Manifestations lycéennes, réponse du gouvernement : pourquoi la situation est inédite – et imprévisible

Source: The Conversation – France (in French) – By Robi Morder, Chercheur Associé au Laboratoire Printemps, UVSQ/Paris-Saclay, co-président du Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants (Germe), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay


L’ESSENTIEL

  • Le mouvement lycéen, rejoint par des parents, des enseignants et des syndicats, a réuni 450 000 manifestants, le 6 octobre dans toute la France (250 000 manifestants, selon le gouvernement).

  • Si les revendications sur les moyens sont récurrentes, le contexte global et la forme du mouvement – né dans les banlieues populaires – sont nouveaux.

  • La réponse du gouvernement, qui a choisi la « fermeté » policière face à des adolescents avant d’ouvrir les négociations, est également inédite.


La mobilisation lycéenne qui a débuté dans la banlieue parisienne en ce mois de septembre 2026 s’inscrit dans une continuité de mobilisations de rentrée que l’enseignement secondaire a connu en réponse à des situations jugées dégradées (manque de professeurs, classes surchargées, locaux vétustes, etc.), de manière cyclique depuis la fin des années 1970, tranchant avec le type de mobilisations « printanières » qui avaient caractérisé les « années 68 ».

Déjà, en 1978, on a pu noter que ce qui jusque-là avait caractérisé les lycées techniques et les collèges d’enseignement technique (LT et CET) était devenu le problème général des lycées.

« La rentrée scolaire 1978 s’avère calamiteuse, classes surchargées, manque de professeurs, de personnel. En Seine-Saint-Denis, on peut même douter que la rentrée a eu lieu. Dès le 15 septembre, les professeurs du lycée de Saint-Denis et celui de Noisy-le-Sec ont entamé une grève, avec le soutien actif des associations de parents d’élèves et de nombre d’élus locaux pour réclamer des créations de postes et des ouvertures de classes. (…) Pour la première fois depuis mai-juin 1968 des établissements sont occupés de jour et de nuit, c’est notamment le cas dans le 93 à Saint-Denis, à Aubervilliers, à Montreuil. »

in Didier Leschi et Robi Morder, Quand les lycéens prenaient la parole. Les années 68, Syllepse, 2018.

Ces questions récurrentes ont également donné lieu à de fortes mobilisations lycéennes en 1990 et en 1998, débouchant alors sur des mesures significatives considérées comme des victoires. Des mouvements d’automne ont également touché les lycéens, mais sur d’autres sujets, par exemple celui contre la réforme des retraites en 2010.

Ce qui est inédit en cette mobilisation de l’automne 2026 est d’abord le contexte global du mouvement, avec une guerre à l’est de l’Europe accompagnée d’une hausse des budgets militaires qui contraste avec une insuffisance chronique des crédits pour l’éducation, une crise climatique qui impacte des établissements mal isolés où les lycéens souffrent de la chaleur et un risque d’accès de l’extrême droite à la présidence de la République en 2027. Ce dernier enjeu a pu être ressenti par nombre de lycéens des banlieues populaires – où le mouvement a démarré – comme une menace existentielle.

Comment se faire entendre ?

Pour faire valoir leurs revendications, les actions possibles sont limitées. La représentation lycéenne existe en droit (des élèves siègent dans les conseils d’administration et dans des institutions nationales auprès du ministère), mais avec peu de portée.

Outre qu’elle n’est pas un droit pour les lycéens, la grève, en tant que simple arrêt de travail, n’est aucunement un moyen de pression (une grève lycéenne ne gêne personne, elle n’arrête aucune production). En conséquence, pour qu’un mouvement lycéen soit efficace, il ne suffit pas de déserter les cours, encore faut-il être visibles, audibles, médiatiques.

Il convient de noter le changement de vocabulaire intervenu au cours des dernières décennies. « Piquet de grève » a été remplacé par « blocage », ou « blocus », notamment depuis le mouvement lycéen contre la loi Fillon en 2005. Les assemblées générales qui se tenaient dans les lycées, décidant de piquets de grève (piquets « filtrants » ou piquets « bloquants ») sont devenues plus difficiles à organiser, surtout quand les administrations ne les autorisent pas, parfois en raison simplement du manque de salles. Désormais, les organisations lycéennes comme les administrations ne parlent plus de lycées en grève, mais comptabilisent des lycées bloqués.

Pour être visibles, il leur faut donc avoir des actions spectaculaires. Comme chaque groupe social, les lycéens utilisent ce qu’ils ont sous la main : poubelles pour bloquer, ou ralentir, l’entrée du lycée, manifestation dans le quartier ou la ville – avec les mesures d’interdiction, cela est plus difficile – appel à des personnalités (des élus, par exemple) susceptibles d’attirer la curiosité des médias, pancartes, etc.

C’est dans ce contexte qu’intervient la question de la violence. Il faut attendre les éléments plus précis sur les profils des jeunes arrêtés. On sait que, pour la grande majorité, il s’agit de mineurs. Mais s’agit-il de lycéens ou de jeunes sortis, ou exclus, du système scolaire ? Les circonstances, les faits reprochés peuvent différer d’un individu à l’autre.

En attendant, rappelons que, dans les premiers jours de Mai-68 au Quartier latin, on trouvait un nombre important de jeunes travailleurs qui se joignaient aux étudiants pour, en quelque sorte, se venger des humiliations subies dans leurs cités et leurs quartiers par la police, comme l’a rappelé le sociologue Gérard Mauger.

La crise actuelle mêle les caractéristiques des mobilisations lycéennes avec celles des « émeutes protopolitiques » survenues dans les banlieues – notamment en 2005. Notons que les « jeunes de banlieue » ne sont pas uniquement des jeunes de banlieue, ils sont aussi lycéens, étudiants, parfois chômeurs ou précaires. Ils agissent et réagissent autant sur leurs lieux d’études, de travail, d’habitation. Les manifestations lycéennes sont également des lieux de convergence à l’échelle locale.

Une réponse policière inédite face à des adolescents

Ce qui est également singulier, c’est la façon dont les pouvoirs publics ont ignoré la situation alors que les manques de moyens, de personnels sont signalés régulièrement et, encore en cette rentrée, par les syndicats enseignants.

Si les gouvernements depuis 2017 ont connu des conflits inédits, tels les gilets jaunes, Sainte-Soline, des émeutes urbaines, les mouvements lycéens ou étudiants sont récurrents, et sont susceptibles d’être résolus par la négociation. Or, depuis 2016 (loi Travail), la réaction de « fermeté » semble être devenue une norme, au risque d’affrontements violents, rendant la présence aux manifestations, pourtant légales, périlleuse. Appliquée à des adolescents, elle apparaît manifestement disproportionnée et dangereuse.

Il semble qu’après avoir ignoré l’ampleur des problèmes le choix de la répression ait prévalu. C’est le ministère de l’intérieur qui a été mis en avant, privilégiant les fermetures en masse des établissements. On avait connu dans les mouvements passés quelques fermetures exceptionnelles, mais jamais à une telle échelle.

Après avoir communiqué sur une « instrumentalisation » du mouvement par La France insoumise (LFI) du fait du soutien affirmé de cette dernière et de la présence de ses élus devant les établissements (alors que d’autres partis ont fait de même), le discours gouvernemental a finalement admis que les revendications étaient légitimes. Sans doute, l’opinion des Français, qui approuvent la légitimité des revendications des lycéens, aura renforcé le mouvement, mais aussi l’ampleur, comme la bonne tenue, des manifestations du 6 octobre. Les syndicats annoncent 450 000 manifestants, quand le ministère en dénombre 250 000, dans toute la France.

Or, qui dit négociation, dit rapport de force. Ce qui était possible avant le mouvement pour tenter de « calmer le jeu », s’avère insuffisant aujourd’hui alors que la mobilisation s’est maintenue et que la menace d’une extension aux étudiants et d’une jonction avec d’autres mécontentements pèse sur le gouvernement. Sur les réseaux sociaux utilisés par les jeunes, beaucoup font référence non seulement aux manifestations avec d’autres syndicats, mais aussi à l’appel à la mobilisation contre la vie chère, le 17 octobre prochain, comme un retour des « gilets jaunes. En quelque sorte les enchères montent.

The Conversation

Robi Morder est membre de: SNESup, Association autogestion, RESU.

– ref. Manifestations lycéennes, réponse du gouvernement : pourquoi la situation est inédite – et imprévisible – https://theconversation.com/manifestations-lyceennes-reponse-du-gouvernement-pourquoi-la-situation-est-inedite-et-imprevisible-293772

Le Berm, ce mur marocain qui continue de façonner le conflit au Sahara occidental

Source: The Conversation – in French – By Joana Castro Pereira, Professor of Politics and International Relations, Universidade do Porto

Le Sahara occidental est divisé en deux depuis les années 1980 par un mur que le Maroc a construit pour conserver le territoire qu’il occupe depuis 1975. Plus de cinquante ans plus tard, le conflit n’est toujours pas résolu et le mur — connu sous le nom de « Berm » — reste l’une des frontières les plus militarisées au monde. La région fait l’objet d’un projet mené à l’université de Porto, qui explore les perspectives de restauration de la biodiversité. Joana Castro Pereira, professeure de sciences politiques et de relations internationales, et Simón Pardo de Donlebún Versaci, doctorant, expliquent l’histoire du mur et ses risques politiques et écologiques.


Quelle est l’histoire du Berm ?

Construit entre 1980 et 1987, le Berm sépare la partie du Sahara occidental contrôlée par le Maroc de la bande de territoire détenue par le Front Polisario. Le Front Polisario est un mouvement soutenu par l’Algérie qui représente une partie du peuple sahraoui et lutte pour l’indépendance du Sahara occidental depuis le début des années 1970. Il contrôle actuellement environ 20 % du territoire.

Le conflit au Sahara occidental

Le Berm s’étend sur environ 2 700 kilomètres. Il s’agit de la plus longue barrière continue après la Grande Muraille de Chine. Parallèlement à celle-ci s’étend une ceinture de mines terrestres — plus de 10 millions — souvent qualifiée de l’un des plus long champs de mines connu au monde.

Le mur a été construit par étapes, s’étendant vers le sud à mesure que le Maroc luttait contre le Front Polisario pour le contrôle du Sahara occidental. Ce territoire contesté est une ancienne colonie espagnole que Madrid a cédée dans les années 1970 sans jamais organiser le référendum d’autodétermination exigé par le droit international.

La construction du mur a permis au Maroc de réaliser ce que les victoires sur le champ de bataille n’avaient pas réussi à faire : conserver les parties les plus précieuses du territoire – le littoral, les mines de phosphate et les villes – tout en repoussant les combattants du Polisario et des centaines de milliers de civils sahraouis vers des camps de réfugiés en Algérie. L’ONU qualifie cette situation de deuxième crise de réfugiés la plus longue au monde.

Le Maroc n’a pas construit le Berm seul. Des stratèges militaires français et israéliens ont conseillé sa construction.

Quels sont les principaux risques posés par le « Berm » ?

Trois types de dangers sont souvent négligés au milieu du différend diplomatique concernant ce territoire.

Le plus direct est le champ de mines lui-même. Le Landmine and Cluster Munition Monitor, une initiative de recherche de la société civile qui recense les mines terrestres et autres restes de guerre, fait état de 1 427 victimes recensées jusqu’en 2017, tout en précisant que le nombre total reste inconnu. De nombreux accidents liés aux mines ne sont pas signalés, et les mines peuvent être déplacées par le vent ou par des crues soudaines vers des zones déminées.

Deuxièmement, le mur perturbe tout un écosystème désertique, et pas seulement une communauté humaine. La vie pastorale sahraouie a toujours suivi les oueds — ces cours d’eau temporaires qui débordent brièvement après la pluie et alimentent les puits, les arbres et les pâturages le long de leurs rives. Ce phénomène fait se déplacer ensemble les populations, les troupeaux et les terres au fil des saisons, au sein d’un même système relationnel.

D’un côté, le mur coupe les cours d’eau saisonniers dont dépendent les Sahraouis. De l’autre, le remblai agit comme un barrage. L’eau de pluie s’accumule contre lui, et des arbustes et des herbes poussent le long de sa base. Cette végétation offre nourriture et abri, attirant les animaux vers les mines posées le long du mur. Les conditions mêmes qui devraient préserver la vie peuvent au contraire la mener vers le danger.

Les victimes des mines ne sont pas seulement humaines : des chameaux sont également tués près du mur, tandis que les décès parmi les animaux sauvages peuvent passer inaperçus. Ces décès constituent un préjudice en soi, et non pas simplement des dégâts causés à un paysage désert.

Cette dynamique s’apparente à ce que les écologistes appellent un piège écologique, dans lequel un habitat envoie des signaux trompeurs quant à sa propre sécurité. La situation au niveau du Berm diffère sur un point crucial : ici, le piège est créé par des infrastructures militaires. Le mur, le cycle hydrologique du désert et les champs de mines se combinent pour former un système qui accroît les risques pour la faune et les populations.

Troisièmement, le mur coupe les voies de transhumance traditionnelles reliant les oueds, tandis que les mines et les munitions non explosées restreignent l’accès des éleveurs sahraouis aux sources d’eau qui deviennent accessibles selon les périodes de l’année.

Cela perturbe un équilibre ancien entre les communautés sahraouies et le désert, maintenu grâce à des rythmes saisonniers communs, des pratiques de pâturage et une connaissance ancestrale des itinéraires.

Il s’agit d’un mode de vie interdépendant que l’installation forcée dans les camps de réfugiés est en train d’éroder. Même les branches mortes sont mises à profit plutôt que gaspillées, ce qui témoigne d’une gestion prudente des ressources désertiques limitées que le déplacement rend de plus en plus difficile à maintenir.

Presque personne ne peut étudier tout cela de manière indépendante, car le Berm est une zone militaire fermée. Human Rights Watch a montré à quel point l’accès est contrôlé, ce qui explique l’absence de chiffres fiables sur le nombre d’animaux tués, de cartes complètes de la contamination et de recensements indépendants des dégâts, rendant ainsi la mise en cause des responsabilités bien plus difficile.

Que représente aujourd’hui le Berm dans le conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario ?

Le mur marque toujours la ligne de front de facto d’un conflit qui a suscité une attention internationale limitée.

Un cessez-le-feu négocié par l’ONU a tenu près de 30 ans jusqu’en novembre 2020. Les troupes marocaines ont pénétré dans une zone tampon surveillée par l’ONU afin de lever un barrage routier érigé par des manifestants sahraouis et de rétablir la circulation vers la Mauritanie. Cela a poussé le Front Polisario à déclarer la fin du cessez-le-feu et à reprendre les hostilités.

Des combats de faible intensité, principalement des frappes de drones et des escarmouches le long du mur, se poursuivent depuis lors.

Sur le plan diplomatique, le rapport de force a s’est nettement déplacé en faveur du Maroc, qui connaît un renforcement de ses relations économiques et diplomatiques en Afrique.

Les États-Unis ont reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en 2020. L’Espagne a soutenu le plan d’autonomie du Maroc — qui prévoit une autonomie du territoire sous souveraineté marocaine — en 2022. La France a soutenu ce plan en 2024 et le Royaume-Uni a emboîté le pas en 2025.

En octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 2797, invitant les deux parties à négocier sur la base du plan d’autonomie du Maroc sans pour autant exiger le référendum sur l’indépendance réclamé par le Front Polisario.

Cette résolution demandait également un réexamen de l’avenir de la mission de maintien de la paix de l’ONU dans la région, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), tout en prolongeant son mandat jusqu’en octobre 2026.

La mission de l’ONU a débuté en 1991 et avait pour mandat de surveiller le cessez-le-feu conclu entre le Maroc et le Front Polisario. Ce réexamen pourrait conduire à une réduction de la présence de l’ONU, voire à son retrait, ce qui affecterait des activités telles que le soutien au déminage et le recensement des incidents liés aux mines terrestres.

Quel que soit l’avenir politique du mur, des questions subsistent quant à la responsabilité de la gestion de ses conséquences durables pour les populations, les animaux et les terres qui l’entourent.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Le Berm, ce mur marocain qui continue de façonner le conflit au Sahara occidental – https://theconversation.com/le-berm-ce-mur-marocain-qui-continue-de-faconner-le-conflit-au-sahara-occidental-293362

Des scientifiques avaient prédit la fin du monde pour le vendredi 13 novembre 2026. Faut-il s’inquiéter ?

Source: The Conversation – in French – By Alan MacEachern, Professor, History, Western University

Un article publié dans Science en 1960 prédisait qu’avec une croissance démographique toujours plus rapide, la population humaine tendrait vers l’infini en 2026. (Unsplash)

L’ESSENTIEL

  • En 1960, des chercheurs prédisaient une croissance démographique infinie et la fin du monde pour le 13 novembre 2026.

  • Leurs projections sont restées étonnamment précises jusqu’aux années 1990, avant que la baisse de la natalité ne les démente.

  • Derrière cette prédiction spectaculaire, une démarche scientifique solide illustre comment l’absurde peut attirer l’attention sur un sujet sérieux.


En 1960, Science, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques au monde, publiait un article au titre sans équivoque : « La fin du monde : vendredi 13 novembre 2026 ». Il prédisait qu’à cette date – dans un peu plus d’un mois – la population humaine tendrait vers l’infini, entraînant de fait sa propre annihilation.

Cette prédiction extravagante a valu à l’article un large écho auprès du public. Plus surprenant encore, les recherches et les calculs sur lesquels elle reposait paraissant solides, elle a aussi fait l’objet d’un examen scientifique attentif et prolongé.

Les auteurs – Heinz von Foerster, professeur et spécialiste de la cybernétique austro-américain, et deux de ses étudiants, Patricia M. Mora et Lawrence W. Amiot – soutenaient que les populations humaines constituent un cas à part : leur croissance pourrait dépasser le rythme exponentiel et accélérer sans cesse.

« Nos arrière-arrière-petits-enfants ne mourront pas de faim, affirmaient-ils. Ils mourront écrasés par la foule. » L’article était régulièrement cité et ses prédictions semblaient remarquablement exactes – jusqu’aux alentours de 1993, à mi-chemin de la « fin du monde » annoncée, lorsque la population mondiale a commencé à croître moins vite que prévu.

Aujourd’hui, le taux de natalité mondial est un peu inférieur à la moitié de ce qu’il était en 1960. Espérons que le 13 novembre sera pour nous tous une journée ordinaire. Cet article reste néanmoins un exemple magistral de l’alliance entre rigueur scientifique et art de la mise en scène.

Des capacités propres à l’humanité

Au milieu du XXe siècle, la croissance de la population mondiale suscitait des inquiétudes grandissantes : elle risquait d’entraîner une pénurie de ressources et des conflits géopolitiques. Ces craintes reposaient en grande partie sur une adhésion, implicite ou explicite, à l’idée malthusienne selon laquelle la population peut croître de façon exponentielle, mais reste constamment limitée par sa capacité à se nourrir.

Heinz von Foerster
Heinz von Foerster en 1963.
(University of Illinois), CC BY-SA

Dans leur article, von Foerster et ses coauteurs soutenaient toutefois que la population humaine pourrait constituer un cas à part. Grâce à notre capacité à communiquer et à former des « coalitions » pour résoudre les problèmes, une densité de population accrue pourrait simplement multiplier les possibilités de collaboration. Notre population pourrait ainsi croître plus vite que selon un rythme exponentiel, avec une accélération constante.

Ils s’appuyaient ensuite sur 24 estimations de la population mondiale couvrant les 2 000 dernières années pour montrer que celle-ci avait, de fait, continuellement dépassé les prévisions. Le tout était exposé dans une prose scientifique sobre, étayée par des équations mathématiques complexes.

« Écrasés par la foule »

Von Foerster et ses coauteurs ont ensuite extrapolé ces données historiques, calculant qu’avec une croissance toujours plus rapide, notre population tendrait vers l’infini en 2026.

Heureusement, cette même capacité à collaborer, qui avait contribué au développement de notre espèce tout au long de l’histoire, pouvait désormais éviter la catastrophe. Puisque nous ne souhaiterions probablement pas raccourcir notre espérance de vie, concluaient-ils, nous devrions unir nos efforts pour réduire de moitié le taux de natalité mondial.

La publication a immédiatement fait sensation. Time et le New York Times lui ont consacré des articles. Elle a inspiré la série de bandes dessinées Pogo, et de nombreux commentateurs n’y ont vu qu’une manière ironique de tourner en dérision les craintes liées à la croissance démographique.

Une explosion démographique

Mais l’affaire, loin de retomber, a pris une tournure inattendue. Lorsque Science a publié des lettres de mathématiciens et de démographes critiquant les travaux de von Foerster et de ses collègues – les qualifiant de « ridicules » et de « manifestement absurdes » –, les auteurs ont riposté avec vigueur, réaffirmant la validité de leurs calculs et des conclusions qu’ils en tiraient.

Foule.
Ce n’est qu’en 1993 que la démographie mondiale a commencé à diverger avec le scénario de von Foerster.
(Unsplash/Rob Curran)

Des années 1960 aux années 1980, l’équation de la « fin du monde » a été régulièrement citée – généralement prise au pied de la lettre – dans des manuels de génétique, d’écologie et de démographie.

Elle est aussi apparue dans des contextes plus inattendus. En 1963, devant une commission parlementaire canadienne, un représentant de l’industrie chimique l’a ainsi mise en avant pour justifier le recours aux pesticides chimiques : il fallait pouvoir nourrir une population sur le point d’exploser. En 1971, dans une affaire concernant l’avortement portée devant la Cour suprême des États-Unis, qui a précédé l’arrêt Roe v. Wade, elle a été invoquée pour soutenir qu’aucune raison impérieuse ne justifiait que le gouvernement encourage la croissance démographique.

L’idée d’une fin du monde démographique a perduré en partie parce que ses prévisions se sont révélées très exactes – du moins pendant un temps. L’équation centrale de l’article donnait des projections plus fiables que celles de la plupart des démographes tout au long des années 1970 et 1980.

Ce n’est que vers 1993 que cette précision a commencé à s’émousser et que la population mondiale s’est mise à croître moins vite que prévu : le monde commençait à faire ce que von Foerster et ses collègues avaient préconisé. Aujourd’hui, le taux de natalité mondial est un peu inférieur à la moitié de celui de 1960.

Science et art de la mise en scène

Nous ne nous réveillerons probablement pas tous le vendredi 13 novembre « écrasés par la foule ». Mais avant de passer à autre chose – et de nous préparer au prochain scénario de fin du monde –, demandons-nous ce que celui-ci peut nous apprendre.

À mes yeux, la leçon tient à la manière dont nous présentons nos convictions au monde. Heinz von Foerster a été, à une période de sa vie, prestidigitateur. Selon les principes classiques de la mise en scène, une illusion réussie repose sur trois étapes : la mise en place, le coup de théâtre et la révélation finale qui ramène la situation à la normale.

L’article de von Foerster et de ses coauteurs a fait sensation en associant un contenu scientifique classique à un titre et à une conclusion spectaculaires. S’il a durablement marqué les esprits, c’est parce qu’il s’appuyait sur des recherches et un raisonnement solides.

Passer par l’absurde pour attirer l’attention du monde sur une question sérieuse : voilà un beau tour de magie.

The Conversation

Alan MacEachern ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Des scientifiques avaient prédit la fin du monde pour le vendredi 13 novembre 2026. Faut-il s’inquiéter ? – https://theconversation.com/des-scientifiques-avaient-predit-la-fin-du-monde-pour-le-vendredi-13-novembre-2026-faut-il-sinquieter-293842

La peste a-t-elle tué une chercheuse russe ? Ce que l’on peut dire à ce stade

Source: The Conversation – in French – By Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University


L’ESSENTIEL

  • Une employée d’un laboratoire russe est morte en Sibérie : la peste est suspectée, mais n’a pas été confirmée.

  • La peste pulmonaire peut se transmettre entre humains et se soigne par antibiotiques si elle est traitée rapidement.

  • ** – Le risque pour la population semble faible, mais des informations transparentes restent nécessaires pour l’évaluer.**


Les informations contradictoires sur la mort d’une employée de laboratoire dans un institut russe de recherche sur la peste ont alimenté les craintes d’une possible propagation de la peste pulmonaire.

Près de 200 personnes sont en quarantaine en Sibérie après que Darya Shipilova, 28 ans, est tombée malade sur son lieu de travail, avant de mourir le 2 octobre.

Les circonstances exactes de sa mort restent inconnues. La semaine dernière, un haut responsable russe a écrit sur les réseaux sociaux que Shipilova était « morte de la peste », avant de modifier sa publication pour ajouter « peut-être ». L’autorité sanitaire russe a depuis déclaré qu’elle était décédée d’une « pneumonie d’origine inconnue ».

Des médias locaux ont évoqué une contamination à la suite d’un accident dans le laboratoire où elle travaillait, l’Institut de recherche sur la peste de Sibérie et d’Extrême-Orient, à Irkoutsk. Ces informations n’ont toutefois pas été confirmées.

Qu’est-ce donc que la peste et comment se transmet-elle ? Faut-il s’inquiéter ?

Qu’est-ce que la peste ? Existe-t-il différentes formes ?

La peste est causée par la bactérie Yersinia pestis. Celle-ci se trouve généralement chez des rongeurs vivant au sol, comme les rats et les chiens de prairie, mais elle peut aussi infecter les humains.

Cette même bactérie peut provoquer trois formes différentes de peste.

La peste bubonique se transmet des animaux aux humains par l’intermédiaire des puces et provoque un gonflement des ganglions lymphatiques, appelés « bubons ». Les autres symptômes comprennent de la fièvre, des maux de tête, des frissons et une sensation de faiblesse. La peste bubonique peut tuer en quelques jours si elle n’est pas traitée par des antibiotiques. Sans traitement, 30 à 60 % des personnes qui contractent cette forme de peste en meurent.

La peste septicémique peut se développer lorsqu’une peste bubonique n’est pas traitée, ou survenir directement si la bactérie pénètre dans la circulation sanguine. Elle provoque des hémorragies dans les organes. Son nom renvoie à la septicémie, une grave infection du sang que cette forme de la maladie peut entraîner.

La peste pulmonaire – soupçonnée, sans confirmation à ce stade, d’avoir causé la mort de Shipilova en Sibérie – peut survenir lorsque la peste bubonique se propage aux poumons. Mais elle peut aussi se transmettre d’une personne à l’autre par de minuscules gouttelettes respiratoires. C’est la forme la plus rare, mais aussi la plus grave. Sans traitement, son taux de mortalité peut atteindre 100 %.

Aux autres symptômes s’ajoute une pneumonie sévère, c’est-à-dire une infection des poumons, ici causée par une bactérie.

La peste, une maladie du Moyen Âge ?

La peste bubonique a causé la mort de dizaines de millions de personnes dans l’ouest du bassin méditerranéen entre 541 et 750 de notre ère : c’est la peste de Justinien. Au Moyen Âge, elle a tué jusqu’à la moitié de la population européenne lors de la peste noire.

Mais des épidémies ont également eu lieu depuis le Moyen Âge.

Une troisième pandémie, survenue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, a fait jusqu’à 12 millions de morts. La peste reste endémique en Asie centrale, en Afrique, dans les Amériques et en Sibérie, où l’employée du laboratoire russe est morte la semaine dernière. Cela signifie que la maladie persiste dans ces régions à un niveau relativement stable.

La peste touche surtout les zones rurales et agricoles. Une éventuelle fuite de laboratoire en pleine ville constituerait donc un cas inhabituel.

Peut-on la soigner ?

Oui. Un traitement antibiotique de 10 à 14 jours, par voie orale ou intraveineuse, permet de soigner la peste, à condition de commencer rapidement après l’infection. Toutefois, depuis 1995, plusieurs souches résistantes aux antibiotiques ont été détectées dans la nature.

Dans les années 1980, des scientifiques soviétiques ont également mis au point des souches résistantes. Ces travaux ont depuis nourri des scénarios hypothétiques de guerre biologique.

Toutefois, rien ne prouve que la souche soupçonnée d’avoir causé la mort de Shipilova soit résistante aux antibiotiques, ni que le laboratoire mène des recherches sur les armes biologiques.

Faut-il s’inquiéter ?

Une seule épidémie majeure de peste pulmonaire a été documentée : elle a eu lieu en Chine dans les années 1910. Nous savons encore peu de choses sur le cas survenu en Sibérie. Mais à ce stade, peu d’éléments laissent craindre une épidémie, qui resterait localisée, ou une pandémie, qui toucherait plusieurs pays.

Dans un communiqué publié lundi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué avoir connaissance d’informations selon lesquelles une employée de laboratoire à Irkoutsk était « décédée d’une pneumonie sévère », tout en précisant que la cause du décès n’avait pas été officiellement confirmée.

L’OMS ajoutait : « Au vu des informations non officielles disponibles, le risque sanitaire pour la population générale semble faible. Cette évaluation sera actualisée lorsque davantage d’informations seront disponibles. »

Pour évaluer ce risque, il sera essentiel de disposer d’informations transparentes sur les circonstances dans lesquelles Shipilova est tombée malade puis est décédée.

The Conversation

Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La peste a-t-elle tué une chercheuse russe ? Ce que l’on peut dire à ce stade – https://theconversation.com/la-peste-a-t-elle-tue-une-chercheuse-russe-ce-que-lon-peut-dire-a-ce-stade-293846

Découvrez grâce à des cartes les annonces d’investissements industriels en France ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathan Gouin, Chercheur en géographie politique et économique, Université Le Havre Normandie


L’ESSENTIEL

  • Avec sa troisième Stratégie nationale bas carbone, la France impose aux entreprises de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2030.

  • Une analyse souligne que la géographie de la décarbonation de l’industrie et celle de la réindustrialisation « verte » sont les deux faces d’une même pièce.

  • D’anciens bastions industriels attirent les investissements, de Dunkerque à Fos-sur-Mer.


Depuis 2021, la France connaît une vague d’investissements dans de nouveaux secteurs industriels – hydrogène ou batteries électriques – et dans la décarbonation des anciennes industries sidérurgiques et pétrochimiques. Cette dynamique est soutenue par plusieurs politiques industrielles, comme la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné et la Stratégie nationale sur les batteries.

Pour analyser cette tendance, nous avons constitué une base de données réalisée dans le cadre du projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique dans la Vallée de la Seine ». Notre découverte ? Les investissements industriels annoncés en France sont concentrés dans les ports et les anciens bastions industriels, qui ont connu depuis des décennies des vagues de désindustrialisation.

Cette situation n’est pas propre à la France ; ils concernent d’autres pays comme le Royaume-Uni.

L’objectif de cet article est de dépasser une lecture simpliste en termes de « dépendance au sentier » qui consisterait à conclure que cette concentration a lieu là où sont présentes les industries à décarboner.

Car il faut considérer plusieurs facteurs : les effets de masse critique, que ce soit des fournisseurs et des clients, l’existence préalable d’infrastructures, ainsi que l’action publique à différentes échelles – de l’Union européenne, aux État en passant par les opérateurs de réseaux.

Zones industrialo-portuaires

Si la réalité de la réindustrialisation de la France fait l’objet de débats, nous pouvons affirmer que :

  • des mutations industrielles de grande ampleur sont en cours, en lien avec la décarbonation de l’économie ;

  • les investissements liés à la décarbonation ne sont pas uniformes et se concentrent notamment dans quelques territoires maritimes.

Depuis 2022, les territoires maritimes de quatre grands ports captent 25 % des montants d’investissements annoncés en France : Haropa, fruit de la fusion des ports du Havre, Rouen et Paris, Dunkerque, Marseille-Fos et Nantes-Saint-Nazaire. En 2023, 43 % des montants annoncés pour toute la France, soit 12 milliards d’euros d’investissement, concernent ces quatre zones industrialo-portuaires.

Ces anciennes zones industrielles bénéficient d’un savoir-faire industriel et surtout d’infrastructures telles que des terminaux portuaires spécifiques, ou des réseaux de pipelines. Ces atouts facilitent l’arrivée de ces investissements massifs.

Montants des investissements industriels annoncés par commune, entre 2008 et 2025.
Projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique dans la Vallée de la Seine », Fourni par l’auteur

À Dunkerque (Nord), les projets de gigafactories côtoient la transformation de la sidérurgie d’ArcelorMittal. À Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), les investissements annoncés concernent aussi bien l’hydrogène que les carburants de synthèse ou la production de panneaux photovoltaïques. Dans la vallée de la Seine, les projets portent notamment sur l’hydrogène, le recyclage et les carburants de synthèse.

Un observateur attentif notera que certains de ces projets annoncés sont à l’arrêt, ou abandonnés, comme la giga-usine de panneaux solaires de Carbon à Fos-sur-Mer ou la plus grande usine de recyclage moléculaire des plastiques Eastman à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime).

L’existence d’une masse critique

Sans surprise, les investissements dans la décarbonation se situent dans les espaces fortement carbonés. La carte des émissions de CO₂ en France est très proche de la carte des investissements. Depuis 2020, le coefficient de corrélation entre les émissions de CO₂ et les montants investis – agrégés par commune – est de 0,77 ; ce qui indique une forte corrélation.

Émissions de gaz à effet de serre en France.
Cédric Rossi, 2026

En revanche, les mécanismes sous-jacents sont moins connus et tout aussi importants. L’analyse des motivations des industriels dans le cadre du projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique » montre que les investissements dans les zones les plus carbonées sont en partie motivés par l’existence d’une masse critique.

Masse critique de clients, par exemple pour les usines d’hydrogène qui trouvent à proximité d’importants clients souhaitant décarboner leur process industriel. Masse critique de fournisseurs de CO₂, concernant par exemple les projets de captage de CO₂ pour l’incorporer dans des carburants de synthèse – e-SAF pour l’aviation, e-methanol.

Le fait de disposer d’émetteurs importants de CO2 devient paradoxalement un atout !

Du rôle des politiques publiques

Un autre facteur déterminant concerne les politiques publiques déployées à plusieurs échelles. Ces dernières priorisent la décarbonation des activités industrielles les plus émettrices de CO₂, la création de nouveaux secteurs énergétiques et des infrastructures permettant de les déployer.

Au niveau européen, on retrouve ainsi le Green Deal ou le package Fit for 55. Ces mesures ne ciblent pas directement les anciens territoires industriels français ; toutefois, en identifiant les industries qui y sont implantées, elles les priorisent indirectement.




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Au niveau hexagonal France 2030 se focalise explicitement les projets de décarbonation de l’industrie, d’hydrogène, de recyclage ou de batteries, avec le support de l’Ademe. Les subventions sont décisives, comme à Dunkerque où le projet Prologium a bénéficié de 1,5 milliard d’euros d’aides de l’État et où le four électrique d’Arcelor est financé à hauteur de 50 % par l’État.

Carte des zones industrielles bas-carbone.
Réalisée par les auteurs, d’après les données de l’Ademe, CC BY

L’exemple des Zones industrielles bas carbone, programme piloté par l’Ademe visant au déploiement de solutions innovantes pour atteindre la neutralité carbone en 2050, identifie les territoires les plus émetteurs (Figure 3), dans les grands ports maritimes et dans les anciens bastions industriels de l’est de la France et du Rhône.

Les opérateurs d’infrastructure – électricité avec RTE, gaz avec Natran – conforte cette géographie en priorisant le déploiement de capacité électrique et de transport de nouvelles molécules, comme l’hydrogène ou le CO₂, dans les anciennes zones industrielles.

Zones prioritaires de déploiement des capacités électriques pour RTE et projet de réseau de distribution d’hydrogène de Natran.
RTE, 2025 ; Natran, 2025, CC BY

Incertitudes d’une réindustrialisation durable

Une question demeure : ces nouveaux investissements vont-ils permettre de compenser les crises passées et les fermetures annoncées dans des entreprises de l’ère du carbone ?

Malgré les promesses, les incertitudes entourant les projets de gigafactories dans les Hauts-de-France, les arrêts des projets Carbon à Fos-sur-Mer ou Eastman à Port-Jérôme-sur-Seine, en raison des atermoiements des réglementations européennes, laissent planer le doute. La concentration actuelle des investissements ne garantit pas encore une réindustrialisation durable, mais expose ces territoires aux incertitudes des transformations en cours.

The Conversation

Nathan Gouin a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”

Marie-Laure Baron a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”.

– ref. Découvrez grâce à des cartes les annonces d’investissements industriels en France ? – https://theconversation.com/decouvrez-grace-a-des-cartes-les-annonces-dinvestissements-industriels-en-france-291592

Le dernier scandale à Santé Québec illustre bien pourquoi rien ne change

Source: The Conversation – in French – By Annie Lecompte, Associate professor, Département des sciences comptables, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le projet SIFA, pour Santé Québec, vient s’ajouter à la liste de projets informatiques qui, l’un après l’autre, auront entraîné d’immenses dépassements de coûts. Pourquoi ne réussit-on pas mieux à appliquer les leçons du passé ?


Le projet SIFA (Système d’information en finances et en approvisionnement), qui vise à moderniser les systèmes financiers et d’approvisionnement du réseau québécois de la santé, devait initialement coûter 96 millions $. Sa facture pourrait finalement dépasser le milliard de dollars.

Ce dépassement survient après les révélations entourant SAAQclic, dont le projet CASA est maintenant estimé à environ 1,1 milliard $. Le problème ne se limite pas au Québec. À Ottawa, les coûts prévus du système Cúram sont passés de 1,75 milliard $ à 6,6 milliards $ depuis 2017, et ses coûts futurs de fonctionnement sont toujours inconnus.

Ces projets sont différents, mais ils soulèvent une même question : pourquoi les dépassements de coûts et les difficultés de gestion continuent-ils de se répéter dans les grands projets informatiques publics ?




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Professeure au Département des sciences comptables de l’UQAM, je m’intéresse à cette question à travers mes travaux sur l’audit de la gestion publique et le rôle des vérificateurs généraux, notamment sous l’angle de l’éthique, de la gouvernance et de la reddition de comptes.

Des constats qui ne datent pas d’hier

Ces constats ne sont pourtant pas nouveaux. Dès 2006, le vérificateur général du Canada concluait que plusieurs des problèmes relevés dans les grands projets informatiques persistaient malgré la mise en place, huit ans plus tôt, d’un cadre de bonnes pratiques. Près de vingt ans plus tard, le constat demeure familier.

L’application ArriveCAN, mise au point durant la pandémie de Covid-19, en fournit un exemple récent. En 2024, la vérificatrice générale du Canada relevait des lacunes dans la conception du projet, sa surveillance et sa reddition de comptes, au point de ne pas pouvoir en déterminer le coût précis.

Avec SAAQclic en 2025, le Vérificateur général du Québec arrivait à des constats semblables. La complexité avait été sous-évaluée et une hausse des coûts de près de 500 millions $ n’avait pas été clairement communiquée aux décideurs.

Nous savons donc depuis longtemps que ces problèmes existent. La question est plutôt de savoir pourquoi nous continuons à reproduire des mécanismes que nous savons ne pas fonctionner.

Biais d’optimisme et pressions politiques

Si les problèmes sont connus depuis longtemps, pourquoi continuent-ils de se répéter ? Une première explication tient à la façon dont les grands projets sont évalués au départ. Les dépassements de coûts ne semblent pas simplement résulter d’événements imprévisibles, car ils sont fréquents et persistent dans le temps. Par exemple, dans une étude de 258 projets réalisés dans 20 pays, des chercheurs ont démontré que la précision des estimations ne s’était pas améliorée sur une période de 70 ans.

Deux mécanismes permettent notamment de comprendre cette persistance. Le biais d’optimisme conduit à sous-estimer les coûts, les délais et les risques. À celui-ci peut s’ajouter la représentation stratégique, une présentation volontairement plus favorable d’un projet dans un contexte où existent des pressions pour obtenir son approbation. Ces deux mécanismes peuvent coexister, mais les pressions politiques et organisationnelles peuvent prendre davantage d’importance lorsque les enjeux sont élevés.

Une fois le projet lancé, il devient également plus difficile de revenir en arrière. C’est le phénomène d’escalade de l’engagement. Les ressources, souvent importantes, déjà investies peuvent favoriser la poursuite d’un projet malgré l’apparition d’informations qui devraient conduire à le remettre en question.




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On peut donc très bien connaître les erreurs du passé et les reproduire quand même. Les mécanismes qui favorisent leur répétition interviennent autant au moment de décider d’un projet que lorsqu’il faudrait accepter de le réexaminer.

Que faudrait-il changer ?

Pour éviter ce genre de piège, une première piste consiste à intervenir avant que le projet ne soit trop engagé. Des chercheurs suggèrent de comparer d’abord l’estimation d’un projet aux coûts et aux résultats de projets similaires, plutôt que de partir d’une estimation construite uniquement à partir du projet lui-même. Cette vue de l’extérieur permet de mieux tenir compte du risque réel et de réduire l’effet des biais qui influencent les prévisions.

On pourrait aussi être tenté de soustraire davantage la gestion des grands projets aux pressions politiques en donnant plus d’autonomie aux gestionnaires. L’idée n’est pas nouvelle. Des chercheurs ont notamment évoqué l’idée de la séparation entre l’élaboration des politiques et leur mise en œuvre était notamment au cœur de certaines réformes de la gestion publique.

Mais cette séparation a ses limites, car une plus grande autonomie peut certes clarifier les responsabilités et réduire certaines interventions politiques, mais elle peut aussi diminuer la capacité de contrôle des élus et rendre les lignes de responsabilité plus difficiles à suivre.


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La réponse n’est donc pas de sortir le politique des projets, mais de créer une distance suffisante pour permettre une évaluation indépendante, sans faire disparaître la responsabilité politique. Une avenue possible serait de soumettre les estimations de coûts, d’échéanciers et de risques des projets les plus importants à une validation indépendante avant leur autorisation.

Ces pistes se retrouvent d’ailleurs dans les recommandations issues de l’enquête publique sur le projet CASA, qui propose notamment d’établir des mandats d’audit interne continus pour les projets majeurs, de limiter la taille des projets pour éviter les mégamandats et d’obliger la publication de tout dépassement de coût important dès qu’il survient. Il ne s’agirait pas de décider si un projet doit aller de l’avant, mais de vérifier la robustesse de l’information sur laquelle cette décision repose. La décision demeurerait ainsi politique, mais les hypothèses qui la soutiennent seraient soumises à un regard extérieur.

La Conversation Canada

J’ai oeuvré au sein du bureau du vérificateur général de la Ville de Montréal de 2014 à 2019.

– ref. Le dernier scandale à Santé Québec illustre bien pourquoi rien ne change – https://theconversation.com/le-dernier-scandale-a-sante-quebec-illustre-bien-pourquoi-rien-ne-change-292079

Avant Santé Québec, il y a eu SAAQclic. Pourquoi répète-t-on de tels fiascos ?

Source: The Conversation – in French – By Camille Grange, Associate Professor, Department of Information Technologies, HEC Montréal

Avec le projet SIFA de Santé Québec, c’est un autre chantier informatique à problèmes qui fait la manchette. Après les récents ratés de SAAQclic, qu’est-ce qui explique la répétition de tels fiascos, malgré tous les contrôles en place ?


Les déboires de SAAQclic ont mis en lumière les difficultés du programme CASA (Carrefour des services d’affaires), le vaste chantier de modernisation des systèmes informatiques de la SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec) dont SAAQclic est issue.

Face à la répétition des dérapages dans les grands projets informatiques publics, un réflexe revient souvent : réclamer davantage de contrôles. Mais est-ce vraiment là que le bât blesse ?

En croisant nos expertises en transformation numérique, gestion de projets et gestion publique, nous avons analysé la gouvernance de CASA. Notre constat : les contrôles existaient et les risques ont été signalés. La question est donc moins celle de leur présence que de ce qui s’est passé après ces alertes.

L’effritement des contrôles internes

Le début de l’implantation du programme CASA remonte à 2015. SAAQclic, la plate-forme de services en ligne, en constitue la deuxième des trois livraisons.

En 2017, le budget prévu et approuvé pour CASA s’élevait à 638 millions $. En 2020, son coût total était révalué à 945,9 millions. Au sein de CASA, la livraison qui allait donner naissance à SAAQclic passait, elle, de 96,9 millions $ à 416 millions $.

Pourtant, CASA n’évoluait pas sans surveillance. Le programme faisait l’objet d’une approbation du Conseil du trésor, de redditions de comptes, d’une vérification interne indépendante et de revues externes. S’y ajoutaient le mandat de la Vérificatrice générale du Québec et un tableau de bord public.




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Les cas de SAAQclic et d’ArriveCAN, au gouvernement fédéral, ont déjà été rapprochés pour illustrer l’effritement des contrôles internes dans la gestion de grands projets publics. Notre analyse de CASA permet de préciser ce constat : les mécanismes de contrôle étaient nombreux, mais leur présence n’a pas garanti leur efficacité.

Quand la responsabilité se disperse

Multiplier les instances de surveillance peut renforcer le contrôle. Mais cela peut aussi rendre plus difficile l’identification de la personne qui répond, en définitive, de la trajectoire du projet.

Dans CASA, aucun commanditaire interne ne semble avoir reçu formellement ce rôle. La direction du programme cumulait représentation stratégique et responsabilité de l’exécution, un cumul de responsabilités documenté par la Commission Gallant. D’autres acteurs pouvaient recevoir de l’information ou soulever des préoccupations, sans nécessairement détenir l’autorité pour modifier la trajectoire.

Le secteur public est particulièrement propice à ce genre de dispersion : les grands projets relèvent simultanément d’une société d’État, de plusieurs ministères et d’organismes centraux. Cette densité institutionnelle accroît la reddition de comptes, mais peut aussi disperser l’autorité et l’imputabilité.

Cette tension réapparaît avec SIFA. Le 10 juillet 2026, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique recommandait de ne pas réautoriser le projet, invoquant un « risque important » et son état « critique ». Cinq jours plus tard, le Conseil des ministres en autorisait néanmoins la poursuite et portait ses paramètres financiers de 202 millions $ à 329,4 millions $.

Cet épisode ravive une question déjà soulevée par CASA : que vaut une fonction de surveillance si elle peut sonner l’alarme sans pouvoir infléchir la décision ? Ajouter des acteurs à la chaîne de reddition de comptes ne résout pas nécessairement le problème de savoir qui peut — et doit — agir.

Des informations inexactes

Un mécanisme de contrôle ne vaut que par la qualité de l’information qui l’alimente.

Or, pendant environ un an et demi, les redditions de comptes au conseil d’administration ont fait état d’une progression conforme aux prévisions, alors que certains suivis internes signalaient des retards. Ce que voyaient les instances et ce que vivait le programme avaient cessé de coïncider.

Plusieurs pratiques ont contribué à cet écart.

Après la replanification de 2020, les coûts prévus pour l’exploitation — environ 40 % du budget initial — ont cessé d’être inclus dans certaines redditions. Entre novembre 2020 et mai 2022, aucune information sur CASA n’a été consignée au tableau de bord gouvernemental. En 2022, un avenant au contrat principal a été fixé à 45,7 millions $, soit 9,97 % de sa valeur initiale : la Commission Gallant a conclu que ce montant avait été établi de manière à demeurer sous le seuil à partir duquel la dépense supplémentaire devait être publiée. Elle a par ailleurs établi que des documents transmis au gouvernement contenaient des informations inexactes sur les dépassements.




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Pris isolément, chacun de ces épisodes soulève déjà des questions. Leur convergence est plus préoccupante encore : à plusieurs reprises, l’information transmise aux instances de gouvernance était moins complète ou plus favorable que celle qui ressortait des suivis internes. Cet écart réduisait leur capacité à exercer pleinement leur rôle de surveillance.

La vérification interne de la SAAQ a soulevé certaines réserves sur les coûts, les échéanciers et certains risques. Au fil du temps, sa capacité à exercer cette surveillance s’est toutefois heurtée à des difficultés d’accès à l’information et à une prise en compte inégale de ses constats.

Quand la croyance collective rend aveugle

Pourquoi certaines alertes ont-elles la capacité d’agir sur la trajectoire d’un projet alors que d’autres restent sans effet ?

Les travaux d’Isabelle Royer, professeure en gestion à l’Université de Lyon et autrice entre autres de la publication Why
Bad Projects Are So Hard to Kill
(« Pourquoi les mauvais projets sont si difficiles à arrêter »), démontrent comment une croyance collective dans la réussite d’un projet peut rendre les informations contraires plus difficiles à entendre.

CASA présente plusieurs signes compatibles avec ce phénomène. Plusieurs membres de la gouvernance ont notamment expliqué avoir accordé une grande confiance aux responsables du programme, même lorsque la vérification interne soulevait des réserves. L’épisode des tests est aussi révélateur. Lorsque la mise en service de SAAQclic est confirmée, le 17 janvier 2023, près de 20 % des tests intégrés finaux restent à réaliser. Le 10 février, la SAAQ met néanmoins fin à la phase de tests alors qu’environ 6 % d’entre eux ne sont toujours pas complétés. Dix jours plus tard, la plate-forme est lancée, suivie d’importantes perturbations.


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Le contexte public peut amplifier ces dynamiques. Le politologue Christopher Hood décrit comment, dans un environnement où l’échec est fortement exposé et sanctionné, l’évitement du blâme peut favoriser trois types de comportements : diluer la responsabilité, se retrancher derrière le respect des procédures ou gérer la présentation des résultats.

Devant la Commission Gallant, le professeur Jacques Bourgault a très justement résumé l’enjeu : « la structure n’est jamais aussi forte que la culture ».

Les leçons à retenir de CASA

Les causes classiques des dérapages des grands projets informatiques sont maintenant bien documentées.

Mais le cas de CASA soulève une question différente : que faut-il pour qu’une alerte produise effectivement une correction de trajectoire ?

La réponse tient à la clarté des responsabilités, à la qualité de l’information, mais aussi à la possibilité de corriger ou d’arrêter un projet sans que cela soit perçu comme un échec.

Ainsi, le défi pour la nouvelle administration péquiste sera moins d’ajouter des contrôles aux grands projets numériques que de créer les conditions pour qu’ils puissent réellement jouer leur rôle.

La Conversation Canada

Rien à déclarer

Christel Joly et Evelyne Bilenge ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Avant Santé Québec, il y a eu SAAQclic. Pourquoi répète-t-on de tels fiascos ? – https://theconversation.com/avant-sante-quebec-il-y-a-eu-saaqclic-pourquoi-repete-t-on-de-tels-fiascos-292304

Un nuevo estudio revela que los microplásticos pueden hacer que la nieve se derrita más rápido

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Isabel Marín Beltrán, Investigadora postdoctoral. Mi línea de investigación actual está centrada en el impacto de los (micro-)plásticos en distintos ambientes naturales, así como en la búsqueda de estrategias de mitigación y remediación., Universitat de Barcelona

Investigadores introducen microplásticos en parcelas de nieve superficial. Isabel Marin

Desde las enormes placas de hielo del Ártico y la Antártica hasta los glaciares o nieve acumulada en las cumbres montañosas, las regiones criosféricas son las partes de la superficie de la Tierra donde el agua se encuentra en estado sólido. Se extienden por todo el planeta, en forma de nieve, permafrost, placas de hielo o glaciares.

La criosfera cumple dos funciones principales que posibilitan la vida en la Tierra. La primera es que actúa como reserva hídrica: acumula cerca del 70 % del agua dulce del planeta.

La segunda es su papel termorregulador. Dada su clara coloración, la nieve y el hielo reflejan hasta el 90 % de la luz solar de vuelta al espacio. Sin ellos, el planeta absorbería mucho más calor. Sin embargo, cuando la nieve presenta impurezas, su capacidad para reflejar la radiación solar (lo que se conoce como albedo), disminuye.

Interacción con los ubicuos microplásticos

Y aquí entran en escena los plásticos, cuya producción en las últimas décadas ha aumentado de manera exponencial, tanto que ya supera los 400 millones de toneladas a escala global .

Constituyen hoy en día una amenaza ambiental global. Esto se debe, por un lado, a sus propiedades físicas y químicas: al estar diseñados para ser materiales duraderos, no se degradan en condiciones naturales. Por otro lado, se da la ironía de que entre el 40 % y el 50 % de los plásticos generados tienen una vida media menor de un año, como fruto del modelo socioeconómico dominante. Estos factores están dando lugar a que el 80 % acabe acumulado en vertederos o en el medio natural.

Una vez expuestos a condiciones ambientales, los plásticos no se eliminan del medio, sino que se van fragmentando. Cuando alcanzan una longitud inferior a 5 milímetros, se llaman microplásticos, y nanoplásticos cuando ésta es inferior a 1 micra (millonésima parte de un metro). Dado su pequeño tamaño, pueden viajar centenares, incluso miles de kilómetros, a través de la atmósfera o corrientes marinas, y llegar a todos los rincones del planeta.

Estudio de campo en los Pirineos Centrales

En un estudio reciente, investigadores del Centro de Ciências do Mar do Algarve (CCMAR; Portugal) y del Instituto Pirenaico de Ecología (IPE-CSIC; España) nos propusimos evaluar algo que no se había hecho hasta ahora: el efecto de los microplásticos sobre el albedo y otras propiedades físicas de la nieve. También quisimos comprobar si, según la hipótesis inicial, estos aceleran su derretimiento.

Frascos preparados en el laboratorio con distintos tipos y concentraciones de microplásticos, para adicionar a las parcelas y bandejas de nieve.
Isabel Marín.

Para ello, realizamos seis experimentos de campo en los Pirineos Centrales (España), en el entorno de las estaciones de esquí de Formigal (Huesca, España). En cada uno, se prepararon 4 o 5 parcelas de nieve superficial, a las que añadimos distintos tipos de microplásticos. Se simularon tasas de acumulación creciente a lo largo de la temporada de nieve (incluyendo siempre una muestra “control”, donde no se adicionaron partículas).

Los microplásticos empleados consistían en pellets negros de polietileno (de un tamaño medio de 0,3 mm) y fragmentos negros (0,45 mm) desprendidos de las ruedas de un carrito de bebé, para simular el desgaste de neumáticos. En cada experimento, la nieve fue expuesta a estas partículas durante aproximadamente 4 horas.

Las propiedades de la nieve que se midieron fueron el albedo, la superficie específica (relacionada con el tamaño de los granos y, en última instancia, también con su reflectancia), su contenido en agua líquida y su derretimiento (porcentaje de masa de nieve que ha pasado a estado líquido).

Granos de nieve que han aumentado de tamaño tras la adición de microplásticos.
Isabel Marín.

¿Cuál es el efecto de los microplásticos en la criosfera?

Los experimentos mostraron resultados variables, que dependían fundamentalmente de las condiciones iniciales de la nieve. Si esta era reciente, de baja densidad, las concentraciones crecientes de microplásticos dieron lugar a un calentamiento entre los granos de nieve, produciendo disminuciones moderadas en el albedo y grandes cambios en la superficie específica de las muestras. No se observó fusión de la nieve (o muy poca, similar a la ocurrida en los controles).

Sin embargo, en los experimentos realizados con nieve envejecida, de alta densidad (hacia el final del periodo de nieve), las concentraciones de microplásticos dieron lugar a tasas de fusión de hasta un 17 % más que en los controles.

Los resultados completos pueden consultarse en nuestro artículo, único trabajo hasta la fecha que muestra resultados experimentales sobre el efecto de los microplásticos en las propiedades de la nieve. De ahí que sean necesarios más estudios de campo para comprender mejor sus consecuencias en la criosfera global.

Parcelas de nieve donde se llevó a cabo el experimento.
Isabel Marín.

Para ello, es necesario analizar qué ocurre al emplear diferentes tipos de plásticos. También deben probarse experimentos parecidos en varias localizaciones, y en periodos de exposición mayores a los de nuestro trabajo (es decir, más de un día).

Nuestra tarea como científicos consiste en desvelar cómo estos contaminantes afectan a las regiones criosféricas del planeta y el papel que juegan en el calentamiento global, para que los esfuerzos por frenarlo se apoyen una rigurosa base experimental.

The Conversation

Este estudio recibió financiación de la Fundación para la Ciencia y la Tecnología (FCT) a través de los proyectos UIDB/04326/2020, UIDP/04326/2020, LA/P/0101/2020 y 2023.00192.RESTART. Isabel Marín Beltrán recibió una beca individual de la convocatoria de estímulo al empleo científico de la FCT (CEECIND/03072/2017).

– ref. Un nuevo estudio revela que los microplásticos pueden hacer que la nieve se derrita más rápido – https://theconversation.com/un-nuevo-estudio-revela-que-los-microplasticos-pueden-hacer-que-la-nieve-se-derrita-mas-rapido-283600

Radio y algoritmos: el poder creciente de las plataformas y los derechos menguantes de la ciudadanía

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francesc Robert-Agell, PhD. Profesor Asociado de Empresa informativa y Estructura del sistema audiovisual., Universitat Internacional de Catalunya

Muchas personas escuchan la radio a través de altavoces inteligentes. Pressmaster/Shutterstock

La radio mantiene el contacto y la confianza de la ciudadanía a pesar de las alternativas al consumo de audio multiplicadas por la transformación digital. Pero los nuevos “guardianes digitales” (gatekeepers), como Google, Meta, Apple o Amazon, entre otros, pueden suponer una seria amenaza para este medio.

La rica oferta de programas constituye una parte esencial del ecosistema comunicativo español. Estos contenidos son producidos por cadenas con responsabilidad editorial, que rinden cuentas sobre aquello que emiten. También garantizan los derechos a la información y a la pluralidad de opiniones, y constituyen una herramienta indispensable de entretenimiento y compañía.

Crece la audiencia que accede por canales digitales

El streaming y el pódcast están ayudando a la radio a sostener la audiencia. Y su papel como medio informativo esencial se puso de relieve nuevamente durante el gran apagón eléctrico que afectó a toda la península ibérica el 28 de abril de 2025. No obstante, la escucha creciente a través de plataformas digitales, agregadores y altavoces inteligentes también representa un riesgo para la radio.

En España, una cuarta parte de las personas que escucharon la radio en 2025 accedieron digitalmente, multiplicando por cuatro la aportación que tenían esos canales en 2018. Más de la mitad de esta escucha se realiza a través de plataformas. El crecimiento más rápido en los últimos años se debe al auge del podcast.

Como resultado de esta tendencia, una parte importante de la audiencia está cada vez más condicionada por las big tech (empresas tecnológicas), sin que esto repercuta favorablemente en el ingreso publicitario que perciben las emisoras.

Modelo de negocio digital

Como apuntábamos, la radio mantiene su penetración (porcentaje sobre la población total) gracias a la aportación de la audiencia digital. Pero su cuota económica por este consumo (el porcentaje sobre su volumen total de facturación) no sobrepasa el 3,5 %. Quién sí se beneficia de ello son las plataformas.

El modelo de negocio digital está basado en la suscripción por el servicio y en la puesta en valor de los datos del usuario ante el mercado de la publicidad. En ambos casos, el interés de la plataforma es retener tanto tiempo como sea posible al usuario en su entorno. Identifica sus patrones de consumo y, siempre que puede, lo orienta.

La legalidad de algunas de las estrategias de las big tech para lograr captar y retener usuarios ha sido cuestionada de modo recurrente. El desarrollo tecnológico ha ido por delante del despliegue normativo. Si nos atenemos al vigente reglamento europeo de protección de datos, las prácticas abusivas de las plataformas se ponen en evidencia.

Pero la lesión a los intereses de los ciudadanos son difíciles de revertir. Las sanciones económicas impuestas por gobiernos y tribunales no les resarcen por los derechos vulnerados.

Ejemplos recientes son los 18 000 millones de dólares que Meta pagará para evitar el juicio por desarrollar algoritmos adictivos para los adolescentes. O las sanciones a TikTok por la violación de la privacidad de menores.

El papel de los gatekeepers o “guardianes digitales”

En el caso concreto del audio, estos “guardianes digitales” impulsan una estrategia de concentración de poder, basada en la acumulación de elementos clave en la opción de escucha. En la pugna por la atención, el tiempo y el dinero de los usuarios/oyentes, estas compañías cuentan con múltiples ventajas frente a las emisoras. Una vez entendido el proceso de la escucha (desde la producción hasta el consumo), su capacidad financiera les permite ocupar cada vez un mayor número de fases.

El consumo de los contenidos radiofónicos por ondas (FM) no deja rastro de los datos de la audiencia y, por tanto, no puede monetizarse. Cabe recordar aquí que los teléfonos móviles tenían aplicación para recibir la frecuencia modulada, pero las compañías de telecomunicaciones y los fabricantes omitieron o bloquearon el sintonizador. Así fomentaban el consumo de datos móviles, de servicios de suscripción y conseguían generar un rastro medible y monetizable.

Esta sutil toma del poder de las plataformas en la intermediación de los contenidos de las radios ya fue puesta de manifiesto por Radiocentre, el organismo sectorial de la radio comercial en Gran Bretaña. Se señalaron 4 riesgos específicos:

  • La falta de neutralidad de los altavoces inteligentes. Ante peticiones de música o noticias, tienden a redirigir por defecto al usuario a plataformas de streaming propias.

  • La dificultad para llegar a los contenidos de las emisoras de radio en los agregadores o dispositivos digitales de estas big tech (empresas tecnológicas).

  • El peligro del cobro de tarifas elevadas a las radios para que sus emisiones estuvieran disponibles en los altavoces inteligentes. Es lo que ocurre en las tiendas de aplicaciones, donde Apple o Google cobran comisiones de hasta el 30 %.

  • La inserción de publicidad propia (en Alexa o Google Assistant, por ejemplo) incluso sustituyendo la publicidad nativa de la emisora.

Regulación británica y europea

Ante estas advertencias, el Reino Unido aprobó la Media Act en 2024. Esta norma protege la relevancia (prominence) y la capacidad de descubrimiento (discoverability) de las emisoras de radio en estas plataformas. Además, queda establecido que deben darles acceso de modo gratuito (must carry) directo e inalterado.

La Unión Europea ha llevado a cabo en los últimos años un despliegue normativo para proteger a los medios de comunicación y a la ciudadanía del poder de las plataformas. Aunque esta regulación se va trasladando a las leyes nacionales, no se han previsto medidas de protección de los derechos de la ciudadanía en casos como los señalados. Y esto mantiene la capacidad creciente de las plataformas para modelar el consumo de audio y, consiguientemente, a la opinión pública. La norma británica debe servir de modelo para futuras legislaciones.

The Conversation

Francesc Robert-Agell no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Radio y algoritmos: el poder creciente de las plataformas y los derechos menguantes de la ciudadanía – https://theconversation.com/radio-y-algoritmos-el-poder-creciente-de-las-plataformas-y-los-derechos-menguantes-de-la-ciudadania-289951

Elecciones anticipadas: ¿y ahora qué?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Xavier Coller, Catedrático, Dpto. Ciencia Política y de la Administración, UNED – Universidad Nacional de Educación a Distancia

Luis Rojas Estudio/Shutterstock

El anuncio del presidente del Gobierno anticipando las elecciones al 29 de noviembre ha supuesto un adelanto de nueve meses respecto al calendario ordinario. Esto no es nuevo en España. Cinco de los siete presidentes que ha tenido España han adelantado las elecciones en alguna ocasión –todos menos José María Aznar (PP) y Mariano Rajoy (PP)– y 9 de las 16 elecciones generales también han tenido lugar antes de que terminara la legislatura. Algo más nuevos sí parecen ser los motivos que están detrás de este último.

Un adelanto electoral puede ocurrir por muchos motivos, pero casi todos tienen dos denominadores comunes: que se perciba que la legislatura será ingobernable y que el presidente del Gobierno considere que mejora su posición respecto a una convocatoria ordinaria.

En esta ocasión, sería razonable pensar que los cálculos internos de la parte socialista del Ejecutivo consideran que no hay un escenario mejor a la vista y que prolongar la agonía legislativa no rinde beneficios.

En un contexto en el que la crisis migratoria de Ceuta amenazaba con hacer imposible una mejora en la valoración del Gobierno, redirigir el debate hacia la vivienda puede haber parecido la única vía de escape, justificada por la movilización tras el desahucio de Maricarmen. No obstante, esto es una apuesta que tiene sus riesgos.

La vivienda, en el punto de mira

Entre los posibles contratiempos a los planes de Moncloa hay el peligro de que una campaña centrada en la vivienda puede resultar un mal negocio. La sensación desde varios sectores del electorado es que esta legislatura no ha avanzado de forma decidida en esa materia. El papel del ministerio ha sido puesto en entredicho y desde el PP se ha hablado del mayor fracaso de este Gobierno y el mayor éxito para el siguiente.

Todo esto ocurre en un escenario en el que las desigualdades en el acceso a la vivienda preocupan cada vez más a la ciudadanía.

A este asunto se le añaden otros, como es el caso de la percepción sobre la gestión de la inmigración. Aunque la crisis migratoria en Ceuta haya pasado a un segundo plano, una eventual desactivación de la agenda sobre vivienda podría relanzar el debate migratorio, en el que partidos como Vox y PP se encuentran más cómodos que con la vivienda.

A esto se le añade el problema, agitado desde varios frentes, de la corrupción, que –real o no, sentenciada o no– ha configurado cierta visión de la política actual en sectores de la población y de los medios.

Es probable que la campaña electoral bascule sobre estos tres elementos, aderezados por los éxitos económicos y sociales del Gobierno y su minusvaloración por la actual oposición.

Todo esto ocurre en un contexto en el que tanto PSOE como Sumar acumulan caídas en intención de voto, con Podemos y el conjunto de partidos nacionalistas y regionalistas estancado, a la vez que Vox reúne alrededor de un 18 % en intención de voto y el PP se sitúa con entre 4 y 8 puntos de ventaja sobre los socialistas.

La estrategia del adelanto electoral no parece tanto de remontada, sino más bien de salvar los muebles en un escenario complicado. Aun así, puede haber partido: las mejores encuestas son las elecciones (como sugirió un presidente de Gobierno a quien le pronosticaban la derrota).

Así queda el calendario

En todo caso, por incierto que sea el resultado, el calendario sí está mucho más claro. Una vez se cierre la convocatoria oficial (que incluye la disolución de las Cortes), los partidos tendrán algo más de una semana para cerrar las coaliciones y otra más para presentar candidaturas. Se proclaman candidatos el 2 de noviembre y el 13 se inicia la campaña. Es un decir, porque la campaña pareció iniciarse con las elecciones de Extremadura en diciembre de 2025.

El voto por correo estará activo hasta el 25 de noviembre. Algunos dirigentes del PP y de Vox han sembrado dudas sobre la honradez de Correos e indirectamente sobre los actores que intervienen en el voto por correo: la Oficina del Censo Electoral (gestionada por el Instituto Nacional de Estadística) y la Junta Electoral Central (jueces y catedráticos).

Estas dudas suelen generar desconfianza en las instituciones y parecen querer reactivar el debate sobre la ley de nietos o justificar un potencial resultado negativo relacionado con el voto exterior, que en realidad suele tener poco impacto real.

La deslegitimación de las instituciones es uno de los pasos graduales que erosionan y hacen caer las democracias. Y como recuerda la politóloga Susan Stokes en su libro Los Regresores, los líderes políticos elegidos tienen una gran responsabilidad en esa erosión en la medida en que atacan a las instituciones de la democracia retóricamente antes de hacerlo políticamente. Urge no seguir por esa senda.

En medio de todo esto, un elemento que tendrá ecos intensos en el debate público es que los decretos rechazados por el Congreso se presenten remodelados finalmente en la Diputación Permanente.

La Diputación es el órgano que mantiene el Congreso operativo en vacaciones o entre legislaturas. Por su composición interna, los votos de Junts no son decisivos, aunque está por ver lo que harán otros partidos. Recordemos que estos decretos creaban, entre otras cosas, seguridad ante posibles futuros desahucios.

Probablemente, una aprobación en la Diputación Permanente será objetada judicialmente por PP y Vox. Estos movimientos pueden crear incentivos para que el debate público se centre más en la vivienda y en las medidas de protección a la población más vulnerable, opacando a Ceuta y la inmigración (especialmente si se producen avances en ese flanco). Sin embargo, no está claro que reduzca la percepción de corrupción que tienen algunas capas de la población.

Un problema añadido a este anticipo electoral es que sorprende a la izquierda del PSOE sin candidato/a claro y con movimientos que anticipan una dispersión de partidos. En estas circunstancias, la dispersión o la fragmentación reduce las probabilidades de obtener escaños para la izquierda, lo que reduce también las probabilidades de repetir un gobierno progresista.

Por otro lado, el crecimiento continuado de Vox apuntala a un PP que se mantiene y, con una menor dispersión de siglas en la derecha, fortalece la probabilidad de que estas dos formaciones puedan formar gobierno, como han hecho en varias comunidades autónomas.

¿Lloverá el día de las elecciones?

Por último, ¿puede el (mal) tiempo influir en las elecciones? Parece que sí de dos maneras.

Por un lado, un estudio sugiere que la lluvia reduce la participación, especialmente de algunos segmentos como el de los jóvenes, menos inclinados a votar que los más mayores, y el de la población más desfavorecida. Según los datos del CIS, las opciones de voto preferidas por la población entre los 18 y 35 años son, por este orden, PSOE, Vox y el PP.

Por otro lado, hay estudios experimentales que muestran que el mal tiempo afecta al estado de ánimo y, en esas circunstancias, el votante dudoso puede optar más por opciones continuistas que por las de cambio. Desde este punto de vista, la lluvia podría facilitar que las personas que vayan a votar y que tengan poco claro el voto terminen prestando su apoyo a partidos de gobierno.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Elecciones anticipadas: ¿y ahora qué? – https://theconversation.com/elecciones-anticipadas-y-ahora-que-293635