Comment deux amnésiques ont révolutionné nos connaissances sur la mémoire

Source: The Conversation – in French – By Olivier Després, Professeur de neuropsychologie – laboratoire de neurosciences cognitives et adaptatives (LNCA, CNRS-UNISTRA), Université de Strasbourg

Comment nous souvenons-nous des choses ? Paradoxalement, deux des personnes qui ont le plus aidé les neuroscientifiques à répondre à cette question étaient amnésiques. Retour sur les histoires exceptionnelles d’Henry Molaison et de Kent Cochrane, deux patients hors norme.


Et si perdre la mémoire n’était pas seulement une tragédie, mais aussi une clé pour comprendre ce que signifie se souvenir ? Deux patients, Henry Molaison et Kent Cochrane, ont marqué l’histoire des neurosciences au XXᵉ siècle.

Le premier, opéré en 1953 pour traiter une épilepsie sévère, a révélé le rôle crucial d’une structure cérébrale, l’hippocampe, dans la formation des souvenirs. Le second, victime d’un accident de moto en 1981 ayant provoqué une hémorragie cérébrale sévère, a montré que la mémoire du passé et la capacité à se projeter dans l’avenir reposent sur les mêmes réseaux cérébraux.

Leurs destins ont bouleversé notre compréhension de la mémoire humaine et, plus largement, de l’identité elle-même. Voici leurs histoires.

Henry Molaison, plongé à jamais dans l’oubli

Né en 1926, Henry Molaison souffrait depuis l’enfance d’une épilepsie résistante aux traitements médicamenteux. En 1953, le neurochirurgien William Scoville lui proposa une solution radicale : retirer une partie de ses lobes temporaux médians, situés à la base du cerveau et comprenant notamment les deux hippocampes (l’hippocampe est une structure présente de manière symétrique dans les deux hémisphères cérébraux).

L’intervention permit de réduire la fréquence des crises, mais bouleversa la vie du patient à jamais : Henry perdit la capacité de créer de nouveaux souvenirs, une amnésie dite « antérograde ».

La neuropsychologue Brenda Milner, de l’université McGill à Montréal, l’évalua dès 1955 et fit une découverte majeure : l’intelligence et les capacités langagières du patient semblaient intactes, mais toute nouvelle information s’effaçait au bout de quelques minutes. Chaque rencontre, chaque conversation disparaissait presque aussitôt. Henry ne parvint d’ailleurs jamais à se souvenir de ses entrevues répétées avec Brenda Milner, ignorant jusqu’à sa mort, en 2008, qui elle était.

Les observations menées sur Henry Molaison, révélèrent que l’hippocampe était une pièce maîtresse de la mémoire déclarative, celle qui permet de se souvenir des faits et des événements. Brenda Miller réalisa aussi que la mémoire n’est pas un processus global, mais une fonction composée de plusieurs systèmes, chacun reposant sur des structures cérébrales distinctes.

En effet, la neuropsychologue constata que, malgré son incapacité à enregistrer de nouveaux souvenirs, Henry conservait une certaine capacité d’apprentissage : il pouvait encore acquérir de nouveaux gestes moteurs, et par exemple apprendre à tracer une étoile dans un miroir. Ce type d’apprentissage, qui relève de la mémoire implicite, non consciente, dépend d’autres régions du cerveau que l’hippocampe. De ce fait, cette capacité restait, chez lui, préservée.

Les études menées sur le patient désigné par les initiales H. M., qui ont préservé son anonymat dans la littérature scientifique jusqu’à sa mort, ont été décisives pour montrer que la mémoire humaine n’est pas une fonction unique, mais repose en réalité sur des systèmes distincts, qui sont situés dans différentes régions du cerveau.

Elles ont également révélé le rôle central de l’hippocampe et des structures voisines des lobes temporaux médians dans la formation et la consolidation des souvenirs.

À ce jour, Henry Molaison reste l’un des patients les plus étudiés de l’histoire de la neuropsychologie.

Kent Cochrane, privé de passé et de futur

Quelques décennies après l’intervention chirurgicale subie par Henry Molaison, un Canadien allait devenir amnésique et, malgré lui, contribuer à enrichir encore nos connaissances sur le fonctionnement la mémoire.

Kent Cochrane, né en 1951, fut victime en 1981 d’un grave accident de moto. Le choc provoqua une hémorragie cérébrale et détruisit ses lobes temporaux médians. Comme le patient H. M., Kent Cochrane devint incapable d’enregistrer un quelconque nouveau souvenir de sa vie. Pire encore, il oublia de nombreux épisodes de sa vie passée. Cela incluait les moments les plus marquants sur le plan émotionnel, comme le jour où il apprit le décès de l’un de ses frères.

Le neuropsychologue Endel Tulving étudia le cas de Kent Cochrane pendant plus de vingt ans. Il constata que son patient conservait des connaissances sur lui-même et sur le monde, telles que les personnes qu’il côtoyait ou les lieux qu’il fréquentait ou avait visités. En revanche, il était incapable de revivre un souvenir personnel.

À partir de ces observations, Endel Tulving proposa la distinction entre deux formes de mémoire : la mémoire épisodique, qui concerne les événements vécus dans leur contexte spatial, temporel et émotionnel, et la mémoire sémantique, relative aux connaissances générales sans ancrage contextuel.

Par exemple, se souvenir du moment précis où l’on a rencontré la personne avec qui l’on partage sa vie relève de la mémoire épisodique : le lieu exact de cette première rencontre, les circonstances, les personnes présentes, les premiers mots échangés, ainsi que l’émotion ressentie à cet instant. La mémoire sémantique concerne quant à elle des informations plus générales, indépendantes de toute expérience vécue particulière. Elle inclut par exemple nos connaissances sur le monde et la société, le nom des artistes que nous apprécions, le nom des capitales de différents pays, ou encore la date de naissance de nos proches.

Chez Kent Cochrane, la mémoire sémantique demeurait intacte, alors que la mémoire épisodique était détruite. Ce contraste montrait que ces deux systèmes mnésiques reposent sur des réseaux cérébraux différents : les hippocampes pour la mémoire épisodique, et les pôles temporaux pour la mémoire sémantique.

Plus étonnant encore, Endel Tulving constata que la capacité à se projeter dans l’avenir mobilise les mêmes structures cérébrales que celle qui permet de se souvenir du passé. En effet, depuis l’accident qui l’avait privé de ses hippocampes, et donc de ses souvenirs, Kent Cochrane était incapable de s’imaginer dans l’avenir, même proche.

Le cas de ce patient a ainsi mis en lumière le fait que la mémoire ne sert pas seulement à évoquer le passé, mais aussi à anticiper le futur. Une faculté qui se situe au cœur de la conscience de soi, et de notre identité.

Au-delà de la science, une leçon d’humanité

En perdant la capacité de se souvenir des événements de leur propre vie, Henry Molaison et Kent Cochrane ont révélé à quel point la mémoire façonne notre rapport au monde et à nous-mêmes.

Ces deux destins, à la fois tragiques et éclairants, ont fait de la mémoire un miroir de notre identité. Ces deux cas cliniques posent une question essentielle : que reste-t-il de notre humanité lorsque notre mémoire s’efface ?

Au-delà de la reconnaissance de l’immense apport des études sur ces amnésies, les parcours de ces deux hommes nous invitent aussi à réfléchir sur notre empathie face à la vulnérabilité.

Enfin, ces deux histoires profondément humaines traduisent les liens singuliers qui unissent les chercheurs à ceux qui deviennent, souvent malgré eux, des figures majeures de la science.

Après la mort d’Henry Molaison, Brenda Milner confia que celles et ceux qui avaient travaillé auprès de lui avaient été profondément touchés par sa disparition. Elle ajoutait qu’il y a quelque chose de profondément paradoxal à être fortement ému par la mort d’un homme qui, toute sa vie durant, n’a jamais su qui vous étiez.

The Conversation

Olivier Després ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment deux amnésiques ont révolutionné nos connaissances sur la mémoire – https://theconversation.com/comment-deux-amnesiques-ont-revolutionne-nos-connaissances-sur-la-memoire-267352

Du plastique biodégradable pour pailler les sols agricoles : solution ou nouveau problème ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jules Bellon, Chargé de projets scientifiques, UniLaSalle

Beaucoup de cultures ont recours à des paillages plastiques pour limiter la prolifération des mauvaises herbes. Freepik

Les films de paillage ont changé le quotidien de nombreux agriculteurs en facilitant la gestion des mauvaises herbes et de l’eau. Mais exposés au soleil, à l’humidité et au travail du sol, ces plastiques se fragmentent progressivement en micro et nanoplastiques qui s’accumulent dans les sols. Que deviennent ces particules invisibles ? Les plastiques biodégradables peuvent-ils réellement limiter cette pollution ?


En maraîchage et en arboriculture fruitière, les films plastiques de paillage sont devenus incontournables dans certains conditions de température, d’humidité et d’aération des sols. Posés à sa surface, ils empêchent les mauvaises herbes de se développer, conservent l’humidité et accélèrent le réchauffement du sol au printemps. Le résultat ? Des cultures plus productives et une moindre dépendance aux herbicides, notamment dans les sols en milieu tempéré soumis à un stress hydrique saisonnier.

Aujourd’hui, l’immense majorité des films de paillage – près de 90 % – sont fabriqués à partir de polyéthylène, un polymère dérivé du pétrole. Solide, bon marché et imperméable, ce matériau s’est imposé dans les champs. Mais il présente un inconvénient majeur : il ne se biodégrade pas et, une fois fragmenté, peut rester dans l’environnement pendant des siècles.

Une fois les cultures récoltées, ces films ne sont pas complètement retirés. Les fragments qui restent dans les sols se dégradent lentement sous l’effet du soleil, de l’humidité et du travail mécanique des terres. Ils se fragmentent progressivement en microplastiques (dont les dimensions vont de un micromètre à cinq millimètres), atteignant dans certaines exploitations plusieurs milliers de particules par kilogramme de sol. Avec le temps, ces fragments deviennent encore plus petits et forment ce que l’on nomme des nanoplastiques (dont la taille est inférieure à un micromètre).

Invisibles et pendant longtemps peu étudiées, ces particules soulèvent aujourd’hui de nombreuses questions. Comment se comportent-elles dans les sols agricoles ? Quels sont leurs effets potentiels sur l’environnement ? Surtout, les alternatives dites « biodégradables » constituent-elles réellement une solution pour limiter cette pollution ?




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L’agriculture européenne consomme 427 000 tonnes de plastique par an

Bien que les nano et microplastiques présents dans les sols agricoles aient des origines multiples, toutes les sources ne contribuent pas dans les mêmes proportions.

Parmi les apports externes figurent notamment les boues issues des stations d’épuration, parfois utilisées comme amendements organiques. Elles peuvent contenir jusqu’à près de 900 particules microplastiques par kilogramme de matière sèche. À l’échelle européenne, leur épandage représenterait chaque année l’introduction de 63 000 à 430 000 tonnes de microplastiques dans les sols agricoles.

Mais la contribution la plus importante se trouve souvent directement au champ. Les films plastiques de paillage constituent aujourd’hui la principale source de micro et nanoplastiques en agriculture. Chaque année, 427 000 tonnes de ces produits sont utilisées en Europe et 300 000 tonnes en Amérique du Nord. La Chine concentre, à elle seule, près de 30 % de la consommation mondiale, avec 2,6 millions de tonnes de films agricoles, dont 1,3 million de tonnes de films de paillage, soit environ les trois quarts de l’usage mondial.




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Des plastiques, du champ à l’assiette

Or, dans les sols agricoles, les nano et microplastiques ne se comportent pas comme de simples déchets inertes. Ils peuvent modifier les propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols en affectant leur structure, leur porosité, leur capacité à retenir l’eau ou encore les cycles du carbone et de l’azote.

Ces particules peuvent aussi se fixer aux racines, freinant l’absorption de l’eau et la croissance des plantes. Certaines cultures, comme la laitue ou le blé, absorbent même des microplastiques depuis le sol, qui peuvent ensuite migrer vers les parties comestibles que nous mangeons.

Ce n’est pas tout : plus un fragment de plastique est petit, plus sa surface exposée au milieu environnant augmente par rapport à son volume. Or, les interactions entre le plastique et le sol se produisent principalement à sa surface. Ainsi, à quantité de plastique égale, les micro et surtout les nanoplastiques présentent une surface de contact beaucoup plus importante avec leur environnement que les fragments de plus grande taille.

Cette surface élevée les rend particulièrement réactifs : ils interagissent plus fortement avec les molécules présentes dans le sol. De nombreuses substances chimiques peuvent ainsi se fixer à la surface de ces particules, notamment des polluants organiques ou des métaux. En présence de pesticides, les plastiques peuvent alors se comporter comme de véritables « éponges chimiques », captant et concentrant localement des substances indésirables et potentiellement toxiques.




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Plastique biodégradable ? Une promesse à nuancer

Pour répondre à cette problématique, des plastiques dits « biodégradables » ont été développés. Présentés comme une alternative aux films de plastique classiques, ils reposent sur un principe séduisant : après usage, ils seraient transformés par les microorganismes du sol en composés naturels, tels que l’eau et le dioxyde de carbone.

Mais cette promesse dépend fortement des conditions environnementales. En effet, la biodégradabilité est tributaire des conditions environnementales. Un plastique peut se dégrader rapidement dans une installation de compostage industriel, soumise à de fortes chaleurs, mais rester presque intact pendant longtemps dans un sol agricole plus frais.

C’est notamment le cas des polymères couramment utilisés dans les films de paillage biodégradables, comme le polybutylène adipate-co-téréphtalate (PBAT) ou le poly (butylène succinate) (PBS). Dans les conditions réelles des champs agricoles, leur dégradation peut rester incomplète.

Se pose alors la question de leur devenir à long terme et de leur capacité réelle à limiter l’accumulation de nano et microplastiques dans les sols.

Les vers de terre à la rescousse ?

Constatant ces échecs, des chercheurs s’attachent désormais à en comprendre les causes et à identifier les conditions environnementales et biologiques qui permettraient d’améliorer la dégradation de ces plastiques dans les sols agricoles. Il ne s’agit pas seulement de concevoir de nouveaux matériaux, mais aussi d’adapter les pratiques agricoles à leur présence dans les sols, en particulier dans les systèmes où l’usage des films de paillage est intensif.

Les scientifiques s’intéressent ainsi au rôle des amendements organiques, des biostimulants et des extraits microbiens, capables de modifier l’activité biologique des sols. Des études ont ainsi montré que le vermicompost – un compost produit par les vers de terre – peut fortement améliorer les performances de certains plastiques biodégradables en conditions agricoles. Cet effet s’expliquerait à la fois par l’apport de nutriments favorisant les microorganismes du sol et par la présence d’une flore microbienne spécifique, issue du tube digestif des vers de terre.

Pour mieux comprendre ces mécanismes, des expériences en laboratoire suivent la dégradation des plastiques à l’aide de systèmes respirométriques mesurant la transformation du carbone des plastiques en dioxyde de carbone par les microorganismes. Ces dispositifs permettent d’évaluer de manière quantitative dans quelles conditions cette dégradation est accélérée.




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Améliorer les plastiques et les pratiques

Si les plastiques dits biodégradables représentent une piste intéressante contre l’accumulation dans les sols de nano et de microplastiques, leur efficacité dépend étroitement des conditions réelles du milieu agricole et ils ne peuvent pas être considérés comme une solution systématique ou tenue pour acquise.

Les travaux de recherche montrent qu’améliorer leur biodégradation passe à la fois par une meilleure compréhension de l’interaction entre les matériaux, le fonctionnement biologique des sols et les pratiques culturales associées. Amendements organiques spécifiques, apports de souches exogènes et stimulation de l’activité microbienne autochtone constituent autant de leviers potentiels.

À terme, réduire la pollution plastique en agriculture nécessitera une approche globale, combinant innovation technologique, pratiques agronomiques adaptées et cadres réglementaires cohérents, afin de concilier performance agricole et protection durable des sols.

The Conversation

Jules Bellon a reçu des financements de la Région Normandie pour mener ses travaux de recherche.

Feriel Bacoup a reçu des financements de Région Normandie

Richard Gattin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Du plastique biodégradable pour pailler les sols agricoles : solution ou nouveau problème ? – https://theconversation.com/du-plastique-biodegradable-pour-pailler-les-sols-agricoles-solution-ou-nouveau-probleme-274565

Réseaux sociaux : aider les adolescents à protéger leur santé mentale en revisitant leurs usages numériques

Source: The Conversation – France (in French) – By Caroline Rouen-Mallet, Enseignant-chercheur en marketing, Université de Rouen Normandie

Le dernier rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) l’a confirmé : les réseaux sociaux peuvent avoir des effets néfastes sur la santé mentale des adolescents et amplifier leurs vulnérabilités. Pour lutter contre cette spirale délétère, l’enjeu n’est pas de verser dans les discours moralisateurs ou de miser seulement sur la réglementation. Le marketing social permet de mieux connaître les motivations et les usages des jeunes pour les inviter à revisiter leurs pratiques. Explications.


Les adolescents sont aujourd’hui présents au quotidien sur les réseaux sociaux. Loin de n’être qu’un lieu d’expression ou de sociabilité, ces espaces numériques représentent un environnement saturé d’images idéalisées, de normes sociales et de mécanismes d’influence puissants.

Le rapport publié en décembre 2025 par l’Anses dresse un constat alarmant que notre projet ALIMNUM, financé par l’ANR, visant à identifier des leviers de prévention, avait déjà clairement identifié : les réseaux sociaux affectent de manière profonde l’image corporelle, l’estime de soi et la santé mentale des adolescentes. Et cette influence est suffisamment robuste pour être considérée comme un risque sanitaire avéré.

Les conclusions de l’Anses reposent sur des centaines d’études internationales. Elles établissent que les plateformes très visuelles (Instagram, Snapchat, TikTok) favorisent des mécanismes bien connus : intériorisation d’idéaux corporels irréalistes, auto-objectification, chute progressive de l’estime de soi…

Les effets apparaissent dès 9–11 ans et s’intensifient durant l’adolescence. Et les filles sont significativement plus touchées que les garçons par ces effets psychologiques délétères.

Une exposition massive à des images corporelles irréalistes

Cette confirmation survient dans un contexte où les usages numériques atteignent un niveau d’intensité sans précédent. Le Baromètre du numérique du Credoc montre que 75 % des internautes utilisent les réseaux sociaux chaque jour, et que cette pratique est particulièrement marquée chez les 12–17 ans, dont 58 % se connectent quotidiennement.

Les jeunes filles sont reconnues comme les utilisatrices les plus assidues : 48 % d’entre elles consultent les réseaux au moins une fois par jour, contre 41 % des garçons. Cette différence n’est pas anodine : elle détermine l’exposition à un environnement visuel et social qui, selon l’Anses, reconfigure durablement la manière dont les adolescentes perçoivent leur corps.




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Cette dynamique expose les jeunes filles à un flot continu de contenus, présentant des corps répondant à des idéaux irréalistes, valorisant la retouche photo et les filtres, mettant en avant l’hypersexualisation, encourageant la comparaison ascendante (se comparer à plus « beau », plus mince, plus parfait), diffusant des conseils nutritionnels non vérifiés et des routines de « transformation » qui mélangent bien-être et injonction à la performance.

Une spirale algorithmique qui amplifie les vulnérabilités adolescentes

L’un des apports les plus importants du rapport Anses est de confirmer les effets des algorithmes dans l’exposition des adolescentes à des risques sanitaires. Celles-ci interagissent avec des contenus liés à la minceur, au fitness ou à l’alimentation restrictive et voient ces contenus se multiplier à l’instar d’un puits sans fond.

La tendance « healthy », omniprésente sur les réseaux sociaux, fabrique ainsi un idéal de discipline corporelle, de performance sportive et d’alimentation contrôlée. Une expérience citée par l’agence montre que d’ailleurs que TikTok recommande des contenus liés aux troubles alimentaires en moins de huit minutes lorsqu’un compte se comporte comme un adolescent de 13 ans.

Cette personnalisation algorithmique crée une spirale dans laquelle les insécurités physiques sont renforcées, parfois jusqu’à la détresse psychologique. Les études longitudinales montrent que ces usages sont liés à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs, à des troubles du sommeil et à une exposition accrue aux cyberviolences.

À cela s’ajoute un paradoxe mis en lumière par le CREDOC : bien que les jeunes soient très exposés aux interactions toxiques, seuls 34 % des 12–17 ans déclarent avoir déjà utilisé un dispositif de signalement. Les adolescentes restent donc vulnérables, sans recourir aux outils censés les protéger.

Comprendre les comportements pour mieux prévenir les risques

Face à ce faisceau de données, le marketing social apparaît comme un champ scientifique particulièrement utile pour identifier des leviers d’action. Il offre un cadre pertinent pour concevoir des stratégies de prévention ancrées dans les pratiques réelles des jeunes.

Contrairement aux discours moralisateurs ou purement réglementaires, le marketing social privilégie une démarche compréhensive fondée sur les motivations qui sous-tendent les comportements de consommation : pourquoi les adolescentes publient-elles des selfies ? Pourquoi recherchent-elles des « likes » ? Pourquoi passent-elles plusieurs heures par jour à se comparer aux autres ? Pourquoi les parents et les éducateurs peinent-ils à intervenir ?

Les travaux en marketing social apportent plusieurs éléments de réponse dans ce domaine. Les adolescents utilisent les réseaux sociaux pour appartenir à un groupe, contrôler leur image et obtenir une reconnaissance sociale qui leur fait parfois défaut dans la vie réelle. Ces motivations, naturelles à cet âge, deviennent problématiques lorsque l’environnement numérique les amplifie.

Face à ces enjeux, le marketing social insiste sur la nécessité de travailler avec – et non contre – ces motivations. En fait, le marketing social recommande d’accompagner plutôt que de contrôler en insistant sur certains leviers : co-construire les règles d’usage numérique, promouvoir l’esprit critique face aux images retouchées.

Il se fonde sur une segmentation fine des publics cibles : adolescentes très actives, utilisatrices passives, parents dépassés, enseignants, professionnels de santé. Chacun de ces publics suppose des messages adaptés et non une prévention uniforme, pour renforcer l’efficacité des actions à mener.

Créer un environnement social propice à l’éducation aux médias

L’approche ci-dessus est mobilisée dans le cadre du projet de sciences participatives MEALS, financé aussi par l’ANR, qui s’intéresse aux effets des réseaux sociaux sur les pratiques alimentaires des jeunes. Les jeunes n’y sont pas seulement des sujets d’étude, ils collaborent eux-mêmes à la recherche pour comprendre ce phénomène.

Avec cette méthode innovante, MEALS ambitionne de créer des outils pour développer un esprit critique face aux contenus numériques et de co-construire des messages de prévention adaptés aux jeunes, pour que les réseaux soient des alliés – et non des pièges – en matière de santé publique. Nous cherchons à identifier des comportements, à segmenter en fonction des motivations pour encourager non pas une déconnexion totale, peu réaliste, mais un usage réflexif des réseaux sociaux.

Dans ce contexte, nos jeunes co-chercheurs sont invités à proposer des activités alternatives offrant les mêmes bénéfices sociaux que les plateformes numériques : des espaces d’expression valorisants, des collectifs sportifs, des ateliers non compétitifs, des projets créatifs où le regard des pairs joue un rôle positif dans la construction identitaire.

Concrétement, au travers de ce projet, nous ne souhaitons pas évacuer les réseaux sociaux du quotidien des jeunes mais à revisiter leurs pratiques, en nous servant des contenus numériques qu’ils fréquentent pour les convertir en moments vecteurs de lien social. Il peut s’agir de réaliser une recette trouvée sur TikTok, de débattre d’une vidéo de TiboInschape ou de Louloukitchen, de créer une pièce de théâtre mettant en scène un influenceur, de rédiger un post dans le cadre d’un séminaire d’écriture…

Plus globalement, face aux risques sanitaires relevés par les publications scientifiques dans le cadre du rapport de l’Anses, l’enjeu est de créer des temps forts propices à une réflexion collective autour de l’utilisation des médias numériques. C’est une démarche à explorer pour éduquer les générations futures.



Les projets Alimentation et numérique – ALIMNUM et Manger avec les réseaux sociaux – MEALS sont soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Caroline Rouen-Mallet a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) ) pour le projet ALIMNUM.

Pascale Ezan a reçu des financements de Agence Nationale de la Recherche pour les projets ALIMNUM (Alimentation et Numérique) et MEALS (Manger ensemble avec les réseaux sociaux)

Stéphane Mallet a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) ) pour le projet ALIMNUM.

ref. Réseaux sociaux : aider les adolescents à protéger leur santé mentale en revisitant leurs usages numériques – https://theconversation.com/reseaux-sociaux-aider-les-adolescents-a-proteger-leur-sante-mentale-en-revisitant-leurs-usages-numeriques-275271

« Le plastique, c’est fantastique. » Vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

Dans sa nouvelle campagne (photo), McDonald’s s’est associé à la célèbre marque de figurines Playmobil pour ses fameux Happy Meal. ©McDonald’s – visuel promotionnel de la campagne En avant Playmobil® , Fourni par l’auteur

Bannis des menus enfants depuis 2022, les jouets en plastique font leur retour chez McDonald’s par l’intermédiaire d’une collaboration avec Playmobil. Derrière l’argument du plastique végétal, que dit vraiment ce retour ? Et qu’omet-il de rappeler ?


Novembre 2025 marque, en France, un tournant symbolique chez le géant du fast-food McDonald’s. Après plusieurs années de « diète plastique » dans le menu enfant où il a fallu se contenter de cartes à collectionner, de coloriages ou d’autres livrets d’activité, les jouets en plastique ont fait leur grand retour dans le Happy Meal.

Grâce à une collaboration avec Playmobil, McDonald’s tourne la page du « tout-papier ». L’enseigne semble entonner le refrain d’Elmer Food Beat : « Le plastique, c’est fantastique. » Ce revirement s’appuie sur une mécanique redoutable mêlant nostalgie et vernis écologique.




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Du jouet jetable à l’objet patrimonial : la requalification morale du plastique

En France, depuis le 1er janvier 2022, la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) interdit, dans son article 81, la distribution de jouets en plastique dans les menus destinés aux enfants. Il s’agit, d’une part, de réduire les déchets à usage unique et, d’autre part, de limiter l’exposition des enfants à des objets à faible durée de vie. En filigrane, cette mesure interroge le rôle des jouets comme leviers d’attractivité des offres de restauration rapide auprès des plus jeunes, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à la prévention de l’obésité infantile et à la promotion de pratiques alimentaires plus équilibrées. Pour les enseignes de restauration rapide à l’instar du géant McDonald’s, cette mesure a signé la fin d’un pilier historique du menu enfant, longtemps structuré autour de la promesse d’un jouet en plastique à collectionner.

Durant cette parenthèse, où le jouet enfant était principalement réduit à du papier ou carton, le plastique n’avait pas quitté l’écosystème de McDonald’s. Il s’était simplement déplacé vers la cible adulte. C’est là toute l’habileté de la stratégie du géant du fast-food. Alors que l’enfant apprenait la sobriété écologique, les opérations pour adultes remettaient l’objet en plastique au centre du désir. En France, ce déplacement s’est matérialisé en 2025 autour de deux opérations emblématiques.

Tout a commencé avec les collaborations menées avec des univers culturels fortement chargés en capital affectif à l’occasion d’une part de la sortie du film Minecraft en avril, puis de la nouvelle saison de Mercredi en juillet  2025. Des figurines en plastique à vocation de collection ont été intégrées à des menus et dispositifs promotionnels tournés vers une clientèle adulte.

Du jouet pour enfants à l’artefact pour « kidults »

L’objet change ainsi de statut : de jouet jetable pour enfant, il devient artefact culturel pour kidults. La contrainte environnementale n’a pas fait disparaître le plastique. Elle l’a requalifié, en l’inscrivant dans une économie de la nostalgie et de la collection, socialement plus acceptable.

La subtilité réside dans le changement de statut du jouet en plastique : dans le menu enfant, le plastique était devenu un déchet polluant à bannir ; dans le menu adulte, il est célébré comme un objet de collection. En réhabilitant le plastique auprès des parents, McDonald’s a préparé les esprits. Une fois que le plastique a été « relégitimé » par la culture pop, il devenait plus simple de le réintroduire dans le menu enfant. Encore fallait-il lui trouver une vertu morale.

Pour acter ce retour en arrière, le choix du partenaire était crucial. Il semble, dans ce contexte, que l’association avec Playmobil ait pu agir comme un bouclier. Contrairement aux jouets sous licence de films, séries ou autres dessins animés susceptibles d’être jetés une fois la mode passée, les figurines Playmobil bénéficient d’une aura de respectabilité.

Il s’agit de jouets robustes qui se transmettent de génération en génération. L’argument implicite est fort, il ne s’agit pas d’un déchet plastique mais d’un patrimoine ludique. En outre, la collection de dix figurines d’animaux sauvages s’inscrit dans un imaginaire largement associé à la préservation de la nature et à la protection du vivant, ce qui renforce la portée affective et symbolique de l’opération.

Le « plastique végétal » : fantastique ou cynique ?

Face à l’urgence climatique, pour que ce retour soit socialement acceptable, il fallait un argument technique imparable : le plastique végétal. C’est ici que l’analyse doit se faire critique, car le terme flirte avec le malentendu.

D’une part, dire qu’un plastique est végétal signifie qu’il est fabriqué à partir de biomasse (fibres de canne à sucre, amidon de maïs, etc.) et non de pétrole. S’il s’agit d’un progrès en termes d’empreinte carbone, un polymère végétal a toutefois des similitudes avec son cousin pétrolier. S’il est perdu dans la nature, il mettra des décennies à se désagréger.

D’autre part, fabriquer des millions de figurines en plastique végétal implique d’utiliser des ressources agricoles. La systématisation de cette production pour des objets considérés comme « gratuits » pose la question de l’allocation des terres arables dans un monde aux ressources contraintes.

Enfin, et c’est peut-être la critique fondamentale, le plastique végétal est une solution technologique qui permet de tout changer pour que rien ne change. Il valide la poursuite d’un modèle basé sur la distribution massive de petits objets manufacturés avec un repas, plutôt que de questionner la nécessité même de ce « cadeau » systématique. De là à parler d’habillage éthique, il n’y a qu’un pas…

Archives INA.

Du Happy Meal au Happy Doggy : déplacer l’affect pour légitimer le plastique

Chez McDonald’s, les enjeux environnementaux n’ont pas fait disparaître le plastique. Ils l’ont rendu plus rare, plus scénarisé et de facto plus désirable. Dans le Happy Meal, les jouets en papier et carton demeurent ainsi la norme. Lorsque le jouet en plastique réapparaît, il est présenté comme un collector, pensé pour durer. La circulation de ces objets sur les plates-formes de vente en ligne, comme Vinted ou leboncoin, en témoigne. Le plastique se voit attribuer une seconde vie, socialement valorisée, qui le distingue du jetable.

In fine, le problème ne serait plus la matière, mais l’éphémère. Le jouet en soi n’est pas problématique, en revanche son absence de valeur affective l’est. Quid en ce sens des jouets en papier/carton ayant succédé à l’ère du plastique ? Ne sont-ils pas jetés bien plus rapidement que leurs homologues en plastique ? En requalifiant subtilement le plastique comme support de mémoire et de collection, McDonald’s transforme une pratique de consommation potentiellement dissonante en plaisir légitime.

L’introduction en novembre 2025 de jouets pour chiens (les Happy Doggy) dans le menu Best Of s’inscrit dans cette logique de déplacement symbolique. Le plastique trouve dans l’univers du pet marketing un nouvel espace de légitimation affective, moins exposé aux injonctions de sobriété adressées à la consommation enfantine.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Le plastique, c’est fantastique. » Vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal ? – https://theconversation.com/le-plastique-cest-fantastique-vers-un-retour-des-jouets-en-plastique-dans-le-happy-meal-273711

Tout sauf l’Ehpad ? Les ambiguïtés de la politique du grand âge

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dominique Argoud, Professeur des Universités en sociologie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Trois Français sur quatre ne souhaitent pas vivre dans un établissement pour personnes âgées dans le futur. En 2001, ils n’étaient qu’un sur deux. Age Cymru/Unsplash, CC BY

En France, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) font figure de repoussoirs. En 2001, 53 % des Français déclaraient en ne pas souhaiter vivre dans un établissement pour personnes âgées dans le futur, ce pourcentage s’élève aujourd’hui à 74 %. Les pouvoirs publics cherchent à promouvoir d’autres formes d’hébergement moins médicalisées. Est-ce une bonne approche ?


Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) constituent aujourd’hui le mode dominant d’accueil pour les personnes âgées ne pouvant pas rester à leur domicile. Fin 2023, sur les 700 000 personnes fréquentant un établissement d’hébergement pour personnes âgées, près de 80 % vivent en Ehpad. Compte tenu du vieillissement démographique, si les pratiques d’entrée en institution restent inchangées, il faudra ouvrir 108 000 places en Ehpad d’ici à 2030, puis 211 000 places entre 2030 et 2050. Cela reviendrait à un peu plus que doubler, dans la durée, le rythme d’ouverture de places observé depuis 2012.

Or, une telle projection se heurte à l’image dégradée dont bénéficient les Ehpad en France. Ceux-ci font office de repoussoir pour un grand nombre de personnes âgées et de familles, encore plus depuis l’affaire Orpea et la parution du livre Les fossoyeurs du journaliste Victor Castanet. La crainte de perdre sa liberté en établissement d’hébergement, voire d’être maltraité, conduit à plébisciter le maintien à domicile pour ses vieux jours. Ainsi, selon le baromètre de la DREES, alors que 53 % des Français déclaraient en 2001 de ne pas souhaiter vivre dans un établissement pour personnes âgées dans le futur, ce pourcentage s’élève aujourd’hui à 74 %. 44 % des Français feraient en sorte de s’occuper de son parent âgé à son domicile, 21 % seraient prêts à l’accueillir chez eux et 16 % les soutiendraient financièrement afin qu’il puisse bénéficier d’aides à domicile. Entre 2014 et 2023, la proportion de personnes qui privilégient de s’occuper de leur proche à son domicile a augmenté de presque 20 points, passant de 25 % en 2014 à 44 % en 2023.

Une politique domiciliaire en panne

Dans ce contexte, quelles sont les orientations de la politique vieillesse ? Depuis quelques années, l’État s’engage à promouvoir une approche domiciliaire pour tenir compte des réticences croissantes manifestées à l’égard des institutions d’hébergement. Cette approche est confortée par les projections des attentes des nouvelles générations de personnes âgées, qui correspondront aux baby-boomers (nés entre 1946 et 1964) atteignant le grand âge au cours des prochaines décennies. Ainsi, il est attendu que ces nouvelles générations soient plus enclines à vouloir préserver leur pleine et entière citoyenneté et à moins dépendre de décisions leur échappant.

Schématiquement, la politique domiciliaire engagée par l’État se structure autour de deux axes. Le premier consiste à renforcer les capacités du domicile pour que les gens puissent s’y maintenir plus nombreux et dans de bonnes conditions. Le second axe vise à transformer le fonctionnement des Ehpad pour qu’ils deviennent des lieux de vie ouverts sur la cité et où les résidents puissent y être « comme chez eux ». En réalité, cette politique relativement consensuelle se situe dans le prolongement des orientations antérieures. Mais de sérieux doutes ont été émis par l’Inspection générale des affaires sociales quant à la capacité de l’État à la mettre réellement en œuvre. Le coût budgétaire de la politique domiciliaire de même que la faible attractivité des métiers du grand âge en constituent autant de freins.

Une volonté politique d’encourager les habitats intermédiaires

D’un côté, l’Ehpad comme mode d’hébergement des personnes âgées n’a plus le vent en poupe, et de l’autre, le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie présente des limites. C’est pourquoi, pour mettre en œuvre l’approche domiciliaire, les pouvoirs publics misent fortement sur le développement de « l’habitat intermédiaire ».

Par habitat intermédiaire, il faut entendre toutes les formes d’habitat qui se situent entre le domicile historique et les établissements proposant un hébergement collectif. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) estime qu’il y aurait aujourd’hui 275 000 places en habitat intermédiaire (résidences autonomie, résidences services seniors, habitats inclusifs, accueil familial, résidences intergénérationnelles…). Compte tenu des besoins liés au vieillissement de la population, elle projette la nécessité de créer 500 000 solutions de logement en habitat intermédiaire d’ici 2050.

La justification de cette incitation publique en faveur de l’habitat intermédiaire est qu’il s’agit d’une formule qui répond au souhait des personnes de vivre chez elles sans êtres seules, tout en préservant leur intimité et leur liberté de choix.

Une autre de ses caractéristiques est que le public visé est plutôt constitué de personnes ayant une perte d’autonomie modérée, dont l’isolement ou les problèmes de santé les inciteraient à rejoindre un cadre de vie plus sécurisant. De fait, l’habitat intermédiaire apparaît comme une formule aux antipodes de l’Ehpad. Ce dernier accueille en effet des personnes plus dépendantes et représente un coût plus important pour les finances publiques compte tenu de la présence de personnels soignants.

Les Ehpad condamnés à faire figure de repoussoir

Cette politique en faveur de l’habitat intermédiaire contient un implicite : demain, encore plus qu’aujourd’hui, les Ehpad auront vocation à accueillir les personnes âgées très dépendantes. Malgré toute l’énergie que mettent les directions d’Ehpad pour ouvrir leurs établissements sur la vie de la cité, l’image repoussoir risque de se renforcer : la moitié des résidents en Ehpad a plus de 88 ans et 85 % sont en perte d’autonomie (classés en GIR 1 à 4) ; 38 % sont atteint d’une maladie neurodégénérative, soit 4 points de plus qu’en 2019. Parallèlement, le nombre de personnes autonomes qui intègrent un établissement a encore reculé en l’espace de quatre ans.

Pourtant, cette évolution n’est pas inéluctable. Les Ehpad ont toujours accueilli des personnes en situation de perte d’autonomie modérée. En effet, l’entrée en établissement d’hébergement ne résulte pas d’un processus linéaire qui rendrait le maintien à domicile impossible à partir d’un certain seuil de dépendance. De multiples facteurs entrent en ligne de compte dans ce processus, mêlant tant des éléments subjectifs (la perception individuelle de la situation) que des éléments objectifs comme la qualité de son cadre de vie ou la présence d’aidants mobilisables pour intervenir à domicile.

Une approche alternative aurait été possible

En favorisant le développement d’un habitat intermédiaire, quoi qu’il s’en défende, l’État contribue à segmenter l’offre en fonction du degré de dépendance. Toute catégorisation qui se veut positive tend à produire son contraire, à savoir une catégorie qui concentre les éléments négatifs. Que va-t-il advenir des personnes dont l’état de santé ne permettra plus de rester en habitat intermédiaire si ce dernier est amené à se développer ?

Un modèle alternatif était pourtant possible. Il a été défendu à partir des années 1980 par la Fondation de France qui encourageait la création de « lieux de vie jusqu’à la mort ». Contre l’idée de segmentation, il s’agissait de promouvoir des petites unités de vie, bien insérées dans le tissu social local, où les personnes auraient pu être accompagnées par des services d’aide et de soins à domicile jusqu’à la fin de leur vie. Ces structures, de petite taille, reposaient sur un mode de vie et d’accompagnement familial, prenant le contre-pied des grands établissements hospitaliers et médicalisés.

À la différence de beaucoup d’habitats intermédiaires actuels, leur ambition était de pouvoir accompagner jusqu’au bout des personnes âgées en perte d’autonomie. C’est sur ce modèle que se sont développées ces dernières années, par exemple, des colocations accueillant des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Mais, pour l’essentiel, cette option a peu été soutenue par les pouvoirs publics et beaucoup d’opérateurs sont restés prisonniers de cadres organisationnels et économiques favorables à la réalisation d’économies d’échelle, aboutissant à la constitution de lieux de relégation. Dans les faits, il s’est avéré plus aisé de produire une offre segmentée avec, d’un côté, des Ehpad ou des unités spécialisées hébergeant des personnes très dépendantes et, de l’autre, des habitats intermédiaires accueillant une population fragilisée mais encore peu dépendante. Ce processus de segmentation s’est opéré avec l’assentiment des élus locaux soucieux de proposer une offre non stigmatisée sur leur territoire, qui est elle-même valorisée par les familles.

Il n’est toutefois pas certain que le mot d’ordre « tout sauf l’Ehpad » contribue à rendre la société plus inclusive pour faire face au vieillissement de la population. Alors que les lieux de vie visent à accompagner l’ensemble des « gens du coin » dans leur vieillissement, le paysage gérontologique tend au contraire à spécialiser les réponses d’hébergement, enfermant un peu plus la figure du « vieux dépendant » dans son rôle de repoussoir.

The Conversation

Dominique Argoud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Tout sauf l’Ehpad ? Les ambiguïtés de la politique du grand âge – https://theconversation.com/tout-sauf-lehpad-les-ambigu-tes-de-la-politique-du-grand-age-274989

The seductive simplicity — and danger — of pop psychology’s ‘love languages’

Source: The Conversation – Canada – By Maha Khawaja, PhD Student, McMaster University

Do you know how you prefer to give and receive love? Do you need words of affirmation? Spending quality time? Acts of service? Gifts? Or physical touch?

Figuring out what your “love language” is has become one of the most successful relationship ideas of the past two decades.

Why? Because the idea is simple, flattering and easy to apply.

Introduced by Gary Chapman, an American Baptist pastor, author and marriage counsellor, in his 1992 book The 5 Love Languages: The Secret to Love that Lasts, the idea is now a dominant framework in modern relationship advice.

While incredibly popular and often used as a “go-to” tool on first dates, recent research suggests that the idea lacks strong scientific evidence for its central claims.

Instead of scientific theory, love languages function like a culturally appealing system that individualizes relational strain, obscures power and substitutes a checklist for the harder work of understanding how relationships actually function over time.

A simple idea replacing scientific evidence

That popularity of love languages is exactly what makes them an archetype of bad pop psychology as they package a complex set of relational processes into a simple idea, providing a memorable vocabulary, and then get treated as explanation, diagnosis and solution all at once.

Most notably, this framework emerges from a pastoral counselling context rather than systematic research, and its core claim — that people have a stable primary language that should be matched for relational success — doesn’t apply well to how relational needs operate.

People typically value all five domains: quality time, words of affirmation, receiving gifts, acts of service and physical touch. They shift depending on stress, life stage, illness, caregiving demands and conflict history.

What gets named as a “primary” language is often better understood as a moving indicator of current deprivation — “this is what I’m not getting” — and not a durable trait. Because the categories are broad and emotionally resonant, they also invite the Barnum effect, in which the model feels deeply accurate precisely because it is flexible enough to fit most people most of the time.

When intimacy becomes a simplified checklist

Another problem with the five love languages is what they do to how people think about relational support. They turn intimacy into a problem of translation: if you just deliver the right behaviours in the right format, your partner will feel loved.

That can push couples toward transactional care (“I did your language, so you should be satisfied”) and away from curiosity and context (“What is happening for you this week? What support do you actually need?”). It also promotes a form of individualization in which relational issues become framed as mismatched preferences instead of relational processes that require ongoing work.

Once the label enters the relationship, it can function like a conversational dead end.

It also doesn’t seriously address conflict regulation, responsiveness or how couples cope under stress, all of which are areas where relationship science has far more to say. Many “love language” conflicts are not actually about the absence of gifts or affirmation, but are about chronic misattunement, uneven emotional labour, perceived disregard or an unsafe climate.

The structural conditions love languages ignore

Love languages can also obscure power and normalize inequality.

Some categories are easily folded into gendered divisions of labour, like how acts of service and emotional affirmation often land on women as feminized care work, while other partners receive the benefits without addressing uneven burdens.

The framework also sidesteps structural constraints like poverty, disability, illness, class and religious norms that shape what is possible.

When someone is overworked, sick or carrying the relationship’s invisible labour, the problem is rarely that their “language” is being spoken incorrectly. It is that relational and structural conditions make mutuality difficult, and “speaking languages” can become a way to manage the symptoms while leaving the conditions untouched.

The model is also particularly risky where consent and vulnerability are involved. Physical touch as a love language, for example, can be used to moralize access to someone else’s body, especially in contexts of sexual pleasure, coercion, post-partum recovery, trauma or chronic pain.

What sustains relationships beyond labels

The love languages framework tends to treat touch as an unambiguous good instead of a context-sensitive practice shaped by consent, safety, timing and bodily autonomy in health contexts like having cancer, disability, medication changes and depression. Intimacy largely shifts because bodies and conditions shift.

A model that encourages partners to “deliver touch” can easily misfire when what’s needed is patience, alternative sexual scripts and co-ordinated coping, not increased physical contact as proof of love.

Above all, love languages only thrive because they are marketable. They offer the satisfaction of self-knowledge, compatibility narratives and quick fixes.

Relationships, of course, are not solved by personalization alone. Importantly, they are shaped by mutual responsiveness, practical and emotional equity, the ability to repair after harm and the capacity to adapt to changing bodies and lives.

If love languages are useful at all, it is as a thin starting vocabulary for talking about care, and not as a diagnostic framework or substitute for confronting misattunement, power and the real conditions that make intimacy sustainable.

The Conversation

Maha Khawaja does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The seductive simplicity — and danger — of pop psychology’s ‘love languages’ – https://theconversation.com/the-seductive-simplicity-and-danger-of-pop-psychologys-love-languages-273296

RNA is key to the dark matter of the genome − scientists are sequencing it to illuminate human health and disease

Source: The Conversation – USA – By Thomas Begley, Professor of Biological Sciences, Associate Director of The RNA Institute, University at Albany, State University of New York

There is still a great deal unknown about RNA and its modifications. Christoph Burgstedt/Science Photo Library via Getty Images

Although there are striking differences between the cells that make up your eyes, kidneys, brain and toes, the DNA blueprint for these cells is essentially the same. Where do those differences come from?

Scientists are realizing the defining qualities that make up each cell actually lie in a cousin of DNA called RNA.

RNA was long considered DNA’s boring biochemical relative. Researchers thought it merely takes the genetic information stored in DNA and delivers it to other parts of the cell, where it is then used to make the proteins that carry out the cell’s functions.

But only roughly 2% of DNA codes for protein. The rest – sequences of the DNA that don’t code for proteins – is what scientists consider the dark matter of the genome, and there is much interest in figuring out what it does. Therein lies much of the mystery and magic of RNA.

In this dark matter, noncoding DNA is transcribed into noncoding RNA. These include RNAs small and long that are never translated into protein, and have the potential to regulate the genome and generate the diversity of cells by turning on or off various genes. When these multifaceted RNAs go awry, they can lead to a broad array of diseases in people.

RNA scientists like those on our team are now working to sequence every human RNA as part of the Human RNome Project – the RNA equivalent of the Human Genome Project – to aid in human health and improve treatments for disease.

Diagram of DNA trascribed to RNA translated to protein
The central dogma of biology states that genetic information flows from DNA to RNA to protein.
National Human Genome Research Institute

RNA modifications orchestrate cell fate

DNA details how genes can become proteins, while RNA signals when and where these proteins are made. In other words, DNA is information storage while RNA is information access and regulation.

RNA has many varieties that differ by size and structure, with smaller forms that are involved in cell regulation and development. Much of the RNA that is transcribed from DNA is processed and modified after it is made.

RNA modifications are chemical structures added on to RNA that regulate information transfer. These RNA modifications are distinct from DNA modifications that are known as epigenetic marks. Whereas DNA modifications can be inherited, RNA modifications arise in response to the current state of the cell. RNA modifications are more dynamic and have more dramatic effects on the structure and function of the cell, including how proteins are made under different cellular conditions.

Under normal conditions, for example, some RNA modification patterns trigger the disposal of RNAs that code for or help decode stress-response proteins. When the cell enters a state of stress, this modification pattern is reprogrammed so these proteins can accumulate and help the cell recover.

Various chemical structures surrounding a three loop structure, with lines pointing to their potential locations
This diagram shows several possible modifications of a type of RNA called tRNA, center.
Mitchener et al., CC BY-NC-ND

Additionally, the chemical diversity of RNA modifications is greater than that of DNA modifications. In addition to variations in the basic building blocks that make up RNA, there are over 50 chemical varieties known as the human epitranscriptome in a cell. In comparison, epigenetic marks number in the handful.

Collaborations between our lab and others have identified increased levels of modification to specific types of RNA, called transfer RNA, that deliver the building blocks of proteins to the parts of the cell assembling them. These tRNA modifications can be a key driver of cancer and resistance to chemotherapy, and they are also linked to developmental and neurological diseases.

RNome to understand health and disease

Compared to DNA, RNA is more unstable and structurally diverse, and there are fewer tools available to study and sequence it. While many resources and efforts were made to sequence DNA through the Human Genome Project, sequencing RNA and its many modifications remains a challenging task.

But with advances in technology, researchers are now able to study RNA modifications and recognize their potential to treat or prevent disease. The past 20 years of research devoted to RNA modifications has led to what scientists have called an RNA Renaissance, catapulting RNA to become one of the most attractive macromolecules to study and use as vaccines and medicines.

Understanding and harnessing the power of the dark matter of RNA requires a project on the scale of the Human Genome Project. Labs around the world are using new technologies and approaches to sequence all RNAs, called the RNome. Cataloging and defining RNA and its modifications in healthy and diseased cells will require even further advances in sequencing technology so that it can detect more than one modification at a time.

We believe maps of the RNome will spur new technologies, new discoveries and provide a path to new treatments, improving human health on a grand scale.

The Conversation

Thomas Begley receives funding from NIH

Marlene Belfort does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. RNA is key to the dark matter of the genome − scientists are sequencing it to illuminate human health and disease – https://theconversation.com/rna-is-key-to-the-dark-matter-of-the-genome-scientists-are-sequencing-it-to-illuminate-human-health-and-disease-274014

Mapping cemeteries for class – how students used phones and drones to help a city count its headstones

Source: The Conversation – USA (2) – By Robbyn Abbitt, Associate Director of the Geospatial Analysis Center, Miami University

Miami University students in the author’s advanced GIS course collect headstone data. Robbyn Abbitt, CC BY-SA

If you told me a decade ago that I’d become an expert in mapping cemeteries, I would’ve laughed and been very confused about the dramatic turn my professional life must’ve taken at some point.

I’m an environmental scientist who specializes in geospatial technology, which involves analyzing the Earth and how geography plays a role in human societies. I use these tools in my work to map conservation planning, food deserts, trail systems and green space accessibility.

For the past 20 years I’ve been overseeing Miami University’s Geospatial Analysis Center, building relationships with local cities, counties and companies. I started pairing my classes with outside partners to do mapping and analysis work. Some of the work my students most enjoyed was mapping small local cemeteries in and around southwest Ohio. The projects allowed them to gain experience with collecting data in the field and provided a human connection to the data.

Group of people surrounding a map laid on a grassy field, headstones and trees in the background
The author and students from her advanced GIS course investigate paper maps of the cemetery.
Miami University Communications, CC BY-ND

Then in 2020, the local cemetery association of Oxford, Ohio – which owned and operated the area’s largest cemetery, spanning over 40 acres – fell upon financial troubles and dissolved. This meant the city was now solely and fully responsible for the management and maintenance of this historic and active cemetery. And it was provided only old paper maps and stacks of interment cards that listed names, dates and funeral homes. The assistant city manager reached out to see whether there was a way we could help with mapping the cemetery and transitioning from all-paper to digital resources.

Thus began a yearlong adventure in harnessing the efforts of over 50 college students to figure out how to map a cemetery with over 6,000 headstones and virtually no records. What I didn’t anticipate was the newfound connections students would develop to the college town they call home.

Old school cemetery mapping

Traditional mapping methods would have us divide and conquer: We’d go out to the cemetery with multiple GPS units and mark a point on each headstone. While at the cemetery, we’d also take a photo of the headstone and write down its information – such as name and dates of birth and death – in a notebook.

Back in the office, we’d then combine the data from all our GPS units with the handwritten notes and photos. The final dataset would include the location of the headstone, all information on the headstone and a reference link to a photo.

This process took roughly 10 to 15 minutes per headstone overall. So a small cemetery of roughly 300 headstones would require nearly 60 hours of work to successfully map.

Rows of headstones in a cemetery, trees and a brick building in the backdrop
Miami University has its own section among the thousands of headstones in Oxford Cemetery.
Robbyn Abbitt, CC BY-ND

In the past five to 10 years, however, geospatial technology tools have gone through a transformation. Smartphones and the cloud have replaced the need for hand-held GPS units and local data servers. Drones can also quickly capture high-resolution aerial imagery. We could use these tools to combine all the separate steps necessary to collect headstone information and imagery.

All of this got me thinking: What if we used these advances in geospatial mapping technology to flip the script on cemetery mapping?

Flipping the script

What happened next was a giant experiment. Luckily for us, the city of Oxford had a new drone it had used to capture high-quality imagery of the cemetery. With this imagery, you could zoom in and see individual headstones very clearly.

Screenshot of phone app showing a map with a circled point of interest and coordinates to update a point
The author and her students used a phone app to collect headstone data.
Robbyn Abbitt, CC BY-ND

In the classroom, we created a new database and divvied up the cemetery into areas we were each responsible for. Before we even went on a site visit, every person placed a dot on top of each headstone they could see in the drone imagery of their area. Then at the cemetery we could simply walk to each headstone we were responsible for, take a photo and attach that to the dot we had placed earlier.

The result was a database of over 5,000 headstones marking where over 6,000 individuals had been laid to rest. With old field methods this would have taken over 1,200 hours. The new methods cut that time in half: just over 600 hours of work, or roughly six minutes per headstone.

Using this database, we then created a web application where family members and the city could search for individuals by name or by location. The city of Oxford now manages and updates this online resource.

Building community, past and present

While our goal had been to create a searchable online database of the cemetery to help the city, my students and I also learned a lot about our community. We said names and read stories that had previously been lost to time.

We learned that Miami University has a special section of the cemetery set aside for faculty and staff. Students encountered names they see every day as they enter campus buildings and walk the streets of Oxford.

We encountered “Babyland,” a special section where the local hospital, McCullough-Hyde, offers burial of infants who are lost during childbirth or treatment.

And we discovered that there are over 400 military veterans in the cemetery, including four from the Revolutionary War.

People kneeling, crouching and standing before rows of headstones, taking images and notes
Miami University students in the author’s advanced GIS course collect headstone data.
Miami University Communications, CC BY-ND

After this project, my students reported feeling more connected to the community of Miami University and the city of Oxford. They felt proud of the work they had done to preserve the area’s local history. And many continued to do research on the family names they encountered in the cemetery.

As the role of cemeteries shifts over time, they remain a treasure trove of local history and family connection. Knowing where to find a loved one is part of the human experience. Paying homage to those community members who worked and lived where we are now continues to be an important part of documenting our shared history.

And for students, mapping cemeteries provided a space to build community among their peers – and with their community ancestors.

The Conversation

Robbyn Abbitt receives funding from local entities that manage the cemeteries that have been mapped. She works for Miami University.

ref. Mapping cemeteries for class – how students used phones and drones to help a city count its headstones – https://theconversation.com/mapping-cemeteries-for-class-how-students-used-phones-and-drones-to-help-a-city-count-its-headstones-273154

Trump’s plan to wipe out US climate rules relies on EPA rescinding its 2009 endangerment finding – but will courts allow it?

Source: The Conversation – USA (2) – By Gary W. Yohe, Professor of Economics and Environmental Studies, Wesleyan University

Trucks leave a smoggy Port of Long Beach in 2008, the year before the endangerment finding was released. Luis Sinco/Los Angeles Times via Getty Images

In 2009, the U.S. Environmental Protection Agency formally declared that greenhouse gas emissions, including from vehicles and fossil fuel power plants, endanger public health and welfare. The decision, known as the endangerment finding, was based on years of evidence, and it has underpinned EPA actions on climate change ever since.

The Trump administration now wants to tear up that finding as it tries to roll back climate regulations on everything from vehicles to industries.

But the move might not be as simple as the administration hopes.

An airplane flying over a packed highway with San Diego in the background.
Transportation is the nation’s leading source of emissions, yet the federal government aims to roll back vehicle standards and other regulations written to help slow climate change.
Kevin Carter/Getty Images

EPA Administrator Lee Zeldin sent a proposed rule to the White House Office of Management and Budget in early January 2026 to rescind the endangerment finding. But on Jan. 30, a federal judge ruled that the Department of Energy violated the law when it handpicked five researchers to write the climate science review that the EPA is using to defend its plan. The ruling doesn’t necessarily stop the EPA, but it raises questions.

There’s no question that if the EPA does rescind the endangerment finding that the move would be challenged in court. The world just lived through the three hottest years on record, evidence of worsening climate change is stronger now than ever before, and people across the U.S. are increasingly experiencing the harm firsthand.

Several legal issues have the potential to stop the EPA’s effort. They include emails submitted in a court case that suggest political appointees sought to direct the scientific review.

To understand how we got here, it helps to look at history for some context.

The Supreme Court started it

The endangerment finding stemmed from a 2007 U.S. Supreme Court ruling in Massachusetts v. EPA.

The court found that various greenhouse gases, including carbon dioxide, were “pollutants covered by the Clean Air Act,” and it gave the EPA an explicit set of instructions.

The court wrote that the “EPA must determine whether or not emissions from new motor vehicles cause or contribute to air pollution which may reasonably be anticipated to endanger public health or welfare.”

But the Supreme Court did not order the EPA to regulate greenhouse gas emissions. Only if the EPA found that emissions were harmful would the agency be required, by law, “to establish national ambient air quality standards for certain common and widespread pollutants based on the latest science” – meaning greenhouse gases.

The Supreme Court justices seated for a formal portrait.
The Supreme Court under Chief Justice John Roberts in 2007 included seven justices appointed by Republican presidents. Front row, left to right: Anthony M. Kennedy (appointed by Ronald Reagan), John Paul Stevens (Gerald Ford), John Roberts (George W. Bush), Antonin Scalia (Reagan) and David Souter (George H.W. Bush). Standing, from left: Stephen Breyer (Bill Clinton), Clarence Thomas (George H.W. Bush), Ruth Bader Ginsburg (Clinton) and Samuel Alito Jr. (George W. Bush).
AP Photo/J. Scott Applewhite

The EPA was required to follow formal procedures – including reviewing the scientific research, assessing the risks and taking public comment – and then determine whether the observed and projected harms were sufficient to justify publishing an “endangerment finding.”

That process took two years. EPA Administrator Lisa Jackson announced on Dec. 7, 2009, that the then-current and projected concentrations of six key greenhouse gases in the atmosphere – carbon dioxide, methane, nitrous oxide, hydrofluorocarbons, perfluorocarbons and sulfur hexafluoride – threatened the public health and welfare of current and future generations.

Challenges to the finding erupted immediately.

Jackson denied 10 petitions received in 2009-2010 that called on the administration to reconsider the finding.

On June 26, 2012, the U.S. Court of Appeals for the D.C. Circuit upheld the endangerment finding and regulations that the EPA had issued under the Clean Air Act for passenger vehicles and permitting procedures for stationary sources, such as power plants.

This latest challenge is different.

It came directly from the Trump administration without going through normal channels. It was, though, entirely consistent with both the conservative Heritage Foundation’s Project 2025 plan for the Trump administration and President Donald Trump’s dismissive perspective on climate risk.

Trump’s burden of proof

To legally reverse the 2009 finding, the agency must go through the same evaluation process as before. According to conditions outlined in the Clean Air Act, the reversal of the 2009 finding must be justified by a thorough and complete review of the current science and not just be political posturing.

That’s a tough task.

Energy Secretary Chris Wright has talked publicly about how he handpicked the five researchers who wrote the scientific research review. A judge has now found that the effort violated the 1972 Federal Advisory Committee Act, which requires that agency-chosen panels providing policy advice to the government conduct their work in public.

All five members of the committee had been outspoken critics of mainstream climate science. Their report, released in summer 2025, was widely criticized for inaccuracies in what they referenced and its failure to represent the current science.

Scientific research available today clearly shows that greenhouse gas emissions harm public health and welfare. Importantly, evidence collected since 2009 is even stronger now than it was when the first endangerment finding was written, approved and implemented.

Map shows many ares with record or near record warm years.
Many locations around the world had record or near-record warm years in 2025. Places with local record warmth in 2025 are home to approximately 770 million people, according to data from Berkeley Earth.
Berkeley Earth, CC BY-NC

For example, a 2025 review by the National Academies of Sciences, Engineering and Medicine determined that the evidence supporting the endangerment finding is even stronger today than it was in 2009. A 2019 peer-reviewed assessment of the evidence related to greenhouse gas emissions’ role in climate change came to the same conclusion.

The Sixth Assessment of the Intergovernmental Panel on Climate Change, a report produced by hundreds of scientists from around the world, found in 2023 that “adverse impacts of human-caused climate change will continue to intensify.”

Maps show most of the US, especially the West, getting hotter, and the West getting drier.
Summer temperatures have climbed in much of the U.S. and the world as greenhouse gas emissions have risen.
Fifth National Climate Assessment

In other words, greenhouse gas emissions were causing harm in 2009, and the harm is worse now and will be even worse in the future without steps to reduce emissions.

In public comments on the Department of Energy’s problematic 2025 review, a group of climate experts from around the world reached the same conclusion, adding that the Department of Energy’s Climate Working Group review “fails to adequately represent this reality.”

What happens if EPA does drop the endangerment finding

As an economist who has studied the effects of climate change for over 40 years, I am concerned that the EPA rescinding the endangerment finding on the basis of faulty scientific assessment would lead to faster efforts to roll back U.S. climate regulations meant to slow climate change.

It would also give the administration cover for further actions that would defund more science programs, stop the collection of valuable data, freeze hiring and discourage a generation of emerging science talent.

Cases typically take years to wind through the courts. Unless a judge issued an injunction, I would expect to see a continuing retreat from efforts to reduce climate change while the court process plays out.

I see no scenario in which a legal challenge doesn’t end up before the Supreme Court. I would hope that both the enormous amount of scientific evidence and the words in the preamble of the U.S. Constitution would have some significant sway in the court’s considerations. It starts, “We the People of the United States, in Order to form a more perfect Union,” and includes in its list of principles, “promote the general Welfare.”

The Conversation

Gary W. Yohe does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trump’s plan to wipe out US climate rules relies on EPA rescinding its 2009 endangerment finding – but will courts allow it? – https://theconversation.com/trumps-plan-to-wipe-out-us-climate-rules-relies-on-epa-rescinding-its-2009-endangerment-finding-but-will-courts-allow-it-274194

Historically Black colleges and universities do more than offer Black youths a pathway to opportunity and success – I teach criminology, and my research suggests another benefit

Source: The Conversation – USA (2) – By Andrea Hagan, Instructor of Criminology & Justice, Loyola University New Orleans, Loyola University New Orleans

Jackson State University students attend an event in Mississippi in October 2025. Aron Smith/Jackson State University via Getty Images

Historically Black colleges and universities, often known as HBCUs, are well known for their deep roots in U.S. higher education and proven effectiveness at graduating Black students who go on to become professionally successful.

HBCUs are colleges and universities that were established before 1964, with the mission of educating Black Americans, though now anyone can attend.

As a criminology instructor who has spent 13 years studying the relationship between educational trajectories and criminal justice – and a Black woman who grew up in the South and attended an HBCU – I believe that HBCUs offer another often overlooked benefit.

They give young people, especially Black people, a pathway in higher education that they might not otherwise receive. By opening doors to education, jobs and mentorship, HBCUs disrupt the conditions that can cause young people – especially Black people – to get lost in the criminal justice system.

The U.S. incarcerates approximately 1.6 million people. Black Americans are locked up at five times the rate of white Americans. This disparity starts young: Black teenagers are 5.6 times more likely to be placed in juvenile detention than white teenagers, and people who are incarcerated as juveniles are nearly four times more likely to be incarcerated as adults. Overall, the vast majority of Black people are not incarcerated.

Attending a HBCU, or any other university, does not guarantee a stable financial future. And not graduating from high school or college certainly does not not mean that someone will become incarcerated.

But research shows that education, especially a college degree, is closely linked to lower crime rates. College graduates who do commit crimes reoffend at rates below 6%, while people who drop out of high school return to prison at rates around 75%.

This is why I believe HBCUs in particular have an important role to play in helping young Black people avoid this path.

Three young women wear black graduation robes and black graduation hats and stand in a row.
Spelman College graduates arrive at their commencement ceremony in May 2025 in College Park, Ga.
Paras Griffin/Getty Images

Understanding HBCUs

Today, there are roughly 100 HBCUs in 19 states, as well as the District of Columbia and the U.S. Virgin Islands. The schools are a mix of public schools and private, nonprofit colleges and universities.

HBCUs make up just 3% of the country’s colleges and universities. But their graduates include 40% of Black engineers, 50% of Black lawyers and 70% of Black doctors in the United States.

Most HBCUs are located in Southern and mid-Atlantic states – a legacy of when segregation barred Black students from attending most colleges and universities.

Many HBCUs are also located in rural Southern communities, in particular. Residents of these areas tend to live in poverty and have limited educational opportunities.

Attending a local HBCU is often one of the most practical ways these prospective students can get a degree – in part because HBCUs are often more affordable than other four-year college options.

The average annual tuition for an in-state student at a public HBCU is roughly US$7,700 per year – well below the national average, which ranges from $12,000 at public schools to $45,000 at private schools. Some public HBCUs charge as little as $1,000 in annual tuition for in-state students.

Schools like Coppin State University in Baltimore and the University of Maryland Eastern Shore also offer in-state rates to out-of-state students from places that do not have HBCUs nearby.

Despite their focus on Black students, HBCUs are increasingly diverse.

In 2022, non-Black students made up 24% of the student population at HBCUs. By comparison, 15% of non-Black students made up HBCU populations in 1976.

HBCUs also enroll low-income students, regardless of race, at three times the rate that predominantly white colleges do.

Upward mobility

Research shows completing high school reduces arrest rates by 11% to 12% for both property and violent crimes, regardless of race or economic background.

College takes this effect further.

Studies have found that college enrollment helps young people with histories of delinquency to stop committing crimes. Completing a four-year degree reduces the likelihood of criminal behavior by 43% to 48%, compared to those who started college but did not finish.

A few long-recognized reasons help explain this pattern. Education increases earning potential, making crime a riskier and less attractive option for people with a degree. Education also encourages long-term thinking, strengthens ties to employers and communities, and builds problem-solving skills that help people navigate challenges.

I have seen firsthand, through my own experiences growing up in the South and teaching students, how HBCUs can help move Black students out of poverty. These schools stand out among other colleges in terms of how effectively they graduate low-income Black students and move them into the middle class, outcomes that research links to reduced criminal behavior.

When researchers rank colleges by whether and how their students improve their socioeconomic status, income and wealth over time, more than half of the highest-performing schools are HBCUs.

Black students who attend HBCUs are 30% more likely to earn a degree than Black students who attend colleges that are not HBCUs. Black HBCU graduates are also likely to earn more money than Black non-HBCU college graduates.

This matters because poverty is one of the strongest predictors of whether someone will commit a crime.

When colleges and universities graduate students who earn middle-class incomes, they help break what researchers call the cycle of intergenerational poverty and incarceration. This pattern describes how children of incarcerated parents are six times more likely to end up in the justice system.

An ongoing money problem

Despite their benefits, HBCUs have chronically struggled with funding. In recent decades, state governments have not given Black land-grant universities – meaning public colleges originally created through federal legislation to serve Black students during segregation – at least $12.8 billion the federal government said they were owed.

Recent federal support for HBCUs has been mixed, as the Trump administration has made widespread cuts to many universities and colleges.

In April 2025, President Donald Trump signed an executive order renewing the White House Initiative on HBCUs, a federal effort to help support these schools. At the time, he said that Black colleges had no reason to fear cuts.

But days later, Trump’s proposed 2026 budget included $64 million in cuts to Howard University, one of the oldest HBCUs.

In September 2025, the Trump administration redirected $435 million to HBCUs by cutting funds from grant programs that had supported Hispanic-serving institutions and other colleges that have a large proportion of Hispanic or other minority students.

A large crowd is seen on a field in front of a red brick building with a tall clock tower.
People gather on Howard University’s campus during its annual homecoming event in October 2016.
Cheriss May/NurPhoto via Getty Images

The context that matters

The U.S. criminal justice system disproportionately affects Black people at every stage – from arrests to incarceration. Black Americans make up about 13% of the U.S. population but account for roughly 37% of all people in U.S. jails and prisons.

According to the National Academies of Sciences, the lifetime risk of imprisonment for Black men born between 1975 and 1979, and with less than a high school education, was about 68% – meaning nearly 7 in 10 in that group experienced incarceration at least once.

I have seen firsthand that when Black students from low-income backgrounds enroll at HBCUs, they become more likely to complete a degree and achieve the kind of financial stability that research shows helps reduce the risk of becoming caught up in the criminal justice system.

The Conversation

Andrea Hagan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Historically Black colleges and universities do more than offer Black youths a pathway to opportunity and success – I teach criminology, and my research suggests another benefit – https://theconversation.com/historically-black-colleges-and-universities-do-more-than-offer-black-youths-a-pathway-to-opportunity-and-success-i-teach-criminology-and-my-research-suggests-another-benefit-272976