Loi Duplomb : le poisson-zèbre est un outil d’alerte précoce

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Olivier Angrand, Professeur des Universités, Université de Lille

Pour évaluer la toxicité de pesticides, tels que l’acétamipride, rendu célèbre par la loi Duplomb, des chercheurs étudient leurs effets sur des invertébrés, à commencer par des insectes pollinisateurs comme l’abeille. Mais concernant leurs impacts sur la santé des humains et des autres vertébrés, qui restent mal pris en compte, le poisson-zèbre est un modèle animal pertinent qui permet, notamment, de développer des tests de toxicité plus éthiques.


Avant d’être censuré par le Conseil constitutionnel qui l’a jugé contraire à la Charte de l’environnement, l’article 2 de la loi dite « Duplomb » prévoyait des dérogations aux interdictions de l’utilisation en France des pesticides acétamipride, sulfoxaflor et flupyradifurone.

La possibilité d’utiliser ces molécules dans certaines filières agricoles a suscité un vif débat et une mobilisation citoyenne inédite en raison d’effets négatifs sur la biodiversité et d’un danger potentiel pour la santé humaine.

Toxicité de l’acétamipride, du sulfoxaflor et du flupyradifurone sur les insectes

Ces pesticides de la famille des néonicotinoïdes, ou apparentés par leur mode d’action, sont solubles, facilement absorbés par les plantes et neurotoxiques pour les arthropodes, les insectes et de nombreuses autres espèces. Ils agissent en ciblant certaines protéines au niveau du système nerveux de l’insecte (les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine), provoquant sa paralysie, puis sa mort.

L’acétamipride est un composé organochloré préoccupant en raison de son accumulation dans les pollens et de son action sur les pollinisateurs. En effet, il est toxique pour les abeilles et altère leur comportement, leur métabolisme quand elles sont au stade larvaire et leur microbiote intestinal à des doses sublétales (qui n’entraînent pas la mort des abeilles, ndlr). Il présente également une toxicité accrue lorsqu’il est combiné à d’autres pesticides.

Par ailleurs, des effets sublétaux majeurs de l’acétamipride sont observés, à des doses inférieures à celles utilisées en champs, sur un organisme auxiliaire de l’agriculture, le parasitoïde oophage Trichogramma dendrolimi, essentiel à la lutte biologique contre les ravageurs agricoles. Au niveau des écosystèmes, l’acétamipride perturbe la structure trophique des sols en affectant notamment le comportement fouisseur et la reproduction des vers de terre. De plus, la solubilité de l’acétamipride lui permet de se retrouver dans les cours d’eau.

Si l’acétamipride n’est pas considéré comme fortement toxique pour les organismes aquatiques, il est toutefois responsable de lésions tissulaires chez les moules d’eau douce. Chez les souris ou les rats de laboratoire, une exposition à cette substance induit un stress oxydatif responsable de dommages à l’ADN et étroitement associé à une toxicité tissulaire, reproductive et développementale.

Le sulfoxaflor (classé parmi les sulfoximines) et le flupyradifurone (biocide de la classe des buténolides) ont été présentés comme des successeurs des néonicotinoïdes. Ces nouvelles molécules s’avèrent particulièrement efficaces pour lutter contre un large éventail de ravageurs, mais présentent des effets toxiques sur les insectes pollinisateurs et sur les auxiliaires de lutte contre les pucerons comme les coccinelles ou les vers de terre.

En revanche, l’éventuelle toxicité de ces molécules pour les vertébrés est peu connue, et l’essentiel des informations disponibles provient d’études effectuées chez le poisson-zèbre.

Le poisson-zèbre, un organisme modèle en écotoxicologie

Le poisson-zèbre (Danio rerio) est un petit téléostéen d’eau douce originaire d’Asie du Sud, notamment des rivières peu profondes à faible débit d’Inde, du Bangladesh, du Népal et du Pakistan. Il est utilisé dès les années 1970 comme modèle d’étude du développement. Le poisson-zèbre s’impose également comme un modèle de choix en écotoxicologie réglementaire en raison de ses caractéristiques biologiques favorables à l’étude des effets toxiques des contaminants environnementaux.

Son développement externe, rapide et sa transparence permettent une observation directe des altérations morphologiques, physiologiques et comportementales induites par des substances chimiques, dès les stades embryonnaires. Sur le plan neurotoxique, le poisson-zèbre possède comme l’humain, une barrière hématoencéphalique qui protège le système nerveux central en limitant la pénétration des substances chimiques étrangères. Comme l’humain également, le poisson-zèbre est doté d’un système enzymatique hépatique responsable de la métabolisation des pesticides, perturbateurs endocriniens et autres résidus pharmaceutiques.

Ce modèle vertébré aquatique est donc particulièrement pertinent pour les études toxicologiques et est aujourd’hui intégré dans plusieurs lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (test de toxicité aiguë sur poissons juvéniles et adultes, OCDE TG 203 ; test de toxicité embryonnaire (Fish Embryo Toxicity, FET) OCDE TG 236). En particulier, le test de toxicité embryonnaire chez le poisson-zèbre permet d’évaluer la toxicité aiguë des substances chimiques dès les stades précoces du développement et est considéré comme une alternative éthique aux tests sur animaux adultes dans la mesure où les embryons de poisson-zèbre de moins de cinq jours ne sont pas considérés comme des animaux protégés, selon la législation (conformément à la Directive européenne 2010/63/UE).

Ce test qui utilise l’embryon de poisson-zèbre est utilisé dans le cadre des réglementations internationales : l’enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques acronyme anglophone, REACH dans l’Union européenne reconnu par les organismes, tels que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Ainsi, l’analyse conjointe des altérations comportementales ou développementales chez les embryons et les larves de poisson-zèbre représente une approche intégrée, scientifiquement robuste et réglementaire pour évaluer le danger des contaminants environnementaux, en particulier ceux présentant un potentiel neurotoxique ou développemental, comme les pesticides de la famille des néonicotinoïdes, des sulfoximines ou des buténolides.

Quels effets de l’acétamipride, du sulfoxaflor et du flupyradifurone sur le poisson-zèbre ?

Chez l’embryon et la larve de poisson-zèbre, l’acétamipride induit des troubles locomoteurs dès les faibles concentrations (5 % de la dose létale ou comparables à celles trouvées dans l’environnement). À plus fortes doses sublétales, l’acétamipride réduit le rythme cardiaque et entraîne diverses anomalies morphologiques (colonne vertébrale courbée, œdème péricardique).

Bien que les concentrations environnementales soient très faibles, les effets synergiques avec d’autres polluants, comme le cadmium, un polluant métallique agricole issu des engrais minéraux phosphatés, aggravent la toxicité de l’acétamipride pour provoquer des effets développementaux aigus (inhibition de la croissance, malformations morphologiques, perturbations endocriniennes et immunitaires).

Enfin, l’exposition de poissons-zèbres juvéniles à des concentrations environnementales d’acétamipride pendant 154 jours (soit cinq mois, ndlr) montre une bioaccumulation du pesticide, une féminisation des adultes, des perturbations hormonales ainsi que des effets transgénérationnels sur la descendance, tels qu’une baisse de la fécondité, une réduction du taux d’éclosion et la survenue de malformations embryonnaires.

Concernant le sulfoxaflor, les données sont limitées mais préoccupantes. Chez l’embryon et la larve de poisson-zèbre, le sulfoxaflor provoque des retards d’éclosion et de croissance, des malformations caudales et des anomalies cardiaques. À l’échelle moléculaire, il module l’expression de gènes liés au stress oxydatif et à la signalisation neuronale. L’exposition au sulfoxaflor réduit également le nombre de cellules immunitaires et active les voies inflammatoires, indiquant un potentiel toxique systémique similaire à celui des néonicotinoïdes.

Quant au flupyradifurone, il s’agit d’un nouvel insecticide de type buténolide produit par Bayer et présenté comme « faiblement toxique ». Il diminue pourtant la survie, la croissance, développement et la fréquence cardiaque des embryons de poisson-zèbre. À ce jour, cette étude est la seule qui évalue l’effet du flupyradifurone sur un vertébré et elle indique que la présence de ce pesticide dans les produits agricoles et dans l’environnement pourrait être source de préoccupation.

Des données en faveur d’une réévaluation toxicologique de ces pesticides

Ainsi, ces pesticides, l’acétamipride, le sulfoxaflor et le flupyradifurone, interfèrent avec des processus fondamentaux du développement neurologique et endocrinien chez le poisson-zèbre, même à faibles doses et pour des expositions de courte durée. La conservation évolutive des voies neurochimiques et hormonales entre poissons et mammifères suggère un risque potentiel pour l’humain, notamment en cas d’exposition chronique ou prénatale.

La présence de ces composés dans les eaux de surface, dans les sols et même dans certains aliments invite à une réévaluation rigoureuse de leur profil toxicologique, en intégrant les effets cumulés, les fenêtres de vulnérabilité et les expositions multiples.

Le modèle du poisson-zèbre constitue à ce titre un précieux outil d’alerte précoce, à même d’anticiper des risques sanitaires encore mal caractérisés.

The Conversation

Pierre-Olivier Angrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Loi Duplomb : le poisson-zèbre est un outil d’alerte précoce – https://theconversation.com/loi-duplomb-le-poisson-zebre-est-un-outil-dalerte-precoce-265807

Comment la photographie de guerre a transformé le regard de la France sur la révolution irlandaise

Source: The Conversation – in French – By Claire Dubois, Professeure de civilisation irlandaise, Université de Lille

Les années 1920 sont aussi celles des débuts du photojournalisme…et de la manipulation de l’opinion par la photo.

Marquée par la violence et les bouleversements politiques, la révolution irlandaise (1912-1923, selon la plupart des historiens) voit l’opinion nationaliste irlandaise se tourner vers le mouvement républicain Sinn Féin pour obtenir l’indépendance par la force. Une exposition en ligne met en lumière le récit de ces années turbulentes dans la presse française.


Au tournant des années 1920, la France se passionne pour la cause irlandaise. Si la révolution a été le sujet de nombreux articles dans les journaux français, elle a aussi été suivie de près grâce aux images. Ce sont peut-être même les photographes qui ont transformé le regard de la France sur ces événements. Avant ces reportages photographiques, les Français s’intéressaient peu au sujet et beaucoup doutaient que l’Irlande soit capable de se gouverner seule.

C’est avec l’« Insurrection de Pâques » (Easter Rising), en 1916, que le public français a réellement pris conscience de la détermination des indépendantistes irlandais. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale et de la Triple-Entente avec la Grande-Bretagne, ces événements sont d’abord perçus avec une certaine méfiance en France. Pourquoi, en effet, organiser une insurrection à Dublin alors que la guerre bat son plein sur le continent ?

Bien que les journalistes aient d’abord présenté l’Insurrection de Pâques comme un complot allemand, l’événement se révèle finalement être un coup de maître dans la lutte pour l’indépendance, notamment sur le plan de l’opinion publique internationale. Dépêchés sur place, les photographes ont alors joué un rôle majeur dans la perception de la cause irlandaise sur le plan européen et international.

Les balbutiements du photojournalisme

En effet, les événements de la période révolutionnaire en Irlande, dont les plus connus du grand public sont le soulèvement de Pâques en 1916, la guerre d’indépendance (1919-1921) et la guerre civile (1922-1923), ont souvent figuré en bonne place dans les pages des journaux français de l’époque.

À cette période, l’utilisation de la photographie dans la presse était encore un art balbutiant, mais cette technologie connut un essor rapide, de même que la circulation des images entre les îles britanniques et le continent. Les agences françaises de presse, telles que Rol et Meurisse, achètent alors des clichés à des photographes locaux (dont le nom n’était jamais crédité) et inondent les rédactions d’images qui, reproduites sous forme de gravures puis directement de photographies, créent une nouvelle proximité avec le conflit. Les journaux illustrés, comme Excelsior et le Miroir, ont aussi contribué au développent d’un photojournalisme plus approfondi, et frappé l’esprit des lecteurs avec leurs unes couvertes de photographies.

Une célèbre photographie publiée en 1916 en une du Miroir montre ainsi la comtesse Constance Markievicz à l’arrière d’un camion de police après le procès qui lui a valu une condamnation à mort, commuée en emprisonnement à vie en raison de son sexe. Souvent interrogée par les reporters français dépêchés sur place lors de la guerre d’indépendance, Markievicz, ancienne élève de l’Académie Julian à Paris, tente de convaincre la France du bien-fondé de l’indépendance irlandaise et condamne les exactions de l’armée britannique en Irlande.

« La comtesse Markievicz regagne la prison après sa condamnation. »

Dans une interview accordée à Joseph Kessel en 1920, elle souligne également l’importance des femmes dans le camp séparatiste et regrette que le socialisme radical ne soit pas aussi populaire en Irlande que sur le continent. Elle contribuera à populariser la cause irlandaise auprès du public français, de même que d’autres indépendantistes francophiles.

Des événements très présents dans la presse française

Pendant la guerre anglo-irlandaise, les journaux français de tous bords se font l’écho des événements en Irlande, publiant des interviews comme des articles de fond retraçant l’histoire du conflit. Le journal illustré parisien Excelsior publie régulièrement des photographies du conflit, y compris plusieurs unes au cours de la période révolutionnaire. L’annonce de la signature du Traité anglo-irlandais figure ainsi en [première page, le 8 décembre 1921], accompagnée, dans un souci didactique, de photographies de séances aux Parlements de Dublin et de Belfast et d’une carte de l’Irlande.

« La conclusion de l’accord anglo-irlandais a produit une impression profonde en Angleterre. »
Gallica

À une semaine d’intervalle, deux unes de la première semaine de juillet 1922 documentent les effets de la guerre civile sur la population irlandaise et les destructions infligées à la ville de Dublin, lors de la bataille opposant les opposants et les supporters du Traité anglo-irlandais.

« Les rebelles irlandais assiégés à Dublin se sont rendus. »
Gallica
« La guerre civile en Irlande : les dernières batailles de Dublin. »
Gallica

La publication régulière de portraits et d’entretiens avec les différents protagonistes permet au public de se familiariser avec les acteurs du conflit et de se faire sa propre opinion sur les représailles britanniques pendant la guerre d’indépendance, puis sur la détermination des opposants au Traité pendant la guerre civile. Si la majorité des journaux français semble soutenir la cause indépendantiste, la guerre civile n’est pas comprise par l’opinion, choquée par le meurtre de Michael Collins perpétré par les opposants à l’État libre en août 1922.

Un cliché reproduit en une d’Excelsior le 24 novembre 1920 pousse la propagande à l’extrême. Situé en haut à droite, il montre les cadavres de rebelles vaincus lors de la bataille de Tralee (Kerry). Il s’agit en réalité d’une mise en scène pour des photographes officiels à Killeney dans le comté de Dublin, censée montrer les avancées des Britanniques.

« Depuis les tragiques événements de dimanche, le calme règne en Irlande ».
Gallica

Susciter l’empathie

Au-delà des tentatives de manipulation de l’opinion, de nombreuses photographies disent l’histoire de la résistance irlandaise à l’oppression anglaise et pointent du doigt les destructions et la souffrance de la population civile, familières au public français de l’après-guerre. Les photographies choisies pour accompagner l’article de Joseph Kessel publié dans la Liberté, le 28 septembre 1920, représentent l’ampleur des destructions après le sac de Balbriggan par les « Black and Tans ». L’esthétique des ruines et le désespoir de la femme dont la photographie figure en médaillon ne sont pas sans rappeler la Grande Famine qui frappa l’Irlande quelques décennies auparavant.

« Le sac de Balbriggan par des soldats anglais. »
Gallica

Représenter la souffrance est loin d’être aisé.

« Les récits peuvent nous amener à comprendre. Les photographies font autre chose : elles nous hantent », souligne Susan Sontag dans « Devant la douleur des autres », 2003.

Donner à voir ces visages, ces ruines et ces drames humains crée une plus grande proximité avec l’expérience du lecteur français d’après-guerre. Grâce à ces photographies, l’Irlande n’est plus une simple abstraction politique, mais devient une réalité tangible.


Une exposition numérique mise au point par Síobhra Aiken, Claire Dubois et Mark O’Rawe des universités de Queen’s (Belfast) et de Lille retrace l’histoire des représentations visuelles de la révolution irlandaise en France et met en lumière les liens entre les deux pays.

The Conversation

Claire Dubois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la photographie de guerre a transformé le regard de la France sur la révolution irlandaise – https://theconversation.com/comment-la-photographie-de-guerre-a-transforme-le-regard-de-la-france-sur-la-revolution-irlandaise-267666

Face à l’IA, l’enseignant ne doit pas se transformer en chasseur de fraudes, mais repenser sa pédagogie

Source: The Conversation – in French – By Cécile Méadel, Professeure en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Panthéon-Assas

Aussi performantes soient-elles, les intelligences artificielles génératives ne peuvent remplacer les professeurs dans leur travail d’éducation à l’esprit critique auprès des élèves. Mais pour bien remplir ce rôle, ils doivent remettre en perspective leurs pratiques et réinventer leur pédagogie.


On le sait, les intelligences artificielles (IA) génératives sont en mesure de rédiger des textes, de traiter des corpus, de générer des contenus multimédias et de résoudre des équations complexes… soit des opérations traditionnellement demandées aux étudiants.

À l’université, elles provoquent (à nouveau et encore) des débats sur la place des machines dans l’acquisition de compétences. Si les étudiants s’appuient trop sur elles, ne risquent-ils pas de considérer certaines compétences comme obsolètes ? Peut-on apprendre sans pratiquer, en déléguant la tâche à une machine ?

Les réponses se multiplient avec un discours catastrophiste. Des enquêtes se font l’écho de pertes cognitives liées à l’usage des IA, comme l’explique la dernière étude du MIT, selon laquelle les utilisateurs d’intelligences artificielles génératives sous-performeraient systématiquement.




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Sont aussi interrogées les limites du modèle : les bases de données ne risquent-elles pas de se dégrader à force de se nourrir avec les résultats qu’elles produisent ? Sans compter le très lourd impact environnemental et humain de ces outils.

De tels discours prêtent des capacités infinies et incontrôlables à ces outils. Ils nourrissent le discours de toute-puissance des industries numériques et s’inscrivent dans un imaginaire de science-fiction. Ils négligent leur caractère économique et le fait que l’IA est un terme choisi par son potentiel marketing. Penser en termes d’effets, sans nourrir la discussion et sans contradiction, laisse les Big Tech piloter le débat.

Questionner la verticalité de l’enseignement

Ces outils sont indéniablement puissants, même s’ils ne peuvent pas tout faire. Leur facilité d’accès et leur rapidité font qu’ils sont largement mobilisés par les étudiants, comme le répètent ad nauseam sondages, articles et rapports publics. Or, cet usage est difficilement traçable et la situation ira en s’accentuant, car les intelligences artificielles génératives se multiplient et se diversifient, leur qualité augmente et les limites ou hallucinations évidentes autrefois (c’est-à-dire, il y a deux ans) s’atténuent.

En même temps, leurs effets sont désormais mis en lumière : la non-appropriation des productions, les limites de la réflexion et l’accroissement des inégalités.

La bonne nouvelle est que le combat pour affirmer que les intelligences artificielles génératives ne peuvent pas remplacer la réflexion n’est pas perdu d’avance. Mais il faut changer la focale du problème : comment en faire un « amplificateur d’intelligence » et non un substitut hébétant ?

Ces outils questionnent le modèle d’apprentissage encore largement vertical en France. Qui n’a jamais assisté dans un amphithéâtre à un cours magistral sans interactions pour en ressortir avec le constat de la passivité des étudiants ? Une passivité qui préexistait aux intelligences artificielles génératives. Ce n’est donc pas une chasse aux fraudes qui doit être mise en place, mais un questionnement sur la manière même d’enseigner et d’évaluer.

Voici trois pistes de réflexion sur la manière dont les intelligences artificielles génératives peuvent aider à repenser le rôle d’enseignant.

Resituer l’IA dans la longue histoire des usages numériques

Les intelligences artificielles génératives n’arrivent pas dans un paysage vide de technologie numérique. Internet, les bibliothèques numériques, le courrier électronique, les réseaux sociaux… reconfigurent le rapport à la connaissance. Certains ont pu faire comme si Google ou Wikipédia étaient des outils négligeables, qu’il suffisait d’interdire ou d’ignorer. C’était manquer à notre mission éducative.

Les résultats d’un moteur de recherche varient selon la capacité à formuler une requête, à comprendre le fonctionnement algorithmique et à exercer un regard critique sur les sources. Consulter Wikipédia sans savoir que l’on peut retracer l’historique d’une page, ignorer la différence entre Google Scholar et JSTOR, ou ne pas saisir la signification d’une citation, revient à utiliser ces outils de manière aveugle.

Reportage sur l’usage de l’IA à l’université (France 3 Bretagne, mars 2025).

Les technologies, comme l’a montré la sociologie des usages, se déploient dans un environnement pluriel et imprévisible, avec des pratiques différenciées, des détournements et des appropriations. Les usages des intelligences artificielles génératives doivent être replacés dans leur contexte social, politique, culturel. Mais aussi dans leurs modalités d’utilisation, passive ou active, individuelle ou collective, sur le modèle problem solving ou interaction créative. Ainsi, l’intelligence artificielle générative n’est ni miracle ni fléau pour l’apprentissage : sa puissance dépend du contexte, des usages, de la réflexivité déployée par les acteurs.

Rappelons enfin que l’intelligence artificielle générative n’est pas une technique unique, mais une série d’outils différents et que, si ChatGPT occupe aujourd’hui une position dominante, il n’est pas seul. Les risques associés (données personnelles, véracité des contenus, biais des modèles…) varient selon les systèmes. Éduquer à l’intelligence artificielle générative, c’est aussi apprendre à choisir le bon outil selon l’usage attendu, à en comprendre les enjeux éthiques, culturels et économiques.

Intégrer l’IA comme objet d’exercice critique

Former à l’intelligence artificielle générative ne revient donc pas à enseigner une boîte à outils : c’est avant tout offrir une perspective analytique et réflexive. La formation doit être pensée pour différents niveaux de maîtrise et adaptée aux besoins des étudiants.

Comme le note Nicholas Carr, les compétences nécessaires pour bien exploiter l’intelligence artificielle générative dépendent de savoirs que l’usage de l’IA risque de court-circuiter. Former à l’intelligence artificielle générative, c’est refuser de céder à une dépendance intellectuelle et veiller à ce que les étudiants développent une compréhension des sujets qu’ils abordent. L’enjeu est autant cognitif (développement de la pensée) et pragmatique (maîtrise de l’outil) qu’éthique (responsabilité, agentivité).




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Il s’agit de permettre aux étudiants de développer une compréhension du fonctionnement même des modèles d’IA, notamment leur caractère probabiliste (qui les rend susceptibles de produire des réponses convaincantes, mais inexactes). Leur utilisation dépend largement du type de rapport au savoir que les étudiants entretiennent avec ces outils : lorsqu’ils sont utilisés pour construire et augmenter la connaissance, ils favorisent le développement de la réflexion analytique ; en revanche, un usage régurgitatif, reposant sur la reproduction des contenus générés, conduit à des apprentissages superficiels.

Intégrer l’intelligence artificielle générative comme objet d’exercice critique devient central pour renforcer l’autonomie intellectuelle des élèves et prévenir leur réduction au rôle de consommateurs passifs de contenus obtenus de manière automatisée.

Repenser le rapport à l’évaluation

Les textes rédigés à l’aide d’intelligences artificielles génératives sont, sauf grande maladresse, difficiles à détecter, ce qui remet en question nos méthodes d’évaluation traditionnelles, largement fondées sur la restitution écrite et la capacité de synthèse ou de mémorisation. Dans ce contexte, la classique fiche de lecture perd de sa pertinence : à l’échelle individuelle, les étudiants constatent que les intelligences artificielles génératives sont capables de résumer un texte plus efficacement qu’eux.

Pourtant, à l’échelle collective, cette délégation de la lecture à une intelligence artificielle générative conduit à une standardisation des interprétations, dictée par un fonctionnement orienté vers la synthèse la plus probable, au détriment de l’interprétation personnelle, de la nuance et de la complexité. Ce glissement interroge non seulement la validité des productions, mais aussi le sens même de la lecture et de la compréhension.




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Deux formats d’évaluation sont considérés comme préservés : l’oral ou le devoir surveillé avec interdiction des outils numériques. Ces options restent valables et sont encore très présentes pour les examens de l’université française, mais elles ne sauraient constituer les seules alternatives.

Des travaux explorent actuellement d’autres formes d’évaluation. En sciences humaines et sociales, plusieurs pistes s’ouvrent. Par exemple, cela consiste à valoriser des productions plus difficiles à automatiser, telles que la restitution d’enquêtes de terrain, les observations in situ, ou encore les productions qui mobilisent leur « expérience incarnée ». Une telle orientation implique un déplacement épistémologique : l’expérience, articulée à la théorie, participe à une construction collective du sens et à une éducation fondée sur l’engagement.

Ce n’est pas simple dans un système scolaire où la notation occupe une place centrale et qu’en conséquence la triche domine le débat sur les intelligences artificielles génératives. Pourtant, la finalité de l’évaluation ne devrait pas être de sanctionner, mais de mesurer la progression, la compréhension et la capacité à mobiliser des savoirs.

L’enseignant doit alors expliciter pour les étudiants ce qu’il évaluera, et si, comment et avec quelles limites l’intelligence artificielle générative peut être utilisée. Certaines pratiques doivent parallèlement être explicitement désignées comme inacceptables : présenter comme personnel le travail d’une IA, utiliser de fausses références ou fabriquer des données fictives.

Ce n’est pas l’usage de l’intelligence artificielle générative qui est problématique, mais des comportements qui vont à l’encontre des attentes pédagogiques. Dès lors, il ne s’agit pas d’abord de surveiller ou de sanctionner, mais de poser un cadre, favorisant une évaluation fondée sur le partage de responsabilités et sur le développement d’un raisonnement critique sur la manière dont la connaissance est produite, que l’étudiant soit épaulé ou non par l’intelligence artificielle générative.

The Conversation

Cécile Méadel a reçu des financements de l’ANR (STYX – ANR-23-PEIC-0006).

Jaércio da Silva a reçu des financements de l’ANR (STYX – ANR-23-PEIC-0006).

ref. Face à l’IA, l’enseignant ne doit pas se transformer en chasseur de fraudes, mais repenser sa pédagogie – https://theconversation.com/face-a-lia-lenseignant-ne-doit-pas-se-transformer-en-chasseur-de-fraudes-mais-repenser-sa-pedagogie-267587

New York : l’élection municipale qui pourrait fracturer le Parti démocrate

Source: The Conversation – in French – By Elisa Chelle, Professeure des universités en science politique, Université Paris Nanterre

Le démocrate Zohran Mamdani, qui représente le courant le plus à gauche de sa formation politique, est bien placé pour être élu maire de New York ce 4 novembre. Sa campagne a mis l’accent sur les questions économiques, promouvant un programme ambitieux et difficilement réalisable, certains prérogatives en la matière n’étant pas directement du ressort de la mairie. Mais ce sont surtout ses positions tranchées sur le conflit israélo-palestinien qui ont été mises sur le devant de la scène, aussi bien par le camp républicain que par son adversaire démocrate Andrew Cuomo. Si Mamdani gagne, les conséquences sur son parti seront majeures.


L’élection du maire de New York, ce 4 novembre 2025, se présente comme l’une des consultations politiques les plus scrutées aux États-Unis. Bien au-delà de son enjeu local, ce scrutin cristallise les fractures profondes du Parti démocrate et pourrait redéfinir les équilibres de la politique nationale en vue des élections de mi-mandat de 2026. Et Donald Trump pourrait en être le premier bénéficiaire.

Trois candidats sont en lice : le démocrate et socialiste Zohran Mamdani, figure de la gauche radicale et favori des sondages ; Andrew Cuomo, démocrate concourant en indépendant, ancien gouverneur de l’État de New York (2011-2021) qui avait démissionné alors qu’il était accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel ; et le républicain Curtis Sliwa.

Le maire sortant, le démocrate Eric Adams, inquiété pour des faits de corruption, a vu, en février dernier les charges pesant sur lui abandonnées grâce à l’intervention de Donald Trump. Il a donc pu se représenter mais a fini par renoncer fin septembre, faute de dépasser les 10 % d’intentions de vote. Dans une ville où les Démocrates sont sept fois plus nombreux que les Républicains, Mamdani, investi par le Parti démocrate après sa victoire à la primaire du mois de juin, a toutes les chances de l’emporter.

Portrait d’un outsider : Zohran Mamdani

À 34 ans, Zohran Mamdani incarne une nouvelle génération politique. Né en Ouganda dans une famille privilégiée d’origine indienne – son père est professeur de sciences politiques à Columbia, sa mère une réalisatrice reconnue, notamment récompensée par la Caméra d’Or au festival de Cannes en 1988 pour son film Salaam Bombay ! –, il a obtenu la nationalité des États-Unis, où la famille s’est installée quand il avait sept ans, en 2018.

Diplômé en études africaines du prestigieux Bowdoin College dans le Maine, il s’est essayé au rap sous le nom de scène « Young Cardamom », puis a travaillé comme conseiller en prévention des saisies immobilières auprès de familles surendettées, tout en militant au sein des Democratic Socialists of America (DSA), principale organisation ouvertement socialiste du pays, qui revendique quelque 90 000 membres. Le terme « socialiste » est un marqueur très fort aux États-Unis. Il désigne la gauche de la gauche et est souvent utilisé par les Républicains pour dénoncer les excès de leurs adversaires.

Les DSA jouent un rôle essentiel dans la trajectoire de Mamdani. Créée en 1982, l’organisation fédère alors des militants et des intellectuels de la gauche radicale, plutôt âgés, publiant des notes et organisant des conférences. 2016 marque un tournant. C’est la première fois qu’un candidat se déclarant socialiste se présente à une élection présidentielle : il s’agit de Bernie Sanders. Zohran Mamdani s’engage pour soutenir sa campagne. C’est aussi l’année de la première élection de Donald Trump. Le choc est un catalyseur : le mouvement se rajeunit, gagne en ampleur et devient une machine à produire des candidats, comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Mamdani lui-même. Le soutien de DSA lui permet d’être élu à l’Assemblée de l’État de New York en 2020, son premier et seul mandat politique à ce jour.

Son appartenance aux Democratic Socialists of America donne une coloration particulière à la candidature du jeune Indien-Américain. Il doit être anticapitaliste dans la capitale mondiale du capitalisme financier. Et il doit faire preuve d’un antisionisme radical dans la ville qui abrite le plus grand nombre de Juifs au monde et qui reste une place forte du soutien à Israël. Le tout en aspirant à tenir le gouvernail d’une mégapole au budget de 109 milliards de dollars (soit 94,7 milliards d’euros) et aux 300 000 employés, en n’ayant l’expérience que de la gestion d’un bureau de cinq personnes.

Un programme ambitieux… mais réalisable ?

Doublement du salaire minimum, crèches gratuites, bus gratuits, gel des loyers, supermarchés publics… autant de mesures qui changeraient la vie des milieux modestes. Dans un contexte d’augmentation du coût de la vie et dans une mégapole marquée par de criantes inégalités socioéconomiques, ces promesses résonnent. Le maire démocrate Bill de Blasio (2014-2021) avait déjà mis en place la maternelle gratuite pour les enfants de 3 et 4 ans, et gelé les loyers pendant deux ans. Seul problème pour Mamdani : le maire de New York ne dispose pas toujours des pouvoirs nécessaires pour les mettre en œuvre ou en assurer le financement.

Taxer les riches pour soutenir la redistribution : la ligne est fidèle aux ambitions de la gauche radicale. Mamdani envisage une augmentation de la pression fiscale sur les ménages et les entreprises les plus fortunés : + 2 % d’impôts sur les particuliers dont les revenus annuels dépassent le million de dollars, et taux d’imposition de 11,5 % (au lieu de 7,25 %) sur les 1 000 entreprises les mieux loties (sur les 250 000 que compte New York). Mamdani a déclaré à la télévision : « Il ne devrait pas y avoir de milliardaire. » Les intéressés ont bien reçu le message. 26 d’entre eux ont déjà collecté près de 25 millions de dollars pour alimenter les fonds de campagne pro-Cuomo et/ou anti-Mamdani. Leur premier contributeur n’est autre que Michael Bloomberg, maire (démocrate puis indépendant) de New York de 2002 à 2013.

Autre difficulté : la fiscalité relève de la compétence de l’État, pas de la municipalité. La gouverneure de l’État de New York Kathy Hochul est certes démocrate, mais centriste. Elle s’est déjà déclarée opposée à ces hausses d’impôt, au nom de l’attractivité de l’État. Elle n’ignore pas le risque de délocalisation d’entreprises vers le Connecticut, dont la première ville hub (Stamford) n’est qu’à une heure de train de Manhattan, et où le taux d’imposition sur les sociétés deviendrait plus attractif. La Californie a déjà fait les frais d’une fiscalité élevée avec l’exode d’une partie de ses entreprises dans le Texas et de ses électeurs démocrates dans les États voisins.

L’augmentation du salaire minimum, même graduelle, se heurte au même obstacle. C’est l’État de New York qui décide, ce que Mamdani ne peut pas mettre en avant en pleine campagne. Les réticences à ce type de réforme sont connues. L’augmentation des salaires entraîne une augmentation des prix (donc réduit le pouvoir d’achat). La hausse du coût du travail incite aux réductions de personnel (donc nuit à l’emploi). Mamdani propose de réduire certaines charges sur les entreprises en contrepartie (amendes ou factures d’eau), mais cela est loin de compenser. La mesure pèserait, en outre, de manière disproportionnée sur les petites entreprises.

Qu’en est-il de la gratuité des bus ? La maire progressiste de Boston, Michelle Wu, a déjà expérimenté une telle mesure. À la condition expresse de compenser le manque à gagner par l’agence d’exploitation du réseau de transports en commun. À New York, cela représenterait une somme de 652 millions de dollars par an. Le réseau étant géré par la MTA, une agence d’État, le maire ne pourrait que négocier, et non imposer. Rappelons par ailleurs que le pilier des transports publics new-yorkais reste le métro, et les trains de banlieue pour les habitants les plus éloignés du centre.

Le gel des loyers pourrait s’appliquer aux 46 % de logements à loyer régulé de la ville. Le plafond de révision annuelle des loyers est déterminé par une commission de neuf membres, tous nommés par le maire. Il serait donc possible de composer habilement la commission, mais celle-ci resterait légalement tenue d’évaluer les coûts d’exploitation des propriétaires (impôts, énergie, rénovation). Un gel prolongé pourrait soit être contesté dans les tribunaux, soit dégrader l’état du parc locatif, soit inciter les petits propriétaires à retirer leurs biens de la location.

Punir les grandes fortunes et pratiquer la redistribution n’a donc rien d’évident dans une ville comme New York. Les démocrates d’Albany – la capitale de l’État – seraient les premiers sur le chemin d’un maire socialiste comme Mamdani.

La question israélo-palestinienne : un piège politique

Depuis le 7 octobre 2023, la question israélo-palestinienne est explosive au sein du Parti démocrate. D’un côté, il y a l’establishment du parti soutient Israël ; de l’autre, une jeune garde qui y est de plus en plus hostile. Les Democratic Socialists of America ont adopté une ligne antisioniste radicale. Ils exigent de leurs candidats de se conformer à tous les critères suivants : soutien au mouvement « Boycott, désinvestissement, sanctions », interdiction de voyager en Israël, reconnaissance du « droit au retour » et du « du droit à la résistance », opposition à tout cessez-le-feu à la faveur d’une « libération totale » de la Palestine.

Cette position place le candidat dans une situation intenable. New York compte 1,1 million de Juifs, soit un quart du total de la population juive-américaine. La ville est le siège de groupes de pression, de médias et de grands donateurs pro-Israël. Vingt-quatre ans après le 11-Septembre, un candidat musulman qui refuse de condamner clairement les violences du Hamas – organisation ouvertement antisémite selon sa charte de 1988 – soulève des inquiétudes considérables.

Mamdani a qualifié Israël d’« État d’apartheid » conduisant « un génocide » à Gaza. On connaît les arguments invoqués par la gauche radicale : l’antisionisme n’est pas l’antijudaïsme, et il s’agit avant tout d’une lutte anticolonialiste. Mais on a aussi pu observer combien une telle posture, qui suscite régulièrement des soupçons d’antisémitisme larvé, a pu coûter cher aux leaders de la gauche, tel le travailliste Jeremy Corbyn au Royaume-Uni. À la veille de l’élection, 60 % des électeurs juifs de New York déclarent soutenir Andrew Cuomo.

L’« establishment » démocrate divisé, Donald Trump se frotte les mains

La candidature d’Andrew Cuomo, 67 ans, est celle du camp centriste, acquis au consensus libéral, mais entravé par des casseroles judiciaires. Issu d’une dynastie politique – son père Mario fut gouverneur pendant trois mandats –, Cuomo a démissionné de son poste de gouverneur de l’État de New York en 2021 car il était accusé de harcèlement sexuel sur une douzaine de femmes. Fait documenté : il a également manipulé les chiffres des décès dans les maisons de retraite pendant le Covid, ce qui lui vaut une procédure judiciaire pour parjure devant le Congrès.

Malgré sa défaite à la primaire du Parti démocrate organisée le 24 juin dernier (avec 43,61 % des suffrages contre 56,39 % pour Mamdani au dernier tour de scrutin), il a décidé de maintenir sa candidature et de se présenter en tant qu’indépendant. Pas évident pour un camp démocrate qui prêche – tout spécialement depuis la présidentielle de 2020, qui reste contestée avec véhémence par le clan Trump – le respect du résultat des élections.

Baiser de la mort : Cuomo est soutenu par le maire sortant Eric Adams. Cet ancien capitaine de police a été inculpé pour corruption. Mais sur injonction présidentielle, un juge fédéral a abandonné les poursuites engagé contre lui il y a quelques mois. Adams a donc continué à faire campagne. En avril, il a retiré sa candidature à la primaire démocrate, et a concouru par la suite en indépendant, jusqu’à son abandon définitif fin septembre. Pendant ces quelques mois, il a contribué à une division de l’électorat démocrate entre sa candidature et celle de Cuomo, ce qui a favorisé Mamdani. C’était précisément le dessein du camp Trump.

Le président a beau jeu de présenter l’affrontement Cuomo-Mamdani comme un duel entre un ancien édile désavoué et un « communiste fou à 100 % » (c’est ainsi qu’il qualifie Mamdani), ce qui discrédite le Parti démocrate dans son ensemble. De par ses attaques répétées à l’encontre de Mamdani, il transforme l’élection new-yorkaise en guerre par procuration contre la gauche progressiste.

Donald Trump n’espère pas voir un républicain gagner la mairie de New York, objectif quasi impossible en l’état actuel des forces. Sa stratégie consiste à utiliser la probable victoire de Mamdani comme laboratoire afin de fracturer le Parti démocrate au niveau national. Le camp des centristes gestionnaires est en lambeaux. Le choix est cornélien : soutenir un candidat anticapitaliste et pro-palestinien, en fidélité au parti qui l’a investi, ou défendre un candidat accusé – à raison – de parjure et de harcèlement sexuel.

Pendant que la gauche radicale se prend à rêver de victoires « du Maine à la Californie », l’anticapitalisme de Mamdani permettra à Trump de brandir l’épouvantail du « radicalisme de gauche » auprès de l’électorat modéré national. Chaque difficulté à New York sera imputée au « socialisme » du maire. Surtout, son antisionisme radical va être un détonateur dans le camp démocrate. Les leaders vont devoir prendre position en public et régler leurs comptes en interne. Barack Obama, lui, a déjà choisi. De passage en Virginie et dans le New Jersey pour soutenir en meeting les candidates démocrates, il n’a pas fait d’arrêt à New York. Zohran Mamdani a dû se contenter d’un coup de téléphone de soutien de la part de l’ancien président.

Au cœur de cette stratégie : le vote juif. Donald Trump a pris parti en faveur d’Israël comme aucun président avant lui. Cela lui a valu un soutien considérable dans le camp républicain. Maintenant, il veut fissurer encore davantage le soutien historique des Juifs aux Démocrates. Si les plus orthodoxes choisissent déjà de plus en en plus le vote républicain, les plus modérés restent encore à convaincre. Et si Mamdani décidait de se tempérer sur cette question, il perdrait le soutien de DSA. Alexandria Ocasio-Cortez en a déjà fait l’expérience.

La difficile reconstruction du Parti démocrate

Zohran Mamdani illustre un tournant important pour le Parti démocrate : la mise de côté des questions identitaires et de guerre culturelle, dans le cadre de laquelle la posture du parti a parfois été qualifié de « wokiste ». Le retour des questions matérielles, relatives au coût de la vie, est indispensable à de futures victoires électorales du parti de l’âne. Mais dans un contexte où la formation tente de se reconstruire après la défaite de 2024, la gauche radicale n’apporte peut-être pas que des solutions.

Les autres figures démocrates se tiennent à distance à distance du jeune Mamdani. Au mieux, elles lui apportent un soutien formel. Mais chacun se prépare. Kamala Harris vient de publier ses mémoires et ne cache pas ses ambitions présidentielles pour 2028. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, fervent anti-Trump, est à la manœuvre pour faire voter, ce 4 novembre la Proposition 50, un redécoupage électoral partisan destiné à contrer une tactique similaire des républicains dans le Texas.

Le 4 novembre déterminera si New York devient le symbole d’une renaissance de la gauche radicale états-unienne ou le cadeau empoisonné qui divisera durablement le Parti démocrate, offrant à Donald Trump une victoire stratégique majeure pour garder le contrôle des deux Chambres aux élections de mi-mandat en novembre 2026.


Élisa Chelle est l’auteure de La démocratie à l’épreuve du populisme. Les leçons du trumpisme (Odile Jacob, 2025).

The Conversation

Elisa Chelle a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

ref. New York : l’élection municipale qui pourrait fracturer le Parti démocrate – https://theconversation.com/new-york-lelection-municipale-qui-pourrait-fracturer-le-parti-democrate-268919

L’Union européenne à la croisée des chemins

Source: The Conversation – in French – By Jean-Philippe Melchior, Professeur des universités en sociologie, Le Mans Université

La combinaison de son recul économique, de la dégradation du contexte international et du possible désengagement de Washington du Vieux Continent place l’UE devant une alternative : continuer à n’être qu’une plateforme commerciale et normative, sachant que les recettes néolibérales appliquées au cours des dernières décennies ont mécontenté de larges pans de la population, ou aller plus avant vers une intégration politique plus poussée.


Quand tout s’accélère sur le plan géopolitique, il est essentiel de relier les événements aux tendances structurelles qui les nourrissent. Depuis février 2025, l’inquiétude grandit en Europe : le président des États-Unis, qui affirmait pouvoir mettre fin au conflit russo-ukrainien « en un jour », se soucie peu de la souveraineté de Kiev. L’échange tendu du 28 février entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, de même que la rencontre à tonalité très amicale d’Anchorage avec Vladimir Poutine le 16 août ont montré que Washington pousse à un cessez-le-feu à n’importe quelle condition, quitte à sacrifier les intérêts de l’Ukraine.

Cette posture met en évidence la dépendance persistante de l’Union européenne à l’égard des États-Unis et oblige à repenser ses fondements. Après un rappel des fragilités de la construction européenne, il convient d’identifier les défis suscités par la politique américaine, puis de réfléchir aux opportunités qu’offre cette nouvelle configuration.

Le rôle d’accélérateur de l’UE dans la généralisation des politiques néolibérales

Le compromis social forgé après 1945 – droits sociaux, services publics, redistribution, sécurité de l’emploi – s’est progressivement érodé, laissant place à un capitalisme dérégulé. Le rôle joué par l’UE dans cette mutation, amorcée dès les années 1980, est souvent sous-estimé.

Dans un contexte de mondialisation, les élites économiques ont cherché à doter l’Europe d’un vaste marché intégré. Droite, centre et social-démocratie ont relayé cet objectif, conçu comme un moyen de rivaliser avec les États-Unis et le Japon. L’Acte unique (1986) et les traités de Maastricht (1992) et d’Amsterdam (1997) ont accéléré les transferts de compétences et favorisé une déréglementation sans précédent. Parallèlement, l’élargissement vers l’Europe centrale et orientale a accentué cette dynamique, permettant aux grandes entreprises d’opérer à l’échelle continentale.

Ces choix ont engendré, dans la quasi-totalité des pays de l’UE, des renoncements majeurs : perte de souveraineté budgétaire, affaiblissement de la protection sociale, recul des services publics, flexibilité accrue du travail.

L’orientation néolibérale de l’UE a nourri la défiance des catégories populaires et contribué à la montée de l’extrême droite. Sans rupture avec cette trajectoire, l’UE risque de perdre encore en légitimité et de voir croître les forces hostiles à l’intégration.

Pourtant, l’UE a acquis des compétences étatiques importantes – légiférer, négocier des accords commerciaux, développer une banque centrale. Elle s’est affirmée comme un proto-État, mais dont la vocation demeure largement économique. L’UE n’a pas encore trouvé le chemin d’un équilibre entre intégration économique et justice sociale, ce qui alimente sa vulnérabilité politique.

Un contexte international difficile pour l’UE

L’Europe reste une zone développée mais affiche une croissance atone : 1 à 1,5 % prévus dans la décennie, contre 3 % aux États-Unis et des niveaux supérieurs pour la Chine et l’Inde.

Cette perte de vitesse économique intervient à un moment où la guerre est aux portes de l’UE (rappelons que l’Ukraine est frontalière de trois pays membres : la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie).

L’Europe a tardé à percevoir la nature agressive du régime russe. Géorgie en 2008, Crimée en 2014, Donbass ensuite : autant de signaux d’un impérialisme assumé que l’Union a eu tendance à minorer. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a contraint l’UE à réagir, non sans retard, et non sans divergences internes notables, dont la posture de Viktor Orban est la manifestation la plus éclatante. À ce stade, la mobilisation ukrainienne et l’aide militaire occidentale ont permis de contenir l’armée russe, mais environ 20 % du territoire restent occupés.

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a bouleversé les équilibres : relèvement brutal des droits de douane, retrait d’accords multilatéraux (OMS, accords de Paris sur le climat), discours isolationniste et pressions sur l’Ukraine pour que celle-ci accepte de céder ses territoires. L’idée même d’une alliance atlantique « éternelle » est remise en cause, d’autant que l’UE a été contrainte d’accepter un accord commercial aux conditions très favorables aux États-Unis.

Cette rupture force l’Europe à réfléchir à son autonomie stratégique.

Faute de moyens militaires suffisants, elle pourrait promouvoir un compromis imposant la neutralité de l’Ukraine en échange d’un retrait russe partiel. Mais un tel scénario fragiliserait durablement Kiev et renforcerait l’insécurité des pays frontaliers, exposés à une éventuelle attaque russe sans disposer de défense commune solide. Dans le même temps, le retrait de Washington des institutions multilatérales, ses ambitions territoriales inédites et son désintérêt pour le climat accentuent la nécessité d’un repositionnement global de l’UE. La pression exercée par les États-Unis pour que l’Europe assume seule ses responsabilités militaires place les gouvernements face à des choix budgétaires et diplomatiques de long terme.

Une redéfinition nécessaire, mais peu probable à court et moyen termes

L’UE se trouve à un tournant décisif : soit elle reste un grand marché régulé par la concurrence, soit elle se transforme en puissance politique. Trois paramètres seront déterminants.

Les dynamiques politiques internes. En France, la dissolution de 2024 a plongé le pays dans une instabilité durable. Le gouvernement, privé de majorité, peine à assumer un rôle moteur en Europe, et se concentre sur un discours militaire ponctuel. En Allemagne, la victoire relative de la CDU en 2025 a permis l’émergence d’un chancelier pro-européen, Friedrich Merz, malgré la poussée de l’AFD. La solidité institutionnelle allemande offre à Berlin la possibilité de relancer le projet européen, au moment où Paris se fragilise. Mais là encore, la marge de manœuvre dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à construire des alliances solides et à répondre aux défis sociaux et économiques qui fragilisent sa légitimité interne.

Les divergences entre États membres. Les pays d’Europe centrale et septentrionale (Pologne, États baltes, Suède, Finlande) militent pour une intégration sécuritaire renforcée. Mais la Hongrie d’Orban et l’Italie de Meloni bloquent toute évolution fédérale. L’absence de consensus entrave la capacité de l’UE à peser dans la reconfiguration mondiale, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient. Si le pacte Trump-Poutine venait à se fissurer, les membres de l’UE sauraient-ils dépasser leurs réflexes pro-américains ou pro-russes pour tracer, ensemble, une voie autonome ? La réponse demeure incertaine. La tentation, pour certains États, de privilégier des accords bilatéraux avec Washington ou Moscou persistera tant que l’UE n’aura pas affirmé un cap commun.

Le rôle des peuples. Toute avancée vers un État fédéral ou confédéral suppose l’adhésion populaire. Or la légitimité de l’UE est entamée par des décennies de politiques néolibérales. Pour restaurer la confiance, il faudrait instaurer un véritable pouvoir constituant, renforcer le Parlement européen, multiplier les débats démocratiques transnationaux et rompre avec une logique purement économique. C’est une condition nécessaire pour qu’une défense commune et des compétences régaliennes soient acceptées. À défaut, l’UE risque de rester une construction technocratique perçue comme distante des préoccupations quotidiennes. Le défi est de transformer l’intégration européenne en projet mobilisateur, porteur de justice sociale, de transition écologique et de sécurité collective.

Un choix stratégique

En définitive, l’Union européenne se trouve face à un choix stratégique : demeurer un simple marché soumis aux rapports de force mondiaux, ou se transformer en puissance politique capable de défendre ses intérêts et ses valeurs. Une telle transformation suppose de surmonter ses fragilités internes, de marginaliser les forces nationalistes hostiles à toute intégration, et surtout d’associer les peuples à une véritable refondation.

À ces conditions, l’UE pourrait enfin s’imposer comme acteur autonome et redonner un sens au projet européen. Sans cette évolution, elle restera spectatrice des recompositions géopolitiques dominées par Washington et Moscou.

The Conversation

Jean-Philippe Melchior ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’Union européenne à la croisée des chemins – https://theconversation.com/lunion-europeenne-a-la-croisee-des-chemins-267686

All government shutdowns disrupt science − in 2025, the consequences extend far beyond a lapse in funding

Source: The Conversation – USA – By Kenneth M. Evans, Fellow in Science, Technology, and Innovation Policy, Baker Institute for Public Policy, Rice University

The government shutdown will continue until Congress can pass a bill reopening it. Samuel Corum/AFP via Getty Images

U.S. science always suffers during government shutdowns. Funding lapses send government scientists home without pay. Federal agencies suspend new grant opportunities, place expert review panels on hold, and stop collecting and analyzing critical public datasets that tell us about the economy, the environment and public health.

In 2025, the stakes are higher than in past shutdowns.

This shutdown arrives at a time of massive upheaval to American science and innovation driven by President Donald Trump’s ongoing attempts to extend executive power and assert political control of scientific institutions.

With the shutdown entering its fifth week, and with no end in sight, the Trump administration’s rapid and contentious changes to federal research policy are rewriting the social contract between the U.S. government and research universities – where the government provides funding and autonomy in exchange for the promise of downstream public benefits.

As a physicist and policy scholar, I both study and have a vested interest in the state of U.S. science funding as a recipient of federal grants. I write about the history and governance of American science policy, including the nation’s investments in research and development.

In the context of broader policy reforms to federal grantmaking, student and high-skilled immigration, and scientific integrity, this shutdown has both known and unknown consequences for the future of U.S. science.

Funding freezes, data gaps and unpaid workers

Over the past two decades, the story of government shutdowns has become all too familiar. Shutdowns occur when Congress fails to pass an appropriations bill before the start of the new fiscal year on Oct. 1, and, paraphrasing Article 1, Section 9 of the U.S. Constitution, the government can no longer spend money.

This funding gap affects all but essential government operations, such as the work of postal workers, air traffic controllers and satellite operators. Nonessential employees, including tens of thousands of government scientists, are barred from working and stop receiving paychecks.

With scientists and program officers at home, activities at the nearly two dozen federal agencies participating in research and development, such as the National Science Foundation and the National Institutes of Health, come to a halt. New grant opportunities and review panels are postponed or canceled, researchers at government laboratories stop collecting and analyzing data, and university projects reliant on federal funding are put at risk.

Extended shutdowns accelerate the damage. They leave bigger gaps in government data, throw federal employees into debt or lead them to dip into their savings, and force academic institutions to lay off staff paid through government grants and contracts.

Funding, public services and the rule of law

Even for shutdowns lasting a few days, it can take science agencies months to catch up on the backlog of paperwork, paychecks and peer review panels before they return to regular operations.

This year, the government faces mounting challenges to overcome once the shutdown ends: Trump and the director of the White House budget office, Russell Vought, are using the shutdown as an opportunity to “shutter the bureaucracy” and pressure universities to bend to the administration’s ideological positions on topics such as campus speech, gender identity and admission standards.

As the budget standoff nears the record for the longest shutdown ever, agency furloughs, reductions in force, canceled grants and jeopardized infrastructure projects document the devastating and immediate damage to the government’s ability to serve the public.

President Trump and Russel Vought stand by a microphone. In the background is a painting of a Theodore Roosevelt on a horse.
President Donald Trump alongside Office of Management and Budget Director Russell Vought.
Brendan Smialowski/AFP via Getty Images

However, the full impact of the shutdown and the Trump administration’s broader assaults on science to U.S. international competitiveness, economic security and electoral politics could take years to materialize.

In parallel, the dramatic drop in international student enrollment, the financial squeeze facing research institutions, and research security measures to curb foreign interference spell an uncertain future for American higher education.

With neither the White House nor Congress showing signs of reaching a budget deal, Trump continues to test the limits of executive authority, reinterpreting the law – or simply ignoring it.

Earlier in October, Trump redirected unspent research funding to pay furloughed service members before they missed their Oct. 15 paycheck. Changing appropriated funds directly challenges the power vested in Congress – not the president – to control federal spending.

The White House’s promise to fire an additional 10,000 civil servants during the shutdown, its threat to withhold back pay from furloughed workers and its push to end any programs with lapsed funding “not consistent with the President’s priorities” similarly move to broaden presidential power.

Here, the damage to science could snowball. If Trump and Vought chip enough authority away from Congress by making funding decisions or shuttering statutory agencies, the next three years will see an untold amount of impounded, rescinded or repurposed research funds.

A lab filled with scientific equipment but not staffed.
The government shutdown has emptied many laboratories staffed by federal scientists. Combined with other actions by the Trump administration, more scientists could continue to lose funding.
Monty Rakusen/DigitalVision via Getty Images

Science, democracy and global competition

While technology has long served as a core pillar of national and economic security, science has only recently reemerged as a key driver of greater geopolitical and cultural change.

China’s extraordinary rise in science over the past three decades and its arrival as the United States’ chief technological competitor has upended conventional wisdom that innovation can thrive only in liberal democracies.

The White House’s efforts to centralize federal grantmaking, restrict free speech, erase public data and expand surveillance mirror China’s successful playbook for building scientific capacity while suppressing dissent.

As the shape of the Trump administration’s vision for American science has come into focus, what remains unclear is whether, after the shutdown, it can outcompete China by following its lead.

The Conversation

Kenneth Evans receives funding from the National Science Foundation, the American Institute of Physics, and the Clinton Foundation. He is affiliated with Rice University’s Baker Institute for Public Policy.

ref. All government shutdowns disrupt science − in 2025, the consequences extend far beyond a lapse in funding – https://theconversation.com/all-government-shutdowns-disrupt-science-in-2025-the-consequences-extend-far-beyond-a-lapse-in-funding-267182

The military’s diversity rises out of recruitment targets, not any ‘woke’ goals

Source: The Conversation – USA – By Jeremiah Favara, Assistant Professor of Communication Studies, Gonzaga University

Secretary of Defense Pete Hegseth speaks to senior military leaders in Quantico, Va., on Sept. 30, 2025.
Andrew Harnik/Pool via AP

Secretary of Defense Pete Hegseth and President Donald Trump addressed hundreds of military leaders at Marine Corps Base Quantico in Virginia in late September 2025.

Before the meeting, journalists speculated about which urgent issues might require such a costly and unusual gathering, to which the assembled military leaders had been summoned from across the globe.

Rather than a major shift in national security strategy, a loyalty oath or mass firing, Hegseth and Trump railed against what they see as the military’s primary enemy: diversity.

Hegseth claimed the Department of Defense became “the woke department” infected by “toxic political garbage” and the “insane fallacy that ‘our diversity is our strength.’”

Trump argued that the military “went, in a way, woke” and called for armed forces that would “not be politically correct.” Hegseth similarly called for a shift in military thinking about diversity saying, “No more identity months, DEI offices, dudes in dresses. … As I’ve said before and will say again, we are done with that shit.”

Having spent years studying the U.S. military and writing a book on diversity and military recruiting, the speeches made clear to me that Hegseth and Trump fundamentally misunderstand military diversity. Both men see it as a symptom of “woke” culture rather than as a long-standing practice driven by the very nature and history of the all-volunteer force.

Embracing diversity

During times of war and between 1948 and 1973, the U.S. military drafted enlistees to fill the ranks. After years of debate, the draft was ended and the U.S. established an all-volunteer force in 1973.

The demographic makeup of the military quickly changed as more Black Americans and women chose to join the military. In a 2007 study of representation in the military, scholars found that Black Americans had been overrepresented in the military for much of the span of the all-volunteer force. And the percentage of Latino service members more than doubled from the late 1980s to the 2000s.

Additionally, Latino service members made up 25% of new enlistees in 2022.

While women remain underrepresented in the military compared with the U.S. population, the shift to the all-volunteer force led to a steady increase in women’s military participation. Women made up 3% of military personnel in 1973 and 17% in 2022.

The military would not have been able to meet personnel needs and recruitment goals without the disproportionate representation of women, Black Americans, and Latino service members during this post-draft period.

The U.S. military embraced this diversity long before the influence of “woke” politics and diversity, equity and inclusion initiatives that Hegseth and Trump claim have undermined the institution.

That embracement has helped the military enlist between 128,000 and 190,000 new service members annually since the 1990s, even though some armed forces, especially the Army, have struggled to meet their recruiting goals in the past few years.

Men form a line in a gym.
Men who have signed up to join the U.S. Marines wait to do qualifying pull-ups in New York City on Nov. 16, 2025.
Robert Nickelsberg/Getty Images

Expanding the scope

To fully understand how the military became one of the most diverse American institutions, you need to go back to the foundations of the all-volunteer force.

The primary challenge the military faced in the implementation of the all-volunteer force was how to persuade young Americans to enlist. Large budgets were set aside for advertising, and military branches worked with advertisers to reach potential recruits.

One of the first steps advertisers took in the mid-1970s was to identify “vulnerable target groups.” These groups were targeted based on propensity – the likelihood that an individual would serve regardless of their desire to do so.

The likelihood of service increased when people felt they had little opportunity outside of the military – whether that meant financial struggles or an inability to afford higher education.

Based on ideas of recruit quality and the traits the military sees as best suited to success in the ranks, the military has mostly desired to recruit straight and white young men. But these people were more likely to have opportunities outside of the military. So, military leaders had to expand the scope of potential recruits to reach out to groups previously excluded – namely, Black Americans, other people of color and women.

When Hegseth talks about “fixing decades of decay” in a department gone “woke,” and when Trump argues that the military will now be “all based on merit,” they both fail to understand military diversity.

The military didn’t become diverse because it went “woke” or abandoned a merit-based system of promotions.

Military diversity resulted from the exploitative nature of military recruiting. In the all-volunteer force, the most easily persuaded recruits are those in most need of opportunities they can’t find in the civilian world. The very logic behind an all-volunteer force means that the military can’t fill their ranks with white men alone.

An Army recruiter dressed in military garb stands between two posters depicting Black men in the armed forces.
A U.S. Army recruiter walks between outdoor posters at a mobile interactive recruiting exhibit on May 21, 2005, in Charlotte, N.C. The U.S. military has had to reach out to the public to communicate a more effective message and compete with other professions to attract potential soldiers.
Robert Nickelsberg/Getty Images

Central casting

Hegseth and Trump, additionally, have framed their criticism of the military with an obsessive focus on looks.

Hegseth criticized the “bad look” of the current military, saying “it’s tiring to look out at combat formations, or really any formations, and see fat troops.” He also railed against “an era of unprofessional appearance” indicated by “beards, long hair and superficial individual expression.”

Trump has consistently talked about wanting military leaders to look like they are out of “central casting”, a phrase he uses almost exclusively to talk about white men.

The firings of Admiral Lisa Franchetti, the first woman to serve on the Joint Chiefs of Staff, and General CQ Brown Jr., the second Black Chair of the Joint Chiefs, appear to reflect this vision of the military in practice.

When Trump and Hegseth attack military diversity, they harm individuals who made the choice to serve. They also perpetuate the myth that military diversity was enforced from outside the military by liberal “woke” politics rather than born of necessity for the military’s very survival.

The Conversation

Jeremiah Favara does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The military’s diversity rises out of recruitment targets, not any ‘woke’ goals – https://theconversation.com/the-militarys-diversity-rises-out-of-recruitment-targets-not-any-woke-goals-267205

Why can’t every country get along with each other? It comes down to resources, inequality and perception

Source: The Conversation – USA – By Kaleb Demerew, Assistant Professor of Political Science, West Texas A&M University; Institute for Humane Studies

Cooperation can easily turn into conflict to protect national interests. Staff Sgt. Jamal Sutter

Curious Kids is a series for children of all ages. If you have a question you’d like an expert to answer, send it to curiouskidsus@theconversation.com.


Why can’t every country get along with each other? – Dale T., age 11, Helena, Montana


Countries often share similar goals, such as peace and prosperity for their citizens, so it might seem strange that they find it hard to get along. Cultural differences may sometimes cause countries such as China and the United States to compete for global influence, but even countries sharing similar values or cultures still find reasons to clash.

So why do countries compete or even go to war? As a political science scholar researching some of the most conflict-prone regions in the world, I find that the answer often comes down to three factors: scarcity, uneven distribution and perception.

Scarcity leads to hard choices

Scarcity is the reality that there are not enough resources – such as food, oil, water and land – to go around. While countries would prefer to pursue all the resources they need, they are forced to prioritize the resources that will make them most secure.

Group of people gathering baskets of fish from a river
The Nile River may be long, but its resources are limited.
Eythar Gubara/Wikimedia Commons, CC BY-SA

For instance, the Nile River serves as a water resource for more than 300 million people in 11 countries in Africa. However, because water is a scarce resource used for drinking, irrigation farming and hydroelectric power, countries such as Egypt and Ethiopia have often fought about using the river.

Uneven distribution means relying on others

Uneven distribution means that not everyone starts off with the same resources. Nations have different levels of power and capabilities, and this shapes how they calculate risk and opportunity when dealing with each other.

For instance, countries concerned about the United States’ dominant power joined together in a rival international organization known as BRICS+ in 2009. Its founding members include Brazil, Russia, India, China and South Africa, and several other countries have joined over the years.

Perception can lead to misunderstanding

Perception is how countries view each other’s actions. A nation can build up its weapons to be safe from potential attacks, but another nation might view this move as threatening rather than defensive.

For instance, India developed nuclear capability in the 1970s to protect itself, but neighboring Pakistan perceived this as a threat and soon developed its own nuclear weapons. The two countries have since engaged in occasional conflict.

Classroom international relations

Countries have leaders with different personal experiences and backgrounds. To understand how countries interact, it is useful to draw an analogy to a classroom simulation I use in my courses.

Annabelle and Morgan are two good friends who are taking a course in international relations. For a simulation game, their teacher assigns Annabelle and Morgan to lead two different groups. Their classmates are also assigned to be leaders of a handful of other groups. Each group must decide how to spend its resources, build its industries and form partnerships.

In the game, scarcity was represented by a set number of points both groups could use to purchase resources. Since there were not enough points to provide everyone with everything they desired, each group had to prioritize needs. Should they invest more points in defense, social goods or industry?

Group of people examining a missile on display in a room
Military spending means war is always on the horizon.
AP Photo/Kin Cheung

Annabelle’s team started with 100 points and Morgan’s team started with 30. That uneven distribution mattered. Annabelle’s group could comfortably invest in industry, while Morgan’s had to focus on survival. Morgan’s group had to decide whether to trust more resource-rich groups and grow their industry points through trade, or find allies among groups with lots of military resources to prepare for potential conflict.

Perception came in when Morgan’s team was not sure how Annabelle’s team was spending its points. If they were spending many points on military, they could attack another group and steal its points. To protect her group, Morgan decided to form an alliance with two other groups. In return, Annabelle’s group perceived the alliance as a threat and started spending more points on military.

In the final round of the game, Morgan’s new alliance invaded Annabelle’s group and took most of their resource points. Annabelle felt betrayed, since she assumed her friendship with Morgan would allow their groups to work together. Morgan felt uneasy but also justified. She did not know how other members of Annabelle’s group would decide to act, so she prioritized her own group’s safety.

By the end of the game, Annabelle and Morgan were angry and frustrated with each other and their friendship was strained.

Cooperation turns into conflict

Even countries that share common goals or values sometimes compete, and the motivations are rarely simple.

Nations cooperate because it helps them grow, but they also take actions to protect themselves. When two countries compete over similar resources, and when their power balance is not clear, they can get the wrong idea about each other’s actions and engage in conflict. At the extreme, they may even go to war.

Competition and mistrust can arise even among friends who share similar goals. Similarly, while every country might want peace and stability, the forces of scarcity, uneven distribution and perception make it impossible for everyone to get along all the time.

Still, understanding these realities can help countries to build trust and work toward a shared respect that makes peace more likely.


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And since curiosity has no age limit – adults, let us know what you’re wondering, too. We won’t be able to answer every question, but we will do our best.

The Conversation

Kaleb Demerew does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why can’t every country get along with each other? It comes down to resources, inequality and perception – https://theconversation.com/why-cant-every-country-get-along-with-each-other-it-comes-down-to-resources-inequality-and-perception-268538

Amateur hour in Congress: How political newcomers fuel gridlock and government shutdowns

Source: The Conversation – USA – By Rachel Porter, Assistant Professor of Political Science, University of Notre Dame

Legislative progress depends on bipartisanship − but amateur lawmakers undermine it with their inexperience as legislators. Bloomberg Creative via Getty Images

The ongoing government shutdown shows how hard it has become for Congress to do its most basic job: keeping the government running. Ending the stalemate will require lawmakers from both parties to strike a deal – a reminder that legislative progress depends on bipartisanship.

Politicians often call for greater cooperation across party lines, and research shows that bills rarely become law without it. Bipartisan deal-making is also popular with the public. Recent polls demonstrate that Americans are twice as likely to favor leaders who compromise to get things done over those who stick to their beliefs and accomplish less.

Yet partisan gridlock continues to stall policymaking.

The public’s growing frustration with “politics as usual” has led more political newcomers to run for and win office since 2016.

These “amateur” politicians, with no prior experience in elected office, present themselves as problem-solvers rather than politicians. Many come from outside government entirely – including business owners, military veterans and schoolteachers. Amateurs’ real-world backgrounds are often seen as assets by voters, donors and even politicians themselves – qualities thought to make them more effective in Congress.

As scholars of legislative politics, we wanted to interrogate that claim. And our new study reaches a different conclusion: Electing amateurs reduces bipartisan cooperation in Congress.

We find that, once in office, political newcomers are less likely than career politicians to work across the aisle. The very outsiders many voters hope will “fix” Congress contribute to the partisan divisions that keep it from functioning.

Amateurs are more likely to view bipartisanship as a concession rather than a tool for advancing policy.

Many people standing and raising their hands to take an oath.
U.S. representatives of the 119th Congress are sworn in during the first day of session in the House chamber of the U.S. Capitol on Jan. 3, 2025.
Win McNamee/Getty Images

What the data shows

We analyzed over 2.2 million policymaking actions from 1980 to 2022 to assess how often members of the U.S. House of Representatives worked across the aisle to co-author bills. Legislation developed through bipartisan collaboration is much more likely to become law. We then compared the collaboration patterns of first-term amateurs – legislators who have never held office and were just elected to Congress – against the collaboration patterns of established incumbents.

The difference was clear. Over the past four decades, amateur lawmakers worked across party lines far less often than incumbent lawmakers, both when developing their own legislation and when lending support to other legislators’ proposals.

This finding is not simply a “freshman effect,” observed among all new members of Congress who are still learning its norms and procedures.

First-term representatives who entered Congress with prior elected experience in state or local office engaged in bipartisan cooperation about as frequently as longer-serving incumbents. This suggests that what matters for bipartisan engagement is prior experience in elected office, not a lack of experience in Congress itself.

The impact on democracy

Amateur lawmakers are about 10–20 percentage points less likely to engage in bipartisanship during their first term than experienced officeholders.

To put it in perspective, the size of the amateur effect is roughly on par with the collapse in bipartisan relationships that followed the Jan. 6, 2021, attack on the U.S. Capitol. After some Republican members refused to certify the 2020 presidential election results, Democrats largely stopped working with them in that Congress – a decline in collaboration comparable in scale to what we observe among amateurs.

These effects are likely to continue, with amateurs making up nearly half of all first-term lawmakers in recent years compared to decades past. Notable amateurs elected to Congress include Alexandria Ocasio-Cortez, Lauren Boebert and Marjorie Taylor-Greene. As new cohorts of amateurs enter office each election cycle, this bipartisanship problem will persist.

Learning to value bipartisanship

Our findings show that amateur lawmakers’ approach to bipartisanship evolves as they gain office-holding experience. By their third term in Congress – about six years after first taking office – the gap in bipartisan behavior between amateurs and experienced legislators largely disappears.

Amateur lawmakers often bring impressive credentials to office – many are skilled professionals, public figures or highly educated.

However, we show that these backgrounds do not necessarily prepare amateurs for the demands of governing. Experience holding state or local office exposes politicians to the practical realities of policymaking. Lacking that experience, amateurs are more likely to view bipartisanship as giving up on their principles rather than a method for serving the public interest. We find that this tendency diminishes only as newcomers gain firsthand experience in the legislative process.

A global trend with familiar consequences

The U.S. is not alone in this trend toward amateurism. Around the world, political newcomers have surged to power amid frustration with traditional elites.

In Europe, Italy’s Five Star Movement in 2013 and France’s En Marche! movement in 2017 were led by and composed of amateur politicians who framed themselves as anti-establishment outsiders.

In each case, widespread outsider success in the legislature delivered disruption – but not necessarily effective governance. These groups often start with promises of pragmatic reform but struggle once in office.

Looking toward the midterms

Heading into 2026, many Americans continue to express deep dissatisfaction with their party’s establishment. Public approval of Congress is near historic lows, and polling shows that many voters believe professional politicians are self-interested and out of touch.

Amateur politicians are once again emerging in response to this discontent, positioning themselves as outsiders who can bring change to Washington. Yet, as our research shows, these newcomers will undervalue the bipartisan relationships needed to govern effectively.

As voters look for change, the challenge will be to balance the desire for fresh perspectives with the experience required to sustain cooperation – and to keep Congress, and democracy, working.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Amateur hour in Congress: How political newcomers fuel gridlock and government shutdowns – https://theconversation.com/amateur-hour-in-congress-how-political-newcomers-fuel-gridlock-and-government-shutdowns-268133

Trump is changing student loan forgiveness rules – barring some public workers from getting relief, but resuming it for others

Source: The Conversation – USA (2) – By Jennifer L. Steele, Professor of Education, American University

Student loan debt has continued to rise in the country over the past few decades. William Potter/iStock/Getty Images Plus

The Trump administration has tried to upend many facets of American life, and many facets of higher education are no exception.

The Department of Education announced on Oct. 27, 2025, that it would resume canceling student loan debt for certain borrowers, after the government stopped this practice earlier in 2025.

The Trump administration also announced on Oct. 30 that it is planning to limit loan forgiveness eligibility for former students who work at nonprofit organizations and whose work has what the Trump administration calls a “substantial illegal purpose.” This means organizations that work with immigrants and transgender youth.

Amy Lieberman, education editor at The Conversation U.S., spoke with Jennifer L. Steele, a scholar of the economics of education, to understand the significance of these announcements and what student loan borrowers should know.

A group of young people hold up signs that say 'Cancel student loan debt.'
Student loan forgiveness advocates rally outside the Supreme Court building in Washington in June 2023.
Kent Nishimura/Los Angeles Times via Getty Images

How big is the problem of student loan debt?

There is currently more than US$1.6 trillion of student loan debt in the United States. That number has been climbing dramatically over the past few decades. About 52% of federal loan borrowers are on track to repay their loans within 10 years.

It is difficult for some people to handle their debt levels, and they miss scheduled payments. This is especially true for people who didn’t finish their degrees or who attended for-profit colleges. It can also be challenging for people to repay their loans if they work in public service jobs that don’t pay a lot of money.

A person with an average amount of undergraduate federal student loan debt is paying about $299 a month over the course of the 10 years it typically takes to repay the loans. They could be paying considerably more if they have debt from graduate school, as well.

How do you qualify for student loan forgiveness?

Student loan forgiveness means that after people pay back their federal student loans for a certain number of years, the balance is forgiven by the Department of Education, which issues the loans.

There are two main kinds of forgiveness plans for federal student loans. There are income-driven repayment plans and public service loan forgiveness plans.

Income-driven repayment plans are used by people who do not earn enough money to easily meet the monthly payment on the standard 10-year repayment plan. In these cases, the Department of Education provides options that let you pay no more than 10% to 20% of your discretionary income toward your loans each month.

After the borrower makes the required monthly payments on time for 20 to 30 years, depending on the plan, the federal government will forgive any remaining balance.

It’s important to know that the amount you are being forgiven may be subject to income tax, as of 2026.

Borrowers who work full time for the federal, state, local or tribal government – including in schools and the military – can have their remaining debt forgiven after 10 years of monthly payments through public service loan forgiveness. This also applies to people working for nonprofit, nonpartisan organizations.

How are these standards on federal student loan forgiveness changing?

In March 2025, the Trump administration began slowing the public service loan forgiveness application process for some borrowers. It also vowed to scrutinize which public service employers qualify as nonprofit, nonpartisan groups.

The administration released new rules on Oct. 30 that will exclude borrowers from receiving new public service loan forgiveness credit if their employers are found to have a “substantial illegal purpose.” This includes organizations that provide support for undocumented immigrants, children who seek medical gender transitions, or for speech the administration deems to support terrorist, violent or discriminatory ideas. My research has shown that public service incentives help attract skilled workers to work for nonprofits and other organizations that try to help people. This shift may make it harder for organizations that help vulnerable communities to attract and retain staff.

Also in March, the Trump administration stopped processing applications for forgiveness under some income-dependent repayment plans, arguing that a recent court ruling that blocked a particular forgiveness plan initiated by then-President Joe Biden applied to other plans as well.

In response, the American Federation of Teachers filed a lawsuit in March demanding reinstatement of loan forgiveness for eligible borrowers.

In October, the American Federation of Teachers and the Trump administration reached a deal. Now, the Department of Education will resume processing student loan forgiveness applications for people who need financial help paying off the loans and for people who are public service workers. Still, public service workers might find that their work is now considered to have an “illegal purpose,” according to the White House, challenging their forgiveness.

They also agreed that loans eligible for tax-exempt forgiveness through 2025 will remain tax-exempt. In 2026, most student loan debt forgiveness will become taxable as income. There is an exception for public service workers and for former students who have been affected by college closures or fraud.

What does the new agreement mean for people who have student loans?

People who are already making monthly payments on existing federal student loans under income-driven repayment can continue to do so. People in a standard 10-year repayment plan who cannot afford their payments should know their income-driven repayment options and talk to their loan servicer if they wish to consider such a plan.

Also, beginning in 2026, the Education Department will offer a new kind of income-driven repayment plan called the repayment assistance plan. The department will begin phasing out some older income-driven plans in 2028.

A large group of people dressed in black robes and graduation caps are seated in rows, except for one person who walks in the aisle.
Boston College students attend their graduation ceremony in May 2025.
David L. Ryan/The Boston Globe via Getty Images

How does this affect people considering going to college or graduate school?

If you are considering going to college or graduate school, it is important to know that lifetime federal debt limits for graduate degrees were reduced modestly by the tax breaks and spending cuts bill signed into law in July 2025. Lower federal debt limits decrease the amount of debt that borrowers can accrue.

People planning to go into public service with the expectation that their loans will be forgiven after 10 years should do so with modest caution. Public Service Loan Forgiveness was created by Congress to encourage public service careers, making it difficult to fully repeal. On the other hand, the Department of Education has discretion over which organizations count as public service employers, as the new Oct. 30 rules demonstrate. The department also has discretion over how easily and quickly it processes loan forgiveness applications.

Given the Trump administration’s public skepticism of not only Public Service Loan Forgiveness, but also public service employment in general, it is possible that it would continue to erode this incentive for public service workers.

Borrowers can help their case by annually certifying their employment with an eligible public service employer and by maintaining records of their loan’s eligibility, repayment plan and monthly payments. Because employers’ Public Service Loan Forgiveness eligibility may change under the administration’s Oct. 30 rules, borrowers should also stay up to date on the eligibility of their current or prospective employers.

Typically, taking on some debt to get a degree is not a bad investment. You just have to be careful with how much debt you are accumulating and whether it is reasonable given how much you expect to earn after you graduate. There are simple online tools that can help you decide whether the investment and potential debt burden are worthwhile.

The Conversation

Jennifer L. Steele does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trump is changing student loan forgiveness rules – barring some public workers from getting relief, but resuming it for others – https://theconversation.com/trump-is-changing-student-loan-forgiveness-rules-barring-some-public-workers-from-getting-relief-but-resuming-it-for-others-268351