Michael Rousseau et le français : les trois quarts des commentaires dans les médias canadiens sont négatifs envers le Québec, selon une étude

Source: The Conversation – in French – By Yulia Bosworth, Associate Professor of French and Linguistics, Binghamton University, State University of New York

Pourquoi un message livré dans une seule langue peut-il provoquer une telle onde de choc ? Au Canada, la langue ne relève pas seulement de la communication : elle touche à l’identité, au pouvoir et à la reconnaissance. Mais jusqu’où notre appartenance linguistique façonne-t-elle notre perception des langues, et de celles et ceux qui les parlent


Les enjeux linguistiques dans le contexte canadien suscitent régulièrement des controverses et alimentent des discours polarisants, relayés et amplifiés par les médias.

Le message de condoléances du PDG d’Air Canada Michael Rousseau à la suite de la tragédie survenue le 23 mars à l’aéroport LaGuardia à New York, livré en anglais, a provoqué un vif tollé à travers le pays, comme en témoigne l’importante couverture médiatique.

Malgré un large consensus parmi les journalistes et commentateurs anglo-canadiens et francophones du Québec quant au caractère inapproprié du message unilingue, les opinions exprimées par les membres du grand public apparaissent plus partagées — surtout à l’égard de l’importance accordée par les francophones du Québec à la langue du message.

Pour mieux comprendre les dynamiques de ces controverses, de leur origine à leur déploiement, la sociolinguistique s’intéresse non seulement aux usages de la langue, mais aussi aux discours sur la langue, ainsi qu’à l’interprétation et à la portée de ces discours.




À lire aussi :
L’anglais progresse au Québec depuis 2001… et le français aussi !


Les représentations défavorables du Québec et du bilinguisme

Dans le cadre d’une étude en cours visant à analyser les discours médiatiques relatifs à la controverse, j’examine environ 3000 commentaires de lecteurs et lectrices publiés dans les sections de discussion d’une série d’articles du Globe and Mail jugés pertinents pour l’étude. Que peut nous apprendre une telle étude sur les attitudes et les postures du public anglophone ?

Le français, le Canada, le Québec, l’anglais, et le bilinguisme, par ordre décroissant de fréquence d’occurrences des termes, sont les cinq axes thématiques qui émergent d’un traitement automatique de l’ensemble des commentaires.

Une analyse manuelle que j’ai réalisée à partir d’un échantillon aléatoire de 500 commentaires révèle que 75 % des propos portant sur le Québec expriment une attitude négative envers la province. Ces attitudes se construisent principalement au moyen de références défavorables envers la distinction du Québec au sein du Canada ainsi que ses politiques et préoccupations linguistiques.

Tandis que la plupart des références au Canada sont également conçues négativement, le qualifiant à plusieurs reprises de « pays non sérieux », cette posture est largement élaborée à travers des références défavorables au Québec. Plus précisément, l’échec perçu du Canada est souvent attribué au fait de céder aux pressions du Québec, à la langue française et au bilinguisme officiel.

Dans certains commentaires, ce sentiment s’exprime à travers un lexique à connotation péjorative, tel que du « catering » (céder aux exigences), du « kowtowing » (se soumettre servilement) ou « pandering au Quebec » (flatter ou courtiser de manière opportuniste). Ces prises de position s’inscrivent dans un registre de ressentiment envers le Québec et ses politiques linguistiques.

Bien que 62,5 % des commentaires relatifs au message unilingue du PDG témoignent d’une posture critique, 55,7 % expriment une attitude négative envers le bilinguisme, lequel s’articule notamment autour d’un registre de la contrainte : « forcé à devenir bilingue », « bilinguisme imposé aux cadres ».

L’unilinguisme français, lui aussi qualifié de « forcé » (« l’unilinguisme forcé à l’intérieur du Québec ») est associé à de nombreuses allusions à la « police linguistique ».

La tension entre le choix linguistique individuel et la langue protégée par l’état, qui reflète deux visions divergentes de la langue, oppose les deux communautés linguistiques.




À lire aussi :
La langue inclusive : lorsque des mythes font leur entrée dans les politiques publiques


Les représentations divergentes des deux langues

Les sociolinguistes, telles que la sociolinguiste acadienne Annette Boudreau, professeure émérite de l’Université de Moncton, constatent un lien étroit entre les attitudes défavorables envers des personnes et la langue qui leur est associée, dans le contexte canadien. De plus, selon plusieurs études, la langue peut servir de vecteur socialement acceptable de stigmatisation des locuteurs.

Les attitudes négatives à l’endroit du Québec se manifestent ainsi à travers les désignations péjoratives du français québécois, telles que « la langue internationale des plaintes » et « la deuxième (non officielle moribonde) langue du Canada ».

Les représentations stéréotypées ayant pour but de remettre en question le statut du français québécois comme variété légitime de français le décrivent comme « une langue moribonde » ou « morte », voire comme « un dialecte vieux de 400 ans », qui « n’est compris qu’au Québec ».

En revanche, plusieurs commentaires présentent l’anglais comme la langue « internationale » et « dominante », et, notamment, « la langue dominante au Canada », soulignant son statut de langue de la réussite sociale (« un levier de la réussite »).


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


La langue comme miroir et moteur des attitudes

Quelles représentations et idées reçues sur la langue, naturalisées et largement incontestées au sein de chaque communauté respective, sous-tendent ces discours dévalorisants ?

Pour les francophones, le français constitue un vecteur d’appartenance et un pilier de la culture et de la cohésion sociale, auquel est associé un fort attachement affectif. Dans une telle logique, la langue est étroitement liée à l’identité, tant individuelle que collective, ainsi qu’à la culture commune. Dès lors, la dévalorisation d’une langue est susceptible d’être perçue comme une dévalorisation des personnes qui la parlent.

À l’inverse, dans le Canada anglophone, l’anglais, largement reconnu comme la langue la plus valorisée sur le marché linguistique, est davantage envisagé comme un outil de communication — émotionnellement neutre — plutôt que comme un marqueur identitaire. Dans cette logique dite instrumentale, dévaloriser une langue ne revient pas systématiquement à dévaloriser la communauté linguistique associée.

Ces logiques, ou idéologies linguistiques concurrentes, y compris dans le contexte canadien, comme le montre des travaux de la sociolinguiste à l’Université Carleton Rachelle Vessey, sont rarement explicitées. Ainsi, les locuteurs n’en sont généralement pas conscients ni sensibilisés à leur portée.

Lorsque ces idéologies divergentes se rencontrent dans un même espace social, elles peuvent entrer en conflit et générer des tensions. La prise en compte de ces logiques, et des attitudes et représentations qu’elles engendrent, peut contribuer à un meilleur éclairage — et éventuellement à une forme de conciliation — de ces incompréhensions structurelles.

La Conversation Canada

Yulia Bosworth ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Michael Rousseau et le français : les trois quarts des commentaires dans les médias canadiens sont négatifs envers le Québec, selon une étude – https://theconversation.com/michael-rousseau-et-le-francais-les-trois-quarts-des-commentaires-dans-les-medias-canadiens-sont-negatifs-envers-le-quebec-selon-une-etude-280109

Marcel Muller, Luigi Mangione : destins croisés de deux assassins de patrons

Source: The Conversation – in French – By Morgan Poggioli, Docteur en histoire contemporaine. Chercheur associé au Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche "Sociétés, Sensibilités, Soin" (LIR3S – UMR 7366 CNRS/UBE), Université Bourgogne Europe

Le 8 septembre 2026 s’ouvrira le procès de l’État de New York contre Luigi Mangione, soupçonné d’avoir abattu en 2024 le PDG d’United Healthcare, la plus importante compagnie privée d’assurances des États-Unis. En France, une affaire similaire éclata il y a un peu plus d’un siècle : l’affaire Muller, du nom de l’ouvrier qui tua l’un des responsables de la Compagnie générale d’électricité à la suite de l’arrêt du versement de sa pension d’invalidité.


Les faits se déroulent le 14 février 1922 à Paris. Un jeune ouvrier de 20 ans, mutilé du travail, dénommé Marcel Muller, tue à coups de revolver le chef du contentieux de son entreprise, la Compagnie générale d’électricité. Les faits surviennent à la suite de l’arrêt de sa pension et de l’attribution d’une rente d’invalidité qu’il considérait insuffisante (l’équivalent de 1 700 euros actuels par an), alors que la plaie consécutive à son amputation du bras droit n’était toujours pas cicatrisée. Muller blesse également deux policiers au cours de son arrestation. Ce fait divers a un retentissement national. Toute la presse s’en empare, avec plus d’une centaine d’articles paraissent dans les jours qui suivent, au point de transformer l’évènement en une « affaire », qu’on appelle rapidement l’« affaire Muller ».

Le Petit journal illustré, 26 février 1922
Le Petit journal illustré, 26 février 1922.
Gallica

Du fait divers au fait de société

Alors que les « gueules cassées » et les invalides de guerre interrogeaient la société française sur le sort des mutilés au sortir de la Première Guerre mondiale, l’affaire Muller devint un véritable fait de société. Le mouvement ouvrier – politique et syndical – et la toute jeune Fédération des mutilés du travail s’emparèrent de l’affaire, non pour justifier le crime, mais pour dénoncer la loi de 1898 sur les accidents du travail. Selon eux, celle-ci condamnait à la mort sociale et à la misère celles et ceux qu’elle était censée protéger, en accordant des rentes indigentes. Ils mirent également en cause, et en lumière, les abus des assurances privées et des entreprises dans ce domaine. En 1922, la Sécurité sociale n’existant pas encore, le système assurantiel pour les mutilés du travail relevait du secteur privé, à l’image du modèle de santé américain actuel.

Sous la pression médiatique (à l’époque, c’est la presse écrite qui jouait ce rôle) et de l’opinion publique, la loi de 1898 fut modifiée : une première fois durant l’instruction judiciaire, en juillet 1922 et à plusieurs reprises par la suite. Quant à Marcel Muller, il fut finalement acquitté par la Cour d’assises, le 31 octobre 1922, à l’issue d’un procès à grand spectacle réunissant d’éminents experts médicaux, comme le psychologue Henri Wallon et des figures politiques de renom, appelées par la défense, tels Joseph Paul-Boncour (avocat, député et ancien ministre du travail) ou Justin Godart (avocat, député et ancien sous-secrétaire d’État du service de santé militaire).

L’affaire Muller devint dès lors, et jusque dans les années 1930, une référence pour les organisations de défense des mutilés du travail et contribua à nourrir la réflexion sur la protection des travailleurs, avant la naissance de l’État-providence.

A propos de l’affaire Muller, brochure de la Confédération Générale du Travail Unitaire, janvier 1923
À propos de l’affaire Muller, brochure de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), janvier 1923.
MSH de Dijon/Université Bourgogne Europe

Muller/Mangione : des symétries troublantes

À un siècle d’écart et à un océan Atlantique de distance, sans préjuger du verdict du procès de Luigi Mangione, il apparaît aujourd’hui que de nombreux points communs relient l’affaire Muller et l’affaire Mangione. Le plus frappant de ces dénominateurs communs étant la jeunesse des accusés, tous deux dans leur vingtaine. De plus, leurs profils échappent aux récits médiatiques habituels, avec un jeune ouvrier mutilé du travail, d’un côté, et un jeune homme de bonne famille et de bonne éducation, de l’autre. Les problèmes rencontrés sont également proches. Le premier fut victime, après son amputation, de l’attribution anticipée d’une rente d’invalidité par son assureur (moins onéreuse que la prise en charge des frais de convalescence) quand le second, atteint de spondylolisthésis, fut victime ou témoin (l’enquête le déterminera) des pratiques des assurances santé privées américaines, à la suite de son opération du dos.

Sans antécédents militants ni casiers judiciaires, ces deux jeunes hommes, ordinaires et sans histoires, l’un est passé à l’acte et l’autre suspecté de l’avoir fait quand ils ont vu leurs destins se briser. Leurs revendications écrites sont quasiment identiques : « Franchement, ces parasites l’ont bien mérité » pour Luigi Mangione et « Je vais tuer mon patron, tant pis pour lui. Il l’a voulu, il l’a mérité » pour Marcel Muller.

C’est certainement pour l’ensemble de ces raisons que les deux affaires ont eu un tel retentissement. Si en 1922 l’information n’était pas autant mondialisée qu’aujourd’hui, l’affaire Muller fit tout de même la une de l’édition européenne du Chicago Tribune et eut droit à plusieurs dizaines d’articles dans la presse anglo-saxonne et internationale.

Le poids des opinions publiques

Phénomène relativement rare pour des affaires criminelles, on observe dans les deux cas des opinions publiques qui tendent à comprendre leur geste et à pardonner leur auteur, voire pour certaines franges aux États-Unis, à soutenir et justifier la vengeance. Cette indulgence s’explique par une forme d’empathie, d’identification de la société civile à leur « cause ».

En 1922, en France, ce sont les invalides de guerre qui ont sensibilisé l’opinion à la question du handicap, puisqu’avec plus d’un million d’infirmes, chaque Français avait au moins un invalide ou mutilé de guerre dans son cercle familial/relationnel et connaissait les difficultés qu’il pouvait endurer (déclassement, chômage…). Aux États-Unis, ce sont des millions d’Américains qui ont fait l’expérience de problèmes, voire de refus, de prise en charge médicale par leur assureur privé, avec des conséquences parfois dramatiques ; sans compter le prix et les franchises qu’ils paient pour pouvoir bénéficier d’une couverture maladie.

Pour Marcel Muller comme pour Luigi Mangione, c’est l’implication de compagnies privées dans le domaine de la santé qui est à l’origine de leur passage à l’acte. Et s’il est condamnable, leur geste illustre des situations de souffrances physiques et morales engendrées par les abus d’acteurs commerciaux. Marcel Muller fut ainsi victime d’une procédure de contentieux visant à réduire son indemnisation. Ce genre de pratiques, encore courantes aux États-Unis et synthétisées par les « trois D » (« Delay, Deny, Defend », c’est-à-dire « Repoussez, refusez et défendez-vous ensuite »), sont exactement celles qu’honnit Luigi Mangione.

La seule différence entre ces deux affaires procède de leurs portées symboliques, car, si son procès l’a érigé en emblème, le geste de Marcel Muller relève initialement de la vengeance personnelle, comme indiqué dans sa lettre de revendication. Celui de Luigi Mangione semble, quant à lui, revêtir une dimension politique, dénonçant le système libéral de santé états-unien et les compagnies d’assurances privées, comme l’attesteraient ses écrits rédigés plusieurs mois avant le crime. C’est ce qui lui vaut aujourd’hui d’être accusé « d’acte de violence politique » par l’État fédéral. Son procès à venir nous éclairera peut-être un peu plus sur ses motivations profondes.


Morgan Poggioli est l’auteur de L’affaire Muller. Politiser les corps brisés, aux Éditions de l’Atelier, Paris, avril 2026.

The Conversation

Morgan Poggioli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Marcel Muller, Luigi Mangione : destins croisés de deux assassins de patrons – https://theconversation.com/marcel-muller-luigi-mangione-destins-croises-de-deux-assassins-de-patrons-278817

« I Want You Back » : La postérité aseptisée (mais lucrative) du biopic musical

Source: The Conversation – in French – By Joan Le Goff, Professeur des universités en sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Une image du film *Michael*, sorti en France le 22 avril 2026. Allociné

La sortie en salles de Michael, film biographique consacré au King of Pop décédé en 2009, s’inscrit dans un genre désormais bien installé. Lucratifs aussi bien pour Hollywood que pour l’industrie musicale, les biopics n’échappent pas à une certaine uniformité scénaristique et esthétique, malgré quelques tentatives de renouvellement audacieuses.


Comment oublier avec quelle fougue Bette Midler a incarné Janis Joplin en 1979 dans The Rose ou avec quel mimétisme troublant Val Kilmer joua Jim Morrison dans The Doors, d’Oliver Stone, en 1991 ? Mais abondance de biens peut nuire et, en janvier 2025, plusieurs critiques de cinéma se demandaient si l’on ne risque pas une « overdose de biopics ».

La sortie, mercredi 22 avril, du film consacré à Michael Jackson est une bonne raison de questionner ces œuvres inspirées de la vie de stars du rock, du rap et de la pop, voire de la chanson (Barbara, Charles Aznavour) ou de la musique classique (Maria Callas, Leonard Bernstein).

De « Superman » à « Rocketman » : une alternative rentable aux films de superhéros

Ces dix dernières années, confrontés à la concurrence des plateformes de streaming, les grands studios de cinéma ont capitalisé sur trois grands genres, très profitables : en tête, les films de superhéros, puis les licences d’aventures (de Mission Impossible à Fast & Furious) et, troisième source majeure de profit, l’animation (dominée par Disney/Pixar). Face à ce tiercé gagnant, les biopics s’affirment comme un filon tout aussi prometteur pour séduire les familles et les adolescents à une échelle internationale.

D’ailleurs, les chiffres suivent : Bohemian Rhapsody (2018, consacré à Queen et à Freddie Mercury) atteint presque le milliard de dollars de recettes, suivi par Elvis, de Baz Lhurmann (2022, 300 millions), Straight Outta Compton (2015, autour du groupe de rap N.W.A) et Rocketman (2019, sur Elton John). Ce succès public est agrémenté d’une reconnaissance critique puisque ces mêmes films ont obtenu des Oscars, des Golden Globes ou des Bafta. La conséquence de ce bilan favorable ne s’est pas fait attendre : l’enthousiasme généralisé pour cette nouvelle recette a suscité une avalanche de sorties. Parmi les biopics les plus marquants, outre ceux déjà cités, on se souvient de Love & Mercy (2015, sur le leader des Beach Boys, Brian Wilson), I Wanna Dance with Somebody (2022, consacré à Whitney Houston) ou Back to Black (2024, sur Amy Winehouse).

Et les projets annoncés sont tout aussi nombreux, que ce soit les quatre (!) films de Sam Mendes pour chacun des Beatles ou celui sur le mythe Johnny Hallyday, par Cédric Jimenez.

« Remember the time » : un genre en phase avec la mode nostalgique

Cette vague de films, qui retracent les heures de gloire de stars des années 1950 (Elvis Presley), 1960 (Bob Dylan), 1970 (Elton John), 1980 (Freddie Mercury), 1990 (Robbie Williams), s’inscrit dans une tendance de fond de la société de consommation actuelle, qui contemple avec tendresse un passé revisité. Cela concerne les séries, de Mad men (les années 1960) à Stranger Things (les années 1980) ou Tapie (de 1965 à 1995). Mais on pense aussi au secteur de l’édition, du best-seller de Pierre Lemaître sur les Trente Glorieuses aux numéros de la revue Schnock consacrés à Joe Dassin ou Sheila.

La musique n’est pas en reste, avec le retour du vinyle et de la cassette audio, l’affluence aux concerts des tribute bands, ces groupes qui remplissent les salles en reprenant les tubes de Queen ou d’Abba.




À lire aussi :
Qu’est-ce qui remplit les salles de concerts ?
La nostalgie, pardi !



Le biopic sur Michael Jackson est un regard nostalgique dans le rétroviseur qui accompagne la réédition de la Renault 5 ou le nouveau lancement du magazine Lui. Dans ce contexte, c’est sans surprise que l’album Thriller, paru en 1982, figurait encore dans le top 5 des ventes de disques au format 33 tours en France en 2025 !

Best of, remix ou reprises : relancer la machine à tubes

Pour l’industrie du disque justement, les biopics jouent un rôle bienvenu pour remettre au goût du jour des chansons de stars du passé. Parce que la musique doit se rentabiliser et, mieux, elle peut l’être plus encore que d’autres produits plus conventionnels. Cette perspective de profits a attiré les fonds d’investissement qui rachètent les catalogues des idoles des ex-fans des Sixties, de Bob Dylan à Bruce Springsteen ou Neil Young.




À lire aussi :
Bob Marley, chantre de l’émancipation


Désormais, face à de tels enjeux financiers, il ne s’agit plus seulement d’accompagner le film d’une bande originale qui ferait office de best of définitif (typiquement, comme celle du biopic sur Ray Charles, en 2004) mais il faut séduire un public néophyte, si possible en ayant recours aux talents contemporains, comme Doja Cat et Yola dans l’Elvis de Baz Luhrmann. Cet impact sur les ventes des titres du catalogue de la vedette explique d’ailleurs que certains biopics soient de purs produits de commande des ayants droit, comme celui sur Bob Marley : il faut rallumer le feu…

Et pourtant, les biopics, c’est toujours la même chanson

Succès populaires et produits lucratifs, les biopics sont-ils pour autant des films qui feront date dans l’histoire du cinéma ? En termes de scénarios, il n’y a que deux variantes : la première (et la plus fréquente) met en scène la grandeur et décadence de l’idole, comme le préfigurait en 1972 le titre du concept-album de David Bowie sur une rock star fictive, The Rise and Fall of Ziggy Stardust ; la seconde se focalise sur une crise de personnalité, un moment charnière, comme les films sur Bob Dylan ou Bruce Springsteen.

Qu’il s’agisse de la grande forme conquérante ou de la chronique intime d’un instant de bascule, tous ces films se ressemblent par leur usage immodéré du flash-back, plongeant dans l’enfance du héros comme si on ne devenait pas star mais qu’on y était prédestiné. Et à chaque fois les scénaristes se font un malin plaisir à disséminer des signes annonciateurs du miracle à venir – « C’était écrit », peut se dire le fan, dans une religiosité naïve.

La structure narrative présente un autre point commun inhérent à l’exercice : ces productions à grand budget qui doivent plaire à des spectateurs adeptes de Spiderman et de Jurassic Park ne peuvent se permettre de temps morts. Il faut de l’action, des rebondissements, des climax comme dans un blockbuster traditionnel. Accentuer les conflits, exagérer les faits pour accrocher l’attention d’une audience que l’on sait volatile devient une règle d’or. Il est significatif que le réalisateur choisi pour filmer la montée au zénith de Michael Jackson soit Antoine Fuqua, connu pour Training Day ou les trois Equalizer avec Denzel Washington, soit un archétype du spécialiste des thrillers violents à rebondissements multiples et cliffhangers efficaces.

L’ombre mise en lumière

Si le biopic musical reste donc grandement codé et stéréotypé, on peut cependant déceler quelques récentes innovations dans l’écriture qui apportent un renouveau bienvenu. En effet, après une série de films consacrés à une figure charismatique (Great Balls of Fire!, 1989 ; The Doors, 1991 ; Walk the Line, 2006), on constate que les biopics s’attardent désormais plus volontiers sur les héros discrets du business musical en décrivant avec gourmandise ces hommes et ces femmes de l’ombre qui œuvrent à la gloire de leur poulain. Malgré son échec, la série Vinyl, de Martin Scorsese (2016), a ainsi certainement marqué le modèle scénaristique des biopics contemporains par sa volonté d’ouvrir le spectre d’investigation d’une société du spectacle riche en figures truculentes et émouvantes.

Cette inflation très « sérielle » de personnages annexes compose un tissu scénaristique plus dense et plus complexe. Ainsi, le terrible colonel Parker (Elvis), l’empathique Jon Landau (Springsteen: Deliver Me From Nowhere) ou le roué Albert Grossman (Un parfait inconnu) offrent des représentations de managers permettant de comprendre comment on bâtit un mythe au prix de quelques pots-de-vin, menaces ou psychanalyses sauvages.

Le public n’est plus uniquement ébloui par le parcours christique d’une figure de pop star, il est invité à explorer les arcanes sordides et quelquefois burlesques d’un monde voué au capitalisme effréné et à la quête de gloire.

« Man in the Mirror » : incarner ou imiter, un défi pour les acteurs

Une autre question esthétique concerne la performance de l’acteur chargé de ressusciter la star disparue ou, pour de rares exceptions, de l’incarner dans sa prime jeunesse alors qu’elle continue sa carrière (Bob Dylan, Elton John). Faut-il s’effacer dans une imitation absolue ou incarner une idée plus qu’une apparence ?

Le jeu de sosie visuel et/ou vocal de Timothée Chalamet dans Un parfait inconnu raconte-t-il mieux Bob Dylan que le kaléidoscope d’incarnations d’ I’m Not There (Todd Haynes, 2007, avec notamment Heath Ledger, Christian Bale, Richard Gere et Cate Blanchett) ? Le biopic Michael mise sur la ressemblance du jeune Jaafar Jeremiah Jackson dont la faible expérience semble sans importance face à sa parenté avec l’auteur de « Billie Jean » : fils de Jermaine Jackson, il est le neveu de Michael ; il est donc qualifié de facto pour incarner son oncle, le lien généalogique faisant autorité sur ses talents d’acteur, tout en légitimant une œuvre qui devient une ode à la force de résilience de la famille Jackson.

On retrouve là le même problème que pour les tribute bands, dont certains poussent la similitude avec leur modèle à un haut degré de perfection et en font un argument commercial : endosser un déguisement vaut-il un prix d’interprétation ? Un procédé parodié par Jérôme Commandeur proposant aux Césars une fausse bande-annonce d’un biopic sur le chanteur comique Carlos.

La véritable histoire ? Non, une version édulcorée ou remontée

Le paradoxe des biopics est que, en dépit de la similitude entre l’acteur et son modèle, ces films passent souvent à côté de leur sujet. Le public assiste à des mélodrames mystiques, avec une ascension dans la douleur ou une rédemption salvatrice à grand renfort de larmes, mais il ne sait rien du processus de création musicale. Quand il n’est pas traité sous forme d’ellipse, voire totalement oublié, le sujet est abordé comme un éclair tombé du ciel, la star étant alors frappée du génie de la composition. Parmi les exceptions notables : le film sur Bruce Springsteen, focalisé sur l’écriture, et surtout celui sur N.W.A (Straight Outta Compton) du fait du caractère technique, presque tactile, de la création à base de samples.

De même, la chronologie de la carrière de l’artiste est souvent soumise à des anachronismes, des inexactitudes ou des chausse-trapes narratives au nom d’une efficacité toujours plus spectaculaire à l’écran. Bohemian Rhapsody est un parfait exemple de cette falsification chronologique, soit sur des détails (il est impossible que le titre « Fat Bottomed Girls » ait été joué lors de la tournée américaine de 1974, le titre ne sortant qu’en 1978), soit sur des éléments biographiques bien plus douloureux (l’annonce de la séropositivité de Freddie Mercury à ses collègues avant le concert du Live Aid… deux ans avant son diagnostic !). Autant de petits ou de grands arrangements avec la réalité qui accentuent le pathos et le prodigieux au détriment de l’exactitude documentaire.

Autre écart avec la réalité – même si l’histoire est présentée comme véridique – les biopics musicaux tendent à proposer une version socialement acceptable de leur héros alors qu’il s’agit souvent de rock stars aux vies dissolues ou aux comportements loin d’être exemplaires. Misogynie, violences sexistes et sexuelles, usage de stupéfiants sont atténués ou tus pour pouvoir être diffusés sans restriction d’âge et attirer des consommateurs en nombre, sans offenser qui que ce soit.

Les rugosités sont abolies, les écarts avec la morale ou la loi revus et corrigés à l’aune des questions contemporaines. Le Dylan incarné par Chalamet fait exception, antipathique au possible comme l’original. À une époque où les rebelles du rock sont intronisés au Rock and Roll Hall of Fame, les biopics contribuent à leur muséification. Dans cette quête d’honorabilité, l’entourage des stars prend désormais plus d’importance : le héros est forcément victime de son manager, des médias, du système.

Plus de sincérité dans la fiction ?

Quels sont finalement les meilleurs biopics sur les stars de la musique ? Ceux qui empruntent des chemins de traverse, comme Velvet Goldmine (de Todd Haynes, sur David Bowie) ou Aline (de Valérie Lemercier, sur Céline Dion) ? Ou bien les films de fiction joués par les rocks stars ?

En effet, tout David Bowie était déjà dans L’homme qui venait d’ailleurs (1976), Viva Las Vegas (1956) est une forme de prémonition du destin d’Elvis et l’ambivalence de Michael Jackson transparaît dans The Wiz (1978), adaptation du magicien d’Oz, avec Diana Ross et dont la musique fut supervisée par Quincy Jones, l’homme qui fera de Thriller un succès sans équivalent.


Alban Jamin, musicien et enseignant en cinéma (lycée Auguste-et-Louis-Lumière, Lyon) est coauteur de cet article. Il est l’un des contributeurs de Biopic, de la réalité à la fiction.

The Conversation

Joan Le Goff ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « I Want You Back » : La postérité aseptisée (mais lucrative) du biopic musical – https://theconversation.com/i-want-you-back-la-posterite-aseptisee-mais-lucrative-du-biopic-musical-279576

Le Liban n’arrive toujours pas à résorber le trou abyssal de son système bancaire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nizar Atrissi, Professeur associé, IAE Paris – Sorbonne Business School; Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

La singularité de la « Gap Law » : la garantie de l’argent placé sur un compte en banque ne s’effectue pas par établissement mais par déposant, à l’échelle du système bancaire. TexBr/Shutterstock

Le Liban traverse une crise bancaire sans précédent avec des dépôts bloqués, une baisse de 98 % de la valeur de la livre libanaise et un trou financier de 70 milliards de dollars états-uniens, soit plus de 59,4 milliards d’euros. Un projet de loi « Gap Law » vise à établir un nouveau cadre pour organiser la répartition entre l’État, la banque centrale, les banques commerciales et les déposants. Avec quels perdants ? Au cœur des débats : la confiance dans l’avenir du pays.


Le Liban traverse l’une des crises financières les plus graves observées au niveau mondial depuis plusieurs décennies. Avec l’effondrement de son système financier en 2019, les dépôts (dont les fonds peuvent être retirés partiellement ou totalement à tout instant) sont largement bloqués, la monnaie nationale a perdu l’essentiel de sa valeur et l’économie fonctionne sous un régime de restrictions informelles en l’absence de cadre légal.

Dans ce contexte, l’adoption par le gouvernement d’un projet de loi « Gap Law » visant à organiser la répartition des pertes bancaires le 26 décembre 2025, constitue une étape longtemps attendue, mais soulève de profondes questions quant à sa capacité à restaurer la confiance.

Alors comment le Liban peut restaurer cette confiance dans son système bancaire ?

Trou financier équivalent à trois fois le PIB du Liban

La crise financière libanaise est le résultat de déséquilibres économiques profonds accumulés pendant plusieurs décennies.

Le modèle économique reposait sur un endettement massif de l’État auprès des banques, elles-mêmes fortement exposées à la banque centrale, ou Banque du Liban. Ce système dépendait d’entrées continues de capitaux, notamment de la diaspora, facilitées par un régime de change maintenu « artificiellement » fixe entre la livre libanaise et le dollar – 1 507 livres libanaises pour un dollar états-unien de 1997 à octobre 2019.

Il favorisait de facto la circulation des flux de capitaux. Lorsque ces flux se sont taris, l’insolvabilité conjointe de l’État, de la Banque du Liban et du secteur bancaire est apparue, conduisant au défaut souverain de mars 2020.

Taux de change de la livre libanaise avec le dollar états-unien de 1960 à 2024. En 2024, 1 dollar états-unien = 89 500 livres libanaises.
Université de Sherbrooke

Depuis, la crise est gérée sans cadre légal de résolution bancaire ni contrôle des capitaux. Des restrictions sur les dépôts ont été imposées par des circulaires de la Banque du Liban. Parallèlement, la livre s’est effondrée sur le marché parallèle, perdant plus de 98 % de sa valeur, détruisant le pouvoir d’achat des Libanais et des Libanaises. Selon le FMI et d’autres organismes internationaux, le « trou financier » actuel du système bancaire dépasse 70 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB annuel du pays.

« Gap Law » sur le « trou financier »

Le projet de loi « Gap Law » de la régularité financière et de la restitution des dépôts vise à établir un cadre légal pour traiter les pertes financières accumulées en devises. Il organise leur répartition entre l’État, la Banque du Liban, les banques commerciales et les déposants.

Il prévoit la protection des dépôts jusqu’à 100 000 dollars états-unien par déposant, avec remboursement sur quatre années. Ce plafond s’applique de manière consolidée à l’ensemble des comptes détenus par un même déposant dans le système bancaire, indépendamment du nombre d’établissements concernés.

Les dépôts consolidés excédant ce seuil seraient convertis en instruments financiers de long terme, essentiellement des obligations zéro-coupon (pas d’intérêts jusqu’à la fin de durée de l’obligation), émises par la Banque du Liban, avec des maturités de dix à vingt ans selon le montant.




À lire aussi :
La crise économique au Liban en 1966 a-t-elle été provoquée par les États-Unis ?


Le Conseil central de la Banque du Liban aurait un pouvoir étendu pour déterminer les modalités de remboursement, y compris la possibilité d’accélérer les échéances, sans critères prédéfinis, alors que le Conseil des ministres pourrait les rééchelonner en fonction de l’évolution de la situation économique.

Le texte évoque une restructuration du secteur bancaire, sans préciser les critères de viabilité des établissements, les modalités de recapitalisation, ni la séquence de mise en œuvre, renvoyés à des textes d’application ultérieurs.

Les déposants en première ligne

L’un des aspects les plus singuliers du dispositif réside dans la manière dont les pertes sont consolidées. Contrairement aux pratiques généralement observées, la garantie des dépôts et la répartition des pertes ne s’effectuent pas par établissement, mais par déposant, à l’échelle du système bancaire. Lors de la crise chypriote ou en Islande, les pertes ont été rapidement reconnues, explicitement chiffrées et appliquées dans un cadre institutionnel clair visant à restaurer la confiance.

Les mécanismes de résolution bancaire reposent principalement sur une hiérarchie claire des pertes, où les actionnaires et créanciers absorbent les chocs avant toute atteinte aux dépôts, et ce banque par banque.

En agrégeant les pertes, le projet ne procède à aucune différenciation entre banques, indépendamment de leur contribution à l’effondrement financier. Celui-ci a été largement alimenté par des opérations d’ingénierie financière complexes ayant encouragé une prise de risque démesurée. Sans critères économiques conditionnant la répartition des pertes, le dispositif privilégie une stabilisation globale du système sans traitement préalable de l’aléa moral issu de ces pratiques.

Un engagement au présent sans fondement

L’enjeu ne réside pas seulement dans la manière dont les pertes sont réparties ou différées. La crédibilité des engagements repose sur la capacité future de l’économie à générer des ressources suffisantes pour les honorer, largement incertaine. En l’absence de sources de financement identifiées ou de trajectoire macroéconomique crédible, les promesses de remboursement s’apparentent davantage à des engagements conditionnels qu’à des obligations fermes.

Produit intérieur brut (PIB) du Liban, de 1989 à 2023.
Banque Mondiale

L’expérience internationale montre que ce type de dispositifs – obligations issues de restructurations ou instruments indexés sur la croissance – ne peut fonctionner que s’il est adossé à des règles claires, une gouvernance crédible et une visibilité minimale sur les flux futurs. En Grèce, Argentine ou Chypre, la valeur réelle de ces instruments dépendait moins de leur valeur faciale que de la confiance dans les institutions et le cadre macroéconomique sous-jacent.

Les instruments de la loi risquent donc d’incarner une forme de dette différée, dont la soutenabilité dépend d’une reprise hypothétique et de décisions politiques incertaines.

Faire reposer sur l’épargne privée

Sans mécanismes clairs de responsabilisation, de hiérarchisation des pertes, de recapitalisation bancaire substantielle et de collatéraux définis, le projet fait reposer une part majeure de l’ajustement sur l’épargne privée.

Cette socialisation ex post des pertes érode la richesse des ménages, réduit leur capacité d’épargne future et contribue peu à restaurer la confiance. Or, la confiance est au cœur du fonctionnement bancaire et de l’intermédiation, indispensable à la reprise de l’investissement et de l’activité économique.

Le projet de loi rompt avec des années d’inaction, mais l’enjeu dépasse la simple répartition comptable des pertes, profondément arbitraire et opaque : il touche au cœur du contrat de confiance entre l’État, le système bancaire et les citoyens, condition indispensable à toute reprise économique durable.

The Conversation

Nizar Atrissi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Liban n’arrive toujours pas à résorber le trou abyssal de son système bancaire – https://theconversation.com/le-liban-narrive-toujours-pas-a-resorber-le-trou-abyssal-de-son-systeme-bancaire-273401

L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la guerre en Iran : que dit le droit international ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Louis Perez, Chercheur post-doctorant en droit international, Université Paris-Panthéon-Assas

Le conflit en cours en Iran montre la dépendance avancée des armées états-unienne et israélienne à l’IA militaire, notamment pour le ciblage et la planification des frappes. Le bombardement d’une école à Minab, le 28 févier, présenté comme une erreur de ciblage et ayant causé la mort de 168 civils, principalement des enfants, met en lumière les risques juridiques, les failles des systèmes et les problèmes de responsabilité.


Le conflit armé contre l’Iran lancé le 28 février dernier par Washington et Tel-Aviv a été rapidement qualifié de « première guerre de l’IA ». Une assertion en réalité trompeuse à divers égards. Non seulement l’IA a-t-elle déjà été utilisée de façon intensive dans des conflits récents, notamment par Israël à Gaza, mais, plus largement, l’IA, en tant que moyen numérique de traitement et d’analyse de données, entretient une longue histoire avec les conflits armés, dont les fondements techniques remontent à la Seconde Guerre mondiale.

Certes, la situation iranienne se distingue par le niveau de sophistication sans précédent de ces moyens et par la dépendance inédite des armées à leur égard. Elle diffère également du conflit à Gaza en ce que, cette fois, l’IA a été déployée contre un adversaire étatique dans le cadre d’une guerre de haute intensité. Enfin, jamais les États n’avaient aussi ouvertement communiqué sur leur recours à ces systèmes. C’est cette communication conjuguée aux conséquences dramatiques de certaines frappes qui invite à s’interroger sur la compatibilité de ces pratiques avec le droit international.

Les faits : l’utilisation de l’IA dans la guerre en Iran

L’utilisation de l’IA par Israël dans sa guerre contre le Hamas avait été révélée par le journal +972. Ce média avait exposé ce que bon nombre de spécialistes soupçonnaient depuis quelques années. Dans le cadre du conflit en Iran, en revanche, ce sont les autorités américaines elles-mêmes qui ont annoncé leur emploi de l’IA.

Effectivement, les forces militaires américaines ont admis avoir recouru à des systèmes d’IA pour établir et trier la liste des objectifs à une vitesse fulgurante. Ce procédé aurait entraîné plus de 1 000 frappes, qualifiées de très précises, durant les vingt-quatre premières heures du conflit. Elles se seraient notamment servies du système Maven Smart System, un projet conjoint utilisant un logiciel d’IA de surveillance et de collecte de données de Palantir, couplé au système d’IA générative Claude, développé par Anthropic.

Cependant, lors du premier jour de guerre, l’une des frappes américaines a visé une école de Minab, causant la mort d’environ 170 victimes civiles, principalement des enfants. Les États-Unis ont reconnu leur responsabilité dans cette frappe, présentée comme une erreur. L’école était en effet située à proximité d’une base navale des Gardiens de la révolution. Elle faisait autrefois partie intégrante du même complexe, avant d’en être séparée. C’est donc une information non actualisée qui aurait conduit à autoriser la frappe.

Une telle méprise n’est pas anodine. De nombreux médias et ONG ont rapidement établi le lien entre l’école et la base navale. Il a ainsi été avancé que l’armée américaine aurait probablement ciblé ce bâtiment sur la base de données obsolètes en suivant aveuglément une recommandation issue d’un système d’IA sans procéder à la vérification qui s’imposait.

La licéité de l’utilisation de l’IA

Dans quelle mesure l’utilisation de l’IA pour mener ces frappes, et l’erreur commise, sont-elles licites au regard du droit international ?

Il convient d’abord de préciser que l’IA n’est pas interdite en tant que telle par le droit des conflits armés (DCA, également appelé droit international humanitaire). Pour l’heure, aucune règle juridique n’envisage spécifiquement la question de sa licéité. Pour autant, la question n’évolue pas dans un vide juridique. Les règles générales du DCA s’appliquent à la conduite des hostilités, quels que soient les moyens et méthodes déployés.

L’une de ces règles est le principe de distinction selon lequel seules les cibles militaires peuvent faire l’objet d’attaques, les personnes civiles et les biens civils devant être préservés. Viser directement une école, comme celle de Minab, en l’absence de tout objectif militaire en son sein, constitue donc une violation manifeste de ce principe. Il est toutefois peu probable que l’armée américaine ait eu l’intention délibérée de détruire l’école en tant que telle. Comme indiqué, il s’agit plus vraisemblablement d’une erreur d’identification de la cible, possiblement liée à un système d’IA entraîné sur des données obsolètes, datant de l’époque où le bâtiment était encore rattaché à la base navale.

En conséquence, la violation est plutôt relative au principe de précaution. Ce dernier prescrit notamment que les parties au conflit doivent faire tout ce qui est pratiquement possible pour vérifier que les objectifs à attaquer sont bien des objectifs militaires. En l’espèce, l’armée américaine ne semble pas avoir procédé aux vérifications nécessaires pour s’assurer que la cible était une école. Une vérification élémentaire, comme celle effectuée par certains médias, aurait pu rapidement dissiper le moindre doute.

Il faut rappeler que, lors de la guerre à Gaza, il avait été rapporté que des soldats israéliens ne disposaient parfois que de vingt secondes pour valider une cible, ce qui interroge sur la possibilité matérielle de respecter effectivement ce principe. Les préoccupations relatives à l’IA militaire se cristallisent souvent autour de la question de l’autonomie et du risque qu’un système désigne et engage seul une cible ; c’est l’enjeu des systèmes d’armes létales autonomes. Cet exemple démontre toutefois qu’un contrôle humain formellement maintenu peut n’être que fictif si l’opérateur ne dispose ni du temps ni de l’esprit critique nécessaires pour évaluer une recommandation algorithmique.

Du côté iranien, il y a lieu de relever que le principe de précaution n’a pas davantage été respecté. Ce principe impose non seulement des obligations à l’attaquant, mais requiert également de l’attaqué qu’il prenne certaines précautions passives : les parties doivent notamment éloigner les personnes civiles et les biens de caractère civil des objectifs militaires. En l’espèce, transformer un bâtiment d’une base navale en école, tout en la maintenant à proximité immédiate du reste du complexe militaire, exposait délibérément cette installation civile aux risques liés à la conduite des hostilités.

Quelles responsabilités juridiques, politiques et morales ?

La responsabilité individuelle. L’attaque ne constitue pas un crime de guerre.

Si l’attaque constitue une violation du DCA, il est probable qu’aucun militaire américain ne soit condamné pour de tels faits. Outre les questions de compétence juridictionnelle, le principal obstacle tient à ce que ni la violation du principe de précaution ni les erreurs conduisant à des violations du DCA ne constituent des crimes de guerre au sens du droit international pénal.

L’acte matériel est bien caractérisé, mais l’élément intentionnel, c’est-à-dire la volonté de commettre l’infraction, fait défaut. Le régime de responsabilité pénale internationale actuel ne reconnaît pas la responsabilité pour négligence dans ce contexte. Cette approche pragmatique pourrait néanmoins évoluer. D’une part, si les erreurs algorithmiques de ciblage se multiplient, le caractère « raisonnable » de l’erreur sera de plus en plus difficile à invoquer et l’utilisation consciente d’un système connu pour ses défaillances pourrait induire une forme d’intention indirecte de cibler des civils. D’autre part, le droit pourrait à l’avenir se développer pour sanctionner les militaires qui, par leur négligence, causent la mort de civils.

La responsabilité des entreprises d’IA. Un bras de fer entre puissances économique et politique.

Un autre point de vigilance tient au rôle des entreprises privées spécialisées en IA qui détiennent aujourd’hui la majeure partie des compétences technologiques mobilisées sur le champ de bataille. Ces entreprises pourraient être tenues responsables lorsqu’elles développent des systèmes défaillants, mais, au-delà de cette responsabilité, une question morale et politique fondamentale se pose au regard de la vente de technologies d’IA à des fins militaires.

Juste avant l’entrée en guerre des États-Unis, Anthropic, qui produit le système Claude, s’était opposé à une coopération sans limite avec le Pentagone, notamment sur les armes autonomes, en invoquant ses engagements éthiques et les limites de fiabilité technique de ses systèmes pour les usages envisagés. Le Pentagone avait alors accusé Anthropic de trahison, bien que ses systèmes continuent d’être utilisés par l’armée.

D’autres entreprises du secteur, comme OpenAI, Google, Amazon ou Microsoft, semblent, quant à elles, collaborer sans réserve avec les armées, s’imposant de facto comme de véritables entreprises de défense. Il est intéressant de noter que des entreprises, normalement guidées par le profit, ont parfois plus d’états d’âme en la matière que certains États pourtant garants de l’intérêt général.

La responsabilité étatique. Répondre de ses actes et prévenir les prochaines violations.

Les États qui développent et utilisent l’IA militaire portent une responsabilité particulière. En l’espèce, les États-Unis engagent leur responsabilité internationale pour la commission d’un fait internationalement illicite. Cette responsabilité sera, certes, difficile à mettre en œuvre dans la pratique. Mais au-delà, il émerge une responsabilité tant juridique que politique. Aux termes de l’article 1 commun aux conventions de Genève, les États ont en effet l’obligation de respecter et de faire respecter le DCA. Or, le développement de l’IA militaire tend à miner ce respect, voire à favoriser et à dissimuler les violations du droit.

Divers mécanismes pourraient endiguer ce phénomène, comme la formation des militaires aux spécificités des systèmes d’IA, l’élaboration de règles d’engagement propres à l’IA, des garanties techniques de fiabilité et de transparence des systèmes ainsi que des tests et évaluations réguliers. Plusieurs initiatives internationales appellent à intégrer de telles mesures au sein de nouveaux instruments juridiques. Pourtant, la volonté politique fait défaut, notamment chez les États à l’avant-garde du développement et de l’utilisation de l’IA militaire.

Ainsi, Pete Hegseth, secrétaire à la défense des États-Unis, semble en réalité agir dans le sens contraire. Il a récemment limogé des conseillers juridiques militaires qu’il considérait comme des entraves à la bonne conduite des hostilités et a qualifié les règles d’engagement de stupides. Plus largement, les États-Unis s’opposent à toute réglementation juridique internationale de l’IA militaire. L’IA apparaît ainsi comme à la fois l’un des moteurs et le révélateur d’une érosion profonde du DCA.

Jacques Lacan disait : « Le réel, c’est quand on se cogne. » L’accident de Minab constitue un évènement dramatique qui confirme les risques sur lesquels les experts en IA militaire alertent depuis plusieurs années et qui aurait dû susciter bien davantage de réactions.

En réalité, cette information semble avoir été éclipsée par d’autres considérations perçues comme plus urgentes et plus visibles dans le cadre de cette guerre, à commencer par le risque nucléaire. L’accident de Minab n’aura pas été l’électrochoc attendu pour inciter les États à s’entendre sur un cadre juridique spécifique applicable à l’IA militaire. Il reste à savoir si un tel électrochoc est encore possible ou même souhaitable.

The Conversation

Louis Perez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la guerre en Iran : que dit le droit international ? – https://theconversation.com/lutilisation-de-lintelligence-artificielle-dans-la-guerre-en-iran-que-dit-le-droit-international-280562

Cloud tech outages: how the EU plans to bolster its digital infrastructure

Source: The Conversation – France – By Christine Abdalla Mikhaeil, Assistant professor in information systems, IÉSEG School of Management

When Amazon Web Services (AWS) went down globally in October 2025, millions of users were abruptly reminded how invisible yet indispensable cloud technology has become.

From banks and hospitals to airlines and retail platforms, entire sectors slowed or came to a standstill. The disruption followed a separate catastrophe earlier in July 2024, when CrowdStrike’s software update grounded operations around the world.

Different companies. Different causes. Yet both events exposed the same uncomfortable truth: the world’s digital infrastructure, the networks, servers and software that underpin nearly every modern service, is far more fragile than we like to believe.

Technically, these were very different failures, but the similarity lies in how quickly they cascaded. A single error in a single company rippled across global systems that had no direct relationship to that company at all.

The illusion of resilience

For years, cloud providers have marketed themselves as the answer to such fragility. Distributed computing, automated backup, and redundant systems are supposed to keep data and services online even when local components fail. However, the cloud model depends heavily on network connectivity and can introduce latency and other vulnerabilities, that mitigates certain failures, but does not eliminate fragility entirely.

As both the AWS and CrowdStrike incidents show, redundancy on paper doesn’t always mean resilience in practice. Many organisations that rely on AWS for critical services also use AWS for their backup, monitoring or authentication. When a core network fails, so do the fail-over mechanisms designed to prevent downtime. In other words, “diversification” often exists only within the same provider’s ecosystem, a classic case of putting all eggs in one digital basket.

At the heart of the issue is cloud concentration. A small number of companies, primarily AWS, Microsoft and Google, now host the majority of the world’s digital infrastructure. Even more when, cloud computing has become the backbone of modern AI by relying on large, centralized data centers that offer substantial processing power and scalability.

Governments, universities, hospitals and even competitors run their critical services on these same platforms. The convenience and cost efficiency are undeniable. But this consolidation has created a structural vulnerability. A single misconfiguration or software flaw in one of these providers can have global consequences, similar to how a major bank failure can destabilise the financial system.

The situation is further complicated by opacity: cloud providers rarely disclose full details of their interdependencies or internal resilience practices. Customers often have no clear map of how their services are distributed, where their data resides, or which other systems they rely on indirectly. When outages happen, even identifying who’s responsible can be a challenge.

Europe’s dependence and ‘digital sovereignty’

What makes these incidents particularly concerning is that they involve private companies running public infrastructure. AWS and CrowdStrike aren’t just serving commercial clients, they underpin hospitals, airports, energy grids and government systems. When they fail, entire ecosystems fail, not just their direct customers. Yet oversight of these critical dependencies remains minimal.

For Europe, these outages turned an abstract “digital sovereignty” debate into a very concrete dependency problem.

Digital sovereignty is about the capacity to ensure that critical data, infrastructure, and AI systems operate under EU rules and remain controllable in crises. This sovereignty framing ties outages to broader issues of jurisdiction (US access to data), trade power, and strategic autonomy for critical sectors, like finance, health, and public administration.

Politically, it responds to dependence on a handful of US hyperscalers who hold over 70% of the European cloud market and are also subject to US laws like the CLOUD Act. On the CLOUD Act side, explanations by EU‑focused providers and analysts emphasise that US‑headquartered cloud firms (including AWS, Microsoft, Google) are subject to the Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act, which can compel disclosure of data stored in European data centers.

Cloud and AI sovereignty frameworks address where and under which law sensitive data and workloads run, and how easily European users can exit, port, or reconfigure in the face of outages or geopolitical shocks.

Recent European initiatives explicitly treat hyperscalers and major Information and Communication Technology (ICT) providers as systemic infrastructure, not just vendors.

Under the Digital Operational Resilience Act (DORA), in force since 2025, EU financial regulators can designate “critical third party ICT service providers” and subject them to direct oversight to reduce systemic risk.

EU debates on cloud now emphasise exit, portability, and multi‑cloud architectures, arguing that resilience depends less on “more providers” and more on avoiding structural lock‑in that makes switching or redundancy impossible in practice. DORA addresses who runs critical digital infrastructure for finance and how the European Union can oversee and stress test them as systemic actors.

Guaranteeing cybersecurity across Europe

The Cyber Resilience Act (CRA), in force since December 2024, is the EU’s way of hard wiring “resilience by design” into the entire stack of connected hardware and software that underpins Europe’s digital infrastructure.

CRA addresses what characteristics all networked digital products must have so they do not import unmanageable cyber risk or opaque vulnerability handling into the EU.

The NIS2 (Directive (EU) 2022/2555 came into effect in January 2023 and required transposition into national law by October 2024, expanding from NIS1’s narrow scope to cover medium/large entities in energy, transport, health, finance, digital infrastructure (including cloud), public administration, manufacturing, and more. NIS2 operationalises sovereignty at the entity level: critical operators must align their practices with EU standards, even when relying on non-EU providers, creating a harmonised resilience baseline across the single market. It integrates with CRA, DORA, and cloud initiatives by requiring entities to demand equivalent resilience from suppliers, closing gaps in the dependency chain.

Beyond regulations, the Commission is building practical sovereignty tools around cloud and AI.

A “Cloud Sovereignty Framework” tender (up to €180 million for 6 years), launched in 2025 and awarded in April 2026 to Luxembourg’s Post Telecom, Germany’s StackIT, French Iliad’s data centre unit Scaleway and Belgium’s Proximus, sets concrete sovereignty criteria, strategic, legal, operational, environmental, supply chain transparency, openness, security, and EU law compliance, for cloud services procured by EU institutions.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Christine Abdalla Mikhaeil est membre de l’Association for Information Systems (AIS).

ref. Cloud tech outages: how the EU plans to bolster its digital infrastructure – https://theconversation.com/cloud-tech-outages-how-the-eu-plans-to-bolster-its-digital-infrastructure-280928

Les femmes, les oubliées de la science sur l’accouchement et l’allaitement

Source: The Conversation – in French – By Thomas Delawarde-SaÏas, Professeur de psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La médecine reproductive connait très bien la qualité du lait maternel, les indicateurs néonataux et les courbes de risque. Pourtant, lorsque 20 % des femmes québécoises décrivent des pressions coercitives, des gestes non consentis ou une douleur ignorée lors de l’allaitement ou de l’accouchement, ces savoirs-là – sur leur vécu, leur anxiété, leur autonomie décisionnelle – ne comptent presque pas dans la décision médicale. Il est peut-être temps que la médecine intègre pleinement leur vécu comme critère scientifique à part entière.


Professeur à l’UQAM et chercheur en psychologie communautaire, mes travaux portent sur la réduction des inégalités sociales de santé, les politiques publiques en périnatalité, et la transformation des institutions au service du bien-être des familles et des professionnels. Avec mes collègues universitaires et travaillant en obstétrique, nous avons récemment mené deux recherches empiriques qui étudient le vécu des femmes. Nos résultats montrent que les pratiques médicales en périnatalité, bien que visant la sécurité des mères et des enfants, peuvent parfois se faire au détriment de leur autonomie décisionnelle et de leur santé mentale.

Deux formes de savoirs

En santé reproductive, les décisions médicales s’appuient sur divers savoirs scientifiques, qui n’ont pas tous la même valeur. Ces savoirs décrivent notamment ce que le corps féminin devrait permettre, préserver ou optimiser : le développement de l’enfant, la continuité et la qualité de la reproduction, la gestion du risque obstétrical. Ces connaissances, abondamment étudiées, mesurées et financées, structurent l’essentiel des recommandations cliniques.

D’autres sources de connaissances portent pourtant sur les femmes elles-mêmes : leur santé mentale, leur capacité à décider, et leur vécu émotionnel. Ces travaux existent – mais ils sont moins nombreux, moins mobilisés dans les cadres décisionnels, et plus rarement érigés en priorité de santé publique. On sait ainsi beaucoup de choses sur la qualité du lait, les indicateurs néonataux ou les courbes de risque, mais on dispose de données nettement plus fragmentaires sur ce que vivent les femmes lorsqu’elles doivent composer avec ces recommandations.




À lire aussi :
De la dépression postnatale à la détresse relationnelle : repenser la santé mentale périnatale


Le problème apparaît lorsque ces deux formes de savoirs entrent en tension. Dans ces situations, ceux considérant le corps des femmes comme un moyen au service d’autres finalités tendent à s’imposer, reléguant au second plan ceux qui portent sur leur vécu et leur autonomie décisionnelle.

Quelle place pour les mères dans l’allaitement ?

Dans une étude menée en 2024 au Québec auprès de 944 femmes, nous avons voulu comprendre comment les politiques d’incitation à l’allaitement interagissaient avec les choix des femmes. Les résultats ont montré que, sans égard pour le choix d’allaiter et l’attitude des femmes par rapport à l’allaitement, 20 % des personnes rapportaient avoir reçu des messages jugeants, coercitifs, intrusifs ou en décalage avec leurs besoins.

Certaines expriment une absence totale de prise en compte de leur santé mentale : « Le message ne prend jamais en compte les besoins de la mère, physiques ou psychologiques ». D’autres décrivent des gestes non consentis, des pressions répétées pour continuer malgré la douleur, ou l’absence d’information sur les alternatives : « Ils me faisaient mal et je n’étais pas en état de refuser ».

L’étude montre aussi que les difficultés vécues – douleur, stress, anxiété, sentiment d’échec – sont souvent minimisées ou renvoyées à « un manque d’efforts ». Et lorsque les femmes choisissent de ne pas allaiter exclusivement, un nombre important rapportent n’avoir reçu aucun soutien, ou même avoir subi des jugements négatifs de la part du corps médical.

Dans le champ de l’allaitement, institutionnellement structuré par l’Initiative « Hôpitaux amis des bébés » (je souligne), les considérations sur les bénéfices pour l’enfant – immunité, prévention des infections, effets à long terme – occupent une place centrale et orientent largement les recommandations internationales.

En comparaison, les recherches portant sur les conséquences psychologiques et sociales des politiques d’incitation à l’allaitement pour les femmes sont beaucoup moins visibles dans les cadres décisionnels. Pourtant, ces travaux existent et documentent des liens entre pression normative, culpabilisation, défaut de consentement et détresse émotionnelle, incluant anxiété, perte de confiance et sentiment d’échec maternel.

Les deux corpus proviennent des mêmes espaces scientifiques. Mais dans la pratique clinique, les connaissances centrées sur les besoins de l’enfant s’imposent, tandis que celles portant sur la santé mentale, les limites et la capacité d’agir des mères (choisir d’allaiter ou ne pas allaiter) demeurent périphériques.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


En marge de son propre accouchement

Les travaux sur les violences obstétricales offrent un autre terrain particulièrement éclairant pour observer ces tensions entre savoirs. Dans une recherche récente menée au Québec auprès de 271 personnes ayant accouché dans les deux dernières années, nous avons documenté les formes que peuvent prendre ces violences ainsi que leurs conséquences émotionnelles.

Trois grands types d’expériences ressortent : des interactions non-soutenantes avec les professionnels, l’absence de consentement à certains actes médicaux et des défaillances organisationnelles des services. Plus largement, 78 % des participantes rapportent avoir vécu au moins une expérience désagréable lors de leur accouchement, souvent liée à la manière dont les soins étaient réalisés ou imposés.

Ces pratiques sont rarement nommées comme des violences. Elles s’inscrivent plutôt dans une logique de protocolisation et de sécurité : accélérer le travail, prévenir les complications, optimiser les issues périnatales. Autrement dit, elles s’appuient sur un corpus de connaissances biomédicales centré sur la gestion du risque obstétrical et la protection du fœtus.




À lire aussi :
Voici comment reconnaître et prévenir la violence obstétricale et gynécologique


Mais lorsque l’on examine leurs effets du point de vue des femmes, un autre savoir émerge. Les participantes décrivent un sentiment d’impuissance, d’humiliation, de dépossession de leur accouchement, certaines allant jusqu’à dire s’être senties « comme une expérience de laboratoire ». La douleur minimisée, les gestes pratiqués sans consentement ou les plans de naissance ignorés illustrent une disqualification récurrente de leur propre expertise corporelle.

Ici encore, deux registres de connaissances coexistent : l’un centré sur la sécurité obstétricale, l’autre sur l’intégrité psychique et l’autonomie décisionnelle des femmes. Et lorsque ces registres entrent en tension, ce sont le plus souvent les impératifs biomédicaux qui structurent la décision, reléguant au second plan les conséquences émotionnelles et subjectives des pratiques.

Concilier les enjeux biomédicaux et l’expérience vécue

Ces deux recherches montrent que les personnes dont le corps est objectifié ne manquent ni d’informations ni de capacité réflexive. C’est la valeur accordée à leur savoir qui manque. Quand les connaissances issues de leur vécu, de leur santé mentale ou de leur trajectoire de vie entrent en tension avec des savoirs biomédicaux centrés sur la fonction du corps (porter, accoucher, nourrir, conserver la possibilité de procréer), ce sont presque toujours ces derniers qui l’emportent.

Il est essentiel à cet égard de reconnaître que les preuves scientifiques sont toujours produites, sélectionnées et interprétées dans un cadre normatif. Lorsque le corps est principalement envisagé à travers ses fonctions reproductives, les connaissances qui s’y accordent tendent à structurer les décisions.

Interroger cette hiérarchie revient à élargir le cadre dans lequel elle est mobilisée. Cela suppose de considérer les effets des pratiques médicales non seulement en termes d’issues biomédicales, mais aussi en termes d’expérience vécue, de santé mentale et de capacité à décider.


L’auteur rapporte ici des résultats produits dans le cadre d’une programmation de recherche collaborative avec Cécile Delawarde-Saïas, Coralie Mercerat, Julie Poissant et Eloïse St-Denis.

L’auteur remercie Eloïse Lara Desrochers et Julie Zaky pour leur relecture de cet article et leurs commentaires critiques qui en ont augmenté la qualité.

La Conversation Canada

Thomas Delawarde-SaÏas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les femmes, les oubliées de la science sur l’accouchement et l’allaitement – https://theconversation.com/les-femmes-les-oubliees-de-la-science-sur-laccouchement-et-lallaitement-270337

East African Community’s expansion has triggered financial troubles: why solutions come with risks

Source: The Conversation – Africa – By Nicodemus Minde, Researcher, United States International University

The East African Community is one of Africa’s oldest regional economic organisations. Its birth in 1967 was the culmination of decades of economic ties forged in the colonial era between Kenya, Uganda and Tanzania. It’s no surprise that the EAC is also the most deeply integrated regional entity.

In its heyday between 1967 and 1977, the bloc shared a common currency, jointly operated a development bank and administered its transport infrastructure as one. There was a common education policy with a single syllabus and examining body as well as the University of East Africa with specialised colleges in the three countries.

Political friction and conflicting priorities, among other factors, led to its collapse in 1977 but it was revived in 1999. Citizens within the bloc currently benefit from free movement of goods, services, labour and capital, along with the rights of establishment and residence. Unmet objectives include the return of a common currency and a political federation.

Meanwhile, the bloc has grown from three to eight – Rwanda and Burundi joined in 2007; South Sudan in 2016, the DR Congo in 2022 and Somalia in 2023. The territory covers stretches from the Indian Ocean to the Atlantic and brings together over 331 million people and a combined GDP of US$313 billion as of 2025.

However, this rapid expansion has triggered financial difficulties, putting the economic integration agenda at risk. While partner states are expected to contribute to fund the bloc’s operations, only Kenya, Tanzania and Uganda regularly meet their quota. The budget shortfall has led to massive staff layoffs and a freeze on new recruitment.

So serious is the crisis that it was top of the agenda at the annual summit of the heads of state in March 2026. The leaders stepped up to reform the funding model and signalled that the bloc was ready to sanction or sideline countries that compromise funding.

I have studied regionalism and integration in eastern Africa, conducted research on the EAC and published on Tanzanian citizens’ sovereignty, popular participation, and the EAC integration and democratisation.

It is my view that the radical proposals will compel non-paying partner states to either shape up or ship out. These reforms will salvage the East African Community but could potentially trigger mistrust and perception of unequal benefits in the long run.

The cost of rapid expansion

Each of the eight partner states is expected to contribute approximately US$7 million to fund the bloc’s operations. In addition, the bloc relies on development partners to fund some activities.

In recent years, six of the eight member states have missed their budget contributions. This resulted in a US$90 million budget shortfall. Regional institutions affected by these include:

  • the East African Legislative Assembly, the regional parliament

  • the East African Court of Justice, responsible for the interpretation and application of the EAC Treaty.

The two have failed to perform their core functions due to resource constraints. The regional assembly, on occasion, has been forced to skip sittings. This has an effect on critical debates and enactment of new laws to foster economic integration. The regional court grapples with case backlogs.

In November 2023, the EAC Summit adopted a new financing model. It shared 65% of the budget equally among partner states and the rest based on each country’s financial capacity. This capacity is assessed using the World Bank’s average nominal GDP per capita metric for the previous five years.

But only Kenya, Tanzania, and Uganda – and occasionally Rwanda – have remitted their contributions on time. Domestic conflicts in South Sudan, the DRC and Somalia may have played a role in the slow contributions of these newer EAC members. In the 2024-2025 financial year, Burundi paid only 19% of its expected contribution, the DRC paid 14%, Somalia paid around half, and South Sudan paid a mere 7%.

Overall compliance stood at roughly 58%, leaving the bloc with arrears exceeding US$55 million. In the 2025-2026 cycle, the picture was even bleaker: compliance slipped to just 36.6%, while outstanding obligations climbed to about US$90 million.

The pattern also hints at something deeper: political ambivalence among non-paying members, and uneasiness among some partner states about the benefits of belonging to the bloc. Despite the funding challenges, inter-regional trade in the EAC has been on the rise due to increased trade facilitation under the customs union and common markets protocols. The EAC has also made advances in peace and security. In 2022 for example, through the Nairobi Process, the EAC facilitated peace talks and deployed the East African Community Regional Force in DRC.

Beyond funding, personal and political differences between the DRC’s President Felix Tshisekedi and Rwanda’s Paul Kagame have contributed to tensions within the bloc.

What did the leaders decide at the March summit?

Kenya, Uganda and Tanzania, in a rather surprising but decisive move, pushed for a new financing formula, replacing the model adopted in 2023.

The highlights of the new financing formula include:

  • 50% of the budget will be shared equally among all partner states, while the remaining 50% will be based on each country’s economic strength. The formula will take effect from 1 July 2026. By factoring in differences in economic capacity, the reform aims to reduce the burden on smaller economies and make the bloc’s funding more sustainable.

  • members of the legislative assembly should be paid by their respective national assemblies with effect from December 2027

  • the council of ministers should finalise the schedule of sanctions considering the new financing formula. The EAC aims to deal with mounting arrears and non-payment through a sanction regime.

A quorum for the meeting of all organs and institutions of the community will be two-thirds of all partner states. Previously, all states had to participate in passing crucial resolutions, and this was frustrated by absenteeism, especially by non-paying countries.

Nominations for the key institutional positions will depend on the sponsor state’s ratification of all community legal instruments, domestication of the treaty, and full implementation of the roadmap for the partner state’s integration.

What’s next

These are radical proposals, with consequences. Take the example of the decision to appoint Stephen Mbundi of Tanzania as the new secretary general. Based on the rotational principles of the EAC, South Sudan was poised to take over the position from Kenya’s Veronica Nduva. But South Sudan is a defaulter.

This decision signalled the bloc’s commitment to financial compliance and commitment to the spirit of regional integration. Uganda’s president, Yoweri Museveni, also took over the chairman’s position, bypassing Somalia and the DRC, which were poised to lead the community for a year. Somalia and the DRC have been behind in their annual payments.

The proposals, which appear to have been orchestrated by the founding members, suggest a pragmatic move to salvage the EAC.

The Conversation

Nicodemus Minde does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. East African Community’s expansion has triggered financial troubles: why solutions come with risks – https://theconversation.com/east-african-communitys-expansion-has-triggered-financial-troubles-why-solutions-come-with-risks-280632

Ghana’s mining law aims to stop speculation but leaves communities in limbo – insights from a lithium case study

Source: The Conversation – Africa – By Clement Sefa-Nyarko, Lecturer in Security, Development and Leadership in Africa, King’s College London

Ghana’s parliament ratified the country’s first lithium mining agreement in March 2026. This came three years after lithium mining was confirmed as commercially viable in September 2023.

The Ewoyaa Lithium Project, in the Central Region of Ghana, covers an area where farming communities have lived for generations. It spans several communities.

The agreement is between the government and Barari DV Ghana Limited, the local subsidiary of Australia-based Atlantic Lithium. Lithium is a mineral used in batteries that power electric vehicles, renewable energy storage systems and everyday electronics. It’s at the heart of global minerals supply chains to decarbonise energy and transport.

With the deal in place, formal discussions will begin with mining communities about relocation, compensation and restoring livelihoods. Compensation could include payment for land, crops, construction work and other assets that will be affected by mining operations, as required under Ghana’s Minerals and Mining Act.

The ratification of the deal also marks the end of a legal moratorium set out in Ghanaian law. This comes into force once minerals of commercial value are discovered.

The moratorium, which lasted three years in the case of the Ewoyaa Lithium Project, was designed to protect both the state and mining firms from complications such as speculative construction, sudden land claims, and inflated compensation demands that may arise from new developments.

Under Ghana’s mining law, once minerals of commercial value are confirmed, temporary restrictions are placed on new permanent structures, farm expansion and other major land use changes in the affected area. It lasts until there is a mineral agreement and compensation arrangements are clear. The intention is to stabilise land use and ensure fair valuation.

It has profound social consequences.

For people already living in these areas, the moratorium can mean extended periods of uncertainty. During this time, everyday decisions about livelihoods, housing and the future are placed on hold.

Its practical impact is that residents living on or near the mining area can’t build, expand their farms, or make other major decisions about land use.

The affected communities live in a state of suspended time during the moratorium. Farmers are unable to plan their next season confidently. Families delay home improvements. Young people postpone major life decisions because their future access to land remains unclear.

The mining agreement doesn’t end the waiting. Instead, it opens a new phase of negotiations, compensation assessments and administrative back and forth. It could stretch on for months or even years.

This prolonged uncertainty causes real social and economic harm. Yet its effects are often overlooked.

My academic work examines governance, natural resources, politics, and energy transitions. In a recent paper, based on extensive fieldwork in the lithium-rich communities of Ewoyaa, Krampa Krom and Krofu, I investigated how these delays and uncertainty shaped everyday life. I gathered firsthand accounts of how people navigated this period of waiting. All are affected by the project.

The effects were unmistakable. People described the moratorium as a form of “frozen time”, when life could not move forward.

The economic setbacks and emotional strain from long periods of uncertainty often go unrecognised in public policy discussions.

Time on hold

My research identified a number of negative effects of the delays in getting mining operations off the ground.

Firstly, households described how it eroded local opportunities and contributed to young people leaving the area. Young people expressed frustration as their job prospects remained frozen, and they lacked clarity on whether future employment at the mine would be accessible or meaningful.

Many young adults, already frustrated by years of stalled prospects, had left in search of work elsewhere.

The few lower-paid jobs associated with early stage mining activities were not yet available.

Secondly, farmers reported clear losses: they could not expand or invest.

Thirdly, women traders, many of whom sell farm produce and foodstuffs, reported disruptions in household income patterns because farming activities were stalled.

Fourth, community elders, reflecting on years of limited communication, described a growing distrust towards government institutions and the processes governing the mineral agreement.

Across these accounts, what united residents was the feeling that their lives had been interrupted by forces far beyond their control. The moratorium did more than pause development, it suspended decision making, aspirations and the ability to plan even the simplest aspects of the future.

“Time on hold” shaped economic choices, social relationships and the very rhythm of community life.

In my study, I argue that these prolonged delays are a form of “temporal injustice”. This concept emerged directly from listening to residents describe how their aspirations, livelihoods and sense of security were reshaped by bureaucratic time.

Temporal injustice occurs when certain groups bear unfair burdens of waiting, uncertainty and delayed decision-making. These disruptions may seem minor when viewed from the outside. But they have broader implications. They affect project timelines, investor confidence, and the long-term reliability of the supply chains that power the global clean energy transition.

Looking forward

As Ghana and the mining company move into the compensation and community engagement phase, they have an opportunity to address not only material losses but the temporal burdens that communities have endured.

First, compensation frameworks should recognise that the moratorium itself caused harm. Beyond land, crops and structures, policymakers must account for the economic and social costs of years spent waiting.

Second, community engagement must be timely, transparent and genuinely participatory.

Information should flow consistently, especially when people’s livelihoods depend on it.

Third, Ghana should incorporate temporal justice principles into mining governance, including clearer timelines, regular updates and support for communities facing prolonged delays.

Finally, as Ghana deepens its role in the global critical minerals supply chains, local communities should share the benefits rather than being left to carry hidden costs. A just energy transition demands fair distribution not only of mineral wealth, but of time, certainty and opportunity.

The Conversation

Clement Sefa-Nyarko receives funding from UK Research and Innovation (UKRI) for a Future Leaders Fellowship that is researching justice in critical minerals governance and energy transitions. Clement also does occasional consultancy for Participatory Development Associates for research and evaluation in Africa, but not directly related to mining.

ref. Ghana’s mining law aims to stop speculation but leaves communities in limbo – insights from a lithium case study – https://theconversation.com/ghanas-mining-law-aims-to-stop-speculation-but-leaves-communities-in-limbo-insights-from-a-lithium-case-study-279594

The way primates parent their young shows how strict labels like parenting styles miss the mark

Source: The Conversation – Canada – By Libby Ware, PhD, Biological Anthropology, Université de Montréal

Whether you’ve sought them out or not, you’ve probably encountered parenting content creators on social media at some point in the last two decades.

In the comments section, you’ve undoubtedly seen parents being celebrated for their child-rearing methods. And you’ve probably also seen a lot of disagreements, “mom-shaming” or criticism of parenting styles.

“Gentle parenting” — an empathy-based approach focused on raising confident children through understanding and respect — has experienced a rise in popularity, for example. And then, predictably, it has been followed by sharp critiques.

More often than not, parenting is framed as a choice between fixed styles, but evidence from primate research suggests effective parenting is flexible and responsive to context.

Parenting is more complex than categories

According to Diana Baumrind, an influential American clinical and developmental psychologist, there are three parenting styles: authoritative, authoritarian and permissive.

The authoritative approach has high parental warmth and discipline, the authoritarian one has low parental warmth and high discipline and permissive parenting has high parental warmth and low discipline.

Humans, however, are far from the only animal to parent. Non-human primates have a variety of parenting approaches, and researchers have looked to our closest relatives to understand how caregiving adapts across environments.

Maternal primate care strategies vary from permissive to protective, much like human parenting styles.

Primate mothers invest more energy and time into feeding, being with and generally caring for their offspring, from infancy to independence, than males do. This mirrors traditional family roles under patriarchal standards in humans.

Similarities also appear in how human and non-human primate mothers sometimes adapt their parenting to best fit their offspring’s needs and environment.

Evolution supports responsive parenting

In a recent study by psychologists and primatologists comparing humans and captive bonobos, gibbons and siamangs, researchers found that, across all study species, mothers adjusted their behaviour to the potential risks facing their offspring.

They also changed their approaches based on age, typically decreasing protective behaviours and increasing some permissive ones as infants grew older. For example, imagine this scenario: your child becomes a teenager and has a later curfew (increased permissiveness) and is allowed sleepovers (decreased protectiveness). This would fit the authoritative approach.

Interestingly, protective care was higher in both humans and bonobos. This similarity may be explained by our shared genetics (about 99 per cent). There may be more risk in permissiveness, depending on the environment.

The flexibility in maternal care across primate species suggests that parenting is not be as simple as choosing one style or approach. Adjusting across the axes of permissiveness and protection, as well as levels of warmth and involvement, seems to be key to effective parenting with the best outcomes.

What works better appears to be the ability to shift based on context. This flexibility extends across caregivers as well, including fathers, whose role has often been underestimated.

What research says about fathers

Paternal care is present in primates but rare in other mammals. This is another reason non-human primates and humans are a more comparable model for parental care than other animals.

Fathers are important to the survival of offspring in marmosets, tamarins, titis and owl monkeys, as well as some lemurs and siamangs. This is often in the form of grooming, support during confrontations and protection from infanticide.

It is common for adults, specifically males, to be aggressive towards young members of the group. In many species, this is a form of socialization, teaching the juveniles their place within the social hierarchy. This is more common in stricter social hierarchies like chimpanzees and may shift male roles toward the authoritarian category.

It’s well documented that parenting styles and involvement have an influence on the social and health outcomes of children. While many mammal studies focus on the influence of the mother, a study on marmosets found that during the first 30 weeks of life, a present father can improve both survival and growth trajectories of offspring.

These results are also consistent for fathers with multiple offspring, and is among the first piece of evidence demonstrating this in wild marmosets. They form long-term pair bonds and are largely monogamous, making their social model additionally comparable to ours.

These results are consistent with studies in humans showing the value of fatherhood in child health outcomes. This is a parallel between primate care and human parenting styles that encourage paternal involvement, which has historically been overlooked.

Male involvement in rearing challenges assumptions about the importance of fathers in non-human animals. Fathers clearly have a role in the success of their offspring through adulthood.

So if parenting is fundamentally adaptive, then debates over what style is right may be less useful than we think. This has implications for parenting advice culture and how we design support systems.

The Conversation

Libby Ware does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The way primates parent their young shows how strict labels like parenting styles miss the mark – https://theconversation.com/the-way-primates-parent-their-young-shows-how-strict-labels-like-parenting-styles-miss-the-mark-276516