Les volailles au Moyen Âge : de la poularde au pigeonneau, une diversité oubliée et une science du goût à redécouvrir

Source: The Conversation – in French – By Virginie Hulet, Doctorante en histoire, Université de Tours

Un paon rôti, paré de ses plumes, servi lors d’un banquet. Miniature tirée d’un manuscrit de *la Romance d’Alexandre le Grand* (Peintre anonyme, XVᵉ siècle).siècle Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • Le poulet règne aujourd’hui de manière écrasante sur la filière volaille et sur nos tables.

  • Au Moyen Âge, pourtant, les ouvrages culinaires recensaient près d’une trentaine d’espèces de volailles.

  • Les manières de les choisir, de les préparer et de les assaisonner révèlent une étonnante science du goût.


Un four, un poulet, du sel et du poivre… voilà le classique poulet rôti du dimanche. En 2025, la volaille est devenue la viande numéro 1 des Français, avec une consommation moyenne de 31,7 kg par an et par habitant.

La filière aime vanter sa diversité : la France serait le seul pays au monde à avoir maintenu l’élevage de huit espèces – dinde, pintade, canard, caille, pigeon, oie, poulet, coquelet. Une diversité… de façade. Dans les faits, le poulet écrase tout le reste, et un poulet sur deux provient de l’étranger.

Or, il y a cinq siècles, loin de se focaliser sur une espèce, c’est en une volière entière que se déclinait la volaille : grands oiseaux de prestige (cygne, paon, grue, héron), gibier à plumes, animaux de basse-cour et une myriade de menus oiseaux. Chacun était choisi, préparé et assaisonné avec soin. Derrière cette abondance se cachait une véritable science du goût, aujourd’hui largement oubliée, qui reposait sur des théories médicales, des hiérarchies sociales et un art culinaire.

Plonger dans les livres de cuisine et d’agriculture de l’époque permet de comprendre comment nos ancêtres pensaient, classaient et savouraient ces oiseaux – tout ce que notre poulet industriel a fini par faire oublier.

Au Moyen Âge, un panel de volailles très varié

Avec plus de 25 kilogrammes par an et par habitant, le poulet domine sans partage la filière. Mais à la cinquième place des volailles les plus consommées, un intrus s’invite dans la liste des « espèces » : le coquelet. Or, le coquelet n’est pas une espèce, c’est un jeune coq de quelques semaines. Sans le vouloir, la filière avicole reproduit un réflexe vieux de plusieurs siècles : classer l’oiseau par son âge autant que par son espèce.

Ainsi, à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, le Gallus gallus se déclinait en une multitude de variantes selon l’âge et le statut de l’animal : poussin, coquelet, poularde, poulette, chapon, poule, coq, vieille poule. Et, déjà, une variante dominait toutes les autres : non pas le poulet, comme aujourd’hui, mais le chapon (coq castré), dont la chair grasse et tendre trônait sur les tables aisées et dans les livres de cuisines.

Il en va de même pour les autres espèces. Là où, aujourd’hui, nous n’achetons plus que du canard, autrefois nous avions le canard domestique, le mulard, le colvert sauvage, le canard siffleur, la sarcelle d’été, ou encore la macreuse. Un mécanisme qu’on retrouve aussi pour l’oie ou le pigeon, aujourd’hui réduits à des miettes statistiques.

Ouvrir un livre de cuisine de la fin du Moyen Âge, c’est découvrir une volière : le Viandier conservé au Vatican distingue 32 dénominations de volailles. Mais derrière cette profusion, une espèce domine déjà les autres : le Gallus gallus fournit plus des deux tiers des recettes. Et le chapon, à lui seul, un quart du corpus. Le reste se dissimule souvent derrière un mot vague, la poulaille, qui désigne toute la basse-cour.

Épices et modes de cuisson

Cent cinquante ans plus tard, le Cuisinier François, de La Varenne (Paris, 1651), ne réduit pas le nombre de préparations : on y bout, on y mitonne, on y fricasse autant qu’avant. Ce qui change, c’est la méthode : le rôt (ou viande rôtie à la broche) cesse d’être une opération parmi d’autres pour devenir une section du livre. Et à l’intérieur de ce genre, le geste s’uniformise : on blanchit sur le feu, on pique de lard, on met à la broche.

Là où le Viandier enchaînait les opérations sur une même volaille : bouillir, démembrer, faire revenir au saindoux, remettre à mijoter dans son brouet, La Varenne sépare : à chaque mode son chapitre. Notre poulet du dimanche naît de cette séparation-là.

Le goût suit, on passe du trio gingembre, maniguette, cannelle à un autre : poivre, clou de girofle, muscade, qui nous rappelle la cuisine de nos grands-parents… et surtout une sauce, la poivrade : vinaigre, sel, oignon, écorce d’orange ou de citron, poivre.

Tableau -- Nature morte à la volaille, lardée, salière et verre de vin
Nature morte à la volaille, lardée, salière et verre de vin, par Sebastian Stoskopff (1597-1657).
Musée de l’Œuvre Notre-Dame, Strasbourg/Wikimédia

Et le sucre ? Il n’a pas quitté la cuisine, il a déménagé. Absent du rôt, rare dans les potages, il s’est replié sur les entremets et la pâtisserie, sauf pour la « Tourte de blanc de chapon sucré ». La frontière sucré/salé est en train de se tracer…

Reste la basse-cour elle-même. Le mot poulaille, qui désignait autrefois l’ensemble des volailles, a disparu. La Varenne ne connaît plus de collectif, il choisit ! On découvre le pigeonneau, mais surtout le chapon tient bon (38 % du « poulet ») et demeure la seule volaille présente dans les six sections du livre (potages, entremets, rôt, pâtisserie…). On a changé d’épices, de sauce, de cuisson, mais le chapon, lui, est resté au centre de la table !

Mais pourquoi le chapon, précisément, et pas un autre oiseau de la basse-cour ? Ce n’est pas affaire de goût individuel, c’est une construction culturelle.

Hiérarchie des oiseaux et règne culinaire du chapon

Pour comprendre l’importance du chapon, il faut remonter à un système de pensée qui organisait, en théorie, l’ensemble du vivant. Les historiens l’appellent aujourd’hui la « Grande Chaîne de l’Être », un terme forgé au XXᵉ siècle par l’historien américain Arthur Lovejoy, qui désigne une idée bien réelle et largement partagée à la Renaissance : tout ce que Dieu a créé, du minéral le plus vil jusqu’aux archanges, occupe un barreau précis sur une échelle verticale de perfection.

L’historien Allen Grieco a reconstitué la position exacte des oiseaux sur cette échelle. Au sommet : les rapaces de haute altitude, aigles et faucons (si nobles qu’on ne les mange pas), qu’on dresse pour la chasse. Juste en dessous : chapons, coqs et poulets. Plus bas encore, associés à l’élément inférieur qu’est l’eau : canards et oies.

Le chapon occupe ainsi une place stratégique : ni tout en haut, place réservée aux seuls oiseaux de chasse, ni tout en bas, associée aux palmipèdes. Une position médiane et enviable, qui explique en partie pourquoi il est si présent dans les recettes et sur les tables aisées.

Car cette hiérarchie naturelle n’est jamais qu’un miroir de la hiérarchie sociale. On pensait alors que Dieu avait organisé le monde naturel et le monde humain selon un seul et même principe. Manger un aliment, c’était donc occuper sa place.

Et cette hiérarchie ne reste jamais théorique : elle dicte jusqu’au geste précis du cuisinier. Prenez la sauce pour oie et canard rôtis… que nous avons déjà rencontrée plus haut : la poivrade. Ces volatiles d’eau sont jugés trop humides et pourraient déséquilibrer l’équilibre fragile des humeurs, présidant à la bonne santé du dîneur, d’après la pensée médicale de l’époque.

Premier geste : on les fait rôtir, pour les assécher. Deuxième geste : on les accompagne d’une poivrade noire. Mais attention, trop de chaleur est un danger à son tour, alors on ajoute au poivre qui réchauffe du vinaigre, froid et sec, pour rééquilibrer le tout. Une correction après une correction après une correction, jusqu’à l’harmonie parfaite.

Des constructions culturelles… et marketing

Cet attrait pour le chapon n’a pas totalement disparu, malgré le passage des siècles : onze mois par an, nous achetons du poulet mais en décembre, nous nous connectons au passé en remettant le chapon à l’honneur (le seul mois de décembre concentre 100 % de sa consommation annuelle !)

Le Moyen Âge nous parlait de sa chair « grasse et tendre » et aujourd’hui la gastronomie nous vend les mérites de ce chapon à la « chair généreuse, moelleuse, et pleine de saveurs ».

Cinq siècles séparent ces deux formulations et pourtant elles vantent presque la même chose : le chapon reste l’oiseau de la chair engraissée et un véritable plat de fête. À lui seul, il incarne, à travers les siècles, la permanence d’une construction culturelle… largement marketing !


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Virginie Hulet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les volailles au Moyen Âge : de la poularde au pigeonneau, une diversité oubliée et une science du goût à redécouvrir – https://theconversation.com/les-volailles-au-moyen-age-de-la-poularde-au-pigeonneau-une-diversite-oubliee-et-une-science-du-gout-a-redecouvrir-290182

Comment la viande de poulet a conquis le monde ?

Source: The Conversation – in French – By Michel Duclos, Directeur de recherches INRAE, Inrae

Le poulet est devenu la viande la plus consommée en France, en 2024. Inrae/UE EASM, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • La viande de poulet est aujourd’hui la première viande consommée à travers le monde.

  • Ce succès s’explique par des raisons nutritionnelles, culturelles et économiques.

  • Il a été permis par l’évolution des techniques de sélection et d’élevage avicole.


Depuis 2017, la viande de poulet est la plus consommée et échangée au monde. En France, elle a également atteint cette première place en 2024.

La masse totale des poulets domestiques serait ainsi trois fois supérieure à celle de toutes les espèces d’oiseaux sauvages réunies, de sorte que le poulet serait devenu un marqueur de l’anthropocène. Comment expliquer ce succès ?

Un produit plébiscité par les consommateurs

Le poulet répond aux attentes des consommateurs pour une viande réputée saine, abordable, adaptable à tous les goûts et à toutes les cultures. Il y a un consensus sur la qualité nutritionnelle de la viande de poulet, qui contient des quantités supérieures ou égales en protéines, mais plus faibles en matières grasses, par rapport aux viandes porcines et bovines. La viande de poulet apporte aussi du fer héminique et des vitamines du groupe B, qui ne sont pas présentes dans les aliments d’origine végétale.

Ces propriétés ont conduit aux recommandations formulées dans le programme national Nutrition Santé (PNSS5, 2026-2030) au niveau français : privilégier la volaille et limiter les autres viandes (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 grammes par semaine.

Le prix de la viande de poulet est également un peu inférieur à celui de la viande de porc et nettement plus bas que celui de la viande de bœuf.

Si l’on regarde maintenant l’impact environnemental, celui-ci est souvent résumé par l’équivalent CO₂ au kilogramme. Avec cet indicateur, la viande de poulet (4,56 kg CO2e/kg) paraît également meilleure que celle de porc (6,67 kg CO2e/kg) ou de bœuf (28 kg CO2e/kg).

Les atouts du poulet sont donc nombreux, mais, en pratique, comment cette viande a-t-elle conquis le monde entier ?

Une filière de production très organisée depuis le milieu du siècle dernier

La domestication du poulet et son élevage seraient advenus il y a 3 000 à 4 000 ans en Asie du Sud, dans une région de l’actuelle Thaïlande. À la suite de quoi, il s’est distribué très rapidement sur l’ensemble de la planète. Cependant, son élevage ne s’est fortement développé et industrialisé que dans la seconde moitié du XXᵉ siècle.

Un grand changement va alors survenir. Jusque-là, la viande de poulet était un sous-produit de la production d’œufs. L’innovation, à cette époque, a consisté à séparer des races de poulets de chair destinées à la consommation de viande des races de poules pondeuses.

La production de poulets de chair spécialisés démarre aux États-Unis à la suite de l’organisation, en 1948, d’un concours par le département de l’agriculture en partenariat avec une chaîne d’épicerie, visant à identifier le « poulet de demain », et conduisant à l’émergence des premiers sélectionneurs de poulets de chair. Leur production a été le moteur d’un système agroindustriel intégré qui s’est ensuite mis en place aux États-Unis à la fin des années 1950, avant de gagner l’Europe par l’intermédiaire le Royaume-Uni.

La sélection génétique, outil majeur de progrès

Les caractéristiques biologiques du poulet de chair, le nombre élevé de descendants par reproducteur et sa précocité, permettent de réduire l’intervalle entre les générations et favorisent des progrès génétiques rapides.

Historiquement, les animaux ont d’abord été sélectionnés sur des caractères « simples », comme leur poids ou leur morphologie, afin de répondre à un marché dans lequel les volailles étaient principalement consommées sous forme de carcasse entière. La vitesse de croissance a été un caractère essentiel permettant de produire plus rapidement une carcasse au poids attendu par le marché.

À partir des années 1980, cependant, d’autres critères apparaissent :

  • l’efficacité alimentaire, qui indique la capacité d’un poulet à transformer ce qu’il mange en viande, car l’alimentation représente la principale dépense et la principale source d’impact environnemental des élevages ;

  • le rendement en filet, morceau noble de la carcasse, qui répond à la demande croissante des consommateurs en viande découpée et en produits élaborés.

Des évaluations génétiques de plus en plus précises

Dans les années 1980, les progrès de l’informatique dotent également la sélection d’une méthodologie performante d’évaluation du potentiel génétique des animaux : le Best Linear Unbiaised Prediction (BLUP), qui permet d’estimer avec précision la valeur génétique de chaque candidat à la sélection grâce à la prise en compte de l’information disponible sur l’ensemble des individus qui lui sont apparentés.

Les années 2000-2010 vont apporter un autre saut technologique avec la sélection génomique, qui rend les évaluations génétiques plus précises et plus précoces grâce à la prise en compte de l’information moléculaire. Les gains sont particulièrement appréciables pour les caractères difficiles à mesurer au niveau individuel (comme l’efficacité alimentaire) ou qui impliquent l’abattage des animaux (comme le rendement en viande).

Un rendement multiplié par deux et un secteur dominé par deux géants

Ainsi, depuis les années 1960, l’industrie du poulet de chair a réussi à réduire de moitié la quantité d’aliments nécessaire à la production de viande de poulet, avec un bénéfice fort en coût de production et impact environnemental. Le rendement en filet a été multiplié par près de deux et, s’il fallait environ soixante jours en 1957 pour produire un poulet de 2,2 kg, ce poids est aujourd’hui atteint en trente-trois jours.

Dans le même temps, les besoins d’investissement toujours plus importants dans les technologies de mesure des caractères, le génotypage et la protection sanitaire du cheptel génétique ont conduit à une concentration très forte des acteurs de la sélection avicole en grands groupes : un leader américain (Cobb) et un leader européen (EWG) concentrent l’essentiel de la sélection mondiale.

Des modes de production et d’usage standardisés

À l’échelle globale, la production s’est également standardisée. Elle reste très souvent basée sur l’élevage des poulets à croissance rapide, produits de la sélection mondialisée, s’effectue en bâtiments fermés, facilitant la maîtrise de l’ambiance, la biosécurité et le suivi technique des animaux.

Concernant l’alimentation, les poulets sont nourris avec un aliment à base de céréales (maïs et/ou blé), matières premières riches en protéines (farines de viande jusqu’en 1990, puis tourteaux de soja et/ou tournesol), minéraux et vitamines.

En France : une déclinaison du modèle mondial et des particularités

Une part importante de la production française suit ce mode « standard », avec des poulets à croissance rapide, élevés en bâtiments fermés. Cependant, les bâtiments sont de taille beaucoup plus modeste en France que dans le reste de l’Europe et du monde.

Les préoccupations relatives au bien-être de l’animal et à celui de l’éleveur gagnent, elles, en importance. Les bâtiments traditionnellement sombres et éclairés uniquement en lumière artificielle incorporent maintenant des sources de lumière naturelle. Ils évoluent pour offrir aux poulets la possibilité d’exprimer des comportements naturels de l’espèce, notamment se percher et picorer.

Comme ailleurs, la demande de produits découpés et transformés est en constante augmentation en France. Cette évolution s’est traduite par une spécialisation au sein de la production standard en poulets dits « légers » ou « lourds ». Si les premiers sont abattus avec un poids vif de 2 kg à 2,5 kg pour les marchés du poulet entier ou découpé, les seconds sont abattus plus tardivement (soixante-dix jours et jusqu’à 4 kg) et servent de matière première à l’industrie de la transformation (charcuterie de poulet, produits panés, plats préparés…).

Pour ces deux types de poulet, la demande est telle que la production domestique ne suit pas. Ainsi, la France importe actuellement plus de 50 % de sa consommation de viande de poulet et jusqu’à 80 % concernant le secteur de la restauration hors domicile. Pour l’instant, il s’agit essentiellement d’un import d’origine européenne, avec comme fournisseurs principaux la Pologne (28 %) et la Belgique (25 %).

Parallèlement au développement de ce modèle standard en France, dès les années 1960-1965, certains éleveurs soucieux de maintenir la typicité et le haut niveau de qualité de leurs volailles ont souhaité rationaliser un mode de production alternatif de type fermier.

Garanti et protégé par un label national, il s’appuie lui aussi sur une organisation en filière, encadrée par des organismes de production dont les éleveurs sont adhérents. Le Label rouge a ainsi émergé en 1965 avec, pour premier produit, le poulet jaune des Landes. À croissance lente, il est abattu à plus de quatre-vingt-un jours, après avoir eu accès à un parcours pendant la moitié de sa vie. Sa qualité gustative supérieure est reconnue et validée par l’Institut national de l’origine et de la qualité́ (INAO). Ce poulet requiert plus de 3 kg d’aliment par kilogramme de poids vif, soit deux fois plus qu’un poulet standard.

Dans les années 1990, le marché français a également vu apparaître un élevage de poulets à croissance intermédiaire entre le standard et le fermier, produits sous Certification de conformité produit (CCP) : ils respectent un cahier des charges plus strict que le poulet standard, mais moins exigeant que le fermier avec des conditions d’élevage et d’alimentation qui s’écartent de celles des systèmes standard (âge, alimentation).

Ces différents modes de production fournissent donc des produits diversifiés avec des niveaux de qualité et des prix différents, apportant aux consommateurs une offre différenciée pour des occasions plus festives.

Préoccupations européennes et perspectives globales

En France comme ailleurs, les attentes et les interrogations des citoyens et consommateurs sur leur alimentation sont nombreuses et parfois difficiles à concilier. Selon les pays, les citoyens accordent une importance particulière au bien-être animal ou à la qualité intrinsèque de la viande ainsi qu’à la durabilité globale du système de production, mais, dans tous les cas, les consommateurs choisissent avant tout en fonction du prix. Les systèmes de production pour y répondre sont assez divers au niveau européen.

Dans le cadre du projet européen INTAQT, une large diversité de produits avicoles issus de plusieurs pays européens a été comparée. Les résultats montrent que les poulets à croissance lente ou intermédiaire offrent de meilleures garanties en matière de bien-être animal et présentent une viande au profil nutritionnel plus favorable à la santé. Celui-ci se caractérise notamment par une teneur plus élevée en protéines, des teneurs plus faibles en eau et en lipides, ainsi que par des concentrations supérieures en composés bioactifs d’intérêt pour la santé, tels que le fer, les dipeptides carnosine et ansérine, qui présentent une activité antioxydante.

Les produits issus de poulets à croissance rapide de type standard présentent, eux, une plus forte prévalence de défauts musculaires qui altèrent la qualité de la viande en affectant son aspect visuel, sa texture, ses propriétés nutritionnelles et technologiques. Celles-ci ont des répercussions importantes sur les performances économiques de la filière et sur son image auprès des consommateurs.

Une nouvelle production tend à émerger, le poulet ECC (pour European Chicken Commitment), avec un cahier des charges conçu à l’initiative des ONG et combinant amélioration des conditions d’élevage des animaux (densité, lumière naturelle, enrichissements) et choix de génétiques à croissance intermédiaire. Ce modèle apparaît comme un bon compromis entre productivité, bien-être et qualité, même si la question des surcoûts engendrés par rapport à la production de poulet standard questionne sa capacité à conquérir le marché intérieur français.

Quels que soient les systèmes de production de demain, ils devront aussi répondre à différents défis associés au changement climatique. Il faudra à la fois pouvoir accéder à des souches de poulets plus robustes face aux aléas climatiques et adapter la production de matières premières pour leur alimentation aux nouvelles conditions climatiques.

D’autre part, l’expérience récente montre que les risques infectieux persistent, voire augmentent : ainsi la grippe aviaire, qui évoluait sous un mode épidémique, tend à s’établir sur un mode endémique dans de nombreux pays. Elle menace la santé des élevages, limite les échanges internationaux d’oiseaux vivants et fait l’objet d’une surveillance stricte. Pour autant, la demande mondiale et les échanges commerciaux associés ne semblent pas prêts de baisser.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Michel Duclos est vice-président de l’Association WPSA France, membre de l’Académie d’Agriculture de France (AAF). Il a été membre du conseil scientifique de l’ITAVI.
Dans le cadre de ses recherches, il a reçu des financements de la Région CVL, de l’ANR, de la communauté européenne, ainsi que de partenaires privés du secteur avicole dans le cadre de collaborations conduites sous l’égide de l’Institut Carnot France Futur Elevage.

Cecile Berri a reçu des financements de l’ANR, l’Europe, la région CVL, les ministère, France 2030, etc.

Elisabeth Duval a bénéficié pour ses recherches de financements nationaux (ANR, Régions, Ministères, France 2030) et européens.

– ref. Comment la viande de poulet a conquis le monde ? – https://theconversation.com/comment-la-viande-de-poulet-a-conquis-le-monde-292820

Casi todo el mundo gira inconscientemente hacia la izquierda al caminar, y aún no sabemos por qué

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iñaki Echeverría Huarte, Assistant Professor, Universidad de Navarra

Goinyk Production/Shutterstock

Esta historia comenzó, como tantas otras en la historia de la ciencia, con algo que no estábamos buscando.

En 2020, durante la pandemia de covid-19, estábamos estudiando una cuestión práctica: ¿cómo se mueven las personas en un espacio cerrado cuando se les pide que mantengan la distancia entre ellas? Al ver las grabaciones una y otra vez, nos dimos cuenta de algo extraño: casi todos los participantes caminaban en círculos que giraban en la misma dirección, siempre en sentido antihorario. Y lo más curioso de todo es que ninguno de ellos parecía haberse dado cuenta de que lo estaban haciendo.

Esa observación nos llevó a emprender una investigación de cinco años para averiguar por qué los seres humanos se comportan de esta manera.

El efecto en sí mismo es fácil de describir. Si dejamos que una multitud deambule por un espacio cerrado sin un destino concreto, poco a poco empieza a girar, casi siempre hacia la izquierda. Nadie dirige ese movimiento. Nadie lo decide.

Para un físico, esto parece un ejemplo clásico de “comportamiento emergente”: un patrón colectivo que surge de innumerables pequeñas interacciones, ya sea entre individuos o entre estos y su entorno. Estas eran nuestras dos hipótesis principales, que intentamos validar por separado.

No era la sala

Nuestra primera sospecha se basaba en la interacción entre los peatones y las paredes de la sala. Un estudio anterior de neurociencia había descubierto que las personas diestras tienden a girar a la izquierda y las zurdas, a la derecha, un sesgo sutil relacionado con pequeñas diferencias entre las dos mitades del cerebro. Dado que la mayoría de nuestro grupo original era diestra, era razonable plantear la hipótesis de que el remolino colectivo no era más que la suma de las preferencias individuales, convertida en un bucle por las paredes que les rodeaban.

Para comprobarlo, diseñamos un nuevo experimento que comenzaba incluso antes de que el grupo se reuniera en el recinto. Uno a uno, los voluntarios caminaban en línea recta hacia una pared y registrábamos en qué dirección giraban al llegar allí.

Al conocer la preferencia de cada uno, pudimos clasificar a las personas según esta característica y observar el resultado. Si las paredes y la lateralidad fueran la respuesta, un grupo de zurdos o, mejor aún, de personas que giraran exclusivamente a la derecha, acabaría invirtiendo la rotación y se movería en el sentido de las agujas del reloj. Pero eso nunca ocurrió. Tanto si llenábamos la sala con personas que giraban a la derecha como con zurdos, el sesgo en sentido contrario a las agujas del reloj se mantenía.

Quizá la presencia de las paredes en sí misma fuera la causa de este efecto de desviación. Para averiguarlo, trasladamos el experimento al aire libre, a un patio escolar muy amplio de 3 000 metros cuadrados, sin muros perimetrales, y dejamos que más de un centenar de adolescentes caminaran sin nada que los guiara. El efecto de rotación no solo se mantuvo, sino que se intensificó. Evidentemente, la sala no tenía la culpa.




Leer más:
¿Por qué la mayoría de las personas son diestras y no zurdas?


No era la cultura

Eso nos dejaba con nuestro segundo sospechoso: la forma en que interactuamos entre nosotros. Cuando dos peatones se encuentran de frente, cada uno se aparta, lo que da lugar al conocido fenómeno de la formación de carriles.

Pero el lado que elegimos no es aleatorio, y suele estar determinado por la parte de la carretera por la que circulan los vehículos. En España, al igual que en el resto de Europa continental, nos apartamos hacia la derecha, lo que deja algo de espacio a nuestra izquierda para que la persona que viene en sentido contrario haga lo mismo.

Quizás, razonamos, el origen del movimiento en sentido antihorario no era más que una manifestación de este fenómeno. Si los peatones tienden a apartarse hacia la derecha en cada interacción, acabarán caminando con la pared a la derecha, moviéndose en sentido antihorario. Si esto fuera cierto, una multitud japonesa debería girar en sentido horario porque, en Japón, la gente conduce y se aparta hacia la izquierda, y la formación de carriles se produce en el lado opuesto al de España.

Vista aérea del patio de un colegio, con puntos de colores que representan a las personas en movimiento.
Una imagen de uno de nuestros estudios, en la que se aprecia claramente la tendencia general hacia una espiral en sentido antihorario (en azul).
Los autores

Nos pusimos en contacto con un colega de Tokio, convencidos de que él observaría que la multitud giraba en el sentido de las agujas del reloj. Los nuevos experimentos se saldaron con un nuevo fracaso. La multitud japonesa giró en sentido antihorario, por lo que nuestra hipótesis era errónea.

Aún quedaba una explicación cultural: un hábito adquirido en algún momento, como la dirección antihoraria en la que se construyen casi todas las pistas de atletismo. Así que recurrimos a los niños de guardería, que apenas han comenzado a asimilar las convenciones de los adultos. Lejos de desaparecer, su tendencia en sentido antihorario fue la más marcada que medimos en cualquier lugar.

La respuesta está dentro de nosotros

Si no se trata del grupo, del entorno ni de nuestros hábitos sociales, solo quedaba una posibilidad: una característica puramente individual, algo biomecánico o arraigado en el cerebro.

Para comprobarlo, pedimos a más de 200 voluntarios que caminaran solos, de uno en uno, en un recinto vacío. Sin nadie con quien chocar y sin una multitud a la que seguir, una clara mayoría siguió moviéndose en sentido antihorario.

Durante décadas, nuestro campo había dado por sentado que patrones colectivos como este surgen de las interacciones entre los peatones. En este caso, los datos muestran exactamente lo contrario: el patrón ya está presente en una sola persona que camina por su cuenta. De hecho, al introducir en un modelo únicamente esos datos de movimiento individual, fuimos capaces de reproducir el remolino de toda la multitud. En este caso, y al contrario de lo que ocurre en los fenómenos colectivos emergentes, el todo no es más que la suma de las partes; es exactamente lo mismo.

Y aquí está la conclusión sincera: seguimos sin saber el porqué de este sesgo a nivel individual. Buscamos una relación con la lateralidad (mano dominante), el pie dominante, el ojo dominante, el sexo, etc., y no encontramos nada. Los estudios con personas que caminan con los ojos vendados, que tienden a desviarse en espiral hacia un lado, apuntan a algo más profundo, tal vez a ligeras asimetrías en el oído interno que modifican mínimamente nuestro sentido de la rectitud. Pero, tal y como están las cosas, no podemos dar ninguna explicación al respecto.

En cualquier caso, saber que esa tendencia es propia del individuo y no del grupo sigue siendo valioso, y podría cambiar la forma en que modelamos y diseñamos los espacios que compartimos: lugares como aeropuertos, estaciones de tren y museos, donde es importante que el tránsito de personas sea fluido.

Esa misma inclinación hacia la izquierda se observa incluso en los animales, por ejemplo, en los bancos de peces y en las columnas en espiral de las hormigas soldado. La fuerza que empuja a un ser humano hacia la izquierda podría, en última instancia, resultar mucho más antigua que la propia humanidad.

The Conversation

Iñaki Echeverría Huarte recibe fondos del proyecto PID2023-146422NB-I00 financiado por el MICIU/AEI/10.13039/501100011033 con fondos FEDER, UE.

Ángel Garcimartín Montero recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación.

Iker Zuriguel Ballaz recibe fondos del proyecto PID2023-146422NB-I00 financiado por el MICIU/AEI/10.13039/501100011033 con fondos FEDER, UE.

– ref. Casi todo el mundo gira inconscientemente hacia la izquierda al caminar, y aún no sabemos por qué – https://theconversation.com/casi-todo-el-mundo-gira-inconscientemente-hacia-la-izquierda-al-caminar-y-aun-no-sabemos-por-que-293364

Élections au Brésil : une campagne terne et numérique qui accroît l’incertitude sur l’issue du scrutin

Source: The Conversation – in French – By Sergio Abranches, Ex-professor titular do IUPERJ/Uerj e ex-professor visitante no Departamento de Economia e Administração (FEA), Universidade Federal do Rio de Janeiro (UFRJ)


L’ESSENTIEL

  • À quelques jours de l’élection présidentielle au Brésil, Lula devance Flávio Bolsonaro, mais près d’un tiers des électeurs restent indécis.

  • La campagne, peu visible dans les rues et largement numérique, peine à mobiliser les électeurs.

  • Les élections au Congrès seront aussi décisives pour la capacité du prochain président à gouverner.


À quelques jours du scrutin présidentiel du 4 octobre 2026, la campagne électorale brésilienne se déroule dans une atmosphère bien moins tendue qu’on aurait pu s’y attendre, compte tenu de la forte polarisation qui traverse le pays.

Les derniers sondages font par ailleurs apparaître peu d’évolutions dans le paysage politique, toujours dominé par le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva et son principal adversaire de droite, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, aujourd’hui incarcéré.

Mais prédire l’issue de l’élection présidentielle brésilienne est un exercice délicat. Au Brésil, le vote est obligatoire pour les citoyens sachant lire et écrire âgés de 18 à 70 ans. Si aucun candidat à la présidence n’obtient 50 % des suffrages valides plus une voix au premier tour – sans compter les abstentions, les votes blancs et les bulletins nuls –, les deux candidats arrivés en tête s’affrontent au second tour, prévu le 25 octobre 2026.

Dans la situation actuelle, la tenue d’un second tour apparaît très probable. Mais, en tant que politologue étudiant les élections brésiliennes depuis plusieurs décennies, je pense qu’il est encore trop tôt pour fonder des analyses sur les simulations de second tour. Si l’on en croit les sondages spontanés, environ 30 % des électeurs restent indécis au premier tour. Dans ce type de sondage, les personnes interrogées indiquent pour qui elles comptent voter sans qu’une liste de candidats leur soit proposée. Historiquement, cette méthode donne une estimation du nombre d’indécis plus proche de la réalité.

La moyenne des 18 derniers sondages réalisés jusqu’au 22 septembre donne 39,4 % des intentions de vote au président sortant Lula, contre 33,6 % à Flávio Bolsonaro. Des chiffres assez proches de ceux du dernier sondage Quaest, publié le 21 septembre, qui crédite Lula de 37 % et Flávio Bolsonaro de 33 %.

Si l’on fait la moyenne de ces 18 sondages, les réponses spontanées montrent que 27 % des électeurs sont encore indécis. Le sondage Quaest avance une proportion plus élevée, à 35 %. On peut donc estimer que les indécis représentent entre 30 % et 35 % de l’électorat. Un niveau d’incertitude particulièrement élevé à quelques jours du scrutin.

Je pars donc de l’hypothèse que la relative stabilité des sondages – dont les variations restent dans la marge d’erreur – et la forte proportion d’indécis témoignent d’une campagne particulièrement terne. De fait, la campagne est peu visible dans les rues : on voit beaucoup moins de drapeaux et d’autocollants que lors des précédentes élections.

Une campagne en ligne qui peine à mobiliser

Deux autres hypothèses peuvent expliquer ce manque d’enthousiasme. La première est que ni Lula ni Flávio Bolsonaro ne semblent capables de mobiliser suffisamment les Brésiliens pour les faire descendre dans la rue et participer activement à la campagne. Même au sein de leurs propres cercles de sympathisants, les doutes semblent nombreux quant à leur capacité à susciter un véritable élan.

La seconde est que la campagne électorale de 2026 se déroule désormais principalement sur les plates-formes numériques. Or, une campagne essentiellement en ligne réduit les interactions en face à face et atténue l’effervescence que peuvent créer les moments spontanés lors des rassemblements. Les électeurs peuvent alors se demander si ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux reflète réellement l’état de l’opinion ou seulement ce que les algorithmes ont choisi de leur montrer. Les réseaux sociaux ont en effet tendance à créer des bulles très cloisonnées, qui laissent peu de place au débat.

Cette polarisation apparaît très nettement dans les sondages lorsqu’on examine les intentions de vote en fonction de l’orientation politique des électeurs. Parmi les lulistes, 91 % choisissent Lula, tandis que 90 % des bolsonaristes soutiennent Flávio Bolsonaro. À gauche, parmi ceux qui ne se définissent pas comme lulistes, 78 % disent qu’ils voteront pour Lula. À droite, parmi les non-bolsonaristes, 67 % soutiennent Flávio Bolsonaro. Quant aux électeurs qui se disent indépendants, ils sont partagés. C’est ce que montrent les chiffres du sondage Quaest du 21 septembre.

Dans ce même sondage Quaest, interrogés sur la possibilité de changer encore leur choix pour le premier tour, 79 % des électeurs affirment que leur décision est définitive, tandis que 21 % disent pouvoir encore changer de candidat.

Cette proportion de 21 % d’électeurs susceptibles de revoir leur choix laisse entrevoir une forte volatilité du vote cette année, avec de nombreux électeurs qui pourraient attendre le dernier moment pour se décider. De quoi entretenir jusqu’au bout le climat d’incertitude qui caractérise cette campagne présidentielle.

L’hypothèse du « vote pour le gagnant »

Mais une autre donnée du dernier sondage Quaest pourrait peser sur cette incertitude. À la question de savoir qui devrait remporter l’élection, 55 % des personnes interrogées répondent Lula – une proportion nettement supérieure à celle de ceux qui déclarent vouloir voter pour lui. À l’inverse, 30 % pensent que Flávio Bolsonaro l’emportera, un chiffre globalement conforme à ses intentions de vote actuelles.

Cet écart entre les intentions de vote et la perception du candidat susceptible de l’emporter pourrait jouer un rôle important. Historiquement, une partie de l’électorat tend à se rallier, au second tour, au candidat perçu comme le futur vainqueur. À ce stade, cette dynamique pourrait profiter à Lula.

Le président sortant pourrait également bénéficier d’un choix pragmatique de certains électeurs : entre Flávio Bolsonaro, qui n’a encore jamais exercé la présidence, et Lula, déjà au pouvoir et dont la manière de gouverner est largement connue.

Flávio Bolsonaro peut toutefois tirer parti de son nom. Malgré ses démêlés judiciaires depuis son départ du pouvoir en 2023, Jair Bolsonaro reste populaire auprès de son électorat de droite. Par ailleurs, certains Brésiliens se montrent lassés par la longévité politique de Lula, qui a accédé pour la première fois à la présidence en 2003.

Une chose est sûre : l’élection s’annonce une nouvelle fois très serrée. Et les électeurs indépendants pourraient jouer un rôle déterminant, alors qu’ils restent pour l’instant très partagés entre les deux principaux candidats. Le résultat de l’élection dépendra également du désengagement d’une partie de l’électorat. Plus l’abstention et le nombre de votes nuls seront élevés, plus leur poids sur l’issue du scrutin sera important.

Un « choc » de septembre ou d’octobre ?

Et qu’en est-il du très probable second tour, prévu le 25 octobre ? En tant que politologue, je considère toujours le second tour comme une nouvelle élection, avec une campagne courte et intense, généralement plus animée que celle du premier tour. Mais je me garde de toute prévision avant de connaître le résultat du premier vote.

La politique brésilienne peut se révéler très volatile. Plusieurs enquêtes en cours pourraient encore faire émerger des informations compromettantes. C’est notamment le cas de l’affaire Banco Master, une vaste affaire de fraude bancaire dans laquelle sont impliquées plusieurs personnalités politiques de premier plan.

L’issue de la crise qui secoue parallèlement le Tribunal suprême fédéral – et qui oppose notamment André Mendonça, juge nommé par Jair Bolsonaro, à Alexandre de Moraes, soutenu par Lula – pourrait elle aussi peser sur le choix des électeurs. Ou ne produire aucun effet.

Les sondages ne permettent pas non plus de mesurer dans quelle mesure les événements du 8 janvier 2023 et l’ensemble du projet de coup d’État qui les a précédés pourraient peser sur la décision finale des électeurs. Si ces événements – au cours desquels des partisans de Bolsonaro ont pris d’assaut les bâtiments des institutions à Brasília et tenté de renverser Lula, tout juste élu – restent présents dans les mémoires, ou s’ils reviennent au premier plan pendant la campagne, ils pourraient eux aussi peser sur le scrutin. D’autant que Flávio Bolsonaro promet d’amnistier les personnes condamnées, y compris son père.

La crise du présidentialisme de coalition

La configuration actuelle des candidatures révèle également plusieurs facettes de la crise du « présidentialisme de coalition », qui s’est installée sous la présidence de Jair Bolsonaro. Les amendements parlementaires au budget jouent un rôle central dans cette évolution. Leur fonctionnement et les sommes en jeu ont profondément changé avec la création du « budget secret », négocié par l’ancien président avec Arthur Lira, alors président de la Chambre des députés.

Ces amendements, qui représentent plusieurs dizaines de milliards de réaux, ainsi que les fonds destinés aux partis et au financement des campagnes électorales – qui totalisent à eux deux 6,2 milliards de réaux –, ont donné aux députés et aux sénateurs une plus grande autonomie pour diriger des ressources vers leurs circonscriptions, sans avoir besoin de l’aval du pouvoir exécutif.

Cette évolution a réduit les incitations des parlementaires à soutenir les candidats à la présidence et leur intérêt à participer à une coalition gouvernementale. Ces dernières années, l’allocation de ces ressources a en outre connu d’importantes distorsions, qui ont entravé la mise en œuvre de politiques publiques plus équitables.

Les électeurs comprennent assez mal les mécanismes qui régissent les relations entre l’exécutif et le législatif dans le système du présidentialisme de coalition. C’est peut-être pourquoi ils s’intéressent peu aux amendements parlementaires et, plus largement, à la crise que traverse ce modèle de gouvernement. Ils ont tendance à considérer ces amendements comme une forme de clientélisme.

C’est en partie le cas. Mais ces amendements constituent aussi un moyen légitime de financer des politiques publiques dans les États et les municipalités. Avant la présidence de Jair Bolsonaro, ils faisaient partie des incitations qui poussaient les partis à rejoindre une coalition gouvernementale. Dès lors que les parlementaires ont pu disposer beaucoup plus directement de ces ressources, ces incitations ont fortement diminué, rendant beaucoup plus difficile le maintien d’un équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif.

Cette crise est pourtant directement liée au vote. Et pas seulement à l’élection présidentielle : elle concerne aussi les élections à la Chambre des députés et au Sénat. Toute nouvelle réglementation des amendements parlementaires devra être approuvée par le Congrès. Or, seul le vote des électeurs peut modifier le rapport de forces qui donne aujourd’hui la majorité parlementaire à un ensemble de partis sans véritable cohérence idéologique et jugés très irresponsables par l’auteur, réunis sous l’appellation de « centrão ».

L’importance des élections au Congrès

Si les élections à la Chambre des députés et au Sénat maintiennent le rapport de forces actuel, il sera très difficile de former une coalition efficace et responsable entre le Congrès et le gouvernement fédéral, capable de réformer les règles qui encadrent aujourd’hui les amendements parlementaires et de faciliter ainsi la gouvernance du pays.

Les enjeux de ces élections dépassent donc largement le seul choix du président. Il s’agit à la fois de réaffirmer la démocratie et de préserver la capacité du pays à être gouverné, aujourd’hui fragilisée par les effets des amendements parlementaires sur la volonté des partis de rejoindre une coalition gouvernementale. C’est aussi un défi de taille pour la capacité du prochain président à construire et à gérer une majorité politique.

Lula est aujourd’hui critiqué pour sa gestion de cette coalition. Il dispose pourtant, selon l’auteur, de nombreux atouts pour mener à bien cette tâche : c’est un responsable politique expérimenté, rompu à la négociation, qui connaît les contraintes propres à la fonction présidentielle et maîtrise les dynamiques politiques à l’œuvre au Congrès.

Cette élection pourrait avoir des conséquences importantes sur l’avenir de la démocratie et le bien-être de la société brésilienne. Pourtant, ces enjeux peinent à mobiliser les électeurs. Et l’atonie de la campagne ne fait qu’accroître l’incertitude.

The Conversation

Sergio Abranches ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Élections au Brésil : une campagne terne et numérique qui accroît l’incertitude sur l’issue du scrutin – https://theconversation.com/elections-au-bresil-une-campagne-terne-et-numerique-qui-accroit-lincertitude-sur-lissue-du-scrutin-293250

“Le brun est beau” : ce que Windhoek peut apprendre aux villes africaines

Source: The Conversation – in French – By Gaby Hansen, Lecturer in the Department of Architecture, Planning and Construction, Namibia University of Science and Technology

De nombreuses villes africaines ont commencé à élaborer des plans climatiques. Ceux-ci promettent des rues plus fraîches, des forêts urbaines et des toits végétalisés. Cette adaptation des villes au changement climatique est devenue une priorité urgente.

Windhoek, la capitale de la Namibie, est une ville en pleine expansion qui s’étend sur des collines et dans des vallées. Ses banlieues côtoient des quartiers informels en pleine expansion. Mais la vie dans cette ville aride devient de plus en plus difficile. Les précipitations sont faibles et imprévisibles, et les températures peuvent atteindre 40 °C.

La végétation clairsemée ainsi que les routes et les bâtiments qui absorbent la chaleur rendent certaines parties de la ville encore plus chaudes.




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On retrouve des conditions similaires dans d’autres villes arides, notamment Gaborone au Botswana. La ville est confrontée à une chaleur intense, à une pénurie d’eau et à des sécheresses régulières. Des pluies torrentielles soudaines peuvent également provoquer des crues. Le manque de végétation accentue la chaleur.

Nous sommes des architectes paysagistes qui concevons des villes et des agglomérations en harmonie avec la nature plutôt que contre elle. Les solutions fondées sur la nature sont au cœur de notre travail. Elles mettent à contribution les arbres, les plantes, les zones humides et d’autres éléments naturels pour rafraîchir les zones urbaines, gérer les inondations et aider les populations à faire face au changement climatique. Elles peuvent également protéger la faune sauvage et créer des lieux de vie plus sains pour les habitants.

Nous avons voulu comprendre pourquoi Windhoek ne recourt pas davantage aux solutions fondées sur la nature pour faire face au changement climatique. Nous avons cherché à savoir si ces approches étaient absentes des projets du gouvernement, ou présentes mais mal appliquées. Nous avons également exploré comment les savoirs locaux pourraient aider la ville à se préparer au changement climatique.




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Nous avons passé en revue l’ensemble des politiques publiques nationales et municipales relatives au changement climatique et à la résilience.

Nous avons également interrogé des responsables municipaux, des urbanistes, des universitaires, des architectes, des paysagistes, des spécialistes de l’environnement et des représentants de la population impliqués dans la permaculture et la réhabilitation des quartiers informels, afin de déterminer si les plans et politiques climatiques du gouvernement se traduisaient par des projets concrets.

Notre étude montre que l’expression «le brun est beau» pourrait bien être utilisée par les habitants pour décrire Windhoek.

Autrement dit, ils apprécient le paysage sec de leur ville qui fait partie intégrante de son identité naturelle et culturelle. Mais on n’en parle pas. La Namibie dispose de bonnes politiques climatiques sur le papier, mais celles-ci sont axées sur les risques climatiques et la gestion des catastrophes. Le recours à des solutions fondées sur la nature pour permettre à Windhoek de s’adapter au changement climatique n’est pas à l’ordre du jour.




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En conséquence, il existe peu de recommandations sur la manière d’intégrer les solutions fondées sur la nature dans l’urbanisme des villes situées en zones arides. Par exemple, les politiques ne fournissent aux villes que peu d’indications sur l’utilisation des arbres, des zones humides et des cours d’eau naturels pour réduire la chaleur et absorber les eaux de crue.

Windhoek continue donc de dépendre d’infractructures « grises » et de barrières anti-inondation en béton axées sur la gestion des catastrophes. L’accent devrait également être mis sur la préparation de la ville à l’aggravation de la chaleur, de la sécheresse et des inondations afin d’améliorer les conditions de vie.

Nos recherches montrent que Windhoek pourrait tirer parti de son paysage aride pour lutter contre la chaleur, la sécheresse et les inondations.

Les plans d’urbanisme devraient inclure des « bioswales » (fossés végétalisés qui collectent et filtrent les eaux de pluie), des « contour swales » (fossés peu profonds qui ralentissent l’écoulement des eaux en pente), des « berms » (talus de terre surélevés qui canalisent ou retiennent l’eau), des plantes indigènes et résistantes à la sécheresse, ainsi que le « xéropaysagisme » (jardinage nécessitant très peu d’eau). Ces solutions doivent être conçues en fonction des caractéristiques du paysage de Windhoek et des besoins de ses communautés et de sa faune.

Les idées locales peuvent transformer les villes

Les solutions fondées sur la nature occupent une place prépondérante dans les politiques climatiques mondiales. Mais les pays arides comme la Namibie ont besoin de solutions adaptées à la rareté de l’eau et à la fragilité des écosystèmes désertiques. Cela revêt une importance particulière à Windhoek.

Les quartiers informels connaissent une croissance de 6,5 % à 7 % par an, contre 4 % dans la partie formelle de la ville. Une personne que nous avons interrogée a déclaré que les infrastructures de base ne parvenaient pas à suivre le rythme. Les réseaux d’assainissement sont souvent débordés en cas d’inondations, exposant ainsi les quartiers informels à des débordements d’eaux usées.




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Nous considérons les initiatives menées par les communautés comme des outils très importants d’adaptation au changement climatique. À Windhoek, des pratiques locales telles que les jardins de permaculture, les systèmes locaux de récupération de l’eau et la surveillance environnementale menée par les citoyens se développent.

Elles allient principes écologiques et savoirs locaux. Il en résulte une amélioration de la sécurité alimentaire, de la conservation de l’eau, de l’apprentissage social et du sentiment d’appartenance à la communauté locale.

Les solutions fondées sur la nature fonctionnent à l’échelle locale. Nous pensons qu’elles devraient être déployées à plus grande échelle et intégrées à l’urbanisme. Par exemple, notre étude a donné naissance à un slogan de sensibilisation pour Windhoek : « Brown is Beautiful » (Le brun est beau).

Mener une campagne en faveur de l’adaptation au changement climatique autour de ce thème encouragerait les gens à considérer le paysage sec et poussiéreux de Windhoek non pas comme inanimé ou laid, mais comme naturel et précieux.

Comme l’a dit l’une des personnes que nous avons interrogées :

Le brun est vivant; il existe de superbes plantes et infrastructures brunes. Nous devons changer les mentalités pour que les gens comprennent que le brun, c’est beau. Mettre en avant des aménagements adaptés aux zones arides avec des espèces indigènes peut recentrer ce débat.

Windhoek compte également des « champions municipaux » au sein de l’administration municipale. Il s’agit de personnes qui militent pour que les solutions fondées sur la nature soient intégrées à l’urbanisme. Leurs efforts montrent que le changement est possible au sein même des pouvoirs publics, en particulier lorsqu’ils partagent leurs connaissances et collaborent entre différents secteurs.




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Cependant, l’un des problèmes réside dans le fait que tous ces projets ne sont pas reliés entre eux. Par exemple, il n’existe aucune directive municipale sur la manière d’aménager les espaces verts de façon à rafraîchir Windhoek et à aider la ville à faire face au réchauffement climatique.

On constate un manque d’expertise spécifique en architecture paysagère. Les projets sont conçus séparément plutôt que dans le cadre d’une approche coordonnée à l’échelle de la ville. Pour avoir un impact plus important, ils ont besoin d’un soutien officiel de la part de la ville.

Les prochaines étapes

Pour combler le fossé entre les politiques et la pratique, nous pensons que les communautés, les décideurs politiques et les chercheurs doivent tous travailler ensemble sur l’aménagement urbain. L’aménagement urbain peut être inclusif et adapté au contexte de Windhoek.

Cette approche pourrait également s’appliquer aux quartiers informels ou aux bidonvilles. Les habitants de ces quartiers sont à la merci des intempéries et possèdent des connaissances précieuses sur l’environnement local et sur la manière de survivre à des conditions difficiles.




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Pour que Windhoek se prépare à un avenir plus chaud et plus sec, les systèmes doivent changer. Les solutions fondées sur la nature doivent passer du stade de simples bonnes idées à celui de pratiques au quotidien dans l’aménagement urbain ; les responsables doivent disposer de compétences et des ressources nécessaires pour travailler avec la nature ; et les services publics, les communautés et les experts doivent être réunis au sein d’un même groupe afin de collaborer.

En travaillant avec la nature, Windhoek pourrait montrer à d’autres villes situées dans des zones arides comment lutter contre la chaleur, la sécheresse et les inondations de manière durable et abordable.

The Conversation

Christina Breed bénéficie d’un financement du ministère danois des Affaires étrangères.

Gaby Hansen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. “Le brun est beau” : ce que Windhoek peut apprendre aux villes africaines – https://theconversation.com/le-brun-est-beau-ce-que-windhoek-peut-apprendre-aux-villes-africaines-292799

La biodiversité commune, grande oubliée des politiques de conservation en Europe

Source: The Conversation – in French – By Léa Tardieu, Chargée de recherche en économie de l’environnement, Inrae


L’ESSENTIEL

  • Les mesures de protection de la biodiversité ciblent souvent des espèces menacées emblématiques laissant de côté la biodiversité dite « commune ».

  • Une étude inédite réalisée à l’échelle européenne montre que ces espèces communes déclinent dans tous les scénarios envisagés pour protéger la biodiversité.

  • Dans le sud et l’est de l’Europe, la biodiversité commune semble particulièrement menacée du fait d’une intense pression agricole.


On néglige souvent ce qui nous paraît acquis. La biodiversité considérée aujourd’hui comme « commune » ou « ordinaire » ne fait pas exception.

C’est ce que montre notre étude fondée sur des dizaines de milliers d’observations menées pendant plus de vingt ans à travers l’Europe. Nous avons évalué, à partir des données passées, l’impact de différents scénarios de conservation de la biodiversité sur les populations d’oiseaux et de papillons communs.

Le résultat est que, même les scénarios les plus ambitieux, qui intégrent les principales politiques européennes existantes, ne suffiront pas à enrayer le déclin des oiseaux et papillons communs d’ici à 2050.

Des politiques centrées sur les espèces et les habitats menacés

Des politiques visant à enrayer le déclin de la biodiversité existent pourtant, alors comment peut-on en arriver là ? Sans doute parce que les actions de conservation mises en place depuis plusieurs décennies ciblent en priorité les espèces et les habitats menacés, avec des succès clés comme pour le milan royal ou la loutre, mais tendent à négliger les conditions écologiques des écosystèmes ordinaires qui occupent de larges pans du territoire.

Dès lors, les espèces communes d’oiseaux et de papillons échappent en partie au champ d’action des politiques de conservation. Pourtant, ces espèces jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes agricoles, forestiers et prairiaux, et elles constituent de précieux indicateurs de la santé environnementale. De fait, leur déclin, en grande partie dû à la pression de l’agriculture intensive, fragilise le fonctionnement des écosystèmes dans leur ensemble.

Face à l’aggravation des menaces pesant sur la biodiversité, des scénarios de conservation ont été élaborés, notamment en s’appuyant sur les travaux prospectifs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (acronyme anglais, IPBES – l’équivalent du Giec pour la biodiversité). Le but de ces travaux est d’explorer les trajectoires permettant de réduire les pressions d’origine humaine sur la biodiversité jusqu’en 2050.

La trajectoire climatique et socio-économique la plus durable considérée par le Giec (la « voie verte » SSP1) sert de socle commun.

À ce socle s’ajoutent les principaux objectifs des politiques de conservation européennes (Stratégie européenne pour la biodiversité à l’horizon 2030, la Stratégie forestière 2030 ou encore la stratégie « De la ferme à la table » de la Politique agricole commune – PAC) : une réduction de 20 % des engrais azotés, une augmentation des zones protégées pour atteindre 30 % du territoire, une préservation des milieux naturels de prairies et de forêts et la plantation de 3 milliards d’arbres.

Ces objectifs ont été traduits en trois scénarios, chacun incarnant une vision différente de la nature par l’IPBES :

  • La nature pour la nature (Nature for Nature, NFN) La nature y est considérée comme ayant une valeur intrinsèque. On accorde de la valeur à la diversité des espèces, des habitats, des écosystèmes et des processus qui composent le monde naturel ainsi qu’à la capacité de la nature à fonctionner de manière autonome. Par exemple, la restauration des forêts se concentre dans cette vision sur les zones présentant une forte valeur écologique pour les espèces de vertébrés.

  • La nature pour la société (Nature for Society, NFS) Cette vision met en avant les bénéfices utilitaires et les valeurs instrumentales que la nature apporte aux individus et aux sociétés. Par exemple, dans ce cas, la restauration des forêts se concentre sur les zones présentant un fort potentiel de stockage de carbone.

  • La nature comme culture (Nature as Culture, NaC) Cette vision met, quant à elle, en avant les valeurs relationnelles de la nature, où sociétés, cultures, traditions et croyances sont intimement liées à la nature dans la formation de paysages bioculturels divers. Ici, si nous poursuivons sur notre exemple, la restauration des forêts ne se fait pas au détriment des paysages agricoles à forte valeur culturelle.

L’impact de ces scénarios sur la biodiversité commune en Europe restait toutefois inconnu. C’est ce que nous avons cherché à évaluer dans cette récente étude réunissant 36 auteurs issus de 38 institutions de recherche, publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution.

Pour cela, nous sommes partis d’observations recueillies sur plus de 20 000 sites dans 26 pays européens. Dans cet immense jeu de données, issu de la participation de milliers d’observateurs bénévoles, nous nous sommes concentrés sur 265 espèces communes d’oiseaux et 144 espèces communes de papillons.

Les espèces communes d’oiseaux et de papillons servent à produire des indicateurs officiels de suivi de l’état de la biodiversité en Europe, notamment parce qu’elles sont indicatrices de l’état des milieux, mais également parce que les données de comptage issues des sciences participatives permettent d’estimer leurs populations assez précisément.

Chez toutes ces espèces, nous avons voulu analyser les effets des pressions principales sur la biodiversité : le changement climatique, l’artificialisation des sols, l’uniformisation des paysages et l’intensification agricole et forestière.

De gauche à droite, de haute en bas : une alouette des champs (Alauda arvensis), une fauvette mélanocéphale (Curruca melanocephala), un azuré du serpolet (Phengaris arion), et un aurore (Anthocharis cardamines)
De gauche à droite et de haut en bas : une alouette des champs (Alauda arvensis), une fauvette mélanocéphale (Curruca melanocephala), un azuré du serpolet (Phengaris arion), et un aurore (Anthocharis cardamines).
Daniel Pettersson, Andreas Trepte, PJC&Co, Rudolphous, CC BY

L’évolution des pressions a ensuite été calculée à partir de l’occupation des sols, de la structure des paysages et du climat modélisés dans chacun des scénarios et combinée à l’effet de ces pressions sur les espèces communes étudiées afin d’évaluer l’impact de chaque scénario sur leurs tendances en Europe d’ici à 2050.

Figure.
Fourni par l’auteur

Des résultats préoccupants pour la biodiversité commune

Aucun des scénarios de conservation évalués ne permet d’enrayer, et encore moins d’inverser, le déclin des oiseaux et des papillons communs. Au mieux, ce déclin est ralenti. Ce constat se vérifie alors même que les scénarios étudiés intègrent des politiques européennes majeures de conservation de la biodiversité.


Fourni par l’auteur

Le déclin historique, particulièrement marqué chez les espèces des milieux agricoles et des prairies, devrait ralentir pour les oiseaux sans s’arrêter pour autant. Le déclin devrait cependant se renforcer pour les papillons qui continuent à subir une forte pression liée à l’intensification agricole et à l’abandon des terres à laquelle s’ajoutent les effets du changement climatique. Cette différence de réponse entre oiseaux et papillons nécessiterait des études complémentaires pour être expliquée, notamment avec des protocoles de suivi conjoints.

Les espèces forestières, qui ont relativement mieux résisté ces dernières décennies notamment grâce à l’augmentation des surfaces boisées, pourraient être confrontées à une intensification de l’exploitation des forêts.

La fermeture progressive des milieux (progression du couvert des arbres et de la forêt dans les zones jusqu’alors ouvertes) est également néfaste pour les papillons des milieux boisés qui peuvent dépendre de clairières et de plantes particulières durant leur cycle de vie. Ces évolutions pourraient limiter leurs habitats, y compris dans les scénarios les plus favorables à la conservation de la biodiversité.

L’effet du changement des pressions est globalement plus favorable dans la perspective « Nature pour la nature » pour les oiseaux forestiers et dans la perspective « Nature comme culture » pour les papillons avec le retour de paysages complexes présentant une mosaïque d’habitats.

Par ailleurs, les bénéfices des scénarios de conservation ne se répartissent pas équitablement à travers l’Europe. Les améliorations les plus nettes sont attendues en Europe de l’Ouest et du Nord, tandis que les effets positifs restent limités dans les régions du Sud et de l’Est, où les pressions agricoles continuent de s’intensifier comme cela peut être observé dans l’application interactive développée pour présenter les résultats de l’étude et les cartes associées.

Une nouvelle approche de la conservation est nécessaire

Ces résultats mettent en lumière un problème de fond : les politiques de conservation actuelles ne ciblent pas assez le bon état des écosystèmes ordinaires et ne remettent pas véritablement en question la demande sociétale croissante en production, notamment agricole et forestière. Il en résulte des compromis persistants entre production et espace laissé à la biodiversité et aux pratiques moins intensives. Par exemple, la part de l’agriculture intensive augmente plus que celle de l’agriculture sans pesticides ni engrais de synthèse dans tous les scénarios et la part de forêts gérées de manière intensive augmente également.

Ces résultats suggèrent ainsi que les ambitions actuelles en matière de conservation pourraient ne pas suffire à garantir l’avenir de la biodiversité commune en Europe. Pour y remédier, des trajectoires socio-économiques plus ambitieuses, intégrées et transformatrices sont nécessaires. Autrement dit, il s’agira d’équilibrer les priorités socio-économiques liées à l’usage des ressources, qui structurent aujourd’hui la plupart des politiques de conservation, avec des engagements réellement ciblés sur la biodiversité est une priorité.

The Conversation

Léa Tardieu a reçu des financements de l’Union Européenne (projet Horizon Europe BioAgora)

Sandra Luque a reçu des financements de l’Union européenne – Projet BioAgora

Stanislas Rigal a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité dans le cadre du projet de recherche BEYONDS.

Maxime Lenormand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La biodiversité commune, grande oubliée des politiques de conservation en Europe – https://theconversation.com/la-biodiversite-commune-grande-oubliee-des-politiques-de-conservation-en-europe-292260

À quelques jours du scrutin, voici comment se divisent les votes dans les différentes régions du Québec

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Castel, Chargé de cours aux départements de Sciences des religions et d’Études urbaines et touristiques, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Pour la première fois depuis 1976, cinq partis sont en mesure de gagner plusieurs sièges dans une élection québécoise. Dans une quinzaine de circonscriptions, le troisième parti a moins de dix points d’écart avec le meneur. À quelques jours du vote, comment se profilent les luttes dans les 17 régions administratives du Québec ? Quelles sont les dynamiques à l’œuvre entre centres urbains, couronnes métropolitaines et circonscriptions rurales ?


Spécialiste de l’évolution de la diversité ethnoreligieuse au Québec, je tente de tracer les mouvements sociopolitiques dans le temps et l’espace à l’aide de la cartographie des intentions de vote et des résultats électoraux. Les pourcentages d’intentions de vote évoqués ici proviennent du site d’agrégation de sondages Qc125.




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Une Coalition à l’avenir incertain

La crise commerciale a avantagé la première ministre sortante, Christine Fréchette. Elle a pu initier diverses actions à l’international et annoncer certaines ententes structurantes au pays, notamment Churchill Falls, qui sont tombées à point nommé. Sous l’« effet Fréchette », la marque caquiste, tombée à 10 % en mars, est remontée à 20 % en mai.

L’étalement géographique des partisans de la CAQ constitue la force et la faiblesse de ce parti. Les possibilités de victoires sont tributaires de la performance du troisième parti. Tous les sièges actuellement gagnables sont dans ce cas de figure. La plupart des vingt ministres du cabinet Fréchette qui se représentent sont dans une situation précaire.

Vol péquiste sous un ciel longtemps invariable

La longue chute de la CAQ, entamée en 2023, aura bénéficié au Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, qui s’est érigé tôt à la première place des intentions de vote. Celles-ci ont culminé autour des 35 % pendant l’automne 2025 avant de perdre quelques plumes au tournant de l’année. Les quatre sièges remportés lors d’élections partielles ont donné au parti l’occasion de s’ancrer dans des régions variées.

La popularité du PQ est maximale en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et dans le Bas-Saint-Laurent, où le seuil des 50 % est souvent dépassé localement. Dès la fin de 2023, les régions du nord se sont tournées vers le PQ. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord, quatre personnes sur dix anticipent de voter pour ce parti. Trois personnes sur dix comptent faire de même en Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec. Les régions rurales de Lanaudière et des Laurentides ont montré une propension à appuyer le PQ plus tôt que les régions banlieusardes.

« Où est Charles » dans les régions francophones ?

Le Parti libéral aura sans doute payé cher le fait d’avoir attendu aussi longtemps la tenue de sa campagne à la chefferie. Ayant longtemps plafonné à 15 %, les sondages ont dépassé les 25 % en juin 2025 avec l’élection de Pablo Rodriguez comme chef avant qu’un contentieux avec Marwah Rizqy n’entraîne le parti dans une crise plus large suivie du départ du chef. L’intronisation de Charles Milliard au printemps a rehaussé les intentions de vote dans les espaces où la popularité libérale était déjà solide.

Bien que les intentions de vote soient redevenues stratosphériques (entre 50 % et 75 %) dans l’ouest de l’île de Montréal, elles peinent à atteindre les 15 % dans la plupart des circonscriptions francophones. En revanche, dans la bande géographique reliant l’Outaouais au sud de l’Estrie, les libéraux sont en position de reprendre plusieurs sièges perdus pendant l’ère Legault.

Au-delà de Québec, les conservateurs progressent

Des 10 % qu’ils étaient en 2022, les soutiens au Parti conservateur d’Éric Duhaime ont atteint les 15 % en début d’année, un cap qui vient d’être franchi. La région de Chaudière-Appalaches a basculé du côté conservateur après que le gouvernement Legault a abandonné le projet de « troisième lien » reliant Québec à Lévis. Les circonscriptions rurales de la Capitale-Nationale ont suivi plus tard.

La récente montée du PCQ retient l’attention. Les conservateurs ont pris la première place dans la région métropolitaine de recensement de Québec. Dans les circonscriptions rurales de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale, quatre personnes sur dix prévoient donner leur vote au PCQ, proportion montant à cinq en Beauce. Le parti est ainsi susceptible de créer quelques surprises au-delà de son domaine.

Montréal-Québec solidaires

Au lendemain des dernières élections, la cote de popularité de Québec solidaire oscillait entre 15 % et 20 % avant que celui-ci remporte, en mars 2023, une élection partielle à Montréal. Cependant, les tensions internes et les courses successives pour les postes de co-porte-paroles, maintenant occupés par Ruba Ghazal et Sol Zanetti, ont créé une période d’instabilité qui a découragé certains sympathisants. Le parti a cependant a repris de l’allant, en appuis et en sièges gagnables, notamment à Sherbrooke, avec la campagne « positive » de Ghazal.

Pas de quartier dans la métropole et la capitale

Si Montréal est une île rouge bordée de bleu, les électorats solidaire et péquiste restent bien ancrés dans certaines circonscriptions du centre et du sud, où on retrouve une grande mixité sociale. C’est là que se concentrent les quelques luttes serrées de la ville.

Ce modèle nord-américain, où les électeurs urbains montrent des inclinaisons politiques qui contrastent avec les électeurs des banlieues, se rencontre aussi à Québec. Les partisans solidaires et péquistes prédominent dans les quartiers de la ville-centre alors que dans les banlieues immédiates, on balance entre les propositions conservatrices, caquistes et péquistes.

L’axe Mauricie-Estrie au milieu des grands vents géopolitiques

Les dés ne sont pas jetés dans trois régions centrales à surveiller. On y trouve de nombreuses luttes à plusieurs joueurs compétitifs. En Mauricie, le PQ a longtemps devancé la CAQ, avant que le PCQ ne fasse récemment irruption entre les deux. Dans le Centre-du-Québec, péquistes et conservateurs sont maintenant au coude à coude, les caquistes restant toutefois dans la course.


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En Estrie, les cinq partis ont leurs chances. La région se caractérise par ses diverses combinaisons de luttes à trois ou quatre. Autour de Sherbrooke, toutes les formations sont en position de remporter au moins un siège.

Pour qui la couronne ?

Dans les banlieues francophones de la couronne de Montréal, péquistes et caquistes se disputent une vingtaine de sièges. Pendant des mois, les intentions de vote montraient des signes de luttes serrées ou d’hésitation avant qu’elles ne se dirigent de plus en plus vers le PQ. En Montérégie, les circonscriptions à forte composante anglophone ou multiethnique penchent du côté libéral.

Bien qu’encore instable, l’actuelle cartographie des intentions de vote donne à penser que plusieurs régions sont susceptibles de former des blocs politiques plus cohérents qu’auparavant au moment où les luttes à trois sont nombreuses. Ainsi, les régions auront autant de chances de faire valoir leurs voix.

La Conversation Canada

Frédéric Castel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À quelques jours du scrutin, voici comment se divisent les votes dans les différentes régions du Québec – https://theconversation.com/a-quelques-jours-du-scrutin-voici-comment-se-divisent-les-votes-dans-les-differentes-regions-du-quebec-292211

De propietarios a inquilinos: ¿qué se ha perdido por el camino?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laura Núñez, Directora del Observatorio del Ahorro Familiar de Fundación IE y Fundación Mutualidad Abogacía y Profesora de Finanzas, IE University

TANYARICO/Shutterstock

El acceso a la vivienda es, en 2026, la principal preocupación económica de los hogares españoles. El debate suscitado por el caso Maricarmen, más allá de las circunstancias concretas del desahucio y de las legítimas posiciones de las partes, ha contribuido a poner rostro a una realidad cada vez más extendida: trabajar, ahorrar y planificar ya no garantiza poder acceder a una vivienda en condiciones razonables.




Leer más:
Lo que falló en el desahucio de Maricarmen y tres cambios para que no se repita


Hogar, patrimonio y ahorro

La vivienda, que durante décadas representó un lugar de residencia, una forma de ahorro y, finalmente, un patrimonio con el que afrontar la vejez, está dejando de estar al alcance de muchas familias, dificultando que la propiedad siga desempeñando su papel de vía de ahorro y seguridad económica.

Los fondos de inversión, las viviendas turísticas y la especulación han ocupado buena parte del debate público reciente. Sin embargo, hay otro factor del que se habla menos: los incentivos a la propiedad. Los datos invitan a plantear una pregunta distinta: ¿qué ha ocurrido desde que se eliminó la deducción por compra de vivienda en el IRPF?

Hasta hace relativamente poco, España fue uno de los países europeos con mayor porcentaje de vivienda en propiedad. En 2005, el 80,5 % de los hogares residía en una vivienda propia; 20 años después, el porcentaje ha descendido al 73,3 %. Es posible que la deducción por adquisición de vivienda habitual no fuese la única explicación de este fenómeno, pero resulta evidente que sí formó parte de un marco institucional que favorecía que las familias transformaran su ahorro en patrimonio.

A partir de la crisis financiera de 2008 se consolidó una visión diferente. Se argumentó que la deducción contribuía a elevar los precios, favorecía el endeudamiento y distorsionaba las decisiones de inversión. En consecuencia, fue eliminada para las nuevas adquisiciones desde el 1 de enero de 2013.

La pregunta relevante no es si aquellos argumentos eran razonables. Lo eran. La cuestión es si los resultados posteriores justifican plenamente la decisión.

El comportamiento de los precios tras la reforma

Una de las razones que se esgrimieron para eliminar la deducción por adquisición de vivienda habitual fue que contribuía a elevar artificialmente los precios de la vivienda. Si ese diagnóstico era correcto, cabría esperar que su desaparición hubiera dejado algún rastro visible en la evolución posterior del mercado.

Evolución del precio de la vivienda y de la inflación en España (2007-2025)
Fuente: elaboración propia a partir de datos del INE

A este respecto, cabe realizar dos observaciones sencillas. La primera es que el ajuste del mercado inmobiliario comenzó mucho antes de la reforma. Cuando la deducción desapareció, en 2013, los precios acumulaban ya varios años de descenso y el grueso de la corrección asociada a la crisis financiera se había producido. La segunda es que, una vez iniciada la recuperación, los precios de la vivienda volvieron a crecer de forma sostenida y, durante la última década, lo hicieron por encima de la inflación. La eliminación del incentivo fiscal no parece haber supuesto un punto de inflexión fácilmente identificable en la evolución posterior del mercado.

Si la deducción era uno de los mecanismos fundamentales que alimentaban el encarecimiento de la vivienda, cabría esperar que su supresión hubiera alterado significativamente la trayectoria posterior. Los datos disponibles no parecen apuntar en esa dirección: la desaparición del incentivo no produjo una moderación estructural de los precios fácilmente observable.

¿Del ahorro inmobiliario al financiero?

Otro de los argumentos utilizados para justificar la eliminación de la deducción por adquisición de vivienda habitual era que favorecería una asignación más eficiente del ahorro familiar, reduciendo la concentración patrimonial en activos inmobiliarios y fomentando una mayor acumulación de activos financieros. Sin embargo, la evolución posterior pone en entredicho esa expectativa.

Activos financieros reales por hogar en España. (Activos a cierre de año, divididos por nº de hogares y deflactados a euros de 2025. Hasta 2020, número de hogares según EPA; desde 2021, Estadística Continua de Población-ECP).
Fuente: elaboración propia a partir de datos de Banco de España, Cuentas Financieras de la Economía Española; INE, EPA/ECP; IPC del INE

Si se analizan los activos financieros de los hogares españoles, teniendo en cuenta el crecimiento del número de hogares y la inflación, el resultado es decepcionante: en 2025, el patrimonio financiero real medio por hogar apenas supera en torno a un 3 % el registrado en 2007, casi dos décadas atrás.

En 2007, cada hogar disponía, en promedio, de un patrimonio financiero equivalente a unos 165 000 euros constantes, a valor de 2025 (ajustados para desestimar la inflación producida entre los años analizados). Tras la crisis financiera, esa cifra descendió hasta aproximadamente 136 000 euros en 2012 y no recuperó plenamente el nivel previo hasta después de la pandemia.

La evidencia empírica no parece respaldar, por tanto, el argumento que se esgrimió entonces: que la eliminación de esta distorsión fiscal favorecería la canalización del ahorro inmobiliario hacia el ahorro financiero, sin perjuicio de la posible influencia de otros factores sobre esta relación.

Los incentivos a la vivienda construyen mercado y escudo social

La vivienda es una decisión económica singular. No es únicamente un bien de consumo. Es, además, una forma de ahorro, un activo patrimonial y, para muchos hogares, una cobertura frente al coste residencial durante la jubilación.

Por otro lado, los incentivos asociados a la propiedad no afectan exclusivamente al comprador final. También condicionan decisiones de financiación y proyectos de promoción inmobiliaria.

La construcción residencial es, en gran medida, consecuencia del entorno institucional y económico existente. Por ello, resulta útil observar qué ocurrió simultáneamente en el lado de la oferta.

Viviendas terminadas en España (2007-2025)
Fuente: elaboración propia a partir de datos del Ministerio de Fomento (Apartado 15 de los resultados nacionales)

Entre 2007 y 2013, las viviendas terminadas descendieron de 641 419 a 64 817. Es cierto que 2007 constituye una referencia excepcional asociada al final de una burbuja inmobiliaria; nadie defendería hoy que aquellos niveles de construcción fueran deseables o sostenibles. Sin embargo, la comparación sigue siendo ilustrativa porque muestra la magnitud de la contracción sufrida por la oferta residencial.

Lo más llamativo quizás no sea el colapso inicial sino la limitada recuperación posterior, que queda de manifiesto al comparar los 6,2 millones de viviendas que se construyeron en España en el periodo 1996-2010 frente a los 1,2 millones en los quince años posteriores a 2010 (entre 2011 y 2025).

La cuestión fundamental no es si debemos volver a construir como en 2007, sino si estamos construyendo suficiente para una economía con más población, más hogares y una creciente concentración del empleo en grandes áreas urbanas.

La dimensión olvidada del debate: la fiscalidad

Más de una década después de la reforma, España presenta una menor proporción de propietarios, un mercado de alquiler tensionado y cada vez más dificultades de acceso a la vivienda para las familias.

Esta situación invita a reconsiderar el papel de los incentivos fiscales a la propiedad. Aquellos incentivos, con sus posibles imperfecciones, formaban parte de una arquitectura económica que permitió a una mayoría de hogares españoles ahorrar, acumular patrimonio, reducir la incertidumbre residencial y afrontar la jubilación con menores costes de vivienda.

En economía, las políticas deben evaluarse no solo por las distorsiones que generan, sino también por los beneficios que aportan. Y tal vez ha llegado el momento de preguntarnos si, en el intento de corregir los problemas del viejo modelo, no hemos terminado debilitando algunos de los elementos que contribuyeron a su éxito.

La propiedad de la vivienda ha sido históricamente uno de los mayores escudos sociales de la clase media española, aunque rara vez se describa en esos términos. No lo olvidemos.

The Conversation

La investigación en la que se basa este artículo divulgativo ha sido financiada en parte por el MICIU / AEI / 10.13039/501100011033 / Subvención n.º PID2025-170726OB-I00 / FEDER, UE

– ref. De propietarios a inquilinos: ¿qué se ha perdido por el camino? – https://theconversation.com/de-propietarios-a-inquilinos-que-se-ha-perdido-por-el-camino-293177

El microbioma también afecta a la fertilidad: la conexión que nadie le ha explicado

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mónica Castillo Martínez, Profesor Ayudante Doctor en el área de Nutrición, Gastronomía y Educación, Universidad de Alicante

SurPixel/Shutterstock

Uno de cada diez bebés nacidos en España desde el año 2021 lo hace mediante la reproducción asistida, según la Sociedad Española de Fertilidad. Los motivos son variados: aumento de tasas de infertilidad y de la edad media de gestación (32,6 años en 2025), el estilo de vida, etc.

La población en edad fértil necesita mejorar sus probabilidades de embarazo, sobre todo cuanto más años cumplen. Para la industria esto es una oportunidad de crear soluciones, unas veces basadas en ciencia y otras en el negocio disfrazado de ciencia. ¿Existe algo que realmente pueda ayudar a mejorar la infertilidad?

¿La dieta para la fertilidad?

Frecuentemente aparece un nuevo suplemento que promete “resetear” la fertilidad, un batido de “superalimentos” que garantiza óvulos más sanos o una dieta detox que asegura embarazos más rápidos.

El negocio de la fertilidad “natural” mueve cifras astronómicas, apoyado casi siempre en testimonios y en una ciencia que, cuando se revisa con lupa, resulta escasa o inexistente.

Mientras tanto, la evidencia acumulada en los últimos años señala, entre otras, una dirección mucho menos vendible. El camino hacia una mejor salud reproductiva pasa por el intestino, y concretamente por la diversidad de los billones de microorganismos que allí habitan.

La relación entre intestino y reproducción

La investigación del microbioma ha destapado algo que hace una década sonaba a ciencia ficción: el intestino y el sistema reproductor se comunican constantemente.

Una revisión reciente sobre microbiota e infertilidad describe cómo, a través de vías inmunitarias, endocrinometabólicas y de barrera mucosa, la microbiota regula la inflamación, el equilibrio hormonal y la integridad del epitelio reproductivo.

Otra revisión centrada específicamente en el eje intestino-endometrio detalla cómo metabolitos microbianos modulan el llamado “estroboloma” (los genes bacterianos que metabolizan el estrógeno). Como resultado, influyen directamente en la receptividad endometrial y la implantación embrionaria.

Por otra parte, el desequilibrio del microbioma (disbiosis)
se ha relacionado con el llamado “síndrome ovárico metabólico poliquístico” (SOMP, nueva nomenclatura del síndrome del ovario poliquístico), la endometriosis, el fallo de implantación recurrente y la infertilidad de causa no explicada.

También en hombres

En los hombres el patrón es equivalente. Una revisión sobre el papel de la microbiota en la función reproductiva masculina documenta su influencia sobre la calidad espermática, la estructura testicular y los niveles de hormonas sexuales.

Un trabajo más reciente acuña el término “androbactoma” para describir este vínculo entre el intestino y el testículo. En el estudio se identifican cuatro vías por las que la disbiosis compromete la fertilidad masculina: inflamación sistémica, estrés oxidativo, alteración endocrina y cambios epigenéticos en las células germinales.

El mensaje de fondo es claro: la fertilidad no depende únicamente de los ovarios o los testículos, sino de un ecosistema corporal mucho más amplio.

Por qué no existe una dieta universal

Aquí es donde se derrumba el mito de la “dieta de la fertilidad”. Cada microbioma es una huella tan personal como una huella dactilar, moldeada por la genética, el lugar donde vivimos, las infecciones pasadas, la medicación tomada y décadas de hábitos alimentarios.

Copiar la dieta de una celebridad o seguir un protocolo de suplementos diseñado para una población distinta no tiene ninguna lógica biológica. La ciencia no ha encontrado un alimento milagroso ni una combinación mágica de nutrientes que garantice el embarazo. Sí ha encontrado, en cambio, patrones alimentarios que favorecen una microbiota más diversa y funcional. Esta diversidad, no un ingrediente concreto, es la que parece marcar la diferencia.

Esto se puede medir. Investigadores han desarrollado el Índice Dietético para la Microbiota Intestinal (DI-GM), que refleja cuánto favorece una dieta a la diversidad microbiana.

Varios análisis de la encuesta nacional estadounidense NHANES han encontrado que las mujeres con puntuaciones más altas en este índice presentan un riesgo significativamente menor de infertilidad. Un estudio determinaba hasta un 37 % menos de riesgo en el cuartil más alto frente al más bajo, con resultados similares replicados en cohortes distintas de la misma base de datos.

No es un alimento aislado el que marca la diferencia, sino la suma de un patrón completo.

Alimentos reales, no cápsulas

Una revisión sistemática sobre la dieta mediterránea y la microbiota intestinal confirma que una alimentación rica en alimentos vegetales se asocia de forma consistente con mayor producción de ácidos grasos de cadena corta y mayor abundancia de bacterias beneficiosas, frente al patrón occidental de ultraprocesados.

Los componentes beneficiosos del propio índice DI-GM (legumbres, cereales integrales, fibra, lácteos fermentados, frutos rojos, aguacate, brócoli y té verde) no requieren una tarjeta de crédito generosa ni un pedido internacional. Se trata de productos de mercado de barrio, no fórmulas patentadas.

Frente a esto, la mayoría de suplementos para la fertilidad que se comercializan carecen de respaldo sólido. Esto no significa que no puedan ayudar, pero falta más investigación para poder afirmar que son realmente efectivos y a qué dosis lo son en cada situación.

Por ejemplo, una revisión sobre antioxidantes de venta libre para la fertilidad masculina encontró que menos de la mitad de los productos analizados habían sido probados en algún ensayo clínico. La mayoría de ensayos disponibles eran de calidad deficiente.

En el caso de los probióticos, una revisión sistemática sobre su uso en parejas con infertilidad señala que la evidencia sigue siendo limitada y heterogénea en cepas, dosis y poblaciones estudiadas. Esto no significa que la suplementación no tenga sentido en contextos clínicos concretos, sino que no puede sustituir a la base de una alimentación variada.

Cuidar el ecosistema, no perseguir un ingrediente

La mejor estrategia de fertilidad no consiste en encontrar el “superalimento” correcto, sino en cultivar la diversidad del ecosistema intestinal con constancia. Algunos consejos pueden ser:

  1. Variar las fuentes de fibra.

  2. Incorporar legumbres varias veces por semana.

  3. Incluir alimentos fermentados.

  4. Moderar ultraprocesados.

  5. Mantener estas pautas en el tiempo, no solo en los meses previos a buscar un embarazo.

Es una estrategia menos vistosa que un bote de cápsulas con etiqueta dorada, pero es la que tiene detrás mecanismos biológicos plausibles y datos que se sostienen. En fertilidad, como en tantos otros ámbitos de la salud, lo aburrido (comer bien, variado y de forma sostenida) sigue ganando a lo milagroso.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. El microbioma también afecta a la fertilidad: la conexión que nadie le ha explicado – https://theconversation.com/el-microbioma-tambien-afecta-a-la-fertilidad-la-conexion-que-nadie-le-ha-explicado-289112

Susan Kare, la diseñadora que convirtió los iconos del Mac en obras de arte

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raquel Ávila Muñoz, Profesora Ayudante Doctora, Universidad Complutense de Madrid

Boceto de un diseño para interfaz gráfica de Macintosh, por Susan Kare (1983), expuesto en el MoMA. Susan Kare / MoMA.

Cuando pensamos en la revolución del ordenador personal, es fácil que vengan a nuestra memoria nombres como Bill Gates o Steve Jobs, además de productos como el IBM de 1981 o el Macintosh de 1984.

Susan Kare en 2019.
Cooper Hewitt/Wikimedia Commons, CC BY

Ese primer Mac contribuyó decisivamente a popularizar una forma de relacionarse con los ordenadores, más amigable, alejada de las pantallas de fósforo verde llenas de líneas interminables de código. El reto se consiguió, en buena medida, gracias a su interfaz gráfica de usuario, en la que la diseñadora gráfica y artista Susan Kare (Estados Unidos, 1954) asumió un papel fundamental.

Un ordenador personal amigable

Para empezar, el Macintosh se presentó a la humanidad mostrando en su pantalla un pixelado “hello” escrito a mano alzada, con la promesa de que cualquiera que pudiese apuntar con un dedo podría manejarlo.

Kare explicaba en una demostración del producto que se requerían tan solo unos minutos para aprender a utilizar el sistema, gracias a que el usuario recibía constantemente pistas visuales que proporcionaban toda la información y ayuda necesarias: pequeños iconos que representaban documentos, carpetas y todo tipo de objetos presentes en un entorno clásico de oficina, desde la papelera hasta el archivador. No había que saber cómo funcionaba internamente el ordenador. Bastaba con reconocer un objeto, seleccionar una acción y comprobar visualmente el resultado.

Apple Lisa, lanzado en 1983.
Wikimedia Commons., CC BY

Esto, realmente no era del todo nuevo. Los investigadores de Xerox habían dedicado años a estudiar cómo representar un sistema informático de manera que resultara familiar y sencillo de aprender. Fueron los creadores originales de esa “metáfora del escritorio” que presenta al monitor de un ordenador como si fuera el escritorio físico del usuario –y que ya utilizaban el Xerox Alto de 1973, y el Xerox Star, presentado en 1981–.

Los desarrollos de Xerox influyeron profundamente en el diseño del LISA, el ordenador de Apple que precedió al Macintosh y del cual heredó su interfaz de usuario, por lo que Susan Kare no partió de cero.

La madre de la papelera… del Macintosh

La popularidad de la diseñadora y esa aura que rodea a todo lo relacionado con el Mac del 84 han dado lugar a algunos relatos que atribuyen a Kare la creación del icono de la papelera y hasta la acción de arrastrar un archivo a ese contenedor de desechos, para eliminarlo.

Sin embargo, ya había una papelera denominada “waste basket” en el Xerox Star y, posteriormente, en el LISA. Pero, si analizamos con atención el diseño del icono del Star, se puede apreciar que, sin la etiqueta correspondiente, podría confundirse con una carpeta donde guardar documentos o una bandeja con archivos pendientes de revisar. La versión del LISA, en cambio, muestra de forma clara su función: un contenedor de basura.

Eso sí, la papelera creada por Kare mejoró las anteriores en pequeños detalles, como la posición de las asas y la tapadera, o la forma de mostrar el icono con un toque de humor, como a punto de reventar, cuando está llena. Esa es la virtud de esta diseñadora: decidir qué rasgos son esenciales, cuáles pueden eliminarse y cómo conseguir que ese símbolo se distinga rápidamente de los demás, transmitiendo de forma inequívoca su función.

Iconos de escritorio creados por Kare para el Macintosh de 1984.
Toastytech.

Diseñando iconos con un puñado de píxeles

Kare se unió al equipo de desarrollo del Mac en 1983, cuando su amigo del instituto, Andy Hertzfeld, uno de los ingenieros del proyecto, pensó en ella para crear fuentes tipográficas y elementos para la interfaz del nuevo ordenador que estaban desarrollando. ¿Por qué ella? Porque representaba al usuario al que querían llegar: una persona con un perfil no muy técnico, que jamás se habría interesado en aprender programación para poder dibujar con un ordenador.

De hecho, los primeros bocetos que realizó los dibujó en papel, rellenando bloques en un cuaderno sobre una cuadriculada de 32 módulos de ancho y alto. Un total de 1 024 cuadraditos, el número de píxeles –“activos” (blancos) o “inactivos” (negros)– que podía tener un icono, dadas las limitaciones de la tecnología de la época. En esa diminuta cuadrícula, consiguió condensar objetos, acciones y conceptos que debían resultar comprensibles para personas sin conocimientos informáticos.

Para diseñar con estas limitaciones, a Kare le resultaron muy útiles los conocimientos sobre puntillismo y mosaicos adquiridos en su formación en Bellas Artes. También su experiencia con el bordado tradicional en punto de cruz fue esencial para crear iconos que siguen estando ahí décadas después, cuando la tecnología hace tiempo que dejó de imponer tales restricciones. Quizá por eso, a modo de homenaje, en la web donde Andy Hertzfeld recoge anécdotas sobre el desarrollo del Mac, luce la palabra “folklore” en punto de cruz.

Editor programado por Hertzfeld, ingeniero de Apple, para facilitar el trabajo de Susan Kare con el diseño para el Macintosh de 1984.
Computer History Museum

Además, Hertzfeld programó un pequeño editor para facilitar el trabajo de Kare: un programa que permitía activar o desactivar cuadraditos en una rejilla de 32×32 módulos. El diseño resultante se mostraba en tamaño grande junto a una versión del icono en su tamaño real en pantalla. Con este sencillo programa, la diseñadora fue capaz de realizar hasta un retrato de Steve Jobs, en el que captaba claramente sus rasgos –y logró algo prácticamente imposible: que le gustase al propio Jobs–.

No tomarás la manzana en vano

Otro de sus diseños imperecederos es el símbolo de la tecla “comando” –o “tecla Apple”– que permite, entre otras acciones, ejecutar atajos de teclado.

Inicialmente, habían utilizado el característico símbolo de Apple para identificar esta función, de manera que los menús aparecían llenos de listados con pequeñas manzanas mordidas. A Jobs esto le pareció una especie de sacrilegio ridículo.

Encontrar un icono para representar un significado tan complejo como el de la tecla “comando”, que carecía de un objeto de referencia real, no era tarea fácil. Finalmente, Karen adoptó un símbolo utilizado en Suecia para indicar lugares de interés turístico.

Papeleras, bombas, tortugas y ordenadores felices

Ícono del Mac feliz.
Wikimedia Commons.

En su trabajo, abundan las metáforas visuales con un toque de humor. Por ejemplo, al encender el Macintosh la pantalla mostraba un disquete con un símbolo de interrogación parpadeando en su interior, que parece decir “¿dónde está mi disquete?” –muchos ordenadores de la época necesitaban introducirlo para cargar documentos y programas–. Si todo iba bien, aparecía el icono del “Mac feliz”, la pantalla de bienvenida y un pequeño reloj de pulsera que indicaba que era necesario esperar un momento mientras se terminaba de cargar el contenido. En cambio, si el disco de arranque no era válido, aparecía el icono del “Mac triste” acompañado de un código de error. Para representar un error grave e irrecuperable del sistema, la diseñadora fue un poco más lejos y diseñó una bomba a punto de estallar.

También desarrolló un panel de control en el que no había ni una sola etiqueta de texto. Aparte de las cifras, necesarias para indicar elementos como el día, la hora o el volumen, todo lo demás era visual. Por ejemplo, un pequeño conejo y una tortuguita representaban un rango de velocidades. Este panel fue descrito como un juguete, un “adorno para la cuna” en una reseña tras el lanzamiento del Mac, crítica que el equipo de desarrollo recibió como un cumplido.

Pero el sentido del humor no es la única característica de su trabajo. Su cultura visual también se aprecia en detalles como el icono de alerta, cuya forma recuerda al perfil geométrico y abstracto de un rostro humano presente en el símbolo de la Bauhaus. La elección resulta especialmente sugerente, ya que la escuela alemana defendió la integración entre arte y tecnología y la relación entre forma y función, una idea que encaja perfectamente con la naturaleza de los iconos de una interfaz gráfica.

Mucho más que iconos

Además de iconos, Kare diseñó un conjunto de tipografías adaptadas a las características de las pantallas digitales. La Elefont, posteriormente rebautizada como Chicago, se mantuvo como fuente de sistema durante más de una década y se utilizó más tarde en otros productos de Apple, como el iPod. Hasta creó una fuente pictográfica, cómo no, compuesta por iconos en lugar de letras.

Steve Jobs y el Macintosh de 1984, con el diseño de la dama japonesa en la pantalla.
Wikimedia Commons., CC BY

Asimismo, es autora de numerosos diseños para la promoción del Mac, como la “dama japonesa”, realizada a partir de un grabado que le proporcionó Steve Jobs. Realizó desde ilustraciones y materiales gráficos para manuales e informes, hasta los carteles para las actividades organizadas por el equipo de desarrollo, incluidos picnics y fiestas de cumpleaños.

En definitiva, se convirtió en la artista encargada de explorar y mostrar las posibilidades creativas de un ordenador pensado para empatizar con el usuario, cuyo manejo resultaba agradable, incluso, divertido.

Del Mac al MoMA

Después de dejar Apple, Susan Kare continuó realizando diseños memorables para otras compañías, como NeXT, Facebook, Microsoft (ese juego de cartas del solitario con el que todos nos hemos entretenido alguna vez), Pinterest o Niantic. Pero, si hay algo que la ha convertido en una diseñadora icónica (nunca mejor dicho), capaz de elevar una interfaz gráfica a categoría de arte, fue su trabajo para el Macintosh del 84. Prueba de ello es que está expuesto en el MoMA.

Con todo ello, ayudó a construir un lenguaje visual coherente, capaz de hacer comprensible y humanizar la tecnología, contribuyendo a abrir todo un mundo de posibilidades en la informática para la gente común. No cabe duda que, sin sus aportaciones, el Macintosh del 84 no habría llegado a convertirse en bandera de una revolución.

The Conversation

Raquel Ávila Muñoz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Susan Kare, la diseñadora que convirtió los iconos del Mac en obras de arte – https://theconversation.com/susan-kare-la-disenadora-que-convirtio-los-iconos-del-mac-en-obras-de-arte-289418