Visiter les musées, ça s’apprend ? L’éducation au regard contre les inégalités culturelles

Source: The Conversation – France (in French) – By Ana Chiaruttini, Professeure des universités en sciences de l’éducation et de la formation, Université Toulouse – Jean Jaurès

Pour rendre l’art accessible à tous les enfants, il ne suffit pas de leur ouvrir les portes d’un musée. La perception des œuvres est sous-tendue par tout un ensemble de codes qu’il importe de maîtriser pour bénéficier de la visite et avoir envie de renouveler l’expérience. Et l’école joue un rôle essentiel dans cette éducation au regard.


Les dernières enquêtes nationales sur la fréquentation des musées attestent d’une progression continue des jeunes publics, portée par des politiques tarifaires volontaristes, une offre pédagogique enrichie et un tournant vers des expériences plus participatives et numériques.

Pourtant, le défi de la démocratisation demeure entier : la surreprésentation des catégories socioprofessionnelles supérieures dans les publics des musées reste une réalité persistante. Or, en matière d’éducation artistique et culturelle, on ne peut se résoudre à ce qu’une partie de la population soit exclue ou s’exclut de lieux et de pratiques culturelles. Certes, celles-ci reproduisent des inégalités sociales, comme l’ont rappelé les sociologues Pierre Bourdieu et Alain Darbel dans l’Amour de l’Art. Les musées d’art européens et leur public, mais la mission de l’école est précisément d’en contester les logiques et d’en atténuer les effets.




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C’est dans cette perspective d’une démocratisation des pratiques culturelles et de l’éducation artistique que mes travaux, depuis plus de quinze ans, étudient la relation école-musée et la formation du visiteur. J’ai notamment étudié les dispositifs de visite qui permettent à l’enfant ou à l’élève de s’approprier les codes du musée, de recevoir les œuvres, de développer leur créativité, leur esprit critique, mais aussi le sentiment d’être légitime à venir, et à revenir au musée et dans tous les musées.

Mon dernier ouvrage, Voir, lire et dire. La réception des œuvres en classe et au musée, paru en 2025 aux Presses universitaires du Septentrion, retrace ce cheminement scientifique à travers des recherches conduites de l’école maternelle à l’université, ainsi qu’à travers des projets qui permettent aux disciplines scolaires, notamment l’enseignement de la littérature, d’intégrer le défi de l’éducation artistique et culturelle.




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Il s’agit de penser le musée non seulement comme un partenaire, mais aussi comme un lieu, une institution à connaître, dont il faut comprendre le fonctionnement, les missions, les codes. L’ouvrage présente certains résultats des recherches menées qui permettent de comprendre pourquoi il faut apprendre à visiter, et comment on y parvient. Éclairons ici ce point.

Comprendre ce qu’est un musée

Le musée est souvent perçu, par les enseignants comme par les élèves, comme un espace de contraintes : ne pas courir, ne pas parler trop fort, ne pas toucher. Ces codes sont certes à apprendre, mais l’enjeu va plus loin que de simples interdits : il s’agit de comprendre ce qu’est un musée, ses missions de conservation et de patrimonialisation, la diversité de ses statuts.

Il s’agit aussi de saisir ce qu’est une exposition, ses différentes formes, sa logique, pour comprendre qu’il s’agit d’un média par lequel est racontée une histoire, à laquelle les objets exposés contribuent. C’est précisément ce que fait une guide en accueillant au LaM, à Lille (Nord), une classe de CE2 (8-9 ans) : elle évoque la donation, la collection et l’exposition. Des concepts clés pour comprendre le fonctionnement dynamique du musée :

« Bienvenue dans notre musée, le musée existe grâce à la donation Jean et Geneviève Mazurelle, ce sont des gens qui ont dit “Tiens, on veut pas tout garder, on veut pas tout donner à nos enfants, on veut donner une partie à la Ville de Lille” […] Les œuvres qu’on voit changent quelquefois, quelquefois, on met ce tableau-là ici, quelquefois, on le met là, ça change régulièrement. Il ne faut pas se dire “J’ai déjà été au LaM, j’ai déjà tout vu”, on n’a jamais tout vu, d’autant qu’on continue à acheter des œuvres. »

Mettre en contexte ce que l’on voit

Parmi les différentes compétences à développer pour apprendre à visiter, savoir regarder constitue un enjeu premier et central. Le regard, condition première de la réception, engage le corps (se déplacer pour mieux voir), permet la réflexion (comprendre et interpréter) et éprouve les émotions (réagir et ressentir face à l’œuvre).

De nombreux travaux se sont développés autour de l’éducation du regard. Regarder suppose de prendre le temps, d’identifier ce que l’on voit parce que cela nous est familier, ce que l’on connaît ou reconnaît, de mobiliser d’autres connaissances pour éclairer ce que l’on pense voir, de mettre en relation avec d’autres œuvres, d’autres médias (film, musique, texte littéraire…), et de construire progressivement le sens de l’œuvre que nous découvrons.

Quand le guide est présent, son discours oriente le regard et apporte les éléments de contextualisation et de savoirs qui permettent de comprendre l’œuvre in situ dans l’exposition.

Des interactions créatrices de sens

Cependant ce discours éclairé peut être mobilisé une fois que les élèves ont parcouru l’exposition et que certaines œuvres les interpellent, comme on peut le voir dans l’extrait ci-dessous, où des élèves de terminale, à l’occasion de l’exposition « Liberté, Liberté chérie » à l’espace culturel départemental Lympia sur le port de Nice, réagissent devant l’œuvre Too Young To Die ? de The Kid :

Élève : « Il y a une œuvre, elle est grave, je trouve, le bébé me perturbe… »
Élève : « Il est malade ! »
Élève : « Oui, un bébé, c’est pur et là, c’est tout le contraire. »

Élève : « C’est super violent, il n’a plus son visage, il a été agressé ? Attaqué ? il est en train de mourir… »
Médiatrice : « Alors, l’artiste a 28 ans, et il autodidacte […] Qu’est-ce que vous voyez là ? » (montrant le visage)
Élève : « Des tatouages ! »
Médiatrice : « Oui, alors, l’artiste est américain et, en Amérique du Nord, les tatouages ont une signification particulière, vous voyez ?
Élève : « Les gangs ! »
Médiatrice : « Oui… le nouveau-né est en couveuse, c’est un prématuré, et donc, à sa naissance, il est déjà tatoué, il est déjà entré dans un gang, il n’a pas le choix… » […]
Élève : « Et alors, c’est parce qu’il n’est dans le gang qu’il est prématuré, qu’il est en danger ? »
Médiatrice : « C’est une bonne question que tu poses, c’est la question que The Kid veut que tu te poses »

Ainsi, le sens se construit en même temps que des réactions à ce qui est compris dans l’interaction entre les réceptions et les connaissances des visiteurs et du guide.

Maternité (1919), par Amedeo Modigliani.
Wikimédia

Toute œuvre exposée produit un effet sur le visiteur, quel que soit cet effet. Percevoir celui-ci ou ressentir l’émotion que l’œuvre suscite relève également d’un apprentissage. Ainsi face à Maternité, de Modigliani, un guide propose à des élèves de 3 ans d’imiter le visage de la mère : allonger son visage, faire une petite bouche, tenter de sourire. Un élève s’exclame : « Elle est triste ! »

L’esthétique épurée du tableau qui caractérise le style de l’artiste représente Jeanne Hébuterne, sa compagne depuis 1917 et leur fille, à leur arrivée sur la Côte d’Azur fuyant la misère de Paris. Les jeux de mime sont importants dans l’activité de réception, en particulier avec de jeunes enfants.

Alors, visiter les musées s’apprend-il ? De façon informelle, avec les familles, par habitus ; trop souvent de façon implicite à l’école, alors que les projets pédagogiques pourraient aisément intégrer cette dimension en développant une véritable conscience de ce que c’est que visiter, voir, lire et dire les œuvres et prendre plaisir à le faire !


Cet article est publié dans le cadre de la série « Regards croisés : culture, recherche et société », publiée avec le soutien de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle du ministère de la culture.

The Conversation

Ana Chiaruttini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Visiter les musées, ça s’apprend ? L’éducation au regard contre les inégalités culturelles – https://theconversation.com/visiter-les-musees-ca-sapprend-leducation-au-regard-contre-les-inegalites-culturelles-283788

Rendre le numérique accessible aux personnes déficientes visuelles : un enjeu à la croisée de la psychologie et de la cybersécurité

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nicolas Louveton, Enseignant-chercheur en psychologie et ergonomie cognitive, Université de Poitiers

Entrer un mot de passe puis un code reçu par SMS pour se connecter sur le site de sa banque constitue, pour la plupart des utilisateurs, une démarche contraignante mais réalisable. En revanche, pour les personnes porteuses de déficiences visuelles, cela peut représenter un obstacle majeur, voire insurmontable. Face à ces difficultés, il existe plusieurs solutions, certaines déjà mises en œuvre et d’autres, conçues en partenariat avec les utilisateurs, qui sont en cours de développement.


Les services numériques sont omniprésents dans notre quotidien. Qu’il s’agisse de réserver un billet de train, de déclarer ses impôts ou de prendre un rendez-vous médical, se connecter à des plateformes numériques en ligne est devenu un passage obligé pour de nombreux gestes du quotidien. Pour cela, une étape incontournable : l’authentification, un processus qui permet de contrôler notre identité et de protéger nos données.

Parce que la sécurité sur nos téléphones et autres écrans est bien souvent centrée sur notre capacité à voir lesdits écrans, nombre de personnes aveugles ou malvoyantes renoncent à sécuriser leurs appareils.

L’accessibilité des systèmes d’authentification est pourtant cruciale dans une société qui se veut inclusive et qui promeut l’usage du numérique dans une large gamme de services, et notamment les services publics.

Comment la perception du risque, le design technologique et le handicap interagissent-ils pour conduire à des comportements non sécurisés et à l’exclusion numérique ? C’est ce que nous cherchons à mieux comprendre en mobilisant l’ergonomie cognitive, une discipline scientifique visant à concevoir des systèmes adaptés aux capacités et limites des utilisateurs finaux.

Notre but est de créer un cadre intégrant la recherche scientifique, l’innovation technologique et les considérations éthiques, vers une sécurité numérique véritablement inclusive.

L’authentification : passage obligé de la vie numérique

Bien que nécessaire, cette étape de sécurité soulève certaines difficultés.

De fait, les méthodes d’authentification n’ont pas été conçues avec un objectif de facilité d’utilisation : leurs concepteurs ont plutôt cherché une forme de barrière contre les accès non autorisés. Si ces méthodes posent des difficultés à une grande partie des utilisateurs, les personnes en situation de handicap, et notamment les personnes aveugles et non voyantes, sont particulièrement impactées.

En France, 1 700 000 personnes sont touchées par un handicap visuel, soit près de 27 habitants sur 1 000. Ces utilisateurs sont souvent contraints de limiter leur usage du numérique, de compromettre leur sécurité (absence de code PIN ou de mots de passe) voire de renoncer à leur autonomie vis-à-vis du numérique en demandant systématiquement l’aide d’un tiers de confiance.

Ergonomie de l’authentification

La méthode d’authentification la plus répandue reste le couple nom d’utilisateur-mot de passe, avec des exigences de plus en plus complexes pour les mots de passe. Selon le niveau d’expertise, de sensibilité et de confiance en soi de l’utilisateur, on observe des stratégies très différentes de gestion des mots de passe. Certaines de ces stratégies affaiblissent la sécurité (utiliser des mots familiers, personnaliser une base de mots de passe, conserver une liste papier ou électronique). D’autres sont plus avancées, comme l’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe.

Plus récemment, les solutions biométriques se distinguent par leur utilisabilité et leur sécurité, comme la reconnaissance faciale ou le lecteur d’empreintes digitales notamment. Elles ont l’avantage d’être « transparentes », elles peuvent néanmoins soulever des questions quant à la gestion des données personnelles, et elles ne sont pas infaillibles – l’invisibilité elle-même peut devenir un problème d’ergonomie (déverrouillage involontaire du smartphone, par exemple).

Enfin, l’authentification à facteurs multiples (MFA) est désormais largement répandue. Cette méthode est plus sûre, mais aussi plus complexe pour l’utilisateur, car elle ajoute des étapes avant d’accéder au service. Cependant, certaines méthodes posent des défis considérables aux personnes déficientes visuelles. Les captchas, qui impliquent la résolution de défis souvent fondés sur la perception visuelle ou auditive, en sont l’exemple le plus évident.

Handicap visuel et authentification

Pourtant le numérique, et le Web en particulier, sont supposés être accessibles à tous : dans cet esprit, la Web Accessibility Initiative (WAI, Initiative pour l’accessibilité du Web) promeut des standards tels que les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG), qui sont des recommandations internationales définissant les critères qu’un site doit respecter pour être utilisable par tous, y compris les personnes en situation de handicap.

En France, leur équivalent réglementaire s’appelle le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), dont le respect est obligatoire pour les services publics en ligne. Par exemple, ces normes définissent des seuils acceptables de contrastes entre les couleurs de pages Web pour en assurer la lisibilité aux malvoyants, ou encore établissent les bonnes pratiques de balisage d’une page pour la rendre accessible aux lecteurs d’écran.

Les interfaces numériques reposent majoritairement sur des modalités visuelles pour transmettre l’information, en particulier lors des procédures d’authentification. Si des outils d’assistance tels que les lecteurs d’écran, les logiciels de grossissement, les commandes vocales ou les terminaux Braille permettent aux personnes aveugles ou malvoyantes d’interagir avec ces interfaces, leur utilisation ne garantit pas toujours la confidentialité des données, selon le contexte.

Ce problème est particulièrement marqué sur mobile, où les écrans tactiles sont omniprésents. Utiliser une interface tactile avec un lecteur d’écran, c’est s’exposer à ce qu’un observateur proche entende ou voie ce que l’on fait. La saisie d’un mot de passe sur smartphone est ainsi considérée comme l’une des tâches les plus difficiles pour un utilisateur aveugle ou malvoyant : elle engendre un inconfort en public et une vulnérabilité particulière aux regards indiscrets (shoulder surfing).

C’est pourquoi la plupart des utilisateurs aveugles ou malvoyants ne protègent pas leur appareil mobile par un mot de passe – et ce, malgré le fait que 96 % d’entre eux considèrent l’authentification comme essentielle ou très importante (enquête menée auprès de 325 personnes).

Par ailleurs, les utilisateurs déficients visuels tendent à abaisser leur vigilance quant à leur sécurité et à la confidentialité de leurs données lorsqu’ils se trouvent entourés de proches, adoptant une attitude plus transparente vis-à-vis de leurs informations personnelles.

Des recherches ont montré que, parmi les méthodes d’authentification, les scans d’iris et les schémas de déverrouillage sont les moins accessibles, tandis que la reconnaissance d’empreintes digitales est la plus accessible et la plus sûre pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Les codes PIN, bien qu’omniprésents sur mobile, sont perçus comme inconfortables – ils ralentissent considérablement l’activité.

Enfin, des appareils complémentaires peuvent renforcer la sécurité et la confidentialité, tels que les claviers Braille ou les lunettes numériques grossissantes. Ils nécessitent toutefois d’être correctement intégrés aux outils du quotidien des personnes aveugles ou malvoyantes.

Le projet ALIAS

Nous avons démarré le projet de recherche ALIAS, collaboration entre chercheurs en psychologie et en ergonomie cognitives et un partenaire industriel spécialisé dans les systèmes d’authentification. Notre démarche de conception participative, centrée sur l’utilisateur, place au cœur de la conception, les besoins et les pratiques réels des utilisateurs, y compris ceux en situation de handicap.

Concrètement, le projet se divise en trois étapes majeures. La première – qui est en cours de réalisation – consiste à analyser les besoins, à travers un état de l’art scientifique et des études de terrain menées auprès des utilisateurs. Une première enquête en ligne auprès des personnes atteintes de déficience visuelle (300 participants), complétée par des groupes de discussion, a permis d’identifier les principaux points de friction ainsi que les besoins réels en matière d’interaction et d’accessibilité.

Ces résultats serviront de base à la deuxième étape, dédiée au développement de prototypes élaborés à partir des données recueillies.

Enfin, la troisième étape visera à améliorer ces prototypes de manière itérative, grâce à des tests utilisateurs menés avec les utilisateurs cibles, afin d’aboutir à des recommandations pour la conception d’une solution véritablement adaptée à leurs besoins.


Les auteurs remercient Zoé Ferfaille, ingénieure d’étude sur le projet ALIAS, pour sa contribution aux recherches qui sous-tendent l’article. Le projet ALIAS fait partie du Programme de transfert de compétences et de technologies de la recherche dans le domaine de la cybersécurité et implique l’entreprise OpenSezam, l’Université de Poitiers et le CNRS.


Le Programme de transfert de compétences et de technologies de la recherche dans le domaine de la cybersécurité — P1 (ANR-22-PTCC-0001) est géré par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Nicolas Louveton est membre de l’université de Poitiers. Il a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-22-PTCC-0001.

Cassandre Simon est membre du CNRS et de l’université de Poitiers. Elle a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-22-PTCC-0001.

ref. Rendre le numérique accessible aux personnes déficientes visuelles : un enjeu à la croisée de la psychologie et de la cybersécurité – https://theconversation.com/rendre-le-numerique-accessible-aux-personnes-deficientes-visuelles-un-enjeu-a-la-croisee-de-la-psychologie-et-de-la-cybersecurite-280767

La migration assistée des arbres : entre urgence climatique et complexité du vivant

Source: The Conversation – in French – By Anne Ola, Professeure adjointe, Processus côtiers, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Avec les changements climatiques, de nombreuses forêts risquent de se retrouver dans des conditions auxquelles leurs arbres sont moins adaptés. Températures plus élevées, sécheresses plus fréquentes ou hivers moins prévisibles peuvent fragiliser des espèces installées depuis des siècles. Face à ce constat, une idée gagne du terrain : la migration assistée.


Cette approche consiste à déplacer volontairement des espèces d’arbres ou les populations vers des régions où le climat futur serait plus favorable. L’objectif est d’anticiper les changements plutôt que d’attendre que les forêts dépérissent. Si la démarche peut sembler logique, elle soulève plusieurs questions importantes. Aider les forêts à s’adapter est une ambition légitime, mais les écosystèmes sont complexes, et toute intervention comporte des limites. Cinq grands enjeux permettent de mieux comprendre les promesses et les précautions associées à la migration assistée.

Professeure adjointe dans le Centre Terre Eau Environnement à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), j’ai travaillé depuis deux ans sur le projet DREAM, notamment sur les aspects relatifs aux dynamiques du carbone. Ma co-autrice Mariétou Diouf est spécialiste en écophysiologie des arbres, et Alison Munson travaille toujours sur plusieurs projets de migration assistée des arbres au Québec.




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Le risque d’invasion : quand l’aide devient perturbation

La première préoccupation concerne le risque d’invasion écologique. Déplacer une espèce en dehors de son aire naturelle peut, dans certains cas, perturber l’équilibre des écosystèmes locaux. Certaines espèces introduites pourraient se développer rapidement et prendre de la place au détriment de la végétation déjà présente.

Toutefois, ce risque ne se manifeste pas de manière systématique, car l’installation d’un arbre dépend de nombreux facteurs qui évoluent dans le temps, comme la qualité du sol, le climat local, les interactions avec d’autres organismes vivants, mais aussi les caractéristiques propres à l’espèce elle-même. Des études ont montré que certaines espèces déplacées peinent à s’implanter ou présentent une survie plus faible dans leur nouvel environnement, alors que d’autres bénéficient de conditions favorables qui facilitent leur établissement.

Jusqu’à présent, la plupart des projets de migration assistée demeurent expérimentaux, ce qui limite l’observation des impacts potentiels dans différents contextes. Des études internationales montrent que certaines espèces introduites peuvent modifier durablement les propriétés biologiques du sol et influencer les conditions d’établissement d’autres espèces, parfois plusieurs années après leur implantation. Ce potentiel souligne l’importance d’agir avec prudence et de surveiller attentivement les sites de transplantation.




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La maladaptation : survivre aujourd’hui, mais dépérir demain

Même lorsqu’un arbre s’installe avec succès, rien ne garantit qu’il s’acclimatera aux conditions futures. Le climat continue d’évoluer, parfois plus rapidement que prévu. Les scientifiques utilisent des modèles climatiques pour anticiper ces changements et guider les choix d’implantation. Ces outils sont précieux, mais ils ne peuvent pas prédire l’avenir avec certitude. Certains arbres pourraient ainsi se retrouver mal adaptés à de nouveaux extrêmes climatiques, comme des vagues de chaleur intense ou des épisodes de gel tardif.

Pour limiter ce risque, les chercheurs privilégient des approches progressives. Ils testent différentes populations d’une même espèce, issues de régions climatiques variées, et observent leur comportement dans de nouveaux environnements. Des programmes expérimentaux en Amérique du Nord illustrent cette méthode prudente, fondée sur l’apprentissage au fil du temps. C’est le cas du projet DREAM, mais aussi des initiatives comme AMAT (Assisted Migration Adaptation Trial) et TransX, qui étudient la survie et la croissance d’arbres déplacés dans différents sites et climats. Malgré ces efforts, une part d’incertitude demeure, surtout dans les paysages fragmentés où les forêts ont moins de possibilités de s’adapter naturellement.

Les effets invisibles sur le sol : microbiome et héritage écologique

Lorsqu’on parle de migration assistée, on pense souvent aux arbres eux-mêmes, mais le sol joue un rôle tout aussi important. Les racines interagissent avec un monde souterrain composé de bactéries, de champignons et autres micro-organismes essentiels à la santé des forêts.

Ces organismes aident les arbres à absorber l’eau et les nutriments, et renforcent leur résistance aux stress environnementaux. Si un arbre est déplacé vers un sol où ces partenaires sont absents ou différents, sa croissance peut être freinée. À l’inverse, certaines espèces peuvent modifier durablement le sol et marquer ainsi la végétation future par ce que l’on appelle un effet d’héritage écologique.

Ces changements sont souvent invisibles à court terme, mais peuvent avoir des conséquences à long terme sur l’ensemble de l’écosystème. Afin de mieux comprendre ces interactions discrètes (mais déterminantes !), les projets de migration assistée intègrent des analyses de sol et des essais préalables.




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Les interactions avec les herbivores : des pressions inattendues

Insectes, pathogènes, cerfs ou rongeurs peuvent influencer de manière importante la survie et la croissance des jeunes plants. Même si la migration assistée peut aider certaines espèces fauniques vulnérables à mieux s’adapter à des habitats perturbés par les changements climatiques, les arbres déplacés doivent néanmoins composer avec la faune présente sur place.

Certaines espèces nouvellement introduites peuvent être appétentes pour les herbivores locaux, ce qui entraîne des dommages importants. D’autres, au contraire, peuvent être moins consommées, ce qui modifie les équilibres alimentaires existants. Dans tous les cas, ces interactions jouent un rôle clé dans le succès ou l’échec des plantations.

Pour y répondre, les chercheurs collaborent avec les gestionnaires forestiers pour tester différentes solutions : clôtures temporaires, choix de plants plus résistants ou aménagements favorisant une meilleure coexistence avec la faune. Ces approches montrent que la migration assistée ne se limite pas au climat, mais implique l’ensemble du réseau écologique.

Le triple défi opérationnel : contraintes logistiques, risques économiques et choix sociaux

Même lorsque les aspects écologiques sont pris en compte, la migration assistée pose des défis pratiques. Produire des plants, les transporter, les planter et assurer leur suivi représentent un investissement important en temps et en ressources. À grande échelle, ces coûts peuvent devenir considérables, d’autant plus que les forêts sont souvent fragmentées par les routes et les zones agricoles ou urbaines, compliquant la planification et la mise en œuvre des plantations.




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La migration assistée soulève aussi des enjeux économiques liés à la prise de risque. Introduire des espèces encore peu connues dans un territoire implique des incertitudes que les propriétaires forestiers, en particulier privés, devront gérer. Cela amène à réfléchir à la répartition des investissements et au rôle des terres publiques dans la mise en œuvre de ces stratégies. Des questions sociales et éthiques se posent alors : quelles espèces privilégier ? Qui décide des choix ? Et comment concilier l’adaptation climatique, la biodiversité et les usages locaux des forêts ?

L’action raisonnée : intégrer la complexité pour guider les forêts de demain

La migration assistée offre des perspectives intéressantes pour protéger les forêts aux changements climatiques. Elle repose sur une idée simple : anticiper et agir plutôt que subir.

Toutefois, les enjeux liés aux invasions, à l’adaptation à long terme, aux interactions avec le sol et la faune ainsi qu’aux contraintes pratiques rappellent que les écosystèmes forestiers sont complexes.

Les recherches en cours contribuent à mieux comprendre ces mécanismes et à encadrer les pratiques. En reconnaissant les limites de la migration assistée et en l’intégrant dans une stratégie plus large de gestion forestière, il devient possible d’en faire un outil complémentaire et flexible.

Aider les forêts à suivre le climat ne signifie pas tout contrôler, mais bien à apprendre à intervenir avec discernement, en respectant la diversité et la dynamique du vivant.

La Conversation Canada

Alison Munson a reçu des financements du Fonds de Recherche du Québec pour le programme ENGAGEMENT (sciences citoyennes).

Mariétou Diouf a reçu une bourse dans le cadre d’un projet sur la migration assistée des arbres, financé par le Fonds de Recherche du Québec à travers le programme ENGAGEMENT.

Anne Ola ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La migration assistée des arbres : entre urgence climatique et complexité du vivant – https://theconversation.com/la-migration-assistee-des-arbres-entre-urgence-climatique-et-complexite-du-vivant-280756

Le Sahel n’a jamais été aussi instable : les forces étrangères alimentent le cycle de la violence

Source: The Conversation – in French – By Nina Wilén, Associate Professor, Lund University

Plusieurs grandes villes du Mali ont subi des attaques coordonnées en avril 2026 menées par une nouvelle coalition de groupes djihadistes et séparatistes.

Alors que la coalition prenait le contrôle de la ville de Kidal, dans le nord du Mali, des images des troupes russes escortées quittant la ville après des négociations ont fait le tour des médias internationaux.

La Russie, à travers l’Africa Corps, la nouvelle version du groupe Wagner, est le partenaire de sécurité extérieur de l’armée malienne depuis le début de l’année 2022. Elle a pris la relève des troupes françaises et européennes engagées dans la lutte antiterroriste de l’opération Barkhane et de la Taskforce Takuba. La France avait déployé une force de 5 000 soldats de 2014 à 2022. Les forces spéciales européennes comptaient 1 000 hommes entre 2020 et 2022. Les deux missions ont été contraintes de se retirer alors que les relations entre la France et la junte malienne se détérioraient.

Ce réalignement stratégique, passant des forces occidentales et multilatérales aux troupes russes, s’est étendu dans la région. Au Burkina Faso, qui a connu deux coups d’État en 2022, les troupes françaises ont été expulsées au début de l’année 2023, alors que 200 soldats russes faisaient leur entrée dans le pays.

À l’été 2023, les autorités maliennes ont également expulsé la mission de maintien de la paix de l’ONU, forte de 13 000 hommes et en place depuis une décennie.

La junte nigérienne, qui a pris le pouvoir la même année, leur a emboîté le pas. Elle a mis fin aux opérations de l’Union européenne dans le pays six mois plus tard, avant d’accueillir plusieurs centaines de soldats russes.

Depuis dix ans, j’étudie les interventions sécuritaires étrangères au Sahel. J’analyse leurs justifications, leur mise en œuvre sur le terrain et leurs conséquences sur les configurations politiques et sécuritaires.

Mes recherches montrent que ces interventions extérieures n’ont pas stabilisé la région. Plus d’une décennie après les premières interventions majeures, le Sahel est plus fragmenté, militarisé et violent qu’auparavant.

Pourtant, la persistance de l’insécurité sert également des objectifs politiques.

Pour les juntes militaires, la menace djihadiste justifie le maintien de leur pouvoir et de la répression. Pour la Russie, la région est devenue une vitrine de son influence anti-occidentale et de ses partenariats de sécurité en Afrique. Pour les acteurs occidentaux, l’expansion djihadiste, les préoccupations migratoires et les craintes d’instabilité régionale sont utilisées comme prétextes pour justifier un engagement sécuritaire malgré des échecs répétés.

Les interactions complexes entre tous ces acteurs ont créé un cercle vicieux stratégique et continu de violence, dont les civils sont les premières victimes.

Sur le terrain

Sur le terrain, les interventions ont souvent évolué de manière imprévisible, au gré des décisions ponctuelles et d’interactions informelles entre acteurs locaux et externes.

Par exemple, ils ont partagé une aide logistique et médicale ainsi que des renseignements.

Plus largement, les interventions extérieures ont renforcé le rôle des forces armées en tant qu’acteurs politiques, accentuant ainsi le déséquilibre déjà existant entre civils et militaires dans toute la région.

À partir de 2013, l’expression « sécurité au Sahel » est devenue le cadre principal des interventions occidentales et multilatérales dans la région. L’amélioration des capacités, des moyens et du professionnalisme des forces de sécurité nationales est devenue l’objectif officiel de ces interventions, étroitement lié à l’objectif plus large de vaincre les insurrections djihadistes.

Le fait de présenter les crises qui se chevauchent au Sahel comme un problème de sécurité signifiait également que les acteurs de la sécurité avaient pour mission de le résoudre. L’importance, le statut et les budgets des armées nationales ont ainsi augmenté à mesure que la situation sécuritaire se détériorait. Il en a résulté un déséquilibre civilo-militaire très marqué.

Alors que des officiers prenaient le pouvoir par des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, un réalignement stratégique vers la Russie s’est amorcé, afin de maintenir les régimes militaires.

Le groupe russe Wagner a permis aux juntes nouvellement installées de consolider leur pouvoir, tout en « déprofessionnalisant » les forces par le biais de harcèlement, d’attaques et de massacres de civils.

Des recherches montrent par exemple que les attaques contre des civils représentaient 71 % de l’implication du groupe Wagner dans les violences politiques au Mali entre décembre 2021 et juillet 2022. Cette stratégie consistant à attaquer des civils a facilité le recrutement pour les groupes djihadistes. Ceux-ci ont pu grossir leurs rangs en exploitant les griefs de la population touchée.

Les dernières attaques perpétrées au Mali en avril 2026 démontrent l’échec de la junte militaire, ainsi que de ses partenaires russes en matière de sécurité, à contenir l’expansion des groupes djihadistes.

Elles révèlent également que la Russie est présente dans le pays principalement pour maintenir la junte militaire au pouvoir. Assimi Goïta, le chef militaire du Mali, a réaffirmé le partenariat avec la Russie après les attaques, malgré les revers subis sur le champ de bataille.

Le chef militaire a plus que jamais besoin de maintenir son régime. De son côté, les Russes ont besoin d’être présents dans le pays pour conserver leur influence géopolitique sur le continent africain.

Conclusion

Tous les acteurs extérieurs prétendent lutter contre l’instabilité, alors que l’ordre régional actuel repose sur le maintien de l’insécurité.

La stabilisation risque ainsi de devenir moins une question de résolution des conflits qu’une question de gestion de l’insécurité de manière à préserver les régimes, les partenariats et l’influence géopolitique.

Les interventions étrangères, combinées aux ambitions des acteurs nationaux, ont contribué à transformer le Sahel. La région est devenue un espace de survie militarisée des régimes, d’expansion djihadiste et de concurrence géopolitique entre la Russie et les démocraties occidentales.

Les approches militaires ont montré à maintes reprises leurs limites face aux crises imbriquées au Sahel. Sous pression, les juntes militaires pourraient désormais être contraintes de négocier avec les groupes djihadistes. Cette évolution pourrait aboutir à de nouveaux espaces hybrides de pouvoir et de gouvernance.

The Conversation

Nina Wilén a reçu un financement de l’Académie Folke Bernadotte (FBA). Elle est directrice du programme Afrique à l’Institut Egmont des relations internationales et professeure associée de science politique à l’Université de Lund.

ref. Le Sahel n’a jamais été aussi instable : les forces étrangères alimentent le cycle de la violence – https://theconversation.com/le-sahel-na-jamais-ete-aussi-instable-les-forces-etrangeres-alimentent-le-cycle-de-la-violence-283899

Marques et nano ou micro-influenceurs : pourquoi les contenus informatifs sont-ils plus efficaces que les contenus persuasifs ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandra Arrivé, Enseignant chercheur, marketing digital, IÉSEG School of Management

Le marketing d’influence consiste pour une marque à collaborer avec un influenceur et reste une pratique relativement récente qui se professionnalise. La question posée est de savoir quel type de contenu est le plus à même de séduire l’audience des influenceurs. Quel contenu suscitera de l’engagement pour la marque ?


Avec l’apparition des plates-formes de réseaux sociaux, les marques ont multiplié la création de contenus. Le marketing de contenu s’est alors imposé comme un nouveau concept, incarné par de nouvelles pratiques et de nouveaux métiers.

Le marketing de contenu consiste à « créer et publier du contenu unique et intéressant » pour ses prospects et ses clients, afin de « les informer, les aider à résoudre des problèmes et les inviter à s’engager auprès de la marque ».

Les contenus de marque sont de plusieurs natures. Ils peuvent être divertissants : le dernier film d’animation de la marque Intermarché « Le Mal-Aimé », diffusé pendant les fêtes de fin d’année, en est un bon exemple. Ils peuvent être de nature persuasive : ils visent alors à donner une présentation attrayante du produit avec l’intention de plaire et d’inspirer l’audience ciblée. Ils peuvent aussi être de nature informative et apporter des informations objectives sur un produit, sur son utilisation ou sur ses spécificités techniques. L’intention de la marque est alors d’éduquer son audience, comme le font les vidéos de type tutoriels.

Des marques et des influenceurs

Tous ces contenus relatifs à la marque peuvent être produits par diverses sources, que ce soit la marque elle-même, mais aussi ses fans ou les influenceurs. De nombreuses marques travaillent désormais avec des influenceurs. Rémi Delrue, directeur général de Garnier France, affirmait récemment (Marketing Magazine, septembre 2025) travailler aussi bien avec des influenceurs ayant de grosses communautés (macro-influenceurs) pour assurer la visibilité de leur marque, qu’avec de plus petits influenceurs (micro-influenceurs) pour créer une proximité avec l’audience, « une relation directe presque intime ».




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L’efficacité des contenus de types informatif ou persuasif a souvent été comparée à celle des contenus divertissants ; en revanche, les analyses de l’efficacité comparée des contenus informatifs et persuasifs restent rares. La question s’avère pourtant pertinente lorsqu’une marque collabore avec des influenceurs : doit-elle favoriser des contenus plutôt informatifs (qui donnent des informations utiles sur le produit et son utilisation) ou persuasifs (qui présentent des arguments commerciaux pour vendre le produit) ?

Un taux d’engagement plus élevé

Dans une étude publiée récemment dans le Journal of Marketing Management, nous nous sommes concentrés sur cette question et sur les contenus générés par les nano et micro-influenceurs (moins de 100 000 followers) qui représentent la majorité des influenceurs et comptabilisent de plus forts taux d’engagement.

Pour conduire cette étude, nous avons mené deux expérimentations sur un total de 326 participants. Ces derniers ont été exposés à différents scénarios, présentant des contenus générés par la marque ou par des influenceurs et de nature persuasive ou informative. Les résultats montrent que les contenus générés par les nano et micro-influenceurs sont plus efficaces lorsqu’ils sont informatifs (plutôt que persuasifs).

En revanche, la différence entre les deux approches n’est pas significative lorsque les contenus sont produits par les marques. Ces résultats s’expliquent par le fait que les consommateurs sont plus sceptiques et accordent moins de confiance à la marque lorsqu’un contenu est persuasif et généré par les nano et micro-influenceurs. En effet, un contenu informatif est plus en phase avec la relation d’expertise et de proximité que ces influenceurs ont développée avec leur audience.

Nos résultats suggèrent qu’il sera plus efficace pour une marque de générer des contenus de nature informative ou éducative lors de ses collaborations avec des nano ou des micro-influenceurs. Les contenus informatifs génèrent plus de confiance envers la marque et sont par conséquent plus efficaces sur l’intention d’achat et sur l’engagement envers la marque.

Éviter les contenus trop promotionnels

Nous recommandons aux marques d’encourager les nano et micro-influenceurs partenaires à créer des contenus qui apportent de la valeur à leur communauté (des informations factuelles sur un produit, des conseils d’utilisation), plutôt que des contenus trop promotionnels qui engendrent du scepticisme chez leurs abonnés et une baisse de confiance envers la marque. Les marketeurs ne doivent par ailleurs pas être trop directifs dans leurs briefs de collaboration avec les micro-influenceurs afin de les laisser créer des contenus plus authentiques, qui sonnent vrai.

L’exemple de la marque Kiabi Link permet d’illustrer les résultats de notre étude. En collaborant avec ses propres clientes, qu’elle assimile à des nano et micro-influenceuses, la marque les incite à produire des contenus informatifs (conseils, tests produits) et authentiques à destination de leur communauté. Très concrètement, ce programme a permis de renforcer la confiance et l’engagement pour la marque ; d’un point de vue quantitatif, il a permis de générer un taux de conversion dépassant la moyenne du secteur.

Ces influenceurs sont plus proches de leur communauté, qui en attend des contenus authentiques, en adéquation avec leurs valeurs. Les marques doivent alors encourager la création de contenus spontanés et éducatifs sur leurs produits pour gagner la confiance de leur audience : les abonnés apprécieront des contenus qui leur apportent de la valeur, des informations utiles ; ils seront au contraire plus sceptiques si ces contenus sont trop commerciaux.

The Conversation

Andria Andriuzzi a reçu un financement de Saint-Etienne Métropole.

Sandra Arrivé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Marques et nano ou micro-influenceurs : pourquoi les contenus informatifs sont-ils plus efficaces que les contenus persuasifs ? – https://theconversation.com/marques-et-nano-ou-micro-influenceurs-pourquoi-les-contenus-informatifs-sont-ils-plus-efficaces-que-les-contenus-persuasifs-275573

Mode durable : Pourquoi les vêtements recyclés peinent encore à convaincre

Source: The Conversation – France (in French) – By Hanene Oueslati, Maître de conférences en Marketing, Université Bourgogne Europe

Le recyclage reste un phénomène marginal dans l’industrie de la mode. Jarmoluk, CC BY

Sensibles à l’écologie, les consommateurs achètent pourtant peu de vêtements recyclés. Pour comprendre cet apparent paradoxe, il faut s’intéresser à l’image du « recyclé » qui reste floue pour un grand nombre de personnes. Pourtant, ces produits possèdent d’incontestables atouts à même de séduire un large public.

Notre étude se penche sur les doutes de la clientèle et met en lumière des solutions pour promouvoir une industrie de la mode plus durable. Un chantier important pour compenser l’impact néfaste de la fast-fashion sur l’environnement.


Recycler ses vêtements, ou en acheter issus de matériaux recyclés, semble, à première vue, une solution évidente face aux dérives de la mode actuelle. L’industrie textile, tirée par la fast-fashion, produit toujours plus vite, moins cher, et au prix d’un impact environnemental considérable : émissions de dioxyde de carbone (CO2), consommation d’eau et accumulation de déchets.

Selon la Fondation Ellen-MacArthur, moins de 1 % des textiles sont aujourd’hui recyclés en nouveaux vêtements, ce qui illustre l’ampleur du défi. Dans ce contexte, les vêtements recyclés apparaissent comme une alternative prometteuse. Mais leur adoption reste encore marginale. Pourquoi ?

Dans la tête des consommateurs

Pour répondre à cette question, notre recherche s’appuie sur la théorie des représentations sociales. L’idée est simple : au-delà de nos opinions individuelles, nous partageons collectivement des images, des croyances et des associations d’idées qui influencent nos comportements. Dans le cas des vêtements recyclés, plusieurs éléments ressortent fortement. Les consommateurs comprennent globalement le principe : il s’agit de vêtements fabriqués à partir de matières ayant déjà eu une première vie. Ils associent aussi spontanément ces produits à l’écologie.




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Mais une autre image s’impose tout autant, celle du plastique recyclé. Pour beaucoup de consommateurs, les vêtements recyclés sont avant tout des produits issus de bouteilles plastiques transformées en fibres textiles. Cette représentation, largement diffusée par les marques et les médias, est devenue centrale. Or, cette association est ambivalente. Si elle valorise l’innovation, elle suscite aussi des réticences.

Entre bonnes intentions et inquiétudes persistantes

Les résultats de notre étude montrent que les consommateurs perçoivent les vêtements recyclés comme globalement bénéfiques pour l’environnement. Mais cette perception positive est fragilisée par plusieurs types de craintes.

D’abord, il y a des doutes sur la qualité : ces vêtements sont-ils aussi résistants et aussi confortables que des habits conventionnels ? Ensuite, il y a des interrogations sur la santé, notamment liées à l’utilisation de matériaux recyclés comme le plastique. Enfin, il y une préoccupation de représentation sociale : porter du « recyclé » est-il perçu comme tendance ou au contraire comme un choix marginal ?

Ces freins sont bien identifiés dans les analyses du secteur. Des cabinets comme McKinsey & Company soulignent que la perception de qualité reste un facteur décisif dans l’achat de vêtements durables.

Entre convictions et comportements, un grand écart

Un autre enseignement clé de notre recherche concerne le décalage entre les intentions et les pratiques. La majorité des consommateurs se disent préoccupés par l’environnement. Pourtant, ils continuent massivement à acheter des vêtements issus de la fast-fashion, voire de l’ultrafast-fashion.

Ce paradoxe, bien connu dans la littérature et chez les professionnels, s’explique par des arbitrages très concrets liés au prix, au style, à la disponibilité ou encore aux habitudes d’achat. Comme le souligne le cabinet de conseil Deloitte dans ses études sur la consommation responsable, les critères traditionnels (prix, qualité et image) restent dominants, même chez les consommateurs engagés.




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Une image floue qui entretient l’hésitation des consommateurs

Autrement dit l’argument écologique, à lui seul, ne suffit pas. Fait intéressant, notre analyse montre que les défauts souvent attribués aux vêtements recyclés (mauvaise qualité, manque de style et inconfort) ne font pas réellement l’unanimité, car ils ne sont pas au cœur des représentations partagées. Et leurs qualités potentielles (durabilité, éthique de production et aspect tendance) ne sont pas non plus clairement identifiées. Résultat : les vêtements recyclés souffrent moins d’une mauvaise image… que d’une image incomplète ou incertaine. Ce flou entretient l’hésitation des consommateurs.

Face à ce constat, un levier apparaît central : la communication. Les entreprises ont un rôle clé à jouer pour clarifier ce que sont réellement les vêtements recyclés, et surtout ce qu’ils ne sont pas. Plusieurs pistes concrètes émergent :

  • expliquer les procédés de recyclage de manière simple et transparente ;

  • diversifier les imaginaires, en montrant que le recyclage ne se limite pas au plastique mais concerne aussi le coton et d’autres fibres naturelles ;

  • rassurer sur la qualité et la sécurité, en s’appuyant sur des certifications ;

  • mettre en scène les produits, en magasin et en ligne, pour valoriser leur esthétique et leur durabilité.

Ces recommandations rejoignent celles du site spécialisé Business of Fashion et du Forum économique mondial, qui insistent sur l’importance d’une pédagogie active pour accompagner la transition vers une mode circulaire.

Decathlon Sustainability, 2020.

Vers une nouvelle norme de consommation

Au-delà du marketing, l’enjeu est plus large. Il s’agit de faire évoluer les représentations collectives pour que le recyclé ne soit plus perçu comme une option possible, mais comme une norme crédible et désirable. Autrement dit, passer d’un choix engagé, réservé à quelques consommateurs convaincus, à une pratique ordinaire, intégrée aux habitudes de consommation.

Cette transformation suppose une action coordonnée entre les marques, les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la filière textile. Il revient aux entreprises de rendre ces produits visibles, désirables et compréhensibles. Les pouvoirs publics, de leur côté, peuvent soutenir la structuration de la filière via des politiques de collecte, des incitations ou des normes. Quant aux acteurs du recyclage, ils participent à rendre concrète cette économie circulaire en assurant le tri, la transformation et la réintroduction des matières dans de nouveaux vêtements.




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Un levier économique pour les territoires

Car le développement du recyclage textile ne se limite pas à une question d’image. Il constitue aussi un levier économique et social. Une économie textile plus circulaire pourrait réduire significativement la pression sur les ressources naturelles tout en créant de nouvelles activités, notamment dans la collecte, le tri et le recyclage des fibres. Ces activités, souvent localisées, peuvent contribuer à la création d’emplois non délocalisables, à la revitalisation des centres-villes et au dynamisme des territoires.

Pour que cette transition prenne réellement de l’ampleur, un autre défi doit être relevé, celui de la confiance. Les consommateurs doivent non seulement comprendre ce qu’est un vêtement recyclé, mais aussi être convaincus de sa qualité, de sa sécurité et de sa valeur. Cela implique de rendre les processus de fabrication plus transparents, mais aussi de proposer des produits capables de rivaliser, en termes de style et de performance, avec les vêtements conventionnels.

En somme, les vêtements recyclés ne souffrent pas d’un manque d’intérêt… mais d’un manque de compréhension et de lisibilité. Et c’est sans doute là que se joue leur avenir : dans la capacité des acteurs à transformer une innovation technique en évidence culturelle.

The Conversation

Yohan Bernard a reçu des financements de l’ANR.

Hanene Oueslati et Patricia Niglis ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Mode durable : Pourquoi les vêtements recyclés peinent encore à convaincre – https://theconversation.com/mode-durable-pourquoi-les-vetements-recycles-peinent-encore-a-convaincre-279003

Êtes-vous certain de travailler pour le bien commun ? Une lecture de Thomas d’Aquin

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandrine Frémeaux, Professeur, Audencia

Comment les dirigeants peuvent-ils poursuivre le bien commun ? Thomas d’Aquin, philosophe italien du XIIIᵉ siècle, dévoile les caractéristiques de ce concept.


Dans un article précédent, nous avions déjà précisé les particularités des communautés de travail, tournées vers le bien commun. La question restait de savoir comment les individus au sein des organisations peuvent avoir la certitude qu’ils poursuivent un véritable bien commun.

Notre nouvelle étude est fondée sur une relecture des écrits de Thomas d’Aquin (1225-1274), religieux italien de l’ordre dominicain, en particulier de la Somme théologique. L’ambition de ses écrits était de réconcilier la philosophie aristotélicienne orientée vers le développement des vertus et les principes chrétiens orientés vers la charité et l’amour.

Cette relecture a été entreprise à la lumière d’un examen approfondi des textes de l’un de ses interprètes, Charles De Koninck (1906-1965), philosophe canadien du XXᵉ siècle. Son ouvrage intitulé Primauté du bien commun, en 1943, met en évidence deux caractéristiques du bien commun : indivisible et diffusif de soi. Appliqué à l’entreprise, cela implique de s’accorder sur un projet à la fois unique et facilement communicable.

La question qui peut être posée pour savoir si le bien commun poursuivi est véritable est donc la suivante : le bien commun est-il indivisible et diffusif de soi ?

Un projet unique

Qu’est-ce que ce bien commun indivisible dont nous parlent Thomas d’Aquin et son interprète Charles de Koninck ? A la différence des communs divisibles, c’est-à-dire des communs que chacun poursuit à sa façon – mon bien-être au travail se décline différemment de celui de mon collègue –, le commun indivisible est unique, constituant la cause commune des efforts fournis par un collectif.

Thomas d’Aquin explique l’indivisibilité par l’existence d’une seule et même cause qui unit les participants dans la poursuite d’un même projet :

« Une chose est dite commune à la manière d’une cause ; c’est-à-dire qu’elle ressemble à une cause qui, tout en restant une numériquement, s’étend à plusieurs effets. »

Concrètement, le bien visé par un comité de direction est-il un amas de réussites et de bonheurs individuels, ou bien un projet unique et unifiant ?

Par exemple, dans une entreprise argentine de construction dans laquelle nous avions conduit 56 entretiens, il est apparu que les efforts fournis par les équipes ont une fin unique : la résolution des problèmes sociaux du territoire. Pareil objectif est indivisible dans la mesure où il a rassemblé un grand nombre de personnes autour de réalisations concrètes, telles que la construction d’écoles, d’orphelinats ou de centres de formation.

« La poursuite du bien commun est rendue possible à partir de projets matérialisables », rappelle l’entrepreneur de l’entreprise étudiée.

Cette organisation est loin d’être ordinaire, car elle est explicitement orientée vers le bien commun. Relevant de l’économie de communion – économie inspirée par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement chrétien des Focolari –, elle s’efforce de développer la logique de don et de l’entraide mutuelle au cœur même de sa mission économique.

Les entreprises qui ne poursuivent pas une telle mission sociale peuvent également viser un bien commun indivisible. Pour prendre un exemple courant, une enseigne de chaussures qui s’efforce de réaliser des biens de qualité, durables, répondant à des besoins réels, peut bel et bien rechercher un bien commun. Le projet unique pourrait être par exemple de promouvoir des chaussures de qualité et de confort, conçues pour permettre une marche prolongée.

« Plus un être est bon, plus il diffuse sa bonté »

Thomas d’Aquin et son interprète Charles de Koninck identifient une seconde particularité du bien commun : le caractère diffusif de soi.




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Le bien commun est diffusif de soi lorsqu’il se communique aux personnes qui participent au projet. Dans son ouvrage Primauté du bien commun, Charles De Koninck affirme que

« ce n’est pas sans raison que le bien en tant que tel est dit diffusif, car plus un être est bon, plus il diffuse sa bonté vers des êtres qui lui sont plus éloignés ».

Chacun des participants au projet peut se sentir attiré par ce bien. Les partenaires tout comme les membres de l’entreprise du bâtiment précitée témoignent en ce sens :

« La pauvreté sur le territoire n’est pas seulement le problème de quelqu’un d’autre, c’est le problème de chacun », relate un bénévole d’un centre social soutenu par l’entreprise étudiée.

C’est dans la nature même du bien commun de se diffuser de la sorte :

« Ceux qui reçoivent redonnent à d’autres le bien [à la fois matériel et symbolique] qu’ils ont reçu », souligne un employé.

C’est ainsi que le développement du projet profite à tous les participants en permettant à chacun d’entre eux d’être plus accompli. Thomas d’Aquin écrit pour cette raison que

« celui qui cherche le bien commun cherche par voie de conséquence son bien propre ».

Par exemple, l’entrepreneur interviewé dans le cadre de notre recherche, abattu par la maladie de son enfant, relève la tête grâce à ce bien qu’il recherche :

« La poursuite de ce bien est pour moi le meilleur rempart contre l’inquiétude et la souffrance », rappelle-t-il.

Pour reprendre l’exemple de l’enseigne de chaussures, l’objectif est également de diffuser les vertus liées à la marche. En participant à cette culture éthique de la marche, les clients comme les salariés en retirent les bénéfices.

Le bien commun comme expérience

La poursuite du bien commun n’est pas seulement liée à des conditions organisationnelles ; elle est également une réalité expérientielle.

Il se peut que les dirigeants, et à leur suite, les participants au projet, poursuivent le bien commun au moment où ils font l’expérience d’un projet unique qui se communique aisément.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Êtes-vous certain de travailler pour le bien commun ? Une lecture de Thomas d’Aquin – https://theconversation.com/etes-vous-certain-de-travailler-pour-le-bien-commun-une-lecture-de-thomas-daquin-275605

Les salariés après 45 ans n’auraient plus de potentiel ? Pourquoi un plafond de verre freine encore la carrière des seniors

Source: The Conversation – France in French (3) – By Giverny De Boeck, Associate professor in Talent Management & Work Design, LEM – Lille Economie Management, UMR 9221, IÉSEG School of Management, IÉSEG School of Management

On connaît tous le plafond de verre qui empêche les femmes de progresser dans les entreprises. Un obstacle similaire existe pour les travailleurs plus âgés : le silver ceiling. Ce plafond fait référence aux barrières invisibles qui entravent injustement la mobilité ascendante des travailleurs plus âgés dans les entreprises.


Dans les années à venir, la France va devoir gérer un nombre croissant de travailleurs plus âgés. Les projections sur la population active montrent que le taux d’activité des travailleurs âgés de 55 à 64 ans devrait grimper à 68,9 % d’ici 2032 (contre 60,4 % en 2024), en partie à cause des discussions et débats sur la réforme des retraites.

Sans surprise, la gestion de carrière des travailleurs plus âgés est devenue une priorité pour le gouvernement français.

Notre étude souligne que ces travailleurs plus âgés risquent de se heurter à ce qu’on appelle le silver ceiling, ou plafond d’argent, une métaphore utilisée pour décrire le plafond qui bloque leur avancement dans les entreprises.

Ce plafond d’argent touche déjà les employés à partir de 45 ans. Or, à cet âge, la plupart des travailleurs ont encore près de 20 ans de carrière devant eux.

Moins de promotion

De nombreuses entreprises dans des secteurs comme la finance et le conseil déclarent suivre le principe de la méritocratie dans leurs décisions en matière de personnel et ressources humaines. Elles cherchent à distribuer des avantages et récompenses telles que des augmentations de salaire et des promotions en fonction des efforts, des compétences et des performances des employés.

Les chercheurs s’intéressent généralement aux différences dans les évaluations de performance pour expliquer les barrières structurelles auxquelles se heurtent les travailleurs plus âgés, les femmes et les minorités ethniques dans leur carrière. Souvent, les performances ne permettent pas d’expliquer (entièrement) pourquoi ces groupes ont systématiquement moins d’opportunités de carrière dans les organisations.

Nos données recueillies auprès de 842 personnes travaillant dans une grande organisation financière ont montré que, malgré des performances égales ou même supérieures, les travailleurs plus âgés avaient toujours moins de chances d’être promus l’année suivante.

Piège du potentiel

Pour repérer les futurs leaders, les grandes entreprises utilisent souvent des outils comme la « matrice à neuf cases » qui évalue les performances et le potentiel des travailleurs sur deux axes. Sur le premier, les managers évaluent les performances des travailleurs dans leur rôle actuel au cours de l’année écoulée ; sur l’autre axe, ils évaluent le potentiel des travailleurs à réussir dans des rôles de plus haut niveau, généralement sur une période future de un à cinq ans.

La différence de perspective temporelle (passé vs futur) est essentielle pour comprendre pourquoi les évaluations du potentiel créent un plafond de verre pour les travailleurs plus âgés, plus encore que les évaluations de performance. Contrairement à la performance, qui se base sur des activités concrètes passées, le potentiel est une prédiction de l’avenir qui est intrinsèquement incertain. Pour évaluer le potentiel, les managers doivent prendre des décisions avec des informations incomplètes.

Comment les stéréotypes s’installent

La théorie psychologique explique que, face à l’incertitude, le cerveau humain utilise des « heuristiques ». Il s’agit de raccourcis mentaux qui aident les gens à prendre des décisions rapides. Dans le contexte des évaluations du potentiel, l’âge sert de raccourci aux managers, ce qui permet aux stéréotypes liés à l’âge dans le monde du travail de s’installer.




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Les managers associent souvent implicitement les jeunes travailleurs à des traits de caractère potentiels tels que l’ambition professionnelle et la capacité d’adaptation. À l’inverse, ils risquent de se fier à des stéréotypes négatifs liés à l’âge présentant (à tort) les travailleurs plus âgés comme moins ambitieux, moins disposés à s’adapter et à apprendre, et plus résistants au changement.

Nos expériences menées auprès de 627 travailleurs confirment ce biais. Lorsqu’on leur a présenté deux travailleurs identiques, l’un âgé de 28 ans et l’autre de 48 ans, les managers qui avaient des stéréotypes négatifs liés à l’âge ont systématiquement attribué des notes de potentiel plus faibles au travailleur de 48 ans. Cela s’est produit même si les performances et les traits liés au potentiel étaient les mêmes pour les deux travailleurs.

Effet boule de neige

Les notes de potentiel biaisées ont un effet boule de neige sur les systèmes de ressources humaines (RH). Lorsque les travailleurs plus âgés sont injustement étiquetés comme ayant un faible potentiel, ils risquent non seulement de se voir refuser l’accès à des promotions, mais aussi à d’autres opportunités de carrière telles que les programmes de développement des talents.

Ne pas reconnaître le potentiel des travailleurs plus âgés est une erreur stratégique. La main-d’œuvre vieillit partout dans le monde et beaucoup d’entreprises sont actuellement confrontées à une pénurie critique de talents. En écartant les travailleurs plus âgés des décisions relatives à leur carrière, les entreprises réduisent non seulement leur propre réserve de talents, mais risquent aussi de perdre l’engagement de leur personnel le plus expérimenté.

De plus, elles cèdent un avantage stratégique à leurs concurrents qui, eux, reconnaissent le potentiel inexploité des travailleurs plus âgés.

Comment briser ce plafond ?

Les préjugés à l’égard des travailleurs plus âgés dans les décisions de carrière ne sont pas inévitables. Nos recherches suggèrent que les entreprises peuvent libérer le potentiel des travailleurs plus âgés en apportant des changements à leurs systèmes d’évaluation.

Ce plafond a disparu dans nos expériences lorsque nous avons rendu les managers responsables de leurs évaluations. Lorsqu’ils ont su qu’ils devaient préciser comment ils évaluaient le potentiel des travailleurs, ils sont passés d’une réflexion heuristique (stéréotypée) à un traitement plus délibéré et systématique.

Sur la base de nos recherches, nous recommandons quatre pratiques pour briser ce plafond :

Intégrer la responsabilité

Demander aux managers de fournir des justifications (écrites) pour les évaluations de potentiel. Par exemple, leur demander d’expliquer exactement quelles informations ils ont utilisées pour juger le potentiel des travailleurs, comment celles-ci ont été pondérées et pourquoi.

Définir « le potentiel »

Éviter les définitions vagues du potentiel, et préciser le poste et l’horizon temporel que les managers doivent prendre en compte dans les évaluations. Par exemple, l’accent est-il mis sur les postes de direction, les postes techniques plus élevés ou les postes axés sur l’innovation stratégique ? Et le potentiel est-il évalué pour occuper un tel poste l’année suivante ou seulement dans les cinq ans ?

Utiliser des indicateurs concrets du potentiel

Au lieu d’utiliser un seul score (par exemple, comme dans la matrice à neuf cases), concentrez-vous sur la mesure des comportements observables. Par exemple, demandez aux managers d’évaluer la manière dont les employés réagissent aux nouveaux défis ou dont ils tirent les leçons de leurs échecs.

Surveiller les données

Vérifiez si les évaluations du potentiel diffèrent systématiquement selon les groupes d’âge afin de détecter les biais cachés.

En suivant ces recommandations, les organisations peuvent s’assurer que le potentiel n’est plus déterminé par l’âge et qu’il inclut toutes les générations.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les salariés après 45 ans n’auraient plus de potentiel ? Pourquoi un plafond de verre freine encore la carrière des seniors – https://theconversation.com/les-salaries-apres-45-ans-nauraient-plus-de-potentiel-pourquoi-un-plafond-de-verre-freine-encore-la-carriere-des-seniors-274757

Servitizar el negocio a partir de productos y servicios

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Bart Kamp, Lead researcher in Internationalizaton and Servitization of Business, Universidad de Deusto

Mayy Contributor/Shutterstock

La servitización (adaptación del inglés de servitization) es la prestación de servicios por parte de empresas para diversificar su negocio y estrechar relaciones con sus clientes. Típicamente, se ha presentado como una opción para empresas manufactureras que viven de vender bienes. Estas empresas amplían su negocio ofreciendo servicios de optimización y adaptación, que complementan a sus productos, o servicios de sustitución, que implica un pago por el uso de un producto sin necesidad de comprarlo.

Sin embargo, cabe preguntarse: ¿es la servitización una prerrogativa de las empresas manufactureras o también las empresas de servicio pueden servitizar su negocio?




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Del producto al servicio

Por su grado de interacción con el usuario, los servicios pueden ser de base, intermedios o avanzados. Por ejemplo:

Subir la ‘escalera de la servitización’ suele ser complicado para, por ejemplo, proveedores de piezas de recambio o de servicios de mantenimiento y reparación. Probablemente la escalada más difícil sea la de los proveedores de consumibles (papel, tinta, detergente) de activos concretos (una fotocopiadora, una impresora, una lavadora). De hecho, estos productos (los consumibles) son periféricos (peripherals) al núcleo del sistema que genera valor (las máquinas).

En este caso, las posibilidades de servitización serían tan improbables como que un fabricante de detergente se plantease diseñar las piezas de repuesto de una lavadora o instalase sensores para monitorizar los resultados de lavado de la ropa que pasa por la misma. No obstante, hay casos que demuestran que la servitización desde tal posición de desventaja es posible, y que esta puede adquirir distintas formas. Algunos ejemplos:

Proveedor de consumibles

La empresa valenciana ARANCO pasó de ser un distribuidor de bobinas de film estirable a fabricar máquinas envolvedoras de pallets. Cobra en modo pago-por-uso a través de su servicio integral de enfardado, que incluye el mantenimiento de las maquinas envolvedoras, sus recambios, bobinas de film inteligentes y un sistema de análisis de datos con relación a los procesos de embalaje en casa del cliente.

Proveedor de recambios

La compañía guipuzcoana GH Cranes evolucionó de ser un taller donde se producían componentes de elevación a diseñar grúas equipadas con un dispositivo que monitorea el uso, las cargas y el estado de las grúas de forma remota para prevenir accidentes y evitar tiempos de inactividad, aumentando y mejorando el rendimiento de las grúas.

Prestador de servicios de mantenimiento y reparación

ULMA Packaging de Oñati, Guipúzcoa, pasó de ser una empresa de reparación multimarca de máquinas de embalaje a proveer instalaciones llave en mano con sistemas de avisos predictivos de mantenimiento, que ayudan a mejorar la eficiencia del sistema.

Así vemos cómo la servitización es la innovación de las capacidades de una organización para pasar de la venta de productos, o la prestación de servicios de base, a la oferta de competencias clave en forma de soluciones integradas. Con su aplicación, las empresas desarrollan nuevas vías de ascenso en la cadena de valor que les permiten explotar actividades más valiosas y, así, diversificar sus fuentes de ingresos y mejorar su rentabilidad.

The Conversation

Bart Kamp no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Servitizar el negocio a partir de productos y servicios – https://theconversation.com/servitizar-el-negocio-a-partir-de-productos-y-servicios-278623

Más allá de las neuronas: cómo los astrocitos dan forma a nuestros recuerdos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lorena Roselló Jiménez, Doctora en Psicobiología. Personal vinculado a la investigación en el Área de Psicobiología, Universitat Jaume I, Universitat Jaume I

La memoria es una función esencial para nuestra supervivencia, aunque solemos apreciar su importancia solo cuando falla. ¿Qué ocurriría si un día no recordáramos dónde hemos aparcado el coche o no supiéramos cuáles son las llaves de nuestra casa? Entender cómo funciona el recuerdo es fundamental para comprender qué sucede cuando olvidamos.

No es una función única: existen distintos tipos de memoria, cada uno con mecanismos cerebrales específicos. Entre ellos, la memoria de reconocimiento (que permite reconocer que ya hemos visto ese estímulo en el pasado) resulta especialmente relevante. Sin que seamos conscientes, nos ayuda a orientarnos y a desenvolvernos en la vida cotidiana con extraordinaria eficacia. Curiosamente, la disfunción de este tipo de memoria puede ser uno de los primeros signos de deterioro cognitivo.

Detectar estas alteraciones a tiempo puede ser clave para identificar posibles problemas futuros y adoptar medidas preventivas que ayuden a preservar la salud mental.

De lo cotidiano a las células del cerebro: cómo se forma la memoria

Históricamente, el estudio de las bases biológicas de la memoria se ha centrado en las neuronas. Comprender cómo se comunican entre sí ha sido esencial para explicar cómo se forman los recuerdos. En los años cincuenta, el investigador canadiense Donald Hebb propuso que “las neuronas que se activan juntas, se conectan juntas”.

Pensemos, por ejemplo, en cuando aprendimos a montar en bicicleta. Mientras intentábamos mantener el equilibrio, un conjunto de neuronas se coordinaba para evitar caídas y memorizar los movimientos. A medida que mejoraban nuestras habilidades, esas conexiones se fortalecían, lo que facilitaba que cada nuevo intento fuera más eficaz.

Sin embargo, las neuronas no están solas: representan aproximadamente la mitad de las células del cerebro. El otro 50 % está formado por un conjunto diverso de células, entre las que destacan los astrocitos. Su nombre procede del griego astron (estrella) y kytos (célula), es decir, “células con forma de estrella”.

Durante mucho tiempo se pensó que los astrocitos desempeñaban un papel meramente doméstico: nutrir y dar soporte a las neuronas. Hoy sabemos que esta visión es incompleta. No solo apoyan, sino que participan activamente en los procesos de aprendizaje y memoria.

Estudios recientes han demostrado que los astrocitos son fundamentales para fortalecer las conexiones neuronales, un proceso clave para consolidar recuerdos. Gracias a esta colaboración entre neuronas y astrocitos podemos retener habilidades a lo largo del tiempo, desde montar en bicicleta hasta preparar una receta sin pensar en cada paso.

Astrocitos: piezas clave del puzle

Los astrocitos se sitúan muy cerca de las neuronas y envuelven sus conexiones como una red de apoyo. Nuestros protagonistas producen y liberan una sustancia clave: el lactato. Este compuesto se transfiere desde los astrocitos a las neuronas y actúa como una señal que favorece el fortalecimiento de sus conexiones. En otras palabras, el lactato ayuda a que las neuronas se comuniquen de forma más eficaz, facilitando la formación y consolidación de los recuerdos.

A su vez, los astrocitos reciben señales de las neuronas a través de neurotransmisores como la noradrenalina y responden produciendo más lactato. De hecho, se ha propuesto que existe una estrecha interacción entre los astrocitos y la noradrenalina que resulta fundamental para el buen funcionamiento de la memoria. No obstante, la investigación en este campo aún está en una fase temprana.

En nuestro laboratorio estudiamos cómo interactúan los astrocitos y la noradrenalina en procesos de memoria. Para ello utilizamos roedores en tareas de reconocimiento de objetos, en las que deben distinguir entre un objeto familiar y uno nuevo. Nuestros resultados muestran que la noradrenalina actúa efectivamente como un interruptor que activa a los astrocitos para producir lactato. Cuando sus niveles son elevados, aumenta la disponibilidad de lactato y mejora la memoria. Cuando disminuyen, se reduce su producción y el rendimiento empeora.

Además, hemos observado que la administración externa de lactato puede restaurar la memoria incluso cuando los niveles de noradrenalina son bajos. Por el contrario, si se bloquea el transporte de esa sustancia hacia las neuronas, la memoria se ve afectada incluso en presencia de niveles elevados de noradrenalina.

En conjunto, estos hallazgos indican que el efecto de la noradrenalina sobre la memoria depende en gran medida de su capacidad para activar la producción y transferencia de lactato desde los astrocitos hacia las neuronas.

El futuro tal vez esté en las estrellas

Del mismo modo que miramos a las estrellas para comprender mejor nuestro planeta, la neurociencia comienza a centrarse en estas células estrelladas. El objetivo es desentrañar los mecanismos que nos permiten almacenar y recuperar la información que define quiénes somos.

Desde la investigación básica hasta el desarrollo de nuevas estrategias terapéuticas, comprender el papel de los astrocitos y el lactato podría abrir nuevas vías para prevenir o tratar el deterioro cognitivo.

The Conversation

Lorena Roselló Jiménez recibe fondos del Pla de Promoció de la Investigació PREDOC (2022/31) de la Universitat Jaume I.

Laura Font Hurtado recibe fondos del Plan Nacional sobre Drogas (2023I069), Agencia Estatal de Investigación (PID2021-128852NB-I00), y Generalitat Valenciana (CIAICO/2024/42)

Raúl Pastor Medall recibe fondos del Plan Nacional sobre Drogas (2023I069), Agencia Estatal de Investigación (PID2021-128852NB-I00), y Generalitat Valenciana (CIAICO/2024/42).

ref. Más allá de las neuronas: cómo los astrocitos dan forma a nuestros recuerdos – https://theconversation.com/mas-alla-de-las-neuronas-como-los-astrocitos-dan-forma-a-nuestros-recuerdos-280405