Que pensent vraiment les Israéliens et les Palestiniens ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anna C. Zielinska, MCF en philosophie morale, philosophie politique et philosophie du droit, membre des Archives Henri-Poincaré, Université de Lorraine


L’ESSENTIEL

  • Israël organise des législatives le 27 octobre prochain, tandis que Mahmoud Abbas a annoncé l’organisation d’une présidentielle palestinienne pour le début de l’année 2027.

  • D’un côté comme de l’autre, les visions de l’avenir souhaitable des deux sociétés partagent aujourd’hui un grand pessimisme et une méfiance mutuelle.

  • L’examen de sondages conduits par trois instituts différents permet de saisir les inquiétudes des Israéliens et des Palestiniens.


Les guerres au Proche-Orient sont peut-être aujourd’hui moins violentes, mais elles se poursuivent sous d’autres formes, notamment à travers le maintien, par les ministères israéliens concernés, d’un conflit de basse et moyenne intensité en Cisjordanie et à Gaza. Des millions de personnes des deux côtés de la ligne verte attendent avec impatience les résultats des élections parlementaires du 27 octobre en Israël. Ci-dessous, un aperçu de leurs craintes – et de leurs maigres espoirs – à travers quelques sondages d’opinion.

Les sondages sont, certes, biaisés. Une même question, formulée différemment, peut susciter des réponses différentes, comme l’ont montré Amos Tversky et Daniel Kahneman dans leurs travaux sur le biais du cadrage. Cela étant posé, il reste possible de faire une lecture critique de ces enquêtes, qui permet d’avoir un aperçu de l’état d’esprit des Israéliens et des Palestiniens aujourd’hui, après trois années de conflit armé, une longue vague de violences en Cisjordanie et à quelques mois des élections en Israël et en Palestine.

Trois sondages récents seront analysés : le premier réalisé par un institut israélien Jewish People Policy Institute (JPPI plutôt conservateur, deux autres produits respectivement par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR) et The Israel Democracy Institute IDI, plutôt libéraux.

La colonisation acharnée, l’héritage tragique de la reconnaissance internationale de la Palestine

Le contexte politique de ces trois sondages est moins celui de la guerre à Gaza que celui de l’évolution de la situation sur les territoires occupés un an après la reconnaissance par la France de l’État palestinien. Les ministres les plus extrémistes du gouvernement, Itamar Ben Gvir (sécurité nationale) et Bezalel Smotrich (finances), ont accéléré le processus de colonisation de la Cisjordanie et de « l’enterrement de l’idée de l’État palestinien », selon les termes mêmes de Smotrich.

Le rapport sur les colonies israéliennes dans les territoires occupés publié par l’Union européenne en juillet 2026 ( portant sur l’année 2025), constate « une accélération de l’activité de colonisation et une évolution vers l’annexion, ainsi que vers une institutionnalisation progressive des mécanismes de gouvernance civile israélienne, mettant en péril les perspectives d’une solution à deux États ».

L’UE dénonce l’approbation par le gouvernement de projets visant à établir 54 nouvelles colonies officielles en Cisjordanie – hors Jérusalem-Est –, et l’établissement de 86 nouveaux avant-postes « à un rythme moyen d’un à deux par semaine », et souligne que « ces actions sapent le cadre administratif établi par les accords d’Oslo et étendent le contrôle israélien à des zones destinées à l’administration palestinienne ».

L’ONG israélienne La Paix maintenant suit de près l’évolution de la législation concernant les unités de logement validées par le Conseil supérieur de planification de l’administration civile. En 2025, ce Conseil a donné son aval à la construction de 27 941 unités de logement dans les colonies, un niveau sans précédent depuis la création du projet de colonisation en Cisjordanie. Et rien que pour le mois de juillet 2026, 8 056 unités ont été validées.

La poursuite de la colonisation rend impossible toute négociation autour d’une extension des accords d’Abraham, cette politique étant condamnée sans équivoque par les pays arabes.

Selon Haaretz, c’est particulièrement le cas de la Turquie, l’Égypte, l’Indonésie, la Jordanie, le Pakistan, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Pour les ministres des affaires étrangères de ces pays, le projet immobilier « E1 » en Cisjordanie occupée est absolument inacceptable. L’E1 est une zone de 12 km2 située entre Jérusalem-Est et la colonie israélienne de Ma’aleh Adumim, en Cisjordanie occupée. La réalisation du projet de construction de 3 400 logements israéliens dans cette zone créerait une continuité territoriale entre Ma’aleh Adumim et Jérusalem et couperait la Cisjordanie en deux – et cela compromettrait la possibilité d’un État palestinien territorialement continu.

Cette condamnation importante s’ajoute à celle annoncée la veille – le 20 août 2026 – par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège et le Canada.

La société polarisée par l’expansion de la colonisation de la Cisjordanie

Les actions du gouvernement de Benyamin Nétanyahou divisent profondément la société israélienne.

Parmi les citoyens d’Israël, selon un sondage effectué par JPPI en août 2026, 59 % d’Arabes et 41 % de Juifs pensent que les avant-postes et les fermes juives en Cisjordanie sont une charge pour la sécurité – une opinion partagée par 45 % de tous les Israéliens, auxquels on peut ajouter 12 % qui adoptent une position neutre. Sans surprise, 100 % des Juifs de gauche voient ce type récent d’expansion des colonies comme un fardeau, alors que 89 % de Juifs de droite rejettent cette idée.

Concernant l’annexion des territoires occupés, les chiffres sont plus difficiles à interpréter, puisqu’une partie du public arabe-israélien soutient l’idée d’une solution à un État, lequel ne serait alors plus défini comme un État juif.

Dans l’ensemble de la population juive israélienne, 38 % privilégient l’annexion, 35 % la partition et 6 % choisissent l’abandon de l’ensemble du territoire. Chez les citoyens arabes, 36 % privilégient l’annexion, 26 % souhaitent l’abandon du territoire, 8 % sa partition. 12 % des citoyens souhaitent le maintien du statu quo.

Et quand seules deux options sont proposées, les réponses divergent selon les populations interrogées :

(A) 60 % des Juifs d’Israël et seulement 37 % d’Arabes sont favorables à ce que l’État d’Israël conserve une majorité juive au prix d’un renoncement à certains territoires palestiniens.

(B) seulement 22 % des Juifs répondent qu’ils sont favorables à une souveraineté israélienne du Jourdain à la mer Méditerranée, même sans majorité juive – pour eux, cela signifie une annexion de la Cisjordanie et de Gaza. Et 34 % des Arabes donnent la même réponse – mais pour eux, elle signifie la disparition de ce qu’ils perçoivent comme étant le déséquilibre ethnico-culturel actuel.

On voit ici que quand l’annexion est perçue comme une menace à l’existence de l’État juif, elle est très peu désirable pour le public juif justement.

Le sondage IDI – qui pose des questions différentes de celui de JPPI – a interrogé les Israéliens sur leur perception des réactions des institutions publiques face aux violences des colons, un autre facteur de polarisation dans ce pays. À gauche et au centre, une nette majorité des Juifs israéliens jugent trop indulgent le traitement réservé aux colons impliqués dans des violences en Cisjordanie – respectivement 86,5 % et 63 %. À droite, seuls 31 % partagent ce point de vue, tandis que 37 % estiment au contraire que les colons violents sont traités trop sévèrement.

Que veulent les Palestiniens ?

Le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR), basé à Ramallah, a été fondé en 1993 par le politologue Khalil Shikaki qui le dirige encore aujourd’hui. Son dernier rapport – le 97ᵉ – publié en août 2026, offre des renseignements précieux sur le ressenti des personnes qui vivent aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie.

Depuis des années, les enquêtes du PCPSR montrent le rejet des dirigeants actuels. 79 % des sondés souhaitent la démission d’Abbas, confirmant le niveau exceptionnellement élevé de mécontentement à l’égard de son leadership. Dans le même temps, on observe le « recul de la popularité du Hamas et une forte incertitude quant à l’avenir politique ».

Concernant les souhaits de la population, le rapport met en évidence la popularité sans faille d’un homme politique emprisonné en Israël depuis 2003, qui incarne aux yeux de bon nombre de ses compatriotes l’espoir d’un avenir démocratique en Palestine.

Marwan Barghouti est le successeur potentiel le plus populaire du président Mahmoud Abbas, avec 39 % des préférences, suivi du dirigeant du Hamas Khalil al-Hayya (16 %), de Mohammed Dahlan (15 %) et de Mustafa Barghouti (6 %). Dans le cadre d’une élection présidentielle hypothétique, Marwan Barghouti obtiendrait 54 % des voix parmi les électeurs susceptibles de voter, al-Hayya 26 % et Abbas seulement 14 %.

Le soutien global – à Gaza comme en Cisjordanie – au Hamas est tombé à 24 %, contre 35 % dix mois auparavant, tandis que le Fatah reste à 24 %. Parmi les électeurs susceptibles de voter – notons qu’une grande partie déclare ne pas vouloir se rendre aux urnes – le Fatah obtiendrait 32 % des voix et le Hamas 29 %, tandis que les autres forces recueilleraient 18 %.

La confiance dans la capacité du Hamas à représenter les Palestiniens a également diminué, passant de 41 % à 28 %, tandis que 44 % estiment désormais que ni le Hamas ni le Fatah ne méritent de diriger. Une place est donc ouverte pour une autre force politique, attendue par la société palestinienne aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie.

Si Marwan Barghouti formait une liste électorale concurrente de la liste officielle du Fatah, 33 % de l’ensemble des personnes interrogées affirment qu’elles voteraient pour cette liste, contre 14 % pour la liste officielle du Fatah. Les autres répondants déclarent qu’ils ne voteraient pas pour le Fatah ou qu’ils n’ont pas encore arrêté leur choix.

La part des Palestiniens qui estiment que la guerre a été gagnée par le Hamas a diminué de moitié en un an, passant de 40 % à 20 %. 60 % pensent que personne n’est sorti victorieux du conflit. Environ trois quarts s’opposent toutefois au désarmement – une des conditions d’un retrait israélien de Gaza –, et estiment qu’un tel processus entraînerait plutôt une reprise de la guerre, qui profiterait de l’absence des instruments de défense sur place. Cela montre que faute de mieux, le Hamas est vu comme un ersatz d’armée nationale, et cette dernière fait partie de l’imaginaire de la souveraineté désirée.

Parmi les personnes sondées à Gaza et en Cisjordanie, 44 % soutiennent la solution à deux États et 50 % s’y opposent à. 58 % – contre 56 % il y a dix mois – estiment que la solution à deux États n’est plus réalisable en raison de l’expansion des colonies, tandis que 36 % – contre 41 % il y a dix mois – pensent qu’elle reste réalisable. 64 % déclarent que les chances d’établir un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël dans les cinq prochaines années sont faibles ou inexistantes, tandis que 32 % jugent que les chances sont moyennes ou élevées.

En ce qui concerne le Conseil pour la paix, chargé de superviser la mise en œuvre du plan Trump pour Gaza, et le Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), les réactions sont très différentes à Gaza et en Cisjordanie. Les habitants de Gaza sont 40 % à soutenir l’initiative de Trump et 56 % à faire confiance au Comité national. Cette confiance est bien moindre chez les personnes qui habitent en Cisjordanie – 13 % et 15 %, respectivement. Ce gouffre s’explique sans doute par le désir des Gazaouis de ne pas avoir à choisir uniquement entre Charybde et Scylla que représentent, pour la plupart d’entre eux, le Hamas et Israël.

Une inévitable insurrection ?

Le sondage israélien IDI montre une inquiétude croissante des Juifs israéliens vis-à-vis de l’intifada à venir. Dans les trois camps politiques juifs, une large majorité estime probable le déclenchement prochain d’une nouvelle intifada en Cisjordanie : 84 % à gauche, 76 % au centre et 78 % à droite. Les écarts entre les camps sont donc relativement faibles, ce qui témoigne d’une perception largement partagée du risque d’un soulèvement populaire palestinien.

C’est un grand changement par rapport à novembre 2025, quand 64 % de la population générale juive avait cette crainte – aujourd’hui, ce chiffre est passé à 79 %. C’est probablement l’indicateur le plus fort de la conscience aiguë, chez les Israéliens juifs, que la situation actuelle en Cisjordanie ne peut durer : les Palestiniens ne pourront indéfiniment supporter les attaques et les humiliations dont ils sont victimes. Reste à savoir si cela se traduira politiquement par un vote belliqueux en faveur de l’extrême droite, dans l’espoir d’entériner l’annexion, ou, au contraire, par un vote visant à enrayer la dynamique enclenchée par les partis suprémacistes.

Selon vous, quelle est la probabilité qu’un soulèvement populaire palestinien (intifada) éclate en Cisjordanie/Judée-Samarie dans un avenir prévisible ? (%).
The Israel Democracy Institute, Fourni par l’auteur

Quelques mois avant de disparaître en 2008, le grand écrivain palestinien Mahmoud Darwish a noté : « La paix a deux parents : la liberté et la justice. Et l’occupation est l’engendreuse naturelle de la violence. » Pourtant, il y a aujourd’hui parmi les Palestiniens des héros qui cherchent la paix, tels que Mohamad Jamous de Ramallah – artisan de la paix et conférencier, engagé depuis plus de dix ans dans la création de ponts entre des communautés divisées par le conflit, par des événements interreligieux et le dialogue –, Huda Abuarqoub – activiste et éducatrice, spécialiste de la transformation des conflits et de la consolidation de la paix – et Ali Abu Awwad – militant palestinien qui promeut la résistance non violente, la réconciliation et la participation citoyenne comme voies vers une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien – d’Hébron, et sans doute bien d’autres.

Mais on ne peut pas s’attendre à des positions universellement irréprochables de la part d’un peuple qui a grandi sous l’occupation depuis deux, voire trois générations, et à qui on refuse un souhait légitime : celui de voir Marwan Barghouti libre et prêt à se présenter aux élections. Cette libération constituerait pour Israël sans doute le vaccin le plus efficace contre la troisième Intifada que ses citoyens semblent craindre.

The Conversation

Anna C. Zielinska a publié une lettre ouverte appelant à la libération de Marwan Barghouti (Le Monde, le 2 août 2025)

– ref. Que pensent vraiment les Israéliens et les Palestiniens ? – https://theconversation.com/que-pensent-vraiment-les-israeliens-et-les-palestiniens-290490

Laïcité au Sénégal : comment le religieux s’est imposé au cœur du politique

Source: The Conversation – in French – By Saliou ngom, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

De la loi sur la parité aux débats sur le Code de la famille, en passant par la question du voile à l’école ou celle de l’autorité parentale, aucun grand débat de société sénégalais n’échappe aujourd’hui à la question de la laïcité. Un mot pourtant importé, hérité de la colonisation française, mais que le Sénégal a fini par façonner à son image.

En tant que sociologue politiste, j’ai étudié la construction et l’actualité de la laïcité sénégalaise, les rapports entre politique et religion et la reconfiguration de la place des acteurs religieux au Sénégal. Selon moi, la laïcité sénégalaise est un modèle spécifique, façonné par l’histoire et par le poids des confréries religieuses, qui oblige l’État à composer avec les autorités religieuses dans les grands débats de société.

J’analyse ici la spécificité de la laïcité et le rôle des autorités religieuses dans les rapports entre politique, État et société.

Un mot venu d’ailleurs

La laïcité n’est pas née au Sénégal. Le terme trouve son origine dans le grec ancien laos, qui signifie « peuple », mais c’est en France que la notion de laïcité a progressivement pris sa forme moderne, notamment avec la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Cette laïcité « à la française » repose sur deux piliers : la neutralité de l’État face aux religions, et la liberté de conscience pour chacun.

Le problème, c’est que ce modèle a été pensé pour une histoire française, marquée par un long bras de fer entre l’État et l’Église catholique. Une histoire que le Sénégal n’a jamais vécue de la même manière. Résultat : quand ce modèle a été « importé » avec la colonisation, puis inscrit dans la Constitution à l’indépendance, il ne collait pas vraiment à la réalité sociale d’un pays dot la population est composée à 95 % de musulmans, où les confréries religieuses occupent une place centrale dans la vie des populations depuis plus d’un siècle.

Le rêve senghorien d’un État neutre

À l’indépendance, le président Léopold Sédar Senghor et les élites qui l’entourent rêvent d’un État moderne, où la religion resterait cantonnée à la sphère privée. Pour une partie de ces élites, l’islam est alors perçu comme un frein à la modernisation. C’est dans cet esprit qu’est adopté, en 1972, le Code de la famille : un texte censé unifier le droit sénégalais autour de principes laïcs et égalitaires, notamment sur les rapports hommes-femmes.

Mais ce projet se heurte très vite à une réalité têtue : les acteurs religieux et les confréries, qui avaient déjà négocié leur place avec l’administration coloniale, n’ont jamais accepté que des principes religieux soient relégués au second plan.

Bien avant l’indépendance, dès la fin du XIXe siècle, un compromis s’était en effet installé entre le pouvoir colonial et les chefs religieux : l’État reconnaissait une certaine autonomie aux confréries (notamment en matière de droit familial et par l’existence de tribunaux musulmans…). C’est de cette relation ancienne, mais aussi de la grande légitimité des acteurs religieux, que naît ce que les chercheurs appellent le « contrat social sénégalais ».

Un contrat social plus fort que les textes

Ce contrat social, ce n’est pas une loi, ni un article de la Constitution. C’est un équilibre non écrit : les élites politiques, dont la légitimité reste souvent fragile, s’appuient sur le soutien des chefs religieux pour asseoir leur pouvoir. En retour, les confréries pèsent sur les grandes orientations de la société.

L’histoire récente en offre plusieurs illustrations frappantes. En 2016, ce sont les khalifes généraux (dirigeants très influents des deux grandes communautés religieuses du Sénégal) des mourides et des tidianes qui interviennent pour mettre fin à une grève des enseignants qui s’éternisait.

En mars 2021, après plusieurs jours de manifestations et de violences, le khalife général des mourides contribue à l’apaisement de la crise et à la libération d’Ousmane Sonko, alors placé en détention.

Aucun texte de loi n’accorde officiellement ce pouvoir aux chefs religieux. Mais dans les faits, leur autorité morale pèse souvent plus lourd que celle des institutions.

Les tentatives de rupture avec ce modèle ont échoué : des mouvements citoyens et féministes, porteurs d’un discours davantage centré sur la laïcité et les droits citoyens, n’ont pas réussi à s’imposer face à ce poids confrérique.

Quant à Macky Sall, arrivé au pouvoir en 2012 en affirmant que « les marabouts sont des citoyens ordinaires », il n’a lui non plus jamais remis en cause l’essentiel de cet équilibre.

C’est sans doute dans le droit de la famille que ce compromis se voit le mieux. Le Code de 1972 mélange des normes progressistes et des éléments issus du droit musulman et des coutumes locales. Un entre-deux qui ne satisfait personne totalement : les organisations religieuses le surnomment parfois le « code des femmes » et réclament son adaptation aux valeurs islamiques, tandis que les mouvements féministes et de défense des droits humains y voient au contraire une laïcité encore trop timide.

Cette tension traverse tous les grands débats de société actuels : l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, la réforme de l’autorité parentale, les droits des minorités sexuelles. À chaque fois, deux visions s’opposent : d’un côté des acteurs religieux qui demandent que la référence à la laïcité soit retirée ou assouplie dans les textes, de l’autre des militants qui réclament au contraire une séparation plus stricte entre le religieux et le politique.

Une exception qui a du sens

Faut-il pour autant voir dans ce modèle sénégalais une « laïcité en trompe-l’œil » ou une anomalie ? Pas forcément. Contrairement à la France, le Sénégal n’a jamais cherché à « sortir » d’une théocratie. En effet, l’histoire du pays et le rôle historique des confréries dans la résistance à la colonisation, à l’image du chef religieux Ahmadou Bamba, (exilé pendant près de trente ans par l’administration française) donnent à la religion une légitimité politique que l’on ne retrouve pas forcément dans les autres régimes laïcs comme la France.

Le modèle sénégalais ressemble en réalité davantage à la laïcité américaine (plus souple, plus soucieuse de concilier le religieux et le politique) qu’au modèle jacobin français, qui cherche à tenir la religion à distance de l’espace public.

Au fond, la laïcité sénégalaise n’est pas un texte figé mais un équilibre vivant, sans cesse renégocié entre l’État, les citoyens et les autorités religieuses. Un « contrat social » qui, depuis plus d’un siècle, a su résister à toutes les tentatives de rupture.

Ce compromis, s’il a la solidité de la durée, laisse un goût d’inachevé des deux côtés : les acteurs religieux continuent de dénoncer un arsenal juridique perçu comme trop éloigné des valeurs islamiques, tandis que les militants des droits humains et féministes y voient encore une laïcité de façade, incapable de s’affranchir vraiment du poids religieux. Le Code de la famille, sans cesse contesté sans jamais être véritablement réformé, en est le symptôme le plus visible.

Faire évoluer ce statu quo suppose sans doute moins de trancher entre deux camps que d’ouvrir enfin un débat national assumé sur la place de la religion dans l’espace public, un débat que la classe politique, par prudence ou par calcul, a toujours préféré éviter. Tant que ce chantier restera en suspens, la laïcité sénégalaise continuera d’avancer par petits ajustements plutôt que par choix clair de société.

The Conversation

Saliou ngom does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Laïcité au Sénégal : comment le religieux s’est imposé au cœur du politique – https://theconversation.com/la-cite-au-senegal-comment-le-religieux-sest-impose-au-coeur-du-politique-290349

Antes de la alta costura: 400 000 años de historia de la moda

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Solange Rigaud, Evolution Humaine, Prehistoire, Université de Bordeaux

Reconstrucciones de rostros adornados con adornos corporales, tal y como se ha documentado para el Gravetiense, hace 30 000 años, en Europa.

Dessins de Sylvaine Jacquinot., Fourni par l’auteur

Aunque hoy en día se encuentra en el centro de numerosos debates, ya sea por su coste ecológico, las condiciones de fabricación de la ropa o la aceleración constante de las tendencias, la moda no es únicamente un fenómeno moderno, nacido con la industrialización, las casas de costura o la sociedad de consumo. Para rastrear su origen en nuestra historia evolutiva, hemos tratado de establecer los criterios que permiten identificarla en el registro arqueológico.

Según estos criterios, la moda surge cuando los miembros de una misma comunidad comparten convenciones comunes sobre la presentación del cuerpo, ya se trate de los tipos de adornos utilizados, determinadas formas de vestirse, peinarse o tatuarse, o las combinaciones, la cantidad o la disposición de los adornos que llevan.

Probablemente, las primeras prendas de vestir aparecieron hace más de 700 000 años con el fin de proteger el cuerpo del frío. Hace unos 400 000 años, diversas poblaciones comenzaron a utilizar habitualmente pigmentos rojos, sobre todo el ocre, para modificar el aspecto del cuerpo.

Posteriormente, hace unos 160 000 años, aparecieron en África los primeros adornos formados por conchas perforadas.

¿Debemos concluir, por tanto, que estas sociedades ya habían desarrollado la moda?

La aparición de las modas en la vestimenta

Hoy en día, algunas prendas de vestir responden a normas muy estrictas. Un uniforme militar, una toga de magistrado, una alianza o unas insignias profesionales transmiten una información social precisa, pero dejan poco margen para las elecciones individuales. Se trata más bien de un código que de moda.

Es probable que muchas formas de transformar el cuerpo mediante la ropa, los tatuajes y los adornos funcionaran de manera similar durante la prehistoria. Estas prácticas permitían mostrar una pertenencia, un estatus o una identidad colectiva. Eso no implica que ofreciesen la libertad de elegir la propia apariencia.

Aunque es difícil saber si algunas de estas primeras modificaciones corporales pudieron ser resultado de la existencia de modas en esos períodos más antiguos, sí que reflejan una innovación importante: el cuerpo se convierte progresivamente en un soporte de comunicación.

Esta hipótesis, formulada a partir de datos arqueológicos, se ve respaldada por la neurociencia.

Portadora de información compleja

Un equipo de neurocientíficos y arqueólogos utilizó la resonancia magnética funcional (RMf) para observar la actividad cerebral de los participantes encargados de atribuir un estatus social a rostros adornados con pinturas y adornos.

El experimento demuestra que esta interpretación moviliza una red de regiones especializadas: el giro fusiforme, implicado en el reconocimiento de rostros; la corteza orbitofrontal y la red de saliencia, que evalúan la relevancia social de la información; además del hipocampo y el parahipocampo, implicados en la memoria asociativa.

Los investigadores también observaron la activación del giro frontal inferior, una región habitualmente asociada al procesamiento del lenguaje. Esto sugiere que el cerebro trata los adornos como signos portadores de información compleja.

Así, plantearon la hipótesis de que estas conexiones ya debían de estar parcialmente establecidas en las poblaciones de Homo, que utilizaban el ocre rojo hace 300 000 años. Posteriormente, debieron alcanzar un grado de integración similar al nuestro hace 140 000 años entre los Homo sapiens, que combinaban el uso del ocre para pinturas corporales con el uso de adornos de concha.

A lo largo de los milenios, las prendas se fueron perfeccionando y las técnicas de costura evolucionaron con la aparición de las agujas con ojo, a partir de hace unos 40 000 años en Asia oriental y hacia los 26 000 años en Europa. Esto permitió confeccionar prendas ajustadas, probablemente de varias capas, pero también coser cuentas y colgantes en la ropa.

La ropa dejó entonces de ser únicamente una protección contra el frío para convertirse en un medio de expresión social. Los adornos se diversificaron, los materiales circulaban a largas distancias y la apariencia adquirió una importancia creciente en las interacciones sociales.

Hacia la individualización de los adornos

En el Paleolítico Superior –a partir de hace 45 000 años–, varias comunidades de diferentes regiones de Europa utilizaron durante miles de años los mismos tipos de cuentas elaboradas a partir de diversos materiales (dientes de animales, conchas fósiles y marinas, rocas, marfil). Estas tradiciones revelan la existencia de convenciones ampliamente compartidas sin que sea posible identificar variaciones individuales.

Pero desde hace 34 000 años, con los primeros enterramientos paleolíticos, es posible observar individuos que comparten tradiciones ornamentales comunes, al tiempo que presentan diferencias individuales en la selección, la combinación o la disposición de los objetos de adorno. Esta dinámica se hace especialmente evidente en el Mesolítico (hace 8 000 años) y en las primeras sociedades agrícolas del Neolítico (hace 6 000 años).

Los grandes conjuntos funerarios, que permiten comparar a individuos pertenecientes a una misma comunidad y a un mismo período, revelan que la apariencia ya no solo refleja la pertenencia a un grupo o un estatus social, sino también formas de diferenciación individual integradas en un sistema colectivo de representación del cuerpo. Los adornos fabricados localmente se combinan con objetos importados desde cientos de kilómetros de distancia. Los mismos elementos se ensamblan de múltiples formas, sin dejar de ser inmediatamente reconocibles para los demás miembros de la comunidad.


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Las primeras técnicas de vestimenta evolucionaron, en un primer momento, para proteger el cuerpo. Pero el uso del ocre y de los adornos personales transformó progresivamente la apariencia en un medio de comunicación social. A medida que la fabricación de adornos se diversificaba y las prendas a medida ampliaban las posibilidades de expresión corporal, las diferentes tradiciones convergieron hacia sistemas de apariencia cada vez más complejos.

Así, la moda surgió cuando los miembros de una misma comunidad adoptaron convenciones comunes en materia de vestimenta y adornos, al tiempo que expresaban sus diferencias individuales a través de la forma en que se combinaban estos elementos.

Estos resultados nos llevan a replantearnos profundamente nuestra visión de la moda, que a menudo se percibe como un fenómeno superficial. Para los arqueólogos, es todo lo contrario: es un magnífico indicador de cómo los seres humanos han aprendido a comunicarse, a mostrar su identidad y a vivir en sociedades cada vez más amplias y anónimas.

Comprender los orígenes de la moda no solo nos permite conocer mejor a nuestros antepasados. También nos ayuda a distinguir entre lo que forma parte de un comportamiento profundamente arraigado en nuestra evolución cultural y lo que es resultado de los modelos económicos contemporáneos. Esta distinción es esencial si hoy en día queremos imaginar formas de consumo más sostenibles, sin renunciar a esa capacidad tan humana de expresar nuestra identidad a través de nuestra apariencia.


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The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Antes de la alta costura: 400 000 años de historia de la moda – https://theconversation.com/antes-de-la-alta-costura-400-000-anos-de-historia-de-la-moda-290466

Cuando la foto es lo único que importa: prácticas de los influencers de fauna que ponen en riesgo a los animales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Guerrero Casado, Profesor del Departamento de Zoología, Universidad de Córdoba

Ejemplar de Sapillo pintojo ibérico, un endemismo ibérico. José Guerrero Casado

Cada vez son más las voces críticas que alertan sobre los efectos perjudiciales que tienen las redes sociales en diferentes ámbitos de nuestra vida. También empieza a cambiar la forma en la que la sociedad percibe a los influencers y creadores de contenido. Hemos pasado de la admiración a cierto rechazo, culminando en el reciente movimiento conocido como “la caída de los influencers”.

Uno de los motivos de este rechazo reciente radica en determinadas prácticas éticamente cuestionables, donde el afán por lograr repercusión en las redes sociales se antepone a las consideraciones morales y a los valores que deberían guiar la conducta.

En el caso concreto de los influencers y creadores de contenido sobre fauna silvestre, algunos perfiles buscan producir imágenes visualmente llamativas y capaces de alcanzar una gran repercusión. Esto a menudo lleva a adoptar comportamientos intrusivos o perturbadores.

Molestar a los animales para generar contenido

Molestar, capturar, transportar o manipular animales sin las correspondientes autorizaciones con el único fin de generar contenido llamativo transgrede el respeto por el bienestar animal y no significa interés biológico genuino por las especies. Los animales se convierten así en meros objetos estéticos, y la fotografía de fauna silvestre en una simple “caza de pokémon”.

Detrás de la fotografía perfecta pueden esconderse ciertas prácticas cuestionables desde un punto de vista ético, legal y biológico. Usando los anfibios y reptiles como ejemplo, repasaremos algunas de las consecuencias negativas que pueden tener las perturbaciones generadas para conseguir crear contenido impactante en redes sociales.

Perturbar a la fauna silvestre por una foto es ilegal

Desde una perspectiva legal, tanto la normativa internacional como la nacional son inequívocas al respecto. En la Unión Europea, la Directiva Hábitats prohíbe explícitamente la captura, la muerte o la perturbación deliberadas de especies protegidas.

De hecho, muchas especies de anfibios y reptiles autóctonas están incluidas como especies estrictamente protegidas en la Directiva Hábitats, así como en el Convenio de Berna relativo a la Conservación de la Vida Silvestre y del Medio Natural en Europa.

En España, la Ley 42/2007, de 13 de diciembre, del Patrimonio Natural y de la Biodiversidad en su Artículo 54 establece que “queda prohibido dar muerte, dañar, molestar o inquietar intencionadamente a los animales silvestres”.

Por lo tanto, capturar un anfibio o un reptil y manipularlo para fotografiarlo o grabarlo sin las autorizaciones correspondientes incumple claramente la normativa. Sin embargo, muchos usuarios de redes sociales desconocen o subestiman estas obligaciones legales en grupos menos carismáticos como estos.

Otro problema añadido surge cuando estas malas prácticas se realizan bajo el concepto de turismo de fotografía de naturaleza en países donde las regulaciones son más laxas o la capacidad de control más limitada.

Qué malas prácticas esconden las imágenes virales

Muchas de las fotografías y vídeos de anfibios y reptiles que vemos en redes sociales se obtienen tras capturar a los animales mientras descansan bajo piedras o troncos. Esta práctica, aparentemente inofensiva, altera la estabilidad térmica y la humedad del refugio, reduciendo la probabilidad de que vuelva a ser usado.

El uso de flashes de cámara, focos o linternas durante las búsquedas nocturnas de fauna silvestre puede alterar los ritmos circadianos, reducir los niveles de actividad y afectar a su orientación espacial.

Pero quizás la práctica más perjudicial de todas y éticamente más reprochable sea la de enfriar al animal introduciéndolo en algún recipiente frío para inmovilizarlo. Posteriormente, se ubica en un lugar considerado idóneo para obtener un fondo perfecto. Todo ello afecta severamente a su homeostasis fisiológica y a su capacidad de recuperación una vez liberado.

Además, esta reubicación hace que las imágenes no correspondan con su comportamiento natural. Por ejemplo, al mostrar una especie nocturna expuesta sobre una piedra a plena luz del día. En estas situaciones, el argumento de la divulgación para la conservación pierde toda validez.

El manejo de animales sin medidas profilácticas también incrementa el riesgo de transmisión de enfermedades, como la quitridiomicosis en el caso de los anfibios y la ofidiomicosis en el caso de las serpientes. Estas patologías son capaces de provocar mortalidades elevadas y colapsos de poblaciones, con efectos documentados en múltiples especies.




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Las enfermedades emergentes que amenazan la fauna silvestre


Imitar a ciertas personas manipulando animales sin la experiencia y conocimientos adecuados también supone un riesgo tanto para la salud del animal como para la de las propias personas. Especialmente si se manipulan animales venenosos.

Efectos positivos y negativos de las redes sociales

Aunque las redes sociales pueden ser herramientas muy útiles para aumentar la conciencia pública sobre la conservación de la fauna silvestre, este argumento se utiliza a veces como excusa para justificar prácticas legal y éticamente cuestionables. Además, no siempre es fácil distinguir entre un interés real por la conservación de la fauna y la simple búsqueda de visibilidad en estas plataformas. La popularidad de una imagen nunca debe justificar daños a los animales.

Fotógrafos, naturalistas e influencers tienen la responsabilidad de mostrar la naturaleza sin ponerla en peligro. Las redes sociales deberían contribuir a la conservación y no convertirse en una amenaza añadida para las especies vulnerables.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Cuando la foto es lo único que importa: prácticas de los influencers de fauna que ponen en riesgo a los animales – https://theconversation.com/cuando-la-foto-es-lo-unico-que-importa-practicas-de-los-influencers-de-fauna-que-ponen-en-riesgo-a-los-animales-290257

¿Ha hecho esto una IA?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Que un contenido no lleve marca de haber sido por IA, no garantiza que sea un producto humano. Walls.io / Unsplash. , CC BY

Desde el 2 de agosto de 2026, se aplican en la Unión Europea nuevas obligaciones de transparencia para determinados sistemas de inteligencia artificial (IA). Si los usuarios han visto un aviso en la página principal de herramientas como ChatGPT, Gemini, Claude o Deepseek, no se trata de una campaña de imagen de las empresas tecnológicas. Es una consecuencia del artículo 50 del Reglamento europeo de inteligencia artificial.

Entre otras obligaciones, los proveedores de sistemas generativos deben incorporar marcas que permitan detectar contenidos generados o manipulados artificialmente. Mientras, quienes utilizan estos sistemas tienen obligaciones específicas de información cuando producen deepfakes y determinados textos sobre asuntos de interés público.

El objetivo parece claro: reducir los riesgos de engaño, manipulación, fraude o desinformación. Sin embargo, ¿qué demuestra realmente encontrar una de esas marcas? ¿Y qué significa no encontrarla?

Qué se está incrustando exactamente en los archivos

El Código de Buenas Prácticas europeo diseñado para facilitar el cumplimiento del artículo 50 contempla diferentes mecanismos de marcado y detección. El objetivo es que las señales sean legibles por máquina, interoperables, robustas y fiables hasta donde resulte técnicamente posible.

Una de las tecnologías que puede utilizarse para acreditar la procedencia son los metadatos, es decir, etiquetas con información detallada sobre un archivo, criptográficamente verificables. Así, el estándar C2PA permite asociar a un archivo un historial de procedencia mediante credenciales firmadas digitalmente, de manera que las modificaciones posteriores puedan quedar registradas o ser detectables. Otra posibilidad son las marcas de agua imperceptibles incorporadas al propio contenido. Un ejemplo es el sistema SynthID, que introduce señales en imágenes, audio, vídeo o texto, destinadas a sobrevivir a determinadas transformaciones del archivo.

Los dos mecanismos persiguen lo mismo, pero funcionan de manera distinta. Los metadatos se parecen a la etiqueta de una chaqueta: viajan con el archivo, aunque pueden desaparecer cuando este se copia, transforma o procesa. La marca de agua se parece más a la filigrana de un billete: está incrustada en el propio contenido y, en principio, resulta más difícil de eliminar.

No obstante, ambas técnicas identifican la procedencia, no la autoría. Se trata de una limitación importante que hace que, aunque estamos empezando a disponer del «número de serie» que permite rastrear de dónde viene un contenido, sigamos sin tener una prueba capaz de determinar de forma fiable si lo creó una persona o una máquina.

Todos los usos de la IA en el mismo saco

Una señal de procedencia puede acreditar que un determinado sistema intervino en la generación o manipulación del contenido. No explica necesariamente cuánto intervino, ni cuál fue la contribución intelectual de la persona.

No es lo mismo pedir a un modelo que genere un trabajo completo desde cero que utilizarlo para traducir un párrafo, mejorar una frase, depurar un fragmento de código, ordenar datos de laboratorio o retocar una imagen.

Desde el punto de vista de la autoría, el esfuerzo y la responsabilidad intelectual pueden conformar situaciones muy distintas. Y una señal técnica de procedencia no nos saca de dudas.

Entonces, ¿interpretaremos socialmente que un trabajo vale menos simplemente porque aparece el aviso de que intervino una IA? Si ocurre, habremos convertido una infraestructura diseñada para informar sobre la procedencia en algo parecido a un detector de fraude. Y no lo es.

La paradoja del que no tiene nada que ocultar

Existe, además, un problema de incentivos. Quien utiliza una herramienta de IA legítimamente puede no tener ningún interés en eliminar su procedencia. Pero ocurre lo contrario con quien pretende hacer pasar un contenido sintético por auténtico.

Y resulta que, en algunos casos, estas marcas pueden eliminarse. Los metadatos son frágiles porque pueden desaparecer cuando el archivo se transforma, se vuelve a guardar o pasa por determinados servicios. Una captura de pantalla, por ejemplo, crea un archivo nuevo que ya no conserva necesariamente la cadena de procedencia original. Por su parte, las marcas de agua incorporadas al propio contenido intentan resolver ese problema: pueden diseñarse para resistir operaciones como compresión, recorte o reescalado.

Pero robusto no significa indestructible. Está demostrado que determinadas marcas invisibles en imágenes pueden eliminarse mediante ataques de regeneración, en los que se añade ruido –errores, imágenes borrosas– para que un modelo generativo reconstruya posteriormente la imagen, debilitando o eliminando la señal original.

Otros trabajos han estudiado un reto todavía más delicado: el compromiso entre hacer una marca suficientemente robusta para sobrevivir a manipulaciones y evitar que el sistema termine detectando como marcados contenidos que no deberían estarlo.

En este contexto, las marcas pueden ser muy útiles para mantener una cadena de procedencia cuando los participantes quieren conservarla. El problema aparece cuando alguien intenta deliberadamente romperla.

Intentos de regulación en una red global

Europa no es la única que intenta afrontar el desafío. China introdujo en 2025 medidas específicas para identificar contenidos generados mediante IA. Corea del Sur también ha incorporado la obligación de etiquetar esta clase de contenidos.

En Estados Unidos, California ha aprobado la ley AI Transparency Act, activa también desde el 2 de agosto de 2026, que obliga a grandes proveedores de IA generativa a incorporar señales latentes en imágenes, vídeo y audio generados por sus sistemas y a proporcionar herramientas que permitan a los usuarios comprobar si un contenido incluye esas señales.

El resultado es un mosaico de obligaciones, tecnologías, excepciones y umbrales desplegado sobre una red que nunca fue diseñada para preguntar por el pasaporte de cada archivo.

Presencia y ausencia no significan lo mismo

Disponer de mecanismos capaces de demostrar de dónde procede un contenido puede convertirse en una pieza importante de la infraestructura digital. El valor no está solo en señalar contenido generado mediante IA: también puede estar en acreditar que una fotografía procede realmente de la cámara o de la organización que afirma haberla producido.

El problema aparece cuando convertimos una señal de procedencia en un veredicto sobre la autoría. Si encontramos una marca fiable, podemos obtener información relevante sobre la intervención de un determinado sistema o sobre el historial del archivo. Pero si no encontramos ninguna, la conclusión no es tan clara. Puede ser un contenido humano. Puede proceder de un sistema que no estaba obligado a incorporar esa señal. Puede haber sufrido transformaciones que rompieron su cadena de procedencia. Puede haberse realizado una captura de pantalla. O alguien puede haber intentado deliberadamente eliminar la marca.

Presencia y ausencia, por tanto, no tienen el mismo valor probatorio. Y entender esa asimetría será imprescindible si estas tecnologías empiezan a utilizarse en educación, periodismo, justicia, redes sociales o propiedad intelectual.

Al mismo tiempo, una marca de procedencia puede ayudarnos a responder a la pregunta: ¿de dónde viene esto? Pero no responde a otra mucho más difícil: ¿quién lo pensó? Para esa segunda pregunta seguimos sin tener un detector automático.

The Conversation

Este trabajo ha sido apoyado por el Gobierno Regional de Cantabria y financiado por la UE bajo el proyecto de investigación 2023-TCN-008 UETAI.

– ref. ¿Ha hecho esto una IA? – https://theconversation.com/ha-hecho-esto-una-ia-290038

‘Aceite de Aparicio’: la ciencia devuelve a la vida el remedio que curó a Don Quijote

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ignacio Briceño Balcázar, Profesor titular grupo de genética humana, Universidad de La Sabana

vm2002/Shutterstock

En el capítulo XLVI de la segunda parte de Don Quijote de la Mancha, Miguel de Cervantes narra cómo curan al hidalgo manchego tras el ataque de unos gatos. El método sanador consiste en la aplicación de “Aceite de Aparicio”, un remedio real y ampliamente usado en la España de la época para tratar heridas. Ese ungüento, que durante siglos cayó en el olvido, especialmente a partir de la llegada de la farmacología moderna, se ha convertido en objeto de un nuevo estudio.

“Quedó Don Quijote acribillado el rostro y no muy sanas las narices, aunque muy despechado porque no le había dejado fenecer la batalla que tan trabada tenía con aquel malandrín encantador. Hicieron traer aceite de Aparicio, y la misma Altisidora, con sus blanquísimas manos, le puso unas vendas por todo lo herido”.

El interés por comprender los fundamentos científicos de antiguos tratamientos ha llevado a revisar nuevamente esta receta tradicional. Para hacerlo, analizamos la composición original del aceite y la evidencia científica disponible sobre cada uno de sus ingredientes. El objetivo era determinar si las propiedades cicatrizantes, antiinflamatorias y antimicrobianas que le atribuyó la medicina de su tiempo encuentran respaldo en el conocimiento actual.

Descifrar la receta en español antiguo

La primera y mayor dificultad consistió en traducir del español antiguo la receta, tomada del Formulario Universal o Guía práctica del Médico, del Cirujano y del Farmacéutico de Don Francisco Álvarez Algala, ya que el uso de algunas palabras era distante. El proceso supuso una actualización para interpretar arcaismos y realizar ajustes en la grafía, fonética y sintaxis.

Posteriormente se indagó en la preparación. La composición consistía en una mezcla de plantas medicinales, resinas y aceites usados históricamente para tratar heridas y prevenir infecciones. Según el Formulario Universal de Álvarez Algala, esta incluía aceite de oliva, romero, ruda, hierba de San Juan (también conocida como hipérico), mirra, trementina, resina de enebro y lombrices terrestres.

Si analizamos la literatura científica encontramos referencias a que este aceite contenía elementos antioxidantes y antiinflamatorios que mejoraban la respuesta celular y que, en ese entonces, se consideraba que curaban las heridas. Pero si bien algunos de estos principios activos favorecen la cicatrización y la reconstrucción de tejidos, otros no son tan efectivos y conllevan efectos adversos, a decir de la ciencia actual

El secreto de la preparación

En la antigüedad, los boticarios usaban como base el aceite de oliva, un soporte al que añadían otros ingredientes. Después de calentar todo, filtraban la composición, que era usada como un ungüento.

Como punto de partida, el aceite es un elemento que puede mantener las heridas húmedas y limpias. Si se le añade romero, resulta que tiene efectos antiinflamatorios, mientras que la ruda cuenta con propiedades antisépticas y antinflamatorias. Por su parte, el hipérico o hierba de San Juan favorece la cicatrización, por ser rica en antioxidantes y por su acción antiinflamatoria. Además, contribuye a la producción de colágenos y estimula los fibroblastos (fundamentales para mantener la estructura y elasticidad de la piel).

En cuento a la mirra, esta cuenta con propiedades antisépticas y es capaz de curar heridas y úlceras. Por lo que respecta a la resina de enebro, resulta crucial para la limpieza de heridas debido a sus efectos antiinflamatorios y acción antimicrobiana.

Sin embargo, la inclusión de la trementina resultaba un tanto desacertada. Si bien solía utilizarse como antiséptico, su uso también implica una alta toxicidad, ya que irrita la piel y las mucosas. Finalmente, el uso de lombrices terrestres estaba asociado con la actividad enzimática, que mejora la circulación y puede acelerar el cierre de heridas FALTA ENLACEC.

Una historia con intervención de la corona

Cuenta la leyenda que el origen del aceite se debe a Aparicio de Zubiria, un curandero morisco que nació en Lekeitio (Vizcaya) a comienzos del siglo XVI, y que murió en 1566. Al fallecer, su esposa, Isabel Pérez de Peromato, quiso vender la famosa receta. Negoció entonces con el Rey Felipe II y, a cambio de una pensión vitalicia no muy grande, reveló los componentes y preparación de la receta.

Gracias a los registros, hoy tenemos la certeza de que el “Aceite de Aparicio” sí era relativamente efectivo, especialmente si se compara con las pocas opciones médicas disponibles entre los siglos XVI y XVII.

Según lo analizado, sería posible el desarrollo de nuevos productos que integren los beneficios de los ingredientes más efectivos, descartando los elementos que pueden acarrear posibles efectos adversos.

Entre páginas antiguas y recetas olvidadas, pero con el rigor de la ciencia moderna, el “Aceite de Aparicio” vuelva a la modernidad. Su eco resuena en los laboratorios del presente, donde se buscan fármacos o curas para heridas y dolores como los que sufrió Don Quijote y que muchos pacientes siguen sintiendo en la actualidad.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. ‘Aceite de Aparicio’: la ciencia devuelve a la vida el remedio que curó a Don Quijote – https://theconversation.com/aceite-de-aparicio-la-ciencia-devuelve-a-la-vida-el-remedio-que-curo-a-don-quijote-284601

¿Quién decide qué es realmente un vino ‘natural’?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Parga Dans, Científica Titular, Instituto de Productos Naturales y Agrobiología (IPNA-CSIC)

Alexdov/Shutterstock

En plena vendimia, la expresión “vino natural” vuelve a aparecer en ferias, tiendas especializadas, cartas de restaurantes y conversaciones entre aficionados. Parece una categoría fácil de entender, pero no lo es. Dos botellas pueden presentarse como naturales y haberse elaborado con criterios bastante distintos.

A diferencia del vino ecológico, el vino natural no cuenta con una definición legal aceptada internacionalmente. Suele asociarse con uvas ecológicas o biodinámicas, fermentaciones espontáneas, poca intervención en bodega y un uso muy limitado de aditivos.




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Orgánico, ecológico, biodinámico, vegano… ¿cómo es un vino natural?


La dificultad de nombrarlo

El problema empieza cuando se intenta concretar qué significa todo eso: cuántos sulfitos pueden añadirse, si el vino puede filtrarse, qué levaduras son aceptables o qué tratamientos siguen siendo compatibles con la idea de mínima intervención.

Los sulfitos son un buen ejemplo. Se utilizan para conservar el vino, pero también se producen de forma natural durante la fermentación. Por eso, “sin sulfitos” y “sin sulfitos añadidos” no quieren decir lo mismo, aunque para muchos compradores la diferencia no sea evidente.

Desde diciembre de 2023, la Unión Europea exige que los vinos informen de sus ingredientes y valores nutricionales, aunque parte de esa información pueda consultarse mediante un código QR. La norma ha aumentado la transparencia, pero no ha resuelto la cuestión de fondo: sigue sin existir una definición común de vino natural, y expresiones como ecológico, biodinámico, sin sulfitos añadidos o mínima intervención siguen remitiendo a cosas distintas.

Una certificación específica podría ayudar a ordenar ese terreno. También podría, sin embargo, transformar un movimiento que surgió en buena medida como reacción frente a la estandarización de la industria convencional.

Qué piensan quienes consumen y quienes producen

En nuestro estudio, publicado en Journal of Consumer Culture, encuestamos presencialmente a 415 asistentes a las ediciones de 2023 y 2024 de la feria de vino natural más veterana de España, celebrada en Barcelona desde 2005. El 58,3 % eran consumidores y el 41,7 % trabajaban en producción, distribución, hostelería o comunicación especializada.

No se trata de una muestra representativa del consumidor español. Quienes acuden a una feria de este tipo conocen mejor el producto y muestran un interés por el vino bastante superior al habitual. Precisamente por eso resultan útiles para observar las diferencias dentro del propio mundo del vino natural.

La distancia entre ambos grupos era clara. El 90,2 % de los profesionales consumía vino natural con frecuencia, frente al 42,6 % de los consumidores. Esa diferencia de experiencia importa, porque no todos necesitan las mismas señales para confiar en una botella.

Cuando les pedimos que dijeran las tres primeras palabras que asociaban con “vino natural”, los consumidores tendieron a mencionar rasgos fáciles de reconocer: “ecológico”, “sin sulfitos” o “sin aditivos”. Entre los profesionales las respuestas estuvieron más repartidas y apareció con más fuerza la idea de “mínima intervención”.

No se trata de dos concepciones opuestas. Ambos grupos comparten buena parte del mismo vocabulario: ecología, naturaleza, autenticidad, sulfitos. La diferencia está más bien en qué consideran importante y en cómo creen que debe demostrarse.

Para un comprador que no conoce al productor, una etiqueta o un sello pueden servir como garantía. Para alguien que trabaja habitualmente con estos vinos, la confianza puede basarse en otras cosas: conocer la bodega, saber cómo se trabaja una parcela, haber probado otras añadas o moverse dentro de redes profesionales donde circula información que difícilmente cabe en una etiqueta.

En la certificación está la verdadera diferencia

El contraste más claro surgió cuando preguntamos por la posibilidad de crear una certificación específica para el vino natural. En una escala de uno a cinco, el apoyo medio entre los consumidores fue de 4,14. Entre los profesionales bajó a 3,37 y, entre los productores, a 2,74.

La diferencia entre consumidores y productores alcanza así 1,4 puntos en una escala de cinco. Y tampoco todos los profesionales piensan igual: quienes trabajan en comunicación y opinión se situaron mucho más cerca de los consumidores que los propios productores.

El desacuerdo tiene además una dimensión económica. La mitad de los consumidores estaría dispuesta a pagar un 10 % más por un vino natural certificado. Entre los profesionales, en cambio, el 44,5 % no pagaría ningún sobreprecio.

Eso ayuda a entender qué valor tiene una certificación para cada grupo. Para quien compra, puede reducir dudas y facilitar una elección sin necesidad de conocer personalmente a quien hizo el vino. Para muchos productores y distribuidores, que ya cuentan con experiencia y redes propias de confianza, un sello aporta menos y puede incluso plantear nuevos problemas.

Entre esos problemas aparece uno recurrente: que una certificación termine favoreciendo a las bodegas con más recursos, mejor preparadas para asumir costes administrativos y adaptarse a una lista cerrada de requisitos. También existe el temor de que una práctica flexible y basada en decisiones concretas de viña y bodega acabe convertida en una receta.

Más que una preferencia por un tipo de vino

El vino natural tampoco aparece aislado de otras formas de consumo. El 83,2 % de los profesionales y el 64,5 % de los consumidores declararon comprar productos ecológicos siempre o con frecuencia. En el caso de los alimentos locales, los porcentajes alcanzaron el 91,9 % y el 82,2 %.

Estos datos no describen un estilo de vida único, pero sí sugieren que el vino natural suele formar parte de preferencias más amplias por los productos locales, la producción ecológica y formas de elaboración percibidas como menos industriales.

Esto ayuda a explicar por qué la discusión sobre su definición genera tanto interés. No se trata solo de decidir qué debe poner una etiqueta, sino también de fijar qué prácticas se consideran legítimas y quién tiene autoridad para establecer esas reglas.

¿Quién puede decidir qué es un vino natural?

Ahí está, probablemente, la cuestión central. Una certificación tendría que ofrecer al consumidor criterios claros y controles fiables. Pero, al mismo tiempo, tendría que evitar costes y exigencias que excluyan a los pequeños productores o reduzcan a una definición única un movimiento que siempre ha sido diverso.

El debate, por tanto, no consiste únicamente en decidir qué técnicas pueden utilizarse o cuántos sulfitos son aceptables. También está en juego quién tiene capacidad para definir la categoría: las administraciones, las asociaciones de productores, los organismos certificadores, los especialistas, el mercado o los propios consumidores.

Nuestros resultados muestran que esa respuesta cambia según la posición que se ocupa. Quien compra reclama garantías que le permitan orientarse en un mercado poco definido. Quien produce teme que esas mismas garantías terminen trasladando a otros la capacidad de decidir qué cuenta como vino natural.

El futuro de esta categoría dependerá, en buena medida, de cómo se resuelva esa tensión: cómo ofrecer confianza a quien compra sin vaciar de autonomía a quienes han construido el movimiento.

The Conversation

Eva Parga Dans recibió financiación del Ministerio de Ciencia e Innovación y de la Agencia Estatal de Investigación mediante el proyecto «El reto de la certificación del vino natural: controversias culturales, asimetrías de información y patrones de consumo» (NAWICERT, PID2021-126272OA-I00); y de «Radical Urban Cultures: Exploring the political ecologies of urban-food-soil entanglements in the Anthropocene through Natural Wine», financiado por la Fundação para a Ciência e a Tecnologia de Portugal (2024.15482.PEX).

recibió financiación del Ministerio de Ciencia e Innovación y de la Agencia Estatal de Investigación mediante el proyecto «El reto de la certificación del vino natural: controversias culturales, asimetrías de información y patrones de consumo» (NAWICERT, PID2021-126272OA-I00); y de «Radical Urban Cultures: Exploring the political ecologies of urban-food-soil entanglements in the Anthropocene through Natural Wine», financiado por la Fundação para a Ciência e a Tecnologia de Portugal (2024.15482.PEX).

– ref. ¿Quién decide qué es realmente un vino ‘natural’? – https://theconversation.com/quien-decide-que-es-realmente-un-vino-natural-290120

El virus de la desconfianza: cuando el rechazo a las vacunas se convierte en un arma política

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Almudena Recio Román, Miembro del grupo de investigación SEJ324 “Nuevas Tendencias en Marketing”, Universidad de Almería

Manifestación de antivacunas en Mánchester (Inglaterra) en diciembre de 2020. John B Hewitt/Shutterstock

Imaginemos por un momento a un virus microscópico sellando una alianza con un movimiento político. Suena a distopía o a guión cinematográfico, pero es la metáfora perfecta de lo que está ocurriendo hoy en nuestras sociedades.

Actualmente disponemos de las herramientas médicas más eficaces de la historia para erradicar enfermedades terribles. Sin embargo, los datos son tozudos: Europa ha registrado recientemente repuntes alarmantes de sarampión, superando decenas de miles de contagios en los últimos años. ¿Por qué estas infecciones, que creíamos acorraladas, están volviendo a encontrar resquicios por los que colarse en pleno siglo XXI? Porque un nuevo patógeno ha entrado en el torrente sanguíneo de nuestra sociedad: la epidemia de la desconfianza.

Cuando intentamos explicar por qué alguien rechaza una vacuna, la reacción instintiva es culpar a la falta de cultura científica, al analfabetismo funcional o a los oscuros rincones de internet rebosantes de noticias falsas. Pero la ciencia ha demostrado que la raíz del problema es mucho más profunda. Si las vacunas son nuestro gran escudo colectivo, lo que está resquebrajando ese escudo desde dentro no es solo la ignorancia, sino el descontento político.

El populismo médico y las grietas en el muro

Para entender esta dinámica, es necesario cruzar las fronteras de la medicina y adentrarse en la sociología y la ciencia política. Los partidos y movimientos populistas se alimentan del desencanto social. Su narrativa básica, independientemente de si se sitúan a un lado o al otro del espectro ideológico, consiste en dividir el mundo entre un “pueblo puro” que sufre y una “élite corrupta” que conspira para mantener sus privilegios.

¿Quién es la élite cuando hablamos de salud pública? A los ojos de un ciudadano desencantado, son los científicos, las instituciones sanitarias, los organismos europeos y la industria farmacéutica.

Investigaciones recientes, basadas en el análisis del comportamiento hacia las vacunas de decenas de miles de ciudadanos en la Unión Europea, han desvelado un mecanismo humano tan fascinante como peligroso. Se ha comprobado que la desigualdad económica y los problemas para llegar a fin de mes actúan como una tierra fértil para la insatisfacción vital. El discurso populista funciona como el fertilizante, y el rechazo a la medicina oficial es la mala hierba que brota como resultado.

La evidencia muestra que el descontento político actúa como un puente perfecto entre la desconfianza generalizada en las instituciones y la negativa a vacunarse. Quien siente que el sistema político y económico le ha dejado atrás, termina por rechazar también la ciencia que emana de ese mismo sistema.

El peligro de las “pequeñas bolsas”

La pregunta obligada es por qué el rechazo a las vacunas encaja tan bien en las agendas de desestabilización política. La respuesta está en la propia naturaleza de la inmunización.

Para que una vacuna proteja a toda una sociedad no basta con el acto individual de recibir un pinchazo; se necesita alcanzar la “inmunidad de rebaño”. Este escudo colectivo requiere que, dependiendo de la capacidad de contagio del patógeno, entre el 80 % y el 95 % de la población esté inmunizada para frenar la transmisión. Y aquí radica la gran vulnerabilidad de nuestras democracias sanitarias: para generar el caos, no es necesario convencer a la mayoría de un país de que rechace la ciencia; basta con sembrar la duda en una pequeña minoría.

En epidemiología, esto se conoce como el problema de las “pequeñas bolsas”. Si un grupo reducido pero concentrado de ciudadanos decide no vacunar a sus hijos, se crea una grieta en el muro de contención. Una fisura minúscula es suficiente para que la inundación de un virus arrase con los más vulnerables.

El mapa del miedo no entiende de fronteras

Ante este panorama global, las autoridades sanitarias suelen reaccionar con un enfoque local. Los gobiernos diseñan campañas de concienciación de ámbito nacional, asumiendo implícitamente que un ciudadano español no tiene nada que ver con uno sueco o búlgaro. Sin embargo, la investigación transnacional ha demostrado que esta premisa es errónea.

Al mapear la reticencia vacunal en Europa, lo que emerge no es un mosaico de nacionalidades, sino un mapa de comportamientos y miedos compartidos. Los estudios más exhaustivos han identificado hasta siete “segmentos” o perfiles psicológicos muy distintos frente a la vacunación.

Estos perfiles van desde los “provacunas” (la gran mayoría, que confía en el sistema) hasta los “antivacunas desinformados” (personas con un nivel de inseguridad tan alto que no confían en ninguna fuente de información oficial ni mediática). Entre ambos extremos, existe una rica escala de grises en cuanto a comportamientos hacia las vacunas.

El hallazgo más revelador de esta segmentación es que las fronteras políticas no existen para el miedo. Un antivacunas francés comparte exactamente el mismo patrón de desconfianza, las mismas fuentes de información y los mismos temores que un antivacunas rumano, polaco o italiano.

Una vacuna social

¿Qué significa todo esto para el futuro de la medicina preventiva? Significa que, si queremos ganar la batalla, debemos cambiar de estrategia. Mientras que la industria de la desinformación utiliza el marketing global estandarizado para propagar la duda en redes sociales, las instituciones públicas responden de forma aislada.

Necesitamos aplicar estrategias de “marketing social” a escala global, pero adaptadas a los perfiles psicológicos. Debemos dejar de lanzar un único mensaje institucional y empezar a dialogar con cada grupo. Quien no se vacuna por un miedo genuino a los efectos secundarios necesita empatía e información clara, un trato radicalmente distinto al que requiere quien no se vacuna por pura rebeldía antisistema.

Si queremos evitar que las enfermedades del pasado dicten nuestro futuro, no podemos depender únicamente de las jeringuillas. Luchar contra la desigualdad social y restaurar la confianza en nuestras instituciones es, hoy en día, una intervención de salud pública de primer orden. Hemos demostrado ser capaces de crear vacunas en un tiempo récord; ahora, nuestro mayor reto científico y humano es desarrollar una vacuna social.

The Conversation

Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation

– ref. El virus de la desconfianza: cuando el rechazo a las vacunas se convierte en un arma política – https://theconversation.com/el-virus-de-la-desconfianza-cuando-el-rechazo-a-las-vacunas-se-convierte-en-un-arma-politica-289057

Leche materna: cada madre es diferente e influye en el crecimiento del bebé

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Catalina Amadora Pomar Oliver, Profesora Tilular de Bioquímica y Biología Molecular. Grupo de Nutrigenómica, Biomarcadores y Evaluación de riesgos (NuBE). UIB, CIBEROBN, IdISBa, Universitat de les Illes Balea, Universitat de les Illes Balears

shutterstock Veronica Trevo/Shutterstock

La primera vez que tuve a Nil en brazos sentí lo mismo que sienten millones de madres: una mezcla indescriptible de amor, responsabilidad y vulnerabilidad. A pesar de llevar años investigando la leche materna, en aquel momento no me hacía preguntas científicas. Me planteaba si sería capaz, si produciría suficiente leche y si todo iría bien. Sabía que la lactancia era uno de los mejores regalos que podía ofrecerle para empezar la vida, pero eso no evitaba las inseguridades que acompañan a tantas madres durante esos primeros días.

Con el tiempo comprendí que aquella preocupación tan personal estaba estrechamente relacionada con una de las preguntas que también intentamos responder desde la ciencia: ¿qué transmite realmente una madre a su hijo a través de la leche? ¿Solo nutrientes o también información capaz de influir en su desarrollo y en su salud futura?

Sabía que la leche materna era mucho más que un alimento. Además de aportar la energía y los nutrientes necesarios para crecer, contiene compuestos bioactivos que participan en el desarrollo del sistema inmunitario, del metabolismo y de otros procesos esenciales durante los primeros meses de vida.

De hecho, los primeros meses constituyen un periodo crítico para la salud del bebé en el futuro. Diversos estudios han demostrado que las trayectorias de crecimiento durante esta etapa pueden influir en el riesgo de desarrollar sobrepeso y obesidad más adelante. Por eso, la lactancia representa una ventana de oportunidad especialmente importante para la salud a lo largo de la vida.

¿Misma composición de la leche en todas las madres?

Si cada madre es diferente, ¿por qué deberíamos esperar que su leche fuera exactamente igual?

La investigación científica sugiere que no lo es. Factores como el peso corporal, el estado metabólico o los hábitos alimentarios pueden modificar algunos de los componentes presentes en la leche materna. Es decir, la leche no es una receta inmutable, sino un fluido vivo y dinámico que refleja, al menos en parte, el estilo de vida y las características de la madre.

Para comprender mejor este fenómeno, desde el grupo de Nutrigenómica, Biomarcadores y Evaluación de Riesgos (NuBE) de la Universidad de las Islas Baleares, estudiamos la composición de la leche de 52 mujeres durante el primer mes de lactancia. Mediante técnicas de metabolómica, una herramienta que permite identificar cientos de compuestos presentes en una muestra biológica, analizamos 160 metabolitos diferentes.

El objetivo era sencillo de formular, aunque complejo de responder: descubrir si determinadas características maternas dejan una huella detectable en la leche.

El sobrepeso u obesidad de la madre se refleja en la leche

Una de las primeras preguntas que nos planteamos fue si el sobrepeso o la obesidad maternos podían influir en esta composición.

La respuesta fue que sí, al menos en algunos componentes. Por ejemplo, en las madres con sobrepeso u obesidad detectamos niveles más elevados de lactosa y niveles más bajos de ácido orótico en comparación con las madres con normopeso, además de diferencias en otros componentes.

La lactosa es bien conocida: es el principal azúcar de la leche materna y una fuente esencial de energía para el bebé. El ácido orótico, en cambio, es una molécula mucho menos familiar fuera del ámbito científico. Aun así, participa en procesos metabólicos importantes y podría tener funciones relacionadas con el desarrollo y la regulación del metabolismo.

Todavía no sabemos si estas diferencias tienen consecuencias directas sobre la salud infantil. Pero sí indican que el estado materno puede influir en algunos de los mensajes biológicos que transporta la leche.

¿Puede la dieta de la madre dejar huella en el futuro del bebé?

Lo que come la madre no solo contribuye a su bienestar. También parece dejar huella en la composición de la leche.

Cuando analizamos el grado de adhesión a la dieta mediterránea de las participantes en el estudio, observamos diferencias significativas en varios metabolitos. Las mujeres que seguían más de cerca este patrón alimentario presentaban niveles más altos de ácido cítrico y de otros compuestos relacionados con el metabolismo energético.

Este resultado encaja con una idea cada vez más aceptada: la dieta mediterránea no solo protege la salud cardiovascular y metabólica de quien la sigue, sino que también podría contribuir a una composición más favorable de la leche materna. Dicho de otro modo, una alimentación saludable podría beneficiar simultáneamente a dos generaciones.

¿Puede influir en el crecimiento?

Esta era probablemente la pregunta más relevante de todas. Al fin y al cabo, lo que realmente nos interesa es saber si estas diferencias tienen consecuencias reales para los niños.

Si la leche cambia en función de la madre, ¿estos cambios tienen alguna repercusión sobre el bebé?

Para intentar responderla, estudiamos la evolución del peso de los bebés durante el primer mes de vida. Observamos que algunos metabolitos de la leche se asociaban a patrones de crecimiento diferentes. Una vez más, el ácido orótico surgió como uno de los protagonistas: los bebés que recibían leche con niveles más bajos de ácido orótico presentaban un crecimiento más acelerado durante el primer mes.

También encontramos una observación especialmente interesante desde un punto de vista práctico. Las madres de los bebés que mantenían una trayectoria de crecimiento más estable consumían más fruta. Además, una mayor ingesta de pescado se relacionaba con una menor probabilidad de desviaciones importantes en el patrón de crecimiento.

Naturalmente, esto no significa que comer una pieza de fruta o una ración de pescado determine el peso de un bebé. El crecimiento infantil es extraordinariamente complejo y depende de factores genéticos, ambientales, sociales y relacionados con el embarazo y el parto. Pero estas asociaciones nos ofrecen pistas valiosas sobre posibles mecanismos biológicos que hasta ahora desconocíamos.

Una conversación biológica sin interpretar

Nuestros resultados sugieren que características como el sobrepeso materno o la adhesión a la dieta mediterránea pueden modificar algunos de los componentes de la leche durante el primer mes de vida. También indican que determinados metabolitos podrían estar relacionados con las primeras trayectorias de crecimiento de los bebés.

Todavía necesitamos más estudios, especialmente seguimientos a más largo plazo, para confirmar estas observaciones y comprender mejor los mecanismos que hay detrás. La ciencia aún está lejos de descifrar todos los mensajes que contiene la leche materna.

Pero cada nuevo descubrimiento refuerza una idea fascinante: la lactancia no es solo una forma de alimentar a un bebé. Es también una conversación. Y apenas estamos empezando a entender cuáles son los mensajes.

Esta investigación también nos recuerda otra cosa importante: cuidar la salud de la madre durante la lactancia es, en cierto modo, una manera de cuidar la salud de su hijo o hija. Mantener unos hábitos saludables, seguir una alimentación equilibrada y rica en alimentos propios de la dieta mediterránea no solo beneficia el bienestar materno, sino que podría contribuir a configurar un entorno más favorable para el desarrollo del bebé.

The Conversation

Catalina Amadora Pomar Oliver ha participado y participa como investigadora en proyectos de investigación relacionados con la nutrición, la obesidad y la salud, financiados por el Gobierno de España y por la Unión Europea.

– ref. Leche materna: cada madre es diferente e influye en el crecimiento del bebé – https://theconversation.com/leche-materna-cada-madre-es-diferente-e-influye-en-el-crecimiento-del-bebe-290563

Comment négocier avec un partenaire qui ne tient pas parole

Source: The Conversation – in French – By Jean Poitras, Professeur titulaire en gestion de conflits, HEC Montréal

Toute négociation repose implicitement sur l’idée que les parties s’engageront à respecter l’accord ou, à défaut, qu’un tiers (tribunal, régulateur, autorité contractuelle) pourra en imposer l’exécution. Or, cette idée échoue souvent : collaborateur qui revient sur des conditions acceptées, fournisseur qui marchande après chaque livraison, État qui rouvre des accords signés.


La difficulté augmente quand le partenaire peu fiable reste incontournable. On dialogue avec quelqu’un qu’on ne peut pas contraindre, mais avec qui l’on doit continuer à traiter.

Le premier ministre canadien Mark Carney en fait aujourd’hui l’expérience dans sa relation avec le président américain Donald Trump. Les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, demeurent incontournables, mais les règles du jeu sont devenues beaucoup moins prévisibles. Malgré l’ACEUM déjà en vigueur, Washington a imposé de nouveaux droits de douane sur des biens canadiens.

De plus, les négociations d’août 2026 ont échoué alors que les deux parties semblaient proches d’une entente. Selon Ottawa, l’administration Trump aurait présenté des conditions supplémentaires à la toute fin des pourparlers. Le gouvernement canadien a suspendu les pourparlers plutôt que d’accepter les modalités proposées. La question se pose directement du côté du Canada : pourquoi s’engager dans un accord si l’on a l’impression que l’autre partie pourrait, à tout moment, revenir sur sa parole ?

Cette situation se retrouve également dans d’autres secteurs. Comment une entreprise peut-elle gérer une situation où elle dépend d’un fournisseur dominant ou, à l’opposé, comment un parent peut-il négocier un couvre-feu avec son adolescent récalcitrant ?

Quand la confiance ne suffit plus

Le réflexe s’avère souvent moral lorsqu’on se trouve face à un tel négociateur : « Il manque de crédibilité », « on peut difficilement lui faire confiance » ou « il négocie de mauvaise foi ». Ces jugements peuvent se révéler équitables, mais ils aident peu. On ne force personne à devenir digne de confiance.

La question utile devient alors : pourquoi cette personne respecterait-elle sa parole si le coût de sa trahison se révèle presque nul ? Au lieu de se demander pourquoi l’autre ne tient pas parole, on peut se demander comment créer des mesures motivantes pour qu’il la tienne.

Les travaux sur la coopération répétée, la théorie des jeux et les accords auto-exécutoires montrent qu’en l’absence d’une perception de bonne foi chez le partenaire, la probabilité qu’il respecte ses engagements dépend moins de sa parole que des conséquences crédibles attachées à un manquement – d’autant plus lorsqu’aucun tiers ne peut imposer l’accord. Trois leviers permettent d’agir sur ce calcul.

Premier levier : réduire sa dépendance

Le BATNA (Best Alternative to a Negotiated Agreement) (la meilleure alternative à un accord négocié) a été popularisé par les Américains Roger Fisher, professeur de droit à Harvard et pionnier de la recherche en négociation, et William Ury, anthropologue et spécialiste de la négociation, dans Getting to Yes, publié en 1981. Plus cette solution est bonne, plus on a de pouvoir dans la négociation, puisqu’on peut refuser une mauvaise offre sans grand risque. C’est, en clair, notre plan B.

Considérons un exemple concret. Une entreprise dépendante d’un seul grand marché voisin subit chaque taxe ou chaque changement de politique de plein fouet, faute d’autres débouchés. Le partenaire ne gagnera pas grand-chose à se modérer. Mais le calcul change si l’entreprise développe aussi des marchés en Europe ou en Asie : le partenaire sait qu’il pourrait perdre une partie de ce commerce au profit d’un concurrent étranger.

C’est toute la logique du BATNA : on cherche d’abord à corriger ses propres vulnérabilités, et non pas à faire du mal à notre vis-à-vis. Une fois qu’on détient une véritable porte de sortie, le manquement de l’autre finit par lui coûter quelque chose, sans qu’on ait besoin de le dire à voix haute. Nous pouvons tout simplement aller voir ailleurs et il risque alors de nous perdre s’il exagère.




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Deuxième levier : limiter les risques

Le deuxième levier agit sur le risque. Des travaux ont montré que la coopération peut émerger et se maintenir dans des relations répétées, même en l’absence d’une autorité extérieure. La répétition permet notamment aux parties d’ajuster leur comportement en fonction de ce qu’elles observent chez l’autre.

Le principe du « starting small » prolonge cette logique. Lorsque la fiabilité d’un partenaire se révèle incertaine, on commence par un engagement limité et on l’accroît progressivement à mesure que sa fiabilité se confirme.

Par conséquent, on divise un gros accord en étapes, et l’accès aux étapes suivantes est conditionné au respect des précédentes.

Deux pays négocient la levée de tarifs douaniers. Ils procèdent par paliers : l’acier d’abord, puis l’automobile, puis d’autres secteurs. Chacun doit respecter ses engagements à l’étape précédente pour passer à l’étape suivante. Si l’un des pays revient rapidement sur sa parole, l’autre ne perd que l’accès aux phases suivantes, souvent les plus avantageuses.

Le risque change. On ne punit pas nécessairement le tricheur, mais on limite ses gains. Son calcul devient moins attrayant : ce n’est plus « je peux obtenir un gros avantage, puis me défiler », mais « si je me défile maintenant, je renonce aux gains plus importants qui viendraient ensuite ». Cela ne dissuade pas autant qu’une véritable sanction, mais cela réduit l’intérêt du manquement et protège surtout l’autre partie.

Troisième levier : attacher un coût au manquement

Le troisième levier va plus loin : il fait dépendre directement les bénéfices futurs du respect des engagements actuels. Il s’ancre dans la littérature sur les accords auto-exécutoires. On peut choisir de respecter un accord non par crainte d’une sanction judiciaire, mais parce que tricher aujourd’hui fait perdre les bénéfices futurs de la relation.

Concrètement, le respect de l’entente donne accès à un bénéfice réel – taux préférentiel, accès privilégié, condition avantageuse – renouvelé automatiquement à intervalles courts, par exemple chaque mois ou chaque trimestre. Le bénéfice est automatiquement renouvelé tant que les promesses sont respectées. S’il y a un défaut, il n’est tout simplement pas prolongé.

Encore faut-il que cette conséquence soit crédible. Menacer son partenaire d’une mesure que l’on n’a pas intérêt à appliquer risque d’avoir peu d’effets. Une bonne conséquence doit donc être connue à l’avance, mais aussi suffisamment réaliste et peu coûteuse à mettre en œuvre pour que celui qui l’a prévue ait effectivement intérêt à la maintenir.


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Cette différence entre « retirer » et « ne pas renouveler » peut sembler mince, et l’autre partie pourra toujours y voir une punition. Mais elle change une chose importante : personne n’a à décider de la sanction au moment du conflit. La règle a été établie à l’avance et la conséquence découle automatiquement du comportement convenu.




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Des conséquences, pas des punitions

Ces trois leviers n’agissent pas de la même façon : le premier nous donne une meilleure porte de sortie, le deuxième limite ce que nous risquons de perdre et le troisième fait dépendre les avantages futurs du respect des engagements. Leur point commun consiste à faire en sorte que le non-respect d’un engagement entraîne enfin des conséquences concrètes.

Face à une partie dominante, leur effet reste réel, mais marginal. Ils ne renversent pas le rapport de force : ils modifient simplement le calcul du manquement. Introduire une conséquence réelle ne supprime pas l’asymétrie de pouvoir, mais la rend moins absolue.

Cette approche ne transforme pas non plus un partenaire peu fiable en allié loyal. Elle permet plutôt de poursuivre les négociations lorsque la confiance, la contrainte juridique ou les solutions de rechange font défaut. Ce sont, en somme, des stratégies de survie pour une relation qu’on ne peut ni quitter ni assainir.

Face à un partenaire dont la parole ne suffit plus, l’objectif vise donc autre chose qu’une meilleure promesse. Il consiste à construire une relation où respecter sa promesse devient le choix le plus avantageux.

La Conversation Canada

Jean Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment négocier avec un partenaire qui ne tient pas parole – https://theconversation.com/comment-negocier-avec-un-partenaire-qui-ne-tient-pas-parole-289564