque cambia la manera en que percibimos el tiempo. El futuro deja de ser un espacio infinito y se vuelve más concreto. Y cuando eso ocurre, nuestras prioridades psicológicas se reorganizan.

En esta etapa muchas personas se vuelven más hábiles regulando sus emociones. Aprenden, a veces sin darse cuenta, a no recrearse tanto en lo negativo y a rescatar con más facilidad los recuerdos que aportan calma, orgullo y afecto. La memoria autobiográfica se convierte en una aliada para mantener el equilibrio emocional en un momento de grandes cambios.

Por eso, al mirar atrás, la vida parece más amable. No porque lo fuera más, sino porque ahora necesitamos que lo sea.

Nostalgia: no es debilidad, es adaptación

La nostalgia suele verse como una forma de vivir anclados en el pasado. Sin embargo, desde la psicología sabemos que cumple una función importante. Recordar “los buenos tiempos” refuerza nuestra identidad, nos recuerda de dónde venimos y nos ayuda a afrontar el presente con más serenidad.

La nostalgia no nos aleja de la realidad, sino que nos permite habitarla con más sentido. Solo se vuelve problemática cuando impide vivir el presente. En la mayoría de los casos, recordar con cariño es una forma sana de seguir adelante.

Entonces, ¿antes todo era mejor?

Probablemente no, pero nuestra memoria no está diseñada para ser justa con el pasado, sino útil para el presente. Al seleccionar, suavizar y reconstruir lo vivido, la memoria nos ayuda a mantener una historia personal coherente y emocionalmente sostenible.

Quizá, cuando decimos que antes todo era mejor, no estamos hablando del pasado. Estamos hablando de una memoria que hace lo que siempre ha hecho: cuidarnos.

The Conversation

Tatiana Romero Arias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿De verdad fuimos más felices en 2016? Por qué idealizamos el pasado – https://theconversation.com/de-verdad-fuimos-mas-felices-en-2016-por-que-idealizamos-el-pasado-274157

¿Provocan las regularizaciones de migrantes un efecto llamada? Esto dicen los datos de los últimos 80 años

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Inmaculada Martínez-Zarzoso, Professor in Economics, Universitat Jaume I

La gestión de la inmigración irregular es uno de los desafíos más controvertidos en la agenda política actual. España ha vuelto a situar este tema en el centro del tablero con el anuncio este 27 de enero de 2026 de un nuevo programa temporal de regularización.

Estos programas suelen suplir la ausencia de marcos legales permanentes de regularización. Aunque España ya cuenta con mecanismos ordinarios –vía arraigo– tras la reforma de 2025, el nuevo programa se plantea como una herramienta extraordinaria para acelerar la incorporación laboral en sectores con déficit crítico de mano de obra.

Sin embargo, cada vez que un gobierno decide otorgar estatus legal a quienes ya viven y trabajan en su territorio, surge la misma pregunta: ¿genera esto un efecto llamada?

El argumento suele ser sencillo: si regularizamos hoy, incentivamos que más personas crucen las fronteras mañana con la esperanza de obtener papeles en el futuro. Ante este temor, muchos Estados optan por la parálisis, la expulsión o la “tolerancia informal”, una zona gris donde miles de personas viven sin derechos, pero plenamente integradas en la economía.

Para arrojar luz sobre este debate, hemos analizado datos históricos que abarcan ocho décadas de políticas migratorias en 38 países de la OCDE.

Una base de datos sin precedentes

Hasta ahora, la evidencia científica sobre el efecto llamada era inconclusa. La mayoría de los estudios se centraban en un solo país o en un programa específico (como la famosa amnistía de Ronald Reagan en EE. UU. en 1986), lo que impedía extraer lecciones globales.

Para superar esta limitación, hemos utilizado la base de datos RegMig que documenta 159 programas de regularización desde 1945 hasta 2024, revelando una cifra impactante: al menos 17,8 millones de personas se han beneficiado de estas medidas en el mundo desarrollado.

Con esta perspectiva histórica, hemos analizado flujos migratorios de 196 países de origen hacia 32 destinos de la OCDE entre 1996 y 2022.

Existe, pero con matices

Nuestra investigación confirma que, en términos generales, los programas de regularización pueden actuar como un factor de atracción. Según los datos analizados, tras la implementación de un programa, los flujos migratorios futuros hacia ese país aumentan.

Sin embargo, este aumento no ocurre de forma aleatoria ni uniforme. El análisis muestra que el principal motor de este incremento no es solo la promesa de papeles, sino la fuerza de las redes sociales y las redes familiares. El “efecto llamada” es significativamente mayor en países que ya cuentan con una comunidad de inmigrantes establecida del mismo origen.

Esto confirma la “hipótesis de difusión”: la información sobre las nuevas oportunidades legales viaja a través de familias y amigos, reduciendo los costes y riesgos percibidos del viaje.

La clave está en el diseño del programa

La conclusión más relevante para los diseñadores de políticas públicas no es que la regularización deba evitarse, sino que su impacto depende de cómo se diseñe el programa. Uno de los mayores temores de los gobiernos es que la regularización parezca “fácil” o inmediata.

En nuestro estudio, analizamos una variable crucial: el requisito de residencia previa. En general, los programas exigen que el inmigrante demuestre haber vivido de forma irregular en el país durante un tiempo determinado antes de poder solicitar la legalización.

Los resultados son reveladores:

  • La exigencia de un periodo de residencia previa actúa como un potente freno.

  • Nuestros modelos indican que un requisito de al menos ocho meses de residencia irregular previa es suficiente para neutralizar por completo el efecto llamada.

En otras palabras, cuando el camino hacia la legalidad implica una espera y el riesgo de vivir en la sombra durante casi un año, el incentivo para migrar exclusivamente por el programa desaparece.

Una realidad gestionable

El dilema de la regularización no es blanco o negro. Si bien es cierto que estas medidas pueden aumentar el flujo migratorio a través de las redes de contacto, el estudio demuestra que los Gobiernos tienen herramientas técnicas para mitigar estas consecuencias.

La regularización no es solo una cuestión de control fronterizo; es una herramienta de gestión social y económica. Ignorar la presencia de miles de personas indocumentadas tiene costes en términos de derechos humanos, recaudación fiscal y cohesión social.

Los datos de los últimos 80 años nos dicen que el efecto llamada es una realidad gestionable. Si las políticas se diseñan con criterios de residencia previa suficientemente larga, es posible integrar a quienes ya están presentes sin incentivar los flujos futuros.

En el complejo equilibrio de la política migratoria, la evidencia sugiere que el rigor en los requisitos puede ser el mejor aliado de la generosidad en la acogida.

The Conversation

Paúl Elguezabal recibe fondos de la Fundación Konrad Adenauer para su doctorado

Inmaculada Martínez-Zarzoso no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Provocan las regularizaciones de migrantes un efecto llamada? Esto dicen los datos de los últimos 80 años – https://theconversation.com/provocan-las-regularizaciones-de-migrantes-un-efecto-llamada-esto-dicen-los-datos-de-los-ultimos-80-anos-274500

PIB du Sénégal : comment le nouveau calcul redessine les marges de manœuvre de l’État

Source: The Conversation – in French – By Souleymane Gueye, Professor of Economics and Statistics, City College of San Francisco

Aucune économie ne peut être correctement gérée sans données économiques fiables. Cette idée, qui traverse toute l’histoire de la pensée économique – d’Adam Smith à Simon Kuznets, le père de la comptabilité nationale moderne – est au cœur du débat sur sur le “rebasing” du Produit intérieur brut (PIB) sénégalais.

Le Sénégal, comme beaucoup d’économies africaines, a décidé en 2023 de réviser la base de calcul de son PIB. Derrière cet exercice technique se joue un enjeu central : disposer d’indicateurs crédibles pour évaluer les politiques publiques et la performance économique du pays, de même que la soutenabilité de la dette. Les comptes nationaux du Sénégal ont ainsi changé d’année de base au mois de novembre 2025.

La révision de la base du PIB — ou rebasing — est un outil stratégique pour corriger les distorsions dans la mesure de l’activité économique. Au Sénégal, cette opération intervient dans un contexte de tensions macroéconomiques, de découverte de passifs cachés et de négociations difficiles avec le Fonds monétaire international (FMI).

Ce rebasing intervient dans un contexte de marges de manœuvre budgétaires limitées et où le FMI maintient une posture prudente, voire dilatoire, face aux demandes d’ajustement alignées sur l’agenda national de transformation économique, appelé “Sénégal 2050”. Cette situation révèle un dilemme structurel : concilier discipline macroéconomique, souveraineté dans le choix des politiques économiques et impératif de croissance économique durable et inclusive.

En tant qu’économiste spécialisé dans les statistiques et politiques macroéconomiques, je propose ici une analyse des enjeux macroéconomiques et financiers liés au rebasing au Sénégal. J’examine également la manière dont cette opération statistique pourrait contribuer à renforcer la crédibilité des réformes et éclairer les arbitrages stratégiques nécessaires pour une transformation durable de l’économie sénégalaise.

Qu’est-ce que le rebasing ?

Le rebasing consiste à actualiser l’année de référence utilisée pour calculer le PIB et donner aux utilisateurs des données économiques fiables, c’est-à-dire :

• Actualiser les prix relatifs;

• Réviser les pondérations sectorielles;

• Intégrer de nouvelles sources de données;

• Ajuster les méthodes statistiques;

• Identifier et mesurer les nouveaux secteurs d’activité.

Pour la nouvelle base de 2021, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a mobilisé des enquêtes essentielles : secteur informel, orpaillage, extraction de sable et de sel, transport, marges commerciales, flux transfrontaliers non enregistrés, institutions sans but lucratif, recensement de l’élevage, etc.




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Pourquoi le rebasing était nécessaire pour le Sénégal

Dans un pays comme le Sénégal, cette mise à jour régulière du PIB est indispensable pour plusieurs raisons structurelles :

1. Une économie en mutation rapide

En effet, l’économie sénégalaise ne ressemble plus à celle d’il y a dix ou quinze ans. Le poids des télécoms, du numérique, des services financiers dématérialisés (paiements mobiles, fintechs), du commerce tertiarisé (processus de fournir des services à la population dominée par le petit commerce au détail), du développement pharmaceutique, des chaînes de distribution et des industries culturelles est devenu considérable.

Or, tant que l’année de base reste ancienne, ces secteurs sont sous-estimés ou ignorés.

2. Une meilleure prise en compte du secteur informel

Le Sénégal, comme la plupart des économies africaines, possède un secteur informel large et diversifié. Les techniques statistiques modernes permettent une meilleure prise en compte de cette partie de l’activité économique longtemps mal mesurée.

3. Une meilleure prise en compte des investissements

Les changements dans l’investissement public (infrastructures, énergie, transport), l’investissement privé dans les activités pétrolières et gazières, dans les chaînes de valeur privée n’étaient pas correctement reflétés par l’ancienne base (2014)

4. Une démographie jeune et dynamique

Le récent recensement de la population (2023) révèle une croissance démographique très dynamique caractérisée par une population jeune – âge médian moins de 19 ans – et urbaine. Comptant parmi les pays les plus jeunes au monde avec près de 75 % de la population âgée de moins de 35 ans, le Sénégal peut exploiter judicieusement ce dividende démographique. En effet, les jeunes de 15 a 34 ans représentent 59 % de la population en âge de travailler mais la majorité d’entre eux (63 %) sont sans emploi.

5. Des enjeux de crédibilité internationale

Une économie sous-évaluée statistiquement peut sous-évaluer sa richesse réelle et surestimer artificiellement ses ratios d’endettement, entraînant une mauvaise perception des investisseurs étrangers sur sa trajectoire économique.

Un rebasing plus précoce aurait permis d’intégrer ces changements dès leur apparition sur la scène économique. De plus, il aurait favorisé un renforcement de la planification économique en permettant une meilleure identification des moteurs de la croissance de l’économie sénégalaise et un alignement plus rigoureux entre politiques économiques et structures productives.

Ce retard de presque dix ans a eu des conséquences importantes sur les ratios macro-économiques du pays qui ont affecté la cohérence des politiques publiques, des prévisions macro-économiques et de la communication avec les partenaires financiers.




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Ce qui change après le rebasing

Le rebasing a plusieurs effets mécaniques et importants sur les indicateurs macro-économiques et les critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa).

1. Un PIB plus élevé

Pour le Sénégal, la nouvelle base intègre mieux les services modernes, l’économie numérique et l’informel. Elle actualise les méthodes de collecte de données, et corrige les prix relatifs et les structures de production pour obtenir un PIB plus fiable.

Avec le rebasing, le PIB passe de 15,261 milliards de FCFA à 17,316 milliards de FCFA (27,5 millions à 31,2 millions de dollars US), soit une hausse de 14 %. Cette revalorisation s’explique par une meilleure couverture statistique et l’intégration de nouvelles enquêtes. Le rebasing a aussi eu des implications majeures sur la soutenabilité de la dette publique sénégalaise. .

Dans un contexte marqué par la découverte d’une dette cachée et par l’accroissement des besoins de financement, la soutenabilité de la dette constitue un enjeu central. Ainsi un rebasing du PIB entraîne généralement une baisse mécanique du ratio dette/PIB, une amélioration des indicateurs de convergence et une atténuation des pressions pour une consolidation budgétaire immédiate du fait de l’élargissement des marges de manœuvre fiscales. Pour le Sénégal, le solde budgétaire global rapporté au PIB est passé de -13,3 % à -11,8 % en 2021.

• Le taux de pression fiscale s’établit en 2021 à 15,9 % contre 18,0 % dans l’ancienne base (2014).

• Le taux d’endettement public est ressorti en 2021 à 80,0 % contre 90,8 % du PIB avec l’ancienne base.

• Le solde extérieur courant rapporté au PIB s’est situé en 2021 à -10,7 % contre -12,1 % avec l’ancienne base.

Toutefois, cette amélioration ne modifie pas les flux réels de dette qui demeurent inchangés malgré l’ajustement des indicateurs. Ces indicateurs peuvent contribuer à la restauration de la crédibilité macro-économique, à l’amélioration des conditions de financement sur les marchés, et enfin au renforcement de la position du Sénégal dans les discussions bilatérales et multilatérales.




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2. Une reclassification sectorielle plus fidèle

Le poids du secteur tertiaire en 2021 a ainsi enregistré une augmentation, passant de 50,5 % à 53,4 %.

Le poids des activités du primaire a été relativement stable (15,6 % avec l’ancienne base à 15,4 % avec la nouvelle base). En revanche, celui du secteur secondaire s’est replié, passant de 23,9 % à 22,6 %.

La part des dépenses de consommation finale dans le PIB est passée de 81,7 % à 84,7 % alors que celle de l’investissement est passée de 38,4 % à 32,8 % à la suite du rebasing. En revanche, le poids des exportations nettes de biens et services s’établit à -17,5 % dans la nouvelle base contre -20,1 % dans l’ancienne.

Ainsi les services modernes deviennent plus importants, le secteur primaire, notamment l’agriculture, diminue en proportion et le secteur industriel régresse. Cette nouvelle structure sectorielle permet des politiques publiques plus ciblées, une meilleure compréhension de la productivité et des chaînes de valeur et aussi une réactualisation ou une amélioration du Plan de redressement économique et social (PRES), voire une meilleure planification de l’Agenda national de développement économique, de la Vision 2050 et des stratégies sectorielles.

Ce qui ne change pas

En revanche, le rebasing ne crée pas de richesse mais permet de mieux la mesurer dès l’instant où la capacité productive réelle du pays ne change pas avec cette opération. Il ne réduit pas non plus la dette publique réelle car seul le dénominateur du ratio dette publique augmente. Par contre, il peut refléter une bonne soutenabilité de la dette, même si les échéances restent inchangées. Il peut aussi alléger la pression sur la trésorerie de l’État.

Les problèmes budgétaires tels que la rigidité des dépenses publiques, les tensions sur la masse salariale, les subventions à l’énergie, la faible pression fiscale, les retards de paiement ou les arriérés ne disparaissent pas ni ne sont résolus. De même les défis structurels de l’économie sénégalaise – une productivité très faible, une dépendance alimentaire, une vulnérabilité aux chocs externes, une dualité entre secteur moderne et secteur informel et une faible industrialisation – demeurent sans solution. Bien que le rebasing améliore la perception extérieure, il ne garantit ni croissance future ni investissements nouveaux.

Dès lors, des réformes structurelles, la création d’un meilleur climat des affaires, un État stratège plus efficace, et une mobilisation fiscale renforcée doivent être mises en place pour l’achèvement des objectifs économiques du pays.




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Ce qu’il faut retenir

Le rebasing n’est pas une simple opération statistique : dans le contexte actuel du Sénégal, il s’agit d’un levier stratégique pour restaurer la crédibilité macroéconomique, clarifier l’état réel des finances publiques et rééquilibrer les relations avec les partenaires internationaux.

Il offre au gouvernement une opportunité de consolider son agenda de transformation structurelle de l’économie, à condition de l’accompagner d’une gouvernance renforcée, d’une transparence accrue et d’un cadre de réformes cohérent.

Dans un environnement mondial incertain et face à des attentes sociales grandissantes, la capacité du Sénégal à articuler discipline macroéconomique, innovation institutionnelle et ambition de développement sera déterminante. Le rebasing constitue une étape majeure vers cette recomposition nécessaire.

The Conversation

Souleymane Gueye receives funding from the Fulbright Foundation. He has been affiliated with the American Economic Association since 2010

ref. PIB du Sénégal : comment le nouveau calcul redessine les marges de manœuvre de l’État – https://theconversation.com/pib-du-senegal-comment-le-nouveau-calcul-redessine-les-marges-de-manoeuvre-de-letat-272828

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Barth, Secrétaire général, The Conversation France, Université de Strasbourg

Le comportement du personnage interprété par Pierre Niney dans _Gourou_ reflète-t-il avec exactitude la réalité du coaching ? Ou est-il caricatural ? WY Productions/Ninety Films/Studiocanal/M6 Films/Photographe Jérôme Prébois

Dans Gourou, le nouveau film de Yann Gozlan, Pierre Niney interprète un coach en développement personnel qui pousse les limites trop loin. Si les excès du bien-être méritent d’être critiqués, le coaching, sous certaines conditions, reste un outil qui peut être utile… à condition de ne pas lui demander ce qu’il ne peut pas faire. La croyance en une toute-puissance (de soi, du coach ou du coaching), voilà le danger !


« Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! » Dans le film Gourou, ce mantra répété jusqu’à l’épuisement par le public à l’initiative du « gourou » (incarné par Pierre Niney) n’est pas un simple slogan de motivation, c’est le symptôme d’une idéologie dans laquelle nous baignons dans nos sociétés occidentales (c’est un prérequis indispensable de se situer dans ce cadre culturel) : celle qui prétend que la volonté suffit à tout, que le bonheur est un choix individuel, que la souffrance relève d’un défaut personnel.

Le film en fait une ritournelle hypnotique, révélant la face sombre de cette croyance devenue hégémonique : car la réalité est qu’elle culpabilise, elle isole, elle invalide.

Le gourou : une figure moderne de l’emprise

Traditionnellement, le terme « gourou » désigne un maître spirituel (à l’origine dans la religion brahmanique). Mais les sciences sociales ont montré son évolution vers une figure plus ambiguë : celle d’un individu charismatique qui exerce une influence disproportionnée sur un groupe en promettant transformation, sens et salut personnel. Les travaux de Janet Jacobs et de Benjamin Zablocki sur les dynamiques sectaires montrent que le gourou moderne n’a plus besoin de religion : il lui suffit d’un récit séduisant et performatif pour réunir autour de lui une communauté soudée qui croit en sa promesse de réussite totale.

Dans le film Gourou, cette figure est incarnée par un maître du développement personnel qui exige une adhésion sans faille à son credo. Il ne guide pas : il prescrit. Il ne propose pas : il impose. Et surtout, il réduit toute souffrance à un manque de volonté. C’est là que le film touche juste : il montre comment l’emprise peut se construire non par la contrainte, mais par la promesse de bonheur.




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Les exemples contemporains abondent. Dans les entreprises, on peut trouver des ateliers de « gestion émotionnelle » proposés à des salariés soumis à des cadences intenables. Sur LinkedIn, des cadres racontent leur burn out comme une « aventure inspirante ». Sur Instagram, des influenceurs affirment que « la maladie est un message de l’Univers ». Dans tous ces cas, la souffrance est requalifiée en défaut de mindset, et la porte de sortie est de rebondir, mais nous ne sommes pas des balles en caoutchouc !

C’est cette dénonciation de la « positivité toxique » qui est, à mon sens, l’angle le plus intéressant et interpellateur du film.

La positivité toxique : une norme sociale qui invalide

La positivité toxique n’est pas une invention de scénariste. La psychologue Barbara Held parle dès 2002 de « tyranny of the positive attitude », une tyrannie douce qui exige d’afficher un optimisme constant. Dès 2002, Whitney Goodman a popularisé le terme toxic positivity pour désigner cette injonction à nier les émotions négatives. Quant à Sara Ahmed, elle montre dans The Promise of Happiness (2010) que le bonheur est devenu une norme morale : ceux qui ne s’y conforment pas sont perçus comme des perturbateurs.

Cette idéologie produit un mécanisme central : l’invalidation émotionnelle. Les psychologues parlent d’emotional invalidation pour désigner cette dynamique où l’on explique à quelqu’un que ce qu’il ressent n’est « pas utile », « pas constructif », ou « pas la bonne manière de voir les choses ». Dans Gourou, cette invalidation est systémique : toute émotion « basse » est immédiatement interprétée comme un manque de volonté ou un défaut de caractère. La tristesse devient une erreur, la colère une faute morale, la fatigue un manque d’ambition.

Cette invalidation fragilise les individus, les coupe de leur propre expérience, et les rend dépendants d’un discours qui prétend les sauver tout en les dépossédant de leur réalité. Le film illustre bien une dérive, mais s’adosse aux polémiques autour du coaching qui font les choux gras des médias.

Ne pas jeter le coaching… avec l’eau du bain !

Le coaching occupe aujourd’hui une place ambivalente. Le lien entre positivité toxique et coaching est souvent fait. Pour certains chercheurs (on peut citer les travaux de Roland Gori ou ceux d’Eva Illouz et Edgar Cabanas dans leur livre Happycratie, 2018) le coaching contemporain, loin de se limiter à un accompagnement professionnel, s’est transformé en industrie du développement personnel. Pour ces critiques, le coaching promeut une vision individualiste du bonheur : chacun serait responsable de son état émotionnel, indépendamment des conditions sociales, économiques ou politiques.

Le coaching reposerait alors sur une logique d’auto-optimisation permanente : devenir la meilleure version de soi-même, corriger ses « blocages », éliminer ses « pensées limitantes ». Cette rhétorique, en apparence émancipatrice, produit un effet pervers : elle transforme les difficultés structurelles en problèmes psychologiques individuels.

L’individu responsable de tous les maux ? Vraiment ?

Dans Gourou, le maître-coach incarne cette dérive. Il ne questionne jamais les causes des souffrances ; il accuse les individus de ne pas « vouloir assez ». Il ne libère pas ; il enferme dans une spirale où chaque faille devient une preuve d’insuffisance personnelle.

Mais réduire toute la profession à ces dérives serait injuste. Le coaching, lorsqu’il est exercé avec éthique, offre un espace d’écoute, de clarification et de progression réelle. De nombreux travaux, notamment en psychologie du travail, montrent qu’un accompagnement bien mené peut renforcer l’autonomie, soutenir la prise de décision et aider à traverser des transitions complexes. Le problème n’est donc pas le coaching en soi, mais son instrumentalisation par une idéologie du « tout dépend de toi ». Gourou pointe ces excès, et enfonce la porte déjà bien entrouverte de la valeur d’un métier qui, pratiqué avec rigueur, peut réellement aider.

Ce que « Gourou » dit de notre société

Le film révèle une violence invisible, enveloppée de bienveillance, mais profondément normative. Une violence qui dit : « Tu n’as pas le droit d’être triste. » Une violence qui exige que chacun soit son propre coach, son propre thérapeute, mais aussi son propre bourreau en s’imposant des défis sans avoir forcément les ressources pour les relever. Une violence qui simplifie le monde pour éviter de regarder en face ce qui ne va pas.

Il est temps de rappeler une évidence : la tristesse n’est pas un échec, la colère n’est pas un défaut, le doute n’est pas une faiblesse. Ce sont des émotions humaines, légitimes, nécessaires. Gourou invite à refuser la dictature du sourire et à retrouver le droit fondamental d’être humain, donc… imparfait.

The Conversation

Isabelle Barth ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique – https://theconversation.com/ce-que-tu-veux-cest-ce-que-tu-es-gourou-ou-la-violence-invisible-de-la-positivite-toxique-274660

French (Dry) January : les consommateurs de vins sans alcool consomment de l’alcool

Source: The Conversation – France (in French) – By Rossella Sorio, Professeure Associée, Département Marketing ICN BS, ICN Business School

Le French January invite à reconnaître la pluralité des pratiques entre boire avec modération, boire autrement ou ne pas boire. BearFotos/Shutterstock

Après le Dry January, place au French January : boire avec modération, boire autrement ou ne pas boire. Une étude sur les vins sans alcool ou à faible teneur en alcool (vins « nolo », pour no-low) analyse cette nouvelle tendance française invitant à dépasser un choix binaire entre consommation et abstinence. Explication avec le témoignage de consommateurs.


Notre analyse de près de 150 entretiens montre que les consommateurs de vins « nolo », ou no-low, en France ne sont ni majoritairement des abstinents stricts ni des individus contraints par des impératifs médicaux ou physiologiques. Le plus souvent, ces consommateurs réguliers d’alcool sont attachés au vin comme pratique sociale et culturelle, mais restent désireux de mieux maîtriser leur consommation et d’en moduler l’intensité et les occasions.

Nos résultats suggèrent que la sobriété s’inscrit moins dans une logique d’abstinence normative que dans des formes de régulation des pratiques et de gouvernement de soi. C’est dans cette tension, entre contrôle de soi et refus de l’abstinence normative, que s’inscrit aujourd’hui le débat entre Dry January et French January.

Cette régulation prend très concrètement la forme d’une alternance des produits selon les contextes. Un consommateur français dans notre étude de 2019 disait « Ce n’est pas pour arrêter de boire du vin, c’est pour mieux gérer selon les moments ». Un autre consommateur français dans notre étude de 2024 soulignait le caractère situationnel de ce choix : « Je bois du vin classique quand le moment s’y prête, et du sans alcool quand je dois conduire ou rester concentré ». Une autre personne interviewée ajoute « continuer à boire pour le plaisir, sans se sentir limité, et sans renoncer complètement au vin ».

Décryptage de ce paradoxe French (Dry) January.

Juste milieu entre le trop et le zéro

Le Dry January, lancé au Royaume-Uni en 2013, repose sur une logique claire : une abstinence totale pendant un mois, afin de favoriser une prise de conscience individuelle et de générer des bénéfices mesurables pour la santé. En France, cette initiative, portée depuis 2020 principalement par des associations de prévention, s’inscrit dans un contexte particulier, celui d’un pays où l’alcool, et en particulier le vin, occupe une place centrale dans les pratiques sociales et culturelles.

Face à cette logique de rupture temporaire, le French January s’est imposé comme une contre-proposition culturelle, défendue par la filière vitivinicole et largement relayé dans la presse. Cette orientation est explicitement formulée dans le manifeste du French January qui invite à « savourer plutôt que s’interdire », à reconnaître la pluralité des pratiques – boire avec modération, boire autrement ou ne pas boire – et à rechercher « un juste milieu entre le trop et le zéro ».

Le French January reformule les enjeux de santé publique dans un cadre narratif différent, en revendiquant une sobriété choisie et non imposée, appelée à s’inscrire dans la durée plutôt que dans la seule parenthèse du mois de janvier.

Limites du « tout ou rien »

Cette coexistence de deux initiatives révèle une polarisation très française du débat. D’un côté, une sobriété conçut comme abstinence temporaire, de l’autre, une sobriété pensée comme régulation des pratiques. Cette polarisation est souvent caricaturée en opposition entre « hygiénistes » et « épicuriens », alors même que les données scientifiques rappellent une réalité incontestable : toute consommation d’alcool comporte un risque.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool est responsable de millions de décès chaque année, et il n’existe pas de seuil de consommation totalement sans risque. Mickaël Naassila, chercheur et président de la Société française d’alcoologie, insiste sur une bascule culturelle réelle : recul des croyances dans un alcool « protecteur », acceptation croissante de la non-consommation, notamment chez les jeunes, et meilleure connaissance des risques.




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Cette bascule reste incomplète et entravée par des blocages politiques et institutionnels. Contrairement au tabac, il n’existe pas en France de véritable « plan alcool ». Les campagnes de prévention sont souvent limitées à la lutte contre les excès ou les dépendances, au détriment de la prévention primaire. Dans ce contexte, le Dry January joue un rôle important : il rend visible la non-consommation, légitime le refus de boire et permet à certains individus de développer des compétences psychosociales pour réguler leurs pratiques.




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Les limites du « tout ou rien » sont également documentées. Des travaux récents suggèrent que l’abstinence temporaire peut produire des effets de compensation après janvier, et qu’elle touche principalement des consommateurs occasionnels, sans nécessairement atteindre les publics les plus vulnérables.

Ces constats ne disqualifient pas le Dry January  ils rappellent simplement qu’un changement durable des comportements ne peut reposer sur un seul dispositif normatif.

Vins « nolo », l’angle mort du débat

C’est précisément ici que les recherches en marketing, en comportement du consommateur et en sociologie des marchés peuvent enrichir le débat. La transition vers une consommation d’alcool plus responsable ne dépend pas uniquement des messages de santé publique, mais aussi de la manière dont les produits et les pratiques sont catégorisés, légitimés et émotionnellement valorisés.

Les vins sans alcool ou à faible teneur en alcool (vins « nolo ») constituent un révélateur particulièrement intéressant. Souvent présentés comme des alternatives responsables, ils se situent pourtant dans une zone de tension. D’un côté, ils répondent à une demande croissante de réduction de la consommation ; de l’autre, ils souffrent d’un déficit de légitimité, notamment lorsqu’ils sont associés à une logique de privation ou de contrainte temporaire.

Cette alternance est d’autant plus importante que, pour une majorité de consommateurs interrogés, les vins « nolo » ne sont pas conçus comme des substituts du vin, mais comme des options complémentaires. Nos enquêtes de 2019 et 2024 insistent sur le fait qu’ils continuent à consommer du vin avec alcool pour certaines occasions, tout en recourant au vin sans alcool pour rester pleinement dans le moment social, sans se sentir mis à l’écart. Cette alternance est d’abord liée aux occasions de sociabilité :

« Boire du vin, c’est surtout un moment pour être ensemble, pour partager un repas », explique un consommateur français.

Dans ce contexte, le vin sans alcool est mobilisé non pas comme un substitut, mais comme un ajustement, comme exprimé par un autre consommateur français :

« Ce n’est pas un vin de repas pour moi, plutôt quelque chose pour l’apéritif ou quand on veut rester sobre », souligne une personne interviewée.

Cette distinction entre usages est également très présente dans les discours des consommateurs. Pour les consommateurs français, le vin sans alcool « n’est pas fait pour remplacer le vin », mais pour répondre à des situations spécifiques : « un déjeuner d’affaires », « un événement en journée » ou « un moment où l’on veut rester lucide ».

Produits « free-from » alcool

Nos travaux sur les produits « free-from » montrent que, dans les catégories hédoniques comme le vin, la suppression d’un attribut central – ici l’alcool – peut altérer la valeur perçue, l’authenticité et le plaisir anticipé. Le risque est alors double : soit le vin « nolo » est perçu comme un simple substitut fonctionnel, dépourvu de valeur émotionnelle ; soit il est rejeté comme un « faux vin », ni pleinement vin, ni véritable alternative.

Nos entretiens mettent en évidence une tension entre attentes hédoniques et logiques de régulation. Pour certains consommateurs, l’alcool demeure indissociable du plaisir associé au vin, au point que le vin sans alcool est perçu comme ne permettant ni de « se détendre » ni d’« oublier ses émotions négatives ».

Dans ce contexte, le French January peut offrir un cadre discursif différent. En valorisant la pluralité des choix – boire moins, boire autrement, ou ne pas boire –, il permet de repositionner les vins « nolo » non comme une solution miracle, ni comme un gadget marketing, mais comme une option parmi d’autres dans un répertoire de pratiques responsables. Cette recatégorisation est essentielle : elle conditionne l’acceptabilité sociale de ces produits et leur capacité à s’inscrire durablement dans les usages.

Consommation d’alcool plus responsable

Cette opportunité est ambivalente. Si la modération est invoquée sans rappel explicite des risques liés à l’alcool, elle peut contribuer à brouiller les messages de santé publique. À l’inverse, si les vins « nolo » sont présentés comme une réponse suffisante aux enjeux sanitaires, ils risquent de créer une illusion de solution, détournant l’attention des changements plus profonds nécessaires dans les pratiques.

Ce débat ne devrait pas être lu comme un affrontement entre deux camps irréconciliables, mais comme le symptôme d’une transition normative inachevée. Là où la santé publique explique pourquoi il faut réduire la consommation d’alcool, les sciences sociales et du management permettent de comprendre pourquoi certaines manières de formuler, de vendre et de catégoriser la sobriété fonctionnent… ou échouent.

Une consommation d’alcool plus responsable ne se construira ni par la seule abstinence ponctuelle ni par une modération vague et dépolitisée. Elle suppose des messages clairs sur les risques, des cadres normatifs cohérents, et une réflexion approfondie sur la place des marchés et des émotions dans nos choix. À ce prix seulement, le débat pourra gagner en maturité, et en efficacité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. French (Dry) January : les consommateurs de vins sans alcool consomment de l’alcool – https://theconversation.com/french-dry-january-les-consommateurs-de-vins-sans-alcool-consomment-de-lalcool-274132