Les 250 ans des États-Unis : comment Trump cherche à s’approprier les Pères fondateurs

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédérique Sandretto, Chargée d’enseignement en civilisation américaine, Université Côte d’Azur; Sciences Po

Le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis dépasse le cadre d’une simple commémoration. Survenant dans un contexte de forte polarisation politique, il suscite des débats qui illustrent la multiplication des lectures concurrentes de l’histoire. Donald Trump, comme ses opposants, cherche ainsi à s’approprier l’héritage de 1776, avec en point de mire l’approche des cruciales élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre prochain.


Le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance, célébré le 4 juillet 2026, intervient à un moment où la mémoire nationale est devenue, aux États-Unis, un enjeu politique majeur. Rarement un anniversaire national aura été autant chargé d’enjeux symboliques, politiques et mémoriels.

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a un an et demi, la polarisation idéologique qui ne cesse de s’intensifier et les interrogations sur la signification contemporaine de 1776 transforment cette commémoration en un moment de redéfinition du récit américain. Loin d’être un simple rituel civique, l’anniversaire devient un miroir des tensions qui traversent la société et un instrument de légitimation pour les acteurs politiques.

À chacun sa vision du 4-Juillet

La Déclaration d’indépendance demeure la matrice intellectuelle du système politique américain. Adoptée le 4 juillet 1776, elle ne se limite pas à proclamer la rupture avec la Couronne britannique : elle fonde une théorie politique reposant sur les droits naturels, le consentement des gouvernés et le droit de résister à la tyrannie.

En affirmant que « tous les hommes possèdent des droits inaliénables », elle inaugure une conception nouvelle de la légitimité politique, rompant avec les fondements dynastiques et religieux de l’Ancien Monde. La Constitution de 1787, la séparation des pouvoirs, le fédéralisme et la protection des libertés individuelles s’inscrivent dans cet horizon intellectuel.

Depuis deux siècles et demi, chaque génération politique relit 1776 à travers ses propres préoccupations : Lincoln l’invoque pour justifier l’abrogation de l’esclavage ; Roosevelt y voit un fondement moral dans le cadre de sa lutte contre les totalitarismes ; Reagan s’y réfère au nom de l’exceptionnalisme américain. Cette plasticité explique la centralité persistante de la Déclaration dans la culture politique des États-Unis.

C’est dans ce contexte qu’a été conçu le programme America 250. Son ambition dépasse largement l’organisation de cérémonies commémoratives. Il s’agit d’une entreprise de refondation mémorielle visant à produire un récit national capable de rassembler une société fragmentée.

Bien que les festivités culminent en 2026, le projet trouve son origine dans une loi adoptée par le Congrès le 22 juillet 2016 et promulguée par le président Barack Obama, créant l’United States Semiquincentennial Commission. Cette commission fédérale indépendante constitue l’organe officiel de pilotage des célébrations nationales. Elle est composée de membres désignés par le Congrès, de représentants de l’exécutif, ainsi que de personnalités issues des secteurs culturel, éducatif, patrimonial et économique. Son organisation repose sur le principe du bipartisme afin de garantir une gouvernance équilibrée et de faire de cet anniversaire un événement fédérateur dépassant les alternances politiques.

America 250 se présente comme un dispositif fédérateur, mobilisant institutions fédérales, États fédérés, écoles, universités, musées, organisations civiques et acteurs culturels. L’objectif est de faire de l’année 2026 une séquence pédagogique d’ampleur nationale, destinée à transmettre l’histoire américaine aux nouvelles générations et à réaffirmer les principes fondateurs de la République.

Cette ambition prend une dimension particulière dans un contexte où les débats sur l’esclavage, la mémoire coloniale, les discriminations ou les violences raciales occupent une place centrale dans l’espace public. America 250 se veut une réponse à la fragmentation mémorielle, un moyen de réinscrire la nation dans une continuité historique commune. Mais cette entreprise se heurte à une question fondamentale : existe-t-il encore un récit national partagé aux États-Unis ? L’initiative révèle ainsi une tension entre volonté de cohésion et pluralité des interprétations, entre pédagogie civique et instrumentalisation politique.

L’année 2026 est marquée par une multiplication d’événements sur l’ensemble du territoire. Philadelphie, lieu d’adoption de la Déclaration, constitue l’épicentre des commémorations, avec lectures publiques, conférences, rassemblements autour de l’Independence Hall et de la Liberty Bell. À Washington, le National Mall accueille concerts patriotiques, spectacles multimédias et expositions de documents historiques, dont certains rarement présentés au public. Les États fédérés organisent reconstitutions, programmes éducatifs et cérémonies civiques. L’ensemble compose une scénographie mémorielle d’une ampleur inédite, destinée à inscrire 2026 dans la longue durée des grands anniversaires nationaux.

Concurrence mémorielle

Mais cette célébration n’est pas politiquement neutre. Les célébrations interviennent quelques mois seulement avant les élections de mi-mandat du 3 novembre prochain, ce qui confère à la mémoire nationale une dimension stratégique. Donald Trump mobilise depuis plusieurs années une rhétorique centrée sur la restauration de la grandeur américaine et sur la défense des valeurs fondatrices de la République. Dans son discours, les révolutionnaires de 1776 deviennent les précurseurs d’un combat contemporain pour la souveraineté nationale, la protection des frontières et la défense du peuple américain.

Trump cherche ainsi à inscrire son action dans une continuité historique prestigieuse et à renforcer sa légitimité dans un contexte électoral incertain. La gauche états-unienne, de son côté, insiste sur les promesses inachevées de la Déclaration et sur les luttes successives pour élargir les droits civiques. L’anniversaire devient ainsi le théâtre d’une concurrence mémorielle structurante.

Cette conflictualité s’inscrit dans une évolution historiographique plus large. Longtemps perçus comme des figures consensuelles, Washington, Jefferson, Madison ou Hamilton font désormais l’objet d’une relecture critique. Les historiens ont mis en évidence les contradictions entre les principes universalistes de 1776 et les réalités sociales de l’époque : esclavage, exclusion des femmes, traitement brutal des populations amérindiennes. Il ne s’agit pas d’un rejet, mais d’un changement de paradigme mémoriel : les fondateurs ne sont plus des icônes intouchables, mais des acteurs historiques complexes dont l’œuvre doit être contextualisée.

L’esprit des Pères fondateurs apparaît ainsi comme un ensemble de principes généraux — souveraineté populaire, limitation du pouvoir, gouvernement représentatif, méfiance envers la concentration de l’autorité — plutôt qu’une doctrine unifiée. Les désaccords entre Jefferson et Hamilton illustrent la diversité intellectuelle de la période. Les fondateurs deviennent des « ressources symboliques » mobilisées pour légitimer des projets politiques divergents.

Cette évolution marque le passage d’une mémoire consensuelle à une mémoire concurrentielle. Paradoxalement, cette conflictualité témoigne de la vitalité persistante de leur héritage : deux cent cinquante ans après 1776, les Américains continuent de débattre avec leurs fondateurs.

Qui contrôle le passé contrôle l’avenir

On l’aura compris : derrière les cérémonies et les festivités organisées à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance, une lutte pour le contrôle du récit national est en cours.

En réinvestissant les symboles de 1776, Donald Trump cherche à présenter son mouvement comme le prolongement contemporain de l’œuvre des Pères fondateurs. Son objectif est moins de commémorer l’histoire que de la mobiliser au service d’une vision particulière de l’avenir du pays. Les élections de mi-mandat de 2026 constitueront un premier test de l’efficacité de cette stratégie.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les 250 ans des États-Unis : comment Trump cherche à s’approprier les Pères fondateurs – https://theconversation.com/les-250-ans-des-etats-unis-comment-trump-cherche-a-sapproprier-les-peres-fondateurs-286667

L’urbanisation provoque des effets en cascade entre les écosystèmes aquatiques et terrestres

Source: The Conversation – in French – By Eric Harvey, Professor, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Nous transformons le visage de la planète à un rythme inédit. Forêts coupées, zones humides drainées, cours d’eau enserrés par le béton : partout, les paysages se transforment. Pourtant, nous ignorons largement comment les impacts de ces transformations se propagent entre écosystèmes, menant potentiellement à des effets en cascade à l’échelle du paysage.


Nos travaux, menés dans deux cours d’eau du Québec, en offrent un aperçu clair. Les conséquences de la perte d’habitat naturel voyagent loin de leur point de départ, traversent les frontières entre l’eau et la terre, et reconfigurent silencieusement des communautés écologiques entières.

Des insectes qui font le pont entre deux mondes

Tout part d’un groupe d’organismes dont on parle peu, mais qui joue un rôle écologique essentiel : les insectes aquatiques émergents.

Ces espèces (éphémères, plécoptères, trichoptères, etc.) croissent sous l’eau, puis s’envolent à l’âge adulte pour vivre quelques jours sur la terre ferme. Ce passage de l’aquatique au terrestre n’est pas qu’un simple trait de vie. C’est l’un des plus grands transferts d’énergie qui existent entre les cours d’eau et les systèmes terrestres.

Chaque printemps, le long des rivières ou des ruisseaux à travers le monde, ce sont des milliards d’insectes qui sortent de l’eau et deviennent une ressource alimentaire pour les oiseaux, les chauves-souris, les amphibiens et les araignées riveraines, parmi lesquels plusieurs espèces voient leurs populations décliner. Pour certains prédateurs terrestres, comme les araignées, jusqu’à 99 % du carbone de leur corps provient de cette nourriture originaire de l’eau.

Ces insectes sont riches en longues chaînes d’acides gras polyinsaturées, comme l’acide eicosapentanéoïque (EPA), un oméga-3 essentiel au développement de la réponse immunitaire des espèces qui les consomment. Leur concentration en EPA, plus élevée que chez les arthropodes terrestres, est l’une des raisons pour lesquelles les insectes aquatiques émergents constituent une composante si essentielle de la chaîne alimentaire de l’écosystème voisin.




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Les espèces plus sensibles s’effacent

Ce sont précisément ces insectes que nos travaux ont examinés le long des rivières Milette et aux Sables, situées à Trois-Rivières, au Québec, deux cours d’eau qui représentent un gradient d’urbanisation.

Bien que ces rivières partagent des caractéristiques physiques similaires, notamment la taille de leur bassin versant, leur profondeur ainsi que des sédiments fins hérités de l’ancien delta de la rivière Saint-Maurice, l’utilisation du territoire entraîne des contrastes marqués. De l’amont de la rivière aux Sables à l’aval de la rivière Milette, le paysage se transforme progressivement, passant de la forêt à des parcs urbains vers des zones résidentielles, puis commerciales. En réponse à une quantité grandissante de zones imperméables (stationnements, routes) qui la ceinture, la rivière Milette est beaucoup moins stable hydrologiquement, avec une propension aux crues éclair.

Notre étude a révélé un constat clair : plus le bassin versant est imperméabilisé par des surfaces bétonnées ou asphaltées, plus la communauté d’insectes qui émergent devient uniforme, dominée par des moucherons tolérants à la pollution dont la taille est très petite. Les espèces plus sensibles et de plus grandes tailles, elles, s’effacent graduellement.

La cause principale potentielle est liée à la capacité d’absorption de l’eau par les sols. En milieu boisé, les surfaces végétalisées retiennent les précipitations, tandis qu’en milieu urbain, l’eau ruisselle davantage vers la rivière. Chaque pluie y déclenche alors des crues brèves et violentes, des « pulses » de ruissellement qui perturbent fortement les habitats aquatiques. Seules les espèces à cycle de vie court, capables de recoloniser rapidement entre deux perturbations, parviennent à s’y maintenir. Et ce sont précisément les plus petites !

Malgré ce changement de composition, nos mesures sur la quantité totale de biomasse sont demeurées pratiquement inchangées. En effet, si l’on se contente de peser ce que la rivière urbaine exporte, tout semble bien aller. Mais si l’on examine la composition de cette biomasse, le portrait est bien différent.


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Un festin pour certaines araignées

Les conséquences de l’imperméabilisation des sols ne s’arrêtent pas là. En analysant la composition chimique des tissus d’araignées sur les berges, nous avons reconstitué leur régime alimentaire. Lorsque la rivière exporte de plus petits insectes, on observe une variation dans la diète des araignées en plus d’une réorganisation de leur communauté.

Ce résultat tient à une réalité mécanique souvent sous-estimée : un prédateur ne peut pas attraper n’importe quelle proie. Sa taille, la robustesse de sa toile et la puissance de ses pièces buccales imposent une fenêtre de capture précise. Ainsi, certaines araignées comme Tetragnatha elongata, fines et allongées, sont particulièrement bien adaptées aux petites proies abondantes que livrent les rivières urbaines. Nous avons ainsi documenté une cascade maillon par maillon qui résume une propagation spatiale de l’utilisation du territoire jusqu’à des animaux situés à plusieurs kilomètres de la perturbation.




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Mesurer l’étendue réelle de l’empreinte humaine

Ce que notre étude a documenté dans deux petits cours d’eau québécois n’est certainement pas un cas isolé.

Partout sur la planète, les villes s’étendent et les surfaces imperméables se multiplient. Or, les rivières urbaines, où qu’elles soient, partagent les mêmes symptômes : un cocktail de stress chimique, hydrologique et biologique que les chercheurs nomment le syndrome du cours d’eau urbain.

Si les bassins versants urbanisés présentent partout des perturbations apparentes, alors les cascades écologiques que nous avons observées au Québec se déploient vraisemblablement dans des milliers d’entre eux à travers le monde. C’est donc ce qui pousse notre groupe de recherche à réfléchir aux meilleures façons de protéger le paysage dans son intégralité en tenant compte de la connectivité entre les systèmes naturels.

L’image d’une réaction en chaîne évoque souvent un événement spectaculaire dont on peut mesurer l’impact, comme une bombe. Ce que l’humain déclenche aujourd’hui sur les écosystèmes est tout aussi puissant, mais plus insidieux : une multitude de cascades qui se propagent à travers des paysages que nous croyions jadis délimités par des frontières impénétrables, et qui reconfigurent des communautés écologiques que nous ne pensions pas avoir touchées.

Mieux comprendre ces chaînes, c’est commencer par mesurer l’étendue réelle de notre empreinte. Et c’est aussi reconnaître qu’aucune perturbation, aussi locale soit-elle, n’est restreinte à son point d’origine.

La Conversation Canada

Eric Harvey a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du programme des Chaires de Recherche du Canada, ainsi que des Fonds de recherche du Québec.

Charles Gagnon est étudiant à l’Université de Montréal. Il a reçu du financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

ref. L’urbanisation provoque des effets en cascade entre les écosystèmes aquatiques et terrestres – https://theconversation.com/lurbanisation-provoque-des-effets-en-cascade-entre-les-ecosystemes-aquatiques-et-terrestres-282529

Sommes-nous entrés dans le « photographocène » ? Pour une écologie du regard à l’heure de la sixième extinction

Source: The Conversation – France (in French) – By Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Nous sommes désormais saturés d’images mettant en scène la transformation des paysages et l’effondrement de la biodiversité sous l’effet des activités humaines. Ce « photographocène », contraction de « photographie » et d’« anthropocène », façonne non seulement nos imaginaires, mais aussi nos capacités d’action. Quand bien même cette démarche entend alerter, elle tombe parfois dans l’esthétisation et tronque notre perception de la catastrophe en cours. Dans ces conditions, comment penser une véritable écologie du regard ?

À l’occasion des quatre cents ans du Muséum national d’histoire naturelle et des deux cents ans de la photographie, cet article propose de revenir sur une transformation décisive des sciences : l’entrée des images dans la fabrique des savoirs et leur appropriation par les scientifiques.


Certains parlent d’anthropocène pour décrire la période que nous vivons, même si elle n’est pas officiellement reconnue par les géologues. Il n’en reste pas moins que la période actuelle est profondément marquée par les activités humaines, qui modifient le climat, les cycles géochimiques, la biosphère (c’est-à-dire, l’ensemble du vivant) et sa composition (certaines espèces disparaissant au profit d’autres, par exemple les espèces anthropophiles).

Mais on pourrait tout autant parler de « photographocène ». Nous connaissons surtout l’anthropocène à travers des images : glaciers qui fondent, forêts en feu, mégafeux ou lumières nocturnes vues depuis l’espace, mines à ciel ouvert, marées noires, zones industrielles avec panache de fumée, constructions à perte de vue… S’y ajoutent aussi de belles images de nature et de paysages qui peuvent parfois paraître « naturels », alors qu’ils ont été considérablement transformés (agrosystèmes notamment, comme le bocage ou les prairies).

Or, nous ne vivons pas seulement la crise écologique de façon sensible. Nous la vivons aussi à travers les images. La théoricienne de la photographie Ana Peraica a proposé en 2020 le terme de « photographocène » pour décrire ce phénomène. Tandis que l’anthropocène renvoie à une période marquée par un ensemble de processus physico-biologiques, la photographocène désigne, pour sa part, le moment où ces transformations sont enregistrées, documentées, narrées et débattues par la photographie.

Le spectacle de la sixième extinction de masse

Depuis quelques dizaines d’années, on parle de plus en plus de « sixième extinction de masse » pour décrire l’accélération des disparitions d’espèces.

Les biologistes débattent encore de la définition stricte d’« extinction de masse », mais convergent sur un point : les taux actuels de disparition d’espèces et d’effondrement de populations dépassent largement les régimes connus dans les archives fossiles.

Mais cette sixième extinction est aussi devenue un événement visuel. Le projet Extreme Ice Survey du photographe James Balog, par exemple, installe des caméras sur des glaciers pour produire des time-lapse de leur recul. Largement relayées dans le National Geographic et le film Chasing Ice, ces images ont marqué les esprits.

De leur côté, le photographe Edward Burtynsky et ses collaborateurs documentent mines, décharges et infrastructures à grande échelle dans The Anthropocene Project. Ces photographies sont devenues des icônes de l’anthropocène : elles structurent ce que nous imaginons quand nous pensons réchauffement, pollution, artificialisation, etc.

Aperçu du travail d’Edward Burtynsky.

Mais que regardons-nous exactement à travers ces images ? Qu’est-ce qu’on voit, et surtout qu’est-ce qu’on ne voit pas ? C’est ici qu’intervient l’idée d’une « écologie du regard ».




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Une écologie du regard pour interroger l’anthropocène

Classiquement, l’écologie étudie les relations entre les êtres vivants, avec leurs milieux ainsi qu’avec les grands cycles géochimiques et thermiques de la planète.

Par analogie, on peut parler d’écologie du regard pour désigner l’attention portée à ce qui est rendu visible – ou invisible – par les images. Quels lieux sont montrés, quelles espèces, quels corps ? Depuis quels points de vue et avec quelles conséquences sur notre compréhension des choses ? Quelles émotions sont provoquées en les voyant ?

L’expression circule dans les mondes de l’art et de l’architecture. On la retrouve par exemple dans le livre de Martine Francillon, qui relie représentations de l’arbre, écologie environnementale et « écologie mentale ».

Le directeur artistique Christophe Laloi a lui aussi utilisé l’expression dès 2007, par exemple avec une projection intitulée « Climax – Pour une écologie du regard » aux Rencontres d’Arles.

En 2020, l’historienne de l’art Bénédicte Ramade a montré comment une partie de la photographie environnementale oscille entre alerte éthique et esthétisation du désastre, au risque de produire lassitude et distance plutôt que mobilisation. De son côté, Ana Peraica parle d’« images totales » : vues satellites, orthophotographies, cartographies interactives qui donnent l’illusion d’un surplomb neutre sur la planète.

Dans ce contexte, le photographocène se confond avec l’anthropocène tel qu’il est montré dans ces images. L’écologie du regard, qui désigne une approche critique et sensible de l’observation du vivant, consiste à les interroger.

Qui est visible dans les images de la sixième extinction ?

On peut distinguer trois grandes caractéristiques du photographocène.

D’abord, le fait que les grands récits visuels de la crise mettent souvent en avant des paysages spectaculaires (glaciers effondrés, mégafeux, carrières géantes, littoraux artificialisés, inondations,etc.) et des espèces charismatiques (ours polaire, orang-outan, grands prédateurs et bien entendu les baleines et le panda).

Pendant ce temps, une grande partie de la biodiversité – insectes, invertébrés marins, microfaune du sol, plantes « ordinaires », champignons – reste quasi invisibles. Pourtant, les études montrent des déclins rapides pour beaucoup de ces groupes, que l’on sait être d’importance majeure dans le fonctionnement des écosystèmes.

Le deuxième élément tient au point de vue. Les images emblématiques de la photographocène sont souvent des vues aériennes (drone, avion, satellite) ou accélérées (time lapse). Elles rendent visibles des transformations imperceptibles à l’échelle d’une vie humaine, mais installent aussi notre regard à distance, comme si nous contemplions la Terre depuis un ailleurs abstrait – comme dans les images de la Terre vue du ciel, de Yann Arthus-Bertrand – ou comme si nous n’en faisions plus vraiment partie.

Court-métrage tourné et réalisé par Yann Arthus-Bertrand dans le cadre de l’exposition « Vues d’en haut » pour le compte de Metz Métropole.

Enfin, il y a la répétition. Les mêmes motifs reviennent : incendie, iceberg, pipeline, fumées, ours blanc fatigué ou à terre, celui-ci étant devenu un véritable emblème. Les recherches en communication environnementale suggèrent pourtant que cette répétition d’images catastrophistes, sans récit d’action possible, peut conduire à une forme de fatigue du regard, voire à des formes de déni, plutôt qu’à l’engagement recherché.




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Vers une « photographie de conservation » responsable

La « photographie de conservation » offre un contrepoint intéressant au photographocène.

Popularisée notamment par le photographe américain Boyd Norton, puis portée par des artistes comme Cristina Mittermeier, cofondatrice de l’International League of Conservation Photographers, cette pratique revendique explicitement un objectif : mettre la photographie au service d’actions concrètes de protection de la nature.

Exposition de Cristina Mittermeier en Italie, début 2026.

Il ne s’agit plus seulement de produire de « belles images » de l’anthropocène, mais de documenter des menaces précises, ou encore de donner davantage de visibilité à des espèces ou à des communautés locales. Cela permet de nourrir des campagnes de plaidoyer, des décisions politiques, et dans certains cas, d’accompagner la recherche scientifique, par exemple en participant à des inventaires d’espèces.

Dans le cadre d’une écologie du regard, la photographie de conservation rappelle que le choix des sujets, des cadrages, des contextes peut faire basculer une image de simple symptôme à outil pour infléchir, même un peu, le cours de la sixième extinction. Il en va de même de la manière dont les photographies sont partagées avec les ONG, les scientifiques ou encore les habitants d’un territoire.

Articuler exigence scientifique et écriture visuelle

Plusieurs photographes français travaillent, chacun à leur manière, à cette écologie du regard en articulant exigence scientifique et écriture visuelle.

Le biologiste et photographe sous-marin Laurent Ballesta mène depuis plus de dix ans les expéditions Gombessa au sein d’Andromède Océanologie. Ces projets associent « mystère scientifique, défi de plongée et promesse d’images inédites », comme « des cœlacanthes à 120 mètres de fond », « 70  requins de Fakarava la nuit », selon la page du projet. Ses images, diffusées notamment par National Geographic, ne se contentent pas de montrer des espèces spectaculaires : elles construisent une immersion dans des écosystèmes méconnus, en lien direct avec des protocoles scientifiques. À la clé, un véritable récit d’exploration, où des espèces souvent minuscules sont magnifiées par la prise de vue.

Affiche du film la Panthère des neiges.

On peut aussi songer au photographe animalier Vincent Munier, qui développe depuis plusieurs décennies, un travail au long cours sur les milieux froids et la faune discrète. Par exemple : chouettes harfangs, loups arctiques, grues, hiboux, ou encore les panthères des neiges au Tibet. Son film la Panthère des neiges, coréalisé avec Marie Amiguet, repose sur une esthétique de la patience et de la non-spectacularisation : beaucoup de temps passé à ne rien voir et à simplement habiter un paysage, avant que l’animal apparaisse. C’est une forme d’éloge du temps long, en regard de nos sociétés de consommation ultrarapides, y compris en termes de consommation de médias.

Le photographe Frédéric Larrey, enfin, travaille sur les littoraux, les cétacés et les grands prédateurs, avec la maison d’édition et de diffusion Regard du Vivant. Son ouvrage Littoral propose un portrait aérien des côtes françaises qui articule beauté formelle et enjeux de conservation. Dans Tibet, en harmonie avec la panthère des neiges, il s’est lui aussi intéressé au grand félin discret, en mêlant éthologie photographique et attention aux relations entre bergers et prédateurs.

Ces démarches n’utilisent pas nécessairement le vocabulaire du photographocène, mais elles incarnent très concrètement une autre écologie du regard : moins centrée sur le choc et le spectaculaire, plus attentive aux milieux, aux relations, au temps long de l’observation et aux usages concrets des images pour la conservation et la sensibilisation du public et des habitants des régions traversées.

Parler de photographocène, ce n’est donc pas simplement ajouter un néologisme de plus à la liste des mots en « -cènes ». C’est aussi rappeler une évidence que l’on sous-estime souvent : dans l’anthropocène, le destin du vivant est aussi lié à la manière dont nous le regardons.




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Trois questions pour un photographocène plus incarné

Nos photographies de la sixième extinction ne sont ni neutres ni secondaires : elles sélectionnent certains lieux, certaines espèces, certains points de vue. Mais ce faisant, elles en occultent d’autres. Elles proposent des récits de catastrophe, de nostalgie, parfois de résistance.

Une écologie du regard invite à se poser, au minimum, trois questions simples.

  • Que montrons-nous systématiquement – et que laissons-nous hors champ ?

  • Depuis quel point de vue regardons-nous la crise écologique (plongée, survol, immersion, cohabitation, regard animal, regard scientifique, images et imageries par dispositifs : microscopes électroniques, synchrotrons, lumières non conventionnelles, etc.) ?

  • Quels types d’images nous aident réellement à nous sentir concernés et à agir, plutôt qu’à nous résigner ?

Est-ce que les relations entre art et sciences aident à ce questionnement ? Il est probable que oui, quand ces relations co-construisent des projets narratifs où l’esthétique et la science dialoguent

Pour aller vers un photographocène plus incarné, la question ne serait plus seulement de se demander « comment représenter l’anthropocène ? », mais : quel regard voulons-nous cultiver pour continuer à cohabiter avec le vivant, à l’heure de la sixième extinction ? Cela suppose probablement de déplacer nos appareils autant que nos habitudes : vers des milieux moins visibles, des espèces moins spectaculaires, des régimes de lumière différents – y compris ceux que les autres vivants perçoivent, et que nous commençons seulement à apprendre à voir.

The Conversation

Romain Garrouste a reçu des financements de MNHN, CNRS, Sorbonne Université, Labex BCDiv, Labex CEBA, Institut de la Transition environnementale de Sorbonne Univ., MRAE, National Gegraphic, ANR

ref. Sommes-nous entrés dans le « photographocène » ? Pour une écologie du regard à l’heure de la sixième extinction – https://theconversation.com/sommes-nous-entres-dans-le-photographocene-pour-une-ecologie-du-regard-a-lheure-de-la-sixieme-extinction-284256

Face aux défis de l’anthropocène, l’écotoxicologie doit s’adapter pour améliorer ses capacités de prédiction

Source: The Conversation – France (in French) – By Thomas Sol Dourdin, Chercheur post-doctoral, La Rochelle Université

L’écotoxicologie est une discipline scientifique encore jeune. Née dans les années 1960, sa mission est de comprendre les contaminations des écosystèmes par les polluants chimiques ainsi que leurs impacts pour éclairer la décision publique. Mais elle doit aujourd’hui s’adapter et évoluer face aux nouveaux défis environnementaux.


Depuis les années 1960, l’écotoxicologie s’est imposée comme une discipline clé pour comprendre les effets des substances chimiques sur l’environnement. À la croisée de la toxicologie et de l’écologie, elle étudie la contamination des écosystèmes, la circulation et la transformation des polluants chimiques, ainsi que leurs impacts sur les organismes et les processus écologiques. Son but ultime est d’éclairer les décisions publiques encadrant l’usage de ces composés.

Pour cela, elle s’est principalement focalisée sur le développement et l’utilisation de protocoles standardisés d’évaluation rapide du risque environnemental, conçus pour générer des résultats fiables, comparables, facilement communicables et donc rapidement exploitables pas les décideurs. Ces approches constituent aujourd’hui le cadre d’évaluation du risque environnemental (ERA), un socle de réglementations nationales et internationales. Parmi elles, on peut citer le règlement européen REACH, qui vise à protéger la santé humaine et l’environnement des risques associés aux substances chimiques.

Mais cette standardisation, à savoir l’établissement de tests aux conditions normées et supposés réplicables dans tout laboratoire, laisse de côté de nombreux processus dits « éco-évolutifs ». En effet, la contamination environnementale a aujourd’hui, au-delà de ses effets de court terme étudiés dans des conditions simples, d’autres impacts à long terme, des effets intergénérationnels, autrement dit, des conséquences populationnelles et écosystémiques. Autant de dimensions que l’écotoxicologie, aujourd’hui, ne sait pas mettre en évidence.

C’est en particulier le cas dans le contexte des changements environnementaux globaux que nous connaissons, qui posent des questions inédites pour l’écotoxicologie. Les xénobiotiques en particulier, c’est-à-dire les substances présentes dans un organisme mais qui lui sont étrangères, comme les pesticides, pourraient jouer un rôle significatif en modifiant le potentiel adaptatif des organismes.

Dans ce contexte, la pertinence de l’écotoxicologie est parfois questionnée. Mais de notre côté, nous pensons que la discipline peut évoluer pour s’adapter et mieux prédire les effets des polluants.




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Des tests efficaces… mais incomplets

L’écotoxicologie repose aujourd’hui sur des tests normalisés, généralement validés par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui sont établis de façon à être robustes (à la fois fiables et faisables) et réplicables par différents laboratoires. Toutefois, ces protocoles prennent rarement en compte ce qui se passe après l’exposition. Or, certains effets peuvent apparaître bien plus tard, parfois à l’âge adulte après une exposition embryonnaire, voire affecter les générations suivantes.

C’est le cas de certains perturbateurs endocriniens, pour lesquels une exposition précoce peut entraîner des troubles de la reproduction sur plusieurs générations. Si ces phénomènes commencent à être inclus dans certains cadres d’évaluation, ils restent encore largement sous-estimés.

Ces lacunes s’ajoutent à d’autres. Citons par exemple l’absence de prise en compte de possibles effets cocktails car les tests portent sur des substances isolées (pourtant présentes en mélanges complexes dans l’environnement), l’utilisation presque exclusive d’espèces animales modèles ou la simplification des conditions de laboratoire. Tout ceci ignore les interactions écologiques et les variations environnementales.

Un autre point critique de ces tests concerne la diversité génétique au sein des espèces. Pour garantir la reproductibilité, les expériences utilisent généralement des lignées d’organismes standardisées, c’est-à-dire génétiquement homogènes, considérant la variabilité génétique comme un « bruit » à éliminer. Cette simplification pose problème.

  • D’une part, elle limite la représentativité des résultats : une seule souche ne reflète pas nécessairement la réponse de toute une espèce.

  • D’autre part, elle empêche de comprendre les capacités d’adaptation des populations, notamment face aux pesticides, pour lesquels de nombreuses résistances génétiques sont identifiées chez les espèces cibles.

Cela pose un véritable problème non seulement aux utilisateurs et aux fabricants des substances testées, mais aussi en matière de santé publique.




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Des effets évolutifs encore mal intégrés

Les polluants ne se contentent en outre pas d’affecter les organismes à court terme : ils peuvent aussi influencer leur évolution. Cette dimension reste pourtant peu considérée dans l’évaluation du risque.

Les organismes disposent de plusieurs mécanismes pour répondre aux stress environnementaux. À court terme, ils peuvent ajuster leur physiologie grâce à la plasticité phénotypique, qui désigne le fait qu’un génotype exprime différents phénotypes selon l’environnement. Certains de ces ajustements reposent sur des mécanismes épigénétiques, qui modulent l’expression des gènes sans en modifier la séquence.

Or, ces mécanismes peuvent être influencés par les contaminants. Ils peuvent modifier les processus développementaux, la physiologie ou la reproduction. Certaines de ces modifications peuvent même être transmises à la descendance, ouvrant la voie à des effets intergénérationnels encore mal décrits. Cette plasticité épigénétique permet aux organismes de répondre rapidement à un stress environnemental, parfois de façon réversible, mais elle soulève des questions sur la stabilité de ces réponses et leur influence sur la dynamique évolutive des populations.

Parce que oui, les polluants peuvent aussi, à plus long terme, orienter l’évolution des populations. L’adaptation repose alors sur une combinaison de processus macroévolutifs et microévolutifs (la microévolution décrivant les changements au sein d’une même espèce, et la macroévolution ceux qui portent plutôt sur la spéciation et l’évolution des groupes d’espèces), en lien avec les pressions actuelles.

Ces processus peuvent donner lieu à l’émergence rapide de résistances, par sélection de variants génétiques, à l’apparition de mutations avantageuses ou encore à la transmission de modifications épigénétiques induites par l’environnement. L’évolution des résistances aux pesticides en est une illustration frappante. Ces dynamiques, parfois rapides, montrent que les polluants ne modifient pas seulement l’état de santé des organismes, mais aussi leur trajectoire évolutive.

Ces processus – plasticité, héritage épigénétique, évolution génétique – influencent profondément la manière dont les populations réagissent aux polluants, mais sont encore rarement pris en compte dans les évaluations réglementaires.

Vers une écotoxicologie plus prédictive

Face aux défis environnementaux actuels, la prise en compte de toutes ces interactions par l’écotoxicologie devient impérative : elle ne peut plus se contenter d’évaluer des effets à court terme dans des conditions simplifiées. Il est à cet égard réconfortant de noter l’émergence de nouvelles approches. Par exemple :

  • à l’échelle évolutive, certaines méthodes statistiques s’appuient par exemple sur les relations de parenté entre espèces, ou encore la conservation de familles de protéines cibles pour identifier un signal phylogénétique permettant de prédire la sensibilité des unes à partir de la sensibilité des autres ;

  • à l’échelle des populations, les outils de génomique facilitent la détection de signatures d’adaptation ou de plasticité en réponse aux polluants, mettant en évidence des dynamiques microévolutives ;

  • enfin, certaines études tentent de mettre en évidence les compromis induits par l’adaptation aux contaminants : celle-ci est susceptible d’augmenter la sensibilité à d’autres stress, voire de réduire la capacité générale d’adaptation des organismes, exacerbant potentiellement les effets délétères des autres changements globaux sur la biodiversité dans son ensemble.

Ces avancées contribuent à intégrer une nouvelle dimension dans l’évaluation du risque : la vulnérabilité des espèces et des populations, qui dépend non seulement de leur exposition aux polluants, mais aussi de leur capacité à y répondre et à s’y adapter.

Repenser le risque à l’ère de l’anthropocène

Alors que la biodiversité décline à un rythme sans précédent, la pollution chimique est identifiée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) comme l’un des principaux facteurs de cette crise. Les pesticides, conçus pour être toxiques, en sont une illustration particulièrement frappante.

L’écotoxicologie doit dès lors évoluer en intégrant l’ensemble des processus écoévolutifs et en tenant compte des différents rythmes auxquels ils se déroulent. Ceci permettrait d’améliorer à la fois la capacité prédictive de l’écotoxicologie et sa pertinence vis-à-vis des dynamiques écosystémiques.

L’enjeu est de taille : il ne s’agit plus seulement d’accompagner la mise sur le marché des substances chimiques, au rythme des priorités définies par les pouvoirs publics, mais de comprendre leur influence sur la capacité d’adaptation des organismes aux changements environnementaux.

Une écotoxicologie plus intégrative des processus écoévolutifs pourrait ainsi permettre d’améliorer à la fois la capacité prédictive de l’écotoxicologie et sa pertinence pour répondre aux défis environnementaux du XXIᵉ siècle.

The Conversation

Marie-Agnès Coutellec a reçu des financements de: INRAE, ANSES, ANR, CNRS.

Cassandre Aimon et Thomas Sol Dourdin ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Face aux défis de l’anthropocène, l’écotoxicologie doit s’adapter pour améliorer ses capacités de prédiction – https://theconversation.com/face-aux-defis-de-lanthropocene-lecotoxicologie-doit-sadapter-pour-ameliorer-ses-capacites-de-prediction-285650

Ce que l’on sait des récents séismes au Venezuela, et des risques qui subsistent

Source: The Conversation – France in French (2) – By Sylvain Barbot, Professor of Earth Sciences, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences

Le Venezuela et sa capitale, Caracas, ont été frappés par deux puissantes secousses sismiques le 24 juin 2026, à seulement quelques secondes d’intervalle. Les deux séismes, de magnitude 7,2 et 7,5, ont provoqué l’effondrement de bâtiments dans plusieurs villes du nord du pays, faisant plus de 2 200 morts et piégeant de nombreuses autres personnes, selon les autorités.

Le géophysicien Sylvain Barbot explique ce que l’on sait à ce stade de cette double secousse et les risques qui subsistent. Chercheur à l’Université de Californie du Sud, il dresse également un parallèle avec la faille de San Andreas, aux États-Unis.


Les séismes sont des phénomènes naturels qui se produisent généralement aux limites des plaques tectoniques de la Terre. Ces plaques, qui constituent la croûte terrestre, ont une épaisseur de plusieurs dizaines de kilomètres et portent les océans comme les continents. Elles sont en mouvement permanent, mais pas de manière fluide ni régulière.

Le Venezuela se situe à la frontière entre deux de ces plaques : la plaque sud-américaine et la plaque caraïbe. En glissant l’une contre l’autre, elles peuvent se bloquer, accumulant des contraintes jusqu’à ce qu’elles cèdent brutalement, provoquant un séisme.

Carte des plaques tectoniques sous le Venezuela et dans les régions environnantes
Le Venezuela est situé sur la plaque sud-américaine, à proximité de la plaque caraïbe, qui s’étend sous la mer des Caraïbes. Les cercles indiquent les séismes de magnitude 5,5 ou plus survenus entre 1900 et 2019. La plupart se sont produits sur les limites des plaques ou à proximité de celles-ci.
U.S. Geological Survey

Le 24 juin 2026, deux fortes secousses sismiques se sont produites à 39 secondes d’intervalle, toutes deux d’une magnitude supérieure à 7. Il pourrait s’agir de deux séismes distincts ou d’un seul séisme comportant deux phases de rupture. Les scientifiques ne le savent pas encore, car les données sont toujours en cours d’analyse.

L’hypothèse de deux séismes distincts est tout à fait plausible. En 2023, la Turquie a connu un « doublet » sismique, avec deux séismes de magnitude supérieure à 7 survenus à huit heures d’intervalle. Dans ce cas, il s’agissait clairement de deux événements distincts.




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Au Venezuela, les deux secousses n’étaient espacées que de quelques secondes. Par le passé, de très longues failles ont subi des déplacements sur différents segments lors de séismes de cette ampleur, donnant l’impression qu’il s’agissait de deux séismes distincts alors qu’ils correspondaient en réalité à deux ruptures d’un même événement sismique.

Qu’est-ce qui déclenche des séismes aussi destructeurs ?

Les séismes sont déterminés par la manière dont les roches résistent aux contraintes de cisaillement et de pression. Ces contraintes peuvent s’accumuler pendant des années, voire des décennies, jusqu’à dépasser la résistance des roches, qui finissent alors par se rompre. À partir de ce moment, la contrainte se propage et la rupture s’étend.

Il ne s’agit pas d’un mouvement progressif. En quelques secondes, les plaques se déplacent brutalement, provoquant un séisme. Ce phénomène se produit à plusieurs kilomètres sous la surface, où la température et la pression sont très élevées.

Ce phénomène est difficile à reproduire en laboratoire et met en jeu de nombreux processus, relevant aussi bien de la mécanique que de la chimie ou de la circulation des fluides. Son résultat est toutefois simple : une rupture se produit, au cours de laquelle des masses rocheuses glissent les unes contre les autres, créant une fracture qui brise tout sur son passage et provoque d’importants dégâts.

Le système de failles du Venezuela est-il comparable à celui de la faille de San Andreas, en Californie ?

Les failles impliquées dans le séisme au Venezuela et la faille de San Andreas, en Californie, sont très similaires. Il s’agit de failles transformantes, où les plaques glissent horizontalement l’une par rapport à l’autre selon un mouvement en décrochement.

Même les vitesses de déplacement sont assez proches. Au Venezuela, les deux plaques glissent l’une par rapport à l’autre à une vitesse moyenne d’environ 20 millimètres par an. Le long de la faille de San Andreas, ce mouvement est légèrement plus rapide, de l’ordre de 30 millimètres par an.

Animation montrant un déplacement horizontal du sol qui décale une route
Le mouvement en décrochement lors d’un puissant séisme sur une faille transformante, comme la faille de San Andreas en Californie.
U.S. Geological Survey

Ces failles produisent également des séismes de forte magnitude à des fréquences comparables. Sur la faille de San Andreas, les scientifiques estiment qu’un séisme de magnitude 7 ou plus se produit en moyenne tous les 170 ans environ, même si cet intervalle varie selon les segments de la faille. Il ne s’agit toutefois pas d’un mécanisme d’horlogerie : ces séismes peuvent survenir beaucoup plus fréquemment… ou beaucoup plus rarement.

Le dernier « Big One » du sud de la Californie remonte au séisme de Fort Tejon, en 1857, un puissant tremblement de terre de magnitude 7,9. Une étude récente suggère que les contraintes accumulées le long de la partie sud de la faille de San Andreas sont aujourd’hui plus importantes qu’à n’importe quel moment au cours des mille dernières années. Si les hypothèses de cette étude sont correctes, la faille pourrait être proche de rompre. Mais la fréquence des grands séismes est très variable : le prochain pourrait survenir dans cent ans… ou demain. Personne ne peut le prédire.

Ces failles ont déjà produit de nombreux séismes par le passé. C’est à lui seul un argument en faveur de normes parasismiques strictes pour les bâtiments et les infrastructures, comme les ponts ou les hôpitaux, ainsi que de plans de préparation aux situations d’urgence.

Les scientifiques ont-ils identifié des signes annonciateurs permettant de prévoir un séisme imminent ?

Les scientifiques cherchent activement à identifier des précurseurs fiables qui permettraient d’alerter avant une rupture sismique, mais aucun signal suffisamment fiable n’a encore été mis en évidence.

Il existe des cas anecdotiques où des essaims de petits séismes ont précédé une rupture majeure et qui, rétrospectivement, auraient pu constituer des indices précoces d’un grand séisme à venir. Mais ce n’est pas systématique.

L’apprentissage automatique a permis de mettre en évidence des modifications régulières de la microsismicité précédant les ruptures majeures, et certaines études sur la physique des séismes ont commencé à expliquer pourquoi ce phénomène se produit.




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Il y a donc de bonnes raisons d’espérer qu’à l’avenir, nous serons capables de relier ces différents indices et de mieux comprendre les mécanismes en jeu. Mais nous n’en sommes pas encore là.

En revanche, il est possible d’émettre des alertes à très court terme. Lorsqu’un séisme débute, il génère plusieurs types d’ondes sismiques qui se propagent à des vitesses différentes. Les plus rapides arrivent en premier et peuvent être détectées, ce qui permet aux scientifiques de prévoir l’arrivée des deuxième et troisième trains d’ondes, plus lents et généralement plus destructeurs.

Après les premières ondes, appelées ondes P, arrivent les ondes S, ou ondes de cisaillement, qui sont un peu plus puissantes. Viennent ensuite les ondes de surface. Les premières ondes P peuvent déclencher les systèmes d’alerte précoce, offrant seulement quelques secondes de réaction, mais cela suffit pour interrompre le trafic, fermer les gazoducs, arrêter les trains à grande vitesse et sécuriser les infrastructures sensibles aux secousses. Cela peut également laisser juste assez de temps pour se mettre à l’abri et éviter d’être tué par l’effondrement d’un bâtiment, au bureau comme à la maison.

Quels sont désormais les risques pour le Venezuela ?

Les géologues connaissent bien la tectonique de cette région, car ils cartographient ces failles et étudient leur comportement depuis des décennies. Mais pour comprendre précisément cet événement, les scientifiques doivent se rendre sur le terrain afin d’évaluer l’ampleur des dégâts et de mesurer l’étendue de la rupture.

Par ailleurs, les séismes entraînent d’autres risques. Après les secousses, la région reste pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, plus exposée aux glissements de terrain, car les roches ont été déstabilisées.

Cela signifie que les prochaines fortes pluies risquent de déclencher des glissements de terrain. Le Venezuela doit donc s’attendre à de nouveaux dégâts, à d’autres dangers et, malheureusement, à de nouvelles pertes humaines.

The Conversation

Sylvain Barbot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ce que l’on sait des récents séismes au Venezuela, et des risques qui subsistent – https://theconversation.com/ce-que-lon-sait-des-recents-seismes-au-venezuela-et-des-risques-qui-subsistent-286665

L’histoire cachée du Maroc : l’archéologie, l’ADN et la datation au carbone réécrivent l’histoire du monde antique

Source: The Conversation – in French – By Hamza Benattia, Prehistory, University of Cambridge

Pendant des décennies, les récits sur la Méditerranée antique se sont concentrés sur les grandes civilisations de la Grèce, de Rome, de la Phénicie et de l’Égypte. L’Afrique du Nord-Ouest n’apparaît que rarement dans ce tableau avant l’arrivée des commerçants phéniciens sur les côtes marocaines, il y a environ 3 000 ans. Mais l’archéologie révèle aujourd’hui une toute autre histoire.

Bien avant que les premiers navires phéniciens (originaires de l’actuel Moyen-Orient) ne sillonnent la Méditerranée occidentale (entre l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud d’aujourd’hui), des communautés vivant sur le territoire de l’actuel Maroc pratiquaient l’agriculture et l’élevage. Elles traversaient également le détroit de Gibraltar et participaient à des échanges à longue distance.

Au cours de la dernière décennie, j’ai travaillé sur des projets archéologiques à travers le Maroc. J’ai étudié les origines de l’agriculture, des échanges à longue distance et de l’émergence de sociétés complexes dans cette région. Dans ma dernière étude, j’ai rassemblé des données archéologiques, des datations au radiocarbone et des données génétiques couvrant près de trois millénaires.

Cette étude révèle qu’entre 3 800 et 500 avant J.-C. – une période marquée par la construction de Stonehenge, l’apogée du Nouvel Empire égyptien et l’essor du commerce maritime phénicien –, l’Afrique du Nord-Ouest n’était pas une frontière marginale. C’était un carrefour reliant les mondes méditerranéen, atlantique et saharien.

Ces découvertes changent notre compréhension du passé de l’Afrique. Pendant trop longtemps, les interprétations de l’histoire du continent ont sous-estimé la complexité et le dynamisme de ses sociétés. En remettant l’Afrique du Nord-Ouest au centre de l’attention, l’archéologie contribue à corriger ce déséquilibre et à révéler une réalité plus riche et plus interconnectée.

Un carrefour entre plusieurs mondes

La géographie explique en partie pourquoi l’Afrique du Nord-Ouest occupait une position aussi stratégique dans la préhistoire méditerranéenne. Le détroit de Gibraltar, qui sépare aujourd’hui le Maroc et l’Espagne, ne mesure qu’environ 14 km de large à son point le plus étroit. Il servait de corridor naturel reliant l’Afrique et l’Europe.

Photo de deux masses continentales, dont l’une au loin, séparées par l’océan et le ciel.
Le détroit de Gibraltar vu depuis l’Afrique.
Hamza Benattia, CC BY

Loin d’être isolées, les communautés du nord du Maroc actuel faisaient partie intégrante de réseaux à longue distance depuis des millénaires. Elles entretenaient des contacts avec la péninsule ibérique et d’autres régions atlantiques, et interagissaient avec les populations sahariennes. Plus tard, elles nouaient des relations avec des commerçants et des colons méditerranéens.

Elles n’étaient pas des participantes passives à ces échanges. Les données archéologiques suggèrent de plus en plus que les communautés locales participaient activement aux réseaux qui reliaient la Méditerranée occidentale.

Les premiers agriculteurs et l’innovation

L’agriculture était présente en Afrique du Nord-Ouest dès au moins 5 400 av. J.-C., au cours du Néolithique, période durant laquelle elle se répandait dans une grande partie de la Méditerranée occidentale.

Vers 3 800 av. J.-C., les communautés de l’actuel Maroc pratiquaient une agriculture et un élevage de plus en plus intensifs. L’Oued Beht en est un exemple frappant. Dans ce vaste village à ciel ouvert, les habitants cultivaient la terre, élevaient du bétail et stockaient leurs excédents alimentaires dans des centaines de grandes fosses souterraines.

Des fouilles récentes révèlent qu’il ne s’agissait pas d’un simple petit village agricole. Couvrant environ dix hectares, Oued Beht figure parmi les plus grands sites agricoles connus de l’Afrique préhistorique. Le site a probablement abrité une population de plus d’un millier de personnes, ce qui témoigne d’un niveau d’organisation rarement observé en Afrique du Nord-Ouest à cette époque.

Ces évolutions ont coïncidé avec des changements environnementaux plus généraux, notamment la transformation progressive du Sahara en désert. La sécheresse pourrait avoir incité les communautés à se tourner davantage vers l’agriculture, le stockage des denrées alimentaires et la sédentarisation afin de s’adapter à un environnement moins prévisible.




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Parallèlement, il existe des indices manifestes d’interactions avec la péninsule ibérique, qui comprend aujourd’hui l’Espagne et le Portugal. Des styles communs de poterie peinte, ainsi que des objets en ivoire et en coquille d’œuf d’autruche, témoignent de contacts réguliers par-delà le détroit de Gibraltar. Ces communautés locales participaient déjà activement à des réseaux d’échanges plus vastes.

Nouvelles influences et continuité locale

Au cours du troisième millénaire avant J.-C., l’Afrique du Nord-Ouest a intégré le vaste phénomène campaniforme, nommé d’après ses gobelets en forme de cloche. Celui-ci doit son nom aux gobelets en forme de cloche qui apparaissent au sein d’un réseau de communautés s’étendant de l’Europe atlantique à la Méditerranée occidentale.

Pendant des décennies, la présence de poteries de type « campaniforme » dans la région a été interprétée comme le signe que les communautés locales se contentaient d’adopter des innovations culturelles venues d’Europe.

Or, au Maroc, des objets de type « campaniforme » coexistent avec des traditions locales distinctives. Cela montre que les communautés locales intégraient de manière sélective de nouveaux éléments dans leurs traditions culturelles.

Il s’agissait clairement d’un processus d’échange, d’adaptation et d’initiative locale.




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L’insaisissable âge du bronze

Le deuxième millénaire avant J.-C. reste l’une des périodes les moins bien comprises de la préhistoire de l’Afrique du Nord-Ouest. En Péninsule ibérique, de grands villages fortifiés et des hiérarchies sociales bien définies font leur apparition. Les vestiges archéologiques en Afrique du Nord-Ouest sont plus fragmentaires. Il existe néanmoins des indices précieux.

Les pratiques funéraires, telles que les tombes à ciste construites en pierre, indiquent des changements dans l’organisation sociale. Sur des sites comme Kach Kouch, on trouve des traces de communautés agricoles sédentaires disposant de maisons rondes, d’installations de stockage et pratiquant l’élevage.

On observe également des signes indiquant que les relations à longue distance se sont poursuivies durant cette période. Par exemple, une épée en bronze retrouvée dans le lit d’une rivière du nord du Maroc présente des similitudes frappantes avec celles des Îles Britanniques. Cela suggère l’existence de liens s’étendant bien au-delà de la Méditerranée.

Rencontres avec les Phéniciens

Au début du premier millénaire avant J.-C., des commerçants et des colons phéniciens venus de la Méditerranée orientale – l’actuel Liban – ont commencé à établir des colonies le long de la côte nord-africaine. Traditionnellement, ce phénomène a été interprété comme un processus de colonisation, les populations locales étant considérées comme les destinataires passifs d’une culture plus avancée. Des découvertes archéologiques récentes remettent cette interprétation en question.

Vue panoramique d’une vaste vallée avec des collines au loin et des rivières qui la traversent.
Vue aérienne de l’établissement situé au sommet d’une colline à Kach Kouch, au Maroc.
Hamza Benattia, CC BY

Sur des sites tels que Kach Kouch, les communautés locales ont perpétué leurs propres traditions architecturales et leur mode de vie. Elles ont adopté de manière sélective de nouveaux éléments, comme la poterie façonnée au tour et les outils en fer.

Kach Kouch et d’autres sites suggèrent que ces sociétés ont su négocié leurs relations avec les groupes nouvellement arrivés. Elles ont intégré de nouvelles idées dans leurs traditions culturelles existantes selon leurs propres modalités.

L’arrivée des Phéniciens n’a donc pas marqué le début des sociétés complexes au Maroc. Elle a constitué un nouveau chapitre d’une histoire bien plus longue faite d’interaction, d’adaptation et d’échanges.




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Ces avancées sont le fruit de décennies de travail mené par des équipes de recherche marocaines et internationales. Il reste encore beaucoup à faire pour les archéologues. De vastes parties de la région sont encore peu explorées et de nouvelles découvertes pourraient transformer encore davantage notre compréhension.

Ce qui est déjà clair, cependant, c’est que la préhistoire de l’Afrique du Nord-Ouest est l’histoire de communautés locales qui ont activement façonné leur propre place dans le monde antique.

The Conversation

Hamza Benattia a bénéficié de subventions de l’Institut national d’archéologie et du patrimoine du Maroc (INSAP), du Fonds de recherche de la Prehistoric Society, de la bourse Stevan B. Dana de l’American Society of Overseas Research, de la bourse du Mediterranean Archaeological Trust, du prix Barakat Trust pour les jeunes chercheurs, de la bourse de recherche du Centre Jacques Berque, du Fonds de recherche de l’Institut d’études céutanes et de l’Université de Castille-La Manche.

ref. L’histoire cachée du Maroc : l’archéologie, l’ADN et la datation au carbone réécrivent l’histoire du monde antique – https://theconversation.com/lhistoire-cachee-du-maroc-larcheologie-ladn-et-la-datation-au-carbone-reecrivent-lhistoire-du-monde-antique-286434

Que deviennent les fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique dans les années 1970 et 1980 ? Les débuts de réponse d’une expédition scientifique

Source: The Conversation – in French – By Javier Escartin, Directeur de recherche CNRS en géologie marine, École normale supérieure (ENS) – PSL

Un des fûts de déchets radioactifs présentant une dégradation importante et un déversement de matière sur les fonds marins environnants. On voit, à côté, le dispositif d’échantillonnage des sédiments déployé puis récupéré par le *Nautile* à 4 700 mètres de profondeur, en 2026. Crédits: Campagne NODSSUM, CNRS, Flotte océanographique française, Ifremer, Miso Facility/WHOI, Fourni par l’auteur

Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs furent immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est, à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres. La localisation exacte de ces barils et surtout leurs impacts possibles sur l’environnement des grands fonds restaient à ce jour largement inconnus depuis des études des années 1980.

Les campagnes à la mer NODSSUM 2025 et 2026, portées par le CNRS et réalisées avec les moyens de la Flotte océanographique française, ont permis d’identifier plusieurs milliers de ces barils.

À l’aide du sous-marin Nautile, nous avons inspecté visuellement plusieurs dizaines de ces fûts, documenté leur degré avancé de dégradation et observé des containers particulièrement corrodés.

Le contenu de certains d’entre eux se répand sur le fond marin environnant. Ces fûts sont colonisés par différents organismes, notamment des anémones, des éponges et des crabes.

le sous marin émerge
Le retour du Nautile et des plongeurs, à la fin de sa plongée à 4 700 mètres de profondeur, lors de la compagne NODSSUM 2026.
©CNRS (NODSSUM Cruise, CNRS, Flotte océanographique française), Fourni par l’auteur

Sur cinq sites d’étude retenus, à proximité immédiate et au contact des fûts, le Nautile a réalisé des prélèvements détaillés de sédiments, d’eau, d’organismes et de communautés microbiennes. Les habitats rocheux voisins ont également été explorés par le sous-marin, afin de les comparer avec les écosystèmes présents sur et autour des fûts.

Des instruments de mesure de radioactivité de terrain embarqués ont détecté des signaux significatifs de radionucléides spécifiquement liés à ces déchets, le cobalt 60 et le niobium 94, en plus du césium 137 et de l’américium 241 (ces derniers sont également des marqueurs des essais aériens d’armes et accidents nucléaires, mais présents ici dans des quantités bien supérieures à ce marquage classique).

Ces mesures et contrôles radiologiques ont permis de confirmer l’absence de contamination des instruments déployés (y compris le Nautile) et de s’assurer que les niveaux d’activité n’induisaient pas de problèmes majeurs de radioprotection pour les scientifiques de la campagne à la mer.

Comment ces observations ont-elles été réalisées ?

La zone de déversement couvre une surface d’environ 14 500 kilomètres carrés. Pour identifier les fûts et définir les cibles de notre étude, le robot autonome Ulyx de la Flotte océanographique française a été déployé lors de la campagne 2025.

Capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres et survolant les fonds marins d’environ 70 mètres, il acquiert des données sonar haute résolution avec une précision de 5 centimètres. Ulyx a permis de cartographier environ 165 kilomètres carrés, soit moins de 2 % de toute la zone de déversement. Plus de 3 500 fûts ont été localisés, alignés selon les trajectoires des navires ayant effectué les déversements.

Carte des fûts identifiés et zones cartographiées par l’Autonomous Underwater Vehicle (AUV) UlyX.
Flotte océanographique française — Campagne Nodssum, Fourni par l’auteur

Ulyx a également pu s’approcher et survoler le plafond océanique à environ 8-10 mètres au-dessus du fond marin pour se procurer des images. Nous avons prospecté cinq zones et photographié environ 50 fûts, montrant l’épanchement de matière hors des fûts. Ces données ont été combinées à un échantillonnage de sédiments réalisé en 2025 à distance des fûts depuis le navire, dont l’analyse a révélé la présence de radionucléides artificiels probablement associés à ce déversement, supérieure à celle attendue dans les grands fonds.

Les images de fûts dégradés prises par Ulyx, associées aux analyses de sédiments montrant les niveaux d’activité les plus élevés, ont fourni les cibles des plongées du Nautile lors de la campagne 2026.

Pourquoi est-ce important ?

Tout d’abord, ce site constitue un laboratoire unique pour comprendre le devenir des radionucléides dans les grands fonds et leurs interactions avec les écosystèmes de l’océan profond.

Les fûts modifient l’environnement en offrant un substrat dur qui se trouve colonisé, facilitant potentiellement ces transferts de radionucléides vers les organismes vivants, avec des conséquences encore inconnues, qui vont être évaluées par le projet NODSSUM. Les résultats de l’analyse des échantillons fourniront, dans les mois à venir, des indices sur l’impact de ces écosystèmes, y compris les microorganismes, ainsi que sur leur rôle dans le transfert et la mobilisation de ces radionucléides, permettant d’évaluer leurs impacts.

Enfin, il s’agit de l’une des premières études radioécologiques en grands fonds marins, ayant nécessité la mise en place et le développement de nouvelles procédures et méthodologies allant de la définition de la stratégie d’échantillonnage jusqu’à la radioprotection à bord.

Quelles vont être les suites ?

Les campagnes de 2025 et de 2026 ont permis de collecter un ensemble riche et vaste de données et d’échantillons : cartes sonar, images de fûts et des zones adjacentes, des centaines d’échantillons de sédiments, plusieurs dizaines de poissons, des milliers de litres d’eau filtrés et de nombreux organismes, dont des anémones et des concombres de mer.

scientifiques autour d’une carotte de sédiments
Une carotte de sédiments prélevée par le Nautile sur le site d’immersion de déchets radioactifs de l’Atlantique Nord-Est, lors de la campagne NODSSUM 2026.
NODSSUM Cruise, CNRS, Flotte océanographique française, Fourni par l’auteur

Les images seront analysées afin de caractériser la composition et la structure des écosystèmes associés aux fûts et de ceux des zones avoisinantes. Les échantillons (sédiments, eau, faune) seront analysés dans les mois à venir par un groupe français et international de chercheurs (Norvège, Allemagne, Espagne) afin d’identifier et de quantifier différents radionucléides artificiels et d’étudier leur dispersion depuis les fûts vers l’environnement des grands fonds.

L’ensemble de ces données constituera l’une des études radioécologiques des grands fonds les plus complètes à ce jour et permettra de mieux comprendre le cycle biogéochimique des radionucléides dans ces environnements.


Pour aller plus loin et suivre l’actualité du projet NODSSUM, retrouvez-le sur Bluesky et LinkedIn, #NODSSUM.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Javier Escartin a reçu des financements de l’ANR pour autres projets et sans lien a la campagne NODSSUM.

Patrick Chardon a reçu des financements de ANR sans lien avec le projet NODSSUM

ref. Que deviennent les fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique dans les années 1970 et 1980 ? Les débuts de réponse d’une expédition scientifique – https://theconversation.com/que-deviennent-les-futs-de-dechets-radioactifs-immerges-dans-latlantique-dans-les-annees-1970-et-1980-les-debuts-de-reponse-dune-expedition-scientifique-286463

8.º aniversario The Conversation: las fuentes académicas necesitan el altavoz periodístico

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

¿Cómo combatir los bulos? ¿Qué es una fuente fiable? ¿Por qué fomentar el pensamiento crítico? ¿En qué situación se encuentra el periodismo?

Durante años, los aniversarios de The Conversation en Fundación Telefónica han celebrado la pata más científica de nuestro lema “rigor académico, oficio periodístico”. Sin embargo, en este octavo cumpleaños reunimos a tres pesos pesados de la comunicación –Aitana Castaño, periodista asturiana especializada en la información de las cuencas mineras y colaboradora del Hoy por hoy; Ángeles Caballero, participante en diferentes tertulias televisivas y colaboradora en Hora 25, y Martín Barreiro, físico y divulgador del clima en RTVE– para hablar de la otra, la periodística.

Porque uno de los objetivos de The Conversation cuando se creó en Australia, allá por 2011, o cuando se lanzó en España, en 2018, es salvar la brecha que a veces existe entre la prensa y la universidad: unos creen que los académicos son ininteligibles, y otros creen que los periodistas solo buscan el titular fácil.

Así, en la introducción, tanto Rafa Sarralde, director general de The Conversation España, como Elea Giménez Toledo, presidenta de su comité asesor, hicieron referencia a esta voluntad de unir dos disciplinas para, sobre todo, llegar a todo tipo de lectores.

¿Qué buscan los periodistas en los expertos universitarios?

Desde la prensa local, los investigadores de la Universidad de Oviedo han sido siempre un recurso esencial para que Aitana Castaño le explique a la gente “el mundo que ya conocen”.

Ángeles Caballero, también antigua editora de Economía en The Conversation, utiliza la información de los expertos para aferrarse al dato cuando en las tertulias le piden una opinión sobre temas complejos en 25 segundos. Martín Barreiro, que encarna en sí mismo la divulgación, saltó hace años del mundo académico al comunicativo, y considera que el espectáculo “no es el enemigo”.

Aunque ya tienen integrado el lenguaje periodístico en su día a día y no se paran a analizarlo, los tres estuvieron de acuerdo en que al informar buscan ofrecer respuestas comprensibles. Algunos, en los inicios, habían recibido de sus superiores la directriz de “escribir para que lo entendiese su abuela”. Otros, “escribir para que un abogado de Garrigues entienda una información sobre astrofísica”.

Fuese quien fuese la persona a la que tenían en la cabeza a la hora de narrar, el objetivo final siempre es comunicar y, como añadió Barreiro, buscar hacerlo por capas: “que todo el mundo entienda lo básico pero que también existan estímulos que hagan la información más sugestiva para lectores más experimentados en el tema”. En definitiva, el periodista (y el divulgador) debe abstraerse de querer aparentar que es la persona más lista del planeta y simplemente intentar que todo el mundo lo entienda.

Y con el lenguaje y los datos a su favor, ¿cómo intentan combatir las informaciones falsas con los que se topan?

Castaño recordó que ella estaba frente a Sorpresa, sorpresa el día en el que, supuestamente, sucedió el bulo de Ricky Martin y la mermelada. Cuando aseguró que no había visto tal cosa en la tele recibió como respuesta: “¿Y tú que no lo viste vas a saber más que todos los que dicen que pasó?”. Así que, entre risas, determinó que “es dificilísimo luchar contra ellos”: “El bulo se suelta de forma colectiva pero después hay que desmontarlo individualmente”.

Barreiro ha pasado de no querer mezclarse con quienes propagan bulos “a bajar a discutir con ellos”. Sin embargo, los bulos muchas veces provienen de creyentes en algo, de gente que basa su teoría en la fe, y es muy complicado intentar convencerles con razonamientos.

El problema y la solución

Para Castaño, parte de la culpa de la proliferación de mentiras la tienen los medios y las redes. Parte de la solución también la tienen los medios y las redes. El periodismo está, según ella, “muy mal y muy bien”: hay grandes problemas económicos e ideológicos pero también oportunidades que antes no existían. El problema, según Barreiro, “está fuera del periodismo, porque la información ya no está solo en los medios de comunicación”. Y así uno se puede encontrar fuentes fiables en internet pero también auténticas barbaridades informativas.

Aunque todos defendieron que hay buenos divulgadores en las redes, la realidad es que muchas veces quienes triunfan no son quienes tienen el mensaje más científico. Porque… ¿qué es una fuente fiable? “En el momento en que la gente cree que las instituciones mienten con sus datos y sus informes, la expresión ‘fuente fiable’ depende de cada uno”, comentó Ángeles Caballero.

Por eso las dos intervenciones finales del público cerraron estupendamente la charla. Porque aunaron en sus preguntas, anécdotas y argumentos muchos de los temas centrales de la conversación.

Así, José Manuel Torralba, catedrático de Materiales, compartió su accidentada experiencia inicial con la prensa. Cuando sucedió el desastre del Prestige, atendió a un redactor al que le explicó las causas que podían haber contribuido a la rotura del casco del barco. Al día siguiente comprobó que habían quedado resumidas en la frase “el acero puede cascar”, a su juicio una simplificación de la ciencia que él había intentado sintetizar. Aunque los tres periodistas de la mesa lo definieron como “un titular buenísimo”.

Marga Sánchez Romero, catedrática de Prehistoria, por su parte, contó que intentó explicar científicamente, en un pódcast, que las mujeres cazaban en la prehistoria y lo hizo utilizando el ejemplo de los restos encontrados en un yacimiento peruano de 9000 años de antigüedad. “Pero”, dijo ella, “¿cómo luchas con un comentario como el que yo recibí y que decía ‘yo soy peruano y eso en mi país no ha pasado nunca’?”

Sin rendirse, Aitana Castaño insistió en su mensaje a los investigadores: “Si un periodista llama, coged el teléfono. Nosotros os necesitamos como fuentes y vosotros nos necesitáis como altavoz”. Porque hay que seguir trabajando para ofrecer la verdad. “Se necesitan recursos para frenar las mentiras”, defendió Barreiro.

Y no hay mejor recurso, en este octavo año de vida, que The Conversation. Por algo Juan Ignacio Pérez Iglesias, antiguo rector de la Universidad del País Vasco y actual consejero de Ciencia, Universidades e Innovación del Gobierno Vasco, que nos acompañó en el aniversario, lo definió ya hace años como “el inventazo”.

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ref. 8.º aniversario The Conversation: las fuentes académicas necesitan el altavoz periodístico – https://theconversation.com/8-aniversario-the-conversation-las-fuentes-academicas-necesitan-el-altavoz-periodistico-286289

¿Qué queda aún por explorar de la guerra civil española?: tres posibles futuros

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jaume Claret, Historiador. Profesor agregado en los Estudios de Artes y Humanidades y director del Máster Universitario de Historia del Mundo Contemporáneo, UOC – Universitat Oberta de Catalunya

Reproducción de fotografía del Fondo de la guerra civil española. BNE Digital/Biblioteca Nacional de España

La bibliografía sobre la guerra civil española no es infinita. Y aunque es frecuente oír lo contrario, tampoco podemos considerarla desproporcionada respecto a otros acontecimientos históricos. Basta ver los listados de novedades sobre el Imperio romano o la Segunda Guerra Mundial para comparar.

Se produce entonces una doble paradoja. Por un lado, resulta casi imposible estar al corriente de lo publicado sobre la contienda española. Como calculaba recientemente el historiador Joan Esculies, en los últimos veinte años –y sin tener en cuenta artículos científicos y tesis doctorales, ni la divulgación multiplataforma–, se habrán publicado unas 5 000 obras en las principales lenguas.

Entre ellas se encuentran tres novedades recientes. La guerre d’Espagne 1936-1939, a cargo de tres referentes del hispanismo francés (Mercedes Yusta, François Godicheau y Pierre Salmon), sitúa el conflicto en su dimensión internacional. Por su parte, en La guerra civil española conviven aportes colectivos yuxtapuestos para dibujar el actual estado de las investigaciones. Y la versión cómic de España partida en dos revisita el libro homónimo de Julián Casanova de la mano del guionista Miguel Casanova y el dibujante Carles Esquembre.

No obstante, y a pesar de esta continua publicación, todavía quedan vías por explorar.

La historia militar

Sin ánimo de exhaustividad y con el sesgo inevitable a toda selección, destacaría tres ámbitos de futuro especialmente sugerentes.

El primero quizás sea el más obvio –y, de hecho, ya formaba parte de un artículo similar que escribí hace cuatro años–: la historia militar del conflicto. Algunos avances se han realizado, pues diferentes investigadores formados en la UAB y crecidos en torno a la Revista Universitaria de Historia Militar han publicado aportaciones relevantes.

Entre ellas se encuentra Cruzados sin gloria, de Miguel Alonso Ibarra, que comprende todo el conflicto desde el punto de vista bélico. Así, abre el campo para futuros trabajos que incidan en el armamento usado –desde las redes de contrabando hasta el uso de la guerra de España como terreno de experimentación militar, pasando por formatos todavía inexplorados como las infografías o, poco explotados, como la cartografía–.

También posibilita posteriores investigaciones en las condiciones materiales de la guerra (véase el singular trabajo de Oriol Riart a partir de dietarios de soldados) o en frentes todavía marginales para el gran público, como el de la defensa pasiva, el intento de desembargo republicano en Mallorca (objetivo del reciente Una isla brutalizada) o episodios concretos como el desenlace de la guerra en Madrid.

Edificios destruidos por los efectos de la guerra civil española.
Edificios destruidos por los efectos de la guerra civil española.
BNE Digital/Biblioteca Nacional de España

Por su parte, Hasta su total exterminio de Arnau Fernández Pasalodos y Verdugos del 36 de David Alegre Lorenz se centran en el ejercicio de la violencia, su diversidad y su crueldad. El primero lo hace sobre las actuaciones antipartisanas, es decir, la neutralización de movimientos de resistencia por parte de las fuerzas militares –el maquis, en España–; mientras que el segundo se interesa por los perpetradores, tanto planificadores como ejecutores. Esto útimo nunca es sencillo ni, sobre todo, inofensivo, pues a menudo genera denuncias por parte de los familiares.

Además, el acceso documental sigue siendo complejo, ya sea por la escasa documentación referida a Falange y la necesidad de recurrir a archivos personales o por la poca colaboración desde la Iglesia, que obliga al encaje de bolillos.

Los estudios sobre la violencia

En este sentido, y ya entrando en el segundo ámbito de futuro, los estudios sobre violencia se habían centrado hasta hace poco en la contabilización de las víctimas y, posteriormente, en su identificación. Esto último incluía desde el rescate de sus biografías a la recuperación de sus restos mortales.

Quizás Valencia sea uno de los epicentros de estas actuaciones y, en especial, el cementerio de Paterna. Allí, entre abril de 1939 y diciembre de 1956, se fusilaron 2 238 personas y, entre 2005 y 2024 dichas fosas fueron excavadas. De esta actuación, además de la dignificación de las víctimas y del retorno a sus familiares, surgieron dos exposiciones excepcionales: “Arqueologia de la Memòria. Les fosses de Paterna” y “2238. Paterna, lloc de perpetració i memòria”.

Pero también se generaron publicaciones más allá de las estrictamente académicas, como el cómic El abismo del olvido de Paco Roca y Rodrigo Terrassa o la novela Ingrata patria mía sobre Joan B. Peset Aleixandre, rector de la Universitat de València, médico prestigioso y ciudadano comprometido asesinado por el franquismo.

Una página del cómic _El abismo del olvido_, de Paco Roca y Rodrigo Terrasa.
Una página del cómic El abismo del olvido, de Paco Roca y Rodrigo Terrasa.
Astiberri

Sin olvidar a las víctimas, los estudios sobre violencia están evolucionando hacia otras formas de ejercerla, como el expolio patrimonial, económico o incluso científico. Como en todo acontecimiento bélico, para muchos la guerra fue la ocasión para hacerse con su particular botín, generó profundos cambios en el tejido industrial y comercial, y facilitó los abusos de todo tipo.

Abrir este melón obliga a comprobar la propiedad de ciertos fondos –como ya han empezado a hacer el Museo del Prado o el MNAC–, plantea la posible reclamación de indemnizaciones o del retorno patrimonial y, sobre todo, cuestiona nuestra mirada sobre la guerra, la posguerra y la Transición. Así, la primera se nos aparece como una guerra también económica y de rapiña, la segunda como un expolio hacia los vencidos a favor de los vencedores (particulares e institucionales) y la tercera como un conjunto de actuaciones de ocultación.

De la colaboración con otros

Y el tercer ámbito debe surgir de la colaboración de la historia con otras disciplinas. Porque de la alineación de conocimientos y herramientas siempre pueden surgir nuevas perspectivas e interpretaciones que enriquezcan nuestra mirada.

Contactos fotográficos de la Guerra Civil española que retratan a milicianos del ejército republicano.
Contactos fotográficos de la Guerra Civil española que retratan a milicianos del ejército republicano.
BNE Digital/Biblioteca Nacional de España

Lo hemos visto recientemente con las aportaciones realizadas desde la arqueología en País en ruinas, desde la genética para comprender los efectos del hambre (como ya sugiere Miguel Ángel del Arco) o desde la antropología, como hace Alfonso Villalta para plantear nuevas preguntas a los archivos. Si estas sinergias se incrementan en el futuro, también lo hará nuestro conocimiento.

La guerra civil española permanece como el gran parteaguas de la historia contemporánea del país. Aunque el paso del tiempo diversificará el interés de los historiadores hacia otros acontecimientos más recientes (el segundo franquismo, la Transición, el 23F, el felipismo, etc.), cada nueva generación tenderá a revisitarla, ya sea con la excusa del aniversario, ya sea a raíz de la incorporación de nuevas perspectivas o nuevos archivos.

Esos futuros libros serán también evidencias de la evolución de la propia sociedad pues, como dejó escrito el historiador y político italiano Benedetto Croce, “toda historia es historia contemporánea”. Es decir, como nos recuerda el escritor y editor estadounidense Frank Cogliano, “las preocupaciones actuales influyen en las preguntas que le hacemos al pasado”.


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Jaume Claret no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Qué queda aún por explorar de la guerra civil española?: tres posibles futuros – https://theconversation.com/que-queda-aun-por-explorar-de-la-guerra-civil-espanola-tres-posibles-futuros-286304

La paradoja nórdica: ni siquiera los países más igualitarios del mundo logran reducir la violencia contra las mujeres

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Gracia, Full Professor of Social Psychology, Universitat de València

PH888/Shutterstock

Casi una de cada tres mujeres de la Unión Europea ha sufrido violencia física, amenazas o violencia sexual desde los 15 años. Es decir, aproximadamente 50 millones de mujeres. Estas son las conclusiones de la última encuesta de la UE sobre violencia de género, basada en entrevistas a más de 114 000 mujeres.

Lo que hace que esta cifra sea alarmante no es solo su magnitud, sino su persistencia. Diez años antes, la primera encuesta a escala de la UE reveló el mismo patrón. Tal y como señaló el director de la Agencia de los Derechos Fundamentales de la UE: “Una década después, seguimos siendo testigos de los mismos niveles impactantes de violencia”.

En un artículo reciente, publicado en Nature Communications, analicé si la Meta 5.2 de los Objetivos de Desarrollo Sostenible de las Naciones Unidas –que tiene como objetivo eliminar todas las formas de violencia contra las mujeres y las niñas para 2030– es realista.

La incómoda respuesta es no, ni para 2030 ni al ritmo actual.

Un problema que se agrava

Las estadísticas de la UE coinciden de forma llamativa con lo que observamos a nivel mundial. La Organización Mundial de la Salud (OMS) describe la violencia contra las mujeres como un problema de salud pública de “proporciones pandémicas”. Sus últimas estimaciones, publicadas en 2025, sugieren que el 30,4 % de las mujeres de todo el mundo –aproximadamente 840 millones de mujeres — han sufrido violencia física o sexual a lo largo de su vida.

Estas cifras se han mantenido prácticamente sin cambios durante más de dos décadas. La OMS califica las reducciones recientes de mínimas, demasiado lentas y muy insuficientes. Es posible que incluso esto subestime la magnitud real, ya que muchas mujeres no revelan la violencia que sufren en las encuestas, y algunas formas de maltrato (violencia psicológica, control coercitivo, maltrato económico, acoso en línea) apenas se reflejan en las estadísticas generales.

La paradoja nórdica

Quizás el hallazgo más sorprendente sea dónde se registran los niveles más altos de violencia. En la encuesta de la UE de 2024, la prevalencia fue del 57 % en Finlandia, del 52 % en Suecia y del 47 % en Dinamarca, todas ellas muy por encima de la media de la UE, que se sitúa en el 30,7 %. Estos países se encuentran entre los más desarrollados del mundo y ocupan sistemáticamente los primeros puestos en las clasificaciones mundiales de igualdad de género.

Este patrón, a menudo denominado “paradoja nórdica”, pone en tela de juicio una suposición común: que el desarrollo económico y la igualdad de género, por sí solos, conducirán a una reducción de la violencia. Estos avances son esenciales, pero está claro que no bastan por sí solos para prevenir la violencia.

Si las sociedades más avanzadas e igualitarias del mundo no logran reducir la violencia contra las mujeres, ¿qué perspectivas hay en el resto del mundo?




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Improving gender equality will help end violence against women, but it’s only part of the puzzle


Las mujeres jóvenes son más vulnerables

En la UE, las mujeres de entre 18 y 29 años ya denuncian niveles de violencia superiores a la media general. Esta tendencia ya era visible hace una década y no ha mejorado. Las generaciones más jóvenes han crecido en un entorno con más debate público sobre la igualdad de género y más campañas de sensibilización que ninguna otra generación anterior.

Si las medidas de prevención actuales funcionaran, cabría esperar ver reducciones claras. Los datos no lo reflejan.

Al mismo tiempo, la propia violencia está cambiando. La tecnología digital ha abierto nuevas vías para el acoso, el control y la humillación: el acoso en línea, las amenazas en las redes sociales, la sextorsión, la difusión no consentida de imágenes íntimas y los deepfakes sexuales generados por IA. Aunque estas herramientas no causan violencia física directa, facilitan la comisión de los abusos, dificultan escapar de ellos y aceleran su difusión.




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El conocimiento existe, pero las respuestas se quedan cortas

La realidad de la violencia contra las mujeres es profundamente preocupante. Pero ser realista no significa resignarse. Al contrario, la magnitud persistente del problema exige una respuesta mucho más ambiciosa.

Los datos no indican que el objetivo de eliminar toda la violencia contra las mujeres y las niñas para 2030 –la meta 5.2 de la ONU– haya fracasado, ni que sea imposible. Lo que revelan es la enorme brecha que existe entre la ambición del objetivo y la magnitud, la intensidad y la coherencia de los esfuerzos actuales para alcanzarlo.

Y ya disponemos de herramientas para hacerle frente. Las investigaciones realizadas durante la última década han identificado estrategias de prevención con efectos demostrados en la reducción de la violencia. El marco “RESPECT Women” de la OMS, que se ha actualizado recientemente a partir de revisiones sistemáticas a nivel mundial, organiza esta evidencia en siete estrategias interconectadas. Estas abarcan desde el empoderamiento de las mujeres y la transformación de las normas de género nocivas hasta el refuerzo de los servicios para las supervivientes y la reducción de la pobreza.

El marco evalúa la evidencia por separado para los países de ingresos altos y para los de ingresos bajos y medios. Esta característica estructural es reveladora en sí misma, ya que pone de manifiesto la desigualdad con la que se ha desarrollado la investigación sobre prevención en los distintos contextos.

Pero ninguna estrategia por sí sola es suficiente. Una prevención eficaz implica combinar enfoques a nivel individual, comunitario y social. Y el criterio de referencia definitivo, tal y como subraya el propio RESPECT, es si estos esfuerzos conducen a reducciones cuantificables en la prevalencia de la violencia a nivel poblacional. Según ese criterio, los esfuerzos actuales se quedan claramente cortos.

El problema es que las herramientas de eficacia probada no se están aplicando a la escala ni durante el tiempo necesarios. Se lanzan campañas, pero no se mantienen. Se aprueban leyes, pero no se financian ni se hacen cumplir adecuadamente. El principal obstáculo no es la falta de conocimientos. Es una brecha persistente entre los compromisos y la acción, y entre los recursos disponibles, la voluntad política y la rendición de cuentas necesaria para garantizar su uso.

Una crisis de proporciones pandémicas

Puede que el plazo de 2030 ya esté fuera de nuestro alcance, pero no debe abandonarse el objetivo en sí. Un problema que afecta a millones de mujeres no puede tratarse como una cuestión política secundaria.

Cuando el mundo se enfrenta a otras emergencias sanitarias graves, moviliza la ciencia, la financiación y la cooperación internacional. La violencia contra las mujeres requiere una ambición comparable: inversión a largo plazo, pruebas más sólidas y rendición de cuentas pública.

Lo que muestra la paradoja nórdica es que la violencia contra las mujeres no se eliminará automáticamente a medida que las sociedades se vuelvan más ricas o más igualitarias. Se necesitarán medidas deliberadas, sostenidas y cuantificables, respaldadas por la voluntad política y la rendición de cuentas necesarias para estar a la altura de la magnitud de la crisis. La promesa de eliminar la violencia contra las mujeres debe pasar de ser una aspiración a convertirse en realidad.

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El artículo académico en el que se basa este texto ha recibido financiación del Ministerio de Ciencia e Innovación de España/Agencia Estatal de Investigación y del Fondo Europeo de Desarrollo Regional, así como de la Generalitat Valenciana/Programa Prometeo. Las entidades financiadoras no han intervenido en la redacción ni en la revisión del artículo académico.

ref. La paradoja nórdica: ni siquiera los países más igualitarios del mundo logran reducir la violencia contra las mujeres – https://theconversation.com/la-paradoja-nordica-ni-siquiera-los-paises-mas-igualitarios-del-mundo-logran-reducir-la-violencia-contra-las-mujeres-286565