L’administration Trump veut priver les citoyens d’un puissant levier pour protéger l’environnement

Source: The Conversation – in French – By Sarah J. Morath, Professor of Law and Associate Dean for International Affairs, Wake Forest University


L’ESSENTIEL

  • Les citoyens états-uniens peuvent saisir la justice pour faire appliquer les lois environnementales lorsque les autorités n’agissent pas.

  • Dans une affaire visant l’entreprise xAI d’Elon Musk, l’administration Trump soutient aujourd’hui que ces recours ne devraient plus être possibles.

  • Si cette position était validée par les tribunaux, elle renforcerait le pouvoir de l’exécutif et limiterait la capacité d’action des citoyens.


La réduction de la pollution massive aux États-Unis était une priorité telle que, lorsqu’il a adopté plusieurs grandes lois de protection de l’environnement, notamment le Clean Air Act, le Clean Water Act et le Safe Drinking Water Act, le Congrès états-unien n’a pas voulu confier leur application au seul pouvoir exécutif.

Il a donc inscrit dans ces textes des mécanismes permettant aux citoyens de faire respecter la loi devant les tribunaux lorsque les autorités n’agissent pas contre les infractions. Ces dispositions, appelées citizen suit provisions (« clauses d’action citoyenne en justice »), autorisent les particuliers et les associations à poursuivre en justice les entreprises qu’ils estiment en infraction. Elles permettent également d’engager des poursuites contre les agences fédérales lorsqu’elles n’appliquent pas ces lois.

Depuis les années 1970, ces dispositions ont été invoquées dans plus de 2 000 actions en justice. En réalité, la majorité des contentieux environnementaux aux États-Unis reposent sur ces recours intentés par des citoyens. Ils ont notamment permis de stopper la construction de barrages afin de protéger des espèces menacées, de mettre fin à l’injection d’eaux usées dans les nappes phréatiques ou encore d’obtenir 14,2 millions de dollars de sanctions civiles pour des émissions illégales provenant d’un complexe pétrochimique. En bref, ces recours ont profondément façonné le droit de l’environnement américain.

Aujourd’hui, dans un mémoire déposé devant la justice, l’administration Trump soutient que les citoyens ne devraient plus être autorisés à faire respecter les lois environnementales. Bien que ces lois prévoient explicitement le contraire, le ministère états-unien de la justice affirme, dans une affaire impliquant l’entreprise xAI d’Elon Musk, que leur application devrait relever exclusivement du pouvoir exécutif, même lorsque celui-ci choisit de ne pas intervenir.

Une usine en Pennsylvanie
L’usine Clairton Coke Works, à Clairton (Pennsylvanie), a été contrainte de réduire ses émissions polluantes et de mettre en place un contrôle plus efficace de la pollution dans le cadre d’un accord conclu à la suite d’une action en justice intentée par des citoyens en vertu du Clean Air Act.
Rebecca Droke/AFP

Plus de cinquante ans d’efficacité

Depuis plus de cinquante ans, les actions en justice intentées par des citoyens constituent un outil efficace de protection de l’environnement aux États-Unis. Le mécanisme est relativement simple : une personne ou une organisation doit d’abord adresser une notification officielle à la personne, à l’entreprise ou à l’administration qu’elle soupçonne d’enfreindre la loi, avec copie à l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Si, au bout de soixante jours, la situation n’a pas été corrigée, elle peut saisir la justice.

Ces recours visent souvent à obtenir des tribunaux qu’ils ordonnent la cessation de l’activité polluante, le versement de sommes destinées à réparer ou réduire les dommages causés à l’environnement, ainsi que des sanctions civiles versées à l’État. En revanche, si les autorités ont déjà engagé une procédure d’application de la loi ou poursuivent activement le contrevenant, une action intentée par des citoyens ne peut pas être engagée.

Le succès de ces recours dépend de la capacité des plaignants à démontrer qu’une infraction à la loi a bien été commise. Les violations du Clean Water Act sont généralement plus faciles à établir que celles d’autres lois environnementales, car le simple fait de rejeter un polluant sans autorisation constitue en lui-même une infraction. C’est pourquoi davantage d’actions en justice engagées par des citoyens ont été intentées en vertu du Clean Water Act que de toute autre loi environnementale américaine.

Dans mon domaine de recherche, celui de la pollution plastique, ces actions en justice ont notamment permis de tenir les fabricants de granulés plastiques responsables de leurs pollutions. Ainsi, grâce à la disposition du Clean Water Act autorisant les recours citoyens, Diane Wilson, une pêcheuse de crevettes de la côte texane du golfe du Mexique, a poursuivi en 2017 l’entreprise Formosa Plastics pour les rejets répétés de granulés plastiques dans la baie de Lavaca, où elle pêchait, et qui est reliée au golfe du Mexique.

En 2019, Formosa Plastics a finalement accepté un accord de 50 millions de dollars (43,44 millions d’euros), destiné à financer des projets de réduction des impacts et de restauration de la baie, notamment le nettoyage des déchets plastiques et d’autres pollutions. L’entreprise a également accepté de prendre en charge les frais de justice et les honoraires des avocats.

Dans une autre affaire, les organisations de défense de l’environnement PennEnvironment et Three Rivers Waterkeeper ont poursuivi en 2023 l’entreprise Styropek USA, qui fabrique du polystyrène expansé utilisé pour les emballages, en raison de rejets de granulés plastiques dans un cours d’eau de l’ouest de la Pennsylvanie. Ces granulés attiraient et concentraient d’autres substances toxiques, ce qui portait atteinte aux plantes aquatiques et aux poissons.

En 2025, Styropek a conclu un accord transactionnel de 2,5 millions de dollars (2,1 millions d’euros). Dans ce cadre, l’entreprise s’est engagée à installer des systèmes de filtration sur ses réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales afin de retenir les granulés plastiques avant qu’ils n’atteignent Raccoon Creek ou la rivière Ohio. Elle a également dû mettre fin à tout rejet non autorisé de granulés plastiques par les évacuations d’eaux pluviales de son site industriel.

Les dispositions autorisant les actions en justice des citoyens ne figurent pas dans toutes les lois. Mais ce mécanisme a été repris dans d’autres domaines. Ainsi, une loi texane de 2025 visant à restreindre le droit à l’avortement autorise tout citoyen à poursuivre en justice des médecins ou d’autres professionnels de santé qui pratiquent des avortements ou y apportent leur concours.

L’affaire NAACP contre xAI

En avril 2026, la NAACP, une organisation nationale de défense des droits civiques, a assigné en justice xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk, devant un tribunal fédéral, en s’appuyant sur les dispositions du Clean Air Act autorisant les actions en justice des citoyens.

La NAACP affirme que xAI et l’une de ses filiales ont construit et exploité 27 turbines à gaz naturel à Southaven, dans le Mississippi, sans obtenir les autorisations exigées par le Clean Air Act. Ces turbines produisaient l’électricité nécessaire au fonctionnement du centre de données Colossus 2 de xAI, situé à proximité. Selon la plainte, cette centrale au gaz a rejeté des polluants nocifs, notamment des oxydes d’azote et du formaldéhyde, susceptibles d’augmenter les risques d’asthme, de maladies respiratoires, de problèmes cardiaques et de certains cancers.

Si xAI avait demandé l’autorisation d’exploiter ces turbines, l’Agence états-unienne de protection de l’environnement (EPA) lui aurait imposé d’utiliser les meilleures technologies disponibles afin de limiter ces émissions. Or, xAI n’a jamais sollicité cette autorisation auprès de l’EPA.

Une demande du gouvernement fédéral

En juin 2026, le ministère de la justice a demandé au juge de classer l’affaire, faisant notamment valoir que les actions en justice intentées par des citoyens ne peuvent pas être engagées lorsque le gouvernement fédéral ne s’oppose pas au comportement polluant en cause.

Pour étayer sa position, le ministère s’est appuyé sur deux décrets présidentiels signés par Donald Trump dans les premiers jours de son second mandat : l’un proclamant une « urgence énergétique nationale », l’autre visant à renforcer le « leadership américain dans le domaine de l’intelligence artificielle ».

Selon le ministère de la justice, l’action en justice de la NAACP menace « l’innovation dans le domaine de l’intelligence artificielle » ainsi que la sécurité nationale. Dans son mémoire, le gouvernement soutient également que les actions intentées par des citoyens n’ont pas été conçues pour permettre à des particuliers de faire appliquer les lois d’une manière contraire à ce que le gouvernement fédéral estime être l’intérêt général.

Le ministère affirme ainsi que ces recours ne devraient être autorisés par les tribunaux que lorsque le gouvernement omet de faire appliquer la loi, et non lorsqu’il a délibérément décidé, au nom de la politique menée par le pouvoir exécutif, qu’une telle application serait contraire à l’intérêt général.

Un conflit entre le gouvernement et les citoyens

C’est la première fois que le ministère états-unien de la justice défend une telle position devant les tribunaux. Par le passé, toutefois, des défendeurs et certains juges ont déjà mis en doute la constitutionnalité des actions en justice intentées par des citoyens.

Pour leurs détracteurs, parmi lesquels figure l’administration Trump, ces recours permettent aux citoyens de s’arroger un pouvoir de poursuite relevant normalement de l’exécutif. Leurs défenseurs estiment au contraire qu’ils permettent aux citoyens d’exercer les droits que leur confère la loi pour défendre un environnement sain et faire respecter la législation environnementale lorsque l’action des pouvoirs publics est insuffisante.

Quelle que soit l’issue de la procédure opposant la NAACP à xAI, je considère que le mémoire déposé par l’administration Trump constitue une étape supplémentaire dans une entreprise plus large visant à concentrer davantage de pouvoirs entre les mains de l’exécutif.

The Conversation

Sarah J. Morath est affiliée au Global Council for Science and the Environment.

ref. L’administration Trump veut priver les citoyens d’un puissant levier pour protéger l’environnement – https://theconversation.com/ladministration-trump-veut-priver-les-citoyens-dun-puissant-levier-pour-proteger-lenvironnement-289055

Ce que l’accès aux toilettes publiques révèle des inégalités de genre dans les villes

Source: The Conversation – in French – By Belen Martinez, Research Fellow, Centre for Regional Economic and Social Research, Sheffield Hallam University


L’ESSENTIEL

  • Dans les gares, dans les festivals ou sur les stations d’autoroutes, accéder aux toilettes relève pour les femmes de l’épreuve de patience.

  • Le design uniformisé des toilettes publiques cache des normes de genre qui produisent des inégalités.

  • Loin d’être triviale, la question des sanitaires interroge la conception des espaces urbains.


Vous souvenez-vous de la dernière fois que vous avez dû faire la queue pour aller aux toilettes ? Si plusieurs exemples vous viennent immédiatement à l’esprit, il y a de fortes chances que vous ayez été dans la file d’attente des femmes. Que ce soit dans les théâtres, les aéroports, les centres commerciaux ou les festivals, le constat est le même : les hommes entrent et sortent des toilettes sans difficulté, sans presque jamais attendre, tandis que les femmes doivent patienter dans de longues files.

Dans la plupart des bâtiments publics, l’espace réservé aux toilettes est réparti en fonction de la superficie, ce qui attribue aux hommes et aux femmes un espace à peu près égal. Bien que cela puisse paraître équitable, des études sur le genre et la conception des toilettes ont montré qu’une superficie égale ne garantit pas l’égalité de l’accès. Cette conception part du principe que les hommes et les femmes utiliseraient les toilettes de la même manière et pendant la même durée, et c’est celle qui prévaut dans la plupart des toilettes publiques.

Design uniformisé, inégalités d’accès

Les toilettes pour hommes combinent généralement des cabines et des urinoirs, qui prennent moins de place et permettent une utilisation plus rapide. Les toilettes pour femmes ne comportent que des cabines ; ainsi, même lorsque les deux types d’installations occupent la même surface, celles destinées aux hommes peuvent servir à davantage d’usagers.

Le temps joue également un rôle. Les femmes mettent généralement plus de temps car elles doivent s’asseoir plutôt que rester debout, portent souvent des vêtements plus complexes à enlever et remettre, elles peuvent avoir leurs règles, être enceintes et sont plus susceptibles de souffrir de troubles tels que l’incontinence ou des infections urinaires.

De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes – qui « prendraient trop de temps » – plutôt qu’à un problème dans la conception même des toilettes.

La conséquence la plus visible de ces normes d’aménagement est la file d’attente devant les toilettes pour femmes. Mais, comme le montre ma recherche, cela peut également avoir des répercussions économiques et sanitaires. Pour les travailleurs mobiles, comme les chauffeurs de taxi, le temps passé à faire la queue est du temps perdu pour gagner leur vie.

Un coût économique

Et il ne s’agit pas seulement de la longueur de la file d’attente : le simple fait d’installer des toilettes publiques est déjà un choix d’aménagement qui a davantage de conséquences pour les femmes que pour les hommes, qui peuvent plus facilement trouver un endroit où se soulager lorsqu’ils en ont besoin.

Pour la plupart des femmes, faire la queue pour aller aux toilettes est un désagrément certes, mais qu’elles jugent mineur et intègrent dans leur quotidien sans y prêter vraiment attention. Cependant, lors de mes recherches sur les femmes chauffeurs de taxi en Espagne, j’ai réalisé que ces inégalités en matière de toilettes pouvaient avoir des conséquences plus graves.

Lorsque je leur ai demandé quels étaient les aspects frustrants de leur métier, leur première réponse n’était presque jamais la circulation, les passagers difficiles ou les longues journées de travail, mais bien les toilettes. Trouver des toilettes pendant leur service exigeait souvent une organisation minutieuse et de longues attentes, entraînant une perte de revenus, alors que leurs collègues masculins ne s’absentaient pas plus de quelques minutes pour les mêmes raisons.

Rosario, une conductrice Uber de 26 ans, a qualifié les pauses toilettes pendant son service de « drame du métier » ! Comme beaucoup d’autres conductrices ayant participé à mon étude, elle a expliqué qu’elle planifiait son itinéraire en fonction des toilettes dont elle connaissait l’emplacement. D’autres ont indiqué qu’elles évitaient de boire de l’eau pour ne pas avoir à s’arrêter « tout le temps », tandis que certaines ont établi un lien entre des infections urinaires récurrentes et le fait de « se retenir trop longtemps ».

Ces stratégies deviennent toutefois inopérantes en période de règles. Comme l’explique Juana :

« Il faut s’organiser et s’obliger à s’arrêter. Après une course, au lieu de se rendre directement à une station de taxis pour prendre un nouveau client, il faut se rendre dans une station-service pour pouvoir d’abord aller aux toilettes. »

Des normes de genre implicites

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Il est également plus facile d’un point de vue anatomique – et souvent socialement plus accepté – pour les hommes d’uriner au bord d’une route ou ailleurs lorsqu’il n’y a pas de toilettes publiques à disposition.

Si l’intimité des femmes fait l’objet d’une attention particulière dans la conception des toilettes, il n’en va pas de même de leur temps. Les recherches consacrées à la « parité en matière de toilettes » (« toilet parity ») montrent qu’une augmentation du nombre de cabines ou la création de cabines non genrées permet de réduire considérablement les files d’attente des femmes, avec un impact minime sur celles des hommes. Des expérimentations menées lors de grands événements, notamment avec l’installation d’urinoirs conçus pour les femmes, montrent qu’une réflexion sur la capacité d’accueil des sanitaires peut pratiquement éliminer les temps d’attente.

Pour les femmes ayant participé à mon étude, la quête frustrante d’un accès à des toilettes ne relève pas seulement de l’attente, mais aussi de la dignité et du droit d’occuper l’espace urbain sur un pied d’égalité. En ce sens, les toilettes indiquent de manière discrète mais éloquente pour qui l’espace public est réellement conçu, et quelles sont les personnes dont les corps sont censés s’adapter, encore aujourd’hui.

The Conversation

Belen Martinez a reçu des financements de l’Economic and Social Research Council (ES/P00072X/1).

ref. Ce que l’accès aux toilettes publiques révèle des inégalités de genre dans les villes – https://theconversation.com/ce-que-lacces-aux-toilettes-publiques-revele-des-inegalites-de-genre-dans-les-villes-288744

En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies

Source: The Conversation – in French – By Bastien Castagneyrol, Chercheur en écologie, Inrae


L’ESSENTIEL

  • L’incendie parti de Saumos, en Gironde, le 22 juillet dernier, a brûlé plus de 42 000 hectares de forêt, détruit plus de 200 habitations et entraîné l’évacuation de plus de 200 000 personnes.

  • Le changement climatique crée les conditions d’un véritable effet domino : il accroît le risque incendie, puis les feux favorisent les ravageurs du pin (scolytes et nématodes du pin), qui accélèrent le dépérissement des arbres et donc augmentent les quantités de combustible sec.

  • Lorsque viendra l’heure du bilan et du reboisement, il ne faut pas imaginer que les vulnérabilités qui ont permis les feux de 2022 puis ceux de 2026 disparaîtront par magie grâce à des solutions miracles : elles devront faire l’objet d’une gestion intégrée.


Le feu qui s’est déclenché le mercredi 22 juillet 2026 sur la commune de Saumos, en Gironde, a brûlé plus 42 000 hectares de forêt, plus de 200 habitations et entraîné l’évacuation de plus de 224 000 personnes en moins d’une semaine. Quand les fumées se seront dissipées, elles vont révéler l’étendue de la catastrophe. Celle-ci est non seulement écologique, mais également sociale et économique.

La forêt des Landes de Gascogne est un socioécosystème largement dominé par la sylviculture du pin maritime. Les peuplements de pin en monoculture s’étendent sur près de 800 000 hectares, localement interrompus par des boisements épars de chênes et des peuplements forestiers plus diversifiés le long des cours d’eau et des lagunes, des grandes cultures et des espaces artificialisés (zones urbanisées, infrastructures de transport et d’activités).

Il est, de ce point de vue, parfaitement légitime de protéger cette forêt contre le feu tant elle structure le paysage, l’économie et la vie des personnes qui occupent ce territoire, en plus d’héberger une biodiversité originale. Pourtant, aussi terrible, dévastateur et rapide soit-il, notre rôle de scientifiques est de rappeler que, s’agissant de la forêt, le feu n’est qu’un aléa parmi d’autres.




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Dans l’urgence du moment, ne penser et ne raconter la future gestion de la forêt des Landes de Gascogne et de son territoire que par le seul prisme de la défense contre les incendies pourrait, à moyen terme, condamner le pin maritime dans la région et au-delà.

L’enjeu n’est rien de moins que la durabilité d’un socioécosystème dont dépendent des vies humaines (directement menacées par les flammes lors des feux), une biodiversité originale, un pan important de l’économie, mais également une partie de la stratégie bas carbone de la France et la protection du littoral.

Le changement climatique crée les conditions d’un effet domino

Plusieurs risques pèsent sur les monocultures de pin maritime. Ils sont nombreux et interagissent les uns avec les autres.

Commençons par clarifier ce qu’on entend par risque : cette notion anthropique (elle est relative aux activités humaines) se définit comme la combinaison d’aléas (phénomènes plus ou moins probables), de vulnérabilités (effets prévisibles de ces phénomènes) et des enjeux (humains, économiques et environnementaux).

Les feux sont un aléa dont la survenue peut entraîner des dommages catastrophiques sur l’ensemble de ce système. Ne dépendant pas des êtres vivants, ils sont qualifiés d’aléas abiotiques, au même titre que les tempêtes, les canicules extrêmes et les sécheresses intenses.

L’impact de ces aléas sur le socioécosystème que constituent la forêt des Landes de Gascogne et son territoire est d’autant plus important :

  • qu’il est fragilisé par les changements climatiques,

  • que la filière économique est dépendante d’un modèle sylvicole spécialisé,

  • que l’urbanisation croissante liée à l’augmentation de la population étend les espaces bâtis et les infrastructures à l’interface avec les milieux forestiers.

Or, les aléas exploitent les vulnérabilités créées par l’activité humaine ou renforcées par les perturbations précédentes, augmentant la probabilité de réalisation des risques. Comme dans un jeu de domino, si l’un survient et que le domino bascule, les autres suivent.

  • Les changements climatiques modifient le régime des précipitations : dans le sud-ouest de la France, elles sont plus importantes en hiver et favorisent une reprise de la végétation au printemps.

  • Les sécheresses accompagnées de canicules sont également de plus en plus précoces, intenses et fréquentes. Elles assèchent les sols et la végétation devenue abondante. Les arbres et l’ensemble des êtres vivants souffrent d’un stress hydrique et thermique chronique.

  • S’agissant des pins, quoique plutôt résistants, ils peuvent perdre leurs aiguilles les plus âgées qui sèchent, tombent au sol et constituent une litière qui se décompose lentement sur le sol acide des Landes de Gascogne. Avec les plantes de sous-bois, la litière desséchée accumule des matériaux inflammables.

Effets du changement climatique sur les activités des feux de forêt en France hexagonale.
INRAE, Fourni par l’auteur

La sécheresse et la canicule exacerbent donc le risque d’incendie et font vaciller le premier domino. Une étincelle ou une allumette criminelle suffisent à déclencher un incendie dont la propagation est facilitée par la quantité, la continuité et l’état de dessiccation de la végétation.

Des arbres brûlent entièrement, mais d’autres restent en vie pour quelques mois ou plus longtemps tout en étant pourtant affaiblis. Nous en sommes là aujourd’hui. Mais demain, cela pourrait être encore pire.




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Le rôle amplificateur des parasites du pin

En effet, à ces aléas abiotiques s’ajoutent aussi des aléas dits biotiques, liés aux êtres vivants. Par exemple, les pullulations d’insectes ravageurs et de microorganismes pathogènes natifs, et l’introduction de ravageurs et de pathogènes exotiques en lien, notamment, avec le commerce international.

Un autre domino peut alors tomber. Les scolytes, de petits insectes coléoptères se nourrissant des tissus qui conduisent la sève des pins, trouvent dans les pins affaiblis une ressource favorable ; les pins affaiblis ne sont plus en mesure de se défendre efficacement, les populations de scolytes explosent, créant des pullulations qui, si elles débutent à proximité des zones incendiées, peuvent s’étendre aux peuplements ayant échappé aux flammes.

Et encore un autre. En témoigne, par exemple, l’arrivée du nématode du pin , une espèce dite de quarantaine (c’est-à-dire faisant l’objet d’une surveillance renforcée et de plans d’éradication sticts) au niveau européen. Or, l’insecte vecteur du nématode, Monochamus galloprovincialis, est pyrophile : il est attiré par le bois brûlé dans lequel il se développe. Les foyers déjà détectés dans le département des Landes et des Pyrénées-Atlantiques s’étendent.

Scolytes et nématodes induisent ainsi une mortalité additionnelle des pins, accroissant de fait la vulnérabilité au feu du fait de l’accumulation de bois mort, qui sèche et sert de combustible.

Interactions entre changements climatiques, aléas biotiques et abiotiques.
Fourni par l’auteur

On peut retenir trois enseignements de cet enchaînement :

  • les changements climatiques sont la cause profonde de l’intensification des aléas et de l’aggravation des vulnérabilités qui façonnent les risques forestiers ;

  • même après l’extinction des incendies, les risques demeurent et continuent d’affecter durablement les écosystèmes forestiers ;

  • du fait de leur interdépendance, tous les aléas et les risques qu’ils font peser sur la forêt doivent être gérés simultanément dans une approche systémique.




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Pas de scénario universel, même pour la sylviculture du pin

Depuis les années 1950, le domaine de l’Hermitage à Pierroton, sur la commune de Cestas au sud de Bordeaux, abrite des laboratoires de recherche de l’Inrae voués à l’étude de la forêt. Le travail patient et rigoureux des chercheuses et des chercheurs, des techniciennes et des techniciens de laboratoire et de terrain, depuis plus de soixante-quinze ans, a contribué à révéler et expliquer le fonctionnement de cette forêt et à alerter sur ses vulnérabilités.

Observations, expérimentations et modélisations ont permis de proposer et de tester des scénarios de gestion favorisant la résistance et la résilience des forêts face aux risques abiotiques et biotiques.

Présentation de l’unité expérimentale forêt Pierroton/Inrae.

Et pourtant, la forêt brûle. Près de 80 hectares des infrastructures de l’Inrae consacrées à la recherche forestière sur le site de Pierroton ont brûlé à la suite de l’incendie parti de Saumos.

Il serait dangereusement naïf de croire qu’il pourrait y avoir un scénario universel de sylviculture pour les forêts, dont celle des Landes de Gascogne, tant l’ensemble des compartiments de ces systèmes complexes sont connectés les uns aux autres. Et cela, du sol à la canopée, de la chenille à la mésange, de la goutte d’eau au bois, jusqu’à la scierie.

Il en résulte des arbitrages délicats. Le débroussaillement du sous-bois réduit la quantité de combustible disponible pour le feu, mais il élimine des habitats nécessaires aux oiseaux et aux insectes prédateurs qui contribuent à réguler les ravageurs. Les fossés de drainage assèchent les parcelles, réduisent l’engorgement des sols au printemps et favorisent la stabilité des arbres face au vent, mais ils accentuent l’assèchement des sols en été, diminuent la disponibilité en eau pour les végétaux, augmentant ainsi le risque d’incendie.




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La forêt de demain ne ressemblera pas à celle qui a brûlé

La fumée des incendies de Gironde va se dissiper. Elle rendra visible une forêt mutilée et un territoire toujours aussi vulnérable.

Les forêts perdues pourraient peut-être être reconstituées. Pourtant, ce n’est pas exactement ce qui s’est passé au Portugal à la suite des sécheresses et incendies des dernières décennies et à l’introduction du nématode du pin : une grande partie des terrains anciennement plantés de pins ont été convertis en peuplements d’eucalyptus ou artificialisés.

Quand bien même les surfaces boisées perdues dans les incendies seraient reconstituées, la forêt de demain ne ressemblera pas à celle qui a brûlé. Même replantée, une forêt se régénère lentement. La forêt de demain devra faire face à l’accélération des changements climatiques et aux introductions d’espèces exotiques envahissantes. Elle devra remplir de nombreuses fonctions, qu’il faudra piloter de manière intégrée à différentes échelles emboîtées, de l’arbre au territoire, en se gardant de reproduire les vulnérabilités déjà connues des spécialistes, mais révélées au public par les incendies déjà pendant l’été 2022 puis en juillet 2026.

La recherche apporte une vue d’ensemble des enjeux, des trajectoires possibles et des risques. Les savoirs déjà acquis et transmis peuvent éclairer les choix, mais pas arbitrer les priorités. Au lendemain des incendies, il faudra redoubler d’efforts pour consolider les collaborations déjà installées entre la recherche publique, les acteurs de la filière forestière et toutes les autres parties prenantes du territoire.

Il faudra surtout trouver de nouveaux cadres politiques, législatifs et réglementaires pour accompagner la transformation de ce massif forestier et renforcer sa résilience face aux épreuves – qu’il devra inévitablement affronter, étant désormais soumis à des vulnérabilités croissantes –, tout en permettant la coexistence durable d’une diversité d’activités cohérentes.

À titre d’exemple, cela pourrait conduire à faire évoluer les dispositifs de dérogations au défrichement pour créer des coupures de combustible d’intérêt collectif ou à renforcer l’articulation entre les documents de gestion forestière et les outils de planification territoriale afin de mieux intégrer les enjeux de résilience à l’échelle du paysage.


Les membres de l’équipe BIODIV du laboratoire INRAE BIOGECO à Cestas (33) ont contribué à l’écriture de cet article, en particulier Jean-Baptiste Rivoal, Nattan Plat, Olivier Bonnard, et Arndt Hampe.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies – https://theconversation.com/en-gironde-les-vulnerabilites-des-forets-ne-disparaitront-pas-avec-la-fumee-des-incendies-288956

Plateformes de SVOD : quand le consommateur est prêt à payer moins cher son abonnement en échange du visionnage de publicités

Source: The Conversation – France (in French) – By Laure Perraud, Maitre de Conférences en Marketing, Université Bourgogne Europe

Face à l’inflation et à un marché saturé, le streaming opère une mutation radicale. Désormais, la publicité n’est plus tant perçue comme une nuisance subie que comme la monnaie d’échange, acceptée par le consommateur, pour préserver son accès à une variété de contenus sans se ruiner.


L’accès aux plateformes de Service Video On Demand (SVOD) est aujourd’hui démocratisé puisqu’un Français sur deux dispose d’un abonnement. Grâce à des contenus variés, proposés à des prix abordables, les consommateurs en ont parfois même souscrit plusieurs. Le marché du streaming vidéo est dominé par plusieurs acteurs majeurs, comme Netflix (12 millions d’abonnés en France, début 2024), Amazon Prime Vidéo, Disney+, ou encore des acteurs locaux comme MyCanal.

Après des années de croissance rapide, ces entreprises font face à un marché qui arrive à maturité. Aux États-Unis, par exemple, le taux de croissance des nouveaux abonnés est tombé en dessous des 10 %, au 4ᵉ trimestre de 2025, selon NPA Conseil s’appuyant sur des données Antenna.

Ces entreprises sont donc confrontées à un objectif double :

  • continuer à recruter des clients dans un marché saturé, ce qui devient de plus en plus difficile ;

  • et lutter contre le désabonnement en fidélisant leurs abonnés actuels.

Chez Netflix, dès 2022

Pour répondre à ce défi, Netflix a lancé sur le marché en novembre 2022 une offre inédite avec un abonnement moins cher, mais contenant la présence de publicités en contrepartie. Pour 5,99 euros par mois, l’abonné accède au catalogue proposé en échange du visionnage de publicités. Avec ce lancement, Netflix souhaitait ainsi augmenter le nombre total de ses abonnés après une baisse historique et attirer un nouveau public dont le budget est plus contraint en inversant le rapport coût/bénéfice.




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C’est cette nouvelle orientation stratégique qui nous a conduit à nous demander : comment les abonnés perçoivent-ils la publicité lorsqu’ils ont délibérément choisi de s’y exposer pour payer moins cher ?

Dans le cadre de nos travaux, publiés dans Décisions Marketing, nous avons souhaité savoir si l’intrusion publicitaire avait des conséquences sur leur satisfaction et leur intention de poursuivre leur relation avec leur plateforme de SVOD.

Une nouvelle équation économique : le prix comme bénéfice

Traditionnellement, dans le domaine du marketing, le prix est considéré comme un sacrifice. Il s’agit de la somme d’argent, de l’effort consenti par le consommateur pour obtenir le service et/ou le produit dont il a besoin et qu’il désire. Dans le cas des plateformes de streaming, le service souhaité correspond au contenu (films, séries, reportages…) et représente par conséquent le bénéfice attendu.

Dans l’abonnement avec publicités de Netflix, ce rapport s’inverse de manière originale. Le prix réduit est perçu par le consommateur comme une opportunité, un bénéfice (avantage) pour son budget, surtout dans un contexte de forte inflation où le pouvoir d’achat est limité. En contrepartie, la publicité, autrefois absente du modèle « Premium » de Netflix, devient le nouveau sacrifice consenti par l’abonné.

Ce changement modifie donc la façon dont l’abonné évalue la valeur globale de son contrat. Cette perception résulte d’un arbitrage entre ce que l’on reçoit (bénéfices toniques et utilitaires) et ce que l’on donne (argent et temps d’exposition publicitaire).

La publicité reste intrusive

Pour comprendre ce phénomène, une étude scientifique quantitative a été menée en avril 2023. Nous avons interrogé, grâce à un questionnaire en ligne, 437 abonnés français ayant tous souscrit à l’abonnement « Standard avec pub » de Netflix. Les répondants ont été consultés dans un premier temps sur la valeur perçue de l’offre souscrite, leur satisfaction et leur intention de fidélité, puis dans un second temps sur la valeur perçue des publicités visionnées et leur intrusion perçue.

L’un des principaux enseignements de cette recherche est que, même si l’abonné a choisi volontairement cette offre, il continue de percevoir la publicité comme intrusive. L’intrusion publicitaire perçue se définit comme une réaction psychologique négative qui survient lorsqu’une sollicitation commerciale interfère avec le processus cognitif et/ou la tâche qu’est en train de réaliser un individu.

Dans le cas de Netflix, l’abonné est pleinement concentré sur le visionnage de son programme. L’interruption publicitaire casse donc le processus d’attention en cours. Notre recherche montre que le fait d’avoir le contrôle au moment de la souscription ne suffit pas à éliminer la perception d’intrusion.

RFI, 2026.

Une satisfaction dégradée

Cette perception d’intrusion a des effets directs et mesurables sur le comportement de l’abonné qui ont pu être vérifiés :

  • l’intrusion publicitaire dégrade la satisfaction à l’égard de l’offre ;

  • l’intrusion publicitaire diminue la valeur (informative, divertissante…) perçue de la publicité ;

  • l’intrusion publicitaire nuit à l’intention de poursuivre la relation, quand bien même l’abonné a choisi un abonnement avec des publicités.

La valeur de l’offre comme protection

Cependant, l’étude révèle un mécanisme de compensation. En effet, la valeur perçue ne dépend pas que du prix, mais de trois dimensions :

  • émotionnelle, par le sentiment de bien-être et/ou de détente procuré par le service ;

  • sociale, à travers la façon dont l’utilisation du service influence la perception de soi par les autres ;

  • fonctionnelle/prix, par le rapport qualité-prix perçu par l’abonné.

Ainsi, lorsque la valeur globale du service est jugée élevée par l’abonné (grâce à la qualité des contenus inédits, exclusifs ou diversifiés), elle parvient à limiter l’impact de l’intrusion publicitaire perçue. En d’autres termes, si l’abonné attribue suffisamment de valeurs aux contenus proposés, il acceptera plus facilement le sacrifice de la publicité, et les effets négatifs de l’intrusion publicitaire s’en trouveront diminués.




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La diversité de l’offre de programmes, un atout majeur

Pour limiter l’insatisfaction des abonnés ayant souscrit à ce type d’offres et faire en sorte que la relation perdure, nous recommandons aux plateformes de SVOD de :

  • capitaliser sur les propositions de contenus variés et originaux afin de maintenir la valeur de l’offre perçue par les abonnés ;

  • conserver cette stratégie de prix accessible par un grand nombre puisque le sacrifice demandé en contrepartie (le visionnage de publicités) semble acceptable, de surcroît dans un contexte inflationniste ;

  • veiller à ce que les publicités diffusées correspondent aux attentes, aux besoins, aux profils des abonnés en s’appuyant davantage sur les données collectées les concernant ;

  • privilégier une diffusion en début de programme pour diminuer (ou à défaut limiter) l’intrusion publicitaire perçue survenant principalement lorsque l’abonné est interrompu lors du visionnage de son programme.

L’avenir des plateformes de SVOD dépendra de leur capacité à produire des contenus originaux et qualitatifs de manière à transformer l’intrusion publicitaire en un compromis acceptable pour l’abonné.

The Conversation

Laure Perraud est membre de l’association française du marketing.

Virginie Uger Rodriguez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Plateformes de SVOD : quand le consommateur est prêt à payer moins cher son abonnement en échange du visionnage de publicités – https://theconversation.com/plateformes-de-svod-quand-le-consommateur-est-pret-a-payer-moins-cher-son-abonnement-en-echange-du-visionnage-de-publicites-286198

Le pouvoir politique face aux incendies : depuis la Rome de Néron, un exercice de mise en scène ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Demassieux, Docteur en langues et littératures anciennes, Université de Lille

*L’Incendie de Rome*, par Hubert Robert (vers 1771). Musée d’art moderne André-Malraux, via Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • Le 27 juillet 2026, Emmanuel Macron s’est rendu en Gironde pour saluer les « forces mobilisées » face au feu.

  • Les textes antiques, comme le récit par Tacite de l’incendie de Rome en 64 de notre ère, permettent d’éclairer les rouages de cette communication de crise du pouvoir.

  • S’il dispose de plus de canaux pour s’exprimer, le doute face au mythe du chef secourable ne date pas d’hier.


On croit souvent que l’Antiquité n’a rien à nous apprendre sur le présent, sinon par analogie vague ou par élégance de style. C’est oublier que certains textes anciens ont déjà pensé, avec une lucidité rarement égalée depuis, les mécanismes même de la communication du pouvoir – et qu’ils permettent, par contraste, de mieux voir ce qui se joue sous nos yeux.

Dans Mythologies (1957), Roland Barthes définit le mythe contemporain comme une parole qui transforme l’histoire en nature, le contingent en évidence. C’est ainsi qu’un geste politique – une visite, une déclaration, une image – cesse d’être perçu comme un acte parmi d’autres possibles pour devenir un signe qui « va de soi ». L’image du chef de l’État aux côtés des pompiers, dans la boue ou les cendres, n’est jamais évaluée comme une décision de communication ; elle symbolise immédiatement la sollicitude de l’État, avant même d’être jugée sur ses effets.

On l’a encore vu la semaine passée. Les mégafeux de Gironde, des Landes, du Var, du Tarn et de Corse – environ 117 000 hectares brûlés depuis le début de l’année, selon le ministre de l’intérieur, un orage de feu inédit observé en Gironde, deux sapeurs-pompiers morts au combat – ont donné lieu à un ballet bien identifiable : lundi 27 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu au centre opérationnel de Bordeaux, a présidé une cellule interministérielle de crise et est allé à la rencontre des forces mobilisées pour leur dire le soutien de la nation.

Pendant ce temps, à Lège-Cap-Ferret, des dizaines de maisons détruites restent en zone interdite, et les habitants évacués ne peuvent toujours pas rentrer chez eux. D’où la critique, récurrente, d’un décalage entre cette mise en scène de l’engagement et le fond du problème – structurel, écologique – (et les solutions à y apporter) qui reste largement hors champ du moment médiatique.

La catastrophe change d’échelle, le pouvoir se manifeste

Ce mécanisme a un précédent presque parfait, et il ne date pas d’hier. En 64 de notre ère, un incendie ravage Rome pendant plusieurs jours. L’historien Tacite en donne, dans ses Annales (livre XV, chapitre 39), un récit qui commence par un détail de calendrier qui en dit long – voici le passage, dans une traduction personnelle :

« En ce temps-là, Néron, qui séjournait à Antium, ne revint à Rome que lorsque le feu approcha de sa propre demeure, celle par laquelle il avait relié le Palatin aux jardins de Mécène. On ne put pourtant empêcher que le Palatin, cette demeure et tout ce qui l’entourait, ne fussent dévorés. Mais, pour soulager le peuple chassé de ses maisons et errant, il ouvrit le Champ de Mars, les monuments d’Agrippa, et même ses propres jardins, et fit élever des abris provisoires pour recevoir la foule indigente ; on fit venir des vivres d’Ostie et des municipes voisins, et le prix du blé fut abaissé jusqu’à trois sesterces. »

Quelques lignes, et déjà tout y est. D’abord ce détail qu’on pourrait croire anodin : Néron ne rentre à Rome que lorsque le feu approche sa propre demeure. Tacite ne commente pas, il constate – mais il place ainsi, dès la première phrase, le moment où l’intérêt privé du prince rejoint l’intérêt public.

Macron, lui, s’est déplacé tôt, dès le lundi, avant que le feu ne touche rien qui lui appartienne en propre : la logique n’est donc pas identique. Elle obéit pourtant à la même grammaire du seuil. Il aura fallu, dans les deux cas, que la catastrophe change d’échelle pour que le pouvoir se rende visible sur zone – 117 000 hectares, un phénomène météorologique jamais observé en France, deux morts, d’un côté ; la proximité du palais, de l’autre.

Vient ensuite le secours, et il faut ici résister à la tentation du procès facile : l’aide que décrit Tacite n’a rien de fictive. Ouverture d’espaces d’accueil, hébergements provisoires, vivres acheminés d’Ostie, prix du blé plafonné – la réponse matérielle est concrète, chiffrée, documentée.

Il en va de même aujourd’hui, avec la cellule interministérielle de crise, la mobilisation nationale des pompiers, les dispositifs de relogement engagés en Gironde. Mais ce secours immédiat ne suffit pas à clore le débat, parce qu’il ne répond pas à la question posée : celle de la prévention et de l’aménagement du territoire face à un risque d’incendie structurellement aggravé par le changement climatique.

L’image de la sollicitude de l’État

Le gouvernement Lecornu lui-même qualifie cette saison d’inédite et d’exceptionnelle – une formule qui décrit un phénomène, non une politique. C’est précisément sur cet autre terrain, celui de la prévention et de l’aménagement forestier dans la durée, que se loge la critique – un terrain que ni l’aide d’urgence de Néron ni la cellule de crise de Bordeaux ne peuvent occuper.

Et puis il y a le geste lui-même, le plus tacitéen des trois mouvements. Néron va jusqu’à ouvrir ses jardins personnels ; un geste qui vaut par ce qu’il donne à voir autant que par son effet pratique. La déclaration présidentielle depuis le centre opérationnel de Bordeaux suit une économie comparable : elle s’ouvre sur une pensée pour les deux sapeurs-pompiers qui sont tombés avant le soutien de toute la nation – la parole se construit comme un rituel de deuil et de reconnaissance, filmé et retransmis, avant d’être un acte administratif.

C’est la mécanique exacte que Barthes appellera, 19 siècles après Tacite, un mythe : un signe qui circule pour lui-même, presque indépendamment de son efficacité mesurable. L’image du président au centre opérationnel signifie la sollicitude de l’État avant même qu’un seul hectare ne soit repris au feu.

On pourrait s’arrêter là et se satisfaire du parallèle. Mais Tacite ne se contente jamais de décrire un geste sans en interroger la portée, et c’est peut-être ce qui le distingue le plus nettement de Barthes. Pour ce dernier, le mythe fonctionne précisément parce qu’il efface sa propre construction : c’est ce qui fait sa puissance idéologique, sa capacité à se faire passer pour une évidence naturelle plutôt que pour un discours.

Or, Tacite ne laisse jamais le geste de Néron s’installer dans cette évidence. Le chapitre suivant enchaîne aussitôt sur la rumeur d’un Néron chantant la prise de Troie pendant que Rome brûle – rumeur que l’historien rapporte sans trancher, mais qu’il place assez près du récit du secours pour que le lecteur ne puisse plus lire l’un sans l’autre.

Tacite expose la construction du mythe impérial plutôt que de la laisser opérer : il fait, 1 900 ans avant Mythologies, un travail de démystification.

Face au geste de crise, l’expression du soupçon

Reste un écart qu’il faut se garder d’effacer. Néron gouverne sans opposition institutionnelle ni presse indépendante capable de vérifier ses actes ; la rumeur est, chez Tacite, le seul contre-pouvoir disponible – un mécanisme souterrain, diffus, invérifiable.

Aujourd’hui, la mise en doute du geste politique se fait au grand jour, immédiatement, dans la presse et sur les réseaux sociaux, avec un accès direct aux faits et aux chiffres. C’est peut-être là, plus que dans la ressemblance elle-même, que se trouve la vraie leçon : le soupçon envers le geste de crise n’est pas une invention moderne, Tacite le pratiquait déjà avec les moyens de son temps.

Ce qui a changé, ce n’est pas le mécanisme du mythe, c’est son régime de visibilité. Ce qui circulait en rumeur clandestine chez Tacite est devenu, cette semaine, un chiffre publié en direct par la préfecture, une cartographie satellite mise à jour chaque jour, des habitants de Lège-Cap-Ferret filmés devant leurs maisons détruites, une critique formulée dans l’heure sur la prévention et l’aménagement forestier.

La rumeur romaine n’avait qu’un canal, incontrôlable et invérifiable ; la contestation d’aujourd’hui en a mille, tous vérifiables – mais tout aussi impuissants à faire coïncider le temps du geste et celui du problème.

Le mythe du chef secourable ne convainc donc jamais tout à fait : le geste a beau être réel, un doute subsiste toujours sur ce qu’il dissimule ou ce qu’il évite. Et c’est sans doute là la vraie leçon de ce parallèle : ce n’est pas Néron, mais Tacite – celui qui a su regarder ce geste avec distance et en exposer les ressorts – qui reste le modèle le plus utile pour lire notre propre époque médiatique.

The Conversation

Je suis juste chercheur associé à l’Université de Lille, comme indiqué dans mon profil sur The Conversation.

ref. Le pouvoir politique face aux incendies : depuis la Rome de Néron, un exercice de mise en scène ? – https://theconversation.com/le-pouvoir-politique-face-aux-incendies-depuis-la-rome-de-neron-un-exercice-de-mise-en-scene-288896

Cómo el incidente en el paso fronterizo de Ceuta ha beneficiado a la extrema derecha

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Deniz Torcu, Adjunct Professor of Globalization, Business and Media, IE University

Se calcula que más de 50 000 migrantes cruzaron y entraron en la ciudad autónoma de Ceuta el 30 de julio en el transcurso de un solo día, tras el colapso efectivo de la frontera. El Gobierno español ha afirmado que casi todos los migrantes han regresado desde entonces a Marruecos, y al menos 88 han fallecido.

Tras el suceso, ante las dudas sobre cómo y por qué pudo suceder, a la opinión pública solo le quedaron las imágenes y las fotografías: personas nadando y trepando por la playa del Tarajal, en Ceuta; decenas de miles en un solo día y una sola noche; decenas de muertos.

Sin datos ni explicaciones que las respalden, escenas como estas calan primero en la imaginación. Y es en la imaginación donde se forja la actitud de un país ante la migración.

El paso fronterizo de Ceuta socava una de las ideas más halagadoras que España tiene de sí misma. Tras los largos años de dictadura fascista, el país ha dedicado los últimos años a reinventarse como un lugar que acoge la migración y la diversidad, mientras gran parte de Europa habla de muros y defensa.

Esta es una historia que España cuenta con verdadera convicción: una nación en la encrucijada entre Europa y África, forjada por siglos de mestizaje cultural. Y a menudo pone en práctica estos ideales: hace solo seis meses, abrió una vía para la residencia legal a cientos de miles de inmigrantes que ya vivían y trabajaban en el país.

Pero la imagen que el país tiene de sí mismo y la opinión pública son un logro cultural más que jurídico. Se basan en las emociones, lo que las hace mucho más delicadas –y mucho más vulnerables a la desinformación y la explotación– que cualquier ley.




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Imágenes, palabras, opiniones

Podemos observar cómo cambian las opiniones en tiempo real fijándonos en las palabras que utiliza la gente. Un día antes, el discurso público sobre la migración era corriente y neutro. Se centraba principalmente en la integración, los permisos de trabajo y los trámites habituales de una vida establecida.

Las imágenes que llegan desde Ceuta han dejado todo eso de lado, imponiendo un tono más duro. Palabras como invasión, guerra, avalancha y control predominan ahora en las declaraciones públicas y en las redes sociales.

Para la gente corriente, esto significa que el migrante que podría ser un vecino, un compañero de trabajo o el padre de un compañero de clase se convierte en una figura sin rostro, un número que cruza una playa. Es mucho más difícil lamentar la pérdida de un número que la de una persona, y el lenguaje que se expresa en números puede ser tan frío como quiera sin parecer cruel.

Mientras tanto, una imagen –como las que ahora se repiten sin cesar en las pantallas de televisión y en las redes sociales– argumenta sin necesidad de argumentar. La retórica tiene que persuadir, decir algo a lo que el oyente pueda responder, pero las imágenes ofrecen un atajo hacia el sentimiento que hay detrás. Desplazan el punto de partida de cualquier conversación sobre el tema.

Las imágenes que circulan desde Ceuta obligan al Gobierno español a dar explicaciones, mientras que las ideas punitivas se presentan como sentido común. Frases que el miércoles habrían sonado desagradables, el viernes sonaban casi como una descripción sobria. El moderado acaba pareciendo ingenuo, y la carga de la prueba cambia de manos sin que nadie lo anuncie.

Las imágenes son un regalo para la extrema derecha europea, y saben perfectamente qué hacer con ellas. Pueden perder todos los argumentos sobre las cifras reales y aun así salir ganando, porque su objetivo es hacer que la imagen de una España acogedora parezca ridícula. A falta de cualquier otra información, los vídeos y las imágenes hacen gran parte de ese trabajo de forma gratuita.




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Normalización del lenguaje extremo

El secretario general del partido de la oposición de derecha en España, el Partido Popular (PP), relacionó rápidamente el cruce de la frontera con la política de regularización masiva del Gobierno español, introducida en febrero, y ha formulado la afirmación infundada de que esto creaba un “factor de atracción”.

El líder del partido español de extrema derecha Vox fue más allá y calificó inmediatamente las llegadas como una “invasión” de hombres en edad de alistamiento. El empresario estadounidense Elon Musk ha esgrimido el mismo argumento y ha comparado las imágenes con una escena de la película de zombis de 2013 Guerra Mundial Z.

Pero para la extrema derecha, esto va más allá de un simple ciclo informativo. En el momento en que su vocabulario deja de sonar extremo, la derecha mayoritaria tiene que responder en los mismos términos o se arriesga a parecer débil. Una vez que el debate cambia de rumbo, cualquiera que defienda la imagen que España tiene de sí misma como país abierto y acogedor ya se encuentra a la defensiva, disculpándose antes incluso de haber dicho una sola palabra.

Tras el incidente de Ceuta, esto es lo que España se juega: la capacidad de contar su historia de acogida a la inmigración y de aceptación de la diversidad sin tener que disculparse primero por ello.

The Conversation

Deniz Torcu no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo el incidente en el paso fronterizo de Ceuta ha beneficiado a la extrema derecha – https://theconversation.com/como-el-incidente-en-el-paso-fronterizo-de-ceuta-ha-beneficiado-a-la-extrema-derecha-288965

Demandez à un homme ou à une femme de vous parler de développement personnel, ils n’emploieront pas les mêmes mots

Source: The Conversation – France (in French) – By Franck Jaotombo, Professeur AI & Quantitative Methods in Business, EM Lyon Business School


L’ESSENTIEL

  • Le marché florissant du développement personnel est tantôt soupçonné de nombrilisme, tantôt considéré comme un outil de manipulation managériale.

  • Une étude a passé au crible les discours sur le développement personnel, au moyen d’un logiciel de statistiques textuelles.

  • Les femmes et les hommes ne mettent pas les mêmes mots derrière l’expression moderne de « développement personnel ».


Stages, livres, applications, coachs, podcasts… le développement personnel est devenu un marché à part entière, celui de l’épanouissement de soi. Il s’est installé au cœur de l’entreprise, où il promet de muscler ces fameuses soft skills censées faire la différence.

Pourtant, demandez à dix personnes ce qu’est, au juste, le développement personnel : vous obtiendrez probablement dix réponses différentes. C’est précisément ce flou que j’ai voulu sonder lors de ma thèse. J’ai prolongé et systématisé cette démarche dans le cadre de mon habilitation à diriger des recherches.

Rappelons que le développement personnel n’est ni une collection de recettes de bonheur ni une simple mode managériale. C’est un processus d’apprentissage par lequel une personne, mobilisant son libre arbitre, cherche à mieux se connaître et à actualiser son potentiel sur trois plans indissociables : ce qu’elle pense et sait – cognitif –, ce qu’elle ressent – affectif – et ce qu’elle veut et entreprend – conatif. Les pratiques – coaching, thérapies, méditation ou formation – ne sont que des moyens de faciliter ce processus ; elles n’en sont jamais le cœur.

Reste à savoir ce qu’en pensent les principaux intéressés.

Pour ce faire, j’ai mené des entretiens auprès de managers, médecins, psychologues du travail, dirigeants, consultants ou salariés. Puis j’ai passé ces discours au crible d’une analyse lexicale, au moyen de la méthode Alceste et du logiciel iramuteq. Cette technique statistique repère les occurrences de mots puis regroupe les segments de textes en « mondes lexicaux ». J’ai couplé cette méthode à l’analyse des « spécificités » qui mesure les mots les plus ou les moins employés par un groupe de personne.

Clichés de genre

Un des premiers résultats de l’étude : les mots utilisés par les femmes pour parler de développement personnel ne sont pas les mêmes que ceux employés par les hommes. Parmi 697 mots analysés, seulement vingt sont davantage prononcés par les femmes contre 55 par les hommes.

Les mots les plus caractéristiques de chaque sexe, mesurés par leur indice de spécificité.
Fourni par l’auteur

Chez les femmes, le vocabulaire surreprésenté converge vers l’intériorité, le ressenti et la relation : « intérieur », « imaginer », « rencontrer », « réfléchir », « sentir », etc. Chez les hommes, c’est presque l’inverse, mot pour mot : « outil », « technique », « performance », « résultat », « maîtrise », « efficace », « compétence ». Là où les unes décrivent un cheminement humain et subjectif, les autres parlent d’une boîte à outils au service de l’action.

En outre, plus un mot est caractéristique d’un sexe, plus il est déserté par l’autre. À lui seul, le mot « outil » revient 81 fois dans la bouche des hommes, contre 19 fois chez les femmes.

Le développement perçu par les femmes (à gauche) et par les hommes (à droite).
Fourni par l’auteur

On retrouve les stéréotypes de genre bien documentés par la recherche jusque dans le territoire intime du « travail sur soi ». Le pôle « agentique » associé au masculin – performance, autonomie, rationalité – est opposé au pôle « communionnel » associé au féminin – souci des autres, chaleur, sensibilité émotionnelle.

Même quand il s’agit de se transformer soi-même, les clichés de genre tiennent bon.

Euphémiser les rapports de domination

Au-delà du genre, trois grandes thématiques lexicales sur les façons de concevoir le développement personnel émergent des discours :

  • le considérer comme un outil de bien-être au travail : gérer le stress, apaiser les conflits, prévenir les risques psychosociaux ;

  • pour d’autres, c’est une démarche personnelle : mieux se connaître, évoluer, « devenir quelqu’un de plus conforme à ce que tu es au fond de toi » ;

  • pour les derniers, c’est la formation et la professionnalisation au métier qui posent question.

Les trois mondes lexicaux du développement personnel.
Fourni par l’auteur

Masquer une organisation défaillante

Deux dérives reviennent. La première est d’ordre organisationnel, où le développement personnel sert d’alibi pour masquer une organisation défaillante :

« Presser les gens comme des citrons… c’est la façon de manager une entreprise. C’est très utopiste de penser que le développement personnel va tout changer », résume une médecin du travail.

Cette critique, portée de longue date par les sociologues comme Élise Requilé, voit dans le développement personnel un moyen d’« euphémiser » les rapports de domination.

La seconde, plus insidieuse, fait porter à l’individu seul un mal-être d’abord produit par l’organisation :

« Le bien-être au travail, ce n’est pas lié à l’individu, mais à une organisation, à une façon de manager, de gérer, d’organiser le travail », rappelle une autre médecin du travail.

Proposer un stage de développement personnel devient alors un moyen commode de déléguer au salarié la charge de s’adapter, plutôt que de corriger ce qui dysfonctionne.

Ni gadget narcissique ni potion miracle

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non. Bien compris, le développement personnel n’est pas une invention du XXe siècle. Dans sa lecture de Socrate, le philosophe Pierre Hadot montre que le « souci de soi » serait indissociable du souci d’autrui et de la cité.

Développer sa liberté intérieure, ce ne serait pas se replier sur soi, mais se renforcer pour mieux s’engager dans le monde. Les concepts psychologiques qui sous-tendent aujourd’hui le développement personnel (sentiment d’efficacité personnelle, autodétermination, usage de ses forces) sont d’ailleurs solidement mesurés et validés.

Le développement personnel n’est donc ni le gadget narcissique que raillent ses détracteurs, ni la potion miracle que vendent ses marchands. Mais nos mots le trahissent : nous ne l’abordons pas tous de la même manière. Cette diversité n’est pas un défaut. C’est peut-être la première chose qu’une entreprise devrait entendre, avant de proposer le même stage à tout le monde.

The Conversation

Franck Jaotombo détient des parts dans Amalteya SAS et HOME Landerneau SAS.

ref. Demandez à un homme ou à une femme de vous parler de développement personnel, ils n’emploieront pas les mêmes mots – https://theconversation.com/demandez-a-un-homme-ou-a-une-femme-de-vous-parler-de-developpement-personnel-ils-nemploieront-pas-les-memes-mots-287219

Découverte d’un champignon tueur de la chenille légionnaire africaine : une piste prometteuse pour protéger les cultures

Source: The Conversation – in French – By Letodi Luki Mathulwe, Research entomologist, Department of Conservation Ecology and Entomology, Stellenbosch University

La chenille légionnaire africaine. Fourni par l’auteur

La chenille légionnaire africaine est un ravageur migrateur extrêmement destructeur. Elle s’attaque au maïs, au sorgho, au millet et à la canne à sucre. Cette chenille cause également des dégâts indirects au bétail, car elle détruit les pâturages et les prairies.

La dernière grande invasion de chenilles légionnaires en Afrique australe s’est produite entre février et avril 2025. Elle a touché les provinces sud-africaines du KwaZulu-Natal, du Limpopo, du Gauteng et du Mpumalanga, ainsi que le Zimbabwe voisin.

Lutter contre la chenille légionnaire reste un défi majeur. La méthode la plus couramment utilisée consiste à appliquer un insecticide chimique synthétique à base de pyréthroïdes. Son efficacité reste toutefois limitée et ne permet pas une éradication complète.

L’insecticide n’agit que sur les stades larvaires (chenilles) lorsqu’elles mesurent environ 1 à 5 mm de long, celles-ci étant plus sensibles au poison que les larves plus développées. L’insecte passe par différents stades de développement : œuf, larve (chenille), pupe puis adulte, qui est un papillon de nuit. Le stade de chenille est le plus nuisible.

Je suis entomologiste et mes travaux portent principalement sur la lutte intégrée contre les insectes ravageurs des cultures qui ont une certaine importance économique. Je m’intéresse plus précisément à l’utilisation de champignons et de nématodes pathogènes (entomopathogènes) comme agents de lutte biologique contre les insectes dans les écosystèmes agricoles.

Dans un récent article, j’ai présenté les résultats de mes travaux sur un champignon qui infecte et tue naturellement les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s’agit du premier rapport faisant état de la présence et de l’isolement réussi de ce champignon en Afrique du Sud.

un champignon tueur de chenille légionnaire africaine découvert en Afrique du Sud

Les infestations de chenilles légionnaires africaines se caractérisent principalement par une forte densité de stades larvaires de l’insecte. Elles avancent en groupes compacts comme une « armée » qui se déplace ensemble au sol.

Elles se nourrissent de plantes et peuvent dévorer entièrement les feuilles des cultures jusqu’au niveau du sol. Les dégâts causés aux pâturages de kikuyu réduisent également la quantité de fourrage disponible pour le bétail, qui peut alors tomber malade à cause d’un empoisonnement. En effet, lorsque les larves se nourrissent de l’herbe, celle-ci libère un composé chimique cyanuré comme mécanisme de défense contre l’insecte.

Ce composé cyanuré est toxique pour le bétail, principalement les bovins.

Chez les bovins touchés lors des épidémies de cet insecte, l’empoisonnement au kikuyu peut provoquer plusieurs symptômes. Les animaux peuvent souffrir de douleurs abdominales, de déshydratation et d’une salivation excessive. Ils peuvent aussi présenter une « fausse soif ».

Ils semblent alors avoir soif, mais sont incapables de boire, même lorsqu’ils plongent la bouche dans l’eau. Une perte de coordination peut également survenir, entraînant des mouvements instables et involontaires. Dans les cas les plus graves, les animaux peuvent souffrir de troubles cardiaques et respiratoires.

Lorsque j’ai inspecté des pâturages de kikuyu infestés par cet insecte au KwaZulu-Natal, j’ai observé que quelque chose tuait les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s’agissait d’une souche du champignon Metarhizium rileyi.

Ces champignons vivent dans le sol et font partie des nombreux entomopathogènes qui infectent et tuent divers ravageurs. Ils sont souvent utilisés en agriculture pour lutter contre les ravageurs qui causent de graves dégâts aux cultures. Plusieurs insecticides à base de champignons sont disponibles dans le commerce et se sont révélés efficaces.

J’ai constaté que des larves mortes de chenille légionnaire africaine recouvraient de vastes zones des champs. La plupart étaient accrochées à des brins d’herbe et certaines à la surface du sol. Elles étaient infectées par Metarhizium rileyi. L’infection était visible sous forme de conidies blanches et vertes, qui sont des spores asexuées présentes à la surface de la cuticule des insectes.

Il s’agissait de la première observation et du premier rapport concernant l’efficacité de ce champignon contre la chenille légionnaire africaine. Auparavant, ce champignon avait été signalé comme un agent de lutte biologique efficace contre la chenille légionnaire d’automne dans des pays tels que les Philippines.

Cette découverte ouvre la voie à l’exploration et au développement de cet organisme en tant que produit de lutte biologique potentiel, destiné à être utilisé pendant les saisons d’épidémie en Afrique du Sud et dans d’autres régions du monde.

La prochaine étape consisterait à produire cette espèce fongique à grande échelle à des fins commerciales et à faire homologuer le champignon en tant que biopesticide contre cet insecte. Cela pourrait venir compléter les stratégies de gestion pouvant être mises en œuvre efficacement pendant les saisons d’épidémie de cet insecte.

The Conversation

Letodi Luki Mathulwe bénéficie d’un financement du ministère de l’Agriculture et du Développement rural du KwaZulu-Natal.

ref. Découverte d’un champignon tueur de la chenille légionnaire africaine : une piste prometteuse pour protéger les cultures – https://theconversation.com/decouverte-dun-champignon-tueur-de-la-chenille-legionnaire-africaine-une-piste-prometteuse-pour-proteger-les-cultures-288737

La aplicación que nos agota la batería: por qué el ruido es el contaminante invisible de nuestro cuerpo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Julia Almazán Catalán, Investigadora predoctoral en nutrición y salud metabólica, Universidad CEU San Pablo

Kazantseva Olga/Shutterstock

¿Cuántas veces ha sentido que su teléfono móvil se descarga demasiado rápido sin saber por qué? A veces, la explicación es sencilla: decenas de aplicaciones abiertas en segundo plano consumen energía de forma constante. Con nuestro cuerpo ocurre algo bastante similar. Vivimos con una “aplicación” instalada por defecto que nunca se cierra: el ruido.

Este agresor invisible no es solo un fenómeno físico medible en decibelios. Se trata de una experiencia subjetiva y cultural. Esa ambigüedad lo convierte en un problema difícil de acotar, pues lo que empieza como un estímulo sensorial acaba alimentando una crisis de atención y de descanso biológico. Como señala el filósofo Byung-Chul Han, nuestra sociedad ha desplazado el silencio hacia los márgenes, sustituyéndolo por una hiperatención constante que mantiene al organismo en un estado de alerta difusa.

Un desajuste evolutivo

Desde una perspectiva evolutiva, esto no es un tema menor. El ser humano está diseñado para interpretar los sonidos como señales de peligro o información relevante. Durante milenios, el crujido de una rama podía marcar la diferencia entre la supervivencia y la muerte. Sin embargo, nuestro entorno sonoro ha cambiado radicalmente en apenas unas décadas. El tráfico, las obras, las notificaciones constantes y el murmullo urbano han creado un paisaje acústico perpetuo. El problema es que nuestro organismo, sencillamente, no ha tenido tiempo evolutivo para adaptarse a este bombardeo.




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Durante años, la investigación se centró en la salud auditiva. Con razón: el ruido es la segunda causa de pérdida de audición a nivel mundial. No obstante, en las últimas décadas ha cobrado relevancia la exposición “recreativa”, especialmente el uso prolongado de auriculares en jóvenes, cuyas consecuencias acumulativas empiezan a preocupar seriamente a la comunidad científica.

La onda que atraviesa el organismo

El cambio más importante en la ciencia actual no es solo cuantitativo, sino conceptual. El ruido ha dejado de entenderse únicamente como un problema del oído para ser reconocido como un contaminante ambiental sistémico. De hecho, el ruido del transporte es ya la segunda causa ambiental de enfermedad en Europa, solo por detrás de la contaminación del aire.

El cuerpo humano no procesa todos los sonidos igual. Existe un umbral fisiológico en torno a los 60 decibelios (una conversación normal). Por debajo, el organismo mantiene su equilibrio. Pero al superar ese límite, el sistema nervioso autónomo interpreta el estímulo sonoro como una amenaza y activa la respuesta ancestral de “lucha o huida”. No importa si es una motocicleta o una sirena lejana: el cerebro no evalúa la intención del sonido, sino su potencial peligro.

En ese instante, se activa el eje hipotálamo-hipofisario-adrenal, desencadenando una liberación sostenida de cortisol y adrenalina, las hormonas del estrés que nos ponen en “modo supervivencia”.

Del corazón al intestino: el impacto sistémico

Cuando este mecanismo de supervivencia se mantiene de forma crónica, la salud se resiente. La exposición continuada al ruido eleva la frecuencia cardíaca y la presión arterial, incrementando el riesgo de hipertensión, infarto de miocardio e ictus.

Pero los efectos de esta “onda invisible” llegan a territorios inesperados: la microbiota intestinal. De hecho, las investigaciones más recientes sugieren que el vasto ecosistema de bacterias que habita en nuestro interior es especialmente sensible a nuestro entorno y comportamiento. El estrés crónico inducido por el ruido podría alterar la paz de este ecosistema, provocando lo que los científicos llaman “disbiosis”: una especie de motín bacteriano donde las poblaciones beneficiosas disminuyen y las perjudiciales toman el control.

Incluso durante el sueño, el cerebro no se desconecta. Sigue procesando sonidos y manteniendo al organismo en un estado de microalerta que fragmenta el descanso. Esta falta de reparación nocturna es el caldo de cultivo ideal para procesos de estrés oxidativo e inflamación sistémica, vinculados incluso con enfermedades metabólicas como la diabetes tipo 2.

El silencio como “lujo”

Nuestros sentidos son auténticos interruptores de salud, pero el acceso a la calma no se distribuye de forma equitativa. Teniendo en cuenta que el 83,9 % de los españoles reside en zonas urbanas, el código postal condiciona nuestra exposición al ruido. Las zonas urbanas más densas soportan un bombardeo acústico que las convierte en epicentros de vulnerabilidad, transformando el ruido en un factor de desigualdad social: las poblaciones con menos recursos no solo respiran un aire peor, sino que viven en una atmósfera sonora que impide que su organismo se repare.

Frente a este “incendio silencioso”, la solución no es solo externa. Un organismo ya sometido a estrés (por factores emocionales o mala alimentación) es más vulnerable al impacto acústico. Aquí, la nutrición emerge como una aliada estratégica. Aunque una dieta no apaga el ruido, los compuestos antioxidantes y nutrientes esenciales pueden modular nuestra tolerancia, protegiendo tejidos sensibles y reforzando la resiliencia del ecosistema intestinal.

Recuperar el control del volumen

La lucha contra la contaminación acústica requiere políticas públicas: reducir el tráfico, mejorar el aislamiento y promover zonas verdes que funcionen como refugios fisiológicos. Se requiere un cambio cultural. Revalorizar el silencio implica reconocerlo como un recurso biológico de primera necesidad.

Cuidar nuestra “dieta sonora” puede empezar con gestos mínimos: silenciar notificaciones innecesarias o buscar momentos de desconexión total. En una sociedad que tiende al exceso y a la velocidad, el silencio se vuelve un acto subversivo. No se trata de eliminar el sonido, sino de recuperar el equilibrio. Quizá la pregunta más importante no sea cuánto ruido somos capaces de soportar, sino cuánto silencio necesitamos para estar realmente sanos.

En un mundo que nos empuja a estar siempre conectados, recuperar el silencio es el mejor cargador posible. Debemos aprender a cerrar, de forma consciente, esa aplicación que drena nuestra energía en segundo plano. Porque, al final, para que nuestra batería biológica no se agote, debemos recordar que el silencio no es un fallo del sistema, sino el único estado en el que nuestro sistema operativo puede, por fin, actualizarse.

Si el silencio es hoy un privilegio al que acceden solo unos pocos, ¿no será que la calma ha dejado de ser una opción personal para convertirse en un derecho de salud pública?


Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation


The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. La aplicación que nos agota la batería: por qué el ruido es el contaminante invisible de nuestro cuerpo – https://theconversation.com/la-aplicacion-que-nos-agota-la-bateria-por-que-el-ruido-es-el-contaminante-invisible-de-nuestro-cuerpo-288220

Los animales que nos comemos se alimentan con soja, pero hay alternativas más sostenibles

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Queralt Güell Bujons, Doctora en Microbiologia i especialista en transferència de coneixement, Universitat de Vic – Universitat Central de Catalunya

El pienso para gallinas actual está fabricado con un alto porcentaje de soja. Arisa Chattasa / Unsplash, CC BY-SA

España es el primer productor de piensos de Europa: 27 millones de toneladas anuales, con Cataluña como la principal región productora (16 % de la producción estatal). ¿Pero de dónde salen los ingredientes? Mientras que los cereales base de esos piensos –trigo y cebada– se cultivan mayoritariamente en España, su aporte de proteínas se soluciona con soja, importada principalmente de Brasil y Estados Unidos.

En este contexto, el sector de la alimentación animal tiene un peso económico importante, al conectar directamente la producción agrícola con el sistema ganadero y, en última instancia, con el consumo humano de proteína animal. Sin embargo, su impacto ambiental tampoco es desdeñable. Concentra cerca del 62 % de las emisiones de toda la cadena de valor de la producción cárnica y es el principal contribuyente a la huella de carbono del sector.

Impacto geopolítico y ambiental

Como apuntábamos, la soja se ha convertido en la principal fuente de proteína utilizada en piensos, gracias a su elevado contenido proteico, su perfil equilibrado de aminoácidos y su alta digestibilidad. Es extraordinariamente eficiente desde un punto de vista productivo, sin embargo, genera importantes retos desde una perspectiva ambiental y geopolítica.

Más allá de su cultivo, su mayor impacto comienza incluso antes de que germine la primera planta. Para satisfacer la demanda mundial, se producen cambios en el uso del suelo: ecosistemas con gran biodiversidad como selvas y bosques se transforman en grandes extensiones de monocultivo, a menudo, mediante procesos de deforestación en países del Sur Global.

Europa importa buena parte de su producción y, con ella, también desplaza fuera de sus fronteras parte de los impactos ambientales asociados a su consumo. Al mismo tiempo, esta dependencia de las importaciones ejemplifica los retos geopolíticos asociados, al incrementar la vulnerabilidad del sector ganadero europeo frente a la volatilidad de los mercados internacionales y las diferencias en los marcos reguladores entre los países productores y la Unión Europea.

Por otra parte, el monocultivo de soja genera impactos durante la fase de cultivo, asociados al uso de fertilizantes y al consumo de agua. También deben considerarse las emisiones derivadas del transporte internacional y de su procesamiento para obtener harina de soja y otros subproductos.

Soluciones más sostenibles

Una parte de la solución pasa por impulsar diferentes estrategias, como priorizar la importación de soja producida de forma más sostenible, de acuerdo con los requisitos de la nueva normativa europea contra la deforestación (EUDR).

Además, la inteligencia artificial permite optimizar las necesidades proteicas de los animales mediante estrategias de alimentación de precisión. Por supuesto, otra medida pasa por promocionar el cultivo local de soja, a pesar de los retos que esto conlleva.

Pero la gran pregunta es: ¿hay una alternativa a la soja? Desde otras leguminosas, subproductos agroalimentarios y nuevas fuentes vegetales, hasta insectos, microorganismos y algas, las opciones son muchas e interesantes.

Primeros sustitutos de la soja, en marcha

Los ecopiensos para animales probados en Japón están elaborados con subproductos de la industria agroalimentaria. Tras su tratamiento, se transforman en un alimento seguro y nutritivo, comercializado a mitad del precio de un pienso convencional.

Asimismo, entre las fuentes de proteína vegetal, existen otras leguminosas, como los guisantes, que combinan un buen contenido proteico con una buena adaptación al cultivo local, aunque actualmente su disponibilidad en los mercados es limitada.

También se estudian opciones más innovadoras, como la lenteja de agua (Lemna sp.); una pequeña planta acuática que puede cultivarse en aguas residuales ricas en nutrientes. Este enfoque permite depurar aguas y reducir al mismo tiempo la dependencia de proteínas importadas.

Insectos y microbios

Los insectos están ganando protagonismo como un ingrediente de alto valor añadido para piensos. En Cataluña, ya existe una decena de granjas dedicadas a la producción de mosca soldado negra, gusano de la harina y grillos; tres especies autorizadas para la alimentación animal.

Por último, destacan los microorganismos, un grupo que incluye bacterias, levaduras y microalgas. En Europa, su producción ya se está implementando a escala industrial, con diversas plantas que producen proteínas para la alimentación animal. Uno de sus principales atractivos es la diversidad de sustratos que estos microorganismos pueden aprovechar, incluidos gases como el dióxido de carbono, el metano, el hidrógeno o el amoníaco.

El interés por todas estas alternativas no es solo científico. Los estudios de mercado apuntan a que la mayoría de estos sectores productivos experimentarán un crecimiento económico muy superior al del conjunto de la economía durante la próxima década, impulsados por la demanda de sistemas alimentarios más sostenibles.

El freno regulador

Pese al potencial de todas estas fuentes de proteína como sustituto a la soja, su implantación todavía afronta importantes limitaciones. La principal barrera es la normativa, que acaba repercutiendo en la capacidad de escalado y, por tanto, en el precio de mercado.

El obstáculo más habitual se basa en una regulación basada en el origen o el sustrato de producción, en lugar de centrarse en las características y la seguridad del producto final. Ello limita el aprovechamiento de materia orgánica residual para obtener nuevos productos de valor añadido. Por ejemplo, los insectos pueden transformar una gran diversidad de sustratos orgánicos, como las deyecciones ganaderas, en productos de alta calidad, pero la normativa condiciona el posterior uso de esos insectos como alimento, si el sustrato es clasificado como residuo.

Un reto global

La transición hacia una alimentación animal más sostenible no pasa simplemente por sustituir la soja por otra materia prima. El reto es mucho más amplio: es necesario diversificar las fuentes de proteína disponibles, potenciar su producción sostenible e incorporar los impactos ambientales a los costes de producción –algo que hoy no se suele reflejar en los precios de mercado–.

Al mismo tiempo, la pregunta de fondo no es solo de dónde se obtiene la proteína, sino cuánta se necesita, tanto para cubrir las necesidades de los animales como para satisfacer los patrones de consumo humano. Esto implica repensar los modelos de producción y consumo que determinan su demanda.

The Conversation

Queralt Güell Bujons ha recibido fondos del Hub de la Bioeconomia de Catalunyarecibe (BIOHUBCAT) para la realización del estudio “Vigilància tecnològica sobre fonts alternatives de proteïna per a una alimentació animal més sostenible”, en cuyos resultados se basa el presente artículo.

Ricard Carreras Ubach recibe fondos de BioHubCat.

Paula Pérez González-Anguiano no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los animales que nos comemos se alimentan con soja, pero hay alternativas más sostenibles – https://theconversation.com/los-animales-que-nos-comemos-se-alimentan-con-soja-pero-hay-alternativas-mas-sostenibles-285087