Route 66 : cent ans d’un mythe qui ne raconte pas toute l’histoire

Source: The Conversation – France (in French) – By Daniel Milowski, Adjunct Professor of History, Arizona State University

La Route 66 fête son centenaire en 2026. Mais derrière l’image d’Épinal de la « Mother Road » se cache une histoire plus complexe, où le marketing, les inégalités raciales et les mutations économiques ont façonné autant le mythe que la route elle-même.


Agissant de concert, l’American Association of State Highway Officials et le Bureau of Public Roads adoptèrent, le 11 novembre 1926, un système uniforme de numérotation des routes, accompagné d’une carte officielle. Ce nouveau système remplaçait le dédale de routes et d’itinéraires qui coexistaient jusque-là – comme la Lincoln Highway ou l’Old Trails Road – par un réseau officiel de routes numérotées, approuvé par les autorités routières fédérales et des États.

Depuis, quelques-unes de ces routes sont devenues de véritables icônes de la culture américaine. La Route 1 traverse ainsi la côte Est, du Maine jusqu’à la Floride. La Route 101 est célèbre pour ses panoramas spectaculaires sur l’océan Pacifique, tandis que la Route 6 a été immortalisée dans Sur la route, le roman culte de Jack Kerouac.

La plus célèbre reste sans doute la Route 66, surnommée la « Main Street of America » (« la rue principale de l’Amérique ») et la « Mother Road » (« la route mère »). Alors que les villes qui la jalonnent s’apprêtent à célébrer son centenaire, une question me vient pourtant à l’esprit : qu’est-ce que l’on célèbre exactement ?

En tant qu’historien de la Route 66, j’ai montré qu’il existe en réalité deux versions de cette route longue de 2 448 miles (3 940 kilomètres). Il y a d’abord la route bien réelle, qui incarne l’essor des infrastructures américaines au XXe siècle. Et puis il y a la route mythique : une icône culturelle empreinte de nostalgie, associée à une certaine vision du XXe siècle faite de romantisme, d’aventure, de liberté et de conquête de l’Ouest américain.

La Route 66 a bien failli ne jamais exister

Alors que les responsables des routes des différents États négociaient, dans les années 1920, les détails du nouveau réseau routier américain, ils accordaient une grande valeur aux numéros se terminant par un zéro, réservés aux grands axes transcontinentaux. L’idée était simple : ces routes attireraient le plus de circulation et, avec elle, les retombées économiques.

Le commissaire aux routes de l’Oklahoma, Cyrus Avery, était l’un des plus fervents défenseurs d’une liaison entre Chicago et Los Angeles, destinée à stimuler le trafic routier à travers le Midwest. Il proposa de lui attribuer le numéro 60, afin de bénéficier de ce prestigieux numéro réservé aux grands itinéraires nationaux.

Mais les représentants du Kentucky et de la Virginie s’y opposèrent, faisant valoir que l’itinéraire proposé par Avery ne reliait pas véritablement les deux côtes du pays. Ils suggérèrent à la place le numéro 62. Avery répliqua avec un numéro qui, selon lui, sonnait mieux : le 66.

Une fois cette querelle de numérotation réglée, la carte du premier réseau routier national des États-Unis fut approuvée. Il fallut toutefois encore douze ans pour que la Route 66 soit entièrement achevée, devenant ainsi la première route fédérale américaine intégralement revêtue d’un revêtement en dur sur toute sa longueur.

Aventure, rédemption et réinvention

S’il a fallu plus de dix ans pour achever la route dans son intégralité, la construction du mythe de la Route 66, elle, a commencé presque immédiatement. À peine les travaux avaient-ils débuté que Cyrus Avery, John T. Woodruff et d’autres figures influentes des villes situées le long de son tracé se réunissaient, en janvier 1927, pour créer la U.S. Highway 66 Association, avec pour objectif de promouvoir les voyages sur cette nouvelle route.

L’association se mit à promouvoir la Route 66 comme le meilleur itinéraire pour rejoindre la côte Ouest et alla jusqu’à déposer un slogan pour la route : « The Main Street of America » (« la rue principale de l’Amérique »). Elle parraina également des événements spectaculaires, comme la Trans-American Footrace, afin de faire connaître la Route 66.

Cette course, partie de Los Angeles le 4 mars 1928, bénéficia d’une très large couverture médiatique. Les journalistes racontaient avec emphase les exploits des coureurs, tout en dressant des portraits saisissants des paysages du Sud-Ouest américain. Peu à peu, la Route 66 s’est ainsi ancrée dans l’imaginaire collectif comme le symbole de l’aventure et du romantisme.

Pendant la Grande Dépression et les années du Dust Bowl, des milliers de migrants venus des Grandes Plaines et du Midwest empruntèrent la Route 66 vers l’ouest, dans l’espoir de reconstruire leur vie en Californie.

L’écrivain John Steinbeck baptisa la Route 66 la « Mother Road » (« route mère ») dans les Raisins de la colère, la comparant à un cordon ombilical conduisant les réfugiés de l’Oklahoma – les Okies – qui fuyaient le Dust Bowl vers une nouvelle vie en Californie. Employée par la Farm Security Administration, l’agence du New Deal chargée d’aider les populations rurales, la photographe Dorothea Lange a immortalisé ces mêmes réfugiés que Steinbeck mettait en scène dans son roman. Sa photographie de 1938, Family on the Road, montre un couple et ses deux jeunes enfants faisant de l’auto-stop sur la Route 66 près de Weatherford, dans l’Oklahoma, après avoir perdu leur ferme.

Ensemble, Steinbeck et Lange ont contribué à enrichir le mythe de la Route 66 de nouvelles significations, associées à la perte, mais aussi à la rédemption. Après la Seconde Guerre mondiale, la route est ensuite devenue l’un des symboles de la prospérité de l’après-guerre.

La chanson de Bobby Troup, « (Get Your Kicks) on Route 66 », enregistrée pour la première fois en 1946 par le Nat King Cole Trio, a fait de cette artère un véritable rite de passage de l’Amérique d’après-guerre. Des millions d’Américains partirent ensuite en vacances en famille vers le Sud-Ouest des États-Unis en empruntant la Route 66, dormant dans des motels familiaux en bord de route, dégustant des hamburgers dans des diners aux enseignes lumineuses et posant devant les attractions géantes qui jalonnaient le parcours.

Le mythe face à la réalité

Mais l’imagerie emblématique et les mythes qui entourent la Route 66 sont souvent en décalage avec la réalité de cette route. À mes yeux, la chanson de Bobby Troup résume parfaitement la tension entre ces deux visages de la Route 66.

En 1946, lorsque Nat King Cole enregistra « (Get Your Kicks on) Route 66 », lui et ses musiciens ne pouvaient en réalité guère profiter de la Route 66. La plupart des établissements qui la bordaient refusaient en effet de les servir. Les exemplaires du Green Book, le guide répertoriant les hôtels, restaurants et commerces accueillant les voyageurs noirs à l’époque des lois Jim Crow, montrent à quel point les options étaient limitées.

Il a fallu attendre l’adoption du Civil Rights Act de 1964, puis les actions menées par le ministère de la Justice pour faire appliquer cette loi, afin que les services et infrastructures touristiques le long de la Route 66 deviennent réellement accessibles à tous les Américains, quelle que soit leur couleur de peau.

Mais lorsque les motels, diners, garages et stations-service de la Route 66 sont enfin devenus accessibles à tous les voyageurs, le déclin de la route avait déjà commencé. Le Federal Aid Highway Act de 1956 a donné un coup d’accélérateur à la construction d’un nouveau réseau d’autoroutes. Ces infrastructures de l’après-guerre privilégiaient les déplacements rapides entre les grandes villes et leurs banlieues, où les Américains s’installaient alors en nombre.

Mais cette rapidité de déplacement s’est faite au détriment des petites villes contournées par les nouvelles autoroutes, privant de nombreux commerces de la Route 66 de la clientèle dont ils dépendaient pour survivre.

À la différence des établissements familiaux qui bordaient l’ancienne route, les sorties des nouvelles autoroutes étaient désormais dominées par les grandes chaînes nationales de motels, de restaurants et de stations-service. Soucieuses d’éviter tout contrôle du ministère de la Justice au titre des lois sur les droits civiques, ces enseignes affichaient clairement qu’elles accueillaient tous les voyageurs, incitant davantage encore les automobilistes à délaisser les anciens commerces de la Route 66.

Aujourd’hui, alors que la Route 66 fête ses 100 ans, un fossé subsiste entre le souvenir qu’en gardent certains et ce qu’elle a réellement représenté pour la majorité des Américains. La liberté de voyager et de « prendre son pied » sur cette route était largement réservée aux Blancs. Une grande partie de l’imaginaire associé à la Route 66 est née des campagnes de promotion des premières associations routières, qui s’adressaient avant tout à un public blanc. Il est peu probable que de nombreux voyageurs afro-américains ou latinos éprouvent la même nostalgie.

Aujourd’hui, la nostalgie de la Route 66 s’accompagne souvent d’une esthétique « Fifties », qui célèbre l’Amérique d’avant le mouvement des droits civiques comme une époque plus pure, plus simple et plus authentique. Cette Amérique idéalisée reflète davantage le pays dans lequel certains Américains d’aujourd’hui aimeraient vivre, c’est-à-dire une nation moins complexe, moins diverse, faite d’aventure, de romantisme et d’opportunités, que l’Amérique nuancée et plurielle dans laquelle ils vivent réellement.

The Conversation

Daniel Milowski ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Route 66 : cent ans d’un mythe qui ne raconte pas toute l’histoire – https://theconversation.com/route-66-cent-ans-dun-mythe-qui-ne-raconte-pas-toute-lhistoire-287643

La souveraineté énergétique passe-t-elle forcément par l’électrification ? L’exemple du solaire thermique, mieux développé dans d’autres pays pas forcément plus ensoleillés

Source: The Conversation – France in French (2) – By Olivès Régis, Professeur en énergétique, Université de Perpignan Via Domitia

La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont poussé le gouvernement Lecornu à accélérer la mise en œuvre de mesures inscrites dans la programmation pluriannuelle de l’énergie, dite PPE3. D’un objectif environnemental de réduction des émissions de CO₂, il est passé à un enjeu de souveraineté énergétique, « électrifier pour moins dépendre des énergies fossiles ».

Dans le secteur du bâtiment, ces mesures sont actuellement très en faveur des pompes à chaleur pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Mais ce ne sont pas les seules solutions, comme le montre un regard sur quelques-uns de nos voisins européens, bénéficiant pourtant de moins d’ensoleillement, qui ont recours au solaire thermique – plus simple que le solaire photovoltaïque.


En France, l’eau chaude sanitaire, c’est-à-dire l’eau que nous consommons pour la douche essentiellement et la vaisselle éventuellement, consomme une énergie de 75 térawatts-heures (75 milliards de kilowatts-heures). Pour donner une idée, cette énergie correspond à l’électricité produite par un cinquième du parc nucléaire français. C’est le troisième poste de consommation d’énergie après le chauffage et l’électricité dans le secteur résidentiel. Ce poste occupe 10 à 20 % du budget énergie d’un ménage.

Alors que les efforts liés à la réglementation ont conduit à la réduction de la consommation d’énergie pour le chauffage, la part de l’eau chaude sanitaire subit plutôt une tendance à la hausse. Décarboner l’énergie dans le secteur du bâtiment nécessite donc de se pencher sérieusement sur les systèmes de production d’eau chaude sanitaire. Ceci nous amène à privilégier les systèmes électriques pour chauffer l’eau et à délaisser, forcément, les chaudières à gaz. Parmi ces systèmes électriques, on trouve les chauffe-eaux électriques, les plus répandus, et les chauffe-eaux thermodynamiques, beaucoup moins répandus mais deux à trois fois plus performants. Ces derniers ont actuellement le vent en poupe, car ils s’inscrivent très bien dans la Stratégie nationale bas carbone : le secteur du bâtiment y trouve donc une réponse intéressante à la question de souveraineté énergétique tout en respectant les impératifs écologiques.

Néanmoins, si l’électrification des usages est indispensable à la transition énergétique, elle ne doit pas faire oublier que d’autres types d’énergies renouvelables sont disponibles et exploitables pour fournir de la chaleur – elles pourraient permettre d’accroître notre souveraineté énergétique, de diversifier nos sources énergétiques pour ne pas dépendre d’un seul type d’infrastructure et de réduire nettement nos émissions de gaz à effet de serre.

La souveraineté passe-t-elle uniquement par l’électrification ?

Un chauffe-eau thermodynamique est une pompe à chaleur couplée à un ballon d’eau chaude. Grâce à son compresseur, la pompe à chaleur puise la chaleur dans l’air environnant et élève son niveau de température à environ 60 °C, température requise pour l’eau chaude sanitaire. Le rapport entre la chaleur nécessaire pour chauffer l’eau et l’électricité consommée est le coefficient de performance (COP). Pour un chauffe-eau électrique, le coefficient de performance est très proche de 1. Pour un chauffe-eau thermodynamique, le coefficient de performance dépend de la température de l’air extérieur. Généralement, les constructeurs affichent un coefficient de performance de 3. Cependant, on constate que lors des périodes froides à températures négatives, la résistance électrique prend le relais et le coefficient de performance se rapproche alors de 1. En conditions réelles, il est donc plutôt compris entre 2 et 3.

Ainsi, remplacer une chaudière au gaz ou un chauffe-eau électrique par un chauffe-eau thermodynamique apparaît comme un moyen efficace pour réduire la consommation d’énergie et s’extraire des inconvénients de l’énergie fossile : pollution, émissions de CO₂, dépendance aux pays producteurs, augmentation des coûts…

Des énergies renouvelables permettent également de chauffer l’eau et de diversifier nos ressources.

Dans le cas de la géothermie, au lieu de puiser la chaleur dans l’air extérieur, on exploite le fait que la température est stable dans le sous-sol et donc de la chaleur géothermique. Un chauffe-eau thermodynamique couplé à un forage géothermique peut avoir un coefficient de performance supérieur à 5. Beaucoup plus efficace, ce système requiert néanmoins un investissement plus élevé du fait du forage. Ce type de système reste tout de même intéressant dans l’habitat collectif, ou quand il permet de produire à la fois le chauffage et l’eau chaude sanitaire : on parle alors de « système combiné ».

Au-delà de la géothermie, le soleil aussi peut chauffer l’eau.

Comment marche un chauffe-eau solaire thermique ?

La technologie fait appel à des capteurs solaires thermiques : du cuivre pour les tubes, du verre à l’avant pour éviter le refroidissement tout en laissant passer les rayons du soleil, un isolant thermique à l’arrière, une armature en aluminium pour tenir le tout. Cette technologie simple, mature et efficace, peut être fabriquée localement. Elle est très différente du solaire photovoltaïque, qui génère de l’électricité mais nécessite des matériaux bien plus complexes et des cellules produites majoritairement en Asie.

Aux capteurs solaires thermiques, on ajoute un ballon de stockage, une petite pompe servant de circulateur et un boîtier électronique commandant la pompe selon la différence de température entre le ballon et la sortie du capteur.

Ainsi, la chaleur collectée par les capteurs solaires est transmise à un fluide caloporteur. Ce fluide, généralement de l’eau glycolée, cède sa chaleur à l’eau contenue dans le ballon avant de retourner dans les capteurs. Dans les régions qui ne subissent que quelques jours de gel dans l’année, il est même possible de se passer d’eau glycolée et d’utiliser directement l’eau du réseau.

Le ballon est muni d’une résistance électrique qui sert d’appoint pour pallier les journées sans soleil. Une installation typique est constituée de 4 mètres carrés de capteurs solaires et d’un ballon de 200 à 300 litres.

Un potentiel important mais sous-exploité

Résultat : un chauffe-eau solaire à Lille permet de couvrir près de 65 % des besoins en eau chaude sanitaire, à Besançon 71 %, à Orléans 72,5 %, à Bordeaux 76 % et à Nice 85 % (soit une moyenne nationale de 75 %). Ce système possède ainsi un coefficient de performance dépendant certes de l’ensoleillement, mais toujours compris entre 3 et 8, et donc supérieur à celui d’un chauffe-eau thermodynamique.

En 2024, la surface de capteurs en France hexagonale était de 2,457 millions de mètres carrés, utilisés essentiellement pour des chauffe-eau solaires individuels. Avec une moyenne de 4 mètres carrés installés, cela conduit à environ 600 000 installations – ceci correspond à moins de 2 % de l’ensemble des systèmes de chauffe-eaux.

En d’autres termes, le solaire thermique est peu déployé, alors que la ressource solaire disponible est suffisante pour assurer de 65 à 85 % des besoins en eau chaude sanitaire. Malheureusement, comme les énergies renouvelables thermiques sont très facilement et trop souvent oubliées (nous privilégions en France des technologies plus complexes et énergivores), le marché du solaire thermique est plutôt moribond.

Pour illustrer ce propos, comparons avec le scénario établi en 2029 par RTE (Réseau de transport d’électricité). Dans ce scénario, il s’agissait de remplacer de 9,5 millions de chauffe-eaux électriques et de chaudières à gaz par des chauffe-eaux thermodynamiques, afin d’aboutir à une économie d’énergie annuelle de 3 térawatts-heures et une réduction des émissions de CO₂ annuelles de 800 000 tonnes.

Par comparaison, nous estimons qu’installer 9,5 millions de chauffe-eaux solaires aboutirait à 16 térawatts-heures d’économies d’énergie annuelles et près de 5 millions de tonnes de CO₂ évitées par an. Les gains seraient très nettement supérieurs au scénario proposé par RTE.

Une solution rentable économiquement et déployée dans des pays moins ensoleillés

Mais est-il possible – et raisonnable – d’installer 9,5 millions de chauffe-eaux solaires ? Ceci correspondrait à 30 % des foyers (il y a 31 millions de ménages en France).

Ce n’est pas si éloigné de ce qui est fait en Autriche, où environ 27,5 % des foyers auraient installé des chauffe-eaux solaires (1,15 million d’installations pour 4,18 millions de ménages). En effet, n’étant pas dotée de centrale nucléaire, l’Autriche souhaite décarboner son énergie mais sans forcément passer par l’électricité. Elle a choisi de privilégier les technologies les mieux adaptées aux usages et en particulier à la production de chaleur à 60 °C, qui convient très bien au solaire thermique. Ce n’est donc pas étonnant que le plus grand fabricant de capteurs solaires thermiques soit autrichien !

Notons qu’en termes d’ensoleillement, les Autrichiens ne sont pas mieux dotés que les Français – c’est même plutôt l’inverse. Les Autrichiens reçoivent entre 1 000 et 1 200 kilowatts-heures d’énergie solaire par mètres carrés et par an, alors que les Français en reçoivent entre 1 000 et 1 800 kilowatts-heures par mètres carrés et par an.

Le solaire thermique intéresse plus globalement de plus en plus de nos voisins européens, Allemagne et Danemark en tête. On constate une augmentation du nombre de réseaux de chaleur urbains, de centres aquatiques et d’industries alimentés par des capteurs solaires thermiques.

La stabilité du coût de la chaleur ainsi produite explique cet intérêt grandissant : il ne dépend que des investissements et de la ressource solaire.

Les mesures gouvernementales françaises pourraient davantage favoriser ces technologies, qui répondent véritablement aux enjeux environnementaux, économiques et de souveraineté énergétique.

The Conversation

Olivès Régis a reçu des financements de l’ANR.

ref. La souveraineté énergétique passe-t-elle forcément par l’électrification ? L’exemple du solaire thermique, mieux développé dans d’autres pays pas forcément plus ensoleillés – https://theconversation.com/la-souverainete-energetique-passe-t-elle-forcement-par-lelectrification-lexemple-du-solaire-thermique-mieux-developpe-dans-dautres-pays-pas-forcement-plus-ensoleilles-286900

Redessiner le monde pour mieux le comprendre : le pouvoir politique des contre-cartes

Source: The Conversation – France in French (3) – By Patty Heyda, Professor of Urban Design and Architecture, Washington University in St. Louis

L’île de la Tortue (« Turtle Island ») est le nom que certains peuples autochtones donnent à l’Amérique du Nord. Cette contre-carte est orientée vers l’est, c’est-à-dire en direction du soleil levant. The Decolonial Atlas, CC BY-NC-ND

Les cartes ne se contentent pas de représenter le monde : elles contribuent à le façonner. Longtemps utilisées pour asseoir le pouvoir politique, économique ou colonial, elles peuvent aussi, en réintroduisant les informations omises et en croisant des données rarement associées, révéler les inégalités, les exclusions et les rapports de force invisibles qui structurent nos territoires.


À travers l’histoire, les cartes ont été des outils précieux pour les puissants, leur permettant d’affirmer leur emprise sur des territoires et des marchés. Les responsables politiques engagent des batailles de redécoupage électoral à l’échelle nationale afin de garantir le contrôle de leur camp, affaiblissant ainsi le pouvoir des électeurs. Les postures géopolitiques de l’administration Trump à propos du Groenland s’inscrivent dans une longue histoire de l’impérialisme appuyé par les cartes. Et dans la Rome antique, la table de Peutinger représentait une vision immense de l’Empire en plaçant Rome au centre du monde.

Mais les cartes peuvent aussi raconter des histoires cachées sur la politique et le pouvoir, permettant aux populations de se réapproprier leurs espaces et leur avenir. C’est notamment le cas des contre-cartes – c’est-à-dire des cartes qui remettent en question les présupposés existants – en élargissant les récits dominants sur un lieu pour y intégrer des points de vue jusque-là exclus.

Comme urbaniste, architecte, cartographe et chercheuse en politique de l’espace, j’ai pu constater de quelle manière les cartes façonnent les espaces urbains et les récits que l’on construit à leur sujet. J’ai également vu comment elles peuvent remettre en question ces récits et faire émerger d’autres significations d’un lieu, portées par les habitants et les travailleurs qui l’occupent au quotidien.

Bien plus que de simples outils numériques d’orientation, les cartes sont des instruments stratégiques de construction du monde. Elles montrent que certaines idées ou frontières que l’on croit immuables peuvent en réalité être rendues flexibles. Chacun peut créer une carte et, parce qu’elles sont des outils de narration spatiale, les possibilités qu’elles révèlent sur les lieux sont pratiquement infinies.

Qui fabrique les cartes ?

Le géographe Mark Monmonier est célèbre pour avoir expliqué comment mentir avec les cartes. Il soulignait que les producteurs de cartes disposant d’un pouvoir important, qu’il s’agisse des gouvernements ou des entreprises, recourent à une sélection des informations afin de promouvoir des objectifs particuliers ou de diffuser une image de marque.

Les cartes routières de Shell Oil des années 1950 constituent un exemple révélateur de l’utilisation des cartes comme outil marketing. Arborant un grand logo en couverture et la rose des vents aux couleurs de Shell à l’intérieur, ces cartes étaient distribuées gratuitement dans les stations-service à travers le pays. Elles faisaient la promotion de la marque tout en facilitant les déplacements en automobile grâce à la représentation des routes et des principaux points de repère. Au verso figuraient également des tableaux de kilométrage permettant aux automobilistes de planifier leurs arrêts pour faire le plein. En revanche, ces cartes passaient sous silence les réseaux de transport concurrents, comme les lignes d’autobus.

Carte de San Diego
Cette carte routière de Shell Oil Company, datant de 1956 et consacrée à San Diego, exclut de manière notable les lignes de transports publics.
Shell Oil Company/David Rumsey Map Collection, David Rumsey Map Center, Stanford Libraries, CC BY-NC-SA

Les institutions publiques et les organismes nés de partenariats public-privé utilisent également des cartes pour promouvoir certains agendas politiques. Ainsi les cartes de redlining (une pratique consistant à exclure certains quartiers de l’accès au crédit immobilier) de la Home Owners’ Loan Corporation des années 1930 montrent de manière particulièrement explicite comment les pouvoirs publics et le secteur immobilier se sont servis des cartes pour exclure certaines communautés. Réalisées pour la quasi-totalité des grandes villes américaines, elles identifiaient comme risqués pour les prêteurs les quartiers où vivaient les Afro-Américains, les excluant de fait de l’accès à la propriété.

Aujourd’hui encore, les opérations de redécoupage électoral partisan menées dans des États, comme le Texas ou la Floride, permettent de voir comment les cartes sont utilisées pour contrôler l’accès aux leviers de la démocratie. Ces redécoupages ont été réalisés en dehors du calendrier habituel du recensement afin de maximiser les chances d’obtenir davantage de sièges au Congrès lors des élections de 2026.

Recartographier les coulisses

Si les cartes servent à écarter systématiquement les quartiers minoritaires des marchés immobiliers, alors le fait de recartographier ces systèmes permet de mettre au jour les mécanismes par lesquels les pouvoirs publics et les acteurs privés organisent cette exclusion, ainsi que les bénéficiaires de celle-ci.

Dans mon livre, Radical Atlas of Ferguson, USA, je propose une nouvelle cartographie de cette ville américaine afin de montrer ce qui se joue en coulisses dans la planification régionale et municipale. Cette approche révèle pourquoi des inégalités aussi marquées continuent d’y perdurer.

La banlieue de Ferguson, située dans le nord du comté de St. Louis, s’est retrouvée sous les projecteurs en 2014 lorsqu’un policier blanc a abattu Michael Brown Jr, un adolescent noir non armé. La mobilisation suscitée par cette injustice a contribué à donner un nouvel élan au mouvement Black Lives Matter.

Dans les cartes réunies dans ce livre, j’ai superposé de nouveaux récits afin de mettre en lumière le contexte politique et économique complexe qui sous-tend la situation de Ferguson. Ainsi, l’historien Walter Johnson souligne que plusieurs grandes entreprises figurant au classement Fortune 500 sont implantées à quelques pâtés de maisons seulement de l’endroit où Michael Brown a été tué. Alors que ces entreprises bénéficient d’importantes exonérations fiscales et d’aides publiques destinées à soutenir leur développement immobilier, les dépenses municipales consacrées à des besoins essentiels, comme les écoles publiques ou les trottoirs, demeurent insuffisamment financées. En mettant en évidence ces différentes dimensions du territoire, les cartes peuvent révéler qui influence réellement la vision des urbanistes et des responsables politiques.

Carte du Missouri mettant en évidence Ferguson et présentant les niveaux de criminalité contre les biens
Alors que les institutions financières commettent, elles aussi, des atteintes aux biens (indiquées ici par les hachures rouges), notamment à travers les prêts hypothécaires à risque (« subprime »), ces infractions figurent rarement sur les cartes de la criminalité patrimoniale, qui se limitent généralement aux vols de biens ou de véhicules, aux cambriolages et aux incendies volontaires.
Patty Heyda/Radical Atlas of Ferguson, USA via Belt Publishing

La recartographie aide les décideurs à mieux prendre conscience des biais présents dans les données qu’ils utilisent pour évaluer les quartiers et produire les cartes municipales. Les cartes présentant des données de criminalité apparemment objectives, par exemple, tendent souvent à renforcer les représentations du risque associées aux quartiers minoritaires. Mais lorsque les délits contre les biens recensés dans le nord du comté de St. Louis, où vit une majorité de résidents noirs, sont mis en regard des fraudes hypothécaires commises par des acteurs de la finance lors de la crise de 2008 – un jeu de données généralement absent des catalogues municipaux –, il apparaît clairement que cette zone a été spécifiquement ciblée par les prêteurs spécialisés dans les crédits hypothécaires (subprimes). Élargir la manière dont nous évaluons les données et leurs sources permet ainsi de déplacer l’attention vers les forces sous-jacentes qui produisent ces statistiques.

Le remapping (ou recartographie) permet également de croiser des couches d’information qui semblent, à première vue, sans rapport, afin de faire émerger de nouvelles connexions spatiales. Pourquoi, par exemple, la participation électorale est-elle si faible dans le quartier où Michael Brown a été tué ? Une carte combinant la répartition raciale de la population et l’emplacement des bureaux de vote révèle non seulement l’absence de bureau de vote dans le quartier majoritairement afro-américain, mais aussi l’existence de barrières physiques, notamment une voie ferrée surélevée et un corridor fluvial, qui compliquent l’accès des habitants à l’hôtel de ville et aux autres bureaux de vote.

Carte de Ferguson montrant l’emplacement des bureaux de vote, les lignes de transports publics et les quartiers à majorité noire par circonscription électorale
Les cartes révèlent les obstacles physiques qui contribuent à la faible participation électorale à Ferguson, notamment le manque de bureaux de vote et l’absence de transports publics desservant l’hôtel de ville.
Patty Heyda/Radical Atlas of Ferguson, USA via Belt Publishing

Des cartes au service du public

À mesure que les détenteurs du pouvoir continuent de politiser les cartes, la pratique du remapping peut servir l’intérêt général en rendant ces systèmes de pouvoir plus visibles pour tous. Les contre-cartes ont inspiré de nombreux militants à réintroduire dans les récits dominants des informations qui en avaient été exclues.

Le cartographe Andrew Middleton m’a ainsi fait découvrir un exemple parlant : une relecture pétrofuturiste des cartes routières de Shell Oil. Ces contre-cartes représentent les routes figurant sur les cartes de Shell comme étant submergées en fonction des projections d’élévation du niveau de la mer liées au changement climatique – un phénomène principalement causé par la combustion des énergies fossiles produites par des entreprises telles que Shell.

Les cartes sont des représentations géographiques à échelle réduite, conçues pour être lisibles et utiles. Elles sont comprises par des personnes de tous âges. Elles communiquent visuellement au-delà des langues et sont faciles à transporter. Lorsque les cartes et les contre-cartes mettent au jour et superposent des relations autrement invisibles qui façonnent un lieu, elles contribuent à faire émerger de nouvelles formes de mémoire collective et proposent des conceptions plus riches et plus significatives de l’autorité publique.

The Conversation

Patty Heyda ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Redessiner le monde pour mieux le comprendre : le pouvoir politique des contre-cartes – https://theconversation.com/redessiner-le-monde-pour-mieux-le-comprendre-le-pouvoir-politique-des-contre-cartes-284467

« Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison-Blanche et la déshumanisation des sans-papiers

Source: The Conversation – France in French (3) – By Fatima-Zahra Aklalouch, Doctor in English Linguistics specialized in Political Discourse Analysis, Université Paris Cité

Capture d’écran de la page d’accueil du site officiel *Aliens.gov* de la Maison-Blanche. Le texte dit : « Ils marchent parmi nous. »
Whitehouse.gov

L’ESSENTIEL.

  • En mai dernier, l’administration Trump a mis en ligne un site permettant de repérer et d’arrêter les sans-papiers sur le territoire national.

  • Jouant de l’ambiguïté du terme éponyme aliens, cette plateforme traduit la politique anti-immigration de Washington en un dispositif mêlant divertissement de science-fiction et surveillance à grande échelle.

  • L’analyse linguistique de ce site met en évidence un procédé numérique de déshumanisation des sans-papiers, présentés comme des menaces dissimulées qu’il conviendrait de débusquer et d’expulser.


Lancée le 29 mai 2026, la page web Aliens.gov semble tout droit sortie d’un film de science-fiction. Son univers visuel convoque un imaginaire nourri de secrets, de vie extraterrestre, de dossiers confidentiels, de vérités dissimulées et de mythologie des ovnis. La page est composée de couleurs sombres, de lettres vertes lumineuses et de références à des informations « déclassifiées ». Le tout est couronné d’une formule dramatique : « Ils marchent parmi nous. » Le lecteur est invité à parcourir une interface à la fois ludique et conspirationniste, comparable au générique de la série X-Files.

Puis vient le rebondissement : l’objectif n’est pas de divulguer des informations déclassifiées concernant l’existence d’une vie extraterrestre ; les « aliens » en question sont… les migrants en situation irrégulière qualifiés, en lettres capitales, d’« ILLEGALS » (« CLANDESTINS » en français).

Ce glissement de sens constitue le principal ressort de la rhétorique de la page. Il repose sur le double sens du mot « alien », qui désigne à la fois un non-citoyen sur le plan juridique et, dans le langage courant, un extraterrestre. En convoquant d’abord ce second sens, avant de le rediriger vers les migrants en situation irrégulière, la page vise à enrober une catégorie juridique dans une atmosphère d’étrangeté, de secret et de menace.

De « non-citoyen » à « non-humain »

Avant même que la page n’avance le moindre argument, un seul mot en a déjà façonné le sens.

Qualifiez quelqu’un de « migrant sans papiers » et le lecteur pensera peut-être à la législation, à la paperasse administrative ou à la politique de gestion des frontières. Qualifiez cette même personne d’« alien », entourez ce mot d’images d’ovnis, et une image différente apparaît : non pas un individu doté de sa propre histoire, mais une présence étrange et dangereuse qu’il convient de détecter.

C’est là que commence le travail de déshumanisation. La page n’a pas besoin d’affirmer que les migrants sans papiers sont moins qu’humains. Elle affaiblit leur statut de personne en les présentant d’abord comme une catégorie menaçante plutôt que comme des personnes ayant des noms, des voix, des familles, des motivations, des parcours.

Les travaux de Nick Haslam sur la déshumanisation aident à comprendre ce mécanisme. La déshumanisation peut priver les personnes d’une pleine reconnaissance en tant qu’humains en les représentant comme des êtres semblables à des animaux, à des machines, à des objets ou dépourvus de qualités associées à la personnalité humaine.

Sur Aliens.gov, les migrants sans papiers apparaissent précisément à travers cette catégorisation réductrice. En tant qu’aliens, ils n’existent qu’à travers des arrestations, des données sur une carte, des présences suspectes et des procédures de renvoi.

Il en résulte à la fois une rhétorique anti-immigration et une déshumanisation multimodale. Les mots, les couleurs, le genre visuel, la cartographie, les pronoms et les liens institutionnels concourent tous à produire la même image : celle du migrant sans papiers comme présence étrangère au sein de l’espace national. La question n’est plus seulement « quel est le statut juridique de cette personne ? », mais aussi « comment la localiser ? »

Bien plus qu’une blague : quand la politique se met à parler le langage de la pop culture

L’humour de cette page fait partie intégrante de son efficacité politique.

Dans une séquence de l’émission « In Depth with Lena Tillett » diffusée sur NBC10 Philadelphie, l’historien spécialiste de la politique et des médias Brian Rosenwald note que les partisans de Trump sont susceptibles de percevoir du second degré dans le style de la plateforme – un style provocateur, amusant et destiné à irriter les détracteurs de l’administration actuelle. Dans cette interprétation, la plaisanterie ne se contente pas de divertir les partisans du président. Elle vise aussi à présenter ses opposants comme des personnes dépourvues d’humour ou excessives – des gens qui « deviennent fous » parce qu’ils ne sauraient pas encaisser une plaisanterie.

L’humour confère au message une couche protectrice. Si les détracteurs dénoncent des images déshumanisantes, la réponse est toute prête : ils n’ont pas saisi la plaisanterie. L’expression d’un désaccord politique est ainsi présentée comme la manifestation d’une réaction émotionnelle excessive.

Mais l’opposition à cette page n’est pas seulement une question de goût. NBC10 Philadelphia a rapporté que plusieurs organisations de défense des droits des immigrés de Philadelphie avaient condamné le site, la Pennsylvania Immigration Coalition le qualifiant de « honte » et de « trolling sur Internet financé par les contribuables ». Le même reportage fait état d’inquiétudes concernant le dispositif de signalement, que ces organisations considèrent comme une incitation à la délation. C’est là que la blague devient une stratégie.

Cette page s’inscrit plus largement dans le narratif de Trump sur l’immigration : invasion, situation d’urgence, protection, criminalité, expulsion et restauration nationale. Les décrets présidentiels signés en janvier 2025 décrivent l’immigration clandestine comme une « invasion à grande échelle », un « afflux sans précédent d’étrangers en situation irrégulière » et une « grave menace » pour la nation. La frontière est présentée comme un lieu où se joue, dans la plus grande urgence, la défense du territoire, avec le soutien des forces militaires. Un autre décret, intitulé « Protéger le peuple américain contre l’invasion », établit un lien entre la lutte contre l’immigration clandestine, la sécurité nationale, la sécurité publique et le bien-être économique des Américains.

Les décrets fournissent la doctrine. La page Aliens.gov en fait un spectacle. Ce qui apparaît dans le langage officiel comme une situation d’urgence, de souveraineté et de répression réapparaît sous la forme d’un divertissement politique devenu viral.

Il s’agit d’un discours politique repensé pour une économie de l’attention numérique. La page emprunte la dimension divertissante de la culture des ovnis, puis l’associe aux arrestations, aux signalements et aux expulsions. Elle devient une interface officielle de l’expulsabilité.

« Ils sont parmi nous »

« Ils sont parmi nous » est la phrase qui fait passer cette blague du statut de plaisanterie à celui d’avertissement.

Sa force réside dans le mot « parmi », grâce auquel la frontière s’efface. La menace imaginée ne vient plus de l’extérieur, elle est déjà présente au cœur même des espaces quotidiens de la vie nationale. Elle peut se trouver dans la rue, au travail, chez le voisin, dans la foule. Cette phrase évoque une intimité troublante.

Elle crée également, en quatre mots, une communauté politique. Il y a un « eux » et il y a un « nous ». Le « nous » n’est jamais défini, car cela n’est pas nécessaire. Il renvoie au public national présumé, présenté comme innocent, menacé et ayant droit à une protection. Le « eux » est physiquement présent mais symboliquement exclu. Il est suffisamment proche pour être redouté, mais jamais assez pour faire partie de la communauté.

Il s’agit là de la grammaire classique de l’« altérisation ». Comme l’explique Teun van Dijk dans ses travaux sur l’idéologie et le discours, le langage politique organise souvent le monde en mettant en avant les vertus des « nôtres » et les dangers des « autres ». Les travaux de Ruth Wodak sur la politique de la peur montrent comment cette opposition devient particulièrement puissante lorsqu’un groupe est transformé en bouc émissaire de l’angoisse sociale. La page de la Maison-Blanche met en œuvre cette stratégie avec une efficacité visuelle hors du commun, puisqu’elle désigne un groupe « extérieur » tout en incitant le groupe « intérieur » à le rechercher et à le dénoncer.

Capture d’écran d’un extrait de la page Aliens.gov. La formule « The truth is no longer out there » fait référence à la phrase culte de la série X-Files, « The truth is out there » (« La vérité est ailleurs » en français).
whitehouse.gov/aliens

La violence discrète de « it »

L’une des phrases les plus révélatrices de la page est la suivante :

« The Alien is in good hands. We will take care of it… and return it safely to its place of origin. »

Autrement dit : « L’alien est entre de bonnes mains. Nous allons nous en occuper… et le renvoyer en toute sécurité vers son lieu d’origine. » La phrase semble presque bienveillante. « Entre de bonnes mains », « prendre soin », « en toute sécurité » : ces termes évoquent la protection.

Mais la grammaire raconte une autre histoire. L’alien est désigné par le pronom anglais « it ».

En anglais, it s’emploie pour les objets, les notions abstraites, certains animaux selon le contexte ainsi que pour les êtres considérés comme non humains. Sur une page déjà construite autour d’une imagerie extraterrestre, ce pronom prolonge la fiction jusque dans la grammaire. La personne n’est ni he (lui), ni she (elle), ni they (eux). Elle devient it : non pas quelqu’un mais quelque chose.

La formule « Return it safely to its place of origin » – « Le renvoyer en toute sécurité vers son lieu d’origine » – remplace toute une biographie par une simple origine. Il n’y a ni foyer, ni famille, ni peur, ni droit légal, ni communauté, ni histoire. Il y a simplement une origine vers laquelle l’objet peut être renvoyé.

Il ne s’agit pas de la violence manifeste de l’insulte, mais de la violence plus silencieuse de l’objectivation administrative. L’éloignement est présenté comme une forme de soin. L’expulsion est décrite dans le langage de la manipulation sécurisée d’un objet. L’État paraît calme, presque bienveillant, tandis que la grammaire réduit la personne au statut de chose.

La carte et la fabrique d’un observateur

Extrait du site officiel Aliens.gov de la Maison-Blanche.
whitehouse.gov/aliens

La « carte des arrestations d’étrangers » est l’une des fonctionnalités les plus marquantes du site.

Les cartes exercent une autorité discrète. Elles semblent factuelles, presque évidentes. Dans ce cas précis, la carte ne montre ni les parcours migratoires, ni les séparations des familles, ni la vie communautaire, ni les réalités de l’emploi, ni les demandes d’asile, ni l’engorgement des tribunaux. Elle montre les arrestations. Le migrant sans papiers n’apparaît dans le champ visuel qu’au moment de son interpellation.

Ainsi, une personne devient un point. Une vie devient un lieu. Une situation juridique devient une trace sur un tableau de bord.

La page va ensuite plus loin en renvoyant vers le site l’Immigration and Customs Enforcement (ICE, la très controversée police des frontières) sur laquelle les utilisateurs pourront signaler des « étrangers suspects ». Cela modifie le rôle du lecteur. Le visiteur ne se contente plus de recevoir un message gouvernemental. Il est invité à devenir un « observateur ».

Extrait du site officiel Aliens.gov de la Maison-Blanche.
whitehouse.gov/aliens

Le terme « suspect » est élastique. La plupart des gens ne peuvent pas déterminer le statut migratoire d’une personne simplement en la regardant. Le soupçon peut s’attacher à l’accent, à la langue, à la couleur de peau, au lieu de travailou de résidence, à la tenue vestimentaire, aux mouvements ou simplement à la perception d’une « altérité ». Une page comme celle-ci risque de faire passer le soupçon pour une forme de participation citoyenne.

C’est là l’effet politique le plus grave de cette interface. Elle transforme le regard du public en un élément de l’appareil répressif à travers un univers perceptuel dans lequel l’expulsion semble aller de soi. Elle confère une dimension contemporaine, cliquable et officielle à un vocabulaire d’exclusion bien ancien.

Une fois qu’un être humain a été redéfini comme une présence étrangère, l’expulsion peut être présentée moins comme un choix politique que comme une question de bon sens.

De l’illégalité à l’invasion

Le dernier virage de cette page consiste à passer d’alien à invader (« envahisseur »). Elle affirme que ces « aliens » sont des « ILLEGALS » (« CLANDESTINS ») qui ont « envahi » le pays.

Dès lors que l’immigration irrégulière est qualifiée d’invasion, l’imaginaire politique s’en trouve transformé. On peut débattre des politiques à l’égard des migrants sans papiers – procédure régulière, gestion des frontières, droit d’asile, travail, régularisation, détention, expulsion, droit à l’unité familiale, économies locales.

Mais l’invasion relève d’un autre registre. Les invasions ne se gèrent pas ; elles se repoussent.

C’est ainsi que la peur devient la logique politique. La page ne se contente pas de présenter les aliens comme un danger pour « chaque famille américaine, chaque communauté et l’avenir de notre nation ». Elle fait également de Donald Trump la figure qui a été la première à reconnaître la menace : « [Il] a été le premier à dénoncer le danger réel que représentent les aliens. » Le résultat est un récit de sauvetage bien connu : un danger caché, un peuple vulnérable, un dirigeant qui ose le nommer, et une expulsion présentée comme une protection.

La page condense toute une politique en une brève séquence. D’abord, les migrants sans papiers sont rendus étrangers à la communauté à travers la figure de l’« alien », puis rapprochés du lecteur par la formule « ils sont parmi nous ». Ils sont ensuite rendus visibles grâce à une carte et deviennent ainsi susceptibles d’être signalés par l’intermédiaire du lien vers l’ICE. Ils sont enfin qualifiés d’« envahisseurs », et la solution à leur présence est énoncée :

« Expulsez-les tous. »

The Conversation

Fatima-Zahra Aklalouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison-Blanche et la déshumanisation des sans-papiers – https://theconversation.com/ils-sont-parmi-nous-la-nouvelle-plateforme-de-la-maison-blanche-et-la-deshumanisation-des-sans-papiers-288434

Tambores, fuegos artificiales y sentido de pertenencia: por qué los ‘diablos de fuego’ de Barcelona sacrifican su audición por la comunidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Karla Berrens, Tenure track lecturer, Universitat de Barcelona

El _correfoc_ es una fiesta muy importante, tanto en Barcelona como en toda Cataluña. Calvesklein/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Cada año, el 15 de agosto, el barrio de Gràcia, en Barcelona, se despierta con una procesión pirotécnica de “diables”, o “diablos de fuego”, que recorren sus estrechas calles, seguidos poco después por grupos de tamborileros. Mientras los juerguistas bailan al ritmo de la percusión y las explosiones, el ruido y el humo inundan el barrio, transformando su ambiente y marcando el inicio de las fiestas locales, que duran siete días.

Estos eventos anuales –conocidos como correfocs– son parte integral del tejido del barrio. Pero la exposición de toda una vida a ruidos extremos tiene un grave impacto en la salud de los participantes, en particular en su audición. Entonces, ¿por qué siguen interviniendo?

El fuego como cultura

El fuego ha marcado durante mucho tiempo los ritmos de la vida pública en Cataluña. Su presencia se remonta a antes del siglo XIV y aparece en uno de los primeros registros escritos de los rituales cívicos de Barcelona: el Libro de las solemnidades de 1424. En aquella época, el fuego formaba parte de las celebraciones religiosas. Durante eventos como el Corpus Christi, las procesiones recorrían las calles de la ciudad, en ocasiones acompañadas de los primeros efectos pirotécnicos o de figuras simbólicas como bestias que escupían fuego.

Pero lo que comenzó como un elemento ritual ha ido adquiriendo vida propia. Con el tiempo, el fuego traspasó la esfera estrictamente religiosa y se convirtió en un rasgo definitorio de la cultura popular catalana. Hoy en día, no es solo parte del espectáculo: es el espectáculo. El fuego da forma a cómo las comunidades se reúnen, celebran y viven la ciudad, arraigándose profundamente en las prácticas colectivas y los imaginarios compartidos.

Esto se aprecia a lo largo de todo el calendario festivo, ya que las celebraciones públicas suelen incluir espectáculos pirotécnicos a gran escala que transforman la ciudad en un escenario compartido para conmemorar las fiestas locales y las transiciones estacionales. Uno de los momentos más emblemáticos es el solsticio de verano, el 23 de junio, la Nit de Sant Joan o la Noche de San Juan, cuando el fuego y los fuegos artificiales iluminan calles, plazas y cielos.

Las fiestas del fuego son organizadas por grupos vecinales conocidos como colles (colla en singular), y pueden dividirse en tres tipos principales de representaciones.

  • El Ball parlat: literalmente significa “baile hablado”; se trata de una representación que narra la lucha entre el arcángel San Miguel y Lucifer y sus demonios. Al final, Lucifer es derrotado y se marcha, mientras que sus demonios lanzan fuegos artificiales incrustados en sus bastones de madera.

  • El Cercavila: consiste en un desfile de colles por el barrio, a menudo ataviados con trajes y acompañados de música, fuegos artificiales y una variedad de figuras que representan a gigantes y humanos. Llevan trajes, un conjunto de dos piezas confeccionado en algodón grueso ignífugo, normalmente con cuernos en la capucha y una variedad de motivos pintados a mano que incluyen demonios, serpientes, dragones y llamas.

  • Correfocs: compuestos exclusivamente por colles de fuego, estos eventos tienen lugar por la noche. Consisten en demonios que llevan un palo de madera, la maça, con una punta metálica que contiene fuegos artificiales. Estos emiten un sonido mientras arden, con un fuerte estruendo al final, conocido como el trueno. El término correfoc se utiliza a menudo para referirse a estas festividades de manera más amplia, especialmente fuera de Cataluña.

Tanto en el correfoc como en la cercavila, los demonios de múltiples colles lanzan fuegos artificiales mientras bailan al ritmo de los tambores que los siguen. La banda sonora de estos eventos es un rugido constante y atronador de ruido pirotécnico mezclado con percusión.

Ruido por encima del umbral del dolor

Gràcia –históricamente un pequeño pueblo que en su día estuvo separado de la ciudad romana de Barcino– es uno de los barrios más antiguos de Barcelona. El ruido resuena en sus calles estrechas y atrapa el humo de los fuegos artificiales. Durante un cercavila o un correfoc, varios demonios “arden” a la vez, lo que significa que se lanzan múltiples fuegos artificiales simultáneamente.

Cada artefacto pirotécnico utilizado en las fiestas está sujeto a controles estándar de salud y seguridad, que incluyen un límite de ruido de 120 dB. Este es el umbral del dolor y del daño auditivo, equivalente al ruido que hace una motosierra.




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Pero esta norma solo se aplica a cada artefacto de forma individual, y actualmente no existe ningún requisito para comprobar las explosiones simultáneas. Esto significa que en una cercavila o un correfoc, especialmente en calles estrechas, el ruido puede alcanzar hasta los 175 dB –equivalente a un disparo de escopeta cerca del oído–, muy por encima del umbral del dolor de 120 dB.

Las actuaciones de fuego y tambores de los demonios de Gràcia tienen lugar durante toda la semana del 14 al 21 de agosto, a menudo varias veces al día. Se trata de una exposición concentrada a música alta y explosiones en un breve periodo de tiempo.

Sacrificar la salud por la comunidad

Pertenecer a una colla significa formar parte de un aspecto consolidado y apreciado de la cultura popular catalana. Muchas personas permanecen en su colla durante décadas, mientras que otras empiezan a los 18 años o antes (la mayoría cuenta con una sección infantil específica) y nunca la abandonan. Para muchos diablos de fuego de toda la vida, la pérdida auditiva acumulada es simplemente algo que va con el territorio.

Algunos diablos incluso llevan su pérdida auditiva como una insignia de honor y pertenencia. Pero en términos más generales, la protección auditiva no es algo que todos los diablos utilicen, a pesar de que los guantes, la protección ocular y la ropa ignífuga se usan ampliamente.

La verdadera pregunta es si la pérdida auditiva es realmente una parte intrínseca de ser un “diablo”, y qué les impide protegerse. ¿Por qué, por ejemplo, los fuegos artificiales más ruidosos siguen probándose individualmente, y no al unísono como se utilizan en realidad? ¿Y por qué no se anima más enérgicamente a los participantes a proteger su audición? Es difícil abrir estos debates porque pueden interpretarse como un cuestionamiento o incluso un desafío a la propia cultura popular catalana.

Existe una polarización entre los propios diablos al respecto. Por un lado, son conscientes de su pérdida auditiva y no se engañan sobre lo que la causa. Sin embargo, el uso de protección auditiva aún no está generalizado en los correfocs o cercavilas, al igual que no lo está en tantas otras actividades no pirotécnicas que pueden dañar la audición, como conciertos, discotecas o incluso estar en un bar con música muy alta.




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Quizá ahí radique la respuesta. Tal vez no sea una cuestión de pertenencia, sino de costumbre social. Es socialmente aceptable, por ejemplo, protegernos los ojos de la luz solar o del polvo, pero aún no estamos acostumbrados a proteger nuestra audición. Y en el caso de los diablillos de fuego de Barcelona, lo pagan muy caro.

The Conversation

Karla Berrens es miembro del grupo de investigación CRIT y del centro de investigación CR Polis. Formó parte de dos asociaciones culturales relacionadas con este artículo —la Colla Vella de Gràcia y la colla Farrofoc— hasta 2026.

ref. Tambores, fuegos artificiales y sentido de pertenencia: por qué los ‘diablos de fuego’ de Barcelona sacrifican su audición por la comunidad – https://theconversation.com/tambores-fuegos-artificiales-y-sentido-de-pertenencia-por-que-los-diablos-de-fuego-de-barcelona-sacrifican-su-audicion-por-la-comunidad-284610

Travail des enfants au Sénégal : pourquoi les normes internationales peinent à saisir les réalités locales

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Mabillard, Associate research scientist, Université de Genève; University of Basel

Les enfants qui travaillent au Sénégal sont-ils uniquement des victimes à protéger, ou aussi des acteurs capables de faire entendre leur voix ? Dans son livre “Les enfants travailleurs au Sénégal : entre droit international et conceptions locales de l’enfance”, le sociologue Nicolas Mabillard interroge les idées reçues sur le travail des enfants et les politiques qui cherchent à l’encadrer.

À partir d’enquêtes menées auprès d’enfants travailleurs, il montre que les réalités sénégalaises ne se laissent pas toujours enfermer dans les catégories du droit international. Dans cet entretien avec The Conversation Africa, il revient également sur le rôle méconnu du Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs dans l’évolution des débats internationaux.

Que révèle votre livre sur une forme de mécompréhension concernant le travail des enfants au Sénégal ?

Ce que le livre dit du travail des enfants et qui est si délicat à saisir, c’est avant tout le lien entre ce qu’être un ou une enfant au Sénégal veut dire, dans les milieux populaires urbains, et l’ensemble de droits et de devoirs qu’ils et elles exercent. Comment un jeune apprenti, ou une petite vendeuse active sur un marché dakarois, se débrouillent pour construire leur avenir.

Décrire et penser cela, c’est prendre en compte leurs conditions de vie, bien entendu, mais aussi et surtout les liens qu’ils entretiennent avec leur famille et dans leur travail.

Le livre parle de ce que c’est d’avoir le statut de cadet social, de participer à une tontine au travail et de chercher de l’aide en cas de traitement injuste en s’appuyant sur des intermédiaires de confiance, une grande soeur ou un grand frère, un autre parent, des collègues plus âgés, le personnel d’une ONG ou d’un service de l’État, comme les “bajenu gox” (marraine), par exemple. Les situations varient.

Ce qui rend cette démarche unique, c’est qu’elle est centrée, sans s’y limiter, sur le point de vue des enfants qui ont participé aux enquêtes.




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Pourquoi les normes internationales sont-elles parfois en décalage avec les réalités sénégalaises ?

Le livre fait l’hypothèse d’un décalage historique partiel entre conceptions sénégalaises de l’enfance et normes onusiennes. Dans le giron onusien, l’Organisation internationale du travail (OIT) est en charge du suivi des conventions définissant les politiques en matière de travail des enfants.

Ces conventions règlent, juridiquement au moins, l’âge minimum d’entrée au travail et ce qu’est un travail léger praticable par des enfants, notamment, pour les pays les ayant ratifiées comme le Sénégal. Les conventions de l’OIT reposent sur la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) de l’ONU pour définir l’enfance sur le plan du droit international.

En examinant les négociations historiques menées entre 1979 et 1989, date de l’adoption de la CIDE, sur la définition onusienne de l’enfance, le livre montre que sur certains points comme la délimitation de l’âge de l’enfance – moins dix-huit ans, ou moins de l’âge de la majorité civique -, les conceptions communes hors des sociétés occidentales de l’enfance ont été très peu considérées.

Des voix minoritaires à l’ONU ont pointé du doigt la difficulté de concevoir l’enfance, en Afrique de l’Ouest, notamment, seulement en termes d’âge fixe. C’est d’ailleurs un représentant sénégalais, Samba Cor Konate, qui a eu un rôle de premier plan dans ce travail d’explication.

Malheureusement, ses remarques n’ont pas trouvé d’écho majeur auprès du comité de rédaction de la CIDE de l’époque. Ainsi, le gouvernement sénégalais se retrouve aujourd’hui dans la position délicate d’avoir à accorder ses politiques de lutte contre le travail des enfants aux conventions de l’OIT ratifiées. Cela reproduit ces décalages entre conceptions de l’enfance dominantes au Sénégal et recherche et normes onusiennes.

Le livre ne s’oppose pas aux droits des enfants, à la CIDE ou à l’OIT, mais pointe ce que ces normes ne montrent pas et pourquoi.

La définition de ce qu’est être un enfant diffère-t-elle, selon vous, entre l’Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement ici au Sénégal, et les pays du Nord, par exemple en Europe ?

En certains points, oui. Au Sénégal, on a l’habitude de marquer une forte distinction selon les groupes d’âges, par exemple. Les enfants wolofs sont socialisés à se reconnaître en tant que mag (aîné), rakk (cadet) et nawle (égal) par rapport à d’autres enfants et aux adultes. On attend d’elles et eux qu’ils adoptent un comportement adapté en fonction de ces stratifications dynamiques.

Lorsqu’on a des invités, on attend des enfants vivant dans la demeure des hôtes qu’ils et elles expriment leur politesse, basée sur des critères d’aînesse, en proposant un siège aux adultes et en s’asseyant seulement après elles et eux.

Dans certaines localités, les classes d’âge jouent un rôle important dans l’assignation des droits et des devoirs réciproques, sans être des réalités figées pour autant. Ces classifications ne sont pas marquées de manière similaire en Europe, sans pour autant qu’il n’existe un seul modèle d’enfance, tant au Sénégal qu’en Europe.




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En quoi les enfants travailleurs sont-ils aussi des acteurs de leur propre destin ?

Par la création ou la participation à des associations et à des groupements qui visent avant tout à améliorer leurs conditions de vie et aussi à changer la façon dont le travail des enfants est défini par les institutions de l’ONU.

C’est l’un des sujets centraux du livre également : la campagne historique du Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT) – réseau d’associations d’enfants et jeunes travailleurs issues de 28 pays africains – et de ses alliés pour modifier certaines normes onusiennes sur le travail des enfants.

Ce mouvement, né de la collaboration entre enfants travailleurs et travailleuses de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et l’ONG internationale ENDA Jeunesse Action, bien connue au Sénégal, a plus de trente ans d’histoire.

Pour celles et ceux qui imaginent que les enfants qui travaillent en Afrique sont perpétuellement en besoin d’être sauvés, l’histoire du MAEJT est édifiante. Elle montre comment cette image d’Epinal est éloignée de la réalité.

Jusqu’en 1998, au moment où l’OIT débattait de la convention 182 sur les pires formes de travail des enfants, le MAEJT a engagé un combat de fond sur la place à accorder au travail des enfants dans les pays d’Afrique et d’Amérique latine.

L’OIT, par son programme nommé International Programme on the Elimination of Child Labour (programme international pour l’abolition du travail des enfants et du travail forcé) – aujourd’hui rebaptisé IPEC+ – menait une campagne visant l’abolition stricte du travail des enfants dans le monde. Sa proposition était d’intégrer les enfants dans des formations scolaires.

Cette ligne dure, qui fait souvent consensus, ne s’applique pas bien au contexte de nombreux pays africains. Au Sénégal, en 2022, par exemple, le taux de scolarisation au niveau primaire avoisinait les 60 % des enfants, un taux encore plus bas à l’époque de ces discussions. Cela signifie concrètement que beaucoup d’enfants fréquentent peu, ou pas, l’école obligatoire.

Ils et elles se font une place dans la société sénégalaise par l’apprentissage, des formations sur le tas au travail, ou par d’autres voies.

Or ces filières très pratiquées dans le pays ne sont pas, ou peu, réglementées par l’État. Elles sont articulées autour de réseaux d’interconnaissances et de confiance avant tout. Les enfants qui travaillent ne sont pas opposés à l’école pour autant, mais ils doivent travailler en priorité.

Le MAEJT a été l’un des premiers mouvements au monde à faire participer des membres enfants, très impliqués et bien formés, aux conférences organisées par l’OIT et par l’ONU sur le travail des enfants. L’une des demandes formulées par le mouvement et parmi les plus importants dans l’analyse du livre est celle de concilier travail avec des formations de type scolaires plutôt que de les opposer, avec des cours du soir, par exemple.

Le livre montre comment cette revendication a été reçue par l’OIT et, jusqu’en 2002, à l’ONU (concilier travail avec formations de type scolaires). Le MAEJT a réussi à organiser la participation d’enfants à des conférences internationales sur le travail des enfants et à leur donner une place significative dans le processus de réalisation des projets d’aide dont ils allaient bénéficier par la suite.

C’est un exemple très bien documenté de voix africaines qui font leur chemin jusque devant les délégations des pays membres de l’ONU pour changer la perception et la définition du travail des enfants. L’idée reçue que les droits viennent des institutions onusiennes et prennent un chemin descendant vers les populations concernées du monde a trouvé ici un contre-exemple.




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Quel regard votre livre invite-t-il à changer sur le travail des enfants ?

Le regard que beaucoup ont et qui considère les enfants qui travaillent uniquement comme des victimes. C’est un livre qui serait idéalement placé dans les mains de fonctionnaires, tant au Sénégal qu’à l’ONU, qui veulent savoir ce qu’est le travail des enfants aujourd’hui et qui n’ont pas peur de voix critiques.

C’est un livre qui, au-delà du public de sociologues et de spécialistes du droit international, cherche à changer le regard de celles et ceux qui établissent ou appliquent les conventions de l’OIT en matière de travail des enfants.

Les ONG actives dans la défense et la réalisation des droits des enfants au Sénégal sont nombreuses. Ce livre leur offre une vision claire et documentée des points charnières de ce que travailler pour les enfants au Sénégal veut dire.

The Conversation

Nicolas Mabillard received funding from the Swiss national scientific foundation (SNF) for his research leading to the book discussed in this article.

ref. Travail des enfants au Sénégal : pourquoi les normes internationales peinent à saisir les réalités locales – https://theconversation.com/travail-des-enfants-au-senegal-pourquoi-les-normes-internationales-peinent-a-saisir-les-realites-locales-288643

¿Aumenta el cambio climático las migraciones? Por qué los investigadores no se ponen de acuerdo sobre las evidencias

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alexis Cloquell Lozano, Profesor Sociología. Cátedra Caixa Popular para el estudio de los desafíos sociales y la vulnerabilidad., Universidad Católica de Valencia

Stanley Dullea/Shutterstock

Las imágenes de familias desplazadas por inundaciones, sequías prolongadas o tormentas extremas se han convertido en un elemento habitual en las noticias diarias. A medida que se intensifica el impacto del cambio climático, también lo hace la preocupación por sus efectos sobre la movilidad humana. Las alteraciones que se están produciendo en el clima mundial plantean ahora una pregunta relevante y, en apariencia, sencilla: ¿hasta qué punto el cambio climático provoca migraciones?

En realidad, la respuesta no es nada fácil.

En las últimas décadas, la relación entre el cambio climático y la migración se ha convertido en un campo de investigación activo y dinámico. Pero lejos de ofrecer una visión unificada, el tema sigue plagado de importantes discrepancias conceptuales, metodológicas y políticas.

Nuestra nueva investigación, publicada en la revista Papers, tiene como objetivo comprender mejor esta discordancia. Para llevar a cabo el estudio, en primer lugar entrevistamos a expertos internacionales en los ámbitos de las migraciones, el cambio climático, la cooperación al desarrollo, el derecho y las políticas públicas. A continuación, analizamos los resultados utilizando la técnica Delphi, un método diseñado para identificar los niveles de consenso entre especialistas.

Los resultados dibujan un panorama tan revelador como inquietante. A pesar del creciente interés académico y político por la movilidad inducida por el clima, sigue habiendo un consenso limitado sobre algunas de las cuestiones fundamentales que la rodean.

¿El clima hace que la gente se desplace?

Durante años, el debate se polarizó entre dos posiciones: que el cambio climático era una causa directa de los grandes desplazamientos de población, o que solo actuaba junto con otros factores económicos, sociales o políticos.

Hoy en día, la mayoría de los especialistas parecen situarse en algún punto intermedio entre estos dos extremos. Aunque los fenómenos climáticos extremos (como huracanes, inundaciones e incendios) pueden provocar desplazamientos inmediatos y claramente identificables, los procesos más lentos (como la desertificación, la degradación del suelo y la pérdida gradual de recursos hídricos) tienden a solaparse con otras vulnerabilidades preexistentes. Como consecuencia, resulta difícil establecer una relación única de causa y efecto.

Nuestro análisis Delphi confirma esta tendencia. Todos los expertos consultados en el estudio consideran el cambio climático como un factor adicional que agrava otras causas de la migración, en lugar de un elemento aislado que pueda explicar por sí solo los movimientos de población.




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Las migraciones climáticas, otro efecto del calentamiento global


La migración interna es la primera opción

Una de las conclusiones más consistentes de la literatura científica es que la mayoría de los desplazamientos relacionados con el clima tienen lugar dentro de las fronteras nacionales. Las personas que se desplazan por motivos climáticos suelen ir de las zonas rurales a las ciudades o a otras regiones del mismo país, en lugar de emprender migraciones internacionales de larga distancia.

Desde el punto de vista de la investigación, esto supone un reto. La falta de definiciones comunes y de buenos sistemas estadísticos hace que no haya forma de medir con precisión cuántas personas emigran internamente por motivos relacionados con el clima, ni qué rutas siguen exactamente.

Además, la falta de consenso sobre la definición de conceptos como “migrante climático” y “refugiado climático” sigue obstaculizando tanto la investigación como el diseño de políticas públicas.

¿Adaptación o supervivencia?

Otra cuestión muy debatida es si la migración puede entenderse como una estrategia de adaptación al cambio climático.

Algunas organizaciones internacionales han argumentado que el desplazamiento puede ser una forma eficaz de gestionar los riesgos medioambientales. La migración permite a las personas diversificar los ingresos del hogar y acceder a nuevas oportunidades económicas, al tiempo que reduce la presión sobre territorios cada vez más vulnerables.

Pero esta visión también tiene sus detractores. Muchas personas no quieren abandonar la tierra con la que tienen vínculos culturales, familiares y comunitarios. No todas las migraciones son voluntarias, ni todas están planificadas.

Las conclusiones del estudio apuntan precisamente en esta dirección. Para los expertos entrevistados, la migración puede ser una estrategia de adaptación cuando el migrante tiene capacidad de decisión, recursos y un plan.

Sin embargo, en muchos casos se trata simplemente de una estrategia de supervivencia, la única alternativa disponible cuando las condiciones de vida se vuelven insostenibles. La distinción es importante. Nos enfrenta al hecho de que, para millones de personas, la movilidad no es una oportunidad, sino una respuesta forzada a la pérdida de sus medios de subsistencia.




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Políticas públicas: muchas palabras, poca coordinación

El consenso es especialmente débil en el ámbito de las políticas públicas.

Aunque la movilidad climática ocupa ahora un lugar destacado en las agendas internacionales, todavía no existe un marco global que ofrezca una respuesta coherente y coordinada. Instrumentos como el Pacto Mundial sobre Migración y los Objetivos de Desarrollo Sostenible de la ONU han incluido parcialmente estos problemas en sus hojas de ruta, pero su impacto en la realidad es limitado.

Nuestro estudio Delphi muestra que los especialistas dan prioridad a la integración de la justicia climática en las políticas de cooperación al desarrollo. También coinciden en que estas políticas deberían orientarse a mejorar las condiciones de vida de las poblaciones más vulnerables y a reforzar su capacidad de adaptación.

No obstante, los expertos señalan una contradicción evidente. Las políticas en materia de migración, comercio, agricultura y pesca tienden a estar desarticuladas, y pueden incluso entrar en conflicto con los Objetivos de Desarrollo Sostenible que la cooperación internacional se esfuerza por promover. Esta falta de coherencia política limita su capacidad para responder al fenómeno cada vez más acuciante de la migración impulsada por el clima.

Un reto tanto para la ciencia como para la política

Nuestra principal conclusión es que, tanto desde el punto de vista científico como político, la investigación sobre la movilidad climática sigue siendo, en gran medida, un trabajo en curso. La falta de definiciones comunes, la escasez de datos comparables y la dificultad para integrar perspectivas de diferentes disciplinas explican en gran parte esta divergencia.

Pero en medio de esta falta de claridad, los efectos del cambio climático se están intensificando. El resultado: las transformaciones medioambientales están superando en rapidez a las decisiones políticas que podrían salvaguardar el bienestar y los medios de vida.

Es esencial que comprendamos mejor quiénes se ven desplazados, por qué y qué respuestas institucionales pueden garantizar sus derechos. No se trata solo de anticipar futuros movimientos de población, sino también de garantizar que las personas obligadas a migrar no queden atrapadas en vacíos legales y políticos que aún están lejos de resolverse.

The Conversation

Este artículo se ha elaborado en el marco de un proyecto de investigación financiado por el Ministerio de Ciencia e Innovación de España, en el marco del proyecto titulado “Migración, cambio climático y cooperación al desarrollo: flujos, impactos y coherencia de las políticas en los casos de Marruecos y Senegal en relación con España (MIGRACLIMA)” (referencia: PID2021-122559NB-I00). Los autores declaran que no existen conflictos de intereses. Todos los autores han contribuido de manera significativa a la elaboración del manuscrito y han dado su consentimiento para su publicación.

ref. ¿Aumenta el cambio climático las migraciones? Por qué los investigadores no se ponen de acuerdo sobre las evidencias – https://theconversation.com/aumenta-el-cambio-climatico-las-migraciones-por-que-los-investigadores-no-se-ponen-de-acuerdo-sobre-las-evidencias-286599

Refrescos, chiringuitos y guiris en chanclas: ayer y hoy de algunas palabras veraniegas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rosalía Cotelo García, Profesora de Lengua y Enseñanza de lenguas, Universidad Autónoma de Madrid

El verano tiene su propio vocabulario. Cada año vuelven a nuestras conversaciones palabras como refresco, maleta, chancla, chiringuito o guiri. Las utilizamos sin pensar, pero muchas guardan historias sorprendentes: unas han cambiado de significado, otras han evolucionado al ritmo de nuestros hábitos y algunas siguen siendo incógnitas para los investigadores de la lengua.

Los diccionarios del español conservan la memoria de todas ellas y nos permiten recorrer la historia de nuestros veranos.

Chanclas, refrescos y maletas: nuevos significados

Algunas palabras vacacionales llevan siglos acompañándonos, pero no siempre han sido necesariamente veraniegas. Un buen ejemplo es refresco. En el diccionario académico de 1737 un refresco era un “alimento moderado” para recuperar las fuerzas o “el agasajo de bebidas, dulces y chocolate, que se da en las visitas”.

El significado que hoy nos resulta evidente, el de la bebida no alcohólica que nos sirve para refrescarnos, no se consigna hasta 1803, y hubo que esperar casi dos siglos, hasta el diccionario de 2001, para que pasara a ocupar el primer lugar. Las antiguas acepciones (es decir, las definiciones correspondientes a los distintos significados de la palabra) siguen conservándose en el diccionario como vestigio de aquellos usos.




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Los diccionarios registran esas transformaciones y sus definiciones nos permiten descubrir cómo han cambiado no solo las palabras, sino también los objetos, las costumbres y los hábitos de sus hablantes. Lo podemos observar en la definición de la palabra maleta, que en los siglos XVIII y XIX, describían una bolsa de cuero, con candado, diseñada para transportar la ropa durante un viaje y llevarla “a la grupa de la cabalgadura”. Hoy, el diccionario habla de una “especie de caja” con asa para transportar objetos. Más que un cambio de significado, lo que encontramos es el reflejo de la transformación del propio objeto, como consecuencia de la evolución en el transporte y las maneras de viajar.

Una chancla era, según el diccionario de la RAE desde 1884 y hasta 2001, un zapato viejo con el talón aplastado por el uso. Para encontrar el origen de la acepción actual, debemos fijarnos en chanclo, que en el XVIII está en el diccionario como un calzado de madera que se sujeta al pie con una o dos listas de cuero y “sirve para preservarse de la humedad y del lodo”. De ahí proceden nuestras chanclas veraniegas, que nos salvan (precariamente) de ensuciarnos o mojarnos los pies.

Guiris, chiringuitos, y orígenes esquivos

Los diccionarios son herramientas excelentes para contemplar la vida de las palabras, pero hay algunas voces, sobre todo las que se generan en la dimensión coloquial del idioma, que son particularmente esquivas al estudio de su procedencia.

Por ejemplo, sabemos que la palabra guiri, antes de denominar al turista extranjero, se refería a los partidarios de la reina Cristina durante las guerras del siglo XIX. Así lo recoge el diccionario de la RAE de 1925, mientras que su significado actual no aparecerá hasta la edición manual de 1989.

¿Pero cómo se explica este salto semántico? ¿Cómo se han convertido los liberales de ayer en los turistas de alarmante color rosado que llenan nuestras playas? La palabra guiri procede del vasco guiristino, adaptación de cristino. Los carlistas la empleaban de forma despectiva para referirse a sus enemigos; es decir, a “los otros”. Con el tiempo, ese significado evolucionaría hasta designar a un visitante extranjero, por lo que en su raíz se originaba ya la connotación negativa que aún conserva el término.




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Otra etimología intrigante es la de chiringuito, palabra que entra en el diccionario en 1983 como “quiosco o puesto de bebidas al aire libre” y que actualmente ha incorporado la coletilla “donde a veces también se sirve comida”.

La explicación más popular sitúa su origen en Cuba, donde el término designaría el chorro de café filtrado y los puestos donde se servía. Según esta versión, el periodista español César González-Ruano importó la palabra a mediados del siglo XX para bautizar un pequeño bar de playa en Sitges, fundado en 1913.

Sin embargo, algunos testimonios registran establecimientos más antiguos con ese nombre, y otros investigadores, apoyándose en fuentes de prensa decimonónica, consideran que la palabra viene de chinguirito, por un proceso de metátesis (como sucede en croqueta/cocreta). El chinguirito es en Cuba y México un aguardiente de caña, que llegaría a España en el siglo XIX, servido con aperitivos. La polémica no es solo lingüística: en el fondo, también se debate qué lugar puede reivindicar la “cuna” del chiringuito como icono veraniego.

Los veranos del futuro

En las páginas de los diccionarios se guardan, como hemos visto, mucho más que palabras. Estas obras conservan las fotografías lingüísticas de nuestra manera de comunicarnos, de nuestros hábitos sociales y de nuestra forma de entender el mundo.

Por eso, es interesante preguntarnos qué palabras recientes relacionadas con el verano tendrán nueva entrada en el diccionario. Algunas, como veraneo o camping, ya han sido consignadas, pero otras, como terraceo o glamping, aún esperan su momento. Si algún día se incorporan al diccionario, será porque habrán dejado de ser una moda para convertirse, también ellas, en parte de nuestra historia veraniega.

The Conversation

Rosalía Cotelo García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Refrescos, chiringuitos y guiris en chanclas: ayer y hoy de algunas palabras veraniegas – https://theconversation.com/refrescos-chiringuitos-y-guiris-en-chanclas-ayer-y-hoy-de-algunas-palabras-veraniegas-285446

Ya es obligatoria la paridad de género en los consejos de administración de las cotizadas españolas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Andrea Cantos Martínez, Profesora de la Facultad de Derecho y Ciencias Sociales, Universidad de Castilla-La Mancha

Desde principios del verano, las 35 sociedades cotizadas de mayor capitalización bursátil de España –las que integran el IBEX 35– están obligadas a que el sexo menos representado, el femenino, ocupe, como mínimo, el 40 % de los puestos de sus consejos de administración.

Ya no es una recomendación de buen gobierno ni un compromiso voluntario: es una obligación cuyo incumplimiento puede sancionarse. La noticia es que, en conjunto, el índice llegó a la fecha con los deberes hechos: las mujeres ocupaban el 42,19 % de los asientos de sus consejos al cierre de 2025, según los datos publicados por la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV).

La otra cara de la moneda es que la paridad se concentra en los puestos de supervisión, mientras que en las funciones ejecutivas la presencia femenina apenas roza el 8 %.

¿Qué exige la norma?

El origen de la obligación es europeo. Tras casi una década intentando llegar a un acuerdo, la negociación de la Directiva (UE) 2022/2381, conocida como Women on Boards, culminó en noviembre de 2022, ofreciendo a los Estados miembros dos objetivos alternativos para sus sociedades cotizadas: que el sexo menos representado alcance el 40 % de los puestos de consejero no ejecutivo, o bien el 3 % del total de puestos del consejo, ejecutivos y no ejecutivos incluidos.

España transpuso la Directiva (es decir, la incorporó a su propia legislación nacional) mediante la Ley Orgánica 2/2024, de 1 de agosto, de representación paritaria y presencia equilibrada de mujeres y hombres, yendo más allá de las exigencias europeas: reformó el artículo 529 bis de la Ley de Sociedades de Capital para exigir que el sexo menos representado ocupe al menos el 40 % del conjunto del consejo, ejecutivos y ejecutivas incluidas.

La aplicación de la norma es escalonada: 30 de junio de 2026 para las 35 sociedades de mayor capitalización y 30 de junio de 2027 para el resto de cotizadas. Su incumplimiento constituye una infracción grave conforme a la Ley 6/2023, de 17 de marzo, de los Mercados de Valores y de los Servicios de Inversión. Las sanciones abarcan desde la mera amonestación o la suspensión de actividades dentro del mercado bursátil, hasta la aplicación de multas que pueden alcanzar los 300 000 euros.

Treinta años de recomendaciones que no bastaron

La cuota imperativa cierra casi tres décadas de autorregulación. Desde el pionero código Olivencia, de 1998, los códigos de buen gobierno españoles confiaron en recomendaciones voluntarias bajo el principio de «cumplir o explicar». La Ley Orgánica 3/2007, de 22 de marzo, de igualdad efectiva, ya invitaba al equilibrio en los consejos, pero sin porcentajes obligatorios ni sanciones.

El código de Buen Gobierno de la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV) cuantificó la recomendación en un 30 % de consejeras en 2015 y la elevó al 40 % en 2020. El salto de la recomendación a la norma con sanción llega ahora, y la experiencia europea sugiere que no es casual: según el Instituto Europeo de la Igualdad de Género (EIGE), en los Estados miembros con cuotas vinculantes, la presencia femenina en los consejos ha crecido a un ritmo hasta tres veces mayor al de los países que confiaron solo en las medidas voluntarias.

Paridad en el asiento, no en la función ejecutiva

Los datos de la CNMV muestran que el IBEX 35 superó el umbral legal antes de que fuera exigible. Al cierre de 2025, tenía 179 consejeras, el 42,19 % del total, frente al 37,52 % del conjunto de las empresas cotizadas españolas. Además, veintisiete sociedades del índice alcanzaban ya el 40 %, y el supervisor calculaba que bastaba con nombrar tres nuevas consejeras –una por cada una de las tres grandes compañías rezagadas– para que todo el índice cumpliera los plazos establecidos en la norma.

Estos datos esconden una matización sobre el estado de la paridad. Dentro de los consejos, no todas las categorías son iguales: los consejeros ejecutivos dirigen la gestión diaria de la compañía y los consejeros no ejecutivos, no. A su vez, el grupo de consejeros y consejeras no ejecutivas está integrado por los consejeros dominicales (designados por diferentes grupos de accionistas) y los independientes.




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La distribución por categorías que publica la estadística de gobierno corporativo de la CNMV revela que las mujeres son mayoría entre los consejeros independientes del IBEX 35 (en torno al 58 % de quienes supervisan), pero apenas representan el 7,55 % de los consejeros ejecutivos: cuatro mujeres en todo el índice. Veintinueve de las 33 sociedades del IBEX analizadas por el supervisor no cuentan con ninguna consejera ejecutiva. En la alta dirección, sin ostentar el cargo de consejera, la presencia femenina se estanca en el 27,71 %.

El patrón no es una anomalía únicamente española: en el conjunto de la Unión Europea las mujeres ocupan el 18,5 % de los puestos ejecutivos de las grandes cotizadas. La paridad descansa sobre el asiento de supervisión, pero no sobre las decisiones ejecutivas.

Las dos empresas que no aparecen en la estadística

Un matiz: los datos de la CNMV cubren a 33 de las 35 sociedades del índice. Las dos restantes, Ferrovial SE, con domicilio social en Países Bajos desde 2023, y ArcelorMittal, constituida en Luxemburgo, cotizan en la bolsa española pero no están obligadas a depositar ante la CNMV el informe anual de gobierno corporativo.

La cuota que les aplica no es la española, sino la transposición neerlandesa y luxemburguesa de la misma Directiva 2022/2381, y su seguimiento debe hacerse a través de sus propios informes y de bases de datos comparadas como la Gender Statistics Database del EIGE, que monitoriza semestralmente los consejos de las mayores cotizadas de cada Estado miembro.

Una ley con objetivos claros y técnica discutida

La técnica legislativa de la norma puede tener deficiencias: el procedimiento de selección de consejeros y consejeras contemplado en el nuevo artículo 529 bis LSC impone que, cuando no se alcance la cuota, se siga un procedimiento de selección preestablecido, un mecanismo inspirado, aparentemente, en el acceso a la función pública, cuyo funcionamiento, per se, es distinto al de una sociedad privada.

Esto puede acabar sometiendo a mayores exigencias formales el nombramiento de una mujer que el de un hombre, según la catedrática de Derecho Mercantil. Su conclusión es ilustrativa: la cuota mínima del 40 % habría bastado, por sí sola, para alcanzar los objetivos de representación.

Lo que hay que mirar a partir de ahora

Tres indicadores mostrarán si la representación equitativa formal se convierte en igualdad material:

  1. El cumplimiento de la norma por el resto de cotizadas a partir de junio de 2027.

  2. La eventual apertura de expedientes sancionadores.

  3. La evolución del porcentaje de consejeras ejecutivas y altas directivas, que la CNMV publica anualmente con datos individualizados por compañía.

Porque el objetivo de la norma no es contar asientos sino repartir el poder, y, en este caso, de la función ejecutiva. Y esa ocupación, de momento, sigue pendiente.

The Conversation

Asesoramiento de empresas y particulares, que en ningún caso pueden beneficiarse del presente artículo.

ref. Ya es obligatoria la paridad de género en los consejos de administración de las cotizadas españolas – https://theconversation.com/ya-es-obligatoria-la-paridad-de-genero-en-los-consejos-de-administracion-de-las-cotizadas-espanolas-286693

Los correfocs son la tradición más ruidosa de Barcelona, y los ‘diablos de fuego’ sacrifican su audición para poder participar

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Karla Berrens, Tenure track lecturer, Universitat de Barcelona

El _correfoc_ es una fiesta muy importante, tanto en Barcelona como en toda Cataluña. Calvesklein/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Cada año, el 15 de agosto, el barrio de Gràcia, en Barcelona, se despierta con una procesión pirotécnica de “diables”, o “diablos de fuego”, que recorren sus estrechas calles, seguidos poco después por grupos de tamborileros. Mientras los juerguistas bailan al ritmo de la percusión y las explosiones, el ruido y el humo inundan el barrio, transformando su ambiente y marcando el inicio de las fiestas locales, que duran siete días.

Estos eventos anuales –conocidos como correfocs– son parte integral del tejido del barrio. Pero la exposición de toda una vida a ruidos extremos tiene un grave impacto en la salud de los participantes, en particular en su audición. Entonces, ¿por qué siguen interviniendo?

El fuego como cultura

El fuego ha marcado durante mucho tiempo los ritmos de la vida pública en Cataluña. Su presencia se remonta a antes del siglo XIV y aparece en uno de los primeros registros escritos de los rituales cívicos de Barcelona: el Libro de las solemnidades de 1424. En aquella época, el fuego formaba parte de las celebraciones religiosas. Durante eventos como el Corpus Christi, las procesiones recorrían las calles de la ciudad, en ocasiones acompañadas de los primeros efectos pirotécnicos o de figuras simbólicas como bestias que escupían fuego.

Pero lo que comenzó como un elemento ritual ha ido adquiriendo vida propia. Con el tiempo, el fuego traspasó la esfera estrictamente religiosa y se convirtió en un rasgo definitorio de la cultura popular catalana. Hoy en día, no es solo parte del espectáculo: es el espectáculo. El fuego da forma a cómo las comunidades se reúnen, celebran y viven la ciudad, arraigándose profundamente en las prácticas colectivas y los imaginarios compartidos.

Esto se aprecia a lo largo de todo el calendario festivo, ya que las celebraciones públicas suelen incluir espectáculos pirotécnicos a gran escala que transforman la ciudad en un escenario compartido para conmemorar las fiestas locales y las transiciones estacionales. Uno de los momentos más emblemáticos es el solsticio de verano, el 23 de junio, la Nit de Sant Joan o la Noche de San Juan, cuando el fuego y los fuegos artificiales iluminan calles, plazas y cielos.

Las fiestas del fuego son organizadas por grupos vecinales conocidos como colles (colla en singular), y pueden dividirse en tres tipos principales de representaciones.

  • El Ball parlat: literalmente significa “baile hablado”; se trata de una representación que narra la lucha entre el arcángel San Miguel y Lucifer y sus demonios. Al final, Lucifer es derrotado y se marcha, mientras que sus demonios lanzan fuegos artificiales incrustados en sus bastones de madera.

  • El Cercavila: consiste en un desfile de colles por el barrio, a menudo ataviados con trajes y acompañados de música, fuegos artificiales y una variedad de figuras que representan a gigantes y humanos. Llevan trajes, un conjunto de dos piezas confeccionado en algodón grueso ignífugo, normalmente con cuernos en la capucha y una variedad de motivos pintados a mano que incluyen demonios, serpientes, dragones y llamas.

  • Correfocs: compuestos exclusivamente por colles de fuego, estos eventos tienen lugar por la noche. Consisten en demonios que llevan un palo de madera, la maça, con una punta metálica que contiene fuegos artificiales. Estos emiten un sonido mientras arden, con un fuerte estruendo al final, conocido como el trueno. El término correfoc se utiliza a menudo para referirse a estas festividades de manera más amplia, especialmente fuera de Cataluña.

Tanto en el correfoc como en la cercavila, los demonios de múltiples colles lanzan fuegos artificiales mientras bailan al ritmo de los tambores que los siguen. La banda sonora de estos eventos es un rugido constante y atronador de ruido pirotécnico mezclado con percusión.

Ruido por encima del umbral del dolor

Gràcia –históricamente un pequeño pueblo que en su día estuvo separado de la ciudad romana de Barcino– es uno de los barrios más antiguos de Barcelona. El ruido resuena en sus calles estrechas y atrapa el humo de los fuegos artificiales. Durante un cercavila o un correfoc, varios demonios “arden” a la vez, lo que significa que se lanzan múltiples fuegos artificiales simultáneamente.

Cada artefacto pirotécnico utilizado en las fiestas está sujeto a controles estándar de salud y seguridad, que incluyen un límite de ruido de 120 dB. Este es el umbral del dolor y del daño auditivo, equivalente al ruido que hace una motosierra.




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Pero esta norma solo se aplica a cada artefacto de forma individual, y actualmente no existe ningún requisito para comprobar las explosiones simultáneas. Esto significa que en una cercavila o un correfoc, especialmente en calles estrechas, el ruido puede alcanzar hasta los 175 dB –equivalente a un disparo de escopeta cerca del oído–, muy por encima del umbral del dolor de 120 dB.

Las actuaciones de fuego y tambores de los demonios de Gràcia tienen lugar durante toda la semana del 14 al 21 de agosto, a menudo varias veces al día. Se trata de una exposición concentrada a música alta y explosiones en un breve periodo de tiempo.

Sacrificar la salud por la comunidad

Pertenecer a una colla significa formar parte de un aspecto consolidado y apreciado de la cultura popular catalana. Muchas personas permanecen en su colla durante décadas, mientras que otras empiezan a los 18 años o antes (la mayoría cuenta con una sección infantil específica) y nunca la abandonan. Para muchos diablos de fuego de toda la vida, la pérdida auditiva acumulada es simplemente algo que va con el territorio.

Algunos diablos incluso llevan su pérdida auditiva como una insignia de honor y pertenencia. Pero en términos más generales, la protección auditiva no es algo que todos los diablos utilicen, a pesar de que los guantes, la protección ocular y la ropa ignífuga se usan ampliamente.

La verdadera pregunta es si la pérdida auditiva es realmente una parte intrínseca de ser un “diablo”, y qué les impide protegerse. ¿Por qué, por ejemplo, los fuegos artificiales más ruidosos siguen probándose individualmente, y no al unísono como se utilizan en realidad? ¿Y por qué no se anima más enérgicamente a los participantes a proteger su audición? Es difícil abrir estos debates porque pueden interpretarse como un cuestionamiento o incluso un desafío a la propia cultura popular catalana.

Existe una polarización entre los propios diablos al respecto. Por un lado, son conscientes de su pérdida auditiva y no se engañan sobre lo que la causa. Sin embargo, el uso de protección auditiva aún no está generalizado en los correfocs o cercavilas, al igual que no lo está en tantas otras actividades no pirotécnicas que pueden dañar la audición, como conciertos, discotecas o incluso estar en un bar con música muy alta.




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Quizá ahí radique la respuesta. Tal vez no sea una cuestión de pertenencia, sino de costumbre social. Es socialmente aceptable, por ejemplo, protegernos los ojos de la luz solar o del polvo, pero aún no estamos acostumbrados a proteger nuestra audición. Y en el caso de los diablillos de fuego de Barcelona, lo pagan muy caro.

The Conversation

Karla Berrens es miembro del grupo de investigación CRIT y del centro de investigación CR Polis. Formó parte de dos asociaciones culturales relacionadas con este artículo —la Colla Vella de Gràcia y la colla Farrofoc— hasta 2026.

ref. Los correfocs son la tradición más ruidosa de Barcelona, y los ‘diablos de fuego’ sacrifican su audición para poder participar – https://theconversation.com/los-correfocs-son-la-tradicion-mas-ruidosa-de-barcelona-y-los-diablos-de-fuego-sacrifican-su-audicion-para-poder-participar-284610