L’école face à la pauvreté : comment les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires

Source: The Conversation – in French – By Yves Reuter, Professeur émérite en didactique, Université de Lille

En France, plus que dans d’autres pays, l’échec scolaire est socialement marqué. Les élèves touchés par la pauvreté en classe de sixième ont des conditions d’entrée dans la vie adulte plus défavorables que les autres élèves. Comment transformer l’école pour qu’elle soit réellement un espace d’égalité des chances ?


Comment expliquer le sort réservé aux plus démunis dans l’école française et, notamment, les orientations précoces hors des parcours « ordinaires » qui les concernent plus souvent ? Serait-ce, à suivre un certain nombre de représentations sociales, une sorte de fatalité ?

Nos recherches interrogent certains des fonctionnements pédagogiques les plus classiques de l’école. Nous montrons en quoi les explications, extrascolaires et scolaires, les plus souvent avancées ne suffisent pas à comprendre cette situation si on ne prend pas en compte des dimensions telles l’opacité des pratiques scolaires, les injustices, la mise à l’écart de certains élèves ou encore l’enchainement des micro-décisions qui conduisent aux orientations subies.

Cependant, les démarches de certaines équipes pédagogiques, et notamment le changement de posture des enseignants, témoignent qu’il est possible de lutter contre ces mécanismes délétères.

Quelles situations de pauvreté en France ?

Selon la note de l’Insee du 7 juillet 2025, L’essentiel sur… la pauvreté, la pauvreté ne cesse d’augmenter en France depuis le milieu des années 2000 et touchait, en 2023, près de dix millions de personnes.

Cette pauvreté touche massivement les enfants et les jeunes. Selon les données de l’Insee de 2024, 2 759 000 des moins de 18 ans (soit plus de 20 % d’entre eux) étaient en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle. Par ailleurs, selon le baromètre de l’Unicef, le nombre d’enfants SDF augmente.

Cette situation est d’autant plus préoccupante en France que, plus que dans d’autres pays, l’échec scolaire est socialement marqué. Il frappe les élèves les plus pauvres : faibles résultats, décrochage, orientation subie, de surcroit dans les filières les moins légitimes. Ainsi, selon l’édition 2023 du Rapport sur les inégalités en France : « Dès le plus jeune âge, les résultats des élèves sont liés en partie au milieu social de leurs parents. Les écarts se creusent au fil de la scolarité ».

Une note d’analyse du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan publiée en 2026 a synthétisé les résultats du suivi d’une cohorte d’élèves pendant 16 ans, depuis leur entrée au collège jusqu’à 26-27 ans. Il s’avère que, plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation, et lorsqu’ils sont en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte).

Peut-on encore parler d’école inclusive en s’aveuglant sur le sort réservé aux plus pauvres ?

Comment comprendre cet échec qui touche les plus pauvres ?

Quels sont les mécanismes susceptibles d’expliquer cette situation ? Il existe des facteurs extrascolaires bien connus telles les conditions de vie, la ghettoïsation de l’habitat ou encore la dégradation des services publics. Il existe aussi des facteurs qui touchent l’institution scolaire dans sa globalité : les moyens insuffisants consacrés à l’éducation, le peu de reconnaissance accordée aux enseignants, l’inadaptation de leur formation initiale et continue, les classes surchargées en comparaison d’autres pays, les réformes et les injonctions incessantes.

Au-delà de ces facteurs généraux, nos recherches nous ont permis de préciser trois grands mécanismes qui génèrent l’échec des plus pauvres, à savoir l’opacité de l’univers et des pratiques scolaires (par exemple, la multiplicité des sigles, les organisations disciplinaires, les annotations…), certaines règles d’imposition (imposition du silence, de la concurrence entre élèves, des modalités évaluatives…) et, enfin, les injustices et stigmatisations (quant à la langue parlée, quant à la soi-disant « absence de culture », auxquels il faut ajouter les prophéties défaitistes – « Ce n’est pas pour toi », « Tu n’y arriveras pas »).

Les enfants de France de plus en plus pauvres (FranceInfo INA, 2019).

La philosophe britannique Miranda Fricker parle d’injustice épistémique envers les dominés. Ce concept renvoie aux mécanismes qui disqualifient certaines personnes sur le plan des savoirs, par exemple la décrédibilisation des témoignages (ne pas être cru parce qu’on est pauvre), la négation des contributions (ne pas être considéré comme de véritables producteurs de connaissances) ou encore l’impossibilité de la transmission (ne pas avoir la possibilité de transmettre aux plus jeunes de sa famille ses savoirs, car on est empêché de le faire).

À cela, il convient encore d’ajouter la manière dont l’école tend à abandonner certains élèves et, plus particulièrement, les plus défavorisés : refus de donner la parole, manque de stimulations, baisse des exigences, stigmatisation d’absences alors qu’elles sont dues à l’accompagnement administratif des parents ou à la nécessité de prendre soin des plus jeunes de la fratrie. Par exemple, le dernier jour de maternelle, J. se tourne vers sa maîtresse et lui dit « au revoir Madame », et celle-ci de s’étonner « c’est la première fois que j’entends sa voix ! »

Nous nous sommes aussi de plus en plus attachés à étudier l’amont des orientations imposées, notamment dans le cadre de la recherche Cipes (Choisir l’Inclusion Pour Eviter la Ségrégation), menée au sein d’ATD Quart-Monde. Il s’agit de voir comment les décisions d’orientation qui déterminent en grande partie de l’avenir scolaire et social des élèves ne surviennent pas d’un coup mais sont le résultat de micro-décisions qui se produisent dès le début de la scolarité : exclusions temporaires sans rattrapage du travail prévu, placement systématique au fond de la classe.

Quelques pistes possibles

Dans le cadre des recherches que nous évoquons, le fatalisme pas plus que le déterminisme ne sont de mise puisque l’échec ou la réussite se construisent dans les interactions pédagogiques et que des résultats intéressants sont obtenus par des équipes d’enseignants mettant en œuvre des pratiques pédagogiques dites différentes.

Ces pratiques ont en commun d’articuler la sécurisation et l’exigence ainsi que la bienveillance et la stimulation et d’être constamment en quête de ce qui peut faire sens pour les élèves.

Des démarches telles que la coopération ou les projets qui allègent le stress lié à la compétition et qui favorisent la mobilisation des élèves constituent des leviers éprouvés. Il en est de même pour les dispositifs d’évaluation formative qui ne portent pas atteinte à l’estime de soi et peuvent conduire à l’auto-évaluation.

Nous insisterons ici sur le changement de posture des enseignants. Cela consiste, entre autres, à fonder son action sur le principe d’éducabilité (tous les élèves peuvent apprendre et progresser), à abandonner les seules positions de transmetteur des contenus et de gardien de l’ordre scolaire pour se constituer en facilitateur, en accompagnateur et en garant des apprentissages.

Cela consiste aussi, et c’est essentiel, à se mettre en position d’écouter et d’apprendre aussi bien des élèves que de leur famille. Par exemple, cela peut permettre de mieux comprendre certains comportements d’élèves : la fatigue qui s’inscrit dans une vie de manques, d’inquiétudes et d’épreuves, l’effacement de soi pour éviter d’attirer l’attention, la tension permanente pour résister aux différentes formes de domination, la méfiance des institutions, la peur de dire ses problèmes car les confidences peuvent se retourner contre soi, les stratégies de contournement afin d’éviter des rapports de pouvoir défavorables, la révolte et les affrontements car la colère sociale est là en permanence.

Il convient aussi d’insister sur une conception des apprentissages comme acculturation dans la mesure où les cultures scolaires sont spécifiques et souvent en rupture avec les cultures des apprenants, notamment les plus pauvres.

Au travers de ces leviers, il s’agit donc de faire fond sur des démarches qui prennent en compte positivement ce que font et savent les élèves et leur famille et qui ne transforment pas les différences extrascolaires en inégalités scolaires.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’école face à la pauvreté : comment les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires – https://theconversation.com/lecole-face-a-la-pauvrete-comment-les-inegalites-sociales-se-transforment-en-inegalites-scolaires-279474

Brote de hantavirus en un crucero: impacto y reflexión desde la salud pública

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Óscar Zurriaga, Profesor Titular. Dpto. de Medicina Preventiva y Salud Pública (UV). Investigador emérito-Unid. Mixta Investigación Enfermedades Raras FISABIO-UVEG. CIBER Epidemiología y Salud Pública, Universitat de València

AndTheyTravel/Shutterstock

Todo el mundo parece tener una opinión sobre lo que habría que haber hecho y lo que significa el brote de hantavirus del crucero MV Hondius. Los “epidemiólogos de sillón” de la covid-19 han desempolvado su título y están nuevamente en acción.

En contraste, la salud pública aporta información técnica fiable y capacidades contrastadas de gestión poblacional de la situación. También puede contribuir con una reflexión sobre varias de las cuestiones que surgen a raíz de este caso.

¿Qué impacto tiene desde el punto de vista de la salud pública esta situación?

Desde el punto de vista global, estamos ante un brote con implicación en múltiples países:

• Nacionalidades diversas de pasajeros y tripulación

• Escalas del crucero en lugares de diferentes países

• Implicaciones sobre la salud en varios continentes.

Esto justifica la intervención de la Organización Mundial de la Salud (OMS). Varios países, entre ellos Argentina, punto de partida del crucero, han decidido recientemente abandonar la OMS. En casos como este se pone de manifiesto el papel que juegan tanto una organización internacional como esta como el Reglamento Sanitario Internacional (RSI), en el que se basan las actuaciones que se están realizando. La intervención de España se ha fundamentado, precisamente, en el RSI. Y también en las capacidades técnicas logísticas y sanitarias de nuestro país.

Pero ¿supone esto un incremento del riesgo para España? Hay que recordar que, aunque el riesgo cero para la población no existe, éste se ha evaluado desde el primer momento y ha sido calificado como bajo. El riesgo, con esa calificación, ya está presente, porque entre pasajeros y tripulantes, había 14 personas españolas a bordo. También ha habido implicación de otros españoles como contactos de casos. Hay que añadir, también, que el protocolo preparado para la recepción y remisión a sus países de pasajeros y tripulación se ha elaborado haciendo hincapié en la minimización del riesgo.

¿Y para la población local? Para la población canaria en general, y para la tinerfeña en particular, puede decirse lo mismo que para la española. El director general de la OMS, en la comunicación dirigida específicamente a la población canaria, algo poco habitual, ha recalcado este aspecto.

¿Por qué se ha producido este brote?

La transmisión del hantavirus comienza en los roedores: es una zoonosis. La infección puede producirse al inhalar partículas procedentes de la orina, los excrementos o la saliva de roedores infectados. Pero uno de los hantavirus, el virus Andes, implicado en este brote, puede transmitirse de persona a persona.

Las circunstancias de la infección del caso índice no están confirmadas. Pero parece que estuvo de viaje de observación ornitológica en la Patagonia chilena y argentina, donde el hantavirus y los roedores que pueden transmitirlo están presentes.

Si esto se confirma, estaríamos ante un ejemplo de lo que implica que el turismo se adentre en las áreas donde la fauna no tiene excesivo contacto con las personas y menos con las que no son autóctonas de la región. El ser humano está dejando sin espacio a especies silvestres e incrementando su contacto con ellas. Eso está teniendo cada vez mayores consecuencias para la salud humana y animal.

El impacto en la sociedad

El recuerdo de la pandemia de covid-19 está todavía reciente, y eso se refleja en la atención de los medios ante los riesgos de origen vírico. También han comenzado los bulos y las opiniones generadoras de alarma o desinformación. Conviene hacer un llamamiento a la población para que busque información veraz y contrastada. Y a los profesionales, asistenciales y de salud pública, para que sigan ofreciéndola y formándose en la divulgación científica. Tengamos en cuenta que ofrecer este tipo de información requiere tiempo y la incertidumbre es inherente a la ciencia.

La crispación política y los intereses partidistas han vuelto a estar presentes. A nivel técnico, profesionales de salud pública de administraciones de diferente color político, debaten y llegan a acuerdos. A nivel político, en cambio, parecen resaltarse solo los problemas, reales o no, incrementando la crispación o la confusión. Los decisores políticos tienen la legitimidad democrática de las urnas, pero deberían basar sus actuaciones en las recomendaciones técnicas, teniendo en cuenta también las consideraciones sociales, a las que la salud pública no es ajena.

La solución del problema se está planteando desde la colaboración entre países e instituciones. Este tipo de situaciones no puede afrontarse en solitario por ningún país. Es momento de reivindicar el multilateralismo.

Los turistas con suficientes recursos económicos están accediendo a territorios, como la Antártida, visitada por este crucero, en los que se exponen a riesgos para la salud no habituales, al tiempo que contribuyen a degradar esos lugares. Es necesario reflexionar sobre sus consecuencias y actualizar la regulación sobre ello.

Algunos sectores de la población, y determinados gobiernos, han actuado con miedo, confusión, falta de empatía, insolidaridad y rechazo. Seguramente, si en vez de turistas se hubiera tratado de otro tipo de población, su reacción hubiera podido ser peor aún. La desigualdad en el trato hacia las personas con problemas de salud sigue muy presente.

La preparación en España

Desde el punto de vista asistencial y de coordinación, las Unidades de Aislamiento y Tratamiento de Alto Nivel (UATAN) existen en España, pudiendo actuar, si fuera necesario, para el tratamiento de casos confirmados que lo requirieran.

Por parte de la estructura de salud pública, la coordinación de actividades, y la actuación en la búsqueda y seguimiento de los contactos, ya está demostrando la preparación y dedicación de los profesionales de vigilancia en salud pública en las comunidades autónomas y a nivel nacional. Cabe recordar que, si la Agencia Estatal de Salud Pública ya hubiera estado en marcha, y con tiempo de rodaje, habría sido la encargada de coordinar las actuaciones que se están realizando. Seguramente, con respeto a su autonomía de funcionamiento, hubiera podido evitar alguna de las tensiones vividas.

La preparación asistencial y de salud pública en España debe salir reforzada de esta situación.

The Conversation

Óscar Zurriaga recibe fondos, obtenidos en concurrencia competitiva, del Instituto de Salud Carlos III, para la realización de proyectos de investigación. Ha sido presidente de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE).

ref. Brote de hantavirus en un crucero: impacto y reflexión desde la salud pública – https://theconversation.com/brote-de-hantavirus-en-un-crucero-impacto-y-reflexion-desde-la-salud-publica-282594

Attaques armées au Mali : les revendications des Touaregs sont la clé de la paix

Source: The Conversation – in French – By Olayinka Ajala, Associate professor in Politics and International Relations, Leeds Beckett University

La situation sécuritaire déjà précaire au Mali s’est encore détériorée fin avril 2026. Des attaques bien coordonnées ont visé plusieurs villes et coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, ainsi qu’à plusieurs soldats maliens.

Ces événements sont l’aboutissement d’une recrudescence des attaques contre l’armée et les institutions de l’État au Mali au cours des dernières années.

Nous menons des recherches sur l’insécurité et la politique en Afrique de l’Ouest et au Sahel depuis plus d’une décennie. Nous pensons que les récentes attaques trouvent leur origine dans les griefs exprimés par les Touaregs, auxquels le régime militaire actuel n’a pas donné suite. Les Touaregs sont des communautés berbères nomades du nord du Mali.

Premier facteur : l’incapacité ou le refus de répondre au mécontentement des Touaregs. Leurs griefs portent principalement sur l’autonomie politique, la marginalisation, la reconnaissance culturelle, le contrôle des ressources, la sécurité et ce qu’ils perçoivent comme une négligence de l’État.

Deuxième facteur : le recours continu à la force par l’armée contre les rebelles dans les régions du nord, sans égard pour les dommages collatéraux. Les Touaregs contestent depuis longtemps les politiques de militarisation des gouvernements maliens successifs.

Troisième facteur : la répartition inégale des ressources, qui maintient la région nord dans une marginalisation. Il s’agit notamment des ressources du nord du Mali telles que les gisements d’or, les mines de sel, les pâturages et les couloirs commerciaux stratégiques. Les revenus tirés de ces sources restent contrôlés par le centre de l’État, basé dans le sud.

S’attaquer à la marginalisation économique pourrait présenter plusieurs avantages. Cela pourrait apaiser les griefs des Touaregs, restaurer la confiance dans l’État malien et faire évoluer les motivations du conflit, en le détournant de la rébellion pour l’orienter vers l’inclusion politique, la stabilité et une paix durable dans le nord du Mali.

La situation

En avril 2026, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) s’est allié aux rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) pour attaquer plusieurs villes du pays.

Cela fait écho à une attaque similaire survenue en 2012, lorsque les Touaregs et des militants affiliés à Al-Qaïda avaient lancé une offensive contre l’État. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), dominé par les Touaregs, a tenté de faire sécession et a déclenché une rébellion.

Le MNLA est un mouvement séparatiste dominé par les Touaregs. Fondé en 2011, il est principalement composé d’anciens combattants de retour de Libye et de Touaregs du nord du Mali. L’organisation comptait environ 10 000 combattants à son apogée en 2012.

Malgré leur nombre, ils ne disposaient pas de la puissance militaire nécessaire pour conserver le contrôle du territoire. Ils se sont donc alliés aux islamistes d’Ansar Dine, d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Peu après avoir repoussé les forces maliennes fin 2012, l’alliance s’est désintégrée.

Les groupes islamistes étaient mieux armés et financés. Ils ont chassé les séparatistes laïques des grandes villes comme Gao, Tombouctou et Kidal. L’intervention des forces françaises en 2013 a aidé le gouvernement malien à regagner la plupart des territoires perdus.

AQMI et ses alliés se sont alors repliés dans les montagnes et les zones désertiques environnantes. Ils ont adopté des tactiques de guérilla, notamment des attentats-suicides et l’utilisation de mines terrestres.

Le retrait des forces françaises en 2022 semble avoir renforcé l’audace des militants islamistes. Il a levé la pression antiterroriste, perturbé les services de renseignement et la logistique, et créé un vide sécuritaire dans un contexte de faiblesse des capacités de l’État malien. Cela a permis aux groupes islamistes d’étendre leurs opérations, de recruter localement et de regagner de l’influence territoriale.

Leçons non tirées

Le régime militaire d’Assimi Goïta n’a pas su répondre aux revendications des séparatistes touaregs. Les Touaregs se plaignent depuis longtemps d’être exclus du pouvoir par l’État malien dominé par le sud. Depuis l’indépendance du pays en 1960, les dirigeants touaregs ont fait valoir que la structure de l’État malien ne reflète pas leur identité politique, leurs intérêts économiques et leurs traditions de gouvernance. La revendication d’une autonomie ou d’un statut d’autonomie a été réprimée, souvent par la force.

Plus récemment, l’aggravation de la sécheresse, de la désertification et de la variabilité climatique a dévasté les moyens de subsistance des pasteurs touaregs. Ces griefs sont antérieurs à l’insurrection islamiste et sont essentiels pour comprendre l’approche du groupe.

La deuxième question non abordée est que les opérations antiterroristes recourent à la force, ce qui entraîne des dommages collatéraux. Une analyse récente montre que les opérations antiterroristes menées dans le nord et le centre du Mali ont infligé aux civils des dégâts considérables, des déplacements de population et des punitions collectives. Celles-ci ont notamment pris la forme d’arrestations arbitraires et de massacres.

Ces facteurs ont créé des conditions que les groupes islamistes ont exploitées à des fins de recrutement, de contrôle territorial et de légitimation.

La responsabilité de cette situation a été imputée aux régimes maliens successifs et aux opérations françaises précédentes. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les interventions françaises ont été considérées comme des échecs.

Le troisième facteur majeur de violence au Mali est lié à la répartition inégale des ressources. Depuis l’indépendance, les investissements publics, les infrastructures, les services sociaux et l’attention politique se sont fortement concentrés dans le sud du pays.

Les accords de paix précédents ont promis la décentralisation, le financement et l’intégration des élites du nord et des ex-combattants. Mais leur mise en œuvre a été lente, voire inexistante.

Y a-t-il une issue ?

Il faut trouver une réponse à la question touareg pour réduire les tensions entre les régions du pays. On peut affirmer que les acteurs touaregs se sont trompés à deux reprises en concluant des accords avec des groupes djihadistes. Mais cela ne diminue en rien la nécessité de s’attaquer aux inégalités structurelles et aux griefs de longue date qui sous-tendent les revendications des Touaregs.

Pour y parvenir, le régime malien peut s’inspirer du modèle de l’ancien président Mahamadou Issoufou du Niger. Avant son accession à la présidence, les Touaregs nigériens étaient eux aussi lésés. Lorsqu’il est devenu président en 2011, il a :

  • intégré les élites touaregs et les anciens rebelles dans les institutions de l’État

  • décentralisé l’autorité de l’État en accordant un contrôle administratif et budgétaire au niveau régional

  • mis en place des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration.




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Niger : comment les Touaregs ont trouvé le chemin du dialogue avec l’État


Issoufou a également investi dans le développement des infrastructures, ciblant directement les besoins des Touaregs : pastoralisme, éducation, soutien aux moyens de subsistance. Cela comprenait le pastoralisme, l’éducation et le soutien aux moyens de subsistance. L’accès à l’eau dans les zones pastorales arides a été amélioré. De plus, la connectivité et la sécurité routière ont été renforcées.

Répondre aux revendications des Touaregs permettrait ainsi de réduire les tensions au Mali.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Attaques armées au Mali : les revendications des Touaregs sont la clé de la paix – https://theconversation.com/attaques-armees-au-mali-les-revendications-des-touaregs-sont-la-cle-de-la-paix-282329

La conversación docente: cómo usar las evidencias en educación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

marekuliasz/Shutterstock

Me encanta trabajar en The Conversation, pero algunas veces me “amarga” la vida. Por ejemplo, cuando me enteré de que el zumo de frutas no es saludable, y que me podía haber ahorrado el esfuerzo dedicado a preparar zumos de naranja frescos a mis hijas y mi insistencia en que los bebieran enteros y cuanto antes. Así es en buena medida la ciencia y la investigación científica: descubrimientos provisionales, revisables y matizables a medida que mejoran las técnicas y los conocimientos que nos permiten entender más.

¿Qué ocurre en el ámbito educativo? Pues que esta provisionalidad de los resultados es todavía mayor. Las evidencias no son del mismo tipo que los resultados de un análisis clínico para aprobar la comercialización de una medicina, por ejemplo. El “territorio” sobre el que investiga es enormemente complejo (no más ni menos que el aprendizaje humano) y con múltiples factores en juego que se combinan.

Todo esto no resta rigor ni validez a los estudios en este ámbito. Simplemente hace que apliquemos estas evidencias con dos matices fundamentales, como nos explican en su artículo Diego Ardura y Arturo Galán, de la UNED: tener en cuenta su naturaleza probabilística y su dependencia contextual.

Estos expertos en investigación educativa no sólo explican el carácter probabilístico y no determinista de los resultados educativos, sino que apuntan a la importancia en este campo de los metanálisis: investigaciones que analizan de manera crítica un conjunto amplio de estudios sobre un tema concreto, cuyas conclusiones son más robustas porque dependen de un conjunto de trabajos y no solo de uno.

Destaco hoy este artículo ya que nuestra Conversación Docente, y la sección de Educación de The Conversation en general, tienen el objetivo traer las últimas evidencias y descubrimientos a las aulas, pero nunca sentar cátedra de manera categórica. La fantástica labor de tantos especialistas y sus años de trabajo no servirían de mucho si no llegaran a los docentes que, aplicando su capacidad crítica y adaptando a la realidad particular de cada contexto y circunstancia, pueden decidir sobre cómo o si aplicarlo. Eso es educar con evidencias.

Esta quincena hemos hablado también de crear problemas en lugar de solucionarlos, para lograr una comprensión más profunda de las matemáticas; estrategias para acoger de la mejor manera posible a los niños con trastornos y dificultades de desarrollo en las aulas de infantil; la importancia de leer textos complejos y escribir a mano para aprender, incluso en la universidad; cómo inspirar a los alumnos con altas capacidades sin darles sencillamente más cantidad de lo mismo; por qué los problemas de violencia en los centros educativos se deberían prevenir antes de tener que llamar a las fuerzas del orden y cómo mostrarse accesible y cercano para ayudar con el acoso y el ciberacoso en las aulas.

The Conversation

ref. La conversación docente: cómo usar las evidencias en educación – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-como-usar-las-evidencias-en-educacion-282511

Rendre l’écologie désirable : comment changer la manière d’en parler ?

Source: The Conversation – in French – By Adeline Ochs, Professeure, départment marketing, Audencia

Souvent présentée pour parler du réchauffement climatique, l’image culpabilisante et larmoyante des ours polaires sur la banquise s’avère contre-productive. Imagebroker.Com/Shutterstock

L’écologie peine à attirer les foules. Et si susciter des émotions positives au lieu d’émettre des injonctions culpabilisantes, incarner les récits par un autre personnage que l’ours polaire ou se sentir concerné avec des exemples à proximité de nous pouvait nous faire changer d’avis ? Car tout le monde part d’abord de sa réalité avant d’envisager celle du monde.


« Un yaourt dans un pot de poils, too much » ? La campagne de communication de Polyvia, syndicat national des industries de la plasturgie, renforce auprès des consommateurs certaines représentations dominantes d’une écologie « intégriste » et « jusqu’au-boutiste » et participe à son discrédit.

Grâce à leur communication, les entreprises – ces « imaginacteurs » – participent à construire des imaginaires collectifs plus ou moins favorables à la transition écologique et sociale. À l’heure actuelle, leurs récits valorisent majoritairement des imaginaires peu compatibles avec les limites planétaires : association du bonheur à la (sur) consommation matérielle, domination de la nature par l’Homme, etc. Or, ces représentations collectives dominantes façonnent nos comportements.

En face, certaines entreprises cherchent à modifier ces imaginaires collectifs dans le sens de la transition écologique et sociale, mais peinent à séduire. Leur faible part de voix par rapport aux acteurs traditionnels peut l’expliquer, tout comme des discours perçus comme moralisateurs, éloignés de la réalité, voire même manipulateurs.

Et si les récits de la transition écologique ne souffraient pas d’un manque de solutions, mais d’un déficit d’envie ? Quelles sont les épices qui pourraient transformer des modèles plus vertueux en récits désirables, capables de nous donner l’appétit du changement ?

C’est ce que nous cherchons à analyser dans le chapitre « Quels ingrédients pour construire de nouveaux récits désirables ? » du livre Consommer sans détruire.

Favoriser les émotions positives

Un trajet de dix kilomètres en voiture thermique émet 2,18 kg de CO2 alors qu’il en émet zéro en phase d’usage avec un vélo mécanique et 0,04 en métro. Ces données éclairent notre raison, mais ne nous font pas pour autant enfourcher une bicyclette. Les preuves chiffrées ne suffisent pas. Susciter des émotions favorise la mise en action.

Alors quels types d’émotions ?

Nous aurions tendance à acheter plus lorsque la peur de la mort est activée collectivement. Les communications qui génèrent de la fierté ou de la joie suscitent, quant à elles, davantage d’adhésion. Le succès du « Dry January » participe à un défi collectif qui génère un sentiment de fierté, plus efficace que la simple mise en avant des méfaits de l’alcool. Trop de complaisance risque toutefois de conduire à sous-évaluer l’importance des changements à mettre en œuvre.

Les individus peuvent estimer que le problème peut être résolu sans eux, et ne voient plus l’intérêt d’agir à titre personnel. Pour contourner ces comportements, les chercheurs recommandent des messages optimistes qui mettent l’accent sur la faisabilité et l’importance du comportement. Par exemple, la campagne les « nouveaux riches », portée par des entreprises comme Getaournd, Blablacar, Lokki ou Homeexchange, mobilise l’humour et des émotions positives pour valoriser des gestes individuels simples – louer, partager, échanger.

Biais de proximité

Le discours écologique s’est appuyé sur la figure de l’ours polaire prisonnier sur la banquise. Bien que cette image demeure un symbole puissant, elle a pu contribuer à ancrer l’idée que la crise environnementale relevait d’une réalité lointaine, déconnectée de nos expériences quotidiennes. Au contraire, les récits ancrés dans des cadres familiers facilitent la capacité des citoyens à s’y projeter.

Plus un individu perçoit une proximité – tant géographique que temporelle – avec les situations décrites, plus le récit lui semble accessible et est susceptible d’influencer concrètement ses comportements. Dans l’une de ses campagnes publicitaires, Renault invitait les individus à renoncer à utiliser leur voiture sur certains trajets. Pour ce faire, elle montrait le quotidien de plusieurs foyers qui, tout en activant des émotions positives, privilégiaient la marche ou le vélo sur des trajets journaliers.

Personnifier son récit

Les histoires sans personnages marquent peu. Évoquer les effets du réchauffement climatique sur la biodiversité marine reste abstrait, mais donner la parole à un pêcheur dont l’activité décline frappe davantage. La personnification réduit la distance psychologique et active l’empathie. Les histoires ont besoin d’être incarnées.

Plusieurs questions se posent. Qui sont les personnages principaux du récit à incarner ? Quelles valeurs et symboliques véhiculent-ils ? Sont-ils désirables pour l’audience ?

Alors que les consommateurs responsables sont associés à différents stéréotypes – rabat-joie, ermites, bobos, etc. – cette dernière question est clé. Cette logique vaut aussi pour les figures publiques.

Peur d’être exclus du groupe

Près de 19 % des Français déclarent avoir peur d’être exclus d’un groupe s’ils changent leur façon de consommer ; ce chiffre passe même à 34 % chez les 18-34 ans. Les normes sociales sont clés et peuvent être exprimées dans les récits via ce que les protagonistes font et valorisent : partager un moment heureux en famille dans un environnement non marchand ou offrir un unique cadeau immatériel à Noël.

Les récits dominants accompagnant la consommation de masse sont perçus comme désirables par une large part des consommateurs. Malgré les scandales, les marques d’ultrafast-fashion, comme Temu et Shein, continuent à prospérer, notamment auprès des jeunes. Dans les sociétés occidentales, les récits sont fondés sur des valeurs individualistes, qui privilégient les intérêts personnels (financiers, statutaires, santé) à l’intérêt collectif.

Comment faire alors la bascule entre ces imaginaires collectifs « égocentrés » et les récits de la transition écologique et sociale ?

Conjuguer intérêts individuels et collectifs

Une approche graduelle, faisant cohabiter les intérêts individuels et collectifs dans les récits, peut constituer un moyen de connecter les imaginaires de la « consommation de masse » à ceux de la transition. Par exemple, dans les sociétés occidentales, marquées par des valeurs individualistes, le renforcement d’émotions comme la fierté, orientées vers soi, pourrait avoir un effet plus fort que l’émerveillement, orienté vers les autres.

Dans une forme de « bataille des imaginaires », les récits de la transition vont se confronter à d’autres. La fréquence de diffusion constitue un paramètre important au regard des biais d’exposition (plus l’individu est exposé à une information, plus la probabilité qu’il ait un sentiment positif à son égard augmente).

Il n’existe pas un récit type, mais plusieurs récits possibles, chacun offrant des espaces de liberté favorisant leur appropriation. Il apparaît essentiel de prévenir le risque d’un nouvel imaginaire dogmatique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Rendre l’écologie désirable : comment changer la manière d’en parler ? – https://theconversation.com/rendre-lecologie-desirable-comment-changer-la-maniere-den-parler-277758

La révolution silencieuse du travail en mode projet

Source: The Conversation – in French – By Christophe Midler, Directeur de recherche CNRS émérite, École polytechnique

Les diagrammes de Gantt incarnent le mode projet pour suivre l’achèvement des tâches dans une chronologie préétablie. AndreyPopov/Shutterstock

En quelques décennies, le travail en projet s’est déployé dans tous les domaines de l’action collective, des entreprises aux administrations. Cette « projectification » de la société, puissant levier d’innovation et d’adaptabilité, a redéfini les formes du travail, les structures organisationnelles et les modes de décision publique. Mais cette « révolution silencieuse » révèle aussi des fragilités nouvelles, où la quête d’agilité se paie d’instabilité et de nouvelles tensions.


Le mode projet comme forme de coordination du travail n’a jamais été aussi présent. Il est en effet très fréquent de nos jours d’entendre parler de projets agiles d’implémentation de l’intelligence artificielle générative. Ces derniers concrétisent les promesses ou les projets en écosystème pour mobiliser des coalitions d’acteurs publics et privés. Ils mettent ainsi en œuvre les grandes transitions contemporaines appelées par le changement climatique, comme la réindustrialisation verte.

Le projet est un pilier du modèle de croissance par l’innovation récompensé cette année par le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ; Philippe Aghion en est le lauréat. Cependant, la montée en puissance du projet comme forme majeure de coordination dans les entreprises, comme dans les administrations, date d’un demi-siècle maintenant.

Sans fracas ni slogans, une transformation profonde a redessiné l’organisation du travail et la conduite de l’action collective : le projet s’est imposé comme le moteur de l’innovation et du changement. Ce mouvement, qualifié dès 1995 par Christophe Midler par le terme de « projectification », s’est déployé depuis de manière discrète, mais irréversible.

C’est que nous analysons dans un article pour les 50 ans de la Revue française de gestion.

Management de projet

Né des grands programmes militaires de la guerre froide, le management de projet reposait à l’origine sur la planification et le contrôle : définir un objectif, le découper en tâches, suivre les délais et les coûts. Ce modèle, issu du management scientifique à l’américaine, entre en crise dans les années 1980, incapable de gérer la complexité et l’incertitude croissantes des environnements.

Or, à la même époque, l’industrie automobile japonaise renouvelle les méthodes de management de projet en montrant qu’efficacité et créativité peuvent se conjuguer par le renforcement des équipes projet, la coopération entre métiers et la résolution collective de problèmes.




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Sous l’impulsion de chercheurs français et scandinaves, le projet cesse alors d’être un simple outil d’exécution pour devenir un mode d’organisation à part entière, centré sur l’apprentissage, l’expérimentation et l’engagement collectif.

De l’industrie à l’État

Dans l’industrie, il s’incarne dans les « plateaux projets », où ingénieurs, designers et fournisseurs travaillent ensemble pour raccourcir les cycles de développement. Il va bientôt être à l’épicentre d’une transformation plus profonde et plus vaste des ingénieries des entreprises : le développement de l’ingénierie concourante, qui bouleverse l’engagement des différents métiers impliqués dans les processus de développement produits. Il va même contribuer à transformer le rapport entre entreprises, avec le déploiement du co-développement et la co-innovation.

Peu à peu, cette logique se diffuse à d’autres domaines : recherche, culture, urbanisme, santé, éducation, numérique. L’État lui-même adopte des dispositifs expérimentaux, temporaires et collaboratifs pour piloter ses politiques publiques.

Ce basculement a bouleversé la hiérarchie classique entre les métiers (structures permanentes de l’entreprise) et les projets (actions temporaires). Ces derniers deviennent le lieu où se construisent les compétences, les carrières et parfois les stratégies des entreprises. Dans un monde d’innovation intensive, il ne se contente plus d’exécuter la stratégie : il contribue à la fabriquer.

Les projets d’exploration, par exemple dans l’industrie spatiale ou automobile avec les véhicules autonomes, par exemple, permettent d’apprendre en marchant, de tester des usages, d’associer partenaires industriels et clients autour d’objectifs mouvants.

Instabilité, surcharge et incertitude

Cette organisation du travail en mode projet n’est pas sans revers. Vanté pour sa flexibilité, il engendre aussi instabilité, surcharge et incertitude professionnelle. Les collectifs se font et se défont au rythme des échéances ; la performance se mesure au livrable plus qu’à la durée. Cette intensification invisible du travail touche particulièrement les ingénieurs, chercheurs et managers, souvent contraints d’enchaîner les projets comme des « missions », sans que cela ne soit valorisé à sa juste en valeur dans leur carrière.

Le projet apparaît désormais comme le nouvel instrument de gouvernement du changement. Il incarne la capacité à articuler flexibilité et vision, initiative locale et cadre collectif. À titre d’exemple, l’expérience chinoise du véhicule électrique illustre comment une puissance publique peut orchestrer ces dynamiques : en fixant une vision de long terme, en soutenant l’expérimentation et en sélectionnant les initiatives les plus efficaces – un « darwinisme administré » au service de la transition industrielle.

Au-delà du trio coût-délai-qualité, il est devenu nécessaire d’intégrer les dimensions environnementales, sociales et d’apprentissage collectif. Et cela n’est pas sans susciter des débats quant à son articulation avec nos modèles d’action collective démocratique occidentaux.

Cinquante ans après l’émergence du concept, la projectification a profondément transformé nos entreprises, nos administrations et nos manières de travailler. Ce n’est plus seulement une technique de gestion : c’est une grammaire du changement, à la fois promesse d’agilité et source de nouvelles tensions. Une révolution décisive, qui façonne l’économie de demain.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La révolution silencieuse du travail en mode projet – https://theconversation.com/la-revolution-silencieuse-du-travail-en-mode-projet-281449

Si vous participez à des ateliers collaboratifs, ne vous emballez pas, les décisions peuvent être déjà prises

Source: The Conversation – in French – By Nathalie Tessier, Enseignante-chercheuse, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

Donner de faux espoirs de changements aux collaborateurs pourrait coûter cher aux managers. PeopleImages/Shutterstock

Les méthodes participatives de management ne seraient-elles pas qu’un leurre ? Elles faciliteraient l’adhésion des collaborateurs aux décisions de l’entreprise déjà prises en amont. Gare à ne pas vous laisser happer par ces moments collaboratifs, on vous demandera certainement de rattraper la charge de travail restante.


« Ces entreprises qui ont adopté le management participatif et qui cartonnent », titre le média Guide Entreprise. « Management participatif : comment libérer le potentiel de vos équipes ? », demande la Voix du Nord … La presse se fait l’écho des méthodes participatives et collaboratives de management dans les entreprises françaises qui semblent rencontrer un succès.

Le principe ? Faire participer activement tous les salariés. Les formats vont de simples réunions consacrées à la créativité à des séminaires pour générer de nouvelles idées avec des outils favorisant l’interactivité et l’intelligence collective.

Derrière une apparente démocratie participative à la prise de décisions de tout le monde, ces dispositifs ne serviraient-ils pas à s’assurer de l’adhésion des collaborateurs aux projets de l’entreprise, souvent décidés en amont ? Quid des collaborateurs qui n’y prennent pas part ? Le management participatif ne deviendrait-il pas un dispositif de « soumission librement consentie », notion introduite par Jonathan Freedman et Scott Fraser ? En 1966, ils soulignent que les individus peuvent avoir le sentiment d’agir librement, alors qu’ils ont été placés sous une contrainte ou une influence implicite.

Le risque : un « désenchantement managérial ».

La France, mauvaise élève en management

La France serait une « mauvaise élève » dans les pratiques managériales parmi ses voisins européens, c’est ce que semble révéler un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié en 2024. Il en ressort les points suivants :

  • un style jugé trop hiérarchique et vertical ;

  • un niveau assez faible d’autonomie des collaborateurs ;

  • un sentiment de reconnaissance insuffisant et une formation managériale très (voire trop) académique et largement insuffisante ;

  • l’absence d’une culture fondée sur le dialogue social et sur un principe contradictoire.

Pourtant, 78 % des professionnels pensent que leur entreprise favorise le travail collaboratif. Dans une autre étude plus récente, 70 % des salariés et 83 % des managers se déclarent engagés dans les projets de leurs entreprises.

Un modèle loin d’être nouveau

Ce modèle participatif est loin d’être nouveau. On le retrouve décrit dès les années 1950 sous la plume du chercheur en sciences sociales Chris Argyris. La participation des salariés était vue comme étant un moyen de motiver les collaborateurs.

Les formats de la participation des salariés ont été multiples dans les années 1970 et 1980 :

  • les cercles de qualité représentés par des groupes de salariés se réunissant pour améliorer la qualité, les coûts, etc. ;

  • les groupes semi-autonomes qui vont réfléchir de façon plus profonde et en continu sur le processus de production ;

  • les réunions de concertation pour favoriser l’expression des points de vue et prévenir ou gérer des conflits ;

  • les groupes d’expression où des salariés s’expriment sur les conditions de travail, les risques pour la santé ;

  • le management par les valeurs représenté par l’élaboration de chartes ou les projets d’entreprises.




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Au cours des années 1980, une littérature critique émerge. Ce modèle ne constitue pas réellement un modèle d’organisation du travail ; il s’agit davantage de bricoler autour de pratiques participatives, sans que son efficacité ne soit véritablement testée.

Effets pervers des pratiques participatives

Il semblerait qu’aujourd’hui il y ait une croissance de ces rituels collectifs institutionnalisés. Ces ateliers ou séminaires peuvent être encadrés par des consultants et durer une demi-journée voire une journée entière. Si elles sont mal encadrées et trop fréquentes, ce genre de pratiques managériales peuvent avoir des effets pervers.

Évaluation morale de loyauté à l’entreprise

Le premier risque est de juger les collaborateurs sur leur participation à ces rituels, plutôt que sur des réalisations objectives rédigées sur leur fiche de poste. L’engagement dans ces réunions devient un indicateur implicite de l’adhésion du collaborateur aux valeurs de l’entreprise. Pour ceux qui n’y participent pas : stigmatisation, puisque le collaborateur ne serait « pas motivé » ou « pas corporate ».

Surcharge de travail et perte de temps

La participation à ces réunions collectives peut constituer un coût invisible et caché. Le collaborateur, pouvant difficilement se défausser sous peine de ne pas être « corporate », finit par devoir rattraper leur charge, autrement dit travailler plus. Plus il y a de réunions, moins il y a de concentration et de qualité de travail. Cela augmente la fatigue, la vulnérabilité et peut être sur le long terme une source de risques psychosociaux (RPS).

Légitimer le travail des managers

Un troisième risque est d’utiliser la participation comme un outil pour justifier le rôle, voire le statut de manager. Ce dernier ne produirait-il pas du management visible dans la mesure où il anime les équipes de collaborateurs, il coordonne les actions et il contribue, grâce à ces réunions, à mobiliser les équipes ? Ces pratiques, loin de développer la performance, semblent les infantiliser, c’est la kakistocratie ou le règne des incompétents.

Consensus librement consenti

Déjà mis en évidence dans les théories de l’engagement et illustré dans l’ouvrage des psychologues Joule et Beauvois Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, un dernier effet pervers pourrait être de faire croire aux collaborateurs qu’ils deviendraient co-responsables des décisions prises. Or, la vision des managers sous-jacente n’est plus de la participation, mais une procédure de validation sociale de choix prédéfinis.

Trop de participation tue la participation

Les entreprises doivent-elles pour autant abandonner leurs pratiques « collectives » ? La non-participation à ces pratiques collaboratives pourrait-elle servir à argumenter des décisions prises pour justifier une insuffisance professionnelle ?

La participation pour être efficace doit être véritable, utile, volontaire et créatrice de valeur. Elle requiert certaines règles du jeu : créer un collectif, mettre en place des espaces de négociation, poser des intentions claires ou proposer un cadre transparent pour le processus de prise de décision. En parallèle, il est essentiel de former les collaborateurs sur des compétences relationnelles et émotionnelles adéquates afin d’animer ou coordonner l’action collective.

La participation ne devrait pas devenir ni systématique ni obligatoire, respecter le temps et l’intelligence des collaborateurs. Au contraire, elle pourrait être accompagnée d’actions concrètes :

  • suivre les propositions des collaborateurs ;

  • dégager du temps de travail pour ces temps collectifs ;

  • prévoir un budget dédié, mettre en place des équipes pilotes ;

  • lancer un projet expérimental.

Le cas échéant, le risque est de donner de faux espoirs de changements aux collaborateurs. Il existe de nombreuses pratiques et des outils de gestion efficaces des réunions participatives, mais c’est avant tout un état d’esprit. Trop de participation tue la participation.

The Conversation

Nathalie Tessier est membre de IP&M (Institut Psychanalyse & Management)

ref. Si vous participez à des ateliers collaboratifs, ne vous emballez pas, les décisions peuvent être déjà prises – https://theconversation.com/si-vous-participez-a-des-ateliers-collaboratifs-ne-vous-emballez-pas-les-decisions-peuvent-etre-deja-prises-278701

Du DIF au CPF : le salarié, acteur de son parcours professionnel, entre promesse d’autonomie et opacité

Source: The Conversation – in French – By Caroline Diard, Professeur associé – Département Droit des Affaires et Ressources Humaines, TBS Education

Depuis dix ans, la formation des salariés est de plus en plus individualisée. L’idée est de rendre ces derniers responsables et maîtres de leurs parcours. La multiplication non maîtrisée des offres de formation et la création d’un reste à charge pour le salarié modifient les conditions d’exercice de ces nouvelles possibilités. Au point de les vider de toute substance ?


Avec un budget individuel spécifique et un accès simplifié aux formations, le compte professionnel de formation (CPF) était présenté comme une promesse d’autonomie et d’adaptabilité depuis sa création en 2014.

Douze ans plus tard, le bilan est mitigé. En 2026, la participation forfaitaire obligatoire augmente, rendant le dispositif moins attractif. Tremplin vers de nouvelles compétences ou reconversions, il peut en effet devenir un casse-tête face à une offre pléthorique et opaque !

Individualisation progressive de la formation

Depuis la loi 16 juillet 1971, la formation professionnelle permanente constitue une obligation nationale. Depuis, de nombreux dispositifs permettant de se former tout au long d’une carrière ont été développés. Le bilan de compétences, la validation des acquis de l’expérience (VAE), le congé individuel de formation (CIF), le droit individuel à la formation (DIF), puis plus récemment le compte personnel de formation (CPF) ont été créés dans une logique d’individualisation des parcours tout au long de la vie. Ceci afin de tenter de réduire les inégalités d’accès à la formation. Le salarié a été rendu au fil du temps, légalement plus autonome dans ses démarches de formation, il est ainsi devenu acteur de son évolution professionnelle.




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Le droit individuel à la formation (DIF), créé en 2004, marque une première étape vers l’autonomie des salariés. Réservé aux CDI ayant un an d’ancienneté ou aux CDD de plus de 4 mois, il offrait vingt heures de formation par an, cumulables sur six ans. Mais son utilisation était très encadrée, nécessitant l’accord préalable de l’employeur, sauf pour les formations hors temps de travail (avec versement d’une allocation de 50 % de la rémunération nette). L’originalité du dispositif reposait dans la possibilité de transfert des droits en cas de licenciement (hors faute grave). Le DIF pouvait financer un bilan de compétences ou une VAE, mais il était perdu en cas de retraite et actionnable sous conditions en cas de démission.

La loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale a remplacé le DIF par le compte personnel de formation (CPF). Les heures cumulées au titre du DIF ont été transférées sur le CPF. Contrairement au DIF qui était lié au contrat de travail, le CPF est lié à la personne et il est géré à l’extérieur de l’entreprise par la Caisse des dépôts et consignation.

Les salariés disposent désormais d’un compte qui les suit tout au long de leur carrière indépendamment de leur employeur.

Le CPF, vers une individualisation radicale

Par la suite, la loi du 5 septembre 2018 a consolidé les droits individuels des salariés en renforçant le rôle du Compte personnel de formation (CPF). Cette loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » transforme alors le paysage de la formation professionnelle continue.

Depuis 2019, les heures du CPF ont été monétisées, c’est-à-dire converties en euros.

Le CPF incarne la promesse d’une révolution. Dès 16 ans, chaque actif dispose d’un budget individuel pour se former, se reconvertir ou acquérir de nouvelles compétences, sans dépendre de son employeur. Avec 500 euros par année pleine travaillée (800 euros pour les moins qualifiés) et un accès simplifié grâce à une plate-forme en ligne et une plate-forme accessible sur smartphone à l’aide d’une application téléchargeable. La limite totale cumulée est de 5 000 euros (soit dix années pleines d’activité).

Le financement est assuré par les entreprises au moyen de prélèvements sur la masse salariale, notamment par l’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf) ou la Mutuelle sociale agricole (MSA) depuis 2022. Les opérateurs de compétences (Opco) peuvent aussi contribuer, notamment pour les petites entreprises.

Préparer la révolution numérique

L’objectif affiché est de réduire les inégalités d’accès à la formation et adapter les compétences aux mutations du marché du travail, notamment face à la révolution numérique et à l’essor des intelligences artificielles.

Le CPF développe l’adaptabilité et l’employabilité (et particulièrement pour les moins qualifiés) dans un environnement en mutation permanente. Pourtant, derrière les atouts du dispositif se cache une offre de formation pléthorique, parfois opaque, et un parcours semé d’embûches pour les bénéficiaires.

Casse-tête administratif

Le CPF s’est largement démocratisé Avec 1,4 million de personnes formées en 2024. Les motivations pour recourir au CPF sont diverses : reconversions professionnelles, montées en compétences, validations d’acquis… Le CPF permet des trajectoires personnalisées. Près de 72 % des salariés attendent du CPF d’être plus efficaces dans leur travail et 40 % visent l’obtention d’une certification pour faire reconnaître leur savoir-faire.

Des écueils

Les formations éligibles au CPF sont énumérées à l’article L.6323-6 du Code du travail

Il s’agit des actions de formations préparant à une certification ou un bloc de compétences enregistrées au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au Répertoire spécifique (RS).

Les actions de formation dites « de droit », comprenant les bilans de compétences, les actions permettant de valider les acquis de l’expérience (VAE) et la préparation aux épreuves théoriques et pratiques du permis de conduire.

Malheureusement, le choix est parfois difficile à effectuer dans une jungle de formations et des arnaques et dérives ont été recensées : certains organismes profitent du système pour proposer des formations peu utiles ou surévaluées et surtout non éligibles au CPF.

Pour contrer ses dérives, le périmètre du CPF a été réduit. Après avoir créé une participation forfaitaire obligatoire, l’État a fait évoluer le montant restant à charge : l’actif doit désormais financer une partie de sa formation, même s’il dispose des crédits nécessaires sur son CPF pour la payer intégralement. Le décret n°2026-234 du 30 mars 2026 fixe cette participation à 150 euros à compter du 2 avril 2026). Depuis le 20 février 2026, la loi de finances pour 2026 a fait évoluer les conditions d’éligibilité de certaines formations. Les montants mobilisables pour certains dispositifs sont désormais plafonnés (1 600 euros pour un bilan de compétences, par exemple).

Le paradoxe de l’autonomie

Le CPF place l’individu au cœur du dispositif d’employabilité mais suppose qu’il sache naviguer dans un système complexe. Pourtant, l’employeur devrait s’attacher à rester un acteur clé de l’accompagnement en matière de formation professionnelle continue en informant les salariés notamment.

France Travail, 2025.

Il est également nécessaire de poursuivre la clarification et la régulation de l’offre, de prévoir un référencement plus strict et d’exclure les formations sans débouchés avérés ou dont le coût est manifestement excessif en mettant en avant les organismes certifiés et les parcours validés par les branches professionnelles.

Il est important d’inciter les employeurs à cofinancer des formations alignées sur leurs besoins, tout en garantissant la portabilité des droits.

Sauver le CPF ?

Le CPF a indéniablement marqué une avancée majeure, en rendant la formation accessible à tous, mais pour qu’il devienne un réel levier d’émancipation et d’adaptabilité, il faut passer de la quantité à la qualité. Cela suppose de simplifier le choix pour éviter l’effet « supermarché de la formation » et accompagner les publics les plus fragiles, pour ne pas laisser les inégalités se creuser. Si le CPF est un outil encore perfectible, il demeure en l’état trop souvent détourné ou sous-exploité.

The Conversation

Caroline Diard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Du DIF au CPF : le salarié, acteur de son parcours professionnel, entre promesse d’autonomie et opacité – https://theconversation.com/du-dif-au-cpf-le-salarie-acteur-de-son-parcours-professionnel-entre-promesse-dautonomie-et-opacite-280321

Suplemento cultural: premios, premios, premios

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Imagen de la película de Studio Ghibli _Ponyo en el acantilado_. Studio Ghibli

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Como asturiana que soy, cada vez está más cerca mi época favorita del año: los Premios Princesa de Asturias. Todos los otoños (ya, entiendo que he utilizado “cerca” de forma algo optimista), algunas de las mentes más creativas e inteligentes del mundo se dan cita en Oviedo para recibir esos galardones y, sobre todo, para interactuar con el público en decenas de eventos en los que los meros mortales podemos aprender de ellos y celebrar su legado.

La Fundación Princesa de Asturias comenzó la semana pasada a reunir a los jurados que otorgan los premios y, de momento, han concedido dos, que conciernen a este Suplemento de lleno. Por un lado, el de las Artes irá a parar a la multifacética Patti Smith. Y, por el otro, el de Comunicación y Humanidades viajará a Japón, al Studio Ghibli, en los que parece una suerte de segundo galardón de las Artes. Pero, al fin y al cabo, la línea entre las humanidades, la comunicación y el arte es finísima.

Es curioso lo propicio que es para el galardón una de sus reflexiones. Cuenta Smith, en el prólogo de su estupendo libro Éramos unos niños, que esto fue lo que sucedió cuando supo que su íntimo amigo Robert Mapplethorpe había muerto:

“Me quedé inmóvil, paralizada; luego, despacio, como si estuviera inmersa en un sueño, volví a sentarme. En aquel instante, Tosca comenzó la magnífica aria ‘Vissi d’arte’. ‘He vivido para el amor, he vivido para el arte’. Cerré los ojos y entrelacé las manos. La Providencia había dictado cómo sería mi despedida”.

La bullente creatividad de la artista, que toca infinitos palos en un intento constante por expresarse, queda patente en los dos artículos que hemos publicado sobre su figura, esencial en la música y, desde hace unos años, también en la literatura.

Por otro lado, la redondez y aparente amabilidad de las propuestas del Studio Ghibli merecen también un análisis. Porque el color, la fantasía y el optimismo que transpiran sus películas esconden en realidad una forma de mirar el mundo en la que no hay certezas pero sí intención de tender puentes.

El hábito hace al cine

Le he robado vilmente el título al último (y fantástico) libro de Manuela Partearroyo para hablar de vestuario, películas y… dinero. Muchas veces las lecturas en las que una está inmersa resuenan con lo que sucede en el mundo. Y casualmente, su análisis del vestuario en el cine español -y, por asociación, en la historia del país… o viceversa- ha caído en mis manos a la vez que El diablo viste de Prada 2 llegaba a las pantallas.

Además de la taquilla que está haciendo, bastante alegre, merece la pena detenernos en el filme para ver un ejemplo más del vínculo que muchas grandes marcas de ropa han tenido con el cine. Como Partearroyo explica en su investigación, muchas veces colocar una firma concreta en una historia responde más a campañas de marketing que a una necesidad real de incluir ese tipo de vestuario en la caracterización.

No obstante, la moda no deja de ser un espacio más –cotidiano y, por ello, lleno de posibilidades– de expresar creatividad. ¿Es la moda arte? De acuerdo con la propuesta de la última Met Gala, sí. De acuerdo con algunas reflexiones posteriores a la alfombra roja, la referencia pictórica de muchos de los vestidos quedó opacada por la sensación de que quienes los vestían “no iban guapos”. Tampoco fue nunca ese el objetivo inicial.

Las mujeres (y los hombres que las agreden)

En algún momento a todos nos gustaría que los abusos del pasado dejasen de tener eco en el presente pero, lamentablemente, eso todavía no ha sucedido. La investigación de los medievalistas Íñigo Mugueta y Alicia Inés Montero sobre la guerra civil del reino de Navarra demuestra una estrategia consciente de uso y abuso de las mujeres de la nobleza como “arma” contra el enemigo. Algo que está a la orden del día en el mundo actual.

Sin utilizar la violencia ni la coacción, pero también con agresividad latente, se ha abordado la figura de Sydney Sweeney en la última temporada de Euphoria. La recepción del personaje y de la actriz han propiciado juicios masculinos sobre la belleza que llevan siglos determinando la vida de las mujeres.

¿Acaso no es todo arte?

En los comienzos de The Conversation ES, cuando dudábamos de la sección a la que pertenecía un tema, Luis Torrente, antiguo director, decía “Cultura, ¿no? Porque, después de todo, ¿acaso no es todo cultura?”. Siempre me hizo gracia la reflexión porque, efectivamente, puestos a pensar en ello, (casi) todo podría denominarse así. 

Hoy traigo un ejemplo nuevo, porque, si miramos algo de cerca, ¿acaso no es todo arte?

De entrada, si echamos la vista atrás, podemos ver que los conocimientos arqueológicos que tenemos sobre el ser humano están muy entrelazados con las representaciones artísticas que nos dejaron los ancestros. Para cuidarlas y preservarlas, la tecnología ha puesto a nuestra disposición los facsímiles.

Otra disciplina en la que se puede ver nítidamente el vínculo con el arte es la medicina. Durante décadas reputados escultores se dedicaron a la figuración anatómica para hacer que los estudiantes aprendiesen todo sobre el cuerpo humano gracias a sus obras.

Y por último, ¿qué sería del urbanismo sin el dibujo? Hoy, gracias al trabajo del arquitecto Pier Maria Baldi, acompañante de Cosme III de Médici en su paseíllo por España a finales del siglo XVII, sabemos cómo era la villa de Cadaqués entonces y cómo ha evolucionado hasta ser el destino turístico de moda.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: premios, premios, premios – https://theconversation.com/suplemento-cultural-premios-premios-premios-282079

La selección: Día (cultural) de Europa

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Catedral de Notre Dame desde la parte de atrás, en 2023. Stockbym/Shutterstock

Muchos hablamos de ello, lo blandimos en las discusiones y lo defendemos: la idea de Europa, de que todos compartimos una identidad y unos valores comunes, democráticos, humanísticos, solidarios.

No cabe duda de que el Viejo Continente lleva siglos intentando consolidar un concepto propio. Después de todo, nos decimos, somos la cuna de Grecia y Roma, el germen de la civilización occidental. Aunque algunas de estas afirmaciones respiran excesiva superioridad eurocentrista, el que no fuésemos la única civilización no quiere decir que la identidad europea no sea importante.

Stefan Zweig, uno de los pensadores más europeístas del siglo XX, lo tenía claro, y se suicidó al ver su utopía destrozada en la Segunda Guerra Mundial. Se nos rompe el alma recordando los grandes conflictos bélicos porque fueron nuestros, heridas abiertas en el corazón del Viejo Continente. Cuando tanta muerte y tanta sangre definen la historia de aquello que enarbolamos como propio, ¿qué nos queda?

En el Día de Europa, me gusta pensar que nos queda siempre un vínculo cultural. Y que volviendo a todo lo bueno, bello y bonito que hemos hecho a lo largo de la historia, los europeos mantenemos ese lazo.

A pesar de las diferentes características de cada pueblo y nación, seguimos siendo, efectivamente, el continente de Grecia y Roma. Desde el lenguaje hasta la belleza, pasando por los destinos turísticos, la Antigüedad determina nuestro presente.

Además, las relaciones establecidas en estas tierras a lo largo del tiempo también ayudan a definir esta cultura común. Porque si cruzar el Atlántico fue durante milenios una empresa inasumible, y aventurarse hacia Asia (o más allá del norte de África) era arduo y potencialmente peligroso, moverse por Europa parecía, sin embargo, bastante asequible.

Y vaya si nos movimos. Emigrantes, nobles, viajeros, trashumantes de todo pelaje cruzaron unas fronteras que se desdibujaban cada poco para conocer, curiosear, aprender y mejorar. Y así, el arte, original de cada pueblo, se volvió a su vez un poco universal: pensemos en los estilos medievales –tan particulares y a la vez reconocibles–, en las influencias pictóricas, en la escultura canónica, en el Renacimiento… Los viajes que se realizaron durante milenios ayudaron a que, al final, se conformase una patria cultural europea.

Recordemos también a esos pensadores que reflexionaron localmente y sirvieron de referentes internacionales ante muchos de los problemas que nos afectaban como civilización: la Escuela de Salamanca, analizando la colonización de América; Hannah Arendt, reflexionando sobre el Holocausto; o Nuccio Ordine definiendo, muy al hilo de este texto, la utilidad de lo inútil.

Hoy las alianzas geopolíticas buscan activamente proteger este proyecto cultural. Es comprensible. Después de todo, no hace tanto tiempo y sin haberse cobrado vidas humanas, a todos nos conmocionó ver arder la torre de Notre Dame. Hubo quien calificó de frívolos esos sentimientos. Pero no lo eran. No lamentábamos solo los daños a un edificio, sino a un emblema cultural que, aunque esté en Francia, es, en cierto sentido, de todos.

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ref. La selección: Día (cultural) de Europa – https://theconversation.com/la-seleccion-dia-cultural-de-europa-282195