Le Paris de Bilal Hamdad, vivifiant hommage aux maîtres de la peinture

Source: The Conversation – France (in French) – By Anna-Louise Milne, Director of Graduate Studies and Research, University of London Institute in Paris

À travers ses peintures, Bilal Hamdad transforme l’ordinaire en mythique, en donnant à voir des scènes et des postures contemporaines nimbées d’une lumière intemporelle et mystérieuse.


Ces dernières années, à Paris, des fonds privés ont investi dans d’anciennes institutions parisiennes afin d’en transformer les espaces pour accueillir des œuvres contemporaines. Les foules affluent par exemple à la Bourse du Commerce-Pinault Collection : autrefois marché aux grains, puis marché du travail, elle a été transformée par l’architecte japonais Tadao Ando en un espace blanc et épuré. Il en va de même pour la nouvelle Fondation Cartier, récemment inaugurée, qui abritait auparavant un hôtel et le Louvre des antiquaires. L’architecte français Jean Nouvel l’a réaménagée en un vaste musée d’art contemporain. À l’intérieur, tout n’est que lignes épurées et verre.

Le Petit Palais, en revanche, a conservé ses courbes fin de siècle et ses ferronneries alambiquées. Il est calme, et l’entrée des collections permanentes y est gratuite, comme dans tous les musées de la Ville de Paris. Mais s’il fait exception dans le paysage artistique toujours plus riche de la capitale, c’est aussi pour l’originalité des expositions qu’il propose.

Dans ce majestueux bâtiment, j’ai découvert avec surprise « l’ivresse du moderne », telle que la définissait le poète Charles Baudelaire : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »

L’événement éphémère en question se nomme « Paname », une exposition du peintre émergent Bilal Hamdad. Elle illustre brillamment la combinaison magique exprimée par Baudelaire : une vision fraîche et vibrante de la vie urbaine installée au milieu des trésors de la collection permanente du musée. L’exposition présente 20 œuvres de Hamdad, dont deux spécialement créées et inspirées par la collection du musée.

Né en Algérie en 1987 et aujourd’hui installé à Paris, Hamdad est un habitué du Petit Palais, où il s’est imprégné des enseignements de grands maîtres tels que Claude Monet, Paul Gauguin et Edgar Degas. Son œuvre s’inspire de ces derniers dans des compositions représentant la vie quotidienne dans les villes contemporaines. La solitude y est un thème récurrent, comme elle l’était pour Baudelaire qui, à l’instar de Hamdad, accordait une attention particulière aux travailleurs de la ville qui arpentaient les quais de Seine, boîte à outils à la main (« Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,/Empoignait ses outils – vieillard laborieux ! »)

Dans ses magnifiques peintures à l’huile grand format, on voit des femmes qui attendent sur le quai du métro, des sacs qui pèsent sur les épaules, et des jeunes hommes perchés sur des balustrades ou des rambardes qui attendent du travail ou une rencontre. On y voit des scènes de marché à la sortie du métro, avec des femmes vendant des épis de maïs dans des caddies, et des vendeurs à la sauvette qui croisent des hipsters ou des touristes avec leurs lunettes de soleil et leurs sacs à main.

Bien que Hamdad travaille à partir de photographies, qu’il décrit comme son carnet de croquis, ses œuvres ont une profondeur et une intensité qui transforment l’ordinaire en mythique, projetant les détails de la mode et des postures contemporaines dans une lumière intemporelle et mystérieuse. La peinture la plus énigmatique de cette exposition est sa subtile réinterprétation du tableau d’Édouard Manet de 1882, Un bar aux Folies Bergère, qui est exposé à la Courtauld Gallery de Londres.

Dans l’original, Manet joue avec les effets d’un grand miroir terni derrière le bar. Le miroir reflète le dos d’une serveuse qui fixe un point à l’extérieur du tableau, à côté des bouteilles et du bol de clémentines sur le bar. Avec ce jeu de reflets, Manet représente la serveuse à la fois comme l’objet de notre regard scrutateur et comme éloignée de nous, dans une forme de solitude et de vulnérabilité.

Dans Sérénité d’une ombre (2024), Hamdad développe l’intention de Manet, la poussant davantage dans l’ombre. Le premier plan, baigné de lumière, nous montre le bar, clin d’œil à celui de Manet, avec un magnifique bol d’oranges et une délicate composition florale. À l’arrière-plan, on distingue à peine un barman en chemise blanche, un peu voûté, manifestement fatigué par sa journée de travail.

Le moment est mélancolique, en retrait, mais il fait écho au brouhaha de la ville contemporaine. Ce tableau est accroché, comme toutes les toiles de Hamdad, au cœur des galeries éclectiques du Petit Palais, ouvrant une fenêtre sur un temps qui mêle passé et présent. Et dans ce dialogue entre l’ancien et le nouveau, le spectateur comprend immédiatement que cette œuvre est là pour durer.


« Paname » de Bilal Hamdad est présenté au Petit Palais à Paris jusqu’au 8 février 2026


The Conversation

Anna-Louise Milne ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Paris de Bilal Hamdad, vivifiant hommage aux maîtres de la peinture – https://theconversation.com/le-paris-de-bilal-hamdad-vivifiant-hommage-aux-maitres-de-la-peinture-271121

US air strikes in northern Nigeria: possible windfalls, as well as dangers

Source: The Conversation – Africa (2) – By Olayinka Ajala, Associate professor in Politics and International Relations, Leeds Beckett University

A month before the US carried out its Christmas day attack on militants linked to the Islamic State group (IS) in north-western Nigeria, president Donald Trump had declared Nigeria a “country of particular concern”. This was due to the alleged killing of Christians by terrorist groups in the country. Trump threatened military intervention if the attacks against Christians continued.

The threat became a reality on Christmas day when the US military’s Africa Command – in coordination with the Nigerian authorities – carried out strikes on terrorist locations in Sokoto state, North-West Nigeria.

There were mixed reactions to the attacks. Some citizens hailed the attacks, saying they hoped they would send a message to the terrorists to desist from their activities. Others condemned the strikes, citing concerns about sovereignty.

I have been researching conflicts, terrorism and the formation of insurgent groups in Nigeria and the Sahel for over a decade. After the US intervention, a key question that arises is: does the attack strengthen Nigeria’s counter-terrorism mechanisms. Or will it weaken them, and threaten national security and sovereignty?

I argue that the US military intervention will indeed strengthen the hand of the Nigerian government in fighting insurgency in the short term in four ways, including enhanced intelligence gathering. Nevertheless, there’s also a risk that it will trigger unintended consequences if Nigeria doesn’t fully take charge of its counter-terrorism initiatives. These include loss of sovereignty and internal political division.

Immediate gains

First, the recent cooperation between the US and Nigerian military would help Nigeria with enhanced surveillance and intelligence gathering. Prior to the Christmas day bombing, the US has been conducting reconnaissance flights in Nigeria. The data gathered from these flights helped identify terrorist gatherings and movements.

The US and its allies have struggled to gather intelligence in the region since closing down a US drone base in Niger following a coup in the country. The loss and subsequent withdrawal from the US drone base in Agadez has significantly degraded US and Western intelligence-gathering capabilities. This is why the US flew reconnaissance flights from Ghana for this attack.




Read more:
US military is leaving Niger even less secure: why it didn’t succeed in combating terrorism


Second, the reported military collaboration will give the Nigerian government access to state of the art military hardware and resources. The US and Nigeria’s relationship has been fractured since 2015 following the release of an Amnesty International report in which the Nigerian military was accused of gross human rights abuses.

The US government immediately suspended sales of key military hardware to Abuja. It also banned Nigeria from using some US equipment already purchased.

Six years later Nigeria signed a military agreement with Russia.

The Christmas Day strike ordered by Trump suggests that the US might once again be willing to help Nigeria in its counter-terrorism initiatives.

Third, the intervention could help Nigeria fight terrorism along its borders. The Christmas day attack is based on intelligence that terrorist cells from Niger and Burkina Faso had entered Nigeria to carry out coordinated attacks. I have previously written about how terrorism is spreading in West Africa and how international cooperation is needed to fight the surge. Such coordinated attacks could help Nigeria’s cross-border counter-terrorism initiatives.

Finally, the coordinated attacks send a message to terrorist groups that there is a renewed effort to turn the heat on them.

Unintended consequences

There is nevertheless a risk of the US action having unintended consequences if Nigeria does not fully take charge of its counter-terrorism initiatives.

Since 2009 when Boko Haram surfaced in Nigeria, the country has been battling terrorism within and around its borders. Despite counter-terrorism initiatives such as military response, intelligence coordination, community resilience, international partnerships, and rehabilitation efforts to dismantle extremist networks and address root causes, Nigeria has not been able to stop terrorism in the country.

While renewed collaborations with the US is a step in the right direction, the possible dangers for Nigeria include:

  • A loss of access and control of intelligence data. Nigeria needs to take charge of its surveillance architecture and intelligence gathering or risk a weakening of its sovereignty. Large quantities of data is collected during reconnaissance flights. But the country running the flights owns the data. It has the prerogative of what it wants to share, and when.

Nigeria has been here before: when the US drone base in Agadez was operational, all the data gathered across the Sahel was analysed by the Pentagon which decided what information to relay to its partners.

Nigeria should guard against this by taking charge of the reconnaissance and surveillance activities relevant to protect its national interest.

  • Swift follow-up action. The Nigerian military needs to take advantage of the impact of the strikes. It needs to capitalise on the disarray in terrorist camps. By acting in a coordinated way after 2015, the Multinational Joint Task Force (MNJTF) was very successful in dismantling Boko Haram as an organisation and weakening its bases.

But the Nigerian military needs to keep a close eye on the terror group splintering as a result of success against its military bases. The Multinational Joint Task Force’s successes was partly responsible for Boko Haram breaking into three factions in 2016.

The initial strikes conducted by the US military will only be significant if the Nigerian army prevents smaller terror groups from being formed.

  • Nigerians need to be assured the government will act in their interests. The US attack risks worsening political divisions in Nigeria if not properly managed. While Trump framed the attack as an action against the murder of Christians in the country, the Nigerian government has insisted it was part of a renewed campaign against terrorists destabilising the country.

Trump’s explanation of the attack has angered some political groups in Nigeria. For instance, Islamic cleric Sheikh Ahmed Gumi vehemently condemned the US airstrikes calling Nigerians who supported the strikes ‘stupid’ and ‘misguided’.

The Nigerian government must control the narrative and clearly explain how the renewed military collaboration with the US is in Nigeria’s national interest, and not targeted at particular ethnic or religious groups.

The Conversation

Olayinka Ajala does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. US air strikes in northern Nigeria: possible windfalls, as well as dangers – https://theconversation.com/us-air-strikes-in-northern-nigeria-possible-windfalls-as-well-as-dangers-272630

Bienestar digital 2025: los móviles como calabozos de aire

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Elena Sanz, Directora editorial, The Conversation

Rawpixel.com/Shutterstock

En su Historia de cronopios y famas, el escritor argentino Julio Cortázar tiene un relato que perfectamente podría haber dedicado al teléfono móvil si hubiese nacido en el siglo XXI. Se titula “Preámbulo a las instrucciones para dar cuerda a un reloj”. Y dice así:

“Piensa en esto: cuando te regalan un reloj te regalan un pequeño infierno florido, una cadena de rosas, un calabozo de aire. No te dan solamente el reloj, que los cumplas muy felices y esperamos que te dure […]. Te regalan –no lo saben, lo terrible es que no lo saben–, te regalan un nuevo pedazo frágil y precario de ti mismo, algo que es tuyo pero no es tu cuerpo, que hay que atar a tu cuerpo […] Te regalan el miedo de perderlo, de que te lo roben, de que se te caiga al suelo y se rompa. Te regalan su marca, y la seguridad de que es una marca mejor que las otras, te regalan la tendencia a comparar tu reloj con los demás relojes. No te regalan un reloj, tú eres el regalado, a ti te ofrecen para el cumpleaños del reloj.”

Con los teléfonos móviles, podríamos tener esa misma sensación de ser nosotros “los regalados”. Y el obsequio puede ser, en efecto, un “calabozo de aire”, parafraseando a Cortázar. Un calabozo donde involuntariamente perdemos la noción del tiempo, donde los algoritmos tienden a amplificar mensajes polarizados y desinformativos, donde uno de cada diez adolescentes sufre ciberacoso y los jóvenes son perpetradores y víctimas de nuevas formas de violencia,

Además, lejos de acabar con los estereotipos, las redes sociales acentúan algunas desigualdades. Por ejemplo, como nos explicaba Milagros Sáinz, de la Universitat Oberta de Catalunya (UOC), en las redes “la excesiva importancia de la imagen corporal, y la cosificación y sexualización del cuerpo de las mujeres que implica, hace a las chicas especialmente vulnerables a determinados problemas de salud mental”.

Estos son los temas en los que profundizan algunos de los artículos que hemos publicado en torno a una temática que preocupaba a la sociedad: el bienestar digital de los menores. A través de más de sesenta textos hemos funcionado como agregadores de conocimiento multidisciplinar sobre bienestar digital aportado por sociólogos, educadores, psicólogos, pediatras, legisladores, expertos en ciberseguridad, psiquiatras, lingüistas…

Con algunos de ellos mantuvimos, además, una decena de conversaciones en persona en las que fuimos testigos de la creación de nuevas conexiones entre investigadores e iniciativas sociales que comparten (compartimos) el interés por el bienestar digital. Y esas redes de conexiones incluyeron a los propios jóvenes, parte esencial de los eventos, que agradecían encarecidamente que su voz se escuchara en este tipo de foros y soñaban con que se convirtiera en algo habitual.

Lo que los menores tienen que decir

Sin menospreciar todo lo que hemos aprendido de los debates con expertos, queremos subrayar cuánto nos ha sumado escuchar a los chavales. En uno de los últimos eventos celebrados, cuando le preguntamos a un grupo de jóvenes qué mensaje le mandarían “a su yo del pasado”, una de ellas respondía:

“Mejor se lo mandaría a mis padres, y a los padres de mis amigos (risas). Les insistiría en que un móvil es una bomba de dopamina y de estímulos que no se debe poner en manos de un niño, porque es incapaz de dosificarse. Y le diría: ¿por qué no te esperas unos añitos más?”.

Mientras sus compañeras y compañeros asentían, ella continuaba:

“Hace poco subí con amigos al Albaicín, en Granada, a contemplar una puesta de sol maravillosa. Y nos encontramos con un niño va en un cochecito de bebé mirando absorto una pantalla… ¡con lo bien que le vendría neurológicamente admirar ese atardecer! Es desolador que adultos tomen esa decisión por ellos y les priven de experiencias reales”.

Finalmente, añadía que en su generación, en su entorno y en las propias redes, empiezan a aparecer voces que reclaman tiempo sin pantallas, que ponen en valor la desconexión y cuestionan cada vez más lo que les aportan las pantallas en comparación con lo que les resta, lo que desplaza. Que hablan de reconectar con los otros, del contacto en persona y el contacto con la naturaleza. Hay esperanza…

Entender primero, usar después

Tras un año con los oídos bien abiertos, resuenan en mi cabeza demandas de los jóvenes que están muy lejos del “Todo va bien” o “Dejadnos tranquilos, que sabemos lo que hacemos” que podríamos pronosticar. “Por favor, explicadnos cómo funciona Internet –y eso de la economía del dato, la seguridad y la privacidad– antes de poner un móvil en nuestras manos (y ponedlo más tarde que pronto)”, reclamaba un chaval de 14 años. “Envidio a mis padres, que fueron adolescentes en un mundo sin móviles”, reconocía un grupo de alumnos de 4º de la ESO. Notando su desesperación, en una ocasión les pregunté: “Imaginad que aquí hay un botón y si lo pulso ninguno de vuestros compañeros y amigos usa redes sociales, vosotros mismos no podéis usarlas, todas vuestras cuentas de redes sociales desaparecen, ¿lo pulso?” Un 90 % respondió con un rotundo sí.

“Yo desconecto del móvil en la cena, pero mis padres no: es difícil hablar con ellos, supongo que porque por el móvil les llegan mensajes del trabajo a todas horas”, lamentaba una chica, respaldada por los “Yo igual”, “Y yo”, “En mi casa también” de sus compañeros. Las expertas y los expertos, por su parte, aunque no habían escuchado estos comentarios, coincidían en que si hubiese que cambiar un solo hábito en el mundo ese sería “cenar cada día juntos, en familia, sin pantallas”.

Es más, ni siquiera deberíamos dejar el móvil sobre la mesa porque, como nos insistía Estrella Montolío, de la Universidad de Barcelona, “la simple presencia de un móvil, aunque esté en modo silencio, divide la atención de los participantes entre las personas reales presentes y la gente virtual”. Ese móvil silencioso “inhibe la posibilidad de iniciar y compartir conversaciones de interés, dado que los participantes sospechan de manera inconsciente que el dispositivo puede reclamar la atención de su propietario en cualquier momento desde un universo virtual paralelo, por lo que deciden ‘surfear’ los temas de conversación en lugar de profundizar en ellos”.

Conocer para tener el control

Para que cuando nos regalen un móvil no seamos nosotros los regalados, la mejor vacuna es el conocimiento. Entender la economía del dato, entender el algoritmo, analizar de forma crítica nuestras renuncias a la privacidad, etc. nos permitirá tomar el control y decidir de manera consciente cómo, dónde, cuánto y con qué contenido usamos la tecnología (y dejamos a los menores a nuestro cargo que lo hagan).

“Queremos educar ciudadanos y ciudadanas capaces de usar la tecnología de una manera competente, adecuada y responsable en su vida diaria”, declaraba Victoria Marín Juarros, de la Universitat de Lleida, aportando ideas para desarrollar una mirada crítica hacia la tecnología desde las aulas. Desde las aulas y, por supuesto, desde casa.

The Conversation

ref. Bienestar digital 2025: los móviles como calabozos de aire – https://theconversation.com/bienestar-digital-2025-los-moviles-como-calabozos-de-aire-272580

Neurodiversidad y neurodivergencia en redes: ¿se puede divulgar con rigor?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ingrid Mosquera Gende, Profesora Titular de Universidad en la Facultad de Ciencias de la Educación y Humanidades. Investigadora Principal del Grupo TEKINDI, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Gerd Altmann / Pixabay, CC BY-NC

Los términos neurodiversidad y neurodivergencia están adquiriendo un gran protagonismo en la actualidad. Aunque su origen no es clínico ni técnico, sino social, ya se emplean en revistas e investigaciones de carácter académico. Estamos viviendo un periodo de adaptación, quizás similar a cuando la Real Academia de la Lengua incorpora una palabra a su diccionario.

El término “neurodiversidad” se usa cada vez más, tanto entre la población en general, como en investigaciones.

Se trata de una palabra que pudo tener su origen en comunidades virtuales de personas con autismo, impulsadas por el discurso que defendía en los años 90 Jim Sinclair, un activista y escritor con autismo. Sinclair apelaba a los padres de niños y niñas con autismo para que no sintiesen pena por ellos, sino que abrazasen sus diferencias y luchasen por sus necesidades.

Esas voces sirvieron para sentar la base de una idea (los humanos somos todos diversos, pero no peores o mejores) a la que la socióloga australiana Judy Singer pondría nombre en 1998. Aunque otras personas consideran que la primera mención del término lo realizó el periodista Harvey Blume en 1997.

Paralelamente, otro término iba adquiriendo protagonismo. El concepto de “neurodivergencia”, incluyendo, entre otros, el autismo, el trastorno por déficit de atención e hiperactividad o la dislexia, surgió a comienzos de los años 2000 y se considera acuñado por la activista con autismo Kassiane Asasumasu.

Una nomenclatura difusa

Ambos vocablos no tienen su origen en el ámbito clínico, sino en el “modelo social de la discapacidad”: este enfoque se centra en las necesidades del entorno para la persona con discapacidad, en sus apoyos y habilidades. Desde esta perspectiva, se intenta subrayar que no solo la persona debe hacer cambios para adaptarse sino que, y sobre todo, es la sociedad la que necesita poner de su parte.

Por lo tanto, en la actualidad, no constituyen diagnósticos clínicos. Sin embargo, se trata de dos términos con una gran frecuencia de uso en redes sociales, a menudo con tintes reivindicativos. A través de frases como “nada sobre nosotros, sin nosotros”, las personas autodenominadas como neurodiversas o neurodivergentes reclaman que se cuente con ellas para hablar sobre estos asuntos, así como para promover medidas o políticas que les afecten.

A pesar de los puntos positivos que subyacen en estas reivindicaciones, desde el punto de vista clínico, algunas voces han empezado a señalar que esta perspectiva social de entender la neurodiversidad o la neurodivergencia puede tener consecuencias no deseadas para las personas implicadas, así como para sus familias.

Por ejemplo, al defender que la neurodiversidad supone una diversidad neurológica no patológica, es decir, que no hay un problema sino una diferencia, podemos limitar o dificultar el acceso a ayudas, subvenciones o atención médica o psicológica adecuadas.

Separar el grano de la paja

En este sentido, divulgar sobre neurodiversidad y neurodivergencia en redes sociales puede suponer un gran apoyo para personas que se sienten identificadas, así como para familias de niños y niñas que, empleando esta terminología, podríamos considerar como neurodiversas o neurodivergentes.

Sin embargo, como en otras áreas que se ponen de moda, se suman muchos perfiles no especializados, por lo que es preciso distinguir las voces rigurosas y autorizadas de las que no lo son. Por ello, además de las preguntas generales que podemos plantearnos para no dejarnos atrapar por perfiles vacíos, deberíamos reflexionar acerca de algunos puntos clave:

  • ¿Quién está detrás del perfil? Lo ideal es no guiarnos únicamente por una red social, sino salir de ella y poder buscar a la persona real que está detrás: en otras redes, webs, páginas institucionales, etc. Esto nos permitirá valorar la fiabilidad de la fuente y la solidez de su discurso. En este sentido, también es esencial revisar si la persona está habilitada para hablar de determinado tema.

  • ¿Se están ofreciendo soluciones fáciles a problemas complejos? Las neurodivergencias no entienden de recetas mágicas. Si un perfil promete curas, resultados inmediatos o plantea respuestas simples ante cuestiones educativas o de neurodiversidad, no se tratará una fuente recomendable.

  • ¿Qué tipo de publicaciones encontramos en el perfil? Si se trata de un perfil en el que se publica sobre temas dispares, no estaremos, sin duda, ante un perfil divulgativo especializado. Revisar el historial y bucear un poco en el timeline, nos ofrecerá muchas pistas al respecto.

Si se cumplen los criterios adecuados, estaremos ante un perfil que valdrá la pena no solo seguir, sino también compartirlo para que pueda llegar a más gente.

No perder el norte

Aunque ahora mismo no lo están, es posible que estas palabras acaben incorporándose al ámbito clínico. Sea como sea, hablar de neurodiversidad y de neurodivergencia desde la evidencia científica, la experiencia y la transparencia puede ayudar a mejorar calidad de vida de las personas implicadas y contribuir al diálogo entre los profesionales, las comunidades neurodiversas adultas y las familias. Este debe ser el objetivo que no podemos perder de vista.

Sin embargo, desde otra perspectiva, debemos recordar que los profesionales de la educación, la psicología o la salud deben disponer de marcos conceptuales precisos y operativos a través de los cuales poder identificar necesidades específicas, diseñar apoyos adecuados y evaluar sus resultados, evitando sobresimplificaciones y generalizaciones que no se corresponde con la realidad de los diagnósticos individuales.

Contar con ese punto de partida contribuirá a una mejor y más rápida atención personalizada. De ahí la importancia de la detección temprana. Tendremos que esperar para ver cómo evolucionan estos términos y su uso.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Neurodiversidad y neurodivergencia en redes: ¿se puede divulgar con rigor? – https://theconversation.com/neurodiversidad-y-neurodivergencia-en-redes-se-puede-divulgar-con-rigor-266918

Kenya’s ‘night running’: how a rural ritual with links to witchcraft became an urban staple

Source: The Conversation – Africa – By Maureen Amimo, Lecturer, Maasai Mara University

In parts of Kenya, Uganda and Tanzania, it is not uncommon to hear of individuals who run naked at night. They cause trouble and instil fear in the neighbourhood. They throw stones on rooftops, make animal noises, bang on windows and doors, and chase night travellers.

In Kenya, the practice is called night running, or night dancing in parts of Tanzania and Uganda. It is claimed to be a form of spiritual possession in the communities where it is rampant.

Night runners are largely left to their own devices, but there is a sense of stigma attached to the practice.

I am a cultural studies researcher and wanted to explore how night running is seen in popular culture through fictionalised print media narratives or other appropriations. I set out to study the concept of night running as practised in rural communities in western Kenya, as well as its adoption in cities.

I conducted interviews with informants from Kisumu and Vihiga counties in western Kenya to examine the ritual and its marginal taboo position. The ritual exists on the margins because it’s a practice deemed unacceptable in public. I also examined Kenyan newspaper archives between 1990 and 2020 to trace the transformation of public discourse around night running. These articles and letters to the editor acted as a repository of understanding by Kenyans from different regions about night running.

I found that in the 1990s, newspapers reporting on night running largely exposed the ritual and its perceived links to witchcraft. Most of the reports captured the violence meted out on suspected night runners, or reflected on cases of night runners causing havoc.

These references to either night running or witchcraft appeared as hard news and in letters to the editor. They illustrated heightened stigma. In one letter to the editor published on 20 February 1993 in Kenya’s oldest newspaper, The Standard, a reader observes

the decision to burn alive the wizards and witchcrafts as reported by the daily newspapers in Kisii district was an action long overdue … I find it difficult to condone their action and say that was a job well done. Wizards have done worse and have retarded developments.

In the post-2000 period, a column titled The Night Runner in The Standard offered a direct modification of the idea of night running. The columnist, Tony Mochama, assumed the persona of a night runner as an alter ego to document his night adventures in the capital, Nairobi. Each week, the column documented different activities, from watching soccer matches to attending parties and official events.

The column co-opted the public’s memory regarding the ritual figure of the night runner. Mochama invoked the night runner as his lens for seeing Nairobi by night. This column, therefore, offered a collective re-imagination. Readers were asked to re-imagine night running as a strategy of seeing, travelling and documenting the city of Nairobi by night.

I found that the inference in the column was that the night is a significant time-space that carries extensive activity and culture. The column presented the night runner as someone who disrupts the logical and accepted order of how to operate at night.

For instance, instead of taking the night as the time of rest, the contemporary night runner works, travels the city and explores its leisure zones.

By describing a night runner as someone who moves against the grain, Mochama turned night running into a metaphor for life in the city after dark. This view enabled his audience to look beyond the stigmatised ritual and imagine its usefulness as a signal for different forms of nightlife.

The contradictions

My study found that Mochama’s articles and others within the popular culture section of newspapers created space for forays into fictional and surreal tales of night running.

These narratives explored the ritual form of night running as defined by the veil of darkness – but also its contradictions in an over-illuminated city space.

The night runner, therefore, captures the anxieties of cityness embodied in the tensions of non-belonging, especially regarding social norms. This is in relation to subjects that exist outside acceptable social norms that dictate the night as a time of rest and sleep. The narratives also raised the complexities of taboo and family in the city, where boundaries are blurred because of the freedoms of urban life.

In Mochoma’s column, readers laugh at the antics of this night runner, who is an extrapolation of a rural ritual into the city. But they are also forced to recognise the uneasy kinship ties unveiled in urban living. The night runner, in this form, is seen to overcome the unknowability of the city and instead forces an introspective inquiry into human beings as creatures with secret and uncanny habits.

The popular night runner is thus a subject that has “four eyes”. This is defined by anthropologists Filip de Boeck and Marie-Francoise Plissart as a person with a heightened sense of sight to see beyond the obvious, to see the shadows, the supernatural that is part of the nocturnal city.

The urban night runner sees the underbelly of the city in the invisible networks that thrive in dingy bars and backstreets. Here, prostitutes, street families and the police create uneasy alliances. In this regard, to night run in the city is to run the night, to rule over the city and its moods.

This reimagination created space for alternative ideas of night running that are less taboo. Mochama’s column, which ran from 2006 to 2012, indicates a sustained national audience for these forms of night running narratives.

Why it matters

My study found that night running as understood in modern times is a duality: the ritual of persons running naked at night and causing havoc, and a symbol of navigating the nocturnal city against the grain.

The rise in popular imaginaries of night running has enabled a public re-contemplation that has perhaps removed stigma from the taboo act. This is seen in the way people playfully use the term to reference night time activities, such as working or leisure. And in the way columnists inject humour and imagination into its references in their narratives.

These competing narratives on night running operate side by side in the public milieu through the media: the earlier ritual practice, the fictionalised narratives, and the co-opted modern appropriations.

It is no wonder that a supposed group of night runners in Homa Bay, another county in western Kenya, publicly demanded that the government allow for the registration and recognition of their union in 2023. And earlier in 2019, the BBC ran a documentary, Meet the Night Runners.

The Conversation

Maureen Amimo is an Andrew Mellon African Urbanities postdoctoral fellow at Makerere University and teaches African literature at Maasai Mara University, Kenya.

ref. Kenya’s ‘night running’: how a rural ritual with links to witchcraft became an urban staple – https://theconversation.com/kenyas-night-running-how-a-rural-ritual-with-links-to-witchcraft-became-an-urban-staple-267333

Ciencia 2025: six seven o el estado digital de la cuestión

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laura G. de Rivera, Ciencia + Tecnología, The Conversation

N Universe/Shutterstock

Si no lo entiende, es normal. Es un título en clave que solo podrían descifrar los adolescentes de la casa, si no fuera porque aquí les traigo el spoiler. “6 7” (six seven) ha sido elegido el vocablo del año 2025 por Dyctionary.com, en encarnizada competencia con “rage bait” –ganadora según Diccionario Cambridge de inglés– y “parasocial” –la seleccionada por Diccionario Oxford–. Las tres nos interesan mucho, pero vayamos por partes.

6 7 es eso que no es nada y, a la vez, tiene el poderío suficiente para servir de respuesta para todo. Sirve como sustituto perfecto a “no sé”, “quizá”, “y a mí qué”, “quién sabe”, “me da igual”, “como quieras”, “paso de todo” o “vaya novedad”, por ejemplo. Pertenece, como escriben los autores de este interesante artículo, a la “jerga brainrot”, es decir, “términos intencionalmente absurdos y sin sentido diseñados para ser remezclados infinitamente y utilizados, incluso, como elemento de burla o incordio hacia adultos o profesores”. Por cierto, eso de “brainrot” significa “cerebro podrido” en inglés, que es como se nos queda la sesera cuando sucumbimos a los algoritmos adictivos de internet: dejamos de pensar, de ser, de saber… y nos convertimos en un pedazo de carne con un dedo que hace scroll.

¿Y qué tiene que ver con el resumen de 2025? 6 7 es la cara que ponemos cuando nos enteramos de que todos esos superpoderes que prometía tener la inteligencia artificial son, en lo que nos toca como ciudadanos de a pie, un jardín lleno de cacas de vaca. Porque, aparte de su papel estrella en la automatización de la industria y la investigación, en su uso doméstico está siendo algo que beneficia sobre todo a las plataformas digitales que usamos –o nos usan–.

Hora de analizar los efectos secundarios

Si 2024 destacó por ser el año en que todos, hasta el jurado de los Nobel, quedamos deslumbrados por la maravillosa promesa que el aprendizaje automático podía suponer para el avance de la humanidad, su hermano pequeño, 2025, es la revancha del sentido crítico.

Hemos sabido cómo, con analizar solo una foto nuestra, existen programas de inteligencia artificial que pueden hacer un retrato robot detallado de cómo somos, hasta de cuánto ganamos. No es que los algoritmos nos lean la mente, es que están diseñados para satisfacer los intereses económicos de las plataformas que hay detrás.

Hay quienes definen la tecnología mediática moderna como “técnicas que nos sumergen en una realidad constantemente retocada, filtrada y cada vez más distante de la experiencia directa”. A esa fabricación de lo real que sustituye lo vivido, Gunter Anders la llamó “fantasmas”“. Un riesgo que encaja con otra de las palabras del año, “parasocial”, entendida como aquello que finge el contacto entre personas, pero no es más que puro aislamiento: exactamente lo que hacen las redes sociales, cuando nos comunicamos con cientos de personas a base de corazoncitos… pero lo hacemos desde la inmensa soledad de nuestra pantalla rectangular. Y eso sin hablar de esos chatbots que se convierten en compañeros y confidentes, haciéndonos olvidar que son solo programas de ordenador.

Otra cosa que debemos recordar es que, al ser pura estadística, la IA se puede equivocar y no es fácil saber quién pagaría por esos errores, sean grandes o pequeños. Todo apunta a que es hora de adaptar las normas para prevenir los riesgos de la inteligencia artificial, de verdad y en la práctica.

Unos y ceros sin emociones

Por otra parte, cuando hablamos con ChatGPT como si fuera una persona y, peor aún, nos responde de la misma manera que lo haría una persona, podemos entrar un bucle pantanoso. Y es que otorgar cualidades humanas a la tecnología no nos ayuda a comprenderla, eso está claro. “El imaginario en torno a una tecnología determina el modo en que el público la entiende y, por lo tanto, guía su uso, su diseño y su impacto social”. Para empezar, la IA que tenemos hoy no siente ni padece: “no es una mente no biológica: es un proceso de optimización estadística”.

Somos nosotros, los usuarios humanos, los que sí tenemos emociones: descubrir cómo las plataformas digitales las explotan para engancharnos está detrás de otra de las palabras estrella de este año. “Rage bait” hace alusión a eso, a cómo hacemos clic, compartimos o comentamos un post o noticia solo porque ha encendido el botón de nuestra ira.

Pepitos Grillo imprescindibles

Los investigadores que firman nuestros artículos nos ayudan a aclarar confusiones. Hemos aprendido, por ejemplo, que Alphafold, el programa de IA para predecir la estructura de las proteínas por el que sus creadores recibieron el Nobel de Química, no es código abierto. No es ciencia abierta, como se nos dio a entender, sino un producto que la empresa privada DeepMind (Google-Alphabet) deja usar a los científicos, sin dejarles conocer sus entrañas ni modificarlo.

Otras voces denuncian que el lado oscuro de la tecnología está dando pie a una nueva especie de trabajadores, los neoesclavos digitales.

Científicos comprometidos

No es cuestión de ponernos sombríos, solo de ser conscientes de la realidad poliédrica. El avance tecnológico está bien, sí, de acuerdo. Pero también debemos exponer su lado no tan amable –o directamente oscuro–, esa otra cara de la moneda. Es necesario para avanzar de forma limpia y ética… y para que los tomadores de decisiones no tengan que sonrojarse a la hora de rendir cuentas a la ciudadanía.

Porque cada innovación debe ir acompañada de la evaluación de sus riesgos y de sus consecuencias no deseadas o no imaginadas. “La ciencia no puede desligarse de la sociedad, pues siempre está impregnada de valores, visiones del mundo y consecuencias prácticas”, tal y como señala otro de nuestros autores. Hoy, más que nunca, necesitamos científicos comprometidos, que hagan estudios independientes y ayuden a los gobernantes a emprender acciones mejor informadas, en beneficio de la gente.

La transición digital contamina

También hemos dado voz a interesantes estudios sobre los efectos secundarios del progreso informático: el impacto medioambiental de la inteligencia artificial. Por ejemplo, las consultas a ChatGPT consumen 1000 MWh cada día en el mundo, hasta el punto de que Microsoft, Alphabet (Google) y Amazon han firmado acuerdos para comprar energía de plantas nucleares, asegurando el flujo de vatios para sus centros de dato. En este contexto, varias investigaciones confían en la fotónica y en la nanotecnología para que la IA sostenible no quede en utopía.

Al mismo tiempo, hemos aprendido que solo una de cada díez baterías de litio (las que usan nuestros smartphones y portátiles) se recicla y que existen científicos devanándose los sesos para encontrar la manera en que el binomio “transición verde” e “impacto medioambiental de los minerales críticos” (como litio o silicio) no nos cree disonancia cognitiva.

Otra vertiente del progreso mal entendido son los tóxicos que llegan a la gente desde muy diversas fuentes, incluso juguetes con plomo, retardantes de llama y ftalatos, ropa con formaldehído y disruptores endocrinos o esos microplásticos persistentes que podrían invadir el perfecto y bello ecosistema que late en una gota del océano. Pero lo interesante no es quejarse, sino buscar soluciones: ya hay tecnologías que permiten descomponer plásticos usando bacterias o crear biomateriales de verdad biodegradables. Solo falta invertir en ellas e implementarlas.

La vida en cúbits

En el resumen de este año tampoco pueden faltar la mención al entrelazamiento entre luz y materia, con esos maravillosos artículos que nos ayudan a entender quién mató al pobre gato de Schrödinger o cómo la física cuántica entra de lleno en nuestras vidas. Este tema ha sido el protagonista del Nobel de Física 2025, otorgado a los experimentos pioneros que allanaron el camino para las computadoras cuánticas.

Forman parte de esos misterios apasionantes que nuestros autores se aventuran a explicarnos, como el origen de la primera superkilonova observada en el cosmos, las claves de la vida halladas en el asteroide Bennu o la materia oscura observada por primera vez. Porque el cielo siempre ha fascinado al ser humano y lo sigue haciendo. Si no que se lo digan a todos los amantes de contemplar eclipses, que el año que se avecina disfrutarán de lo lindo.

Nosotros seguiremos aquí, al pie del cañón, tratando de ofrecerles un fiel rompecabezas de la realidad científica y tecnológica para que puedan formarse una idea lo más completa e informada posible del lugar que quieren ocupar en el mundo.

The Conversation

ref. Ciencia 2025: six seven o el estado digital de la cuestión – https://theconversation.com/ciencia-2025-six-seven-o-el-estado-digital-de-la-cuestion-272619

Nous avons constitué une base de données regroupant 290 000 soldats médiévaux anglais. Voici ce qu’elle révèle…

Source: The Conversation – in French – By Adrian R Bell, Chair in the History of Finance and Associate Pro-Vice-Chancellor Research, Prosperity and Resilience, Henley Business School, University of Reading

La bataille de l’Écluse pendant la guerre de Cent Ans, telle que représentée par Jean Froissart au XV<sup>e</sup>&nbsp; siècle. Bibliothèque nationale de France

Une base de données en ligne permet de retracer les carrières des soldats anglais du Moyen Âge, depuis leurs campagnes et leurs garnisons en France jusqu’à leur participation à des révoltes, révélant des parcours souvent ignorés et offrant de nouvelles clés pour l’histoire militaire et la généalogie.


Quand on imagine la guerre médiévale, on pense généralement à des batailles épiques et à des monarques célèbres. Mais qu’en est-il des soldats ordinaires qui composaient réellement les rangs des armées du Moyen Âge ? Jusqu’à récemment, leur histoire était éparpillée dans des manuscrits en latin ou en français difficiles à déchiffrer. Aujourd’hui, notre base de données en ligne permet à quiconque de découvrir qui ils étaient et comment ils vivaient, combattaient et voyageaient.

En Angleterre, pour éclairer les fondations des forces armées – l’une des professions les plus anciennes du pays – nous avons lancé en 2009 la Medieval Soldier Database. Aujourd’hui, c’est la plus grande base de données en ligne consultable sur les noms de soldats médiévaux dans le monde. Elle contient des enregistrements de service militaire indiquant les noms des soldats rémunérés par la Couronne anglaise. Elle couvre la période de 1369 à 1453 et de nombreuses zones de guerre différentes.

Des lignes de recherche

Nous avons créé cette base de données pour remettre en question l’idée d’un manque de professionnalisme des soldats pendant la guerre de Cent Ans et pour montrer ce qu’étaient réellement leurs carrières. En réponse au fort intérêt des historiens et du grand public (la base reçoit 75.000 visiteurs par mois), cette ressource a récemment été révisée et augmentée. Elle est désormais hébergée de manière durable par GeoData, un institut de recherche de l’Université de Southampton. Nous avons récemment ajouté de nouveaux documents, remontant jusqu’à la fin des années 1350, ce qui porte le nombre d’entrées à près de 290 000.

Ces données proviennent principalement des montres (les listes des soldats composant les forces militaires) d’hommes d’armes (soldats en armure complète, équipés de diverses armes) et d’archers. On peut même observer les petits points utilisés par les officiers lors du contrôle pour confirmer que les soldats étaient présents et disposaient du bon équipement. Tous ces soldats étaient payés, et l’Exchequer [sorte de ministère des finances] souhaitait s’assurer qu’il obtenait un bon rapport qualité-prix.

Nous avons également inclus les nominations des représentants ainsi que les mécanismes juridiques visant à protéger les intérêts locaux des soldats pendant leur service à l’étranger. Ensemble, ces sources historiques offrent des comptes rendus détaillés des activités militaires, permettant de tirer des conclusions importantes. On y voit des carrières de 20 ans et plus. Mais aussi des hommes gravir les échelons sociaux grâce à leur bon service. Pour de nombreux soldats, en particulier les archers, ces informations constituent parfois le seul témoignage de leur existence.

Ces données enrichies nous permettent d’étudier la garnison de Calais de 1357 à 1459. On peut ainsi observer l’importance des effectifs nécessaires pour maintenir cette base anglaise clé dans le nord de la France. Calais constituait la porte d’entrée de nombreuses grandes expéditions, dont celle de 1359, lorsque Édouard III se lança pour assiéger Reims afin d’être couronné roi de France.

La base de données permet également des comparaisons avec d’autres projets émergents. Elle permet notamment de reconstituer le parcours militaire des participants à la révolte des paysans de 1381, un soulèvement anglais massif motivé par des difficultés économiques, des impôts élevés et des tensions sociales, finalement réprimé violemment par le roi Richard II et son gouvernement. Ces données montrent aussi que, contrairement à aujourd’hui où les forces armées sont spécialisées, le soldat médiéval servait à plusieurs reprises dans différents théâtres de guerre, le service naval inclus.

On peut ainsi observer des armées expéditionnaires envoyées pour envahir la France, et pour des campagnes navales dans la Manche. On retrouve la trace de certains soldats dans les garnisons d’Écosse, d’Irlande et de France. Ces données ont permis aux généalogistes familiaux de remonter leurs recherches plus loin qu’auparavant. On trouve aussi dans las base de données des soldats français et normands qui ont choisi des servir les Anglais après le traité de Troyes de 1420.

Quelques récits marquants

La base de données contient de nombreux sources éclairants sur des événements et des personnalités clés. L’une des figures les plus connues est Geoffrey Chaucer, auteur des Contes de Canterbury (Canterbury Tales), écrits entre 1387 et 1400. La base conserve plusieurs de ses registres de service: il fut homme d’armes dans la garnison de Calais en 1387.

L’écrivain Geoffrey Chaucer
L’écrivain Geoffrey Chaucer.
Wiki Commons

Il s’agissait probablement de la dernière aventure militaire de Chaucer, mais il possédait alors une expérience considérable, à la fois comme soldat et comme diplomate. Il avait été en France en 1372, 1377 et 1378. En 1386, il témoigna devant la Cour de chevalerie – une juridiction chargée de trancher les litiges liés aux armoiries – déclarant qu’il avait alors « 40 ans et plus » et « avait été armé pendant vingt-sept ans ». Il fournit également des détails sur sa participation à la campagne de Reims en 1359, où il fut capturé par les Français puis rançonné.

On trouve également dans les registres de quoi retracer la rébellion d’un soldat du Kent, nommé Thomas Crowe. Lors de la révolte des paysans de 1381, il fut accusé d’« avoir pris position et lancé de grosses pierres » pour démolir la maison de quelqu’un. La base de données suggère qu’il a peut-être servi en France en 1369. Il faisait certainement partie de la garnison de Calais en 1385 et participa à une campagne navale en 1387. Sa connaissance des trébuchets – puissants engins de siège médiévaux à contrepoids – ou des grandes catapultes peut expliquer l’ampleur des destructions qu’il provoqua lors de la révolte.

Le rôle d’armes de la garnison de Calais en 1357 révèle non seulement les noms des hommes d’armes et des archers, mais aussi ceux des métiers de soutien nécessaires: maçon, serrurier, fléchier (fabricant de flèches), arceau (fabricant d’arcs), plombier, forgeron, charron, tonnelier (fabricant de tonneaux), terrassier, batelier, charretier et apprenti charretier. Un registre concerne un couvreur
–  Walter Tyler. S’agirait-il du futur chef de la révolte de 1381, Wat Tyler ?

Nous espérons que la base de données continuera de s’enrichir et de répondre aux questions sur le patrimoine militaire. Nous sommes convaincus qu’elle permettra de révéler de nombreuses histoires jusque-là inédites concernant des ancêtres soldats.

The Conversation

Adrian R Bell a reçu des financements de UKRI via AHRC.

Anne Curry a reçu des financements du Leverhulme Trust ainsi que de UKRI via AHRC.

Jason Sadler a reçu des financements de UKRI via AHRC.

ref. Nous avons constitué une base de données regroupant 290 000 soldats médiévaux anglais. Voici ce qu’elle révèle… – https://theconversation.com/nous-avons-constitue-une-base-de-donnees-regroupant-290-000-soldats-medievaux-anglais-voici-ce-quelle-revele-271256

L’innovation ne roule jamais seule: le tramway, une infrastructure en construction permanente depuis 1900

Source: The Conversation – in French – By Lise Arena, Professeure des Universités, Université Côte d’Azur

Un siècle sépare les glissades des tramways niçois de 1907 et les incidents contemporains, mais les enjeux restent étonnamment proches : sécurité, maintenance, organisation et confiance des usagers.


Un jour d’hiver 1907, les voyageurs d’un tramway montant vers le quartier de Cimiez à Nice voient soudain la rame repartir… en arrière. « Les voitures ont glissé à la descente avec une rapidité vertigineuse », rapporte le journal local le Petit Niçois. Le conducteur intervient mais le sable utilisé pour empêcher les roues de glisser vient à manquer, et l’incident suscitera par la suite lettres, plaintes et demandes d’amélioration adressées aux autorités.
La scène pourrait surprendre : elle date d’un siècle, mais elle résonne avec des préoccupations très actuelles.

Réinstallés sur l’espace public en 2007, les tramways niçois transportent aujourd’hui des dizaines de milliers de voyageurs par jour et nourrissent des débats sur l’ensemble des supports médiatiques contemporains (réseaux sociaux, presse…). Les enjeux de sécurité, de maintenance, d’organisation ou encore de gestion des perturbations apparaissent comme autant de continuités historiques et d’enjeux d’innovation.

Les sciences sociales des infrastructures l’ont bien montré : une infrastructure n’est jamais simplement là ; elle « émerge dans la pratique » en s’intégrant aux activités routinières des gens qui n’y accordent plus d’attention particulière. Les situations de rupture – accidents, pannes, incidents – occupent une place centrale dans l’histoire de ces infrastructures, car ce sont des moments où elles deviennent des objets de préoccupation explicite.

Accidents d’hier, incidents d’aujourd’hui : des révélateurs d’infrastructure

Dans la première moitié du XXᵉ siècle, le tramway est une technologie émergente dont la presse locale raconte en détail les défaillances. Déraillements, collisions et glissades sur les pentes apparaissent régulièrement dans la rubrique des faits divers, révélant un réseau encore fragile, exposé à un environnement urbain complexe.

Comme pour d’autres « grands systèmes techniques », la presse joue un rôle essentiel en accordant une attention importante à des dimensions qui d’ordinaire passent à l’arrière-plan. Les récits médiatiques révèlent d’abord des tensions techniques: des dispositifs de freinage encore peu fiables sur les fortes pentes, l’usage de sablières destiné à améliorer l’adhérence mais parfois défaillant, ou encore une usure prématurée des rails liée à l’intensification rapide du trafic et à la qualité variable des matériaux.

Ensuite, ces mêmes récits soulignent des problèmes organisationnels, tels que des soucis de coordination entre acteurs du réseau (exploitants, mainteneurs et services municipaux) ou une formation insuffisante des conducteurs. L’ensemble de ces caractéristiques qui apparaissent au premier plan lors d’incidents correspondent à ce que Graham appelle « le moment de visibilité soudaine » des infrastructures.

Aujourd’hui encore, un tram immobilisé pour une panne de porte ou un malaise voyageur attire immédiatement l’attention. L’enjeu principal n’est toutefois plus l’accident spectaculaire, mais l’interruption du service, qui peut coûter cher à la collectivité (39,93 € par minute supplémentaire à partir de la 11ème d’après des chiffres de l’Union des transports publics et ferroviaires). Comme le relevait Jackson, les pannes ne sont pas seulement des interruptions accidentelles mais des moments où les infrastructures se dévoilent : « Elles ouvrent une fenêtre sur la manière dont elles sont maintenues, régulées et négociées par une multitude d’acteurs. »

La maintenance : un rôle central, hier comme aujourd’hui

Si la maintenance contemporaine — préventive, numérisée, systématisée — semble aller de soi, elle s’inscrit pourtant dans une histoire longue. Dès 1908, Le Petit Niçois souligne l’importance du travail invisible réalisé dans les ateliers du boulevard Saint-Agathe, où interviennent mécaniciens, graisseurs, laveurs et vérificateurs.

Ces métiers préfigurent ce que Denis et Pontille décriront plus tard comme les « soins aux infrastructures » : un ensemble de métiers et de gestes discrets, routinisés, qui rendent possible la stabilité d’un système pourtant fragile.

Les règlements de l’époque prescrivent déjà des interventions préventives : contrôle des injecteurs, vérification des coussinets, nettoyage des pompes (Article 20 dans ce livre de Chaillou daté de 1880). L’objectif est le même qu’aujourd’hui : éviter les arrêts forcés et garantir la fiabilité du réseau. Cette évolution confirme les observations de Strebel, Bovet et Sormani sur la manière dont les infrastructures tiennent grâce à une multitude d’interventions quotidiennes. Hier, on entretenait freins, sablières, rails et motrices. Aujourd’hui, on surveille bogies, batteries, systèmes informatisés et lignes aériennes.

En un siècle, les techniques ont changé, mais la logique reste identique : prévenir plutôt que réparer, stabiliser plutôt que subir.

Des usagers qui participent à l’innovation

La participation des publics à la construction des infrastructures est aujourd’hui bien documentée par la sociologie des usages et des publics. Pourtant, les archives montrent que ce phénomène est ancien.

Dès 1907, les habitants de Cimiez adressent une lettre collective au préfet pour dénoncer la dangerosité des glissades en descente et l’insuffisance des sablières. En 1910, d’autres lecteurs alertent sur les risques de recul des rames dans les pentes. Ces plaintes influencent directement les décisions techniques et organisationnelles.

Autrement dit, les voyageurs niçois participent déjà, au début du XXᵉ siècle, à ce que Star et Ruhleder appellent les « processus d’infrastructuration » : l’élaboration progressive d’un réseau à travers les interactions quotidiennes et les revendications publiques.

Aujourd’hui, cette participation prend d’autres formes – réseaux sociaux, interpellations de la Régie, débats sur les normes d’usage – mais le rôle du public reste comparable : il contribue à façonner l’infrastructure, à évaluer son fonctionnement et à orienter son évolution. Par exemple, à Montpellier, en 2024, des associations d’usagers ont contesté les règles concernant les objets pouvant être transportés avec soi, en particulier les vélos non pliés. Cette participation du public a conduit à modifier les règles et à instaurer une nouvelle signalétique sur les portes coulissantes du tramway.

Des défis qui traversent les époques

À première vue, tout semble opposer le tramway d’hier et celui d’aujourd’hui : matériaux, vitesse, confort, supervision informatisée. Mais une observation fine – fondée sur un travail d’archives mêlant des sources diverses telles que des rapports d’ingénieurs, des compte-rendus de conseils municipaux, des courriers de lecteurs, des corpus de presse de journaux locaux de l’époque – permet de mettre en évidence plusieurs lignes de continuité.

Sur plus d’un siècle, le développement du tramway est traversé par des enjeux récurrents, allant de la stabilisation d’infrastructures soumises à la topographie, aux aléas climatiques et à l’usure, de l’organisation de la maintenance pour limiter les interruptions de service, en passant par la gestion des incidents afin de préserver la confiance du public, l’intégration des attentes des voyageurs-clients et l’adaptation organisationnelle induite par l’extension du réseau. Ces enjeux, qui étaient déjà au cœur des préoccupations des ingénieurs et des voyageurs en 1900, sont analogues à celles qui mobilisent aujourd’hui les équipes de régulation, les agents de maintenance et les urbanistes.

Parmi ces enjeux, l’arrivée du tramway (ou l’extension de son réseau) modifie profondément l’espace urbain, les rythmes de circulation et les rapports au risque de ses différents types d’usagers (hier les attelages; aujourd’hui les trottinettes). Les divers modes de transports peuvent être perçus comme compatibles ou non avec le tramway jusqu’à susciter des sources de risque et générer des incidents. L’élaboration progressive d’ajustements entre usagers de l’espace public parvient éventuellement à instaurer la confiance dans la coexistence de ces différents modes de transport. De même, la confiance dans la technologie doit être construite à travers l’expérience et la communication avec les autorités régulatrices et les responsables de la sécurité des modes de transport; surtout quand les technologies ne sont pas encore stabilisées.

Aujourd’hui, la question n’est plus prioritairement celle de la dangerosité du tramway en tant que nouveau mode de transport – comme cela était le cas au début du siècle – mais davantage celle de la fiabilité du service, de sa ponctualité et surtout de la continuité de l’exploitation. La moindre panne, immobilisation ou perturbation devient un événement public, immédiatement visible et commenté, notamment sur les réseaux sociaux. La confiance dans l’infrastructure repose désormais sur sa capacité à « ne pas se faire remarquer », c’est-à-dire à fonctionner sans heurts.

L’histoire du tramway niçois montre qu’une infrastructure n’est jamais figée. Elle vit, se transforme, s’étend, s’adapte. Elle résulte de compromis, de conflits, d’ajustements techniques et sociaux. Cette histoire éclaire les défis contemporains de la mobilité urbaine, et permet ainsi d’envisager les infrastructures de demain comme des objets en tension, constamment réinventés par ceux qui les conçoivent, les maintiennent… et les utilisent (Arena et Relieu, 2026).

The Conversation

Arena Lise est Présidente de l’Association pour l’Histoire du Management et des Organisations https://ahmo.hypotheses.org

Marc Relieu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’innovation ne roule jamais seule: le tramway, une infrastructure en construction permanente depuis 1900 – https://theconversation.com/linnovation-ne-roule-jamais-seule-le-tramway-une-infrastructure-en-construction-permanente-depuis-1900-272577

Comment les scientifiques ont percé les secrets du plus ancien bateau en planches du Danemark

Source: The Conversation – in French – By Mikael Fauvelle, Associate Professor and Researcher, Department of Archaeology and Ancient History, Lund University

Le bateau de Hjortspring (représenté ici dans _Vikings Heading for Land_, par Francis Bernard Dicksee, en 1873) a parcouru un long trajet dans la Baltique avant d’arriver sur l’île d’Als. Christie’s via Wikimédia

En réexaminant des matériaux prélevés lors de fouilles anciennes, des scientifiques ont pu déterminer que le plus ancien bateau en planches du Danemark provenait probablement d’une région éloignée de la tourbière où il a été retrouvé.


Il y a environ 2 400 ans, avant l’émergence de l’Empire romain, une petite armada de bateaux s’approcha de l’île d’Als, près de la côte du Jutland méridional, dans l’actuel Danemark. Cette armada transportait environ quatre-vingts guerriers armés de lances et de boucliers. Certains étaient des officiers, et ces hommes portaient des épées en fer.

Les navigateurs avaient traversé ce qui est aujourd’hui la mer Baltique à bord de longs bateaux en planches, élancés, d’environ 20 mètres de long. Les planches étaient cousues entre elles, car les bateaux de l’époque n’utilisaient pas de clous en métal, et les joints étaient calfatés, c’est-à-dire rendus étanches, à l’aide de goudron.

À un moment du voyage, ils se sont arrêtés pour réparer leurs embarcations. L’un d’eux a laissé une empreinte digitale partielle dans le matériau de calfatage encore tendre, fraîchement appliqué entre les jointures des planches. Ce guerrier de la mer – dont l’âge et le genre nous sont inconnus – laissait sans le savoir un message à destination de scientifiques (dont moi) qui, plus de deux millénaires plus tard, allaient enfin évaluer la portée de cette empreinte digitale grâce aux technologies les plus avancées.

Sauvé par la tourbière

La petite armée préparait une attaque amphibie éclair contre ses ennemis au Danemark – mais leurs plans échouèrent. Peu après avoir débarqué sur la plage, ces guerriers furent tués par les défenseurs locaux. Pour remercier les dieux de leur victoire sur ces envahisseurs, les habitants remplirent l’un des bateaux des armes des assaillants, puis l’immergèrent dans une tourbière locale en guise d’offrande. Le choix d’avoir coulé l’embarcation dans la tourbière a permis aux archéologues de reconstituer peu à peu les indices entourant cette attaque, ainsi que de mieux comprendre la technologie et la société de ces populations anciennes.

Aujourd’hui, cette tourbière insulaire du sud du Danemark est connue sous le nom de tourbière de Hjortspring. À la fin du XIXᵉ siècle, les vestiges du bateau antique y furent découverts, remarquablement bien conservés grâce à l’environnement pauvre en oxygène. Mais comme à l’époque, la région venait d’être conquise par la Prusse et faisait partie de l’Empire allemand, les Danois qui mirent au jour l’embarcation gardèrent leur découverte secrète jusqu’au retour de l’île d’Als dans le giron du Danemark, en 1920.

Le bateau fut finalement mis au jour en 1921 et est depuis lors exposé au Musée national du Danemark à Copenhague. La fouille des années 1920 avait mobilisé les meilleures méthodes archéologiques disponibles – mais les outils scientifiques de l’archéologie moderne n’existaient pas encore.

En 2023, des chercheurs de l’université de Lund et de l’université de Göteborg ont entamé une collaboration avec le musée national afin d’appliquer des méthodes scientifiques contemporaines à l’étude des matériaux extraits de la tourbière plus d’un siècle auparavant. Certains de ces échantillons n’avaient jamais été analysés depuis la fouille initiale – si bien qu’un grand mystère entourait le bateau de Hjortspring depuis toujours : d’où venaient ces guerriers envahisseurs du IVᵉ siècle avant notre ère ?

Mikael Fauvelle explique comment l’origine des assaillants a été déterminée (en anglais). Vidéo : Université de Lund.

Un résultat surprenant

Les armes – épées, lances et autres – découvertes à bord du bateau étaient largement utilisées dans toute l’Europe du Nord au début de l’âge du fer, et fournissaient donc peu d’indices sur l’origine de l’embarcation. La plupart des archéologues supposaient que le bateau venait d’un lieu proche, dans le Jutland, ou peut-être du nord de l’Allemagne.

En analysant le matériau de calfatage du bateau grâce à une technique de pointe, la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, nous avons pu identifier précisément la composition chimique des goudrons utilisés : un mélange de graisse animale et de poix de pin.

Ce résultat était surprenant, car la quasi-totalité des forêts de pins du Danemark et du nord de l’Allemagne avaient déjà été abattues dès le Néolithique pour faire place à l’agriculture. Nous le savons grâce aux travaux des géologues, qui ont analysé les pollens anciens présents dans les lacs et les tourbières afin d’identifier les espèces végétales ayant poussé dans différentes régions d’Europe et à différentes périodes.

Si les constructeurs du bateau de Hjortspring ont pu se procurer du goudron par le commerce, il existait à l’époque, dans le Jutland, des solutions locales pour imperméabiliser les embarcations, comme l’huile de lin ou le suif (graisse bovine). Ainsi, notre enquête suggère que le bateau de Hjortspring ne provenait probablement ni du Jutland ni du nord de l’Allemagne, mais plutôt d’une région plus éloignée disposant d’abondantes forêts de pins.

Le bateau de Hjortspring au musée national du Danemark.
Le bateau de Hjortspring au musée national du Danemark.
Boel Bengtsson, CC BY-NC-SA

Au IVᵉ siècle avant notre ère, les grandes forêts de pins les plus proches se situaient le long des côtes de la mer Baltique, à l’est du Danemark actuel. Cela signifie que l’équipage du bateau de Hjortspring, ainsi que leurs compagnons d’aventure, ont peut-être parcouru des centaines de kilomètres en pleine mer avant de lancer leur attaque sur l’île d’Als.

On savait déjà que de tels voyages au long cours existaient à l’âge du bronze, lorsque des Scandinaves s’éloignaient considérablement de leurs terres à la recherche de cuivre. Le fer, en revanche, était produit localement en Scandinavie, ce qui rendit le besoin économique de telles expéditions moins évident à l’âge du fer.

Néanmoins, nos résultats indiquent que les échanges commerciaux et les raids à longue distance se sont poursuivis bien après la fin de l’âge du bronze. Si l’on ne saura jamais exactement ce qui a poussé ces guerriers à lancer cette attaque précise, nos travaux suggèrent qu’à l’époque déjà – comme aujourd’hui – les conflits politiques dépassaient les frontières régionales et incitaient de jeunes combattants à s’aventurer loin de chez eux.

Nous avons également pu dater au carbone 14 certaines cordes en liber de tilleul utilisées sur le bateau, fournissant ainsi la première datation absolue issue du matériel de la fouille d’origine. Ces cordages ont été datés entre 381 et 161 avant notre ère, confirmant que l’embarcation appartenait à l’âge du fer préromain.

La piste de l’ADN

Au moment de choisir les échantillons de goudron pour nos analyses, une autre découverte spectaculaire s’est imposée : le « message secret » laissé par l’un des membres de l’équipage, une empreinte digitale partielle imprimée par un marin dans un petit amas de goudron.

Un essai en mer à bord d’une reconstitution du bateau de Hjortspring.
Knut Valbjørn/Boel Bengtsson, CC BY-NC-SA

Grâce à la tomographie aux rayons X, nous avons réalisé un modèle numérique tridimensionnel de cette empreinte digitale, avec une précision allant jusqu’à l’échelle du nanomètre. L’analyse de l’empreinte indique qu’elle a été laissée par un adulte, même si nous ne pouvons, pour l’instant, en dire beaucoup plus sur l’identité de cet individu. Cette découverte fascinante nous offre un lien direct avec ce guerrier antique qui a autrefois traversé la mer Baltique.

Au cours de l’année à venir, nous espérons pouvoir extraire de l’ADN ancien à partir du goudron de calfatage du bateau, ce qui pourrait nous fournir des informations plus détaillées sur les populations qui l’ont utilisé.

À ce stade, nos résultats montrent que les pratiques de commerce maritime et de raids à longue distance, qui caractériseront plus tard la célèbre époque viking, se sont inscrites dans près de 3 000 ans d’histoire nordique. L’étude de ce bateau ancien nous permet ainsi de plonger plus profondément dans les origines de la Scandinavie en tant que société maritime.

The Conversation

Mikael Fauvelle a reçu un soutien financier pour ces travaux de la Marcus and Amalia Wallenberg Foundation (projet Complex Canoes) ainsi que du Riksbankens Jubileumsfond (programme Maritime Encounters).

ref. Comment les scientifiques ont percé les secrets du plus ancien bateau en planches du Danemark – https://theconversation.com/comment-les-scientifiques-ont-perce-les-secrets-du-plus-ancien-bateau-en-planches-du-danemark-272355

« Le Tchékiste », un film culte en Russie sur la terreur léniniste, écrit par Jacques Baynac

Source: The Conversation – in French – By Cécile Vaissié, Professeure des universités en études russes et soviétiques, Université de Rennes 2, chercheuse au CERCLE (Université de Lorraine), Université Rennes 2

Scène du film montrant une exécution sommaire effectuée par la Tchéka.
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Jacques Baynac, romancier, historien et militant français de gauche, avait beaucoup travaillé sur la période soviétique. Il a notamment rédigé le scénario d’un film devenu culte en Russie : « Le Tchékiste » montre les crimes de la Tchéka, la police politique créée sous Lénine et largement remise à l’honneur dans la Russie d’aujourd’hui.


En Russie, le 20 décembre reste appelé dans la population la « journée du tchékiste », même si, depuis 1995, son nom officiel est la « journée des travailleurs des organes de sécurité de la Fédération de Russie ». Ce jour-là, les employés et les « anciens » du FSB et de son prédécesseur d’avant la chute de l’URSS – le KGB, qui a lui-même succédé au NKVD et à la Tchéka révolutionnaire – rendent hommage à cette police politique qui, depuis sa création le 20 décembre 1917, a assassiné et déporté des millions de leurs compatriotes. Vladimir Poutine a lui-même réactivé ces célébrations et réhabilité le terme de « tchékiste ».

À l’inverse, au moins jusqu’au tournant répressif très violent qui a été pris dans le pays en 2021, des Russes qui déplorent les crimes soviétiques postaient souvent sur les réseaux sociaux, le 20 décembre, un lien ou des photos renvoyant à un film de 1992, Le Tchékiste, dont le scénario, basé sur un roman soviétique, a été écrit par Jacques Baynac (1939-2024), fils d’instituteurs du Lot.

Affiche du film « Le Tchékiste » réalisé par Alexandre Rogojkine et adapté du roman de Jacques Baynac sorti en 1992.

Lorsque Jacques Baynac, historien, romancier et scénariste, est mort à quatre-vingt-quatre ans le 3 janvier 2024, plusieurs articles ont récapitulé diverses étapes de sa vie longue et riche. Ils évoquaient le plus souvent son œuvre d’historien, bien sûr, mais aussi son refus de faire son service militaire pendant la guerre d’Algérie ; sa proximité passagère avec le trotskisme ; sa participation à la librairie La Vieille Taupe ; son opposition absolue à la « gangrène » du négationnisme (il la dénonce dans un article paru dans Libération le 25 octobre 1980) ; son rapport à mai 1968 et son appartenance à la gauche radicale : Baynac s’est trouvé au croisement de plusieurs aventures collectives de sa génération.

En revanche, sa détermination à dénoncer, dès les années 1970, les violences politiques exercées en URSS dès Lénine n’a été que peu rappelée.

Le Tchékiste, un film de 1992 sur la base d’un roman de 1923

Le livre sur lequel repose ce film – un roman très autobiographique de Vladimir Zazoubrine (1895-1938) – est paru en français en 1990. Écrit en 1923, avant la mise au pas de la littérature soviétique par le Parti, il n’a été publié en URSS qu’en 1989. Il porte, en russe, le titre Le Copeau, « Щепка » (Chtchepka), qui renvoie à l’expression « Quand on coupe du bois, les copeaux volent », généralement traduite par « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

Dans ce titre russe, l’accent est donc mis à la fois sur l’insignifiance des victimes et sur la question fondamentale du texte, celle du but et des moyens, déjà amplement traitée par Dostoïevski. En revanche, le titre français met en relief l’homme qui exerce les répressions sommaires : le « héros », Sroubov, un homme aux « yeux de verre », est le chef local de la Tchéka, alors qu’il est issu de l’intelligentsia. Le préfacier à l’édition française, l’écrivain né en URSS Dimitri Savitski (1944-2019), note les trois thèmes mêlés dans ce roman : « l’abattoir sanglant » – les répressions –, sa « justification par la révolution » et « la destruction du matériau humain, à savoir la folie […] du tchékiste Sroubov ». Sans doute un quatrième thème, assez courant dans la littérature soviétique des années 1920, pourrait-il être ajouté : l’attitude du membre de l’intelligentsia face à la révolution qui exige de lui une transformation abrupte et totale de ses valeurs.

Jacques Baynac a rédigé, à partir de ce roman, un scénario ensuite tourné par le cinéaste Alexandre Rogojkine (1949-2021) dans le cadre d’une coproduction franco-russe. Ce film daté de 1992 montre l’horreur des exactions commises par la Tchéka dès les toutes premières années du pouvoir bolchevique et se veut une réflexion sur le rapport entre violence, terreur et révolution.

Bande-annonce du film.

Pour l’essentiel, il consiste en une succession de scènes similaires : les séances d’une « troïka », cette commission de trois personnes, qui juge en quelques minutes et condamne systématiquement à mort ; les exécutions collectives des condamnés dans les sous-sols ; les évacuations de leurs corps morts, chargés comme des carcasses animales dans les bennes de camions. C’est une société que l’on extermine.

Une femme au physique de paysanne lave les sols et nettoie le sang versé : personne ne se soucie de ce peuple qu’elle incarne et qui ne participe pas aux massacres, même s’il en est le témoin. Finalement, Sroubov dont le père a été fusillé, perd la raison.

Des interrogations sur Lénine et un livre sur Kamo

Baynac, ayant « déjà lu des livres sur la terreur rouge », aurait compris dès les années 1963-1965 que, « le problème [du communisme], c’était le léninisme ». Ce qui était loin d’être le point de vue le plus répandu dans la gauche française de l’époque. (Sauf mention complémentaire, tous les commentaires de Jacques Baynac viennent d’une interview de lui, réalisée par l’autrice à Cahors, le 21 avril 2022. De nombreux éléments biographiques viennent également de cette interview.)

Parti volontairement en exil pour échapper à la conscription, le jeune homme revient en France en 1966 et commence à s’intéresser à la Russie : il suit notamment, à l’EHESS, les cours de George Haupt et d’Alexandre Benningsen.

C’est en découvrant l’histoire du bolchevik Kamo dans la biographie de Staline rédigée par Boris Souvarine, qu’il a l’idée de consacrer un livre à ce personnage peu ordinaire : Arménien élevé en Géorgie et passé comme Staline par le séminaire de Tbilissi, Kamo (1882-1922), Simon Ter-Petrossian de son vrai nom, ami de Lénine, a été chargé, à partir de 1906 au moins, des « expropriations », c’est-à-dire qu’il procurait au Parti argent et armes par tous les moyens, y compris par des attaques armées.

Déjà, Baynac s’intéresse donc aux pratiques du parti bolchévique du vivant de Lénine. Il s’appuie sur des sources disponibles en France, mais aussi en URSS : grâce à son contrat avec Fayard, il passe trois semaines à Moscou, Bakou et Tbilissi, pendant l’été 1970 ou 1971. Il voyage seul, ne parle pratiquement pas le russe, mais, racontera-t-il, une employée de l’Intourist l’attend à chaque étape pour lui organiser ce dont il a besoin, depuis les réservations d’hôtels jusqu’aux projections de films et aux rencontres éventuelles. Kamo, l’homme de main de Lénine, sort en 1972.

D’autres livres sur la révolution

« La Terreur sous Lénine », Livre de Poche, 2003 (première édition : Sagittaire, 1975).

Baynac publie, deux ans plus tard, une étude collective sur la révolution de 1905 (Sur 1905, Éditions Champ libre, 1974) puis, en 1975, La Terreur sous Lénine (1917-1924). Entre ces deux livres, un événement s’est produit : L’Archipel du Goulag a commencé à paraître à Paris et une partie de la gauche française prend, un tant soit peu, conscience de l’ampleur des crimes soviétiques.




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La Terreur sous Lénine, livre conçu par Baynac « en collaboration avec » Alexandre Skirda, spécialiste des anarchistes russes, et l’universitaire Charles Urjewicz, relance les débats. En effet, il inclut des textes qui, publiés dans les années 1920, en français pour la plupart, démontrent que l’usage de la terreur par Lénine pouvait être connu dès cette époque.

En outre, dans un article introductif, intitulé « Socialisme et barbarie », Baynac confirme que la terreur policière était utilisée sous Lénine déjà et qu’il n’y a donc pas de sens d’« accabler Staline pour mieux absoudre Lénine ».

Baynac est ici sur la même position que Soljenitsyne dans L’Archipel du Goulag, mais aussi que Vassili Grossman dans Vie et destin – un roman dont le KGB et le Comité central du PCUS ont empêché la parution au début des années 1960. En revanche, contrairement à Soljénitsyne, Baynac considère que Marx ne peut pas être rendu responsable de cette terreur : Lénine aurait créé « un capitalisme d’État policier. Qui n’a strictement rien à voir avec le projet de Marx ».

Le débat relancé porte donc sur le terrifiant bilan de la terreur soviétique, les origines de celle-ci, mais aussi les aveuglements occidentaux.

La perestroïka et le cinéma

La perestroïka offre à Baynac de nouvelles opportunités. En effet, Pierre-André Boutang, responsable des émissions culturelles sur FR3 et de la mythique émission Océaniques, puis, à partir de 1992, directeur délégué aux programmes de La Sept-Arte, s’intéresse beaucoup à ce qui se passe à l’Est et propose à l’auteur de Kamo de repérer, pour FR3, les films documentaires qui sont alors produits en URSS.

À partir de 1988, Baynac se rend donc, dira-t-il, à peu près tous les mois en Russie et organise des soirées thématiques sur Arte. Puis il propose à cette chaîne de produire sept films sur l’histoire soviétique en adaptant sept œuvres littéraires (en fait, il parlait de « six films », car il n’avait pas voulu que l’un des sept lui soit attribué). Ayant une vraie passion pour la littérature russe – « Comment, sans elle, comprendre la Russie ? », demandait-il –, il choisit lui-même les livres à adapter, selon « une logique historique, chronologique », et écrit les scénarios. « Ensuite, Arte a négocié avec Lenfilm, les studios de cinéma de Leningrad. Je n’ai pas suivi les tournages, il n’y a pas eu de réunions de travail. » Il n’a pas non plus choisi les réalisateurs et trouvait certains d’entre eux trop « nationalistes ».

Son choix d’auteurs témoigne d’une connaissance fine de la littérature russe et soviétique : Léonid Andreev pour 1905, Mark Aldanov sur février 1917, Vsevolod Ivanov pour 1920, Vladimir Zazoubrine sur la terreur rouge, Sergueï Zalyguine (Au bord de l’Irtych) sur la collectivisation des campagnes, Lidia Tchoukovskaïa (La Plongée) sur les purges d’après la Seconde Guerre mondiale, Andreï Bitov pour la Russie de la perestroïka. Tournés par des réalisateurs différents, ces sept films sont diffusés sur Arte à partir de janvier 1993, comme pour expliquer aux Français ce qui s’est passé en URSS pendant plus de sept décennies.

Six de ces films sont, aujourd’hui, à peu près oubliés. Pas Le Tchékiste, dont le scénariste répondait, en 2022, par un oui très net à la question suivante : « Peut-on considérer ce film comme la continuation de votre travail sur la terreur et Lénine, un travail commencé dans les années 1960 ? »

Mais Baynac a cessé, vers 1994, de s’intéresser à la Russie, « d’autant – disait-il – que les archives s’ouvraient et que c’était aux historiens russes de faire le travail historique », et il ignorait tout du statut culte qu’a, en Russie, Le Tchékiste, ce long-métrage devenu un symbole pour ceux qui refusent d’oublier, de justifier et de banaliser les crimes soviétiques.

Dimitri Savitski écrivait dans la préface française du Tchékiste : « Évoquer l’attitude du KGB envers son passé n’est pas un exercice gratuit, car le sort du pays dépend en grande partie de cette organisation. » Ni Savitski, ni Baynac, ni Rogojkine ne se doutaient sans doute à quel point.

The Conversation

Cécile Vaissié ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Le Tchékiste », un film culte en Russie sur la terreur léniniste, écrit par Jacques Baynac – https://theconversation.com/le-tchekiste-un-film-culte-en-russie-sur-la-terreur-leniniste-ecrit-par-jacques-baynac-271269