Rachat par un fonds de capital-investissement : menace ou opportunité pour les salariés ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Iliya Komarev, Associate Professor of Accounting and Auditing, Montpellier Business School

Que se passe-t-il vraiment pour les salariés quand un fonds de capital-investissement rachète une entreprise ? La politique de ressources humaines de ces acteurs financiers est plus nuancée qu’on ne le croit et dépend largement du contexte. Pour tous les salariés, cela peut être le bon moment de se poser la question : rester ou partir ? Car l’arrivée d’un fonds redistribue les cartes au-delà de la seule entreprise rachetée. Tout le secteur est affecté.


Le capital‑investissement connaît un essor spectaculaire en France. Les montants engagés atteignent des niveaux record : 26 milliards d’euros investis dans 2 692 entreprises en 2024, contre 10,7 milliards en 2015, selon France Invest. Résultat : un nombre croissant d’entreprises, moyennes ou grandes, passent sous le contrôle de fonds privés.

Au cours des quinze dernières années, plusieurs enseignes bien connues ont été concernées : Elior, Keolis, Kiloutou, Loxam, Maisons du Monde ou encore Picard. Et ces deux dernières années ont vu le rachat de sociétés pharmaceutiques d’importance stratégique, comme Biogaran, acquis par BC Partners pour près d’un milliard d’euros, ou Opella, la branche Santé Grand Public de Sanofi, vendue au consortium CD&R-Bpifrance pour une valorisation globale avoisinant les 15 milliards d’euros. Le mouvement touche aussi la finance (Cyrus Group, Eres Group), l’environnement et l’énergie (DI Environnement, FACE).

Dans ce contexte, beaucoup de salariés s’interrogent : que se passera-t‑il quand un fonds arrivera au capital de l’entreprise où je travaille ? Les modes de gestion et de management vont-ils changer ? Dans quel sens ?




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Un objectif clair

Un fonds de capital‑investissement poursuit un objectif clair : accroître la valeur financière de l’entreprise avant de la revendre trois, cinq ou dix ans plus tard. Pour y parvenir, il cherche à optimiser les coûts, accélérer la croissance et améliorer la performance opérationnelle.

Cela se traduit souvent par des restructurations, une rationalisation des dépenses – notamment de personnel – et parfois par une révision complète du mode de management. L’arrivée d’un fonds s’accompagne également d’un changement d’équipe dirigeante et de culture d’entreprise.

Une gestion active des coûts salariaux

Selon notre étude menée sur 368 entreprises européennes (moitié rachetées, moitié non rachetées), les entreprises acquises deviennent plus sensibles aux coûts salariaux en ce sens qu’elles ajustent leur politique de ressources humaines. Il a été reproché aux fonds d’investissement d’imposer une financiarisation des entreprises acquises, qui consiste à privilégier les objectifs de performance financière de court terme au service des investisseurs et au détriment des dépenses salariales, mais aussi au détriment des conventions tacites avec toute autre prenante.

Néanmoins, les effets sur les politiques de ressources humaines de l’entrée d’un fonds dans le capital peuvent varier en fonction de plusieurs facteurs et ne sont pas toujours néfastes. Si le fonds d’investissement provient d’un pays avec une forte culture de performance financière, la nouvelle direction risque d’adopter des politiques qui sacrifient les emplois au bénéfice de la rémunération des investisseurs. Mais le fonds, dans sa quête d’optimisation opérationnelle, peut aussi apporter une transformation technologique qui renforce les compétences transférables des employés.

Notre article montre que les conséquences sur l’emploi, à la suite du rachat par un fonds privé, dépendent de la conjoncture du secteur d’activité. Cette conjoncture peut soit renforcer, soit affaiblir la corrélation inverse entre le coût moyen par salarié et le nombre de personnes employées dans l’entreprise. En pratique, si une entreprise devait augmenter le salaire moyen de ses employés (pression à la hausse par le marché de l’emploi, augmentation des charges sociales), elle serait amenée à réduire ses effectifs.

  • Dans un secteur en forte croissance, où les salaires augmentent, l’entreprise rachetée par un fonds privé aura tendance à ralentir l’augmentation des salaires et à maintenir, voire à réduire, le nombre d’emplois afin d’assurer sa rentabilité financière. À l’opposé, ses concurrentes non acquises par un fonds misent sur l’attractivité et investissent dans le capital humain (formations, avantages non pécuniaires, primes), en affaiblissant la corrélation inverse entre salaire moyen et nombre d’emplois. La réduction de la masse salariale chez l’entreprise acquise se fait ici au travers de la réduction des effectifs.

  • Dans un secteur en difficulté, où les salaires baissent et les autres avantages aux employés sont remis en question, l’entreprise acquise par un fonds pousse encore plus loin la réduction du coût moyen par employé pour justifier le maintien des emplois. Elle peut utiliser ainsi une ressource humaine moins chère pour maintenir sa performance financière. À l’inverse, dans ce contexte économique tendu, l’entreprise non acquise sacrifie, externalise ou automatise des postes moins performants, en maintenant une rémunération moyenne relativement avantageuse de ses salariés restants. La réduction de la masse salariale chez l’entreprise acquise se fait ici au travers de la baisse du salaire moyen.

En clair, l’optimisation de la masse salariale devient un besoin immédiat pour les entreprises acquises par un fonds privé.

Des effets en cascade chez les concurrents

Notre étude révèle également un phénomène moins connu : le rachat par un fonds a un impact sur les entreprises concurrentes. Celles‑ci absorbent souvent les salariés dont l’entreprise rachetée se sépare, généralement à des salaires plus bas. Mais l’étude montre que les écarts de rémunération se résorbent en deux à trois ans.

Cette « contagion » est particulièrement visible dans les secteurs à forte intensité de compétences où le salaire moyen est élevé : les concurrents recrutent des profils qualifiés ou rares, libérés par les entreprises acquises. À l’inverse, les fonds n’hésitent pas non plus à débaucher chez les concurrents des talents qu’ils souhaitent attirer, souvent au moyen de salaires plus élevés. Une véritable dynamique de chaises musicales s’installe.

Trois ans après une opération de rachat, les différences entre entreprises acquises et non acquises tendent ainsi à s’effacer. Les salaires comme la performance opérationnelle convergent. C’est la preuve que les entreprises du secteur s’adaptent rapidement et que les salariés recrutés par les concurrents valorisent leurs compétences.

Rester ou partir ? Le dilemme du salarié

Lorsqu’une entreprise est rachetée par un fonds, les salariés se retrouvent devant un choix stratégique. Ils peuvent choisir de s’aligner avec la nouvelle direction, en contribuant à l’optimisation recherchée par l’investisseur. Ils proposeront dans ce cas des améliorations, adopteront les nouveaux outils et méthodes. Cela peut ouvrir la voie à une promotion ou à une évolution interne. Néanmoins, les risques psychosociaux demeurent présents pour les employés qui ont fait l’effort de s’adapter et qui ont évité le licenciement. La manifestation la plus fréquente de ces risques est le syndrome du survivant.

Fnege Médias, 2021.

Une autre possibilité est de partir chez un concurrent. Ce départ peut être l’occasion de valoriser ses compétences sur le marché… mais peut impliquer une baisse temporaire de rémunération, selon les secteurs et la rareté du profil. La probabilité de retrouver rapidement un emploi pertinent dépend de la combinaison de trois facteurs majeurs : structurels (conjoncture économique, dynamique du secteur), personnels (qualification, compétences, expérience et autres éléments objectifs) et décisionnels (éléments subjectifs comme l’aversion au changement, les préférences personnelles, etc.).

Par exemple, dans un marché en croissance, la mobilité sera probablement plus facile pour les profils hautement qualifiés et ouverts aux changements. Mais dans un secteur en récession, la mobilité sera plus accessible aux profils peu qualifiés et à faible salaire.

Une recomposition générale

Le capital‑investissement ne bouleverse pas seulement les entreprises qu’il rachète. Il recompose l’ensemble des secteurs, en accélérant les mouvements de talents et les stratégies de croissance des concurrents.

Pour les salariés, comprendre ces mécanismes est essentiel. Un rachat n’est pas forcément synonyme de perte ou d’incertitude. Il peut devenir une opportunité de repositionnement, à condition de clarifier sa stratégie personnelle, d’identifier ses compétences clés, d’anticiper les changements, et, si nécessaire, d’accepter des ajustements temporaires de son niveau de salaire pour viser mieux à long terme.

The Conversation

Iliya Komarev ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rachat par un fonds de capital-investissement : menace ou opportunité pour les salariés ? – https://theconversation.com/rachat-par-un-fonds-de-capital-investissement-menace-ou-opportunite-pour-les-salaries-258473

Gibson ou Fender : deux stratégies pour deux histoires très différentes

Source: The Conversation – France (in French) – By Monica Riviere, Associate Professor of Management, INSEEC Grande École

Et si les réactions des entreprises en période de crise ne devaient rien au hasard. Et si, quand l’horizon devient flou et les difficultés s’accumulent, les entreprises choisissaient de revenir à leur histoire. Comme une sorte de réflexe, un retour aux sources pour retrouver l’élan qui leur a donné vie. Illustration avec les cas de deux fabricants de guitares, Gibson et Fender.


Le renouveau stratégique a plus de chances de réussir lorsque les entreprises réfléchissent aux raisons pour lesquelles certaines orientations avaient autrefois du sens, et si elles en ont toujours. Pour les dirigeants, la leçon à tirer n’est pas de romancer le passé mais de le comprendre.

En période de profonde incertitude, les entreprises cherchent parfois à se réinventer radicalement. Nouvelles technologies, nouveaux marchés, nouvelles identités : l’avenir est imaginé comme une rupture totale avec le passé. Pourtant, l’histoire suggère quelque chose de plus surprenant. Lorsque l’incertitude devient écrasante, de nombreuses entreprises ne vont pas de l’avant en abandonnant leurs origines, mais en les redécouvrant.

Nos recherches sur deux entreprises emblématiques de l’industrie de la guitare, Gibson et Fender, montrent que le passé joue un rôle beaucoup plus actif dans la prise de décisions stratégiques qu’on ne le suppose souvent. Loin de se réduire à une source d’inertie – à l’image du cas, souvent cité dans la recherche, de Kodak – l’histoire d’une organisation peut aussi devenir un levier pour réinterpréter son identité et créer de la valeur dans la durée, comme le montrent des travaux portant sur Alfa Romeo et Ducati, et plus largement des recherches mobilisant des exemples tels que Lego ou Carlsberg.




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Trouver les bons signaux

Lorsque les marchés sont dynamiques mais restent prévisibles (concurrence croissante, évolution technologique progressive, changements en demande), les entreprises d’un même secteur réagissent souvent de manière similaire, entre réduction des coûts et innovation progressive. Mais lorsque l’incertitude s’accentue, lorsqu’il devient difficile de déterminer quels signaux sont importants, les entreprises commencent à diverger fortement. Même les entreprises confrontées aux mêmes pressions peuvent faire des choix très différents.

Le leadership et les ressources expliquent en partie ces différences, mais ce n’est pas tout. Les entreprises interprètent l’incertitude à travers le prisme de leur histoire. Les convictions des fondateurs, les premiers succès et les conditions initiales du marché marquent durablement la façon dont les entreprises appréhendent le monde, ce à quoi elles prêtent attention et ce qu’elles considèrent comme des actions légitimes. Cette empreinte ne disparaît pas. Elle s’estompe, refait surface et évolue, mais elle s’efface rarement.

Gibson et Fender en sont une illustration parfaite. Tous deux ont contribué à l’invention de la guitare électrique moderne. Tous deux ont été confrontés aux mêmes bouleversements au cours des 80 dernières années : mondialisation, nouveaux concurrents, technologies numériques, évolution des goûts musicaux.

Tourné vers les technologies ou vers les clients ?

Fondée par un luthier talentueux, Gibson est ancrée dans l’artisanat. Dès le début, l’entreprise a cherché à façonner le marché en proposant des instruments innovants, en avance sur les usages existants. Fender, en revanche, est née de l’initiative d’un comptable, amateur de réparation d’appareils électroniques, peu attaché à la tradition. Son succès initial repose sur une écoute attentive des musiciens et la conception d’instruments abordables et pratiques, dont la guitare à corps plein – la Telecaster –, pensée pour résoudre les problèmes de bruit des guitares creuses amplifiées en concert.

Ces débuts différents ont façonné deux manières distinctes d’appréhender l’environnement. Gibson avait tendance à se tourner d’abord vers la technologie et l’innovation. Fender avait tendance à se tourner d’abord vers les clients et leur utilisation de l’instrument.

Loin des origines

Avec l’explosion de la popularité de la guitare électrique dans les années 1960, les deux entreprises ont connu une croissance rapide. La demande grandissante et la concurrence accrue les ont poussées vers la production de masse, l’efficacité et la réduction des coûts. Au fil du temps, chacune s’est éloignée de son orientation de départ, au profit de stratégies de plus en plus convergentes.

Cet éloignement de leurs racines n’était pas nécessairement une erreur. Dans des environnements dynamiques, les entreprises réussissent souvent en améliorant progressivement leurs produits et leurs processus de production. Mais lorsque l’incertitude s’accentue, lorsque des ajustements progressifs ne suffisent plus, les stratégies habituelles perdent leur efficacité.

C’est alors que les entreprises entrent dans ce que les chercheurs appellent des « périodes sensibles » : des moments où de mauvaises performances, des changements de direction ou des chocs externes les rendent particulièrement ouvertes à une remise en question de leur stratégie.

Incertitude et mémoire

Le début des années 2000 a marqué un tel moment pour l’industrie de la guitare. Les technologies numériques ont transformé la façon dont la musique était produite, distribuée et consommée. La place centrale de la guitare dans la culture est devenue incertaine. De nouveaux outils logiciels et de nouvelles plateformes ont bouleversé les hypothèses de longue date sur la demande.

Paradoxalement, les ventes de guitares ont augmenté pendant cette période, atteignant leur apogée en 2005, alors même que la musique rock perdait de son importance. Personne ne pouvait clairement identifier ce qui stimulait le marché. Face à cette incertitude, Gibson et Fender ont divergé de manière substantielle pour la première fois de leur histoire. Chacune est revenue, à sa manière, à ses origines.

Gibson a misé sur l’expérimentation technologique, investissant dans les guitares numériques et les technologies audio. Cette diversification, marquée par l’acquisition des activités audio de Philips, a toutefois fragilisé l’entreprise, jusqu’à sa faillite en 2018.

De nouvelles pratiques générationnelles

Fender a emprunté une voie différente, en se concentrant sur la manière dont les nouvelles générations apprenaient et jouaient la musique. Plutôt que de transformer l’instrument lui-même, l’entreprise a investi dans des plateformes d’apprentissage en ligne et des communautés numériques, restant fidèle à ses racines orientées vers le client, comme l’expliquait alors son PDG Andy Mooney. Cette stratégie s’est révélée particulièrement efficace.

Fnege Médias, 2023.

Dans les deux cas, l’histoire n’a pas dicté de décisions spécifiques. Elle a façonné la manière dont chaque entreprise a interprété l’incertitude et ce qu’elle considérait comme une voie plausible pour l’avenir.

Pourquoi l’histoire est importante

Ce schéma dépasse largement le cadre des guitares. Dans des secteurs allant de la fabrication à l’énergie, en passant par les chaînes d’approvisionnement mondiales, les entreprises redécouvrent souvent leur logique fondatrice lorsque les stratégies habituelles cessent de fonctionner. Cela conduit parfois à un renouveau. Parfois, à l’échec. Mais c’est rarement le fruit du hasard.

L’histoire organisationnelle influence non seulement ce que font les entreprises, mais aussi ce qu’elles remarquent. Elle guide leur attention – vers les clients, la technologie, les concurrents ou les coûts – et filtre les signaux qui sont pris au sérieux. En période calme, ces filtres sont invisibles. En période de turbulences, ils deviennent décisifs. Cela explique également pourquoi la copie des stratégies des concurrents échoue si souvent. Ce qui fonctionne pour une entreprise peut entrer en conflit avec la manière historique d’appréhender et d’agir d’une autre entreprise.

En période d’incertitude, l’avenir se construit rarement à partir de zéro. Le plus souvent, il se construit en réinterprétant ce qui a précédé.

The Conversation

Monica Riviere ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Gibson ou Fender : deux stratégies pour deux histoires très différentes – https://theconversation.com/gibson-ou-fender-deux-strategies-pour-deux-histoires-tres-differentes-274205

L’exploitation des sables minéralisés suscite des tensions au Sénégal : voici comment les apaiser

Source: The Conversation – in French – By Papa Sow, Senior Researcher, The Nordic Africa Institute

Le Sénégal est depuis plusieurs années un producteur de minéraux et de métaux tels que les phosphates, le fer, le titane, le cuivre, le rutile, le leucoxène, le nickel, l’ilménite et le zircon. En 2007, et pour une durée de 25 ans,l’Etat a octroyé à la société minière à capitaux internationaux GCO (Grande Côte Operations, devenue depuis novembre 2025 EGC – Eramet Grande Côte) un permis d’exploitation du zircon sur une superficie de 451.949 km2. Celle-ci s’étend du nord de Dakar (après la commune de Kayar) au sud de Saint-Louis (la Commune de Gandiol).

Le sable de zircon, ou silicate de zirconium — un minéral critique listé au numéro 40 dans le tableau périodique des minéraux de Mendeleïev)
—, et l’ilménite — un minéral non rare — sont présents en abondance dans de nombreux pays.

Le zircon est extrait de dépôts de sables noirs particulièrement riches en minéraux lourds, grâce à des techniques complexes de dragage ou d’extraction à sec. Le Sénégal, qui extrait un peu plus de 5 % du zirconium mondial, se range derrière la France, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Mozambique qui demeurent les principaux producteurs et fournisseurs du monde.

Ces minéraux lourds sont concentrés le long des dunes sur la côte nord et en Casamance, dans le sud du pays. En 2021, le Sénégal disposerait du quatrième ou cinquième gisement de sables minéralisés au monde.

L’étude récente que j’ai menée met en lumière des tensions multidimensionnelles autour de l’exploitation de ce minerai avec des conflits saillants qui incluent des spoliations foncières – certains agriculteurs ayant perdu leurs terres fertiles en échange d’indemnisations faibles ou de relocations non adéquates –, les menaces sur l’économie touristique locale longtemps basée sur les écolodges, les bivouacs et les paysages uniques.

A cela s’ajoute la dégradation de l’environnement provoquée par la voracité d’une drague géante – actuellement aux arrêts « pour une période longue » après un « incendie » – qui avance et filtre, au nord de Lompoul, le sable minéralier conçu il y a des milliers d’années.

L’extraction des minéraux qui s’étire le long des dunes impacte durablement l’écosystème côtier, menace les cultures maraîchères et « pollue » la nappe phréatique, selon les agriculteurs interrogés dans notre étude.

Les aires de Diogo et de Lompoul, avec une population de plus de 40 000 habitants, sont aujourd’hui les plus impactées par cette exploitation qui se déplace d’année en année, anéantissant sur son passage toute activité traditionnelle – agriculture, élevage et pêche. L’exploitation endommage le reboisement des filaos mis en place depuis les années 1950 pour lutter contre l’érosion.

La mine mobile se déplace de 30 mètres par jour. Soit 7 000 tonnes de sables à l’heure et à peu près 3 500 camions de sable chaque jour sont livrés à la drague qui fait le tri des sables. Plus de 25 000 m³ d’eau/jour – quantité provenant du pompage direct dans les aquifères souterrains – sont nécessaires au fonctionnement journalier de l’unité de concentration flottante. Quant aux « déchets résiduels » (dont EGC continue de nier l’existence), ils sont susceptibles de « polluer » les nappes phréatiques et de créer de graves maladies.

Le « paternalisme » industriel face à l’acceptabilité sociale

Les investissements d’EGC, qui emploie plus de 2 200 personnes au Sénégal, sont estimés à 800 millions d’euros. La société minière EGC est contrôlée à 90 % par le groupe français ERAMET.

La part de l’État du Sénégal n’est que de 10 %. L’exploitation des sables minéralisés porte le Sénégal au rang mondial confortable de quatrième pays parmi les pays producteurs de ces produits, soit 700.000 tonnes de minéraux lourds traités chaque année.

La relation EGC-populations locales apparaît quasi asymétrique. EGC est perçue comme un « bienfaiteur » avec un certain nombre d’actions : relocations avec logements, mise en place de structures de santé, projets communautaires financés, Standard Initiative for Responsible Mining Assurance – IRMA 50 pour une « exploitation minière responsable », programmes de suivis participatifs, audits de suivi tous les 18 mois, restitutions de plus de 1000 hectares de terres reboisées, etc. Mais ce « bienfaiteur » reste exigeant. Les populations locales, souvent perçues comme de simples sujets devant faire preuve de respect, de loyauté et d’obéissance envers la multinationale, interprètent cette situation comme une forme de « paternalisme ».

Cette sorte de « contrôle social » exercé sur les populations locales qu’on voudrait voir être « fidèles et disciplinées » essaie de limiter les dégâts de contestations renvoyant aux nombreuses relocations, aux compensations financières « faibles » et aux impacts négatifs des extractions sur l’environnement.

L’acceptabilité sociale du projet d’extraction de minéraux n’a pas encore réellement pris. Elle est récusée par bon nombre de populations locales. Certains maires de ville avaient d’ailleurs, dès 2022, rejeté, lors d’une audience publique, l’étude d’impact environnementale présentée par EGC.

Les riverains estiment que les infrastructures (cases de santé, écoles, logements), bien que construites par EGC, sont souvent soit inopérantes, soit insuffisantes. Il y a donc un présage d’injustice sociale ambiante, un sentiment diffus qu’on a assisté à une sorte de pillage de leurs ressources par EGC sans que l’Etat sénégalais se prononce clairement sur la question.

Menace sur le tourisme et l’agriculture

Parallèlement à l’extraction minéralière, les aires de Diogo et de Lompoul, du fait de leurs terres riches, d’une nappe phréatique peu profonde et de paysages dunaires spectaculaires, sont aussi exploitées par les entrepreneurs du secteur touristique. Ces derniers ont contribué depuis le début des années 1980 à instaurer le concept du « tourisme de désert ».

A Lompoul, le tourisme qui exploite le mini « désert de Loumpoul » couvrant 18 km², situé à 200 km au nord de Dakar, s’est développé. C’est un site hostile, semi-aride et quasi désertique, situé à 50 kilomètres à l’ouest de la ville de Kébémer. Ce « désert », constitué de dunes de 30 à 40 mètres de hauteur, attire une clientèle touristique friande de solitude et d’un repos loin des grandes agglomérations bruyantes. En 20 ans, cette partie du Sénégal était devenue une zone de randonnée sécurisée que des touristes venus du monde entier arpentent.

Mais depuis plusieurs années, l’exploitation des sables minéralisés menace ces activités touristiques dans ce « désert de Lompoul » mais aussi le secteur de l’agriculture intensive. Certains exploitants touristiques et agriculteurs sont opposés à ces extractions. Un collectif de cadres, d’activistes et d’artistes les a soutenus par ailleurs dans une pétition publique publiée dans plusieurs médias à la mi-mars 2025.

Des activistes qui ont essayé de soutenir les populations locales ont été convoqués dans les tribunaux sénégalais en citation directe. D’autres ont été violemment brimés et emprisonnés pour quelques jours au cours du mois de février 2025, puis libérés. Les menaces étant désormais permanentes et voilées.

Manque de capacitation institutionnelle

Le Sénégal dispose d’un code minier avec un cadre institutionnel, élaboré en 2003, plusieurs fois remanié et réadapté en 2016.

C’est un excellent cadre législatif qui réglemente les activités minières dans le pays. Il incite à une gouvernance rationnelle des ressources minières, prévoit une répartition des dividendes entre l’Etat, les collectivités locales et les populations riveraines des sites exploités. Il n’en demeure pas moins que son application suscite des défis et enjeux majeurs.

Mon étude propose des recommandations. Pour rompre avec le « paternalisme industriel » décrié, calmer le mécontentement dans cette partie du Sénégal et promouvoir une meilleure acceptabilité sociale, il convient de :

  • Créer un fonds souverain — ou/et une rente annuelle indexée sur l’inflation — qui détiendra des parts dans l’exploitation minière pour garantir les revenus des populations locales à long terme. Il faut certes prioriser la loi sur le contenu local du secteur minier en ne misant pas uniquement sur les Sénégalais qualifiés, mais en élargissant la formation des jeunes aux métiers techniques favorisant les métiers issus de la sous-traitance locale.

  • Sanctuariser certaines aires – le « désert de Lompoul », par exemple – avec les activités connexes à haute valeur ajoutée comme le tourisme, l’agriculture et la pêche.

  • Initier un processus de restitution de qualité des terres définissant des indicateurs de performance agricoles — capacité de rétention d’eau de la nappe, taux de matière organique — basés sur des techniques traditionnelles d’amendement du sol sur cinq ans. Ces indicateurs doivent être validés par des experts indépendants choisis par les communautés locales avant la remise des terres afin de compenser les rendements antérieurs.

  • Surveiller les ressources en eau en installant des stations de mesure de niveau de l’eau avec des relevés publics et auxquels les populations locales et des experts indépendants ont accès afin de prouver l’absence ou non de communication entre les deux nappes maastrichtiennes (supposément utilisé par EGC) et phréatiques (par les populations locales).

  • Bloquer un fonds séquestre indépendant de réhabilitation post-mine, qui sera audité annuellement, pour garantir que l’argent sera disponible en cas de départ précipité ou fermeture des mines

Il est urgent de passer d’un modèle extractif paternaliste à un partenariat équitable et durable.

En combinant une sécurité financière (à travers des fonds souverains), une protection environnementale (sanctuarisation des sites importants) et une transparence technique (suivi dans le temps des nappes phréatiques et des sols), il est possible de restaurer la confiance sur le long terme.

Cette démarche pourrait aider à transformer l’exploitation minière en un véritable levier de développement local, respectueux des modes de vie traditionnels et des générations futures du Sénégal.

The Conversation

Papa Sow does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. L’exploitation des sables minéralisés suscite des tensions au Sénégal : voici comment les apaiser – https://theconversation.com/lexploitation-des-sables-mineralises-suscite-des-tensions-au-senegal-voici-comment-les-apaiser-277383

Malgré la guerre en Iran, l’argent est plus précieux que l’or

Source: The Conversation – France (in French) – By Yulia Titova, Professeur Associé, IÉSEG School of Management

Pourquoi parle-t-on autant d’or comme métal précieux, alors que c’est l’argent qui gagna le combat langagier. Ne dit-on pas « l’argent » – et non « l’or  » – « ne fait pas le bonheur » ? Natatravel/Shutterstock

La guerre en Iran le prouve, le « métal du diable » est extrêmement volatil : 105,07 euros l’once le 29 janvier 2026, 62,30 euros l’once le 17 février et 71,23 euros l’once le 4 mars 2026. Mais l’argent, dit l’« or du pauvre », possède un atout clé : il est à la fois un métal précieux et une matière première industrielle indispensable à la transition énergétique.


Assoiffés d’or, les conquistadors espagnols du XVIᵉ siècle rêvaient de l’Eldorado. Ils se trompaient : non seulement ce dernier n’existait pas, mais ce fut essentiellement le métal argent qu’ils trouvèrent. Entre 1550 et 1660, la quantité d’argent introduite en Europe est estimée à 18 000 tonnes pour seulement 2 000 tonnes d’or. La vraie richesse n’était pas l’or mais l’argent.

En ce siècle, l’année 2025 a été marquée par des records historiques du cours de l’or. L’évolution de l’argent a été encore plus spectaculaire : son prix a plus que triplé pour atteindre plus de 100 euros l’once fin janvier 2026.

Depuis, la tendance s’est en partie inversée. Entre fin janvier et début février, l’actif a perdu environ 50 euros de l’once, rappelant aux investisseurs son surnom de « métal du diable », lié à sa forte volatilité historique. Ce repli reflète un ajustement rapide des anticipations macroéconomiques, notamment l’attente d’une inflation maîtrisée et le raffermissement du dollar, à la suite de la nomination du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.

Cette correction récente ne remet pas en cause les dynamiques de fond qui structurent le marché de l’argent. Si cette hausse remarquable a souvent été interprétée comme le prolongement de celle de l’or, l’argent obéit à une logique propre : à la fois actif financier et métal industriel clé de la transition énergétique, notamment pour la conductivité des batteries.

Si sa volatilité demeure élevée et que son rôle de valeur refuge reste plus incertain que celui de l’or, la demande industrielle pourrait fournir un appui durable à la tendance haussière du cours de l’argent, à condition que les contraintes d’offre persistent.

« L’or du pauvre », un actif refuge

Le prix de l’argent est parfois analysé comme un simple reflet de celui de l’or. Cette perception de l’argent, parfois qualifié de « l’or du pauvre », renvoie à des fondements historiques solides, liés au rôle central joué par les deux métaux dans les systèmes monétaires passés. Depuis l’Antiquité jusqu’au XIXᵉ siècle, l’or et l’argent ont constitué le socle des régimes monétaires, qu’il s’agisse des monnaies d’or et d’argent de la Rome antique ou encore du bimétallisme européen, ce qui explique leurs trajectoires parfois synchronisées. Ces métaux précieux partagent également des usages communs en joaillerie.

Comme l’or, l’argent bénéficie de flux de demande en période d’instabilité économique et géopolitique, lorsque les investisseurs se tournent vers les métaux précieux comme valeurs refuges. Les facteurs macroéconomiques classiques jouent également un rôle : un dollar faible ou des taux d’intérêt réels bas soutiennent la demande d’actifs non rémunérés.

S’y ajoutent les craintes d’un regain d’inflation, qui renforcent l’attrait de l’argent comme couverture partielle contre l’érosion du pouvoir d’achat, même si son statut de protection contre l’inflation est moins établi que celui de l’or. Dans un contexte de dédollarisation, certaines banques centrales renforcent leurs réserves de métaux précieux, un phénomène largement dominé par l’or, mais qui inclut aussi, plus marginalement, l’argent, notamment dans le cas de la Russie.

Un métal avant tout industriel

C’est sur le terrain de la demande que la singularité de l’argent apparaît le plus nettement. Contrairement à l’or, dont la demande est avant tout portée par les réserves des banques centrales et les placements financiers, l’argent est d’abord un métal industriel – 50 à 60 % de la demande, comme l’illustre le graphique ci-dessous –, utilisé dans un large éventail d’applications.

L’argent est un intrant essentiel de la transition énergétique. Il est utilisé par exemple dans les batteries, les panneaux solaires photovoltaïques ou les cathéters et prothèses dans l’industrie de la santé. L’essor des énergies renouvelables et des infrastructures associées crée un soutien structurel et de long terme à la demande, qui distingue l’argent des autres métaux précieux.

Ce rôle industriel s’étend désormais à la transition numérique. L’argent est présent dans de nombreux composants électroniques à haute performance nécessaires aux centres de données et aux systèmes d’intelligence artificielle. Ses propriétés uniques de conductivité et de résistance à la corrosion rendent ce métal indispensable. Le déploiement des infrastructures numériques constitue un facteur croissant de la demande industrielle d’argent.

La reconnaissance récente de l’argent comme métal critique par les États-Unis et la Chine s’inscrit pleinement dans cette logique.

Près de 70 % de la production mondiale provient de mines polymétalliques

Cette dynamique de demande se heurte à une offre peu flexible. Bien que l’argent ne souffre pas d’une rareté physique au sens strict, son offre est structurellement contrainte. La principale spécificité du marché de l’argent tient au fait que près de 70 % de la production mondiale provient de mines polymétalliques, où l’argent est extrait comme sous-produit de l’exploitation du cuivre, du zinc, du plomb ou de l’or.

Cette structure limite la capacité de l’offre à réagir rapidement à une hausse des prix de l’argent. Les décisions d’investissement minier dépendent avant tout des prix des métaux principaux, et non de l’argent lui-même. Autrement dit, l’offre d’argent est relativement peu élastique aux prix, du moins à court et moyen terme.

Le recyclage constitue une source non négligeable, mais instable d’approvisionnement, représentant environ 15 à 20 % de l’offre mondiale selon les années. Il provient essentiellement de la récupération de déchets électroniques, de résidus industriels et de bijoux. Une part importante de l’argent utilisé dans les applications industrielles est dispersée en très faibles quantités dans des composants électroniques, des panneaux solaires ou des équipements électriques, rendant sa récupération techniquement complexe et économiquement peu rentable.

Principaux producteurs : Mexique, Chine, Pérou, Bolivie et Chili

À cela s’ajoutent des facteurs géopolitiques, comme la forte concentration de la production d’argent. Le Mexique, la Chine, le Pérou, la Bolivie et le Chili représentent plus de 60 % de la production mondiale. La Chine devient un acteur clé avec une position dominante dans le raffinage et la création de restrictions à l’exportation annoncées le 1er janvier 2026, qui renforcent les tensions sur la chaîne d’approvisionnement.




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En 2025, l’or est-il encore l’ultime placement refuge ?


Ces divergences entre l’or et l’argent se sont accentuées depuis les années 1990, au point que plusieurs études montrent que les deux métaux doivent désormais être analysés comme deux marchés distincts, offrant des profils de risque et de protection différents.

Le métal argent comme placement financier

Ces usages industriels n’épuisent pas pour autant la dimension financière de l’argent. Les métaux précieux sont traditionnellement considérés comme des couvertures contre les risques systémiques. Dans les situations de risque géopolitique extrême, seuls l’or et l’argent présentent de manière relativement robuste des propriétés de valeur refuge. Pour autant, cette proximité ne doit pas conduire à assimiler pleinement l’argent à l’or.

En pratique, si l’argent peut jouer un rôle de couverture dans certains contextes d’incertitude, il offre généralement une protection plus instable que l’or lors des crises financières aiguës. Pour autant, l’argent conserve un attrait certain pour les investisseurs : il peut bénéficier de la transition énergétique et des tensions d’offre.

The Conversation

Yulia Titova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Malgré la guerre en Iran, l’argent est plus précieux que l’or – https://theconversation.com/malgre-la-guerre-en-iran-largent-est-plus-precieux-que-lor-272528

L’argent est plus précieux (et volatil) que l’or

Source: The Conversation – in French – By Yulia Titova, Professeur Associé, IÉSEG School of Management

Pourquoi parle-t-on autant d’or comme métal précieux, alors que c’est l’argent qui gagna le combat langagier. Ne dit-on pas « l’argent » – et non « l’or  » – « ne fait pas le bonheur » ? Natatravel/Shutterstock

Le « métal du diable » est extrêmement volatil : 105,07 euros l’once le 29 janvier 2026 contre 62,30 euros l’once le 17 février. Mais l’argent, dit l’« or du pauvre », possède un atout clé : il est à la fois un métal précieux et une matière première industrielle indispensable à la transition énergétique.


Assoiffés d’or, les conquistadors espagnols du XVIᵉ siècle rêvaient de l’Eldorado. Ils se trompaient : non seulement ce dernier n’existait pas, mais ce fut essentiellement le métal argent qu’ils trouvèrent. Entre 1550 et 1660, la quantité d’argent introduite en Europe est estimée à 18 000 tonnes pour seulement 2 000 tonnes d’or. La vraie richesse n’était pas l’or mais l’argent.

En ce siècle, l’année 2025 a été marquée par des records historiques du cours de l’or. L’évolution de l’argent a été encore plus spectaculaire : son prix a plus que triplé pour atteindre plus de 100 euros l’once fin janvier 2026.

Depuis, la tendance s’est en partie inversée. Entre fin janvier et début février, l’actif a perdu environ 50 euros de l’once, rappelant aux investisseurs son surnom de « métal du diable », lié à sa forte volatilité historique. Ce repli reflète un ajustement rapide des anticipations macroéconomiques, notamment l’attente d’une inflation maîtrisée et le raffermissement du dollar, à la suite de la nomination du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.

Cette correction récente ne remet pas en cause les dynamiques de fond qui structurent le marché de l’argent. Si cette hausse remarquable a souvent été interprétée comme le prolongement de celle de l’or, l’argent obéit à une logique propre : à la fois actif financier et métal industriel clé de la transition énergétique, notamment pour la conductivité des batteries.

Si sa volatilité demeure élevée et que son rôle de valeur refuge reste plus incertain que celui de l’or, la demande industrielle pourrait fournir un appui durable à la tendance haussière du cours de l’argent, à condition que les contraintes d’offre persistent.

« L’or du pauvre », un actif refuge

Le prix de l’argent est parfois analysé comme un simple reflet de celui de l’or. Cette perception de l’argent, parfois qualifié de « l’or du pauvre », renvoie à des fondements historiques solides, liés au rôle central joué par les deux métaux dans les systèmes monétaires passés. Depuis l’Antiquité jusqu’au XIXᵉ siècle, l’or et l’argent ont constitué le socle des régimes monétaires, qu’il s’agisse des monnaies d’or et d’argent de la Rome antique ou encore du bimétallisme européen, ce qui explique leurs trajectoires parfois synchronisées. Ces métaux précieux partagent également des usages communs en joaillerie.

Comme l’or, l’argent bénéficie de flux de demande en période d’instabilité économique et géopolitique, lorsque les investisseurs se tournent vers les métaux précieux comme valeurs refuges. Les facteurs macroéconomiques classiques jouent également un rôle : un dollar faible ou des taux d’intérêt réels bas soutiennent la demande d’actifs non rémunérés.

S’y ajoutent les craintes d’un regain d’inflation, qui renforcent l’attrait de l’argent comme couverture partielle contre l’érosion du pouvoir d’achat, même si son statut de protection contre l’inflation est moins établi que celui de l’or. Dans un contexte de dédollarisation, certaines banques centrales renforcent leurs réserves de métaux précieux, un phénomène largement dominé par l’or, mais qui inclut aussi, plus marginalement, l’argent, notamment dans le cas de la Russie.

Un métal avant tout industriel

C’est sur le terrain de la demande que la singularité de l’argent apparaît le plus nettement. Contrairement à l’or, dont la demande est avant tout portée par les réserves des banques centrales et les placements financiers, l’argent est d’abord un métal industriel – 50 à 60 % de la demande, comme l’illustre le graphique ci-dessous –, utilisé dans un large éventail d’applications.

L’argent est un intrant essentiel de la transition énergétique. Il est utilisé par exemple dans les batteries, les panneaux solaires photovoltaïques ou les cathéters et prothèses dans l’industrie de la santé. L’essor des énergies renouvelables et des infrastructures associées crée un soutien structurel et de long terme à la demande, qui distingue l’argent des autres métaux précieux.

Ce rôle industriel s’étend désormais à la transition numérique. L’argent est présent dans de nombreux composants électroniques à haute performance nécessaires aux centres de données et aux systèmes d’intelligence artificielle. Ses propriétés uniques de conductivité et de résistance à la corrosion rendent ce métal indispensable. Le déploiement des infrastructures numériques constitue un facteur croissant de la demande industrielle d’argent.

La reconnaissance récente de l’argent comme métal critique par les États-Unis et la Chine s’inscrit pleinement dans cette logique.

Près de 70 % de la production mondiale provient de mines polymétalliques

Cette dynamique de demande se heurte à une offre peu flexible. Bien que l’argent ne souffre pas d’une rareté physique au sens strict, son offre est structurellement contrainte. La principale spécificité du marché de l’argent tient au fait que près de 70 % de la production mondiale provient de mines polymétalliques, où l’argent est extrait comme sous-produit de l’exploitation du cuivre, du zinc, du plomb ou de l’or.

Cette structure limite la capacité de l’offre à réagir rapidement à une hausse des prix de l’argent. Les décisions d’investissement minier dépendent avant tout des prix des métaux principaux, et non de l’argent lui-même. Autrement dit, l’offre d’argent est relativement peu élastique aux prix, du moins à court et moyen terme.

Le recyclage constitue une source non négligeable, mais instable d’approvisionnement, représentant environ 15 à 20 % de l’offre mondiale selon les années. Il provient essentiellement de la récupération de déchets électroniques, de résidus industriels et de bijoux. Une part importante de l’argent utilisé dans les applications industrielles est dispersée en très faibles quantités dans des composants électroniques, des panneaux solaires ou des équipements électriques, rendant sa récupération techniquement complexe et économiquement peu rentable.

Principaux producteurs : Mexique, Chine, Pérou, Bolivie et Chili

À cela s’ajoutent des facteurs géopolitiques, comme la forte concentration de la production d’argent. Le Mexique, la Chine, le Pérou, la Bolivie et le Chili représentent plus de 60 % de la production mondiale. La Chine devient un acteur clé avec une position dominante dans le raffinage et la création de restrictions à l’exportation annoncées le 1er janvier 2026, qui renforcent les tensions sur la chaîne d’approvisionnement.




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Ces divergences entre l’or et l’argent se sont accentuées depuis les années 1990, au point que plusieurs études montrent que les deux métaux doivent désormais être analysés comme deux marchés distincts, offrant des profils de risque et de protection différents.

Le métal argent comme placement financier

Ces usages industriels n’épuisent pas pour autant la dimension financière de l’argent. Les métaux précieux sont traditionnellement considérés comme des couvertures contre les risques systémiques. Dans les situations de risque géopolitique extrême, seuls l’or et l’argent présentent de manière relativement robuste des propriétés de valeur refuge. Pour autant, cette proximité ne doit pas conduire à assimiler pleinement l’argent à l’or.

En pratique, si l’argent peut jouer un rôle de couverture dans certains contextes d’incertitude, il offre généralement une protection plus instable que l’or lors des crises financières aiguës. Pour autant, l’argent conserve un attrait certain pour les investisseurs : il peut bénéficier de la transition énergétique et des tensions d’offre.

The Conversation

Yulia Titova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’argent est plus précieux (et volatil) que l’or – https://theconversation.com/largent-est-plus-precieux-et-volatil-que-lor-272528

Who is Mojtaba Khamenei, Iran’s new supreme leader? And would he bring change – or more brutal suppression?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Mehmet Ozalp, Professor of Islamic Studies, Head of School, The Centre for Islamic Studies and Civilisation, Charles Sturt University

Morteza Nikoubazl/NurPhoto via Getty Images

The death of Iran’s supreme leader, Ali Khamenei, during the holy month of Ramadan marks one of the most consequential turning points in the history of the Islamic Republic of Iran.

His successor, his son Mojtaba Khamenei, represents both continuity and contradiction in the revolutionary system established after the Iranian Revolution in 1979.

At stake is not only who leads Iran, but what the Islamic Republic has become, nearly half a century after the revolution that promised an end to dynastic rule.

Who is Mojtaba Khamenei?

Mojtaba Khamenei is a cleric who has spent most of his career outside public office but close to power, working within the Office of the Supreme Leader. He was often seen as a gatekeeper and powerbroker rather than a public political figure with a formal portfolio.

At 17, he briefly served in the Iran–Iraq war. He only began attracting public attention in the late 1990s, by which time his father’s authority as supreme leader was firmly established.

Over time, his reputation has centred on two key features. The first is a close relationship with Iran’s security establishment, particularly the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC), and its hardline networks.

The second is a strong opposition to reformist politics and Western engagement.

Critics have linked him to the suppression of protests following the disputed 2009 presidential election. He is also believed to have wielded influence over Iran’s state broadcasting organisation, giving him indirect control over parts of the country’s information landscape and state narrative.

In 2019, the first Trump administration sanctioned Mojtaba, accusing him of acting in an official capacity on behalf of the supreme leader despite holding no formal government position.

Mojtaba’s legitimacy as leader

Iran’s constitution dictates that the Assembly of Experts (an 88-member clerical body) selects the supreme leader.

The assembly lists the religious, political and leadership qualifications of possible candidates. But in practice, it is not a neutral electoral body. Candidates for the assembly itself are vetted through institutions ultimately shaped by the supreme leader’s orbit, and its deliberations are opaque.

This creates a familiar Iranian scenario – the constitution supplies the choreography, while the security-clerical establishment supplies the music.

That matters when assessing why Mojtaba is seen as a viable supreme leader amid critiques he lacks the senior religious standing traditionally associated with the office.

A mid-ranking cleric, he was only given the title ayatollah in 2022. The title is necessary to become supreme leader, so the promotion signalled he was being groomed to take over from his ageing and ill father.

The revolution’s founding myth was clearly anti-dynastic. After toppling the shah, the revolution’s leaders rejected hereditary rule.

To many Iranians, a son following his father as supreme leader looks like an ideological backslide. The regime appears more like a theocratic monarchy, less the famous “guardianship of the jurist”.

Yet, it is also important to be precise. Mojtaba cannot inherit the position by bloodline alone. The assembly must select him.

Still, political systems can become dynastic without rewriting constitutions. Dynastic outcomes emerge when informal power networks, such as family ties, political patronage, security ties, and control over the media, can make one candidate appear more natural, safe or inevitable.

That has essentially been the Mojtaba story in Iran for years: a man who built influence not by winning elections, but by managing the gate to the most powerful office in the country.

The circumstances of Ali Khamenei’s death add another layer of significance and, ironically, legitimacy to Mojtaba’s ascension.

For many Shi’a Muslims, being killed during Ramadan carries deep symbolic resonance. The first imam of Shi’ism, Ali ibn Abi Talib, was assassinated during the dawn prayer in Ramadan in 661 CE, an event still commemorated each year by Shi’ite Muslims.

Shi’ite historical memory places strong emphasis on martyrdom. In particular, the death of Husayn ibn Ali, a grandson of the Prophet Muhammad, at Karbala in 680 CE, symbolises the struggle between justice and oppression.

Because of this tradition, violent deaths of leaders in the past and today are framed within a broader narrative of sacrifice and resistance.

Iran’s revolutionary ideology has long drawn on these themes. If the state presents Khamenei’s death in this light, it could strengthen a narrative of martyrdom and defiance.

This, in turn, gives his son Mojtaba an aura of religious legitimacy that is very strong in the Shi’ite Muslim psyche.

How different would he be from his father?

This is the most consequential question for Iran. The answer is likely less different than many might expect.

Ali Khamenei was a figure of the revolutionary generation. His authority rested on ideological legitimacy, decades spent amassing and consolidating power, and his ability to arbitrate between competing factions. Over time, he became the system’s final referee.

Mojtaba Khamenei, by contrast, is often portrayed as a product of the security establishment, rather than a public theologian or statesman. He is known less for speeches or religious authority than for his influence and the networks he has built behind-the-scenes coordination.

If that assessment is correct, the shift would be from a leader who balanced institutions to one who may lean more heavily on the might of the IRGC. This would deepen an existing trend toward the securitisation of Iranian politics.

In a period of war and instability, regimes typically prioritise continuity and control. Mojtaba’s appeal to the establishment, therefore, appears to rest on several factors:

  • his close ties to the IRGC and intelligence networks
  • his long experience inside the supreme leader’s office
  • his ideological alignment with hardline positions sceptical of reform and Western engagement.

A figure trusted by the most powerful security institutions also reduces the chance of power struggles or fragmentation at the top.

What might this mean for the war?

A new supreme leader rarely produces an abrupt ideological shift, especially during a military conflict. Continuity is the more likely outcome.

Mojtaba Khamenei’s profile suggests a more security-centred style of leadership with three possible ways forward.

First, domestic control may harden. Given Mojtaba’s reported ties to the security establishment, unrest is more likely to be met with swift repression rather than political accommodation.

Second, the IRGC could expand its influence in regional affairs, given how closely aligned Mojtaba is with the guards.

Third, any negotiations with the West would likely be tactical rather than transformative. They would be framed as a strategic necessity rather than an ideological shift.

And given the fact his father was killed in US-Israeli airstrikes, this will only reinforce a more hardline posture toward both countries.

In short, Iran under Mojtaba Khamenei would likely remain confrontational in rhetoric, but pragmatic when regime survival is at stake.

The Conversation

Mehmet Ozalp is the Executive Director of ISRA Academy

ref. Who is Mojtaba Khamenei, Iran’s new supreme leader? And would he bring change – or more brutal suppression? – https://theconversation.com/who-is-mojtaba-khamenei-irans-new-supreme-leader-and-would-he-bring-change-or-more-brutal-suppression-277483

Si la mayoría de los adolescentes rechazan el acoso, ¿por qué les cuesta defender a la víctima?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Bravo, Investigadora predoctoral Psicología, Universidad de Córdoba

Monkey Business Images/Shutterstock

Cuando un grupo de escolares llaman a una estudiante “la empollona rarita” en el pasillo, decenas de compañeros y compañeras observan la escena. Algunos bajan la mirada para no meterse en problemas. Otros ríen para disimular y no perder su estatus en el grupo. Aunque la mayoría sabe que lo que sucede no está bien, pocos darán el paso de salir en defensa de la ofendida.

La investigación muestra que la mayoría de los adolescentes rechazan actos de acoso escolar como el descrito, y afirman que intentarían detenerlo. Sin embargo, una cosa es lo que uno piensa y sabe que es correcto, y otra muy distinta es actuar contra la violencia llegado el momento.

Defender a una víctima de acoso escolar supone un acto moralmente valiente que requiere de un proceso de toma de decisiones complejo. Y hay ciertos perfiles que tienden a defender a la víctima más que otros.

Dispuestos a intervenir

Lo hemos comprobado tras analizar durante dos años a más de 3 000 estudiantes españoles de entre 9 y 17 años. A diferencia de la mayoría de estudios, que ofrecen una fotografía fija sobre la implicación en el comportamiento, investigamos cómo evoluciona la implicación en defensa de la víctima a lo largo del tiempo.

La principal conclusión es que esta implicación es, de hecho, bastante estable: ocho de cada diez adolescentes se percibieron como defensores de forma continuada. Es decir, para la mayoría ayudar a quien sufre no es una reacción puntual, sino una disposición relativamente consolidada.




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En el extremo opuesto, un 7 % de los escolares mantuvieron de forma sostenida una actitud pasiva ante la situación, mostrándose indiferentes ante el sufrimiento de la víctima.

Identificamos además dos grupos más pequeños, pero especialmente reveladores, cuya actitud cambió con el tiempo. En torno a un 5 % redujeron su conducta de defensa, mientras que el 4 % aumentó su implicación.

Si la defensa de la víctima es una conducta que puede fortalecerse o debilitarse durante la adolescencia, ¿en función de qué factores lo hace? ¿Se trata de características personales o tienen que ver con el contexto?

La pasividad frente al acoso indica aislamiento

Quienes defienden de forma estable suelen sentirse más integrados en el grupo de iguales. También se perciben como más populares y muestran un mayor respeto por las normas de convivencia. En otras palabras, ayudar a quien sufre no parece aislar socialmente, sino todo lo contrario. Y eso podría generar una dinámica de retroalimentación que permite mantener el comportamiento.

Quienes no suelen salir a defender a sus compañeros, por el contrario, tienden a sentirse peor integrados en el grupo, menos populares y más desconectados de lo normativo. Esto sugiere que la pasividad frente al acoso no es simplemente “no meterse en problemas”, sino que puede ser, además, una señal de aislamiento y desconexión social y moral.




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Quienes aumentan su implicación en la defensa tienden a sentirse cada vez más aceptados y populares dentro del grupo de iguales. Estos resultados cuestionan una idea muy extendida: la de que intervenir en situaciones de acoso supone arriesgar el propio estatus social. Nuestros datos sugieren que, lejos de eso, defendiendo defender a un compañero puede ir de la mano de la cohesión grupal y la popularidad.

Por último, quienes dejan de defender muestran un progresivo distanciamiento de lo normativo. Por lo tanto, los adolescentes saben que defender a la víctima es lo esperable y que no hacerlo genera una falta de implicación con las normas que rigen la convivencia y la dinámica social del grupo de iguales.

En conjunto, los resultados dibujan una idea clara: el clima del aula importa. Cuando los estudiantes se sienten parte del grupo y se identifican con las normas que guían una convivencia sana y segura, aumenta la probabilidad de que ayuden a quien lo necesita. Cuando esa conexión falla, el silencio se vuelve más probable.

Complejidad en el pasillo del instituto

El pasillo del instituto no es un lugar neutro: se desarrolla en él una dinámica compleja de roles, interacción social, criterio moral y manejo de la popularidad. Por eso, no se trata de convencer a los adolescentes de que defender a la víctima es lo correcto. Esto ya lo saben. El reto está en crear un entorno que facilite actuar: que en ese pasillo, en esa aula, haya unas normas no escritas pero con las que todos se identifiquen.

Esto implica crear un contexto donde el ambiente del centro sea participativo, donde las reglas se acuerden de forma consensuadas y sean claras. También supone generar espacios de diálogo y reflexión compartidos a todos los niveles (docentes, estudiantes, familias) desde los que analizar cuáles son las implicaciones de su comportamiento.

Cuando las normas son compartidas y el grupo transmite apoyo y seguridad, la defensa se percibe como una responsabilidad, que les motivará y les dará el coraje de pasar de la intención a la acción real.

The Conversation

Christian Berger recibe fondos de ANID BAND CIN250046

Eva M. Romera Félix recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades, Agencia Estatal de Investigación (PID2020-113911RB-I00)

Ana Bravo y Rosario Ortega Ruiz no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. Si la mayoría de los adolescentes rechazan el acoso, ¿por qué les cuesta defender a la víctima? – https://theconversation.com/si-la-mayoria-de-los-adolescentes-rechazan-el-acoso-por-que-les-cuesta-defender-a-la-victima-270098

Cómo y por qué viajar contamina: una radiografía de la huella de carbono del turismo español

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mario Burgui Burgui, Profesor Ayudante Doctor. Análisis Geográfico Regional., Universidad de Alcalá

A escala global, el turismo genera cerca del 8,8 % de las emisiones mundiales de gases de efecto invernadero, responsables del calentamiento global. Es decir, unas 5,2 gigatoneladas de CO₂ equivalente (CO₂e), la medida métrica utilizada para cuantificar este impacto. Y, en la última década, las emisiones del sector crecieron casi el doble de rápido que las de la economía mundial.

La Organización Mundial del Turismo y el Foro Internacional del Transporte estiman que, si no se toman medidas, el transporte turístico emitirá un 25 % más entre 2016 y 2030. Para frenar esta trayectoria, la Declaración de Glasgow sobre Acción Climática en el Turismo ha hecho un llamamiento a reducir a la mitad el impacto climático del sector antes de 2030 y lograr “cero emisiones netas” lo antes posible.

España está en el centro de este dilema. El turismo representa más del 12 % del PIB y del empleo, lo que nos sitúa entre los países más dependientes del turismo. Al mismo tiempo, esta actividad es responsable de entre el 10 % y el 15 % de las emisiones nacionales. Para reducirlas, primero debemos saber cómo se producen.




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La primera radiografía detallada de quienes viajan desde España

En un estudio reciente hemos analizado a nivel de consumo la huella de carbono de los turistas españoles. El equipo encuestó a 980 turistas sobre su viaje más caro a lo largo de 2023. Se calcularon sus emisiones en transporte, alojamiento, comida, compras y ocio.

El resultado medio por viaje es de 662 kilos de CO₂e, con una estancia promedio de 6,7 noches. Esto equivale a la décima parte de las emisiones anuales totales per cápita (5,95 toneladas de CO₂e/año). O lo que es lo mismo: en menos de una semana viajando emitimos más que en cinco semanas en casa.

El transporte genera casi la mitad de esas emisiones (48%), siendo la principal causa el viaje hasta y desde el destino. La comida, el ocio y las compras suman un 33 %. El alojamiento aporta cerca del 20 %. Comer y beber, tanto dentro como fuera del hotel, suman en torno a una quinta parte de la huella total del viaje.

La diferencia entre viajar dentro y fuera de España es determinante. Para destinos nacionales, la huella por viaje es de unos 493 kilos de CO₂e. Para destinos internacionales, sube a casi 898 kilos. La razón principal es el uso de avión para los viajes de larga distancia.

No solo importa cuántos viajes se hacen, sino cómo y a dónde

El estudio confirma un patrón claro: a mayor renta, mayor huella turística. Las personas con ingresos mensuales superiores a 3 500 euros generan muchas más emisiones que las personas con menos recursos, porque viajan más lejos y gastan más en el destino. Es decir, lo que gastamos en vacaciones predice bien nuestra huella de carbono.


oatawa/Shutterstock

También se observan diferencias geográficas. Las personas residentes en las áreas metropolitanas de Barcelona y Madrid presentan las emisiones por viaje más altas, mientras que algunas provincias del interior registran valores mucho más bajos.

Los datos encajan con estudios internacionales, que muestran cómo un porcentaje relativamente pequeño de viajes de larga distancia puede concentrar una parte muy importante de las emisiones del turismo. Y apuntan a una paradoja: las personas con más estudios no emiten menos. Al contrario, pues suelen tener más ingresos y, por ello, viajan más lejos y más a menudo.

En paralelo, España ya está empezando a notar los efectos del calentamiento sobre su modelo turístico. Informes del Banco de España y otras entidades financieras indican que el turismo se está desplazando desde el Mediterráneo a destinos del norte con veranos más frescos. Por tanto, el cambio climático obliga a repensar tanto la oferta turística como la forma de moverse.




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Sustituir el avión por el tren no basta para reducir la contaminación del turismo


Qué pueden hacer las administraciones y quienes viajan

Este mapa de emisiones informa a las políticas públicas para actuar donde realmente se concentra la huella. Por ejemplo: incentivar el tren frente al avión en trayectos que lo permitan, mejorar el transporte público en los destinos, exigir alojamientos más eficientes en carbono y promover un suministro alimentario con menor huella.

Algunas ciudades, como Valencia, ya han empezado a calcular y certificar la huella de carbono del turismo. Extender estas mediciones a otros destinos ayudaría a mejorar las inversiones y promociones turísticas.

Por otra parte, las decisiones individuales no sustituyen a las políticas, pero son importantes y la mayoría están al alcance de cualquier turista: elegir destinos más cercanos, priorizar el tren cuando sea posible, reducir el número de vuelos a cambio de estancias más largas, evitar compras innecesarias o bufés desproporcionados, así como optar por alojamientos y operadores con planes de reducción de emisiones. La compensación voluntaria de la huella de carbono también puede ser útil como complemento de las reducciones, siempre que se base en proyectos verificados y de calidad. Este mecanismo se explorará con más detalle en la segunda parte de este estudio.

En un país líder en turismo como España, asumir el verdadero coste climático de las vacaciones y cambiar hábitos de viaje ya no es una opción estética. Se trata de una condición indispensable para que el sector siga siendo un motor económico, más competitivo y con menor impacto ambiental.

Una versión de este artículo se publicó en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Cómo y por qué viajar contamina: una radiografía de la huella de carbono del turismo español – https://theconversation.com/como-y-por-que-viajar-contamina-una-radiografia-de-la-huella-de-carbono-del-turismo-espanol-275355

Las Capitales Europeas de la Cultura: ¿una herramienta de diplomacia cultural en un mundo inestable?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Maria Elena Buslacchi, socio-anthropologue, chercheuse post-doc à L’Observatoire des publics et pratiques de la culture, MESOPOLHIS UMR 7064, Sciences Po / CNRS / Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU)

El castillo de Trenčín, en Eslovaquia. La ciudad es Capital Europea de la Cultura en 2026, junto con Oulu, en Finlandia. CC BY

En 2026, las ciudades de Trenčín (Eslovaquia) y Oulu (Finlandia) son las seleccionadas para promover la cultura en Europa. Dentro de un lustro, en 2031, España y Malta serán las encargadas de acoger las Capitales Europeas de la Cultura. Nueve ciudades españolas optan a la candidatura (Burgos, Cáceres, Granada, Jerez de la Frontera, Las Palmas de Gran Canaria, Oviedo, Palma, Potries y Toledo) y las finalistas se darán a conocer a mediados de marzo.

En un momento en que el Viejo Continente debe redefinir su papel en el tablero geopolítico mundial, el programa de Capitales Europeas de la Cultura (CEC) se encuentra en una encrucijada. Recientemente, la Comisión Europea abrió una consulta a los ciudadanos para replantearse colectivamente el futuro del programa después de 2033. Su papel como herramienta de diplomacia cultural es ahora más importante que nunca.

Unión a partir de un contexto

Creado en 1985 en un contexto de distensión de la Guerra Fría y de construcción política del proyecto de la Unión Europea, el título de “Capital Europea de la Cultura” se concibió inicialmente para celebrar la diversidad cultural del continente. Desde entonces, se ha convertido en un laboratorio de políticas contemporáneas, pero también en un termómetro de las esperanzas, contradicciones y retos de la propia Europa.

El lanzamiento de las capitales (inicialmente “ciudades”), las CEC, no puede entenderse sin su contexto histórico: el horizonte del fin de la Guerra Fría, en una Europa dividida en la que el telón de acero comenzaba a desmoronarse y la Comunidad Económica Europea (CEE) se ampliaba progresivamente. El programa vio la luz gracias a una conversación fortuita en el aeropuerto entre dos figuras políticas emblemáticas de la época: Jack Lang, entonces ministro de Cultura francés, y Melina Mercouri, actriz comprometida y ministra de Cultura griega.

Ambos tenían una visión ambiciosa: utilizar la cultura como vector de unidad cuando parece seguir siendo un aspecto ignorado del proyecto político europeo. La elección de las primeras ciudades –Atenas, Florencia, Ámsterdam y luego París– reflejaba la aspiración de dar una legitimación simbólica a la futura Unión Europea. Estas capitales históricas, portadoras de un patrimonio artístico e intelectual emblemático, encarnaban una Europa de las artes, la creación y las tradiciones que trascendía las divisiones políticas y económicas.

La cultura como instrumento de regeneración urbana

Y entonces llegó Glasgow (Reino Unido). Era una ciudad industrial en declive, marcada por la desindustrialización y el desempleo endémico. Pero desde finales de los 80, su administración había estado elaborando una estrategia de reactivación del centro de la ciudad con el objetivo de marcar un punto de inflexión simbólico y preparar el terreno para la CEC 1990.

La campaña de promoción “Glasgow’s Miles Better” asociaba de forma pionera los antiguos espacios industriales y la cultura. Su objetivo era revitalizar algunas instituciones culturales (Ópera, Ballet y Orquesta de Escocia, Orquesta Sinfónica de la BBC, Citizen Theatre) y crear un nuevo centro de exposiciones capaz de acoger a artistas y eventos locales e internacionales. El director artístico de la capital, Robert Palmer, futuro autor del primer informe sobre los CEC en 2004, consideró el evento como el punto de partida de un proceso participativo de redefinición “desde abajo” de la cultura local. Este podía incluir tanto la excelencia artística como la tradición histórica, rural e industrial, y retomar la ya consolidada cultura popular y el ocio.

Junto a los grandes conciertos de Luciano Pavarotti y Frank Sinatra, se subieron al escenario toda una serie de asociaciones y pequeños colectivos locales. En Glasgow, 1990 redefinió los límites de la palabra “cultura”, acabando por incluir la historia industrial de la ciudad y permitiendo a su población identificarse con ella. Este efecto regenerador sobre las imágenes y las identidades locales es el legado más fuerte y duradero de la CEC, más allá de los impactos económicos y materiales.

Este caso pionero, junto con otros como Bilbao o Barcelona en España, ha servido de modelo. En otras ciudades europeas, los espacios industriales se transforman en teatros, museos o acogen festivales: la “ciudad creativa” atrae a millones de visitantes y estimula la economía local.

Lille (Francia), CEC 2004, abrió una docena de “casas de la locura” entre su metrópoli y Bélgica, “fábricas culturales” de proximidad instaladas en su mayoría en sitios abandonados o antiguas zonas industriales en desuso. Liverpool (Reino Unido), en 2008, utilizó la CEC para rehabilitar su paseo marítimo y atraer inversiones. A principios de siglo, el programa de las CEC ya no se limitaba a valorar ciudades que brillaban en la escena cultural internacional, sino que se convertía en una verdadera herramienta de transformación urbana, utilizada por territorios en dificultades económicas o sociales para reinventarse y reposicionarse.

La Maison folie de Wazemmes, en Lille.
Wikimédia, Karlsupart, CC BY

Este cambio marcó una evolución en las políticas urbanas, en las que la cultura se percibía cada vez más como una palanca de desarrollo económico, al igual que las infraestructuras o las políticas de atractivo. Las CEC se convirtieron en un instrumento de esta política, capaz de atraer financiación pública y privada, crear puestos de trabajo en los sectores cultural y turístico y mejorar la imagen de ciudades a menudo estigmatizadas.

Laboratorio de las transiciones contemporáneas

Sin embargo, este enfoque recibió críticas. Los primeros estudios reflexivos realizados sobre las CEC, a principios de la década de 2010, subrayaban cómo estas podían también exacerbar las desigualdades sociales y espaciales si no iban acompañadas de políticas públicas inclusivas.

En Marsella (Francia), en 2013, la cuestión se hizo pública con la organización de una verdadera programación alternativa, es decir, eventos paralelos que denunciaban los efectos secundarios e indeseables de la programación oficial. Si bien la CEC de Marsella seguía siendo la expresión de la regeneración observada en años anteriores, también representó el momento en que la inclusión social emergió como un tema central de estos megaeventos.

El programa de las CEC siempre ha sabido integrar la crítica –entre otras cosas gracias a la propia mecánica del proyecto, que a menudo permite encontrar en los jurados de selección de las nuevas CEC a personas que han desempeñado un papel clave en las anteriores–. La participación, que se había cuestionado con motivo de Marsella-Provenza 2013, se convirtió así en un elemento imprescindible de las sucesivas CEC: en Matera-Basilicata (Italia) 2019, la implicación de los ciudadanos fue uno de los ejes fundamentales del proyecto.

A finales de la década de 2010, las Capitales Europeas de la Cultura se convirtieron también en un foro para los grandes retos del siglo XXI y en un espacio de experimentación de las transiciones ecológicas, sociales y digitales. Rijeka, en Croacia, CEC 2020, ilustra esta evolución.

La ciudad, marcada por un pasado industrial e importantes flujos migratorios, centró su programa en las cuestiones de la migración y las minorías, en respuesta a las crisis humanitarias que atraviesa Europa. Los proyectos culturales puestos en marcha –exposiciones, residencias de artistas, debates públicos reunidos bajo el lema “Puerto de la diversidad”– tenían como objetivo fomentar el diálogo intercultural y cuestionar las múltiples identidades de la Europa contemporánea.

Del mismo modo, en Francia, Bourges, futura CEC en 2028, basó su candidatura en la transición ecológica. El proyecto “Bourges, territorio del futuro” planteó el reto de la neutralidad carbónica de la visita, utilizando la CEC como catalizador de la acción climática a nivel local.


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2033 y más allá

Aunque las CEC están programadas por ahora hasta 2033, el futuro del título es objeto de debate. La Comisión Europea ha lanzado una consulta pública para imaginar las CEC del mañana, en un contexto marcado por crisis geopolíticas y medioambientales.

Las CEC 2025, Chemnitz (Alemania) y Nova Gorica/Gorizia (Eslovenia), han elaborado un “Libro blanco para el futuro de las CEC”, basándose en las observaciones pasadas y futuras. Se proponen cuarenta recomendaciones para influir en el proceso de reforma del programa en el ciclo posterior a 2034.

Entre sus temas clave, el libro blanco insiste en la voluntad de reforzar la dimensión europea. Esto podría hacerse introduciendo un criterio de selección fundamental basado en esa identidad, haciendo hincapié en los valores europeos en la programación, desarrollando una estrategia de marca unificada y reforzando la cooperación transfronteriza.

El proceso de selección y seguimiento, considerado demasiado burocrático, también se cuestiona, y la recomendación principal es dar prioridad a un seguimiento alentador en lugar de punitivo. Se cuestiona el legado del evento: las ciudades deberían ser responsables del cumplimiento de las promesas realizadas en sus candidaturas y los gobiernos nacionales deberían implicarse más en el apoyo a las ciudades durante y después de su año capital. La difusión de buenas prácticas, la evaluación por pares y la tutoría entre las antiguas y futuras CEC, que ya existen de manera informal, deberían reconocerse e institucionalizarse, en particular mediante la posible creación de una plataforma central respaldada por las instituciones europeas.

El reto consiste ahora en conciliar su papel simbólico y estratégico, velando por que las próximas ediciones no se limiten a celebrar, sino que tengan como objetivo reforzar la participación democrática y la solidaridad transnacional en un panorama geopolítico cada vez más fragmentado.

The Conversation

Maria Elena Buslacchi no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las Capitales Europeas de la Cultura: ¿una herramienta de diplomacia cultural en un mundo inestable? – https://theconversation.com/las-capitales-europeas-de-la-cultura-una-herramienta-de-diplomacia-cultural-en-un-mundo-inestable-277145

Punch, el apego y nuestra relación de pareja

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jesús Rodríguez de Guzmán, Profesor de Psicología del desarrollo y de la educación, Universidad de Cantabria

Punch y su inseparable peluche. Ichikawa City Zoo

Punch es una encantadora cría de macaco nacida en un zoológico, cerca de Tokio. Los vídeos que se han difundido aferrándose a un oso de peluche, editados e incluso adulterados mediante IA, no permiten completar el contexto real de la historia.

Sabemos que el mono nació en cautividad. Por algún motivo que desconocemos no pudo criarse con la madre y fueron separados tras el parto. También ignoramos cuánto tiempo transcurre entre la separación y el intento de vuelta al grupo que pretenden los cuidadores.

Parece evidente que nuestro protagonista tiene conciencia de especie, no necesariamente de parentesco, y se acerca a sus congéneres. Entre ellos puede, o no, estar la madre. Punch reconoce a los otros macacos, pero no sabe si entre ellos están sus hermanos o su madre; la cual, por otra parte, no tiene por qué recordar al vástago que le fue retirado poco después de nacer.

En ese contexto, hipotético, no es raro que Punch sea rechazado: no deja de ser un desconocido que se acerca al grupo. Una posible amenaza o, cuando menos, un competidor, una boca más que alimentar.

Cierto que la psicología es deudora de la etología. O sea, que la investigación con animales nos permite conocer y entender mejor nuestro comportamiento, pero no siempre es acertado interpretar la conducta animal desde parámetros de la conducta de las personas.

Qué es el apego

Hace más de 60 años se identificaron en humanos, y otros mamíferos, comportamientos de aproximación, representaciones mentales, recuerdos y sentimientos de seguridad (o ansiedad ante la separación) establecidos entre el bebé y quien lo atiende. Diferentes corrientes de la psicología identifican el apego como el principio del desarrollo afectivo y emocional.

Por eso, los cuidadores de Punch, ante el rechazo del grupo, le facilitan un peluche. Los sentidos y la percepción del pequeño macaco le informan: vista, tacto y, quizás, olfato indican que ese prototipo tiene mucho en común con un miembro de su especie.

Si, además, el peluche estuviera calefactado hasta la temperatura corporal de la madre, tuviera un reloj que hiciera tic-tac –imitando el latido que Punch percibía antes del parto– y un pezón artificial que le suministrara alimento, el vínculo maternofilial estaría consolidado.

El psicólogo británico John Bowlby (1907-1990), de orientación psicoanalista, defendió la importancia del vínculo afectivo que el bebé establece durante los primeros meses de vida, sobre todo, con la madre. Analiza los problemas psicosociales y de adaptación que surgen cuando se rompe o no se establece el apego, como puede ocurrir, por ejemplo, con menores institucionalizados.

El dilema entre la madre de alambre y la de felpa

En los años 50, el psicólogo estadounidense Harry Harlow diseñó un experimento con macacos rhesus que hoy bordearía los límites éticos de la investigación con animales.

Separados de la madre al nacer, los monos eran enjaulados en un espacio en el que tenían a su alcance dos prototipos “maternos”. La primera madre era de alambre, fría y llena de aristas, pero tenía una tetina que le suministraba alimento. La textura de la segunda era más acogedora: el armazón estaba recubierto de felpa acolchada y la expresión de la cara era más similar a la de un mono. La diferencia es que no tenía pezón.

El pequeño rhesus aprendió pronto a alimentarse de la progenitora de alambre, pero, después, ya saciado, prefería el contacto de la felpa. Para complicar más la situación, y el trauma del bebé macaco, Harlow introdujo en la jaula un terrible artefacto, de aspecto amenazador y ruidoso, provocando el pánico del mono.

Vídeo del experimento de Harlow.

Si la madre de felpa estaba disponible era en ella donde el mono se cobijaba, y si no lo estaba optaba por acurrucarse, pasivo y asustado, en un rincón.

En tiempos de disputa entre psicoanalistas y conductistas, Harlow parecía dar la razón a Bowlby: el contacto con la figura materna es más importante, incluso, que la necesidad primaria de alimentarse y, en situación de peligro, se busca el cobijo materno, aun siendo ineficaz.

La evolución y el conductismo interpretarían los resultados de otra manera: el condicionamiento operante explica la rapidez con la que el mono aprende a alimentarse de una madre de alambre. Saciado el hambre, el estímulo pierde eficacia y entra en juego la impronta evolutiva, que supone una ventaja adaptativa para los mamíferos: se orienta hacia algo parecido a una madre rhesus, un torso mullido, casi peludo, en el que buscar un nutritivo pezón que ponga en marcha el reflejo de succión del bebé, clave para su supervivencia. Obviamente, no lo consigue, por eso volverá a la mamá de alambre al sentir hambre.

El monstruo que entra en la jaula es automáticamente evaluado como una amenaza ante la que tendría dos opciones, luchar o huir, ambas imposibles en ese contexto. Así entraría en juego el paradigma de la indefensión aprendida, muy relacionada con la depresión: lo que ocurra en esta situación no depende de mi respuesta, no puedo hacer nada para evitar sus consecuencias, por tanto, no tengo más opción que la pasividad.

El apego en una “situación extraña”

Más tarde, la psicóloga norteamericana Mary Ainsworth diseñó a finales de la década de 1960 un elegante experimento con el que aplicó la teoría del apego a los humanos.

En la “situación extraña”, Ainsworth ubicó a los bebés en un espacio en el que ejercen su influencia dos fuerzas contrapuestas. Por una parte, la figura de apego –no necesariamente la madre– cercana, hace que el pequeño se sienta seguro a la vez que puede gatear y moverse libremente por la habitación. Por otra, juguetes de formas y colores atractivos llaman la atención del bebé, incitándolo a explorar el entorno. Se añade a la escena una persona desconocida cuya actitud no es ni amenazante ni reconfortante para el niño.

La investigación analiza la respuesta del pequeño ante la tensión que ejerce el impulso de acercarse a explorar los juguetes, a la vez que necesita certificar la seguridad que le da la presencia cercana de la figura de apego. En el siguiente paso, la mamá se marcha sin avisar y se registran las distintas respuestas que dan los pequeños ante el abandono. Poco después la figura de apego regresa a la habitación y se vuelve a analizar el comportamiento del bebé.

Las respuestas de los pequeños ante las distintas situaciones dan lugar a distintos tipos de apego. La investigadora describió en primer lugar el apego seguro, presente en más del 60 % de la muestra estudiada. Se caracteriza por interés por explorar con confianza el entorno mientras la madre está presente, sabiendo que puede volver, cuando necesite, a su “base segura”. También interactúan con el extraño cuando está presente la figura de apego, pero no le servirá de consuelo cuando la madre se marche.

El abandono provocará enfado, aflicción, llanto y una respuesta manifiesta de malestar que cederá poco después del regreso de la madre. El pequeño “perdonará el abandono” cuando, de nuevo, empiece a dejarse llevar por el impulso de explorar el entorno; comprobando periódicamente, eso sí, que la madre no vuelve a marcharse.

Cualquier otra reacción, de acuerdo con la investigadora, sería una muestra de un apego inseguro, ansioso, evitador, desorganizado o desorientado. Son manifestados por bebés que no se interesan por explorar el entorno, no son capaces de separarse mínimamente de la figura de apego, o, por el contrario, no se inmutan ante su marcha, aceptan igualmente a la persona extraña, o responden de forma indiferente, ambigua o desproporcionada cuando la madre regresa.

Después de la infancia

Una psicóloga contemporánea, Begoña Delgado, profesora de la UNED, ha estudiado cómo se trasvasa la relación de apego de los padres a los iguales, y de estos a la pareja.

Al finalizar la infancia, el vínculo se desplaza de la familia hacia la pandilla.
Las amigas y amigos son refugios a los que regresar tras incursiones, a veces arriesgadas, en un entorno que supone, a la vez, un reto, una oportunidad y una necesidad para el desarrollo adolescente, de acuerdo con el clásico trabajo del profesor Oliva.

Al final de la adolescencia los componentes del apego se traspasan a la relación de pareja, sin que la familia haya dejado de ser la base segura desde la que explorar el mundo. La relación de pareja estará influida por el modelo afectivo desarrollado con la figura de apego, ya que es en la relación familiar donde se aprendió, o no, la cercanía emocional y los intercambios físicos que se darán, con otro significado, en la pareja.

La calidad del apego, primero en familia y después en la relación de amistad, predice las características de la relación de pareja.

Así las cosas ¿de quién somos y a quién necesitamos en la etapa adulta como figura de apego? Será la persona que anime a desenvolvernos con confianza ante los nuevos retos y riesgos, con la garantía de que siempre estará disponible como base segura a la que volver.

Esa figura que Punch anda buscando.

The Conversation

Jesús Rodríguez de Guzmán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Punch, el apego y nuestra relación de pareja – https://theconversation.com/punch-el-apego-y-nuestra-relacion-de-pareja-276901