Ces Américaines qui ont pris soin des orphelins français pendant la Première Guerre mondiale

Source: The Conversation – in French – By Emmanuel Destenay, Research Fellow, Sorbonne Université

Pendant et après la Première Guerre mondiale, des milliers d’Américaines ont joué le rôle de mères auprès d’orphelins français. Éclairage de cette facette méconnue de l’histoire transatlantique.


Entre août 1914 et avril 1917, malgré la neutralité affichée de leur pays, près de 25 000 Américaines, selon les estimations, traversent l’Atlantique pour soutenir la France dans sa guerre contre l’Allemagne. Ces citoyennes, bien souvent issues de la haute société américaine, pansent les plaies des soldats, réconfortent les civils, appuient les médecins ; une manière, selon elles, de s’opposer à la neutralité officielle de leur pays. À en croire ces femmes, il est du devoir des États-Unis de porter secours à la France, en mémoire de La Fayette, le héros français de la révolution américaine.

Lorsque les États-Unis entrent en guerre en avril 1917, certaines Américaines appuient les missions des troupes et occupent des positions précises. En 1918, 223 Américaines travaillent comme opératrices téléphoniques.

Leur participation à l’effort de guerre ainsi que leur implication sur le front occidental leur permettent de revendiquer une citoyenneté pleine et entière. Beaucoup espéraient que leur participation à l’effort de guerre leur permettrait d’obtenir enfin le droit de vote.

Pourquoi s’intéresser à l’histoire des marraines de guerre américaines

En règle générale, les historiens militaires traitent des batailles, des erreurs stratégiques commises par les états-majors et des pertes tandis que les spécialistes d’histoire culturelle analysent les répercussions du conflit sur les communautés civiles. Quant aux spécialistes d’histoire diplomatique, leur travail vise à comprendre la responsabilité des belligérants dans cette catastrophe européenne.

La plupart du temps, les historiens américains de la Première Guerre mondiale préfèrent traiter de la neutralité américaine plutôt que d’analyser la contribution des civils américains à l’effort de guerre français.

Plutôt que de chercher à comprendre ce qui pousse le président Woodrow Wilson à adopter une stricte neutralité en août 1914, il serait intéressant de dégager une histoire transatlantique des trajectoires individuelles de ces femmes qui ont choisi de participer à l’effort de guerre de la France.

Le Centenaire de la Première Guerre mondiale a permis à une nouvelle génération de chercheurs américains et européens de renouveler considérablement l’historiographie européenne à ce sujet. Cependant, ces études s’intéressent généralement à un pays en particulier et peinent à dégager un angle transnational. Par ailleurs, même lorsque certains chercheurs tentent une approche comparative de différentes sociétés européennes en guerre, la dimension transatlantique manque cruellement.

Les historiens spécialistes de l’enfance, des femmes et de la philanthropie peuvent contribuer de manière significative à l’historiographie de la Première Guerre mondiale en orientant les recherches dans une perspective transnationale et transatlantique.

Femmes américaines et actions humanitaires

Entre 1914 et 1921, malgré la neutralité affichée de leur pays, plusieurs centaines d’Américaines choisissent de s’engager dans des missions humanitaires et de secourir des orphelins de guerre français.

En 1915, un groupe de philanthropes américains décide de créer plusieurs « colonies » franco-américaines pour mettre à l’abri des orphelins de guerre belges et français. Au total, le Comité franco-américain pour les enfants de la frontière (CFAPCF) établit 28 colonies sur tout le territoire français. Les congrégations religieuses, comme les sœurs de Notre-Dame-de-Sion, mettent leurs domaines à disposition des philanthropes américains. Elles accueillent les jeunes rescapés, les instruisent et les nourrissent pendant toute la durée du conflit.

Cependant, ce sont des Américaines qui lèvent suffisamment de fonds pour approvisionner ces « colonies » et faire en sorte que les orphelins ne manquent de rien. Certaines, comme Alma A. Clarke, ancienne élève du prestigieux Bryn Mawr College (Pennsylvanie), et Erica Thorp de Berry (1890-1943), petite-fille du célèbre professeur de l’Université d’Harvard Henry Wadsworth Longfellow, lèvent des fortunes colossales aux États-Unis pour subvenir aux besoins des orphelins français. La France, elle, n’intervient nullement dans cette initiative.

Plus important encore, ces Américaines traversent l’Atlantique pour rencontrer les enfants. Au-delà même de leur contribution humanitaire, les Américaines mettent un point d’honneur à apprendre l’histoire des États-Unis aux petits orphelins. Alma A. Clarke organise même la très célèbre fête du 4-Juillet (Independence Day) dans la « colonie » du château de la Cour-au-Berruyer (Indre-et-Loire). Au total, plus de 800 enfants qui sont secourus.

Cette même année, en 1915, Émile Deutsch de la Meurthe (1847-1924) fonde une œuvre transatlantique humanitaire. La Société des enfants sans père de France (FCFS) mène une campagne intense aux États-Unis pour inciter les Américains à « adopter » des orphelins de père français. À raison de 36,50 dollars par an (ce qui reviendrait à environ 900 dollars aujourd’hui, soit 775,8 euros), un citoyen américain peut nourrir, blanchir, et contribuer à l’éducation d’un orphelin de père.

Même si l’organisation naît de l’initiative d’un industriel français et que l’œuvre se situe à Paris, ce sont des femmes américaines qui donnent une visibilité certaine à cette société philanthropique. Lors de la fête nationale des États-Unis, le 4 juillet, par exemple, les Américaines s’habillent en Marianne, n’hésitent pas à scander le nom de La Fayette et font circuler des récits d’orphelins affamés pour attendrir leurs compatriotes. Entre 1915 et 1921, les Américains adoptent quelque 300 000 orphelins de père français.

Le rôle des Américaines dans la reconstruction de la France

Après la signature de l’Armistice, les Américaines contribuent à la reconstruction de la France. Elles lèvent des fonds pour construire des écoles et des bibliothèques communales. Elles achètent des tracteurs et du bétail pour aider les agriculteurs et les fermiers. Depuis le château de Blérancourt (Aisne), Anne Morgan (1873-1952) et quelque 350 Américaines parcourent les territoires dévastés du Nord pour venir en aide aux civils. Avec Mary Carson Breckinridge (1881-1965) et Lucile Atcherson Curtis (1894-1986), Anne Morgan supervise plusieurs programmes destinés à redynamiser les zones libérées.

Anne Morgan.
Bain News Service, publisher/Wikimedia

Son initiative inspire d’autres Américaines. Certaines pilotent des programmes pour aider de jeunes mères incapables d’allaiter leurs nourrissons. En 1920, à Verdun (Meuse), Miss Butler, du Vassar College (État de New York), fonde la Ligue des enfants franco-américains. L’objectif : collecter suffisamment de fonds pour acheter des vaches et organiser quotidiennement la distribution de lait. À Reims (Marne), une « Goutte de lait » ouvre grâce à la détermination de femmes américaines, permettant à des centaines de veuves de nourrir leurs nourrissons.

S’intéresser aux œuvres humanitaires pilotées par des Américaines pendant et après la Première Guerre mondiale, c’est écrire une nouvelle histoire, une histoire « connectée », des relations franco-américaines en temps de guerre. Ces recherches ne renouvellent pas seulement l’historiographie de 1914–1918 ; elles représentent un point d’entrée important pour les enseignants d’histoire soucieux de partir d’une perspective transnationale pour traiter du Premier Conflit mondial avec leurs élèves.

À partir de l’exemple d’un orphelin adopté pendant le conflit, il serait possible à des établissements français d’envisager des projets pédagogiques avec leurs homologues américains. Imaginons, par exemple, un lycée de Paris travailler en étroite collaboration avec le célèbre Vassar College. À l’heure où les associations américaines d’histoire, telles que l’American Historical Association (AHA) et l’Organization for American Historians (OAH), réfléchissent à la manière d’inclure les établissements secondaires dans les recherches universitaires et militent pour que les jeunes générations s’intéressent à cette discipline, une telle démarche serait précieuse.

The Conversation

Emmanuel Destenay ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ces Américaines qui ont pris soin des orphelins français pendant la Première Guerre mondiale – https://theconversation.com/ces-americaines-qui-ont-pris-soin-des-orphelins-francais-pendant-la-premiere-guerre-mondiale-284336

Agathe Habyarimana, un procès pour l’Histoire ?

Source: The Conversation – in French – By François Robinet, Maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Le 6 avril 1994, la destruction en vol par un tir de missile de l’avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana, ainsi que le chef de l’État burundais Cyprien Ntaryamira, marque le début du génocide des Tutsi du Rwanda, au cours duquel plus d’un million de personnes furent massacrées en quelque trois mois. L’entourage de la veuve d’Habyarimana, Agathe, est accusé d’avoir joué un rôle majeur dans l’instigation de ce carnage à grande échelle. Réfugiée depuis des années en France, Mme Habyarimana, qui a bénéficié en 2025 d’un non-lieu qui vient d’être infirmé par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris, pourrait être jugée pour ces faits. Un tel procès, s’il avait lieu, aurait une importance cruciale pour l’histoire du génocide des Tutsi.


Alors qu’un non-lieu semblait se profiler, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a ordonné, le 6 mai dernier, la reprise de l’instruction des plaintes visant Agathe Habyarimana pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Pour quelles raisons cette décision, qui rouvre un dossier ancien de près de vingt ans, est-elle si importante pour les rescapés comme pour les associations engagées à leurs côtés ? Comment expliquer la durée de l’instruction ? Que pourrait-on attendre d’un procès si l’information judiciaire devait aboutir à un renvoi en cour d’assises ?

Une procédure au long cours

L’affaire semblait entendue. En août 2025, après dix-sept ans d’enquête judiciaire en France – la justice française a été saisie à la suite d’une plainte déposée en février 2007 par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), la présence d’Agathe Habyarimana sur le sol français permettant l’ouverture d’une enquête pour des faits présumés de génocide – deux juges d’instruction considéraient les charges insuffisantes pour renvoyer l’ancienne première dame rwandaise, veuve du président Juvénal Habyarimana, devant une cour d’assises.

L’ordonnance de non-lieu des juges Stéphanie Tacheau et Carole Vujasinovic semblait définitivement éloigner la perspective d’un procès d’Agathe Habyarimana pour ses responsabilités présumées dans le génocide contre les Tutsi.

Cette ordonnance de non-lieu a suscité de vives réactions et a été contestée aussi bien par les parties civiles et plusieurs associations de rescapés que par le parquet national antiterroriste lui-même.

Ainsi, dans une tribune publiée par le Monde, le 30 mars dernier, plusieurs personnalités et historiens spécialistes du Rwanda – parmi lesquels l’auteur de ces lignes – rappelaient que les travaux historiques ainsi que les procédures judiciaires conduites devant le Tribunal pénal international avaient mis en lumière le rôle joué par le réseau informel parfois appelé « Akazu » (un réseau parfois surnommé le « clan de Madame ») dans la radicalisation du régime, puis dans la mise en œuvre des massacres.

Les réactions furent d’autant plus vives que l’ordonnance de non-lieu décrivait Agathe Habyarimana comme une « victime » des événements et de l’exil qui suivit, une formulation qui a suscité l’incompréhension de plusieurs associations de rescapés et parties civiles.

Encore récemment, plus de 600 Rwandaises publiaient une lettre ouverte dénonçant la possible clôture de l’instruction dans un texte exprimant leur inquiétude – et leur indignation – face au risque de voir disparaître la possibilité même d’un débat public sur le rôle d’Agathe Habyarimana dans le génocide.

La décision de la chambre d’instruction de la Cour d’appel du 6 mai dernier, contestée en cassation par madame Habyarimana, marque donc un nouveau retournement de situation, un retournement qui ne préjuge en rien de l’organisation d’un futur procès et encore moins d’une éventuelle condamnation.

Plus de trente ans après le génocide, cette décision rappelle surtout à quel point le cas Agathe Habyarimana (aujourd’hui âgée de 83 ans) occupe une place singulière au cœur des débats historiques, judiciaires et mémoriels consacrés au génocide des Tutsi.

Le pouvoir informel de l’« Akazu »

Comprendre cette singularité exige de revenir sur le travail d’enquête et de documentation exceptionnel qui a été mené depuis 1994 et dont la justice dispose aujourd’hui pour se prononcer.

Dès les années 1990, les recherches consacrées au génocide des Tutsi ont permis de mieux comprendre le rôle joué par ce que les contemporains appelaient alors publiquement l’« Akazu » (la « Petite Maison »). Derrière ces termes se dessinait un premier cercle du pouvoir rwandais structuré autour de la famille présidentielle – de proches alliés politiques, militaires et économiques, majoritairement originaires du nord-ouest du Rwanda.

De nombreux travaux – notamment ceux d’Andrew Wallis et d’autres historiens, journalistes, acteurs judiciaires et associations de défense des droits humains – ont souligné à quel point ce réseau informel joua un rôle majeur dans la diffusion de l’idéologie du Hutu Power (idéologie extrémiste qui présente les Tutsi comme une menace à éliminer), dans le soutien aux médias extrémistes comme la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM) ou le journal Kangura, dans la préparation puis dans l’exécution même du génocide.

Au cœur de ce réseau, Agathe Habyarimana apparaît comme une figure centrale. Elle n’a certes occupé aucune fonction officielle dans l’appareil d’État, mais sa position au sein des réseaux familiaux et politiques du régime – ainsi que sa renommée et le prestige de son clan – lui donnait une influence singulière.

Le défi de la preuve

Si les logiques de pouvoir à l’œuvre sont désormais bien connues, comment expliquer les difficultés de la justice à établir les responsabilités individuelles d’Agathe Habyarimana ?

D’abord, comme souvent dans les affaires liées aux crimes imprescriptibles, le temps finit par devenir lui-même un acteur du dossier judiciaire : des témoins disparaissent, les mémoires se fragmentent et les archives écrites – parfois difficilement accessibles – prennent une place croissante dans la compréhension des événements.

Il reste par ailleurs difficile de qualifier précisément les responsabilités pénales individuelles alors même que les mécanismes de décision au sein de l’« Akazu » passaient principalement par des relations de proximité, d’influence et de patronage, un tel système de pouvoir reposant moins sur des décisions administratives classiques laissant des traces écrites que sur des échanges informels.

Il faut enfin comprendre qu’Agathe Habyarimana – et son fils Jean-Luc Habyarimana (qui n’a jamais fait l’objet de poursuites judiciaires pour une participation présumée au génocide des Tutsi) – restent après le génocide des figures symboliquement importantes dans les controverses mémorielles et politiques liées au génocide des Tutsi, nombreux étant les anciens dignitaires du régime engagés dans des stratégies de renversement des responsabilités voire de négation du génocide.

Les journées des 6, 7 et 8 avril 1994 se trouvent au cœur des investigations et, là encore, les responsabilités individuelles ne sont pas si simples à documenter précisément.

Plusieurs témoignages recueillis après le génocide décrivent la résidence présidentielle de Kanombe, à Kigali, comme un lieu de regroupement et de coordination du premier cercle du régime dans les heures qui suivent l’attentat contre l’avion présidentiel. Certains témoignages évoquent la présence d’Agathe Habyarimana lors de discussions concernant la traque des opposants politiques et des Tutsi. D’autres témoignages demeurent indirects, contradictoires ou fragiles tandis que les sources écrites disponibles restent souvent lacunaires. L’informalité même du fonctionnement de l’« Akazu » complique considérablement le travail de la justice comme celui des historiens.

Ces difficultés ne doivent pourtant pas conduire à invisibiliser ce que les travaux historiques ont progressivement mis en lumière : le génocide des Tutsi a été porté par un appareil politico-militaire dont le premier cercle présidentiel constitua l’un des principaux centres de gravité.

Ce que juger signifie

C’est sans doute là que réside, à mon sens, l’enjeu si particulier d’un éventuel procès d’Agathe Habyarimana. Non dans la révélation spectaculaire de faits inconnus. Non dans l’illusion qu’une procédure judiciaire pourrait à elle seule enrichir l’histoire du génocide des Tutsi. Mais dans la création d’un temps de confrontation publique entre archives, témoignages et savoirs historiques autour du rôle joué par l’entourage présidentiel.

L’important me semble ici que les procès pour génocide ne produisent pas seulement des verdicts. Ils constituent aussi des moments de mise en visibilité, de discussion publique, d’intelligibilité partagée, comme l’ont montré les procès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha ou ceux en compétence universelle en Europe. Si l’on peut regretter que ces derniers n’aient pas bénéficié de la même attention que les grands procès historiques des années 1980-1990 (Barbie, Touvier, Papon), leurs audiences ont tout de même contribué à révéler des témoignages, à exhumer certains documents, à inscrire plus profondément le génocide des Tutsi dans notre mémoire collective.

La tenue d’un procès d’Agathe Habyarimana aurait, c’est vrai, une portée bien particulière. Parce qu’il se déroulerait vraisemblablement à Paris. Parce qu’il concernerait une personnalité présente en France depuis 1994. Parce qu’il rouvrirait nécessairement, dans l’espace public français, des questions longtemps demeurées sensibles sur les relations entre Paris et le régime Habyarimana, sur l’opération Amaryllis (8-14 avril 1994) ou encore sur les réseaux politiques, militaires et médiatiques qui entourèrent l’ancien pouvoir rwandais avant, pendant et à la suite du génocide.

L’absence de procès aurait aussi une signification historique et mémorielle. Pour de nombreux rescapés du génocide, pour plusieurs associations et pour une partie des chercheurs travaillant depuis des années sur le génocide des Tutsi, elle laisserait ouverte une question devenue centrale : celle de la possibilité même d’examiner publiquement en France les responsabilités des réseaux politico-familiaux qui gravitaient autour du pouvoir présidentiel rwandais en 1994, privant du même coup les rescapés comme les citoyens français d’un moment important de clarification publique.

The Conversation

Les recherches de François Robinet ont bénéficié de financements accordés par différentes organisations publiques de soutien à la recherche scientifique.

ref. Agathe Habyarimana, un procès pour l’Histoire ? – https://theconversation.com/agathe-habyarimana-un-proces-pour-lhistoire-284850

L’Europe dépense des milliards pour renvoyer les migrants : pourquoi cette stratégie ne fonctionne pas

Source: The Conversation – in French – By Umutcan Yüksel, Analyst /Researcher, European University Institute

Depuis plus d’une décennie, l’Union européenne (UE) s’appuie sur des partenariats extérieurs pour renforcer le renvoi des migrants qui n’ont pas le droit de séjourner en Europe. Elle a progressivement mis en place un réseau étendu d’instruments de financement, de projets et d’accords bilatéraux afin d’inciter les pays d’Afrique et du Moyen-Orient à coopérer dans le cadre de ses efforts de retour des migrants vers leur pays d’origine.

Ses politiques ont notamment comporté des mesures incitatives, telles que le Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique, la Facilité pour les réfugiés en Turquie et l’Instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI – Europe dans le monde).

Des milliards d’euros ont été consacrés à des projets liés à la migration.

Les incitations ont été accompagnées de mesures coercitives. L’UE utilise le code des visas révisé (article 25 bis) comme levier, permettant à la Commission européenne d’imposer des restrictions en matière de visas aux pays qui ne coopèrent pas.

Parallèlement à ce levier financier et diplomatique, l’UE a investi massivement dans des infrastructures de contrôle afin d’augmenter le nombre de renvois. Ces investissements comprennent notamment des équipements frontaliers, des bases de données biométriques, des centres de détention et un soutien opérationnel par l’intermédiaire de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.

Cette approche a été qualifiée de stratégie d’externalisation des politiques migratoires de l’UE. Elle part du principe que des incitations financières peuvent acheter la coopération et que les infrastructures de contrôle peuvent transformer les accords politiques en retours effectifs.

En Afrique, l’UE a principalement utilisé le financement comme un instrument de confinement des migrations, tandis qu’au Moyen-Orient, il a servi à partager le fardeau de la crise syrienne. Aucun de ces modèles n’a produit le niveau de coopération escompté.

Nous sommes chercheurs en politiques publiques à la Florence School of Transnational Governance de l’Institut universitaire européen. En nous appuyant sur des recherches antérieures sur la gouvernance de l’UE en matière de retour et de réadmission, notre dernière note d’orientation examine si les politiques de l’UE ont conduit à une coopération durable en matière de retours depuis l’Afrique et le Moyen-Orient. Nous nous sommes appuyés sur les données d’Eurostat relatives aux retours, les registres des dépenses de l’UE et le Réseau européen des migrations.

La réponse courte est non. Les taux de retour restent inférieurs à 10 % dans la majeure partie de l’Afrique. Au Moyen-Orient, seul un nombre limité d’États coopèrent de manière significative. Nos recherches confirment que les taux de retour sont davantage influencés par les dynamiques structurelles régionales que par les accords de réadmission ou aux niveaux de financement.

Nous avons constaté que le levier financier et les infrastructures de contrôle ont contribué à une approche plus transactionnelle et à court terme. La coopération est souvent négociée au cas par cas et dépend de marchandages politiques à court terme.

Sur la base de nos recherches, nous soutenons qu’un financement accru des retours et des réadmissions n’aura qu’un effet limité sur les retours effectifs vers les pays d’origine. Nous concluons par trois recommandations visant à mieux aligner les objectifs de l’UE en matière de retour sur ses investissements financiers et diplomatiques.

Premièrement, mesurer la qualité des retours plutôt que leur seul volume, en tenant compte de la durabilité et de la sécurité de la réintégration.

Deuxièmement, privilégier une diplomatie migratoire ciblée plutôt que de vastes programmes de financement, en plaçant les droits des migrants au cœur des partenariats de l’Union européenne (UE).

Troisièmement, accroître les investissements dans les voies légales de migration de travail, qui représentent actuellement moins de 10 % des dépenses totales de l’UE en matière de migration.

Impact

Le taux de retour des migrants africains est, en moyenne, de 9,9 %. Ce chiffre masque des variations sous-régionales spectaculaires. Le taux de retour de 11,2 % en Afrique du Nord s’explique en partie par la coopération avec le Maroc et la Tunisie. En revanche, les taux de retour sont plus faibles en Afrique de l’Ouest (7,5 %) et en Afrique de l’Est (7,9 %), régions qui génèrent de nombreuses arrivées irrégulières en Europe et bénéficient d’un financement substantiel de l’UE en matière de migration.

Au Moyen-Orient, le taux de retour global de la région est de 16,8 %. La coopération est forte avec la Jordanie (57,0 %) et l’Irak (35,4 %). Le Yémen reste à 2,1 %, ce qui souligne qu’un financement élevé et une volonté politique ne peuvent se substituer aux conditions fondamentales de sécurité et de bon fonctionnement de l’État dans les pays d’origine.

Les programmes de retour volontaire, souvent soutenus par des fonds de réintégration, sont largement présentés comme une alternative plus humaine aux expulsions forcées. Pourtant, la frontière entre les deux est souvent floue : les migrants peuvent opter pour un retour « volontaire » après avoir reçu une décision de retour, afin d’éviter la détention ou la perte de leur droit de séjour. Le retour assisté est rarement un choix mûrement réfléchi pour les migrants ; il constitue le plus souvent un dernier recours.

Les réponses

Nous formulons trois recommandations. Premièrement, évaluer la qualité des retours, y compris la durabilité et la sécurité de la réintégration. Comprendre les expériences des personnes renvoyées peut contribuer à garantir que les politiques de retour n’entraînent pas de nouveaux déplacements ou une migration vers d’autres destinations.

À cette fin, les programmes de réintégration devraient adopter des indicateurs standardisés couvrant des domaines tels que le logement, les revenus, l’accès aux soins de santé, l’éducation, le statut juridique et le bien-être général. Les résultats devraient faire l’objet d’un suivi à long terme. En outre, la migration vers d’autres destinations et les nouveaux déplacements devraient être considérés comme des indicateurs de l’échec des politiques de retour.

Deuxièmement, privilégier une diplomatie migratoire ciblée plutôt que de vastes programmes d’aide financière. Un engagement soutenu auprès de partenaires spécifiques peut produire des résultats plus durables que de vastes programmes d’aide financière. Parallèlement, les droits des migrants et les normes internationales en matière de protection doivent être respectés.

Troisièmement, il convient d’accroître les investissements dans les voies légales de migration de main-d’œuvre, telles que les programmes qui mettent en adéquation la formation dans les pays d’origine avec les pénuries de main-d’œuvre dans l’UE.

L’UE devrait augmenter les financements dédiés, rationaliser les procédures de reconnaissance et de délivrance de visas et mettre en place des mesures incitatives pour renforcer l’engagement du secteur privé.

Les migrants qualifiés pourraient alors travailler légalement et soutenir le développement économique tant dans les pays d’origine que dans les pays de destination.

La coopération en matière de migration est, en fin de compte, une question politique. Les outils de contrôle ne sont pas efficaces s’il n’y a pas de coopération politique.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. L’Europe dépense des milliards pour renvoyer les migrants : pourquoi cette stratégie ne fonctionne pas – https://theconversation.com/leurope-depense-des-milliards-pour-renvoyer-les-migrants-pourquoi-cette-strategie-ne-fonctionne-pas-284613

No todas las muertes causadas por las olas de calor se deben a las altas temperaturas: el efecto de la contaminación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Julio Díaz, Codirector de la Unidad de Referencia de Cambio Climático, Salud y Medio Ambiente Urbano. Profesor de Investigación. ISCIII, Instituto de Salud Carlos III

Vista de Barcelona en agosto. Rai Kirti/Shutterstock

Estamos a las puertas del verano en España y ya hemos experimentado los primeros coletazos de calor intenso. No sabemos qué nos depararán los meses próximos, pero el año pasado desde el punto de vista meteorológico
se registraron tres olas de calor estivales, con un total de 33 días.

Las altas temperaturas afectan negativamente a nuestra salud. En general, incrementan la mortalidad al producir un empeoramiento de patologías previas: personas con enfermedades respiratorias, cardiovasculares, renales, neurológicas y endocrinas crónicas ven agravados sus síntomas y esto hace que ingresen en un hospital o que fallezcan. Sin embargo, el impacto en la salud de las olas de calor no se debe únicamente a la temperatura. También tiene que ver con la contaminación.

Cómo se generan las olas de calor

Las situaciones meteorológicas que producen las olas de calor en la península ibérica suelen ser de dos tipos:

  • Un anticiclón que se sitúa sobre la Península que dificulta tanto los movimientos verticales del aire (convección) como los movimientos horizontales (advección). Esta ausencia de viento, junto con la fuerte insolación, hace que las temperaturas vayan aumentando día a día hasta que el anticiclón se desplace o se debilite.

  • La otra situación meteorológica que se relaciona con la ocurrencia de olas de calor es la existencia de patrones atmosféricos que impulsan hacia la Península aire muy cálido y seco procedente de África.

Altas temperaturas y contaminación

Las situaciones anticiclónicas impiden la dispersión de contaminantes, con lo que se produce un incremento en las concentraciones de los contaminantes primarios –aquellos emitidos directamente a la atmósfera–, como el dióxido de nitrógeno (NO₂). La existencia de dióxido de nitrógeno y las condiciones de estabilidad atmosférica, alta insolación y temperaturas elevadas son además propicias para la formación de un contaminante secundario como es el ozono troposférico (O₃).

En las olas de calor por entrada de aire sahariano lo que se favorece es un mayor transporte de material particulado (PM) de origen desértico a la atmósfera local. Las condiciones atmosféricas en estas situaciones también propician el incremento de concentraciones de dióxido de nitrógeno y ozono en el aire.

Por otro lado, las condiciones de sequedad extrema pueden provocar incendios que también liberan partículas tóxicas y compuestos orgánicos volátiles que pueden producir picos de ozono troposférico.

Todo esto significa que los días de ola de calor en la Península también suelen estar acompañados de altos niveles de contaminación atmosférica que afectan a la calidad del aire que respiramos.




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Efectos en la mortalidad diaria

Tanto la contaminación atmosférica como la temperatura durante las olas de calor actúan sobre la salud de grupos de vulnerabilidad similar, agravando el mismo tipo de enfermedades de carácter respiratorio y cardiovascular fundamentalmente. Por lo tanto, durante una ola de calor habrá un exceso de mortalidad atribuible a la temperatura, pero también a las mayores concentraciones de contaminación atmosférica.

La Oficina Española de Cambio Climático en su Evaluación de Riesgos e Impactos derivados del Cambio Climático de 2025 (ERICC-2025) menciona la necesidad de integrar el efecto de la contaminación junto con el impacto de la propia temperatura en la temperatura de definición de ola de calor.

En relación con la activación de los planes de prevención en salud pública ante olas de calor en Europa, la Organización Mundial de la Salud establece que la temperatura de definición de ola de calor debe basarse en criterios epidemiológicos y no exclusivamente meteorológicos. Es decir, se debe determinar la temperatura a partir de la cual aumenta la mortalidad de forma estadísticamente significativa. Este nivel debe ser la temperatura umbral de definición de ola de calor que se debe utilizar para prevenir los efectos de las altas temperaturas sobre la salud.




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Actualmente las temperaturas umbrales que utiliza el Ministerio de Sanidad en su “Plan Nacional de actuaciones preventivas de los efectos del exceso de temperaturas sobre la salud” no tiene en cuenta el posible efecto de la contaminación atribuyendo todo el exceso de mortalidad a la temperatura. Sin embargo, existen métodos estadísticos que permiten identificar separadamente qué mortalidad es atribuible a la temperatura y cuál a la contaminación.

En un estudio pendiente de publicación hemos comprobado que al aplicar este enfoque a todas las provincias españolas, las temperaturas de definición de ola de calor resultantes, una vez considerado el efecto de la contaminación, aumentan en promedio de 0,5 °C para el conjunto de España, con variaciones geográficas a nivel provincial que oscilan entre 0,1 °C y 2,9 °C.

Mapa que muestra las diferencias en ºC entre las temperaturas de definición de ola de calor teniendo en cuenta el efecto de la contaminación y sin considerarlo para las provincias españolas
Diferencias en ºC entre las temperaturas de definición de ola de calor (OC) teniendo en cuenta el efecto de la contaminación y sin considerarlo para las provincias españolas. Las zonas en blanco sin número indican que una de las dos temperaturas de definición de ola de calor no se ha podido calcular.
Los autores

Implicaciones en salud pública

Aunque 0,5 °C pueda parecer un incremento marginal, en términos epidemiológicos puede desplazar de forma relevante los umbrales de riesgo poblacional. Esto implica modificar la temperatura a partir de la cual se activan las alertas sanitarias, se movilizan recursos preventivos y se considera que la exposición al calor supone un riesgo significativo para la salud. Supondría también emitir menos alertas por calor y que estas fuesen más precisas y efectivas.

Por otro lado, hay un exceso de mortalidad durante las olas de calor que se está atribuyendo a la temperatura, pero que en realidad se debe a la contaminación. Según nuestras estimaciones, de media para toda España esta mortalidad atribuida inadecuadamente a la temperatura en olas de calor es del 18,7 %, pero sube hasta un 22,5 % en los días de ola de calor que se originan por la entrada de polvo del Sahara.

Pero quizá lo más relevante es que en la actualidad solo se estarían generando medidas preventivas para evitar ese exceso de mortalidad basadas en los efectos de la temperatura en la salud: mayor hidratación, no exponerse al sol, utilizar aire acondicionado. Pero no actuaciones dirigidas a la protección de la ciudadanía frente a la contaminación (utilización de mascarillas, no realizar ejercicio al aire libre) ni medidas por parte de las Administraciones encaminadas a disminuir esta contaminación atmosférica. Estas últimas incluirían, por ejemplo, la limitación del tráfico y de las actividades industriales y de producción de energía que supongan un incremento aún mayor de las concentraciones de los contaminantes atmosféricos, sobre todo en las zonas urbanas.


En la elaboración de este artículo ha colaborado Gerardo Sánchez Martínez, experto en Salud y Medio Ambiente de la Agencia Europea de Medio Ambiente (AEMA).


The Conversation

Julio Díaz recibe fondos de Instituto de Salud Carlos III.

Cristina Linares Gil recibe fondos de Instituto de Salud Carlos III y FECYT (FC-24-20138)

Pedro Salvador Martínez recibe fondos de MITECO.

José Antonio López Bueno y Miguel Ángel Navas Martín no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. No todas las muertes causadas por las olas de calor se deben a las altas temperaturas: el efecto de la contaminación – https://theconversation.com/no-todas-las-muertes-causadas-por-las-olas-de-calor-se-deben-a-las-altas-temperaturas-el-efecto-de-la-contaminacion-284198

La generación que nunca desconecta tampoco duerme

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alfredo Rodríguez Muñoz, Catedrático de Psicología Social y de las Organizaciones, Universidad Complutense de Madrid

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Son las doce y media de la noche y un adolescente está tumbado en la cama. La luz de la habitación está apagada, pero el día todavía no ha terminado. El grupo de WhatsApp sigue activo. Llegan vídeos de TikTok, alguien comenta una foto en Instagram y otro propone una partida online. Técnicamente está solo en su habitación. Socialmente, sigue rodeado de gente.

Durante siglos acostarse significaba desaparecer unas horas del mundo. La noche imponía una desconexión natural. Los amigos dejaban de estar disponibles, las conversaciones terminaban y el descanso encontraba un espacio protegido. Hoy esa frontera ha desaparecido.

Cuando hablamos del deterioro del sueño adolescente solemos señalar a las pantallas y, especialmente, a la luz azul que emiten los dispositivos electrónicos. No es una preocupación infundada. Sabemos que la exposición nocturna a este tipo de luz puede alterar la producción de melatonina y dificultar el inicio del sueño.

Sin embargo, la luz azul es solo una parte de la historia. La estimulación cognitiva, la interacción social permanente y la dificultad para desconectar parecen desempeñar también un papel fundamental en la forma en que la tecnología está transformando el descanso de los adolescentes.

El problema no está solo en las pantallas

La gran transformación no es solo tecnológica, sino social. Por primera vez en la historia, los adolescentes pueden permanecer conectados a su grupo de iguales prácticamente las veinticuatro horas del día. La tecnología ha eliminado los límites temporales de la vida social. Antes existía una separación relativamente clara entre el día y la noche; hoy el grupo “entra en la cama”.

Lo hace con una intensidad difícil de ignorar. Un estudio reciente que monitorizó objetivamente el uso del smartphone en más de seiscientos adolescentes estadounidenses encontró que los jóvenes pasaban, de media, más de 50 minutos utilizando el teléfono entre las diez de la noche y las seis de la mañana durante los días lectivos. Más llamativo aún: el 52 % utilizaba el móvil entre medianoche y las cuatro de la madrugada, una franja horaria que debería estar dedicada casi exclusivamente al sueño.

La evidencia científica reciente sugiere precisamente que el principal problema no es el uso general del móvil, sino su utilización durante la noche. En un estudio con seguimiento diario de adolescentes estadounidenses, los días en los que los jóvenes utilizaban más de lo habitual el teléfono durante la noche, se asociaban con una peor calidad de sueño y con una hora de conciliación más tardía.

No estamos simplemente ante un problema de pantallas, sino de noches invadidas. La luz de las pantallas forma parte de esa transformación, pero también las notificaciones, los mensajes, las redes sociales y la sensación de que siempre ocurre algo de lo que no conviene perderse.

Miedo a perderse cosas

A ello se suma el miedo a quedarse fuera; la sensación de que, mientras uno duerme, los demás siguen participando en conversaciones, experiencias y acontecimientos importantes. Este fenómeno es conocido en la literatura científica como FOMO (del inglés fear of missing out, “temor a perderse algo”). Y resulta especialmente relevante en una etapa de la vida en la que pertenecer al grupo ocupa un lugar central.

Las investigaciones sugieren, además, que muchos adolescentes utilizan el móvil en la cama no solo para entretenerse, sino también para gestionar emociones, combatir el aburrimiento y mantener el contacto con los demás. Aquellos que presentan patrones de uso más emocionales o compulsivos suelen mostrar también peores indicadores de sueño y bienestar psicológico.

Las consecuencias van mucho más allá del cansancio. El sueño desempeña un papel fundamental en el aprendizaje, la memoria, la regulación emocional y la salud mental. Además de afectar al rendimiento académico, dormir poco incrementa la irritabilidad, dificulta la gestión emocional y aumenta el riesgo de ansiedad y otros problemas psicológicos.

La punta del iceberg de una situación que se normaliza

Lo preocupante es que esta situación se está normalizando. Cada vez resulta más habitual encontrar adolescentes que duermen menos de lo recomendable y consideran ese agotamiento como una parte inevitable de la vida cotidiana.

Pero los adolescentes son, en realidad, la punta del iceberg. Vivimos en una cultura que ha convertido la disponibilidad permanente en una norma. Contestamos correos por la noche, revisamos mensajes al despertar y llevamos el trabajo y las redes sociales en el bolsillo a todas horas. Los jóvenes, simplemente, representan la versión más visible de un problema que afecta al conjunto de la sociedad.

Por eso, quizá ,la pregunta ya no sea solo cómo reducir el tiempo de pantalla antes de dormir. La cuestión de fondo es cómo proteger espacios reales de desconexión en un mundo diseñado para captar nuestra atención de forma permanente. Tal vez el desafío no consista únicamente en aprender a convivir con la tecnología, sino en recuperar la capacidad de desaparecer durante unas horas del mundo.

En otras palabras, descolonizar la noche y devolver al descanso un espacio propio. Porque dormir no es desconectarse de la vida, sino una condición para vivirla mejor.

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Alfredo Rodríguez Muñoz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La generación que nunca desconecta tampoco duerme – https://theconversation.com/la-generacion-que-nunca-desconecta-tampoco-duerme-284131

Impuestos y tasas para contener el turismo masivo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Concepción Foronda Robles, Catedrática de Geografía Humana. Instituto Andaluz de Investigación e Innovación en Turismo (IATUR), Universidad de Sevilla

Los turistas inundan la Riva degli Schiavoni, en Venecia, incluido el famoso Puente de la Paja. Jaroslav Moravcik

En los últimos tiempos, diversos destinos turísticos han ido aplicando nuevas tarifas de entrada ante el aumento del número de visitantes. La más reciente fue Roma, que cobra por el acceso a las escalinatas de la Fontana di Trevi desde febrero de este año.

Dolce Vita (1960): en una Roma desierta, Anita Ekberg baila, maravillada, en la Fontana di Trevi. Fuente: FlixOlé, YouTube.

Turismo y precios tributarios

El sector turístico engloba el transporte, el alojamiento, el ocio y la restauración, que pagan los mismos impuestos que el resto de la economía: impuesto de sociedades, IRPF e IVA. Estos son impuestos generales del sistema tributario.

Pero también existen otros tributos creados para el turismo como la tasa de ocupación en alojamientos, la tasa de pasajeros de transporte o las cuotas de acceso en algunas actividades. Cada uno adopta una forma jurídica distinta, como impuesto, tarifa o precio público, según lo defina la ley.

Para regular el acceso a determinados espacios públicos (plazas, calles o parques) en momentos de saturación, algunas ciudades han empezado a cobrar por la entrada a lugares específicos. Este modelo recaudatorio, que surge para controlar la presión de los visitantes, genera polémica. Algunas personas temen que favorezca la privatización del espacio público, mientras que otras critican que pueda limitar la libertad de movimiento o generar discriminación económica.

Venecia, laboratorio urbano

Venecia, Patrimonio de la Humanidad desde 1987, estableció en 2024 un modelo de pago para entrar en su centro. La medida nació ante el riesgo de que la UNESCO la incorporase en su lista de lugares patrimoniales en peligro por su sobreexplotación turística. Se fijó una tarifa de cinco euros para reservas anticipadas y 10 para las de última hora en días de gran afluencia. Ese mismo año, casi medio millón de personas pagaron la tasa y se recaudaron 2,24 millones de euros.

Sin datos suficientes para valorarla con rigor, algunos expertos dudan de la capacidad de esta medida para reducir la presión turística sobre la ciudad. El gobierno local no busca frenar las llegadas sino redistribuirlas, evitar decisiones improvisadas y mejorar la habitabilidad de esta frágil ciudad. A ello se suma la campaña “Enjoy Respect Venice”, que retoma normas del reglamento de policía y seguridad urbana y las dirige a los visitantes.

Esta política se desarrolla dentro de espacios de prueba, llamados entornos regulatorios controlados (sandbox), que se inspiran en la legislación europea de inteligencia artificial (Reglamento 2024/1689). Permiten ensayar nuevas herramientas de gestión urbana antes de convertirlas en reglas permanente.

Roma, acceso simbólico a la Fontana de Trevi

En febrero de 2026 se implantó un pago de dos euros para acceder al área inmediata de la Fontana de Trevi, donde los visitantes suelen fotografiarse y lanzar monedas. Ese mes se registraron 229 896 visitantes y la recaudación ascendió a 435 194 euros. Los fondos se destinarán a financiar la entrada gratuita a los museos de Roma para sus residentes.

La plaza continúa siendo de acceso libre; únicamente el entorno más cercano a la fuente exige este pago simbólico. Su objetivo es ordenar las visitas y reducir la masificación, ya que, en temporada alta, la Fontana recibe 70 000 visitantes diarios y supera los 10 millones al año.

Las autoridades aplican medidas excepcionales cuando la presión pone en riesgo la conservación del espacio y la calidad de vida de los vecinos.

Microdesconcentración en el parque Güell

El Park Güell es un parque público barcelonés, obra del arquitecto Antonio Gaudí. Desde 2013, su zona monumental (famosa por su mirador con trencadís, la sala de columnas y la salamandra) tiene entrada y control de visitas. En 2024, el Ayuntamiento de Barcelona adoptó medidas para reducir la presión turística sobre los barrios colindantes (como La Salut, Carmel, Can Baró y Vallcarca). La más llamativa fue retirar la línea de autobús 116 de Google Maps y Apple Maps. Esta decisión redujo su uso por los turistas y permitió a los residentes recuperar este servicio público.

A esta acción se sumaron controles de tráfico, con cambios en las paradas de taxis. Además, la compra de entradas pasó a ser online. Las paradas de transporte mostraron avisos de “Todo vendido”. Acciones como éstas crean un modelo que actúa sobre el monumento, la movilidad y la experiencia del visitante.

Kioto, protegiendo sus barrios históricos

Otro caso es el barrio de Gion, en Kioto. Desde 2023 aplica medidas para proteger sus calles tradicionales, donde trabajan y viven las geishas y maikos. Algunas de estas medidas fueron restringir el acceso a los callejones residenciales y multar a los turistas por conductas inapropiadas.

Además, se limitaron algunas líneas de autobuses urbanos. En horas punta, varias de ellas se señalan como “sólo para residentes”. Con esta decisión se asegura la movilidad del vecindario y se reduce la presión del turismo sobre el transporte local.

La famosa tasa turística de pernoctación

La tasa turística suele referirse al impuesto que se aplica a las estancias. Este impuesto se cobra en hoteles, apartamentos, campings y casas rurales, y suele calcularse como una cantidad fija por persona y noche o como un porcentaje del precio del alojamiento. Su valor cambia según la categoría del hospedaje, su ubicación o la temporada.

A pesar de su popularidad, su implementación genera debate, pues puede afectar a la competitividad del destino al aumentar el coste del viaje. También plantea dudas sobre la equidad, porque suele aplicarse al alojamiento regulado. El no reglado o ilegal queda al margen.

En España, Cataluña fue la primera región en aplicarla, en 2012. Barcelona, además, destaca por su recargo municipal, el más alto del país. Baleares la aplica desde 2016 y Galicia desde 2025. La Coruña y Santiago también se han sumado. El País Vasco la activará en el transcurso de 2026 y el debate continúa en otras comunidades.

El impuesto invisible del transporte

Por último, la tasa de transporte o impuesto de salida afecta a quienes llegan o salen por un aeropuerto o puerto. Esta es prácticamente invisible para el turista porque está integrada en el precio del billete. Por este motivo, el viajero asume el coste antes de llegar al destino.

En algunos países, esta tasa se destina a fines sociales o de solidaridad. Su efecto es reducido porque factores como rutas, conectividad o atractivo pesan más en la decisión del viajero. Las aerolíneas, además, ajustan sus precios para mantener sus aviones llenos.

Varios Estados europeos la aplican, con precios muy variados según países y distancias. Entre ellos están Francia, Alemania, Italia, Dinamarca, Reino Unido, Países Bajos, Portugal y Suiza, integrada en el precio del billete.

Respecto a América Latina, en su reunión anual de 2026, la Asociación Internacional de Transporte Aéreo (IATA por sus siglas en inglés) ha señalado que, aunque la región tiene potencial de crecimiento, también aplica una importante carga de tasas e impuestos: su peso sobre los precios de los billetes puede llegar a alcanzar el 29 % del total de su coste.

Medidas de choque

Estamos ante un amplio repertorio de medidas para afrontar la saturación urbana. Estas actuaciones abarcan desde códigos de conducta, campañas de sensibilización y reordenación de flujos, hasta reservas obligatorias, límites de aforo o pagos por acceso.

Las tarifas deben ser el último recurso y reservarse para situaciones excepcionales y de alta presión. El objetivo es evitar medidas duras cuando el problema aún admite soluciones suaves.

Para valorar estas políticas, es esencial entender la finalidad de cada modalidad fiscal, sea recaudatoria, reguladora o de prestacional. También es esencial reforzar la transparencia en la comunicación con residentes, visitantes y empresas turísticas.

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Concepción Foronda Robles recibe fondos del proyecto de investigación e innovación aplicada “Turismo para los ciudadanos: Inteligencia para un turismo sostenible y participativo” (PPIT – FEDER- SOL2024-31731), cofinanciado por UE – Ministerio de Hacienda y Función Pública – Fondos Europeos – Junta de Andalucía – Consejería de Universidad, Investigación e Innovación.

ref. Impuestos y tasas para contener el turismo masivo – https://theconversation.com/impuestos-y-tasas-para-contener-el-turismo-masivo-277776

Mismo potencial, distinto reconocimiento: por qué algunas mujeres directivas tienen que demostrar más

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Manuel de Haro García, Profesor titular, Organización de Empresas (RR.HH. y Comportamiento Organizacional), Universidad Miguel Hernández

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Para que una mujer obtenga la misma percepción de éxito profesional que un hombre con su mismo perfil de personalidad, suele necesitar puntuaciones más altas en los rasgos típicamente asociados al liderazgo. Es lo que nos muestra un estudio que acabamos de publicar en la revista Evidence-Based HRM, en el que analizamos los datos de 630 directivos en activo en India.
En concreto se evaluaron seis rasgos de personalidad vinculados al alto potencial para relacionarlos con la percepción que estas personas tenían de su propio éxito profesional.

Los resultados apuntan a una conclusión relevante para la gestión del talento: los mismos rasgos no siempre producen el mismo retorno profesional percibido en hombres y mujeres. Dicho de forma sencilla, una misma puntuación en un rasgo asociado al liderazgo no parece interpretarse ni traducirse del mismo modo según quién la tenga.

Cuando los datos no bastan por sí solos

En los últimos años, muchas organizaciones han incorporado cuestionarios de personalidad, pruebas psicométricas y sistemas de evaluación para identificar a sus empleados con mayor potencial. La promesa implícita es atractiva: sustituir la intuición por datos, reducir la arbitrariedad y tomar decisiones más objetivas sobre promociones, desarrollo directivo o planes de sucesión.

El problema es que la objetividad del instrumento no garantiza, por sí sola, la neutralidad de la decisión. Un test puede medir del mismo modo a dos personas, pero sus resultados se interpretan dentro de culturas organizativas donde todavía operan expectativas distintas sobre cómo deben comportarse un hombre o una mujer en posiciones de liderazgo.

La cuestión, por tanto, no es solo si una persona posee determinados rasgos, sino si esos rasgos son reconocidos y recompensados de la misma manera.

Un problema que también interesa en España

Aunque los datos del estudio proceden de profesionales directivos en India, el mecanismo estudiado conecta con una preocupación muy presente en España: la persistente menor presencia femenina en la alta dirección.

Los avances son visibles, especialmente en los consejos de administración. El informe de Atrevia e IESE sobre mujeres en los consejos del IBEX 35 muestra que la representación femenina en los consejos ha superado el umbral del 40 % en el selectivo español. Sin embargo, la presencia de mujeres en los comités de dirección sigue muy lejos de la paridad. Según ese mismo informe, en el IBEX 35 la presencia femenina en los comités de dirección se sitúa en torno al 23,5 %.

Los datos del INE también muestran que las mujeres siguen siendo minoría en los cargos directivos y en la alta dirección en España. Esto sugiere que el problema no está solo en llegar a los órganos visibles de gobierno corporativo, sino también en cómo se construyen las trayectorias profesionales que permiten acceder al poder ejecutivo real.

Lo que encontramos

El patrón más claro apareció en los rasgos tradicionalmente asociados al liderazgo más duro: competitividad, coraje y responsabilidad. En nuestro estudio, estos rasgos se asociaban positivamente con el éxito profesional percibido. Pero esa relación no era idéntica para hombres y mujeres.

En las mujeres, la pendiente que conectaba estos rasgos con el éxito profesional percibido era más pronunciada. Esto puede interpretarse como una señal de umbrales asimétricos de reconocimiento: para que una mujer obtenga el mismo nivel de reconocimiento subjetivo asociado a determinados rasgos de liderazgo, puede necesitar mostrarlos con más intensidad o de forma más visible que un hombre.

La idea no es que las mujeres carezcan de esos rasgos. Tampoco que los hombres sean evaluados siempre de forma favorable. La idea es más sutil: en contextos directivos, donde el liderazgo todavía se asocia con atributos tradicionalmente masculinizados –decisión, competitividad, ambición, seguridad–, el mismo rasgo puede tener un significado social distinto según quién lo expresa.

Esta lectura encaja con la teoría de la congruencia de rol según la cual, las mujeres líderes se enfrentan a una tensión persistente: si muestran rasgos comunales (empatía, colaboración, apoyo) pueden ser vistas como menos directivas, y si muestran rasgos muy asertivos pueden ser percibidas como menos congruentes con las expectativas tradicionales asociadas a la feminidad.

El caso más llamativo: la curiosidad

Uno de los resultados más interesantes apareció en un rasgo aparentemente neutro: la curiosidad intelectual. En nuestro estudio, la curiosidad mostró un patrón diferente según el género. Para los hombres, una mayor curiosidad tendía a asociarse con más éxito profesional percibido. Para las mujeres, la relación era negativa.

La interpretación que proponemos es prudente, pero relevante: en entornos directivos muy orientados al rendimiento, la curiosidad de un hombre puede leerse como innovación, visión estratégica o inquietud intelectual. En cambio, esa misma curiosidad en una mujer puede ser interpretada de forma menos favorable, como dispersión, falta de foco o alejamiento de lo que se espera de ella.

No es que la curiosidad cambie. Cambia la lectura social del comportamiento.
Este resultado conecta con la literatura sobre discriminación de género y falta de ajuste entre las características de una persona y las expectativas asociadas a un puesto o rol. En otras palabras, no se evalúa solo lo que alguien hace o cómo es, sino también si eso encaja con la imagen previa que otros tienen de cómo debería ser un líder.

Por qué esto importa al departamento de RR. HH.

Las implicaciones para las empresas son directas. Primero, las pruebas de personalidad y los sistemas de identificación de talento no deberían tratarse como oráculos neutrales. Son herramientas útiles, pero sus resultados deben interpretarse dentro de procesos humanos de evaluación.

Segundo, las organizaciones deberían revisar cómo definen alto potencial. Si los criterios no están claramente formulados, los evaluadores pueden terminar premiando estilos de liderazgo más familiares, más visibles o más alineados con estereotipos tradicionales.

Tercero, conviene estructurar mejor las decisiones de talento: paneles diversos, criterios definidos antes de evaluar, y revisión periódica de los resultados. La formación en sesgos también puede ayudar, pero no basta con cursos genéricos sobre sesgos inconscientes. La evidencia acumulada sobre formación en diversidad muestra efectos variables y a menudo limitados si no se acompaña de cambios en los sistemas de decisión.

Por último, las empresas pueden auditar sus propios datos. Si hombres y mujeres con perfiles equivalentes tienen probabilidades distintas de entrar en programas de alto potencial, recibir proyectos visibles o acceder a promociones, entonces el problema ya no es una impresión: es un patrón medible.

El detalle invisible que se acumula

Los efectos observados en este tipo de estudios no suelen ser enormes. Pero las carreras profesionales no se construyen en una sola decisión. Se construyen en muchas: una promoción, una recomendación, una invitación a un comité, una asignación internacional, una exposición ante la alta dirección, una conversación informal en la que alguien dice “esta persona tiene potencial”.

Cuando pequeñas diferencias se repiten durante años, acaban produciendo grandes desigualdades.

Por eso conviene desplazar la pregunta. No basta con preguntar si las mujeres tienen talento, ambición, curiosidad o coraje. La pregunta verdaderamente incómoda es otra: cuando los tienen, ¿los reconocemos igual?

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Mismo potencial, distinto reconocimiento: por qué algunas mujeres directivas tienen que demostrar más – https://theconversation.com/mismo-potencial-distinto-reconocimiento-por-que-algunas-mujeres-directivas-tienen-que-demostrar-mas-282782

¿Quién decide cómo enseñar cuando la inteligencia artificial entra en el aula?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mari Mar Boillos Pereira, Profesora contratada doctora de la Facultad de Educación de Bilbao, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

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Imaginemos a una profesora de periodismo. Lleva años enseñando a sus estudiantes a escribir reportajes: a buscar la fuente, a estructurar el relato, a encontrar el tono. Ahora, en su facultad, le recomiendan que incorpore chatbots a sus clases. Le ofrecen un taller de dos horas sobre cómo construir prompts eficaces. Sale del taller con una lista de instrucciones. ¿Eso le ha ayudado a ser mejor docente? ¿O simplemente le han enseñado a manejar una herramienta sin preguntarle si esa herramienta tiene sentido en su asignatura?

Esta escena, que se repite con variaciones en universidades de todo el mundo, resume el problema que más preocupa a quienes investigamos la docencia universitaria en la era de la inteligencia artificial generativa: la tentación de reducir una cuestión pedagógica a una cuestión técnica.

Una tecnología cualitativamente distinta a las anteriores

Durante décadas, la tecnología educativa llegó a las aulas en forma de recursos inertes: un proyector, un ordenador, una plataforma de gestión de contenidos. El profesorado los usaba o no los usaba. Los adaptaba a su estilo. Mantenía el control de lo que ocurría en el aula.

La IA es diferente. Un modelo generativo no espera instrucciones pasivamente: identifica patrones, elabora argumentos, sintetiza información, evalúa respuestas, simula conversaciones. No son intermediarios pasivos entre docentes y estudiantes, sino que pueden desempeñar un papel activo en la configuración de los procesos educativos. En cierto sentido, actúan como interlocutores dentro del aula, lo que cambia radicalmente la naturaleza de su integración en la enseñanza.

El agente de IA interviene en procesos que hasta ahora pertenecían exclusivamente al juicio del profesorado: diseñar actividades, interpretar el progreso del alumnado, generar explicaciones, evaluar trabajos. Esto supone que puede ampliar las capacidades del docente o puede erosionar su papel.

La agencia docente: algo que se logra

En la investigación educativa, la agencia docente es la facultad de actuar de manera reflexiva e intencional dentro de las condiciones que ofrece el entorno. No es una habilidad que se pueda adquirir en un curso, sino que se desarrolla en determinadas condiciones.

Estas condiciones tienen que ver con tres aspectos:

  1. La mochila que cada docente trae consigo: su trayectoria formativa, sus experiencias como estudiante y como profesora, sus creencias sobre qué significa aprender. Nuestra profesora de periodismo, por ejemplo, ¿cómo aprendió ella a escribir un reportaje? ¿Considera la escritura como un proceso de pensamiento o como una técnica que se ejecuta? Esas respuestas condicionarán profundamente cómo interpreta la llegada de un chatbot a su asignatura.

  2. El contexto y las decisiones que le permite tomar. ¿Tiene acceso a las versiones completas de las herramientas o solo a las gratuitas con sus limitaciones? ¿Dispone de tiempo real para revisar críticamente lo que genera la inteligencia artificial o la carga docente hace esa revisión imposible? ¿Las normativas de su universidad le dan margen para experimentar con los sistemas de evaluación?

  3. El objetivo docente: si su objetivo es que el alumnado desarrolle la capacidad de escribir un reportaje –con todo lo que eso implica: investigar, estructurar, empatizar, revisar– quizás vea en el chatbot un atajo peligroso. Si, en cambio, interpreta la herramienta como un primer lector que ayuda al estudiante a identificar debilidades en un borrador antes de la revisión del profesor, puede ser un recurso que enriquezca el proceso sin sustituirlo.




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Por qué entender la IA será tan importante como aprender a leer


Cuatro condiciones que marcan la diferencia

La experiencia acumulada es un factor determinante a la hora de alcanzar la agencia docente. Disponer de referentes pedagógicos consolidados facilita que las tecnologías se integren de forma más reflexiva.

Además, es imprescindible una alfabetización crítica en inteligencia artificial. Entender cómo funcionan estos sistemas –cómo producen sus respuestas, qué sesgos pueden introducir, cuáles son sus límites– permite tomar decisiones pedagógicas informadas sobre su uso. La profesora de periodismo que sabe que el chatbot no “entiende” lo que escribe, sino que predice combinaciones probables de palabras, tiene una perspectiva muy diferente sobre qué puede y qué no puede pedirle a esa herramienta.




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¿Cómo saber si un estudiante ha aprendido, aunque use inteligencia artificial?


No debe olvidarse tampoco el apoyo institucional. Cuando las instituciones ofrecen orientaciones claras, tiempo para la reflexión pedagógica y formación centrada en preguntas didácticas –y no solo en funcionalidades–, el profesorado dispone de más oportunidades para experimentar e integrar críticamente la tecnología.

Por último, las comunidades de práctica son fundamentales cuando los docentes se enfrentan a innovación pedagógica. Estos espacios de aprendizaje compartido permiten intercambiar experiencias, analizar dificultades y construir interpretaciones comunes sobre los cambios educativos. Los departamentos funcionan como comunidades profesionales donde se definen –muchas veces de forma implícita– qué formas de enseñanza se consideran legítimas y qué lugar ocupa la innovación docente. Cuando esa cultura penaliza la experimentación, el espacio para ejercer la agencia se estrecha considerablemente.

Quitarle el protagonismo a la IA

El debate sobre la inteligencia artificial en la universidad suele oscilar entre quienes ven una oportunidad transformadora y quienes ven una amenaza a la integridad académica. Pero ambas posturas comparten un punto ciego: asumen que la tecnología es el protagonista de la historia. El tecnodeterminismo, en sus distintas versiones, lleva décadas operando con esa lógica.

El enfoque ecológico propone otro protagonista: el profesorado. No como víctima pasiva de una irrupción tecnológica inevitable, ni como héroe solitario que resiste o abraza la novedad, sino como profesional situado en un contexto concreto, con una historia, con condiciones institucionales reales y con objetivos educativos que le dan sentido a su trabajo.

Por eso la amenaza mayor es acabar delegando de forma acrítica en estos sistemas procesos que son el núcleo de la función de quien enseña: interpretar el contexto del aula, tomar decisiones pedagógicas informadas, orientar el aprendizaje con criterio. Los sistemas basados en esta tecnología no deben entenderse como soluciones automáticas a los problemas educativos: siempre requieren el juicio pedagógico del profesorado, la reflexión ética y la supervisión humana.

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Mari Mar Boillos Pereira recibe fondos de REDU.

María Ripollés Meliá, profesora titular de la Universitat Jaume I, recibe financiación de la Red de Docencia Universitaria (REDU) para la creación de la Red de Inteligencia Artificial y Educación Superior, en el marco de un proyecto de transferencia del cual es Investigadora Principal (IP).

ref. ¿Quién decide cómo enseñar cuando la inteligencia artificial entra en el aula? – https://theconversation.com/quien-decide-como-ensenar-cuando-la-inteligencia-artificial-entra-en-el-aula-282987

Linfedema y lipedema: en qué se diferencian de la celulitis y cómo pueden ser tratados

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Beatriz Carpallo Porcar, Fisioterapeuta. Personal docente e investigador en el grado de Fisioterapia en la Universidad San Jorge. Miembro del grupo de investigación iPhysio., Universidad San Jorge

Se estima que entre el 80 % y el 98 % de la población femenina presenta algún grado de celulitis, una alteración básicamente estética, a lo largo de su vida. Sin embargo, el 40 % de las mujeres padecen patologías que pueden atribuir por error a la famosa “piel de naranja”: el linfedema y el lipedema. Conocerlas bien, y saber distinguirlas, permite identificar señales de alerta y buscar ayuda profesional cuando sea preciso.

1. Celulitis

La celulitis (también llamada lipodistrofia ginecoide) surge a partir de la menstruación y se caracteriza por un cambio en la estructura del tejido graso. Desencadenada por factores hormonales, vasculares, metabólicos y mecánicos, la causa principal suele ser el aumento de los estrógenos, que influye en la organización del tejido adiposo y genera nódulos grasos (adipocitos) más grandes.

El aumento de los adipocitos produce una ralentización de la microcirculación de la sangre, ya que los nódulos comprimen pequeños vasos sanguíneos. Y este problema hace a su vez que se incremente el líquido acumulado en las zonas afectadas por la celulitis. Por esa razón, las zonas más grasas, como las caderas o el abdomen, se notan más frías al tacto.

¿Y por qué aparece la “piel de naranja” con mucha más frecuencia en las mujeres? La respuesta está en cómo se estructura el tejido bajo la piel. Unas bandas de tejido fibroso llamadas septos conectan la piel superficial –como si fueran cuerdas– con estructuras más profundas del cuerpo. En las mujeres están colocados de forma vertical, mientras que en los hombres se disponen de forma oblicua o cruzada. Cuando los adipocitos aumentan de tamaño y esos tabiques fibrosos se vuelven más rígidos o pierden elasticidad con el paso del tiempo, tiran de la piel hacia abajo, mientras que la grasa empuja hacia arriba.

Esta fuerza combinada genera el aspecto irregular de la celulitis, con sus característicos “hoyuelos”. En el caso de los hombres, al estar los septos orientados en diferentes direcciones, la tracción se distribuye mejor y la superficie de la piel se mantiene más uniforme.

El estrés, el sedentarismo, el tabaco o tomar anticonceptivos son factores que afectan a la severidad de la celulitis. Sin embargo, a pesar de sus efectos visibles, no produce hinchazón progresiva de las piernas, ni afecta al sistema linfático, ni genera complicaciones clínicas relevantes, más allá del impacto estético o emocional. En suma, no es una enfermedad.

2. Linfedema

Por contra, el linfedema es una dolencia crónica del sistema linfático que puede afectar a la movilidad y la calidad de vida. Se caracteriza por la acumulación de líquido –generalmente en las piernas–, debido a un fallo del sistema corporal de drenaje.

Algunos linfedemas aparecen por alteraciones en el desarrollo del sistema linfático (linfedema primario), aunque son los menos frecuentes. Lo más habitual es que surjan a consecuencia de otros procesos, como la extirpación de ganglios linfáticos en cirugías oncológicas –por ejemplo, en pacientes de cáncer de mama– o tras recibir radioterapia. La obesidad y algunas infecciones también pueden desencadenarlo.

El linfedema, que suele ser progresivo, produce sensación de pesadez, tirantez y, en ocasiones, dolor. Es frecuente notar un aumento del volumen de la extremidad, que puede manifestarse de forma visible al final del día. Un signo típico es la marca profunda que dejan los calcetines o ciertas prendas en la piel, indicando que hay acumulación de líquido.

He aquí otras diferencias con la “piel de naranja”:

  • Mientras que la piel celulítica puede pellizcarse con facilidad, con linfedema se vuelve tensa y cuesta coger un pliegue (el llamado signo de Stemmer).

  • La celulitis rara vez provoca dolor o pesadez, mientras que el linfedema suele acompañarse de tensión, pesadez y molestias.

  • En la celulitis no hay edema, mientras que el linfedema sí provoca una acumulación de líquido que empeora con el tiempo.

  • La celulitis suele afectar a ambas piernas, mientras que el linfedema a menudo solo se manifiesta en uno de los miembros.

3. Lipedema

El lipedema es una condición que muchas mujeres –prácticamente solo afecta a la población femenina– sufren sin saberlo. A simple vista puede parecer “celulitis fuerte”, “piernas anchas” o “retención de líquidos”, pero en realidad se trata de un trastorno del tejido graso que hace que las piernas (y a veces los brazos) acumulen grasa de forma simétrica, dolorosa y desproporcionada, incluso manteniendo una vida activa y una alimentación cuidada.

Su causa exacta no se conoce por completo, pero sabemos que intervienen factores hormonales, genéticos e inflamatorios. Suele aparecer o empeorar en momentos de cambios hormonales, como la pubertad, el embarazo o la menopausia.

En cuanto a los síntomas, las afectadas describen una sensación muy reconocible: dolor en las piernas al tocarlas, moretones que “aparecen porque sí” y persistencia en el incremento de volumen de las piernas aunque el resto del cuerpo adelgace.

Muchas mujeres lo confunden con la celulitis, pero “la piel de naranja” no duele, no genera hematomas y no hace que las piernas engrosen de forma llamativa. Con el linfedema las diferencias son aún más claras: este suele afectar solo a una pierna, progresa con los años y la piel se vuelve tensa y dura.

En manos de la fisioterapia

La fisioterapia juega un papel esencial para tratar tanto el linfedema como el lipedema, ya que trabaja directamente sobre el tejido, la circulación y el movimiento, tres pilares que ambas condiciones alteran con el tiempo.

Para manejar el linfedema se aplica la llamada terapia descongestiva compleja, que combina drenaje linfático manual, vendajes multicapa, prendas de compresión, ejercicios específicos y cuidados de la piel.

Esta estrategia reduce el volumen del edema, mejora la función de los vasos linfáticos y disminuye la fibrosis del tejido. El drenaje manual es especialmente útil porque estimula las zonas sanas del sistema linfático para que “recojan el trabajo” de las áreas dañadas. Por su parte, los ejercicios suaves favorecen la acción de la llamada “bomba muscular”, que es el motor natural del retorno linfático.

En el lipedema, el objetivo es diferente: aquí se busca disminuir el dolor, mejorar la movilidad, reducir la sensación de pesadez y frenar la progresión del edema secundario, que puede aparecer en fases avanzadas. Como esta afección presenta cambios en la grasa, el agua extracelular y los vasos sanguíneos pequeños, técnicas como el drenaje linfático, la compresión adaptada y el ejercicio de baja carga contribuyen a controlar los síntomas. Los profesionales también enseñan a las pacientes estrategias de autocuidado, como ejercicios diarios, pautas de movimiento y recomendaciones para disminuir la inflamación.

En ambos trastornos, la fisioterapia ofrece algo que ningún otro tratamiento puede proporcionar: herramientas para recuperar autonomía, reducir molestias y sentir de nuevo que el cuerpo responde. Y, sobre todo, ayuda a que las mujeres entiendan que no están “hinchadas” porque sí, sino que su tejido necesita cuidados que realmente pueden marcar la diferencia.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Linfedema y lipedema: en qué se diferencian de la celulitis y cómo pueden ser tratados – https://theconversation.com/linfedema-y-lipedema-en-que-se-diferencian-de-la-celulitis-y-como-pueden-ser-tratados-277571

David Hockney, el artista que obligó a Gran Bretaña a hacer sitio al color, la alegría y la identidad ‘queer’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Simon Mckeown, Professor of Art, School of Arts & Creative Industries, Teesside University, Teesside University

Nacido en Bradford y moldeado por la disciplina de las escuelas de arte del norte, David Hockney aportó al arte británico una actitud de clase trabajadora, casi punk: “haz el trabajo, confía en tu ojo, no busques la aprobación de nadie”. Hockney conseguía que el éxito pareciera algo natural: todo color, buen humor, gafas geniales, cigarrillos y un encanto un tanto bohemio. Pero para un joven artista gay procedente de una ciudad industrial del norte, el camino no había sido fácil.

Hockney sabía lo que era ser juzgado antes de que se le viera como se merecía. En Gran Bretaña, los prejuicios de clase se detectan a través del acento. Su acento de Bradford transmitía historia, poesía y garra, pero en el Royal College of Art de Londres se burlaban de él. Al ver los dibujos de aquellos compañeros que se reían, decidió superarlos con sus trazos.

Bradford había educado a Hockney. El norte no era un desierto cultural a la espera de ser rescatado por Londres, sino un lugar de escuelas de arte serias, profesores, creadores y tradiciones visuales. Lo que le faltaba no era talento ni disciplina, sino la autoridad automática concedida a quienes se formaban gracias al privilegio.

Collage sobre David Hockney hecho por Marcus Levine en Bradford.
Collage sobre David Hockney hecho por Marcus Levine en Bradford.
Stephen Armstrong / David Hockney Collage, CC BY-SA

Hockney rechazó el destino que le habían asignado. Abrió las puertas para quienes le siguieron, demostrando que la escuela de arte, el éxito y la autoridad cultural no estaban reservados a quienes nacían dentro de las viejas redes que querían definir el gusto y la confianza. Su respuesta al prejuicio de clase, al esnobismo regional, a la homofobia y al control estético no fue adaptarse al punto de vista dominante. Se embarcó en una carrera artística de por vida, trabajando más duro, observando con mayor atención y creando más, hasta que los guardianes de la cultura no tuvieron más remedio que reorganizarse a su alrededor.

Creó innovadoras obras sobre el placer, el color y la amistad. Retrató la vida gay, no a través de la lucha, sino a través de la domesticidad, la ternura y el deseo, un enfoque valiente y agudamente inteligente antes de la despenalización parcial de las relaciones sexuales entre hombres en Inglaterra y Gales en 1967.

Como Boy George en el pop, Hockney hizo visible la diferencia a través del color, el humor y el estilo, de una forma que el gran público pudiera disfrutar antes de comprender necesariamente su trasfondo político. Frente al peso gris de los prejuicios heredados, ofreció algo brillante, accesible y discretamente radical. Mostró la felicidad cotidiana y así contribuyó a que los prejuicios contra ella resultasen ridículos, haciendo que la aceptación pareciera algo que ya se debería haber producido hace tiempo.

La última etapa de la carrera de Hockney también desafió la discriminación por edad y por discapacidad. Al usar una silla de ruedas, rechazó la suposición de que los cuerpos mayores o discapacitados implican una aptitud cultural mermada. Igual que un enfermo Henri Matisse haciendo recortes en su última década, Hockney hizo de la vejez algo activo, inventivo y de relevancia pública.

El arte de ver

Más allá de las piscinas y la luz de California, Hockney insistía en que el arte es un experimento sobre el acto de ver. Nunca consideró la mirada como algo pasivo. Adoptó la Polaroid, el fotocollage, el iPad, la proyección y la exposición inmersiva. Vivió el presente asimilando continuamente todo aquello que le ayudara a ver.

Su trabajo con el físico Charles Falco sobre el uso histórico de lentes, espejos y dispositivos ópticos en la pintura no fue una actividad secundaria, sino parte de una investigación de toda una vida sobre las tecnologías de la visión.

En Pearblossom Hwy (1986), Hockney utilizó cientos de copias fotográficas para fracturar el espacio y poner a prueba la percepción, al tiempo que se negaba a aceptar la cámara como autoridad definitiva. Se podría construir una montaña con todas las fotografías que no han logrado capturar la majestuosidad de un arbusto, un roble, una colina ondulada o, precisamente, una montaña. Para Hockney, ver no era lo mismo que registrar: la cámara podía atrapar un instante, pero el paisaje requería tiempo, atención, el clima y la experiencia corporal de estar allí.

Su obra posterior hizo explícita esa lucha por capturar el tiempo. Una y otra vez, Hockney se preguntaba cómo una imagen plana podía contener el color, la luz y el paso de las estaciones. Esto alcanzó una forma monumental en A Year in Normandie (2020), un friso hecho en iPad de más de 90 metros de largo.

Aquí, el tiempo se hace espacio. Recorremos su longitud, pasando por el invierno, la primavera, el verano y el otoño como si atravesáramos la vida misma. La obra captura el tiempo, pero también lo deja escapar, enseñándonos la fragilidad y la humildad humanas a través de las cosas más sencillas: un camino, un árbol, un campo, una explosión de flores de espino.

Vistos junto a los de otro artista del norte de Inglaterra, LS Lowry, los paisajes de Hockney cobran aún más fuerza. Los mundos industriales de Lowry, sociales, corporales, humeantes y abarrotados, son ahora –en gran parte del Reino Unido– un recuerdo pictórico. Las carreteras, los árboles, los campos y las flores de Hockney pueden llegar a tener algún día una carga similar. No solo registran un lugar, sino una frágil idea de la tierra, la estación y el sentido de pertenencia.

En una era medioambiental, detenerse a ver con atención las flores al borde de la carretera, los árboles, las estaciones y la luz cambiante no es una huida de la política. Es un acto radical y una forma de cuidado. La insistencia de Hockney en la observación pausada parece más una advertencia que una nostalgia.

Hockney no intentó escapar del norte ni de sus orígenes; al contrario, hizo que el norte fuera imposible de ignorar. Utilizando las herramientas digitales actuales, nos pidió que estudiásemos lentamente los espacios locales en su totalidad. Su legado no es solo que entrara en el canon artístico. Es que hizo que el canon fuera más cálido: más nórdico, más queer, más popular, más colorido, más curioso desde el punto de vista tecnológico y más abierto a la alegría y el placer.

Hockney convirtió el humor, la amistad y el goce en formas serias de intercambio. En un momento en el que algunas voces se benefician de la división, y en el que la crisis medioambiental y la guerra pesan de lleno sobre la vida cotidiana, el mensaje de despedida de Hockney, “ama la vida”, resulta más impactante que nunca.

The Conversation

Simon Mckeown recibe una subvención del Consejo de Investigación en Artes y Humanidades.

ref. David Hockney, el artista que obligó a Gran Bretaña a hacer sitio al color, la alegría y la identidad ‘queer’ – https://theconversation.com/david-hockney-el-artista-que-obligo-a-gran-bretana-a-hacer-sitio-al-color-la-alegria-y-la-identidad-queer-285405