L’utopie réaliste qui pourrait changer la vie de 1,5 milliard de personnes : une carte d’identité universelle et 1  dollar par jour

Source: The Conversation – in French – By Ettore Recchi, Professeur des universités, Centre de Recherche Sur les Inégalités Sociales (CRIS), Sciences Po

Créer un registre universel recensant toutes les personnes qui le souhaitent, ce qui leur permettra de bénéficier de nombreux services à ce stade inaccessibles ; et verser un dollar par jour à toutes celles qui vivent sous le seuil de pauvreté. Cette double mesure, qui peut paraître utopique, n’est pas aussi irréaliste que cela, comme le démontre un article paru dans une revue à comité de lecture, dont les auteurs nous présentent ici les principaux aspects.


Que signifie être invisible ? Pour plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde, cela veut dire ne posséder aucune preuve légale d’identité : ni passeport ni acte de naissance – aucun moyen de prouver son existence aux yeux d’un État. Et que signifie être incapable de mener une vie digne ? C’est gérer son quotidien avec moins de 6,85 $ par jour, ce qui correspond au seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale. Dans un monde plus riche que jamais, ces deux situations définissent ce que nous appelons des « inégalités scandaleuses ».

Notre proposition, détaillée dans un article récemment publié dans Humanities and Social Sciences Communications, vise à s’attaquer simultanément à ces deux problèmes : l’absence d’identité légale et la faim. L’idée est simple : garantir une carte d’identité pour chaque personne vivant sur Terre (Humanity Identity Card, HIC) et un complément de revenu de base de 1 dollar (USD) par jour (Basic Income Supplement, BIS) pour la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

Cette politique sociale globale contribuerait à garantir des droits humains fondamentaux comme le droit à l’égalité devant la loi, un niveau de vie suffisant et une protection sociale. Elle devrait également encourager un nouveau sentiment de solidarité internationale : les pays, les entreprises et les individus les plus riches soutiendraient les plus vulnérables, non pas par charité, mais dans le cadre d’un engagement structuré et partagé.

Des inégalités vitales et existentielles

En nous appuyant sur les travaux d’Amartya Sen et de Göran Therborn, nous nous concentrons sur deux dimensions de l’inégalité : l’existentielle et la vitale.

L’inégalité existentielle concerne la reconnaissance. Près de 850 millions de personnes, selon une étude de la Banque mondiale, n’ont aucune pièce d’identité reconnue légalement. Cela signifie que, dans la plupart des pays du monde, elles ne peuvent pas ouvrir de compte bancaire, accéder à des services publics, inscrire leurs enfants à l’école ou s’inscrire elles-mêmes dans des établissements d’enseignement, ou encore enregistrer une carte SIM à leur nom. Sans identité légale, on n’est pas seulement exclu : on est aussi invisible.

L’inégalité vitale concerne les ressources nécessaires à la survie. L’insécurité alimentaire demeure l’un des problèmes les plus persistants et mortels aujourd’hui. Alors que la production alimentaire mondiale atteint des sommets historiques, environ 735 millions de personnes souffrent encore de la faim et des millions d’enfants sont malnutris. Ceci n’est pas dû à une pénurie de nourriture, mais à une véritable exclusion économique, faute tout simplement d’avoir les moyens d’accéder à la nourriture disponible.

Ces deux problèmes vont souvent de pair : les plus pauvres sont aussi ceux qui ont le moins de chances d’être officiellement enregistrés auprès des administrations. Surtout, dans les pays les moins développés, en l’absence de filet de sécurité national, ils passent entre les mailles des systèmes censés les protéger.

Une carte pour chaque être humain

La carte d’identité universelle (HIC) est au cœur de la proposition.

Elle serait délivrée par une instance mondiale – très probablement sous l’égide des Nations unies – et proposée à chaque personne, quels que soient sa nationalité ou son statut migratoire. La carte inclurait des données biométriques telles qu’une empreinte digitale ou un scan de l’iris, ainsi qu’une photo et des informations de base comme le nom et la date de naissance de l’individu.

Avec une HIC, les habitants des zones rurales dans les pays à faible revenu pourraient s’inscrire à des services téléphoniques, à travers lesquels ils pourraient recevoir de l’aide par « mobile money » ; ce qui est actuellement sujet à un enregistrement préalable avec carte d’identité. De même, migrants et voyageurs pourraient demander de l’aide, des soins ou simplement une chambre d’hôtel sans s’exposer à des refus ou à des discriminations en raison d’une nationalité stigmatisée.

Cette carte ne serait liée à aucun gouvernement. Sa seule fonction serait de vérifier l’existence de la personne et ses droits en tant qu’être humain. Les données sensibles seraient stockées dans un système sécurisé géré par l’ONU, inaccessible aux gouvernements sauf autorisation explicite du titulaire. Cela distingue notre proposition d’autres programmes, comme l’initiative Identification for Development (ID4D) de la Banque mondiale, qui est censée fonctionner dans les limites des systèmes d’identification nationaux, exposés aux changements d’agenda des gouvernements.

Un dollar par jour pour la moitié de la population mondiale

Le second pilier de la proposition est un complément de revenu de base (BIS). Toute personne disposant d’un revenu inférieur à 2 500 dollars par an – soit environ la moitié de la population mondiale – recevrait un paiement inconditionnel de 1 dollar par jour. Ce montant est suffisamment faible pour rester abordable à l’échelle mondiale, mais assez élevé pour changer concrètement la vie quotidienne des plus pauvres.

Contrairement à de nombreux systèmes d’aide sociale existants, ce revenu serait versé directement aux individus, et non aux ménages, ce qui permettrait de réduire les inégalités de genre et de garantir que les enfants et les femmes ne soient pas exclus. L’argent pourrait être distribué par l’intermédiaire des systèmes de paiement mobile, déjà largement utilisés avec une efficacité remarquable dans de nombreux pays à faible revenu.

Les conclusions tirées de l’examen d’autres programmes de transferts monétaires montrent que ce type de soutien peut réduire significativement la faim, améliorer la santé des enfants, augmenter la fréquentation scolaire et même encourager l’entrepreneuriat. Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté dépensent généralement ce revenu supplémentaire de manière avisée : elles savent mieux que quiconque ce dont elles ont en priorité besoin.

Mais qui finance ?

Un programme mondial de cette ampleur n’est pas bon marché. Nous estimons que le complément de revenu de base coûterait environ 1 500 milliards de dollars par an. Mais nous avons aussi esquissé son plan de financement.

La proposition prévoit une taxe mondiale de seulement 0,66 % sur trois sources :

  • sur le produit intérieur brut (PIB) de chaque État souverain ;

  • sur la capitalisation boursière des entreprises valant plus d’un milliard de dollars ;

  • sur la richesse totale des ménages milliardaires.

Au total, cela générerait suffisamment de ressources pour financer le complément de revenu et administrer la carte d’identité, avec un petit surplus pour les coûts opérationnels.

La participation serait obligatoire pour tous les États membres de l’ONU, ainsi que pour les entreprises et individus concernés. Le non-respect entraînerait des sanctions, telles que la dénonciation publique, des conséquences commerciales ou l’exclusion de certains avantages internationaux.

Ce système s’inspire de précédents existants, comme l’objectif fixé aux États de consacrer 0,7 % de leur budget annuel à l’aide au développement ou l’accord récent de l’OCDE sur un impôt minimum mondial pour les entreprises. Plusieurs dirigeants du G20 ont d’ailleurs déjà exprimé leur soutien à une taxation mondiale de la richesse. Ce qui manque, c’est la coordination – et la volonté politique.

Pourquoi le mettre en œuvre maintenant ?

Pour beaucoup, la proposition semblera utopique. Les inégalités mondiales sont profondément ancrées, et les intérêts nationaux priment souvent sur les responsabilités globales, comme l’illustrent les développements politiques récents (le 1er juillet, le gouvernement des États-Unis a officiellement cessé de financer l’USAID). Mais nous avons aussi vu à quelle vitesse le monde peut mobiliser des ressources en temps de crise – comme lors de la pandémie de Covid-19, où des milliers de milliards ont été injectés dans l’économie mondiale en quelques semaines.

La technologie, elle aussi, a suffisamment progressé pour que la délivrance et la gestion d’une carte d’identité universelle ne relèvent plus de la science-fiction. Les systèmes biométriques sont répandus, et les services de paiement mobile sont des outils éprouvés pour distribuer efficacement l’aide. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est de l’imagination – et de la détermination.

En outre, la proposition repose sur un argument moral puissant : dans un monde aussi interconnecté que le nôtre, pouvons-nous continuer à accepter que certains n’aient aucune existence légale ni aucun moyen de se nourrir ? Pouvons-nous nous permettre de ne rien faire ?

Un pas possible vers la citoyenneté mondiale

Au-delà de ses bénéfices pratiques, la carte d’identité universelle et le complément de revenu de base représentent quelque chose de plus profond : un nouveau modèle de protection sociale mondiale.

Ils considèrent l’identité et le revenu de base non comme des privilèges de citoyenneté, mais comme des droits inhérents à la personne. Ils offrent ainsi une alternative à une vision nationaliste de l’organisation sociale.

C’est une vision radicale mais pas irréalisable – une politique proche de ce que le sociologue Erik Olin Wright appelait « une utopie réaliste » : un monde où naître au mauvais endroit ne condamne plus à une vie de souffrance et d’exclusion.

Que ce plan soit adopté ou non, il ouvre la voie à une réflexion sur la manière dont nous prenons soin les uns des autres au-delà des frontières. À mesure que les défis mondiaux s’intensifient – changement climatique, déplacements, pandémies –, le besoin de solutions globales devient plus urgent. Le projet confère aussi un rôle nouveau et véritablement supranational à l’ONU, à un moment où l’organisation – qui fête cette année son 80e anniversaire – traverse l’une des crises existentielles les plus profondes de son histoire.

Une carte et un dollar par jour peuvent sembler des outils modestes. Mais ils pourraient suffire à rendre visible l’invisible et à sauver les affamés. Et à nous rendre fiers d’être humains.


Pour une version détaillée de cet article, lire Recchi, E., Grohmann, T., « Tackling “scandalous inequalities”: a global policy proposal for a Humanity Identity Card and Basic Income Supplement », Humanities & Social Sciences Communications, 12, art. no : 880 (2025).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’utopie réaliste qui pourrait changer la vie de 1,5 milliard de personnes : une carte d’identité universelle et 1  dollar par jour – https://theconversation.com/lutopie-realiste-qui-pourrait-changer-la-vie-de-1-5-milliard-de-personnes-une-carte-didentite-universelle-et-1-dollar-par-jour-260466

Le changement climatique pousse les poissons-lanternes de l’océan Austral dans un cul-de-sac

Source: The Conversation – in French – By Cam Ly Rintz, Doctorante en écologie marine et sociologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Les océans sont tous connectés entre eux, mais leur température peut agir comme une barrière, notamment pour les poissons-lanternes. Le changement climatique pourrait avoir des conséquences dramatiques, en poussant certaines espèces adaptées au froid vers un véritable cul-de-sac, où elles seraient piégées contre l’Antarctique.


Nous pensons souvent que tous les océans du globe sont connectés et que les animaux qui y vivent peuvent voyager de l’un à l’autre. Du côté de la recherche, le concept de One Ocean (un océan unique) a même émergé pour inviter les scientifiques à considérer cette interdépendance.

Pourtant, malgré cette grande connectivité, la biodiversité marine est loin d’être homogène. Elle se répartit en grandes communautés distinctes parmi les océans du monde. C’est le cas notamment des poissons-lanternes (désignés de la sorte du fait de leur bioluminescence) qui résident dans l’hémisphère Sud. En nous intéressant à ces espèces, nous avons découvert que la température de l’eau agit comme une barrière tout autour de l’océan Austral, séparant les communautés.

Avec le changement climatique, cette barrière se déplace vers le sud, ce qui pousse les poissons-lanternes de l’océan Austral dans un cul-de-sac, piégés par le continent antarctique.

Les poissons-lanternes, poissons les plus abondants des abysses

Nous nous sommes intéressés à la grande famille des poissons-lanternes, ou myctophidés, à l’interface entre l’océan Austral et les autres océans du globe.

Contrairement à ce que l’on peut croire, les poissons-lanternes ne sont pas les poissons aux grandes dents et à la petite loupiote sur la tête comme dans le Monde de Nemo : ça, ce sont les baudroies abyssales. Les poissons-lanternes, eux, sont de fascinants petits poissons (en général, de moins de 10 centimètres) aux grands yeux dont les « lanternes » (photophores, organes qui émettent de la lumière) sont réparties le long du corps selon des motifs spécifiques leur permettant notamment de se camoufler ou de se reconnaître dans des profondeurs jusqu’à plus de 1 000 mètres.

Avec près de 250 espèces, on les retrouve dans tous les océans du globe. Ce sont les poissons les plus abondants à ces profondeurs. La plupart accomplissent tous les jours une formidable migration verticale, passant la journée dans les couches plus profondes, où ils sont moins visibles pour les prédateurs, et remontant à la surface la nuit pour se nourrir.

Dans notre étude, l’objectif était d’étudier la répartition géographique des poissons-lanternes, afin de comprendre comment et pourquoi ils se structurent en communautés. Nous ne partions pas de rien : l’expérience de nos collègues océanographes après des décennies d’échantillonnage dans la zone suggérait que les communautés de poissons-lanternes changent complètement à peu près au niveau de la zone des archipels de Crozet et de Kerguelen, dans le sud de l’océan Indien.

À cet endroit, il se trouve que les fronts océaniques sont particulièrement resserrés. Ces fronts correspondent à des changements brutaux de conditions de l’eau, notamment de température. Plusieurs ont été mis en évidence tout autour de l’océan Austral, dont le front subtropical et le front subantarctique.

L’océan Austral et ses fronts océaniques (front subtropical et front subantarctique en pointillés).
Cam Ly Rintz/Muséum national d’histoire naturelle, CC BY

On savait également que la température jouait un rôle important pour ces espèces, mais sans avoir de vision sur la répartition des communautés. Ces éléments nous ont amenés à tester une hypothèse qui existe depuis longtemps en écologie, mais qui n’avait jamais été démontrée auparavant. Se pourrait-il que le climat agisse comme une barrière à laquelle toutes les espèces réagissent de la même manière, séparant ainsi les communautés de poissons-lanternes ?

La température agit comme une barrière

En étudiant la répartition géographique de toutes les espèces de poissons-lanternes du sud de l’hémisphère Sud, nous avons montré qu’elles s’organisent en deux grandes régions biogéographiques très différentes :

  • d’une part, une communauté australe composée de 19 espèces se regroupe tout autour du continent antarctique ;

  • et, d’autre part, plus au nord, une communauté subtropicale comprend 73 espèces.

Mais entre ces deux régions, aucune barrière physique ni continent. Nous avons alors testé avec des modèles statistiques l’ensemble des variations de l’océan dans la zone : température, salinité, composition chimique, etc.

Parmi tous ces facteurs, il apparaît que la température ressort, sans équivoque, comme la principale force qui sépare ces deux communautés. Ce qui est nouveau ici, c’est la découverte que toutes les espèces répondent de la même manière à la température : les espèces australes ne s’aventurent pas dans des eaux au-dessus de 8 °C, tandis que les espèces subtropicales ne s’aventurent pas dans celles en dessous de 8 °C.

Ainsi, la température forme une barrière climatique nette, peu perméable, séparant les deux communautés de poissons-lanternes. De l’équateur au pôle, la température de l’océan devient de plus en plus froide, et c’est précisément autour de 8 °C que nous avons mis en évidence cette barrière. C’est d’ailleurs la température que l’on retrouve entre les fronts subtropical et subantarctique.

Ce qui est très intéressant, c’est que, en cherchant à comprendre les mécanismes physiologiques qui expliquent cette séparation, nous avons découvert qu’une hypothèse sur un seuil physiologique à 8 °C avait été proposée en 2002, et que nos travaux viennent la corroborer.

Survivre en dessous de ce seuil nécessite des adaptations au froid, qui ont un coût : ne pas pouvoir survivre à la moindre élévation de température. Les espèces polaires ont ainsi un métabolisme adapté aux conditions extrêmes, mais qui, en retour, les rend incapables de supporter des eaux plus chaudes.

Une perte d’habitat causée par le réchauffement climatique

Avec le changement climatique, l’océan se réchauffe de façon globale, ce qui va induire un déplacement de cette barrière vers le pôle Sud. Les poissons-lanternes subtropicaux vont avoir accès à de nouvelles zones, qui auparavant étaient trop froides, et vont ainsi étendre leur aire de répartition vers le sud. Cependant, pour la communauté australe, ces zones vont devenir trop chaudes, et les espèces vont devoir se replier vers le pôle pour rester à des températures suffisamment basses.

Le problème, c’est que, de l’autre côté, se trouve l’Antarctique, qui forme ainsi un véritable cul-de-sac… Piégée par le continent, la communauté australe verra son habitat se réduire drastiquement.

Déplacement des communautés de poissons-lanternes sous l’effet du changement climatique.
Cam Ly Rintz/Muséum national d’histoire naturelle, CC BY

En appliquant des modèles climatiques en fonction des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre établis par le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), nous pouvons projeter la magnitude probable de ces changements. D’après ces scénarios, d’ici 2100, les poissons-lanternes de la région australe pourraient perdre 11 millions de kilomètres carrés (km2) de surface habitable, soit 23 % de leur habitat actuel. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente l’équivalent de 80 % de la superficie de l’Antarctique !

L’importance des aires marines protégées

Pourquoi ces résultats sont-ils inquiétants ? D’une part, ils indiquent que le changement climatique représente une menace directe pour les poissons-lanternes de l’océan Austral. D’autre part, les poissons-lanternes occupent une position clé dans la chaîne alimentaire : ce sont à la fois des prédateurs du krill, mais aussi des proies des grands prédateurs marins, comme les manchots ou les éléphants de mer.

Comment les déplacements des poissons-lanternes vont-ils affecter leurs proies ou leurs prédateurs ? Par exemple, pour certains prédateurs marins qui se reproduisent sur des îles comme les Crozet ou les Kerguelen, devront-ils nager plus loin pour se nourrir ? Pourront-ils se rabattre sur d’autres espèces ? Il est extrêmement difficile de répondre à ces questions, d’autant plus que ces autres membres de la chaîne alimentaire seront également affectés par le changement climatique, à des rythmes différents suivant la physiologie et l’écologie des espèces.

Alors comment, face aux changements climatiques et à l’incertitude qui en découle, peut-on concrètement aider ces écosystèmes fragiles à s’adapter aux changements climatiques ? La première étape est de s’assurer que les espèces qui les composent sont en bonne santé et ne sont pas déjà menacées de disparition. Pour cela, il faut réduire au maximum les menaces sur lesquelles nous pouvons agir, telles que la surpêche et la destruction de leurs habitats.

Une solution efficace est de créer des aires marines protégées qui préservent réellement les écosystèmes marins des méthodes de pêche destructrices, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour beaucoup d’entre elles actuellement.

Ces zones sont cruciales pour permettre aux espèces de se rétablir et de devenir plus résistantes. Pour être efficaces face aux changements climatiques, ces aires protégées doivent être variées. Il est important de protéger des zones qui resteront relativement stables malgré le changement climatique, qui serviront de refuges, de même qu’il est aussi essentiel de protéger les zones qui seront plus touchées, afin de permettre à leurs espèces et écosystèmes d’être en bonne santé pour s’adapter aux bouleversements qui s’amorcent.

En d’autres termes, un bon réseau d’aires protégées doit représenter toute la diversité des conditions actuelles et futures. Dans le cas de nos poissons-lanternes, cela signifie qu’il faut protéger des zones où vivent les espèces d’eau chaude, d’autres pour celles vivant en eau froide, mais aussi, et surtout, la zone de transition entre les deux communautés, où les espèces se rencontrent, car, c’est là que les changements seront les plus importants.

Nos travaux, en prédisant où ces zones pourraient être localisées, servent ainsi de support aux prises de décision sur la localisation des aires protégées, comme celles menées au sein de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR).

The Conversation

Cam Ly Rintz a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-22-POCE-0001, dans le cadre du PPR Océan & Climat conjointement animé par le CNRS et l’Ifremer.

Boris Leroy est financé par l’état en tant qu’enseignant-chercheur fonctionnaire.

ref. Le changement climatique pousse les poissons-lanternes de l’océan Austral dans un cul-de-sac – https://theconversation.com/le-changement-climatique-pousse-les-poissons-lanternes-de-locean-austral-dans-un-cul-de-sac-259810

Écran ou papier… pourquoi tourner une page vaut mieux que cliquer

Source: The Conversation – in French – By Naomi S. Baron, Professor Emerita of Linguistics, American University

Le fait de pouvoir tourner les pages d’un livre ou de tracer au crayon les contours des lettres donne des appuis aux élèves dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Dans un monde d’outils numériques, pourquoi préserver cette importance du toucher ?


Lorsque les enfants entrent à l’école, l’une des techniques les plus courantes pour leur enseigner l’alphabet consiste à passer par des manipulations pratiques, comme la formation de lettres avec de l’argile ou de la pâte à modeler.

Mais à mesure que les élèves avancent en âge, la place du toucher diminue dans leur quotidien scolaire – à leur détriment. Beaucoup d’exercices de lecture deviennent numériques, et l’utilisation des claviers d’ordinateur pour écrire continue de progresser, d’autant que les outils d’intelligence artificielle (IA) sont très attractifs en matière d’édition et de composition.

Je suis linguiste et j’étudie les différences entre la lecture sur papier et la lecture numérique et la manière dont l’écriture favorise la réflexion. Avec ma collègue Anne Mangen, nous avons interrogé plus de 500 élèves du secondaire inscrits dans une école internationale d’Amsterdam (Pays-Bas) sur leurs expériences de lecture de textes imprimés par rapport celle des textes numériques. Par ailleurs, j’ai interrogé 100 étudiants et jeunes adultes aux États-Unis et en Europe sur leurs préférences en matière d’écriture manuscrite comparée à la saisie sur clavier.

Rassemblées, les réponses de ces deux études démontrent que les adolescents et les jeunes adultes continuent d’accorder de l’importance au contact physique dans leur rapport à l’écrit ; elles sont riches d’enseignements importants pour les éducateurs et les parents.

La lecture et l’écriture vues par les élèves

Lorsqu’on leur a demandé ce qu’ils aimaient le plus dans la lecture sur papier ou l’écriture à la main, les étudiants ont manifesté leur enthousiasme sur l’importance du toucher. Ce qui m’a surpris, c’est à quel point leurs perceptions à ce sujet concordaient dans les deux études.

Tenir un livre ou un instrument d’écriture entre leurs mains était important pour les élèves, c’est ce que montrent des observations comme :

« On a vraiment l’impression de lire parce que le livre est entre nos mains. »

ou

« J’aime tenir un stylo et sentir le papier sous mes mains, pouvoir former physiquement des mots. »

Les participants à l’étude ont également commenté l’interaction entre le toucher et le mouvement. En ce qui concerne la lecture, l’un d’eux a parlé de

« la sensation de tourner chaque page et d’anticiper ce qui va se passer ensuite ».

À propos de l’écriture manuscrite, un participant a décrit

« le fait de sentir les mots glisser sur la page ».

De nombreux étudiants ont également fait part d’avantages cognitifs. Une multitude de répondants ont évoqué la concentration, le sentiment d’immersion dans un texte ou la mémoire. En ce qui concerne la lecture imprimée, un étudiant a déclaré : « Je la prends plus au sérieux parce que je l’ai physiquement entre les mains. » Pour l’écriture, une réponse disait : « Je peux voir ce que je pense. »

Il y avait également des réflexions d’ordre psychologique. Des élèves ont ainsi écrit : « La sensation d’un livre entre mes mains est très agréable » ou :

« La satisfaction d’avoir rempli toute une page à la main, c’est comme si j’avais gravi une montagne. »

D’autres commentaires ont souligné à quel point le toucher permettait aux élèves de se sentir plus personnellement connectés à l’acte de lire et d’écrire. À propos de la lecture, l’un d’eux a déclaré :

« C’est plus personnel parce que c’est entre vos mains. »

À propos de l’écriture manuscrite, un autre a déclaré :

« Je me sens plus attaché au contenu que je produis. »

Girls sit a table working on touchscreen tablets
Les appareils numériques n’offrent pas la même expérience que les livres, les stylos et les blocs-notes.
JGI/Jamie Grill via Getty Images

Un certain nombre de répondants ont écrit que lire des livres physiques et écrire à la main leur semblait en quelque sorte plus « réel » que d’utiliser leurs équivalents numériques. Un étudiant a commenté « le caractère réel du livre ». Un autre a déclaré que « cela semble plus réel que d’écrire sur un ordinateur, les mots semblent avoir plus de sens ».

Nous avons demandé aux participants ce qu’ils appréciaient le plus dans la lecture numérique et dans l’écriture sur un clavier d’ordinateur. Sur plus de 600 réponses, une seule mentionnait le rôle du toucher dans ce qu’ils appréciaient le plus dans l’utilisation de ces technologies pour lire et écrire. Pour la lecture, les étudiants ont salué la commodité et l’accès à Internet. Pour l’écriture, la plus grande rapidité et le fait de pouvoir accéder à Internet étaient des réponses fréquentes.

Ce que nous dit la science sur le toucher

Ce que les élèves nous disent de l’importance du toucher reflète les conclusions de la recherche : ce sens est un moyen efficace de développer les compétences précoces en lecture et en écriture, ainsi qu’une aide pour les lecteurs et les personnes qui écrivent plus expérimentés dans leurs interactions avec l’écrit.

Les psychologues et les spécialistes de la lecture continuent de faire état d’une meilleure compréhension chez les enfants et les jeunes adultes lorsqu’ils lisent sur papier plutôt que sur support numérique, tant pour les lectures scolaires que pour la lecture de loisir. Pour les personnes qui écrivent chevronnées, les données suggèrent que passer plus de temps à écrire à la main qu’à utiliser un clavier d’ordinateur est corrélé à de meilleures capacités motrices fines.

Une récente étude menée en Norvège à l’université a comparé les images cérébrales d’étudiants prenant des notes et a révélé que ceux qui écrivaient à la main, plutôt que de taper au clavier, présentaient une plus grande activité électrique dans les parties du cerveau qui traitent les nouvelles informations et qui favorisent la formation de la mémoire.

Quelles stratégies d’apprentissage mettre en place ?

Le défi pour les enseignants et les parents consiste à trouver comment intégrer le toucher dans les activités de lecture et d’écriture dans un monde qui dépend tellement des outils numériques.

Voici trois suggestions pour résoudre ce paradoxe.

  • Les parents et les enseignants peuvent commencer par écouter les élèves eux-mêmes. Malgré tout le temps qu’ils passent sur leurs appareils numériques, de nombreux jeunes reconnaissent clairement l’importance du toucher dans leur expérience de lecture et d’écriture. Élargissez la conversation en discutant ensemble des différences entre la lecture et l’écriture numériques et manuelles.

  • Ensuite, les parents peuvent trouver des occasions pour leurs enfants de lire des textes imprimés et d’écrire à la main en dehors de l’école, par exemple en les emmenant à la bibliothèque et en les encourageant à écrire une histoire ou à tenir un journal. Mieux encore, les adultes peuvent montrer l’exemple en adoptant eux-mêmes ces pratiques dans leur vie quotidienne.

  • Enfin, les enseignants doivent accorder davantage de place à la lecture d’imprimés et aux devoirs manuscrits. Certains se penchent déjà sur les avantages intrinsèques de l’écriture manuscrite, notamment comme aide à la mémoire et comme outil de réflexion, deux qualités mentionnées par les participants de notre enquête.

Les supports de lecture numériques et les claviers continueront à être utilisés dans les écoles et les foyers. Mais cette réalité ne doit pas occulter le pouvoir du toucher.

The Conversation

Naomi S. Baron ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Écran ou papier… pourquoi tourner une page vaut mieux que cliquer – https://theconversation.com/ecran-ou-papier-pourquoi-tourner-une-page-vaut-mieux-que-cliquer-261491

Israël-Iran : comment la « guerre de 12 jours » a secoué les marchés du pétrole et de l’or

Source: The Conversation – in French – By Hassen Raïs, Professeur de Finance, EDC Paris Business School

Du 13 au 24 juin 2025, un conflit militaire direct a opposé Israël à l’Iran. Comment les marchés boursiers ont-ils réagi ? Les traders ont-ils spéculé sur cette tendance ? Pour répondre à ces questions, nous avons étudié la volatilité (c’est-à-dire, l’amplitude des hausses et des baisses) des cours du pétrole et de l’or.


Le conflit militaire direct entre Israël et l’Iran déclenché le 13 juin 2025, appelé la « guerre de 12 jours », a opposé deux puissances régionales au cœur d’un espace stratégique déterminant pour les flux mondiaux d’énergie. Il concerne, en particulier, le détroit d’Ormuz, artère vitale pour les exportations de pétrole, avec une crainte du bouleversement des dynamiques économiques globales, notamment à travers la flambée et la volatilité des prix des matières premières.

Cet article se propose d’analyser l’impact de la volatilité (l’amplitude des hausses et des baisses) des marchés boursiers sur les matières premières durant cette période.

Les mouvements des prix des indicateurs de volatilités (VIX) suggèrent, dans les premiers jours de la « guerre de 12 jours », une situation de backwardation. Comme le marché de l’or et du pétrole présente une offre inférieure à la demande, leur cours s’avère inférieur à celui de l’instant présent. Concrètement, ce différentiel de prix sur les échéances des contrats, entre court et long terme, a encouragé une plus grande spéculation par les traders.

Marchés pétroliers en hausse de 8,28 %

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a recensé en France 5,2 millions de transactions sur des fonds cotés sur indices en 2024 (Exchange Traded Funds ou ETF), après 2,8 millions en 2023. Les matières premières et, en particulier, les contrats à (long) terme sur les matières premières, servent désormais : de couvertures potentielles contre les pressions inflationnistes, de composantes de portefeuille pour des opportunités de diversification et, potentiellement, de substituts monétaires en cas de turbulences économiques.

Dès les premières frappes échangées, les marchés pétroliers ont réagi avec une nervosité extrême. Le 13 juin 2025, le pétrole brut Brent a enregistré une hausse de 8,28 %, atteignant 75,10 dollars le baril et le cours du pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) a grimpé de 8,8 %, atteignant presque 74 dollars.

Ces hausses s’expliquent par la crainte d’un blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. La structure oligopolistique du marché pétrolier, dominée par quelques grands exportateurs, le rend particulièrement sensible aux perturbations géopolitiques.

Ces inquiétudes ont incité les opérateurs financiers à spéculer massivement à la hausse sur les contrats à terme (les futures), accentuant la volatilité des cours.

Or comme valeur refuge

On distingue deux volatilités sur les marchés financiers : la volatilité historique indique la volatilité d’un titre pour une période passée, et la volatilité implicite, ou perception du risque, correspond à la volatilité anticipée par le marché. On mesure la volatilité implicite par l’indice VIX, qui correspond à la valeur d’un panier d’options à court terme sur le S&P500. Cet indice boursier est basé sur 500 grandes sociétés cotées aux États-Unis.




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La recherche académique nous fournit beaucoup d’articles sur la relation entre la volatilité des marchés et les prix des matières premières. L’une souligne la distinction entre l’or comme valeur refuge. Par exemple, l’or est une valeur refuge pendant les trois crises financières de 1987, de 1997 et de 2008. Le précieux minerai est utilisé comme une couverture, car ses rendements sont positifs (en moyenne) lorsque les rendements des actifs financiers (actions ou obligations) sont négatifs.

VIX, l’indice de la peur

D’autres chercheurs identifient l’or comme une valeur refuge pendant les périodes de détresse du marché, avec une faible corrélation avec le dollar et les actions. L’or a une relation négative et significative avec les actions dans les marchés baissiers, mais pas dans les marchés haussiers, parce que l’or est toujours considéré comme une valeur refuge. Autrement dit, on achète moins d’or quand les marchés sont florissants, beaucoup quand ils sont en berne. C’est pourquoi certains chercheurs utilisent le VIX comme indicateur des perceptions mondiales du risque.

Indice VIX
VIX est un indicateur de volatilité du marché financier états-unien. Il est établi quotidiennement par le Chicago Board Options Exchange.
Boursorama

Le VIX et le pétrole étant négativement corrélés, une augmentation de la crainte sur les marchés financiers induit une réduction de la demande sur les marchés de l’énergie. L’indicateur de volatilité du marché financier états-unien VIX, appelé indice de la peur, exprime et mesure la volatilité implicite ou la volatilité anticipée des marchés financiers. Il a, empiriquement, un effet économiquement significatif à long terme sur plusieurs matières premières comme le pétrole et l’or.

Perception du risque

Dans le cadre de cet article, nous analysons les relations entre la perception du risque globale et les matières premières. Nous utilisons pour cela les données de la veille, ou intra-journalières, durant la période de la « guerre de 12 jours ».

La perception du risque ou la volatilité implicite est mesurée par l’indice boursier états-unien VIX. Concernant les matières premières, nous nous concentrons sur les prix du pétrole et de l’or.

Le prix du pétrole est mesuré sur deux indices : le Brent – référence de prix pour le pétrole d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient – et le WTI – référence de prix pour le pétrole auprès du New York Mercantile Exchange.

Notre modèle économétrique sur les données de cette période montre que l’amplitude des hausses et des baisses du cours boursier VIX est de 60 % plus élevée que celle des matières premières.

Les études empiriques montrent que les rendements des contrats à (long) terme sur les matières premières sont influencés par la perception du risque (volatilité implicite). Concrètement, le cours de l’or augmente lorsqu’il y a cette perception. Cette tendance confirme l’idée que les investisseurs perçoivent toujours l’or comme une valeur refuge, à acheter en prévision d’un accroissement de la volatilité accrue des marchés.

Le pétrole, quant à lui, présente une corrélation négative avec la perception du risque. Le cours du pétrole baisse lorsqu’il y a cette volatilité implicite. Ces résultats sont conformes aux analyses des études précédentes. Le Brent, qui est le standard du pétrole du Moyen-Orient, présente une plus grande corrélation (négative) durant cette période que le WTI. La crainte de la fermeture du détroit d’Ormuz est davantage ressentie.

Spéculation sur la peur

Pour compléter notre analyse, notre modèle intègre, dans un deuxième temps, l’indicateur de volatilité du marché financier états-unien établi quotidiennement par le Chicago Board Options Exchange, le VXX. Si le VIX est un indice mesurant la volatilité attendue du marché, le VXX est un titre négocié en bourse qui suit les contrats à (long) terme sur le VIX. Le VXX est un fonds négocié en bourse, qui utilise un portefeuille de contrats à court terme sur l’indice S&P500-VIX.

Les titres VXX peuvent être achetés ou vendus, comme des actions. Le VXX est couramment utilisé comme couverture contre la volatilité du marché. En détenant des positions longues ou acheteuses sur le marché, on peut acheter des options ou des contrats à terme pour se protéger contre une baisse soudaine du marché, durant la période d’étude.

Pendant les périodes de forte volatilité, elles peuvent atteindre un pic, offrant aux traders la possibilité de profiter des mouvements de prix à court terme et des opportunités de trading spéculatif. On observe une augmentation du VXX du 12 au 13 juin 2024, qui passe de 51 à 55. Ce mouvement indique une potentielle spéculation sur la peur.

Nous confirmons que le conflit militaire exacerbe la volatilité et un comportement spéculatif accru de la part des intervenants sur les marchés. Ce comportement en période de conflit mérite davantage d’attention de la part de la recherche académique.

Heureusement pour tous, la guerre a pris fin le 24 juin.

The Conversation

Hassen Raïs ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Israël-Iran : comment la « guerre de 12 jours » a secoué les marchés du pétrole et de l’or – https://theconversation.com/israel-iran-comment-la-guerre-de-12-jours-a-secoue-les-marches-du-petrole-et-de-lor-261328

Part of your brain gets bigger as you get older – here is what that means for you

Source: The Conversation – UK – By Esther Kuehn, Professor of Neuroscience, University of Tübingen

Orla/Shutterstock

I recently asked myself if I’ll still have a healthy brain as I get older. I hold a professorship at a neurology department. Nevertheless, it is difficult for me to judge if a particular brain, including my own, suffers from early neurodegeneration.

My new study, however, shows that part of your brain increases in size with age rather than degenerating.

The reason it’s so hard to measure neurodegeneration is because of how complicated it is to measure small structures in our brain.

Modern neuroimaging technology allows us to detect a brain tumour or to identify an epileptic lesion. These abnormalities are several millimetres in size and can be depicted by a magnetic resonance imaging (MRI) scanner, which operates at around 30,000-60,000 times stronger than the natural magnetic field of the Earth. The problem is that human thinking and perception operate at an even smaller scale.

Our thinking and perception happens in the neocortex. This outer part of our brain consists of six layers. When you feel touch to your body, layer four of your sensory cortex gets activated. This layer is the width of a grain of sand – much smaller than what MRI scanners at hospitals can usually depict. When you modulate your body sensation, for example by trying to read this text rather than feeling the pain from your bad back, layers five and six of your sensory cortex get activated – which are even smaller than layer four.

For my study, published in the journal Nature Neuroscience, I had access to a 7 Tesla MRI scanner which offers five times better image resolution than standard MRI scanners. It makes snapshots of the fine-scale brain networks during perception and thought visible.

Using a 7 Tesla scanner, my team and I investigated the sensory cortex in healthy younger adults (around 25 years old) and healthy older adults (around 65 years old) to better understand brain ageing. We found that only layers five and six, which modulate body perception, showed signs of age-related degeneration.

Layer four, needed to feel touch to your body, was enlarged in healthy older adults in my study. We also did a comparative study with mice. We found similar results in the older mice, in that they also had a more pronounced layer four than the younger mice. However evidence from our study of mice, which included a third group of very old mice, showed this part of the brain may degenerate in more advanced old age.

Current theories assume our brain gets smaller as we grow older. But my team’s findings contradict these theories in part. It is the first evidence that some parts of the brain get bigger with age in normal older adults.

Woman in white lab coat taps a medical image of a brain on a computer screen.
There is still a lot to learn about how the human brain ages.
Gorodenkoff/Shutterstock

Older adults with a thicker layer four would be expected to be more sensitive to touch and pain, and (due to the reduced deep layers) have difficulties modulating such sensations.

To understand this effect better, we studied a middle-aged patient who was born without one arm. This patient had a smaller layer four. This suggests their brain received fewer impulses in comparison to a person with two arms and therefore developed less mass in layer four. Parts of the brain that are used more develop more synapses, hence more mass.

Rather than systematically degenerating, older adults’ brains seem to preserve what they use, at least in part. Brain ageing may be compared with a complex machinery in which some often used parts are well oiled, while others less frequently used get roasted. From that perspective, brain ageing is individual, shaped by our lifestyle, including our sensory experiences, reading habits, and cognitive challenges that we take on in everyday life.

In addition, it shows that the brains of healthy older adults preserve their capacity to stay in tune with their surroundings.

A lifetime of experiences

There is another interesting aspect about the results. The pattern of brain changes that we found in older adults – a stronger sensory processing region and a reduced modulatory region – shows similarities to neurodivergent disorders such as the autism spectrum disorder or attention deficit hyperactivity disorder.

Neurodivergent disorders are characterised by enhanced sensory sensitivity and reduced filtering abilities, leading to problems in concentration and cognitive flexibility.

Do our findings indicate that ageing drives the brain in the direction of neurodivergent disorders? Older adults brains have been formed by a lifetime of experiences whereas neurodivergent people are born with these brain patterns. So it would be hard to know what other effects building brain mass with age might have.

Yet, our findings give us some us clues about why older adults sometimes have difficulties adapting to new sensory environments. In such situations, for example being confronted with a new technical device or visiting a new city, the reduced modulatory abilities of layers five and six may become particularly evident, and may increase the likelihood for disorientation or confusion. It may also explain reduced abilities for multitasking with age, such as using a mobile phone while walking. Sensory information needs to be modulated to avoid interference when you’re doing more than one thing.

Both the middle and the deep layers had more myelin, a fatty protective layer that is crucial for nerve function and communication, in the older mice as well as humans. This suggests that in people over the age of 65, there is a compensatory mechanism for the loss of modulatory function. This effect seemed to be breaking down in the very old mice though.

Our results provide evidence for the power of a person’s lifestyle for shaping the ageing brain.

The Conversation

Esther Kuehn works for the Hertie Institute for Clinical Brain Research and the German Center for Neurodegenerative Diseases (DZNE) Tübingen. She receives funding from the European Research Council (ERC).

ref. Part of your brain gets bigger as you get older – here is what that means for you – https://theconversation.com/part-of-your-brain-gets-bigger-as-you-get-older-here-is-what-that-means-for-you-257156

Kharkiv: what I saw in Ukraine’s ‘unbreakable’ eastern capital

Source: The Conversation – UK – By Frank Ledwidge, Senior Lecturer in Military Strategy and Law, University of Portsmouth

Last week I visited Ukraine to update my knowledge of the military situation there. I was privileged to be invited to visit Kharkiv by a friend – and spent several days there seeing the sights, while avoiding the more dangerous parts of the city where drone and missile attacks are relatively common.

There aren’t many trains to Kharkiv, and if you’re late in booking, then it’s an eight-hour bus ride from the capital Kyiv. Buses in Ukraine, like anywhere else, have their advantages. For a start, there is the opportunity to see some of the small and often very poor communities on the way. These towns say a great deal more about the country than the sophistication and relative wealth of Kyiv.

It is striking that while Kyiv has no apparent shortage of military-age men on the streets and in the bars and restaurants, the eastern towns and Kharkiv itself are notably man-free. When you do see males between 25 and 60 (the ages between which men are liable to conscription), they are clearly on leave from the front.

Kharkiv, Ukraine’s Soviet capital between 1919 and 1934, was the centre of tank and military production until 2022. Now its dozens of factories are silent. With Russia about 25 miles away there is little warning for missile or drone attacks, and it would be impossible to sustain any kind of wartime production. The eastern suburbs have been ravaged by artillery and bombs and are almost uninhabited.

Kharkiv’s centre is far more visibly embattled than the almost undamaged centre of the country’s capital. Many public buildings, including those around its vast central Freedom Square, have been smashed or burned out. Nonetheless throughout the city, few windows are visibly broken. As soon as blast shatters them, they are boarded up almost immediately by the astonishingly efficient city authorities. The city is remarkably clean and evidently far better run than most English cities.

Life during wartime

At first sight life seems to go on much as anywhere else. Shevchenko and Gorky parks are immaculate in the summer sunshine with flowers in bloom and children riding their little trains along the litterless paths. Something of the Soviet idyll remains, with classical music wafting through trees, piped in through speakers.

The plush Nikolsky shopping mall just off the central Sumy Prospekt, said to be the largest in Ukraine, is well stocked, bright and vibrant. At night the bars are busy. Their clientele is regarded by their young counterparts in Kyiv as little short of crazy just for being there. It is appropriate that Kharkiv’s proud epiphet – “unbreakable” – is seen on signs everywhere.

Despite all this, there is an abiding sense of emptiness. Before the full-scale war began in 2022, Kharkiv had a population of around 1.5 million. My friend, an academic, estimates that less than half remain, although no official figures are available. Perhaps a million are abroad or elsewhere in Ukraine. People worry about how many will return.

The city was Ukraine’s academic powerhouse, hosting among its 30 or so colleges and universities the country’s oldest, the Karazin Kharkiv National University, named after its eponymous founder in 1804. This year, student enrolment is expected to be well under 100,000 – down from 300,000 before the war. Previously, many students were from Asia and Africa – a tradition stretching into Soviet times. They are all gone now and may never come back.

It is thought not to be advisable for foreigners to stay in hotels. Several of them have been targeted by the Russians on the basis that journalists may be staying there. Foreign media and troops from the Ukrainian Army’s foreign legion are the only non-Ukrainians seen around now, and then not very often. With so many apartments empty, there is no shortage of accommodation on offer.

Everpresent war

The war is always there. There are few commercial advertisements. Instead, the ads on bus shelters, hoardings and buildings promote the images of leaders of the various elite army corps: Azov, Kartiia (which defends Kharkiv), the marines, the 93rd mechanised.

These young generals are likely to be prominent in a post-war Ukraine. Citizens are never left in any doubt that they and their men stand directly between them and the brutalities of the Russian army.

Despite its firm ground defences, Kharkiv has little of the kind of air defences that protect Kyiv. Sirens sound half a dozen times a day and at all hours of the night, accompanied by a baleful female voice echoing almost preternaturally over the rooftops: “Attention, air alarm. Please proceed to shelters.”

No Patriot anti-aircraft missiles streak into the skies over Kharkiv – it’s just too close to potential Russian counterstrike capabilities which could identify and target the critical launchers and radars. The rapid-fire anti-aircraft guns, which provide more encouragement than efficacy, can be heard at night all over the city. The occasional thump announces a drone or missile strike.

The bus back to Kyiv and the west begins its journey in one of the “fortress cities” of Donetsk Oblast – or province – picking up passengers in Kharkiv. Most are women with large bags or tired soldiers, going home for their few days’ leave away from the front, the drones and the artillery. The bus winds once again through those dilapidated towns and villages. Few get off in the capital. I’m reminded once again that this, like all others is a poor man’s war.

The Conversation

Frank Ledwidge does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Kharkiv: what I saw in Ukraine’s ‘unbreakable’ eastern capital – https://theconversation.com/kharkiv-what-i-saw-in-ukraines-unbreakable-eastern-capital-263452

Chaos gardening – wild beauty, or just a mess? A sustainable landscape specialist explains the trend

Source: The Conversation – USA – By Deryn Davidson, Sustainable Landscape State Specialist, Extension, Colorado State University

A mix of annuals and perennials can look colorful and carefree. Deryn Davidson

If you’ve spent any time in the gardening corners of social media lately, you’ve likely come across a trend called “chaos gardening.”

The name alone is eye-catching – equal parts fun, rebellious and slightly alarming. Picture someone tossing random seeds into bare soil, watering once or twice, and ending up with a backyard jungle of blooms. No rows, no color coordination, no spacing charts. Just sprinkle and hope for the best.

As a sustainable landscape specialist at Colorado State University Extension, I think a lot about how to help people make designed landscapes more sustainable. Occasionally, a new trend like this one crops up claiming to be the silver bullet of gardening – supposedly it saves water, saves the bees and requires no maintenance.

But what is chaos gardening, really? And does it work? As with most viral trends, the answer is: sometimes.

What chaos gardening is and isn’t

At its core, chaos gardening is the practice of mixing a wide variety of seeds, often including leftover packets, wildflower mixes, or cut flower favorites, and scattering them over a planting area with minimal planning.

The goal is to create a dense, colorful garden that surprises you with its variety. For many, it’s a low-pressure, joyful way to experiment.

But chaos gardening isn’t the same as ecological restoration, pollinator meadow planting or native prairie establishment. Unlike chaos gardening, all of these techniques rely on careful species selection, site prep and long-term management.

Chaos gardening is a bit like making soup from everything in your pantry – it might be delicious, but there are no guarantees.

Chaos gardening’s appeal

One reason chaos gardening may be catching on is because it sidesteps the rules of garden design. A traditional landscape design approach is effective and appropriate for many settings, but it is a time investment and can feel intimidating. Design elements and principles, and matching color schemes, don’t fit everyone’s style or skill set.

A flower bed with a curved border, and curved rows of white and pink flowers, with equally spaced hedges and bushes
Organized and manicured home gardens such as this can be stressful to maintain.
Elenathewise/iStock via Getty Images Plus

Even the apparently relaxed layers of blooms and informal charm of an English cottage garden actually result from careful planning. Chaos gardening, by contrast, lets go of control. It offers a playful, forgiving entry point into growing things. In a way, chaos gardening is an antidote to the pressure of perfection, especially the kind found in highly curated, formal landscapes.

There’s also the allure of ease. People want gardening to be simple. If chaos gardening brings more people into the joy and mess of growing things, I consider that a win in itself. Broader research has found that emotional connection and accessibility are major motivators for gardening, often more than environmental impact.

When does chaos gardening work?

The best outcomes from chaos gardening happen when the chaos has a few guardrails:

  • Choose plants with similar needs. Most successful chaos gardens rely on sun-loving annuals that grow quickly and bloom prolifically, like zinnias, cosmos, marigolds, snapdragons and sunflowers. These are also excellent cut flowers to use in bouquets, which makes them doubly rewarding.

  • Consider your region. A chaos garden that thrives in Colorado might flop in North Carolina. It is beneficial to select seed mixes or individual varieties suited to your area since factors like soil type and growing season length matter. Different plants have unique needs beyond just sun and water; soil pH, cold hardiness and other conditions can make a big difference.

  • Think about pollinators. Mixing in nectar- and pollen-rich flowers native to North America, such as black-eyed Susans, bee balm or coneflowers, provides valuable resources for native bees, butterflies, moths and other local pollinators. These species benefit even more if you plan your garden with phenology – that is, nature’s calendar – in mind. By maintaining blooms from early spring through late fall, you ensure a steady food supply throughout the growing season. Plus, a diverse plant palette supports greater pollinator abundance and diversity.

  • Prep your site. Even “chaos” needs a little order. Removing weeds, loosening the top layer of soil and watering regularly, especially during germination when seeds are sprouting, will dramatically improve your results. Successful seed germination requires direct seed-to-soil contact and consistent moisture; if seeds begin to grow and then dry out, many species will not survive.

When does chaos gardening not work?

There are a few key pitfalls to chaos gardening that often get left out of the online hype:

  • Wrong plant, wrong place. If your mix includes shade-loving plants and your garden is in full sun, or drought-tolerant plants whose seeds end up in a soggy low spot, they’ll struggle to grow.

  • Invasive species and misidentified natives. Some wildflower mixes, especially inexpensive or mass-market ones, claim to be native but actually contain non-native species that can spread beyond your garden and become invasive. While many non-natives are harmless, some spread quickly and disrupt natural ecosystems. Check seed labels carefully and choose regionally appropriate native or adapted species whenever possible.

  • Soil, sun and water still matter. Gardening is always a dialogue with place. Even if you’re embracing chaos, taking notes, observing how light moves through your space, and understanding your soil type will help you know your site better, and choose appropriate plants.

  • Maintenance is still a thing. Despite the “toss and walk away” aesthetic, chaos gardens still require care. Watering, weeding and eventually cutting back or removing spent annuals are all part of the cycle.

Beyond the hashtag

Beneath the chaos gardening memes, there’s something real happening: a growing interest in a freer, more intuitive way of gardening. And that’s worth paying attention to.

Once someone has success with a zinnia or cosmos, they may be inspired to try more gardening. They might start noticing which flowers the bees are visiting in their garden. They may discover native plants and pay attention to the soil they are tending, seeing how both are part of a larger, living system. A chaotic beginning can become something deeper.

An orange and black butterfly perched on top of a flowerhead with small, pink flowers
Choosing nectar-rich flowers such as milkweed for your seed mix can help local pollinators.
Brian Woolman/iStock via Getty Images Plus

Chaos gardening might not replace the structured borders of a manicured garden or a carefully curated pollinator patch, but it might get someone new into the garden. It might lower the stakes, invite experimentation and help people see beauty in abundance rather than control.

If that’s the entry point someone needs, then let the chaos begin.

The Conversation

Deryn Davidson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Chaos gardening – wild beauty, or just a mess? A sustainable landscape specialist explains the trend – https://theconversation.com/chaos-gardening-wild-beauty-or-just-a-mess-a-sustainable-landscape-specialist-explains-the-trend-261249

How bigotry crushed the dreams of an all-Black Little League team

Source: The Conversation – USA (2) – By Chris Lamb, Professor of Journalism, Indiana University

Members of the 1955 Cannon Street All-Star YMCA team chat before a game at Nationals Park in Washington, D.C., on Aug. 19, 2011. Robert E. Pierre/The Washington Post via Getty Images

John Rivers, John Bailey, David Middleton, Leroy Major and Buck Godfrey – all teammates from the 1955 Cannon Street YMCA Little League All-Star team – left Charleston, South Carolina, on a bus on Aug. 18, 2025.

After a stop at the Baseball Hall of Fame in Cooperstown, New York, for a couple days – where their story is included in an exhibit on Black baseball that opened in 2024 – they’ll head to Williamsport, Pennsylvania.

There, they’ll be recognized before the Little League World Series championship game on August 24, 2025 – 70 years after the players, then 11 and 12 years old, watched the championship game from the bleachers, wondering why they weren’t on the field living out their own dreams instead of watching other boys live out theirs.

When the Cannon Street team registered for a baseball tournament in Charleston in July 1955, it put the team and the forces of integration on a collision course with segregation, bigotry and the Southern way of life.

White teams refused to take the field with the Cannon Street team, who represented the first Black Little League in South Carolina. The team won two tournaments by forfeit. They were supposed to then go to a regional tournament in Rome, Georgia, where, if they won, they’d advance to the Little League World Series.

But Little League officials ruled the team ineligible for the regional tournament because it had advanced by winning on forfeit and not on the field, as the rules stipulated.

A 4-team Black league is born

The Civil Rights Movement is often told in terms of court decisions, bus boycotts and racist demagogues. It’s rarely told from the point of view of children, who suffered in ways that left physical and emotional scars.

When I was a journalism professor at the College of Charleston, I learned how the presence of a single Black all-star team was enough to cause one of the biggest crises in Little League history. In 2022, I wrote the book “Stolen Dreams: The 1955 Cannon Street All-Stars and Little League Baseball’s Civil War.”

The team’s story begins in 1953. Robert Morrison, president of the Cannon Street YMCA, petitioned Little League Baseball to create a league for Black teams, and Little League Baseball granted the charter. Dozens of Black 11- and 12-year-old boys were selected for the four-team league before the 1954 season.

They played on a diamond of grass and gravel at Harmon Field in Charleston, a city with a long history of racial strife. In 1861, the Civil War began in Charleston harbor, where hundreds of thousands of slaves had been brought to the U.S. from the 1600s to the 1800s. The field also wasn’t far from Emanuel AME church, where nine Black parishioners were murdered during a prayer meeting in 2015.

Little League Baseball barred first-year leagues from the postseason tournaments. At some point during the 1955 season, the best players were selected for the league’s All-Star team. Cannon Street YMCA officials then registered the team for the Charleston city tournament, which included all-star teams from the city’s all-white leagues.

Little League Baseball officially prohibited racial discrimination. But in South Carolina, racial discrimination was still legal.

Dixie fights back

The U.S. Supreme Court had ruled a year earlier that segregation in schools was unconstitutional in the landmark Brown v. Board of Education decision, paving the way for racial integration.

Few states resisted integration as fiercely as South Carolina, and no politician fought harder against racial equality than the state’s junior U.S. senator, Strom Thurmond.

So when the Cannon Street YMCA All-Stars registered for Charleston’s citywide tournament in July 1955, all the white teams withdrew. The Cannon Street team won by forfeit and advanced to the state tournament.

Danny Jones, the state’s director of Little League Baseball, petitioned the organization to create a segregated state tournament. Little League Baseball’s president, Peter McGovern, denied Jones’ request. He said that any team that refused to play the Cannon Street team would be banned from the organization.

Thurmond let it be known to Jones that an integrated tournament could not be permitted. In the end, Jones urged all the white teams to withdraw from the state tournament. He then resigned from Little League Baseball, created the Little Boys League and wrote the league’s charter, which prohibited Black players.

A baseball with an American flag superimposed over it, surrounded by four stars.
The official logo for Dixie Youth Baseball, which was originally established as an all-white league.
Dixie Youth Baseball

The Little Boys League – which was rebranded as Dixie Youth Baseball – soon replaced Little League in other Southern states; within six years, there were 390 such leagues spanning most of the former Confederacy. It would be decades before Little League Baseball returned to South Carolina.

Having won the South Carolina tournament by forfeit, the Cannon Street YMCA All-Stars prepared for the regional tournament in Rome, Georgia, where the state’s governor, Marvin Griffin, objected to integration. If youth baseball could be integrated, so, too, could schools, swimming pools and municipal parks, he said.

Let them play!

Little League rules said that teams could advance only by playing and winning, so the Cannon Street’s state championship was ruled invalid because it had come by forfeit.

McGovern decided against making an exception for the Cannon Street YMCA All-Stars.

Most white-owned newspapers, whether in the South or North, had long stayed silent on the topic of racial discrimination. But the story of the Cannon Street All-Stars broke through. Editors and reporters may have wanted to avoid the topic of racism, but boys being denied the opportunity to play in a baseball tournament was too objectionable to ignore.

On July 31, 1955, New York Daily News columnist Dick Young asked Brooklyn Dodgers star Jackie Robinson, who had broken Major League Baseball’s color barrier eight years earlier, about the white teams that had quit the tournament rather than play against a Black team.

“How stupid can they be?” Robinson said. “I had to laugh when I read the story.”

Perhaps pressured by criticism, McGovern, Little League’s president, invited the team to be Little League’s guests for the championship game. So the team boarded a bus for Williamsport. They arrived the night before the championship game, which pitted Morrisville, Pennsylvania, against Delaware Township, New Jersey, an integrated team.

The Cannon Street YMCA All-Stars and their coaches were introduced before the game, and the players recall hearing a loud voice from the bleachers.

“Let them play!” it boomed.

Others in the crowd joined in, the players said.

“Let them play! Let them play!”

John Rivers, who played second base for the team, told me he can still “hear it now.”

After their brief moment on the field, the Cannon Street All-Stars returned to their seats and watched other boys live out their dreams. A photograph of the team in the stands reveals the disappointment on their faces.

Black and white photo of Black boys and adults sitting in the stands at a baseball stadium.
The Cannon Street All-Stars watch from the stands at the 1955 Little League World Series in Williamsport, Pa.
1955 Cannon Street All-Stars/Facebook

On the following day – Aug. 28, 1955 – the team boarded its bus to return to Charleston. It was the same date that Emmett Till, not much older than the players on the team, was brutally murdered in Money, Mississippi, for reportedly whistling at a white woman.

The boys and girls who play in the 2025 tournament will forever remember the experience. The surviving members of the Cannon Street All-Stars, who are all in their early 80s, never forgot what they were denied.

Rivers, who went on to become a successful architect, says this is the moral of their story.

“It’s a tragedy to take dreams away from a youngster,” Rivers told The Washington Post in 2022. “I knew it then. I know it now, and I’ve seen to it that no one takes dreams away from me again.”

Now there are some on the political right who want to bury America’s ugly racial history.

America has never fully reckoned with slavery or the decades of segregation, Rivers recently told me. “It just decided to move on from that ugly period in its history without any kind of therapy,” he said. “And now they are trying to sweep it all under the rug again.”

Portions of this article first appeared in an article published on Aug. 19, 2016.

The Conversation

Chris Lamb does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How bigotry crushed the dreams of an all-Black Little League team – https://theconversation.com/how-bigotry-crushed-the-dreams-of-an-all-black-little-league-team-263003

What an old folktale can teach us about the ‘annoying persistence’ of political comedians

Source: The Conversation – USA (3) – By Perin Gürel, Associate professor of American Studies, University of Notre Dame

Stephen Colbert has been defiant following the cancellation of The Late Show. Photo by Richard Shotwell/Invision/AP

Fear of reprisals from the Trump administration has made many people cautious about expressing their opinions. Fired federal workers are asking not to be quoted by their name, for fear of losing housing. Business leaders are concerned about harm to their companies. Universities are changing their curricula, and scholars are self censoring.

But one group has refused to back down is the hosts of America’s late night comedy shows.

Jon Stewart and the rest of The Daily Show team, for example, have been scathing in their coverage of the Epstein case. John Oliver continues to amass colorful analogies for describing the president and his actions. After the “Late Show” was canceled, ostensibly due to financial reasons, host Stephen Colbert was defiant: “They made one mistake – they left me alive!

We may think of being loud, persistent, and edgy as the modern comedians’ job. However, unrelenting, critical humor has a long history in folklore.

I’m a scholar who examines the intersections between culture and politics and I teach a class on “Humor and Power.” A timeless folktale, known as “The Bird Indifferent to Pain,” can help us understand why comedy fans enjoy the annoying persistence of the jester, and explain why this trope has endured across cultures for centuries.

The invincible rooster

“The Bird Indifferent to Pain” belongs to a genre known as “formula tales.” Such tales consist of repeated patterns or chains of events, often with rhymes weaving through them. “The Gingerbread Man” captures this style perfectly with its infectious, teasing rhyme – “Run, run, run as fast as you can…”

“The Bird Indifferent to Pain” also stars a persistent and irritating creature. In most versions, a bird – often a rooster – angers a master or king for singing too loudly or saying the wrong things. The king comes up with elaborate punishments, but the bird always seems indifferent to them, responding to each move with an increasingly defiant and sometimes vulgar rhyme. At the end, the king cooks and eats the rooster, but the bird flies unharmed out of his body, rhyming and singing ever more.

Because folklore is shared casually across cultures and languages, it’s hard to tell when and where this tale first originated. However, folklorists have identified versions all over the world, from Tajikistan in Central Asia to India and Sri Lanka in South Asia, as well as Sudan in northeast Africa.

Armenia’s famous poet Hovhannes Tumanyan collected one version of this tale, which he titled “Anhaght Aklore” or “The Invincible Rooster.” In this version, a rooster finds a gold coin, and boasts about it from the rooftop: “Cock-a-doodle-doo, I’ve found gold!” When the king’s servants take the gold, the rooster continues crowing defiantly: “Cock-a-doodle-doo … the king lives on my account!” Frustrated, the king orders his servants to return the money. But the rooster still won’t shut up: “The king got scared of me!”

Finally, the king orders him slaughtered for dinner. “The king has invited me to his palace!” the rooster boasts. While he’s cooked, he claims the king is treating him to “a hot bath.” Served as the main course, he crows, “I’m dining with the king!”

The tale reaches its climax when the rooster, now in the king’s belly, complains about the darkness. The king, driven to fury by the persistent voice, orders his servants to cut open his own stomach. The rooster escapes and flies to the rooftops, crowing triumphantly once more: “Cock-a-doodle-doo!”

Tumanyan doesn’t tell us what happens to the king after that.

My great-grandmother told us a Turkish version of this tale, featuring a rooster defying his “bey,” or master, in the 1980s. Her rooster crowed in rhyming couplets and used some naughty words to describe the master’s digestive system. Plus, in her version, the master’s behind – and not his stomach – tore open during the bird’s escape. We were obsessed with this story and begged her to tell it over and over.

Hovhannes Tumanyan’s ‘The Invincible Rooster’

The power of persistent irritation

What makes this tale, and its many variations, so compelling across languages and centuries? Why do so many cultures enjoy the rooster’s humorous defiance and literal indifference to punishment?

In our case, as children, we were drawn in by the rhythm of repetition and rhyme. The rooster’s colorful language held a delightful sense of transgression. Children also often identify with animals because of a shared vulnerability to adults’ power. Therefore, it is significant that the bird, the weaker of the two parties, survives the ordeal, whereas the master’s fate is uncertain. But the rooster doesn’t merely survive – he thrives and keeps on squawking. This is a story of hope.

In fact, when I told Tumanyan’s version to my 6-year-old son, he said he loved the rooster’s optimism.

Modern American popular culture contains many jocular characters that resemble this folkloric bird, who is delightfully impervious to pain, from cartoon characters such as the Road Runner – an actual bird – to the foulmouthed, self-regenerating antihero Deadpool.

Today’s political comedians, I argue, are using the rooster’s tactics as well.

Release or resistance?

Debates about political humor often circle back to its purpose. Scholars debate whether anti-authoritarian humor is just a coping mechanism, or whether can it spark change.

Psychologist Sigmund Freud believed humor’s main function was “release”: jokes offered a way to reveal our unacceptable urges in a socially acceptable way. A mean joke, for example, allowed its teller to express aggression without risking serious repercussions.

Philosophers Theodor Adorno and Max Horkheimer argued that humor in corporate capitalist media was a mere safety valve, siphoning off protest and releasing righteous outrage as laughter.

Anthropologist James Scott, however, gives jokesters more political credit. In his 1992 book “Domination and the Arts of Resistance,” Scott agreed that authorities allow some dissident humor as a safety valve. But he also identified a powerful “imaginative function” in humorous resistance. Humor, he claimed, can help people envision alternatives to the status quo.

Scott pointed out that release and resistance need not be mutually exclusive. Instead of reducing the chance of actual rebellion, comedy could serve as practice for it.

Authorities do perceive some danger in comedians’ output. In countries with fewer free speech protections, comedians may face more serious repercussions than a stern tweet.

In the case of Colbert, President Donald Trump’s gleeful response to the show’s cancellation, and his suggestion that others will be “next up,” shows just how seriously some political figures take comedic critique. At the very least, they are irritated.

And the story of the “Bird Indifferent to Pain” reminds us that sometimes the best a jokester can do is to keep irritating the bowels of the system, singing all the way.

The Conversation

Perin Gürel does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What an old folktale can teach us about the ‘annoying persistence’ of political comedians – https://theconversation.com/what-an-old-folktale-can-teach-us-about-the-annoying-persistence-of-political-comedians-262860

Data centers consume massive amounts of water – companies rarely tell the public exactly how much

Source: The Conversation – USA (2) – By Peyton McCauley, Water Policy Specialist, Sea Grant UW Water Science-Policy Fellow, University of Wisconsin-Milwaukee

The Columbia River running through The Dalles, Oregon, supplies water to cool data centers. AP Photo/Andrew Selsky

As demand for artificial intelligence technology boosts construction and proposed construction of data centers around the world, those computers require not just electricity and land, but also a significant amount of water. Data centers use water directly, with cooling water pumped through pipes in and around the computer equipment. They also use water indirectly, through the water required to produce the electricity to power the facility. The amount of water used to produce electricity increases dramatically when the source is fossil fuels compared with solar or wind.

A 2024 report from the Lawrence Berkeley National Laboratory estimated that in 2023, U.S. data centers consumed 17 billion gallons (64 billion liters) of water, and projects that by 2028, those figures could double – or even quadruple. The same report estimated that in 2023, U.S. data centers consumed an additional 211 billion gallons (800 billion liters) of water indirectly through the electricity that powers them. But that is just an estimate in a fast-changing industry.

We are researchers in water law and policy based on the shores of Lake Michigan. Technology companies are eyeing the Great Lakes region to host data centers, including one proposed for Port Washington, Wisconsin, which could be one of the largest in the country. The Great Lakes region offers a relatively cool climate and an abundance of water, making the region an attractive location for hot and thirsty data centers.

The Great Lakes are an important, binational resource that more than 40 million people depend on for their drinking water and supports a US$6 trillion regional economy. Data centers compete with these existing uses and may deplete local groundwater aquifers.

Our analysis of public records, government documents and sustainability reports compiled by top data center companies has found that technology companies don’t always reveal how much water their data centers use. In a forthcoming Rutgers Computer and Technology Law Journal article, we walk through our methods and findings using these resources to uncover the water demands of data centers.

In general, corporate sustainability reports offered the most access and detail – including that in 2024, one data center in Iowa consumed 1 billion (3.8 billion liters) gallons of water – enough to supply all of Iowa’s residential water for five days.

The computer processors in data centers generate lots of heat while doing their work.

How do data centers use water?

The servers and routers in data centers work hard and generate a lot of heat. To cool them down, data centers use large amounts of water – in some cases over 25% of local community water supplies. In 2023, Google reported consuming over 6 billion gallons of water (nearly 23 billion liters) to cool all its data centers.

In some data centers, the water is used up in the cooling process. In an evaporative cooling system, pumps push cold water through pipes in the data center. The cold water absorbs the heat produced by the data center servers, turning into steam that is vented out of the facility. This system requires a constant supply of cold water.

In closed-loop cooling systems, the cooling process is similar, but rather than venting steam to the air, air-cooled chillers cool down the hot water. The cooled water is then recirculated to cool the facility again. This does not require constant addition of large volumes of water, but it uses a lot more energy to run the chillers. The actual numbers showing those differences, which likely vary by the facility, are not publicly available.

One key way to evaluate water use is the amount of water that is considered “consumed,” meaning it is withdrawn from the local water supply and used up – for instance, evaporated as steam – and not returned to the ecosystem.

For information, we first looked to government data, such as that kept by municipal water systems, but the process of getting all the necessary data can be onerous and time-consuming, with some denying data access due to confidentiality concerns. So we turned to other sources to uncover data center water use.

Sustainability reports provide insight

Many companies, especially those that prioritize sustainability, release publicly available reports about their environmental and sustainability practices, including water use. We focused on six top tech companies with data centers: Amazon, Google, Microsoft, Meta, Digital Realty and Equinix. Our findings revealed significant variability in both how much water the companies’ data centers used, and how much specific information the companies’ reports actually provided.

Sustainability reports offer a valuable glimpse into data center water use. But because the reports are voluntary, different companies report different statistics in ways that make them hard to combine or compare. Importantly, these disclosures do not consistently include the indirect water consumption from their electricity use, which the Lawrence Berkeley Lab estimated was 12 times greater than the direct use for cooling in 2023. Our estimates highlighting specific water consumption reports are all related to cooling.

Amazon releases annual sustainability reports, but those documents do not disclose how much water the company uses. Microsoft provides data on its water demands for its overall operations, but does not break down water use for its data centers. Meta does that breakdown, but only in a companywide aggregate figure. Google provides individual figures for each data center.

In general, the five companies we analyzed that do disclose water usage show a general trend of increasing direct water use each year. Researchers attribute this trend to data centers.

A closer look at Google and Meta

To take a deeper look, we focused on Google and Meta, as they provide some of the most detailed reports of data center water use.

Data centers make up significant proportions of both companies’ water use. In 2023, Meta consumed 813 million gallons of water globally (3.1 billion liters) – 95% of which, 776 million gallons (2.9 billion liters), was used by data centers.

For Google, the picture is similar, but with higher numbers. In 2023, Google operations worldwide consumed 6.4 billion gallons of water (24.2 billion liters), with 95%, 6.1 billion gallons (23.1 billion liters), used by data centers.

Google reports that in 2024, the company’s data center in Council Bluffs, Iowa, consumed 1 billion gallons of water (3.8 billion liters), the most of any of its data centers.

The Google data center using the least that year was in Pflugerville, Texas, which consumed 10,000 gallons (38,000 liters) – about as much as one Texas home would use in two months. That data center is air-cooled, not water-cooled, and consumes significantly less water than the 1.5 million gallons (5.7 million liters) at an air-cooled Google data center in Storey County, Nevada. Because Google’s disclosures do not pair water consumption data with the size of centers, technology used or indirect water consumption from power, these are simply partial views, with the big picture obscured.

Given society’s growing interest in AI, the data center industry will likely continue its rapid expansion. But without a consistent and transparent way to track water consumption over time, the public and government officials will be making decisions about locations, regulations and sustainability without complete information on how these massive companies’ hot and thirsty buildings will affect their communities and their environments.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Data centers consume massive amounts of water – companies rarely tell the public exactly how much – https://theconversation.com/data-centers-consume-massive-amounts-of-water-companies-rarely-tell-the-public-exactly-how-much-262901