Les tornades sont-elles plus fréquentes qu’avant ? Peut-on les prévoir ?

Source: The Conversation – in French – By Flavio Pons, Chercheur chez Science Partners; chercheur associé au LSCE au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), Université Paris-Saclay

Lundi 24 août, le sud-ouest de la France était en vigilance orange pour orage, quand une tornade a frappé le village de Pomas, au sud de Carcassonne, dans l’Aude, faisant plusieurs blessés et touchant des centaines d’habitations.

Retour avec Flavio Pons, spécialiste des tornades et chercheur associé au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, sur ce phénomène rare en Europe, sur les effets du changement climatique et sur notre capacité à les prévoir.


The Conversation : Qu’est-ce qu’une tornade ? Comment se forme-t-elle ?

Flavio Pons : Une tornade est définie comme un tourbillon qui est en contact avec le sol et connecté à la base d’un nuage orageux. Le diamètre et la longueur de la trajectoire d’une tornade varient considérablement. Le diamètre va de quelques mètres à plusieurs centaines, voire plus d’un kilomètre pour les tornades les plus imposantes : la plus grande tornade jamais observée à ce jour, survenue à El Reno, dans l’Oklahoma, le 31 mai 2013, a atteint un diamètre maximal d’un peu plus de quatre kilomètres.

La longueur de la trajectoire dépend à la fois de la vitesse de déplacement et de la durée du phénomène. Certaines tornades sont presque stationnaires, d’autres se déplacent à une vitesse pouvant atteindre 100 kilomètres par heure, voire plus – il s’agit ici de la vitesse de déplacement, et non de celle du vent qui tourne dans le tourbillon. Certaines ne durent que quelques secondes, d’autres plus d’une heure. La trajectoire peut donc aller de quelques mètres à plusieurs centaines de kilomètres. Tous ces paramètres ne sont pas systématiquement liés à l’intensité, à l’exception de la durée : alors que les tornades de courte durée peuvent présenter n’importe quelle intensité, celles dont la durée de vie est particulièrement longue sont, généralement, également violentes.

En règle générale, les tornades européennes ont tendance à être de petite taille et à avoir une durée de vie relativement courte, à quelques rares exceptions près.

C’est le contact avec le sol qui lui permet de générer des dégâts. Parfois, on observe des nuages en tube, qui ne sont pas en contact avec le sol, mais ce ne sont pas vraiment des tornades.

La formation d’une tornade nécessite un orage, et donc une instabilité et de l’humidité pour déclencher l’orage. En plus de ces ingrédients orageux, il faut l’ingrédient principal de la tornade : le cisaillement du vent. Il s’agit d’une variation d’intensité et de la direction du vent avec l’altitude. Cette variation génère une rotation de l’air dans l’atmosphère, que l’on appelle aussi « vorticité », qui est la propension de l’atmosphère à former des tourbillons.

Enfin, il faut des courants ascensionnels dans l’orage, qui sont capables de soulever cet air en rotation, de le verticaliser, pour créer la tornade au-dessous de l’orage.

Dans des cas comme celui de lundi 24 août, la rotation s’étend à l’ensemble de l’orage, générant ce que l’on appelle un « orage supercellulaire ». Dans ce cas, la partie de l’orage qui contient des courants ascendants tourne dans son intégralité et prend le nom de « mésocyclone », ce qui facilite encore davantage la formation d’une tornade. Les tornades peuvent se produire avec tous les types d’orages, mais les plus violentes sont toujours liées à des supercellules.

Qu’est-ce qui a permis la formation de la tornade du 24 août dans l’Aude ?

F. P. : Les conditions orageuses sont assez courantes en fin d’été : on a accumulé beaucoup de chaleur, d’humidité, qui sont autant d’énergie à disposition pour créer des orages en général. La mer Méditerranée est assez chaude et constitue un réservoir habituel en cette saison.




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Pour être plus précis, à l’heure actuelle, la Méditerranée affiche une température moyenne d’environ 28 degrés, avec certaines zones dépassant les 30 degrés, et un écart d’environ 2 degrés par rapport à la moyenne de 1991-2020. Nous enregistrons actuellement le record historique de température de la Méditerranée depuis le début des observations, avec une « vague de chaleur marine » persistante, allant de modérée à extrême selon les zones. Il ne s’agit pas d’un cas isolé : la Méditerranée est l’une des mers qui se réchauffent le plus rapidement, ce qui contribue à en faire un point chaud du réchauffement climatique, mais aussi à fournir une quantité toujours plus importante d’énergie disponible pour les orages et les cyclones méditerranéens, en particulier entre la fin de l’été et l’automne.

Dans ce cas en particulier, une zone dépressionnaire s’est formée sur l’océan Atlantique entre vendredi et samedi dernier juste à l’ouest du Portugal. Jusque-là rien d’exceptionnel : on a beaucoup de dépressions qui viennent de l’Atlantique, surtout en automne en général, mais en fin d’été, on commence à voir quelques épisodes dépressionnaires comme celui-ci.

La particularité dans ce cas est que cette dépression avait des caractéristiques subtropicales : elle était vraiment pleine d’air chaud et très humide, alors qu’habituellement les dépressions atlantiques ont plutôt un cœur froid. Ça, c’est une situation très particulière, même si ce n’est pas non plus la première fois qu’on voit ce type de dépression à cœur chaud.

Hier, cette dépression s’est approchée de la France, apportant de l’air chaud, humide et instable, chargé d’une grande quantité d’énergie propice au développement d’orages violents. On avait également remarqué que la disposition des vents dans le sud-est de la France, lundi 24, était particulièrement favorable aussi à une rotation au sein des orages, et donc éventuellement des tornades.

En somme, on a eu la formation d’orages très forts, dus à toute cette énergie provenant de l’Atlantique et de la mer Méditerranée, auxquels s’est ajoutée une variation verticale de la direction et de l’intensité du vent propice à la rotation dans le sud-ouest. Les ingrédients étaient réunis, dans une configuration peu typique pour la région, et c’est pour ça qu’on a pu observer une tornade d’intensité considérable pour la France.

Est-ce que les tornades sont rendues plus fréquentes par le changement climatique ?

F. P. : C’est une très bonne question, et c’est exactement mon sujet de recherche. Il est très difficile de répondre, parce qu’il y a plusieurs ingrédients qui sont requis simultanément pour former une tornade et que les changements climatiques en augmentent certains et pourraient en diminuer d’autres.

Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que, en général, plus l’air est chaud, plus il peut contenir d’humidité et plus il y a d’énergie disponible pour les orages. Avec le réchauffement de la mer Méditerranée, dans une région comme le sud de la France, on a en général plus d’énergie ; donc on s’attend à une fréquence plus élevée d’orages violents. On sait que le changement climatique augmente également le phénomène de la grêle dans certaines régions de la Méditerranée, notamment dans le nord de l’Italie, mais aussi dans le sud de la France.

Par contre, pour ce qui est du risque de tornades, c’est plus compliqué, principalement parce que ce sont des phénomènes assez rares en Europe – avec quelques dizaines d’événements par an en France –, et parce que nous n’avons pas vraiment de réseau d’observation efficace des tornades.

On a peu d’historiques, peu d’échantillons bien documentés, car il faut des systèmes d’observation très sophistiqués pour les tornades. Il faut que quelqu’un la voie et la signale, ou bien un réseau de radars très dense, avec des caractéristiques techniques que nous n’avons pas de façon standard dans les radars européens. Aux États-Unis, au contraire, où les tornades sont plus fréquentes, elles sont très bien documentées depuis environ les années 1950. On y a plutôt remarqué un changement de distribution spatiale des tornades, plutôt qu’une augmentation ou une diminution de leur nombre.

Donc, ce que l’on peut dire, c’est que certains des ingrédients augmentent en Europe avec les changements climatiques, mais on ne peut pas encore, à ce stade de la recherche, dire avec confiance que le risque de tornade a augmenté de manière significative.

Il est aussi difficile de savoir s’il y a plus d’événements ou si on en parle davantage parce que plus de monde est capable de les signaler sur les réseaux sociaux et de les capter en vidéo, par exemple. Ce phénomène, que l’on appelle « biais d’observation », rend difficile la distinction entre les véritables tendances et l’augmentation du nombre de signalements due aux progrès technologiques et à une plus grande sensibilisation du public.

Peut-on prévoir les tornades, et à quelles échéances ?

F. P. : Étant passionné par ce phénomène, je consulte personnellement les cartes météo, et je suis également les bulletins officiels et plusieurs autres météorologues sur les réseaux sociaux. Dans ce cas, je dirais que c’était déjà possible de dire un ou deux jours avant qu’il y avait un risque de tornade pour le lundi 24 : on peut détecter peut-être deux, trois jours à l’avance des situations qui sont favorables au développement des tornades, comme des zones orageuses. Mais si on peut dire qu’il y aura un risque d’orage très fort et une possibilité de tornade dans le sud-ouest de la France, on ne peut pas dire que dans tel ou tel ville ou village, à telle heure, il y aura une tornade de telle intensité. C’est absolument impossible aujourd’hui.

Au mieux, ce qui se fait aux États-Unis, c’est du nowcasting (que l’on pourrait traduire par « vision » en contraste à « pré-vision », ndlr). Ça veut dire qu’un météorologue suit chaque orage, grâce à des radars et à des chasseurs d’orage, et qu’il donne une alerte avec quelques dizaines de minutes d’avance, ce qui peut donner le temps aux gens d’aller se réfugier dans une cave, par exemple.

Aujourd’hui, il est complètement impossible de faire du nowcasting au niveau des prévisions nationales en Europe : on n’a pas les réseaux radar, ni les réseaux de chasseurs d’orage, ni même, je dirais, suffisamment de météorologues qui peuvent être impliqués juste pour faire du nowcasting. Ce sont jusqu’à présent des événements tellement rares qu’il est difficile d’investir dans un système de détection spécialisé. De mon point de vue, évidemment, ce serait bien d’avoir ces capacités, peut-être au niveau européen pour alléger la charge financière et coordonner les actions.


Propos recueillis par Elsa Couderc.

The Conversation

Flavio Pons ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les tornades sont-elles plus fréquentes qu’avant ? Peut-on les prévoir ? – https://theconversation.com/les-tornades-sont-elles-plus-frequentes-quavant-peut-on-les-prevoir-290474

Des cartes de scènes d’homicide dans trois villes anglaises bousculent nos idées reçues sur la violence au Moyen Âge

Source: The Conversation – in French – By Stephanie Brown, Lecturer in Criminology, University of Hull

Assassinat, au VIIIᵉ siècle avant notre ère, du roi semi-légendaire Candaule de Lydie par Gygès, sur ordre de la reine. Manuscrit enluminé de *la Cité de Dieu*, de saint Augustin (Vᵉ siècle de notre ère), par Maître François (vers 1475). Author provided, CC BY-SA

Contrairement aux idées reçues, ce n’étaient pas les quartiers les plus pauvres qui étaient les plus dangereux au Moyen Âge. À Londres, à York et à Oxford, les homicides se concentraient dans les centres économiques et les espaces de prestige, où se jouaient rivalités et démonstrations d’honneur.


Un récent sondage YouGov pointait que le mot que les États-Uniens associent le plus spontanément au Moyen Âge est « violent ». Les villes médiévales sont souvent imaginées comme des lieux où la violence surgit à chaque coin de rue, où chaque ruelle peut devenir une scène de crime et où la moindre bagarre de taverne se termine dans un bain de sang. Pourtant, nos travaux récents dressent un tableau bien plus nuancé et, à certains égards, étonnamment familier.

Dans le Londres, le York et l’Oxford du XIVᵉ siècle, les homicides se concentraient dans un nombre limité de points chauds, souvent sur des tronçons de rue de seulement 200 à 300 mètres. Comme dans les villes d’aujourd’hui, la criminalité n’était pas répartie uniformément, mais se focalisait autour de certaines rues et intersections où se croisaient personnes, marchandises et enjeux de prestige social. La différence la plus surprenante est qu’au Moyen Âge, les quartiers les plus animés et les plus riches étaient aussi souvent les plus dangereux.

Caïn tuant Abel, détail d’un vitrail de la grande baie orientale de la cathédrale d’York
Caïn tuant Abel, détail d’un vitrail de la grande baie orientale de la cathédrale d’York.
Author provided, CC BY-SA

Notre projet de cartographie des homicides au Moyen Âge (Medieval Murder Map) s’appuie sur les enquêtes des coroners (des investigations menées par un jury à la suite d’un décès suspect, NdT) pour localiser avec précision 355 homicides commis entre 1296 et 1398. Ces archives indiquent où le corps a été découvert, quand l’agression a eu lieu, quelle arme a été utilisée et, parfois, les querelles, rivalités ou insultes à l’origine du drame.

Les affaires recensées dans les registres des coroners ont ensuite été géocodées – c’est-à-dire que les descriptions des lieux ont été converties en coordonnées géographiques (latitude et longitude) – à partir des cartes thématiques réalisées par l’équipe scientifique du Historic Towns Trust. Il en ressort une reconstitution saisissante de la violence urbaine, rue par rue, dans les villes anglaises d’il y a sept siècles.

Les résultats font apparaître des tendances frappantes. Les homicides se concentraient autour des marchés, des grands axes de circulation, des quais et des espaces cérémoniels. Ces lieux, où l’activité était particulièrement intense, constituaient des points de rencontre entre la vie économique et la vie sociale, mais aussi des scènes où les conflits pouvaient se dérouler sous les yeux du public.

Le dimanche était particulièrement meurtrier. Après la messe du matin, l’après-midi était souvent consacré à la boisson, aux jeux et aux disputes. Les violences atteignaient leur pic au moment du couvre-feu, au début de la soirée.

Trois villes, trois réalités

Les trois villes étudiées présentaient des niveaux de violence très différents. À Oxford, le taux d’homicides était trois à quatre fois plus élevé qu’à Londres ou à York.

Cette situation n’avait rien d’aléatoire. L’université médiévale attirait de jeunes hommes âgés de 14 à 21 ans, souvent éloignés de leur famille, armés et imprégnés d’une culture de l’honneur et de la loyauté envers leur groupe. Les étudiants s’organisaient en « nations », selon leur région d’origine, et les rivalités entre étudiants du nord et du sud de l’Angleterre dégénéraient régulièrement en affrontements de rue.

Les privilèges juridiques accordés aux clercs, catégorie qui incluait les étudiants, les soustrayaient souvent aux poursuites engagées en vertu du droit commun. Cette quasi-impunité favorisait un climat dans lequel les violences les plus graves pouvaient prospérer sans grand risque de sanction.

Chaque point chaud avait sa propre dynamique. À Londres, Westcheap, le cœur commercial et cérémoniel de la ville, était le théâtre d’homicides liés aux rivalités entre guildes, aux conflits professionnels et aux actes de vengeance commis en public. À l’inverse, le très animé front de la Tamise, le long de Thames Street, voyait éclater des querelles soudaines entre marins et marchands, de simples altercations pouvant rapidement tourner au drame.

À York, l’un des secteurs les plus dangereux se situait sur Micklegate, le principal accès méridional à la ville, menant au pont d’Ouse. Plus qu’une simple porte d’entrée, ce quartier constituait un important pôle commercial et civique, bordé de boutiques et d’auberges, où se déroulaient processions et rassemblements publics. Un tel espace favorisait naturellement les rencontres entre voyageurs, marchands et habitants… mais aussi les conflits.

Un autre point chaud de York se trouvait dans Stonegate, une rue prestigieuse située sur le parcours menant à la cathédrale d’York. Ces schémas reflètent la combinaison propre à York entre activités commerciales, cérémonies et vie civique : les lieux de richesse et de représentation y faisaient aussi office de théâtre des rivalités, des vengeances et des démonstrations publiques d’honneur.

À Oxford, la concentration des homicides dans le quartier universitaire et ses environs reflétait les tensions permanentes entre étudiants et habitants, mais aussi les divisions au sein même de la communauté étudiante. Les affrontements étaient souvent alimentés par l’alcool, les insultes et la volonté de défendre l’honneur de son groupe, l’épée ou le couteau à la main.

La géographie de la violence médiévale était autant déterminée par la visibilité des lieux que par les occasions qu’ils offraient. Les rues les plus fréquentées et les marchés centraux rassemblaient le plus grand nombre de rivaux potentiels et de témoins, ce qui en faisait des scènes idéales pour régler ses comptes tout en préservant, voire en renforçant, sa réputation. Un homicide commis en public pouvait ainsi adresser un message clair à une guilde rivale, à une faction ennemie ou à l’ensemble de la communauté.

De ce point de vue, la logique urbaine de la violence au Moyen Âge fait écho aux phénomènes observés dans les villes contemporaines, où certains microsecteurs concentrent durablement une part disproportionnée de la criminalité. La différence est qu’en Angleterre médiévale la pauvreté n’était pas le principal facteur explicatif. Les quartiers périphériques les plus modestes faisaient l’objet de moins d’enquêtes pour homicide, tandis que les secteurs les plus riches et les plus prestigieux étaient souvent les plus dangereux.

La cartographie des homicides au Moyen Âge offre une occasion rare de voir la ville médiévale telle que ses habitants la vivaient : un espace où les rues elles-mêmes façonnaient les rythmes de la violence et où la richesse, le pouvoir et la promiscuité pouvaient se révéler aussi meurtriers que la pauvreté ou l’abandon. Loin d’être aléatoire, la violence médiévale obéissait à des logiques précises, inscrites dans la géographie même de la ville.

The Conversation

Stephanie Brown a reçu des financements de l’Economic and Social Research Council (ESRC).

Manuel Eisner ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Des cartes de scènes d’homicide dans trois villes anglaises bousculent nos idées reçues sur la violence au Moyen Âge – https://theconversation.com/des-cartes-de-scenes-dhomicide-dans-trois-villes-anglaises-bousculent-nos-idees-recues-sur-la-violence-au-moyen-age-287093

Corsets, crinolines et maquillage au plomb… Quand la mode mettait la vie des femmes en péril

Source: The Conversation – in French – By Naomi Braithwaite, Associate Professor in Fashion and Material Culture, Nottingham Trent University

La crinoline, aussi encombrante qu’inflammable, fut l’une des tendances vestimentaires les plus dangereuses de l’histoire. Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Des crinolines qui s’embrasent aux coiffures au radium, l’histoire de la mode est jalonnée de tendances aussi spectaculaires que dangereuses. Certaines ont laissé bien plus que de simples souvenirs vestimentaires.


Suivre les dernières tendances de la mode implique parfois de sacrifier sa santé et son confort au nom du style. Les tendances actuelles, des gaines ultracompressives aux ballerines peu protectrices, en passant par les cabas surdimensionnés, ont déjà fait le malheur de nombreux adeptes de la mode. Mais elles restent bien inoffensives comparées à certaines lubies vestimentaires du passé, dont quelques-unes pouvaient même être mortelles.

Les chaussures qui donnent le vertige

Inventés dans les années 1950, les talons aiguilles ont suscité des réactions contrastées. Pour beaucoup de femmes, ils sont devenus un symbole de féminité et d’émancipation, tout en offrant quelques précieux centimètres supplémentaires. D’autres, en revanche, les jugeaient très difficiles à porter.

Très vite, des inquiétudes sont apparues quant aux risques qu’ils représentaient. En 1953, le magazine britannique de photojournalisme Picture Post consacrait un reportage intitulé « The Hazards of the Stiletto Heel » (« Les dangers du talon aiguille »), relayant les mises en garde de médecins face aux blessures que ces chaussures pouvaient provoquer, de la simple entorse aux fractures.

Des décennies plus tard, les inquiétudes concernant les effets néfastes des chaussures à talons hauts n’ont pas disparu. Des études ont mis en évidence un lien direct entre le port régulier de talons hauts et les lésions musculo-squelettiques.

Mais les talons aiguilles ne sont pas seulement dangereux pour celles qui les portent. En 2016, The Telegraph rapportait qu’ils avaient été utilisés comme armes dans des centaines d’agressions au Royaume-Uni. En 2013, l’Américaine Ana Trujillo, surnommée la « tueuse au talon aiguille », a été condamnée à la prison à vie après avoir tué son compagnon en le frappant à 25 reprises avec un escarpin bleu en daim à talon aiguille.

Mortel corset

Le corset possède une histoire longue et souvent controversée, dont les origines remontent à plusieurs siècles. À partir du XVIe siècle, ce sous-vêtement, fabriqué en fanons de baleine puis parfois renforcé d’acier, était utilisé pour sculpter la taille.

Au fil du temps, les inquiétudes concernant ses effets sur la santé se sont multipliées, notamment à cause de la pratique du tightlacing, qui consistait à serrer le corset de façon extrême afin d’obtenir une taille très fine.

Dès 1793, le médecin et anatomiste allemand Samuel Thomas von Sömmerring publiait un ouvrage dans lequel il exprimait ses inquiétudes face aux effets d’un laçage prolongé et excessif. Selon lui, cette pratique pouvait comprimer les côtes ainsi que les organes internes, et provoquer des déformations de la cage thoracique.

En juin 1890, The Lancet publiait également un article détaillant les effets dévastateurs du laçage excessif des corsets. Selon la revue, cette pratique pouvait provoquer des côtes cassées, des lésions aux organes internes, des difficultés respiratoires, des déformations du corps et, dans les cas les plus graves, entraîner la mort.

Si la mode des corsets extrêmement serrés appartient désormais au passé, les versions modernes, sous la forme de gaines sculptantes, continuent de susciter des inquiétudes. Des recherches ont montré que le port de vêtements très ajustés, comme les gaines, peut avoir des effets néfastes sur la respiration.

Robes empoisonnées

En Angleterre, l’époque victorienne se prend de passion pour une couleur aussi élégante que dangereuse : un vert émeraude très vif, prisé pour les tissus, les papiers peints, les meubles et les vêtements. Mais obtenir un tel vert était particulièrement difficile.

Pour produire cette teinte éclatante et très recherchée, les fabricants utilisaient un pigment appelé vert de Scheele, un colorant contenant de fortes quantités d’arsenic.

Le grand public n’a pris conscience de la dangerosité de ces robes chargées d’arsenic qu’en 1862, lorsque le célèbre chimiste A. W. Hofmann publia un article intitulé « The Dance of Death » (« La danse de la mort »), dans lequel il dénonçait la toxicité du pigment vert. La semaine suivante, le célèbre magazine satirique Punch réagit en publiant une caricature intitulée The Arsenic Waltz (la Valse à l’arsenic), représentant un squelette vêtu d’une robe de bal.

Caricature satirique publiée par « Punch » en 1862 : un squelette vêtu d’une robe effectue une révérence devant un autre squelette en costume
Pour obtenir cette teinte vert émeraude, les robes étaient teintes avec un colorant contenant de l’arsenic.
Wellcome Collection

Porter ces robes pouvait avoir des conséquences dramatiques, notamment provoquer des ulcères, une défaillance des organes et, à terme, la mort.

Les jeunes ouvrières chargées de confectionner ces vêtements dans les ateliers étaient, elles aussi, exposées à l’arsenic. Beaucoup souffraient de plaies ouvertes, de convulsions, de vomissements et, dans certains cas, en mouraient.

Des cosmétiques toxiques

La reine Elizabeth I (1558-1603) était célèbre pour son teint de porcelaine, considéré à l’époque comme un symbole de beauté et de prestige social. Mais ce maquillage lui servait aussi à dissimuler les cicatrices laissées par la variole.

Pour obtenir cette peau d’une blancheur éclatante, la souveraine utilisait la céruse de Venise, un maquillage à base de plomb dont certains historiens estiment qu’il a contribué à sa mort.

Des recherches récentes indiquent que ce maquillage blanc était en réalité composé d’un mélange de plomb et de vinaigre blanc. Cette préparation favorisait l’absorption du plomb par l’organisme, davantage que d’autres recettes de céruse de Venise.

Comme bien d’autres tendances esthétiques, le maquillage à base de plomb possède une histoire très ancienne. La reine égyptienne Cléopâtre utilisait ainsi un khôl à base de plomb pour souligner ses yeux. Selon des recherches plus récentes, ce maquillage aurait même pu contribuer à prévenir certaines maladies.

Coiffées de plomb et de radium

Les cheveux, longtemps considérés comme un marqueur essentiel de la mode, ont eux aussi été au cœur de nombreuses tendances aux effets toxiques. Au début du XXᵉ siècle, par exemple, la coiffure Pompadour, nommée en hommage à la favorite de Louis XV, Madame de Pompadour, devait son volume à des pommades très en vogue, mais également riches en plomb et toxiques.

Le début du XXᵉ siècle a également vu apparaître une mode aussi insolite que dangereuse : les produits contenant du radium, parmi lesquels des lotions et huiles capillaires radioactives. Certains fabricants affirmaient que la radioactivité favorisait la repousse des cheveux et éliminait les pellicules.

Dans certains cas, du radium était même appliqué directement sur les cheveux afin qu’ils brillent dans l’obscurité.

Or, une exposition prolongée au radium pouvait avoir de graves conséquences sur la santé, notamment sur les os et le système sanguin, parfois des années après son utilisation.

Ces tissus hautement inflammables

En 1871, les jeunes demi-sœurs d’Oscar Wilde assistent à une soirée d’Halloween en Irlande. Figures de la bonne société, elles portent toutes deux ce qui se fait alors de plus élégant : de volumineuses robes à crinoline. Mais en dansant, leurs immenses jupes entrent en contact avec la flamme d’une bougie. Leurs vêtements s’embrasent et elles meurent toutes les deux.

Leur destin tragique était loin d’être un cas isolé. À l’époque victorienne, plus de 3 000 femmes auraient trouvé la mort dans des circonstances similaires.

Appréciée pour sa légèreté et la liberté de mouvement qu’elle offrait, la crinoline n’en demeurait pas moins encombrante et extrêmement inflammable. En 1858, le New York Times faisait état d’une moyenne de trois décès par semaine, ce qui faisait de la crinoline l’une des modes les plus meurtrières de l’histoire.

Si les tendances vestimentaires évoluent sans cesse, les risques qui les accompagnent changent eux aussi. Nous pouvons toutefois nous estimer plus chanceux que nos ancêtres : les modes d’aujourd’hui sont, dans l’ensemble, bien moins mortelles que celles d’autrefois.

The Conversation

Naomi Braithwaite ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Corsets, crinolines et maquillage au plomb… Quand la mode mettait la vie des femmes en péril – https://theconversation.com/corsets-crinolines-et-maquillage-au-plomb-quand-la-mode-mettait-la-vie-des-femmes-en-peril-288942

Les archives orales, des sources comme les autres ? Comment les témoignages nourrissent le travail des historiens

Source: The Conversation – in French – By Etienne Bordes, Maître de conférences /INSPÉ de Créteil, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Si les piliers de l’histoire orale ont été posés dès 1921 par Marc Bloch, les sources orales ont mis près d’un siècle à être admises comme telles en histoire. Pourquoi tant de précautions ? Retour sur cette longue évolution alors que l’intelligence artificielle bouleverse le travail des archives.


La consécration républicaine de Marc Bloch au Panthéon, le 23 juin 2026, a pris la forme d’une relecture de l’histoire et de l’historiographie du XXᵉ siècle. L’homme est en effet un singulier historien. Si son terrain de recherche le tourne vers le Moyen Âge, son parcours biographique l’a amené à traverser toutes les blessures du premier XXᵉ siècle. Son expérience directe de l’histoire contemporaine a nourri sa pratique professionnelle.

L’une de ses interactions a pour cadre la guerre de 1914-1918 et rapproche sa pratique de l’utilisation des sources orales. Alors mobilisé dans les tranchées du Chemin des Dames, Marc Bloch est en effet frappé de l’impact des fausses nouvelles sur ses camarades. Peur des espions allemands ou fantaisistes bombardements russes sur Berlin stimulent sa curiosité sur les mécanismes de construction de la rumeur. Il transforme son expérience combattante en une enquête (publiée dans la Revue de synthèse historique en 1921) qui apparaît d’une ardente actualité.

« Marc Bloch : le destin d’un historien et résistant » (France 3 Hauts-de-France, juin 2026).

Dans ces quelques pages, Bloch « propose de voir dans le présent un terrain d’expérimentation, fourni par les événements historiques contemporains, pour mieux comprendre et penser les événements passés ». Il légitime l’histoire du très contemporain en rapprochant l’étude des fausses nouvelles des tranchées d’une histoire des rumeurs médiévales, période plus consacrée. Pour cela il prend comme objets la rumeur, et s’interroge sur les conditions de sa construction. Il s’appuie ainsi sur des propos consignés pendant le conflit qu’il rapporte consciencieusement.

Ce faisant, dans une réflexion épistémologique de la discipline, Bloch élargit le soupçon et émousse la distinction entre sources orales et écrites montrant que les secondes ne sont parfois que les transcriptions des premières. Loin des réticences de ses maîtres méthodistes, il place les sources orales parmi les outils de l’historien. Il appelle même à la construction de véritables archives orales en prenant en compte cette expérience immédiate et la mémoire pour servir les générations historiennes à venir.

Histoire orale qui reconnaît la force des témoins, sources orales consignées par l’historien dans son enquête, archives orales déposées et conservées : tous les piliers de l’usage de l’oralité en histoire sont déjà érigés par Marc Bloch en 1921. Pourtant, ces pistes lancées au sortir de la Grande Guerre sont longtemps restées sans beaucoup de postérité dans l’historiographie française. Pourquoi l’oralité a-t-elle mis près d’un siècle pour se transformer en source ordinaire ?

Ce que peut l’histoire orale

La légitimation de l’histoire orale a pris des décennies, pourtant le travail pionnier de Bloch est déjà une défense et une illustration de ses atours pour quiconque pratique la recherche historique très contemporaine.

En dépit de tous les effets de distorsion que le recueil et la transcription de la parole induisent, l’histoire orale donne la parole à celles et à ceux qui la prennent rarement. Elle prête une voix aux dominé·es et s’épanouit ainsi en histoire sociale depuis les années 1970 dans les études sur le monde ouvrier, l’histoire des femmes ou les univers militants.

L’histoire orale écorne le splendide isolement disciplinaire et rapproche dans ses méthodes les travaux d’histoire d’autres sciences sociales qui recourent plus volontiers à l’exercice de l’entretien ou de l’enquête ethnographique (sociologie, science politique). La communauté d’expérience construite dans cette commune observation du présent a nourri des enquêtes sociohistoriques qui combinent les principes fondateurs des deux disciplines.

Ces enquêtes peuvent stimuler la construction de banques d’archives orales. La France a expérimenté ces constructions dès les années 1980 à partir notamment des « mémoires d’en haut » venues des hauts fonctionnaires ou de celles de militants, comme le projet « Histoire et mémoires de l’immigration : mobilisations et luttes pour l’égalité, 1968-1988 ».

L’histoire orale est donc un outil précieux pour la communauté historienne, mais elle a mis beaucoup de temps à se faire valoir.

Face aux témoignages, la fin des réticences ?

Alors que l’histoire orale se développe très tôt dans le monde anglophone, puis en Italie avec des auteurs comme Alessandro Portelli, les historiens français se montrent longtemps réticents à faire des témoignages une véritable source historique.

Les témoignages sont jugés plus fragiles, plus subjectifs, plus exposés aux reconstructions de la mémoire. Les historiens du temps présent eux-mêmes cherchent à se distinguer du journalisme et se montrent prudents à l’égard de la parole des témoins.

C’est donc d’abord des linguistes et des ethnologues qui entreprennent d’enregistrer la parole, notamment au Musée de l’Homme. L’invention du magnétophone, au milieu du XXᵉ siècle, ouvre pourtant de nouvelles possibilités documentaires. En France, les premières collectes à vocation historique apparaissent dès l’après-Seconde Guerre mondiale, mais leur développement reste limité jusqu’aux années 1970, avant de s’institutionnaliser progressivement dans les décennies suivantes.

Une étape importante est franchie avec l’enquête conduite par la sociologue Dominique Aron-Schnapper pour le Comité d’histoire de la Sécurité sociale. Entre 1975 et 1980, son équipe enregistre près de 700 heures d’entretiens auprès de 300 témoins. Au-delà de l’ampleur de cette collecte, son apport est surtout méthodologique. Elle forge le concept d’« archives orales » et propose de considérer les témoignages comme des sources historiques à part entière, au même titre que les archives écrites, iconographiques ou audiovisuelles.

Le témoin produit la source, l’enquêteur la recueille et l’archive, puis, après les délais de communication prévus, l’historien peut l’exploiter en appliquant les mêmes règles de critique que pour tout autre document. L’historienne Florence Descamps a largement retracé cette évolution, à laquelle elle a elle-même contribué.

Une extension du domaine de l’oralité

Aujourd’hui, les entretiens font pleinement partie de la boîte à outils des historiennes et des historiens du temps présent. Qu’ils soient réalisés dans le cadre de leurs propres enquêtes ou consultés dans des fonds d’archives constitués par d’autres, ils sont soumis aux mêmes exigences que les sources écrites. Leur usage est désormais enseigné à l’université, de la licence au master, et il est courant et attendu d’en trouver dans les mémoires et les thèses.

Ces sources permettent d’explorer des dimensions de l’histoire que les archives administratives ou institutionnelles saisissent difficilement. Elles éclairent les coulisses des politiques publiques, donnent chair aux acteurs, restituent les expériences du travail, des migrations, des engagements militants ou de la vie quotidienne. Elles permettent aussi de comprendre les silences familiaux, les mécanismes de la mémoire et les multiples façons dont les individus reconstruisent leur passé. Elles peuvent constituer une porte d’entrée pour un espace social ciblé, comme l’éducation et son administration.

Si les entretiens sont aujourd’hui largement admis comme des sources historiques, leur usage a lui aussi profondément évolué. Pendant longtemps, l’enregistrement n’était qu’une étape vers un document écrit : une fois l’entretien retranscrit, la bande magnétique ou la cassette étaient rarement réécoutées, elles étaient même parfois détruites. Comme pour une archive manuscrite, c’était le texte qui faisait foi.

Avec l’intelligence artificielle, un changement d’échelle ?

Une nouvelle révolution est peut-être en cours. Les outils d’intelligence artificielle (IA) ne bouleversent pas encore les pratiques de l’histoire orale, mais ils ouvrent des perspectives inédites. Les logiciels de reconnaissance automatique de la parole permettent désormais de transcrire en quelques minutes des heures d’entretien. Là où la transcription représentait autrefois des dizaines d’heures de travail, l’IA produit une première version qui peut donner l’illusion d’être directement exploitable.

D’autres outils facilitent l’identification des locuteurs, la recherche de mots-clés, l’annotation ou encore le repérage de thèmes récurrents dans de vastes corpus. Pour l’instant, ces usages restent largement exploratoires et s’ajoutent aux méthodes traditionnelles plutôt qu’ils ne les remplacent.

Ces outils ne suppriment pas le travail critique de l’historien. Une transcription automatique contient toujours nombre d’erreurs : les noms propres, les accents, les hésitations ou les émotions peuvent être mal interprétés. Surtout, l’oral ne se réduit pas aux mots prononcés. Les silences, les intonations, les rires, les hésitations ou les changements de rythme constituent eux aussi des informations précieuses pour comprendre un témoignage.

L’intelligence artificielle soulève des questions éthiques et méthodologiques : confidentialité des entretiens, droits des témoins, risque de faux enregistrements et nécessité de maintenir un regard critique sur les sources. En automatisant le traitement des entretiens, elle ne remet donc pas en cause les principes de l’histoire orale ; elle les rend au contraire plus exigeants.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Les archives orales, des sources comme les autres ? Comment les témoignages nourrissent le travail des historiens – https://theconversation.com/les-archives-orales-des-sources-comme-les-autres-comment-les-temoignages-nourrissent-le-travail-des-historiens-287747

‘Jolene’, ‘I Will Always Love You’ y ‘9 to 5’: el genio de Dolly Parton en tres canciones

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Wendy Hargreaves, Academic in the School of Education and Creative Arts, University of Southern Queensland

Jason Kempin/Getty Images

El mundo ha perdido a una leyenda de la música: Dolly Parton, que ha fallecido a los 80 años tras una “breve lucha” contra el cáncer. Se la recuerda por su voz country, décadas de éxitos discográficos, premios Grammy y Emmy, y una generosa y a la vez pequeña carrera como actriz.

Pero el mayor legado que deja Parton es su faceta como compositora, y hay tres canciones que la definen más que ninguna otra.

“Jolene”, “I Will Always Love You” y “9 to 5” no son solo temas memorables, sino que forman parte integral de la historia de la música popular. Muestran a una artista hábil que sabía cómo fusionar la letra con la música. Como muchos compositores, Parton tenía cosas que decir. Lo que hace notable su contribución es que, cuando sus letras contaban una historia, la música encajaba a la perfección con ella.

‘Jolene’

En “Jolene”, lanzada en 1974, la letra de Parton captura el tormento de ver cómo nuestra pareja coquetea con otra persona.

Es una experiencia humana muy intensa, especialmente para las mujeres que se desesperan al ver con qué facilidad una chica guapa capta la atención de los hombres. La súplica desesperada de Parton a Jolene para que no le quite a su pareja “aunque pueda” resulta reconfortantemente cruda y sincera.

La letra de la canción supone un contraste sorprendente con los temas habituales de la época, centrados en encontrar o perder el amor –como “Close to You” (1970) de The Carpenters, “You are the Sunshine of My Life” (1972) de Stevie Wonder e “It’s Too Late” (1971) de Carole King–. En cambio, “Jolene” se sitúa en el precipicio del cambio y narra una historia vívida sobre cómo ver a una joven deslumbrante puede hacer que otra mujer se sienta insegura.

Musicalmente, los acordes resuenan en una clave menor, adecuadamente sombría, ascendiendo a acordes más agudos con cada dramática mención del nombre “Jolene”. Acompañando a la voz hay una guitarra de punteo rápido y realizado con el dedo, interpretada en el estudio de grabación por Chip Young. Mantiene un movimiento incesante que no solo añade tensión, sino que despierta admiración por su hábil ejecución.

‘I Will Always Love You’

“I Will Always Love You” también se publicó en 1974 y –sorprendentemente– es posible que se escribiera el mismo día que “Jolene”.

Esta canción demuestra una vez más la capacidad de Parton para combinar historia y música. El miedo que impregna “Jolene” da paso al dolor de decir adiós a un amor profundo porque, aunque el sentimiento perdura, esta no siempre es razón suficiente para permanecer en una relación.

Una vez más, Parton aborda un tema más sofisticado que la simple emoción y la maravilla de estar enamorado; sabe que esto puede significar que es necesario dejar ir. La letra es escueta y la historia de los “recuerdos agridulces” es vaga, pero Parton vuelve a dar en el clavo con la esencia de la experiencia humana. No necesitamos los detalles de lo que ocurrió para identificarnos con nuestras propias despedidas dolorosas.

Al cantarla, el alargamiento de la palabra “I” se transforma casi en un grito de agonía en la extraordinaria versión de Whitney Houston.

La progresión de acordes que Parton eligió para sustentar el estribillo es uno de los patrones más conocidos y que más éxitos ha generado en la historia de la música popular. Aparece en canciones como “Stand By Me” (1961), “Blue Moon” (1934), “Crocodile Rock” (1973) y “Every Breath You Take” (1983).

Pero el uso que hace Parton es único: la melodía y la letra no siguen la progresión. En su lugar, la melodía se mantiene en una sola nota (con algunos adornos) y deja que los acordes hagan el trabajo.

‘9 to 5’

Parton compuso la canción “9 to 5” en 1980 para la película del mismo nombre que protagonizó junto a Jane Fonda y Lily Tomlin (y que en España se tituló Cómo eliminar a su jefe). En ella tenía que describir el ajetreo de una semana laboral.

Para lograrlo, Parton sustituyó sus letras de amor, más extensas, por un ritmo incesante que describe la rutina matutina. Aquí utiliza ingeniosas rimas imperfectas, como la combinación de “kitchen” y “ambition”, para hacer creíble la historia.

La melodía de la estrofa va in crescendo con cada grupo de palabras, acumulando energía al igual que el comienzo del día que está describiendo. El estribillo clava el gancho al cambiar el ritmo, para que resuene la frase “9 to 5”.

En “9 to 5”, Parton se alejó de las canciones de amor para abordar un tema feminista que denunciaba a voz en grito las injusticias de trabajar sin descanso como cualquier otro empleado, sin poder obtener un “ascenso justo”. La descripción del “juego de los ricos” y de cómo “nunca te reconocen el mérito” pone de relieve las desigualdades laborales que, lamentablemente, siguen prevaleciendo hoy en día.

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Wendy Hargreaves no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Jolene’, ‘I Will Always Love You’ y ‘9 to 5’: el genio de Dolly Parton en tres canciones – https://theconversation.com/jolene-i-will-always-love-you-y-9-to-5-el-genio-de-dolly-parton-en-tres-canciones-290551

Cómo Dolly Parton convirtió el artificio en talento artístico

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rosemary Overell, Senior Lecturer in Communication Studies, University of Otago

Pete Still/Redferns/Getty Images

Esta mañana, echando un vistazo a los homenajes a Dolly Parton –desde el del Grand Ole Opry al alcalde de Nueva York, Zohran Mamdani, pasando por los de influencers queer y otros–, me pregunté: ¿de verdad era ese su nombre real?

Sí. La “Reina del Country”, que falleció esta madrugada a los 80 años, fue bautizada al nacer Dolly Rebecca Parton. Mi sorpresa ante la autenticidad de su nombre dice mucho de la contradicción que encierra la figura de Parton.

Porque… ¡menudo nombre! No era el diminutivo de un nombre serio, ni un nombre artístico, sino un nombre real que nos remite directamente a su imagen de celebridad tal y como era: arreglada, maquillada, un objeto con el que jugaba la industria del entretenimiento. Esto nos hace darnos cuenta de la astucia interpretativa con la que jugaba la propia artista. Su melena rubia se convirtió en una seña de identidad, al igual que su orgullo y su irreverencia irónica hacia su imagen “plástica”.

Objeto de burla y sátira en ocasiones, esa imagen inicial de Dolly Parton –en entrevistas, parodias e incluso su propia marca– solía estar relacionada con su aparente “falsedad”. Su figura en el sentido más literal –pecho, rostro, pelo– era obviamente artificial. Y, a menudo, estos añadidos sintéticos a su cuerpo se trasladaban a la suposición de que ella misma era, si no falsa, al menos algo superficial.

Sin embargo, Parton parecía querer ir más allá. Su primer éxito en las listas de música country fue “Dumb Blonde” (que en español significa “Rubia tonta”) en 1967.

Jugando con la contradicción

El mismo año en que “Dumb Blonde” entró en las listas, lanzó su primer LP: Hello, I’m Dolly (“Hola, soy Dolly”). Esta inserción, posiblemente consciente, del sujeto (I am, “soy”) en un título musical tan familiar en los años sesenta (“Hello, Dolly”“) podría indicarnos un posicionamiento temprano de sí misma como “Dolly”.

En un género en el que la aparente sinceridad es primordial –la canción country que encabezó las listas en su año de debut fue la convencionalmente sentimental “All the Time”, de Charles Greene—, Parton hizo del artificio su sello distintivo.

De nuevo, nos encontramos ante una contradicción. Ser falsa, adentrarse en los aspectos interpretativos sentimentales del género country, se convirtió en su verdadera firma: un rastro de su originalidad.

Por supuesto, la “sinceridad” de la música country –o de cualquier forma de música popular– es, podría decirse, espuria. Pero a finales de la década de 1960, con el auge del rock experimental, el pop de los poetas folk e incluso el Motown, la pretensión del country de hablar desde una posición auténtica era un argumento de venta, sobre todo para el público conservador.

Pensemos en el country psicodélico de los Flying Burrito Brothers y los Byrds que irrumpió en la costa oeste estadounidense por aquella época. Su entrada en el Grand Ole Opry –legendario programa radiofónico y escenario de música country – se vio frustrada no solo por el comportamiento dudoso de algunos de sus miembros, como Gram Parsons y Chris Hillman, sino también porque las matriarcas de Nashville percibieron una especie de parodia en sus impecables interpretaciones del estilo country.

En cambio, Parton fue acogida en el seno del género. Su historia personal y sus raíces la convertían en un producto country auténtico y comercial. A diferencia de la mayoría de sus contemporáneas, componía éxitos originales.

Estilo ‘rosa chillón y brillante’

Cantando a la tirolesa durante los años 70, Parton se abrió camino en el circuito country con la canción “Jolene”, en 1974. Pero en la década de los 80, con su ascenso como estrella de cine y figura imprescindible en los medios de entretenimiento, la artista comenzó a jugar en serio con la dinámica entre lo real y lo falso.

Su talento interpretativo y su ingenio también se consideraban más que creíbles, en contraste con su “aspecto físico”. En su reseña de la película 9 to 5, de 1980, el crítico cinematográfico Roger Ebert escribió con asombro que Parton “apenas parece existir como ser sexual” en la película. Más bien, es su “exuberancia natural y espontánea” lo que la convierte en la estrella.

De manera implícita (y la crítica de Ebert era representativa), su cuerpo excesivamente femenino contrastaba con su talento, su profundidad y (de nuevo, según Ebert) su “presencia”. Curiosamente, para Ebert, la única forma de explicar tal capacidad era insinuar una falta de inteligencia: un talento natural, sin formar, auténtico.

La feminidad consciente y artificiosa de Dolly también la impulsó a convertirse en un icono para el público queer. A pesar de su firme heterosexualidad (estuvo casada con el mismo hombre durante casi 60 años), su rechazo al feminismo y su continuo atractivo para el público conservador del country, también se convirtió sin reservas en la “Madre” de muchas personas LGBTIQ.

En un artículo de 2021, el sociólogo Cory Albertson analizó cómo el estilo exagerado de Dolly, “rosa chillón y brillante”, fue crucial para muchas personas que se estaban abriendo camino y saliendo del armario en las décadas de 1990 y 2000.

La valoración de Ebert de que Dolly carecía curiosamente de atractivo sexual en la pantalla nos recuerda que podemos pensar en ella –una vez más– como una figura que juega con los cuerpos “sexualizados”, en lugar de ser ella misma un cuerpo (auténticamente) sexualizado.

Cuando Parton se autodenominó la “Backwood Barbie” (que podría traducirse por “Barbie de los bosques”) en una entrevista de 2013 en 60 Minutes, su ocurrencia se refería a la vez a la realidad (nació en la pobreza) y a la fachada de ser, bueno, “Dolly”.

Al ver la entrevista esta mañana, entendí mal su comentario y creí que había dicho “Backwards Barbie” (“Barbie invertida”). Me gusta más así. Al exagerar su figura, su aspecto como muñeca icónica, invirtió el juguete de la “rubia ideal”. Las inversiones también son queerizaciones. Creo que quizá a ella le habría gustado mi error de comprensión.

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Rosemary Overell no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cómo Dolly Parton convirtió el artificio en talento artístico – https://theconversation.com/como-dolly-parton-convirtio-el-artificio-en-talento-artistico-290542

Ondas de Rossby, el ‘Uber Eats’ del océano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alberto Alcalá Verdugo, Doctorando en Oceanografía y Cambio Global, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC); Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Ondas de Rossby vistas desde el espacio. NASA, Goddard Space Flight Center., CC BY-SA

Imagínese que vive en un edificio del que nunca puede salir. No puede siquiera ir al supermercado para buscar comida. Su única esperanza es que alguien llegue con el reparto del día.

En el océano, para muchos organismos marinos, esta situación no es una metáfora, sino una realidad. Los seres que componen el plancton viven inmersos en un mar de constante movimiento, donde los alimentos no siempre están disponibles y donde la circulación oceánica puede decidir cuándo llega el siguiente “pedido”.

Entre los grandes repartidores del océano, hay protagonistas poco conocidos, como son las ondas de Rossby. A diferencia de las olas, que son ondas que vemos fácilmente, estas son enormes perturbaciones del océano que desplazan energía lentamente hacia el oeste debido a la rotación de la Tierra. Son tan grandes que pueden extenderse cientos o miles de kilómetros, pero tan lentas que pueden tardar meses, incluso años, en recorrer una cuenca oceánica. Su movimiento, apenas perceptible desde la superficie, desplaza lentamente las masas de agua en sentido vertical, levantándolas y hundiéndolas.

Un océano con muchos barrios diferentes

Aunque desde la costa el mar parezca inmensamente uniforme, en realidad está formado por distintas masas de agua con propiedades muy diferentes. Algunas son ricas en nutrientes, otras contienen más o menos oxígeno. Hay masas de agua que han tenido contacto reciente con la atmósfera y otras que llevan siglos sin haber estado siquiera cerca de la superficie, con lo que han ido acumulando carbono y empobreciéndose en oxígeno.

Estas masas de agua no están distribuidas al azar, sino organizadas en una compleja estructura tridimensional en continuo movimiento.

Y no todos los organismos pueden vivir en cualquier profundidad. Cada especie está adaptada a unas condiciones concretas de presión, temperatura, luz y disponibilidad de oxígeno. El plancton ilustra muy bien esta dependencia del entorno, ya que su capacidad de desplazamiento es limitada en comparación con la fuerza de la dinámica oceánica.

Cuando llega el pedido

Las ondas de Rossby alteran la profundidad de la termoclina –capa dentro de un cuerpo de agua o aire donde la temperatura cambia rápidamente con la profundidad o altura– y de otras capas internas del océano. En algunas regiones, hacen ascender aguas profundas, ricas en nutrientes como nitratos y fosfatos, mientras que en otras provocan el efecto contrario. Puede parecer un cambio insignificante, pero para el fitoplancton supone una enorme diferencia.

Estos microorganismos necesitan luz para la fotosíntesis, pero también dependen de los nutrientes, que son abundantes en las aguas profundas. Cuando una onda de Rossby acerca esas aguas a la zona donde llega la luz, el fitoplancton encuentra las condiciones ideales para crecer. Y donde crece el fitoplancton aparece el resto de la cadena trófica. El zooplancton encuentra más alimento, los pequeños peces encuentran más zooplancton y los grandes peces encuentran más presas. Incluso las aves marinas y mamíferos pueden beneficiarse de un proceso físico que comenzó cientos de kilómetros atrás y varios meses antes.

Las ondas de Rossby no transportan peces ni plancton como si fuese una cinta transportadora, pero sí hacen posibles las condiciones necesarias para que la vida prospere.

Esquema del efecto de las ondas de Rossby en el océano, con su desplazamiento hacia el oeste provoca el ascenso de aguas profundas ricas en nutrientes hacia la zona fótica, donde favorecen el desarrollo del fitoplancton.
Alberto Alcalá.

Un repartidor silencioso

Como es normal, la mayor parte del tiempo ignoramos que las ondas existen. No son nada espectaculares, ni generan tsunamis ni tormentas gigantes. De hecho, es muy difícil poder verlas: el método más común para estudiarlas es utilizar satélites capaces de detectar variaciones de apenas unos centímetros en la superficie libre del mar.

Para seguir la pista de estas ondas, los oceanógrafos recurren a un tipo de gráfico llamado diagrama de Hovmöller. En un eje se representa la longitud y en el otro el tiempo. Cada línea horizontal es, en realidad, una fotografía del océano en un instante concreto y, al apilarlas todas, se obtiene una película condensada en una sola imagen. Así se pueden ver las huellas de las ondas de Rossby viajando hacia el oeste.

Diagrama de Hovmöller de la anomalía del nivel del mar (SSHA) entre abril de 2021 y abril de 2023. La inclinación de las bandas rojas (crestas) y azules (valles) refleja el desplazamiento hacia el oeste de las ondas de Rossby.
Copernicus Marine Environment Monitoring Service (CMEMS)., CC BY

Cómo influye el aumento global de temperaturas

Además de transportar nutrientes de los que dependen innumerables ecosistemas marinos, estas ondas regulan la distribución de calor en los océanos y participan en la circulación oceánica a gran escala. Comprenderlas también es importante en un contexto de cambio climático.

En este escenario, a medida que los océanos se calientan y se estratifican, la forma en que estos grandes movimientos redistribuyen calor y nutrientes puede cambiar, con consecuencias aún difíciles de predecir para la productividad marina y para las especies que dependen de ella.

Las ondas de Rossby seguirán recorriendo las cuencas oceánicas como lo han hecho siempre, pero el océano que atraviesan no será el mismo. Con una estratificación más marcada y una termoclina más somera, el mismo desplazamiento vertical puede tener efectos muy distintos sobre el aporte de nutrientes. Por eso resulta necesario seguir estudiándolas en profundidad.

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Alberto Alcalá Verdugo está contratado por el Centro Oceanográfico de Canarias (COC) IEO-CSIC y está adscrito al programa de Doctorado en Oceanografía y Cambio Global (DOYCAG) perteneciente a la Universidad de Las Palmas de Gran Canaria (ULPGC).

María Dolores Pérez Hernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Ondas de Rossby, el ‘Uber Eats’ del océano – https://theconversation.com/ondas-de-rossby-el-uber-eats-del-oceano-287731

¿Nacen o se hacen? Las preferencias alimentarias de los mosquitos, bajo la lupa evolutiva

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Parra, Ecología del parasitismo, Estación Biológica de Doñana (EBD-CSIC)

Un mosquito pica a un caballo. Oleksandr Zastrozhnov/Shutterstock

Las picaduras de mosquitos son una molestia tan grande cada verano que parecería que somos lo único que comen. Sin embargo, estos insectos no se alimentan solo de nuestra sangre: también les gusta la de otros animales. Este es un punto clave que explica que los mosquitos sean responsables de millones de infecciones y cientos de miles de muertes de personas cada año.

Pero ¿de qué animales prefieren alimentarse? Y esas preferencias, ¿dependen del entorno o de la historia evolutiva? Son preguntas clave para entender cómo circulan los patógenos entre especies animales, incluidos los humanos.

Su picadura es un factor clave en la transmisión de patógenos

Las enfermedades transmitidas por mosquitos, como la malaria, suponen un desafío global para la salud pública y animal. En España, el virus del Nilo Occidental ha ganado protagonismo en los últimos años debido a los brotes de 2020 y 2024 en Andalucía y Extremadura. También en 2024 se detectaron casos autóctonos de dengue en España, hasta hace poco una enfermedad que no circulaba en nuestro entorno.

Además de alimentarse de secreciones azucaradas de las plantas, las hembras de mosquitos requieren sangre para completar el desarrollo de sus huevos. Esa picadura puede representar el primer contacto del insecto con un patógeno que cause una enfermedad.

Cuando una hembra de mosquito pica a un animal infectado puede ingerir el patógeno junto con la sangre del hospedador. Si este mosquito es un vector competente, el patógeno podrá multiplicarse en su interior, llegar a sus glándulas salivares y transmitirse a un nuevo hospedador con la siguiente picadura.

Hospedadores competentes y accidentales

De manera general, los patógenos transmitidos por mosquitos requieren de, al menos, dos alimentaciones sanguíneas: una primera para que los mosquitos los adquieran y otra, posterior, para transmitirlos a un nuevo hospedador.

Al igual que ocurre con los mosquitos, no todos los hospedadores animales son igualmente competentes para cada patógeno. En el caso del virus del Nilo Occidental las aves actúan como reservorio, ya que solo en ellas el virus se replica lo suficiente como para que un mosquito se infecte con la picadura. Cuando un insecto infectado pica a una persona o a un caballo, puede transmitir el virus. En algunos casos esto puede provocar síntomas graves y, de forma poco frecuente, la muerte.

Sin embargo, los humanos y los caballos son hospedadores accidentales. En ellos el virus no alcanza unos niveles suficientes como para infectar a nuevos mosquitos y continuar el ciclo de transmisión. En otras palabras, la enfermedad no se puede contagiar entre seres humanos y caballos.

Patrones de alimentación de los mosquitos

Parece lógico pensar que la disponibilidad de hospedadores es uno de los principales factores que determina a quién pica el mosquito. Aquellos que viven cerca de granjas tenderán a alimentarse de ganado, mientras que los que se encuentren en ambientes urbanos será más probable que se nutran de humanos. Esto se conoce como alimentación oportunista.

Sin embargo, no todos los mosquitos son oportunistas. Existen especies que se alimentan preferentemente de determinados grupos animales, incluso cuando otros hospedadores son más abundantes en la zona. Estos mosquitos son conocidos como especialistas.

Por ejemplo, Culex hortensis y Uranotaenia lowii se alimentan de reptiles y anfibios, respectivamente. El mosquito común Culex pipiens suele alimentarse de aves y ocasionalmente de humanos. Esto, unido a su competencia como vector, le permite ser uno de los principales transmisores del virus del Nilo Occidental.

En conjunto, esto hace pensar en la existencia de factores internos que influyen en las preferencias de alimentación de los mosquitos, tales como la historia evolutiva de cada especie.

La tribu del mosquito determina sus preferencias

En un estudio liderado desde la Estación Biológica de Doñana analizamos hasta qué punto la historia evolutiva de los mosquitos influye en sus preferencias alimentarias. Para comprobarlo obtuvimos 765 registros de alimentaciones de mosquitos en todo el mundo que englobaban a los humanos, otros mamíferos, aves, reptiles y anfibios.

Este análisis permitió describir las preferencias de alimentación a nivel de tribu (una categoría taxonómica que agrupa especies de mosquitos evolutivamente emparentados). Los resultados mostraron que las tribus Aedini (a la que pertenece el género Aedes), Anophelini (Anopheles), Mansoniini (Mansonia) y Sabethini (Sabethes) se alimentan principalmente de mamíferos. Culisetini (Culiseta) prefiere aves y Uranotaeniini (Uranotaenia), anfibios.

Además, encontramos que las especies más relacionadas filogenéticamente tienden a alimentarse de grupos similares de vertebrados. Esto se conoce como “inercia filogenética”, un concepto que describe cómo determinados rasgos tienden a conservarse a lo largo de la evolución.

Los valores más altos de inercia filogenética aparecieron en los mosquitos que se alimentan de anfibios. Estas diferencias podrían deberse a la evolución de los sistemas sensoriales de estos insectos, responsables de detectar a sus hospedadores mediante señales químicas, visuales y acústicas. Por ejemplo, Ur. macfarlanei, especializada en ranas, localiza a sus hospedadores mediante estímulos acústicos.

También encontramos una inercia filogenética intermedia en los mosquitos que se alimentan de mamíferos y humanos, lo que evidencia que muchas especies distintas son capaces de nutrirse con ellos. Probablemente, otros factores ecológicos entran en juego para determinar la selección del hospedador.

La filogenia no es el único factor

El estudio también mostró que el país en el que se muestrearon los mosquitos influye en los patrones de alimentación. Podría deberse a la variación geográfica y temporal en la presencia y abundancia de hospedadores y de mosquitos. Todo esto influye en su probabilidad de encuentro.

Esto da lugar a diversos escenarios en cada sitio, con especies de mosquitos concretas enfrentándose a combinaciones diferentes de hospedadores. Como resultado, se generan patrones de alimentación diferentes.

Preferencias de alimentación y transmisión de enfermedades

Nuestros resultados ayudan a comprender mejor un aspecto fundamental de la biología de los mosquitos: sus preferencias alimentarias no son completamente aleatorias, sino que están condicionadas por su historia evolutiva y su contexto ecológico. Y esto importa más de lo que parece.

En un contexto de cambio global, la aparición de enfermedades zoonóticas, cuyos reservorios son los animales y que pueden infectar a los humanos, está aumentando, impulsada por factores como el cambio climático y la alteración de hábitats. Entender a qué animales prefieren picar los mosquitos puede ayudarnos a anticipar mejor cómo circulan los patógenos y qué enfermedades tienen más probabilidades de emerger o expandirse.


En este artículo ha participado Alazne Díez Fernández, quien en el momento de redacción del artículo en que se fundamenta este texto, desarrollaba su investigación en la Universidad de Extremadura.


The Conversation

Paula Parra recibe fondos del contrato predoctoral PREP2023-001571 del Ministerio de Ciencia e Innovación.

Jessica Jiménez Peñuela recibió financiación por el proyecto ref. P21_00049 de Junta de Andalucía, Consejería de Universidad, Investigación e Innovación (Proyectos I+D+i Junta de Andalucía 2021) a través de un contrato postdoctoral en la Universidad de Granada (UGR).

Jordi Figuerola Borras, como investigador principal, es responsable de la ejecución de fondos para investigación de la Agencia Estatal de Investigación, la Comisión Europea, la Junta de Andalucía, la Diputación de Sevilla, el Ayuntamiento de Sevilla y la Fundación la Caixa, que recibe la institución pública Consejo Superior de Investigaciones Científicas, para la que trabaja, y que le paga un salario por ello.

Josué Martínez de la Puente, como investigador principal, es responsable de la ejecución de fondos para investigación de la Agencia Estatal de Investigación y de el Organismo Autónomo de Parques Nacionales, que recibe la institución pública Consejo Superior de Investigaciones Científicas, para la que trabaja, y que le paga un salario por ello.

Martina Ferraguti como investigadora principal, es responsable de la ejecución de fondos para investigación de la Agencia Estatal de Investigación, el Ministerio de Ciencia e Innovación de España y la Fundación BBVA, que recibe la institución pública Consejo Superior de Investigaciones Científicas, para la que trabaja, y que le paga un salario por ello.

RAFAEL GUTIÉRREZ LÓPEZ recibe fondos de la Ayuda «Excelencia Severo Ochoa» CEX2024-001498-S financiada por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades MICIU/AEI /10.13039/501100011033

Sergio Magallanes Argany recibió fondos del contrato PLEC2021-007968 (NEXTHREAT)/ AEI/10.13039/501100011033/ Unión Europea NextGenerationEU/PRTR.

– ref. ¿Nacen o se hacen? Las preferencias alimentarias de los mosquitos, bajo la lupa evolutiva – https://theconversation.com/nacen-o-se-hacen-las-preferencias-alimentarias-de-los-mosquitos-bajo-la-lupa-evolutiva-287335

¿Sabía que las palabras ‘anime’, ‘cosplay’ y ‘aidoru’ no son de origen japonés?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Abellán Pardo, Contratada predoctoral, Universidad de Murcia

El anime es, curiosamente, una palabra que define un género puramente japonés pero solo fuera de Japón. らいみぃ/Wikimedia Commons, CC BY

Si le pregunto de dónde vienen palabras como anime, cosplay o aidoru, seguramente responderá “de Japón”. Y no le faltaría razón… parcialmente.

La respuesta no es, de hecho, tan sencilla.

Estos términos están muy unidos a la cultura japonesa. Sin embargo, su historia empezó mucho antes y en otro idioma. Es un viaje sorprendente que demuestra que las palabras también tienen su propia historia.

Los préstamos léxicos

En lingüística, existe un fenómeno que se denomina “préstamo léxico”. Aunque el nombre parezca complicado, la idea es muy sencilla. Las lenguas toman palabras unas de otras continuamente. El español lo hace desde hace siglos. Usamos wifi, fútbol o software, que vienen del inglés. También decimos kimono, karaoke o sushi, que proceden del japonés.

Cuando una palabra llega a otro idioma, normalmente cambia un poco. Estos cambios pueden afectar tanto a la escritura o la pronunciación como a su propio significado. Es la forma que tiene cada lengua de hacer suyo un término extranjero.

Este proceso de adaptación, como es lógico, ocurre constantemente en japonés.

Influencia anglosajona

Hoy, la mayoría de las palabras extranjeras que utiliza el japonés vienen del inglés. Son tantas que forman el grupo más numeroso de préstamos de esta lengua. Basta con pasear por Tokio para ver escaparates, anuncios o productos llenos de expresiones de origen anglosajón.

Ahora bien, la genialidad de los japoneses no está simplemente en su capacidad para absorber préstamos, sino en su creatividad para apropiárselos.

Como el inglés y el japonés son idiomas muy diferentes, muchas palabras necesitan cambiar para poder pronunciarse con facilidad. Algunas se acortan, otras cambian algunos sonidos. Y otras incluso adquieren un significado nuevo. En ocasiones, Japón va un paso más allá y crea términos completamente nuevos utilizando voces inglesas.

Una adaptación que ha cruzado las fronteras

Anime es, probablemente, el ejemplo más conocido. Su historia comienza con el inglés animation. Cuando este préstamo llegó a Japón, hacia los años sesenta, se adaptó a la pronunciación japonesa y pasó a decirse animeeshon. Sin embargo, como ocurre con muchas palabras largas, los hablantes terminaron acortándola hasta dejarla simplemente en anime. Era más rápida, más cómoda y más fácil de usar en la conversación diaria.

Pero el cambio no fue solo de forma. También cambió su significado. En Japón, anime puede utilizarse para hablar de la animación en general, aunque suele asociarse especialmente a las producciones dirigidas al público infantil y juvenil. En cambio, cuando la palabra llegó a otros países, empezó a utilizarse casi exclusivamente para referirse a la animación japonesa.

Hoy, cuando alguien habla de anime, casi nadie piensa en dibujos animados occidentales. La palabra ha terminado identificando un estilo, una industria e incluso una forma de entender la animación.

Una invención japonesa a partir del inglés

Cosplay es todavía más curioso. Muchas personas creen que es una palabra inglesa. Sin embargo, no es así.

Un cosplayer en una convención en México en 2025.
Ferfive/Wikimedia Commons, CC BY

Fue creada en Japón por Nobuyuki Takahashi en 1983. En junio de ese año, Takahashi estaba escribiendo un artículo sobre una curiosa moda para la revista My Anime y se le ocurrió unir dos términos ingleses para definirla: costume (‘disfraz’) y play (‘jugar’). Es decir, a partir de dos piezas del inglés, construyó una palabra nueva para describir una actividad que cada vez era más popular: disfrazarse e interpretar a personajes de manga, anime o videojuegos.

Tuvo un enorme éxito. Primero se popularizó entre los aficionados al manga y al anime en Japón. Después, gracias a Internet y a la expansión de la cultura popular japonesa, comenzó a utilizarse en todo el mundo. Español, francés, italiano o alemán, entre muchas otras, son algunas de las lenguas en las que este término ha obtenido gran popularidad. Hoy es habitual encontrar concursos de cosplay en convenciones de Europa, América o Asia, y millones de personas emplean la palabra sin saber que, en realidad, fue inventada en Japón.

Misma forma, diferente fondo

El caso de aidoru es diferente.

La palabra procede del inglés idol, pero en Japón empezó a significar algo distinto. Un idol en inglés puede ser cualquier persona muy admirada. En cambio, un aidoru es un tipo muy concreto de artista: jóvenes cantantes, actores o celebridades cuya imagen y carrera están cuidadosamente organizadas por la industria del entretenimiento japonesa.

La palabra apenas cambió de forma, pero sí cambió completamente de significado dentro –y fuera– de Japón.

Los tres ejemplos muestran que una misma lengua puede transformar las palabras extranjeras de maneras muy distintas. Anime nació de una adaptación y de un proceso de simplificación. Cosplay fue una creación completamente nueva elaborada con elementos ingleses. Y aidoru mantuvo casi la misma forma, pero adquirió un significado totalmente diferente.

Lo más interesante ocurre al final del viaje.

No son japonesas pero lo parecen

Una vez transformadas en Japón, estas palabras comenzaron a viajar por el mundo. El éxito del manga, el anime, los videojuegos y la música japonesa ha hecho que millones de personas empiecen a utilizarlas. Poco a poco, han ido asentándose en otros idiomas, incluido el español. Hoy las consideramos 100 % “made in Japan” y, de alguna manera, lo son.

Pero su historia demuestra que las lenguas son mucho más complejas de lo que parecen. No todas las palabras que identificamos con Japón nacieron allí. Algunas empezaron su recorrido en otro idioma, cambiaron por completo al pasar por el japonés y solo entonces llegaron al resto del mundo con una nueva identidad.

Quizá esa sea la parte más fascinante de esta historia. Las palabras cruzan fronteras, cambian de forma y significado y, a veces, acaban representando a un país distinto de aquel en el que nacieron.

La próxima vez que escuche estos términos quizá pueda verlos con otros ojos. Porque detrás de ellos no solo hay manga, series o música. También hay una historia de encuentros entre lenguas, culturas y personas. Y eso demuestra que, igual que nosotros, las palabras nunca dejan de moverse.


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The Conversation

Ana Abellán Pardo recibe fondos de la Universidad de Murcia. Está vinculada a esta institución mediante una beca FPU, un contrato predoctoral.

– ref. ¿Sabía que las palabras ‘anime’, ‘cosplay’ y ‘aidoru’ no son de origen japonés? – https://theconversation.com/sabia-que-las-palabras-anime-cosplay-y-aidoru-no-son-de-origen-japones-287991

¿El IBI debe seguir funcionando con una lógica proporcional o debería ser más progresivo?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Albert Navarro García, Profesor titular de Derecho Financiero y Tributario, Universitat de Girona

nelo2309/Shutterstock

Con el precio de la vivienda marcando máximos en muchas ciudades españolas y el acceso a un hogar convertido en una de las principales preocupaciones sociales, el tema de la vivienda se ha colocado en el centro del debate político y económico.

En este escenario, cada vez son más quienes consideran que la fiscalidad local debe desempeñar un papel más activo. La pregunta es sencilla: si el sistema tributario pretende adaptarse a la capacidad económica de los contribuyentes, ¿debe seguir pagando el mismo porcentaje una vivienda modesta, situada en un barrio periférico, que una propiedad de gran valor, ubicada en una de las zonas más exclusivas de la ciudad?

Según valor de catastro

Actualmente, el impuesto sobre bienes inmuebles (IBI) constituye la principal fuente de ingresos tributarios de los ayuntamientos. Su funcionamiento es sencillo: cada inmueble paga en función de su valor catastral y del tipo aprobado por el municipio.

Quien tiene una vivienda de mayor valor paga más que quien tiene una más modesta. Sin embargo, a diferencia del IRPF, el impuesto no aplica tipos más altos a medida que aumenta la riqueza del contribuyente, sino que se impone el mismo porcentaje a todos los inmuebles.

Un ejemplo: pensemos en dos viviendas situadas en la misma ciudad. Una tiene un valor catastral de 80 000 euros y otra de 1 000 000 de euros. Si el municipio aplica un tipo del 0,70 %, la primera pagará 560 euros y la segunda 7 000. La diferencia radica en el valor catastral, pero ambas soportan exactamente el mismo porcentaje de gravamen. Ahí se encuentra el núcleo de la discusión.

¿Qué significa realmente un IBI progresivo?

Cuando se habla de IBI progresivo suele pensarse en aumentar la tributación de los grandes propietarios. Sin embargo, el debate es más amplio.

La idea consiste en introducir mecanismos que permitan adaptar mejor el impuesto a las distintas realidades del mercado inmobiliario. En lugar de aplicar un único tipo para todas las viviendas, podrían establecerse porcentajes diferenciados, en función de determinadas circunstancias que reflejen una mayor capacidad económica.

Las fórmulas posibles son muy diversas:

  • Introducir escalas progresivas similares a las del IRPF.

  • Establecer tipos más elevados para los inmuebles con mayor valor catastral.

  • Reforzar la tributación de viviendas permanentemente desocupadas.

  • Diseñar recargos específicos para los grandes tenedores de parques de viviendas.

Los argumentos a favor

Los defensores de estas medidas consideran que permitirían que la contribución fiscal reflejara mejor las diferencias económicas existentes dentro del mercado inmobiliario, además de proporcionar nuevas herramientas para impulsar políticas de vivienda:

  1. Mejoraría la adecuación del impuesto al principio de capacidad económica. No se trata únicamente de que los inmuebles más valiosos paguen más en términos absolutos, sino de que soporten también una carga relativa superior.

  2. Permitiría proteger mejor la vivienda habitual y aliviar la carga tributaria de determinados hogares.

  3. Podría ser una herramienta útil para que los ayuntamientos desarrollen políticas de vivienda más activas en un contexto de fuerte tensión residencial.

Los argumentos en contra

Para algunos expertos, la progresividad es más adecuada en impuestos personales, como el IRPF, que en tributos como el IBI, de carácter real y objetivo, que gravan cada inmueble de manera individual sin tomar en cuenta la riqueza global de su propietario.

Además, advierten de que una mayor complejidad podría generar problemas de gestión, aumentar la conflictividad y reducir la seguridad jurídica.

Otros temen que determinadas reformas acaben trasladando costes a los inquilinos o generando efectos indeseados sobre la inversión inmobiliaria.

Barcelona abre el debate

La cuestión ya no es una mera hipótesis académica.

En mayo de 2026, la Comisión de Economía y Hacienda del Ayuntamiento de Barcelona aprobó una iniciativa para respaldar una reforma de la Ley Reguladora de las Haciendas Locales que permita introducir mayores dosis de progresividad en el IBI.

La propuesta no se limita a los grandes tenedores, sino también a inmuebles vacíos y usos no residenciales con el fin de “avanzar hacia una fiscalidad municipal más progresiva, justa y orientada a garantizar el derecho a la vivienda”.

El gran obstáculo: la ley

El principal problema no es político ni económico, sino jurídico.

La legislación vigente configura el IBI como un impuesto real y objetivo, por lo que se grava cada inmueble y no la situación económica global de su propietario. Como consecuencia, los ayuntamientos disponen de un margen muy limitado para introducir mecanismos de progresividad.

Por ello, cualquier reforma relevante exige una modificación previa de la Ley Reguladora de las Haciendas Locales.

Una cuestión de modelo de ciudad

Detrás del debate sobre el IBI progresivo se esconde una discusión mucho más profunda. La pregunta es qué papel deben tener los ayuntamientos ante el problema de la vivienda. ¿Deben limitarse a recaudar o pueden utilizar los tributos para favorecer un acceso más justo a la vivienda?

Por eso, la cuestión ya no es solo cuánto dinero recauda el IBI, sino cómo puede contribuir a afrontar el problema. Se trata de un debate que acaba de empezar, pero que probablemente tendrá un papel importante en el futuro de la financiación local en España.

¿Debe seguir siendo el IBI un impuesto esencialmente proporcional o ha llegado el momento de incorporar criterios de progresividad para adaptarlo a los retos actuales de la vivienda?

La respuesta puede acabar impulsando una de las reformas más importantes de la fiscalidad local española desde la creación del propio impuesto.

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Albert Navarro García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿El IBI debe seguir funcionando con una lógica proporcional o debería ser más progresivo? – https://theconversation.com/el-ibi-debe-seguir-funcionando-con-una-logica-proporcional-o-deberia-ser-mas-progresivo-289289